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	<title>Th&#233;orie Communiste</title>
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	<description>Notre &#233;poque est celle o&#249; le prol&#233;tariat, luttant en tant que classe? contre le capital, se remet lui-m&#234;me en cause et porte le d&#233;passement r&#233;volutionnaire de cette soci&#233;t&#233; par la production imm&#233;diate du communisme comme l'abolition de toutes les classes, l'imm&#233;diatet&#233; sociale de l'individu.</description>
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		<title>Th&#233;orie Communiste</title>
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		<title>&#171; Je lutte de classe &#187;</title>
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		<dc:date>2012-06-06T16:21:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Louis Martin</dc:creator>


		<dc:subject>S&#233;rie Marseille</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;En France, &#224; l'automne 2010, une fraction de la classe&lt;sup&gt;&lt;a href='https://theoriecommuniste.org/Classes' title=&#034;D&#233;finition&#160;: Les classes ne sont ni des sommes d'individus regroup&#233;s par un int&#233;r&#234;t (&#8230;)&#034;&gt;?&lt;/a&gt;&lt;/sup&gt; ouvri&#232;re revit de fa&#231;on id&#233;ale le mythe de l'identit&#233; et de l'unit&#233; ouvri&#232;res. La lutte contre la r&#233;forme des retraites synth&#233;tise une multitude de luttes locales qui ont toutes en commun de mettre en mouvement des fractions ouvri&#232;res encore stables mais s&#233;rieusement menac&#233;es. L'identit&#233; ouvri&#232;re a alors &#233;t&#233; rev&#233;cue de fa&#231;on id&#233;ale dans les deux sens du mot : comme id&#233;al qui serait &#224; atteindre et comme pure illusion. Cet &#171; id&#233;al &#187; a trouv&#233; une forme synth&#233;tique ad&#233;quate dans le sujet m&#234;me de la retraite, symbole de la dignit&#233; ouvri&#232;re.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://theoriecommuniste.org/les-livres/" rel="directory"&gt;Les Livres&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://theoriecommuniste.org/mot/serie-marseille" rel="tag"&gt;S&#233;rie Marseille&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://theoriecommuniste.org/local/cache-vignettes/L97xH150/jelutte-1-c5020.jpg?1769360823' class='spip_logo spip_logo_right' width='97' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;Je lutte de classe&lt;sup&gt;&lt;a href='https://theoriecommuniste.org/Classes' title=&#034;D&#233;finition&#160;: Les classes ne sont ni des sommes d'individus regroup&#233;s par un int&#233;r&#234;t (&#8230;)&#034;&gt;?&lt;/a&gt;&lt;/sup&gt; &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le mouvement contre la r&#233;forme des retraites en France, automne 2010&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Je lutte de classe&lt;/i&gt; &#187; : dans ce slogan embl&#233;matique d'un mouvement sans illusion et sans espoir de victoire, on entend &#171; je fais la lutte de classe &#187;. Si on doit affirmer la lutte de classe sous cette forme ambig&#252;e, humoristique et contradictoire, c'est que ce qui demeure un fait objectif, massif et incontournable, structurel, la lutte des classes, ne se reconnaissait plus elle-m&#234;me comme un fait collectif et objectif int&#233;grant et d&#233;passant les manifestants individuels, mais comme un choix id&#233;ologique (politico-social) personnel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le succ&#232;s de ce slogan malicieux et s&#233;rieux &#224; la fois montrait que pour tous, (et surtout chacun !) les manifestations &#8211; &#233;l&#233;ment central et organisateur du mouvement - affirmaient une identit&#233; ouvri&#232;re &#224; la fois obsol&#232;te et indispensable, id&#233;ale dans les deux sens du mot : comme id&#233;al qui serait &#224; atteindre et comme pur concept. Comme id&#233;e de ce qui avait exist&#233;, et qui justement n'existait plus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette dualit&#233; d&#233;signait &#224; la fois la permanence de la contradiction de classes immanente au capitalisme et son caract&#232;re radicalement transform&#233;e ne donnant plus naissance &#224; une identit&#233; &lt;i&gt;de classe&lt;/i&gt; pouvant s'affirmer contre le capital. &#171; &lt;i&gt;Je lutte de classe&lt;/i&gt; &#187; fut le nom que, dans la lute des classes, l'implosion de l'identit&#233; ouvri&#232;re en acte s'est donn&#233;e &#224; elle-m&#234;me. A c&#244;t&#233; des manifestations o&#249; se proclamait cette identit&#233; ouvri&#232;re id&#233;ale, les secteurs en gr&#232;ve &#233;taient justement ceux o&#249; des communaut&#233;s de travail encore plus ou moins stables pouvaient magiquement et nostalgiquement servir de r&#233;f&#233;rent &#224; cette invocation. Le slogan dit tr&#232;s joliment la perte de l'identit&#233; ouvri&#232;re dans la volont&#233; de l'affirmer. Le singulier du sujet est contradictoire &#224; ce qu'est l'appartenance de classe qui n'est pas une appartenance individuelle, l'&#233;l&#233;ment d'une somme. Il n'y a pas si longtemps, comme ouvrier, &#224; Ivry ou &#224; Port de Bouc, on &#233;tait, par d&#233;finition, de la classe ouvri&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Il d&#233;coule de tout le d&#233;veloppement historique jusqu'&#224; nos jours que les rapports collectifs dans lesquels entrent les individus d'une classe et qui &#233;taient toujours conditionn&#233;s par leurs int&#233;r&#234;ts communs vis-&#224;-vis d'un tiers furent toujours une communaut&#233; qui englobait ces individus uniquement en tant qu'individus moyens, dans la mesure o&#249; ils vivaient dans les conditions d'existence de leur classe ; c'&#233;tait donc l&#224;, en somme, des rapports auxquels ils participaient non pas en tant qu'individus, mais en tant que membres d'une classe. &#187; (Marx, &lt;i&gt;l'Id&#233;ologie allemande&lt;/i&gt;, Ed. Sociales, p. 96)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ce sens, si le slogan est aussi une sorte de mise &#224; distance reconnue de l'appartenance de classe &#224; laquelle on participe paradoxalement en tant qu'individu, il n'en demeure pas moins que l'appartenance de classe n'est pas l&#224; produite et v&#233;cue comme la limite de l'action en tant que classe, c'est-&#224;-dire comme une contradiction et une dynamique r&#233;volutionnaire, mais seulement comme la reconnaissance nostalgique que rien dans la lutte de classe ne sera plus &lt;i&gt;comme avant&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La revendication est devenue d&#233;finitivement ill&#233;gitime, c'est-&#224;-dire qu'elle ne fait plus syst&#232;me avec la reproduction du rapport d'exploitation comme contradiction &lt;i&gt;et&lt;/i&gt; implication r&#233;ciproque&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La disparition de l'identit&#233; ouvri&#232;re confirm&#233;e dans la reproduction du (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Le mouvement contre la r&#233;forme des retraites portait une lucidit&#233; de masse sur cette ill&#233;gitimit&#233; &#224; propos d'une revendication g&#233;n&#233;rale que la classe capitaliste ne pouvait qu'ignorer. Dans son ambigu&#239;t&#233;, le slogan n'est alors que l'expression symptomatique d'un mouvement qui a jou&#233; la pi&#232;ce nouvelle de l'ill&#233;gitimit&#233; de la revendication salariale, de la disparition de l'identit&#233; ouvri&#232;re, de la crise du rapport d'exploitation tel qu'il &#233;tait ressorti de la restructuration du mode de production capitaliste initi&#233;e au milieu des ann&#233;es 1970, mais qui l'a jou&#233; dans des costumes anciens. Il a &#233;voqu&#233; anxieusement et appeler &#224; sa rescousse les m&#226;nes des anc&#234;tres, il leur a emprunt&#233; mots d'ordre et costumes et il a jou&#233; la nouvelle pi&#232;ce historique sous cet antique et v&#233;n&#233;rable travestissement et avec ce langage d'emprunt&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;On aura reconnu une libre adaptation d'un paragraphe des premi&#232;res pages du (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Mais le choix du costume n'&#233;tait pas que l'effet du &#171; poids du pass&#233; pesant comme un cauchemar sur le cerveau des vivants &#187;, ce choix avait ses raisons d'&#234;tre et ces causes bien actuelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand, en France, &#224; l'automne 2010, une fraction de la classe ouvri&#232;re revit de fa&#231;on id&#233;ale le mythe de l'identit&#233; et de l'unit&#233; ouvri&#232;re, la lutte contre la r&#233;forme des retraites synth&#233;tise une multiplicit&#233; de luttes locales qui ont toutes en commun de mettre en mouvement des fractions ouvri&#232;res stables menac&#233;es ou &#233;limin&#233;es par la fermeture ou la r&#233;forme de leur entreprise ou de leur branche. L'identit&#233; ouvri&#232;re est rev&#233;cue de fa&#231;on &lt;i&gt;id&#233;ale&lt;/i&gt; parce qu'elle n'est plus le sens et le contenu g&#233;n&#233;ral du rapport actuel au capital, mais cet &#171; id&#233;al &#187; n'est pas fortuit, il se nourrit de luttes locales et trouve une forme synth&#233;tique ad&#233;quate dans le sujet m&#234;me de la retraite, &lt;i&gt;symbole de la dignit&#233; ouvri&#232;re&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est cette implosion de l'identit&#233; ouvri&#232;re dans l'asyst&#233;mie de la revendication salariale et la crise du rapport d'exploitation actuel qu'il faut saisir au travers de la multiplicit&#233; des pratiques qui ont constitu&#233; ce mouvement qui l'ont construit comme cette implosion : grandes manifestations, gr&#232;ves locales sp&#233;cifiques, gr&#232;ves intermittentes sur les retraites mais toujours intriqu&#233;es avec des revendications propres, blocages de sites de production ou de lieux de circulation, interventions lyc&#233;ennes, pr&#233;sence des ch&#244;meurs et pr&#233;caires, assembl&#233;es interpro, syndicalisme de base, conflits &#224; l'int&#233;rieur des syndicats (essentiellement de la CGT), id&#233;ologie de l'identit&#233; ouvri&#232;re, id&#233;ologie activiste d'un &#171; d&#233;passement potentiel &#187; qui serait toujours l&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Face &#224; n'importe quel mouvement social, il est facile d'avoir un point de vue analytico-t&#233;l&#233;ologique (c'est par exemple le type de point de vue le plus r&#233;pandu face au mouvement dit des &#171; indign&#233;s &#187; en 2011). Cette m&#233;thode (applicable &#233;galement &#224; &#171; l'histoire de la pens&#233;e &#187;) consiste &#224; d&#233;couper une lutte ou un ensemble de luttes en caract&#233;ristiques diverses (l'analyse), puis, en fonction de la suite des &#233;v&#233;nements advenus ou seulement esp&#233;r&#233;s par l'auteur, conform&#233;ment &#224; son syst&#232;me, de voir cette suite comme la r&#233;alisation de quelques unes des caract&#233;ristiques produites par l'analyse (t&#233;l&#233;ologie). Caract&#233;ristiques que l'on aura pris soin de d&#233;finir conform&#233;ment &#224; la suite advenue ou esp&#233;r&#233;e. Cela n'a rien &#224; voir avec la d&#233;finition des contradictions d'une lutte &lt;i&gt;prise comme un tout&lt;/i&gt;, comme une probl&#233;matique, et qui d&#233;terminent ses limites, son retournement ou son d&#233;passement et non la victoire / r&#233;alisation de caract&#233;ristiques isol&#233;es comme germes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Dans ce mouvement se sont juxtapos&#233;s autant des formes diff&#233;rentes, voire contradictoires et des perspectives qui n'ont pas grand-chose en commun. De la strat&#233;gie des journ&#233;es d'actions / manifestations, propri&#233;t&#233; de l'intersyndicale, aux bocages et piquets volants, aux affrontements de rue et aux gr&#232;ves qui ne se sont pas g&#233;n&#233;ralis&#233;es. &#187; (&lt;i&gt;Paradoxes en automne&lt;/i&gt;, en pdf sur le net). Le constat est exact, mais le but de ce texte, surtout dans sa deuxi&#232;me partie est de montrer comment cette diversit&#233; s'est construite, comment ces divers &#233;l&#233;ments se rattachent les uns aux autres et se compl&#232;tent. La diversit&#233; fait sens, forme une totalit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous envisagerons d'abord la r&#233;forme des retraites dans le cours actuel du rapport d'exploitation d&#233;finissant cette phase du mode de production capitaliste. Qui est concern&#233; par cette r&#233;forme ? Comment a-t-elle pu devenir un probl&#232;me g&#233;n&#233;ral ? Nous verrons ensuite comment les diverses pratiques qui ont fait le mouvement s'impliquent entre elles, construisent une unit&#233; de ce mouvement et en font une totalit&#233; dont la d&#233;finition comme relation entre &lt;i&gt;syndicalisme de base&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;unit&#233; id&#233;ale de la classe&lt;/i&gt; est &#224; peine esquiss&#233;e dans cette introduction. L&#224;, nous verrons &#233;galement pourquoi ce mouvement, malgr&#233; quelques apparences et les oripeaux dont il s'est parfois couvert appartient au cycle de luttes actuel. Il s'agira ensuite de montrer comment dans la fa&#231;on dont les luttes de ce mouvement ont pris l'activisme (qu'il nous faudra d&#233;finir) &#224; contre-pied, on peut le consid&#233;rer dans son existence et ses pratiques comme sympt&#244;me du fait de lutter en tant que classe comme limite actuelle de la lutte de classe. Enfin, nous serons amen&#233;s &#224; analyser la crise de la repr&#233;sentation institutionnelle et politique ainsi que la d&#233;sobjectivation paradoxale de la lutte des classes qui se sont manifest&#233;es dans ce mouvement comme critique et opposition &#224; l'&#233;conomie.&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt;&lt;strong&gt;La r&#233;forme des retraites dans la crise de la phase du mode de production capitaliste ouverte par la restructuration des ann&#233;es 1970 &lt;/strong&gt;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Il faut &#234;tre lucide, il y a des sujets sur lesquels la conclusion d'un accord n'est pas possible, tout simplement parce que cela ne rel&#232;ve pas du champ de la n&#233;gociation sociale&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(Nicolas Sarkozy)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; &#199;a ne sert &#224; rien de faire gr&#232;ve aujourd'hui &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(Eric Woerth)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Au moment des faits, Nicolas Sarkozy &#233;tait Pr&#233;sident de la r&#233;publique et (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La situation ant&#233;rieure de la lutte de classe, ainsi que le mouvement ouvrier, reposait sur la contradiction entre d'une part la cr&#233;ation et le d&#233;veloppement d'une force de travail mise en &#339;uvre par le capital de fa&#231;on de plus en plus collective et sociale, et d'autre part les formes apparues comme limit&#233;es de l'appropriation par le capital de cette force de travail, dans le proc&#232;s de production imm&#233;diat et dans le proc&#232;s de reproduction&lt;i&gt;.&lt;/i&gt; Voil&#224; la situation conflictuelle qui se d&#233;veloppait comme &lt;i&gt;identit&#233; ouvri&#232;re&lt;/i&gt;, qui trouvait ses marques et ses modalit&#233;s imm&#233;diates de reconnaissance (sa confirmation) dans la &#171; grande usine &#187;, dans la dichotomie entre emploi et ch&#244;mage, travail et formation, dans la soumission du proc&#232;s de travail &#224; la collection des travailleurs, dans les relations entre salaires, croissance et productivit&#233; &#224; l'int&#233;rieur d'une aire nationale, dans les repr&#233;sentations institutionnelles que tout cela implique tant dans l'usine qu'au niveau de l'Etat. &#187; (&lt;i&gt;Fondements critiques d'une th&#233;orie de la r&#233;volution&lt;/i&gt;, p. 40, Ed. Senonevero) Il y avait production et confirmation &#224; l'int&#233;rieur m&#234;me de l'autopr&#233;supposition du capital d'une identit&#233; ouvri&#232;re par laquelle se structurait, comme mouvement ouvrier, la lutte de classe. C'est tout cela que la restructuration initi&#233;e au d&#233;but des ann&#233;es 1970 a lamin&#233;, emportant avec elle l'identit&#233; ouvri&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'attaque du salaire n'est pas de fa&#231;on simple une constante lin&#233;aire du capitalisme allant en s'aggravant. Jusqu'au d&#233;but des ann&#233;es 1970, dans les aires centrales du capitalisme, la construction et reconnaissance l&#233;gitime dans le mode de production capitaliste du prol&#233;tariat comme interlocuteur national socialement et politiquement, du point de vue m&#234;me du capital, mettait en forme un rapport d'exploitation du travail produisant ses propres conditions d'effectuation alors optimales du point de vue m&#234;me de la valorisation du capital. Dans le capitalisme restructur&#233;, la reproduction de la force de travail a &#233;t&#233; l'objet d'une &lt;i&gt;double d&#233;connexion&lt;/i&gt;. D'une part d&#233;connexion entre valorisation du capital et reproduction de la force de travail, d'autre part, d&#233;connexion entre la consommation et le salaire comme revenu&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir : La restructuration telle qu'en elle-m&#234;me et Revendiquer pour le (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'est-ce en fait l'asyst&#233;mie de la revendication ? C'est le contenu en acte, pratique, imm&#233;diat, dans l'activit&#233; de la classe, de la disparition de l'identit&#233; ouvri&#232;re en ce qu'elle ne pouvait exister que produite et confirm&#233;e dans une reproduction du capital telle que la revendication faisait syst&#232;me. Les deux (asyst&#233;mie et disparition de l'identit&#233; ouvri&#232;re) sont par l&#224; indissociables. La satisfaction de revendications particuli&#232;res ou locales peut encore &#233;ventuellement &#234;tre obtenue, mais le rapport global ne peut rien l&#226;cher. La p&#233;nurie de plus-value n'explique pas tout, &#171; l'argent manque &#187; c'est s&#251;r, mais il manquait tout autant et encore plus dans les ann&#233;es trente aux Etats-Unis ou en France. L'ill&#233;gitimit&#233; de la revendication rel&#232;ve avant tout de la d&#233;finition structurelle et qualitative du rapport d'exploitation dans la phase du mode de production capitaliste qui aujourd'hui entre en crise. Le &#171; partage des richesses &#187; de question essentiellement conflictuelle dans le mode de production capitaliste est devenu &lt;i&gt;tabou&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les manifestants contre le recul de l'&#226;ge de la retraite savaient pertinemment que la satisfaction de la revendication &#233;tait inaccessible, contrairement &#224; ce qui peut occasionnellement survenir dans quelques gr&#232;ves particuli&#232;res &#224; revendications sp&#233;cifiques. Les manifestations &#233;taient le fil conducteur et l'unit&#233; du mouvement, elles en affirmaient la d&#233;termination tout en connaissant le caract&#232;re maintenant ill&#233;gitime de sa revendication centrale. Dans leur refus proclam&#233; de ne &#171; rien l&#226;cher &#187;, les manifestations reconnaissaient cette ill&#233;gitimit&#233; dans une d&#233;n&#233;gation qui ne trompait personne et surtout pas ceux qui scandaient le slogan. Les manifestants, par cette d&#233;n&#233;gation du renoncement &#224; la revendication centrale (&#171; On ne l&#226;che rien &#187;) proclamaient la d&#233;n&#233;gation de l'ill&#233;gitimit&#233; syst&#233;mique de la revendication salariale dans les modalit&#233;s de l'exploitation actuelles dans le mode de production capitaliste issu de la restructuration des ann&#233;es 1970 / 1980. Ils affirmaient, face &#224; la classe capitaliste (Nicolas Sarkozy, Liliane Bettencourt, Eric Woerth : il y avait de la personnalisation de l'ennemi dans ce mouvement), une appartenance &#224; la classe exploit&#233;e et revivaient id&#233;alement une identit&#233; ouvri&#232;re disparue. Le prurit d&#233;mocrate radical ou citoyenniste &#233;tait bien fini : aucune &#233;loge pompeuse et fun&#232;bre de la &#171; culture ouvri&#232;re &#187;, aucune positivit&#233; du travail, ni aucune alternative &#224; la &#171; gestion lib&#233;rale &#187; impos&#233;e par la &#171; dictature des march&#233;s &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;n&#233;gation sans illusion de l'inaccessibilit&#233; de la satisfaction de la revendication posait dans un m&#234;me mouvement l'ill&#233;gitimit&#233; structurelle de la revendication et son in&#233;luctabilit&#233;, sa nature de classe envers et contre tout, si bien exprim&#233;e par le slogan &#171; je lutte de classe &#187;. Slogan dans lequel le sujet appara&#238;t comme acteur d'un ph&#233;nom&#232;ne &#224; la fois obsol&#232;te &#8211; la sacro-sainte lutte des classes du programmatisme&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Nous entendons par programmatisme ce contenu de la lutte de classe (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#8211; et imp&#233;rissable, in&#233;luctable ; Slogan dont le caract&#232;re grammaticalement incorrect posait, avec une ironie feinte, son caract&#232;re politiquement incorrect &#224; l'heure de l'ill&#233;gitimit&#233; de la revendication. L'identit&#233; qui &#233;tait exprim&#233;e dans ces manifestations &#233;tait vide de toute positivit&#233;, elle n'avait ni la positivit&#233; pleine du socialisme du travail productif, ni celle r&#234;v&#233;e de l'&#233;conomie solidaire des citoyens du d&#233;mocratisme radical. C'&#233;tait une conscience de soi performative, instantan&#233;e et fugace dont l'affirmation r&#233;it&#233;r&#233;e de manif en manif donnait une identit&#233; &#224; tout le mouvement pour le temps du mouvement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La r&#233;forme dans la restructuration et sa crise&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Europe, s'est install&#233; un climat d'instabilit&#233; sociale &#224; long terme, les mouvements sociaux nationaux s'encha&#238;nent, partout c'est le salaire et la reproduction sociale de la force de travail qui est en jeu. Les lois, les d&#233;crets, les r&#233;formes pleuvent dans tous les secteurs et &#224; toutes les &#233;chelles. &#171; Fermeture des h&#244;pitaux, fin des CDI, fermeture des &#233;coles et des lyc&#233;es, privatisation des universit&#233;s, casse de la s&#233;curit&#233; sociale et de toute protection sociale en g&#233;n&#233;ral, gel voire baisse des salaires, hausse des prix, casse des conditions de travail, conditions de vie toujours plus pr&#233;caires et mis&#233;rables, licenciements de masse, casse de la fonction publique et du service public, sonnent comme un &#233;cho logique et irr&#233;versible avec la surveillance des ch&#244;meurs, le nouvel armement de la police, la hausse de la vid&#233;osurveillance, le contr&#244;le des m&#233;dias et l'accroissement de la censure, la mise en ill&#233;galit&#233; de la gr&#232;ve dans son effectivit&#233; pratique, le tout-s&#233;curitaire notamment &#224; l'encontre de sans-papiers, les camps de r&#233;tention, la fermeture des fronti&#232;res, la complexification de la bureaucratie sociale, la r&#233;pression et la criminalisation syst&#233;matique et acharn&#233;e des mouvements sociaux, le flicage du net, la destruction des lieux de vie alternatifs, etc., etc. &#187; (&lt;i&gt;L'insurrection qu'on vit&lt;/i&gt;, texte sur le site &lt;i&gt;le Jura libertaire&lt;/i&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le capitalisme restructur&#233; a int&#233;gr&#233; l'attaque contre la valeur de la force de travail comme caract&#233;ristique fonctionnelle, structurelle et permanente destin&#233; &#224; ne jamais &#234;tre achev&#233;e. M&#234;me le fameux &#233;quilibre promis des r&#233;gimes de retraites gr&#226;ce &#224; la r&#233;forme ne pourra &#234;tre au mieux (ou au pire) que provisoire : &#171; Le retour &#224; l'&#233;quilibre repose largement sur un syst&#232;me de tuyauterie. (&#8230;) Le gouvernement a pr&#233;tendu faire une r&#233;forme 'courageuse'. En r&#233;alit&#233;, en recourant &#224; des exp&#233;dients, mais en faisant payer le prix fort aux assur&#233;s, il n'a fait que retarder les &#233;ch&#233;ances &#187; (&lt;i&gt;le Monde&lt;/i&gt; du 28 octobre 2010). &#171; Le redressement de l'&#233;conomie fran&#231;aise implique de sortir d'un d&#233;veloppement ax&#233; sur la consommation, aliment&#233;e par des transferts sociaux financ&#233;s par la dette &#187; avance l'&#233;conomiste Nicolas Baverez.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Allemagne avec les lois Harz, entre 2003 et 2005, puis l'Agenda 2010, la dur&#233;e des prestations ch&#244;mage a &#233;t&#233; r&#233;duite ainsi que les d&#233;penses d'assurance-maladie, la fiscalit&#233; sur les entreprises a &#233;t&#233; diminu&#233;e pour &#234;tre transf&#233;r&#233;e sur la TVA.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au Royaume Uni, le ministre des finances, George Osborne, a pr&#233;sent&#233; le 20 octobre 2010 un projet de budget dans lequel tous les postes de l'Etat-providence seront diminu&#233;s d'au moins 10 %. Le 10 novembre 2010, la manifestation contre les coupes budg&#233;taires dans l'enseignement sup&#233;rieur dont le budget doit baisser de 40 % d'ici 2015 (les universit&#233;s anglaises et galloises pourront facturer leurs prestations jusqu'&#224; 9000 livres par an contre 3290 auparavant) se termine par le saccage du si&#232;ge du Parti conservateur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au Portugal, &#171; le gouvernement socialiste (remplac&#233; depuis par un gouvernement conservateur qui a pris des mesures encore plus drastiques, nda) va amputer les salaires des fonctionnaires, augmenter les imp&#244;ts et la TVA, rogner les aides sociales et les allocations familiales, r&#233;duire ses investissements. Mesures qui aggraveront l'appauvrissement de la classe moyenne, dans un pays o&#249; de plus en plus de salari&#233;s doivent se contenter d'un salaire minimum fix&#233; &#224; 475 euros mensuels. Par ricochet, cette politique amplifiera encore le nombre de ces petits boulots annexes, qui permettent de s'en sortir, et le champ de cette pr&#233;carit&#233; qui n'en finit plus d'&#233;roder l'emploi stable, y compris au sein de la fonction publique. &#187; (&lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; du 21-22 novembre 2010). Un gros tiers de la population active de cinq millions de personnes &#233;tait d&#233;j&#224; &#224; l'&#233;poque compos&#233; de travailleurs pr&#233;caires. La fonction publique se vide de ses fonctionnaires au gr&#233; des d&#233;parts &#224; la retraite. Les fameux &#171; &lt;i&gt;recibos verdes&lt;/i&gt; &#187; ont m&#234;me fait leur apparition dans la fonction publique. Ces re&#231;us avaient &#233;t&#233; con&#231;us pour les travailleurs ind&#233;pendants. Ils ont &#233;t&#233; massivement adopt&#233;s par les entreprises, qui se transforment ainsi en clientes de leurs employ&#233;s. Ceux-ci leur facturent leurs prestations sans &#234;tre prot&#233;g&#233;s par un contrat, sans disposer d'aucune des couvertures r&#233;serv&#233;es aux salari&#233;s : maladie, retraite, ch&#244;mage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Irlande, dans le budget pr&#233;sent&#233; fin 2010 le salaire minimum est baiss&#233; de 8,65 Euros &#224; 7,65, les prestations sociales, dont les allocations familiales seront amput&#233;es de 3 milliards d'Euros (14 %). S'ajoutent la suppression de 25 000 emplois publics (8 %), la r&#233;duction de 10 % du salaire des nouveaux fonctionnaires et de 6 % &#224; 12 % de la retraite des anciens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et, bien s&#251;r, la Gr&#232;ce : hausse de la TVA, gel des retraites, chasse au &#171; gaspillage &#187; des caisses de sant&#233;, r&#233;duction d'emploi dans le secteur public, r&#233;duction des salaires, fin des conventions collectives, emploi des jeunes pour 534 Euros par mois, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me en Su&#232;de, les conditions d'adh&#233;sion aux syndicats et aux caisses de ch&#244;mage g&#233;r&#233;es par les syndicats ont &#233;t&#233; bouscul&#233;es. L'all&#232;gement fiscal pour ces deux cotisations a disparu. Les cotisations individuelles aux caisses de ch&#244;mage ont &#233;t&#233; augment&#233;es et les allocations ch&#244;mage baiss&#233;es. Il en est de m&#234;me pour l'assurance maladie. R&#233;sultat : les caisses de ch&#244;mage ont perdu un demi-million d'adh&#233;rents. Cette r&#233;forme a permis au gouvernement de faire des &#233;conomies qui ont financ&#233; ses premi&#232;res baisses de l'imp&#244;t sur le revenu. Comme le premier ministre le souhaitait, cette d&#233;t&#233;rioration du syst&#232;me a pouss&#233; certains Su&#233;dois &#224; accepter des emplois non qualifi&#233;s. Alors que jusqu'&#224; la fin des ann&#233;es 1990, un ch&#244;meur su&#233;dois touchait 80 % de son salaire (avec un plafond), en 2002, le m&#234;me ch&#244;meur ne touchait plus que 67 % et 50 % en 2008 (cf.&lt;i&gt;, Le Monde&lt;/i&gt; du 17 septembre 2010). Et m&#234;me, actuellement : &#171; En Su&#232;de, deux ch&#244;meurs sur trois ne touchent aucune indemnisation ! Jeunes, immigr&#233;s et m&#232;res c&#233;libataires, ils ont en commun de fr&#233;quenter le march&#233; du travail de fa&#231;on sporadique, ce qui ne les qualifie pas pour b&#233;n&#233;ficier de l'assurance-ch&#244;mage dont les r&#232;gles ont &#233;t&#233; durcies depuis l'arriv&#233;e au pouvoir de la droite en 2006. &#187; (&lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; du 15-16 avril 2012).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En France, la r&#233;forme des syst&#232;mes des retraites &#233;tait inscrite de longue date au calendrier de la restructuration du rapport capital / travail. Le report de l'&#226;ge l&#233;gal de d&#233;part en retraite appara&#238;t, comme revendication du Medef, au printemps 2009, lors des r&#233;unions de concertation sur la r&#233;forme des r&#233;gimes de retraites compl&#233;mentaires (Arco, Agirc). La position du gouvernement &#233;tait encore d&#233;finie par les promesses &#233;lectorales du candidat Sarkozy comme il le rappelait lui-m&#234;me. La com&#233;die qui se joue au d&#233;but du mois de mai 2010 montre que la crise est pass&#233;e par l&#224; et que ses effets se cumulent avec ceux de la restructuration. Le nouveau ministre du Travail (Woerth) s'emporte contre le journal &lt;i&gt;le Monde &lt;/i&gt;du 3 mai 2010 car, dans ses colonnes on a pu lire que les discussions qui s'ouvrent sur la r&#233;forme du r&#233;gime g&#233;n&#233;ral des retraites vont porter sur la modification de l'&#226;ge de d&#233;part. Il ne s'agirait l&#224; que d'une rumeur sans fondement, pure invention de journaliste. Quinze jours plus tard, et en l'espace de quarante-huit heures, le pr&#233;sident, le secr&#233;taire g&#233;n&#233;rale de l'UMP, et ce m&#234;me ministre du Travail annoncent qu'ils ont refait leur calcul, que Mitterrand a commis une erreur en abaissant l'&#226;ge de d&#233;part &#224; soixante ans en 1983 et que, tout compte fait, ils vont remettre un peu d'ordre l&#224;-dedans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis quelque temps, les agences de notation laissaient planer la menace d'un abaissement de la note de la France (le fameux &#171; AAA &#187;, la note maximale), menace renouvel&#233;e au printemps 2010. L'un des effets directs de la crise sur le financement des retraites est l'abaissement de la masse salariale (- 1,4 % en 2009) et la diminution proportionnelle des pr&#233;l&#232;vements. La crise permettait au gouvernement d'enfoncer le clou, de s'en prendre &#224; un symbole politique : l'&#226;ge de d&#233;part en retraite. Le calendrier &#233;tait &#233;tabli depuis longtemps et la marge de man&#339;uvre des syndicats bien circonscrite. Le 14 avril 2010, le Comit&#233; d'observation des retraites avait rendu public un &#233;ni&#232;me rapport dans lequel le rel&#232;vement de l'&#226;ge de d&#233;part en retraite &#233;tait l'une des solutions propos&#233;es pour renflouer les caisses ou du moins pour freiner l'endettement. Pas besoin de chercher plus loin, quels arguments les partenaires sociaux auraient-ils pu opposer &#224; une telle autorit&#233; ? Aucun, comme l'a montr&#233; la suite.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ces deux paragraphes sont librement repris de la brochure Paradoxes en (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi la d&#233;fense des retraites est devenue un mouvement g&#233;n&#233;ral{{}}&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Derri&#232;re le consensus apparent de la d&#233;fense des retraites, c'est aussi la d&#233;fense et la croyance dans le vieux mod&#232;le fordiste qui s'agitait. Pourtant son proc&#232;s de production et de partage des richesses a &#233;t&#233; liquid&#233;. Nous sommes &#224; la fin d'un moment historique, au regard de ces trente derni&#232;res ann&#233;es. De ce point de vue, les jeux sont faits. Car, qui peut croire d&#233;fendre sa retraite aujourd'hui. Avec quarante ann&#233;es d'annuit&#233;, il faut avoir un emploi prot&#233;g&#233;, une carri&#232;re commenc&#233;e t&#244;t. Une situation qui s'apparente de plus en plus &#224; celle de dinosaures au sein des travailleurs. &lt;i&gt;C'est cette cat&#233;gorie qui &#233;tait dans la rue dans les premi&#232;res manifestations de juin et de septembre&lt;/i&gt; (c'est nous qui soulignons). Ceux pour qui le deal d'une carri&#232;re longue, avec un boulot plus ou moins difficile et pay&#233; juste de quoi &#234;tre un consommateur moyen, passait par une mise &#224; l'abri socialement. Mise &#224; l'abri de la jungle de la concurrence du march&#233; du travail, mise &#224; l'abri avec l'assurance de garder tant bien que mal, un niveau de vie acceptable apr&#232;s sa carri&#232;re. Ce deal &#233;tait rompu, ne serait-ce qu'en ajoutant deux ans de labeur. Dans ces premi&#232;res manifestations se trouvaient aussi la fraction la moins riche de 'la classe moyenne'. Celle pour qui il serait possible de s'assurer une retraite par capitalisation, mais qui y perdrait tout de m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Si le mouvement a continu&#233;, d&#233;passant le cycle des manifestations d&#233;fil&#233;s, c'est parce que cette d&#233;fense d'un statu quo s'est elle-m&#234;me mu&#233;e en une critique plus profonde. Pour beaucoup, la retraite n'est plus un horizon, aussi lointain soit-il. Des formes de travail beaucoup plus atomis&#233;es, avec des plages sans revenus, des tafs non d&#233;clar&#233;s, des solutions de d&#233;brouille quelconques, etc. Les quarante annuit&#233;s, c'est une &lt;i&gt;condamnation au travail &#224; perp&#233;tuit&#233;&lt;/i&gt;. Et puis la mise en concurrence permanente, le trop peu pour survivre, poussent &#224; ne pas voir plus loin que le jour m&#234;me. Pourtant, une grande partie de ceux pour qui la retraite rimera s&#251;rement avec minimum vieillesse &#233;tait dans la rue, sur les piquets, les blocages. C'est que la critique ne portait pas simplement sur ces deux ann&#233;es suppl&#233;mentaires, mais sur nos vies enti&#232;res coinc&#233;es entre le travail et la survie. (&#8230;) Le consensus apparent sur la d&#233;fense des retraites recouvre des int&#233;r&#234;ts contradictoires. Les motivations de ceux qui esp&#232;rent encore obtenir quelque chose du vieil Etat-Providence s'opposent &#224; celles de la plupart des manifestants, pour lesquels les difficult&#233;s du pr&#233;sent font de la retraite m&#234;me un mirage. &#187; (&lt;i&gt;Paradoxes en automne&lt;/i&gt;, op. cit.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La lutte contre la r&#233;forme des retraites est un r&#233;v&#233;lateur non pas d'autre chose mais de tout ce qui est inscrit dans cette r&#233;forme. La question de l'&#226;ge de d&#233;part &#224; la retraite, de l'obtention de son taux plein, des annuit&#233;s n&#233;cessaires, c'est la question de l'emploi et de la mani&#232;re de la g&#233;rer depuis trente ans. La question c'est l'organisation du &lt;i&gt;march&#233; du travail&lt;/i&gt; dans le mode de production capitaliste issu de la restructuration des ann&#233;es 1970 : la pr&#233;carisation ; les jeunes de moins de 25 ans qui sont au ch&#244;mage&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;En juillet 2010, selon P&#244;le emploi, les jeunes de moins de 25 ans qui (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ; les plus de 55 ans qui sont pouss&#233;s vers la sortie (en 2010, il y a eu 350 000 licenciements conventionnels).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut dater l'entr&#233;e de la France dans cette nouvelle organisation du march&#233; du travail de la &#171; circulaire B&#233;r&#233;govoy &#187; de novembre 1982 : l'indemnisation du ch&#244;mage commence &#224; &#234;tre dissoci&#233;e, selon sa dur&#233;e et le cursus ant&#233;rieur des ch&#244;meurs, entre un r&#233;gime d'assurance financ&#233; sur une base contributive et g&#233;r&#233;e sur un mode paritaire, et un r&#233;gime dit de solidarit&#233; par lequel l'Etat prend en charge l'indemnisation de certaines cat&#233;gories de personnes priv&#233;es d'emploi. Une partie des ch&#244;meurs d&#233;croche d'un r&#233;gime du travail &#224; un r&#233;gime de solidarit&#233;. Le syst&#232;me de segmentation de la force de travail et de &lt;i&gt;cr&#233;ation&lt;/i&gt; de cat&#233;gories est alors renforc&#233; par l'apparition et le d&#233;veloppement de &lt;i&gt;l'insertion&lt;/i&gt;, ciblant des populations produites comme particuli&#232;res (la petite diff&#233;rence et ses grandes cons&#233;quences que l'on voit &#233;galement &#224; l'&#339;uvre avec le travail f&#233;minin) et des zones particuli&#232;res (quartiers, cit&#233;s). Ce n'est pas un hasard si la notion et la pratique de l'insertion suit imm&#233;diatement l'&#233;t&#233; chaud des Minguettes. Se cristallisent ainsi des cat&#233;gories de plus en plus nombreuses &#224; l'int&#233;rieur de la force de travail globale disponible et des politiques diff&#233;renci&#233;s de rapport entre travail salari&#233; et ch&#244;mage. Alors que dans les ann&#233;es 70 (rapport Stol&#233;ru), les &#171; exclus &#187; sont consid&#233;r&#233;s et construits comme une population r&#233;siduelle par rapport &#224; la logique g&#233;n&#233;rale du rapport entre emploi salari&#233; et ch&#244;mage, l'insertion construit de fa&#231;on positive des cat&#233;gories dans ce rapport ; le principe d'h&#233;t&#233;rog&#233;n&#233;it&#233; et de segmentation de la force de travail l'emporte. D&#233;j&#224;, dans la seconde moiti&#233; du septennat de Val&#233;ry Giscard d'Estaing, &#233;taient apparus les premiers &#171; pactes pour l'emploi &#187; afin de faciliter l'embauche des jeunes et les op&#233;rations &#171; habitat et vie sociale &#187;. &#171; Derri&#232;re ces initiatives se profile une double prise de conscience : que la pauvret&#233; pourrait ne pas seulement repr&#233;senter des ilots d'archa&#239;sme dans une soci&#233;t&#233; vou&#233;e au progr&#232;s, mais d&#233;pendre de &lt;i&gt;processus en rapport avec l'emploi&lt;/i&gt; (c'est nous qui soulignons) ; que les probl&#232;mes que posent certains jeunes ne doivent pas seulement s'interpr&#233;ter en termes d'inadaptation personnelle (...) La soci&#233;t&#233; salariale commence &#224; perdre sa bonne conscience.&#8221; (Robert Castel, &#8220;Les m&#233;tamorphoses de la question sociale&#8221;, Ed Fayard p 423).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les nouvelles modalit&#233;s de l'exploitation de la force de travail totale comme une seule force de travail sociale disponible face au capital et segmentable &#224; l'infini, il &#233;tait devenu impossible de continuer &#224; traiter &#171; l'exclusion &#187; comme un parcours individuel et un ph&#233;nom&#232;ne r&#233;siduel n'apparaissant que par soustraction. La segmentation est tout autant division, cr&#233;ation de cat&#233;gories, que continuum de positions qui coexistent dans un m&#234;me ensemble et se contaminent les unes les autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les pays centraux du mode de production capitaliste, les m&#233;canismes de production d'une population ouvri&#232;re superflue subsistent et sont m&#234;me plus efficaces que jamais, mais &lt;i&gt;il n'y a plus de population ouvri&#232;re superflue&lt;/i&gt;. Bien s&#251;r, existe toujours cet &#171; encombrement &#187; d&#233;pr&#233;ciant la force de travail, mais ce n'est pas tout, les choses sont globalement devenues beaucoup plus subtiles. Le mode de production capitaliste effectue alors la synth&#232;se de deux tendances qui lui sont inh&#233;rentes : la cr&#233;ation constante d'une force de travail comme superflue et la n&#233;cessit&#233; de traiter l'ensemble de la force de travail disponible comme force de travail n&#233;cessaire. L'organisation du march&#233; du travail dans lequel l'ensemble de la force de travail disponible est constamment pos&#233;e comme d&#233;j&#224; achet&#233;e et appartient &#224; l'ensemble du capital (sa rotation et sa pr&#233;carit&#233; g&#233;n&#233;ralis&#233;e), et le compl&#233;ment de salaire pour une fraction de la force de travail, m&#234;me r&#233;ellement engag&#233;e dans le proc&#232;s de production, viennent mettre en forme, unifier ces tendances contradictoires. Le caract&#232;re superflue d'une partie de la force de travail demeure, mais ce caract&#232;re au lieu d'&#234;tre le fait d'une fraction nettement d&#233;limit&#233;e de celle-ci est liss&#233; sur l'ensemble de la force de travail, ce qui g&#233;n&#233;ralise la d&#233;pr&#233;ciation du prix de la force de travail, int&#232;gre dans la reproduction g&#233;n&#233;rale de la force de travail le caract&#232;re constant du processus de production d'une surpopulation ouvri&#232;re, et autorise une utilisation intensive maximum de la force de travail sociale disponible dans sa totalit&#233;. C'est un tel processus qui est &#224; l'&#339;uvre dans l'ensemble des dispositions qui, en France, tournent autour du RMI ou du RMA, puis du RSA, des &#171; travailleurs pauvres &#187;, des salaires &#233;quivalent &#224; un SMIC &#224; mi-temps et des allocations &#171; en sifflets &#187;. Le march&#233; du travail est devenu un &#171; plan social &#187; permanent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En France, entre 1980 et 2007 (rien ne s'est am&#233;lior&#233; depuis&#8230;), &#171; la proportion des travailleurs &#224; temps partiel est pass&#233; de 6 % &#224; 18 % de l'effectif salari&#233; total et celle des autres formes d'emplois atypiques (intermittence, int&#233;rim, etc.) de 17 % &#224; 31 % du salariat (&lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; du 30 novembre 2007). Mais la pr&#233;carit&#233; n'est pas seulement cette part de l'emploi que l'on peut qualifier &lt;i&gt;stricto sensu&lt;/i&gt; de pr&#233;caire. Int&#233;gr&#233;e maintenant dans toutes les branches d'activit&#233;s, elle est bien s&#251;r une &#171; menace &#187; sur tous les emplois dits &#171; stables &#187;. Les emplois stables adoptent les caract&#233;ristiques de la pr&#233;carit&#233; dont principalement la flexibilit&#233;, la mobilit&#233;, la disponibilit&#233; constante, la sous-traitance pr&#233;carisant l'emploi m&#234;me &#171; stable &#187; des PME, le fonctionnement par objectifs dans les grandes entreprises. La liste des sympt&#244;mes de la contagion de la pr&#233;carit&#233; sur les emplois &lt;i&gt;formellement&lt;/i&gt; stables est longue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; On peut parler de nouvelles politiques de l'emploi d&#232;s lors qu'un ensemble coh&#233;rent de nouveaux dispositifs &#233;merge, qui t&#233;moigne d'une nouvelle repr&#233;sentation de la nature et des causes du ch&#244;mage. Les politiques de r&#233;duction du co&#251;t du travail, d'un c&#244;t&#233;, et le d&#233;veloppement d'incitations mon&#233;taires au retour &#224; l'emploi, de l'autre, ont profond&#233;ment transform&#233; la panoplie des politiques pour l'emploi. En France, comme dans de nombreux pays d'Europe, les nouveaux dispositifs sont cibl&#233;s sur les bas salaires, privil&#233;gient les incitations mon&#233;taires, subventionnent &#224; la fois les salari&#233;s et leurs employeurs et mobilisent des budgets sans pr&#233;c&#233;dent. Dans une logique d'activation de la protection sociale, l'objectif est de favoriser la progressivit&#233; des pr&#233;l&#232;vements sociaux tout en limitant la d&#233;gressivit&#233; des transferts, au travers des &lt;i&gt;in work benefits&lt;/i&gt; destin&#233;s &#224; combler les 'trappes &#224; pauvret&#233;'. (&#8230;) Alors que la baisse du ch&#244;mage pouvait se faire par le biais d'une hausse du non-emploi auparavant, c'est d&#233;sormais la baisse du non-emploi qui est privil&#233;gi&#233; (en renfor&#231;ant l'attrait du march&#233; du travail). (&#8230;) Au travers d'un grand nombre de dispositifs nouveaux, on veut d&#233;sormais soutenir l'offre de travail alors que l'objectif poursuivi jusqu'&#224; la fin des ann&#233;es 1980 par l'action publique &#233;tait plut&#244;t d'encourager les retraits d'activit&#233;. La cible n'est plus de diminuer le taux de ch&#244;mage, mais d'accro&#238;tre le taux d'emploi. (&#8230;) On peut d&#233;nombrer plus de dix millions de salari&#233;s concern&#233;s par les exon&#233;rations sur les bas salaires. On peut d&#233;nombrer aussi 8,5 millions de b&#233;n&#233;ficiaires de la prime pour l'emploi. Le changement d'&#233;chelle est tr&#232;s net (2,8 millions de b&#233;n&#233;ficiaires de la politique de l'emploi en 2000, nda). Il en va de m&#234;me si l'on consid&#232;re les budgets mobilis&#233;s par les politiques de l'emploi. &#187; (Yannick L'Horty, &lt;i&gt;Les nouvelles politiques de l'Emploi&lt;/i&gt;, Ed. La D&#233;couverte 2006, pp. 3-4 et 6-7).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans une telle organisation du march&#233; du travail, le '&lt;i&gt;travailler plus&lt;/i&gt;' pour financer les retraites a sonn&#233; comme une provocation. A peine le mouvement &#233;tait-il en train de s'&#233;teindre que Renault annon&#231;ait le d&#233;part anticip&#233; en pr&#233;retraite de 3000 salari&#233;s pour ma&#238;triser ses sureffectifs : &#171; Cette d&#233;cision qui va &#224; rebours du discours sur la n&#233;cessit&#233; de maintenir dans l'emploi les seniors a provoqu&#233; l'&#233;tonnement de Laurence Parisot, la pr&#233;sidente du Medef. &#187; (&lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; du 25 novembre 2010). Compte tenu d'une entr&#233;e plus tardive sur le march&#233; du travail et de l'allongement de la dur&#233;e de cotisation, l'&#226;ge moyen de d&#233;part &#224; taux plein est aujourd'hui de 62 ans ; &#171; 93 % des assur&#233;s n&#233;s en 1970 ne pourraient pas partir &#224; 60 ans en 2030 avec une pension compl&#232;te &#187; (&lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; du 14 septembre 2010). Les 67 ans (taux plein en 2023) p&#233;nalisent les salari&#233;s qui ont eu des carri&#232;res morcel&#233;es, marqu&#233;es par des interruptions d'activit&#233; (ch&#244;mage, pr&#233;carit&#233;, etc.). La mesure touchera durement les femmes, dont pr&#232;s de 30 % font valoir aujourd'hui leurs droits &#224; la retraite &#224; 65 ans pour pouvoir b&#233;n&#233;ficier du taux plein. La r&#233;forme fran&#231;aise est une des rares en Europe &#224; jouer &#224; la fois sur le recul des &#226;ges l&#233;gaux et sur l'allongement des dur&#233;es de cotisation, avec en outre un calendrier d'application aussi court.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cumuler emploi et retraite, prolonger sa carri&#232;re pour arrondir sa pension, sont des solutions r&#233;serv&#233;es &#224; un petit nombre de personnes, cadres sup&#233;rieurs ou travailleurs ind&#233;pendants. La grande majorit&#233; n'a pas le choix : ce sont les employeurs qui, dans un contexte &#233;conomique donn&#233;, d&#233;cident. Les salari&#233;s n'ont pas pour horizon l'&#226;ge l&#233;gal de la retraite, leur horizon, c'est l'esp&#233;rance de dur&#233;e dans l'emploi, et donc l'&#226;ge de d&#233;part effectif, depuis longtemps inf&#233;rieur &#224; l'&#226;ge l&#233;gal. Les entreprises poussent dehors les travailleurs &#226;g&#233;s, qui regardent d'autant plus vers la sortie qu'on les y pousse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les jeunes, qui savent les difficult&#233;s qui les attendent &#224; l'entr&#233;e du march&#233; du travail, savent que d'autres se pr&#233;senteront &#224; la sortie, pour eux ce sera difficile tout le temps&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La liste est longue des formules imagin&#233;es pour faciliter l'insertion des (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. C'est cette angoisse qui s'exprime. Et cela n'implique pas forc&#233;ment de l'animosit&#233; envers les g&#233;n&#233;rations pr&#233;c&#233;dentes. Les uns et les autres se rendent compte qu'ils partagent une m&#234;me inqui&#233;tude vis-&#224;-vis de la pr&#233;carit&#233;. Cela dit, il ne faut pas perdre de vue que c'est la jeunesse scolaris&#233;e que l'on a vu dans les manifs et les blocages peu celle qui a d&#233;j&#224; un emploi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'attaque des retraites qui n'a rien &#224; priori de r&#233;el pour des lyc&#233;ens, &#224; l'&#233;vidence, les touchait pourtant. Ils le disaient et le montraient bien. En quoi cette &#171; r&#233;forme &#187; les touchait-elle maintenant et pas dans un avenir brumeux ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La retraite existe imm&#233;diatement en ce qu'elle est du salaire report&#233; et socialis&#233;, on paie maintenant les pensions des retrait&#233;s de maintenant, c'est donc une situation imm&#233;diate qui anticipe r&#233;ellement la situation &#224; venir - les jeunes de demain ne paieront plus ma retraite comme je le ferai moi-m&#234;me pour les retrait&#233;s de maintenant- la mise en perspective de la vie de salari&#233; est d&#233;truite tout de suite. On est dans l'absence de futur aussi bien pour l'embauche maintenant que pour la retraite plus tard. En attaquant les retraites les capitalistes et leur Etat confirme solennellement que le salariat est en crise aig&#252;e et qu'ils n'envisagent pas que &#231;a s'arrange. Il faudrait que les jeunes soient de sacr&#233;s abrutis pour ne pas le voir, le chantage &#224; la formation &#171; &#224; d&#233;bouch&#233;s &#187; est vid&#233; de tout sens puisque vid&#233; de tout futur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La lutte contre la r&#233;forme des retraites a int&#233;gr&#233; tout naturellement, parce que c'&#233;tait le v&#233;ritable sujet, le refus et la lutte contre l'organisation du march&#233; du travail. C'est en cela qu'elle est devenue un mouvement g&#233;n&#233;ral.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un tract distribu&#233; dans les P&#244;les emploi d'Avignon, on pouvait lire : &#171; Nous vivons trop longtemps, nous sommes trop souvent malades, nous sommes trop nombreux &#224; ch&#244;mer et pas assez &#224; cotiser. Bref nous coutons trop cher. Par 'r&#233;alisme &#233;conomique', il faudrait que chacun fasse un effort, se serre un peu plus la ceinture pour sauver les syst&#232;mes de r&#233;partition. Faire passer l'&#226;ge de d&#233;part &#224; la retraite de 60 &#224; 62 ans, c'est dire : 'Vous allez devoir travailler plus longtemps pour toucher une retraite convenable'. Cette injection au travail est un foutage de gueule. Une grande partie de ceux qui arrivent &#224; l'&#226;ge de la retraite est d&#233;j&#224; sortie de l'emploi. Par &#233;puisement, ras-le-bol, licenciement ou maladie. Dans un contexte de ch&#244;mage structurel et de pr&#233;carisation de l'emploi, la figure du travailleur garanti qui cotise &#224; taux plein est devenue marginale. Pr&#233;caires permanents, Rmistes de longue date, CDistes &#224; temps partiel, RSAstes fra&#238;chement arriv&#233;s, sans papiers, int&#233;rimaires depuis toujours, &#233;tudiants longue dur&#233;e, jeunes disqualifi&#233;s, nous sommes d&#233;j&#224; tr&#232;s nombreux &#224; &#234;tre exclus du syst&#232;me de retraites actuel. Nous ne cotiserons jamais assez. Loin de vouloir sauver quoi que ce soit, cette r&#233;forme r&#233;duit toujours plus la possibilit&#233; d'une retraite &#224; taux plein, voire d'une retraite tout court. Elle poursuit la destruction progressive du syst&#232;me par r&#233;partition et son remplacement par des logiques de privatisation. (&#8230;) La 'p&#233;dagogie' gouvernementale appliqu&#233;e au 'probl&#232;me' des retraites est la m&#234;me que celle appliqu&#233;e au 'probl&#232;me' du ch&#244;mage : nous serions tous individuellement responsables du d&#233;ficit comptable, responsables de ne pas savoir nous adapter aux exigences du march&#233;, de ne pas &#234;tre pr&#234;ts &#224; nous vendre &#224; n'importe quel prix, de ne pas nous comporter comme d'habiles petits auto-entrepreneurs de nous-m&#234;mes, de ne pas participer &#224; notre propre exploitation. (&#8230;) Refuser la r&#233;forme des retraites, c'est commencer par dire : 'Non, nous ne devons rien !', 'Pas question d'endosser le sauvetage de l'&#233;conomie et d'un capitalisme en crise !'. C'est dire : 'On ne veut pas travailler plus'. (Tract reproduit dans &lt;i&gt;Incendo&lt;/i&gt; n&#176; 5, journal ap&#233;riodique avignonnais, novembre 2010)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, si la r&#233;forme des retraites engage l'ensemble des salari&#233;s parce que c'est du march&#233; du travail dont il est question, pour la m&#234;me raison, elle les engage de fa&#231;on diverse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Cette mesure va creuser les in&#233;galit&#233;s entre les diff&#233;rentes cat&#233;gories de retrait&#233;s en faisant travailler davantage les parcours professionnels les plus d&#233;favoris&#233;s pour des pensions m&#233;diocres. (&#8230;) donner tout son poids &#224; l'extraordinaire diversification-complexification du travail et du salariat qui s'est produite depuis l'instauration du droit &#224; la retraite. (&#8230;) Au d&#233;but du XXe si&#232;cle (loi sur les retraites ouvri&#232;res et paysannes de 1910), mais encore lorsque notre r&#233;gime actuel de retraite est instaur&#233; en 1945, le salariat est majoritairement le salariat ouvrier exerc&#233; sous la forme d'un m&#233;tier manuel de transformation de la mati&#232;re. Cette situation a radicalement chang&#233;. Les ouvriers agricoles qui repr&#233;sentent encore, &#224; la veille de la seconde guerre mondiale le quart de la population ouvri&#232;re ont pratiquement disparu. Le salariat ouvrier est devenu majoritairement un salariat de services plut&#244;t qu'un travail d'ex&#233;cution. Le nombre des employ&#233;s d&#233;passent d&#233;sormais celui des ouvriers. De nouvelles cat&#233;gories salariales en rapide expansion assurent la promotion g&#233;n&#233;ralis&#233;e du salariat : professions interm&#233;diaires, cadres moyens et sup&#233;rieurs, gonflement de la fonction publique&#8230;La donn&#233;e sociologique fondamentale depuis une soixantaine d'ann&#233;es est que le salariat a litt&#233;ralement explos&#233;. &#187; (Robert Castel, &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; du 20 ao&#251;t 2010). Comme les mouvements des indign&#233;s et les mouvements &#171; &lt;i&gt;occupy&lt;/i&gt; &#187;, comme les r&#233;voltes arabes (dans un tout autre contexte et avec d'autres enjeux), cette lutte contre la r&#233;forme des retraites a pos&#233; la question de la d&#233;finition aujourd'hui de la classe ouvri&#232;re dans sa segmentation. Il n'y aura plus d'unit&#233; de la classe pour elle-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La question de la segmentation est inh&#233;rente &#224; ce cycle de luttes &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la restructuration du capitalisme qui s'est mise en place &#224; partir du milieu des ann&#233;es 1970 ont disparu les contraintes sur l'accumulation que repr&#233;sentaient les rigidit&#233;s des march&#233;s du travail nationaux, les protections sociales, la division de l'&#233;conomie mondiale en blocs issus de la guerre froide et les d&#233;veloppements nationaux prot&#233;g&#233;s que cela permettait dans la &#171; p&#233;riph&#233;rie &#187; de l'&#233;conomie mondiale. A l'&#233;poque, la crise du mod&#232;le social fond&#233; sur le mod&#232;le productif et l'Etat-providence keyn&#233;sien aboutit &#224; la financiarisation, au d&#233;mant&#232;lement et &#224; la d&#233;localisation de la production industrielle, &#224; la destruction d'un pouvoir ouvrier, d'une identit&#233; ouvri&#232;re confirm&#233;e par la reproduction du capital, &#224; la d&#233;r&#233;gulation, &#224; la fin de la n&#233;gociation collective, &#224; la privatisation, &#224; l'&#233;volution vers le travail temporaire et flexible. La formation d'un march&#233; global du travail de plus en plus unifi&#233; comme un continuum de segmentation, la mise en place de politique n&#233;olib&#233;rales, la lib&#233;ralisation des march&#233;s, et la pression internationale &#224; la baisse des salaires et &#224; la d&#233;t&#233;rioration des conditions de travail repr&#233;sentent une contre-r&#233;volution dont le r&#233;sultat est que la contradiction entre le prol&#233;tariat et le capital se situe maintenant au niveau de la reproduction elle-m&#234;me du rapport d'exploitation, au niveau de l'implication r&#233;ciproque du prol&#233;tariat et du capital.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand la contradiction entre les classes se situe au niveau de leur implication r&#233;ciproque et de leur reproduction, 'le maillon le plus faible' de cette contradiction, l'exploitation qui constitue et relie les classes entre elles, se situe dans les moments de la &lt;i&gt;reproduction sociale de la force de travail&lt;/i&gt;, l&#224; o&#249; justement, loin de s'affirmer, la d&#233;finition du prol&#233;tariat, constitu&#233; par la contradiction qu'est dans le capital le travail productif, appara&#238;t toujours (et de plus en plus dans les formes actuelles de la reproduction) comme contingente et al&#233;atoire, non seulement pour chaque prol&#233;taire en particulier, mais structurellement pour l'ensemble de la classe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la crise actuelle ce sont ces caract&#233;ristiques d&#233;finitoires du capitalisme restructur&#233; qui de dynamiques se sont retourn&#233;es en limites et contradictions du d&#233;veloppement, qui de contre-tendances &#224; la baisse tendancielle du taux de profit sont devenues les axes portant cette baisse. C'est bien le capitalisme restructur&#233; qui est sp&#233;cifiquement entr&#233; en crise. Les contradictions et les limites qui explosent actuellement sont celles-l&#224; m&#234;mes qui avaient constitu&#233; la dynamique du syst&#232;me et en avaient d&#233;fini les conditions de d&#233;veloppement. Mais aussi, du c&#244;t&#233; du prol&#233;tariat, avec la disparition de l'identit&#233; ouvri&#232;re, la situation commune d'exploit&#233;s n'est rien d'autre que leur s&#233;paration. La tension &#224; l'unit&#233; existe dans le heurt avec les s&#233;parations, elle est alors, pour les prol&#233;taires, une contradiction avec leur propre appartenance de classe. La crise actuelle est une crise du rapport salarial tant comme capacit&#233; de valorisation du capital que comme capacit&#233; de reproduction de la classe ouvri&#232;re en tant que telle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A la fin du XIXe si&#232;cle, la cartellisation et la fuite en avant dans l'accumulation de la section I (celle des biens de production) est la r&#233;action du mode de production capitaliste au d&#233;s&#233;quilibre entre les sections de la production qui avait men&#233; &#224; la baisse du taux de profit et &#224; la &#171; grande d&#233;pression &#187; ; au d&#233;but des ann&#233;es 1930, Hoover pr&#233;c&#232;de Roosevelt ; au d&#233;but des ann&#233;es 1970, les politique de &#171; relance keyn&#233;sienne &#187; pr&#233;c&#232;dent Thatcher, Reagan et le plan de rigueur socialiste fran&#231;ais de 1983 ; au d&#233;but des ann&#233;es 2010 la pression sur la valeur de la force de travail pour accro&#238;tre le taux de plus-value redouble. Chaque fois, dans une premi&#232;re phase de la crise, la r&#233;action spontan&#233;e de la classe capitaliste est d'accentuer ce par quoi la catastrophe est arriv&#233;e. C'est alors le cours de la lutte des classes dans ses formes historiquement sp&#233;cifi&#233;es par la nature du rapport d'exploitation qui entre en crise qui d&#233;termine la suite. Il n'y a pas de t&#233;l&#233;ologie du mode de production capitaliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ill&#233;gitimit&#233; de la revendication salariale, ou mieux dit son asyst&#233;mie, dans le mode de production tel qu'il est sorti de la restructuration des ann&#233;es 1970 et &lt;i&gt;a fortiori&lt;/i&gt; dans sa crise a &#233;t&#233; le contenu de ce mouvement contre la r&#233;forme des retraites, elle l'a constitu&#233; de part en part et &lt;i&gt;il n'en est pas sorti&lt;/i&gt;, c'est en cela qu'il a &#233;t&#233; l'implosion de l'identit&#233; ouvri&#232;re. A aucun moment l'appartenance de classe n'est apparue ou n'a &#233;t&#233; fugitivement produite comme une contrainte ext&#233;rieure, elle s'est seulement repli&#233;e sur elle-m&#234;me comme unit&#233; &lt;i&gt;id&#233;ale&lt;/i&gt; de la classe dont les &#171; manifs &#187; &#233;taient la &lt;i&gt;repr&#233;sentation&lt;/i&gt; et d&#233;ploy&#233;e comme syndicalisme de base. Unit&#233; id&#233;ale et repr&#233;sentation de celle-ci, dans la mesure o&#249; l'activit&#233; m&#234;me dont elles &#233;taient le compl&#233;ment n&#233;cessaire, le syndicalisme de base, &#233;tait simultan&#233;ment la confirmation de la disparition de l'unit&#233; r&#233;elle.&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt;&lt;strong&gt;Du syndicalisme de base &#224; l'identit&#233; ouvri&#232;re comme id&#233;al : manifs, gr&#232;ves, AG et blocages.&lt;/strong&gt;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;P&#233;riodisation&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; On peut d&#233;finir trois temps dans ce que l'on nomme 'mouvement contre la r&#233;forme des retraites'. A partir du 7 septembre, la premi&#232;re de la rentr&#233;e, mais troisi&#232;me contre la r&#233;forme, jusqu'&#224; la manifestation du 12 octobre, on est dans la temporalit&#233; des grandes manifestations, kermesses syndicales ayant pour seul objectif d'affirmer l'incontournable r&#244;le des partenaires sociaux. C'est une p&#233;riode b&#226;tarde du mouvement. Le seul acteur r&#233;el est l'intersyndicale, et &lt;i&gt;in fine&lt;/i&gt; le couple Ch&#233;r&#232;que-Thibaut. A ce stade, les centrales souhaitaient achever ce ballet &#224; la fin du mois de septembre. Seulement, l'Etat ne leur l&#226;che rien qui pourrait ressembler &#224; une quelconque concession. Dans le m&#234;me temps, la rue ne d&#233;semplit pas. Une partie des militants des organisations veulent &lt;i&gt;y aller&lt;/i&gt;, et les orgas doivent alors les m&#233;nager. La contestation se massifie, au lieu de s'essouffler. Il n'est plus possible de lui claquer la porte au nez.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; A partir du 7 octobre, la modalit&#233; d'action et d'apparition du mouvement se diversifie. L'exigence d'une gr&#232;ve reconduite s'installe, les lyc&#233;ens prennent la rue&#8230; Bien s&#251;r, la gr&#232;ve dite reconductible fait partie du bluff syndical. Mais le 12 octobre, les manifestations qui s'&#233;branlent ne sont plus uniquement des cort&#232;ges syndicaux bien gard&#233;s. Nombre de groupes sans banderoles, sans drapeaux ou sonos crachotant des slogans font masse. On sent alors l'envie de ne pas en rester l&#224; largement partag&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Les gr&#232;ves (dans les transports, l'&#233;ducation&#8230;) ne sont pas en mesure de d&#233;sorganiser la production. Sauf dans les raffineries qui deviendront l'embl&#232;me du mouvement. Et s&#251;rement sa faiblesse. Nulle intention de mettre en doute la r&#233;elle combativit&#233; des salari&#233;s des raffineries, ni leurs raisons de se mettre en gr&#232;ve qui ne sont pas toutes li&#233;es &#224; la question des retraites ; relevons par exemple que pendant trois semaines, le site de Chigrin, &#224; c&#244;t&#233; de Chamb&#233;ry, a &#233;t&#233; bloqu&#233; plusieurs fois sans que cela semble attirer beaucoup l'attention et que d'un seul coup d'un seul toutes les raffineries de France se seraient trouv&#233;es bloqu&#233;es le 12 octobre. Les raffineries du groupe Total &#233;taient en gr&#232;ve depuis le mois de septembre, sauf Grandpuits qui approvisionne en partie l'Ile-de-France et qui entra en gr&#232;ve le 12 octobre. Les autres raffineries ne furent en gr&#232;ve que de mani&#232;re discontinue. Comme le dira un salari&#233; de Grandpuits : 'nous ne voulons pas &#234;tre le fer de lance du mouvement'. A d&#233;faut, le blocage des raffineries en aura &#233;t&#233; le drapeau. Le mouvement tardant d&#233;cid&#233;ment &#224; s'essouffler, les bureaucrates en seront r&#233;duits &#224; compter sur les vacances scolaires pour d&#233;mobiliser. A ce moment, les parlementaires avaient fini leurs devoirs et le mouvement sur la base de sa revendication &#8211; constituer un rapport de force pour inciter les &#233;lus &#224; revoir leur copie &#8211; ne pouvait pas se poursuivre. Et rien dans les &#233;v&#233;nements des semaines pr&#233;c&#233;dentes ne laissait augurer d'une autre issue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La manifestation du 28 octobre est celle du reflux, le troisi&#232;me temps du mouvement, commenc&#233; quelques jours avant. Le 29 octobre, la CGT remet au boulot les raffineries. A ce moment, les r&#233;quisitions font surtout partie de la communication politique, tant le retour &#224; la normale &#233;tait pr&#233;visible, d&#232;s le d&#233;but de la semaine. Habilement, les centrales n'appellent pas &#224; finir la gr&#232;ve. Elles continuent d'accompagner le mouvement, en faisant attention &#224; ce que les actions de blocage restent symboliques. Elles ont bien compris que l'usure sera plus longue que d'habitude. Et c'est la particularit&#233; de ce troisi&#232;me temps. Malgr&#233; la d&#233;faite et le reflux annonc&#233;, l'envie d'en d&#233;coudre demeure. A coup s&#251;r le serpent de mer ressurgira. &#187; (&lt;i&gt;Paradoxes en automne&lt;/i&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Durant le premier mois, &#224; partir du 7 septembre, on voit un nombre croissant de manifestants dans les diff&#233;rents d&#233;fil&#233;s, mais du c&#244;t&#233; des gr&#232;ves la situation n'est gu&#232;re brillante. Les gr&#232;ves ne touchent aucune entreprise priv&#233;e. Chez Renault &#224; Flins ou Citro&#235;n &#224; Aulnay, seulement 100 gr&#233;vistes pour des effectifs tournant autour de 4000. M&#234;me dans les manifs, on ne voit gu&#232;re de banderoles du priv&#233;. A la SNCF, la gr&#232;ve d'un jour ne mobilise qu'entre 25 % et 30 % du personnel, la situation est identique &#224; la RATP (sauf sur la ligne B du RER). A la Gare Saint Lazare, les Assembl&#233;es G&#233;n&#233;rales des 7 et 23 septembre n'attirent que 50 personnes. Les gens de la SNCF et de la RATP sont tranquilles avec leurs r&#233;gimes sp&#233;ciaux jusqu'en 2017. En revanche, localement (Orl&#233;ans, Quimper, Brest, H&#244;pital Tenon &#224; Paris), la participation des infirmi&#232;res &#224; la gr&#232;ve et aux manifestations est importante. Dans l'&#233;ducation nationale, le pourcentage de gr&#233;vistes d&#233;passe rarement les 20 %.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, dans cette morosit&#233; des gr&#232;ves quelques exceptions apparaissent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur la ligne B du RER, le pourcentage de gr&#233;vistes atteint 75 %, mais pour des raisons sp&#233;cifiques qui ont peu &#224; voir avec la lutte contre la r&#233;forme des retraites. La ligne B du RER est exploit&#233;e par la RATP jusqu'&#224; la Gare du Nord et au-del&#224; par la SNCF. Un accord entre la RATP et la SNCF pr&#233;voit de confier la totalit&#233; de l'exploitation &#224; la SNCF ce qui entraine le transfert des salari&#233;s. Dans cet accord, la direction a d&#233;cid&#233; de soumettre les travailleurs concern&#233;s &#224; ce qu'il ya de plus mauvais dans chacun des deux statuts, non en ce qui concerne les salaires, mais pour les rythmes de travail, les avantages sociaux et les primes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le secteur des raffineries, sur douze sites en France, six appartiennent &#224; Total. Dans son ensemble, le secteur conna&#238;t des probl&#232;mes de surcapacit&#233;s et de v&#233;tust&#233; d'installations qui, en outre, ne correspondent plus &#224; la tendance actuelle dans l'industrie p&#233;troli&#232;re d'installer les capacit&#233;s de raffinage &#224; proximit&#233; des champs de production. En regard des surcapacit&#233;s europ&#233;ennes, Total avait d&#233;cid&#233; de fermer la moiti&#233; de ses sites en France en commen&#231;ant par Dunkerque en janvier 2010. Les ouvriers avaient r&#233;ussi &#224; retarder l'application de la d&#233;cision de la direction et les syndicats avaient obtenu un jugement favorable contre lequel Total avait fait appel. Ainsi, les ouvriers, menac&#233;s et vigilants, ont profit&#233; de la lutte contre la r&#233;forme des retraites pour maintenir la pression sur Total, m&#234;me s'ils b&#233;n&#233;ficient d'un accord d'entreprise concernant les retraites meilleur que les lois en vigueur et &lt;i&gt;a fortiori&lt;/i&gt; sup&#233;rieur &#224; celles qui &#233;taient programm&#233;es. Les six raffineries de Total &#233;taient donc en gr&#232;ve depuis le d&#233;but du mois de septembre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur le port de Marseille, en septembre, la lutte avait commenc&#233; depuis quelques semaines d&#233;j&#224; sur des questions l&#224; aussi sp&#233;cifiques. Les travailleurs ont bloqu&#233; le port, mais plus efficace a &#233;t&#233; le blocage du terminal de Fos-sur-Mer qui ne commence que le 27 septembre. A Marseille &#233;galement, les employ&#233;s municipaux (&#233;boueurs, cantini&#232;res) &#233;taient en gr&#232;ve sur des questions particuli&#232;res. Pour les &#233;boueurs, il s'agissait de la composition des &#233;quipes de travail, des salaires et des conditions de travail. Pour les employ&#233;es des cantines scolaires, il s'agissait de r&#233;duire la pr&#233;carit&#233; de l'emploi et les temps partiels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Durant la semaine du 12 au 19 octobre, le ph&#233;nom&#232;ne nouveau est l'irruption spontan&#233;e des lyc&#233;ens en banlieue parisienne et en province. Dans Paris, les petites manifs spontan&#233;es sont calmes et ludiques, la police encadre et arr&#234;te le trafic, mais en banlieue, &#224; Montreuil, Nanterre ou Argenteuil, les sorties de coll&#232;ges ou de lyc&#233;es sont plus agit&#233;es : saccages de commerces, petits pillages et interventions violentes de la police qui attaque les manifestants &#224; la grenade et au flash ball, la m&#234;me chose se d&#233;roule &#224; Caen ou &#224; Rennes. C'est dans le Val-de-Marne qu'il y a eu le plus grand nombre d'accrochage, mais c'est &#224; Saint-Denis que s'est d&#233;roul&#233; l'action la plus violente lorsque des jeunes encagoul&#233;s ont attaqu&#233; un supermarch&#233;. L'Etat redoutait la r&#233;p&#233;tition d'une situation semblable &#224; celle de 2006 durant la lutte anti CPE, il s'agissait de tuer le mouvement dans l'&#339;uf.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'autre nouveaut&#233; de cette semaine l&#224; est le blocage des centres p&#233;troliers de distribution &#224; proximit&#233; des grandes villes. Blocages sous le contr&#244;le de la CGT et qui n'exc&#232;dent jamais deux jours cons&#233;cutifs (nous y reviendrons). Dans les raffineries, seulement &#224; Grandpuits la gr&#232;ve est continue. Au m&#234;me moment, sans revendications propres claires, l'entr&#233;e des chauffeurs routiers dans le mouvement et les quelques blocages qui s'ensuivirent demeurent &#233;ph&#233;m&#232;res. En revanche, le petit jeu du blocage des d&#233;p&#244;ts entre la CGT et la police se poursuit : les piquets ne sont pas d&#233;fendus et rapidement dispers&#233;s par la police, mais ils se d&#233;placent vers un autre d&#233;p&#244;t ou attendent le d&#233;part de la police pour se reconstituer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le Nord et dans le Pas de Calais, la CGT a men&#233;, sur une journ&#233;e, une gr&#232;ve de quelques heures mais qui a paralys&#233; trente grandes entreprises dont Alstom et Bombardier mais ni Renault, ni Toyota.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est enfin la semaine o&#249; d&#233;butent les affrontements de fin de manifestation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A partir du 19 octobre, le nombre de manifestants augmentent lors des d&#233;fil&#233;s mais le nombre de gr&#232;ves et de gr&#233;vistes diminuent. Les cheminots sont toujours en gr&#232;ve mais leur nombre est en constante diminution, la participation aux AG est toujours aussi faible et le rapport de force entre gr&#233;vistes et non gr&#233;vistes fait qu'il n'y a aucun blocage &#224; la SNCF. De m&#234;me, dans les secteurs de la sant&#233;, &#224; La Poste, dans l'Education nationale, le nombre de gr&#233;vistes d&#233;cro&#238;t et les gr&#232;ves d'une journ&#233;e sont plus un t&#233;moignage qu'une revendication. Il n'y a plus de gr&#232;ves &#224; la RATP, sauf l'exception habituelle de la ligne B du RER o&#249; le nombre de gr&#233;vistes passe tout de m&#234;me sous les 50 %.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, les travailleurs de Total, ceux du port de Marseille et les municipaux sont toujours en gr&#232;ve. Le 25, le pr&#233;fet r&#233;quisitionne les &#233;boueurs au moment o&#249; ceux-ci reprennent le travail. Dans la r&#233;gion parisienne, les lyc&#233;ens commencent des blocages d'autoroutes et de voies de chemin de fer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce mouvement, l'int&#233;r&#234;t sp&#233;cifique de la p&#233;riodisation r&#233;side dans le probl&#232;me qu'elle pose. D'une part, la p&#233;riodisation montre la diversit&#233; des activit&#233;s du mouvement, leur coexistence, leur entrelacement et m&#234;me le fait qu'elles se nourrissent les unes les autres. D'autre part, la chronologie souligne la diff&#233;rence de temporalit&#233;, de rythme entre les manifestations, les blocages, les gr&#232;ves (selon les secteurs et dans leur intermittence). Comme si toutes les activit&#233;s qui coexistaient et se nourrissaient mutuellement vivaient aussi de leur vie propre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un mouvement divers et diffus &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Les luttes et gr&#232;ves locales&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En octobre 2010, chacun se sentit concern&#233;, au moins pour exprimer son ras-le-bol. Il y a eu multiplicit&#233; des formes de lutte et des gr&#232;ves, et recherche de formes de luttes d&#233;passant la gr&#232;ve cat&#233;gorielle. Mais, il n'y eut qu'un &lt;i&gt;semblant&lt;/i&gt; de d&#233;passement de cet isolement. Les blocages ou les AG &#171; interpro &#187; ou &#171; interluttes &#187; furent sans effet sur ces gr&#232;ves et, lorsqu'elles se donnaient express&#233;ment comme but de lutter contre cet isolement, ne furent presque jamais le fait de ceux ou celles qui pr&#233;cis&#233;ment &#233;taient en gr&#232;ve. Quand les volontaires pour un blocage de site de production &#233;taient trop nombreux, les d&#233;l&#233;gu&#233;s syndicaux de base, c'est-&#224;-dire les gr&#233;vistes, les envoyaient manifester dans les rues d&#233;sertes de la banlieue ou du village voisins.&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt;Les cantini&#232;res scolaires de Marseille&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;A Marseille, les 4000 employ&#233;es des cantines scolaires (les &#171; tatas &#187;) sont les premi&#232;res, le 24 septembre, &#224; partir dans le cadre de la lutte contre la r&#233;forme des retraites en gr&#232;ve reconductible tournante. Le cas est int&#233;ressant car ce n'est pas la situation habituelle de luttes parties de revendications sp&#233;cifiques, n'ayant rien &#224; voir avec la r&#233;forme des retraites et qui trouvent dans cette lutte l'expression de la revivification de l'unit&#233; et de l'identit&#233; ouvri&#232;re comme id&#233;al. Ici, avec les cantini&#232;res, c'est &#224; l'inverse la lutte contre la r&#233;forme des retraites qui porte en avant des conditions de travail et d'emploi particuli&#232;res. Cependant, la lutte contre la r&#233;forme des retraites devenant alors la lutte contre ces conditions, le mouvement d&#233;veloppe ses revendications et sa dynamique propres dans le combat global contre le march&#233; du travail qui a &#233;t&#233; le fondement de la possible g&#233;n&#233;ralisation de ce mouvement. &#171; 'Le mot d'ordre a pris dans ce secteur f&#233;minin car les salari&#233;es sont issues de milieux populaires et touchent des salaires bas : de 1000 euros au d&#233;but pour finir &#224; 1400 euros', explique Pierre Godard, porte-parole des Territoriaux FSU. Avec des d&#233;buts de carri&#232;re tardifs, parfois cons&#233;cutifs &#224; un divorce &#8211; 37 % de familles de cantini&#232;res sont monoparentales &#8211; avec des carri&#232;res segment&#233;es, les syndicats ne sont pas surpris que le conflit des 'tatas' ait &#233;t&#233; 'parmi les premiers &#224; partir en reconductible'. A la porte des &#233;coles, les gr&#233;vistes expliquent aux parents qu'elles toucheront une retraite d'environ 800 euros. &#187; (&lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; du 7 octobre 2010). Les emplois sont pr&#233;caires, les embauches tardives, les interruptions au moment des naissances p&#233;nalisantes pour la carri&#232;re, et beaucoup &#233;l&#232;vent seules leurs enfants. La revendication c'est la retraite, mais la mobilisation se noue autour de toutes les sp&#233;cificit&#233;s de la segmentation sexu&#233;e du march&#233; du travail et pour elles particuli&#232;rement du fonctionnement de l'administration municipale : &#171; il y a tellement de m&#233;pris de la part de notre hi&#233;rarchie que &#231;a a fait boule de neige &#187; (une cantini&#232;re, &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; du 26 octobre 2010). Le mouvement s'est &#233;tendu dans les secteurs f&#233;minins de l'administration municipale. Apr&#232;s les &#233;coles, les cr&#232;ches, les biblioth&#232;ques, les postes administratifs ont &#233;t&#233; touch&#233;s : &#171; il y en a qui font des vacations de cinq heures et doivent se d&#233;brouiller avec 700 euros par mois, on se bat pour que les femmes soient embauch&#233;es &#224; temps plein, certaines restent pr&#233;caires pendant trois-quatre ans &#187; (&lt;i&gt;ibid&lt;/i&gt;). &#171; Personne ne veut nous recevoir &#187;, il est vrai que Jean-Claude Gaudin, maire UMP de Marseille r&#233;pond au journaliste du Monde : &#171; ces femmes-l&#224; sont bien contentes d'avoir du travail &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De m&#234;me : &#171; 'Stars' de la manifestation du 2 octobre (&#8230;) les caissi&#232;res de deux supermarch&#233;s Monoprix, en gr&#232;ve depuis le 17 septembre, sont 'embl&#233;matiques de millions de salari&#233;s invisibles des services et des commerces' observe Avelino Carvalho, responsable CGT de ce secteur d'activit&#233;. Ces salari&#233;es r&#233;clament une augmentation du nombre d'heures de leur temps partiel alors que moins d'un emploi sur deux est &#224; temps complet. &#187; (&lt;i&gt;Ibid&lt;/i&gt;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A l'usine &lt;i&gt;Fralib&lt;/i&gt; de G&#233;menos (filiale d'Unilever &#8211; Th&#233; El&#233;phant), en lutte depuis deux ans contre le plan de fermeture d'Unilever et pour imposer un projet coop&#233;ratif de relance de la production, les ouvri&#232;res ont l'impression de subir une &#171; double peine &#187; : &#171; la r&#233;forme des retraites est une injustice totale pour les femmes et Unilever veut fermer notre usine qui est rentable en nous proposant des postes &#224; Bruxelles ou en Pologne &#187; (&lt;i&gt;La Provence&lt;/i&gt; du 4 novembre 2010).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me les revendications des femmes pourtant principales victimes de la r&#233;forme et dont la situation &#233;tait embl&#233;matique de celle-ci sont apparues comme constituant une lutte particuli&#232;re. Selon le t&#233;moignage d'une copine : &#171; Les tracts nationaux du Planning familial d&#233;non&#231;aient la r&#233;forme sur le versant situation des femmes bien r&#233;sum&#233; dans le '&lt;i&gt;double journ&#233;e &#8211; demi retraite&lt;/i&gt;'. J'ai &#233;t&#233; surprise par la popularit&#233; du slogan lanc&#233; par C., une coll&#232;gue du Planning, qui &#224; ma connaissance avait d&#232;s la premi&#232;re manif fait un carton avec ce slogan, &#224; la suite de quoi j'ai vu plein de nanas afficher ce slogan dans les manifs suivantes, &#231;a a vraiment accroch&#233; et vite. Les coll&#232;gues du Planning &#233;taient en gr&#232;ve (on &#233;tait nombreuses en g&#233;n&#233;ral) les jours J, parfois sur des demi-journ&#233;es uniquement. Cela semblait important pour les coll&#232;gues qu'on soit nombreuses en gr&#232;ve et qu'on se retrouve aux manifs mais &#231;a se limite aux manifs. Pas de mobilisation sur les actions de blocage. Dans les discussions tout le monde consid&#233;rait que la revendication &#233;tait perdue d'avance et que de toutes fa&#231;ons, l'attaque se faisant tellement &#224; plein de niveaux, que &#231;a n'avait pas beaucoup de sens de se focaliser l&#224;-dessus, bref plus un truc de d&#233;nonciation globale des conditions d'existence. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt;Roubaix, La Redoute&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;Pour la manif du 23 septembre 2010, 14 bus sont pr&#233;vus par la CGT au d&#233;part de Roubaix, ce n'est pas que la question de la r&#233;forme des retraites y soit plus ressentie qu'ailleurs. &#171; A Roubaix, le contexte &#233;conomique p&#232;se lourd, les difficult&#233;s de la vente par correspondance attisent le feu. (&#8230;) &lt;i&gt;La Redoute&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;les 3 Suisses&lt;/i&gt;, les agents territoriaux et l'union locale CGT de Roubaix auront chacun leur bus. (&#8230;) On parle de 220 salari&#233;s bient&#244;t &#233;ject&#233;s de &lt;i&gt;La Redoute&lt;/i&gt; vers une filiale de mailing, aux salaires plus faibles. Un mouvement d&#233;j&#224; largement entam&#233; comme le confirme Jean-Claude Blanquart, le d&#233;l&#233;gu&#233; CFDT. 'Nous sommes 3500 &#224; &lt;i&gt;La Redoute&lt;/i&gt; contre le double, il y a dix ans. Et lors d'une expertise r&#233;cente du comit&#233; d'entreprise, nous avons d&#233;couvert que la direction comptait encore supprimer 1000 postes d'ici trois ans.' &#187; (&lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; du 21 septembre 2010).&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt;Arles, La Poste&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;Selon le t&#233;moignage d'un copain : &#171; Arles, jeudi 28 octobre 2010 : les postiers, apr&#232;s 16 jours de gr&#232;ve, vont reprendre le travail. Ils &#233;taient la locomotive, mais les wagons se rar&#233;fiant&#8230; le dernier moment fort de la lutte aura &#233;t&#233; hier matin, le blocage du centre de distribution 'sauvage' install&#233; par La Poste dans la ZI de Fourques, commune voisine, du c&#244;t&#233; gardois du petit Rh&#244;ne. Nous avons bloqu&#233; le gros camion du courrier, puis les voitures personnelles des int&#233;rimaires recrut&#233;s pour l'occasion. La Poste avait mis les moyens : un gros local et une douzaine de camionnettes lou&#233;es (Herz) et un chef de Marseille. Ce dernier est intervenu tout de suite, avec un huissier, sans compter la police municipale, le Premier adjoint et les gendarmes. Les int&#233;rimaires, tr&#232;s jeunes, surtout des femmes, souvent d'origine immigr&#233;e arabe, comprenaient et disaient souvent &#234;tre d'accord avec le mouvement. Mais c'&#233;tait dur de bloquer ainsi leur espoir de trouver quelques jours de travail et, surtout, de voir leur d&#233;sarroi et leur r&#233;signation souriante. Finalement, le chef les a renvoy&#233;es, devant nous, en leur annon&#231;ant qu'elles seraient pay&#233;es&#8230;1 heure ! Am&#232;re et perturbante situation. &#187;. De m&#234;me, &#224; Marseille La Poste : blocage du centre de distribution des colis dans la zone Eurom&#233;diterrann&#233;e &#224; Marseille afin d'exiger l'ouverture de n&#233;gociations sur les conflits en cours &#224; Marseille. L'initiative s'est termin&#233;e par une manifestation &#224; l'int&#233;rieur du b&#226;timent des docks de la Joliette.&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt;Aix en Provence, zone commerciale&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;Vendredi 29 octobre : ils &#233;taient 300, &#224; 5 heures du matin, les salari&#233;s du commerce et les unions locales d'Aix, Gardanne et Vitrolles &#224; bloquer pendant cinq heures la plateforme logistique des magasins Casino du d&#233;partement sur la zone industrielle des Milles. Autour d'un feu, les entr&#233;es et les sorties de camions ont &#233;t&#233; bloqu&#233;es. Cette initiative avait pour cible le patronat de la grande distribution dans laquelle de nombreux conflits &#233;taient en cours dans la r&#233;gion. A 8 heures, quelques cam&#233;ras sont arriv&#233;es, &#224; 8 h 30, la CGT a annonc&#233; la fin du blocage.&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt;Marseille, les ports&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;Depuis plusieurs mois, la CGT mena&#231;ait de s'opposer &#224; l'application de la r&#233;forme des ports si le gouvernement ne validait pas le principe d'une cessation anticip&#233;e d'activit&#233; pour p&#233;nibilit&#233;, act&#233;e dans le cadre d'une convention collective commune aux dockers et aux agents portuaires. Mais le conflit marseillais se doublait d'une autre gr&#232;ve &#224; Fos-sur-Mer pour protester contre la cr&#233;ation d'une filiale mi-publique, mi-priv&#233;, destin&#233;e &#224; g&#233;rer les terminaux p&#233;troliers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A Marseille, les &#171; bloquants &#187; les plus embl&#233;matiques de la &lt;i&gt;sp&#233;cificit&#233; de chaque gr&#232;ve&lt;/i&gt; qui a constitu&#233; le mouvement contre la r&#233;forme des retraites ne sont que 36. Ce sont les grutiers des bassins Est, entr&#233;s en gr&#232;ve illimit&#233;e le 27 septembre apr&#232;s une s&#233;rie d'arr&#234;ts de travail en juillet. Patrick Mennucci, maire du 1er secteur, a m&#234;me pu d&#233;clarer au nom du Parti socialiste : &#171; Il est insupportable qu'un groupe minoritaire cherche &#224; se cacher tel un bernard-l'ermite derri&#232;re le large mouvement de protestation contre la r&#233;forme des retraites dans le seul but de faire pr&#233;valoir des int&#233;r&#234;ts extr&#234;mement cat&#233;goriels &#187; (&lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; du 17-18 octobre 2010).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais le plus int&#233;ressant c'est que m&#234;me au sein de la f&#233;d&#233;ration des ports et docks de la CGT il y a conflit : les plus virulents bloquent l'application de la r&#233;forme des ports engag&#233;e depuis 2007, en revanche la f&#233;d&#233;ration CGT a choisi d'en n&#233;gocier la mise en &#339;uvre. Le syndicat des durs est regroup&#233; sur les terminaux p&#233;troliers et les bassins Est de Marseille, les &#171; r&#233;alistes &#187; sur les bassins Ouest et &#224; Fos-sur-Mer. La r&#233;forme d&#233;j&#224; mise en &#339;uvre au Havre vise &#224; transf&#233;rer &#224; des entreprises de manutention priv&#233;es des installations (grues, portiques) jusqu'alors confi&#233;es aux autorit&#233;s portuaires, sous l'autorit&#233; de l'Etat, et &#224; leur personnel &#224; statut. La r&#233;forme a pour cons&#233;quence de r&#233;unir dans la m&#234;me convention collective ex-personnel des ports et dockers ; pour les dockers, la CGT a accept&#233; la r&#233;forme au prix d'un accord prenant en compte la p&#233;nibilit&#233; des carri&#232;res et donc des d&#233;parts anticip&#233;s, accord finalement refus&#233; par le gouvernement et auquel s'accrochent les dockers CGT. De leur c&#244;t&#233;, ceux des bassins Est et des terminaux ont obtenu que la filiale d'exploitation des terminaux de Fos et de Lav&#233;ra soit d&#233;tenue majoritairement par le Port de Marseille et que les agents portuaires assurent les op&#233;rations de branchement des p&#233;troliers sur les installations du terminal, mais consid&#232;rent cela comme insuffisant. Avec les grutiers et les op&#233;rateurs de p&#233;troliers, ils contr&#244;lent la situation. Un dirigeant CGT des dockers de Fos peut alors d&#233;clarer : &#171; Nos divergences avec d'autres camarades s'&#233;talent au grand jour &#187;. Et un responsable patronal d'ajouter : &#171; Les dockers, qui sont employ&#233;s non par le port mais par des entreprises priv&#233;es, ont int&#233;r&#234;t &#224; jouer le jeu de la n&#233;gociation, d'autant que l'activit&#233; de Fos est bien mieux orient&#233;e que celle des bassins de Marseille, en perte de vitesse. &#187; (&lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; du 17-18 octobre 2010). Le but est finalement de transf&#233;rer vers Fos l'essentiel de l'activit&#233; industrielle des bassins Est. Toute la zone portuaire qui, dans Marseille, va du Vieux-Port &#224; l'Estaque &#233;tant destin&#233;e &#224; devenir un espace culturel &#224; la con, avec Mus&#233;e des civilisations m&#233;diterran&#233;ennes, salle de spectacle, h&#244;tels, port de plaisance, etc. Le chiffre d'un million de croisi&#233;ristes arrivant &#224; Marseille est en passe d'&#234;tre atteint, tous les emplois induits sont pr&#233;caires, et les chauffeurs de taxi re&#231;oivent des formations d'anglais&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt;Raffineries&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;En dehors des cantini&#232;res de Marseille, les gr&#232;ves reconductibles ne prennent que dans les raffineries (&lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; du 15 octobre 2010). La cristallisation du mouvement dans les raffineries s'explique par une situation sp&#233;cifique de cette branche de l'activit&#233; p&#233;troli&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lui-m&#234;me sp&#233;cifique, le secteur du raffinage est, en outre, atteint par la jonction de deux mouvements de gr&#232;ve eux-m&#234;mes distincts : celui des dockers de Marseille contre la r&#233;forme du port et celui contre les r&#233;ductions d'emploi et les fermetures de raffineries. A la mi-octobre, les dockers de Marseille bloquaient en mer pr&#232;s de 50 navires dont de nombreux tankers qui ne peuvent d&#233;charger dans les terminaux p&#233;troliers de Fos-sur-Mer et de Lav&#233;ra. Cette p&#233;nurie de brut affecte six raffineries sur les douze que compte la France : quatre dans la r&#233;gion de Marseille, une &#224; Feyzin (Rh&#244;ne) et une &#224; Reichstett (Alsace), ces deux derni&#232;res &#233;tant aliment&#233;es depuis Marseille par pipeline. Les six autres raffineries sont touch&#233;es par des mouvements de gr&#232;ve des ouvriers du raffinage contre la r&#233;forme des retraites mais surtout contre les propres menaces qui p&#232;sent sur eux. Pour ajouter &#224; la diversit&#233; du mouvement, outre les raffineries touch&#233;es par un manque d'approvisionnement, outre les raffineries de Total o&#249; les menaces de fermeture mobilisent les ouvriers, celles d'Exxon qui ne sont pas touch&#233;es pour l'une ou l'autre raison connaissent des gr&#232;ves du personnel d'exp&#233;dition. Souvent &#224; proximit&#233; des raffineries, les installations de d&#233;p&#244;t de carburants sont quant &#224; eux souvent bloqu&#233;s dans le cadre de la gr&#232;ve.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 26 octobre, reprise du travail dans trois des douze raffineries dont Fos-sur-Mer et d&#233;blocage de la totalit&#233; des 200 d&#233;p&#244;ts p&#233;troliers. Mardi 26 les salari&#233;s du d&#233;p&#244;t de carburants de Donges ont vot&#233; la reprise du travail, vendredi 29 octobre, arr&#234;t de la gr&#232;ve &#224; Feyzin ainsi qu'&#224; Donges (raffineries Total).&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt;Pr&#233;caires&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;La pr&#233;carisation, pourtant souci g&#233;n&#233;ral et ce par quoi, en grande partie, le mouvement contre la r&#233;forme des retraites est devenu un mouvement g&#233;n&#233;ral, est demeur&#233;e une affaire particuli&#232;re. A Marseille, d'apr&#232;s un t&#233;moignage : &#171; Volont&#233; du collectif contre la pr&#233;carisation qui fait r&#233;guli&#232;rement des occupations de P&#244;le emploi d'aller discuter avec les salari&#233;s de P&#244;le emploi dans les manifs. Ils l'ont fait &#224; deux reprises (je crois qu'on n'aurait jamais fait &#231;a durant le mouvement des ch&#244;meurs de 1998). (&#8230;) J'ai donc un peu c&#244;toy&#233; les gens du collectif contre la pr&#233;carisation et je trouve qu'il y a un m&#233;lange de gens &#233;tonnant, des gens qui pour la plupart ne sont pas d'un 'milieu' quel qu'il soit ni d'ailleurs dans une 'ligne' non plus. Ni vraiment activistes car m&#234;me s'ils 'cherchent' &#224; faire des trucs (ils avaient &#233;t&#233; vachement pr&#233;sents aupr&#232;s des gr&#233;vistes du Monoprix Canebi&#232;re), ils n'ont pas une conception abstraite de la pratique comme intervention, encore moins alternatifs ou radicaux. (&#8230;) Sur la fin du mouvement, aux vacances de la Toussaint, des AG interluttes &#224; la fac Saint Charles (Marseille) tous les jours &#224; 18 heures, j'y &#233;tais au d&#233;marrage et y'avait des gens du collectif pr&#233;caires, des radicaux libres et quelques &#233;tudiants, avec comme pratique principale les piquets volants et le soutien aux gr&#233;vistes sur les actions de blocage. A premi&#232;re vue, il y eu des AG &#224; quarante personnes quand m&#234;me, mais j'ai l'impression que la composition restait la m&#234;me qu'&#224; la premi&#232;re AG. Autrement dit &#231;a n'a pas pris j'ai l'impression (pour preuve il para&#238;t d'ailleurs que ces AG continuent encore&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ce texte a &#233;t&#233; r&#233;dig&#233; le 24 novembre alors que le mouvement &#233;tait mort.&#034; id=&#034;nh9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;) &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt;Eboueurs, Marseille&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;Un jour ce sont les conducteurs qui se mettent en gr&#232;ve, le lendemain, ceux qui sont derri&#232;re la benne : les &#171; ripeurs &#187;, le surlendemain, les agents de ma&#238;trise : l'&#233;quipage ne travaille pas, mais la retenue sur salaire ne s'applique qu'un jour sur trois. FO contr&#244;le la profession&#8230; jusqu'&#224; un certain point : &#171; Les conducteurs de bennes, ils prennent des initiatives tout seuls &#187; (un responsable FO, &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; du 26 octobre 2010). Au c&#339;ur du conflit, une sp&#233;cificit&#233; marseillaise : le &#171; fini-parti &#187; et le salaire. Leur t&#226;che termin&#233;e, les salari&#233;s peuvent quitter le travail m&#234;me s'ils n'ont pas fait leurs heures, le syst&#232;me permet de prendre un second travail non d&#233;clar&#233; pour compenser la faiblesse du salaire qui est la contrepartie du &#171; fini-parti &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Autre fa&#231;on d'arrondir les fins de mois, pendant longtemps, les champions de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. D&#233;j&#224; 30 % de la collecte sont effectu&#233;s par des entreprises priv&#233;s o&#249; les conditions ne sont pas les m&#234;mes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reprise du travail le mardi 26 octobre &#224; l'appel de FO et malgr&#233; le maintien du mot d'ordre de gr&#232;ve par l'intersyndicale qui n'inclut pas FO. Les &#233;boueurs parlent de la reprise impos&#233;e par FO : &#171; les jeunes 'boueux'&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;C'est l'appellation populaire des &#233;boueurs &#224; Marseille.&#034; id=&#034;nh11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; se sont fait manipuler alors qu'&#224; terme, au lieu de 55 ans, ils partiront &#224; 67 en 2020, 12 ans dans la gueule &#187; (&lt;i&gt;La Provence&lt;/i&gt; du 4 novembre 2010).&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt;&#171; Plong&#233;e au c&#339;ur de la Provence en col&#232;re &#187; (&lt;i&gt;La Provence&lt;/i&gt; du 4 novembre 2010)&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;Carpentras, mercredi 13 octobre, gr&#232;ve des 23 salari&#233;s de la cave des Chais Beauvali&#232;re, menac&#233;s de fermeture. Occupation jours et nuits emp&#234;chant l'entr&#233;e ou la sortie de marchandises. La gr&#232;ve s'ach&#232;ve le 4 novembre : les licenciements sont maintenus, mais les gr&#233;vistes obtiennent une prime extra-l&#233;gale et le paiement des jours de gr&#232;ve. (voir &lt;i&gt;Incendo&lt;/i&gt;, op. cit.).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malauc&#232;ne (nord Vaucluse), petite commune au pied du Mont Ventoux frapp&#233;e par la fermeture des papeteries : &#171; Elles pesaient au plus fort de l'activit&#233; 350 emplois pour 2750 habitants. Nous &#233;tions un village d'ouvriers-paysans ancr&#233; &#224; gauche. La sir&#232;ne rythmait la vie de Malauc&#232;ne. &#187; (le maire UMP du village).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ch&#226;teau-Arnoux : &#171; Au bout de l'avenue Alsace-Lorraine, &#224; Ch&#226;teau-Arnoux-Saint-Auban (Alpes de Haute-Provence), il est un banc o&#249; les anciens ouvriers d'Arkema s'assoient pour regarder leur usine &#224; l'agonie. Bernard Carmona, 56 ans, ancien secr&#233;taire CGT du CE est l&#224;, avec son fr&#232;re Patrick (&#8230;) 'Ces chemin&#233;es, c'est notre &#226;me, r&#233;sume Bernard. Sur 5200 habitants, cela repr&#233;sentait 3000 emplois au plus fort de l'activit&#233;. Les familles, les commer&#231;ants, les artisans se sont mobilis&#233;s avec nous pour d&#233;fendre le site. Et pour les retraites, la production a &#233;t&#233; arr&#234;t&#233;e neuf fois cette ann&#233;e.' Suicidaire disent certains pour un site fragilis&#233; et qui, dans quelques mois, ne comptera plus que 280 salari&#233;s. La lutte ne fait pas oublier le quotidien &#224; Ch&#226;teau-Arnoux. Celui d'un gros village o&#249; la manne financi&#232;re se d&#233;versait jadis et qui s'est sur&#233;quip&#233;. 'Maintenant, le boulodrome couvert ne sera plus chauff&#233;', d&#233;taille Bernard. &#187; (&lt;i&gt;La Provence&lt;/i&gt; du 4 novembre 2010).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est tout cela le &#171; fort ancrage populaire &#187; de la lutte contre la r&#233;forme des retraites dont il &#233;tait sans cesse question dans les m&#233;dias et qui &#233;tait r&#233;ellement tel. C'est ce sentiment social fait dans le mat&#233;riau d'une ancienne et obsol&#232;te identit&#233; ouvri&#232;re, ce sont les gr&#232;ves dans les professions encore &#224; statut ou encore fortement structur&#233;es par un emploi stable et souvent qualifi&#233;, les luttes dans des secteurs o&#249; des conventions collectives fortes organisaient l'emploi et les conditions de travail, qui ont &#233;t&#233; le fondement de ce mouvement contre la r&#233;forme des retraites et la base r&#233;elle de cette unit&#233; et identit&#233; ouvri&#232;re id&#233;ales en m&#234;me temps que ce contre quoi il fallait lutter &#233;tait la marque m&#234;me de son obsolescence. Ce fut alors un autre combat, celui de maintenant, celui du march&#233; du travail pr&#233;caris&#233; et segment&#233;, qui fut men&#233;, contre la crise de ce capital restructur&#233;, mais dans les vieux habits et en invoquant les mannes de cette classe ouvri&#232;re telle qu'elle fut et &#233;tait maintenant disparue. Le sujet le permettait et m&#234;me l'appelait. Le mouvement, pris comme totalit&#233;, a &#233;t&#233; la magnifique et improbable synth&#232;se momentan&#233;e de cette contradiction dans les termes. L'unit&#233; et l'identit&#233; ouvri&#232;res n'&#233;taient plus que des id&#233;aux et au moment o&#249; les gr&#232;ves qui sous-tendaient la continuit&#233; des manifestations, trouvaient en elles leur tempo et la force de leur poursuite (quand elles se poursuivaient), elles signifiaient de fait, dans leur sp&#233;cificit&#233; irr&#233;ductible, le caract&#232;re id&#233;al de l'unit&#233; qu'elles proclamaient par ailleurs dans ces manifestations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chaque cat&#233;gorie de participants &#224; ce mouvement avait d&#233;j&#224; des comptes anciens et r&#233;cents &#224; r&#233;gler. Ainsi le secteur portuaire &#233;tait sous pression de par l'entr&#233;e en vigueur en janvier 2011 d'une r&#233;forme dict&#233;e au niveau europ&#233;en (et mondial) impliquant une brutale &#171; lib&#233;ralisation &#187;, c'est-&#224;-dire une d&#233;valorisation des statuts professionnels, des licenciements, une exacerbation de la concurrence entre travailleurs dans l'attribution des t&#226;ches et cons&#233;quemment une forte pression &#224; la baisse sur les salaires. Outre la compression des co&#251;ts de transport des marchandises, l'adoption de cette r&#233;forme a &#233;galement pour but de casser la &lt;i&gt;combativit&#233; historique &lt;/i&gt;de ce secteur strat&#233;gique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le secteur p&#233;trolier (raffineries et d&#233;p&#244;ts), la promesse de maintenir l'activit&#233; de tous les sites de Total en France avanc&#233;e pour mettre fin &#224; la gr&#232;ve de f&#233;vier 2010 n'avait pas &#233;t&#233; tenue. Le site majeur de la raffinerie des Flandres avait &#233;t&#233; transform&#233; en d&#233;p&#244;t de carburants, tandis que le d&#233;p&#244;t Reichstett en Alsace devait &#234;tre purement et simplement ferm&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Souvent, la lutte contre la r&#233;forme des retraites masque des combats plus anciens pour l'am&#233;lioration des conditions de travail, le maintien du pouvoir d'achat et de l'emploi. Ainsi de la r&#233;forme portuaire qui doit, &#224; Marseille, &#234;tre mise en place en avril 2011. Le troisi&#232;me port mondial pour les hydrocarbures, avec un trafic annuel de 60 millions de tonnes est paralys&#233; depuis trente deux jours par la gr&#232;ve de 220 agents CGT des terminaux p&#233;troliers, oppos&#233;s &#224; leur transfert au sein d'une filiale d&#233;tenu &#224; 60 % par Grand Port maritime de Marseille (GPMM) &#187; (&lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; du 29 octobre 2010).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour terminer ce tour d'horizon, retournons passer la nuit avec les &#233;boueurs de Marseille. Le 22 octobre, une copine raconte : &#171; Nous sommes venus de la part d'un membre de CQFD&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Journal alternatif mensuel de contre-informations con&#231;u et &#233;dit&#233; &#224; Marseille.&#034; id=&#034;nh12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, ce qui a donn&#233; une certaine l&#233;gitimit&#233; &#224; notre pr&#233;sence ce soir l&#224;. Les types n'&#233;taient pas m&#233;fiants mais se demander ce qui pouvait bien nous motiver &#224; venir tard le soir sur un piquet de gr&#232;ve. Nous avons &#233;t&#233; accueillis par celui qui nous a sembl&#233; &#234;tre le porte parole des gr&#233;vistes ce soir l&#224;. Ils attendaient l'intervention de la police et savaient qu'ils allaient &#234;tre &#233;vacu&#233;s dans la nuit. Notre premier &#233;change a port&#233; sur le comportement &#224; tenir lors de l'arriv&#233;e de la police. Il avait &#233;t&#233; d&#233;cid&#233; de ne pas faire de r&#233;sistance, de s'asseoir et se faire d&#233;loger paisiblement. La condition pour que nous puissions rester aupr&#232;s d'eux &#233;tait de se plier &#224; ce mot d'ordre. Ces consid&#233;rations r&#233;gl&#233;es, nous avons pu &#233;changer et obtenir quelques informations. Nous avons appris que FO &#233;tait majoritaire au sein du centre de tri Nord et Sud et que le syndicat &#233;tait au moment m&#234;me en train de n&#233;gocier la reprise du travail moyennant une augmentation de 100 Euros pour les conducteurs. Sur ce piquet de gr&#232;ve pas un drapeau de FO mais des drapeaux de la CGT. Chaque gr&#232;ve des &#233;boueurs s'est termin&#233;e par une n&#233;gociation entre FO et les patrons. Pour qu'un camion fonctionne, il faut trois personnes qui ont trois postes bien diff&#233;rents. Il suffit que l'un d'entre eux se mette en gr&#232;ve et les deux autres ne peuvent pas travailler. En cela, les pertes de salaire sont minimes (les patrons enragent&#8230;) et de toute fa&#231;on, ils ont l'habitude de se mettre en gr&#232;ve et s'organisent en amont pour les questions salariales. Ils peuvent tenir tr&#232;s longtemps avec ce syst&#232;me l&#224;. Pour ceux qui &#233;taient pr&#233;sents, ils se sont mis en gr&#232;ve et savaient que c'&#233;tait d&#233;j&#224; perdu : 'Il en fallu de peu pour que nous gagnions, mais c'est foutu&#8230; sauf si les lyc&#233;ens et &#233;tudiants s'y mettent pour de bon&#8230;'. Mais ils n'y croyaient pas vraiment : 'fallait se mettre en gr&#232;ve plus par solidarit&#233; que par une r&#233;elle conviction de pouvoir gagner'. Alors : 'on n'est pas d&#233;sabus&#233; comme pour les autres gr&#232;ves'.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Ils nous ont aussi parl&#233; des cantini&#232;res, des statistiques sur la retraite plus faible pour les femmes que pour les hommes et du coup de la pr&#233;carit&#233; qui va toucher ses femmes, souvent en situation monoparentale. Et de leur point de vue, les cantini&#232;res pouvaient &#234;tre fi&#232;res de s'&#234;tre mises en gr&#232;ve en premier et d'avoir tenu bon. 'Ce sont ces femmes qui ont commenc&#233; le mouvement et pour elles la victoire est importante'. Pour eux aussi, mais visiblement ils auront plus d'argent, enfin ils avaient quand m&#234;me la sensation de bien se faire entuber par le gouvernement. Ils &#233;taient &#233;galement tr&#232;s en col&#232;re contre l'intervention de l'arm&#233;e dans la ville&#8230;posture m&#233;diatique du gouvernement. La derni&#232;re fois que l'arm&#233;e &#233;tait intervenue dans Marseille, c'&#233;tait sous Gaston Deferre&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Gaston Deferre, maire socialiste de Marseille de 1953 &#224; 1986.&#034; id=&#034;nh13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; et cette mesure avait &#233;t&#233; tr&#232;s impopulaire, les habitants s'&#233;taient r&#233;volt&#233;s contre ces briseurs de gr&#232;ve&#8230; ce qui n'a pas &#233;t&#233; le cas cette fois l&#224;. Voil&#224;, ils ont repris le travail le lendemain, enfin le surlendemain pour des effets d'annonce dans les journaux&#8230; pr&#234;ts &#224; se remettre en gr&#232;ve si le mouvement des lyc&#233;ens et des &#233;tudiants repartaient apr&#232;s les vacances &#8230; pour les retraites &lt;i&gt;et pas que pour &#231;a&lt;/i&gt; (c'est nous qui soulignons)&#8230; une gr&#232;ve pour exprimer un ras-le-bol g&#233;n&#233;ral. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce t&#233;moignage est int&#233;ressant quant &#224; l'ambig&#252;it&#233; du discours tenu par les gr&#233;vistes tel qu'il est rapport&#233;. D'abord, il est d&#233;clar&#233; que l'on s'est mis en gr&#232;ve par solidarit&#233; sur la question des retraites mais &#171; sans r&#233;elle conviction de pouvoir gagner &#187;, nous nous retrouvons avec le sentiment g&#233;n&#233;ral partag&#233; par tous les manifestants et les gr&#233;vistes que sur la r&#233;forme des retraites la satisfaction de la revendication &#233;tait impossible. Mais sous cette gr&#232;ve &#171; par solidarit&#233; &#187; (comme si le th&#232;me des retraites ne les concernait pas directement : simplement il fallait en &#234;tre) appara&#238;t une autre gr&#232;ve : &#171; &#8230;et pas que pour &#231;a &#187;. M&#234;me quand le discours g&#233;n&#233;ral est tenu, on s'aper&#231;oit que, comme dans &lt;i&gt;tous les cas&lt;/i&gt;, les gr&#232;ves, durant la p&#233;riode de ce mouvement ne fonctionnent et ne tiennent que quand elles se situent sur des revendications particuli&#232;res, depuis longtemps latentes, et dans des communaut&#233;s de travail persistantes, r&#233;sistantes et soud&#233;es. Communaut&#233;s conservant comme un l&#233;ger parfum d'anachronisme dans le rapport g&#233;n&#233;ral entre capital et le travail. Quand la personne qui s'exprime fait r&#233;f&#233;rence &#224; la lutte des cantini&#232;res dans les &#233;coles marseillaises, il fait r&#233;f&#233;rence &#224; une lutte, l&#224; aussi, commenc&#233;e avant les grandes manifs et portant sur des revendications sp&#233;cifiques. Ce qui n'emp&#234;che cet &#233;boueur de consid&#233;rer cette lutte des cantini&#232;res comme embl&#233;matique et motrice dans les circonstances de la lutte g&#233;n&#233;rale contre la r&#233;forme des retraites. Nous sommes l&#224; au c&#339;ur de l'ambig&#252;it&#233; de tout le mouvement tel qu'il a lieu. Quand le m&#234;me &#233;voque l'intervention de l'arm&#233;e et la diff&#233;rence de r&#233;action de la population, c'est la disparition de l'identit&#233; ouvri&#232;re qui globalement marquait encore dans les ann&#233;es 1960 une ville comme Marseille qui est simplement constat&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'identit&#233; ouvri&#232;re est &#224; la fois regrett&#233;e et rev&#233;cue de fa&#231;on &lt;i&gt;id&#233;ale&lt;/i&gt; en se nourrissant de luttes locales et elle trouve ad&#233;quatement &#224; s'exprimer dans le sujet m&#234;me de la retraite : &#171; Le travailleur a gagn&#233; sa retraite par son travail, la retraite est un salaire indirect. Il y a ainsi une relation organique entre le travail effectu&#233; et le droit &#224; la retraite : ce droit reconnait la dignit&#233; du travailleur en tant que producteur de la richesse sociale. &#187; (Robert Castel, &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; du 20 ao&#251;t 2010). Sous le titre &lt;i&gt;La retraite, agonie d'un mythe fran&#231;ais&lt;/i&gt; (&lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; du 21 octobre 2010), Robert Redeker &#233;crivait : &#171; La retraite est la grande promesse sociale qui maintient la coh&#233;rence du tissu collectif. (&#8230;) Le lyc&#233;en sait bien que la soci&#233;t&#233; n'a plus aucune perspective enthousiasmante &#224; lui offrir. Mais il pense qu'existe un au-del&#224; &#224; cette vie d&#233;chiquet&#233;e entre emplois pr&#233;caires et ch&#244;mage : la retraite. (&#8230;) Toute la vie, la retraite offre l'espoir d'une vie meilleure. Elle est le Graal dont le salariat est la qu&#234;te. (&#8230;) La retraite est alors per&#231;ue sous l'aspect de la r&#233;compense pour avoir accepter sans flancher toute une vie de 'gal&#232;res'. (&#8230;) Chacun le comprend : la retraite, si elle r&#233;ussit &#224; &#234;tre pr&#233;serv&#233;e, arrivera de plus en plus tard dans l'existence, sera difficile, se r&#233;v&#232;lera paup&#233;risante ; bref, elle sera &#224; l'image de la vie laborieuse, dans la continuit&#233; avec elle. (&#8230;) Ainsi, les imposantes manifestations de ces derniers jours sont elles, malgr&#233; les couleurs vives des banderoles, la gaiet&#233; des chants et des rythmes musicaux, des cort&#232;ges fun&#232;bres : ils portent &#224; sa derni&#232;re demeure, le grenier de l'histoire, un mythe bien fran&#231;ais, la retraite. &#187; Malgr&#233; cela et c'est le principal paradoxe de ce mouvement qui a constitu&#233; son unit&#233; contradictoire, une contradiction qui a li&#233; les &#233;l&#233;ments les uns aux autres : ce qui a rendu le mouvement g&#233;n&#233;ral, c'est bien, comme nous l'avons vu, la situation actuelle du march&#233; du travail. Situation actuelle du march&#233; du travail qui a fait la g&#233;n&#233;ralit&#233; du mouvement, &#171; dignit&#233; ouvri&#232;re &#187;, unit&#233; et identit&#233; id&#233;ales de la classe, gr&#232;ves locales sur des revendications sp&#233;cifiques l&#224; o&#249; persistaient des communaut&#233;s de travail, se sont coagul&#233;es en une unit&#233; paradoxale, mais unit&#233; tout de m&#234;me, pour constituer le mouvement contre la r&#233;forme des retraites de l'automne de 2010 en France.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Il n'y avait pas, dans l'esprit des personnes engag&#233;es dans ces gr&#232;ves, de contradiction entre leurs luttes particuli&#232;res et la lutte plus g&#233;n&#233;rale contre la r&#233;forme de retraites : il &#233;tait souvent affirm&#233; de mani&#232;re explicite qu'il s'agissait &#224; chaque fois de lutter contre une m&#234;me r&#233;alit&#233;, celle d'une situation sociale globale qui va toujours en empirant. Tout se passe comme si la mobilisation concernant la r&#233;forme des retraites avait jou&#233; un r&#244;le de catalyseur dans de nombreux secteurs, permettant &#224; des tensions persistantes d'&#233;clater en conflit ou &#224; des conflits pr&#233;existants de gagner en puissance et en visibilit&#233;. &#187; (L&#233;on de Mattis, &lt;i&gt;Gr&#232;ve Vs Blocage&lt;/i&gt;, sur le net : &lt;i&gt;Blog de L&#233;on de Mattis&lt;/i&gt;). Cela est exact, &#224; condition de relever la sp&#233;cificit&#233; des secteurs o&#249; pr&#233;cis&#233;ment la gr&#232;ve a pris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les gr&#232;ves sont demeur&#233;es dans leur sp&#233;cificit&#233;, des actions ont parfois &#233;t&#233; communes aux divers secteurs en lutte (blocages de p&#233;ages autoroutiers ou d'autres axes de circulation) tout en demeurant une &lt;i&gt;juxtaposition&lt;/i&gt; des forces. L'unit&#233; de la classe s'est r&#233;v&#233;l&#233;e dans ce mouvement comme un r&#234;ve d&#233;pass&#233; que la revendication pour le retrait de la r&#233;forme des retraites venait &lt;i&gt;symboliser&lt;/i&gt;. Les AG interpro sont non seulement rest&#233;es tr&#232;s marginales quant &#224; leur extension et &#224; leur impact dans le cours de la lutte, quand elles n'&#233;taient pas simplement des regroupements de ch&#244;meurs, de pr&#233;caires et d'&#233;tudiants, qui trouvaient l&#224; un mode de participation &#224; la lutte. Sous le nom &#171; d'interpro &#187;, elles n'&#233;taient alors que le lieu de regroupement et d'activit&#233;s d'un segment particulier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les AG &#171; interpro &#187;{}&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les assembl&#233;es g&#233;n&#233;rales interprofessionnelles ou &#171; interluttes &#187; ne sont pas sorties des limbes et ne furent que des ectoplasmes. N'&#233;tant pas n&#233;cessit&#233;es par le cours des gr&#232;ves, souvent elles apparaissent dans la fin du mouvement.&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt;A Paris : &lt;br class='autobr' /&gt;
L'interpro se r&#233;unissant &#224; la Bourse du travail n'&#233;tait autre qu'une &#171; inter-gauchistes &#187; rassemblant tout ce qui reste d'autogestionnaires, d'organisateurs de la base et quelques trotskistes auquel le Parti ou SUD ne suffisent pas. Dans le mouvement de 2010, les interpros sont surtout des aveux de faiblesse, l&#224; o&#249; il n'y a pas la force ou la volont&#233; de tenir une gr&#232;ve, les travailleurs &#233;pars (essentiellement profs, cheminots, et employ&#233;s communaux) se regroupent pour pouvoir &#171; faire quelque chose &#187; ou se tenir chaud. A d'autres endroits, c'est l'occasion pour l'intersyndicale de se moderniser et de ratisser plus large.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt;A Avignon : &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Afin de g&#233;rer le mouvement et ses &#233;ventuels d&#233;rapages, la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale n'&#233;tait &#233;videmment pas envisageable (son succ&#232;s aurait &#233;t&#233; fort incertain, tout comme son contr&#244;le dans le cas contraire). Les directions syndicales se sont donc limit&#233;es &#224; appeler &#224; de grandes journ&#233;es de paisibles manifs &#224; intervalles plus ou moins r&#233;guliers. Le reste de la contestation &#233;tait d&#233;l&#233;gu&#233; aux f&#233;d&#233;rations, UD, UL ou intersyndicales locales (o&#249; le poids de la CGT est tr&#232;s important), laissant le choix des modes d'action aux AG de chaque secteur &#8230; ce qui a au moins le m&#233;rite de signifier qu'il n'y a pas de r&#233;el soutien national (voir les communiqu&#233;s de l'intersyndicale o&#249; l'emploi du mot 'gr&#232;ve' est le plus souvent &#233;vit&#233;). La lutte a donc eu un caract&#232;re d&#233;mocratique et on sait ce que cela signifie en pratique, avec des AG cat&#233;gorielles o&#249; l'usage du vote &#224; bulletin secret est encourag&#233; (consignes de la CGT-Cheminots) et o&#249; toutes les magouilles sont possibles (parole monopolis&#233;e et pr&#233;dominante des responsables syndicaux). En fait, rien de tr&#232;s innovant pour assurer le souple contr&#244;le des gr&#233;vistes, le probl&#232;me est que cela a fonctionn&#233; et il ne s'agit pas de d&#233;noncer la pr&#233;tendue trahison des syndicats. Les discussions dans les manifs, sur les piquets de gr&#232;ve ou lors des actions ont pourtant montr&#233; une insatisfaction, s'exprimant plus ou moins ouvertement, d'une partie de la base devant cette gestion du mouvement (notamment l'insuffisance des manifs 'saute-mouton' ou des actions symboliques).&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;&#171; Malgr&#233; tout, la majorit&#233; des prol&#233;taires en lutte a bien suivi les directives syndicales, seule une frange ayant choisi de s'organiser et de lutter autrement, notamment au sein d'AG autonomes. Ces derni&#232;res, qui sont apparues dans de nombreuses villes, sont sans doute l'une des caract&#233;ristiques de ce mouvement (&#224; la diff&#233;rence de gr&#232;ves comme celle de 1995) : regroupements locaux de travailleurs (gr&#233;vistes ou non), ch&#244;meurs et &#233;tudiants au sein de collectifs, AG interpro, AG en lutte, AG de lutte, etc. Si l'on peut y voir un signe de radicalisation, cela est rest&#233; assez marginal (ne semble pas comparable aux coordinations des ann&#233;es 1980&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Non seulement ce n'est pas comparable, mais cela n'a strictement rien &#224; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;) et n'a pas entra&#238;n&#233; un d&#233;bordement des syndicats (qui dans certaines villes participaient aux AG interpro). Or, l'histoire de la lutte des classes montre que lorsque les prol&#233;taires le veulent (mais est-ce une question de volont&#233; ?), ils peuvent bousculer et se d&#233;barrasser de toutes sortes de flics. Cela n'a pas &#233;t&#233; ici le cas et ils se sont majoritairement content&#233;s d'attendre en esp&#233;rant que les syndicats appellent &#224; un durcissement du mouvement ou &#224; une gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale. &#187; (&lt;i&gt;Incendo&lt;/i&gt;, pp. 4-5). Nous verrons plus loin que les actions engag&#233;es par ces AG, le plus souvent des blocages n'ont qu'exceptionnellement acquis une l&#233;g&#232;re autonomie vis-&#224;-vis des actions d&#233;cid&#233;es plus &#171; classiquement &#187; par les unions locales des syndicats. Si nous laissons de c&#244;t&#233; les actions lyc&#233;ennes, toutes les actions r&#233;pertori&#233;es par &lt;i&gt;Incendo&lt;/i&gt; dans le d&#233;partement de Vaucluse quand elles ne sont pas exclusivement syndicales demeurent, pour celles auxquelles peuvent participer les membres des AG, sous un strict contr&#244;le syndical et ne diff&#232;rent en rien, quant &#224; leur forme et contenu, des pr&#233;c&#233;dentes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur Avignon, apr&#232;s deux &#233;checs les 16 et 18 octobre de constituer une AG &#224; l'ext&#233;rieur et dans le cours d'une action, la premi&#232;re AG de luttes se r&#233;unit le 27 octobre, alors que les raffineries ont repris le travail, que les d&#233;p&#244;ts sont d&#233;bloqu&#233;s, que les ouvriers du port ont repris le travail &#224; Marseille. Le mouvement &#233;tait d&#233;j&#224; moribond comme le reconna&#238;t l'auteure du compte rendu dans &lt;i&gt;Incendo&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'AG d'Avignon et toutes celles semblables qui se sont constitu&#233;es n'ont jamais repr&#233;sent&#233; la moindre unification du mouvement et de la diversit&#233; des gr&#232;ves et elles ne le pouvaient pas : &#171; D'ailleurs, les AG de lutte ne font pas tout : le 6 novembre, les manifestants qui ont d&#233;bord&#233; le cordon de flics ne s'&#233;taient pas coordonn&#233;s avant de la faire, &lt;i&gt;idem&lt;/i&gt; des manifs sauvages de lyc&#233;ens, et de certaines gr&#232;ves spontan&#233;es. Et on doit bien reconna&#238;tre que quelques actions de l'intersyndicale avaient de la gueule&#8230; &#187; (&lt;i&gt;Incendo&lt;/i&gt;, &#171; T&#233;moignage sur les AG de lutte &#224; Avignon &#187;).&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt;A Strasbourg &lt;br class='autobr' /&gt;
Une assembl&#233;e inter cat&#233;gorielle d'environ 300 personnes se constitue le 12 octobre (voir site du &lt;i&gt;Jura libertaire&lt;/i&gt;). Cependant cet &#171; inter cat&#233;goriel &#187; est compos&#233; d'une majorit&#233; d'&#233;tudiants, de quelques dizaines de profs et de vacataires de la fac et la tribune est occup&#233;e par deux UNEF et un CGT. Finalement l'AG &#171; d&#233;cisionnelle &#187; et &#171; souveraine &#187; vote la gr&#232;ve, r&#233;dige une plate-forme de revendication et appelle &#224; la fameuse &#171; convergence des luttes &#187;. Cela ne suffisant pas un &#171; Comit&#233; de Mobilisation &#187; est cr&#233;&#233; : &#171; libre, ouvert et horizontal &#187;. Tout ce petit monde part &#224; la manif, et l&#224; on constitue un &#171; Bloc Anticapitaliste &#187; qui se coordonne avec le &#171; Bloc libertaire &#187; de la FA-AL-CNT. Nous voil&#224; donc solidement organis&#233;s de fa&#231;on autonome, comme la suite va le montrer&#8230;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;Le lendemain 13 octobre, se r&#233;unit une AG de &#171; Convergences des luttes &#187; &#224; l'initiative des camarades cheminots : &#171; Environ 200 personnes, regroupant des travailleurs de la Communaut&#233; Urbaine de Strasbourg (CUS), des postiers, des profs, des instituteurs, des travailleurs de la CTS, des &#233;tudiants, etc. Succ&#232;s &#233;norme de cette AG qui est une premi&#232;re pour ce mouvement. Beaucoup de discussions, prise de contact, entre tous les secteurs en vue d'une lutte commune et convergente par la jonction des luttes avec des actions communes. &#187; Voil&#224; donc une AG de &#171; Convergence des luttes &#187; qui fonctionnerait bien en tant que telle, mais attendons la suite. &#171; Les prises de paroles sont compl&#232;tement libres, et tous les secteurs ont pris la parole &lt;i&gt;selon le syndicat en lutte dans telle ou telle branche&lt;/i&gt; (soulign&#233; par nous). &#187; Suit la liste des interventions et des intervenants : CGT cheminots ; CFDT cheminots ; FO cheminots ; SUD-rail ; CGT CUS, etc., etc. Les actions d&#233;cid&#233;es et effectu&#233;es sont alors les blocages symboliques habituels organis&#233;s et contr&#244;l&#233;s par la CGT. Mais le &#171; Comit&#233; de Mobilisation &#187; n'en restant pas l&#224; discute de la &#171; prise du pr&#233;fabriqu&#233; en plein centre du campus pour occupation politique et de lutte &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt;A Toulouse&lt;br class='autobr' /&gt;
Formation d'une &#171; Assembl&#233;e Saint Sernin Toulouse en lutte &#187; (sur le net : &lt;i&gt;saint-sernin.internationalisme.fr&lt;/i&gt;). L'assembl&#233;e se pr&#233;sente comme &#171; assembl&#233;e spontan&#233;e de ch&#244;meurs, travailleurs, pr&#233;caires, &#233;tudiants, lyc&#233;ens et retrait&#233;s en lutte &#224; Toulouse contre les attaques sur les retraites r&#233;uni-e-s devant la Bourse du travail sur la place Saint-Sernin. (&#8230;) Nous affirmons notre unit&#233; et prenons nos luttes en main. (&#8230;) Face &#224; la r&#233;pression polici&#232;re et &#224; toutes les divisions qu'on nous impose : Ch&#244;meurs, Retrait&#233;s, Pr&#233;caires, Travailleurs, Lyc&#233;ens, Etudiants, prenons nos luttes en main. &#187;.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt;A Arles&lt;br class='autobr' /&gt;
D'apr&#232;s un t&#233;moignage : &#171; Je n'ai pas eu l'impression d'un d&#233;cloisonnement, mais d'une juxtaposition pendant des actions communes et les manifs, pour un but supr&#234;me particuli&#232;rement rassembleur, qui n'entamaient pas, malgr&#233; les actions communes, les discussions et la sympathie, les sp&#233;cificit&#233;s &#224; la fois professionnelles et syndicales (beaucoup &#233;taient des syndiqu&#233;s : CGT, FSU et de rares SUD). Il y a eu peu de v&#233;ritables AG interpro. Le plus souvent, il s'agissait de r&#233;unions interpro totalement ouvertes (qui le voulait venait et intervenait) &#224; la Bourse du travail (local CGT), ma&#238;tris&#233;e par des syndicalistes CGT et FSU de mani&#232;re souple et &#339;cum&#233;nique. Elles se combinaient, ou &#233;taient le d&#233;bouch&#233; pour but de coordination et de pr&#233;paration d'actions, aux AG de La Poste et &#224; celles des personnels de l'Education nationale (instits, profs, ATOSS). Ces derni&#232;res anim&#233;es par une bureaucrate FSU caricaturale, &#233;taient ouvertes et (lui) imposaient la libre discussion et proposition, mais &#233;taient plus faibles et moins lieu 'd'auto-organisation' qu'en 2003. Certains secteurs en gr&#232;ve ne venaient pas aux r&#233;unions interpro, ou alors quelques individus (employ&#233;s communaux, 'bien que' CGT) pour eux-m&#234;mes. &#187;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;Ces AG regroupaient des mili&#173;tants syndic&#173;aux de base oppos&#233;s ou critiques vis-&#224;-vis de leurs cen&#173;trales, des salari&#233;s in&#173;satisfaits en gr&#232;ve et d&#233;term&#173;in&#233;s, des jeunes travailleurs, des pr&#233;caires et ch&#244;meurs sans lieu privil&#233;gi&#233;s de ren&#173;contre et d'ac&#173;tions, des gauchistes de terrains enr&#233;giment&#173;&#233;s ou non dans un groupuscule quel&#173;conque, etc. Ils ont form&#233;, comme &#224; chaque mouve&#173;ment, la frange la plus active et mobilisa&#173;trice, orga&#173;nis&#233;s &#224; travers le pays sur une base terri&#173;toriale, prin&#173;cipalement en province comme l'en&#173;semble des mou&#173;vements sociaux depuis dix ans. Confront&#233;s &#224; l'&#233;chec annonc&#233; de la strat&#233;&#173;gie inter&#173;syndicale, ils se sont or&#173;ganis&#233;s &lt;i&gt;tardivement&lt;/i&gt; en &#171; AG interpro &#187; (as&#173;sembl&#233;es g&#233;n&#233;rales interprofession&#173;nelles) &#8211; rebap&#173;tis&#233;es quel&#173;quefois &#171; AG de ville &#187; ou &#171; citoyennes &#187;. Ces AG ont &#233;t&#233; le lieu d'un &#233;trange et consternant chass&#233;-crois&#233; : les syndiqu&#233;s y viennent convaincus (au moins instinctivement) de ne rien pouvoir faire pour convaincre leur direction scl&#233;ros&#233;e de se bou&#173;ger, et ils rencontrent des militants persuad&#233;s qu'il faut absolument tenter de convertir les appareils syn&#173;dicaux. De fait ces &#171; AG interpro &#187; mobilisent l'es&#173;sentiel de leur &#233;nergie &#224; cette t&#226;che au point de ne rien pouvoir dire &#8211; ou faire &#8211; d'autre&#8230; L'ambition affi&#173;ch&#233;e de d&#233;passer le monopole syndical s'est heurt&#233;e &#224; l'absence de moyens et surtout de possibilit&#233; de faire, dans ce mouvement, une critique du syndicalisme sans qu'elle paraisse totalement plaqu&#233;e et artificielle. Enferm&#233;es dans cette contradic&#173;tion, les &#171; in&#173;terpro &#187; se sont r&#233;sign&#233;es au r&#244;le d'auxi&#173;liaires turbulents, refuges volonta&#173;ristes de militants r&#234;vant de reconnaissance syndicale, lan&#231;ant des actions directes au petit bonheur la chance que la caisse de r&#233;sonnance d'internet transforme vite en action grandiose.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans moyens d'&#233;tendre la gr&#232;ve, les AG firent des blocages leur activit&#233; embl&#233;matique, d'autant plus qu'en leur sein &#233;tudiants et pr&#233;caires formaient souvent la majorit&#233;. La question du blocage fut une des questions les plus d&#233;battues, les AG ont eu tendance &#224; y voir une forme qui d&#233;passait la gr&#232;ve par l'efficacit&#233;, efficacit&#233; d&#233;coulant de sa potentialit&#233; &#224; d&#233;passer la revendication et donc &#224; avoir une port&#233;e r&#233;volutionnaire. Si les AG dites &#171; interpro &#187; n'ont &#233;t&#233; la manifestation d'aucune unit&#233; de la classe ouvri&#232;re (ou du prol&#233;tariat) et n'ont souvent &#233;t&#233; que le mode d'organisation d'un segment particulier, il faut se poser une question identique &#224; propos des blocages. Les blocages ont-ils &#233;t&#233;, dans ce mouvement, la pratique par laquelle a &#233;t&#233; d&#233;pass&#233;e la segmentation de la classe ouvri&#232;re et de ses luttes et la r&#233;alisation de leur unit&#233; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Les blocages &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les r&#233;cits et t&#233;moignages abondent et, malgr&#233; parfois quelques envol&#233;es incantatoires, tous finalement nous disent que les blocages se sont inscrits dans le cours sp&#233;cifique de chaque gr&#232;ve, suppl&#233;ant parfois &#224; sa faiblesse, pr&#233;sentant un autre aspect des m&#234;mes luttes et que jamais les directives syndicales ne furent outrepass&#233;es. Nous aborderons dans la troisi&#232;me partie de ce texte, comme sympt&#244;me du fait d'agir en tant que classe comme limite de la lutte de classe, la production id&#233;ologique suscit&#233;e par cette pratique et les activit&#233;s qui voulaient lui correspondre.&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt;Port-de-Bouc, d&#233;p&#244;t de k&#233;ros&#232;ne&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;T&#233;moignage d'une copine marseillaise : &#171; Une action de blocage dans la nuit du mardi au mercredi, la semaine avant les vacances de la Toussaint, de 4h &#224; 10h du mat sur un d&#233;p&#244;t de k&#233;ros&#232;ne &#224; Port-de-Bouc, avec la CGT, quelques cantini&#232;res, Sud-&#233;ducation, les gens du collectif pr&#233;caires. Il y avait au d&#233;part 80 personnes, voire plus. Il fallait donc 'emp&#234;cher' les deux salari&#233;s responsables de la mise en route des pompes dans l'&#233;quipe d&#233;marrant &#224; quatre heures, ils ont &#233;t&#233; plus que coop&#233;ratifs. Dans ce d&#233;p&#244;t, le syndicat est la CFDT et les salari&#233;s n'&#233;taient pas en gr&#232;ve. En arrivant, ce sont les deux salari&#233;s en question qui nous expliquent comment &#231;a fonctionne et du coup, comment selon eux, il faut bloquer pour que ce soit efficace : il y a deux sites, un avec les r&#233;serves et un, plus bas, avec les pompes et o&#249; viennent se servir les camions. Au d&#233;part, ils nous expliquent donc que du moment que eux ne sont pas aux commandes, le k&#233;ros&#232;ne ne peut pas arriver &#224; la pompe. Cependant, les d&#233;l&#233;gu&#233;s CGT raffinerie d&#233;cideront quand m&#234;me qu'on se s&#233;pare en deux et la moiti&#233; va donc aux pompes bloquer les camions qui de toute fa&#231;ons font demi-tour automatiquement. Moi, je resterai au d&#233;p&#244;t : mauvais choix, car pas de possibilit&#233; de faire du feu et rien aux alentours, ce qui, au fur et &#224; mesure, contribuera au d&#233;part progressif des gens et on n'est plus qu'une dizaine &#224; se peler &#224; 7h du mat. Plusieurs fois les flics municipaux viennent voir mais c'est tout. En bas, c'est &#224; premi&#232;re vue plus 'anim&#233;', y'a des feux, &#224; manger, et m&#234;me une menace que les CRS d&#233;logent, bref de quoi se r&#233;chauffer. Vers 8h, les mecs de la CGT nous disent qu'il faut descendre du fait de cette menace. Mais comme cette menace plane depuis plusieurs heures, donc on ne comprend pas bien pourquoi maintenant. En fait, en arrivant en bas, y'a plein de gens : le port autonome, beaucoup de territoriaux, Sud &#233;duc, CGT, environ 200 personnes je pense, et&#8230; les m&#233;dias. Je pense que c'est pour &#231;a qu'il fallait qu'on descende et aussi surement parce qu'on commen&#231;ait &#224; tourner en rond &#224; quelques uns.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La consigne de la CGT a &#233;t&#233; donn&#233;e clairement plusieurs fois : pas d'affrontement, si les flics nous d&#233;logent, on s'en va et on va bloquer ailleurs. Pourtant, j'entends &#224; plusieurs reprises des groupes de gens, principalement les mecs du Port autonome, faire des vannes montrant qu'ils ont envie d'en d&#233;coudre si les flics interviennent voire m&#234;me qu'ils n'attendent que &#231;a, c'est ce qu'ils disent en rigolant en tout cas (peut-&#234;tre juste pour faire les gros bras ?). Depuis le d&#233;but, tout le monde se plie &#224; ce que dit la CGT, m&#234;me si on ne comprend pas toujours les d&#233;cisions ou qu'on n'est pas forc&#233;ment d'accord, mais ils connaissent mieux le 'milieu' et sont au centre, donc y'a une volont&#233; je pense aussi de ne pas contrarier nos amis raffineurs qui sont le moteur de la gr&#232;ve. Au cours de la nuit, pas mal de discussion 'techniques' sur le monde de la raffinerie, sur l'organisation des raffineries et les moyens pour les bloquer, sur les mouvements de gr&#232;ve dans les raffineries, sur leurs conditions de travail : 'On n'est pas les plus &#224; plaindre, financi&#232;rement on est plut&#244;t dans une bonne situation, c'est pas comme d'autres, on gagne bien notre vie', dixit le leader CGT du moment. Ils se disent vachement contents qu'autant de monde soit venu les aider pour cette action et qu'il y ait diff&#233;rents secteurs. Aucune discussion sur la revendication des retraites &#224; ma connaissance sinon dans un discours plus large sur l'attaque globale des conditions de vie. Discussions aussi sur les revendications sp&#233;cifiques des cantini&#232;res, des &#233;boueurs, du Port autonome&#8230; C'&#233;tait quand m&#234;me rigolo de voir les quelques radicaux libres brosser les raffineurs CGtistes dans le sens du poil et ob&#233;ir &#224; la CGT malgr&#233; leur envie de s'affronter aux flics&#8230; De toute fa&#231;on, ces derniers ne viendront pas. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt;Avignon et Vaucluse (source : &lt;i&gt;Incendo&lt;/i&gt;)&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le mouvement d'octobre a certes conserv&#233; les caract&#233;ristiques des mouvements classiques pr&#233;c&#233;dents (gr&#232;ves, journ&#233;e nationale de gr&#232;ve et / ou de manifestation) mais s'y est ajout&#233;e une multitude d'actions locales visant principalement le blocage de l'&#233;conomie. Cela rappelle &#233;videmment le mouvement 'anti-CPE' o&#249; s'&#233;tait vue formuler cette id&#233;e, mais cette fois il s'agit majoritairement de travailleurs et non d'&#233;tudiants. A travers le pays et selon les villes, tout a &#233;t&#233; bloqu&#233;, mais pas n'importe quoi : raffineries, d&#233;p&#244;ts p&#233;troliers, voies de communication (routes, autoroutes, gares et voies de chemin de fer, a&#233;roports, ports), zones industrielles ou commerciales, centrales de distribution / logistiques, entreprises, d&#233;p&#244;ts de bus, etc. Ces actions &#233;taient d&#233;cid&#233;es et r&#233;alis&#233;es par des AG autonomes mais aussi et souvent (c'est-&#224;-dire presque toujours, nda) par les intersyndicales locales (donc par la CGT car il fallait bien occuper la partie la plus remont&#233;e de la base qui, dans le cas contraire, aurait peut-&#234;tre pris les choses en main&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Il n'y a jamais eu la moindre vell&#233;it&#233; dans ce sens, la supposition (&#8230;)&#034; id=&#034;nh15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;). Il ne s'agit plus comme par le pass&#233; d'un piquet devant sa boite, mais de 'piquets volants' (compos&#233;s de travailleurs gr&#233;vistes ou non, ch&#244;meurs, &#233;tudiants, etc.) allant aider les gr&#233;vistes d'autres secteurs &#224; tenir, bloquer ceux qui ne pouvaient faire gr&#232;ve, pour tenter d'avoir un impact &#233;conomique imm&#233;diat en visant des points strat&#233;giques (bien que parfois ces actions aient eu un caract&#232;re symbolique). Dans certaines villes, le m&#234;me piquet pouvait m&#234;me effectuer plusieurs blocages successifs en une journ&#233;e. Mais, &#224; notre connaissance, aucun blocage n'a pu &#234;tre maintenu devant des flics d&#233;termin&#233;s (le d&#233;crochage avait souvent lieu d&#232;s leur arriv&#233;e). &#187; (&lt;i&gt;Incendo&lt;/i&gt;, op. cit.).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Pontet, le 17-18 octobre : pendant une bonne partie de la nuit, 70 militants CGT et CFDT bloquent les entr&#233;es de la soci&#233;t&#233; de transport TFE (500 v&#233;hicules approvisionnant les grandes surfaces), puis bloquent le passage des poids-lourds au p&#233;age Avignon-nord.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avignon, le 19 octobre : &#224; l'appel de l'intersyndicale, 400 personnes bloquent les neufs acc&#232;s de la zone commerciale d'Auchan-nord et celui d'Ikea pendant pr&#232;s de trois heures. Aux propositions de plusieurs gr&#233;vistes, CNT et non affili&#233;s, de poursuivre par un p&#233;age gratuit (autoroute &#224; cinq minutes &#224; pied), beaucoup r&#233;pondent : &#171; c'est une bonne id&#233;e, mais c'est pas possible, l'intersyndicale n'a pas pr&#233;vu &#231;a &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cavaillon, le 19-20 octobre : une centaine de personnes bloque 150 camions de la zone artisanale et la plateforme paquets jusqu'&#224; trois heures du matin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avignon, le 20 octobre : 5 h 30, une trentaine de militants CGT et CFDT bloque le d&#233;p&#244;t de bus de la TCRA et de Transdev, barrage lev&#233; &#224; 9 h 15.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avignon, le 28 octobre : &#171; p&#233;age gratuit &#187; &#224; l'initiative de l'AG en lutte. Une quarantaine de personnes l&#232;ve les barri&#232;res pendant 20 minutes sous l'&#339;il des gendarmes. Lorsque ceux-ci commencent &#224; s'&#233;nerver, tout le monde se replie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Pontet, le 28-29 octobre : une cinquantaine de militants CGT et SUD bloque pendant trois heures les entr&#233;es du d&#233;p&#244;t de l'entreprise Dispam (qui alimente en produits frais restaurants et &#233;tablissements de bouche et a connu en juillet un conflit social dur). Demande de r&#233;int&#233;gration de plusieurs salari&#233;s licenci&#233;s. Pour permettre &#224; ses camions de sortir, le patron de la boite fait abattre 20 m&#232;tres de cl&#244;ture, ce qui met fin au blocage.&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt;Nantes (source : Indym&#233;dia)&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;Le 15 octobre, blocage partiel de la ville. D&#232;s 5 h 30, les cheminots bloquent un acc&#232;s n&#233;vralgique au centre ville, le pont de Pirmil. Le pont Aristide Briand, autre acc&#232;s important est &#233;galement bloqu&#233;. Deux cents &#224; trois cents personnes apr&#232;s leur propre AG de secteur rejoignent l'AG des cheminots et se dirigent vers la Place de Bretagne. Apr&#232;s la jonction avec de nombreux lyc&#233;ens, ce sont environ 2000 personnes qui partent en manif vers le si&#232;ge du Medef prot&#233;g&#233; par les CRS devant lesquels s'installent pour &#233;loigner les manifestants le service d'ordre de la CGT.&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt;Mulhouse (source : AFP)&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;Le 18 octobre, le site de PSA Mulhouse est bloqu&#233; dans l'apr&#232;s-midi par des salari&#233;s en lutte contre le projet de r&#233;forme des retraites. Une soixantaine de militants de la CGT et de la CFDT ont bloqu&#233; les trois entr&#233;es du site apr&#232;s une premi&#232;re op&#233;ration de distribution de tracts et de filtrage des v&#233;hicules. L'op&#233;ration qui devait durer quelques heures selon les syndicats, se d&#233;roulait au moment du changement de tourn&#233;e alors que les &#233;quipes de l'apr&#232;s-midi arrivaient pour prendre leur service. Elle devrait bloquer une partie de la production. &#171; On a maintenant besoin de bloquer l'&#233;conomie pour forcer le gouvernement &#224; retirer son projet &#187;, a expliqu&#233; &#224; l'AFP le d&#233;l&#233;gu&#233; CGT de PSA, Vincent Duse. &#187;. &#171; Il faut souligner qu'&#224; PSA, faire travailler quelqu'un dans les ateliers jusqu'&#224; 62 ans, ce n'est rien d'autre qu'un assassinat &#187;, a-t-il ajout&#233;. Le changement de tourn&#233;e programm&#233; &#224; 13 h 15 a &#233;t&#233; perturb&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt;Caen (source : Jura libertaire)&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;Jeudi 21 octobre, quelques centaines de manifestants ont perturb&#233; quelques heures &#224; l'appel de l'intersyndicale d&#233;partementale l'acc&#232;s au d&#233;p&#244;t de carburant de Caen en &#233;rigeant des barrages aux carrefours que les forces de l'ordre ont d&#233;mont&#233; progressivement. Un photographe de l'AFP avait constat&#233; que des pneus de camions citernes avaient &#233;t&#233; crev&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt;Rennes (source : Maison de la gr&#232;ve et liaisons et barricades, sur le site web &lt;i&gt;Jura libertaire&lt;/i&gt;)&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;Avec les textes en provenance de Rennes, nous sommes constamment amen&#233;s &#224; passer du r&#233;cit des blocages &#224; l'id&#233;ologie qui s'est d&#233;velopp&#233;e sur ce th&#232;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Mercredi 27 octobre, &#224; Rennes, au d&#233;but de l'AG intergr&#233;viste, une Maison de la gr&#232;ve s'est ouverte, pour continuer &#224; s'organiser, se coordonner et rendre impossible le retour &#224; la normale. (&#8230;) Depuis deux semaines, nous sommes en gr&#232;ve, nous partageons les piquets, nous bloquons les points n&#233;vralgiques de l'&#233;conomie, nous constituons des caisses de gr&#232;ves. (&#8230;) Ce que nous avons compris au cours de ces moments partag&#233;s sur les piquets c'est que c'est nous qui d&#233;tenons les moyens mat&#233;riels et l'intelligence strat&#233;gique de bloquer l'&#233;conomie, la force de tout arr&#234;ter. (&#8230;) Depuis le d&#233;but de cette gr&#232;ve, l'assembl&#233;e g&#233;n&#233;rale des gr&#233;vistes de Rennes nous a permis de nous trouver au-del&#224; des identit&#233;s et des corporatismes. Nous ressentons la n&#233;cessit&#233; de densifier ces liens, ces rencontres n&#233;es au sein de cette gr&#232;ve.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Les raffineries ont donn&#233; le ton, le blocage &#233;conomique, la gr&#232;ve avec occupation sont les moyens les plus efficaces pour effectuer une pression &#233;conomique sur la politique du capital. (&#8230;) A la lutte des classes a d&#233;sormais &#233;t&#233; associ&#233; le blocage de la production, sans que celui-ci soit simplement suspendu &#224; la gr&#232;ve&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ce qui s'est r&#233;v&#233;l&#233; compl&#232;tement faux (nda).&#034; id=&#034;nh16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, d&#233;montrant de fa&#231;on &#233;nergique la capacit&#233; de nuisance que chacun peut avoir. (&#8230;) A Rennes, avant m&#234;me que la gr&#232;ve reconductible ait commenc&#233;, la volont&#233; de visibiliser ceux qui aspiraient &#224; un mouvement de gr&#232;ve r&#233;elle s'est amorc&#233;e par la construction d''intersyndicales bis' qui ouvraient, avec des syndicalistes de SUD, les mouvements de ch&#244;meurs et pr&#233;caires de Rennes, et les militants ind&#233;pendantistes, l'organisation de blocages de galeries marchandes. La participation &#224; ces actions a cru au fur et &#224; mesure de l'avanc&#233;e du mouvement, attisant une attente &#224; l'&#233;gard de ce type d'&#233;v&#233;nements. (&#8230;) D'embl&#233;e, ce qui &#233;tait autrefois les pratiques &#233;tudiantes est devenue une m&#233;thode commune. Des syndiqu&#233;s ont pris la parole lors des AG de Rennes 2, rendant la question du blocage de l'Universit&#233; intrins&#232;quement li&#233;e &#224; la n&#233;cessit&#233; d'allonger la facture &#233;conomique de la gr&#232;ve en cours. La capacit&#233; des &#233;tudiants &#224; venir, au c&#244;t&#233; des salari&#233;s, occuper et rendre plus efficace les gr&#232;ves d&#233;j&#224; pr&#233;sentes n'a pas pris la forme d'une r&#233;serve de troupes pour mener la lutte. La chose &#233;tait vite &#233;tablie que ce qui permettrait au mouvement de prendre de l'ampleur, ce serait pr&#233;cis&#233;ment cette alliance salari&#233;s-&#233;tudiants-ch&#244;meurs. Rarement les &#233;tudiants n'ont &#233;t&#233; autant attendus, et chaque gr&#233;viste rencontr&#233; demandait o&#249; en &#233;tait la mobilisation sur la fac. A cette id&#233;e que 'l'entr&#233;e en sc&#232;ne des &#233;tudiants &#233;tait une des cl&#233;s du mouvement' en ce qu'elle d&#233;borderait les cadres pr&#233;vus de la mobilisation, s'ajoute une autre n&#233;cessit&#233;, celle de l'arriv&#233;e des lyc&#233;ens. (&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Ce sont ainsi plusieurs centaines de ch&#244;meurs, de salari&#233;s, d'&#233;tudiants, de lyc&#233;ens qui se retrouvent pour bloquer les d&#233;p&#244;ts de carburants, les routes, les plateformes de distributions alimentaires, etc. Le blocage du d&#233;p&#244;t de bus fut parmi nos plus grandes r&#233;ussites. (&#8230;) De nombreux salari&#233;s, bien que n'&#233;tant pas en gr&#232;ve, observaient notre action d'un regard bienveillant, fournissant abondamment le caf&#233; n&#233;cessaire. (&#8230;) nombreux sont les syndicalistes &#224; nous avoir soutenus. Nous avons organis&#233; sur place l'action du lendemain avec les routiers c&#233;g&#233;tistes, qui avaient eux-m&#234;mes fait de nombreux piquets dans la matin&#233;e. Les actions communes entre les syndicats et les organisations sont une entrave tr&#232;s nette &#224; l'intervention polici&#232;re syst&#233;matique. Cependant, les formes de liaison qui peuvent appara&#238;tre dans les actions ne permettent pas d'&#234;tre incontournable pour les bureaucraties syndicales locales. Elles pourraient fort bien s'entendre entre elles, m&#233;prisant l'avis de ceux qui organisent les piquets de gr&#232;ve chaque jour&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Mais, elles ne le font pas, car rien dans toutes ces activit&#233;s n'outrepasse (&#8230;)&#034; id=&#034;nh17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. C'est pourquoi nous avons mis en place des AG interprofessionnelles les soirs pour permettre &#224; tout un chacun d'avoir voix au mouvement sans &#234;tre suspendu aux accords entre centrales syndicales et partis politiques. Cette structure de base du mouvement est une structure d'auto-organisation et d'autonomisation de la lutte qui cherche &#224; encourager le processus d&#233;mocratique en cours. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt;Arles (source : r&#233;cit d'un copain gr&#233;viste)&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;&#171; A Arles seuls deux blocages ont &#233;t&#233; directement une articulation entre la gr&#232;ve dans une entreprise, La Poste, et le mouvement g&#233;n&#233;ral. La Poste &#233;tait en pointe, largement (sans que cela soit dit mais les actes et comportements le montraient) comme l'entretien simultan&#233; d'un rapport de force local. En effet, presque chaque ann&#233;e, les postiers font une gr&#232;ve dure pour obtenir l'embauche de coll&#232;gues au statut pr&#233;caire ou pour r&#233;sister &#224; des restructurations ou &#224; l'aggravation des conditions de travail &#8211; et ils gagnent g&#233;n&#233;ralement, du moins sur l'essentiel. Ces deux actions de blocage ont &#233;t&#233; r&#233;alis&#233;es avec les autres secteurs en lutte (tr&#232;s minoritaire &#224; la diff&#233;rence de la seule Poste), essentiellement en fait avec les personnels de L'Education Nationale, sur la proposition et l'organisation des gr&#233;vistes de La Poste. Ces blocages ont &#233;t&#233; d'une courte dur&#233;e. Le premier avait pour but de bloquer les camions amenant le courrier, afin d'emp&#234;cher le tri du courrier des entreprises par les jaunes et les petits chefs. Il fut lev&#233; au bout de quelques heures, lorsque techniquement il &#233;tait devenu impossible de le faire pour la journ&#233;e. Le deuxi&#232;me cessa l&#224; encore au bout de quelques heures, apr&#232;s la promesse d'un cadre venu de Marseille de fermer le 'centre ill&#233;gal' de distribution (voir supra, nda) ; et, en fin d'apr&#232;s midi, &#224; la surprise g&#233;n&#233;rale et au d&#233;sappointement de beaucoup, les postiers annon&#231;aient la fin de leur gr&#232;ve (c'&#233;tait aussi le moment de la fin du mouvement). Dans ces blocages comme dans les autres, je n'ai pas constat&#233; de r&#233;elle volont&#233; de blocage de l'&#233;conomie (des segments de l'&#233;conomie &#224; notre port&#233;e) d'une entreprise ou d'un espace &#233;conomique (ZI, ZC, ou zone logistique), alors m&#234;me que l'intervention de responsables &#233;conomique ainsi que les dires des routiers vraiment 'sympas' (vuln&#233;rabilit&#233; des grandes surfaces vendant sans stock, s'approvisionnant dans les zones logistiques, ex : Conforama) montraient rapidement une efficacit&#233; qui aurait pu aller dans le sens des adeptes du blocage des flux &#233;conomiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Il s'agissait avant tout, me semble-t-il, et cela vaut surtout pour les autres blocages (p&#233;age, zone industrielle et logistique de Saint Martin de Crau) de faire quelque chose contre 'l'&#233;conomie', qui nous rassemble et exprime notre d&#233;termination ; et de nous montrer, de toucher le plus de monde. Bien plus que de distribuer des tracts indigents et syndicaux, le but &#233;tait de faire venir la presse pour en obtenir quelques photos et un article ou un reportage-radio. Sit&#244;t cela obtenu, apr&#232;s avoir &#233;t&#233; attendu et discut&#233; avec impatience pour certains, les dirigeants syndicaux et la majorit&#233; des autres participants cessaient vite l'action, en un clin d'&#339;il !, ce qui frustrait une petite minorit&#233;, qui n&#233;anmoins ne pouvait que suivre le mouvement. Quelques personnes parlaient de blocage de l'&#233;conomie, mais sans rapport avec la r&#233;alit&#233; de la lutte locale, c'&#233;tait un discours manifestant une sinc&#232;re volont&#233; d'actions plus radicales, une frustration par rapport &#224; ce qui se passait vraiment. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt;Raffineries (sources : &lt;i&gt;Paradoxe en automne&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;Trois lettres sur les blocages&lt;/i&gt; &#8211; Peter Vener)&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;&#171; Sur les raffineries, un appel a &#233;t&#233; lanc&#233; pour que la population rejoigne les piquets. Mais pour autant, le blocage &#233;tait d&#233;j&#224; n&#233;goci&#233; entre les syndicats et la direction. Blocage oui, mais pas touche aux ol&#233;oducs, l&#224; o&#249; r&#233;side vraiment un point n&#233;vralgique pour de grandes entreprises. Et puis certains camions peuvent entrer ou sortir. On ne sait pas trop pourquoi. Quand trop de monde se rassemblera devant la raffinerie &#224; Grandpuits, les syndicalistes enverront cette foule manifester dans un village d&#233;sert. Histoire de calmer ce qu'ils appellent &lt;i&gt;les troupes&lt;/i&gt;&#8230; la p&#233;nurie aux stations d'essence, sur laquelle Total et consorts ont pu sp&#233;culer, a malheureusement &#233;tait fort peu d&#233;stabilisatrice pour l'&#233;conomie. Et pas seulement parce que la gr&#232;ve n'a pas dur&#233; assez longtemps. Les raffineries n'ont pas &#233;t&#233; totalement coup&#233;es comme le note Peter Vener (voir texte de Peter Vener &#224; la suite, nda). Et malgr&#233; les grands ports bloqu&#233;s, les livraisons de carburant ont pu tant bien que mal continuer. Comme on peut le comprendre &#224; la lecture du journal &lt;i&gt;Le Marin&lt;/i&gt; du 29 octobre 2010, la logistique de remplacement a montr&#233; une efficacit&#233;, une capacit&#233; d'adaptation impressionnante. Ainsi pendant que les grands ports &#233;taient bloqu&#233;s, la plupart des navires furent achemin&#233;s sur des d&#233;p&#244;ts c&#244;tiers de moindre envergure. Et l&#224;, aucun pr&#233;avis de gr&#232;ve ne semblait bloquer quoi que ce soit. Et que les centrales n'aient pas cherch&#233; &#224; rendre plus effectif le blocage des ports et des raffineries ne doit surprendre personne. Un bras de fer m&#233;diatique leur suffisait bien largement. &#187; (&lt;i&gt;Paradoxes en Automne&lt;/i&gt;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(Peter Vener, &lt;i&gt;L'Id&#233;ologie du blocage, trois lettres&lt;/i&gt;, &lt;a href=&#034;http://reposito.internetdown.org/analyses:oil.pdf&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://reposito.internetdown.org/analyses:oil.pdf&lt;/a&gt;) :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Ce mois-ci, des personnes sont venues rejoindre des piquets de gr&#232;ve autour des raffineries en r&#232;gle g&#233;n&#233;rale &#224; l'appel des comit&#233;s intersyndicaux locaux, rebaptis&#233;s souvent assembl&#233;es interprofessionnelles, histoire d'en &#233;largir les assises. Bien entendu, de telles personnes n'avaient pas n&#233;cessairement des vis&#233;es politiciennes mais, simplement, elles avaient l'impression de d&#233;passer l'atomisation, de sortir des s&#233;parations et des corporatismes, bref, de participer &#224; la 'convergence des luttes' et au 'blocage de l'&#233;conomie', comme le pr&#233;tend aujourd'hui le NPA qui contr&#244;le SUD. (&#8230;) Du coup, les personnes qui gonflent les piquets ne se demandent pas pourquoi les syndicalistes de l'Energie et de la Chimie, si corporatistes et si repli&#233;s sur eux-m&#234;mes habituellement, ont ainsi besoin de faire appel &#224; des forces n'appartenant pas &#224; leur secteur, voire &#233;trang&#232;re au 'monde du travail', m&#234;me parfois &#224; des 'anarchistes' sur lesquels ils crachaient encore ouvertement la veille. S'agit-il de nouvelles perc&#233;es &#224; travers les murs de tels bastions, &#224; l'ordinaire particuli&#232;rement bien contr&#244;l&#233;s par les syndicalistes, qui, de leurs miradors, organis&#232;rent des cordons sanitaires autour d'eux ? Assiste-t-on &#224; la rupture r&#233;elle des salari&#233;s de tels secteurs avec leur corporatisme sp&#233;cifique (&#8230;) ? En r&#233;alit&#233;, sauf peut-&#234;tre pour quelques-uns d'entre eux, il n'en est rien. Il suffit de discuter avec eux pour sen rendre compte. C'est souvent la douche froide, l'indiff&#233;rence, voire l'hostilit&#233; larv&#233;e d&#232;s que l'on aborde les questions qui f&#226;chent, au premier chef celles relatives &#224; leur travail, dans les sites particuli&#232;rement dangereux et mortif&#232;res de la p&#233;trochimie, pour eux comme pour les populations environnantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Seulement voil&#224;, depuis presque trois ans, la principale centrale du secteur, &#224; savoir la CGT, reconna&#238;t que, pour n&#233;gocier au mieux de ses int&#233;r&#234;ts la d&#233;localisation en cours des raffineries dans les r&#233;gions d'extraction du p&#233;trole, elle ne peut plus compter sur ses seules forces, vu la d&#233;syndicalisation qui touche ses derni&#232;res 'forteresses ouvri&#232;res' d&#233;labr&#233;es, m&#234;me les chasses gard&#233;es traditionnelles que constituent l'Energie et la Chimie. La pilule est am&#232;re, mais elle doit bien l'avaler, il y va de sa survie et de sa capacit&#233; de n&#233;gociation au sein de l'Etat. D'o&#249; l'acceptation de quelques forces venues d'ailleurs, qui, pour l'essentiel doivent jouer le r&#244;le de troupiers additionnels de l'appareil syndical de la CGT, mais aussi de celui de SUD.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; C'est l&#224; que commencent la com&#233;die et l'imposture, en ce qui concerne les objectifs r&#233;els de ladite convergence. Ainsi, bon nombre de personnes croient que les raffineries ont &#233;t&#233; stopp&#233;es par les gr&#233;vistes, qu'elles ne tournaient plus. Or, il n'en est rien, ce qui explique qu'elles puissent produire &#224; nouveau &#224; peine trois jours apr&#232;s la reprise officielle du travail. En r&#233;alit&#233;, les syndicalistes ont appliqu&#233; au pied de la lettre les pr&#233;tendues consignes de s&#233;curit&#233;, sign&#233;es depuis longtemps avec les industriels de la p&#233;trochimie et l'Etat, &#224; savoir que les raffineries ne sont jamais totalement mises &#224; l'arr&#234;t, mais plut&#244;t mises en veille, ce qui facilit&#233; leur red&#233;marrage rapide. (&#8230;) Seule exception, la raffinerie de Flandres &#224; Dunkerque, mais l'Etat fran&#231;ais s'en moque puisqu'elle va fermer, les recommandations de l'Agence mondiale de l'&#233;nergie, relatives &#224; la v&#233;tust&#233; du site, tombant &#224; pic. Bref, les cons&#233;quences de l'arr&#234;t g&#233;n&#233;ral, en termes de blocage, auraient pu &#234;tre bien plus cons&#233;quentes. Et alors, l'Etat aurait pu tra&#238;ner les auteurs de tels actes devant les tribunaux, m&#234;me en l'absence de sabotages, en leur appliquant les peines pr&#233;vues : jusqu'&#224; cinq ans fermes, d'apr&#232;s le Code p&#233;nal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Je comprends que des ouvriers n'aient pas envie de se retrouver en cour d'Assises et se posent parfois la question de savoir si 'le jeu en vaut la chandelle', (&#8230;). Alors, autant le dire clairement, plut&#244;t que de jouer les gros bras face aux 'soutiens', parmi lesquels on peut compter &#233;galement les 'souteneurs' du syndicalisme de base sans &#233;tiquette, fa&#231;on les 'insurrectionnalistes' de &lt;i&gt;Rebetiko&lt;/i&gt;. Mais l'arr&#234;t g&#233;n&#233;ral ne risquait pas d'advenir car les ouvriers du secteur sont particuli&#232;rement hostiles &#224; tout ce qui leur appara&#238;t comme la moindre attaque &#224; leur 'outil de travail', pour parler comme la CGT. De plus, la plupart des gr&#233;vistes, &#224; ma connaissance, n'&#233;taient m&#234;me pas sur les piquets. Ils restaient chez eux et les noyaux de syndicalistes mobilis&#233;s n'&#233;taient pas suffisants pour les blocages. Il leur fallait donc accepter de l'aide, via les intersyndicales de ville, donc aussi accepter de se retrouver face &#224; quelques individus turbulents, mais au fond contr&#244;lables &#224; distance, voire isolables. De toute fa&#231;on, les fameux blocages ext&#233;rieurs offraient aussi l'avantage que les 'bloqueurs' demeurent aux portes des sites, ou dans les environs, mais qu'ils ne p&#233;n&#232;trent jamais &#224; l'int&#233;rieur. Je ne d&#233;fends pas, &#233;videmment, l'id&#233;e de gr&#232;ve avec occupation qui, bien souvent, dans le pass&#233;, ne faisait qu'entraver toute possibilit&#233; de rencontres effectives. Mais, aujourd'hui, via le recentrage de la principale centrale syndicale en direction des formes d'intervention &#224; la mode, tel le blocage programm&#233; d'axes de communication, parfois annonc&#233; &#224; l'avance &#224; la police par les leaders syndicaux, nous sommes pass&#233;s de la 'gr&#232;ve par procuration', des ann&#233;es 80 et 90, au 'blocage par procuration'. Les 'bloqueurs' des sites, bien souvent, ont travaill&#233; pour les centrales syndicales. Point barre. &#187; (op. cit.)&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt;R&#233;gion parisienne (source : L&#233;on de Mattis, &lt;i&gt;Gr&#232;ve versus blocage&lt;/i&gt;, sur &#171; le Blog de L&#233;on de Mattis &#187;)&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;&#171; Au cours du mouvement contre la r&#233;forme des retraites, deux incin&#233;rateurs de d&#233;chets ont &#233;t&#233; bloqu&#233;s dans la r&#233;gion parisienne : celui situ&#233; &#224; Ivry, entre le 20 octobre et le 8 novembre, et celui de Saint-Ouen entre le 2 et le 15 novembre. Une premi&#232;re remarque doit &#234;tre faite &#224; propos de ces actions. Elles ont &#233;t&#233; men&#233;es dans le cadre d'une gr&#232;ve des &#233;boueurs de la Ville de Paris qui avaient, outre la question des retraites, des revendications cat&#233;gorielles &#224; adresser &#224; leur employeur. (&#8230;) Pour en revenir aux incin&#233;rateurs, le premier d'entre eux &#224; avoir &#233;t&#233; bloqu&#233;, celui d'Ivry, l'&#233;tait certes par des travailleurs en gr&#232;ve, les &#233;boueurs municipaux, mais pas par les employ&#233;s de l'incin&#233;rateur lui-m&#234;me. En bloquant les grilles du site d'Ivry, en effet, les &#233;boueurs de la Ville de Paris paralysaient &#224; la fois le garage des camions-bennes et l'entr&#233;e de l'usine de retraitement et d'incin&#233;ration des d&#233;chets. Les ouvriers de l'incin&#233;rateur ne faisaient pas gr&#232;ve mais se sont retrouv&#233;s, de fait, au ch&#244;mage technique. Dans le second incin&#233;rateur, le blocage a &#233;t&#233; le fait de membres de l'AG interpro locale, de travailleurs municipaux de Saint-Ouen et de renforts venus des diff&#233;rentes assembl&#233;es de Paris et sa r&#233;gion. Les travailleurs de cet incin&#233;rateur n'&#233;taient pas non plus en gr&#232;ve et ne participaient pas au blocage. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tentative de signification globale du mouvement&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gr&#232;ves, AG, blocages : mouvement &#233;trange, on y entre, en en sort, on y revient. Chacun &#171; donne aux retraites &#187; ce qu'il peut, chacun a ses raisons. Mais en m&#234;me temps, mouvement unique, tout coexiste et fait syst&#232;me, cr&#233;e une totalit&#233;. C'est cette totalit&#233;, ce syst&#232;me, abord&#233;s jusqu'&#224; maintenant de fa&#231;on un peu impressionniste, pointilliste m&#234;me, qu'il s'agit maintenant de construire. C'est au travers des actions particuli&#232;res du &lt;i&gt;syndicalisme de base&lt;/i&gt; que l'&lt;i&gt;identit&#233; id&#233;ale &lt;/i&gt;est produite activement en m&#234;me temps que ces actions, dans leurs caract&#233;ristiques m&#234;mes, la r&#233;v&#232;lent comme id&#233;ale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur le syndicalisme en g&#233;n&#233;ral&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est devenu extr&#234;mement banal de dire que les syndicats ne trahissent pas et de dire qu'ils tiennent tout simplement leur r&#244;le. Mais, on se contente ensuite, en guise d'explication, d'en faire des interm&#233;diaires entre l'Etat (ou le capital) et les ouvriers. C'est mieux que des traitres, mais cela n'avance &#233;galement pas &#224; grand chose si l'on ne dit pas pourquoi leur action est efficace. Parfois on va un peu plus loin : &#171; Les syndicats loin d'&#234;tre des organes de m&#233;diation entre le capital et le salariat, sont des instruments d'encadrement &#233;tatiste des travailleurs, des rouages d'asservissement de la force de travail aux exigences productives de l'&#233;conomie nationale (...) les syndicats cog&#232;rent la production capitaliste avec le patronat &#187; (Echanges, n&#176; 76, 1993). Nous sommes l&#224; face &#224; une formulation largement partag&#233;e, mais que signifie : &#171; les syndicats sont des instruments d'encadrement &#233;tatiste des travailleurs &#187; ? La formule est merveilleusement ambigu&#235;. Il s'agit d'un &#171; encadrement &#233;tatiste &#187;, mais le simple fait de rajouter &#171; des travailleurs &#187; vaut explication pour le diff&#233;rencier par exemple de la police. Les travailleurs vont utiliser les syndicats, avoir toutes sortes de relations avec eux puisque : c'est &#171; l'encadrement &#233;tatique &lt;i&gt;des&lt;/i&gt; travailleurs &#187;, la tautologie vaut explication. Dans cette caract&#233;risation radicale des syndicats, on nous dit que les syndicats ne sont pas des &#171; organes de m&#233;diation entre le capital et le salariat &#187;. Soit cela signifie qu'il ne peut pas y en avoir : Capital d'un c&#244;t&#233;, Salariat de l'autre. Mais alors &lt;i&gt;quid&lt;/i&gt; de l'implication r&#233;ciproque (exploitation) entre capital et salariat, un des truismes de toute analyse du mode de production capitaliste. Soit cela signifie qu'il pourrait y en avoir mais que de nos jours les syndicats sont totalement int&#233;gr&#233;s du c&#244;t&#233; du capital. Mais alors si &#171; l'encadrement capitaliste des travailleurs &#187; est cet organe ext&#233;rieur (encadrement) &lt;i&gt;quid&lt;/i&gt; &#224; nouveau de l'implication r&#233;ciproque, cela devient une force ext&#233;rieure d'encadrement. D&#232;s que l'on pose la question en termes de m&#233;diation que ce soit pour dire oui ou non, il y a une proposition fondamentale que l'on a &#171; oubli&#233;e &#187; : le prol&#233;tariat est une classe du mode de production capitaliste, et c'est ce qui fait que le syndicalisme fonctionne &lt;i&gt;dans&lt;/i&gt; la classe et par elle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'activit&#233; syndicale est une fonction n&#233;cessaire de l'activit&#233; de classe (classe du mode de production capitaliste), les syndicats n'interviennent pas ext&#233;rieurement &#224; cette existence et cette activit&#233;. Que seraient les &#171; appareils &#187; si le prol&#233;tariat n'&#233;tait pas une classe du mode de production capitaliste d&#233;finie dans une implication r&#233;ciproque avec le capital, si le syndicalisme n'&#233;tait pas, par l&#224;, une activit&#233; qui d&#233;borde les organisations syndicales : coordinations, ou simple activit&#233;s des gr&#233;vistes qui peuvent &#234;tre syndicalistes sans appareils ni syndicats. Il peut exister un syndicalisme de base avec ou sans institution ou s'incrustant dans les organisations les plus officielles. Combien de fois a-t-on vu dans le cours d'une lutte, dans une entreprise o&#249; il n'y avait pas de syndicats, les &#233;l&#233;ments les plus dynamiques dans le conflit fonder une section syndicale ; ce qui ne pr&#233;sume pas bien-s&#251;r du r&#244;le que celle ci peut ensuite jouer. Comme l'a montr&#233; la lutte contre la r&#233;forme des retraites, le syndicalisme n'est pas structurellement une question d'organisation ou d'institution mais de mode d'activit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les syndicats et le syndicalisme en g&#233;n&#233;ral ne sont pas une manipulation plus ou moins ext&#233;rieure de l'activit&#233; de la classe ouvri&#232;re ou une courroie de transmission de l'Etat &#224; l'int&#233;rieur de la classe. Il faut une bonne fois pour toutes reconna&#238;tre que la classe ouvri&#232;re est une classe du mode de production capitaliste, qu'elle est dans un rapport conflictuel d'implication r&#233;ciproque avec le capital (m&#234;me si elle peut &#234;tre &#224; m&#234;me de d&#233;passer ce rapport). Ce rapport, l'exploitation, est la dynamique m&#234;me de la reproduction du mode de production, de l'accumulation du capital. Dans cette contradiction qu'est l'exploitation, le prol&#233;tariat produit le capital et se reproduit lui-m&#234;me dans son rapport &#224; lui. Les int&#233;r&#234;ts respectifs sont simultan&#233;ment irr&#233;conciliables et le fondement m&#234;me de la reproduction respective des termes. Dans ce proc&#232;s les termes ne sont cependant pas dans une situation de r&#233;flexivit&#233; &#233;galitaire, c'est toujours le capital qui dans l'exploitation subsume sous lui le travail et &#224; l'issue de chaque cycle appara&#238;t comme concentrant toutes les conditions de la reproduction du rapport, c'est en cela qu'il se pr&#233;suppose lui-m&#234;me dans sa relation avec le prol&#233;tariat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le syndicalisme exprime ce proc&#232;s, &lt;i&gt;il exprime l'activit&#233; de la classe en ce qu'elle implique conflictuellement le capital et pr&#233;suppose son rapport &#224; lui&lt;/i&gt;. Mais, et c'est fondamental, c'est dans le capital que la reproduction de ce rapport trouve constamment les conditions de son renouvellement. C'est en cela que, fonction de l'implication r&#233;ciproque, le syndicalisme se trouve n&#233;cessairement amen&#233; &#224; envisager le renouvellement de ce rapport sur la base des n&#233;cessit&#233;s du capital, il n'a pas le choix. Le conflit ne peut d&#233;passer le carcan de la logique &#233;conomique capitaliste, et &lt;i&gt;les syndicats sont les garants qu'il s'y maintient&lt;/i&gt;. De l&#224; d&#233;coulent toutes les pratiques imm&#233;diates du syndicalisme : fonction de l'activit&#233; de la classe, dans son implication r&#233;ciproque avec le capital, le syndicat ne peut alors que travailler &#224; conforter et &#224; reproduire cette implication. Les syndicats jouent leur partition mais ne peuvent la jouer et la faire plus ou moins entendre dans les luttes que parce qu'ils sont &lt;i&gt;l'expression fonctionnelle d'une situation r&#233;elle de la classe&lt;/i&gt;. Il faut comprendre autrement que par les subventions de l'Etat (bien r&#233;elles), et les mystifications (souvent efficaces), pourquoi l'action syndicale, toujours critiqu&#233;e, est cependant toujours pr&#233;sente dans son r&#244;le de remise en ordre de l'implication r&#233;ciproque entre les classes, au b&#233;n&#233;fice structurel de la reproduction du mode de production, m&#234;me si cela passe par une opposition imm&#233;diate &#224; la classe dominante, se concevant elle m&#234;me unilat&#233;ralement, comme p&#244;le particulier du rapport.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Consid&#233;rer les syndicats comme l'expression fonctionnelle d'une situation r&#233;elle de la classe ouvri&#232;re permet d'int&#233;grer les pratiques et initiatives syndicales &#224; l'int&#233;rieur m&#234;me de la compr&#233;hension des luttes imm&#233;diates, comme un de leurs moments, et le syndicalisme (avec ou sans institutions) comme toujours r&#233;invent&#233; dans la lutte des classes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut proclamer que les travailleurs doivent s'occuper eux-m&#234;mes de leurs affaires, ne rien attendre des syndicats, ne rien leur demander. Le probl&#232;me c'est que les travailleurs n'agissent pas ainsi. En m&#234;me temps qu'ils s'occupent eux-m&#234;mes de leurs affaires, ils demandent aux syndicats de s'en occuper parce que, dans certaines circonstances et pour certaines &#171; affaires &#187;, ils consid&#232;rent, avec raison, les syndicats comme &#233;tant aussi ce fameux &#171; eux-m&#234;mes &#187;. Durant les luttes de l'automne 2010, ce ne sont pas seulement les militants syndicalo-gauchistes de SUD, de LO ou du NPA qui cherchaient &#224; &#171; pousser &#187; les syndicats, mais des milliers de travailleurs. Avant m&#234;me de leur r&#233;clamer la &#171; gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale &#187;, ils leur demandaient des pr&#233;avis de gr&#232;ve, de se prononcer sans ambigu&#239;t&#233; pour les gr&#232;ves reconductibles &lt;i&gt;et&lt;/i&gt; d'imposer des n&#233;gociations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Syndicats et syndicalisme de base&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est pas parce que les formes actuelles de lutte, comme les blocages ou les AG, sont d&#233;cal&#233;es par rapport &#224; celles qu'affectionnent &#224; l'ordinaire les directions syndicales qu'elles expriment le d&#233;passement du syndicalisme. &#171; Rappelons-nous la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale &#224; la SNCF de 1986. Les premi&#232;res assembl&#233;es souveraines rencontr&#232;rent l'hostilit&#233; de l'appareil de la CGT, qui n'&#233;tait pas &#224; l'initiative de la paralysie du r&#233;seau ferr&#233; et qui y &#233;tait m&#234;me oppos&#233;e. Elles furent encens&#233;es par les ultimes partisans du communisme des Conseils et autres apologistes de la d&#233;mocratie directe comme la voie de passage obligatoire pour rompre avec le syndicalisme et subvertir le monde. Or, &#224; partir du moment o&#249; la hi&#233;rarchie syndicale les a reconnues comme modes de repr&#233;sentation n&#233;cessaires, voire les a organis&#233;es elle-m&#234;me, et que l'Etat les a ent&#233;rin&#233;es sans chercher &#224; les disperser, elles sont devenues la feuille de vigne des magouilles syndicales. Les bonzes de la SNCF, &#224; condition d'en respecter le c&#233;r&#233;monial, pouvaient y jouer le r&#244;le de d&#233;l&#233;gu&#233;s d&#233;sign&#233;s et r&#233;vocables par les masses souveraines. (&#8230;) La faillite des assembl&#233;es sanctionna l'am&#232;re r&#233;alit&#233; : l'immense majorit&#233; des gr&#233;vistes n'avaient d'autre perspective que de maintenir ou d'am&#233;liorer leur condition. En d'autres termes, ils restaient syndicalistes dans l'&#226;me. Dix ans plus tard, &#224; la veille de la derni&#232;re gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale &#224; la SNCF impuls&#233;e, elle, par la CGT, naissait SUD, h&#233;ritier testamentaire des illusions charri&#233;es par des assembl&#233;es, amalgam&#233;es au citoyennisme en cours de constitution. Lequel est devenu l'id&#233;ologie officielle des oppositions de la pr&#233;tendue 'soci&#233;t&#233; civile &#187; au pouvoir d'Etat, recycl&#233;e jusque dans les colonnes de la &lt;i&gt;Vie ouvri&#232;re&lt;/i&gt;, l'organe de la CGT. &#187; (Peter Vener, &lt;i&gt;La forme d'abord&lt;/i&gt;, texte sur le net en pdf).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A propos de ces m&#234;mes coordinations et assembl&#233;es de base des ann&#233;es 1980, &lt;i&gt;Th&#233;orie Communiste&lt;/i&gt; &#233;crivait dans son n&#176; 10 (d&#233;cembre 1990) : &#171; Dans cet ancien cycle de luttes, dont les caract&#233;ristiques centrales &#233;taient la conqu&#234;te de l'autonomie, l'auto-organisation, l'autogestion, ce n'&#233;tait qu'en s'opposant &#224; ce qui pouvait le d&#233;finir comme classe du mode de production capitaliste que le prol&#233;tariat pouvait &#234;tre r&#233;volutionnaire. (&#8230;) La supercherie actuelle relative &#224; l'analyse des mouvements r&#233;cents en termes d'auto-organisation r&#233;side dans le fait que ce qui est pr&#233;sent&#233; comme processus r&#233;volutionnaire n'est que l'affirmation de ce que le prol&#233;tariat est dans le mode de production capitaliste, on est revenu &#224; une plate apologie de la condition ouvri&#232;re et c'est l&#224; le fond de commerce commun &#224; toutes les analyses. On est retomb&#233; dans l'id&#233;ologie gestionnaire la plus plate : 'Le mouvement a tent&#233; de prolonger cette organisation de base par d'autres structures autonomes sur le plan r&#233;gional et national. On peut voir l&#224; l'esquisse d'une organisation compl&#232;te de l'autonomie de la lutte, qui peut pr&#233;figurer l'organisation de toute la vie sociale par des comit&#233;s reposant enti&#232;rement sur des assembl&#233;es de base, prenant leur propre destin&#233;e en mains et &#233;liminant du m&#234;me coup toutes les structures qui les dominent dans cette soci&#233;t&#233;' (Liaisons, n&#176;2)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb18&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Liaisons &#233;tait un bulletin conseilliste qui s'&#233;tait d&#233;marqu&#233; d'Echanges sur (&#8230;)&#034; id=&#034;nh18&#034;&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187; (op. cit., pp. 6-7).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec la fin de l'identit&#233; ouvri&#232;re reconnue dans la reproduction du capital et la crise des repr&#233;sentations syndicales et politiques de la classe ouvri&#232;re qu'elle contient, le syndicalisme dans son sens le plus g&#233;n&#233;ral est devenu diffus, ce que nous appelons syndicalisme de base dans ce texte. L'ill&#233;gitimit&#233; de la revendication salariale rend le ph&#233;nom&#232;ne encore plus sensible et instable. Il y avait, durant les ann&#233;es 1950, 1960, 1970, des d&#233;bordements des syndicats, des organismes autonomes qui apparaissaient, des comit&#233;s de gr&#232;ve de base, ils &#233;taient combattus (jusqu'&#224; la violence physique) par les Centrales qui ne modifiaient pas leur strat&#233;gie et persistaient &lt;i&gt;contre ces contestations&lt;/i&gt; dans leurs modalit&#233;s d'existence que fondamentalement d&#233;finissait le r&#244;le fonctionnel de la revendication et la reconnaissance de l'identit&#233; ouvri&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Depuis que les salari&#233; de Cellatex ont menac&#233; d'employer la m&#233;thode de la terre br&#251;l&#233;e en 2001, elle (la CGT) a entam&#233; le douloureux recentrage &#224; la base, sur le mod&#232;le de SUD. D'o&#249; la compr&#233;hension embarrass&#233;e qu'elle manifeste d&#233;sormais envers des actes qu'elle n'a pas pr&#233;vus. (&#8230;) Pour le surf par gros temps, les vieux crabes de la CGT comptent sur des crustac&#233;s plus jeunes, mais aux pinces d&#233;j&#224; longues, qu'ils laissent m&#234;me depuis quelques ann&#233;es grimper dans les &#233;tages du si&#232;ge de Montreuil pour en consolider les fondations. Trotskystes de tous poils, autonomes assagis, mao&#239;stes repentis, lyc&#233;ens contestataires d'hier d&#233;j&#224; bureaucrates d'aujourd'hui&#8230; constituent le fer de lance de la r&#233;novation en cours. Pas seulement &#224; SUD, bien que le syndicalisme citoyenniste soit leur domicile pr&#233;f&#233;r&#233;. Leur activisme, qui va parfois jusqu'au coup de main, n'est pas antagonique avec les habitudes de la centrale qui veulent que, en cas de besoin, les bonzes mettent la main &#224; la p&#226;te pour en redorer le blason.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; A l'image de SUD, la CGT a donc approuv&#233; des actes d&#233;lictueux et les a couverts face aux m&#233;dias. (&#8230;) De plus, elle a organis&#233; elle-m&#234;me des actions parfois justiciables et, tradition de la maison oblige, elle ne les a pas revendiqu&#233;es toutes, histoire de faire passer des vessies pour des lanternes. (&#8230;) Pas mal de radicaux, en particulier ceux qui ne sont pas confront&#233;s au monde du travail, &lt;i&gt;limitent l'action syndicale aux randonn&#233;es p&#233;destres&lt;/i&gt; (c'est nous qui soulignons) qu'ils croisent sur des parcours balis&#233;s dans les zones urbaines. Ils ont donc aval&#233; la couleuvre sans sourciller. (&#8230;) Le sens de l'op&#233;ration promotionnelle a &#233;chapp&#233; &#224; bien des radicaux, fascin&#233;s par l'activisme d&#233;ploy&#233; par la centrale, sans commune mesure avec le leur, vu les moyens dont elle dispose, du moins dans le secteur de l'&#233;nergie. Bluff&#233;e, la CNT francilienne a m&#234;me parl&#233; de la 'multiplication d'actes de sabotage et de blocage diffus'. A Paris, capitale du spectacle radical, le ridicule ne tue plus. &#187; (&lt;i&gt;Ibid&lt;/i&gt;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour Peter Vener, les limites que les luttes de l'automne 2010, comme les pr&#233;c&#233;dentes qu'il analyse, sont en elles-m&#234;mes le non-d&#233;passement du caract&#232;re syndicaliste, revendicatif, de la lutte : le fait que les blocages quoiqu'on ait pu en dire ne d&#233;passent pas cet objectif. Il fait la critique de la confusion entre forme (blocage) et contenu r&#234;v&#233; (bloquer l'&#233;conomie) et de sa r&#233;cup&#233;ration par ceux qui pr&#233;tendent aller plus loin en g&#233;n&#233;ralisant une forme qui n'a pas le contenu susceptible de le faire. Cependant, tout est pr&#233;sent&#233; comme si les organisations syndicales ma&#238;trisaient les tenants et aboutissants, comme si cela &#233;tait cousu de fils tiss&#233;s entre elles et l'Etat&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb19&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;On peut &#233;galement ajouter &#224; la critique de l'analyse tr&#232;s int&#233;ressante mais (&#8230;)&#034; id=&#034;nh19&#034;&gt;19&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Il prend le contrepied de ceux qui voient dans certaines formes de luttes un 'embryon', 'le matin du grand soir'. Salutaire douche froide, mais encore ? On se demande alors un peu pourquoi, malgr&#233; tout, il y a eu cette lutte et pas rien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui fait du mouvement sur les retraites de l'automne 2010 un &#233;v&#233;nement d'aujourd'hui, c'est le contexte mondial du rapport entre accumulation du capital et reproduction de la force de travail dans lequel s'effondrent les sp&#233;cificit&#233;s de l'Etat-providence fran&#231;ais (long processus imperfectif de par la nature de la restructuration mais qui s'acc&#233;l&#232;re dans la situation actuelle de la crise de cette phase du mode de production capitaliste). Ce n'est pas la m&#234;me chose de mener une lutte revendicative &#8211; quelles qu'en soient les formes, institutionnelles ou de base, manifestations ou blocages - quand elle est vou&#233;e &#224; l'&#233;chec, et qu'on le sait, par rapport &#224; l'&#233;poque o&#249; ces luttes pouvaient gagner. Ce n'est pas la m&#234;me chose quand sont en cause d'un c&#244;t&#233; la p&#233;rennisation de l'exploitation et, de l'autre, &lt;i&gt;l'appartenance de classe comme limite &#224; la lutte&lt;/i&gt; &lt;i&gt;et non simplement le syndicalisme&lt;/i&gt;. Il s'agit maintenant de caract&#233;riser les limites de la lutte de classe comme &#233;tant celles de l'implication r&#233;ciproque entre prol&#233;tariat et capital quand ce dernier ne produit plus aucune confirmation en lui-m&#234;me de la classe pour elle-m&#234;me. Fin de l'identit&#233; ouvri&#232;re, ill&#233;gitimit&#233; de la revendication : les deux sont corollaires et c'est explosif. Cela signifie que c'est dans les actions revendicatives les plus triviales que peut s'annoncer la production de l'appartenance de classe comme une contrainte ext&#233;rieure. Une gr&#232;ve qui s'&#233;ternise, un mouvement qui se durcit, un blocage qui devient effectif, un affrontement qui ne se diff&#232;re pas, autant de marques d'une situation qui &#233;chapperait au syndicalisme. Pour aller o&#249; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les centrales ont encore cette fois parfaitement ma&#238;tris&#233; leur r&#244;le d'&#233;quilibriste&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb20&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;A la CGT, les contradictions entre la ligne Thibaut et les f&#233;d&#233;rations les (&#8230;)&#034; id=&#034;nh20&#034;&gt;20&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; pour maintenir le contact avec leurs militants &lt;i&gt;et tous les autres&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gr&#232;ves et blocages&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les blocages syndicalistes acceptaient le soutien de tous, malgr&#233; les pr&#233;ventions &#233;videntes de la CGT vis-&#224;-vis de tout ce qui est non-encadr&#233;. De la m&#234;me mani&#232;re que l'intersyndicale organisait les manifestations, le soutien aux blocages est accept&#233; exactement comme soutien citoyen &#224; des revendications justes s'articulant &#224; la grande revendication salariale unanime de d&#233;fense de la retraite. &#171; Autant la pratique du piquet volant peut &#234;tre une force du mouvement, donnant &#224; tout le monde la possibilit&#233; d'y participer, rendant les modalit&#233;s d'action &#224; ceux qui y participent. Chaque piquet volant pouvant d&#233;terminer son champ d'action, ses objectifs. Autant il peut juste servir de main-d'&#339;uvre &#224; des syndicalistes en mal de troupes, comme on l'a vu sur certaines raffineries. Autant il ne peut &#234;tre qu'une nouvelle forme de la politique citoyenne, le piquet volant n'&#233;tant alors qu'un groupe d'individus marquant son soutien. Recherchant comme seul contenu que d'am&#233;liorer les choses. Force est de constater qu'il est impossible de trancher entre l'une ou l'autre des tendances. Plus pr&#233;cis&#233;ment, elles se sont toutes juxtapos&#233;es, sans jamais se confronter parce que la revendication consensuelle ne fut jamais critiqu&#233;e. &#187; (&lt;i&gt;Paradoxes en automne&lt;/i&gt;). Une chose est s&#251;re cependant : en tant que forme de lutte, le piquet volant, comme le blocage qui est sa raison d'&#234;tre, ne porte en lui-m&#234;me aucune &lt;i&gt;potentialit&#233;&lt;/i&gt; inscrite dans son ADN.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'il n'y a pas de sortie du syndicalisme (qui en fait n'est pas le fond du probl&#232;me, celui-ci &#233;tant maintenant l'appartenance de classe et le fait de lutter en tant que classe), le soutien r&#233;ciproque et le d&#233;placement n'est pas une sortie du corporatisme et des segmentations mais leur addition&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb21&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cela peut m&#234;me &#234;tre parfois une somme alg&#233;brique : qu'aurait signifi&#233;, &#224; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh21&#034;&gt;21&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Cela peut &#234;tre utile, mais ce n'est que &#231;a. La sortie de la division ce n'est pas la somme des &#233;l&#233;ments divis&#233;s, c'est la suppression de ce qui les divise : le fait d'&#234;tre des prol&#233;taires et de ce fait d'avoir l'unit&#233; de leur existence en tant que classe repr&#233;sent&#233;e face &#224; eux objectiv&#233;e dans la reproduction du capital. On peut esp&#233;rer &#171; intensifier le rapport de force &#187; (AG de luttes d'Avignon), mais cela ne dit pas quel est le contenu de ce &#171; rapport de force &#187; et surtout on n'intensifie que ce qui cherche &#224; s'intensifier et, quand c'est le cas, cela se voit tr&#232;s rapidement. A l'&#233;vidence, ce n'&#233;tait pas le cas du mouvement de l'automne 2010.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un texte r&#233;dig&#233; dans le cours du mouvement, on pouvait lire : &#171; C'est dans le mouvement de la contestation que la critique de tout ce qui existe peut se transformer en proposition pour qu'il existe quelque chose d'autre. Il faut bloquer la production capitaliste et partager ce qui est d&#233;j&#224; produit, puis partager la mani&#232;re dont on pourra continuer &#224; faire vivre ce partage. &#187; (L&#233;on de Mattis, &lt;i&gt;Ce qui est en jeu ce n'est plus seulement les retraites&lt;/i&gt;, sur le net). L&#224;, le bocage de la production est consid&#233;r&#233; en lui-m&#234;me comme le dernier acte avant le passage &#224; la r&#233;volution (communisation). En insistant sur la dynamique que pourrait avoir certaines formes de luttes on r&#233;introduit une transcroissance entre la lutte revendicative et la r&#233;volution. Ce dernier acte pourrait tout aussi bien &#234;tre la &#171; r&#233;cup&#233;ration des entreprises &#187; et toutes les contradictions (travail, &#233;changes, localisation de la production, relations avec les pr&#233;caires et les ch&#244;meurs, etc.) qui en r&#233;sulterait. Il est exact que le saut qualitatif entre luttes revendicatives et r&#233;volution est un d&#233;passement produit, on peut le d&#233;terminer quant &#224; son contenu, mais vouloir donner une forme &#224; ce contenu c'est consid&#233;rer que la lutte revendicative dans son cours de lutte revendicative sort d'elle-m&#234;me, par certaines de ses formes, de son caract&#232;re revendicatif. Ici, quelque chose se met en boucle entre la conception du blocage et la &#171; n&#233;cessit&#233; &#187; de l'intervention. Et puis, que partage-t-on de ce qui est d&#233;j&#224; produit ? Ce dont on a besoin pour la lutte. Le partage en lui-m&#234;me n'est pas grand-chose si c'est le partage de t&#233;l&#233;viseurs &#224; &#233;cran plasma ou de surv&#234;tements Lacoste (m&#234;me si, selon les go&#251;ts, les uns et les autres puissent faire plaisir). La r&#233;volution ce n'est pas &lt;i&gt;l'An 01&lt;/i&gt; (le film post 1968) : &#171; on arr&#234;te tout et on r&#233;fl&#233;chit &#187;. Malheureusement, ce qui &#233;tait en jeu c'&#233;tait toujours les retraites et toutes les revendications particuli&#232;res des gr&#232;ves diverses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les blocages ne sont pas sortis de leur rapport aux gr&#232;ves dans leur intermittence, le d&#233;veloppement de la pratique de blocage pour elle-m&#234;me comme pratique nouvelle ayant sa dynamique et sa &#171; potentialit&#233; &#187; propre n'a pas exist&#233;. Les blocages se sont inscrits dans l'activit&#233; des gr&#232;ves, leur efficacit&#233; est rest&#233;e conditionn&#233;e, dans chaque cas, par la poursuite de la gr&#232;ve ou par son inexistence sur le site bloqu&#233;, et, pour les blocages &#233;pisodiques et volants, par la poursuite g&#233;n&#233;rale des gr&#232;ves. Les blocages n'ont que de fa&#231;on absolument exceptionnelle (et encore&#8230;) &#171; d&#233;border les cadres impos&#233;s par les syndicats &#187; (tract &lt;i&gt;Premier Round&lt;/i&gt; distribu&#233; &#224; Paris lors de la manif du 28 octobre) qui en ont initi&#233; et contr&#244;l&#233; de bout en bout l'immense majorit&#233;, il n'y avait pas non plus les &#171; bons gr&#233;vistes &#187; et les &#171; bloqueurs &#187;. L&#224; o&#249; les blocages ont pu avoir un minimum d'efficacit&#233; (raffineries), il &#233;tait &#233;vident, m&#234;me dans le discours des m&#233;dias et celui de l'Etat que &#171; bloqueurs &#187; et &#171; gr&#233;vistes &#187; &#233;taient identiques. Que cela soit &#224; Avignon, &#224; Strasbourg, ou &#224; Rennes, les AG &#171; autonomes &#187; s'aper&#231;oivent que leurs tentatives d'action ne sont pas grand chose sans les &#171; bureaucraties syndicales locales &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question n'est pas celle de formes d'actions mais de leur contenu, or quelle que soit la forme d'action (blocage, AG interpro, ou gr&#232;ve), le syndicalisme est demeur&#233; ce contenu. Plus g&#233;n&#233;ralement m&#234;me, la limite en jeu ce n'est plus maintenant le syndicalisme mais l'appartenance de classe qui est apparue en tant que telle comme limite dans la segmentation du mouvement, les divisions de la classe, son unit&#233; comme simple id&#233;al mis en sc&#232;ne par les grandes manifestations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le blocage est une forme de la gr&#232;ve, souvent une forme adapt&#233;e au type d'activit&#233; m&#234;me des entreprises bloqu&#233;es. Ce sont des entreprises de service ou de quasi-service en flux continu dont l'arr&#234;t de fonctionnement implique le blocage qu'il soit de fait ou ouvertement annonc&#233;. Ne plus raffiner c'est ne plus fournir de produits raffin&#233;s en temps r&#233;el ; de m&#234;me que ne plus ramasser les ordures.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'analogie avec la gr&#232;ve des transports (qui est un blocage par d&#233;finition) magnifie le blocage et &#233;voque la grande gr&#232;ve &#171; par procuration &#187; de 95 qui fut plus ou moins victorieuse et qui f&#251;t l'inauguration de la petite d&#233;cennie d&#233;mocrate radicale (1995-2003) qui vit &#8211; en France - une s&#233;rie de &#171; mouvements sociaux &#187; dans lesquels la gr&#232;ve des transports joua un r&#244;le central et qui lorsque elle &#233;tait absente, comme en 2003, manquait cruellement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut sans doute l&#233;gitimement penser que ce sont ces mouvements sociaux qui ont g&#233;n&#233;r&#233;s le mythe du &#171; blocage des flux &#187; vu comme le d&#233;passement de la revendication et comme l'ouverture de &#171; La r&#233;volution &#187;. Ce mythe est d'ailleurs tr&#232;s similaire &#224; celui de la &#171; gr&#232;ve expropriatrice &#187; de l'anarcho-syndicalisme. Le paradoxe le plus ironique serait que le regret d&#233;mocrate radical de la lutte de classe identitaire du programme ouvrier laisse maintenant la place &#224; un regret &#171; communiste &#187; des mouvements sociaux du d&#233;mocratisme radical !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Durant le mouvement d'octobre- novembre 2010 contre la r&#233;forme des retraites, la multiplication des blocages d'importance et de dur&#233;e tr&#232;s diverses a paru prendre le dessus sur la gr&#232;ve comme mode d'action et m&#234;me s'en diff&#233;rencier quant &#224; ses acteurs et ses finalit&#233;s. C'est cependant tordre la r&#233;alit&#233; que de poser une dissociation entre gr&#232;ve et blocage&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb22&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cette th&#232;se de la dissociation est d&#233;fendue dans le texte de L&#233;on de Mattis (&#8230;)&#034; id=&#034;nh22&#034;&gt;22&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Dans le cours du mouvement cette dissociation n'est pas apparue mais, au contraire, les blocages accompagnaient un mouvement de gr&#232;ves intermittentes et sp&#233;cifiques. Les unes (les gr&#232;ves intermittentes) et les autres (les blocages) r&#233;pondent aux formes actuelles du salariat qui rendent la gr&#232;ve difficile avec, dans ce cas particulier, l'absence de gr&#232;ve continue massive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aucun exemple de blocage ne montre une &lt;i&gt;dissociation&lt;/i&gt; entre gr&#232;ve et blocage. Effectivement le blocage vient en renfort de la gr&#232;ve qui a &#233;t&#233; suivie par intermittence, l'activit&#233; de gr&#232;ve qu'&#233;tait le blocage se poursuivait hors gr&#232;ve. En d&#233;fendant la th&#232;se de la dissociation, L&#233;on de Mattis (op. cit.) distingue les objectifs de l'une et de l'autre de ces formes d'actions : &#171; Alors que l'objectif de la gr&#232;ve est de faire plier le patron en lui faisant perdre l'argent de sa production, l'objectif du blocage est d'aller au-del&#224; en termes de nuisance et de porter des coups en dehors du strict p&#233;rim&#232;tre de l'entreprise employeuse. C'est cette g&#233;n&#233;ralisation de l'objectif poursuivi qui a permis de lancer le mot d'ordre du 'blocage de l'&#233;conomie' par le blocage des flux. Certes cet objectif est encore tr&#232;s ambitieux et en total d&#233;calage avec la r&#233;alit&#233; de la pratique actuelle du blocage. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le blocage va au-del&#224; de quoi ? Ce qui ferait du blocage une pratique particuli&#232;re ce serait sa &#171; g&#233;n&#233;ralisation &#187; comme &#171; blocage des flux &#187;. Mais l&#224;, si on consid&#232;re le mouvement d'octobre, il faut revoir son enthousiasme &#224; la baisse. Le blocage n'est pas une pratique abstraite comportant un sens toujours d&#233;j&#224; l&#224;, quel que soit le mouvement dans lequel il s'inscrit. A raisonner ainsi, on aboutit &#224; consid&#233;rer que c'est le mouvement d'octobre qui n'est pas all&#233; assez loin et qui s'est retrouv&#233; en d&#233;calage avec l'une de ses propres pratiques, ou une de ses pratiques qui s'est retrouv&#233; en d&#233;calage avec le mouvement, c'est pareil.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les pratiques r&#233;elles de blocage sont alors mises en regard d'un sens intrins&#232;que de la Pratique du Blocage. Si on regarde comment ces blocages &#233;taient inscrits dans le mouvement, on voit que ce sont les revendications sectorielles donnant chair &#224; la revendication g&#233;n&#233;rale qui donnaient lieu &#224; ces blocages. Ce n'&#233;tait pas bloquer l'&#233;conomie pour bloquer l'&#233;conomie, car m&#234;me si cette dimension n'&#233;tait pas compl&#232;tement &#233;trang&#232;re au mouvement c'&#233;tait un mouvement revendicatif et c'&#233;taient des blocages revendicatifs aussi. Il n'y a pas eu de d&#233;calage parce que s'il peut y avoir des contradictions, des impasses, il n'y a jamais de d&#233;calage ou d'anachronisme entre une lutte et ses pratiques. Dans l'engouement que les blocages ont suscit&#233;, il y avait toujours l'&#233;valuation des blocages r&#233;ellement existant en regard d'une pratique du blocage hors contexte et hors &#171; actuel &#187;. D&#232;s que l'on essentialise des &#233;l&#233;ments du r&#233;el, on est ensuite oblig&#233; de parler en termes de &lt;i&gt;potentialit&#233;&lt;/i&gt; (voir plus loin &#224; propos de l'activisme).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La gr&#232;ve, parce qu'elle porte revendication, participe de la reproduction du rapport prol&#233;tariat / capital &#187; ; &#171; Elle n'est plus qu'un instrument aux mains des syndicats dans la n&#233;gociation du prix de la force de travail &#187; ; &#171; La gr&#232;ve ne paralyse pas le pays&#8230;mais le prol&#233;tariat ! &#187; ; &#171; La gr&#232;ve est englu&#233;e dans la l&#233;galit&#233;, encadr&#233;e qu'elle est par tout un dispositif l&#233;gislatif qui lui coupe d'embl&#233;e toute initiative hors du rapport prol&#233;tariat / capital &#187;. Toutes ces affirmations de L&#233;on de Mattis dans le texte &lt;i&gt;Gr&#232;ve vs blocage&lt;/i&gt; d&#233;valorisent la gr&#232;ve en tant que telle et nous nous retrouvons, comme souvent avec l'&#233;meute, devant l'apologie d'une forme de lutte contre une autre. Comme le blocage est suppos&#233; moins contr&#244;lable, hors l&#233;galit&#233; et hors contr&#244;le syndical (ce que les blocages tr&#232;s largement n'ont pas &#233;t&#233; durant ce mouvement), il rendrait &#224; la gr&#232;ve son caract&#232;re de lutte. Il permettrait de rompre l'atomisation des &#171; citoyens qui doivent individuellement se positionner face &#224; la d&#233;cision de se mettre en gr&#232;ve &#187; (&lt;i&gt;idem&lt;/i&gt;). La s&#233;paration dans le mouvement qui a r&#233;ellement eu lieu en octobre et novembre 2010 des gr&#232;ves et des blocages est une approche purement formelle qui cr&#233;e une id&#233;ologie des formes de luttes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces blocages n'ont rien demand&#233; de plus (car ils ont demand&#233; des choses, ils ont revendiqu&#233;) que les gr&#232;ves. Dans les raffineries, les blocages (tr&#232;s syndicaux) &#233;taient la gr&#232;ve r&#233;ellement existante. Les gr&#232;ves &#233;taient revendicatives et les blocages aussi, ce n'&#233;tait pas les &#233;meutes de 2005 en France ou la Gr&#232;ce de d&#233;cembre 2008. Tout au contraire, on peut &#233;galement comprendre l'extension des blocages comme un contournement de la faiblesse du mouvement, une sorte de palliatif et peut-&#234;tre m&#234;me comme l'effet d'une forte r&#233;ticence &#224; s'engager dans un conflit plus dur : le sachant perdu. Car s'il y a bien une &#233;vidence dans ce mouvement l&#224;, c'est celle de la conscience que la revendication jouant le r&#244;le de revendication centrale, unifiante, n'aboutirait pas. Ce n'est pas un hasard si les gr&#232;ves n'ont plus ou moins &#233;t&#233; majoritaire et n'ont tenu que l&#224; o&#249; elles engageaient d'autres raisons de conflits que la revendication sur la r&#233;forme des retraites.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aucune forme d'action n'a en elle-m&#234;me, en tant que forme, sa dynamique. La dynamique d'une lutte est indissociablement dans son contenu et dans ses formes. Ce qui importe ce n'est pas de raisonner sur le blocage et la gr&#232;ve, le blocage ou la gr&#232;ve, mais sur la dynamique de l'action revendicative quand la revendication ne fait plus conflictuellement syst&#232;me dans l'accumulation du capital. Aucune forme ne fournit par sa seule existence, ne serait-ce que potentiellement, la preuve de la radicalit&#233; de son contenu. Les blocages n'ont pas d&#233;pass&#233; aujourd'hui l'horizon du syndicalisme qu'ils aient &#233;t&#233; ouvertement syndicaux ou &#171; &lt;i&gt;sauvages&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La compr&#233;hension des blocages en opposition &#224; la gr&#232;ve n&#233;cessite de transformer la gr&#232;ve en une activit&#233; ayant perdu toute efficacit&#233; et m&#234;me &#233;tant devenue une simple activit&#233; &#171; citoyenne &#187; par laquelle on se compte et on manifeste une opinion. Si la gr&#232;ve &#233;tait devenue ce que suppose son opposition au blocage, il n'y aurait pas eu de blocages. Les blocages ne viennent pas faire jouer &#224; la gr&#232;ve ce r&#244;le de paralysie de l'&#233;conomie que son encadrement citoyen lui aurait fait perdre&lt;i&gt;. &lt;/i&gt;Les gr&#232;ves de l'automne 2010 n'ont pas paralys&#233; l'&#233;conomie parce qu'elles n'&#233;taient pas suivies et pas massives (outre les jours J ou dans des secteurs particuliers) pas parce qu'elles &#233;taient encadr&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Il est tout &#224; fait logique de distinguer gr&#232;ve et blocage. La gr&#232;ve avec blocage est une contre tendance &#224; l'&#233;volution de la gr&#232;ve tout court. Elle rend &#224; la gr&#232;ve son caract&#232;re de lutte. &#187; soutient L&#233;on de Mattis. &#171; Gr&#232;ve &#187;, &#171; blocage &#187;, tout cela fonctionne sur des pratiques devenues des abstractions normatives : faire du blocage une pratique ayant un sens intrins&#232;que quel que soit les luttes et les p&#233;riodes dans lesquelles il s'inscrit Le syst&#232;me ne tient alors debout qu'&#224; la condition du d&#233;calage entre une pratique consid&#233;r&#233;e dans sa potentialit&#233; d'avec la situation dans laquelle elle appara&#238;t et existe. En fait, il y aurait eu une pratique de lutte, les blocages, qui aurait &#233;t&#233; &#224; contre-mouvement, alors que, dans le mouvement, bien au contraire, cela n'apparaissait pas du tout conflictuel. Tout le cours du mouvement a montr&#233; que les blocages comme les gr&#232;ves &#233;taient soumis &#224; la m&#234;me initiative et au m&#234;me encadrement syndical. La dynamique d'un mouvement ou sa limite ne se situent pas dans des pratiques de lutte comme possibilit&#233; ou potentialit&#233; mais dans le contenu g&#233;n&#233;ral de telle ou telle p&#233;riode et des luttes qui d&#233;terminent ces pratiques. Quant &#224; l'encadrement l&#233;gal de la gr&#232;ve qui expliquerait sa faiblesse et sa perte d'efficacit&#233;, il n'aura bient&#244;t rien &#224; envier &#224; celui des blocages (c'est d&#233;j&#224; le cas en Espagne). Pour l'une comme pour les autres, c'est vrai que cet encadrement est un frein, mais il n'emp&#234;che, dans un cas comme dans l'autre, qu'il n'existe que pour autant qu'il est respect&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur le moment m&#234;me (c'est-&#224;-dire en excluant les retomb&#233;es p&#233;nales possibles ult&#233;rieures sur le syndicat ou sur les gr&#233;vistes individuellement) l'encadrement l&#233;gal de la gr&#232;ve n'existe que pour autant que les gr&#233;vistes le respectent, il n'a rien &#224; voir avec une d&#233;finition de La Gr&#232;ve. Les autoferrotramvieri (d&#233;cembre 2003) italiens, il y a quelques ann&#233;es, n'avaient pas respect&#233; le service minimum qui leur &#233;tait impos&#233; et les agents de s&#233;curit&#233; de l'a&#233;roport de Marseille-Provence se sont mis en gr&#232;ve le 20 d&#233;cembre 2010 et le 21 ont refus&#233; de se soumettre &#224; l'ordre de r&#233;quisition du pr&#233;fet. En octobre-novembre 2010, dans le mouvement fran&#231;ais, la gr&#232;ve des transports, par exemple, n'a pas perdu de son efficacit&#233;, elle n'a simplement quasiment pas eu lieu. Elle n'a eu lieu que l&#224; o&#249; existant une situation conflictuelle particuli&#232;re et l&#224; elle a &#233;t&#233; tr&#232;s perturbatrice (ligne B du RER). Pourquoi les cheminots auraient-ils fait gr&#232;ve alors que leur statut est exclu de la r&#233;forme au moins jusqu'en 2016 ou 2017 ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, si on a tout &#224; fait raison de ne pas s&#233;parer les blocages des gr&#232;ves intermittentes et de les ranger les uns et les autres dans l'activit&#233; revendicative telle qu'elle a eu lieu, cela ne nous dit rien sur pourquoi il y a eu des blocages et sur la raison d'&#234;tre et la &lt;i&gt;sp&#233;cificit&#233;&lt;/i&gt; de cette pratique &#224; ce moment l&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gr&#232;ves, blocages et syndicalisme de base&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne peut, en ramenant avec raison, dans ce mouvement, les blocages &#224; l'activit&#233; revendicative, laisser de c&#244;t&#233; ce qu'ils signifient sp&#233;cifiquement &lt;i&gt;dans cette activit&#233; revendicative&lt;/i&gt;. Il ne s'agit pas d'en faire une analyse abstraite en tant que forme, mais inversement on ne peut les ramener &#224; un contenu et laisser la forme on ne sait o&#249; sur le bord du chemin. On ne comprend pas alors pour quelles raisons il y a eu des gr&#232;ves &lt;i&gt;et des blocages&lt;/i&gt;. Il faut expliquer la multiplication de la forme blocage depuis dix ans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En premier lieu, la pratique du blocage se relie aux conditions g&#233;n&#233;rales actuelles du salariat (y compris le ch&#244;mage). C'est fondamental et pertinent. Un processus de production &#233;clat&#233; quant &#224; ses lieux et quant &#224; la segmentation de la force de travail qu'il mobilise cr&#233;e des formes de luttes qui lui correspondent et qui, tout simplement, sont les siennes. Cependant, les formes actuelles du salariat expliquent que quelque chose &lt;i&gt;peut&lt;/i&gt; exister mais non que cette chose existe et surtout ce que cette chose signifie &#224; un moment donn&#233; comme activit&#233;. Le contenu effectif, en situation, d'une activit&#233; ne se r&#233;duit pas &#224; ses conditions. Dans le mouvement d'octobre-novembre, les prol&#233;taires ont fait des gr&#232;ves et des blocages, les deux sont revendicatifs, on ne peut pas les opposer, mais ils ont fait &lt;i&gt;les deux&lt;/i&gt;. Cela signifie que leur contenu identique existe de deux fa&#231;ons, cela peut indiquer que ce contenu contient un rapport &#224; l'int&#233;rieur de lui-m&#234;me. Dire que l'on ne peut pas &lt;i&gt;opposer&lt;/i&gt; les deux et m&#234;me dire qu'ils construisent un seul et m&#234;me contenu ne signifient pas n&#233;cessairement qu'ils sont identiques. Cela peut vouloir dire que c'est le contenu qui se diff&#233;rencie en lui-m&#234;me. Dans ce mouvement de l'automne 2010, si nous avons eu affaire &#224; des gr&#232;ves relevant en g&#233;n&#233;ral de secteurs o&#249; existaient des &#171; communaut&#233;s de travail &#187; encore plus ou moins stables mais menac&#233;es, la pr&#233;sence, &#224; l'int&#233;rieur m&#234;me de ces gr&#232;ves, des blocages et de la diversit&#233; des participants qu'ils mobilisent, signifie que &lt;i&gt;ces &#171; communaut&#233;s &#187; ne sont elles m&#234;me que des moments d'une segmentation g&#233;n&#233;rale de la force de travail : disparition g&#233;n&#233;rale de l'unit&#233; que formalisait l'identit&#233; ouvri&#232;re&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si la pratique des blocages doit &#234;tre comprise en liaison avec les conditions d'exploitation (pr&#233;carit&#233;, ch&#244;mage, achat global de la force de travail), c'est tout naturellement que les blocages ont &#233;t&#233;, dans un conflit revendicatif, la forme de lutte int&#233;grant les pr&#233;caires qui ne sont attach&#233;s &#224; aucune entreprise particuli&#232;re, c'est en cela que les blocages en tant que forme ont un contenu et une efficacit&#233; sp&#233;cifique comme forme de lutte actuelle. D'un c&#244;t&#233;, l'existence m&#234;me des pr&#233;caires dans le proc&#232;s de travail et, de l'autre, leur participation, dans les blocages, &#224; l'action revendicative se rejoignent pour signifier la fin de l'unit&#233; et de l'identit&#233; ouvri&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui peut para&#238;tre &#233;trange dans le mouvement qui a eu lieu c'est que les blocages qui ind&#233;niablement correspondent &#224; ces formes g&#233;n&#233;rales actuelles du salariat sont apparus l&#224; o&#249; le terme de &#171; communaut&#233;s de travail &#187; (largement r&#233;duites &#224; presque rien par le capital dans sa restructuration) n'est pas compl&#232;tement obsol&#232;te, elle a servi de pivot aux blocages et de force de regroupement. De ce point de vue il faudrait distinguer les blocages des lieux de travail et les blocages &#171; externes &#187; des axes de circulation, et dans les blocages des lieux de travail, le blocage des entreprises en gr&#232;ve m&#234;me minoritaire et le blocage d'entreprises connexes non en gr&#232;ve. Distinguer permet de r&#233;unifier de fa&#231;on non abstraite : les &#171; communaut&#233;s de travail &#187; ou emplois stables ne sont qu'un segment particulier dans la segmentation g&#233;n&#233;rale de la force de travail, ils n'ont plus leur sens en eux-m&#234;mes ; l'interd&#233;pendance g&#233;n&#233;rale de la production sociale n'est plus seulement le fait de l'&#233;change mais d'un proc&#232;s de travail segment&#233; et continu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mouvement d'octobre-novembre sur les retraites a vu prendre une &#233;trange mayonnaise o&#249; la prise n'a &#233;t&#233; que l'apparence que se sont donn&#233;s des mouvements demeur&#233;s singuliers et discrets. En tant que mouvement global, c'&#233;tait le discours de l'appartenance de classe et de son unit&#233; qui &#233;tait tenu englobant les pr&#233;caires et les &#171; sans &#187;. C'&#233;tait le discours ad&#233;quat &#224; une &#233;volution du mode de production qui a r&#233;duit &#224; presque rien les anciennes &#171; communaut&#233; de travail &#187; qui &#233;taient la base de la lutte de classe que nous connaissions &#224; l'&#233;poque du mouvement ouvrier, &#224; l'&#233;poque de l'unit&#233; construite comme identit&#233; ouvri&#232;re (l'unit&#233; de la classe n'est jamais une objectivit&#233; donn&#233;e, mais une construction). Simultan&#233;ment, ces &#171; communaut&#233;s de travail &#187;, l&#224; o&#249; elles pouvaient encore se formaliser, ont &#233;t&#233; le r&#233;f&#233;rent et la caution du mouvement dans ses caract&#233;ristiques et ses contradictions constitutives. Mais, trop faibles pour avancer ne serait-ce que sur leurs revendications sp&#233;cifiques et anachroniques quant &#224; leur existence, elles se sont donn&#233;es sans sortir de leur particularit&#233; la forme du g&#233;n&#233;ral dans les blocages, forme d&#233;termin&#233;e par les modifications acquises du salariat, c'est-&#224;-dire par cela m&#234;me qui signifie leur anachronisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce mouvement, la sp&#233;cificit&#233; non pas des blocages pris isol&#233;ment, mais des gr&#232;ves se poursuivant ou s'accompagnant de blocages, a r&#233;sid&#233; dans le d&#233;veloppement du &lt;i&gt;syndicalisme de base&lt;/i&gt;. Au niveau g&#233;n&#233;ral du mouvement, la continuit&#233;, quant au contenu, entre gr&#232;ves et blocages a &#233;t&#233; la manifestation privil&#233;gi&#233;e et le marqueur pratique du syndicalisme de base. Ce dernier a &#233;t&#233;, dans ce mouvement, la formalisation dominante de l'action en tant que classe comme limite d'elle-m&#234;me, en m&#234;me temps que la succession des grandes manifestations &#233;tait le compl&#233;ment n&#233;cessaire de ce syndicalisme de base en ce qu'elles &#233;taient &#224; la fois la forme id&#233;ale et la forme creuse de cette unit&#233; de la classe que le syndicalisme de base postule tout en &#233;tant le signe m&#234;me de sa caducit&#233;. Les manifs &#233;taient &#224; la fois le point d'appui des gr&#232;ves intermittentes et des blocages et l'&#233;pine dorsale du mouvement dans la dur&#233;e. Les manifs ont tenu une place essentielle dans le cours du mouvement comme moment de l'unit&#233; de toutes les pratiques diverses, en ce qu'en elles se mettaient en sc&#232;ne cette unit&#233; et cette identit&#233; ouvri&#232;re id&#233;ales. Id&#233;ales car impliqu&#233;es et contredites par le syndicalisme de base qui nourrissait et vivifiait l'ensemble du mouvement. Le mouvement a montr&#233; les profondes divisions entre les travailleurs salari&#233;s sans aucun signe d'unit&#233; de la classe si ce n'est sous forme spectaculaire&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb23&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Toute la vie des soci&#233;t&#233;s dans laquelle r&#232;gnent les conditions modernes de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh23&#034;&gt;23&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; dans les grandes manifestations. Les manifs &#233;taient &#224; la fois le point d'appui des blocages et l'&#233;pine dorsale du mouvement dans la dur&#233;e, elles ont &#233;t&#233;, y compris dans leur rythme, l'expression d'une compl&#233;mentarit&#233; des formes de luttes. Le &lt;i&gt;timing&lt;/i&gt; des manifs, bien au contraire d'&#234;tre d&#233;mobilisateur, &#233;tait tout &#224; fait bien dos&#233;. Que ce soit pour guider le mouvement ou pour le suivre n'importe, seul compte le r&#233;sultat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce mouvement dont l'originalit&#233; a r&#233;sid&#233; dans le fait d'&#234;tre le premier dans la s&#233;rie des grands mouvements fran&#231;ais depuis 1995 &#224; survenir apr&#232;s le d&#233;but de la crise de cette phase du rapport d'exploitation, l'identit&#233; ouvri&#232;re a implos&#233; pour avoir &#233;t&#233; rev&#233;cue comme le compl&#233;ment fantasmatique accompagnant le syndicalisme de base. Il faut au syndicalisme de base les &#171; oripeaux anciens &#187; pour accomplir &lt;i&gt;ses propres t&#226;ches&lt;/i&gt;, pour parodier Marx dans &lt;i&gt;Le Dix-huit Brumaire&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La sp&#233;cificit&#233; des blocages n'est pas que les &#171; radicaux &#187; puissent y participer, puisque finalement ils ne font rien d'autre que ce qu'on (les syndicats au niveau local) leur dit de faire (ils savent bien que c'est la condition de leur pr&#233;sence et ils s'en satisfont), mais que tout le monde peut y participer. Et c'est parce qu'il a &#233;t&#233; la forme et le contenu capable de r&#233;aliser cela dans la forme blocage &lt;i&gt;comprise comme un contenu&lt;/i&gt; que le syndicalisme de base a &#233;t&#233; le c&#339;ur de ce mouvement. En r&#233;sum&#233; qu'est-ce que le syndicalisme de base dans le blocage ? C'est l'unit&#233; de la classe &#224; une &#233;poque o&#249; il n'y a plus d'unit&#233; de la classe comme existence confirm&#233;e dans la reproduction du capital et comme pr&#233;alable &#224; la r&#233;volution. Depuis la restructuration et encore plus depuis le d&#233;but de la crise de cette phase du mode de production capitaliste, l'unit&#233; est vide si elle n'est pas la remise en cause par le prol&#233;tariat de sa propre existence comme classe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'implication r&#233;ciproque nous dit qu'il ne peut pas y avoir d'unit&#233; de la classe pour elle-m&#234;me face au capital si ce n'est comme unit&#233; produite et confirm&#233;e dans la reproduction du capital pour devenir lib&#233;ration du prol&#233;tariat. Quand ce processus est disparu, ce qui appara&#238;t comme unit&#233; c'est le mouvement brownien d'&#233;l&#233;ments dont l'appartenance &#224; un m&#234;me ensemble leur &#233;chappe constamment dans le va et vient d'un lieu &#224; un autre. Le blocage c'est l'appartenance de classe non pas &lt;i&gt;produite&lt;/i&gt; comme une contrainte ext&#233;rieure mais &lt;i&gt;v&#233;cue comme &#233;trang&#232;re&lt;/i&gt; et &#224; retrouver en tant que &lt;i&gt;somme infinie&lt;/i&gt; &#224; construire. L'unit&#233; n'est plus que juxtaposition et somme, elle n'est rien en elle-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur la base et face l'unit&#233; objectiv&#233;e de la classe dans le capital, la seule unit&#233; envisageable dans la lutte de classe n'est pas un pr&#233;alable &#224; la r&#233;volution, la reconstitution d'une sorte de mouvement ouvrier radical et autonome, mais celle des mesures communistes. C'est-&#224;-dire que cette unit&#233; se confondra avec la dissolution du prol&#233;tariat abolissant dans le capital sa propre existence de classe (unit&#233;) qu'il aura &#224; affronter. La condition m&#234;me qui d&#233;finit une lutte comme revendicative, le salariat, signifie imm&#233;diatement l'impossibilit&#233; de s'unifier. La n&#233;cessit&#233; actuelle de d&#233;passer leur situation, les travailleurs salari&#233;s, la trouve, en leur sein c'est-&#224;-dire dans leur rapport au capital, dans leur incapacit&#233; &#224; s'associer sans remettre en cause le rapport qui les lie pour le capital et les divise pour eux-m&#234;mes en une infinit&#233; de situations et de pratiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le cours le plus trivial de la revendication salariale, le prol&#233;tariat voit son existence comme classe s'objectiver comme quelque chose qui lui est &#233;tranger dans la mesure o&#249; le rapport capitaliste lui-m&#234;me le pose &lt;i&gt;en son sein&lt;/i&gt; comme &lt;i&gt;un &#233;tranger&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les prol&#233;taires ne trouvent dans le capital, c'est-&#224;-dire dans leur rapport &#224; eux-m&#234;mes, que toutes les divisions du salariat et de l'&#233;change et aucune forme organisationnelle ou politique, aucune revendication, ne peut plus surmonter cette division. Dans la dynamique m&#234;me du d&#233;veloppement capitaliste, la revendication se pr&#233;sentait comme une transaction ad&#233;quate aux transformations du rapport d'exploitation : sa l&#233;gitimit&#233; &#233;tait fond&#233;e sur le lien n&#233;cessaire entre les transformations du proc&#232;s de production et les conditions de la reproduction. La restructuration qui d&#233;termine la forme du rapport dans le pr&#233;sent cycle de luttes a balay&#233; cette n&#233;cessit&#233;, privant la revendication de la l&#233;gitimit&#233; que lui conf&#233;rait le cycle de luttes pr&#233;c&#233;dent. La revendication ne construit plus un rapport au capital comportant la capacit&#233; pour le prol&#233;tariat de trouver en lui-m&#234;me sa base, sa propre constitution, sa propre r&#233;alit&#233;, sur la base d'une identit&#233; ouvri&#232;re que la reproduction du capital, dans ses modalit&#233;s historiques, venait confirmer. Le prol&#233;tariat reconna&#238;t le capital comme sa raison d'&#234;tre, son existence face &#224; lui-m&#234;me, &lt;i&gt;comme la seule n&#233;cessit&#233; de sa propre existence&lt;/i&gt;. Le prol&#233;tariat voit dor&#233;navant son existence comme classe &lt;i&gt;s'objectiver&lt;/i&gt; dans la reproduction du capital comme quelque chose qui lui est &#233;tranger et qu'il est amen&#233; &#224; remettre en cause. Maintenant, c'est dans les formes les plus ordinaires de la revendication, c'est-&#224;-dire dans ce qui d&#233;finit le prol&#233;tariat, au plus profond de lui-m&#234;me, comme une classe de ce mode de production &lt;i&gt;et rien que cela&lt;/i&gt;, qu'appara&#238;t pratiquement et conflictuellement que son existence de classe devient pour le prol&#233;tariat la limite de sa propre lutte en tant que classe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Face &#224; la segmentation de la classe, il faut se garder du &#171; pi&#232;ge h&#233;g&#233;lien &#187; de la totalit&#233; expressive. La totalit&#233;, c'est-&#224;-dire la polarisation de la soci&#233;t&#233; en classes, n'est pas pr&#233;sente dans chaque segment ni dans leur possible addition momentan&#233;e, elle est leur segmentation elle-m&#234;me en ce qu'elle suit et n'existe que dans les lin&#233;aments, les ruptures et les d&#233;coupages de la reproduction du capital dans laquelle le prol&#233;tariat ne trouve plus aucune confirmation de lui-m&#234;me. Son unit&#233;, car unit&#233; il y a, lui est &#233;trang&#232;re, pour lui-m&#234;me n'existe que l'imm&#233;diatet&#233; de la segmentation. Les adeptes de la &#171; convergence des luttes &#187; qui remplacent aujourd'hui les nostalgiques du Grand Parti et de l'unit&#233; des gros bataillons de la classe ouvri&#232;re, se bercent d'illusions en consid&#233;rant que cette segmentation est subie, elle est le plus souvent voulue, construite et revendiqu&#233;e. &lt;i&gt;La nature de la segmentation, c'est dans la lutte de classe une activit&#233; d'extra&#233;nisation par le prol&#233;tariat de sa propre d&#233;finition comme classe&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'unit&#233; de la classe existe et elle existe &lt;i&gt;dans le capital&lt;/i&gt;. Les diff&#233;rences ne sont pas des accidents qu'il s'agit d'effacer. La situation de classe est devenue une unit&#233; objective &#233;trang&#232;re dans le capital. Ce qui est en jeu dans la lutte de classe, ce n'est pas la suppression de la segmentation dans l'unit&#233;, c'est-&#224;-dire une r&#233;ponse formelle qui est d&#233;j&#224; caduque, il ne s'agit pas de perdre la segmentation, les diff&#233;rences. Ce qui est dynamique, c'est la contradiction entre ces luttes de classes dans leur diversit&#233; et l'unit&#233; de la classe objectiv&#233;e dans le capital. Il ne s'agit pas de dire que plus la classe est divis&#233;e, mieux c'est, mais que la g&#233;n&#233;ralisation d'un mouvement de gr&#232;ves n'est pas synonyme de son unit&#233;, c'est-&#224;-dire du d&#233;passement de diff&#233;rences consid&#233;r&#233;es comme purement accidentelles et formelles. Il s'agit de comprendre ce qui se joue dans ces mouvements diffus, segment&#233;s et discontinus : &lt;i&gt;la cr&#233;ation d'une distance avec cette unit&#233; &#171; substantielle &#187; objectiv&#233;e dans le capital&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mouvement contre la r&#233;forme des retraites n'a pas &#233;chapp&#233; &#224; cette situation mais il lui a donn&#233; une tonalit&#233; bien personnelle. De par les particularit&#233;s de la revendication centrale, les sp&#233;cificit&#233;s des principaux secteurs embarqu&#233;s dans les gr&#232;ves, contre cette unit&#233; de la classe objectiv&#233;e dans le capital qui n'est pour elle que segmentation, le mouvement s'est compris et a cru agir comme la recomposition de l'unit&#233; de la classe pour elle-m&#234;me, mais cela ne pouvait plus &#234;tre qu'une unit&#233; id&#233;ale. C'est le syndicalisme de base qui a produit cette unit&#233; &lt;i&gt;id&#233;ale&lt;/i&gt; de la classe comme son compl&#233;ment et aboutissement n&#233;cessaires tandis qu'il trouvait la repr&#233;sentation de celle-ci dans les grandes manifestations, en m&#234;me temps qu'il &#233;tait de fait la confirmation de la disparition de l'unit&#233; &lt;i&gt;r&#233;elle&lt;/i&gt; de la classe pour elle-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme syndicalisme de base, le fait d'agir en tant que classe se diff&#233;rencie &#224; l'int&#233;rieur de lui-m&#234;me : le syndicalisme de base est la r&#233;alit&#233; dont l'unit&#233; de la classe est l'id&#233;al. Sa propre justification que, dans les faits, il contredit. Le caract&#232;re ill&#233;gitime de la revendication salariale, ou asyst&#233;mie, n'est pas seulement une situation nouvelle, une sorte de cadre, dans lequel se d&#233;rouleraient des actions revendicatives inchang&#233;es qui n'auraient comme caract&#233;ristiques nouvelles que le fait de ne pouvoir aboutir. L'ill&#233;gitimit&#233; de la revendication est une transformation des pratiques revendicatives qui se d&#233;doublent en pratiques de base, locales et plus ou moins autonomes vis-&#224;-vis des conf&#233;d&#233;rations syndicales, elles-m&#234;mes, comme la CGT, travers&#233;es de contradictions, et la production de l'unit&#233; de la classe comme l'id&#233;al que ces pratiques appellent et contredisent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chaque segment en lutte, tout en restant dans sa particularit&#233; se consid&#233;rait comme un segment du &#171; prol&#233;tariat en lutte &#187;, c'&#233;tait le r&#244;le des grosses manifestations &lt;i&gt;et&lt;/i&gt; de la circulation des acteurs dans les blocages. Il fallait entendre, durant ces manifestations, la sono annoncer les fragments des cort&#232;ges comme on annonce les d&#233;l&#233;gations lors de la c&#233;r&#233;monie d'ouverture des Jeux olympiques. Le mot magique de &#171; convergence &#187; a &#233;t&#233; d&#233;clin&#233; des directions syndicales au plus toto-activiste des comit&#233;s de luttes. Il s'agissait de restaurer l'identit&#233; ouvri&#232;re alors que l'importance de ce qui &#233;tait en train de se faire dans les luttes &#233;parses r&#233;sidait pr&#233;cis&#233;ment dans sa disparition. Au travers des blocages et des AG, les travailleurs en lutte allaient r&#233;ellement d'un secteur &#224; l'autre et s'&#233;paulaient entre eux, mais comme aurait dit les op&#233;ra&#239;stes italiens : plus aucun secteur de la classe ouvri&#232;re n'est &#224; m&#234;me de jouer le r&#244;le de cristallisation d'une &#171; recomposition de classe &#187;. Durant toute l'histoire du programmatisme jusqu'&#224; et y compris l'identit&#233; ouvri&#232;re, l'unit&#233; &#233;tait toujours quelque chose se d&#233;finissant en propre pour soi, l'unit&#233; &#233;tait plus que l'addition des parties.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, dans les luttes de l'automne 2010, l'appartenance de classe comme limite n'est apparue qu'en ce qu'elle &#233;tait un id&#233;al &#224; (re)constituer, elle n'a jamais &#233;t&#233; produite comme contrainte ext&#233;rieure. Objectiv&#233;e dans le capital, l'unit&#233; de la classe est devenue le r&#234;ve que les prol&#233;taires voulaient s'approprier. Son caract&#232;re probl&#233;matique a constitu&#233; toute la dynamique de ce mouvement, la revendication centrale dans son impossible satisfaction avait l&#224; une autre fonction : celle d'une unit&#233; symbolique. Les caract&#233;ristiques particuli&#232;res de ce mouvement (la retraite comme revendication centrale, les principales cat&#233;gories en lutte) ont fait que le mouvement a cherch&#233; &#224; vivre comme int&#233;riorit&#233;, l'ext&#233;riorit&#233; de l'unit&#233; de la classe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le blocage, c'est l&#224; toute son actualit&#233; dans ce cycle de lutte, l'appartenance de classe est r&#233;ellement v&#233;cue comme perdue, il est une pratique de sa reconstruction qui sans cesse en ent&#233;rine la perte, en ce sens il est une pratique revendicative de l'&#233;poque de l'asyst&#233;mie de la revendication. Le blocage est une pratique qui signifie que la disparition de l'identit&#233; ouvri&#232;re n'est pas seulement donn&#233;e du c&#244;t&#233; d'un certain d&#233;veloppement du capital mais qu'elle est aussi une pratique ouvri&#232;re&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb24&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'identit&#233; ouvri&#232;re n'&#233;tait pas elle aussi une donn&#233;e objective, mais une (&#8230;)&#034; id=&#034;nh24&#034;&gt;24&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Qu'est-ce en fait l'asyst&#233;mie de la revendication ? C'est le contenu en acte, pratique, imm&#233;diat, dans l'activit&#233; de la classe, de la disparition de l'identit&#233; ouvri&#232;re en ce qu'elle ne pouvait &#234;tre que produite et confirm&#233;e dans la reproduction du capital, les deux (asyst&#233;mie &#187; et disparition de l'identit&#233; ouvri&#232;re) sont par l&#224; indissociables. La liaison entre gr&#232;ve et blocage dans l'activit&#233; revendicative c'est le contenu de l'asyst&#233;mie de la lutte revendicative comme forme m&#234;me de la lutte revendicative qui est pratique ouvri&#232;re de la disparition de l'identit&#233; ouvri&#232;re (personne ne croit au succ&#232;s de la revendication et on continue cependant). Rien d'&#233;tonnant que l'on y trouve alors &#171; les formes g&#233;n&#233;rales actuelles du salariat &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien s&#251;r, on a l&#224; toute la question de la repr&#233;sentation ouvri&#232;re (la fameuse intersyndicale des grands chefs a compl&#232;tement flott&#233; par rapport au mouvement). &#171; Personne ne nous repr&#233;sente &#187; disaient les manifestants, parce qu'il n'y a rien &#224; &lt;i&gt;repr&#233;senter&lt;/i&gt;. Le syndicalisme de base est l'expression d'un mouvement simultan&#233;ment tr&#232;s ancr&#233; et diffus et sans &lt;i&gt;repr&#233;sentation&lt;/i&gt;. Le syndicalisme de base n'est pas une question d'organisation, ne privil&#233;gie pas n&#233;cessairement telle ou telle organisation ou m&#234;me l'absence d'organisation p&#233;renne, la CGT peut &#234;tre syndicaliste de base. Le syndicalisme de base est un mode d'existence fonctionnelle du rapport du prol&#233;tariat au capital quand il n'y a plus d'unit&#233; pr&#233;alable de la classe face au capital, quand il n'y a plus d'identit&#233; ouvri&#232;re. Il est la forme fonctionnelle (c'est-&#224;-dire qui tient &#224; la structure du rapport et ne s'attache pas &#224; telle ou telle forme imm&#233;diate) de l'existence in&#233;luctable de la revendication quand la revendication est devenue ill&#233;gitime. Il a parcouru tout ce cycle de luttes et tend &#224; devenir dans la crise actuelle la formalisation dominante de l'action en tant que classe comme limite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Durant le cours du mouvement, les lyc&#233;ens, par leur pr&#233;sence et leurs activit&#233;s m&#234;mes, ont signifi&#233; que cette unit&#233; et cette identit&#233; ouvri&#232;re n'&#233;tait plus aujourd'hui qu'un id&#233;al. Dans la rue, les lyc&#233;ens &#233;taient en actes la fin de l'identit&#233; ouvri&#232;re. Ils perturbaient la logique de la contradiction constitutive de ce mouvement qui faisait de &lt;i&gt;l'identit&#233; ouvri&#232;re id&#233;ale le compl&#233;ment naturel et n&#233;cessaire du syndicalisme de base au travers de la m&#233;diation que repr&#233;sentait la composition sociale des secteurs les plus en vue dans les gr&#232;ves&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Lorsque les lyc&#233;ens s'invit&#232;rent dans la partie, ils initi&#232;rent un mode op&#233;ratoire qui n'&#233;tait plus seulement celui de la politique. En refusant de monter dans les salles de classes, et en bloquant leurs casernes, ils se retrouv&#232;rent suffisamment nombreux et combatifs pour rester dans la rue et la prendre comme terrain de jeu et de lutte. Une fois dans la rue, la manifestation pouvait prendre autant la forme d'une d&#233;ambulation que de l'attaque de cibles choisies. Le niveau de violence, le choix des lieux symboliques et pratiques d&#233;pendent alors des participants &#224; la manifestation. Autant de leur volont&#233;, de ce qui veut &#234;tre dit et fait, que de l'&#233;valuation du rapport de force. Au-del&#224; de la forme relativement spontan&#233;e, l'action est aussi d&#233;termin&#233;e par le niveau du mouvement, et chaque jour remise en cause. L'assembl&#233;e n'est plus limit&#233;e par sa forme amphith&#233;&#226;trique ; elle s'exprime dans la rue m&#234;me. (&#8230;) La violence peut avoir des perspectives d&#233;mocratiques ou consensuelles, voire porter une revendication. Celle-ci reste un m&#233;dium qui diff&#232;re l'affrontement. Lequel est ind&#233;niable, indiscutable, incontournable dans le rapport de classe capitaliste. A Nanterre ou &#224; Lyon, ceux qui attaqu&#232;rent la marchandise et l'autorit&#233; dirent bien qu'il &#233;tait vital de ne plus diff&#233;rer la rage et l'envie d'en d&#233;coudre. Et, nouveaut&#233; peut-&#234;tre, ceux qui croient encore possible de diff&#233;rer leur col&#232;re n'avaient pas vraiment d'arguments &#224; opposer &#224; la violence. &#187; (&lt;i&gt;Paradoxes en automne&lt;/i&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Multiplication des manifs spontan&#233;es et des &#233;chauffour&#233;es. Les fractions du prol&#233;tariat engag&#233;es dans ces manifs et ces &#233;chauffour&#233;es diffuses signifient que la recomposition et l'unit&#233; r&#234;v&#233;es ne sont qu'illusions. En m&#234;me temps, les lyc&#233;ens sont sinc&#232;rement attendus comme acteurs importants du conflit en cours, mais pas pour ce qu'ils sont en r&#233;alit&#233; : des &#171; &#233;meutiers de banlieues &#187; L'activit&#233; de la frange lyc&#233;enne et coll&#233;&#173;gienne de la jeunesse des ban&#173;lieues a &#233;t&#233; particuli&#232;rement remar&#173;qu&#233;e, bien que son apparition soit rest&#233;e in&#173;d&#233;pendante et &lt;i&gt;parall&#232;le aux rythmes syndicaux&lt;/i&gt;. Les enseignants de ces coll&#232;ges et lyc&#233;es sont rest&#233;s terr&#233;s dans leurs &#233;tablissements et, sans aller jusqu'&#224; briser des vitrines, ne se sont pas simplement associ&#233;s &#224; la gr&#232;ve des &#233;l&#232;ves. La mobilisation des scolaris&#233;s utilisa autant les dispositifs militants convenus (gr&#232;ve, piquets de gr&#232;ve, manifestation) que les formes &#233;meu&#173;ti&#232;res et les blocages des voies de circulation. En Seine Saint-Denis, mais aussi &#224; Lagny (Seine et Marne), &#224; Evry (Essonne), &#224; Lille, Roubaix, Perpignan, Nice, Mulhouse, Montb&#233;liard, Nantes etc.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb25&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pour une liste de ces manifestations et des affrontements, voir bulletin AFP (&#8230;)&#034; id=&#034;nh25&#034;&gt;25&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, les saccages de maga&#173;sins et les affronte&#173;ments de rue quotidiens avec les forces de l'ordre, toujours d&#233;complex&#233;es dans un tel contexte (avec h&#233;licopt&#232;re et flash-ball), ont &#233;t&#233; tus par les m&#233;dia une fois pass&#233; l'&#233;pisode pr&#233;coce de Montreuil. Durant les deux journ&#233;es chaudes de Lyon, l'Etat a mis tout de suite le paquet pour tuer dans l'&#339;uf ce type d'actions et a bien cibl&#233; dans la r&#233;pression ceux des lyc&#233;ens qui n'avaient pas le droit d'&#234;tre dans la rue&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb26&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le m&#234;me jour, la police organisait un p&#233;rim&#232;tre de d&#233;viation du trafic (&#8230;)&#034; id=&#034;nh26&#034;&gt;26&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Il n'y a pas vraiment eu de rencontre entre les lyc&#233;ens et le mouvement de d&#233;fense des retraites (manifs ou blocages&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb27&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Il semblerait que le mouvement &#224; Rennes ait &#233;t&#233; parfois une exception.&#034; id=&#034;nh27&#034;&gt;27&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;) bien que dans les AG de lutte on en ait caress&#233; l'espoir et que les syndicats en aient eu plus ou moins la frayeur. Le contenu de cette rencontre qui ne pouvait en &#234;tre une aurait &#233;t&#233; de dire : &#171; le roi est nu &#187;. S&#233;gr&#233;gations sociale, urbaine, ethnique, g&#233;n&#233;rationnelle, ici l'identit&#233; ouvri&#232;re est bien morte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les ann&#233;es 1950 et 1960 : &#171; Pour peu que les industries soient importantes, la classe ouvri&#232;re nombreuse et organis&#233;e, le futur ouvrier est largement pr&#233;par&#233; &#224; cet avenir par les organisations sportives ouvri&#232;res, les mouvements de jeunes, les patronages. Le patronat et la classe ouvri&#232;re elle-m&#234;me prennent en charge cette fabrication du futur ouvrier, construisent une fiert&#233; ouvri&#232;re, renforcent les sentiments d'appartenance communautaire. De m&#234;me que le jeune apprenti 'm&#233;ritant' et 's&#233;rieux' sera peut-&#234;tre un jour contrema&#238;tre, le jeune ouvrier 'd&#233;vou&#233;' et tout aussi 's&#233;rieux' deviendra dirigeant syndical et politique. S'il existe des possibilit&#233;s de mobilit&#233; sociale, elles sont, dans la majorit&#233; des cas, internes &#224; la classe ouvri&#232;re. (&#8230;) Aujourd'hui, tous les enfants entrent en sixi&#232;me et l'acc&#232;s &#224; la classe ouvri&#232;re proc&#232;de de l'&#233;chec scolaire. &#187; (Fran&#231;ois Dubet, &lt;i&gt;Comment devient-on ouvrier ?&lt;/i&gt;, in &lt;i&gt;Ouvriers, ouvri&#232;res, un continent morcel&#233; et silencieux&lt;/i&gt;, Ed Autrement, 1992). En r&#233;sum&#233;, Fran&#231;ois Dubet r&#233;pond ainsi &#224; la question de son titre : &#171; Hier, par les chemins de la socialisation ouvri&#232;re traditionnelle : les communaut&#233;s de base, l'&#233;cole, l'apprentissage, l'int&#233;gration conflictuelle. Aujourd'hui, dans un paysage fractur&#233;, hors du destin et des r&#233;sistances qui ont &#233;t&#233; au c&#339;ur de l'exp&#233;rience ouvri&#232;re : la fin d'un monde, l'&#233;chec scolaire, l'exclusion, la gal&#232;re. &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le capitalisme restructur&#233;, la reproduction de la force de travail a &#233;t&#233; l'objet d'une &lt;i&gt;double d&#233;connexion&lt;/i&gt;, celle-ci (&#233;voqu&#233;e pr&#233;c&#233;demment) constitue la revendication salariale comme &lt;i&gt;structurellement&lt;/i&gt; ill&#233;gitime dans cette p&#233;riode du mode de production capitaliste et pas seulement contraire &#224; la valorisation maximale du capital. C'est pour cela que la revendication salariale est devenue le terrain o&#249; se pr&#233;pare la production de l'appartenance de classe comme une contrainte ext&#233;rieure et cela &lt;i&gt;au plus intime d'elle-m&#234;me&lt;/i&gt; : le rapport salarial par lequel, pour le prol&#233;tariat, son existence physique/sociale d&#233;pend du capital. Lutter en tant que classe est devenue la limite de la lutte de classe, le syndicalisme de base est une des expressions de cette limite. Dans le syndicalisme de base, l'appartenance de classe comme contrainte ext&#233;rieure, la disparition de l'unit&#233; de la classe autrement qu'objectiv&#233;e dans le capital face &#224; elle, existe et est encore v&#233;cue comme une perte : nous ne sommes rien en dehors du rapport salarial. Il s'agit de la violence ouvri&#232;re contre les d&#233;cisions de la classe capitaliste, violence par laquelle la classe ouvri&#232;re r&#233;clame l'existence pour elle du capital. Si jamais le capital s'avise de ne plus exister pour elle, elle n'est plus rien. Pour exister, la classe ouvri&#232;re revendique, contre le capital, le rapport capitaliste. Nous ne sommes rien en dehors du rapport salarial, tel est dans la lutte de classe le fait de lutter en tant que classe comme limite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les gr&#232;ves et les blocages qui souvent les accompagnent, dans leur intrication avec la succession des &#171; grandes manifs &#187;, ont &#233;t&#233; syndicalistes de base. Gr&#232;ves et blocages ont avanc&#233; des revendications locales et particuli&#232;res &#224; contenu clairement syndical. C'est-&#224;-dire des revendications qui non seulement ne remettaient pas en cause le salariat ni le capital mais bien au contraire en exigeaient la p&#233;rennit&#233;, celle de l'implication r&#233;ciproque du prol&#233;tariat et du capital. Le prol&#233;tariat n'est rien hors de son rapport au capital. Mais, ce rien est tout plein de d&#233;terminations, celles de la disparition de l'identit&#233; ouvri&#232;re et de la faillite de l'autonomie comme perspective de d&#233;passement de cette implication r&#233;ciproque, mais aussi celles de l'appartenance de classe comme contrainte ext&#233;rieure objectiv&#233;e dans le capital. C'est ce &lt;i&gt;rien&lt;/i&gt; que vient emplir le syndicalisme de base, il le met en forme. Ce syndicalisme de base - comme c'est maintenant la r&#232;gle &#8211; est unitaire et d&#233;mocratique, il pratique l'assembl&#233;e g&#233;n&#233;rale et ne repousse pas les offres d'aide ext&#233;rieure avec ce qu'elles impliquent de relations directes que dans un autre temps la CGT aurait tout fait pour &#233;viter. Aide qui, sans faire pour autant des intervenants ext&#233;rieurs une &#171; masse de man&#339;uvre de la CGT &#187;, faisait de ceux-ci des soutiens sans aucune autonomie tant la situation &#233;tait &#224; la fois ad&#233;quate &#224; leur d&#233;sir &#171; d'action autonome &#187; et sans aucun espace ni contenu possibles pour cette autonomie autre que celle d'aider le syndicalisme de base.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'agira de d&#233;fendre de la fa&#231;on la plus &#226;pre ses conditions d'existence, non de revendiquer leur gestion ou leur ma&#238;trise. Ce syndicalisme de base vindicatif, mais tr&#232;s instable, conna&#238;t une existence &#233;pisodique du fait qu'il ne peut se d&#233;velopper et se stabiliser dans la n&#233;gociation. Syndicalisme de base tr&#232;s proche de toutes les formes d'auto-organisation, l'un et les autres expriment et cherchent &#224; formaliser cette limite de la lutte de classe qui est le fait m&#234;me de lutter en tant que classe. La contradiction du mouvement (sa dynamique ?) c'&#233;tait de poser l'identit&#233; ouvri&#232;re comme id&#233;al &#224; atteindre alors que toutes les actions, les pratiques, avaient pour contenu la reconnaissance de sa disparition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vide de tout contenu, l'identit&#233; ouvri&#232;re sous sa forme id&#233;ale, id&#233;ale parce que compl&#233;ment d'activit&#233;s qui en sont l'inexistence en actes (la r&#233;alit&#233; du syndicalisme de base), appara&#238;t comme le d&#233;passement de ce qui avait &#233;t&#233; son contenu m&#234;me dans la p&#233;riode ant&#233;rieure (le programmatisme). La fameuse &#171; auto-organisation des luttes &#187; qui fait passer &#224; la trappe les &#171; auto-organis&#233;s &#187; en tant que sujets r&#233;els existant sp&#233;cifiquement quelque part dans les rapports de production est encore une forme de relation entre luttes revendicatives et r&#233;volution comprise comme transcroissance, elle r&#234;ve &#224; une identit&#233; ouvri&#232;re qui n'en soit plus une, et pense l'avoir trouv&#233;e dans le syndicalisme de base et sa pratique embl&#233;matique : le blocage. Ce serait l'unit&#233; de la classe, la &#171; convergence des luttes &#187;, la transcroissance (formelle) des luttes revendicatives &#224; la r&#233;volution, mais avec une classe portant sa propre n&#233;gation. Le beurre et l'argent du beurre. Compl&#232;tement pris &#224; contrepied par ce syndicalisme de base dans lequel il a enfin vu une unit&#233; de la classe qui ne pouvait plus &#234;tre son affirmation comme classe dominante, l'activisme a cru arriv&#233;e l'heure de sa rencontre avec les luttes ouvri&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt;L'activisme comme sympt&#244;me et quiproquo{{}}&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui cheminot, hier ch&#244;meur, demain travailleur pr&#233;caire, apr&#232;s demain squatteur ou immigr&#233; sans-papier&#8230; L'activisme est le &#171; Que Faire ? &#187; permanent de l'&#233;poque o&#249; tout ce qui faisait l'identit&#233; ouvri&#232;re a disparu. Un &#171; Que Faire ? &#187; permanent qui n'a plus la m&#233;diation vers le g&#233;n&#233;ral qu'&#233;taient l'identit&#233; ouvri&#232;re et / ou le Parti (existant ou &#224; construire), la mont&#233;e en puissance de la classe, c'est-&#224;-dire de fa&#231;on g&#233;n&#233;rale un &#234;tre du prol&#233;tariat &#224; r&#233;v&#233;ler, que celui-ci soit explicite dans ses m&#233;diations (politiques, syndicales, institutionnelles) ou contrari&#233; par elles. Dans cette g&#233;n&#233;ralit&#233; du prol&#233;tariat toutes les particularit&#233;s ne sont plus que des contingences, des accidents.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Coinc&#233; &lt;i&gt;sans m&#233;diation&lt;/i&gt; entre le g&#233;n&#233;ral et le particulier, l'activisme est &lt;i&gt;tactique&lt;/i&gt; et toujours insatisfait de lui-m&#234;me et des autres (jusqu'&#224; l'action suivante). En tant qu'essentiellement tactique, l'activisme fonctionne comme une boite &#224; outils : g&#233;n&#233;ralisation de l'action, d&#233;passement de la revendication cat&#233;gorielle, auto-organisation de la lutte, refus des m&#233;diations, autonomie&#8230; En cons&#233;quence, si ce n'est pas d&#233;finitoire c'est une tendance lourde : l'activisme est normatif. L'action est alors construite comme question, c'est-&#224;-dire comme intervention. La construction de cette question fait de la diversit&#233; des activit&#233;s une abstraction : la Pratique comme abstraction. La question de l'intervention transforme ce que l'on fait dans telle ou telle lutte (ou ce que l'on ne peut pas faire), c'est-&#224;-dire des pratiques toujours particuli&#232;res en une &lt;i&gt;abstraction de la pratique&lt;/i&gt; construisant le dilemme intervention/attentisme. La g&#233;n&#233;ralit&#233; abstraite de la Pratique suppose une d&#233;finition de l'appartenance de classe dans laquelle la &lt;i&gt;g&#233;n&#233;ralit&#233;&lt;/i&gt; d'&#234;tre prol&#233;taire a laiss&#233; de c&#244;t&#233; toutes les d&#233;terminations &lt;i&gt;particuli&#232;res&lt;/i&gt;, d&#233;finition qui l&#233;gitime l'abstraction de la pratique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant l'activisme n'&#233;chappe pas &#224; la dialectique du particulier et du g&#233;n&#233;ral. En se voulant toujours g&#233;n&#233;ral, il est renvoy&#233; &#224; l'attaque des conditions g&#233;n&#233;rales de la&lt;i&gt; reproduction capitaliste &lt;/i&gt;comme &#233;tant son domaine d'action particulier et de pr&#233;dilection : la marchandise, l'&#233;change, la violence d'Etat, les contraintes id&#233;ologiques, le syst&#232;me &#233;ducatif, l'assignation de genres&#8230; Si l'activisme retrouve l&#224; une g&#233;n&#233;ralit&#233; correspondant &#224; sa propre abstraction, il &#233;choue cependant dans son attaque des conditions g&#233;n&#233;rales de la reproduction, car &#224; devoir et vouloir &#234;tre partout l'activisme, d&#233;fini par une construction g&#233;n&#233;rale et abstraite de l'appartenance de classe, saute par dessus la r&#233;alit&#233; des particularit&#233;s inh&#233;rentes au rapport capitaliste d'exploitation qui sont son angle mort, sa &lt;i&gt;terra incognita&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et voil&#224; que dans ce mouvement contre la r&#233;forme des retraites de l'automne 2010, avec les AG et surtout les blocages, l'activisme a pos&#233; le pied sur ces terres inconnues. Enfin, il &#233;tait l&#224; o&#249; cela se passe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'activisme pris dans le contrepied du particulier au g&#233;n&#233;ral&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Depuis plusieurs jours de multiples initiatives fleurissent partout : blocages de lyc&#233;es, de gares, de raffineries, d'autoroutes, occupations de b&#226;timents publics, de lieux de travail, de centres commerciaux ; coupures d'&#233;lectricit&#233; cibl&#233;es, saccages de permanences &#233;lectorales et de mairies&#8230; Dans chaque ville, ces actions viennent intensifier le rapport de force et montrer que nombreux sont ceux qui ne se satisfont plus des formes d'actions et des mots d'ordre impos&#233;s par les directions syndicales &#187; (&lt;i&gt;Communiqu&#233; d'appel &#224; la premi&#232;re assembl&#233;e de Paris&lt;/i&gt;, samedi 23 octobre 2010, en fait septi&#232;me AG &#171; Bloquons l'&#233;conomie &#187;). Dans la rh&#233;torique de l'activisme, l'&#233;num&#233;ration qui ouvre ce texte est un exercice rituel oblig&#233;, sorte d'invocation liminaire, il s'agit d'accumuler des faits d&#233;tach&#233;s de leur contexte, de leurs auteurs, de leur histoire. L'&#233;num&#233;ration est destin&#233;e &#224; faire de la &#171; convergence &#187; une &#233;vidence factuelle et &#224; avoir un effet aveuglant sur le fait que la plus grande partie de ces actions, contrairement &#224; ce qui est dit, sont programm&#233;es et dirig&#233;es par les &lt;i&gt;syndicats&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Les piquets d'ouvriers devant les usines, des assembl&#233;es interpro et des collectifs de luttes se tiennent pour tenter de casser l'isolement et les s&#233;parations cat&#233;gorielles. Leur point de d&#233;part : l'auto-organisation pour r&#233;pondre &#224; la n&#233;cessit&#233; de nous approprier nos luttes sans la m&#233;diation de ceux qui pr&#233;tendent parler au nom des travailleurs. &#187; (&lt;i&gt;idem&lt;/i&gt;). L&#224; &#233;galement, le &#171; point de d&#233;part &#187; au moins pour les &#171; piquets d'ouvriers &#187; et la plupart des interpros, ce n'est pas &#171; l'auto-organisation &#187;, mais les UD ou UL de la CGT ou de la FSU et les initiatives de SUD.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Nous sommes nombreux &#224; ne pas nous organiser selon les formes traditionnelles de la gr&#232;ve sur un lieu de travail et pour autant &#224; vouloir contribuer au mouvement g&#233;n&#233;ral de blocage de l'&#233;conomie. Car ce mouvement est aussi une occasion pour aller au-del&#224; de l'unique probl&#233;matique des retraites, poser la question du travail, d&#233;velopper et construire ensemble une critique de l'exploitation. &#187; (&lt;i&gt;idem&lt;/i&gt;). Il n'y a pas eu de &#171; mouvement g&#233;n&#233;ral de blocage de l'&#233;conomie &#187;, mais c'est ce &#224; quoi les membres de l'Assembl&#233;e veulent cependant &#171; contribuer &#187;, car c'est l&#224; que la g&#233;n&#233;ralit&#233; dont ils se consid&#232;rent investies trouvera &#224; s'employer. Par l&#224;, cette g&#233;n&#233;ralit&#233; va pouvoir trouver son vrai terrain de jeu : &#171; aller au-del&#224; de l'unique probl&#233;matique des retraites. &#187;. Les luttes &#233;num&#233;r&#233;es &#233;taient &#171; au-del&#224; de l'unique probl&#233;matique des retraites &#187;, mais pas dans le sens r&#234;v&#233; par l'Assembl&#233;e. Pas &#171; au-del&#224; &#187;, mais le plus souvent &lt;i&gt;&#224;-c&#244;t&#233;&lt;/i&gt;, dans leurs revendications particuli&#232;res, &#171; corporatistes &#187; aurait dit l'Assembl&#233;e. Est-ce que les &#171; piquets d'ouvriers devant les usines &#187; &#233;taient l&#224; pour tenter de casser l'isolement ? Ils &#233;taient l&#224; pour suppl&#233;er aux faiblesses des gr&#232;ves, les ouvriers se reconnaissaient dans leurs d&#233;l&#233;gu&#233;s syndicaux et agissaient conform&#233;ment &#224; leurs propres revendications particuli&#232;res. Aucun piquet, aucun blocage ne fut le point de d&#233;part d'un quelconque d&#233;bordement ou &#233;largissement. Ils ont &#233;t&#233; des lieux de rencontre largement rendus inoffensifs par le fait qu'ils n'&#233;taient anim&#233;s d'aucune action commune : deux ou trois heures &#224; battre la semelle de conserve et chacun chez soi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; A partir de ce questionnement, avions, ce samedi, d&#233;cid&#233; d'occuper l'Op&#233;ra Bastille. &#187; (&lt;i&gt;idem&lt;/i&gt;) Voil&#224; donc la contribution au &#171; mouvement g&#233;n&#233;ral de blocage de l'&#233;conomie &#187;, &#224; la &#171; construction d'une critique de l'exploitation &#187;. Il est vrai que l'Op&#233;ra Bastille est un &#171; lieu o&#249; circule la marchandise culturelle &#187; : magie des mots. Evidemment, ce qui &#233;tait recherch&#233; c'&#233;tait l'impact m&#233;diatique, sans la m&#233;diation des syndicats mais avec la m&#233;diation des m&#233;dias, c'est plus &#171; classe &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ces quelques citations, ce qui ressort de plus important est que, dans ce mouvement, l'activisme a &#233;t&#233; pris &#224; contrepied par le fait que les pratiques apparaissant formellement comme les plus radicales, celles qui d'ordinaire font partie de ses recettes pour &#171; aller au-del&#224; &#187;, &#233;taient pr&#233;cis&#233;ment investies par ledit &#171; corporatisme &#187;, le particulier, les revendications sp&#233;cifiques. L'activisme a &#233;t&#233; amen&#233;, par sa nature, &#224; une erreur d'analyse consistant &#224; ne pas comprendre que les actions et les secteurs les plus durs n'&#233;taient pas les pr&#233;mices et encore moins les &#171; avant-gardes &#187; (AG &#233;tudiante de Rennes) de la g&#233;n&#233;ralisation du mouvement, mais existaient sur des bases particuli&#232;res et, entre autres choses, syndicalement contr&#244;l&#233;es. Quand, dans un texte d&#233;j&#224; cit&#233;, &lt;i&gt;Premier round, on continue&lt;/i&gt;, on lit que &#171; la base pousse et d&#233;borde les cadres impos&#233;s par les syndicats &#187; et dans la phrase suivant que c'est &#171; par le blocage dans les secteurs strat&#233;giques de la p&#233;trochimie et des transports que le mouvement s'est donn&#233; les moyens d'intensifier le rapport de force&#8230; &#187;, on est oblig&#233; de conclure, au vu de ce que furent ces blocages, que &#171; l'intensification du rapport de force &#187; n'avait rien &#224; voir avec &#171; le d&#233;bordement des cadres impos&#233;s par les syndicats. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La nature du mouvement a mis l'activisme en apesanteur. En apesanteur quant &#224; ses pratiques r&#234;v&#233;es, avec des semelles de plomb quant &#224; ses pratiques r&#233;elles (suppl&#233;tifs de la CGT). L'activisme est un id&#233;alisme de l'ancien cycle de luttes ; une folie obsessionnelle des formes qui culmine dans &#171; l'auto-organisation des luttes &#187; et leur &#171; convergence &#187;, expressions vides de contenu qui sont l'essence m&#234;me de l'activisme&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au moment o&#249; il y aurait pu avoir rencontre entre &#171; activistes &#187; plus ou moins affich&#233;s et gr&#233;vistes, en fait cette rencontre n'a pas eu lieu car au moment m&#234;me o&#249; cela aurait pu se produire, ce qui s'est produit c'est au contraire une absorption des premiers dans ce que le mouvement avait de plus particulier et corporatif. Avec les blocages, les activistes ont cru r&#233;aliser cette unit&#233; et cette g&#233;n&#233;ralit&#233; de la classe qui l&#233;gitiment leur existence et leur pratique, mais de fa&#231;on r&#233;elle, triviale, ils les ont r&#233;alis&#233;es d'une part comme suppl&#233;tifs conscients et heureux de la CGT et, d'autre part, dans la pratique du blocage r&#234;v&#233;e comme la &#171; potentialit&#233; &#187; de cette unit&#233;. R&#234;v&#233;e, car la situation commune des exploit&#233;s n'est plus rien d'autre que leur s&#233;paration. Les activistes &#233;taient doublement heureux : heureux parce qu'enfin &lt;i&gt;ils en &#233;taient&lt;/i&gt; ; heureux parce que la CGT ne remplissait pas la fonction m&#234;me d'&#234;tre la g&#233;n&#233;ralit&#233; pr&#233;suppos&#233;e de la classe qui leur revenait. Ils ne pouvaient voir que leur propre pr&#233;sence ne tenait qu'&#224; cette disparition de la g&#233;n&#233;ralit&#233; pr&#233;suppos&#233;e de la classe et que leur action ent&#233;rinait cette disparition. L'activisme, absorb&#233; dans les particularit&#233;s et les activit&#233;s du syndicalisme de base, &#233;tait compl&#232;tement pris &#224; contrepied. M&#234;me s'il pouvait parfois en &#234;tre conscient, la d&#233;n&#233;gation de cette situation &#233;tait toute pr&#234;te sous la forme d'une autre constante de l'activisme : la potentialit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'activisme et le &#171; passage &#224; autre chose &#187; : la potentialit&#233; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;On devient accro &#224; la potentialit&#233;&lt;/i&gt; &#187; (Rebetiko n&#176; 8, &lt;i&gt;d&#233;cembre 2010&lt;/i&gt;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;La tendance n'est que l'abstraction r&#233;trospective du r&#233;sultat, dont il s'agit pr&#233;cis&#233;ment de rendre compte, c'est-&#224;-dire l'ensoi h&#233;g&#233;lien pens&#233; &#224; partir de son terme come sa propre origine&lt;/i&gt;. &#187; (Althusser, &lt;i&gt;Pour Marx&lt;/i&gt;, Ed. Maspero, p. 58)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec la pratique du blocage, la potentialit&#233; avait trouv&#233; sa forme. &#171; La positivit&#233; du blocage, on peut malgr&#233; tout la trouver dans le blocage lui-m&#234;me, dans la fa&#231;on dont il est habit&#233;. Les liens qui s'y tissent ne sont pas ceux, pr&#233;existants, d'une appartenance de classe ; les complicit&#233;s doivent d'en &#234;tre d'autant plus fortes, les compositions d'autant mieux pens&#233;es. Et en agissant depuis le quotidien, on est confront&#233; imm&#233;diatement aux questions d'organisation mat&#233;rielle, la bouffe, les lieux communs, les gosses, l'essence, etc., sans avoir &#224; attendre la mise en place de conseils ouvriers pour s'en saisir collectivement. Il n'en demeure pas moins que les coups port&#233;s &#224; l'&#233;conomie renvoient un &#233;cho qui sonne sinistrement creux. L'angoisse du vide apr&#232;s avoir tout bloqu&#233;, c'est certainement au final la premi&#232;re limite du mouvement, celle qui l'a maintenu soumis au rythme syndical, celle qui a permis au gouvernement de laisser passer l'orage. L'audace du nouveau mot d'ordre a pu laisser croire qu'il suffisait d'en jouer &#8211; 'attention ou on bloque tout' &#8211; qu'on pouvait se contenter de symbolique, de filtrant, de quelques photos pour les m&#233;dias, de menaces en l'air. Alors que l'efficacit&#233; du blocage, tout comme la r&#233;alisation des promesses qu'il porte, appelle une effectivit&#233; r&#233;elle, tenir les piquets face aux flics, trouver d'autres moyens d'interrompre les flux, coordonner les actions et identifier les cibles strat&#233;giques, commencer d'ores et d&#233;j&#224; &#224; s'organiser hors de l'&#233;conomie. &#187; (&lt;i&gt;Rebetiko&lt;/i&gt;, n&#176; 8)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, c'est le blocage qui &#233;tait syndical, non sa limite. Tout n'a pas &#233;t&#233; bloqu&#233;, mais qu'importe, ce qui compte c'est la potentialit&#233;, ce que porte en elle-m&#234;me telle forme d'action.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec l'engouement pour la pratique du blocage, c'est la m&#233;canique id&#233;ologique de l'activisme et du militantisme en g&#233;n&#233;ral qui est &#224; l'&#339;uvre : Pratique abstraite comportant un sens toujours d&#233;j&#224; l&#224;. La perspective tendancielle du &#171; blocage des flux &#187;, du &#171; blocage de l'&#233;conomie &#187; rappelle la fa&#231;on dont l'anarcho-syndicalisme parlait de la &#171; Gr&#232;ve G&#233;n&#233;rale &#187; que ce soit pour l'organiser et la d&#233;cider r&#233;ellement au jour J (Pouget, Briand, Pelloutier) ou comme mythe mobilisateur (Sorel).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le militantisme suppose toujours un manque dans la situation et dans la pratique existante, banalement il s'agit le plus souvent de la conscience ou d'une organisation, dans le militantisme ultragauche il s'agit d'un manque de la situation (comprise comme conditions) vis-&#224;-vis de ce qu'est toujours potentiellement la classe, &#224; ce moment l&#224; le militantisme est exclu et m&#234;me condamn&#233;. En effet, on ne va pas &#224; l'encontre de la situation et de l'objectivit&#233; non comprise elle-m&#234;me comme activit&#233;s pratiques, mais la structure est la m&#234;me : celle de l'activit&#233; qui n'a fait ceci que par le manque de quelque chose (ce n'est qu'un anti-militantisme). Le militantisme fonctionne toujours sur un hiatus &#224; combler ; le manque, la potentialit&#233; et la tendance sont ses concepts constitutifs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'opposition entre gr&#232;ves et blocages permet une id&#233;ologie du blocage qui fonctionne en mimant le couple revendication / absence de revendication ou particulier / universel. La gr&#232;ve restant enferm&#233;e dans une relation revendicative tandis que le blocage sortirait de cette relation en tant que cr&#233;ation fantasmatique d'un moment z&#233;ro ouvrant les possibles : le blocage de l'&#233;conomie. L'action communisatrice est un d&#233;passement produit de l'action en tant que classe &#224; l'int&#233;rieur m&#234;me de celle-ci, un d&#233;passement produit dans l'action revendicative, elle n'est pas &#171; anti revendication &#187;, rupture abstraite, comme &lt;i&gt;&#224;-c&#244;t&#233;&lt;/i&gt;. Il n'y a pas de sujet r&#233;volutionnaire qui lutte contre l'exploitation en dehors de l'exploitation c'est-&#224;-dire en dehors du rapport entre prol&#233;tariat et capital. Cette compr&#233;hension des blocages qui a eu cours dans une partie du milieu activiste paradoxalement, en investissant une forme de lutte revendicative d'un contenu non-revendicatif, r&#233;invente une forme de transcroissance de la lutte revendicative &#224; la r&#233;volution. En outre, le blocage poss&#232;de l'immense avantage de dissoudre la fronti&#232;re invisible qui rend si difficile aux &#171; r&#233;volutionnaires permanents &#187; l'acc&#232;s &#171; l&#224; o&#249; &#231;a se passe &#187;. De l'interpro ouverte &#224; l'assembl&#233;e g&#233;n&#233;rale et de l&#224; au blocage il n'y a qu'un pas et du coup disparaitrait la critique de &#171; l'interventionnisme &#187; : plus d'int&#233;rieur, plus d'ext&#233;rieur. Mais pour cela il faut avoir d&#233;velopp&#233; une id&#233;ologie de la &lt;i&gt;forme blocage&lt;/i&gt;. Le seul probl&#232;me c'est que, comme pour l'&#233;meute, la question ne r&#233;side pas dans un certain niveau de violence, de l&#233;galit&#233; (la gr&#232;ve) ou d'ill&#233;galit&#233; (le blocage), de fusion dans l'action, mais dans le contenu r&#233;el des luttes et le moment qui les s&#233;cr&#232;te.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Nous sommes nombreux &#224; vouloir aller plus loin. Alors oui, encore une fois, comment d&#233;finir ce loin ? Nul pour le moment ne saurait le dire avec clart&#233; ; pour le moment c'est le mythe de la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale, sauvage illimit&#233;e et expropriatrice des moyens de production qui nous hante l'esprit. Ceci dit, en bloquant les talons d'Achille de cette &#233;conomie, en formant des assembl&#233;es populaires, en mutualisant les forces qui puissent faire perdurer ce mouvement (malgr&#233; la r&#233;signation et l'essoufflement programm&#233;s par le cycle infernal : syndicats, patronat, gouvernement, police, m&#233;dias et certaines organisations politiques). &#187; (Texte anonyme, dat&#233; du premier novembre 2010). La &#171; r&#233;signation &#187; et &#171; l'essoufflement &#187; ont toujours des causes externes, parce qu'int&#233;rieurement il y a toujours la &#171; potentialit&#233; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Ce qui est en jeu, ce ne sont plus seulement les retraites &#187;. Ce n'est pas parce que la r&#233;forme des retraites est une n&#233;cessit&#233; du mode de production capitaliste que la lutte contre cette r&#233;forme est une lutte contre le mode de production capitaliste. On pourrait dire cela de n'importe quelle revendication d'augmentation des salaires, dans la mesure o&#249; le maximum de plus-value est la raison d'&#234;tre du capital. Ce qui est absent dans cette d&#233;marche ce sont les analyses cherchant &#224; savoir o&#249; le mouvement en est, auxquelles on substitue le besoin de trouver comment continuer. Dans une AG, o&#249; tour &#224; tour les m&#234;mes sont cheminots, ouvriers des raffineries, etc., un effet miroir consiste &#224; projeter son propre activisme sur le mouvement, c'est la fonction de la potentialit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s l'occupation de l'ancien local de la CFDT &#224; Rennes (occup&#233; le 28 octobre, &#233;vacu&#233; par la Mairie le 2 d&#233;cembre), transform&#233; en Maison de la gr&#232;ve : &#171; Ici comme ailleurs, se pose la question des liens, de leur p&#233;rennit&#233; et de leur sens politique. Prendre un lieu pour y construire une force mat&#233;rielle capable de rendre effectives des solidarit&#233;s, capable d'inscrire des rencontres dans la dur&#233;e pour qu'elles s'intensifient. Alors, lorsqu'on dispose de ce lieu, c'est un autre rythme qui se construit, qui permet d'imaginer une cr&#232;che, une cantine, des concerts, des discussions. Un espace o&#249; l'on est en mesure d'&#233;laborer des strat&#233;gies d'intervention dans une temporalit&#233; propre, ind&#233;pendante des structures syndicales : bloquer une bo&#238;te avec ses salari&#233;s, faire une campagne &#224; l'&#233;chelle de la ville, constituer une force de frappe politique. Ce qu'un tel lieu prolonge, ce n'est pas le mouvement, mais &lt;i&gt;ce qu'il contenait d&#233;j&#224; de d&#233;passement&lt;/i&gt; (c'est nous qui soulignons). (&#8230;) Apr&#232;s avoir lanc&#233; ou r&#233;cup&#233;r&#233; bon nombre de mouvements sociaux cons&#233;quents, les centrales syndicales se sont toujours mises en travers, plus ou moins brutalement, de ce qu'ils recelaient de d&#233;passement possible ou effectif, pour des raisons tenant principalement &#224; leur pr&#233;tention d'incarner le mouvement ouvrier. (&#8230;) Et cela durera tant que la fameuse 'base' r&#233;calcitrante garde sa carte et nourrit l'organisation de sa force vitale. (&#8230;) Il faut croire que la grande illusion arrange presque tout le monde, comme les m&#234;mes s'accommodent des &#233;lections alors que chaque fois ils sont bern&#233;s par leur vainqueur. Sans doute parce que l'effondrement de ces illusions, qui &#233;tayent le r&#233;gime, ouvrirait sur un ab&#238;me. &#187; (&lt;i&gt;Rebetiko&lt;/i&gt; 8)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les notions de tendance et de potentialit&#233; constituent le fondement id&#233;aliste de tout le discours activiste et permettent simultan&#233;ment la lucidit&#233; et la posture. Lucidit&#233; sur la situation actuelle mais au nom de qu'elle rec&#233;lerait qui n'est que la projection des d&#233;terminations de l'activisme sur le mouvement ; posture de ceux qui connaissent la potentialit&#233; et ses fins vis-&#224;-vis de quelque chose qui n'existerait que pour mettre &#224; jour ces fins derni&#232;res que seule la peur de l'ab&#238;me emp&#234;che de survenir. Mais pourquoi, la &#171; base &#187; garde-t-elle sa carte et nourrit l'organisation. La peur de l'ab&#238;me et les illusions, c'est un peu court ; c'est une explication quasiment psychologique et non structurelle du rapport de classes. Mais la conception structurelle est impossible quand le mode de production capitaliste est r&#233;duit &#224; &#234;tre une &#171; grosse machine &#187; dont nous serions les &#171; grains de sable &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De la potentialit&#233; des luttes &#224; l'activisme comme sympt&#244;me&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand l'activisme cherche &#224; s'&#233;lever au-dessus des pratiques imm&#233;diates dans lesquelles il &#233;tait investi au cours du mouvement, quand il se consid&#232;re comme mettant en &#339;uvre cette potentialit&#233; qui est la justification de toutes ses attitudes vis-&#224;-vis de ce qui existe, toutes les strat&#233;gies qu'il avance come siennes consistent &#224; recr&#233;er, comme mouvement r&#233;volutionnaire une vraie unit&#233; de la classe pour elle-m&#234;me. Vraie, car sans repr&#233;sentation ni m&#233;diation. Dans le Bulletin &lt;i&gt;Rebetiko&lt;/i&gt; du 18 octobre, d&#233;j&#224; cit&#233;, on lit alors cette proposition paradoxale : &#171; Nous consid&#233;rons que par maints aspects, le mouvement actuel r&#233;affirme dans ses pratiques (plus que dans ses mots jusqu'&#224; pr&#233;sent) l'existence d'une communaut&#233; de lutte contre l'Etat et toutes ses fractions, d'un &lt;i&gt;int&#233;r&#234;t commun de classe visc&#233;ralement oppos&#233; &#224; cette condition m&#234;me de classe&lt;/i&gt; (c'est nous qui soulignons), r&#233;unissant travailleurs, ch&#244;meurs, lyc&#233;ens, etc. par-del&#224; leurs statuts et situations particuli&#232;res sous la f&#233;rule du travail et de l'exploitation. &#187; En un mot, &lt;i&gt;Rebetiko&lt;/i&gt; voudrait que le salariat unifie la classe sous un int&#233;r&#234;t commun contre le salariat. Mais le salariat ne fait qu'unifier la classe pour le capital et la diviser pour elle-m&#234;me. Le prol&#233;tariat ne peut plus trouver dans aucune modalit&#233; de reproduction du capital la capacit&#233; de s'unifier pour lui-m&#234;me. Il ne peut exister d' &#171; int&#233;r&#234;t commun de classe oppos&#233; &#224; cette condition m&#234;me de classe &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette perspective th&#233;orique et pratique revient &#224; p&#233;renniser un syndicalisme de base radical qui est une contradiction en acte consistant &#224; &#234;tre l'expression d'une existence pour elle-m&#234;me de la classe oppos&#233;e &#224; sa propre situation de classe. Pour cela, il s'agit de &#171; briser le mouvementisme syndical &#187;, c'est-&#224;-dire de ne plus &#234;tre dans une attitude suiviste vis-&#224;-vis des syndicats en imposant &#171; une temporalit&#233; de lutte propre au mouvement &#187;, de &#171; d&#233;velopper toujours plus avant l'action offensive, organis&#233;e et coordonn&#233;e de mani&#232;re autonome &#187;, de prendre l'initiative de la &#171; constitution d'une Coordination nationale et autonome pour contourner les mots d'ordre des centrales syndicales dont la premi&#232;re r&#233;union a eu lieu &#224; Tours le 6 novembre &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Arr&#234;tons-nous sur cette r&#233;union de Tours. &#171; Le 6 novembre &#224; Tours, se sont r&#233;uni &#8211;e-s les d&#233;l&#233;gu&#233;-&#233;-s mandat&#233;-e-s ou observateurs/trices de 25 Assembl&#233;es G&#233;n&#233;rales (AG) interprofessionnelles, AG de lutte, intersyndicales ouvertes &#224; des non-syndiqu&#233;-e-s, collectifs, coordinations intersecteurs, etc. (suit l'&#233;num&#233;ration des villes repr&#233;sent&#233;es, nda) Les travailleur/se-s du public et du priv&#233;, les ch&#244;meur/se-s, les retrait&#233;-e-s, les lyc&#233;en-ne-s et les &#233;tudiant-e-s se sont mobilis&#233;-e-s massivement par la gr&#232;ve, la manifestation et les actions de blocage pour le retrait de la r&#233;forme des retraites, avec le soutien de la majorit&#233; de la population. Pourtant, le pouvoir n'a r&#233;pondu que par le m&#233;pris, la d&#233;sinformation, la r&#233;pression, l'atteinte au droit de gr&#232;ve, et il d&#233;cide de passer en force. La lutte contre la r&#233;forme des retraites arrive &#224; un moment charni&#232;re. Alors que le gouvernement et la plupart des m&#233;dias nous annoncent depuis des semaines la fin de la mobilisation, des actions de blocage et de solidarit&#233; sont men&#233;es dans tout le pays et les manifestations sont encore massives. Cette loi doit &#234;tre abrog&#233;e. Nous refusons l'enterrement du mouvement apr&#232;s le vote de la loi. La strat&#233;gie de l'intersyndicale a &#233;t&#233; un &#233;chec pour les travailleur/se-s. mais l'heure n'est pas &#224; la r&#233;signation : nous sommes r&#233;solu-e-s &#224; continuer le combat. (&#8230;) Nous voulons que cette dynamique de l'auto-organisation et de l'action commune se p&#233;rennise, s'amplifie et se coordonne. (&#8230;) Nous appelons toutes les AG interprofessionnelles, AG de luttes, intersyndicales &#233;tendues aux non-syndiqu&#233;-e-s, etc., &#224; participer &#224; la prochaine rencontre nationale &#224; Nantes le samedi 27 novembre 2010, en envoyant des d&#233;l&#233;gu&#233;-e-s mandat&#233;-e-s. &lt;i&gt;Nous invitons les organisations syndicales &#224; envoyer des observateur/trice-s &#224; cette rencontre&lt;/i&gt; (c'est nous qui soulignons). &#187; (&lt;i&gt;Compte-rendu de la r&#233;union de Tours&lt;/i&gt;, sur le net).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut admirer la rapidit&#233; avec laquelle la rh&#233;torique syndicale a &#233;t&#233; assimil&#233;e. En d&#233;finitive, il s'agirait de cr&#233;er un vrai mouvement ouvrier. Mais ce n'est pas si simple. Le m&#234;me texte (&lt;i&gt;Rebetiko&lt;/i&gt; 8) qui adresse ses f&#233;licitations &#224; l'initiative de Tours commence par d&#233;clarer dans son introduction : &#171; Depuis une quarantaine d'ann&#233;es, l'hypoth&#232;se de la fin de la lutte des classes, et de son corollaire le mouvement ouvrier, hante l'histoire des luttes politiques. (&#8230;) Cette hypoth&#232;se peut &#234;tre brandie comme d&#233;claration triomphale par les partisans de l'ordre, mais lorsqu'elle est avanc&#233;e avec angoisse ou entrain par ceux qui veulent poursuivre cette histoire, elle a quelque chose d'os&#233;, limite paradoxal : le mouvement ouvrier &#8211; cet ensemble relativement complet et coh&#233;rent d'id&#233;es et d'id&#233;aux, de formes d'organisations et de forces politiques, de mythes et de vues strat&#233;giques &#8211; c'est une sacr&#233;e prise sur la situation, &#224; tel point que sa fin co&#239;nciderait avec la fin de toute hypoth&#232;se politique, version r&#233;alisation du communisme ou version gestion lib&#233;rale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Et pourtant, si on accepte cette remise en question, cette remise en jeu, on peut d&#233;celer l'&#233;mergence de lignes de forces qui ne se laissent pas inclure dans le vieux sch&#233;ma. Le foisonnement politique qui s'est &#233;tendu de la fin des ann&#233;es 1960 au d&#233;but des ann&#233;es 1980 a commenc&#233; &#224; faire &#233;clater les codes et les champs : les luttes f&#233;ministes, homosexuelles, anti-imp&#233;rialistes, anti-nucl&#233;aires, antimilitaristes, contre-culturelles, alors m&#234;me qu'elles adoptaient souvent une rh&#233;torique marxisante, ont contribu&#233; &#224; miner largement le pr&#233;suppos&#233; th&#233;orique du mouvement ouvrier, qui pr&#233;tend que la lutte tient essentiellement dans le processus de production et la contradiction travail / capital. Aujourd'hui, m&#234;me un mouvement social 'de travailleurs', comme celui sur les retraites qui a agit&#233; l'automne fran&#231;ais, peut se r&#233;v&#233;ler &#234;tre plus qu'un &#233;ni&#232;me &#233;pisode d'une guerre de classes qui n'en finit pas d'&#234;tre perdue par le prol&#233;tariat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Bien s&#251;r, la lutte des classes a la vie dure, et il ne s'agit pas de l'enterrer pr&#233;matur&#233;ment : elle ne dispara&#238;tra jamais vraiment tant que d'autres hypoth&#232;ses politiques n'auront pas acquis un poids cons&#233;quent sur le r&#233;el. Le mouvement pour les retraites reste donc majoritairement inscrit dans cette histoire, dans certaines de ses formes d'action, sa force de mobilisation ou sa charge politique, comme dans ses limites, du verrouillage syndical &#224; son expression essentiellement revendicative. Les lignes qui suivent ne s'attardent pas sur cet h&#233;ritage, mais cherchent &#224; mettre en lumi&#232;re ce qui pourrait constituer un passage vers de nouvelles formes, et les questions qu'elles ouvrent. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a affaire l&#224;, bien s&#251;r, &#224; l'erreur courante consistant &#224; ne pouvoir concevoir la lutte de classe autrement que dans les modalit&#233;s de la mont&#233;e en puissance de la classe &#224; l'int&#233;rieur du mode de production capitaliste avec comme aboutissement l'affirmation de cette classe devenant classe dominante et la lib&#233;ration du travail, en un mot le mouvement ouvrier. Tout le &#171; foisonnement politique &#187; &#233;voqu&#233; a bien contribu&#233; &#224; faire &#233;clater les codes et les pratiques de ce mouvement, mais il faut regarder les choses superficiellement pour ne pas voir toujours &#224; l'&#339;uvre dans ce foisonnement les multiples contradictions du mode de production capitaliste qui n'en aurait aucune s'il n'avait pas en son c&#339;ur celle qui le structure : l'exploitation. L'enterrement de la lutte des classes n'est pas diff&#233;r&#233; parce que tardent &#224; devenir h&#233;g&#233;moniques d'autres &#171; hypoth&#232;se politiques &#187;, mais parce qu'il ne s'agit pas de savoir quelles &#171; hypoth&#232;ses &#187; acqui&#232;rent &#171; un poids sur le r&#233;el &#187;, mais de savoir quel est la nature de ce &#171; r&#233;el &#187; qui est le mode de production capitaliste et non une &#171; grosse machine absurde &#187; &#224; l'int&#233;rieur de laquelle &#171; n'importe qui &#187; se transforme en &#171; grain de sable &#187; (&lt;i&gt;idem&lt;/i&gt;, p. 3). &#171; H&#233;ritage &#187; du mouvement ouvrier dans ce mouvement des retraites, c'est exact, &#171; h&#233;ritage &#187; de la lutte des classes, c'est une absurdit&#233;, personne n'h&#233;rite de soi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant rep&#233;rer l'erreur ne suffit pas, il faut savoir pourquoi cette analyse amalgame fin du mouvement ouvrier et chant fun&#232;bre de la lutte des classes. N'oublions pas que l'objet de ce chapitre n'est pas de consid&#233;rer le poids et le r&#244;le des activistes dans le mouvement contre la r&#233;forme des retraites, mais de traiter les activit&#233;s et les th&#233;ories qui rel&#232;vent de l'activisme comme sympt&#244;mes des modalit&#233;s et du cours actuels de la lutte des classes. Ce qui s'impose sous la forme de cet amalgame dans le discours activiste, c'est quelque chose qu'il est impossible &#224; ce discours de formaliser. Par cet amalgame, il r&#233;pond &#224; une question qu'il ne peut se poser et naturellement il n'y r&#233;pond pas dans les termes exacts de la question.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que ce sujet soit &#171; la classe ouvri&#232;re &#187; ou le &#171; n'importe qui &#187; tissant des liens &#171; qui ne sont pas ceux pr&#233;existants d'une appartenance de classe &#187; (&lt;i&gt;Rebetiko&lt;/i&gt;), la nature la plus intime de l'activisme r&#233;side dans le fait de pr&#233;supposer un sujet g&#233;n&#233;ral sur lequel il agit (puisqu'il est dans sa nature d'&lt;i&gt;intervenir&lt;/i&gt;) comme le r&#233;v&#233;lateur de la g&#233;n&#233;ralit&#233;. La question que donc, par nature, l'activisme ne peut poser, c'est celle de la disparition de la g&#233;n&#233;ralit&#233; comme unit&#233; pr&#233;suppos&#233;e du sujet auquel il s'adresse (quel que soit ce sujet). Que la lutte de classe puisse &#234;tre le fait d'une classe essentiellement segment&#233;e dans sa contradiction avec le capital et que rien dans cette contradiction ne puisse surmonter cette segmentation (si ce n'est l'abolition du capital) est hors du champ de vision possible de l'activisme. La fin du mouvement ouvrier est donc la fin de la lutte des classes (fin diff&#233;r&#233;e, mais fin tout de m&#234;me). Voil&#224; ce que, comme sympt&#244;me, nous dit l'activisme : le fait de lutter en tant que classe est devenu la limite de la lutte de classe du prol&#233;tariat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur ce m&#234;me amalgame de la fin du mouvement ouvrier et de la fin de la lutte des classes, il faut &#233;galement &#233;couter l'activisme quand il parle du blocage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Ce n'est pas seulement comme forme d'action efficace que le blocage s'est impos&#233; comme la bonne id&#233;e de cet automne 2010. Au sein m&#234;me du mouvement, ses implications ont commenc&#233; &#224; &#234;tre discut&#233;es, notamment en ce qui concerne son rapport avec cette forme d'action canonique du mouvement ouvrier qu'est la gr&#232;ve. (&#8230;) Et ici ou l&#224; on a vu poindre l'id&#233;e qu'une g&#233;n&#233;ralisation du conflit prendrait certainement plus la forme d'une paralysie de quelques secteurs vitaux pour l'&#233;conomie que de la mythique 'gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale'. Mine de rien, m&#234;me si une bonne partie du mouvement court encore apr&#232;s ce qu'elle surnomme avec une certaine lucidit&#233; 'r&#234;ve g&#233;n&#233;ral', et que les perspectives d'un blocage g&#233;n&#233;ralis&#233; apparaissent comme bien lointaines &#224; l'issue de la bataille, ce d&#233;r&#232;glement de la m&#233;canique r&#233;volutionnaire imaginaire (gr&#232;ves &#8211; gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale &#8211; expropriation &#8211; relance de la production sous contr&#244;le ouvrier) est lourd de sens. D'abord, il y a un d&#233;calage de cible : le blocage c'est la prise de conscience qu'arr&#234;ter la machine c'est plus une question de circulation que de production. Cela peut sembler anodin, ou ne relever que d'une question pratique, mais ce d&#233;placement du centre n&#233;vralgique de la lutte de l'int&#233;rieur de l'usine au rond-point le plus proche, c'est la n&#233;gation pure et simple de la base th&#233;orique du mouvement ouvrier. &#187; (&lt;i&gt;Rebetiko&lt;/i&gt;, n&#176; 8).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous ne reviendrons pas sur la critique de la dissociation, reprise ici, entre gr&#232;ve et blocage qui a &#233;t&#233; faite pr&#233;c&#233;demment, ni sur l'analyse du blocage existant au nom de ce qui est con&#231;u comme sa potentialit&#233;. Il faut cependant ajouter qu'au &#171; rond-point le plus proche &#187;, o&#249; la circulation est confondue avec le transport, la marchandise n'appara&#238;t plus que comme objet et non comme un rapport social de production : &#171; le travail de l'individu exprim&#233; en g&#233;n&#233;ral &#187; (Marx, &lt;i&gt;Th&#233;orie sur la plus-value&lt;/i&gt;, Ed. Sociales, t. 1, p. 461). Pour &lt;i&gt;Rebetiko&lt;/i&gt;, en tordant le cou au &#171; mouvement ouvrier &#187; il s'agit de tordre le coup &#224; la lutte de classe. S'appuyant sur la ph&#233;nom&#233;nologie des blocages, le texte affirme : &#171; Difficile alors de s'appuyer sur le droit du producteur &#224; se r&#233;approprier les moyens de sa production &#187; ; &#171; On a tellement tordu dans tous les sens le concept de prol&#233;taire-qui-vit-de-son-travail qu'on se demande bien ce que la foule de piquetiers qui se presse &#224; 5 heures du mat' autour d'un brasero a &#224; voir avec le sujet r&#233;volutionnaire de Karl Marx. &#187;. Le sujet r&#233;volutionnaire de Karl Marx (si tant est qu'il y ait un &#171; sujet r&#233;volutionnaire &#187; chez Marx) n'&#233;tait pas &#171; le prol&#233;taire-qui-vit-de-son-travail &#187; mais le prol&#233;taire qui n'a que la vente de sa force de travail pour vivre, ce n'est pas vraiment la m&#234;me chose.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur ce point &#233;galement, quand l'activisme parle de la fin du mouvement ouvrier comme celle de la lutte des classes, il est en fait le sympt&#244;me d'autre chose que sa probl&#233;matique lui interdit de formuler : la fin de la lutte des classes, c'est sa pratique r&#233;elle de suppl&#233;tif du syndicalisme de base. Nous avons &#233;crit que : &#171; Depuis la restructuration et encore plus depuis le d&#233;but de la crise de cette phase du mode de production capitaliste, l'unit&#233; de la classe est vide si elle n'est pas la remise en cause par le prol&#233;tariat de sa propre existence comme classe &#187;. C'est ce vide qui, pour l'activisme, est imm&#233;diatement identique &#224; la fin de la lutte des classes. Sa th&#233;orie est devenue le sympt&#244;me de sa propre pratique. Pour &#171; en &#234;tre &#187;, car il faut toujours qu'il &#171; en soit &#187;, il a chauss&#233; les semelles de plomb de la CGT et, pour transformer ces semelles en sandales ail&#233;es, il dit &#171; il n'y a plus de lutte des classes &#187;. Mais quand l'activisme dit &#171; il n'y a plus de lutte des classes, c'est d'autre chose dont il est question.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand nous disons aborder l'activisme, tant dans ses pratiques que dans ses textes, comme sympt&#244;me, nous voulons dire que nous ne r&#233;duisons pas la diff&#233;rence qui nous s&#233;pare de ce que dit l'activisme &#224; une simple diff&#233;rence de la fa&#231;on de voir un objet donn&#233;, ici la mouvement de luttes contre la r&#233;forme des retraites et les diverses pratiques qui l'ont compos&#233;. Nous ne voyons pas plus, moins ou diff&#233;remment de l'activisme. Ce que voit et dit l'activisme et ce qu'il ne voit ni ne dit ne se r&#233;solvent pas dans un bilan comptable mais dans une combinaison. Ce que l'activisme ne voit pas, c'est ce qu'il voit : la fin du mouvement ouvrier et l'effondrement du programmatisme ; l'appartenance de classe comme limite de la lutte de classe ; la disparition de l'identit&#233; ouvri&#232;re, etc. Quand nous consid&#233;rons l'activisme comme sympt&#244;me nous ne comparons pas ce que dit l'activisme avec ce que nous disons par ailleurs qui servirait de mesure, nous comparons l'activisme avec lui-m&#234;me. Ce qu'il ne voit pas avec ce qu'il voit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ayant emprunt&#233; na&#239;vement, sans aucune v&#233;rification pr&#233;alable, &#224; la vie ordinaire de la lutte des classes, la cat&#233;gorie de mouvement ouvrier et son effondrement, et ayant fait tout aussi na&#239;vement du mouvement ouvrier la d&#233;finition et l'unit&#233; ant&#233;rieure de la lutte de classe, l'activisme se demande quelle est la nature actuelle de cette unit&#233;, de cette g&#233;n&#233;ralit&#233; de la lutte contre la soci&#233;t&#233; capitaliste, &lt;i&gt;qui sont sa raison d'&#234;tre&lt;/i&gt;. Que cela soit comme unit&#233; recompos&#233;e de la classe ou comme unit&#233; de tous les domin&#233;s devenant des &#171; grains de sable &#187; bloquant la &#171; grande machine &#187; de la domination, l'activisme est un sympt&#244;me. Sa relative r&#233;ussite dans le mouvement est d'avoir &#233;t&#233; pris &#224; contrepied. Le syndicalisme de base qui a &#233;t&#233; sa porte d'entr&#233;e est pour lui le fondement d'une recomposition g&#233;n&#233;rale unifi&#233;e de la classe. Par l&#224;, l'activisme signifie premi&#232;rement l'obsolescence de la mont&#233;e en puissance du prol&#233;tariat comme marchepied de la r&#233;volution et, deuxi&#232;mement, que l'appartenance de classe est devenue la limite de la lutte de classe. En effet quand c'est l'activisme qui voit dans le syndicalisme de base l'unit&#233; de la classe et sa capacit&#233; &#224; lutter en tant que classe contre sa propre situation, cela signifie qu'il n'y a plus d'unit&#233; de la classe pr&#233;alable &#224; son abolition et que la lutte en tant que classe est devenue la limite de la lutte de classe. Sa g&#233;n&#233;ralit&#233; pr&#233;suppos&#233;e s'est ab&#238;m&#233;e dans la somme des particularit&#233;s qui l'a absorb&#233;e. Plus il se d&#233;bat dans cette absorption, plus il r&#233;v&#232;le l'inanit&#233; de son projet et la &lt;i&gt;r&#233;alit&#233;&lt;/i&gt; de la situation o&#249; il n'y a plus d'unit&#233; pr&#233;alable et o&#249; agir en tant que classe est devenu une limite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question initiale pos&#233;e par l'activisme est : comment construire l'unit&#233; et la g&#233;n&#233;ralit&#233; de la classe ou des domin&#233;s ? L'activisme donne une r&#233;ponse juste : le syndicalisme de base. Mais cette r&#233;ponse juste a une singuli&#232;re propri&#233;t&#233; : elle est la r&#233;ponse juste &#224; une question qui pr&#233;sente cet unique d&#233;faut, de ne pas avoir &#233;t&#233; pos&#233;e. La r&#233;ponse d&#233;signe une autre question : quelle est la limite de la lutte de classe du prol&#233;tariat ? Sous toutes ses formes, l'activisme ne parvient jamais &#224; s'apercevoir de ce quiproquo. Plus il va dans la recherche de cette activit&#233; unifiante, plus la r&#233;ponse &#224; la question qu'il s'est pos&#233;e, la disparition et la recomposition de cette unit&#233;, l'implique dans des contradictions inextricables : il n'y a plus d'unit&#233; de la classe pour elle-m&#234;me autre que son existence objectiv&#233;e dans le capital ; agir en tant que classe est la limite de la lutte de classe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A son insu, il change ainsi de terrain, en substituant &#224; la question de l'activit&#233; pouvant &#234;tre la recherche et la construction de l'unit&#233;, et de comment exister soi-m&#234;me pour &#234;tre cette unit&#233;, jusque l&#224; son objet apparent, les modalit&#233;s actuelles de la lutte des classes, c'est-&#224;-dire pr&#233;cis&#233;ment ce qu'il voulait corriger. Le syndicalisme de base devient la r&#233;ponse exacte, mais cette r&#233;ponse r&#233;pond &#224; une autre question (quelle est la limite actuelle et la dynamique de la lutte de classe ?) que celle pos&#233;e par l'activisme. C'est le quiproquo de la soi-disant question relative &#224; la recherche et la cr&#233;ation de l'activit&#233; constituant l'unit&#233; qui, en fait, se r&#233;sout dans la r&#233;ponse &#224; une autre question. Ce que l'activisme ne voit pas c'est ce qu'il fait : il produit une r&#233;ponse sans question, mais ce faisant il est le sympt&#244;me d'une question nouvelle port&#233;e en creux dans cette r&#233;ponse. Il r&#233;v&#232;le une question nouvelle, mais &#224; son insu car les termes du probl&#232;me initial ont compl&#232;tement &#233;t&#233; chang&#233;s. Parce qu'il garde les yeux fix&#233;s sur sa question initiale et qu'il persiste, selon ce qu'il est, &#224; rapporter sa r&#233;ponse &#224; cette question, l'activisme est totalement aveugle sur ce qu'il r&#233;v&#232;le. La question qu'il r&#233;v&#232;le est invisible dans le champ de l'activisme parce qu'elle n'est pas un de ses objets et probl&#232;mes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il y a plus et c'est, entre autres choses, pourquoi l'activisme peut &#234;tre abord&#233; comme un sympt&#244;me. Il existe un certain rapport de n&#233;cessit&#233; entre le champ que d&#233;finissent une th&#233;orie et une pratique et son quiproquo. Ce qui ne peut exister dans ce champ n'est pas &lt;i&gt;n'importe quoi&lt;/i&gt;. Ce qui ne peut &#234;tre vu par une th&#233;orie c'est &lt;i&gt;son&lt;/i&gt; invisible, cela lui est int&#233;rieur. Quand l'activisme ne voit pas que la r&#233;ponse qu'il donne (le syndicalisme de base comme la construction de cette unit&#233; qui est sa raison d'&#234;tre) est en r&#233;alit&#233; la r&#233;ponse &#224; autre chose, &#224; une autre question sur les modalit&#233;s actuelles de la lutte de classe, c'est qu'il est la d&#233;n&#233;gation de cette autre question et de sa r&#233;ponse. Exclure cette question et cette r&#233;ponse comme r&#233;ponse &#224; cette question le fait ce qu'il est.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du sympt&#244;me &#224; l'autocritique&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que nous venons de dire &#224; propos de la r&#233;alit&#233; de l'activisme comme sympt&#244;me nous permet d'aborder et de comprendre, autrement que par la confrontation &#224; ses &#233;checs, bien r&#233;elle, ou par la lucidit&#233; de ses protagonistes, hypoth&#232;se que l'on ne peut &#233;carter, quelque chose d'&#233;trange qui s'est d&#233;roul&#233; durant le mouvement de luttes contre la r&#233;forme des retraites : la continuelle autocritique que l'activisme livre de lui-m&#234;me sans jamais sortir de sa probl&#233;matique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le texte &lt;i&gt;Du mouvementisme &#224; l'autonomisation des luttes &#8211; &#233;bauche de r&#233;flexion pratique et critique&lt;/i&gt; (Indym&#233;dia Nantes) pr&#233;sente une vision particuli&#232;rement significative de cette &#171; autocritique &#187; de l'activisme. &#171; A nous de nous cr&#233;er et trouver des outils de lutte qui nous semblent justes et appropri&#233;s. Sans quoi, on ne reste que de sinistres porte-drapeaux, des moutons qui gonflons num&#233;riquement les actions-marketing-CGT. (&#8230;) Comment ne pas se faire manipuler ? (&#8230;) Comment se positionner par rapport &#224; la trahison des syndicats, par rapport &#224; l'aspect strictement revendicatif et d&#233;fensif-r&#233;actif du mouvement social ? (&#8230;) afin de redonner au mouvement cette force de frappe offensive qu'il est dans ses moyens d'action, mais pas dans le fond &#187; (op. cit). L'activisme nous dit lui-m&#234;me, &#224; l'int&#233;rieur de sa probl&#233;matique, que ses formes &#171; habituelles &#187; d'action ont &#233;t&#233; investies par le cat&#233;goriel et non par la g&#233;n&#233;ralit&#233;. Contrepied, sympt&#244;me, autocritique, tout se tient quand certaines formes d'action sont imagin&#233;es comme &#233;tant en soi, ou potentiellement, les vecteurs de la radicalit&#233; amalgam&#233;e &#224; la g&#233;n&#233;ralisation. Le texte note que les centrales syndicales s'adaptent &#224; la &#171; d&#233;termination de la base sur le terrain &#187;, mais la &#171; d&#233;termination &#187; n'est d&#233;duite que des formes d'action, alors revient la discordance entre la forme et le contenu de ces modalit&#233;s d'action. &#171; La base salariale se radicalise et s'autonomise dans ses moyens d'action mais pas dans la signification politique de ces moyens d'action &#187; (idem). Ce n'est pas seulement pour &#171; qu&#233;mander un dialogue &#187; (idem), que le contenu ne s'est pas &#171; radicalis&#233; &#187; au sens attendu par ce texte, mais parce que ce contenu est demeur&#233; tout au long du mouvement &#233;clat&#233;, segment&#233;, corporatiste, donc en contradiction avec la &#171; g&#233;n&#233;ralisation &#187; tant souhait&#233;e et attendue qui est en soi le contenu radical vis&#233; par l'activisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Une br&#232;che est ouverte&lt;/i&gt; &#187;, &#171; &lt;i&gt;cr&#233;er l'&#233;tincelle&lt;/i&gt; &#187;, &#171; &lt;i&gt;cr&#233;er un mouvement dans le mouvement&lt;/i&gt; &#187;, &#171; &lt;i&gt;auto-organisation pour une lutte &#224; long terme&lt;/i&gt; &#187;, &#171; &lt;i&gt;rendre le mouvement permanent&lt;/i&gt; &#187;, &#171; &lt;i&gt;rendre la gr&#232;ve permanente&lt;/i&gt; &#187;, on retrouve &#233;videment le chapelet des formules stupides de l'activisme, mais cela ne doit pas masquer le contenu et la fonction assign&#233;e &#224; ces rodomontades : &#171; A partir de l&#224;, repenser collectivement et par une nouvelle situation de lutte que nous avons-nous-m&#234;mes cr&#233;&#233;e ce mouvement qui ne doit donc plus &#234;tre revendicatif mais offensif. &#187;. Dans le contrepied subi et fait sien par l'activisme et dans le quiproquo qui en r&#233;sulte, il y a apparition symptomatique et fugitive de la lutte revendicative comme pas &#224; franchir au-del&#224; duquel il y a l'action en tant que classe comme limite de la lutte de classe. En effet, dans ce mouvement, la principale le&#231;on serait que &#171; pour les prochains mouvements sociaux, il ne faut &#233;videmment pas s'isoler car au d&#233;part pilot&#233;s par des centrales syndicales r&#233;formistes. &#187; (&lt;i&gt;idem&lt;/i&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'autocritique de l'activisme aboutit &#224; promouvoir ce qui a disparu : la g&#233;n&#233;ralit&#233; latente de la classe et son d&#233;bouch&#233; en tant que perspective r&#233;volutionnaire, c'est-&#224;-dire l'auto-organisation. Mais cette derni&#232;re, devenue id&#233;ologie, a pris acte de sa propre faillite en occultant le sujet qui lui a fait faux bond, elle est devenue &#171; l'auto-organisation des luttes &#187; dont la fonction est de &#171; briser les identit&#233;s sociales fig&#233;es &#187;. Le cercle vicieux de l'activisme r&#233;side alors dans la poursuite de ce dont pr&#233;cis&#233;ment la disparition est la raison d'&#234;tre de son existence. &#171; Les actions se multiplient et se durcissent dans la convergence &#187;, &#171; la base salariale se retrouve orpheline &#187; : l'erreur de la premi&#232;re proposition est n&#233;cessaire pour que l'activisme se pr&#233;sente, dans la seconde, en parents adoptifs de l'orpheline. Le dossier d'adoption est pr&#234;t : &#171; une coordination nationale et autonome dont la premi&#232;re r&#233;union a eu lieu &#224; Tours &#187;, celle-l&#224; m&#234;me dont nous avons d&#233;j&#224; parl&#233;. Les parents adoptifs r&#233;p&#232;tent en mis&#233;rable farce la trag&#233;die des parents biologiques. &#171; Le mouvement des retraites a &#233;t&#233; cr&#233;ateur tout en restant en attente par rapport &#224; des &lt;i&gt;m&#233;canismes massificateurs nostalgiques&lt;/i&gt; (c'est nous qui soulignons) &#187;, lit-on dans le n&#176; 8 de &lt;i&gt;Rebetiko&lt;/i&gt;. On ne peut pas d&#233;nier &#224; l'activisme la conscience que dans ce mouvement s'est jou&#233;e un remake id&#233;al de l'unit&#233; et de l'identit&#233; ouvri&#232;res. Le comique de situation r&#233;side dans le fait qu'il se con&#231;oit et se pr&#233;sente comme la rel&#232;ve d'une disparition qui est cela m&#234;me par quoi il existe : &#171; Si ce morcellement de la classe des sans rien est une ind&#233;niable r&#233;ussite en terme de pouvoir d&#233;mobilisateur, reste n&#233;anmoins la sensation &#233;trange qu'un ouvrier sp&#233;cialis&#233; en CDI et un stagiaire &#224; 400 euros par mois ont rarement &#233;t&#233; aussi proches dans leur r&#244;le de spoli&#233;s chroniques. Imaginer qu'ils puissent avoir des envies communes est une &#233;tape que certains blocages &#233;conomiques ont mis &#224; jour lors de l'&#233;pisode des retraites, quand jeunes et moins jeunes se retrouvaient pour stopper les flux d'homes et marchandises. Trouver les moyens d'accentuer cette convergence des envies serait l'&#233;tape d'apr&#232;s et appelle de nouvelles fa&#231;ons de communiquer au sein m&#234;me du 'mouvement', mais aussi de nouvelles priorit&#233;s d'actions. Par exemple jouir d'un lieu qui fasse office de point d'ancrage para&#238;t essentiel dans le fait de se coordonner localement. Une occupation durable donne &#224; celles et ceux qui ne sont pas cal&#233;s sur le temps du noyau dur l'occasion de pouvoir s'informer et d'agir. Un lieu qui mat&#233;rialise la synchronisation. &#187; (&lt;i&gt;idem&lt;/i&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut toujours poser une unit&#233; a priori de la classe sur la base du fait que tous les prol&#233;taires, productifs ou non, stables ou pr&#233;caires, employ&#233;s ou ch&#244;meurs, etc. , ont &#224; subir le rapport salarial, c'est-&#224;-dire l'exploitation, mais il n'en reste pas moins que cette unit&#233; n'est en rien unifiante, qu'elle n'existe imm&#233;diatement que comme la s&#233;paration de tous les prol&#233;taires entre eux, qu'on se trouve sans cesse face aux situations particuli&#232;res de chaque segment de classe. La situation commune des exploit&#233;s n'est rien d'autre que leur s&#233;paration. Au bout du compte, le rapport salarial ne peut avoir le m&#234;me contenu pour un ouvrier qualifi&#233; des raffineries, un travailleur &#224; statut et pour un ch&#244;meur ou un pr&#233;caire. Le capital s&#233;pare les travailleurs (par le salaire, par la perte de ma&#238;trise sur ce qui est produit et la mani&#232;re dont &#231;a l'est, etc.) &#224; mesure qu'il les rassemble en nombre dans le proc&#232;s productif et c'est de cette mani&#232;re qu'il socialise le travail ; le r&#233;sultat de cette union/division est la soci&#233;t&#233; capitaliste, en ce qu'elle est r&#233;ellement compos&#233;e, de mani&#232;re fonctionnelle, de segments de classes. Le travail capitaliste ne peut devenir force de travail collective (le salaire est individuel), communaut&#233; des travailleurs (socialisme), &lt;i&gt;pas plus que les prol&#233;taires ne peuvent s'unir sur &lt;/i&gt;&lt;i&gt;la base de ce qu'ils sont comme classe&lt;/i&gt;. C'est l&#224; o&#249; l'activisme, pour qui la segmentation n'est qu'une somme d'accidents de la substance commune potentielle ou sous-jacente, se r&#233;v&#232;le &#234;tre un sympt&#244;me de la disparition de l'identit&#233; ouvri&#232;re, et le caract&#232;re &lt;i&gt;toujours formel&lt;/i&gt; de son activit&#233; est une &lt;i&gt;reconnaissance&lt;/i&gt; de cette disparition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question que nous avons &#224; nous poser n'est pas celle de l'unit&#233; a priori, mais de la reconduction ou non de cette s&#233;paration, parce que c'est la question qui se pose dans les luttes lorsqu'elles tendent &#224; se g&#233;n&#233;raliser : c'est la tension m&#234;me &#224; l'unit&#233; qui n'est que le fait de se heurter &#224; la r&#233;alit&#233; de la s&#233;paration. La &#171; communaut&#233; de situation &#187; n'est donn&#233;e que de mani&#232;re abstraite ou g&#233;n&#233;rale dans ce qu'on est dans le capital, elle ne devient une tension r&#233;elle que dans les luttes. Encore faut-il qu'il y ait dans cette lutte la tension &#224; cette unit&#233;, c'est-&#224;-dire une dynamique de remise en cause des segmentations. Cela ne signifie pas l'attente maximaliste de La R&#233;volution, mais la production dans une lutte de l'appartenance de classe comme contrainte ext&#233;rieure, l'apparition m&#234;me fugace d'activit&#233;s d'&#233;cart, c'est-&#224;-dire, &#224; l'int&#233;rieur de la lutte en tant que classe, de pratiques allant &#224; l'encontre m&#234;me de son caract&#232;re revendicatif, d'attaques par les prol&#233;taires de ce qui les d&#233;finit dans leur situation de prol&#233;taires y compris toutes les formes de repr&#233;sentations. Ce n'est qu'ainsi que la segmentation est pos&#233;e comme probl&#232;me, quand elle se confond avec l'appartenance de classe elle-m&#234;me et non quand c'est cette appartenance de classe qui est suppos&#233;e contenir l'unit&#233;. Mais si l'on a consid&#233;r&#233; cette unit&#233; comme une chose a priori, sous-jacente, la solution, le d&#233;passement de cette situation de fragmentation n'est plus que formelle dans la mesure o&#249; son contenu est toujours l&#224; pr&#233;sent comme potentialit&#233;. Cette unit&#233; a priori, certaines pratiques auraient, par leur forme m&#234;me (le blocage, l'appropriation d'un lieu), la facult&#233; (potentielle elle aussi) de la faire devenir effective.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est exact que dans les blocages des prol&#233;taires divers se sont rencontr&#233;s, mais quel fut le contenu de cette rencontre, sa dynamique. Jamais cette rencontre n'exc&#233;da le contenu g&#233;n&#233;ral de la lutte contre la r&#233;forme des retraites. Mais, le pire ou le meilleur, c'est que &lt;i&gt;Rebetiko&lt;/i&gt; le dit : &#171; La pratique des blocages, parce qu'elle &#233;tait nouvelle, a donc &#233;t&#233; exalt&#233;e sans consid&#233;ration des faiblesses internes du mouvement, celles qui ont permis sa transmutation en nouveau rituel, manipulable &#224; loisir &#187;. La potentialit&#233; de la forme est sauve. Il n'y a pas de potentialit&#233; non actualis&#233;e &#224; cause du contexte, la rencontre n'est rien en elle-m&#234;me, elle peut tr&#232;s bien n'&#234;tre que la fa&#231;on d'ent&#233;riner la segmentation quelle que soit la subjectivit&#233; des activistes qui mettent cette derni&#232;re dans leur poche et leur mouchoir par dessus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et c'est pr&#233;cis&#233;ment ce qu'ils font : &#171; La forme d'une lutte. Son sens. Les deux ont &#233;t&#233; ma&#238;tris&#233;s sans trop de vagues par le syst&#232;me syndical et m&#233;diatique ; c'est la marque du peu de r&#233;sistance et de la vacuit&#233; de ce mouvement. (&#8230;) Il y avait donc un projet de loi durcissant le r&#233;gime des retraites ; des millions de manifestants, des blocages sans compter, de nombreux d&#233;bordements lyc&#233;ens et coll&#233;giens, et quelques gr&#232;ves. Et tout le monde, apr&#232;s avoir failli paralyser le pays, est rentr&#233; &#224; la maison sans avoir rien obtenu, bien encadr&#233; par les syndicats : signe que les forces de d&#233;passement du rituel n'avaient pas trouv&#233; (et peu cherch&#233;) d'expressions pendant et en dehors des actions spectaculaires qui ont &#233;t&#233; men&#233;es. (&#8230;) On a rarement vu un mouvement aussi imposant se couler dans une enveloppe aussi creuse, ventil&#233;e &#224; plaisir par les centrales syndicales. &#187; (&lt;i&gt;idem&lt;/i&gt;). Et pourtant, &#224; la page pr&#233;c&#233;dente : &#171; Ce qu'un tel lieu prolonge (la &#171; Maison de la gr&#232;ve de Rennes &#187;, nda), ce n'est pas le mouvement, mais ce qu'il contenait d&#233;j&#224; de d&#233;passement &#187;. Ah, les miracles de la potentialit&#233; !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En d&#233;crivant ainsi le mouvement, ce n'est pas de celui-ci dont l'activisme parle mais seulement de lui-m&#234;me. &#171; Rituel &#187;, &#171; encadrement &#187; et m&#234;me &#171; d&#233;passement &#187;, tout n'est que forme. Il n'est jamais question d'analyser ce qu'il s'est r&#233;ellement pass&#233;, il suffit &#224; l'activisme de lancer ses d&#233;s et comme cela ne fonctionne pas c'est que le mouvement est &#171; creux &#187;. Mais dans &lt;i&gt;ce&lt;/i&gt; mouvement, le &#171; creux &#187; est en fait tout plein, il d&#233;borde de syndicalisme de base et d'unit&#233; et d'identit&#233; ouvri&#232;res id&#233;ales. A premi&#232;re vue, tout &#233;tait r&#233;uni pour que les d&#233;s composent le carr&#233; d'as de l'unit&#233; de la classe &#224; la base et ce fut un fiasco, &#224; peine une paire de sept. C'est cette paire de sept qui est symptomatique. En disant, comme des enfants d&#233;&#231;us devant le jouet cass&#233;, &#171; le mouvement &#233;tait creux &#187;, c'est autre chose qu'ils disent : l'unit&#233; dont nous sommes la disparition et le r&#234;ve est creuse. &lt;i&gt;L'activisme actuel se vit comme la radicalit&#233; de l'ancien cycle de lutte enfin maintenant possible&lt;/i&gt;, celle de l'identit&#233; ouvri&#232;re et de l'auto-organisation, c'est ainsi que l'activisme nous parle de la r&#233;alit&#233; pr&#233;sente. Il r&#233;pond &#224; la question du pr&#233;sent en r&#233;pondant &#224; celle du pass&#233; et ainsi nous parle de l'actuel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons critiqu&#233; pr&#233;c&#233;demment cette substantialisation de la pratique du blocage et l'investissement d'une pratique par sa potentialit&#233; formelle. Il s'agirait de pousser &#171; la forme blocage jusqu'au bout &#187; (&lt;i&gt;Rebetiko&lt;/i&gt;), de &#171; r&#233;aliser les promesses qu'il porte &#187; (&lt;i&gt;idem&lt;/i&gt;). Nous avons d&#233;j&#224; montr&#233; que le blocage n'est rien en soi, il n'est comme la gr&#232;ve que tel ou tel blocage, il est une pratique dans un mouvement, dans une lutte, son sens et son contenu sont ceux de cette lutte, c'est &#224; partir de cette lutte qu'il faut concevoir les pratiques qui ont &#233;t&#233; les siennes. Le blocage est une pratique particuli&#232;re qui a un sens particulier, non en lui-m&#234;me, non en vertu de sa forme, mais de par la lutte particuli&#232;re dont il est une pratique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb28&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Nous ne parlons pas ici du sommet de ridicule que fut la tentative d'occuper (&#8230;)&#034; id=&#034;nh28&#034;&gt;28&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ici, ce sens r&#233;side dans les formes actuelles du salariat, la fin de l'identit&#233; ouvri&#232;re et le syndicalisme de base, le jeu entre l'unit&#233; v&#233;cue comme id&#233;ale de la classe et la segmentation de celle-ci. Le blocage n'a pas &#233;t&#233; &#171; soumis au rythme syndical &#187; (&lt;i&gt;idem&lt;/i&gt;), il &#233;tait, ici et maintenant, dans ce mouvement, syndical. Il ne s'est pas retrouv&#233; limit&#233; par &#171; l'angoisse du vide &#187; (&lt;i&gt;idem&lt;/i&gt;), il n'y avait pas de vide face au blocage, mais un trop plein de revendications cat&#233;gorielles, de radicalisme syndical, d'id&#233;al d'identit&#233; ouvri&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Bloquer l'&#233;conomie peut &#234;tre un bon d&#233;but pour cr&#233;er une situation hors-norme. Mais elle ne pose pas de perspectives en tant que telle. Bloquer l'&#233;conomie pourquoi ? Pour demander son am&#233;lioration ? Pour qu&#233;mander une place en son sein ? Le blocage ne dit rien sur l'&#233;vidente n&#233;cessit&#233; de d&#233;truire, de se passer de l'&#233;conomie. &#187; (&lt;i&gt;Paradoxes en Automne&lt;/i&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;4 ) La critique de l'Economie : une d&#233;sobjectivation paradoxale du capital comme rapport social&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parce qu'il &#233;tait &#233;vident que l'urgence de l'attaque des retraites &#233;tait impos&#233;e par l'imp&#233;ratif de conserver le fameux triple &#171; A &#187; sur le march&#233; mondial des capitaux, le pouvoir et l'&#233;conomie devinrent l'ennemi et, dans cette identit&#233; de l'un et de l'autre, l'&#233;conomie devient elle-m&#234;me pouvoir. Cette identification de l'&#233;conomie et du pouvoir &#233;tait consid&#233;rablement facilit&#233;e par la personnalisation du pouvoir par un individu ridicule et odieux et par le fait que &#171; l'alternative &#187; politique n'&#233;tait incarn&#233;e alors par personne d'autre que le directeur du FMI en personne (Dominique Strauss-Kahn). La Gr&#232;ce venait de faire les frais d'une d&#233;gradation de sa note infligeant &#224; ses prol&#233;taires une attaque des salaires qui les laissait litt&#233;ralement sur le carreau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la foul&#233;e, le socialiste Papandr&#233;ou qui s'appr&#234;tait &#224; &#171; s'adresser au peuple &#187; par r&#233;f&#233;rendum est d&#233;barqu&#233; par le FMI au profit d'un gouvernement socialiste&#8211;lib&#233;ral de quasi union nationale &#224; participation d'extr&#234;me droite dirig&#233; par un euro-banquier socialiste, mais sans le Parti Communiste ( laissant ainsi en place un cadre pour contr&#244;ler plus ou moins la vague d'opposition prol&#233;taire qui monte, comme on l'a vu le 19 novembre 2011, avec les affrontements entre les manifestants et le PC d&#233;fendant l'Assembl&#233;e parlementaire unique). Simultan&#233;ment, en Italie, un chef de gouvernement lib&#233;ral us&#233; jusqu'&#224; la corde et devenu inapte &#224; imposer toute d&#233;cision d'attaque contre le salariat comme une n&#233;cessit&#233; objective et non perverse de l'&#233;conomie est lui aussi renvers&#233; par une r&#233;volution de palais t&#233;l&#233;command&#233;e depuis Bruxelles, Berlin et Paris qui met en place un autre euro-banquier. En Espagne, Zapatero sent le vent du boulet et avance des &#233;lections d&#233;j&#224; perdues. L'&#233;conomie avait des visages, non seulement Sarkozy et sa clique, mais aussi les &#171; riches &#187;, les PDG, les DRH, les actionnaires. Des personnes portant des noms bien concrets : Bouygues, Lagard&#232;re, Bettencourt, etc. Le capitalisme avait perdu son image de corps social opaque, inconnu, contre lequel on ne peut rien. Cependant, si le capital avait des visages, ces visages n'&#233;taient pas saisis comme des masques. M&#234;me si le capital est n&#233;cessairement le capitaliste, le capital n'est pas une puissance personnelle, c'est une puissance sociale, &#234;tre capitaliste c'est occuper non seulement une position purement personnelle, mais encore une position sociale dans la production. En s'arr&#234;tant &#224; la personnalisation, la d&#233;sobjectivation r&#233;active elle-m&#234;me l'objectivit&#233; &#224; un autre niveau. En amalgamant le capital au capitaliste, c'est l'agent, devenu sujet et personne, qui incarne la r&#233;alit&#233; objective du capital.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette assimilation du pouvoir &#224; l'&#233;conomie et donc la d&#233;finition de l'&#233;conomie comme pouvoir (prouv&#233;e depuis au-del&#224; de toute esp&#233;rance avec la mise en place directe de fond&#233;s-de-pouvoir de la Banque Centrale Europ&#233;enne &#224; la t&#234;te des gouvernements) est diff&#233;rente de la &#171; dictature des march&#233;s &#187; sur les politiques d'Etat que le D&#233;mocratisme Radical d&#233;non&#231;ait. Cette assimilation ne permet plus d'imaginer aucune politique autre, on ne peut que se d&#233;fendre ici et maintenant contre les attaques. Pour reprendre la formule f&#233;tiche de Margareth Thatcher : &lt;i&gt;There is no alternative&lt;/i&gt;. Face &#224; l'&#233;conomie comme dictature de classe, face cette fatalit&#233; qui apr&#232;s deux ans de &#171; travail &#187; de la crise nous broie, en nous faisant mal vivre, il y a eu une &#224; rage de saisir la situation pour se battre, la volont&#233; d'affirmer le refus de ce qui nous tombe dessus, la volont&#233; d'&#234;tre ensemble pour affirmer ce refus en tant que travailleurs posant un rapport global contre ces attaques de l'&#233;conomie et de son Etat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette assimilation entre &#233;conomie et pouvoir et sa d&#233;clinaison en tant que conception de l'&#233;conomie comme pouvoir de classe, comme LE pouvoir de classe m&#234;me - quand ce pouvoir n'est plus con&#231;u comme pouvant changer de nature ou d'orientation - est une d&#233;sobjectivation paradoxale de l'&#233;conomie. Il n'est m&#234;me plus vraiment besoin de la qualifier d'&#233;conomie &lt;i&gt;capitaliste&lt;/i&gt;, elle est imm&#233;diatement rapport de classe, exploitation sans cesse aggrav&#233;e, oppression et m&#233;pris. Toutefois cette d&#233;sobjectivation est aussi une substantialisation de l'&#233;conomie qui prend au pied de la lettre, pour argent comptant, l'autonomisation des rapports sociaux comme &#233;conomie. Une v&#233;ritable d&#233;sobjectivation de l'&#233;conomie s'opposerait &#224; l'&#233;conomie en disant, de fait, &#171; nous sommes l'&#233;conomie &#187; autrement dit : &#171; Cette crise c'est la n&#244;tre &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;sign&#233;e comme telle, l'&#233;conomie imposerait ses lois au reste de la reproduction sociale, allant m&#234;me jusqu'&#224; la compromettre. L'&#233;conomie n'est que la fa&#231;on dont se donne la reproduction du capital dans son autopr&#233;supposition. Le principal r&#233;sultat de la production capitaliste n'est pas la production d'objets, ni m&#234;me de marchandises, ni m&#234;me de plus-value ou de profit, mais la reproduction de classes contradictoires. L'&#233;conomie comme domaine particulier de la reproduction n'est qu'une &#171; apparence &#187;. Cela aboutit &#224; poser d'un c&#244;t&#233; la production (l'&#233;conomie), et de l'autre la reproduction des classes (la domination). La critique de l'&#233;conomie aboutit paradoxalement &#224; n'&#234;tre qu'une critique de l'autonomisation comme &#233;conomie de la reproduction des rapports sociaux capitalistes qui aurait pris au pied de la lettre cette autonomisation. Elle se veut la critique de cette autonomisation sans l'avoir comprise comme autonomisation de la reproduction du capital comme rapport social.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais l'&#233;conomie est &#224; la fois une apparence et une r&#233;alit&#233;. C'est pourquoi la critique de l'&#233;conomie, peut &#234;tre &#224; la fois la critique d'une apparence autonomis&#233;e de la reproduction des rapports sociaux capitalistes, et la critique d'une r&#233;alit&#233;. C'est ce qui permet &#224; la critique de l'&#233;conomie d'approcher, bien que dans les termes de &#171; l'apparence &#187;, le d&#233;passement de cette soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est parce qu'&#224; l'issue de chaque cycle productif toutes les conditions de la reproduction apparaissent du c&#244;t&#233; du capital, dans la reproduction du face &#224; face du capital en soi et de la force de travail, que ces conditions de la reproduction de l'ensemble du rapport prennent la forme de l'&#233;conomie et que la reproduction de la soci&#233;t&#233; se formule comme lois &#233;conomiques. La critique de l'objectivisme et la critique de l'&#233;conomie vont de pair. L'&#233;conomie est le rapport entre l'objectivation des conditions de la production face au travail et le travail dans sa subjectivit&#233;, c'est-&#224;-dire s&#233;par&#233; de toutes ses conditions. C'est le capital comme rapport social (incluant les propres forces sociales du travail) qui, se pr&#233;supposant, se pr&#233;sente comme objet face au travail. L'&#233;conomie est alors un ensemble de conditions objectives r&#233;gissant l'accroissement de la richesse sous forme de capital, ensemble de lois r&#233;gissant le processus de la valeur se valorisant, de la valeur en proc&#232;s. En tant que tel (cet ensemble), &lt;i&gt;l'&#233;conomie est une r&#233;alit&#233; et l'objectivit&#233; de ses lois &#233;galement&lt;/i&gt;. C'est le monde r&#233;ifi&#233; dans lequel nous &#233;voluons quotidiennement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est le rapport du capital, en ce qu'il est s&#233;paration du travail et de ses conditions, en ce qu'il est exploitation, c'est-&#224;-dire rapport entre des classes, qui d&#233;termine sa reproduction comme r&#233;gie par des lois objectives, elles-m&#234;mes exprimant le fonctionnement d'un monde r&#233;ifi&#233;. Dans l'exploitation, les conditions de la reproduction du rapport apparaissent toujours comme volont&#233; &#233;trang&#232;re au travail, comme n&#233;cessit&#233; inscrite dans l'existence du capital, comme chose, comme capital en soi face au travail et comme n&#233;cessit&#233; de son accumulation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La critique du mode de production capitaliste comme &#233;conomie s'oppose &#224; une &#171; apparence &#187; non critiqu&#233;e de ce mode de production, mais cette apparence est simultan&#233;ment une r&#233;alit&#233; quotidienne de celui-ci, c'est pour cela que cette &#171; erreur &#187; est &#171; un moment du vrai &#187; La v&#233;ritable critique de l'&#233;conomie part du fait que de fa&#231;on essentielle le mode de production capitaliste se constitue comme exploitation, c'est-&#224;-dire comme contradiction entre le prol&#233;tariat et le capital, en tant que lutte des classes dont l'&#233;conomie est un moment constitutif. Il en r&#233;sulte la critique de l'&#233;conomie non comme un rejet de celle-ci en tant que non-existante ou comme condamnation, mais comme interrogation sur son contenu, son origine, ses conditions d'existence et par voie de cons&#233;quence sur son d&#233;passement. La critique du concept d'&#233;conomie, qui int&#232;gre dans le concept ses propres conditions d'existence, &#233;vite pr&#233;cis&#233;ment de poser son d&#233;passement comme une opposition &#224; l'&#233;conomie. La r&#233;alit&#233; de l'&#233;conomie (sa raison d'&#234;tre), est en dehors d'elle, l'&#233;conomie est un attribut du rapport d'exploitation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, se contenter de &#171; d&#233;noncer l'erreur &#187; ne m&#232;ne &#224; rien. Ce qui importe c'est de consid&#233;rer la lutte de classes dans son histoire et non &#224; partir d'une norme, d'en consid&#233;rer tous ses moments comme n&#233;cessaires et comme des moments de la production de son propre d&#233;passement. La formule de Hegel sur le faux comme moment du vrai ne doit pas &#234;tre utilis&#233;e comme un enjolivement du discours th&#233;orique, mais comme la compr&#233;hension de la &lt;i&gt;r&#233;alit&#233;&lt;/i&gt; du cours historique de la lutte de classe. Si la d&#233;signation de l'&#233;conomie comme ennemi et sa critique existent dans la lutte de classe, c'est l&#224; qu'il faut les d&#233;busquer et les d&#233;crire et consid&#233;rer cela comme la situation pr&#233;sente, r&#233;elle, de cette lutte. &#171; En critiquant n&#233;gativement, on se donne des airs distingu&#233;s et on survole d&#233;daigneusement la chose sans y avoir p&#233;n&#233;tr&#233;, c'est-&#224;-dire sans l'avoir saisie elle-m&#234;me, sans avoir saisi ce qu'il y a de positif en elle. Certes, la critique peut &#234;tre fond&#233;e, mais il est plus facile de d&#233;couvrir les d&#233;fauts que de trouver la substance... &#187; (Hegel, &lt;i&gt;La raison dans l'histoire&lt;/i&gt;, Ed 10 / 18, p. 99).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pratique des blocages a &#233;t&#233; &#233;troitement connect&#233;e &#224; cette d&#233;sobjectivation paradoxale de l'&#233;conomie qui en faisait un pouvoir de classe tout en l'ent&#233;rinant comme objectivit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; L'id&#233;e du blocage d&#233;coule de la compr&#233;hension que l'on a de ce qu'est aujourd'hui l'&#233;conomie capitaliste. Elle s'attaque &#224; la circulation des marchandises mais laisse en suspend la question de la production. (&#8230;) La th&#233;orie qui d&#233;fend que s'attaquer au flux soit suffisant pour d&#233;sorganiser, partiellement ou d&#233;finitivement, le capitalisme (ou la soci&#233;t&#233; pour ceux qui ne prononcent m&#234;me pas le mot de capital) a &#233;t&#233; r&#233;fut&#233;e par les faits. La dynamique et l'organisation du capital ne d&#233;pendent pas d'un centre avec des p&#233;riph&#233;ries plus ou moins tentaculaires. Le capital est dot&#233; de multiples centres n&#233;vralgiques. Si l'on ne coupe un, il est soit remplac&#233;, soit contourn&#233;. (&#8230;) Cette th&#233;orie omet le fait que le capitalisme est avant tout un rapport social. Et que c'est de ce point de vue que le capital doit &#234;tre attaqu&#233;. &#187; (&lt;i&gt;Paradoxes en automne&lt;/i&gt;). Ce n'est pas pareil d'emp&#234;cher les trains de rouler et d'arr&#234;ter de les conduire, d'emp&#234;cher momentan&#233;ment les gens d'aller au travail et de d&#233;cider massivement d'arr&#234;ter le travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les blocages, c'est l'&#233;conomie qui est vis&#233;e (jusque dans la d&#233;claration du d&#233;l&#233;gu&#233; CGT de Peugeot Mulhouse, &lt;i&gt;cf. supra&lt;/i&gt;), l'&#233;conomie-pouvoir, mais aussi et simultan&#233;ment l'&#233;conomie-f&#233;tiche : une critique de l'autonomisation comme &#233;conomie de la reproduction des rapports sociaux capitalistes qui a pris au pied de la lettre cette autonomisation. Contre l'&#233;conomie, &#171; c'est nous la vraie soci&#233;t&#233; &#187;, semblent dire les manifestants. &#171; On ne paiera pas leur crise &#187;, tr&#232;s bien, mais cette crise est la n&#244;tre, c'est le pas qui n'est pas franchi par cette &#171; d&#233;sobjectivation &#187; qui a conserv&#233; pour le critiquer le f&#233;tichisme de l'&#233;conomie. En s'attaquant principalement &#224; la circulation, les blocages ont confirm&#233; cette appr&#233;hension de l'&#233;conomie comme un &#233;tat de fait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La strat&#233;gie du blocage part d'une id&#233;e juste : le capital est valeur en proc&#232;s, c'est-&#224;-dire que la valeur ne s'y perd jamais en passant de la forme argent &#224; la forme marchandise, de la production &#224; l'&#233;change, de l'&#233;change &#224; la consommation (s'il s'agit de la consommation productive d&#233;finissant le capital). Cette strat&#233;gie consid&#232;re que le capital est un flux, une production fond&#233;e sur l'&#233;change, que circulation et production sont chacun un moment l'un de l'autre et s'incluent r&#233;ciproquement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut alors distinguer deux acceptions de l'&#233;change (de la circulation) : d'une part, l'&#233;change comme moment particulier du proc&#232;s de reproduction, qui alors alterne avec la phase de production, d'autre part, l'&#233;change comme forme du proc&#232;s de reproduction, comme par exemple dans des expressions comme &#171; la production fond&#233;e sur l'&#233;change &#187;. Dans le mode de production capitaliste, &#224; la diff&#233;rence de la circulation simple, les &#233;l&#233;ments que la circulation m&#233;diatise ne lui sont plus ext&#233;rieurs mais ses pr&#233;suppositions et son r&#233;sultat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'on en revient &#224; la strat&#233;gie du blocage, on s'aper&#231;oit que, de son fondement juste en th&#233;orie, elle glisse vers plusieurs amalgames. Tout d'abord l'amalgame entre circulation et transports : la circulation n'a pas le m&#234;me sens pour le capital et pour la gendarmerie. L'amalgame entre d'une part, la circulation comme moment particulier du proc&#232;s de reproduction, qui alors alterne avec la phase de production et, d'autre part, la circulation comme forme g&#233;n&#233;rale du proc&#232;s de reproduction. Il n'en reste pas moins que les marchandises et la force de travail doivent mat&#233;riellement se d&#233;placer d'un point &#224; un autre (l'&#233;change, au sens strictement &#233;conomique, dans le mode de production capitaliste, est &#233;tranger &#224; cette question) et que cela est indispensable &#224; la reproduction du capital. En fait, la strat&#233;gie du blocage se produit un fondement th&#233;orique dans la th&#233;orie du capital comme circulation qui ne correspond pas &#224; la pratique effective qu'elle est. Cela n'est pas tr&#232;s g&#234;nant tant que l'on parle d'action, cela le devient quand sur ces amalgames se greffent des th&#233;ories sur la d&#233;finition du travail productif et de la valeur. Si l'on veut consid&#233;rer le blocage de la circulation (sens de la gendarmerie) comme entrave &#224; la production de valeur, il faut dire qu'il ne s'agit pas d'un blocage de la circulation mais de la production au sens o&#249; les transports sont un prolongement du proc&#232;s imm&#233;diat de production. Rien n'est plus faux que cette affirmation que l'on peut lire dans &lt;i&gt;Rebetiko&lt;/i&gt; : &#171; Le blocage c'est la prise de conscience qu'arr&#234;ter la machine c'est plus une question de circulation que de production. Cela peut sembler anodin, ou ne relever que d'une question pratique, mais ce d&#233;placement du centre n&#233;vralgique de la lutte de l'int&#233;rieur de l'usine au rond-point le plus proche, c'est la n&#233;gation pure et simple de la base th&#233;orique du mouvement ouvrier ! &#187;. La strat&#233;gie dite du &#171; blocage de la circulation &#187; n&#233;cessite une analyse sp&#233;cifique des raisons de son extension, mais ne n&#233;cessite ni ne justifie aucun &lt;i&gt;aggiornamento&lt;/i&gt; th&#233;orique. La disparition du mouvement ouvrier ne tient pas &#224; la victoire du rond-point sur l'usine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les blocages, toujours dits &#171; de l'&#233;conomie &#187; et non du capitalisme, &#233;taient &#233;galement, dans ce mouvement&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb29&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cela ne pr&#233;sume pas de ce qu'ils pourraient &#234;tre par ailleurs.&#034; id=&#034;nh29&#034;&gt;29&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, des pratiques ad&#233;quates &#224; cette d&#233;sobjectivation paradoxale de l'&#233;conomie qui la d&#233;signe comme pouvoir en m&#234;me temps qu'elle en ent&#233;rine l'existence comme autonomisation des rapports sociaux. En devenant synonyme de l'&#233;conomie, la circulation fait de l'&#233;conomie une puissance &#233;trang&#232;re dominant la soci&#233;t&#233;, les rapports sociaux de production prennent cette forme globale qui enveloppe tout le monde et domine tous les individus. Dans cette d&#233;sobjectivation paradoxale, l'&#233;conomie devient l'ennemi intime de l'autonomie. Economie et autonomie fonctionne en bin&#244;me. D'autant plus quand l'&#233;conomie a pris le visage de la circulation, elle est cette puissance qui s'oppose &#224; tout un chacun comme la n&#233;gation de son autonomie. Entre blocage, &#233;conomie et autonomie quelque chose dans les pratiques du mouvement et son id&#233;ologie (pas seulement dans l'activisme) s'est mis en boucle. D'un c&#244;t&#233; &#171; nos besoins &#187;, de l'autre, non pas le capitalisme mais l'&#233;conomie, non pas la valorisation du capital mais la circulation de la valeur et la marchandise, non pas des rapports sociaux qui nous dominent &lt;i&gt;et nous d&#233;finissent&lt;/i&gt;, mais seulement nous contraignent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Ce glissement de la figure du gr&#233;viste qui passe du sujet 'travailleur' au non-sujet 'n'importe qui' s'op&#232;re dans le blocage, on le retrouve pour la figure de l'ennemi. Entre le 'bloquer l'&#233;conomie, c'est s'attaquer aux int&#233;r&#234;ts du patronat' et le 'bloquer l'&#233;conomie, c'est foutre le bordel pour saper l'autorit&#233; des gouvernants', deux conceptions de l'&#233;conomie, une comme science de l'exploitation, l'autre comme science du gouvernement ; la m&#234;me barricade pour deux affrontements. Ce n'est plus seulement une classe contre une autre qui r&#232;gle ses comptes, ce sont les rouages d'une grosse machine absurde qui se changent en grain de sable. &#187; (&lt;i&gt;Rebetiko&lt;/i&gt;, n&#176; 8). On aurait tort de ne voir l&#224; que logorrh&#233;e activiste et non la limite contenue dans le caract&#232;re paradoxal de la d&#233;sobjectivation des rapports sociaux qui a eu lieu sous la d&#233;signation de l'&#233;conomie comme adversaire et son attaque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le caract&#232;re paradoxal de la d&#233;sobjectivation, sous le nom d'&#233;conomie, du capital comme rapport social de production entre des classes s'est condens&#233; dans l'&#233;conomie comme pouvoir, ce qui a conf&#233;r&#233; &#224; cette lutte contre la r&#233;forme des retraites un caract&#232;re &#224; la fois politique et de critique de la politique : &#171; nous ne sommes pas repr&#233;sent&#233;s &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;sobjectivation paradoxale et repr&#233;sentation politique{{}}&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La disparition de la confirmation de l'identit&#233; ouvri&#232;re &#224; l'int&#233;rieur de la reproduction du capital, et par l&#224; de sa repr&#233;sentation politique social-d&#233;mocrate et / ou communiste, a totalement d&#233;stabilis&#233; l'ensemble du fonctionnement politique de l'Etat d&#233;mocratique. Celui-ci reconna&#238;t et suppose un clivage social r&#233;el &lt;i&gt;et&lt;/i&gt; sa pacification dans la soci&#233;t&#233; civile et la vie politique. La forme et le contenu actuels de la contradiction entre le prol&#233;tariat et le capital, les modalit&#233;s de l'exploitation, ont remis en cause la &lt;i&gt;repr&#233;sentation&lt;/i&gt; politique dans l'Etat de la division de la soci&#233;t&#233; en classes. Cette ind&#233;pendance de la vie collective inh&#233;rente &#224; l'Etat lui-m&#234;me appara&#238;t maintenant comme coup&#233;e de ce qui la produit et la justifiait comme&lt;i&gt; allant de soi &lt;/i&gt; : la division conflictuelle de cette communaut&#233; en classes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Etat d&#233;mocratique est la pacification d'un clivage social que la d&#233;mocratie reconna&#238;t comme r&#233;el au moment o&#249; elle en est la repr&#233;sentation comme affrontement entre citoyens. La d&#233;mocratie est la reconnaissance du caract&#232;re irr&#233;ductiblement conflictuel de la &#171; communaut&#233; nationale &#187;, de ce point de vue la reconnaissance de la classe ouvri&#232;re a &#233;t&#233; historiquement au c&#339;ur de la construction de la d&#233;mocratie, elle en fut m&#234;me le moteur et le crit&#232;re. La social-d&#233;mocratie et les partis communistes (fr&#232;res ennemis) constituaient la forme dominante de la repr&#233;sentation politique inh&#233;rente &#224; l'identit&#233; ouvri&#232;re. Comme expression politique, la social-d&#233;mocratie se caract&#233;risait par trois points : la constitution d'un parti de masse, une sorte de contre-soci&#233;t&#233; (ce point l&#224; ne fut jamais effectif en France) ; un projet de r&#233;forme de la propri&#233;t&#233; en &#171; propri&#233;t&#233; sociale &#187; ; la protection sociale. Le premier point est devenu caduc dans l'entre-deux-guerres, le deuxi&#232;me s'est alors limit&#233; &#224; un effet oratoire dans la pr&#233;sentation des programmes avant d'&#234;tre officiellement abandonn&#233;, ne restait que le troisi&#232;me. Le keyn&#233;sianisme interne, en possible situation de compromis avec un lib&#233;ralisme externe de plus en plus important, &#233;tait devenu la politique naturelle de l'identit&#233; ouvri&#232;re jusqu'&#224; ce que toutes les caract&#233;ristiques de la restructuration actuelle en aient fait dispara&#238;tre la possibilit&#233; : co&#251;t budg&#233;taire des programmes sociaux, mont&#233;e du ch&#244;mage, pr&#233;carisation de la force de travail, d&#233;centralisation des relations professionnelles, autonomisation des march&#233;s financiers, concurrence internationale. C'est-&#224;-dire fondamentalement la modification du rapport d'exploitation. Quelle que soit la nouvelle configuration &#171; social-d&#233;mocrate &#187;, elle ne sera plus la repr&#233;sentation de l'identit&#233; ouvri&#232;re mais un accompagnement l&#233;gal ou contractuel de la restructuration et la d&#233;stabilisation g&#233;n&#233;rale du fonctionnement de l'Etat d&#233;mocratique, que cette disparition implique, perdurera.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La &lt;i&gt;repr&#233;sentation&lt;/i&gt; pacifi&#233;e en &#171; volont&#233; g&#233;n&#233;rale &#187; d'une soci&#233;t&#233; reconnue comme n&#233;cessairement conflictuelle (c'est l&#224; toute la force de la d&#233;mocratie) est un travail et non un reflet&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb30&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Nous avons l&#224; tout le conflit interne que la d&#233;mocratie entretient avec (&#8230;)&#034; id=&#034;nh30&#034;&gt;30&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. C'est-&#224;-dire que dans le fonctionnement d&#233;mocratique de l'Etat, la r&#233;ification et le f&#233;tichisme sont des &lt;i&gt;activit&#233;s&lt;/i&gt;, c'est la politique comme partis, d&#233;bats, d&#233;lib&#233;rations, rapports de force dans la sph&#232;re sp&#233;cifique de la soci&#233;t&#233; civile, d&#233;cisions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si, partout, la d&#233;mocratie semble inexorablement devenir populiste, c'est parce que ce travail de repr&#233;sentation est en crise. Pr&#233;cisons : les classes existent, l'Etat existe, la classe capitaliste est la classe dominante, le f&#233;tichisme de la marchandise doubl&#233; du f&#233;tichisme sp&#233;cifique du capital accomplissent toujours leur &#339;uvre. Dans la mesure o&#249; l'int&#233;r&#234;t propre de la classe dominante passe par l'Etat, il doit acqu&#233;rir la forme d'un int&#233;r&#234;t universel, d'une volont&#233; g&#233;n&#233;rale. Quand nous disons que toute classe dominante doit &#171; repr&#233;senter son int&#233;r&#234;t propre comme &#233;tant l'int&#233;r&#234;t universel &#187; (Marx,&lt;i&gt; Id&#233;ologie allemande&lt;/i&gt;, Ed. Sociales, p. 62), il ne s'agit pas d'une supercherie, d'un pi&#232;ge tendu aux classes domin&#233;es, d'une man&#339;uvre qui pourrait &#234;tre comme ne pas &#234;tre. L'int&#233;r&#234;t &lt;i&gt;collectif&lt;/i&gt; (exprimant la d&#233;pendance r&#233;elle r&#233;ciproque des classes) qui dans une soci&#233;t&#233; de classes est l'int&#233;r&#234;t &lt;i&gt;particulier&lt;/i&gt; de la classe dominante prend, en qualit&#233; d'Etat, une forme, premi&#232;rement, ind&#233;pendante de l'int&#233;r&#234;t particulier de la classe dominante elle-m&#234;me parce qu'il n'est imm&#233;diatement qu'un int&#233;r&#234;t particulier face &#224; d'autres et, deuxi&#232;mement, ind&#233;pendante de la simple d&#233;pendance r&#233;elle entre les classes parce que cette m&#233;diation du collectif nie sa particularit&#233;, il devient un int&#233;r&#234;t &lt;i&gt;universel&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'int&#233;r&#234;t particulier de la classe dominante ne peut se r&#233;aliser comme int&#233;r&#234;t particulier que comme int&#233;r&#234;t universel, en qualit&#233; d'Etat. Il lui faut sortir de sa particularit&#233;, l'Etat doit &#234;tre s&#233;par&#233; de la lutte des classes pour &#234;tre au mieux l'Etat de la classe dominante, la bourgeoisie c&#233;l&#232;bre comme ses grands hommes politiques ceux qui lui donn&#232;rent souvent du fil &#224; retordre. Le travail politique de repr&#233;sentation est cette sortie de la particularit&#233;. Par n&#233;cessit&#233; un tel travail n'est possible que dans la mesure o&#249; plusieurs int&#233;r&#234;ts particuliers sont susceptibles de se faire valoir dans la sph&#232;re de l'universel (une particularit&#233; unique, en rapport seulement avec elle-m&#234;me, ne peut pas sortir d'elle-m&#234;me, elle n'est rien) ; m&#234;me si le vainqueur est forc&#233;ment connu d'avance, il est dans la nature des int&#233;r&#234;ts particuliers de devenir ind&#233;pendants d'eux-m&#234;mes et de concourir (leur propre poursuite implique pour eux d'appara&#238;tre comme un int&#233;r&#234;t &#171; universel &#187; sp&#233;cial et particulier parce que face &#224; un autre).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le probl&#232;me de la d&#233;mocratie est actuellement de ne plus conna&#238;tre qu'une seule de ces particularit&#233;s aptes &#224; concourir, la disparition de l'identit&#233; ouvri&#232;re et de sa repr&#233;sentation a entra&#238;n&#233; toutes les autres dans son naufrage. Or, seule, cette particularit&#233; n'est rien, rien en tant que faire valoir universel. Avec la disparition de l'identit&#233; ouvri&#232;re et la faillite de sa repr&#233;sentation, la bourgeoisie joue son universalit&#233;. Trivialement : plus personne n'y croit ; tellement que les &#171; scandales &#187; qui, sous la troisi&#232;me R&#233;publique, jusque dans l'entre-deux-guerres, pouvaient &#233;branler le fonctionnement d&#233;mocratique de l'Etat, ne sont plus qu'objets de m&#233;pris car consid&#233;r&#233;s comme l'ordinaire de la politique. C'est grave pour la bourgeoisie, non pas seulement parce que le leurre ne fonctionnerait plus (ce qui n'est pas n&#233;gligeable), mais surtout parce que &lt;i&gt;tant que le leurre fonctionne cela signifie qu'il n'en est pas un&lt;/i&gt; et que la bourgeoisie appara&#238;t en r&#233;alit&#233; comme la classe de l'universel, que son int&#233;r&#234;t propre se construit r&#233;ellement dans l'opposition entre les classes et par elle comme l'int&#233;r&#234;t g&#233;n&#233;ral en tant qu'Etat. Ce qui nous renvoie &#224; la question du statut actuel de la domination et de l'oppression dans l'exploitation et l'autopr&#233;supposition du capital, c'est-&#224;-dire ce qui &#233;tait au c&#339;ur de la d&#233;sobjectivation paradoxale que nous avons expos&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le fonctionnement d&#233;mocratique se scinde alors en une hypertrophie institutionnelle ind&#233;pendante de tout travail de repr&#233;sentation (cours constitutionnelle, cours des comptes, conseil d'Etat, banques centrales, toutes les autorit&#233;s ind&#233;pendantes de r&#233;gulation &#233;conomique au niveau national, europ&#233;en ou international) et une &#171; repr&#233;sentation &#187; vitaliste populiste et al&#233;atoire des int&#233;r&#234;ts particuliers. Le vitalisme populiste, c'est l'hostilit&#233; &#224; tout ce qui peut faire &#233;cran entre le peuple et ceux qui sont cens&#233;s l'incarner au pouvoir. L'al&#233;atoire de la repr&#233;sentation r&#233;side dans le fait qu'en se &#171; d&#233;sociologisant &#187; la repr&#233;sentation formalise des th&#232;mes transversaux (s&#233;curit&#233;, questions &#171; soci&#233;tales &#187;, environnement, immigration, &#171; qualit&#233; &#187; du personnel politique...) polarisant les votes de fa&#231;on impr&#233;visible et surtout &lt;i&gt;accidentelle&lt;/i&gt;. La repr&#233;sentation et tout son proc&#232;s de constitution est elle-m&#234;me affect&#233;e en proclamant comme sa r&#232;gle : &#171; puisque je suis &#233;lu, je suis la volont&#233; g&#233;n&#233;rale &#187;. La l&#233;gitimit&#233; d&#233;mocratique est devenue un statut acquis une fois pour toutes attach&#233;e &#224; une personne&#8230;pour la dur&#233;e d'un mandat, et plus une qualit&#233; qui se construit en permanence. Avec la fin de l'identit&#233; ouvri&#232;re et la faillite de sa repr&#233;sentation, la l&#233;gitimit&#233; &#233;lectorale a absorb&#233; toutes les autres formes de repr&#233;sentation qui sont d&#233;valoris&#233;es du point de vue m&#234;me de la repr&#233;sentation d&#233;mocratique (les syndicats ou cette repr&#233;sentation diffuse qu'est, pour la d&#233;mocratie, la manifestation), c'est alors toute la repr&#233;sentation d&#233;mocratique comme processus permanent qui se contredit elle-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Allez, disons cela d'une fa&#231;on triviale : l'ill&#233;gitimit&#233; de la revendication d&#233;bouche sur un ras-le-bol qui d&#233;l&#233;gitime le syst&#232;me d&#233;mocratique, la repr&#233;sentation ne veut plus rien dire quand la politique n'a plus pour objectif que de ne pas perdre le triple A.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En conclusion&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ces luttes contre la r&#233;forme des retraites durant l'automne 2010 en France, au-del&#224; de leur caract&#232;re diffus, divers et segment&#233;, de la pluralit&#233; de formes de luttes plus ou moins compl&#233;mentaires et oppos&#233;es, une coh&#233;rence s'est mise en place. Entre l'ill&#233;gitimit&#233; de la revendication, la manifestation d'une identit&#233; ouvri&#232;re id&#233;ale, le syndicalisme de base, le r&#244;le qu'y a jou&#233; l'activisme, la d&#233;sobjectivation paradoxale comme &#233;conomie du capital comme rapport social, la conscience sur le moment que le syst&#232;me politique ne repr&#233;sente plus rien, c'est non seulement &#224; l'implosion de l'identit&#233; ouvri&#232;re &#224; laquelle nous avons assist&#233; et particip&#233;, mais encore &#224; l'action de l'appartenance de classe, dans la lutte de classe, comme sa limite. Cette limite du cycle de luttes actuel &#233;tait l&#224;, pr&#233;sente dans sa sp&#233;cificit&#233;, aussi bien dans l'ill&#233;gitimit&#233; connue de la revendication que dans la col&#232;re vis-&#224;-vis de la repr&#233;sentation politique, mais aussi dans ce syndicalisme de base qui a vivifi&#233; tout du long ce mouvement. Ce syndicalisme en m&#234;me temps qu'il &#233;tait le socle sur lequel pouvait se r&#234;ver l'unit&#233; et l'identit&#233; ouvri&#232;res que la particularit&#233; des secteurs en pointe dans la lutte rendait cr&#233;dibles &#233;tait, dans les faits, la caducit&#233; de l'une et de l'autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce mouvement, le premier, dans la longue s&#233;rie, en France, des mouvements de luttes depuis 1995, post&#233;rieur aux d&#233;buts de la crise de cette phase d'accumulation du capital a ouvert trois questions. La premi&#232;re : celle de la segmentation du prol&#233;tariat qui ne peut plus &#234;tre consid&#233;r&#233;e comme l'addition d'accidents d'une unit&#233; essentielle et potentielle mais seulement comme d&#233;finitoire du prol&#233;tariat. La seconde est celle du d&#233;passement du caract&#232;re n&#233;cessairement revendicatif de la lutte de classe, c'est-&#224;-dire du d&#233;passement de la lutte en tant que classe dans la lutte de classe. Dans le mariage entre syndicalisme de base et unit&#233; / identit&#233; id&#233;ales, les deux questions se sont jointes et sont maintenant r&#233;unies. La troisi&#232;me, plus g&#233;n&#233;rale, est alors celle de la d&#233;finition des classes et du prol&#233;tariat en particulier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais encore, id&#233;ologie de l'identit&#233; ouvri&#232;re, luttes pour des int&#233;r&#234;ts imm&#233;diats, d&#233;sobjectivation du rapport social d'exploitation, repr&#233;sentation politique : toutes les instances du mode de production capitaliste qui composent la lutte des classes se sont mises &#224; jouer entre elles et &#224; se jouer de leur assignation et leur relation de d&#233;termination convenues. Il y aura de l'id&#233;ologie, de l'&#233;conomie, du sexe, du social, du soci&#233;tal, de la politique dans un mouvement r&#233;volutionnaire et le d&#233;passement de tout cela passera, dans le cours de la lutte, par le bouleversement des hi&#233;rarchies et d&#233;terminations entre toutes ces instance du mode de production par la fixit&#233; desquelles il s'autopr&#233;suppose. C'est alors une ultime question qui appara&#238;t : celle de la d&#233;finition comme &lt;i&gt;conjoncture&lt;/i&gt; d'une situation r&#233;volutionnaire ou plus modestement d'une situation de conflits de classes aig&#252;e et g&#233;n&#233;ralis&#233;e.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;La disparition de l'identit&#233; ouvri&#232;re confirm&#233;e dans la reproduction du capital est corollairement la disparition de la l&#233;gitimit&#233; de la revendication. Par l&#233;gitimit&#233; nous n'entendons aucune reconnaissance juridique ou morale, ni l'absence de conflit, mais le fait de faire syst&#232;me dans l'implication r&#233;ciproque entre prol&#233;tariat et capital. Nous pourrions plus justement employer le terme d'asyst&#233;mie, mais c'est tr&#232;s laid.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;On aura reconnu une libre adaptation d'un paragraphe des premi&#232;res pages du &lt;i&gt;Dix-huit brumaire de Louis Bonaparte&lt;/i&gt; (Marx).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Au moment des faits, Nicolas Sarkozy &#233;tait Pr&#233;sident de la r&#233;publique et Eric Woerth, Ministre du travail et des affaires sociales.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir : &lt;i&gt;La restructuration telle qu'en elle-m&#234;me&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;Revendiquer pour le salair&lt;/i&gt;e TC 22.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Nous entendons par programmatisme ce contenu de la lutte de classe&lt;sup&gt;&lt;a href='https://theoriecommuniste.org/Classes' title=&#034;D&#233;finition&#160;: Les classes ne sont ni des sommes d'individus regroup&#233;s par un int&#233;r&#234;t (&#8230;)&#034;&gt;?&lt;/a&gt;&lt;/sup&gt; aujourd'hui d&#233;pass&#233; qui, de la mont&#233;e en puissance de la classe dans le mode de production capitaliste, allait &#224; l'affirmation du prol&#233;tariat comme classe dominante dans la lib&#233;ration du travail.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ces deux paragraphes sont librement repris de la brochure &lt;i&gt;Paradoxes en automne&lt;/i&gt; (sur le net).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;En juillet 2010, selon P&#244;le emploi, les jeunes de moins de 25 ans qui recherchaient un travail depuis un an au moins avait augment&#233; de 72 % en deux ans. C'&#233;taient 109 000 jeunes qui &#233;taient dans cette situation.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;La liste est longue des formules imagin&#233;es pour faciliter l'insertion des jeunes depuis les travaux d'utilit&#233; collective imagin&#233;s par la gauche en 1984 (les pr&#233;retraites, quant &#224; elles, n&#233;es en 1974 dans la sid&#233;rurgie se g&#233;n&#233;ralisent au d&#233;but des ann&#233;es 1980).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ce texte a &#233;t&#233; r&#233;dig&#233; le 24 novembre alors que le mouvement &#233;tait mort.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Autre fa&#231;on d'arrondir les fins de mois, pendant longtemps, les champions de p&#233;tanque marseillais &#233;taient en majorit&#233; des municipaux, &#224; la benne ou cantonniers.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;C'est l'appellation populaire des &#233;boueurs &#224; Marseille.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Journal alternatif mensuel de contre-informations con&#231;u et &#233;dit&#233; &#224; Marseille.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Gaston Deferre, maire socialiste de Marseille de 1953 &#224; 1986.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Non seulement ce n'est pas comparable, mais cela n'a strictement rien &#224; voir. Les coordinations &#233;taient le regroupement sur la base d'une profession commune. En ne se r&#233;f&#233;rant qu'aux ann&#233;es 1980 et &#224; 1995, les AG interpro de 2003 sont oubli&#233;es et cela donne le sentiment que les AG de 2010 sont une nouveaut&#233; caract&#233;ristique de ce mouvement. Quant &#224; la radicalisation &#187; que voient dans les AG de 2010, les auteurs de la brochure, toute leur description montre le contraire. Elles n'&#233;taient ni plus ni moins radicales que ce qu'&#233;taient le reste du mouvement dans lequel elles s'inscrivaient, elles permettaient de ratisser plus large pour r&#233;aliser quelques actions contr&#244;l&#233;es par les syndicats et r&#233;pondant &#224; leurs directives. Nous verrons plus loin que c'est une erreur souvent commise de consid&#233;rer que l'action syndicale se limite &#224; la manif &#171; tra&#238;ne-savates &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut voir tout au long de la brochure publi&#233;e par Incendo un constant va-et vient entre quelques formules incantatoires (&#171; actions visant au blocage de l'&#233;conomie &#187; ; &#171; &#8230;un signe de radicalisation dans les violences &#187; ; &#171; AG autonomes &#187;, etc.) et le r&#233;cit des &#233;v&#233;nements venant pour le moins marginaliser, comme les auteurs le reconnaissent eux-m&#234;mes, ces formules. Bien qu'assez peu marqu&#233; dans cette brochure du fait de la lucidit&#233; et de l'extr&#234;me honn&#234;tet&#233; des r&#233;cits, il y a l&#224; un trait de l'activisme qui voit toujours dans un mouvement quelques caract&#233;ristiques qui seraient comme en attente, comme des potentialit&#233;s non accomplies, ces caract&#233;ristiques sont le plus souvent des formes ou des types d'actions faisant partie du r&#233;pertoire des propres activit&#233;s de l'activisme. L'activisme s'imagine lui-m&#234;me comme &#233;tant &#171; l'activit&#233; &#187; s'opposant &#224; la &#171; passivit&#233; &#187; ou &#224; &#171; l'attente &#187;, alors qu'il n'est qu'une construction particuli&#232;re de ce qu'est non pas &#171; l'activit&#233; &#187; mais de ce que sont les activit&#233;s. (nda)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Il n'y a jamais eu la moindre vell&#233;it&#233; dans ce sens, la supposition permanente d'une telle chose fait partie du r&#233;pertoire militant (nda)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ce qui s'est r&#233;v&#233;l&#233; compl&#232;tement faux (nda).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Mais, elles ne le font pas, car rien dans toutes ces activit&#233;s n'outrepasse leur action et leur perspective, hormis les discours qui les racontent (nda).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb18&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh18&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 18&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Liaisons&lt;/i&gt; &#233;tait un bulletin conseilliste qui s'&#233;tait d&#233;marqu&#233; d'&lt;i&gt;Echanges&lt;/i&gt; sur la question de l'intervention.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb19&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh19&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 19&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;19&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;On peut &#233;galement ajouter &#224; la critique de l'analyse tr&#232;s int&#233;ressante mais un peu complotiste de Peter Vener que les activit&#233;s syndicales dont il parle s'inscrivent aussi &#224; l'int&#233;rieur de vifs conflits entre la direction de la CGT et les f&#233;d&#233;rations les plus dures, les cheminots et la chimie.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb20&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh20&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 20&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;20&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;A la CGT, les contradictions entre la ligne Thibaut et les f&#233;d&#233;rations les plus dures ne sont pas devenues explosives ; SUD n'a pas convaincu les salari&#233;s de la n&#233;cessit&#233; de ce qu'elle appelait un &#171; affrontement central avec l'Etat &#187;, mais elle a jou&#233; jusqu'au bout la &#171; radicalit&#233; &#187;, tout en pr&#233;servant sa place dans l'intersyndicale. En revanche, FO n'a su faire ni l'un, ni l'autre et la CFDT qui veut incarner un certain r&#233;formisme n'a aucun r&#233;sultat &#224; pr&#233;senter. Au-del&#224; de ces diff&#233;rences, la fin du mouvement renvoie chaque organisation &#224; la question des limites du syndicalisme quand la revendication est asyst&#233;mique et que le d&#233;bouch&#233; politique de la repr&#233;sentation ouvri&#232;re a disparu.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb21&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh21&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 21&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;21&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cela peut m&#234;me &#234;tre parfois une somme alg&#233;brique : qu'aurait signifi&#233;, &#224; Marseille, le soutien aux gr&#233;vistes des bassins Ouest et le lendemain celui aux gr&#233;vistes des bassins Est dont les int&#233;r&#234;ts &#233;taient antagoniques.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb22&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh22&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 22&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;22&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cette th&#232;se de la dissociation est d&#233;fendue dans le texte de L&#233;on de Mattis : &lt;i&gt;Gr&#232;ve Vs Blocage&lt;/i&gt; (Blog de L&#233;on de Mattis)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb23&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh23&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 23&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;23&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Toute la vie des soci&#233;t&#233;s dans laquelle r&#232;gnent les conditions modernes de production s'annonce comme une immense accumulation de &lt;i&gt;spectacles&lt;/i&gt;. &lt;i&gt;Tout ce qui &#233;tait directement v&#233;cu s'est &#233;loign&#233; dans une repr&#233;sentation&lt;/i&gt; (c'est nous qui soulignons). &#187; (Guy Debord, &lt;i&gt;La Soci&#233;t&#233; du spectacle&lt;/i&gt;, th&#232;se 1)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb24&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh24&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 24&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;24&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;L'identit&#233; ouvri&#232;re n'&#233;tait pas elle aussi une donn&#233;e objective, mais une pratique ouvri&#232;re dans un certain rapport au capital. Elle n'&#233;tait pas un donn&#233; englobant de fait et de soi toute la classe, elle s'&#233;tait constitu&#233; en excluant ou tout au moins dans des rapports complexes et conflictuels d'int&#233;gration avec, par exemple, les travailleurs immigr&#233;s et avec les femmes. L'identit&#233; ouvri&#232;re est une construction sociale de la classe ouvri&#232;re, un mouvement dans lequel elle s'auto-construit.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb25&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh25&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 25&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;25&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pour une liste de ces manifestations et des affrontements, voir bulletin AFP du 18 octobre fin de journ&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb26&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh26&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 26&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;26&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Le m&#234;me jour, la police organisait un p&#233;rim&#232;tre de d&#233;viation du trafic autour du sit-in, rue de Rivoli, de 150 lyc&#233;ens d'Henri IV.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb27&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh27&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 27&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;27&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Il semblerait que le mouvement &#224; Rennes ait &#233;t&#233; parfois une exception.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb28&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh28&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 28&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;28&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Nous ne parlons pas ici du sommet de ridicule que fut la tentative d'occuper l'Op&#233;ra Bastille, rebaptis&#233; pour les besoins de l'id&#233;ologie : &#171; raffinerie culturelle de luxe &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb29&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh29&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 29&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;29&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cela ne pr&#233;sume pas de ce qu'ils pourraient &#234;tre par ailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb30&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh30&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 30&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;30&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Nous avons l&#224; tout le conflit interne que la d&#233;mocratie entretient avec elle-m&#234;me sous le nom de populisme. Dans le cadre de la d&#233;mocratie, le populisme est stigmatis&#233; comme vision primitive de la volont&#233; g&#233;n&#233;rale qui serait en permanence &#233;touff&#233;e par les &#233;lites, &#233;touff&#233;e par les appareils, &#233;touff&#233;e par les partis, &#233;touff&#233;e par les institutions, la volont&#233; commune serait donn&#233;e, un point de d&#233;part. Ce qui est appel&#233; populisme est un conflit interne &#224; la d&#233;mocratie en ce qu'il affirme un &#171; d&#233;j&#224; l&#224; &#187; de la volont&#233; g&#233;n&#233;rale, contrairement &#224; sa construction dans le d&#233;bat, la d&#233;lib&#233;ration et la repr&#233;sentation.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Journal d'un gr&#233;viste</title>
		<link>https://theoriecommuniste.org/les-livres/article/journal-d-un-greviste</link>
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		<dc:date>1995-12-30T23:00:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Louis Martin</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Louis MARTIN &lt;br class='autobr' /&gt;
Journal d'un gr&#233;viste &#8212; sur les gr&#232;ves de 1995 en France &lt;br class='autobr' /&gt;
D&#233;cembre 1995&#8211;Janvier 1996 &lt;br class='autobr' /&gt;
Th&#233;orie et marche &#224; pied &lt;br class='autobr' /&gt;
Tous les noms de personnes sont imaginaires &lt;br class='autobr' /&gt;
AVRIL 1996 &lt;br class='autobr' /&gt;
Mardi 5 D&#233;cembre &lt;br class='autobr' /&gt;
Pendant la journ&#233;e, une bo&#238;te en carton servant d'urne &#233;tait rest&#233;e sur une table, dans la salle des profs du coll&#232;ge, pour recueillir les appr&#233;ciations sur l'action &#224; entamer : gr&#232;ve d'une journ&#233;e, gr&#232;ve reconductible, pas de gr&#232;ve. Le d&#233;pouillement lors de l'A.G, en fin (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://theoriecommuniste.org/les-livres/" rel="directory"&gt;Les Livres&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://theoriecommuniste.org/local/cache-vignettes/L95xH150/journalgreviste-9c566.jpg?1769360824' class='spip_logo spip_logo_right' width='95' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Louis MARTIN &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Journal d'un gr&#233;viste &#8212; sur les gr&#232;ves de 1995 en France&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;D&#233;cembre 1995&#8211;Janvier 1996 &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Th&#233;orie et marche &#224; pied &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;table class=&#034;table spip&#034;&gt;
&lt;thead&gt;&lt;tr class='row_first'&gt;&lt;th id='ide11e_c0'&gt;&lt;div class='spip_document_35 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://theoriecommuniste.org/local/cache-vignettes/L300xH300/100002010000012c0000012c58cfdb6ed78deb8b-51581.png?1769360824' width='300' height='300' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/th&gt;&lt;/tr&gt;&lt;/thead&gt;
&lt;tbody&gt;
&lt;/tbody&gt;
&lt;/table&gt;
&lt;p&gt;Tous les noms de personnes sont imaginaires&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;AVRIL 1996&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mardi 5 D&#233;cembre &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant la journ&#233;e, une bo&#238;te en carton servant d'urne &#233;tait rest&#233;e sur une table, dans la salle des profs du coll&#232;ge, pour recueillir les appr&#233;ciations sur l'action &#224; entamer : gr&#232;ve d'une journ&#233;e, gr&#232;ve reconductible, pas de gr&#232;ve. Le d&#233;pouillement lors de l'A.G, en fin d'apr&#233;s&#8211;midi, donne une majorit&#233; &#224; la gr&#232;ve reconductible. Des profs du lyc&#233;e Diderot sont l&#224;, le lyc&#233;e est en gr&#232;ve depuis ce matin, Marlowe (prof du lyc&#233;e) lit le texte qu'ils ont r&#233;dig&#233; ce matin en A.G. Un texte tr&#232;s simple appelant &#224; la gr&#232;ve, r&#233;clamant le retrait du plan Jupp&#233; et posant, sans employer les termes la question du partage entre salaires et profits. Au coll&#232;ge, la gr&#232;ve est vot&#233;e pour le jeudi 7. Je souligne l'ind&#233;cision et la confusion des mots d'ordre nationaux par rapport &#224; la gr&#232;ve, en rappelant le pr&#233;c&#233;dent de 1986, Marlowe semble approuver, Watson, d&#233;l&#233;gu&#233; F.S.U dit qu'il ne s'agit pas d'ind&#233;cision mais de la libert&#233; laiss&#233;e &#224; chaque &#233;tablissement de se d&#233;cider. Il est cependant remarquable que quand les choses sont plus calmes on lance des mots d'ordre nationaux sans s'encombrer de ces scrupules.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Jeudi 7 D&#233;cembre &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Coll&#232;ge Voltaire : 1&#176; jour de gr&#232;ve. Une manifestation est pr&#233;vue &#224; Avignon, &#224; 10h30. Belle manif, beaucoup de monde, les actualit&#233;s r&#233;gionales parleront de 10 000 personnes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A 15h, A.G. &#224; Rousseau, l'autre coll&#232;ge de la ville, je suis seul de Voltaire, avec Marlowe du lyc&#233;e. C'est le d&#233;l&#233;gu&#233; F.S.U du coll&#232;ge (Sponz) qui pilote l'A.G., le bureaucrate syndical dans toute sa splendeur, il freine des quatre fers, soul&#232;ve le probl&#232;me des bulletins trimestriels &#224; remplir, des conseils de classes&lt;sup&gt;&lt;a href='https://theoriecommuniste.org/Classes' title=&#034;D&#233;finition&#160;: Les classes ne sont ni des sommes d'individus regroup&#233;s par un int&#233;r&#234;t (&#8230;)&#034;&gt;?&lt;/a&gt;&lt;/sup&gt;, souligne que les mercredis et dimanches seront comptabilis&#233;s comme jour de gr&#232;ve, qu'on risque de perdre l'indemnit&#233; de suivi des &#233;l&#232;ves, il faut &#234;tre s&#251;r qu'il y a bien unit&#233; syndicale, etc... Avec Marlowe on bout sur place, nous les traitons de 'petits commer&#231;ants' de la gr&#232;ve, nous essayons de parler de rapports de forces, de dire que ce n'est pas une gr&#232;ve de l'enseignement, que ce n'est pas dans ce cadre l&#224;, ou en termes de syndicats qu'il faut parler d'unit&#233;. On se fait un peu mal voir. De toute fa&#231;on on propose (ce pourquoi on &#233;tait l&#224; au d&#233;part) une A.G de tous les &#233;tablissements primaires et secondaires, le lendemain &#224; l'&#233;cole des Peupliers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;17h : A.G du primaire &#224; Arthur Rimbaud. C'est une assembl&#233;e que les instits de la ville et des villages alentours avait organis&#233;e. Nous sommes de nombreux profs du coll&#232;ge et du lyc&#233;e, aucun probl&#232;me, au contraire. C'est Starsky (un instit) qui dirige les discussions. Tout de suite Moriarty, le d&#233;l&#233;gu&#233; F.E.N d&#233;partemental, appelle &#224; la n&#233;gociation : 'on ne peut pas &#234;tre pour le retrait du plan car il y a des choses bien, mais pour sa discussion'. La r&#233;action est assez houleuse. J'appelle &#224; une A.G o&#249; apr&#232;s r&#233;flexions dans nos &#233;tablissements, nous fixerons nous m&#234;mes nos objectifs de lutte. Starsky tergiverse et propose dimanche, je rousp&#232;te 'c'est trop loin, il ne s'agit pas d'aller prendre l'ap&#233;ritif, m&#234;me si je n'ai rien contre'. Je propose le lendemain, on vote. L'A.G est fix&#233;e au lendemain 10h &#224; l'&#233;cole des Peupliers. Le but de l'A.G sera d'&#233;tablir un texte et de le diffuser. J'insiste pour que dans chaque &#233;tablissement on r&#233;dige des canevas, que nous confronterons en A.G.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vendredi 8 d&#233;cembre &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Huit heures, A.G &#224; Voltaire : nous votons la reconduction de la gr&#232;ve pour samedi, lundi et mardi, jour de la grande manifestation &#224; Avignon. Watson, le d&#233;l&#233;gu&#233; F.S.U du coll&#232;ge, envisage que nous suspendions la gr&#232;ve samedi matin afin de pr&#233;server nos forces. Je dis que c'est une d&#233;mobilisation, 'si au bout d'un jour de gr&#232;ve on se sent d&#233;j&#224; fatigu&#233; on n'ira pas bien loin'. Nous passons &#224; la pr&#233;paration du texte, pour moi il faut insister sur la notion de rapports de forces et pas sur l'ouverture de n&#233;gociations, les deux ne sont pas contradictoires, mais ce sont deux fa&#231;ons diff&#233;rentes d'appr&#233;hender le conflit : 'nous ne sommes pas en train de discuter en famille pour trouver le meilleur lieu de vill&#233;giature, le conflit met en jeu des int&#233;r&#234;ts fondamentalement contradictoires' . Discussion avec Tintin, le d&#233;l&#233;gu&#233; F.O du coll&#232;ge, qui est d'accord pour parlerde racket de F.O sur la s&#233;cu. Nous reprenons dans le texte une phrase que j'ai avanc&#233;e : 'toute r&#233;forme des pr&#233;l&#232;vements&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;sociaux ou de la fiscalit&#233; est un partage entre salaire et profit.' ; d'o&#249; des int&#233;r&#234;ts divergents inconciliables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dix heures, A.G aux Peupliers. Environ 250 personnes, toutes les &#233;coles (m&#234;me celles des villages) sont pr&#233;sentes, les coll&#232;ges et le lyc&#233;e. Il est net que les gens ne repr&#233;sentent pas leur &#233;cole, chacun est l&#224; en tant que soi-m&#234;me et repr&#233;sentant du mouvement. Moriarty, d&#233;l&#233;gu&#233; F.E.N d&#233;partemental, revient &#224; la charge, m&#234;me discours que la veille, tout le monde gueule, il s'en va, se ravise, il restera, mais muet. Imm&#233;diatement pour clore l'incident nous votons &#224; la quasi unanimit&#233; le retrait du plan Jupp&#233; comme objectif. Il est remarquable de voir comment le vote s'ins&#232;re naturellement dans l'action, comment il perd ce gluant d&#233;mocratique li&#233; &#224; la prise de d&#233;cision 'en son &#226;me et conscience' de l'individu isol&#233; de l'isoloir. Il perd ce c&#244;t&#233; d&#233;testable du moment de la d&#233;cision id&#233;aliste qui croit modifier le r&#233;el alors qu'il l'ent&#233;rine ; ici il ne s'agit que d'un moment de l'activit&#233;, une sorte de v&#233;rification, d'assurance, que nous sommes bien tous au m&#234;me moment de l'action.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Valjean, prof au lyc&#233;e, rappelle que de toute fa&#231;on cette gr&#232;ve n'est pas 'notre' gr&#232;ve : 'nous nous inscrivons dans une lutte d&#233;j&#224; commenc&#233;e depuis plus d'une semaine, on ne va pas arriver en faisant les donneurs de le&#231;on.' Avec l'accord de mes coll&#232;gues du coll&#232;ge, je lis notre texte et je rajoute que nous devrions songer &#224; contacter les autres secteurs en gr&#232;ve sur la ville. Cependant, comme sch&#233;ma de r&#233;daction, c'est un texte que je trouve un peu merdique dans sa forme dialogu&#233;e, qui est retenu par l'A.G. Une commission de r&#233;daction est form&#233;e avec des gens des divers &#233;tablissements, j'y suis pour Voltaire avec Terminator et Lampion (deux agents de service), Ad&#232;le Blanc-sec, une prof, et Tintin. Je bataille pour faire supprimer le c&#244;t&#233; 'cucul' du texte, je n'y parviens pas en totalit&#233;, je fais passer l'&#233;largissement de la lutte et le rapport de forces pour d&#233;finir ce qu'est une n&#233;gociation. Aucune signature sur le tract, il est tir&#233; en perruque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;14h30, au lyc&#233;e Diderot : mise au point d'un texte plus g&#233;n&#233;ral sur le mouvement, destin&#233; aux journaux locaux. Le matin, &#224; la suite de mon acharnement dans la r&#233;daction du tract, des profs du lyc&#233;e m'avaient propos&#233; de venir . C'est un 'exercice difficile' car l'on est tenu de respecter un canevas adopt&#233; en A.G. Au cours du travail, avec un prof du lyc&#233;e, Am&#233;d&#233;e, nous parvenons &#224; supprimer du texte tout le c&#244;t&#233; 'keyn&#233;sianiste de gauche', les r&#233;f&#233;rences &#224; 'Notre service public', on r&#233;introduit la n&#233;gociation comme rapport de forces et non recherche d'une solution, on introduit l'enjeu : 'si nous c&#233;dons c'est une v&#233;ritable autoroute des r&#233;formes qui s'ouvre contre les salari&#233;s'.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'id&#233;ologie keyn&#233;sianiste et le mythe de l'&#233;tat r&#233;gulateur au&#8211;dessus des classes p&#232;sent lourdement sur le mouvement, ils sont revivifi&#233;s par la nature m&#234;me de celui-ci : le partage entre salaires et profits. Pour toute une cat&#233;gorie de travailleurs fortement repr&#233;sent&#233;e dans les services publics, principalement dans l'enseignement, les 'trente glorieuses' repr&#233;sentent une sorte d'&#226;ge d'or o&#249; on pouvait avoir l'illusion de sortir de la classe ouvri&#232;re pour int&#233;grer les fameuses classes moyennes. Le mouvement actuel n'inaugure pas la fin de cette p&#233;riode, bien plut&#244;t il marque la fin de toutes ces illusions auxquelles nous nous sommes si longtemps raccroch&#233;s. Il nous faut d&#233;finitivement faire notre deuil du fordisme . En fait le fameux partage des gains de productivit&#233; entre le capital et le travail fut toujours un 'leurre'. Ce qui fut ainsi th&#233;oris&#233; c'est la transformation du mode de vie de la classe ouvri&#232;re et des composantes historiques de la valeur de la force de travail. Transformation inh&#233;rente au passage &#224; la domination de l'extraction de plus-value sous son mode relatif (concentration, urbanisation, disparition de l'autoconsommation, du logement li&#233; &#224; un habitat traditionnel). Il n'y eut aucun partage mais une croissance comme jamais vue de la productivit&#233; et de l'exploitation, li&#233;e au d&#233;veloppement d'une consommation ouvri&#232;re attach&#233;e &#224; des produits dont la valeur d'&#233;change &#233;tait constamment en baisse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour en revenir au texte, petit &#224; petit nous ne nous sommes retrouv&#233;s que tous les deux &#224; r&#233;diger ce texte, les autres n'ont pas tenu longtemps quand Am&#233;d&#233;e s'est mis &#224; expliquer &#224; la d&#233;l&#233;gu&#233;e F.S.U du lyc&#233;e, qui voulait pouvoir faire les boutiques pour relancer le capital, que la crise ne provenait pas d'une sous-consommation mais d'un manque de profit, que pour le capital la r&#233;solution de la crise passe par un renforcement de l'exploitation. Quant &#224; moi j'ai parl&#233; de Copernic et du mouvement apparent du soleil. Pour la bourgeoisie, l'objectif incontournable est de faire baisser les co&#251;ts de production, r&#233;duire le nombre de travailleurs, diminuer les salaires, les charges sociales, les pr&#233;l&#232;vements fiscaux, d&#233;velopper la fl&#233;xibilit&#233; et les heures suppl&#233;mentaires. Le capitalisme n'a rien &#224; offrir d'autre qu'un peu plus ou un peu moins de rigueur, de ch&#244;mage, de pr&#233;carit&#233;, de mis&#232;re,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;d'exclusion. Depuis longtemps d&#233;j&#224; toute id&#233;e de salaire minimum a &#233;t&#233; liquid&#233;e. Vers 16h30 un journaliste du 'Proven&#231;al' vient chercher le texte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;17h A.G &#224; l'&#233;cole Rimbaud. Il y a eu incompr&#233;hension, malentendu sur cette A.G. Le matin on ne devait passer que pour r&#233;cup&#233;rer les tracts pour la distribution de lundi, jour de march&#233;. En fait, tout le monde a tellement envie de continuer &#224; discuter que &#231;a se transforme en A.G. Les instits reconduisent leur gr&#232;ve jusqu'&#224; mardi inclus. Ceux qui sont un peu faibles sur leur &#233;tablissement demandent de l'aide pour distribuer sur leur &#233;cole. Je fais passer un petit papier &#224; une prof du lyc&#233;e pour lui dire ce qui s'est pass&#233; l'apr&#232;s midi 'chez elle', pour qu'elle le communique &#224; l'assembl&#233;e : les profs du lyc&#233;e cherchent &#224; contacter des gr&#233;vistes d'autres secteurs pour la distribution de lundi, ils ont &#233;galement &#233;crit une sorte de questionnaire humoristique, principalement destin&#233; aux non gr&#233;vistes, enfin le texte pour le journal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Terminator, un agent de service, qui a &#233;t&#233; syndiqu&#233;, et qui est tr&#232;s remont&#233;, a fait venir un d&#233;l&#233;gu&#233; C.G.T. du personnel de service, le gars donne quelques informations sur la gr&#232;ve dans ce secteur, et parle des difficult&#233;s qu'elle soul&#232;ve pour les personnels de service &#224; cause de la forte pr&#233;sence de personnels int&#233;rimaires ou sous contrat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sponz, le d&#233;l&#233;gu&#233; du coll&#232;ge Rousseau, annonce qu'ils ont suspendu la gr&#232;ve pour demain matin et lundi, ils reprendront mardi pour la manif. Je lui r&#233;ponds que si tout le monde appliquait cette 'strat&#233;gie' dite des temps forts, il n'y aurait plus de temps forts. Droopy, prof &#224; Voltaire, un peu &#233;nerv&#233;, dit beaucoup plus simplement que si on arr&#234;te la gr&#232;ve on arr&#234;te l'activit&#233; de gr&#233;vistes, c'est &#224; dire ce que l'on fait, ce que l'on construit pendant la gr&#232;ve. Cette id&#233;e de 'l'activit&#233; de gr&#233;viste' est extr&#234;mement importante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A la sortie, longue discussion parfois un peu tendue avec Sponz, il y a Ad&#232;le &#233;galement. Ils veulent se garder chaud pour mardi, Droopy qui passe r&#233;p&#232;te que la gr&#232;ve c'est une activit&#233;. Sponz, un peu exc&#233;d&#233;, me dit que la veille, avec Marlowe, nous avions &#233;t&#233; 'tr&#232;s mal per&#231;us', on s'en doutait. Je pense que ce sont eux qui risquent de se retrouver fatigu&#233;s mardi&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd' hui, les syndicats ont commenc&#233; &#224; n&#233;gocier avec un m&#233;diateur, C.G.T et F.O compris. De gros affrontements en Lorraine, entre mineurs et C.R.S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Qu'envisager pour demain ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Tirage d'un tract interne : le questionnaire humoristique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Retirage du tract &#224; distribuer lundi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Essayer de toucher les autres secteurs en gr&#232;ve.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Envisager, peut-&#234;tre, &#224; partir de mardi une gr&#232;ve perl&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Faire pour nous&#8211;m&#234;mes une discussion de clarification.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ce &#224; quoi je pense apr&#232;s &#234;tre rentr&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce qui de toutes fa&#231;ons est une lutte revendicative, pour aboutir &#224; quelque chose, il faut tout d'abord que l'on s'unifie dans chaque secteur, que l'on fasse attention &#224; ne pas reproduire la sempiternelle formule : 'les diff&#233;rents personnels de l'&#233;ducation nationale' ; et ensuite que l'on cherche &#224; &#233;tendre au maximum le mouvement et &#224; cr&#233;er une r&#233;elle liaison entre les secteurs en luttes. Dans cette perspective de l'extension, les pr&#233;caires ou les ch&#244;meurs jouent un r&#244;le tr&#232;s important. Par le fait qu'ils ne sont pas rattach&#233;s &#224; telle ou telle entreprise ou secteur, ils peuvent &#234;tre un facteur actif contre les divisions corporatistes et pour l'unification, l'encadrement dans des organismes sp&#233;ciaux a tendance &#224; poser leurs probl&#232;mes sous la forme de probl&#232;mes sociaux g&#233;n&#233;raux, si ce n'est moraux, et non comme une question de classe inh&#233;rente &#224; la reproduction d'ensemble de la classe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut autant que possible &#233;viter le 'r&#233;alisme', c'est &#224; dire de calculer notre revendication dans le cadre de la logique du mode de production. Toute revendication proc&#232;de a-priori d'int&#233;r&#234;ts irr&#233;conciliables avec ceux de la classe dominante. Paradoxalement, l'aboutissement favorable d'une gr&#232;ve revendicative &#224; l'int&#233;rieur du mode de production capitaliste, ne peut &#234;tre obtenu que lorsque la gr&#232;ve ne se soucie pas des n&#233;cessit&#233;s et des lois du syst&#232;me, que lorsque ses contraintes jusque l&#224; v&#233;cues comme &#233;ternelles commencent &#224; &#234;tre remises en cause dans leur autoproduction comme destin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut que dans les A.G, syndiqu&#233;s et non syndiqu&#233;s soient absorb&#233;s dans l'activit&#233; g&#233;n&#233;rale. Par l&#224;, sans que ce soit une d&#233;marche intentionnelle, nous pla&#231;ons les syndicats soit dans la n&#233;cessit&#233; de couvrir, soit dans une situation o&#249; des clivages dynamiques appara&#238;tront, il ne s'agit pas de division &#224; ce moment l&#224;, mais du cours de la lutte. Avoir les syndicats avec soi ne doit pas &#234;tre un a priori pos&#233; &#224; l'action. Tous les grands mouvements sociaux ( Mai 68 ; l'automne chaud italien de 69) ne sont pas partis d'un mot d'ordre syndical et s'en sont bien pass&#233;s, les gr&#232;ves significatives &#233;galement, le rapport n&#233;cessaire qui se cr&#233;e dans le mouvement avec le syndicalisme est &#224; un autre niveau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Samedi 9 d&#233;cembre &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Huit heures, au coll&#232;ge. Je suis un peu en retard apr&#232;s &#234;tre pass&#233; prendre les journaux. En arrivant, je lis &#224; la cantonade le compte rendu des gr&#232;ves dans les &#233;tablissements scolaires de Cavaillon, paru dans le 'Proven&#231;al'. Il n y a pas le texte fait la veille au lyc&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Arrive un cheminot, qui nous fait un petit topo sur ce qui se passe chez eux, ils se regroupent sur Avignon, ce qui pose un probl&#232;me pour les actions communes locales. Ils sont tr&#232;s d&#233;cid&#233;s et il est &#233;tonn&#233; que quand nous sommes en gr&#232;ve il y ait toujours des profs qui fassent cours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On tire le tract en 2000 exemplaires, c'est Corto et Ad&#232;le Blanc-sec qui font le boulot. Je r&#233;cup&#232;re un drapeau su&#233;dois, qui une fois la croix blanche arrach&#233;e, fait une magnifique banni&#232;re rouge pour la manif. Droopy, Navarro et Mireille r&#233;cup&#232;rent une grande aube d'ange, qui avait servi lors d'une pastorale jou&#233;e au coll&#232;ge. Cela fera une banderole &#224; accrocher sur le grillage. Nous allons &#224; l'atelier de Droopy pour clouer les manches et peindre les inscriptions, encore une fois Navarro, le roi du lettrage fait des merveilles. Il est 11h15, trop tard pour accrocher la banderole. Le plus important c'est l'atmosph&#232;re dans lequel tout cela se fait, la rigolade et la d&#233;couverte des gens. Ce n'est pas tant 'l'efficacit&#233;' de ce que nous faisons qui nous importe, le but principal c'est de faire quelque chose, non pour le plaisir vain de s'activer, mais comme cr&#233;ation d'autres rapports.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Retour salle des profs, Sponz est l&#224;, quand je lui dit que faire gr&#232;ve c'est avoir une activit&#233; de gr&#233;viste, m&#234;me si ce n'est que ce que nous avons fait ce matin, il me r&#233;p&#232;te que nous avons &#233;t&#233; tr&#232;s mal per&#231;us, je vais finir par croire que c'est vrai. Petite discussion avec Tintin et Jivago qui s'est joint aujourd' hui &#224; la gr&#232;ve. On parle de la gestion des caisses et du r&#244;le &#233;conomique et social du syst&#232;me fiscal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Lundi 11 d&#233;cembre &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A.G au coll&#232;ge, pas mal d'effervescence &#224; la suite des d&#233;clarations syndicales du week-end. Blondel a dit que le retrait n'&#233;tait plus un pr&#233;alable et Viannet se complait dans l'&#233;quivoque. J'apporte la grande banderole blanche que j'ai gard&#233;e &#224; la maison pendant le week-end, Ghislaine en a profit&#233; pour renforcer les coutures. Nous allons l'accrocher sur le grillage ext&#233;rieur, on se marre en se glissant derri&#232;re les cypr&#232;s. On discute pour faire un petit mot pour relancer les non-gr&#233;vistes pour la manif du lendemain, c'est la formule de Navarro qui est retenue : 'pour une fois faites vous plaisir'.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;part pour le march&#233; et la distribution, on se retrouve &#224; l'arc de triomphe, il y a des instits et des profs de tous les &#233;tablissements et des agents de service. La Castafiore, d&#233;l&#233;gu&#233;e F.O dans le primaire se fout de ce que Blondel a d&#233;clar&#233;, elle semble plut&#244;t ne pas avoir envie d'en parler. Je distribue avec Bourrel, Evariste et Terminator qui a la cr&#232;ve. On passe distribuer au personnel de la&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;mairie et du 'Proven&#231;al', l&#224; j'apprends que notre texte de vendredi n'a pas &#233;t&#233; publi&#233; parce que pas assez local. Ceux de Diderot &#233;taient d&#233;j&#224; all&#233;s rousp&#233;ter. En distribuant, on rencontre deux postiers de S.U.D qui nous disent qu'&#224; la plate-forme paquets, dans la zone industrielle, les gars font une A.G &#224; midi, ils nous proposent de venir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Retour au coll&#232;ge, petite discussion vive avec Ysengrin, un prof qui est contre que l'on aille les uns chez les autres, 'on n'a pas besoin que l'on vienne nous faire la morale', 'nous on est de Voltaire ! '. Je d&#233;fends ce qu'il y a de bien dans cette gr&#232;ve telle qu'elle se d&#233;roule quotidiennement : son non formalisme, pas de repliement corporatiste, ni dans sa boite ou son &#233;tablissement. De toute fa&#231;on, moi je n'ai jamais &#233;t&#233; 'de Voltaire', il n' y a rien &#224; moi ici, je suis l&#224; parce qu'il faut bouffer. Il grommelle ( Ad&#232;le commence &#224; rire), et embraye : '&#231;a vaut pas la peine de continuer, regarde les syndicats', 'l&#224; dessus bien d'accord mais un conflit c'est pas quelque chose de r&#233;gl&#233; comme une partition par les syndicats'. Navarro m'apprend qu'Ysengrin n'est pas gr&#233;viste, je l'avais cru.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Esm&#233;ralda, Ad&#232;le, sa fille et moi allons &#224; l'A.G de la plate-forme paquets. C'est un immense hangar, plant&#233; dans la zone industrielle au milieu des entrep&#244;ts, au bord de la Durance. Les gars sont tr&#232;s sympathiques, contents de voir de nouvelles t&#234;tes, le piquet de gr&#232;ve est bonhomme. L'A.G reconduit la gr&#232;ve sans discussions, cela va de soi, on vote quasiment sans y pr&#234;ter attention. Nous &#233;changeons nos tracts, ils trouvent le n&#244;tre mieux que le leur, nous c'est le contraire. Le type qui m&#232;ne l'A.G avance l'id&#233;e d'une action commune sur Cavaillon de tous les secteurs en gr&#232;ve. Je vais le voir &#224; la fin de leur r&#233;union pour parler de cette id&#233;e. Il me dit qu'il ne sait pas trop comment on pourrait combiner cela, lui m&#234;me n'est pas syndiqu&#233;, je lui dis que moi non plus, mais que ce n'est pas forc&#233;ment plus mal pour faire &#231;a, sourires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;17h, A.G &#224; l'&#233;cole Rimbaud. Peu de monde, moins que vendredi, m&#234;me en ce qui concerne les instits. Il n'y a comme profs que Raspoutine et moi, personne de Rousseau, ni de Diderot. La tenue de cette A.G pourtant d&#233;cid&#233;e Vendredi dernier avait &#233;t&#233; compl&#232;tement oubli&#233;e par ceux des coll&#232;ges, moi y compris, c'est Ghislaine Blanchard qui me l'a rappel&#233;e ce soir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; !D'abord il fut question de la distribution du matin, chacun fait un petit rapport. Moriarty est de retour, il commence &#224; parler des n&#233;gociations qui sont ouvertes et met en garde contre la fixation sur le mot d'ordre du retrait. Je le contre classiquement sur la n&#233;gociation comme rapport de forces, et sur le fait que m&#234;me dans son optique si on arrive &#224; une n&#233;gociation en ne demandant pas plus que ce que l'on nous propose, on obtiendra encore moins. De plus le retrait doit d'autant plus &#234;tre pos&#233; en pr&#233;alable que, comme il le disait lui m&#234;me, avec la possibilit&#233; de l&#233;gif&#233;rer par ordonnances, 'Jupp&#233; peut faire passer le plan pendant les n&#233;gociations, qui se r&#233;duiraient alors &#224; des n&#233;gociations sur les modalit&#233;s d'application'. La Castafiore de F.O abonde dans mon sens en pr&#233;sentant le dernier revirement de Blondel (maintenant il est &#224; nouveau pour le retrait), comme une preuve de responsabilit&#233; d'un dirigeant par rapport &#224; sa base, il n'aurait fait auparavant que donner son avis personnel. L&#224; j'explose : 'Quand on est le dirigeant national d'une conf&#233;d&#233;ration on ne donne pas son avis personnel sur la gr&#232;ve, c'est une preuve d'irresponsabilit&#233; ou pire.'&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Castafiore nous ressert le couplet sur la main mise de l'Etat, le hold-up ...la discussion tra&#238;nasse. Au bout d'un moment je raconte notre rencontre de midi avec les postiers, je relance l'id&#233;e &#233;mise par eux et que nous avions nous m&#234;me eue, de contacts et d'actions communes. 'Ce n'est que si on parvient &#224; agir, tous les secteurs en gr&#232;ve ensemble, en dehors des manifs, que le mouvement passera &#224; un autre niveau, sans qu'on puisse maintenant en d&#233;terminer les formes ou les objectifs. Il me semble &#233;vident que se lier activement pour l'objectif actuel du retrait, nous fera passer &#224; autre chose, c'est la seule fa&#231;on pour produire une communaut&#233; d'action avec le priv&#233;'. Tout le monde est d'accord.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autres prennent la parole pour dire que cela doit passer par des contacts informels, il ne s'agit pas de mandater des gens, comme le sugg&#233;rait Lupin, l'instit qui dirige l'A.G. J'approuve compl&#232;tement, le premier pas dans cette direction est &#224; faire demain pendant la manif. Il faut 'prendre langue' avec les autres gr&#233;vistes que l'on rep&#232;rera venant de Cavaillon. A ce propos, la tentative des profs du lyc&#233;e de liaisons pour la distribution du matin n'a eu aucune suite, il faudrait tout de m&#234;me pouvoir demander des explications &#224; la d&#233;l&#233;gu&#233;e F.S.U, qui s'&#233;tait engag&#233;e vendredi &#224; contacter pas mal de monde, nous sommes peut &#234;tre un peu trop 'gentils' entre nous. J'irai &#224; la prochaine A.G de la&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;plate-forme, mercredi matin &#224; 8h. La Castafiore et une jeune et virulente instit d'un village voisin sont bien d'accord sur 'l'activit&#233; de gr&#233;vistes'. Lupin &#233;met quelques r&#233;serves : 'il ne s'agit pas de s'installer dans la gr&#232;ve', la jeune instit lui dit qu'il s'agit simplement de 'faire la gr&#232;ve' et non simplement de 'faire gr&#232;ve'. Prochaine A.G, mercredi 13 &#224; 17h, m&#234;me endroit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans l'ensemble, pour le moment, dans ce mouvement : grande ouverture entre les secteurs en gr&#232;ve, pas de corporatisme, portes ouvertes &#224; diverses possibilit&#233;s d'action, volont&#233; de compr&#233;hension, mouvement mol&#233;culaire de transformation des rapports entre les gens, les syndicats ne semblent pour l'instant que couvrir, mais ne font rien, bien au contraire pour que les secteurs se lient entre eux, la liaison demeure tr&#232;s formelle et tr&#232;s contr&#244;l&#233;e au niveau des d&#233;l&#233;gu&#233;s dans les Unions Locales. La liaison entre les A.G et les syndicats est tr&#232;s informelle apparemment, mais en fait tr&#232;s pr&#233;gnante. Il faut faire attention de ne pas surestimer la 'd&#233;mocratie de base', ne pas croire qu'elle est ipso-facto contradictoire au syndicalisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les syndicats se refont une l&#233;gitimit&#233; en collant au mouvement. Cependant nous ne parvenons pas &#224; prendre de r&#233;elles d&#233;cisions dans ces A.G. Le mouvement se perd dans dans sa d&#233;marche basiste, la d&#233;cision, elle, est toujours du ressort des syndicats : lieu, date, type de manifestation et m&#234;me les mots d'ordre. On a m&#234;me parfois l'impression qu'il y a deux mouvements parall&#232;les : celui des 'temps forts' ; celui des A.G, des discussions, des actions locales. A ce dernier niveau ce qui est le plus important ce n'est pas l'appartenance &#224; tel ou tel secteur en gr&#232;ve et la liaison avec ceux du m&#234;me secteur dans leur dispersion, ce n'est pas l'appartenance &#224; une cat&#233;gorie, mais de savoir o&#249; l'on peut faire 'quelque chose', la liaison locale c'est la possibilit&#233; de ma&#238;triser notre gr&#232;ve et de passer &#224; une g&#233;n&#233;ralisation du mouvement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mardi 12 D&#233;cembre &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Huit heures, A.G au coll&#232;ge. On se pr&#233;pare &#224; aller &#224; la manif. Je raconte l'A.G de la veille en insistant sur la n&#233;cessit&#233; de la liaison avec les autres secteurs en gr&#232;ve sur Cavaillon, il faut y penser pendant la manif. Le probl&#232;me se pose de la poursuite ou non de la gr&#232;ve jeudi 14, il faudra en d&#233;cider jeudi &#224; 8h. Je ne r&#233;agis pas sur le moment mais je pense qu'il faudrait en d&#233;cider tout de suite : si Jupp&#233; retire son plan, cela ne nous fera qu'un jour de gr&#232;ve suppl&#233;mentaire pour f&#234;ter cela ; s'il n'a pas retir&#233; son plan et bien c'est normal de continuer. La reconduction ou non de la gr&#232;ve sera donc d&#233;cid&#233;e jeudi matin, mais en cas de reprise pour ne pas faire perdre la journ&#233;e, Droopy, Watson et Navarro, proposent que cette heure de d&#233;lib&#233;ration soit d&#233;clar&#233;e : 'heure de concertation syndicale'. Ils vont voir le principal qui accepte, mais pr&#233;vient que les &#233;l&#232;ves seront dans la cour, pr&#234;ts &#224; la reprise des classes. Je soutiens &#224; Droopy que cela va faire une grosse pression sur le vote, et que de plus, placer la d&#233;lib&#233;ration en 'concertation syndicale', c'est ne pas engager les participants. Je trouve que c'est une tactique d&#233;mobilisatrice, c'est Watson qui n'est pas tr&#232;s optimiste qui a un peu pouss&#233; &#224; cette fa&#231;on de faire. Droopy me dit que, les &#233;l&#232;ves dans la cour ou non, &#231;a ne change rien, et que c'est l'administration qui les aura sur les bras. J'accompagne Terminator prendre une aspirine chez Lampion, le concierge.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est 9h nous partons pour la manif &#224; Avignon, je fais le trajet avec Alcazar et Raspoutine, on d&#233;conne tout le long. L&#224;-bas tr&#232;s grosse manif, entre 25 et 30 000 personnes, Droopy arrive avec la banni&#232;re rouge du coll&#232;ge, j'ai ma corne bas-alpine et la bombarde stambouliote, Navarro s'en empare. Je retrouve Sh&#233;h&#233;razade qui papillonne dans le d&#233;fil&#233;, Watson, qui est fin psychologue, me dit en rigolant : 'comme fouteuse de merde, elle doit &#234;tre bien celle-l&#224; !' En fin de manif je retrouve le cheminot qui &#233;tait venu samedi au coll&#232;ge, je lui parle de la n&#233;cessit&#233; de se rencontrer, il appelle le d&#233;l&#233;gu&#233; C.G.T, je lui r&#233;p&#232;te le projet, il r&#233;fl&#233;chit un instant puis d&#233;signe trois gars pour venir avec lui demain &#224; l'A.G &#224; Arthur Rimbaud. Pas moyen d'apercevoir quelqu'un de la plate-forme, j'irai donc demain &#224; 8h. Avant de quitter la place, je pr&#233;viens Watson et Starsky de la venue demain des cheminots.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous allons manger des moules et des frites dans un resto belge avec Alcazar, Raspoutine, sa femme et une autre instit. En sortant vers 3h nous croisons Watson qui va &#224; la r&#233;union d&#233;partementale de la F.S.U. Comme il ne peut &#234;tre demain &#224; l'A.G de 17h, je dois lui t&#233;l&#233;phoner ce soir pour&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;transmettre ce qui se sera dit. Il semble assez amus&#233;, quand je lui signale qu'il aurait pu trouver un 'porte-parole' syndicalement plus fiable que moi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A 19h, c'est Watson qui m'appelle pour me raconter la r&#233;union syndicale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Tour d'horizon des diff&#233;rents &#233;tablissements.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; L'essentiel du temps a &#233;t&#233; consacr&#233; &#224; la r&#233;daction d'un texte : la F.S.U appelle &#224; la reconduction de la gr&#232;ve, elle est solidaire de sa poursuite dans les autres secteurs, elle appelle avec la C.G.T &#224; une nouvelle manifestation samedi 16. Mais elle laisse la possibilit&#233; de reprendre par &#233;tablissement, selon les situations locales et l'&#233;volution du rapport national, donc possibilit&#233; de reprise du travail puis de red&#233;marrage de la gr&#232;ve.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; La F.S.U va &#234;tre re&#231;ue par Jupp&#233;, c'est pour Watson, un point positif, elle est reconnue comme les conf&#233;d&#233;rations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout cela est un peu ambigu&#235;. Cette fa&#231;on d'envisager de l&#226;cher avec bonne conscience en se disant qu'on pourra reprendre, et que l'on demeure solidaire est dangereuse derri&#232;re son apparent r&#233;alisme. La F.E.N de son c&#244;t&#233; appelle &#224; la reprise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne comprend rien aux syndicats et au syndicalisme en g&#233;n&#233;ral, si on se contente de les consid&#233;rer comme manipulant de l'ext&#233;rieur l'activit&#233; de la classe ouvri&#232;re ou comme une courroie de transmission de l'Etat &#224; l'int&#233;rieur de la classe. Il faut une bonne fois pour toutes reconna&#238;tre que la classe ouvri&#232;re ou le prol&#233;tariat (ici , la diff&#233;rence, si elle existe, importe peu) est une classe du mode de production capitaliste, qu'elle est dans un rapport conflictuel d'implication r&#233;ciproque avec le capital (m&#234;me si elle peut &#234;tre &#224; m&#234;me de d&#233;passer ce rapport). Ce rapport, l'exploitation, est la dynamique m&#234;me de la reproduction du mode de production, de l'accumulation du capital. Dans cette contradiction qu'est l'exploitation, le prol&#233;tariat produit le capital et se reproduit lui-m&#234;me dans son rapport &#224; lui. Les int&#233;r&#234;ts respectifs sont simultan&#233;ment irr&#233;conciliables et le fondement m&#234;me de la reproduction respective des termes. Dans ce proc&#232;s les termes ne sont cependant pas dans une situation de r&#233;flexivit&#233; &#233;galitaire, c'est toujours le capital qui dans l'exploitation subsume sous lui le travail et &#224; l'issue de chaque cycle apparait comme concentrant toutes les conditions de la reproduction du rapport, c'est en cela qu'il se pr&#233;suppose lui-m&#234;me dans sa relation avec le prol&#233;tariat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le syndicalisme exprime ce proc&#232;s, il exprime l'activit&#233; de la classe en ce qu'elle implique conflictuellement le capital et pr&#233;suppose son rapport &#224; lui. Mais, et c'est fondamental, c'est dans le capital que la reproduction de ce rapport trouve constamment les conditions de son renouvellement. C'est en cela que, fonction de l'implication r&#233;ciproque, le syndicalisme se trouve n&#233;cessairement amen&#233; &#224; envisager le renouvellement de ce rapport sur la base des n&#233;cessit&#233;s du capital, il n'a pas le choix. A ce niveau, et de ce point de vue, le conflit ne peut porter que sur le profit (forme transform&#233;e de la plus-value) et sa r&#233;partition, comme si tous les &#233;l&#233;ments du proc&#232;s de production concourraient &#233;galement &#224; sa constitution, et non exclusivement le travail en tant que producteur de valeur dont la plus-value. Le conflit ne peut d&#233;passer le carcan de la logique &#233;conomique capitaliste, et les syndicats sont les garants qu'il s'y maintient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De l&#224; d&#233;coule toutes les pratiques imm&#233;diates du syndicalisme : fonction de l'activit&#233; de la classe, dans son implication r&#233;ciproque avec le capital, le syndicat ne peut alors que travailler &#224; conforter et &#224; reproduire cette implication. Les syndicats jouent leur partition mais ne peuvent la jouer et la faire plus ou moins entendre dans les luttes que parce qu'ils sont l'expression fonctionnelle d'une situation r&#233;elle de la classe et ce jusqu'&#224;, et y compris, dans une situation r&#233;volutionnaire. Il faut comprendre autrement que par les subventions de l'Etat (bien r&#233;elles), et les mystifications (souvent efficaces), pourquoi l'action syndicale, toujours critiqu&#233;e, est cependant toujours pr&#233;sente dans son r&#244;le de remise en ordre de l'implication r&#233;ciproque entre les classes, et cela n&#233;cessairement au b&#233;n&#233;fice structurel de la reproduction du mode de production, m&#234;me si cela passe par une opposition imm&#233;diate &#224; la classe dominante, se concevant elle m&#234;me unilat&#233;ralement, comme p&#244;le particulier du rapport.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(Les quatre paragraphes suivants sont directement ou librement inspir&#233;s d'une brochure de 'R&#233;volution Internationale' parue en 1985 : 'Les syndicats contre la classe ouvri&#232;re', m&#234;me si le contexte th&#233;orique de l'analyse est diff&#233;rent. )&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pratique syndicale en ce qu'elle conforte comme &#233;ternelle l'exploitation est bien connue. Les ouvriers sont organis&#233;s par branches, secteurs, nations ; l'action syndicale se limite &#224; des activit&#233;s sans r&#233;elle port&#233;e, inefficaces, anesth&#233;siant la combativit&#233;, la diluant : journ&#233;e d'action parachut&#233;es, gr&#232;ves de quelques heures, p&#233;titions, actions symboliques ou spectaculaires mimant la radicalit&#233; (toujours bien contr&#244;l&#233;es). Lorsque la bourgeoisie, pour pr&#233;server ses marges de profit impose des sacrifices aux travailleurs, les syndicats commencent g&#233;n&#233;ralement par r&#233;pondre : 'Pas de sacrifices', mais ce n'est que pour rajouter imm&#233;diatement : 'A moins qu'il ne soient &#233;galitairement r&#233;partis parmi toute la population'. Concr&#232;tement cela aboutit &#224; de spectaculaires n&#233;gociations entre gouvernement et syndicats o&#249; la question n'est jamais 'sacrifices ou pas', mais &#233;videmment 'comment organiser l'imposition des sacrifices'. Au dernier acte de cette pi&#232;ce cent fois jou&#233;e, le r&#233;sultat est toujours le m&#234;me : de nouveaux sacrifices pour les travailleurs. Et les syndicats de crier victoire car...' cela aurait pu &#234;tre pire si nous n'avions pas &#233;t&#233; l&#224;'. C'est la pratique habituelle des syndicats de faire de la n&#233;gociation en soi l'objectif d'une lutte sans consid&#233;rer que l'efficacit&#233; d'une lutte d&#233;pend directement de sa capacit&#233; &#224; imposer un rapport de forces qui s'obtient essentiellement dans l'extension de la lutte, de plus la n&#233;gociation laisse souvent de c&#244;t&#233; les revendication r&#233;elles &#224; l'origine de la mobilisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le syndicalisme ne peut par nature d&#233;passer la logique du syst&#232;me &#233;conomique dominant. Lorsque les n&#233;cessit&#233;s de l'accumulation exige plus de sacrifices, les syndicats ont pour t&#226;che de les pr&#233;senter aux travailleurs au nom d'un soi-disant r&#233;alisme qui consiste en fait &#224; consid&#233;rer la crise &#233;conomique comme une sorte de 'cataclysme naturel' et le capitalisme comme une donn&#233;e &#233;ternelle de la nature. C'est au nom d'un tel r&#233;alisme que les syndicats fran&#231;ais ont sign&#233; d'abord avec un gouvernement de droite, puis avec un gouvernement de gauche au d&#233;but des ann&#233;es 80, la r&#233;duction syst&#233;matique des allocations de ch&#244;mage et du nombre d'ayant-droit, c'est avec les syndicats italiens que le gouvernement 'centre-gauche' organisa la destruction du m&#233;canisme de l'&#233;chelle mobile, puis du syst&#232;me de retraites. C'est avec la F.G.T.B. (socialiste belge), que le gouvernement appliqua l'amputation de 10% des allocations de ch&#244;mage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis la premi&#232;re guerre mondiale, parall&#232;lement au d&#233;veloppement du r&#244;le de l'Etat dans l'&#233;conomie, les lois r&#233;gissant les rapports entre capital et travail se sont multipli&#233;es, cr&#233;ant un cadre strict de 'l&#233;galit&#233;' au sein duquel la lutte prol&#233;tarienne est circonscrite, et r&#233;duite &#224; l'impuissance si elle y demeure. Dans ces conditions, toute organisation syndicale, ne peut se d&#233;gager de cette envahissante l&#233;galit&#233; 'protectrice', qui tend &#224; formaliser l'implication r&#233;ciproque jusqu'&#224; se confondre avec elle. Les syndicats imposent alors dans chaque lutte les n&#233;cessit&#233;s de la reproduction de cette implication, les lois de la reproduction du capital qui, souvent contre ses int&#233;r&#234;ts imm&#233;diats, sont pour la classe ouvri&#232;re la n&#233;cessit&#233; structurelle de sa reproduction. Le capital cr&#233;e au sein de l'Etat une s&#233;rie de t&#226;ches qui donnent corps &#224; la n&#233;cessit&#233; fonctionnelle des syndicats : gestion du march&#233; de la force de travail, r&#233;gularisation et d&#233;samor&#231;age des conflits, r&#244;le d'assistante sociale face aux torts individuels faits dans le cadre de la l&#233;galit&#233; &#224; tel ou tel travailleur en particulier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils sont la voix d'un facteur de production dont l'avis et la participation sont n&#233;cessaires &#224; la mise au point et &#224; la r&#233;alisation la plus efficace de la mise en oeuvre de ce travail qu'il repr&#233;sente. Dans cette mesure, ils peuvent obtenir des 'choses', aussit&#244;t pr&#233;sent&#233;es comme de grandes ou de petites victoires, ou de plus en plus souvent maintenant, plus modestement, comme d'in&#233;vitables compromis. Il est &#233;vident que dans le cadre de ce travail de lobbying, les syndicats sont irrempla&#231;ables, comme au niveau individuel, dans celui d'assistante sociale. Ils sont l&#224; utilis&#233;s par les salari&#233;s comme des prestataires de services, et face &#224; la d&#233;saffection des militants, ils trouvent la confirmation de leur fonction ouvri&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En tant que repr&#233;sentant officiel des travailleurs, les syndicats ont en charge le fonctionnement normal du travail (ce qui est leur raison d'&#234;tre proclam&#233;e), donc de l'exploitation. Dans ce cadre l&#224;, ils sont impliqu&#233;s dans un processus continuel de n&#233;gociations &#224; tous les niveaux, au cours desquelles, sans jamais sortir du 'r&#233;alisme', s'&#233;laborent et s'imposent &#224; chaque capital, les conditions de l'exploitation au niveau de la reproduction du capital social. Il peut se trouver que dans les conditions particuli&#232;res d'une petite entreprise, qui ne doit sa difficile survie dans le cadre de la concurrence, qu'&#224;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;des conditions sp&#233;cifiques de surexploitation par rapport aux conditions g&#233;n&#233;rales, ou par exemple dans des branches, comme la grande distribution, jouant sur les caract&#233;ristiques d'un march&#233; du travail particulier, l'activit&#233; syndicale rel&#232;ve d'une t&#233;nacit&#233; et d'un courage certains. Cela ne change rien &#224; la caract&#233;risation g&#233;n&#233;rale du syndicalisme et m&#234;me la confirme a contrario. En Allemagne par exemple, l'alliance de fait entre les syndicats et les grandes entreprises emp&#234;cha le 'dumping social' des petites entreprises, tout en laissant &#224; son sort la main d'oeuvre turque dont grandes ou petites entreprises pouvaient profiter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les conflits sur les salaires ou les conditions de travail, par lesquels s'&#233;tablit la valeur de la force de travail, sont des &#233;pisodes inh&#233;rents au salariat. La n&#233;cessit&#233; de disputer le prix et les conditions du travail avec l'employeur est intrins&#232;que &#224; la condition qui oblige le travailleur &#224; vendre sa force de travail comme marchandise. Non seulement le syndicalisme ne d&#233;passera jamais cette situation, mais encore dans celle-ci il exprime le fait que pour la classe ouvri&#232;re les conditions de sa reproduction se trouvent constamment concentr&#233;es face &#224; elle dans le capital et ses lois &#233;conomiques, dont le respect devient condition de sa propre existence et reproduction. C'est le syndicalisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant le syndicalisme n'&#233;puise pas la lutte entre les classes sur le salaire et le profit. Mais tant qu'elle demeure sur la base du salariat, elle reste dans une connexion n&#233;cessaire avec le syndicalisme et ce dernier est la forme que la classe elle-m&#234;me donne &#224; sa d&#233;faite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mercredi 13 D&#233;cembre &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sept heures quinze, j'apprends &#224; la radio que le S.N.E.S. (F.S.U) appelle &#224; suspendre la gr&#232;ve jeudi et &#224; reprendre vendredi. Cela n'est pas contradictoire avec ce que m'a dit Watson , hier soir, au t&#233;l&#233;phone, c' &#233;tait m&#234;me l'application la plus probable. Je pense que la poursuite du mouvement d&#233;pend maintenant de sa capacit&#233; &#224; bien saisir l'&#233;tendue de ce qu'il met en jeu (salaire et profit), s'il se rend compte de sa propre nature, il ne pourra demeurer sur ses revendications initiales. Demander le retrait du plan Jupp&#233; met en jeu bien plus que le plan Jupp&#233;. Nous en sommes au moment o&#249; le mouvement va ou non cr&#233;er sa propre dynamique , c'est &#224; dire ne plus &#234;tre seulement r&#233;actif. A ce niveau l&#224;, on est bien-s&#251;r oblig&#233; de toujours tenir compte des mobilisations sp&#233;cifiques dans chaque secteur et personnellement sur son lieu de travail, mais ce n'est pas essentiel. L'essentiel c'est le mouvement d'ensemble dans lequel nous nous inscrivons, et tant pis si ponctuellement on est en situation d&#233;licate. Si nous ne sommes pas dans l'action, parce que localement on est trop faible, le mouvement g&#233;n&#233;ral sera encore plus faible par notre absence, et par contre coup localement nous le serons encore plus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A 8h je suis &#224; la plate-forme paquets, l'A.G est &#224; midi, mais il y a l&#224; une douzaine de personnes. Je donne le rendez-vous du soir &#224; Rimbaud, ils viendront. On discute un peu : 'il y en a marre depuis 20 ans' ; 'il faut pousser les syndicats' ; 'parfois on ne sait pas trop pourquoi nous faisons gr&#232;ve mais on est bien ensemble' (&#233;clats de rire), 'il ne faut pas le dire ! ' .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A midi, je reviens &#224; la plate-forme, le moral n'est pas tr&#232;s &#233;lev&#233;. Un centre parall&#232;le a &#233;t&#233; ouvert dans un patelin voisin, dans les locaux d'une grosse entreprise locale d'autocars. Deux d&#233;l&#233;gu&#233;s (C.G.T et S.U.D), qui reviennent d'une entrevue avec la direction, rapportent qu'il n'ont rien obtenu sur leurs revendications locales (cantine, am&#233;nagement des horaires, r&#232;glement int&#233;rieur). La gr&#232;ve est reconduite. Je prends la parole pour parler de l'A.G &#224; 17h, j'insiste sur le fait qu'il s'agit de l'A.G des instits qui doivent reconduire la gr&#232;ve. Mais je poursuis en disant que si c'est normal que nous nous d&#233;terminions par secteur, il faut qu'au stade actuel du mouvement nous comprenions que nous faisons partie d'un mouvement d'ensemble, d'o&#249; la r&#233;union de ce soir. Un des gars qui &#233;tait pr&#233;sent ce matin quand je suis pass&#233;, me dit que dans la matin&#233;e, il est all&#233; faire un tour &#224; E.D.F, aux imp&#244;ts et &#224; la D.D.E, il y aura des gars de ces secteurs ce soir &#224; l'A.G.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Arthur Rimbaud, 17h. Une centaine de personnes, alors que nous &#233;tions environ 130 vendredi soir et 250 jeudi dernier aux Peupliers. Je retrouve cinq cheminots que j'avais vus &#224; la manif dont le grand d&#233;l&#233;gu&#233; barbu de la C.G.T et celui qui &#233;tait venu au coll&#232;ge, il y a les gr&#233;vistes des autres secteurs &#233;galement. L'A.G d&#233;bute par leur prise de parole, chacun raconte comment &#231;a se passe chez&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;lui, tous continuent, sauf &#224; la distribution de la poste. Bien que majoritairement favorables &#224; la gr&#232;ve sur Cavaillon, ils ont repris car ils sont les seuls sur le d&#233;partement. Les cheminots et E.D.F sont tr&#232;s d&#233;termin&#233;s pour continuer. Du c&#244;t&#233; enseignant, l'assembl&#233;e est lasse, on sent que la tendance est la reprise, d'autant plus que la F.E.N a appel&#233; dans ce sens et favorise le vote par &#233;cole, c'est &#224; dire l'isolement, pour se prononcer. Lecture d'un fax de la direction de la F.E.N disant que l'on a obtenu satisfaction. Pour les cheminots, encore pr&#233;sents, il ne s'agit toujours que de promesses, facilement remises en cause quand le conflit sera termin&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout cela fait que la liaison au lieu de d&#233;boucher activement, ou tout au moins de l'envisager, se limite &#224; de l'information. Je suis un peu g&#234;n&#233; de les avoir fait venir pour cela, je pense qu'ils s'attendaient &#224; autre chose, ils semblent cependant satisfaits, je me fais peut-&#234;tre des illusions. Le texte du secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral de la F.S.U, quant &#224; lui, est pour le moins sibyllin, en ce qui concerne la poursuite du mouvement. On peut penser qu'ayant distanc&#233; la F.E.N, s'&#233;tant fait reconna&#238;tre comme interlocuteur au niveau minist&#233;riel, la F.S.U n'a plus aucun int&#233;r&#234;t &#224; la poursuite du mouvement, la f&#233;d&#233;ration a atteint le point d'&#233;quilibre entre la repr&#233;sentativit&#233; de la base et son statut de n&#233;gociateur responsable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On passe &#224; un tour d'horizon par &#233;cole,la tendance est &#224; la reprise d'autant plus que les gr&#233;vistes qui voudraient poursuivre, se trouvent isol&#233;s, parcellis&#233;s dans leur &#233;cole. Quelques &#233;coles tiennent bon, mais elles ne sont pas majoritaires. Le d&#233;bat s'engage sur ce mode de d&#233;cision de la reprise et sur la tactique de la gr&#232;ve par intermittence, la fameuse tactique des 'temps forts' que pas mal d&#233;fendent, y compris parmi ceux qui ont repris. Je m'&#233;l&#232;ve &#224; nouveau contre cette conception qui revient &#224; se d&#233;charger sur d'autres de la poursuite de la gr&#232;ve, sans laquelle les temps forts eux-m&#234;me n'existeraient pas. Je souligne &#233;galement que maintenant,au point o&#249; on en est, il faut bien-s&#251;r tenir compte de sa situation particuli&#232;re mais en r&#233;alisant que l'on est embarqu&#233; dans un mouvement qui ne se limite ni &#224; son &#233;tablissement, ni m&#234;me &#224; l'&#233;ducation nationale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Accrochage virant &#224; l'aigre avec Lupin, qui d&#233;fend la position de la F.E.N, c'est Marlowe qui me met la main sur l'&#233;paule pour me calmer en me soufflant que c'est de la provocation. Ghislaine Blanchard intervient &#233;galement contre la reprise par &#233;cole devant s'imposer &#224; tous dans l'&#233;tablissement : 'comme si quand on a d&#233;cid&#233; la gr&#232;ve notre d&#233;cision avait &#233;t&#233; consid&#233;r&#233;e comme devant s'appliquer &#224; tous'. Un gars propose des actions 'coups de poing', une tactique de 'gu&#233;rilla'. La Castafiore propose que l'on fasse un appel demandant aux conf&#233;d&#233;rations d'appeler &#224; la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale, Am&#233;d&#233;e intervient pour remplacer 'demander' par 'exiger'. Malgr&#233; l'insistance r&#233;p&#233;titive de La Castafiore, le projet tombe &#224; l'eau, il est applaudi, mais personne ne se soucie de lui donner une suite concr&#232;te, on sent bien que cela ne serait qu'un voeu pieux, ou interviendrait dans des manoeuvres internes &#224; F.O. L'assembl&#233;e est &#224; la fois lasse et, pr&#234;te &#224; applaudir aux phrases proclamatoires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Finalement l'A.G d&#233;cide que les gr&#233;vistes (quelle que soit la situation dans leur &#233;tablissement) de Cavaillon et des environs se retrouveront demain &#224; l'&#233;cole Lamartine qui est encore en gr&#232;ve &#224; 100%. C'est un peu d&#233;moralisant, on ne fera peut-&#234;tre que se tenir chaud. Ad&#232;le Blanc-sec est totalement abattue et ne comprend pas ce qui s'est pass&#233; en quelques jours (en fait depuis la veille). Marlowe lui explique que la lassitude existe, que chacun se retrouve face &#224; ses probl&#232;mes, que le mouvement n'est pas all&#233; plus loin et que donc il recule. Alors r&#233;apparaissent les petits soucis du boulot, on est repris par 'les &#233;preuves communes &#224; organiser', 'le sapin de No&#235;l de l'&#233;cole', 'le stage &#224; achever'. Enfin le train train quotidien du salariat reprend le dessus. Il ajoute quelques remarques 'd&#233;sobligeantes' sur les syndicats.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'A.G est termin&#233;e, on se retrouve dans le hall, l&#224; on s'aper&#231;oit que l'on n'a pas fix&#233; un nouveau rendez-vous g&#233;n&#233;ral : gr&#233;vistes et non-gr&#233;vistes, adeptes des temps forts, et ceux qui ont repris pour demain, plus ou moins de bon coeur, pour suivre la tendance de leur &#233;cole. Avec Starsky qui reprend, bien que personnellement il soit pour la poursuite de la gr&#232;ve (dans son &#233;cole ils avaient d&#233;s le d&#233;part d&#233;cid&#233; que la minorit&#233; suivrait, que ce soit pour se mettre en gr&#232;ve ou pour reprendre), nous convenons d'un contact &#224; &#233;tablir dans la journ&#233;e de demain, Droopy et Navarro pensent que c'est n&#233;cessaire. Raspoutine dit qu'il n'ira pas &#224; la manif pr&#233;vue pour samedi, il est d&#233;go&#251;t&#233;, Droopy lui r&#233;pond laconiquement qu'il ira 'parce qu'il ne pourra pas &#234;tre ailleurs'. On ne peut rien r&#233;pondre &#224; cela.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;12&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Br&#232;ve discussion avec Am&#233;d&#233;e qui me dit que les profs gr&#233;vistes du lyc&#233;e ne viendront pas demain &#224; Lamartine car ils ont d'autres projets dont la r&#233;flexion sur la s&#233;cu et la r&#233;daction d'un document approfondi l&#224;-dessus (salaire diff&#233;r&#233; etc...). J'insiste fortement sur le fait que dans un conflit en train, m&#234;me s'il est en voie de repli, l'activit&#233; de gr&#233;vistes prime sur l'&#233;tude surtout quand il s'agit d'une d&#233;marche que l'on peut supposer d'avance assez vaine vu le cadre technique dans lequel elle risque d'&#234;tre men&#233;e. Je lui rappelle qu'il y a des moments o&#249; un jour d'action vaut mieux que dix programmes, sa culture politique lui permet d'appr&#233;cier la 'perfidie' de l'allusion. Enfin, avec Marlowe, ils sont d'accord pour venir demain. Le soir Watson m'appelle pour que je lui raconte l'A.G, il n'a pas le moral et je lui demande de ne pas appara&#238;tre trop morose le lendemain matin, quand il s'agira de reconduire la gr&#232;ve.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Jeudi 14 D&#233;cembre &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Huit heures, A.G &#224; Voltaire. Malgr&#233; les craintes et le marasme de la veille, la gr&#232;ve est reconduite sans probl&#232;me jusqu'&#224; samedi matin inclus. Nous sommes toujours le m&#234;me nombre, une trentaine sur 70. Il y a eu une discussion avec Elis&#233;e , d&#233;l&#233;gu&#233; F.E.N au coll&#232;ge et qui, depuis le d&#233;but, ne fait pas gr&#232;ve. Il consid&#232;re que nous sommes ici des nantis, que nous d&#233;fendons des acquis, que nous sommes un &#238;lot pr&#233;serv&#233; dans un oc&#233;an de mis&#232;re. La r&#233;ponse vient d'Alcazar qui raconte ses ann&#233;es pass&#233;es en Guin&#233;e Equatoriale, et qui ne voit pas pourquoi cette situation l&#224; nous emp&#234;cherait nous de lutter contre les m&#234;mes qui produisent cette tiers-mondisation. Une autre prof, Juliette, qui a beaucoup travaill&#233; en banlieues, d&#233;clare qu'il n'y a pas besoin de se r&#233;f&#233;rer au tiers-monde pour lutter contre cette situation. Elle parle &#233;galement de la manif de mardi qui a r&#233;uni fonctionnaires et ch&#244;meurs. Droopy, maniant toujours la formule qui tue, dit qu'il n'a jamais vu un sacrifice que l'on nous demandait profiter &#224; plus pauvre que nous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La discussion continue sur les modalit&#233;s de reprise et de vote telles que les pratiquent les instits. Watson, malgr&#233; la lassitude et le pessimisme dont il m'avait fait part la veille au t&#233;l&#233;phone est entra&#238;nant et en apart&#233; il me demande ironiquement si &#231;a allait. Puis on blague. Dix heures, la r&#233;cr&#233;ation, depuis le d&#233;but de la gr&#232;ve les non-gr&#233;vistes ne font que de tr&#232;s brefs passages dans la salle des profs. Watson enjoint &#224; une prof qui commence &#224; dire que la gr&#232;ve ne sert &#224; rien d'arr&#234;ter de 'faire chier et de se casser'. Juste avant il venait de me dire que pendant la r&#233;cr&#233;ation il fallait parler calmement avec les non-gr&#233;vistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;part pour l'A.G &#224; Lamartine, une cinquantaine de personnes, Am&#233;d&#233;e est finalement venu. De Voltaire, nous sommes tous l&#224;, de Rousseau personne, ils ont repris pour la journ&#233;e. On apprend que Sponz s'est toujours montr&#233; aussi craintif, ce qui naturellement a refroidi tout le monde, surtout ceux qui ne demandaient qu'&#224; &#234;tre refroidis. En outre, alors qu'il fallait qu'ils se d&#233;terminent avant 8h, lui m&#234;me est arriv&#233; &#224; 8h.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le lyc&#233;e travaille &#224; la pr&#233;paration d'une conf&#233;rence de presse qui doit se tenir, demain &#224; dix heures, dans une salle pr&#234;t&#233;e par la mairie. Ils ont eu la confirmation de 'Radio France Vaucluse', du 'Proven&#231;al' (d&#233;mocratico, centro, socialiste) , de 'La Marseillaise' (communiste) et peut-&#234;tre de F.R.3. Ils voient cette conf&#233;rence comme la lecture d'un texte, puis r&#233;ponses &#224; des questions.Ils pr&#233;parent leur texte dans l'apr&#232;s midi au lyc&#233;e. Am&#233;d&#233;e me propose de venir, je n'aurai pas le temps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ghislaine Blanchard insiste sur les contacts avec la F.C.P.E, elle part sur le champ t&#233;l&#233;phoner &#224; la d&#233;l&#233;gu&#233;e de la f&#233;d&#233;ration, qui une demi heure apr&#232;s est l&#224;. On discute sur la tenue d'une r&#233;union publique le lendemain &#224; 18h 30, la d&#233;l&#233;gu&#233;e F.C.P.E (association de parents d'&#233;l&#232;ves) est d'accord. Lupin, devenant de plus en plus d&#233;termin&#233; dans le cours du mouvement, propose imm&#233;diatement l' &#233;cole dont il est directeur, qui dispose d'un grande salle de r&#233;union. Cependant, il y a eu un tract tr&#232;s agressif distribu&#233; ce matin devant les &#233;coles. Contre l'avis selon lequel il s'agirait du r&#233;sultat d'un d&#233;faut d'explications, je souligne que ces gens savent parfaitement ce qu'ils disent et font. J'insiste sur le fait qu'une telle r&#233;union demande une pr&#233;paration que nous sommes actuellement incapables de r&#233;aliser : organisation, contenu, service d'ordre. Il ne s'agit pas de 'faire les d&#233;mocrates &#233;th&#233;r&#233;s et de&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;croire que tout ce r&#232;gle &#224; coups d'explications'. Si je dis cela ce n'est pas pour emp&#234;cherla r&#233;union de se tenir, mais pour que l'on sache ce qu'il faut faire pour que &#231;a marche. Le projet tombe &#224; l'eau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;l&#233;gu&#233;e F.C.P.E souhaite que nous fassions une lettre aux parents d'&#233;l&#232;ves. L'id&#233;e est adopt&#233;e d'autant plus volontiers que nous avions ressenti le besoin de faire le point sur notre poursuite de la gr&#232;ve. Il est midi, nous restons huit ou dix pour la r&#233;daction de la lettre aux parents. Le texte r&#233;dig&#233; est bon, tr&#232;s clair, j'insiste pour qu'apparaisse le pourquoi de la crise actuelle de la s&#233;cu, et l'opposition entre salari&#233;s d'un c&#244;t&#233; et Etat et patrons de l'autre. Il ne faut pas un texte fourre-tout, o&#249; nous remettrions les revendications cat&#233;gorielles habituelles. Il faut que le texte attaque &#224; la racine l'argumentation gouvernementale, c'est &#224; dire la pertinence de la notion m&#234;me de crise de la s&#233;cu, il ne faut pas se contenter de dire qu'il faudrait faire ceci ou cela, mieux rembourser ceci ou cela. L&#224; dessus, tout le monde peut &#234;tre d'accord, Jupp&#233; compris, et r&#233;pondre : 'oui mais ce n'est pas possible'. Il faut &#233;galement lier la situation de la s&#233;cu et la situation actuelle des salari&#233;s, ch&#244;mage bien-s&#251;r, mais aussi les exon&#233;rations de charges qui d&#233;veloppent la pr&#233;carit&#233;. Jivago trouve ma syntaxe souvent fautive et la corrige. Ghislaine frappe le texte et le met en page.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je rentre manger &#224; la maison avec les deux petits et Ad&#232;le Blanc-sec. Ghislaine arrive une heure apr&#232;s avec un exemplaire du texte, c'est impeccable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ad&#232;le et moi, nous repartons au coll&#232;ge vers deux heures et demi. Raspoutine, qui avait eu un exemplaire, en avait d&#233;j&#224; tir&#233; 350, nous en retirons 500. A 15h30, premi&#232;re distribution &#224; la sortie aux &#233;l&#232;ves et aux parents (m&#234;me chose dans tous les &#233;tablissements), &#231;a marche tr&#232;s bien. Retour dans la salle des profs on blague, on rigole, on discute d'internet et de l'article sur les r&#233;seaux dans le 'Monde Diplomatique' de d&#233;cembre. Jivago fait toujours ses petites fiches sur les arts, lettres et spectacles, Daisy se moque gentiment de ses manies, Bourrel tol&#232;re que nous fumions le temps de la gr&#232;ve, Navarro fait le pitre en parlant la main sur la bouche et nous devons deviner de qui il dit du mal, deux de nos consoeurs arrivent largement en t&#234;te du hit-parade. A 16h30, seconde distribution. Les chauffeurs de car demandent le texte, l'un d'eux me dit qu'ils avaient &#233;t&#233; sur le point de faire gr&#232;ve et puis qu'ils ne sont pas assez nombreux dans la boite, alors c'est dur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lampion m'apprend que le principal avait &#233;crit &#224; Terminator qu'il ne pouvait pas prendre un cong&#233; maladie &#224; la suite de la gr&#232;ve (le pauvre, il a r&#233;ellement la cr&#232;ve). Lampion lui a donn&#233; le n&#176; de t&#233;l&#233;phone de Watson et le mien, si jamais il y avait besoin de faire quelque chose. Navarro pense que 'le patron' cherche &#224; enfoncer des clous l&#224; o&#249; c'est le plus faible, chez les agents. Avant de rentrer, je fais un saut au lyc&#233;e, il est presque six heures, ils sont toujours en train de r&#233;diger leur texte pour la conf&#233;rence de presse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vendredi 15 D&#233;cembre &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sale temps froid, il pleuvote, huit heures, je vais faire un tour &#224; la plate-forme. Toujours environ 75% de gr&#233;vistes. Br&#232;ves discussions sur la reprise qui se profile. Je communique la lettre aux parents, r&#233;dig&#233;e la veille, ils trouvent &#231;a bien, ils vont la photocopier. Je parle d'une distribution sur la zone industrielle pour la manif de demain. Les cheminots ont distribu&#233; t&#244;t ce matin sur les carrefours qui m&#232;nent &#224; la zone. Je pense que cela ne vaut pas le contact direct, quand on se d&#233;place directement dans les boites.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les gars m'expliquent comment ils se sont d&#233;brouill&#233;s avec les pr&#233;caires qui travaillent sur le site. Le premier jour, ils les ont laiss&#233;s travailler pour qu'ils ne soient pas gr&#233;vistes, puis quand il n'y a plus rien eu &#224; trier, ils ont &#233;t&#233; plac&#233;s en ch&#244;mage technique, il y en a pas mal qui participent aux A.G. On s'accorde pour dire que ce qu'il y a de bien dans ce mouvement c'est quel'on n'a pas cr&#233;&#233; une division entre fonctionnaires et assimil&#233;s et les C.D.D sur les sites, ce qui a emp&#234;ch&#233; que le discours sur les nantis prenne de l'ampleur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai du mal &#224; me r&#233;veiller, je m'arr&#234;te dans le centre ville prendre les journaux et un caf&#233;. Deux instits qui sont l&#224; &#233;galement, en attendant l'heure de la conf&#233;rence de presse, me disent qu'une prof du&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;coll&#232;ge qui &#233;tait en maladie a vers&#233; une semaine de salaire &#224; la caisse des cheminots (sa semaine de gr&#233;viste). La salle o&#249; doit se tenir la conf&#233;rence est proche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ambiance un peu sinistre, on met les chaises en place. Au fond une grande banderole : 'Lyc&#233;e de Cavaillon en gr&#232;ve, jusqu'au retrait du plan Jupp&#233;'. Quelque chose me g&#234;ne depuis le d&#233;but dans les activit&#233;s des profs du lyc&#233;e, ils m&#232;nent leurs affaires un peu &#224; part, se pr&#233;sentant toujours comme r&#233;alisant un travail 'approfondi'. Les autres enseignants (primaire, coll&#232;ge) ne sont pr&#233;venus que pour assister &#224; leur prestation : le texte pour les journaux auquel je n'ai particip&#233; que par hasard et dont la r&#233;daction n'avait pas &#233;t&#233; annonc&#233;e ce jour l&#224; durant l'A.G du matin, maintenant cette conf&#233;rence de presse, tout &#224; fait diff&#233;rente dans son esprit de la r&#233;union publique que nous avions envisag&#233;e la veille. Je fais part de cette impression &#224; Am&#233;d&#233;e qui ne la trouve pas fond&#233;e. Il a peut-&#234;tre raison mais, ' bad vibrations'.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'y a finalement que le journaliste du 'Proven&#231;al'. L'atmosph&#232;re est tr&#232;s froide, la d&#233;l&#233;gu&#233;e F.S.U parle, assise &#224; une table face &#224; une quarantaine d'assistants. Je crois que l'exercice auquel ils ont voulu se livrer est compl&#232;tement formel, c'est une repr&#233;sentation et, &#231;a fait 'flop'. Le discours syndicaliste est tout ax&#233; sur le th&#232;me du bilan : 'qu'est ce qui s'est pass&#233; &#224; Diderot ?'. Sentiment tr&#232;s net d'encadrement syndical de fin de gr&#232;ve. Quasiment rien dans le texte qu'elle lit sur l'action contre le plan Jupp&#233;, en tant que remise en cause du partage salaire-profit, ce qui pourtant avait &#233;t&#233; largement abord&#233; au lyc&#233;e, rien en tant que mouvement g&#233;n&#233;ral des salari&#233;s. Elle lit une longue liste de revendications cat&#233;gorielles, dont certaines m&#234;mes ne concernent que le lyc&#233;e de Cavaillon. Elle annonce une d&#233;l&#233;gation de tous les &#233;tablissements du d&#233;partement &#224; l'inspection acad&#233;mique, d&#233;l&#233;gation qui y pr&#233;sentera cette apr&#232;s-midi les besoins sp&#233;cifiques de ces &#233;tablissements. En A.G, on n'a jamais entendu parler de cela. Elle annonce &#233;galement que pour les 37,5 annuit&#233;s c'est gagn&#233;, pas un mot sur le fait que jusqu'&#224; hier il &#233;tait question de revendiquer cela pour tous, et de bien d'autres choses qui n'ont pas &#233;t&#233; 'gagn&#233;es' et qu'il faudrait peut-&#234;tre signaler. Peut-&#234;tre qu'il faut s'adapter, mais alors il faut dire que l'on s'adapte, le jusqu'au -boutisme n'est pas forc&#233;ment la position la plus juste, mais alors il faut dire pourquoi. C'est s&#251;r, elle va enfin pouvoir aller faire les boutiques et surmonter la crise. Jivago, Daisy et Watson viennent d'arriver, je leur dis que je vais &#224; l'A.G &#224; l'&#233;cole des C&#232;dres, ils me raconteront la suite. Le journaliste, quant &#224; lui, est parti depuis un bon moment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A l'A.G, environ une cinquantaine de personnes, Rousseau s'est remis en gr&#232;ve, mais ils ne sont que douze. C'est La Castafiore qui pr&#233;side l'A.G, elle ressert sans arr&#234;t, m&#233;caniquement, son discours incantatoire sur la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale et le front unitaire des syndicats, qu'il faut obtenir en signant des p&#233;titions. Tout cela tombe &#224; plat, tout le monde est d'accord mais on s'en fout. Elle propose &#233;galement que se poursuivent les contacts entre secteurs apr&#232;s la gr&#232;ve. Alors que cela, dans la gr&#232;ve, n'a d&#233;bouch&#233; sur aucune activit&#233; et s'est &#224; peine &#233;bauch&#233;, on voit mal ce que peut en &#234;tre la poursuite. Il est &#233;vident que la poursuite des contacts apr&#232;s la gr&#232;ve, si tant est qu'elle soit possible, n'est qu'un voeu pieux. Ce qui nous 'relie' actuellement c'est notre activit&#233; dans la gr&#232;ve, ensuite nous ne serions qu'un syndicat croupion ou une amicale de joueurs de boules.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans une p&#233;riode de crise, de conflits, de manifestations, on voit l&#233;g&#232;rement se l&#233;zarder la d&#233;finition sociale de chacun, et tous les processus d&#233;finitoires socialement. Leur reproduction est momentan&#233;ment remise en cause. Ce qui &#233;tait intrins&#232;que, la d&#233;finition sociale de chacun, apparait de fa&#231;on brumeuse comme contingente, d'o&#249; d'autres relations qui peuvent bri&#232;vement se mettre en place. Cela est un processus objectif et non une transformation psychologique, ce n'est pas une affaire de prise de conscience pr&#233;alable. Cela passe par des rapports de forces, des affrontements &#224; l'int&#233;rieur m&#234;me du mouvement, une crise de la reproduction des rapports sociaux. Cela renvoyant &#224; chacun sa d&#233;finition sociale d'abord comme al&#233;atoire, et parfois plus profond&#233;ment comme contingente. Ce qui apparaissait comme in&#233;luctable dans l'autopr&#233;supposition des rapports sociaux, se d&#233;voile soudain comme contingent, non dans la r&#233;v&#233;lation d'un fond humain ant&#233;rieurement cach&#233; par la manipulation des individus et des choses, mais dans la production d'autres rapports sociaux qui s'effectue dans la lutte avec le p&#244;le antagoniste de la soci&#233;t&#233;, donc aussi forc&#233;ment sur la base de ce que l'on est comme classe dans cette soci&#233;t&#233;. Malheureusement, maintenant on est bien loin de tout cela, revenons &#224; l'A.G.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Navarro tente de replacer la discussion sur des questions plus imm&#233;diates. Il s'agit pour la suite de la gr&#232;ve de prendre une position commune, il ne croit pas aux promesses de non remise en cause&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;du calcul des retraites ce que, depuis hier soir, la F.S.U annonce pour justifier sans le dire de mettre un terme &#224; la gr&#232;ve. Il soul&#232;ve la question de lundi et mardi avant les vacances ; il y a risque si la gr&#232;ve se poursuit ces deux jours l&#224; que l'on nous sucre les vacances. A nouveau la discussion s'enlise sur la r&#233;alit&#233; de ce risque. La Castafiore en profite pour revenir sur l'unit&#233; syndicale et endort l'assembl&#233;e, en outre elle tue toute discussion en codifiant &#224; outrance la prise de parole. Pour Starsky, l'unit&#233; d&#233;passe largement un probl&#232;me de directions syndicales, il aurait fallu tout de suite faire une unit&#233; de liaison et, seulement &#224; partir de l&#224;, souligner le caract&#232;re syndicalement unitaire du mouvement : 'cette unit&#233; finalement elle d&#233;pend de nous, de ce qu'on fait'.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ghislaine Blanchard pense qu'il y a urgence &#224; se d&#233;terminer pour les deux jours avant les vacances, et que si le priv&#233; n'a que faiblement r&#233;agi, c'est peut &#234;tre qu'il y a deux ans, quand les quarante annuit&#233;s leur sont tomb&#233;es dessus, la fonction publique n'a pas boug&#233;. Enfin, Juliette, fait une tr&#232;s belle et pertinente intervention.On ne peut pas parler du mouvement au pass&#233;, sur le mode du bilan, ce n'est pas le moment et de toute fa&#231;on on ne pourrait pas le faire.Il faut que nous soyons concrets : 'Qu'est ce qu'on fait maintenant, il y a un tract &#224; r&#233;diger pour la manif de demain, il faut organiser sa distribution, il y a une manifestation demain.' Elle propose ensuite de nous revoir dans les &#233;tablissements et de faire une assembl&#233;e g&#233;n&#233;rale &#224; la rentr&#233;e. L'intervention secoue un peu la torpeur g&#233;n&#233;rale. La Castafiore reprend : 'il faut bouger les syndicats et conserver le caract&#232;re d&#233;mocratique de la s&#233;cu'. J'en ai marre, j'ai de plus en plus de mal &#224; la supporter, je sors me rouler une cigarette malgr&#233; la pluie. Raspoutine ne tient plus en place depuis un moment, il s'est fait plusieurs fois supprimer la parole parce que ce n'&#233;tait pas son tour, il s'en va.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On aboutit &#224; la d&#233;cision commune de reprise lundi et mardi et d'une A.G commune le mercredi 3 janvier &#224; 17h &#224; Arthur Rimbaud. Midi, il faut passer au coll&#232;ge tirer le tract pour la manif de demain. On fait &#231;a &#224; trois Ad&#232;le, Juliette et moi. On se donne tous rendez-vous devant Mammouth pour la distribution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il fait nuit, une petite pluie fine et froide, le goudron luisant p&#226;le, sous les hauts lampadaires. Il y a l&#224; Alcazar, Ad&#232;le Blanc-sec, Navarro, Droopy, Watson et moi. Nous voyons passer Musclor qui fait ses courses, un coll&#232;gue prof de gym qui ne fait pas gr&#232;ve, Navarro l'imite en entra&#238;neur de foot : 'montez les petits, montez les petits !'. Gu&#232;re possible de distribuer de la main &#224; la main, il pleut et on se ferait vite vider par les vigiles, coinc&#233;s sur les pare-brise, les tracts retourneraient vite &#224; l'&#233;tat de p&#226;te &#224; papier. Je propose la distribution en centre ville, puis d'aller boire un coup. Navarro sugg&#232;re que l'on pourrait commencer par boire un coup, sa proposition est adopt&#233;e. Droopy et Watson rentrent chez eux. Rien ne ressemble moins &#224; un d&#233;but de gr&#232;ve que sa fin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On se retrouve &#224; quatre au bistrot, discussions plus ou moins s&#233;rieuses et blaguette. Alcazar me demande pourquoi la proposition qu'il avait faite dans une A.G de saboter la notation n'a eu aucun &#233;cho, ni m&#234;me &#233;t&#233; discut&#233;e. Pour moi, c'est demander aux profs une sorte de suicide social, de d&#233;truire ce qui les d&#233;finit, il faudrait un tout autre mouvement pour en arriver l&#224;, et alors on n'en serait plus &#224; discuter du sabotage des notes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Samedi 16 D&#233;cembre &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce matin, je commence &#224; entendre &#224; la radio des messages de victoire de la C.G.T et de F.O en ce qui concerne les cheminots. J'ach&#232;te les journaux, 'l'Humanit&#233;' titre en gras sur la victoire des cheminots, le terme de victoire revient sans cesse dans les articles consacr&#233;s au mouvement. Un long texte rapporte le vote de reprise du travail &#224; la Gare de Lyon. Un communiqu&#233; de la C.G.T appelle &#224; poursuivre la mobilisation 'en modifiant les modalit&#233;s de l'action'.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A l'A.G au coll&#232;ge &#224; 8h, je manifeste mes doutes et mes inqui&#233;tudes sur la manifestation du matin. Je crains qu'elle se d&#233;roule sur le th&#232;me de : 'On a gagn&#233;'. J'insiste bien sur le fait qu'il ne s'agit pas pour moi de d&#233;fendre une position jusqu'au-boutiste mais d'avoir la conscience la plus lucide possible du moment. Droopy, Navarro et Watson sont d'accord pour dire qu'il n'y a pas de victoire dans la mesure o&#249; le mouvement &#233;tait fondamentalement mobilis&#233; sur le retrait du plan Jupp&#233;, ils doutent que la manif se d&#233;roule sur le th&#232;me de la victoire. Pour eux le mouvement continue, Watson parle de janvier, je n'y crois gu&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous votons, la quinzaine de pr&#233;sents, la suspension de la gr&#232;ve pour lundi et mardi, c'est &#224; dire que nous revotons ce qui avait &#233;t&#233; vot&#233; la veille. Les votes ne sont pas des moments de d&#233;cision mais d'accompagnement de l'action, la r&#233;p&#233;tition sous une autre forme de ce que l'on est en train de faire. On passe &#224; la r&#233;daction d'un texte expliquant cette suspension de la gr&#232;ve. On aboutit &#224; un texte tr&#232;s mou : on a obtenu quelque chose, les 37,5 annuit&#233;s, mais d'autres revendications ne sont pas satisfaites (en fait les autres revendications c'est la raison d'&#234;tre elle-m&#234;me du mouvement). C'est Daisy qui tient la plume, elle relit le texte, nous sommes tous insatisfaits de sa mollesse. Jivago entreprend cependant de le mettre au propre, je le fais avec lui. Nous modifions la formulation en insistant sur le fait qu'il ne s'agit dans cette histoire de retraite que de la conservation d'un acquis et que : 'dans un mouvement g&#233;n&#233;ral des salari&#233;s, la conservation d'un acquis particulier n'est pas une victoire'.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le texte,mis au propre, est photocopi&#233;. Avec Alcazar nous en faisons la distribution dans les casiers. Nous n'avons pas envisag&#233; une distribution plus large sur le mode de la lettre aux parents qui expliquait pourquoi nous &#233;tions en gr&#232;ve.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;part pour la manif, je fais la route avec Alcazar. Sans atteindre la participation de mardi dernier il y a beaucoup de monde. Droopy me fait remarquer que ni les banderoles, ni les cris, ne manifestent un sentiment de victoire, mais une poursuite de la lutte et toujours le retrait du plan Jupp&#233;. C'est exact, mais l'expression de cette revendication dans la situation de ce samedi matin sonne faux et de toute fa&#231;on ne me parait pas plus correspondre &#224; la situation que les proclamations de victoire. En voyant les banderoles de la C.G.T continuer &#224; r&#233;clamer le retrait du plan, alors que le syndicat appelle simultan&#233;ment &#224; 'modifier les modalit&#233;s de l'action', j'en arrive &#224; penser que pour la C.G.T et pour F.O, il faut mener le mouvement dans le mur, qu'il se d&#233;sagr&#232;ge de lui m&#234;me. A Droopy qui me demande : 'alors qu'est ce qu'il faudrait dire ?', je suis bien incapable de r&#233;pondre, mais comme il a une fiasque de whisky sur lui, &#231;a remonte le moral. La manif se d&#233;roule moins enthousiaste que mardi, mais c'est toujours agr&#233;able. Ghislaine Blanchard et sa fille me rejoignent dans le cort&#232;ge. Arriv&#233; sur la place du Palais des Papes, o&#249; habituellement les manifs se dispersent, je suis &#233;tonn&#233; de trouver que nous sommes plus serr&#233;s que mardi, alors qu'&#224; l'&#233;vidence nous &#233;tions moins nombreux. Je m'avance, le fond de la place est vide, l'acc&#232;s en est interdit par un cordon de la C.G.T.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les prises de parole des chefs syndicaux se succ&#232;dent. Une tonalit&#233; commune : retrait du plan Jupp&#233; ; la mobilisation continue. Magnifique exercice de rh&#233;torique dominicale. On ne pr&#233;cise pas sous quelle forme la mobilisation continue, il n'est pas question des nombreuses reprises qui ont eu lieu, ni de la diff&#233;rence essentielle entre l'exigence du retrait du plan et la pr&#233;servation obtenue de certains acquis. Le d&#233;l&#233;gu&#233; F.S.U d&#233;clare qu'il faut poursuivre la mobilisation, au m&#234;me moment o&#249; dans 'Le Proven&#231;al' de ce jour, le syndicat appelle &#224; la suspension de la gr&#232;ve, bien-s&#251;r il n'y a pas formellement de contradiction entre les deux, mais cela demanderait pour le moins certaines pr&#233;cisions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne pense pas qu'il faille envisager cette pratique syndicale dans une probl&#233;matique de manipulation. Les syndicats expriment la reproduction conflictuelle de la classe ouvri&#232;re, des salari&#233;s en g&#233;n&#233;ral, &#224; l'int&#233;rieur des rapports de production existants. Tactiquement cela se traduit pour eux par la n&#233;cessit&#233; de la repr&#233;sentativit&#233; et de la responsabilit&#233;. Quand ils encadrent une reprise du travail, ils expriment parfaitement que le salari&#233;, en tant que tel, doit obligatoirement retrouver, reproduire son rapport au patron et au capital en g&#233;n&#233;ral au travers de l'Etat. C'est pour lui une n&#233;cessit&#233; interne, la reproduction de son existence de salari&#233;. Cependant, par l&#224;-m&#234;me, le syndicat ne peut que conforter la n&#233;cessit&#233; de ce rapport, son caract&#232;re in&#233;luctable. Il lui faut en tant qu'organisation particuli&#232;re emp&#234;cher toute g&#233;n&#233;ralisation, d&#233;bordement, poursuite d'un mouvement d'o&#249; les revendications s'estompent. C'est &#224; dire, o&#249; sans s'en rendre tout de suite parfaitement compte, la perspective que la n&#233;gociation est la finalit&#233; n&#233;cessaire du conflit n'est plus si &#233;vidente. C'est &#224; dire finalement une perspective o&#249; objectivement, dans la dynamique du conflit, la situation de salari&#233; se produit &#224; partir d'elle m&#234;me comme contingente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avant de quitter la place, je rencontre le cheminot venu au coll&#232;ge, il me dit qu'ils ont reconduit la gr&#232;ve 'pour le retrait du plan Jupp&#233;', que &#231;a va continuer : 'Regarde, tout le monde appelle &#224; la poursuite du mouvement'. Je lui r&#233;ponds qu'il risque de tomber de haut. Je vois un type de la plate forme, chez eux ils poursuivent la gr&#232;ve mais en l'axant avant tout sur une s&#233;rie de revendications n&#233;gociables sur place.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je remets la banderole &#224; une prof qui rentre directement. Jivago me demande ce que je pense de la poursuite du mouvement et de la tonalit&#233; tr&#232;s activiste des d&#233;clarations syndicales. Je crains que ce ne soit que du discours de fin de manif et je ne vois pas pourquoi la C.G.T encouragerait maintenant la poursuite du mouvement. Ils tiennent F.O par les cheveux pour les emp&#234;cher de se noyer. F.O n'a rien pu faire sans eux pour ses propres objectifs sur la s&#233;cu. De l'autre cot&#233;, la C.F.D.T est momentan&#233;ment marginalis&#233;e, ayant voulu trop t&#244;t, comme la F.E.N, se placer en position d'interlocuteur du gouvernement. La C.G.T a brillamment redor&#233; sa repr&#233;sentativit&#233; et son aura de combativit&#233;, en m&#234;me temps qu'elle se pla&#231;ait comme le seul interlocuteur syndical valable et incontournable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ad&#232;le, Ghislaine, leur fille respective, une &#233;l&#232;ve du coll&#232;ge et moi, nous retournons manger chez le Belge, apr&#232;s avoir quitt&#233; Alcazar et Tintin. Le repas est tr&#232;s agr&#233;able, on tra&#238;ne un peu &#224; table, puis nous allons faire un tour dans les librairies. Retour &#224; Cavaillon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sept heures, actualit&#233;s r&#233;gionales : tr&#232;s grosses manifestations partout dans la r&#233;gion encore aujourd' hui, surtout &#224; Marseille qui s'affirme de manif en manif, comme le p&#244;le principal du mouvement. Cette polarisation des th&#232;mes du mouvement &#224; Marseille, r&#233;v&#232;le bien la nature profonde des contradictions en jeu : crise sociale g&#233;n&#233;rale qui se focalise dans le mouvement de la fonction publique. Marseille conjugue &#224; la fois une fonction publique proportionnellement tr&#232;s importante par rapport &#224; la masse d'emplois et tous les probl&#232;mes li&#233;s aux mutations du salariat, au recul industriel, au ch&#244;mage. La crise de la fonction publique focalise les transformations d&#233;j&#224; r&#233;alis&#233;es dans les rapports salariaux. Les manifestations marseillaises montrent bien que le mouvement de la fonction publique n'est pas un baroud d'honneur de la d&#233;fense du fordisme ou du keyn&#233;sianisme, il se situe sur les bases actuelles de la reproduction de la force de travail, dans la continuit&#233; actuelle entre formation , emploi, ch&#244;mage, pr&#233;carit&#233;, flexibilit&#233;. La conscience de cette continuit&#233; n'&#233;tait pas encore absolument nette &#224; Avignon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur A2, &#224; 20h, actualit&#233;s nationales : d&#233;claration de Viannet dans la manifestation parisienne de l'apr&#232;s-midi. Il appelle &#224; un nouveau 'temps fort', mardi 19, une nouvelle journ&#233;e de mobilisation. J'ai du mal &#224; comprendre le but poursuivi : d'une part appeler &#224; une nouvelle mobilisation ; d'autre part il est tr&#232;s net qu'&#224; la S.N.C.F et dans d'autres secteurs, la C.G.T appelle &#224; la reprise. Il s'agit pour Viannet de mobilisations pouvant prendre des formes diverses, comme si la C.G.T voulait g&#233;rer une effervescence bien contr&#244;l&#233;e durant les n&#233;gociations qui s'ouvrent le jeudi 21. Il faut &#233;puiser le mouvement, au moment o&#249; ses objectifs et sa nature se transforment, il devient un accompagnement syndical des n&#233;gociations. N&#233;gociations sur le th&#232;me de l'emploi, th&#232;me volontairement si vague qu'il ne peut que noyer le poisson. Nous sommes pass&#233;s du retrait du plan Jupp&#233; comme pr&#233;alable aux n&#233;gociations, &#224; la mobilisation se poursuivant durant les n&#233;gociations sur autre chose que ce plan. Il est possible que la force des manifs encore aujourd' hui fasse que l'enterrement projet&#233; ait &#233;t&#233; rat&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alain m'appelle au t&#233;l&#233;phone. Il &#233;tait &#224; la manif &#224; Marseille, quelque chose de 'monstrueux' selon ses termes. Il pense lui aussi que la journ&#233;e de mardi s'explique par le fait que l'enterrement a &#233;t&#233; manqu&#233; aujourd' hui. Il ajoute cependant que la C.G.T veut obtenir quelque chose sur le plan Jupp&#233; lui-m&#234;me, le retrait du R.D.S par exemple, quitte &#224; ce que l'ann&#233;e prochaine on ajoute 0,5% de C.S.G, car finalement tout ce qui a &#233;t&#233; obtenu c'est que les choses restent comme elles &#233;taient. Sur un autre niveau, pour lui, outre son &#233;norme victoire syndicale (la C.G.T aurait r&#233;alis&#233; en elle la fameuse unit&#233; syndicale), elle a marginalis&#233; le parti socialiste, qui est totalement liqu&#233;fi&#233; face au mouvement. Je lui r&#233;ponds que cela m'&#233;tonnerait que la C.G.T cherche quelque chose sur le plan Jupp&#233; lui-m&#234;me dans la mesure o&#249; celui ci s'inscrit dans un mouvement g&#233;n&#233;ral de restructuration du capitalisme non seulement en France mais mondialement, l&#224; dessus on peut faire perdre du temps, c'est tout. A moins que &#231;a p&#232;te tr&#232;s fort, mais alors l&#224; on change de type de conflit. Dans ce cas il ne s'agirait plus de reprocher au capital de 'sacrifier l'homme au profit de la finance, de privil&#233;gier l'argent', en fin de compte de lui reprocher d'&#234;tre le capital sans vouloir le remettre en question comme mode de production, comme achat-vente de la force de travail et consommation productive de celle ci, exploitation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En repensant ensuite &#224; cette conversation, il y a un autre fait qui me fait douter de la volont&#233; d'attaquer r&#233;ellement sur le plan Jupp&#233; lors des n&#233;gociations, c'est la pr&#233;sentation en tableau, dans 'l'Humanit&#233;' d'aujourd'hui, de ce qui a &#233;t&#233; obtenu et de ce qui ne l'a pas &#233;t&#233;. Le plan Jupp&#233; est saucissonn&#233; en une s&#233;rie de points, ces points mis au m&#234;me niveau que le contrat de plan S.N.C.F, les revendications &#233;tudiantes, les retraites de la fonction publique etc...Significativement dans le tableau, ni au positif, ni au n&#233;gatif, ne figure la question de la gestion des caisses (le 'hold-up' de Blondel), &#231;a en dit long sur la nature de l'alliance entre la C.G.T et F.O. Cette pr&#233;sentation aboutit &#224; faire appara&#238;tre 4 revendications satisfaites et 4 non-satisfaites ; bilan somme toute honorable. Pour qu'il y ait retrait, il faut la g&#233;n&#233;ralisation au priv&#233;, si le mouvement dure cela n'est pas &#224; exclure, mais alors dans la situation actuelle , il n'est pas jou&#233; d'avance qu'il demeure dans le cadre du syndicalisme, il y a si peu de 'grain &#224; moudre'.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Lundi 18 D&#233;cembre &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La reprise au coll&#232;ge &#224; 8h, c'est triste. Je vois Watson qui me dit qu'il n'y a rien de pr&#233;vu demain par la F.S.U, enfin, que lui n'est pas au courant. A la r&#233;cr&#233; je vois Navarro, je lui dis qu'il faudrait tirer notre texte de reprise et le distribuer comme nous avons fait avec le texte disant pourquoi nous faisions gr&#232;ve. Il est d'accord, il pense mettre une feuille pour r&#233;unir une A.G demain &#224; 12h30. Je croise Watson et le pr&#233;viens de ce que l'on pense faire ; Navarro doit taper le texte dans l'apr&#232;s-midi avec Droopy.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En d&#233;but d'apr&#232;s-midi, je fais un saut &#224; la plate-forme paquets. Ils n'ont pas tenu d'A.G pour la reconduction de la gr&#232;ve. Ils ont d&#233;cid&#233; une bonne fois pour toutes de faire gr&#232;ve jusqu'&#224; la satisfaction de leurs revendications locales, dont le paiement des jours de gr&#232;ve.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s midi, lecture de 'La Marseillaise', je n'ai trouv&#233; ni 'L'Humanit&#233;', ni 'Lib&#233;ration' ni 'Le Monde'. A la lecture de 'La Marseillaise', la tactique de la C.G.T apparait finalement assez simple : encadrer la fin du mouvement, ce qui n'est pas une simple extinction de celui-ci mais une modification, une mutation ; maintien d'une certaine pression du mouvement modifi&#233; dans le cadre de la n&#233;gociation ; crainte de l'apparition de coordinations en queue de mouvement, ce qui n'est pas impossible vu l'allure corporatiste que peut rev&#234;tir la d&#233;litescence du conflit. Les n&#233;gociations posent probl&#232;me quant &#224; leurs th&#232;mes, il ne s'agit en rien des sujets ayant port&#233; l'action. L'acceptation de cela comme allant de soi, signifie que pour les syndicats il faut terminer le conflit et que cela veut dire le m&#233;tamorphoser. Cependant les th&#232;mes de la n&#233;gociation ne sont pas l&#224; au hasard, les syndicats se placent en interlocuteurs sur la gestion globale de la reproduction de la force de travail, focalis&#233;e sur les th&#232;mes de l'emploi et du temps de travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La fin d'un conflit n'est pas simplement son essoufflement, sa d&#233;croissance, c'est une phase qui acquiert une dynamique propre, elle produit ses propres d&#233;terminations, on voit d'autres consid&#233;rations appara&#238;tre, d'autres acteurs, d'autres rapports de forces, d'autres modalit&#233;s de d&#233;cision. Ce n'est cependant pas une phase &#233;trang&#232;re &#224; la pr&#233;c&#233;dente. Quand le conflit, dans son d&#233;roulement, n'a pas mis lui m&#234;me &#224; jour ses v&#233;ritables causes, quand il n'a pas pu les faire &#233;merger pratiquement, c'est &#224; dire ici la restructuration du capital comme mode d'exploitation, et non seulement de redistribution (stade o&#249; est demeur&#233; le mouvement), il laisse le capital seul ma&#238;tre sur ce terrain, c'est cela qui se retourne contre lui dans la fin du conflit. Quand un conflit ne parvient pas jusqu'&#224; ses propres causes, il creuse sa propre tombe, plus profond&#233;ment que s'il &#233;tait battu en allant au bout de lui m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Blondel va aux n&#233;gociations d'un coeur joyeux, il semble que Jupp&#233; lui ait promis, dans la lettre d'invitation, une r&#233;vision des pouvoirs du parlement et de l'Etat dans la gestion des caisses, ce qui confirme le but particulier poursuivi par F.O &#224; l'int&#233;rieur du mouvement (cf La Castafiore qui, elle, suit un but particulier &#224; l'int&#233;rieur du but particulier : la tendance lambertiste dans F.O).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un article en page int&#233;rieure de 'La Marseillaise', on peut lire : 'Dans le mouvement est devenue de plus en plus claire l'id&#233;e qu'il s'agit de faire payer une classe sociale au profit d'une autre. C'est une mise en cause du capitalisme, m&#234;me si celui ci n'est jamais nomm&#233;'. Sur quoi se fonde cette affirmation d'un surprenant radicalisme, et qui est d'un certain point de vue exacte : a) le refus que 'tout soit bas&#233; sur l'argent' ; b) 'la volont&#233; de participer &#224; toutes les d&#233;cisions'. Quelles sont les perspectives de cette 'mise en cause' du capitalisme : a) 'd&#233;passer cette soci&#233;t&#233; terriblement in&#233;galitaire alors que l'argent coule &#224; flot' ; b) 'multiplier l'imp&#244;t sur la fortune par quatre' ; c) revoir 'l'engagement de la France dans la monnaie unique' (extraits des d&#233;clarations de Robert Hue sur France Inter dimanche 17 in 'La Marseillaise' du 18) ; d) 'engager une politique de croissance fond&#233;e sur l'emploi' ; e) 'dissuasion de la sp&#233;culation financi&#232;re' (&#233;ditorial de 'La Marseillaise' du 18 d&#233;c)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Finalement de quoi s'agit-il ? On prend le m&#234;me mode de production capitaliste et on en propose une autre gestion, &#233;liminant certains d&#233;veloppements consid&#233;r&#233;s comme n&#233;fastes, comme s'ils n'&#233;taient pas des d&#233;veloppements n&#233;cessaires de celui ci. Cela ne m&#233;riterait, depuis des dizaines d'ann&#233;es, m&#234;me plus une critique s'il ne s'agissait que d'une construction id&#233;ologique et non d' un &#233;tat actuel des contradictions de classes. Le mouvement actuel montre que la conscience et la pratique nettes d'une opposition de classes ne d&#233;bouchent pas ipso facto sur la critique et l'amorce de d&#233;passement du capitalisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La lutte de classes est en l'occurence d'abord un processus producteur et d&#233;finitoire d'identit&#233; &#224; l'int&#233;rieur du mode de production existant, pour autant que cette identit&#233; produite contre l'autre classe trouve dans celle ci, et dans la reproduction d'ensemble du syst&#232;me, une confirmation, d'o&#249; toute l'importance de la n&#233;gociation, dont l'exigence ne vient pas se plaquer sur le mouvement, mais en est un moment n&#233;cessaire ; on exige du capital qu'il reproduise cette identit&#233;, la confirme, c'est la n&#233;gociation. Le capital doit donner sens &#224; cette identit&#233; afin qu'elle se perp&#233;tue comme n&#233;cessaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au&#8211;del&#224;, dans l'approfondissement du conflit et de la crise, peut &#234;tre produite, contradictoirement au capital, la contingence des d&#233;finitions sociales qui sont toujours pr&#233;suppos&#233;es, donc pos&#233;es comme n&#233;cessaires dans la reproduction d' un mode de production. La dynamique dialectique du passage de la n&#233;cessit&#233; &#224; la contingence de la d&#233;finition sociale dans un mode de production, r&#233;side dans les rapports qui se nouent, de par la lutte et au cours de celle-ci, &#224; l'int&#233;rieur de la classe. C'est l&#224; que pratiquement s'effectue dans les conditions d'un approfondissement du conflit le passage des rapports entre individus moyens, c'est &#224; dire se reconnaissant entre eux comme uniform&#233;ment d&#233;finis comme membres d'une classe dans leur rapport &#224; la classe antagonique, aux rapports entre individus singuliers, uniques, produisant eux-m&#234;mes, dans leur r&#233;ciprocit&#233;,les bases de leurs activit&#233;s. Si la r&#233;alisation de ce processus dialectique est maintenant possible, c'est que la production de l'identit&#233; de classe (que l'on continue seulement par abus de langage et commodit&#233; &#224; appeler identit&#233;) ne se trouve r&#233;alis&#233;e que dans et contre le capital, et non en soi dans une nature de la classe face au capital. Les perspectives m&#234;mes, affich&#233;es par le P.C, montrent que l'existence de la classe ne d&#233;passe pas celle du capital, qu'elle ne porte plus dans ses conditions d'existence un au-del&#224;. Il ne s'agit plus que du capitalisme 'd&#233;barrass&#233; de ses mauvais c&#244;t&#233;s'.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mardi 19 D&#233;cembre &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pas d'A.G aujourd 'hui, mais Navarro et Droopy on fait le texte, c'est Raspoutine et Ad&#232;le Blanc sec qui en effectuent le tirage. Nous faisons une premi&#232;re distribution &#224; 15h30. Le texte est intitul&#233; 'Tr&#234;ve de No&#235;l', nous disons ce que nous avons 'obtenu' (retraites), mais que le plan Jupp&#233; n'est pas retir&#233;, d'o&#249; une possible reconduction de la gr&#232;ve &#224; la rentr&#233;e. Le tract est destin&#233; aux parents d'&#233;l&#232;ves. Seconde distribution &#224; 16h30 avec Alcazar, Navarro, Bourrel et Raspoutine. Le principal assiste &#224; la distribution, il ne dit rien et roumbine dans son coin &#224; propos des papiers par terre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le soir, lecture de 'l'Humanit&#233;' et du 'Monde'. La perspective d&#233;finie par le P.C et la C.G.T est celle de la mobilisation pour obtenir d'autres reculs et pour infl&#233;chir l'ordre du jour du sommet social qui s'ouvre jeudi 21. L'activit&#233; des syndicats est d&#233;finie comme celle de porte-paroles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un point th&#233;orique que soul&#232;ve l'analyse de ce mouvement est celui de l'id&#233;ologie du d&#233;passement de la soci&#233;t&#233; actuelle en une soci&#233;t&#233; o&#249; le salariat serait la force dominante. Il faut reposer la question de la capacit&#233; de la classe ouvri&#232;re de trouver dans sa situation imm&#233;diate, dans l'affirmation de celle ci, la capacit&#233; &#224; promouvoir une soci&#233;t&#233; du salariat dominant. De nos jours cette perspective se r&#233;duit au capitalisme d&#233;barrass&#233; de ses mauvais c&#244;t&#233;s, finies les dictatures du prol&#233;tariat, les soci&#233;t&#233;s de transition, la d&#233;g&#233;n&#233;rescence de l'Etat , tout cela est d&#233;finitivement r&#233;volu depuis l'apr&#232;s-guerre. Depuis, le rapport entre prol&#233;tariat et capital est tel que l'abolition du capital ne peut qu'&#234;tre simultan&#233;ment pour le prol&#233;tariat sa propre abolition.C'est le passage de la n&#233;cessit&#233; &#224; la contingence de la d&#233;finition des classes, c'est &#224; dire la production d'autres rapports entre les individus dans le cours m&#234;me de la lutte et en partant de ce que le prol&#233;tariat est / &#233;tait. Ce qu'il est / &#233;tait n'est plus alors consid&#233;r&#233; comme quelque chose &#224; affirmer ou &#224; reproduire, mais comme libre pr&#233;misse de l'histoire des individus. Quel est alors le statut et la signification de ce capitalisme d&#233;barrass&#233; de ses mauvais c&#244;t&#233;s ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;'Bien sur, seuls ceux qui pensent que les int&#233;r&#234;ts de l'argent sont toujours en contradiction avec ceux des salari&#233;s peuvent repr&#233;senter actuellement une alternative' (Michel Onfray 'L'Humanit&#233;' 19 d&#233;c 95). Il faut se poser la question de la coh&#233;rence de ce capitalisme &#224; visage humain. A partir de la lutte sur le partage entre salaires et profit, qui fut la constante dumouvement, le P.C formule comme proposition : 'Une modulation nouvelle de l'assiette des cotisations patronales : en comparant les salaires vers&#233;s &#224; la valeur ajout&#233;e globale de chaque entreprise, elle ferait payer moins ceux qui font relativement plus de salaire, c'est &#224; dire d'emplois, et plus ceux qui font l'inverse. Cela inciterait &#224; plus de croissance r&#233;elle, d'emplois et de salaires...' (d&#176;) Dans ces d&#233;clarations qui ne rel&#232;vent pas d'un placage id&#233;ologique sur le mouvement mais en expriment un grand pan de r&#233;alit&#233;, apparait la perspective d'une soci&#233;t&#233; fond&#233;e sur une affirmation du salariat comme p&#244;le dominant, comme principe organisateur, structurant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette perspective se fonde a) sur l'existence d'une classe ; b)sur cette classe non comme donn&#233;e sociologique, mais comme activit&#233; ; c) sur une organisation politique formalisant cette activit&#233; (la loi) ; d) sur un programme d'affirmation du salariat comme principe social dominant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette perspective est impossible, irr&#233;alisable dans la mesure o&#249; elle conserve salariat et capital en niant leurs lois internes de fonctionnement et de connexion : augmentation de la productivit&#233;, augmentation de la composition organique du capital, lois d'accumulation. La lutte sur le partage est une loi de la lutte de classe, m&#234;me une loi du salaire comme prix de la force de travail autour de sa valeur, mais elle n'est pas un principe social d'organisation de la soci&#233;t&#233;. Cependant, dire cela n'&#233;puise pas la signification de cette perspective dans le mouvement, car on ne ferait que la r&#233;duire &#224; une erreur th&#233;orique, ou &#224; une 'utopie', alors qu'elle colle en partie &#224; la r&#233;alit&#233; de ce conflit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut la critiquer en disant que nous n'avons pas de propositions &#224; faire dans le cadre de cette soci&#233;t&#233; en conservant ses d&#233;terminations (salaire, profit, capital...). Mais on ne r&#233;pond pas &#224; la question de la signification interne au mouvement de cette perspective. La pratique et la conscience sociale d'un mouvement part toujours de ce qu'il est, de ce qu'il est en tant que d&#233;fini dans une soci&#233;t&#233;, celle du capital, et c'est en tant que tel qu'il lutte. 'L'incoh&#233;rence' de la perspective tient &#224; ce que rien ne peut plus &#234;tre propos&#233; maintenant &#224; partir de ce qu'est la classe ouvri&#232;re dans le capital, contre le capital. Le fait que la perspective est tout de m&#234;me produite tient, dans son incoh&#233;rence, &#224; ce que le mouvement n'est pas parvenu pratiquement &#224; la mise au jour de ses causes. Il en est rest&#233; au stade du partage comme redistribution d'une richesse dont la nature m&#234;me comme capital n'a pas &#233;t&#233; contest&#233;e, la richesse produite est demeur&#233;e une id&#233;e neutre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Encore une remarque sur cette affirmation du salariat : le P.C ne peut rien en retirer organisationnellement, c'est une affirmation qui ne peut se formaliser dans une organisation, car elle n'est pas structur&#233;e sur une identit&#233; interne pr&#233;alable &#224; opposer au capital comme pouvait l'&#234;tre le travail jusqu'&#224; la seconde guerre. Ce n'est pas le travail qui structure ici, mais le salariat. Cela se voit dans le contenu de cette perspective qui n'est que l'illusion de concevoir comme coh&#233;rent en lui m&#234;me, ce qui n'est que le capital 'sans ses d&#233;fauts'.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Jeudi 21 D&#233;cembre &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Appel de la C.G.T &#224; une nouvelle manifestation aujourd'hui pour l'ouverture du sommet social.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lecture de 'L'Humanit&#233;' du mercredi 20. Les n&#233;gociations &#224; la S.N.C.F. qui s'effectuent en partie localement d&#233;notent la persistance d'une importante mobilisation, br&#232;ves A.G et red&#233;marrage des gr&#232;ves d&#233;s que les directions locales tentent de ne pas appliquer la suspension nationale du contrat de plan.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un point de vue publi&#233; en p 11, Jean Paul Doll&#233; &#233;crit : 'Cette autoproduction du groupe, chaque fois reconduite par la libre d&#233;cision de chacun, cr&#233;e une nouvelle forme de Commun : non pas une communaut&#233; donn&#233;e d'avance, celle d'une corporation, d'un m&#233;tier, pis, d'une nationalit&#233;, d'une religion ou d'une race &#233;rig&#233;e en absolu, qui exclut et rejette tout ce qui est &#233;tranger &#224; elle m&#234;me, mais une association o&#249; le libre d&#233;veloppement de chacun est la condition du libre d&#233;veloppement de tous.' C'est l&#224;, je pense, un point essentiel de la gr&#232;ve, la forme et le contenu du passage de l'action de classe contre le capital &#224; la communisation de la soci&#233;t&#233;, c'est l&#224; que g&#238;t la dialectique de l'action d'une classe qui en tant que classe abolit toutes les classes. Le communisme ne consiste pas en une suite de mesures &#224; prendre du genre nationalisations, planification, autogestion g&#233;n&#233;ralis&#233;e, partage du travail, abolition de l'&#233;cole ou de l'argent. C'est pour cela que c'est se fourvoyer et se retrouver avec un sac de noeuds que d'essayer de le d&#233;finir dans son fonctionnement, de chercher 'des recettes pour faire bouillir les marmites de l'avenir'. Il n'est rien d'autre que les relations que des individus singuliers d&#233;finissent entre eux. Singuliers, signifiant qu'ils ne produisent, ni sont pr&#233;suppos&#233;s, par l'existence d'une communaut&#233; ind&#233;pendante d'eux : Capital, Etat, Argent, Humanit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autre caract&#233;ristique du mouvement qui est dans une relation &#224; la fois n&#233;cessaire et conflictuelle avec le point pr&#233;c&#233;dent : la formalisation de la perspective d'une soci&#233;t&#233; des salari&#233;s. 'Dans la plupart des grandes branches professionnelles, observe Louis Viannet, on peut r&#233;duire le temps de travail sans r&#233;percussion sur les salaires et sans que cela ne d&#233;bouche sur des difficult&#233;s importantes pour les entreprises. La plupart du temps, ajoute-t-il, les co&#251;ts salariaux repr&#233;sentent nettement moins de 20% des co&#251;ts de production. Qu'on ne me dise pas qu'il n'y a pas de r&#233;serves !' Et toujours la perspective keyn&#233;sianiste : 'La hausse de la consommation par une revalorisation du pouvoir d'achat influerait positivement sur la croissance et sur la cr&#233;ation d'emplois n&#233;cessaires pour satisfaire des besoins nouveaux.' ('Humanit&#233;' 20 D&#233;c). Ce keyn&#233;sianisme ouvrier n'est pas seulement une erreur th&#233;orique &#224; propos du fonctionnement du capital et des crises, ou un positionnement comme interlocuteur &#224; l'int&#233;rieur du syst&#232;me. Il s'articule avec tout ce qui touche aux conceptions de la finance parasite, &#224; la fa&#231;on de comprendre la hausse de la composition organique du capital et le rapport entre salaire et productivit&#233;. Tous ces &#233;l&#233;ments font syst&#232;me pour d&#233;crire une soci&#233;t&#233; de salari&#233;s comme proc&#232;s de d&#233;g&#233;n&#233;rescence des lois du capitalisme qui serait fond&#233; sur ces lois elles m&#234;mes, on confond &#224; nouveau la lutte sur les salaires et les conditions de travail avec le principe d'une soci&#233;t&#233; diff&#233;rente, mais alors cette soci&#233;t&#233; 'diff&#233;rente' ne fonctionne que sur les lois de l'ancienne. En concevant la finance et les 'march&#233;s' comme parasites, on ne les consid&#232;re pas comme vecteurs de la p&#233;r&#233;quation du taux de profit &#224; l'&#233;chelle internationale. Une d&#233;pr&#233;ciation contre telle ou telle monnaie induit une d&#233;pr&#233;ciation du travail des travailleurs en question, puisqu'elle forcera &#224; travailler plus pour la m&#234;me valeur (en tant que temps de travail social moyen). Le capital d&#233;place de plus en plus sur les 'march&#233;s', de fa&#231;on globale, ce qui se d&#233;roulait dans les &#233;changes de marchandises individuelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien-s&#251;r il y eut au cours des gr&#232;ves le d&#233;ploiement de l'id&#233;ologie de la soci&#233;t&#233; des salari&#233;s, mais si elle est bien n&#233;e du mouvement, elle fonctionnait plus comme un alibi de respectabilit&#233; que comme une r&#233;elle perspective &#224; laquelle nous aurions pu croire ou que nous aurions voulu mettre en oeuvre. Le d&#233;ploiement politique aurait alors &#233;t&#233; plus important&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le parti socialiste fut inexistant, m&#234;me m&#233;diatiquement, le P.C tr&#232;s discret, revendiquant m&#234;me cette discr&#233;tion. Viannet d&#233;clare &#224; Robert Hue que sa 'pr&#233;sence dans les manifs n'&#233;tait pas indispensable', le m&#234;me demandant &#224; des manifestants qui criaient 'Jupp&#233; d&#233;mission', 'qui vous voulez mettre &#224; la place ?' se f&#233;licite, apr&#232;s sa question, de la disparition de ce cri. Seuls les tracts nationaux de F.O et de la C.G.T pr&#233;sentaient la recomposition de l'assiette des prestations comme une perspective de soci&#233;t&#233; dessinant de nouvelles relations entre productivit&#233;, emploi, profit et salaire. On trouvait quelque chose qui pouvait appara&#238;tre comme proche dans les tracts issus des A.G de d&#233;p&#244;ts, centres de tri, plate-formes, &#233;tablissements, divisions, des A.G de ville, l&#224; o&#249; elles ont exist&#233;, mais dans ces tracts il est remarquable que jamais ces revendications ne furent formul&#233;es comme perspective sociale, mais le furent comme moment de la mise en place d'un rapport de forces. Il ne s'agissait jamais de les faire entrer avec d'autres perspectives ou revendications dans un ensemble qui aurait pu faire syst&#232;me. L'id&#233;e dominante &#233;tait que toute r&#233;forme des pr&#233;l&#232;vements sociaux est le r&#233;sultat d'un rapport de forces dans le partage entre salaire et profit. La revendication d'une autre r&#233;partition des pr&#233;l&#232;vements n'ouvrait pas une nouvelle perspective de soci&#233;t&#233; des salari&#233;s, mais intervenait comme sanction d'un rapport de forces entre salariat et capital dans le mode de production capitaliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 8 Ao&#251;t 95, dans 'Le Monde', Henri Weber du secr&#233;tariat national du P.S, publiait au sujet de l'obsolescence des projets de r&#233;organisation sociale une analyse tr&#232;s pertinente. Il distingait trois &#233;volutions &#224; long terme qui ont provoqu&#233; cette obsolescence. La premi&#232;re est l'acc&#233;l&#233;ration de la mondialisation 'qui modifie les rapports de forces au d&#233;triment du salariat et des &#233;tats nations.' La deuxi&#232;me est 'la diff&#233;renciation du salariat en cat&#233;gories distinctes...garantis, pr&#233;caires, ch&#244;meurs, sous-prol&#233;taires marginalis&#233;s ou exclus, salari&#233;s des secteurs nouveaux profitant de la mondialisation et salari&#233;s des industries traditionnelles victimes de l'automation et de la lib&#233;ration des &#233;changes...Cette fragmentation r&#233;sulte largement d'une strat&#233;gie d&#233;lib&#233;r&#233;e du patronat &#8212; politique de sous-traitance, de d&#233;localisation, d'externalisation, d'immigration &#8212; visant &#224; contourner et &#224; remettre en question les acquis sociaux des ann&#233;es 60 et 70.' La troisi&#232;me concerne l'&#233;volution de la repr&#233;sentation politique et militante dans des d&#233;mocraties devenues 'm&#233;diatiques,...sondagi&#232;res,...sceptiques,... individualistes...hyper-marchandes'. Cons&#233;quence d'ensemble : 'L'&#233;quilibre des forces entre acteurs publics et acteurs priv&#233;s s'est rompu en faveur des seconds. Or, c'est cet &#233;quilibre qui permettait &#224; la puissance publique et au salariat de contrebalancer les forces du march&#233;...L'espace national n'est plus... l'espace pertinent d'une grande politique r&#233;formiste.'&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; sa pertinence descriptive sur bien des points, et sur celui qui nous int&#233;resse ici, l'obsolescence de projet social &#224; partir du salariat, le texte de Weber appelle quelques remarques marginales. Tout d'abord les services publics ne contrebalanc&#232;rent jamais les lois du march&#233;, ils les accompagn&#232;rent et permirent leur essor et y furent globalement toujours soumis, on ne reviendra pas sur les diff&#233;rents tarifs d'E.D.F, sur la localisation des centrales par rapport aux entreprises grosses consommatrices, sur la prise en charge par l'&#233;tat des infrastructures de la S.N.C.F, sur la politique de commande aux entreprises, sur le d&#233;veloppement de la pr&#233;carit&#233; &#224; l'int&#233;rieur du service public, sur la segmentation des fili&#232;res dans l'enseignement sous l'appellation 'd'individualisation des parcours' etc...Weber juge le rapport ant&#233;rieur entre 'service public' et 'march&#233;' &#224; l'aune de la situation actuelle. Ce qui &#233;tait une soumission totale aux lois du march&#233;, c'est &#224; dire &#224; l'accumulation capitaliste, dans la configuration dominante d'une accumulation nationale, est devenu, c'est exact, une entrave au d&#233;veloppement capitaliste g&#233;n&#233;ral, dont l'appellation 'march&#233;' n'est que la feuille de vigne social d&#233;mocrate. Le mod&#232;le du compromis fordiste, auquel Weber fait allusion, fut tout simplement l'ach&#232;vement de l'instauration de la domination r&#233;elle du capital sur le travail, c'est &#224; dire de son accumulation sur la base de la plus value relative. Ce ne fut pas un compromis, mais une contrainte pour le capital, devant int&#233;grer la reproduction de la force de travail, de passer par le cadre national o&#249; pouvait se faire cette int&#233;gration dans les conditions historiques de l'apr&#232;s premi&#232;re guerre mondiale. Le bouclage de l'accumulation sur une aire nationale n'a &#233;t&#233; qu'une contrainte transitoire impos&#233;e au capital par ses propres n&#233;cessit&#233;s d'instauration de la domination r&#233;elle du capital sur le travail, instauration &#224; laquelle le service public &#224; remarquablement particip&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin nous t&#226;cherons de ne pas faire preuve de mauvais esprit en rappelant comme le fait Alain Bihr dans le n&#176; de D&#233;c 95 du 'Monde Diplomatique', que ce sont 'leurs propres repr&#233;sentants (des 'milieux populaires'), qui reniant leurs engagements ant&#233;rieurs, auront pour l'essentiel conduit l'offensive n&#233;olib&#233;rale contre les milieux populaires. C'est &#224; la gauche que ces milieux ont d&#251; le doublement du ch&#244;mage sous les deux septennats de M Mitterrand ; la conduite muscl&#233;e des restructurations industrielles, la d&#233;r&#232;glementation accentu&#233;e du march&#233; du travail et la multiplication des formes d'emplois au rabais, la pr&#233;carisation grandissante d'une partie de la jeunesse populaire..., la d&#233;sindexation des salaires sur les prix, la r&#233;vision &#224; la baisse des prestations sociales, accompagn&#233;e d'une augmentation continue des cotisations'.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans 'L'Humanit&#233;', continuent &#224; &#234;tre d&#233;velopp&#233;s les th&#232;mes de 'l'&#233;conomie humaine', et des 'activit&#233;s utiles'. Simultan&#233;ment dans 'Le Monde', une galerie de portraits de syndicalistes en pointe dans le mouvement montre la r&#233;surgence d'une th&#233;matique qui avait eu son heure de gloire il y a une dizaine d'ann&#233;es : 'la strat&#233;gie socio-politique des syndicats'. La C.G.T avait &#233;t&#233; &#224; l'&#233;poque h&#233;sitante, c'est la C.G.I.L italienne qui avait &#233;t&#233; le grand gourou de cette th&#233;orie. On ressort cela, apr&#232;s dix ans de sommeil, sous une nouvelle forme. Ce n'est plus le 'producteur' qui est mis en avant dans la personne du travailleur (force de travail-marchandise), mais le 'citoyen'. C'est la personne-baudruche du citoyen qui donne la touche finale &#224; la soci&#233;t&#233; des salari&#233;s, au capitalisme d&#233;barrass&#233; de ses mauvais c&#244;t&#233;s. Jusque dans les ann&#233;es 60, le militant syndical qui s'occupait du 'secours populaire', d'organisations anti-fascistes, de d&#233;fense des prisonniers, du travail aupr&#232;s des immigr&#233;s, de 'comit&#233; de la paix', de solidarit&#233; avec le tiers-monde etc...n'effectuait cela que comme fonctions internes de sa d&#233;finition centrale de prol&#233;taire, comme individu moyen d&#233;fini par son appartenance de classe, et non comme individu abstrait appartenant &#224; la soci&#233;t&#233; comme communaut&#233; politique des citoyens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le citoyen est un individu abstrait appartenant &#224; une communaut&#233; ayant r&#233;sorb&#233; ses contradictions r&#233;elles. Il est &#233;vident qu'un conflit comme celui-ci offre un terrain de pr&#233;dilection au citoyen de par ses th&#232;mes (service public, s&#233;cu ; solidarit&#233; sociale...). Le citoyen d&#233;finit une communaut&#233; plus large que la classe, &#224; partir non des individus singuliers (ce qui ne serait pas possible), mais des individus isol&#233;s. Plus les individus dans leurs rapports sont isol&#233;s, plus la communaut&#233; qu'ils d&#233;finissent est large et abstraite, plus l'ectoplasme-citoyen a du champ devant lui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette introduction du citoyen dans la th&#233;matique du conflit r&#233;v&#232;le une de ses limites. Le conflit s'est d&#233;velopp&#233; sur la reproduction d'ensemble de la force de travail : retraites, s&#233;cu, partage g&#233;n&#233;ral entre salaire et profit, mais aussi, et &#231;a fait partie du point pr&#233;c&#233;dent, ch&#244;mage, pr&#233;carit&#233;, flexibilit&#233;. J'ai d&#233;j&#224; eu l'occasion de dire que dans le mouvement nous ne sommes pas all&#233;s jusqu'au bout de la raison d'&#234;tre du conflit : salaire-profit-exploitation. Nous en sommes rest&#233;s au niveau de la redistribution. C'est cette d&#233;marche inachev&#233;e qui nous revient dessus, vu la g&#233;n&#233;ralit&#233; m&#234;me du conflit, sous la figure du citoyen, c'est lui que l'on va voir assis autour de la table du sommet social, sous les ors de la R&#233;publique. C'est pourtant de fa&#231;on concr&#232;te et en tant que classe, que souvent fut abord&#233;e la question de l'ensemble de la reproduction de la force de travail, par exemple dans la fa&#231;on dont &#224; la plate-forme paquets fut envisag&#233;e la question des C.D.D, lors du d&#233;clenchement de la gr&#232;ve.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; une activit&#233;, &#224; l'A.G du centre de tri de la Gare de Lyon, le 29 novembre, qui n'est pas celle du citoyen : 'Plus le temps passe ; plus l'id&#233;e de la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale &#233;chauffe les esprits. Il faut faire vite, marquer un coup cette nuit, conqu&#233;rir d'autres centres. Et pourquoi pas 'Auster' (Austerlitz), de l'autre c&#244;t&#233; de la Seine ? Guid&#233;e par les cheminots, la troupe repart &#224; travers les voies ferr&#233;es, enjambe les barri&#232;res, zigzague entre les T.G.V, longe le minist&#232;re des finances, et passe le pont d&#233;sert aux cris de 'Auster avec nous'. Auster travaille et il n'est pas simple de rassembler le personnel. Apr&#232;s quelques t&#226;tonnements une troisi&#232;me A.G s'improvise. Le repr&#233;sentant du syndicat S.U.D plonge bravement 'La gr&#232;ve est en train de s'installer fermement dans le centre de tri postal. P.L.M est en gr&#232;ve reconductible &#224; partir de ce soir.' La C.G.T encha&#238;ne sur la s&#233;cu et la retraite, relay&#233;e par des cheminots de plus en plus hardis : 'On a conscience de la difficult&#233; de la lutte. Il faudra l'ensemble des travailleurs avec nous. Il faudra sortir, se balader avec des banderoles, et, pourquoi pas envahir le minist&#232;re des finances, en face.' ('Le Monde' 21 d&#233;c)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mercredi 27 D&#233;cembre &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question du syndicalisme n'est pas une question que 'la th&#233;orie' r&#232;gle une fois pour toutes, c'est une question qui appartient de fa&#231;on prot&#233;iforme &#224; la vie m&#234;me de la lutte de classe. Elle est constamment repos&#233;e dans le cours des luttes comme une question pratique, comme une d&#233;cision &#224; prendre chaque fois dans les conditions pr&#233;sentes. La d&#233;cision, l'intervention n'est pas un d&#233;calque de la th&#233;orie. Le d&#233;calage n'est m&#234;me pas celui que l'on pourrait introduire entre strat&#233;gie et tactique, il est plus profond et inscrit dans la th&#233;orie. Le passage de la situation actuelle &#224; la r&#233;volution et au communisme n'est actuellement qu'une production th&#233;orique. Dans cette dynamique dont le noeud est la crise de la reproduction du rapport entre prol&#233;tariat et capital, l'activit&#233; syndicale est une fonction n&#233;cessaire de l'activit&#233; de classe (classe du mode de production capitaliste), les syndicats n'interviennent pas ext&#233;rieurement &#224; cette existence et cette activit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le n&#176; 76 (Juin-D&#233;cembre 93) de la revue 'Echanges et Mouvement', &#224; propos de la gr&#232;ve d'oct-nov 93 des personnels d'Air France, un article intitul&#233;, 'Une gr&#232;ve sauvage bien ma&#238;tris&#233;e', tire les 'le&#231;ons' de cette lutte. Comme l'indique d&#233;j&#224; le titre, l'axe essentiel de ce bilan se situe dans l'interp&#233;n&#233;tration entre les caract&#233;ristiques spontan&#233;es, sauvages, de la gr&#232;ve et le contr&#244;le syndical de celle ci : 'Il y a une sorte de relation dialectique entre l'&#233;lan des gr&#233;vistes et les appareils comme en t&#233;moignent les d&#233;clarations contradictoires des gr&#233;vistes.' Le rapport entre les syndicats et le mouvement de lutte dans cette gr&#232;ve est extraordinairement proche de celui que l'on a vu &#224; l'oeuvre dans celui de d&#233;cembre 95. 'Le pouvoir maintenant, c'est nous dans les ateliers. La gr&#232;ve est partie sans les syndicats. Elle a &#233;t&#233; men&#233;e &#224; travers des assembl&#233;es de personnels. Un autre gr&#233;viste d&#233;clare : On ne veut pas &#234;tre r&#233;cup&#233;r&#233; par les politiques, c'est nous qui avons r&#233;cup&#233;r&#233; les syndicats. De toute fa&#231;on la base les tient. Les syndicats, faute de mieux peuvent prendre le relais. ,un autre compl&#233;tera cette d&#233;claration d&#233;j&#224; ambigu&#235; : D&#233;s le d&#233;but du mouvement,l'ensemble des syndicats a dit aux salari&#233;s : voil&#224;, c'est votre mouvement, c'est &#224; vous de d&#233;cider des formes qu'il prendra...Tous les sigles syndicaux &#233;taient &#233;ffac&#233;s, c'&#233;tait formidable. L'intervention des flics, l'isolement de la lutte et les manoeuvres concert&#233;es syndicats-gouvernement (concessions clam&#233;es comme une victoire, et organisation de journ&#233;es d'action) allaient peu &#224; peu ramener la gr&#232;ve sous le contr&#244;le des syndicats.'&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;'C'est votre mouvement, c'est &#224; vous de d&#233;cider des formes qu'il prendra', ce fut, en d&#233;c 95, le discours que chaque jour on pouvait lire dans 'L'Humanit&#233;', en m&#234;me temps que comme &#224; Air France en 93, &#233;tait lanc&#233; un mot d'ordre sur lequel on revenait en partie le lendemain, pour y revenir le surlendemain. On lan&#231;ait un ordre de gr&#232;ve, en laissant aux directions locales les modalit&#233;s d'application, on court-circuitait toute tentative de liaison ind&#233;pendante entre les secteurs en gr&#232;ve pour pouvoir r&#233;aliser des discussions et des compromis s&#233;par&#233;s, on lan&#231;ait des journ&#233;es d'action, la fameuse tactique des temps forts. Cette tactique d&#233;coupe le mouvement de luttes, brisant les activit&#233;s que r&#233;alisent sur place et entre eux les gr&#233;vistes, poussant &#224; abandonner cette activit&#233; au profit du temps fort, la manif, qui ne doit pourtant n' &#234;tre que la partie apparente de l'iceberg. 'Temps forts' d'autant plus &#233;loign&#233;s les uns des autres que le mouvement &#233;tait puissant (rien entre le 12 et le 16 d&#233;c), d'autant plus proches qu'il se calmait (trois manifs en quatre jours au d&#233;but de la semaine du sommet). Enfin on ouvrait la perspective de ce sommet sur des sujets choisis par le gouvernement, dans le cadre de sa propre probl&#233;matique. On aura je pense compris que je ne r&#233;clame pas le contr&#244;le absolu des syndicats sur les gr&#232;ves, ni leur contr&#244;le du tout, mais quand un syndicat d&#233;clare 'c'est votre mouvement', alors l&#224; je me m&#233;fie encore plus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si toutes ces descriptions et appr&#233;ciations des tactiques et manoeuvres syndicales sont justes, et rendent bien compte de la r&#233;alit&#233; d'une dynamique de lutte dans laquelle nous sommes engag&#233;s, et de la complexit&#233; des appr&#233;ciations, choix, et prises de positions que nous sommes amen&#233;s &#224; faire, tout cela ne r&#233;pond pas &#224; la question toute b&#234;te : 'pourquoi &#231;a marche ? ' ; pourquoi la gr&#232;ve 'sauvage' est bien 'ma&#238;tris&#233;e' ? ; pourquoi on attend La directive syndicale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;'Les syndicats loin d'&#234;tre des organes de m&#233;diation entre le capital et le salariat, sont des instruments d'encadrement &#233;tatiste des travailleurs, des rouages d'asservissement de la force de travail aux exigences productives de l'&#233;conomie nationale...les syndicats co-g&#232;rent la production capitaliste avec le patronat' (p54 du m&#234;me n&#176;). Si l'on se contente de dire cela, on s'interdit de comprendre cette 'relation dialectique entre l'&#233;lan des gr&#233;vistes et les appareils'. On ne fait que la d&#233;crire jusqu'&#224; la prochaine fois, o&#249; on la d&#233;crira &#224; nouveau ; la r&#233;p&#233;tition ayant valeur de loi. Cependant m&#234;me si la question n'est jamais formul&#233;e, il y a tout de m&#234;me des r&#233;ponses implicites : la lutte n'est pas all&#233;e assez loin, elle est rest&#233;e isol&#233;e, la r&#233;pression polici&#232;re, les manoeuvres syndicales, le capital ou l'Etat ont pu faire des concessions momentan&#233;es etc...Ces r&#233;ponses implicites ne sont pas fausses mais elles ne r&#233;pondent pas &#224; la question fondamentale. Le syndicat demeure le n&#233;gociateur plus ou moins reconnu par 'la base', le syndicat demeure l'organisation avec laquelle on est en rapport dans la gr&#232;ve m&#234;me si c'est conflictuellement. On va &#224; la manif du syndicat, le syndicat est un instrument que l'on est amen&#233; &#224; utiliser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que signifie : 'les syndicats sont des instruments d'encadrement &#233;tatiste des travailleurs' ? La formule est merveilleusement ambigu&#235;. Il s'agit d'un 'encadrement &#233;tatiste', mais le simple fait de rajouter 'des travailleurs' vaut explication pour le diff&#233;rencier par exemple de la police. Les travailleurs vont utiliser les syndicats, avoir toutes sortes de relations avec eux puisque c'est 'l'encadrement &#233;tatique des travailleurs', la tautologie vaut explication comme toute &#224; l'heure la r&#233;p&#233;tition faisait loi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les erreurs th&#233;oriques fondamentales reviennent toujours sauvagement dans la compr&#233;hension du cours imm&#233;diat des luttes. Que signifie : 'les syndicats loin d'&#234;tre des organes de m&#233;diation entre le capital et le salariat...' ? Soit cela signifie qu'il ne peut pas y en avoir : Capital d'un c&#244;t&#233;, Salariat de l'autre. Mais alors quid de l'implication r&#233;ciproque (exploitation) entre capital et salariat, un des truismes de toute analyse du mode de production capitaliste. Soit cela signifie qu'il pourrait y en avoir mais que de nos jours (depuis 70 ans), les syndicats sont totalement int&#233;gr&#233;s du c&#244;t&#233; du capital. Mais alors si 'l'encadrement capitaliste des travailleurs' est cet organe ext&#233;rieur (encadrement) quid &#224; nouveau de l'implication r&#233;ciproque, cela devient une force ext&#233;rieure d'encadrement. D&#233;s que l'on pose la question en termes de m&#233;diation que ce soit pour dire oui ou non, il y a une proposition fondamentale que l'on a 'oubli&#233;' : le prol&#233;tariat est une classe du mode de production capitaliste, et c'est ce qui fait que le syndicalisme fonctionne dans la classe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La formule relative &#224; la liaison dialectique est pertinente, mais il faut l&#233;g&#232;rement la modifier : 'relation dialectique' entre l'&#233;lan des gr&#233;vistes et le syndicalisme', on peut supprimer 'les appareils'. Il ne s'agit pas primordialement d'organisation ou de structure mais d'un mode d'activit&#233;. Il ne s'agit pas d'absoudre les syndicats, mais c'est leur donner, en tant qu'organisation sp&#233;cifique, un r&#244;le et un statut de sujet qui leur fait trop d'honneur. Que seraient les 'appareils' si le prol&#233;tariat n'&#233;tait pas une classe du mode de production capitaliste d&#233;finie dans une implication r&#233;ciproque avec le capital, si le syndicalisme n'&#233;tait pas, par l&#224;, une activit&#233; qui d&#233;borde les organisations syndicales (coordinations, ou simple activit&#233;s des gr&#233;vistes qui peuvent &#234;tre syndicalistes sans appareils ni syndicats), s'il n'&#233;tait pas une fonction de la lutte de classe. Combien de fois a-t-on vu dans le cours d'une lutte, dans une entreprise o&#249; il n'y avait pas de syndicats, les &#233;l&#233;ments les plus dynamiques dans le conflit fonder une section syndicale ; ce qui ne pr&#233;sume pas bien-s&#251;r du r&#244;le que celle ci peut ensuite jouer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La v&#233;ritable question qui se pose alors provient du fait que le syndicalisme, au sens large d'activit&#233; de la classe exprimant sa d&#233;finition conflictuelle comme classe du mode de production capitaliste (implication r&#233;ciproque), n'&#233;puise pas la dynamique de la lutte de classe comme proc&#232;s historique et plus imm&#233;diatement la dynamique des luttes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Jeudi 28 D&#233;cembre &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si le syndicalisme n'&#233;puise pas la totalit&#233; de la dynamique des luttes de classes, c'est que celles ci ne peuvent se ramener en totalit&#233; &#224; l'implication conflictuelle entre capital et salariat se r&#233;solvant dans la reproduction des rapports sociaux, c'est qu'elles ne sont pas que le principe de l'autopr&#233;supposition du capital.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La crise est ce moment de l'histoire du mode de production capitaliste o&#249; se noue l'irr&#233;conciliabilit&#233; absolue entre la logique de l'accumulation capitaliste et les revendications ouvri&#232;res que cette accumulation m&#234;me implique, en ce qu'elle les fait siennes en tant que mouvement n&#233;cessairement contradictoire de l'exploitation. La r&#233;volution ne proc&#232;de pas directement de la r&#233;sistance quotidienne, des luttes revendicatives, elle en est l'aboutissement non comme une transcroissance, mais comme d&#233;passement produit de cette irr&#233;conciliabilit&#233;. En tant que contenu cette irr&#233;conciliabilit&#233; se donne comme production de la contingence de l'appartenance de classe, alors produite au cours de la lutte comme contrainte ext&#233;rioris&#233;e dans le capital, et comme mise en &#233;vidence pratique, et mise en cause, du rapport structurel qui fait qu'il y a revendications, le rapport salarial. Au moment o&#249;, par la mise en &#233;vidence et par la mise en oeuvre de ce rapport, le prol&#233;tariat se connait collectivement comme classe (et non comme somme d'individus dans une situation identique), la crise dans laquelle se pose cette pratique est avant tout crise de l'implication r&#233;ciproque, de l'autopr&#233;supposition du capital. C'est un moment historique int&#233;grant ce qui est, l'histoire pass&#233;e, comme libre pr&#233;misse et non comme d&#233;termination n&#233;cessaire &#224; reproduire. La classe trouve alors, dans ce qu'elle est contre le capital, la capacit&#233; de communiser la soci&#233;t&#233;, au moment o&#249; simultan&#233;ment, elle traite sa propre nature de classe comme ext&#233;rioris&#233;e dans le capital.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le proc&#232;s de d&#233;passement de la lutte revendicative s'amorce dans la lutte revendicative elle m&#234;me, lorsque celle-ci, &#224; l'int&#233;rieur d'elle-m&#234;me, en ce qu'elle pose ses exigences sans tenir compte de la logique de reproduction du syst&#232;me, tend &#224; remettre en question les conditions m&#234;mes de l'existence de l'exploitation. C'est &#224; dire simplement lorsqu'elle devient dans son cours de lutte revendicative coh&#233;rente avec elle-m&#234;me. Ici le prol&#233;tariat ne se distingue pas, formellement, des autres classes r&#233;volutionnaires de l'histoire, il n'est amen&#233; &#224; agir pour la destruction du syst&#232;me dominant que parce que la d&#233;fense de ses int&#233;r&#234;ts imm&#233;diats l'y contraint objectivement. Il s'en distingue substantiellement, en ce qu'il ne peut faire de cette abolition une conqu&#234;te progressive, une mont&#233;e en puissance &#224; l'int&#233;rieur de l'ancien syst&#232;me (comme la bourgeoisie), en ce qu'il ne peut abolir la domination de la classe dominante sans s'abolir lui-m&#234;me comme classe et toute soci&#233;t&#233; de classes. Dans le cours historique du mode de production capitaliste, une telle situation est l'aboutissement d'un cycle de luttes o&#249; le rapport entre prol&#233;tariat et capital ne porte plus la confirmation d'une identit&#233; prol&#233;tarienne face au capital.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour repartir du mouvement de gr&#232;ve de nov-d&#233;c 95, j'utiliserai &#224; nouveau les remarques &#224; propos de la gr&#232;ve des personnels d'Air France. Celles-ci conviennent parfaitement au mouvement et certainement &#224; bien d'autres. 'Les luttes incessantes pour conserver les miettes toujours plus r&#233;duites des acquis du pass&#233; se pr&#233;cisent, les accords apparaissent toujours plus &#233;ph&#233;m&#232;res...c'est la constante remise en cause de tout un syst&#232;me social qui,&#224; l'inverse des ann&#233;es 60, ne peut promettre que de moins en moins pour de plus en plus de travail,...l'obtention de sursis ou d'am&#233;nagements ne r&#233;soudra rien puisque tout pourra &#234;tre remis en cause le lendemain,...non plus l'espoir de pouvoir r&#233;gler une fois pour toutes leur relation de travail avec leur employeur, mais l'expression d'une sorte de ras-le-bol dans une situation &#224; laquelle personne, ni les politiques, ni les syndicats ne peut apporter de rem&#232;des, d'o&#249; le sentiment diffus que c'est autre chose qui est n&#233;cessaire...Les travailleurs d'Air France n'ont sans doute pas beaucoup d'illusions sur l'issue imm&#233;diate de leur lutte...Cette col&#232;re peut s'expliquer par le profond sentiment d'injustice,...sentiment g&#233;n&#233;ral des travailleurs d'&#234;tre les victimes d'un syst&#232;me &#233;conomique qui les r&#233;duit &#224; une ins&#233;curit&#233; totale.'('Echanges...'d&#176; p14-15)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On trouve dans ces remarques les sentiments et la conscience dominants du mouvement de l'hiver 95. Bien-s&#251;r il y eut des banquets de fin de gr&#232;ve dans quelques d&#233;p&#244;ts S.N.C.F (il y eut aussi la tristesse de la gr&#232;ve qui s'ach&#232;ve), affichant la joie bien l&#233;gitime d'avoir fait reculer le patron, mais il n'y eut pas de clameur de victoire, seuls quelques syndicats 'autonomes' s'y risqu&#232;rent, m&#234;me la C.G.T et le P.C rest&#232;rent sur une prudente retenue. M&#234;me si le mouvement de gr&#232;ve ne repart pas massivement, tout le monde sent que la reculade n'est que provisoire, tout le monde le sent et le fait savoir : gr&#232;ves sporadiques sur les n&#233;gociations locales, continuation de la tenue d'A.G. Bien-s&#251;r le mouvement s'ach&#232;vera mais avec la nette conscience que toute reculade du patronat et de l'Etat est &#233;ph&#233;m&#232;re, qu'il n'y a pas d'acquis dans cette soci&#233;t&#233;, tout peut &#234;tre constamment remis en cause.La conscience de la pr&#233;carit&#233; de la situation de prol&#233;taire est devenue le coeur de la conscience de classe, ironie de l'histoire il a fallu que cela apparaisse dans une gr&#232;ve de la fonction publique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mouvement fut domin&#233; par l' expression d'un ras-le-bol,d'un sentiment de pr&#233;carit&#233;, la conscience du caract&#232;re &#233;minemment provisoire de toute reculade patronale et de l'absence de r&#233;organisation possible de cette soci&#233;t&#233; en faveur du salariat : la conscience que la revendication est constitutive d'un rapport de forces &#224; l'int&#233;rieur de cette soci&#233;t&#233; et non productrice d'une vari&#233;t&#233; salariale de cette soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne peut donc pas se contenter d'opposer 'l'&#233;lan des gr&#233;vistes' et 'l'encadrement &#233;tatique des travailleurs', puis vaguement les r&#233;unir sous le terme de liaison dialectique, sans que l'on ne sache rien du pourquoi de cette dialectique. On a vu ce qu'&#233;tait en fait 'l'encadrement &#233;tatique', c'est l'implication r&#233;ciproque conflictuelle entre travail et capital &#224; l'int&#233;rieur de l'autopr&#233;supposition du capital. 'L'&#233;lan des gr&#233;vistes' est il alors la rupture de cette implication. Les choses ne sont pas si simples, il faut faire maintenant un peu de th&#233;orie.(A Suivre)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vendredi 29 D&#233;cembre &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La dynamique de l'autopr&#233;supposition du capital c'est l'exploitation dans ses trois moments : achat-vente de la force de travail ; consommation du travail dans le proc&#232;s de production (la subsomption du travail sous le capital) ; transformation de la plus-value en capital additionnel. C'est ce troisi&#232;me moment qui nous int&#233;resse ici. La transformation de la plus-value en capital additionnel est n&#233;cessaire mais jamais acquise de par la baisse du taux de profit, si c'est par la voie de la concurrence que ce caract&#232;re jamais acquis frappe les capitaux particuliers, il n'en demeure pas moins un caract&#232;re du capital en g&#233;n&#233;ral : la concurrence n'est que la mise en oeuvre de la baisse du taux de profit. Cette remise en cause, ou cette inqui&#233;tude au coeur de la reproduction, n'intervient pas &#224; la fin de chaque cycle productif, elle est permanente au cours du proc&#232;s de valorisation et fonde, dans leur implication, l'autonomie et la pratique du prol&#233;tariat et du capital tout au long de ce proc&#232;s et de sa reproduction. Le caract&#232;re constamment probl&#233;matique de la transformation de la plus-value en capital additionnel passe par les transformations du proc&#232;s de travail, de la composition organique du capital, par les faillites, les licenciements, l'augmentation des cadences, la fixation du prix de la force de travail. Ainsi l'autopr&#233;supposition du capital n'est pas un processus automatique, manipulant ses protagonistes, mais l'action de ceux-ci en ce qu'ils se diff&#233;rencient, et s'impliquent dans leur diff&#233;renciation. C'est l&#224; que se situe th&#233;oriquement le jeu dialectique entre 'l'&#233;lan des gr&#233;vistes' et 'le syndicalisme'.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans tous les conflits que surd&#233;termine le caract&#232;re non-acquis de l'autopr&#233;supposition, le r&#233;sultat le plus important du caract&#232;re non-acquis du proc&#232;s d'autopr&#233;supposition est la distinction dans la reproduction du capital d'activit&#233;s de classes distinctes. C'est dans tous conflits ce qui saute aux yeux. On ne passe pas d'un existence en soi de la classe &#224; une existence pour soi, la transformation de la plus-value en capital additionnel a avant tout comme condition l'extraction d'une plus-value suffisante eu &#233;gard au capital accumul&#233;. Constamment de la simple r&#233;sistance dans le proc&#232;s de travail, &#224; la gr&#232;ve g&#233;n&#233;ralis&#233;e ou insurrectionnelle, ce sont deux activit&#233;s de classes qui s'affrontent, celle du prol&#233;tariat et celle du capital. C'est constamment que le prol&#233;tariat est en contradiction avec l'existence sociale de son travail comme valeur accumul&#233;e devant se valoriser dans la reproduction de l'&#233;change avec le travail vivant. C'est constamment, dans le proc&#232;s de la valorisation qu'il se constitue comme classe, c'est &#224; dire comme activit&#233; socialement distincte contre l'activit&#233; du capitaliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant &#224; intervalles r&#233;guliers la reproduction du mode de production capitaliste n&#233;cessite la remise en cause g&#233;n&#233;rale des conditions de la valorisation et de leur configuration. C'est le taux de profit moyen qu'il s'agit de restaurer autour duquel s'effectueront la concurrence, la recherche de surprofits, le d&#233;veloppement du capital de pr&#234;t et la fixation du taux d'int&#233;r&#234;t. Ce sont l&#224; des moments ou des p&#233;riodes o&#249; il y a polarisation des classes au niveau d'une aire de p&#233;r&#233;quation. Cette polarisation n'est pas un d&#233;calque de lois &#233;conomiques, un d&#233;calque de l'aire de p&#233;r&#233;quation, elle d&#233;finit, parfois m&#234;me dans une seule entreprise, le conflit o&#249; s'effectuera la d&#233;cision et en cela n'a pas besoin de recouvrir exactement, homoth&#233;tiquement, l'aire de p&#233;r&#233;quation, elle peut &#234;tre plus restreinte que cette aire ou plus large, ne pas en englober tous les secteurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le conflit d&#233;cisif est un lieu qui se d&#233;finit par son poids sp&#233;cifique historiquement, nationalement, organisationnellement. Ainsi s'il est exact de consid&#233;rer que la restructuration actuelle a entra&#238;n&#233; une atomisation accrue de la classe ouvri&#232;re et des conflits, ce n'est pas pour autant que la contradiction centrale et dynamique du mode de production capitaliste est quant &#224; elle atomis&#233;e. La disparition de perspective centrale de la lutte de classe, telle qu' elle se d&#233;veloppait dans la grande &#233;poque de 'l'ouvrier masse' du fordisme, a disparu car la reproduction actuelle du capital ne lui fournit, dans sa reproduction, aucune confirmation imm&#233;diate. Le d&#233;passement de cette conflictualit&#233; dispers&#233;e ne s'effectue pas dans une addition, un proc&#232;s cumulatif, mais dans une polarisation. Cette polarisation trouve sa cause d&#233;terminante dans l'unicit&#233; de la contradiction du mode de production qui, elle, demeure et, dans le fait que celle-ci bouleverse sans cesse ses conditions de reproduction. Ce qui apparait comme dispersion est anim&#233; en fait d'un mouvement unique, qui s'impose en tant que tel au cours du mouvement de remodelage constant de la dispersion, polarisant les conflits dispers&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La reproduction du mode de production capitaliste d&#233;finit, quant &#224; ses n&#233;cessit&#233;s de restructuration, le poids sp&#233;cifique de secteurs de production, de r&#233;gions, o&#249; s'effectuent la polarisation et la confrontation des classes, d&#233;finit le lieu de la d&#233;cision, c'est &#224; ce moment l&#224; que, sous la dispersion, l'unicit&#233; de la contradiction (la production de plus-value) ne se contente pas de demeurer quelque chose d'immanent aux &#233;l&#233;ments dispers&#233;s de la conflictualit&#233;, que l'on ne verrait jamais en tant que tel. Parfois m&#234;me, la n&#233;cessit&#233; de la d&#233;cision est dans l'air, et le hasard, l'occasion, d&#233;cident du lieu. Cela peut-&#234;tre le conflit des aiguilleurs du ciel aux Etats Unis en 81-82 ; des mineurs anglais en 84-85, de la longue suite des conflits de l'automobile en France de 81 &#224; 84, la F.I.A.T en 80, le secteur public et les pr&#233;l&#232;vements sociaux en France en 95. Mais dans tous les cas, le conflit, son d&#233;roulement et son issue ne rel&#232;vent pas d'une fatalit&#233; &#233;conomique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La compr&#233;hension des raisons g&#233;n&#233;rales, des causes imm&#233;diates, des conditions de tel ou tel d&#233;roulement, de telle ou telle issue, demeure une compr&#233;hension des actions et des choix, des orientations &#224; effectuer dans le conflit, et ne doit pas &#234;tre construite comme un d&#233;terminisme. Il n'y a pas de loi g&#233;n&#233;rale qui fasse que l'on passe d'un m&#233;contentement diffus, d'un ras-le-bol g&#233;n&#233;ral accumul&#233; pendant des ann&#233;es, &#224; la polarisation de cette situation en activit&#233; g&#233;n&#233;rale de la classe. Une multitude de faits intervient alors, comme un nouveau contrat de plan &#224; la S.N.C.F qui signifie fermeture de lignes, aggravation des conditions de travail, l&#224;-dessus une remise en cause g&#233;n&#233;rale des pr&#233;l&#232;vements sociaux, l&#224;-dessus des propos inqui&#233;tants pour les salaires, les conditions de travail &#224; E.D.F, &#224; La Poste, aux T&#233;l&#233;coms. Auparavant, la longue gr&#232;ve d'Alsthom en 94, &#224; Belfort, avait proclam&#233; la caducit&#233; de la p&#233;riode o&#249; l'on n'osait pas se battre sur les salaires. Il y eut les conflits r&#233;currents &#224; Air France et Air Inter, le souvenir des coordinations, le mouvement &#233;tudiant avec son simplisme revendicatif, des promesses &#233;lectorales que l'on ne fait m&#234;me pas semblant de tenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un mouvement parti de mille endroits, puis au cours d'une manifestation, on est plus nombreux que pr&#233;vu, on se dit 'tiens eux aussi manifestent !', 'ils sont en gr&#232;ve ?'. Dans un tr&#232;s beau passage de la 'R&#233;volution russe', Trotsky parle de ce manifestant qui, en f&#233;vrier 1917, face &#224; un rang de cosaques &#224; cheval, sabre au clair, s'avance, fait un clin d'oeil &#224; un cavalier et passe sous le cheval en souriant comme s'il faisait une blague, de ce premier cosaque qui ne r&#233;agit pas, puis du rang entier qui s'effiloche. Tout n'est pas possible tout le temps, c'est &#233;vident, mais la r&#233;volution ne d&#233;butera pas avec des gens proclamant : 'on fait la r&#233;volution communiste universelle'. Si la dynamique propre de l'activit&#233; de classe du prol&#233;tariat ne rel&#232;ve pas d'une fatalit&#233;, elle n'est pas pour autant une libert&#233; ind&#233;termin&#233;e. Le conflit est une p&#233;riode de crise de l'autopr&#233;supposition, de plus le fait que le lieu de la d&#233;cision ne soit pas un d&#233;calque du continuum des conditions &#233;conomiques, mais un lieu qui par son poids sp&#233;cifique s'impose comme lieu de la d&#233;cision, introduit un aspect al&#233;atoire d'histoire et non pas de destin &#224; la r&#233;solution du conflit. C'est l&#224; que r&#233;side la libert&#233; de l'activit&#233; de classe, celle de se mettre au niveau des contradictions qui ont amen&#233; le conflit, de les creuser, de s'&#233;largir &#224; tout ce que ces contradictions impliquent, donc de faire passer la fatalit&#233; &#233;conomique de la crise au niveau de la conscience pratique d'un conflit de classe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce fut l&#224;, l'activit&#233; de classe durant le conflit de d&#233;cembre, ou plut&#244;t la direction qu'elle prit, elle s'arr&#234;ta avant son terme. On peut dire que le conflit de d&#233;cembre n'a pas &#233;puis&#233; les conditions de son existence. Le mouvement &#233;tait port&#233; par la recomposition de l'activit&#233; de la classe autour de la reproduction d'ensemble de la force de travail : cycle d'entretien, segmentation, partage au niveau social entre salaire et profit. Il fut offensif sur ce terrain, il est stupide d'analyser le mouvement sur la base de la d&#233;fense crisp&#233;e d'acquis (bien que cela ne soit en rien critiquable ou m&#233;prisable). R&#233;partition entre salaire et profit, conception de la reproduction d'une force de travail segment&#233;e comme constituant une totalit&#233;, furent des constantes du mouvement ; pr&#233;carit&#233;, flexibilit&#233;, ch&#244;mage furent des th&#232;mes r&#233;currents. Le mouvement mena une critique du th&#232;me id&#233;ologique de la solidarit&#233;, selon lequel les sacrifices 'consentis' par certains salari&#233;s profitent aux plus mal lotis. Il est remarquable que les deux endroits o&#249; la gr&#232;ve se poursuit le plus longtemps sont le centre de tri de Caen et les transports marseillais, dans le premier cas la revendication est la transformation en emploi &#224; dur&#233;e ind&#233;termin&#233;e des emplois sous contrats, dans le second il s'agit de lutter contre les conditions plus dures en salaire et dur&#233;e du travail faites aux nouveaux embauch&#233;s ( ce que le rapport Minc pr&#233;conisait comme une fa&#231;on de rendre flexible les statuts sans y toucher directement). A Marseille toujours, les ch&#244;meurs prirent une grande place dans les manifestations et la conduite du mouvement dans son ensemble.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant le mouvement n'&#233;puisa pas ses propres conditions d'existence, c'est en cela qu'il fut incapable de rompre ne serait ce que localement et &#233;pisodiquement sa 'liaison dialectique' avec le syndicalisme, de toucher le priv&#233; autrement que marginalement au cours des manifestations.Si dans le priv&#233; les mouvements de gr&#232;ve furent beaucoup plus nombreux que ce que les m&#233;dias ou les syndicats le laissaient entendre, surtout autour de Marseille, Paris et Grenoble, il ne se produisit pas de mouvement d'ensemble qui aurait remis en cause pour le mouvement de la fonction publique ses propres bases de d&#233;part, on n'aurait pu alors se contenter de parler de r&#233;partition, il aurait fallu parler de la nature m&#234;me de la richesse comme capital. La jonction avec les travailleurs pr&#233;caires resta &#233;galement, sauf exception, de l'ordre des pr&#233;occupations, sans trouver le 'biais' de cette jonction. Il est s&#251;r que si dans un cas comme dans l'autre, le 'biais ne fut pas trouv&#233;, c'est que se poser ainsi la question c'&#233;tait d'avance se condamner &#224; ne pas trouver de r&#233;ponses. Le mouvement ne s'&#233;tait pas lui m&#234;me suffisamment transform&#233;, n'avait pas suffisamment mis &#224; jour ses causes initiales pour d&#233;passer la liaison avec le syndicalisme, pour s'unifier. Le probl&#232;me du profit, pourtant au coeur du mouvement, n'a pas vraiment entam&#233; la notion de service public et donc une conscience et une pratique particularis&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il aurait fallu que le mouvement se mette lui m&#234;me compl&#232;tement &#224; jour, pour s'unifier avec le priv&#233; et les pr&#233;caires, on ne fait rien &#224; la place des autres, on ne peut appeler &#224; se joindre sans que son propre mouvement d&#233;passe sa particularit&#233;. Cela ne se fait pas dans un processus quantitatif d'&#233;largissement, mais dans un approfondissement de sa propre existence, qui seul peut alors produire le d&#233;passement de la particularit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'est pas imb&#233;cile de penser qu'un mouvement puisse d&#233;passer ses causes initiales, tout d&#233;pend de leur nature, et de la capacit&#233; dans le cours de la lutte &#224; les porter au jour dans sa pratique, ses d&#233;clarations, ses cibles. De fa&#231;on minime on a vu ce mouvement avec les cheminots qui pass&#232;rent du contrat de plan et des retraites au retrait du plan Jupp&#233;, une fois leur premi&#232;res cibles atteintes. C'est &#233;galement ce qui se passa si spontan&#233;ment d&#233;s l'origine du mouvement que nous ne nous en rend&#238;mes pas compte, lorsque ce mouvement de la fonction publique sur la s&#233;cu et le r&#233;gimes des pensions, s'est d'entr&#233;e d&#233;termin&#233; comme un mouvement sur le salariat en g&#233;n&#233;ral incluant la pr&#233;carit&#233; en son coeur. C'est l&#224; tout ce qui fait la dynamique d'un conflit : se conna&#238;tre soi-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment cela se passe-t-il et jusqu'o&#249; dans d'autres conditions cela peut-il mener ? Une fois totalement mises &#224; jour pratiquement par un mouvement ses propres conditions d'existence, c'est l&#224; que s'ouvre la possibilit&#233; du d&#233;passement de ses conditions initiales, c'est l&#224; o&#249; le conflit peut, selon la crise de d&#233;part, le conflit qui fut lieu sp&#233;cifique de la d&#233;cision, les rapports de forces cr&#233;&#233;s sur cette base, les revendications initiales, la phase historique du mode de production capitaliste, la configuration de la contradiction entre prol&#233;tariat et capital, entrer dans une phase que j'appellerai de 'fusion'. Il n'y a pas de situation o&#249; la r&#233;volution communiste soit une fatalit&#233; m&#234;me si &#224; terme elle est in&#233;luctable, mais il y a des situations o&#249; victorieuse o&#249; non elle risque fort de nous surprendre (A Suivre).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mardi 2 Janvier 1996 &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si le mouvement de d&#233;cembre, n'a pas quant &#224; lui d&#233;pass&#233; ses conditions initiales d'existence, cela peut tenir &#224; trois ordres de raison.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout d'abord ses conditions initiales elles m&#234;mes. Le mouvement a d&#233;bord&#233; la d&#233;fense des acquis et le cadre cat&#233;goriel qui aurait pu formellement &#234;tre le sien, il a su comprendre sa raison d'&#234;tre au niveau du partage social entre salaire et profit et se reconna&#238;tre au niveau des conditions de la reproduction d'ensemble de la soci&#233;t&#233;, et par l&#224;-m&#234;me ne pas se figer dans son existence imm&#233;diate, dans les cat&#233;gories donn&#233;es par l'autopr&#233;supposition du capital. Cependant si le point de d&#233;part a &#233;t&#233; d&#233;bord&#233;, il serait faux de consid&#233;rer qu'il &#233;tait devenu inexistant : r&#244;le dans le d&#233;roulement de la gr&#232;ve du th&#232;me du service public (bien que souvent sans illusions) ; revendication de continuer &#224; &#234;tre ce que l'on &#233;tait dans la reproduction actuelle du capital et dans son futur (retraites).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ensuite la p&#233;riode dans laquelle le mouvement a &#233;clat&#233;, il ne s'agit pas d'une p&#233;riode 'r&#233;volutionnaire'. La r&#233;forme de la s&#233;curit&#233; sociale s'inscrit dans un ensemble de mesures de restructuration du capital portant sur le niveau des salaires et le march&#233; du travail qui ont un sens pour lui et s'imposent par l&#224;-m&#234;me &#224; l'autre terme de la contradiction, car c'est toujours dans le p&#244;le capital que se retrouvent les conditions de la reproduction du rapport. Ce sens c'est la mondialisation. La mondialisation n'est pas pour chaque capital individuel ou chaque aire nationale une contrainte ext&#233;rieure, une m&#233;chante manipulation des march&#233;s internationaux, mais une contrainte interne de ses propres lois d'accumulation, qui s'exprime dans la concurrence (cette derni&#232;re ne fait que renvoyer &#224; chaque capital sa propre contrainte interne d'accumulation). Jeudi 5 oct, Jean Boissonat, membre du conseil de la politique mon&#233;taire de la Banque de France, pr&#233;sente le rapport d'une commission du Commissariat g&#233;n&#233;ral du plan sur le travail dans 20 ans : 'Le contrat &#224; dur&#233;e ind&#233;termin&#233;e ne semble plus avoir sa place dans le monde de demain, les statuts de salari&#233;s, de travailleurs ind&#233;pendants, voire d'agents de l'&#233;tat devraient &#234;tre rapproch&#233;s. Le code du travail s'en trouverait boulevers&#233; ainsi que le code de la s&#233;curit&#233; sociale.' (Le Monde 6 oct 95). Jean Boissonat d&#233;clare lui m&#234;me : 'il faut accepter la mondialisation et jouer l'ouverture ma&#238;tris&#233;e' (d&#176;). Dans un entretien &#224; 'L'Express' du 28 sept 95, Jean Arthuis (ministre de l'&#233;conomie des finances et du plan) 'dessine une nouvelle architecture qui a pour objectif d'all&#233;ger le co&#251;t du travail...Il affirme qu'il n'y a pas d'autre solution pour &#233;viter une d&#233;localisation des emplois vers les pays o&#249; les co&#251;ts salariaux sont peu &#233;lev&#233;s.' (Le Monde 28 sept 95). On voit dans quel cadre se situe la r&#233;volte de d&#233;cembre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien-s&#251;r, on sent par mille petites choses que la situation n'est pas r&#233;volutionnaire, la question ne s'est jamais pos&#233;e &#224; personne ; soulever, m&#234;me sur le papier, la question, et m&#234;me pour dire pourquoi elle ne l'&#233;tait pas, peut para&#238;tre incongru. Cependant si l'on se force tout de m&#234;me &#224; poser la question, je pense que l'on retombe sur le fait que la crise de la reproduction et le conflit s'inscrivent dans un rapport de forces dont l'issue a un sens pour la classe capitaliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, le troisi&#232;me ordre de raison tient au cours interne du mouvement, &#224; la conscience qu'il avait de lui-m&#234;me, ce qui synth&#233;tise en fait les deux s&#233;ries pr&#233;c&#233;dentes dont les &#233;l&#233;ments se retrouvent dans l'imm&#233;diatet&#233; de la lutte. Il y a d'abord la conscience (c'est &#224; dire la pratique de la gr&#232;ve, ses revendications, l'activit&#233; des gr&#233;vistes, les objectifs, la conduite des manifs, la r&#233;daction des tracts, les tenues d'A.G, les liaisons entre secteurs en gr&#232;ve) d'&#234;tre parti sur simultan&#233;ment un ras-le-bol g&#233;n&#233;ral et sur la perp&#233;tuation d'une situation ant&#233;rieure ; puis il y eut la conscience du caract&#232;re massif du mouvement, au travers duquel s'effectue le passage de la d&#233;fense de sa situation &#224; la reconnaissance d'une contradiction sociale parcourant et structurant cette soci&#233;t&#233; : salaire et profit. Enfin, au fur et &#224; mesure des activit&#233;s dans la gr&#232;ve, des discussions, des clivages internes, la d&#233;couverte du d&#233;calage entre les revendications et leurs propres causes : revendiquer sur le partage, la distribution, alors qu'elle n'est que le r&#233;sultat de cette division de la soci&#233;t&#233; entre d'un c&#244;t&#233;, salari&#233;s, ouvriers, travailleurs (le mouvement n'a pas eu le temps d'&#233;claircir son vocabulaire), et de l'autre capitalistes, patrons, &#233;lites, technocrates (d&#176;) , 'nous' et 'eux'.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De l&#224; une certaine 'peur', relevant de la conscience de la situation d'ensemble. Quand dans une soci&#233;t&#233; capitaliste on remet en cause au niveau social le partage entre salaire et profit, il devient vite &#233;vident, pour ceux qui sont dans la lutte, que cette soci&#233;t&#233; ne peut aller &#224; l'encontre de ses propres bases, de sa propre logique, ce sont les notions m&#234;mes de salaire et de profit qui peuvent devenir les prochaines cibles. Au travers de la globalisation du mouvement, c'est une contestation plus g&#233;n&#233;rale du capitalisme qui &#233;tait en train de sourdre, quelque chose de beaucoup plus important, de beaucoup plus profond que ce d&#233;cid&#233; au d&#233;part.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fin d&#233;cembre, le mouvement est retomb&#233; de fa&#231;on volontaire, bien qu'accompagn&#233; par l'activit&#233; syndicale. Il est retomb&#233; de fa&#231;on volontaire, calmement, il n'y eut pas de heurts, comme c'est fr&#233;quent entre travailleurs et syndicats au moment de la reprise. Ce fut souvent une reprise tr&#232;s combative : sur le paiement des jours de gr&#232;ve, sur les sanctions prises contre certains gr&#233;vistes, sur l'application locale des accords. En outre comme le dis un cheminot de Rouen : 'nous avons plac&#233; une bombe &#224; retardement dans le priv&#233;'. Ce fut un coup d'arr&#234;t &#224; la multiplication des &#233;checs et des reculs, une remise en cause du discours impos&#233; depuis 20 ans. La remise &#224; jour, sans illusions sur la p&#233;rennit&#233; des concessions obtenues, que l'action directe paie, bien plus que la 'confiance' mise dans n'importe quelle instance repr&#233;sentative. Finalement, la capacit&#233; &#224; concevoir le cours de la soci&#233;t&#233; comme un rapport de forces entre des classes. Nous n'&#233;tions pas pr&#234;ts, nous et la situation (ce qui est identique) &#224; affronter ce que nous avions d&#233;couvert, &#224; passer &#224; la suite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Se trouver dans une situation, o&#249; c'est l'abolition de la soci&#233;t&#233; dans laquelle nous sommes nous m&#234;mes engag&#233;s, d&#233;finis, qui devient l'objectif du mouvement, de plus dans une situation sociale o&#249; en nous-m&#234;mes comme salari&#233;s, prol&#233;taires ou travailleurs, on ne peut plus se produire une identit&#233; &#224; lib&#233;rer contre cette soci&#233;t&#233;, un projet de r&#233;organisation de celle-ci sur la base du salariat ou du travail producteur de valeur (comme cela , sans besoin de grandes analyses, &#233;tait &#233;vident dans le cours du mouvement), se trouver dans cette situation et agir en cons&#233;quence, c'est cela la fusion d'un conflit. Cela signifie que l'appartenance de classe qui &#233;tait n&#233;cessit&#233;, d&#233;finition sociale pr&#233;alable &#224; reproduire parce qu'impliquant sa reproduction, devient contingente. Lutter contre le capital, c'est dans le cours de la lutte remettre en cause sa propre condition de salari&#233;, qui est alors produite dans le cours du conflit comme une contrainte ext&#233;rieure, en m&#234;me temps que c'est en tant que salari&#233; que l'on se bat contre le capital et que simultan&#233;ment on produit des rapports nouveaux. On communise la soci&#233;t&#233;, c'est-&#224;-dire qu'on la supprime en tant que substance autonome du rapport entre les individus dans leur singularit&#233;. Les rapports sociaux ant&#233;rieurs se d&#233;litent dans cette activit&#233; sociale o&#249; l'on ne peut faire de diff&#233;rence entre l'activit&#233; de gr&#233;vistes et d'insurg&#233;s et la cr&#233;ation d'autres rapports entre les individus, de rapports nouveaux, dans lesquels les individus ne consid&#232;rent ce qui est que comme moment d'un flux ininterrompu de production de la vie humaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce mouvement de d&#233;cembre on a d'abord voulu tester personnellement, individuellement, que l'on constituait une classe, ce que cela &#233;tait. La localisation des actions, des manifestations n'&#233;tait pas du localisme, du provincialisme, mais avant tout la volont&#233; individuelle et collective de voir que nous formions une classe, de se toucher en tant que classe concr&#232;tement, exp&#233;rimentalement, en sachant parfaitement que l'on ne se reconnait en tant que classe que dans le conflit et non en soi. A partir de l&#224;, le passage &#224; la fusion n'est pas un processus interne &#224; la classe mais son conflit avec le capital et l'&#233;volution des rapports de forces, donc des objectifs et de la conscience qui se d&#233;terminent dans la lutte. C'est un proc&#232;s dans lequel le capital est lui m&#234;me acteur, proc&#232;s auquel il cherche &#224; conf&#233;rer un sens, dans lequel il construit, comme sa n&#233;crologie, sa signification historique. L'issue de la lutte si elle d&#233;pend du moment historique dans l'histoire du capital o&#249; elle se d&#233;roule n'estjamais donn&#233;e d'avance. De par sa nature, la fusion d'un mouvement ne peut se r&#233;duire &#224; la somme de ses conditions, car elle en est le d&#233;passement et non l'accomplissement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question suivante que l'on peut se poser &#224; la suite de ce conflit, et qu'il permet d'aborder est : qu'est ce qu'il en reste ? A-t-on affaire jusqu'&#224; 'la lutte finale' &#224; une suite de conflits sans liaisons entre eux, une r&#233;p&#233;tition d&#233;nu&#233;e de sens ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Demain A.G &#224; Arthur Rimbaud, deux &#233;l&#233;ments que je voudrais mettre sur le tapis pour savoir o&#249; nous en sommes : a) pourquoi cette reprise accept&#233;e, m&#234;me si c'est avec amertume, b) le devenir de la n&#233;gociation, qu'est-ce qu'on fait par rapport &#224; elle, qu'est-ce qu'on dit sur le fait qu'elle se d&#233;roule sur des th&#232;mes qui ne sont pas les n&#244;tres (le sommet de Jupp&#233;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mercredi 3 janvier 96 &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je parts avec Ghislaine Blanchard &#224; l'A.G. L&#224; retrouvailles, bons voeux, bonne ann&#233;e. Une quarantaine de personnes, Voltaire est largement repr&#233;sent&#233; : Navarro, Droopy, Ad&#232;le Blanc-sec, Esm&#233;ralda, Jivago, Daisy, Mme Watson, Bourrel. L'A.G commence doucement, il y a comme un bref marasme. Lupin, attaque en disant que l'on n'a rien obtenu et, nous avons de suite droit au grand air de La Castafiore : 'il faut obtenir les choses par &#233;crit', 'les directions syndicales maintiennent le mot d'ordre de retrait du plan Jupp&#233;'. La tirade en fait bondir plus d'un dont moi. Je m'&#233;l&#232;ve contre le formalisme, 'par &#233;crit' ou non, &#231;a ne change rien. Quant aux directions syndicales, il est &#233;vident pour tout le monde que le retrait du plan Jupp&#233; n'est plus leur probl&#232;me, comme le dit tr&#232;s bien Droopy. C'est Starsky, qui lance vraiment la discussion en parlant du sommet social. Son intervention est d&#233;terminante, calmement il dit qu'il s'est senti tromp&#233; quand il a vu les directions syndicales participer &#224; un sommet dont l'ordre du jour ne prenait absolument pas en compte la revendication essentielle de la gr&#232;ve. Nous sommes plusieurs &#224; abonder dans son sens. Je dis que le sommet social a jou&#233; le r&#244;le qu'en d'autres circonstances avaient jou&#233; les &#233;lections qui n'&#233;taient pas possibles ni n&#233;cessaires ce coup ci. Les syndicats se sont pr&#233;cipit&#233;s au sommet social en sachant parfaitement de quoi il s'agissait. Comment envisager la suite des &#233;v&#233;nements ? Cosette (F.S.U) parle d'une manifestation, le 16 janv, que tente de mettre sur pied la F.S.U.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le sentiment g&#233;n&#233;ral est celui de la d&#233;ception, de la col&#232;re parfois vis-&#224;-vis des directions syndicales. Droopy insiste &#224; nouveau sur la participation au sommet en disant : '&#231;a m'a fait mal'. Lupin tr&#232;s remont&#233; contre cette participation au sommet, semble craindre d'&#234;tre all&#233; trop loin et revient sur l'utilit&#233; des syndicats : 'on a besoin d'eux', 'il nous faut des repr&#233;sentants'. Il a pas mal &#233;volu&#233; au cours de la gr&#232;ve. L'intervention permet &#224; La Castafiore de revenir &#224; la charge : 'Les syndicats sont dans leur r&#244;le lorsqu'ils n&#233;gocient et dans une n&#233;gociation on n'obtient pas toujours quelque chose'. Elle se fait renvoyer dans les cordes, tout le monde lui r&#233;torque : 'au moins ils pourraient n&#233;gocier sur la base des revendications des gr&#233;vistes'. Ghislaine lui fait remarquer que le C.N.P.F, lui, n'est pas venu 'pour discuter' mais avec des positions tranch&#233;es sur ce dont on allait parler et surtout sur ce dont on n'allait pas parler. La Castafiore ne reprendra plus gu&#232;re la parole, et c'est la premi&#232;re fois que nous la voyons un peu abattue. Toute sa d&#233;marche consiste &#224; n'accepter aucune critique des syndicats, ni m&#234;me des directions syndicales, il ne s'agit que de les pousser. Ses buts particuliers, buts de tendance &#224; l'int&#233;rieur de F.O, apparaissent de plus en plus nettement. Starsky, amer, r&#233;pond en disant : 'les syndicats ont saut&#233; sur l'occasion du sommet'. Ghislaine signale que pendant la gr&#232;ve ils n'ont m&#234;me pas &#233;t&#233; capables de nous fournir les informations dont nous avions besoin. Lupin revient sur la n&#233;cessit&#233;, l'utilit&#233; des syndicats, mais il leur reproche de nous avoir lanc&#233;s dans une gr&#232;ve reconductible puis de nous laisser tomber. Je fais remarquer que son analyse ne tient pas compte de la r&#233;alit&#233; de la dynamique du conflit et qu'elle est un peu d&#233;valorisante pour nous : 'C'est une analyse de fin de conflit, de la d&#233;moralisation qui l'accompagne et de la retomb&#233;e dans des visions exclusivement institutionnelles. Les syndicats ne nous ont pas lanc&#233;s dans une gr&#232;ve reconductible, nous y &#233;tions, ils ont couvert et durant tout le mouvement, le discours syndical dominant a &#233;t&#233; on vous accompagne.'&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous entreprenons la r&#233;daction d'un texte adress&#233; cependant aux syndicats. Je glisse en apart&#233; &#224; Ad&#232;le et Droopy : 'ils nous couillonnent chaque fois et chaque fois on en redemande', Droopy sourit tristement. Le texte a pour axe le fait que notre principale revendication n'est pas satisfaite, il d&#233;nonce la participation au sommet social et appelle &#224;...l'unit&#233; syndicale. Dans une premi&#232;re version, il se terminait sur la perspective de l'incertaine manifestation du 16. J'interviens pour faire supprimer cette fin qui &#224; mon avis prend des hypoth&#233;ques sur l'avenir, ne se rend pas compte que ce qui fut le plus important dans le mouvement ce n'est pas la 'grande manifestation &#224; Paris', mais le fourmillement &#224; la base, moins m&#233;diatique mais beaucoup plus dangereux pour le pouvoir. 'Nous ne savons pas comment le mouvement peut repartir, quelles activit&#233;s peuvent surgir ici ou l&#224;, nous n'avons pas &#224; fixer une &#233;ch&#233;ance qui manifesterait une vision fig&#233;e de notre propre action.' La manif du 16 est supprim&#233;e du texte qui se termine alors sur : 'nous restons mobilis&#233;s et pr&#234;ts &#224; tout'.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lupin s'occupe de taper et de tirer le texte qui sera distribu&#233; dans chaque &#233;tablissement. Je dois passer demain &#224; Rimbaud en prendre un exemplaire pour le reproduire et le diffuser sur Voltaire. En rentrant, dans la voiture, Ghislaine me dit : 'Je n'y croyais pas apr&#232;s les vacances, je croyais que l'on allait juste se dire bonjour, mais d&#233;s qu'on est ensemble on parle et on fait des choses.'&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qu'il y a finalement de tr&#232;s bien, c'est que malgr&#233; la retomb&#233;e de l'enthousiasme, l'acceptation de la repr&#233;sentativit&#233; syndicale ne va pas imm&#233;diatement de soi, l'atomisation n'a pas encore fait son oeuvre. En outre, un point positif du mouvement, est que l'on ne cherche pas &#224; faire perdurer sous une forme quelconque les A.G en s'inventant une activit&#233; plus ou moins artificielle ou crypto-syndicale. On ne s'organise que dans la lutte et pour son efficacit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Jeudi 4 Janvier &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A la r&#233;cr&#233; de 10h, Ad&#232;le nous a montr&#233; des photos que sa fille avait prises lors d'une manif, j'en choisi quatre. A 11h, je suis all&#233; &#224; Arthur Rimbaud chercher trois exemplaires du texte de la veille, de retour au coll&#232;ge j'en tire 90 pour faire le tour des casiers. J'arrache sur le tableau d'affichage un texte merdeux sign&#233; 'un travailleur ind&#233;pendant', c'est tout dire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par rapport au texte d'hier, je pense que nous avons eu tort de ne 'd&#233;noncer' que les syndicats ayant particip&#233; au sommet social, en effet cela semble d&#233;douaner la F.S.U qui ne faisait pourtant que temp&#234;ter &#224; la porte, tout comme la F.E.N. On a fait la part trop belle &#224; 'nos' syndicats. 'Comment peut-on discuter de la formation professionnelle des jeunes par dessus les formateurs ? Ils ne peuvent &#234;tre absents du d&#233;bat... . Michel Deschamps, le secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral de la F&#233;d&#233;ration syndicale unitaire (F.S.U) n'en d&#233;mord pas. Tout l'apr&#232;s-midi du lundi 18 d&#233;c, il a attendu une r&#233;ponse &#224; sa demande de participation au sommet social de jeudi &#224; Matignon. Re&#231;u in extremis le 14 d&#233;cembre pendant plus d'une heure, la d&#233;l&#233;gation des enseignants de la F.S.U comptait bien avoir convaincu Alain Jupp&#233;. Elle &#233;tait ressortie plut&#244;t satisfaite de cette 'audience de qualit&#233;', selon l'expression de son secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral...' ('Le Monde' 20 d&#233;c). Quant &#224; l'U.N.S.A (la F.E.N) : 'Bien qu'elle admette qu'elle ne puisse &#234;tre convi&#233;e au sommet sur l'emploi au m&#234;me titre que les conf&#233;d&#233;rations, l'U.N.S.A esp&#232;re pouvoir &#234;tre entendue dans le cadre d'entretiens bilat&#233;raux' (d&#176;), c'est la m&#234;me partition mais jou&#233;e sur le ton de la r&#233;signation d&#233;f&#233;rente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ce qui concerne la g&#233;n&#232;se de ce sommet. D&#233;s le 9 d&#233;c,F.O ne fait plus du retrait du plan Jupp&#233; un pr&#233;alable aux n&#233;gociations et Blondel r&#233;clame une n&#233;gociation globale avec le premier ministre. La commission ex&#233;cutive de F.O &#233;voque seulement, dans son communiqu&#233;, le 'maintien de la s&#233;curit&#233; sociale assise sur le salaire diff&#233;r&#233;' et 'le maintien des r&#233;gimes sp&#233;ciaux et particuliers de retraite' ('Le Monde' 10 d&#233;c 95). Dimanche soir (le 10 d&#233;c), 20h15 ( sur France 2), Jupp&#233; accepte le sommet social, les organisations syndicales seront re&#231;ues d&#233;s le lendemain lundi. 'Lib&#233;ration' &#233;crit alors dans le n&#176; de lundi : 'Outre le contenu du plan Jupp&#233;, cette grande messe sociale devrait &#233;galement traiter de l'emploi des jeunes et de la r&#233;duction du temps de travail.' C'est le jour o&#249; Jupp&#233; c&#232;de sur les r&#233;gimes sp&#233;ciaux, si le plan Jupp&#233; est toujours inscrit &#224; l'ordre du jour du sommet, il ne faut pas oublier que l'on est &#224; la veille de la manif du 12 qui s'annonce extraordinairement massive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que s'&#233;tait-il pass&#233; le samedi, veille de la d&#233;claration de Jupp&#233; ? Toute la journ&#233;e de samedi avait &#233;t&#233; occup&#233;e par les rencontres entre Barrot, ministre du travail et les directions syndicales. Louis Viannet avant d'entrer dans le bureau du ministre : 'Nous n'allons pas discuter avec lui des modalit&#233;s d'application du plan rejet&#233; dans la rue par des milliers de salari&#233;s. Nous voulons une n&#233;gociation globale avec le premier ministre' ('Lib&#233;ration' 11 d&#233;c 95). Que signifie 'n&#233;gociation globale', quand on ne discute pas des modalit&#233;s du plan Jupp&#233;, on ne fait plus comme cela &#233;tait le cas auparavant, pour la C.G.T,du retrait du plan un pr&#233;alable et on propose de parler d'autres choses. Cela fait radical de ne pas parler de quelque chose qui 'a &#233;t&#233; rejet&#233; dans la rue', mais le gouvernement lui ne l'avait pas rejet&#233;. Accepter ou r&#233;clamer ce sommet c'&#233;tait donc accepter le plan, ou tout au moins ne plus faire de son retrait un pr&#233;alable, c'&#233;tait accepter de ne pas en discuter, avec des airs de matamore. Plus tard c'est au tour de Blondel : apr&#232;s une heure et demi de discussions avec Jacques Barrot, il d&#233;clare en sortant que son organisation n'a jamais fait du retrait du plan Jupp&#233; un pr&#233;alable &#224; toute n&#233;gociation. La C.F.D.T quant &#224; elle 'm&#234;le sa voix aux autres conf&#233;d&#233;rations pour r&#233;clamer &#224; son tour l'ouverture d'un sommet social sur l'emploi des jeunes avec une r&#233;duction massive du temps de travail' (&#231;a ne mange pas de pain et personne ne peut &#234;tre contre &#231;a). Le sommet social comme issue au mouvement, avec son ordre du jour, a donc &#233;t&#233; d&#233;cid&#233; avant la manif du 12. Cependant je ne serai pas d'accord pour dire que ce jour l&#224; les syndicats nous ont 'promen&#233;s', nous, nous continuions notre mouvement sur sa base initiale, le seul regret c'est que nous n'ayons pu d&#233;velopper celle-ci assez loin pour que la contradiction avec le syndicalisme &#233;merge.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 13, Jupp&#233; ne parle plus des modalit&#233;s de son plan comme pouvant faire partie de l'ordre du jour du sommet. Le point culminant du mouvement est pass&#233;, tout le monde le sent bien, le sommet est sur les rails, l'issue a &#233;t&#233; trouv&#233;e, les syndicats l'ont accept&#233;e et se gardent bien d'encourager de nouvelles initiatives apr&#232;s le 12. Quatre jours jusqu'&#224; la manif suivante ! quatre jours durant lesquels la d&#233;mobilisation s'installe, largement encourag&#233;e par les directions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A ce moment-l&#224;, apr&#232;s la manif du 12, F.O n'a plus aucun int&#233;r&#234;t &#224; la poursuite du mouvement, son alliance avec la C.G.T va finir par l'&#233;trangler, la C.G.T n'a plus qu'&#224; 'r&#233;ussir' la manif du 16 pour rafler la mise. Pour 'Lib&#233;ration' 'Tout le monde, m&#234;me &#224; Matignon, s'accorde &#224; reconna&#238;tre qu'elle d&#233;tient la capacit&#233; de remettre les gr&#233;vistes au travail' ('Lib&#233;ration' 14 d&#233;c). D&#233;s le vendredi soir, un communiqu&#233; du bureau conf&#233;d&#233;ral de la C.G.T appelle les cheminots &#224; 'modifier leur modalit&#233; d'action'. La C.G.T se retrouve plac&#233;e 'au centre de l'&#233;chiquier'. Il faut se souvenir qu'un accord-cadre de grande importance sur l'annualisation du temps de travail avait &#233;t&#233; sign&#233; malgr&#233; son opposition le&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;31 oct 95, entre le patronat et quatre syndicats (F.O ; C.F.D.T ; C.F.T.C ; C.G.C). Lors de l'ouverture des n&#233;gociations le 28 f&#233;vrier, la C.G.T faisait partie des partenaires, malgr&#233; cela l'accord avait pu &#234;tre sign&#233; par dessus sa t&#234;te. Cela va devenir plus difficile, la C.G.T s'est replac&#233;e comme partenaire incontournable, pour cela il lui faut montrer qu'elle sait toujours terminer une gr&#232;ve, et qu'elle est m&#234;me la seule conf&#233;d&#233;ration &#224; pouvoir le faire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 15 d&#233;c on peut lire dans 'Lib&#233;ration' : '...le mouvement trop diffus...est en train de devenir ing&#233;rable pour les syndicats. Voil&#224; pourquoi la C.G.T et F.O semblent tellement press&#233;es que s'ouvre la table ronde sur l'emploi promise par le premier ministre pour le 21 d&#233;cembre.' Le 15 Alain Jupp&#233; d&#233;finit publiquement l'ordre du jour du sommet, il ne sera pas question de son plan, le m&#234;me jour la C.G.T fait sa fameuse d&#233;claration sur la modification de l'action, pour F.O ce jour l&#224;, la tendance est &#224; 'la reprise progressive, &#233;chelonn&#233;e entre vendredi et lundi'. Bien sur, le lendemain samedi, &#224; l'issue des manifs le discours sera toujours celui de la poursuite de la lutte et du retrait du plan Jupp&#233;, mais la messe &#233;tait dite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le dimanche 17 &#224; 'Sept sur sept', Jupp&#233; annonce que d&#233;s jeudi (date de l'ouverture du sommet) il fera des propositions sur l'emploi. La veille, samedi 16, apr&#232;s avoir re&#231;u sa lettre d'invitation (celle que Deschamp attendit toute la journ&#233;e, le pauvre), Blondel d&#233;clarait qu'il l' avait accueillie 'avec une consid&#233;ration favorable'. 'Il y a l&#224;-dedans toute une s&#233;rie de choses, en particulier sur la s&#233;curit&#233; sociale, qui nous donnent satisfaction. Nous sommes sur le bon chemin. Certes ce n'est pas le retrait du plan Jupp&#233;, mais &#231;a s'y apparente.' On ne peut pas dire plus clairement que pendant un mois on a pris les gens pour des cons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vendredi 5 Janvier &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite du feuilleton. Dans 'La Marseillaise' du 19 d&#233;c, on apprend qu'Alain Jupp&#233; ne veut toujours pas entendre parler de son plan durant le sommet, ce qui n'emp&#234;che pas Louis Viannet cit&#233; dans l'article de d&#233;clarer &#224; propos du sommet : 'Nous obtiendrons d'autres reculs sur le financement et le rationnement des soins.' Dans le m&#234;me article une citation de Blondel datant de la veille o&#249; il pr&#233;vient : 'Un sommet c'est comme &#231;a : c'est la d&#233;claration les uns derri&#232;re les autre de nos positions respectives et apr&#232;s on fait un communiqu&#233;, si possible commun. Moi, j'aimerai mieux une n&#233;gociation.' Que va-t-il alors faire dans cette gal&#232;re, et qu'est ce que Viannet nous raconte sur ce qu'il va obtenir ? Le mercredi 20, il est absolument clair que le sommet ne traitera de fa&#231;on g&#233;n&#233;rale que de probl&#232;mes g&#233;n&#233;raux, essentiellement ceux de l'emploi et du temps de travail, c'est &#224; dire que l'on va ressortir l'accord cadre du 31 oct sur l'annualisation et la flexibilit&#233;. En ce qui concerne les revenus, il va s'agir d'inciter les gens &#224; puiser dans leur &#233;pargne. Tous les th&#232;mes et la fa&#231;on de les aborder sont archi-connus de tout le monde avant m&#234;me l'ouverture du sommet. 'L'Humanit&#233;' du 20 d&#233;c &#233;crit : 'L'am&#233;nagement et la r&#233;duction du temps de travail est l'un des rares dossiers qu'Alain Jupp&#233; ait programm&#233; au menu du sommet social de demain...Reste &#224; savoir ce que recouvrent r&#233;ellement aujourd' hui les mots r&#233;duction et am&#233;nagement du temps de travail'. Et l'article de se poursuivre sans illusion aucune en rappelant l'accord cadre du 31 oct.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 22, dans 'L'Humanit&#233;', &#224; propos du sommet, Robert Hue r&#233;pond &#224; un journaliste : 'Rien ne se pr&#233;sente bien, notamment sur la question centrale de la s&#233;curit&#233; sociale.' Voil&#224; une profonde v&#233;rit&#233; dans la mesure o&#249; il n'&#233;tait pas question d'en parler et o&#249; on n'en a pas parl&#233;. Comme le r&#233;sume 'Le Monde' du 22, l'ordre du jour a bien &#233;t&#233; maintenu sur les trois sujets fix&#233;s par Jupp&#233; : relancer la croissance, r&#233;duction du temps de travail, emploi des jeunes. Seul le premier point a finalement donn&#233; lieu &#224; quelques mesures purement administratives sur la participation-int&#233;ressement. Pour le second, il est &#233;vident que r&#233;duction du temps de travail, annualisation et flexibilisation seront li&#233;es, comme de toutes fa&#231;ons l'ont montr&#233; sur le terrain les accords de septembre &#224; 'La Redoute', aux 'Trois Suisses' et chez Bull.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fait le sommet social tel qu'il a &#233;t&#233; convoqu&#233; avec l'assentiment des syndicats, sur un programme destin&#233; &#224; noyer le poisson, conclut une dynamique particuli&#232;re incluse dans la dynamique g&#233;n&#233;rale du mouvement, celle de sa ma&#238;trise par les syndicats, et de leur positionnement dans le 'dialogue social', dans la reproduction du capital sur la base de l'in&#233;vitable implication r&#233;ciproque entre travail et capital. Malgr&#233; les gr&#232;ves et manifestations des 10 oct et 24 nov, particuli&#232;rement suivies, la contestation sur la question de la s&#233;curit&#233; sociale devait, pour les organisations, rester dans les limites syndicales de la pression au cours de n&#233;gociations &#224; long terme, vers la recherche d'un compromis. De toute fa&#231;on, avant le 15 nov (discours d'Alain Jupp&#233; &#224; l'Assembl&#233;e Nationale), seule la C.G.T refusait le principe d'un pr&#233;l&#232;vement destin&#233; &#224; couvrir la dette. Blondel apr&#232;s une entrevue avec Chirac le 10 nov 'avait exprim&#233; sur le perron de l'Elys&#233;e, son soulagement quant &#224; 'certaines craintes' ...Il est vrai que les &#233;lections au conseil d'administration des caisses, qui n'ont pas &#233;t&#233; renouvel&#233;es depuis 1982, pourraient &#234;tre une fois de plus report&#233;es, ce qui fait l'affaire de F.O, principal gestionnaire de l'assurance maladie.' (Le Monde 14 nov 95). L'explosion du mouvement sur le retrait du plan Jupp&#233; ne rentrait pas du tout dans les intentions des grandes centrales (ou des petites f&#233;d&#233;rations) et n'y est jamais entr&#233;e, si ce n'est que de fa&#231;on proclamatoire et incertaine pendant quelques jours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;'La journ&#233;e du 24 nov a d&#233;j&#224; montr&#233; certains signes d'essoufflement : les fonctionnaires n'ont &#233;t&#233; que 37% &#224; faire gr&#232;ve, selon le minist&#232;re de la fonction publique au lieu de 57% le 10 oct. On ne fait pas la gr&#232;ve du si&#232;cle tous les mois, indique J.P Roux de l'U.N.S.A, nombre de fonctionnaires n'ont pu se permettre de perdre deux journ&#233;es de salaire, &#224; six semaines d'intervalle, et &#224; l'approche des f&#234;tes.' A cette &#233;poque, la F.S.U envisage, quant &#224; elle, une manifestation nationale pour le dimanche 17 d&#233;c, la C.G.T penche plut&#244;t pour une manifestation en janvier 96, F.O est favorable au 17 d&#233;cembre. Il faut r&#233;aliser que, &#224; ce moment, quand on pense &#224; des manifestations dans 15 jours o&#249; en janvier, les cheminots en sont &#224; leur cinqui&#232;me jour de gr&#232;ve, la R.A.T.P s'est arr&#234;t&#233;e, la gr&#232;ve a commenc&#233; depuis deux jours &#224; La Poste, et doit d&#233;buter le lendemain &#224; E.D.F. C'est par crainte de voir le mouvement leur &#233;chapper que les &#233;tats-majors syndicaux commencent &#224; changer de ton, le 2 d&#233;cembre Blondel fait du retrait du plan Jupp&#233; un pr&#233;alable et Viannet le 4.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il appert de cette chronologie que le mot d'ordre de retrait du plan Jupp&#233; n'est pas un mot d'ordre syndical, il s'est impos&#233; aux directions syndicales pour couvrir le mouvement. Ce mot d'ordre poss&#232;de dans son aspect de confrontation but&#233;e, o&#249; l'un des deux adversaires doit plier, quelque chose qui n'appartient pas au syndicalisme, un tel mot d'ordre, sur un th&#232;me aussi g&#233;n&#233;ral et synth&#233;tique, c'est un immense ras-le-bol difficilement n&#233;gociable, il n'a &#233;t&#233; ni pr&#233;vu (ce qui somme toute ne serait pas en soi une critique), ni ne fut 'encourag&#233;', ce qui est diff&#233;rent. D&#233;s le 10, apr&#232;s quelques pas de clerc, Blondel revient sur son pr&#233;alable, et d&#233;s qu'une ouverture s'op&#232;re &#224; la S.N.C.F, la C.G.T le laisse dans l'ombre au profit des reculs, en d&#233;coupant comme nous l'avons vu les revendications en ce que nous avons obtenu, et ce que nous n'avons pas obtenu (le p&#226;t&#233; d'alouette et de cheval). L'acceptation et la volont&#233; de tenir le plus vite possible le sommet vient parachever la manoeuvre. Et cela d'autant plus que pour le principal acteur syndical, la C.G.T, le mouvement a port&#233; ses fruits.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut consid&#233;rer depuis six mois le brusque regain de la politique contractuelle. Trois accords majeurs ont &#233;t&#233; sign&#233;s : le 14 juin sur l'insertion des jeunes, le 6 septembre sur la cr&#233;ation d'un fonds d'intervention en faveur de l'emploi (le d&#233;part en retraite anticip&#233;e compens&#233; par l'embauche d'un jeune), le 31 octobre sur l'annualisation du temps de travail. Chaque fois, m&#234;me sans signer, la C.G.T a veill&#233; &#224; ne pas se laisser marginaliser dans ce type de proc&#233;dure ; le 6 septembre Viannet d&#233;clare qu'il refuse 'l'image du syndicat du refus syst&#233;matique.' Cependant, jusqu'au mouvement de d&#233;cembre, le leadership des relations avec le C.N.P.F se jouait entre F.O et la C.F.D.T, avec un net avantage pour cette derni&#232;re devenue le pivot de toute n&#233;gociation. Le mouvement de d&#233;cembre bouscule toutes ces positions, c'est la C.G.T qui est devenue incontournable et ne compte pas g&#226;cher cette situation. F.O est &#233;touff&#233;e dans son alliance avec la C.G.T et menac&#233;e de se faire doubler dans sa pantalonnade de gauche par la F.S.U et le S.U.D. La C.F.D.T est pour un temps discr&#233;dit&#233;e et aura fort &#224; faire avec ses oppositions internes. Pour la C.G.T, le probl&#232;me est comment 'capitaliser les fruits du mouvement en tenant les deux bouts de la cha&#238;ne : &#234;tre la vigie des conflits, guettant les signes annonciateurs de nouvelles pouss&#233;es de fi&#232;vre d&#233;but 96 et , en m&#234;me temps, poursuivre l'adaptation du syndicalisme et l'ouverture contractuelle, privil&#233;gi&#233;es par Louis Viannet.' (Le Monde 26 d&#233;c), m&#234;me si ce dernier n'a pas comme il dit 'le culte de la signature'.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toujours &#224; propos des syndicats, de fa&#231;on plus g&#233;n&#233;rale, il y a dans 'Le Monde diplomatique' de janvier 96, un int&#233;ressant panorama du syndicalisme en Europe. Le but du texte est de montrer que les syndicats 'ont contribu&#233; &#224; l'&#233;dification d'une citoyennet&#233; sociale et &#224; celle des syst&#232;mes de protection aujourd' hui mis en cause. Ils se sont battus pour humaniser le travail et civiliser les capitalistes'. Il faut replacer une telle affirmation dans son cadre historique, comme &#224; propos de la mondialisation et du cadre national dans la p&#233;riode de passage du capital en domination r&#233;elle sur le travail. L'affirmation pr&#233;c&#233;dente doit &#234;tre replac&#233;e dans l'extraordinaire niveau de combativit&#233; ouvri&#232;re dans les ann&#233;es 30 aux Etats-Unis, lorsque furent jet&#233;es les bases du welfare. Combativit&#233; telle que Tronti, dans son livre 'Ouvriers et capital', parle de pouvoir ouvrier pour cette &#233;poque de l'histoire des Etats-Unis. En France, dans la p&#233;riode qui suivit imm&#233;diatement la Lib&#233;ration (il ne s'agit pas ici des gr&#232;ves de 47), des dizaines d'entreprises &#233;taient occup&#233;es activement dans la banlieue parisienne et certaines remises en route en 'autogestion' (cf Craipeau 'La lib&#233;ration confisqu&#233;e'). Il faudrait aussi consid&#233;rer que le syst&#232;me de protection sociale date en Allemagne pour l'essentiel de la p&#233;riode nazie, suite &#224; la vague r&#233;volutionnaire des ann&#233;es 20, sans remonter &#224; Bismark. Tout cela relativise &#233;norm&#233;ment l'humanisation du travail, la civilit&#233; des capitalistes et les syst&#232;mes de protection sociale qui naissent dans des p&#233;riodes o&#249; la lutte de classes avaient souvent des objectifs autrement plus ambitieux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autre part malgr&#233; la r&#233;sistance de nombre de capitalistes individuels, il faut consid&#233;rer que le syst&#232;me de protection sociale &#233;tait devenu une n&#233;cessit&#233; pour la reproduction du capital, il &#233;tait d&#233;fendu par une bonne partie du monde politique bien au -del&#224; de la gauche. De Gaulle, Keynes ou lord Beveridge n'&#233;taient tout de m&#234;me pas des r&#233;volutionnaires. C'est &#224; la suite de ses r&#233;flexions sur la r&#233;volution russe que Keynes commence &#224; formaliser th&#233;oriquement le salaire consid&#233;r&#233; comme investissement du point de vue du capital (et non simplement comme d&#233;pense), et la n&#233;cessit&#233; d'une certaine garantie de revenus. Quoi qu'il en co&#251;t&#226;t aux capitalistes, il fallait int&#233;grer la reproduction de la classe ouvri&#232;re dans un monde purement marchand et capitaliste. Cela est une n&#233;cessit&#233; &#224; partir du moment o&#249; l'extraction de plus value-relative, c'est &#224; dire la baisse de la valeur de la force de travail par l'augmentation de la productivit&#233; dans la branche des moyens de consommation, dor&#233;navant soumise au capital, est devenue dominante. La domination de l'extraction de plus-value relative n'est pas un simple processus technique d'augmentation de la productivit&#233;, elle implique le bouleversement de toutes les combinaisons sociales, car elle n'est rien d'autre que l'int&#233;gration de la reproduction de la force de travail dans le cycle propre du capital. On ne pouvait plus se contenter de compter sur le retour des ouvriers &#224; la campagne en cas de ch&#244;mage g&#233;n&#233;ralis&#233; comme cela avait &#233;t&#233; encore le cas en France dans les ann&#233;es 30 (cf Robert Salais 'L'invention du ch&#244;mage'), ni sur la famille, ni sur la charit&#233; publique. De nos jours le mort de faim ou de froid, est un mort sp&#233;cifiquement capitaliste, il peut donc mourir avec le consentement et la b&#233;n&#233;diction de ses ma&#238;tres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne s'agit pas de cracher dans la soupe, mais tout de m&#234;me de replacer les 'acquis' ou 'conqu&#234;tes' dans leur perspective historique de restructuration n&#233;cessaire du mode de production capitaliste dans les ann&#233;es 30 et l'imm&#233;diat apr&#232;s-guerre, contre une classe ouvri&#232;re extraordinairement combative et dangereusement autonome face au capital.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une telle s&#233;rie de remarques est n&#233;cessaire pour &#233;viter de comprendre le panorama ensuite effectu&#233; dans l'article comme une d&#233;g&#233;n&#233;rescence, une &#233;volution malheureuse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A propos de l'Allemagne. 'Son action (du syndicalisme) qui privil&#233;gie la cogestion, a &#233;t&#233; utile aux employeurs. Parvenant &#224; d&#233;fendre des r&#233;mun&#233;rations &#233;lev&#233;es, les syndicats allemands ont &#224; la fois cherch&#233; &#224; associer cette d&#233;fense &#224; un effort des salari&#233;s en mati&#232;re de productivit&#233;, d'organisation du travail et d'accueil des nouvelles technologies. Puissants dans les grandes entreprises, ils ont r&#233;ussi &#224; contraindre les petites &#224; consentir, elles aussi un niveau &#233;lev&#233; de r&#233;mun&#233;rations. Cette contrainte en emp&#234;chant que les salaires ne deviennent un des param&#232;tres sur lesquels s'exercerait la concurrence, a prot&#233;g&#233; les grandes entreprises du dumping social des petites. Et oblig&#233; ces derni&#232;res &#224; investir et &#224; se moderniser. Le syndicalisme allemand conservera sa puissance aussi longtemps que ce syst&#232;me durera. Mais l'organisation des relations sociales du pays a tellement associ&#233; le destin des salari&#233;s et celui de leurs employeurs qu'un affaiblissement de la comp&#233;titivit&#233; nationale ou une strat&#233;gie patronale de d&#233;localisation &#224; l'Est rejaillirait sur l'ensemble du monde ouvrier allemand. Et si la collusion entre les grosses entreprises et les syndicats cessait de contraindre les petites et moyennes entreprises &#224; octroyer &#224; leurs salari&#233;s des niveaux de salaires &#233;lev&#233;s, l'&#233;quilibre actuel serait vite remis en cause.' (Georges Ross 'Le Monde Diplomatique' Janv 96).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est devenu &#233;vident que la crainte finale s'est r&#233;alis&#233;e et, les derni&#232;res propositions du pr&#233;sident du grand syndicat des m&#233;tallurgistes, I.G.Metall, le confirment : 'Les conventions collectives adopt&#233;es &#224; l'&#233;chelle de l'Allemagne devront &#234;tre adapt&#233;es de mani&#232;re plus flexible aux r&#233;alit&#233;s de telle entreprise, selon Klaus Zwickel (pr&#233;sident d'I.G.Metall) qui reconnait pour la premi&#232;re fois que des horaires et des conditions de travail diff&#233;renci&#233;s peuvent aider &#224; maintenir plus d'emplois : 'Ne scions pas la branche sur laquelle nous sommes assis.' (Le Monde 3 nov 95). Dans cette m&#234;me d&#233;claration il propose de mettre en place des salaires d'insertion inf&#233;rieurs aux tarifs en cours &#8212; une m&#233;thode d&#233;j&#224; adopt&#233;e par le syndicat de la chimie &#8212; . Il n'est pas &#233;tonnant que le patronat de la m&#233;tallurgie allemande parle 'd'un discours remarquablement courageux.' (d&#176;). Dans la foul&#233;e les congressistes du 18&#176; congr&#232;s d'I.G.Metall ont rejet&#233; les trente heures hebdomadaires sans baisse des salaires et ont propos&#233; que les heures suppl&#233;mentaires soient pay&#233;es en temps libre (d&#176; 7nov). Ces positions annoncent ce qui pourrait bien &#234;tre celles de la C.F.D.T, dans les n&#233;gociations sur le temps de travail qu'elle appelle avec tant d'insistance, et dont la r&#233;alisation est d&#233;j&#224; amorc&#233;e dans l'accord du 31 octobre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La relation entre temps de travail, emploi et salaire est devenue le nouveau contenu de la collusion entre grandes entreprises, services publics et syndicats. L'id&#233;al pour la grande entreprise serait de ne conserver sur place que des segments productifs n&#233;cessitant une main-d'oeuvre tr&#232;s qualifi&#233;e et surtout &#224; la qualification constamment perfectible et transformable (des t&#226;ches consid&#233;r&#233;es il n'y a pas longtemps comme qualifi&#233;es sont maintenant de plus en plus transf&#233;r&#233;es dans le tiers monde), des segments n&#233;cessitant un environnement de transports, de communications, tr&#232;s performant. Le reste serait d&#233;localis&#233; ou pourrait m&#234;me rester en place si au nom de l'emploi on pouvait le faire r&#233;aliser en dessous des normes sociales de salaire jusque l&#224; reconnues comme n&#233;cessaires. Une frange tr&#232;s qualifi&#233;e de la classe ouvri&#232;re, de techniciens, pourra y gagner, celle qui pourra arbitrer entre une l&#233;g&#232;re baisse du salaire et du 'temps libre' suppl&#233;mentaire,en bas de l'&#233;chelle le temps lib&#233;r&#233; s'appelle en fait pr&#233;carit&#233;, alternance de p&#233;riode de travail et de ch&#244;mage, au centre, pour la plus grande partie de la classe ouvri&#232;re, cela signifiera baisse du salaire et confettis de 'temps lib&#233;r&#233;s' au gr&#233; des charges de travail. Cependant la strat&#233;gie d'I.G.Metall en unifiant 'temps libre' , salaire, et emploi, cherche &#224; conserver une emprise globale sur la gestion de la force de travail et &#224; renouveler sa cogestion avec l'ensemble des entreprises allemandes, malgr&#233; leur diff&#233;renciation accrue. C'est ce qui &#233;chappe actuellement aux syndicats su&#233;dois, dans un pays o&#249; le capital national n'a pas la m&#234;me surface et la m&#234;me marge de man&#339;uvre de diff&#233;renciation interne coh&#233;rente, sur une classe ouvri&#232;re segment&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A propos de l'Italie.'Les crit&#232;res de convergence du trait&#233; de Maastricht et la s&#233;v&#232;re cure d'aust&#233;rit&#233; budg&#233;taire qui en d&#233;coule obligeront en effet &#224; revoir la configuration d'un secteur public au sein duquel on trouve les gros bataillons syndiqu&#233;s'(Monde Diplo d&#176;). On souhaite bien du plaisir aux &#233;tats-majors syndicaux italiens qui, il y a deux ans, apr&#232;s avoir avalis&#233; la r&#233;forme des r&#233;gimes de retraites, avaient &#233;t&#233; plusieurs fois contraints de quitter les manifestations et les meetings sous des jets de pierres et de boulons et, la protection de la police.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'article ne parle pas de l'Espagne. Pourtant : l'accord sur la 'solution extrajudiciaire aux conflits du travail' sign&#233; d&#233;but janvier par le patronat d'une part, les Commissions ouvri&#232;res (communistes) et l'U.G.T (socialiste) d'autre part, est un v&#233;ritable bijou d'humanisation et de civilisation de... la classe ouvri&#232;re. 'Les syndicats et le patronat s'engagent &#224; soumettre &#224; un m&#233;canisme de m&#233;diation obligatoire toute gr&#232;ve.' (Le Monde 6 janv 96). Pour l'U.G.T, il s'agit 'd'abandonner le syndicalisme de confrontation et de parier sur un mod&#232;le de relations du travail bas&#233; sur la n&#233;gociation et le dialogue.' (d&#176;). 'Tout texte de pr&#233;avis de gr&#232;ve dans les grandes entreprises ou &#224; l'&#233;chelon national ou r&#233;gional devra pr&#233;ciser que le processus de m&#233;diation &#224; &#233;t&#233; &#233;puis&#233;' (d&#176;) ; 'Un service interf&#233;d&#233;ral de m&#233;diation et d'arbitrage devrait &#234;tre cr&#233;&#233; prochainement et plac&#233; sous la tutelle du minist&#232;re du travail', il s'agit de 'mettre en place des garde-fous &#224; toute tension sociale'. Un tel accord se passe presque de commentaires lorsque l'on sait ce que peut &#234;tre une n&#233;gociation en dehors de tout rapport de forces et combien est fragile le moment o&#249; la mayonnaise d'un conflit prend. On h&#233;site &#224; d&#233;cider si c'est la crapulerie ou la na&#239;vet&#233; qui l'emporte lorsqu'on lit que l'accord sera en vigueur jusqu'au 31 d&#233;c 2000 et pourra &#234;tre reconduit tous les cinq ans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin l'article de Georges Ross s'ach&#232;ve sur la France : 'sacrifiant leur pr&#233;sence active dans l'entreprise &#224; leur participation aux multiples instances de repr&#233;sentations pr&#233;vues par la loi, ils (les syndicats) se sont enferm&#233;s dans un r&#244;le quasi officiel et presque corporatiste de gestion des conqu&#234;tes institutionnelles (comit&#233;s d'entreprise, &#233;lections professionnelles, gestion paritaire, groupes d'expression) souvent conc&#233;d&#233;es par la gauche lors de ses passages au pouvoir.' (Monde Diplo d&#176;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'y a pas &#224; &#234;tre contre l'existence des syndicats, ce serait stupide, ils ne peuvent pas ne pas exister, non comme une fatalit&#233;, mais de par ce qu'ils repr&#233;sentent comme activit&#233; des salari&#233;s eux m&#234;mes. Ces derniers sont bien d&#233;finis &#224; l'int&#233;rieur du mode production capitaliste dans leur implication r&#233;ciproque avec le capital, c'est cela que le syndicalisme exprime socialement et qu' il d&#233;fend et perp&#233;tue, il r&#233;clame sa relation au capital, et ne craint rien plus qu'elle soit menac&#233;e, non parce qu'il 'trahit' (&#231;a ne veut rien dire), ou qu'il serait d&#233;g&#233;n&#233;r&#233;, mais parce que c'est sa raison d'&#234;tre, sa terre nourrici&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'opposition aux syndicats et au syndicalisme ne peut devenir une position fonctionnelle dans le capitalisme, ni m&#234;me dans la lutte des classes, comme si j' avais autre chose &#224; proposer, comme si j' avais &#224; proposer &#224; la classe ouvri&#232;re de ne pas &#234;tre une classe du mode de production capitaliste. D'abord je n'ai rien &#224; proposer et surtout pas &#231;a. Il n' y a pas de norme du 'bon' mouvement, de la 'bonne' gr&#232;ve, du conflit 'parfait', il ne s'agit pas de dire ce qui doit &#234;tre, mais de tenter de cerner la dynamique d'un conflit, ce qui s'y passe et les contradictions productives qui s'y d&#233;veloppent &#224; partir de ce qui est. L'opposition aux syndicats n'est pas une norme, mais un clivage, un choix qui s'effectue, s'impose, &#224; un moment dans la lutte, clivage qui manque rarement de se produire de par ce que sont les syndicats. Pratiquer un mouvement tel qu'il est, c'est savoir ce que sont les syndicats et le reconna&#238;tre dans la lutte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Revenons au coll&#232;ge, ce vendredi 5. Ce matin, &#224; la r&#233;cr&#233;, Bourrel qui avant d'&#234;tre chez les 'verts', &#233;tait &#224; l'O.C.I dans son jeune temps, m'a demand&#233; en rigolant ce que j'avais contre les trotskistes : 'chaque fois que La Castafiore parle, tu la casses.' Cela m'a fait rire, je lui ai r&#233;pondu que je n'avais jamais pu encaisser les lambertistes en activit&#233;, ce qui m'&#233;nerve c'est cette fa&#231;on de poursuivre constamment un but particulier cach&#233; qui d&#233;termine leur activit&#233; apparente. Ce but, de plus en plus merdique, se limite &#224; leur autoreproduction. Ils vont dans un sens, dans l'autre, disent une chose, le lendemain son contraire selon les n&#233;cessit&#233;s de la poursuite de leur but mesquin, qui lui ne change pas. Le fait que l'on ne sache jamais leur but ouvertement a une influence d&#233;l&#233;t&#232;re dans les A.G. Un gars ou une fille de la Ligue ou un anar, on sait ce qu'il fait, ce qu'il veut et on en discute en connaissance de cause, on sait o&#249; &#231;a va.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A partir de l&#224;, j'ai &#233;ssay&#233; de comprendre quelle &#233;tait ma ligne g&#233;n&#233;rale dans le mouvement. J'en arrive, a-posteriori, &#224; d&#233;terminer trois points. D'abord, ne pas s&#233;parer les buts imm&#233;diats et l'avenir possible du mouvement, c'est &#224; dire constamment avoir une vision critique du mouvement lui m&#234;me, saisir globalement les conditions du mouvement et par l&#224; le moment o&#249; celui ci peut les mettre totalement &#224; jour, moment qui est alors l'antichambre de leur remise en question, c'est-&#224;-dire remise en question de leur d&#233;finition dans la reproduction du capital ; ensuite, n'avoir aucun principe particulier sur lequel on voudrait voir se modeler la lutte ; enfin pas d'int&#233;r&#234;ts distincts &#224; promouvoir dans le mouvement : corporatisme, ligne syndicale ou d'organisation particuli&#232;re. En outre, il faudrait que je rajoute, pour &#234;tre honn&#234;te, la volont&#233; d'approfondir ma compr&#233;hension de la lutte de classes et de son devenir, un souci th&#233;orique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Note r&#233;dig&#233;e le 23 janvier sur 'le pacte pour l'emploi' de l'I.G Metall : &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A la mi-janvier la C.D.U, au pouvoir, a adopt&#233; un plan qui sera bient&#244;t soumis au Bundestag. Ce plan pr&#233;voit de stopper la progression des co&#251;ts salariaux, de supprimer deux imp&#244;ts sur les entreprises, d'exon&#233;rer d'imp&#244;ts et d'all&#233;ger les cotisations sociales dans le cas de cr&#233;ations d'entreprises. 'Ces mesures pourraient &#234;tre en partie int&#233;gr&#233;es, dans le courant de l'ann&#233;e, au 'pacte pour l'emploi' propos&#233; par le syndicat I.G Metall et qui fera l'objet, le 23 janvier, d'un sommet chez le chancelier Kohl.' ('Le Monde 17 janv 96)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;j&#224;, Volkswagen avait d&#233;cid&#233; de soutenir 'le pacte pour l'emploi' : 'Le groupe automobile allemand a affirm&#233; vouloir contribuer au succ&#232;s du pacte pour l'emploi en cr&#233;ant mille nouveaux postes dans des secteurs d'avenir... les repr&#233;sentants du personnel de Volkswagen ont accept&#233;, en &#233;change, une r&#233;duction du paiement des heures suppl&#233;mentaires et des samedis ouvr&#233;s...Cet accord permet de ne pas aggraver le plan de suppressions d'emplois chez le constructeur, qui fera passer les effectifs en Allemagne de 105 000 en 1994 &#224; 84 000 en 1998.' ('Le Monde' 16 janv) R&#233;sultat des courses chez Volkswagen : 21 000 suppressions d'emplois, baisse des salaires, contre la promesse de 'vouloir contribuer' &#224; la cr&#233;ation de 1000 postes. Pas de doute 'le pacte pour l'emploi' d'I.G Metall est un franc succ&#232;s. Il est certain que les syndicats fran&#231;ais ne manqueront pas de s'en inspirer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ennui quand on d&#233;monte ce que sont les politiques syndicales c'est que la critique n'a aucune chance de porter. Le militant syndicaliste, surtout s'il est critique, parle toujours du syndicalisme id&#233;al, de son id&#233;e du syndicalisme, qu'il oppose au syndicalisme r&#233;el, toujours repr&#233;sent&#233; de fa&#231;on autonomis&#233;e dans 'les directions'. Son id&#233;e du syndicalisme n'est jamais la synth&#232;se, le concept, de l'activit&#233; syndicale r&#233;elle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Samedi 6 Janvier &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s ces consid&#233;rations chronologiques sur les tactiques syndicales provoqu&#233;es par les discussions de l'A.G du 3 janv, je reviens &#224; la question que je me posais le 2. A l'issue d'un conflit, qu'est ce qu'il en reste ? A-t-on affaire jusqu'&#224; la 'lutte finale' &#224; une suite de conflits sans liaisons entre eux, une r&#233;p&#233;tition d&#233;nu&#233;e de sens. Il est pourtant &#233;vident &#224; l'observation historique de la lutte de classe que celle-ci n'est pas un remake du mythe de Sisyphe. Les moments charni&#232;res de 1848, 1871, 1917-1923, 1936, 1945, 1968-1973, ne sont pas des explosions miraculeuses sans liens entre elles, ni surtout sans liens avec le cours quotidien des conflits de plus basse intensit&#233; de leur p&#233;riode. Il faut &#233;vacuer comme &#233;tant une mauvaise r&#233;ponse, la probl&#233;matique de la m&#233;moire qui n'inscrirait l'histoire de la lutte de classe que dans une somme de cursus individuels sans comprendre, c'est-&#224;-dire sans produire, ces individus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'histoire du mode de production capitaliste est l'histoire de la contradiction entre le prol&#233;tariat et le capital. On ne peut m&#234;me pas dire que le capital 'tient compte' de chaque conflit, ce qui serait hypostasier les termes en leur conf&#233;rant une substantialit&#233; qu'aucun ne poss&#232;de de fa&#231;on autonome, s&#233;par&#233; de l'autre terme de la contradiction. Le capital ne 'tient pas compte' des conflits, comme s'il pouvait faire autrement, comme s'il pouvait ne pas &#234;tre sa propre contradiction, ne pas &#234;tre sa propre histoire. Non seulement la situation de la lutte de classe quotidienne n'est pas sans issue (je ne parle pas ici de la d&#233;fense de sa situation ou de son am&#233;lioration, ne remettant pas fondamentalement en cause cette situation elle-m&#234;me), mais encore c'est dans cette situation quotidienne, d&#233;finitoire de ce qu'est le d&#233;veloppement du capital, que cette issue est produite. Les crises r&#233;volutionnaires seraient un miracle si elles n'&#233;taient pas ancr&#233;es dans les luttes de classe ant&#233;rieures. Les luttes quotidiennes d&#233;finissent des phases, des cycles de luttes qui scandent l'histoire du mode de production capitaliste, elles d&#233;finissent les stades de l'histoire de ce mode de production parce que sa contradiction centrale et motrice, sa propre dynamique, c'est l'exploitation, qui comme r&#233;sultat, accumulation, conf&#232;re au capital en tant que p&#244;le du rapport, la d&#233;termination de 'm&#233;diation historique' de la classe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mouvement que nous avons connu n'est pas une histoire franco-fran&#231;aise que le rejet des accords de Maastricht pourrait r&#233;soudre. Le m&#234;me type de luttes est r&#233;pandu non seulement partout en Europe, mais au Canada, aux Etats-Unis (Boeing), au Mexique m&#234;me. La r&#233;duction des d&#233;penses publiques et des transferts sociaux est le programme que partout le F.M.I et la Banque Mondiale appliquent dans le tiers-monde, malgr&#233; la modicit&#233; de ceux-ci. Ce conflit s'inscrit dans un processus &#224; long terme qui n'est pas celui de la m&#233;moire ouvri&#232;re des luttes, mais du cours du mode production capitaliste. Par l&#224;, la lutte de classes est production et transformation de ses conditions, elle donne sens &#224; l'histoire, non un sens transcendant qui l'agirait souterrainement sur le mode de l'&#233;conomie ; elle donne ce sens en ce que c'est elle m&#234;me qui donne forme et contenu aux crises du mode de production. (A Suivre)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Dimanche 7 Janvier &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis la fin des ann&#233;es 70, le mode de production capitaliste est entr&#233; dans une phase de restructuration au travers de ces ann&#233;es de crise, restructuration que l'on peut consid&#233;rer aujourd'hui comme &#224; peu pr&#233;s achev&#233;e. Cette restructuration a consist&#233; d'une part en la suppression de toutes les s&#233;parations, protections, sp&#233;cifications qui pouvaient faire obstacle &#224; la baisse de la valeur de la force de travail dans le cadre de l'extraction de plus-value relative . Ce qui s'est traduit par : flexibilit&#233;, ch&#244;mage, pr&#233;carit&#233;, suppression des statuts, d&#233;localisation, segmentation de la force de travail, sous traitance, suppression des cloisonnements entre formation-emploi-ch&#244;mage. Il y a eu cr&#233;ation d'un nouveau march&#233; du travail et de nouvelles modalit&#233;s de la baisse de la valeur de la force de travail. D'autre part, elle a pos&#233; le d&#233;passement de tout ce qui pouvait entraver la m&#233;tamorphose de la plus value en capital nouveau, en capital additionnel : fin de la contrainte mon&#233;taire li&#233;e &#224; l'apparition mat&#233;rielle de la monnaie, d&#233;r&#232;glementation du cr&#233;dit, produits financiers d&#233;riv&#233;s, mondialisation de la circulation du capital, d&#233;passement de la division du cycle international du capital entre Est et Ouest, entre centre capitaliste et p&#233;riph&#233;rie, d&#233;passement du cadre national comme cadre de l'accumulation du capital. D'un point de vue th&#233;orique plus g&#233;n&#233;ral, il faut se garder de consid&#233;rer la disparition d'entraves comme le d&#233;gagement d'un noyau longtemps &#233;touff&#233;. Ces &#233;l&#233;ments qui se cristallisent comme entraves ont &#233;t&#233; ant&#233;rieurement les conditions m&#234;mes de l'accumulation, c'est dans la crise que ces conditions de l'accumulation ant&#233;rieure sont produites comme entraves par le niveau m&#234;me d'accumulation qu'elles ont &#233;t&#233; &#224; m&#234;me d'impulser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que ces transformations actuelles du cours de l'accumulation capitaliste d&#233;finissent une restructuration du capital, ne supprime pas le fait que le capital porte en lui la crise comme la nu&#233;e porte l'orage. Synth&#233;tiquement, la restructuration se saisit comme la co&#239;ncidence de la production de plus-value dans le proc&#232;s imm&#233;diat de production et la reproduction des conditions de cette production. Apr&#232;s avoir commenc&#233; par la modification du proc&#232;s de production imm&#233;diat en absorbant dans l'automatisation, la robotique etc. les forces collectives du travail jusque l&#224; inh&#233;rentes &#224; la collection des travailleurs (comme travailleur collectif), c'est tout le proc&#232;s de reproduction qui fut modifi&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qu'une telle restructuration a fait dispara&#238;tre c'est l'identit&#233; ouvri&#232;re fond&#233;e sur la 'grande usine', sur la dichotomie entre emploi et ch&#244;mage, travail et formation, sur la soumission du proc&#232;s de travail &#224; la collection des travailleurs, sur les relations 'keynesiennes' entre salaire, productivit&#233;,croissance, &#224; l'int&#233;rieur d'une aire nationale. Il ne s'agit pas d'une 'disparition de la classe ouvri&#232;re', mais de la disparition d'une identit&#233; de celle-ciconfirm&#233;e et confort&#233;e &#224; l'int&#233;rieur de la reproduction du capital de par ses caract&#233;ristiques.Cette reproduction lui conf&#233;rait une existence autonome, une identit&#233; dans sa nature 'd'&#234;tre pour l'exploitation'. Finis Lunapark, Balajo, Bastille Nation, nationalisation des moyens de production, forteresse ouvri&#232;re, 'Humanit&#233;-Dimanche', paradis socialiste : 'la vie en bleu'.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;volte de d&#233;cembre 95 en m&#234;me temps qu'elle se donnait pour objectif (sans trop s'illusionner elle-m&#234;me sur la possible r&#233;alisation de cet objectif, ni m&#234;me en cas de succ&#232;s sur la durabilit&#233; de celui-ci) la r&#233;sistance &#224; un aspect de cette restructuration, se d&#233;veloppait sur la base des transformations globalement acquises de cette restructuration, et agissait dans un immense ras-le-bol de la nouvelle situation. Ce n'est pas en totalit&#233; dans le syndicalisme, ni dans un projet de soci&#233;t&#233; salariale (ce projet ne fut souvent qu'une d&#233;coration id&#233;ologique sans grand rapport avec le mouvement) , que la classe a exist&#233;. Les syndicats comme ils le reconnurent eux-m&#234;mes accompagn&#232;rent la gr&#232;ve et la r&#233;volte, on ne les vit 'devenir le mouvement' qu'avec le sommet. La classe n'a exist&#233; que dans la lutte contre le capital. Son unit&#233;, son existence, ce ne sont pas en lui-m&#234;me que le prol&#233;tariat les a trouv&#233;es, il les produit constamment contre le capital, que ce soit massivement, tous ensemble, ou de fa&#231;on mol&#233;culaire dans le cours m&#234;me du proc&#232;s de travail, isol&#233;ment ou en petite solidarit&#233; de r&#233;sistance ou de coulage. De plus ce mouvement, en apparence cat&#233;goriel, mais sans illusions sur les statuts, portait plus loin sa combativit&#233;, sur la reproduction d'ensemble de la force de travail. Ce fut l&#224; que se situa le noeud de la critique du plan Jupp&#233;, o&#249; se cristallisaient autant l'opposition aux modalit&#233;s de 'la mise au travail' et du salaire, que l'opposition aux modalit&#233;s de reproduction du capital (mondialisation, finance ).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant l&#224;, on pourrait noter un nouvel &#233;l&#233;ment se rattachant &#224; ce que je disais &#224; propos du mouvement qui n'est pas semble-t-il all&#233; au bout de lui m&#234;me, de ses propres conditions d'existence. Cet &#233;l&#233;ment c'est ce que rel&#232;ve Max Gallo dans 'L'Humanit&#233;' du 16 d&#233;c : 'La gr&#232;ve, l'irruption des manifestants sur la sc&#232;ne, d&#233;voile la permanence du cadre national, milieu naturel des luttes sociales.' Ce dont se r&#233;jouit Max Gallo, fut en fait une limite du mouvement, il ne s'est jamais d&#233;parti de cette conscience nationale, si ce n'est pour comprendre l'internationalisation du capital comme une manipulation ext&#233;rieure : les march&#233;s, Bruxelles, Maastricht. Ce cadre national a &#233;t&#233; la formalisation de la limite de la critique par le mouvement de la notion de service public, dont la d&#233;fense a critallis&#233; la notion diffuse de solidarit&#233; . Ce pendant, depuis longtemps les t&#233;l&#233;com, certains services de la poste, comme le tri, E.D.F... sont g&#233;r&#233;s selon des crit&#232;res de retabilit&#233; qui n'ont plus rien &#224; voir avec le mythe du service public. Et malgr&#233; le discours sur les services publics, dans les rares cas o&#249; il y eut utilisation dans la gr&#232;ve de 'l'outil de travail', cela se fit selon des crit&#232;res de lutte contre l'&#233;tat et le capital, et de solidarit&#233; de classe : tri des lettres des Assedic pour ne pas p&#233;naliser les ch&#244;meurs, coupures de courants pour certaines grosses entreprises et administrations, basculement de quartiers populaires en tarif de nuit...Il ne s'agissait pas de se mettre &#224; g&#233;rer soi-m&#234;me son outil de travail, mais de s'en servir comme moyen de lutte, comme 'arme'.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne faut pas croire que les luttes semblables qui vont probablement se multiplier dans les ann&#233;es &#224; venir d&#233;bouchent sur ce que j'appelle la fusion d'un mouvement. En effet sur la base de la restructuration globalement acquise, c'est une p&#233;riode d'accumulation du capital qui s'ouvre. P&#233;riode qui n'aura rien &#224; voir quant &#224; son rythme avec ce que nous avons connu sous les 'trente glorieuses', nous voyons d&#233;j&#224; r&#233;appara&#238;tre les cycles courts, ni quant &#224; ses implications salariales. On ne peut pr&#233;voir la longueur de cette phase, mais l'accomplissement de celle-ci et sa crise seront les conditions n&#233;cessaires de cette fusion de la lutte de la classe. Les luttes de d&#233;cembre et de nombreuses luttes identiques tant en Europe qu'au Etats-Unis, indiquent l'ach&#232;vement de cette phase de restructuration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet pour le capital le r&#233;tablissement du taux de profit n'est jamais suffisant, ni l'abaissement de la valeur globale de la force de travail, c'est toujours de fa&#231;on conflictuelle que se fixe les nouvelles r&#232;gles de l'exploitation et les nouvelles modalit&#233;s formelles de l'implication r&#233;ciproque. 'Si la crise est d&#233;clar&#233;e par le capitalisme &#224; la suite d'une baisse du taux de profit moyen, sa reconstitution ne donne pas lieu pour autant &#224; la 'sortie de crise'. D'abord, parce qu'il n'y a pas de limite au gain souhaitable du point de vue capitaliste, ensuite parce que ces profits ne sont jamais assur&#233;s pour une entreprise capitaliste donn&#233;e (la crise est aussi l'occasion d'une guerre &#233;conomique intestine au capital, &#224; l'&#233;chelle des firmes, des groupes nationaux...), enfin et surtout parce que la r&#233;alisation et la r&#233;partition de la survaleur globale ne d&#233;pendent ni du seul r&#233;am&#233;nagement du rapport salarial (quantitativement et qualitativement), ni de la seule redistribution des cartes financi&#232;res et propri&#233;taires (privatisations, concentrations, internationalisations) ; elles d&#233;pendent surtout d'une restructuration de la soci&#233;t&#233; enti&#232;re, d'une 'r&#233;forme' de celle-ci, qui exc&#232;de les int&#233;r&#234;ts et les capacit&#233;s des seuls d&#233;tenteurs de capitaux. La tendance &#224; la 'sortie de crise', l'acceptation des compromis globaux, les innovations structurelles (en particulier celle concernant la place du travail lui-m&#234;me), les nouveaux &#233;quilibres de pouvoir ne s'effectuent qu'en fonction et en r&#233;ponse &#224; la pression des travailleurs.' ('A contre courant' d&#233;c 95-janv 96 B.P 2123 68060 Mulhouse Cedex)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mardi 9 Janvier &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour terminer ce journal et ces r&#233;flexions sur le mouvement de d&#233;cembre 95, je m'attacherai aux interpr&#233;tations qui en furent faites. Je laisserai de c&#244;t&#233; les interpr&#233;tations des intellectuels &#224; la Touraine, Claude Lefort, 'Solon', Perrineau et Wieviorka dont la compr&#233;hension ne va pas plus loin que : 'En cette fin d'ann&#233;e 1995, la lutte des gr&#233;vistes est rest&#233;e arc-bout&#233;e sur la d&#233;fense des int&#233;r&#234;ts acquis des salari&#233;s du secteur public' (les deux derniers duettistes dans la liste ci-dessus 'Le Monde' 20 d&#233;c). M&#234;me si cela avait &#233;t&#233; &#233;tait vrai, qu'est ce qu'il y aurait &#224; redire ? Il est vrai que dans le langage actuel, int&#233;r&#234;ts acquis se dit privil&#232;ges, et la r&#233;sistance &#224; la pr&#233;carisation se dit conservatisme. Face &#224; ces positions, la r&#233;ponse de Christian Baudelot et St&#233;phane Isra&#235;l dans 'Le Monde' du 28 d&#233;c est suffisante : 'L'action r&#233;cente des gr&#233;vistes et des syndicats montre aux fractions populaires tent&#233;es par les sir&#232;nes du lep&#233;nisme qu'il existe d'autres expressions possibles, plus dynamiques, de leur m&#233;contentement,..d&#233;j&#224; au XIX&#176;s, les philanthropes opposaient leurs bons pauvres &#224; l'action des syndicats naissants. Doit-on opposer les exclus &#224; la fraction des classes moyennes les plus expos&#233;es &#224; la crise, celle dont le pouvoir d'achat r&#233;gresse, qui affronte la pr&#233;carisation et la menace du licenciement ? les uns et les autres ne forment pas des cat&#233;gories &#233;tanches, mais s'interp&#233;n&#232;trent, et sont victimes, &#224; des degr&#233;s et &#224; des rythmes diff&#233;rents, de la m&#234;me crise. Les fonctionnaires savent tr&#232;s bien que la pr&#233;carisation qui s'insinue partout dans le service public est l'antichambre de l'exclusion...La fausse opposition 'exclus' - classes moyennes sert le conservatisme social le plus strict. De m&#234;me que l'humanitaire ne saurait faire office de politique &#233;trang&#232;re, l'abb&#233; Pierre si fond&#233; que soit son combat, ne saurait incarner &#224; lui seul la question sociale.'&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parmi les tentatives de compr&#233;hension, la plus int&#233;ressante est celle qui tourne autour des th&#232;mes que 'Le Monde Diplomatique' dans son n&#176; de janvier a commenc&#233; &#224; synth&#233;tiser, ce fut &#233;galement le contenu de l'intervention de Pierre Bourdieu &#224; la Gare de Lyon ('Lib&#233;ration' 14 d&#233;c 95). 'Par leur formidable r&#233;volte sociale de d&#233;cembre 95, les Fran&#231;ais ont collectivement, pour la premi&#232;re fois, exprim&#233; leur refus d'un mod&#232;le de soci&#233;t&#233; fond&#233; sur l'&#233;conomisme, le lib&#233;ralisme int&#233;gral, le totalitarisme des march&#233;s et la tyrannie de la mondialisation...Un pouvoir qui apparait de plus en plus comme l'ex&#233;cutant, le suppl&#233;tif, le harki des vrais ma&#238;tres du monde : les march&#233;s financiers...choix purement id&#233;ologique fond&#233; sur la rigueur budg&#233;taire, la d&#233;localisation, la comp&#233;titivit&#233;, la productivit&#233;,...brutalit&#233; de l'ajustement structurel impos&#233; par Bruxelles...Crit&#232;res de convergence d&#233;finis par le trait&#233; de Maastricht...Une &#233;conomie sans efficacit&#233; sociale peut-elle avoir un quelconque sens ? ' (Editorial du 'Monde Diplomatique' de Janvier). 'Les engagements europ&#233;en de la France, v&#233;ritables machines de guerre contre les entreprises et les services publics.' (Bernard Cassen 'Monde Diplomatique'). On retrouve le m&#234;me discours avec Bourdieu : 'Ce qui est en jeu, aujourd' hui, c'est la reconqu&#234;te de la d&#233;mocratie contre la technocratie : il faut en finir avec la tyrannie des experts, style Banque Mondiale ou F.M.I, qui imposent sans discussions les verdicts du nouveau L&#233;viathan, les march&#233;s financiers, et qui n'entendent pas n&#233;gocier, mais expliquer.'`Il est vrai que Bourdieu se r&#233;serve le r&#244;le, &#224; lui et &#224; ses semblables, 'd'&#233;laborer des analyses rigoureuses et des propositions inventives sur les grandes questions'.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toutes ces analyses sont extr&#234;mement pertinentes quant aux int&#233;r&#234;ts du capitalisme &#224; remettre en cause statuts et services publics, quant &#224; l'int&#233;r&#234;t des banques et des assurances &#224; s'emparer du pactole des caisses de retraites, quant &#224; l'int&#233;r&#234;t des multinationales &#224; investir &#224; la seconde dans tel ou tel pays, quant &#224; celui de leur tr&#233;sorerie de se m&#233;tamorphoser instantan&#233;ment d'une monnaie dans une autre etc...Cependant l&#224; o&#249; le b&#226;t blesse, c'est que dans tout cela il n'est jamais question de capitalisme, mais de Maastricht, de march&#233;s financiers, de contraintes ext&#233;rieures ou des 'ma&#238;tres du monde'. 'Lib&#233;ralisme int&#233;gral', 'contrainte ext&#233;rieure', '&#233;conomisme', 'tyrannie des march&#233;s', sont l&#224; pour ne pas dire capitalisme. Bien-s&#251;r le mot capitalisme n'est pas la formule magique qui dispense de toute analyse, mais il fonde cette analyse et la situe dans une probl&#233;matique o&#249; l'on ne confond pas les effets avec les causes, il &#233;vite de se poser en d&#233;fenseur d'un capitalisme humanis&#233;. Comme le capitalisme national, et le service public sont beaux du haut d'une chaire du Coll&#232;ge de France.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cette analyse, le 'lib&#233;ralisme' ou 'la mondialisation' ne sont pas des n&#233;cessit&#233;s de la valorisation, mais seraient des choix id&#233;ologiques, nous voil&#224; dans le monde d&#233;mocratique du citoyen, celui du 'mauvais gouvernement', des 'dirigeants injustes'. C'est chaque capital national qui &#224; partir des ann&#233;es 70, ne peut plus boucler son accumulation sur son aire nationale, ce qui entre autre chose fait &#233;clater le 'compromis fordiste'. A partir du moment o&#249; le mouvement d'internationalisation du capital, dans les ann&#233;es 60, devient dominant parce que vital pour des entreprises dont les gains de productivit&#233; d&#233;pendent de la production en grandes s&#233;ries et des &#233;conomies d'&#233;chelle, il ne devient de plus en plus difficile de consid&#233;rer comme li&#233;s dans un cercle vertueux : hausse de la productivit&#233;, gains de pouvoir d'achat, accroissement des profits, le tout lubrifi&#233; par une l&#233;g&#232;re inflation rampante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toutes ces analyses id&#233;ologiques reposent sur l'opposition factice entre l'&#233;conomie, les entreprises (autres que celles des 'ma&#238;tres du monde') et le lib&#233;ralisme, les march&#233;s financiers, les banques internationales, Bruxelles et le F.M.I. Non, le pouvoir d'Etat en France ou ailleurs n'est pas le harki des march&#233;s financiers, on nous ressort la th&#233;orie des bourgeoisies compradores, celle qui autorisait l'alliance avec la bonne bourgeoisie locale productive et finit pour le prol&#233;tariat dans les locomotives de Shangha&#239;. Il y aurait une 'richesse' &#224; partager, une sorte de 'richesse' sortie socialement neutre d'une production en g&#233;n&#233;ral, qui ne serait pas d&#233;j&#224; le r&#233;sultat de rapports sociaux de production qui sont des rapports d'exploitation. Le principal r&#233;sultat de la production capitaliste ce n'est ni le produit-marchandise, ni m&#234;me la plus-value, c'est le capital lui-m&#234;me, c'est &#224; dire la reproduction de l'ouvrier d'un c&#244;t&#233; et du capital de l'autre (capital en soi sous la forme des moyens de production). Dans cette neutralit&#233; de la production en g&#233;n&#233;ral, il y aurait une richesse &#224; partager et la diff&#233;rence de classes n'interviendrait qu'au niveau de la distribution, ce qui fait qu'elle n'en est pas vraiment une et qu'elle peut &#234;tre r&#233;solue, comme on r&#233;soud une fracture (sociale), pourvu que les 'parasites' (march&#233;s, harkis, ma&#238;tres du monde, et 'concombre masqu&#233;') nous laissent entre citoyens...'Allons enfants !' .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le capital de pr&#234;t, le cr&#233;dit, la banque, ne sont pas des excroissances parasitaires sur 'l'&#233;conomie r&#233;elle', comme si cette '&#233;conomie r&#233;elle' n'&#233;tait pas celle de la mise en valeur de la valeur, comme si elle avait pour but dans la production de marchandise, la valeur d'usage et non la valeur d'&#233;change, comme si elle n'&#233;tait pas une &#233;conomie mon&#233;taire, comme si l'argent pouvait ne pas &#234;tre capital et, le capital, capital-argent, capital de pr&#234;t, capital financier. Ce dernier peut, il est vrai, parfois, entrer en conflit avec le capital industriel sur la r&#233;partition de la plus-value et l'affectation du capital, mais il n'y a que Philippe Herzog pour vouloir arbitrer ce diff&#233;rend. Le capital est valeur se mettant en valeur, argent faisant des petits par la gr&#226;ce de la consommation du travail. Quand il retrouve sa forme argent &#224; l'issue du proc&#232;s de production, c'est sa libert&#233; qu'il retrouve, c'est lui-m&#234;me. Cela d&#233;pend de ses propres conditions de reproduction, de son niveau de valorisation, de son taux de profit g&#233;n&#233;ral, que capital financier et capital industriel s'accordent ou s'opposent, que les taux d'int&#233;r&#234;ts tendent ou non &#224; exc&#233;der le taux de profit. Vouloir que la production capitaliste ne se d&#233;veloppe pas sous la formedu cr&#233;dit et des march&#233;s financiers est une imb&#233;cillit&#233;. Une telle imb&#233;cillit&#233; que cela put &#234;tre en partie le discours du candidat Chirac.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'agit de ne jamais dire capitalisme mais 'lib&#233;ralisme', exploitation mais 'injustice', classe capitaliste mais 'ma&#238;tres du monde' etc...Cependant 'l'erreur' de Bourdieu ou du 'Monde Diplomatique' est une erreur th&#233;orique qui ne rel&#232;ve pas seulement d'une critique th&#233;orique. Non seulement il s'agit du sauvetage de l'id&#233;ologie de la gauche, depuis le P.S jusqu'au P.C, en passant par les 'Verts', la 'Ligue communiste' et toutes les alternatives roses, vertes etc..., en cela elle ne serait que ridiculement path&#233;tique ; mais encore elle parait coller au mouvement et c'est en cela qu'il est important de d&#233;passer le stade de sa critique comme &#233;nonc&#233; faux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme nouvelle id&#233;ologie de la gauche, elle n'a pas eu un grand impact dans le mouvement de d&#233;cembre, malgr&#233; la pl&#233;iade de mouvements plus ou moins importants qui l'exprime : 'Alternative pour la d&#233;mocratie socialiste' (A.D.S) de Claude Poperen, 'Ligue Communiste R&#233;volutionnaire', 'Les Verts', 'L'alternative rouge et verte' (A.R.E.V), 'Refondateurs communistes' (Futurs), et en grande partie le P.C lui-m&#234;me. 'Le mouvement de d&#233;cembre aurait pu &#234;tre pour les 'petites gauches', l'occasion d'un sursaut. Il n'en a rien &#233;t&#233;. La gauche alternative n'a pas r&#233;ussi &#224; se faire le relais du mouvement social...La 'gauche de la gauche socialiste' disposait pourtant d'une plate-forme solide, qui passe d'abord par le refus unanime d'une politique mon&#233;tariste et de l'Europe lib&#233;rale...Le 'Mouvement des citoyens' (M.D.C) de J.P Chev&#232;nement, mais aussi le parti communiste, y puisent le sel de leurs analyses sur le conflit : 'il s'agit bien de la premi&#232;re manifestation de masse contre l'esprit de Maastricht ' confirme aujourd' hui le M.D.C...Les incertitudes du P.C.F sur les alliances &#224; mener et le parti &#224; construire ont sans doute contribu&#233; &#224; ce rendez-vous rat&#233;' ('Le Monde' 7 janv 96). Les h&#233;sitations tactiques du P.C entre la solitude, le rabibochage occasionnel avec le P.S, ou la liaison avec les associations et la gauche alternative, sont loin de pouvoir expliquer ce ratage. Le P.C dans ses oeillades adress&#233;es &#224; la gauche alternative ne vise en fait qu'&#224; se reconstruire un poids, une identit&#233;, dans ses relations avec le P.S. Il s'agit de se faire reconna&#238;tre par le P.S, le probl&#232;me du P.C se sont les 47,3% de Lionel Jospin. Pour 'la gauche de la gauche', &#224; travers le P.C, c'est &#233;galement une influence sur le P.S qu'elle cherche &#224; se donner. Je ne pense pas d'une part que la r&#233;ussite de l'ancrage de cette id&#233;ologie dans le mouvement est structurellement possible, et d'autre part que l'ad&#233;quation de cette id&#233;ologie avec le mouvement d&#233;passe le stade de l'apparence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour le premier point, la configuration actuelle du rapport d'exploitation interdit tout d&#233;veloppement id&#233;ologique sur une soci&#233;t&#233; de salari&#233;s ou ayant le travail salari&#233; pour base, ou le travail producteur de valeur. La classe ouvri&#232;re ne peut plus se rapporter &#224; elle-m&#234;me comme &#224; quelque chose existant pour soi face au capital. C'est le conflit qui est le rapport structurant la classe. On ne peut plus partir de ce qu'est la classe pour soi face au capital, pour d&#233;velopper une nouvelle 'soci&#233;t&#233; des producteurs associ&#233;s'. Le seul d&#233;passement possible du capital est celui dans lequel la classe s'abolit simultan&#233;ment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De toute fa&#231;on, ce n'est pas une affirmation de ce qu'est la classe ouvri&#232;re qui constitue le point de d&#233;part de ce projet, c'est ce qu'est le capital, en cela c'est bien un projet alternatif. Un projet alternatif au capital tel qu'il est, pour lui opposer ce qu'il devrait &#234;tre, en tant que forme &#233;ternelle de la production, probl&#233;matique d'o&#249; d&#233;coule toutes les 'd&#233;rives' th&#233;oriques. Dans son projet m&#234;me, la gauche alternative rend hommage au caract&#232;re ind&#233;passable du capitalisme, ce qu'on lui reproche c'est d'&#234;tre 'lib&#233;ral', 'mondial'. Ce dont on r&#234;ve c'est d'une soci&#233;t&#233; capitaliste apais&#233;e. A la pointe de la formulation de ce r&#234;ve se retrouve bien-s&#251;r, &#224; l'aise, l'intelligentsia de l'exception culturelle qui en d&#233;fendant 'les valeurs humaines' d&#233;fend son gagne-pain, et les professionnels de l'encadrement social (animateurs, enseignants, directions syndicales...). Le souci que manifeste ce projet c'est celui d'une reproduction de l'implication r&#233;ciproque entre prol&#233;tariat et capital pr&#233;serv&#233;e de ses contradictions et de ses drames, en cela il peut appara&#238;tre comme un d&#233;bouch&#233; politique au syndicalisme. Le citoyen, l'individu abstrait de la communaut&#233; capitaliste r&#233;concili&#233;e, est la formule magique du projet, son ma&#238;tre d'oeuvre, son h&#233;ros.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est autour de ce projet et dans cette d&#233;marche que se situe &#233;galement l'analyse expos&#233;e par Daniel Bensa&#239;d, dans un texte paru dans 'Le Monde' du 30 d&#233;c 95. Face &#224; la dictature des march&#233;s, qu'elle soit relay&#233;e par la droite ou par la gauche : 'Les gr&#233;vistes et leurs syndicats sont porteurs de propositions et de solutions : pour une politique de transport et d'am&#233;nagement du territoire, pour une participation des T&#233;l&#233;coms &#224; la r&#233;volution des communications qui n'oblige en rien &#224; privatiser une entreprise publique rentable...un choix de soci&#233;t&#233; indissociablement national et europ&#233;en...l'&#233;bauche d'une alternative &#224; la dictature des march&#233;s financiers.'. 'La r&#233;bellion populaire est au contraire porteuse d'avenir et d'une dynamique de r&#233;formes'.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La position de Bensa&#239;d ne m&#233;riterait aucune attention particuli&#232;re, si elle ne faisait suite &#224; la publication par le m&#234;me de deux ouvrages sur Marx. Ce n'est pas le lieu de d&#233;velopper cela ici, mais il semblerait qu'apparaisse une nouvelle &#233;cole de marxologie, o&#249; la critique du 'positivisme', de la notion de loi, d&#233;bouche sur la perspective de la d&#233;mocratie participative (Bidet, Bensa&#239;d, Balibar, Vadet, Derrida...). La critique du d&#233;terminisme, de la relation entre infrastructure et superstructure, de la notion de loi (critique qui n'est pas en soi superflue), sert &#224; refonder les notions de participation, de projet, et de politique. L'illusion r&#233;formiste la plus banale se donne des grands airs de th&#233;orie du chaos : 'On ne peut pr&#233;voir que la lutte'. Et tout cela aboutit aux d&#233;clarations de son comp&#232;re Krivine qui p&#232;se le bon et le mauvais des positions europ&#233;ennes de Philippe Seguin. En fin de compte ce que l'on pr&#233;voit de fa&#231;on plus que d&#233;terministe c'est l'&#233;ternit&#233; du mode de production capitaliste dont la contradiction est la dynamique m&#234;me. On a lanc&#233; sur le march&#233; id&#233;ologique un nouveau produit et le comportement qui va avec (comme il est maintenant de r&#232;gle) : le r&#233;formisme intellectuellement chic. Sa r&#232;gle de base est la suivante : vive le conflit, vive le capitalisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ad&#233;quation de cette id&#233;ologie avec le mouvement n'est que momentan&#233;e, occasionnelle, superficielle, apparente, elle ne s'ancre pas dans le conflit. Le d&#233;bouch&#233; politique, n'est pas une n&#233;cessit&#233; inscrite dans l'implication r&#233;ciproque entre prol&#233;tariat et capital, comme l'est le syndicalisme. Il le fut tant que sous une forme ou une autre l'opposition entre prol&#233;tariat et capital confortait une identit&#233;, une autonomie de la classe face au capital. Le capital &#233;tait alors produit face &#224; cette identit&#233; comme ext&#233;rieur &#224; la d&#233;finition de la classe, elle pouvait alors trouver en elle-m&#234;me les principes de son affirmation. La nature du projet actuel manifeste bien la caducit&#233; de cette &#233;poque : ce n'est pas sur ce qu'est la classe face au capital que se fonde le projet, mais sur une &#233;pure du capitalisme industriel, un capitalisme r&#234;v&#233; face au capitalisme r&#233;el.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce d&#233;calage fondamental du projet par rapport au mouvement se vit &#233;galement de fa&#231;on plus imm&#233;diate. Comment croire &#224; la fable des 'ma&#238;tres du monde', quand quotidiennement c'est le rapport capitaliste d'exploitation, de contrainte au travail, que l'on a face &#224; soi. Quand dans chaque entreprise, d&#233;p&#244;t, centre de tri ou m&#234;me &#233;tablissement scolaire, on voit que les contraintes de la productivit&#233;, celles de la d&#233;valorisation de la force de travail, celles de la pr&#233;carit&#233;, viennent du terrain m&#234;me sur lequel on est engag&#233;, des rapports qui s'y nouent et non de Bruxelles qui est bien plut&#244;t l'&#233;manation de ces n&#233;cessit&#233;s. C'est chaque parcelle de capital, m&#234;me et surtout la plus 'production r&#233;elle' possible,qui vit de la baisse du niveau de vie, c'est le rapport dans le travail lui-m&#234;me qui produit le fameux lib&#233;ralisme et Bruxelles, et non l'inverse. Dans le mouvement de d&#233;cembre, l'id&#233;ologie du service public, sa cible (le plan Jupp&#233;), n'ont pas totalement masqu&#233; cela, elles ont m&#234;me amen&#233; le conflit au point o&#249; il pouvait passer &#224; autre chose, et ne le pouvait pas. Ce fut l'&#233;trange fin de la gr&#232;ve qui ne voulait ni ne pouvait en &#234;tre une, tout en se r&#233;signant &#224; ne pas aller plus loin. Dans les jours qui suivirent la grande manifestation du 12 d&#233;c, le mouvement de gr&#232;ve, dans sa dynamique &#233;tait parvenu au point o&#249; il se d&#233;voilait &#224; lui-m&#234;me ses propres causes, ses propres conditions d'existence. Il &#233;tait parvenu au moment o&#249; ce d&#233;voilement peut se muer en la remise en cause pour un mouvement de ses conditions. Arriv&#233; &#224; un certain point, ind&#233;finissable &#224; l'avance, il devient &#233;vident que l'on ne peut continuer &#224; se battre contre le capital sur une base inscrite, m&#234;me conflictuellement, en totalit&#233; dans sa reproduction. Du partage entre salaire et profit, on passait aux notions m&#234;me de salaire et de profit comme cibles de la lutte ; d&#233;j&#224; les notions de s&#233;curit&#233; sociale, de service public et d'acquis commen&#231;aient &#224; avoir du plomb dans l'aile. De la pr&#233;carit&#233; et du ch&#244;mage comme forme 'd&#233;grad&#233;e' du salariat on passait &#224; leur compr&#233;hension comme &#233;tant le coeur de la situation de salari&#233;, de la critique des &#233;lites s&#233;par&#233;es et arrogantes on passait &#224; celle de l'autonomisation de nos propres rapports dans l'Etat, des probl&#232;mes de la redistribution de la richesse on passait &#224; la nature m&#234;me de cette richesse comme marchandise et capital. La fusion d'un conflit de classe n'est pas un probl&#232;me de conscience ou de lib&#233;ration de la situation ant&#233;rieure de la classe, mais peut s'inscrire et s'inscrira comme la dynamique d'un conflit de classe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;EPILOGUE&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Dimanche 11 F&#233;vrier &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai rendez-vous le matin &#224; 9h devant le coll&#232;ge pour aller &#224; la manifestation de la F.S.U, du S.U.D et de certains syndicats C.F.D.T, &#224; Marseille. Il fait un temps splendide. J'ai longtemps h&#233;sit&#233; &#224; me rendre &#224; cette manifestation. Pour moi elle entre dans la logique qui avait amen&#233; au sommet social, elle est la continuation de celui-ci. Il s'agit pour les syndicats de ramener le conflit de d&#233;cembre dans les limites connues de la conflictualit&#233; syndicale &#224; l'int&#233;rieur de l'implication r&#233;ciproque entre salari&#233;s et capital, dont la n&#233;gociation &#224; l'int&#233;rieur de l'Etat et de l'&#233;conomie nationale est toujours d&#233;j&#224; le contenu donn&#233;. Il s'agit &#233;galement pour les syndicats de se livrer &#224; une d&#233;monstration r&#233;troactive : puisque 6 semaines apr&#232;s la fin du mouvement nous (les syndicats) continuons &#224; manifester, et cette fois dans un cadre bien d&#233;limit&#233;, cela signifie que le mouvement c'&#233;tait nous. Cela a un petit c&#244;t&#233; de raisonnement par l'absurde : si maintenant on nous enl&#232;ve, il n'y a plus de mouvement, donc le mouvement c'est nous et c'&#233;tait nous. Il y a &#233;galement pour la F.S.U, le d&#233;sir d'&#233;trenner sa toute neuve reconnaissance comme organisation repr&#233;sentative des salari&#233;s (et pas seulement des salari&#233;s de l'Education Nationale). Dire qu'il s'agit de la suite naturelle du mouvement de d&#233;cembre rel&#232;ve du sophisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Finalement c'est un coup de t&#233;l&#233;phone de Watson qui me d&#233;cide, je me dis que j'irai simplement par sympathie pour des gens avec qui j'ai pass&#233; d'excellents moments. C'est un peu l&#233;ger. Devant le coll&#232;ge, je retrouve Esm&#233;ralda, Bourrel, Watson et sa fille. A l'entr&#233;e de l'autoroute, je r&#233;cup&#232;re Navarro et on file sur Marseille. Nous arrivons avec une heure d'avance, la manif est fix&#233;e &#224; 11h, nous en profitons pour aller boire un caf&#233; en terrasse, au soleil, face &#224; la 'Porte d'Aix' ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;fil&#233; commence, environ 10 000 personnes. Le mouvement est bien retomb&#233;, c'est dans une autre phase que nous nous trouvons, ceci est bien normal, mais l'on ne peut se contenter de dire que le mouvement se poursuit plus faiblement. La phase de retomb&#233;e a ses propres lois, ses propres enjeux. En chemin je demande &#224; Watson pourquoi Droopy et Ad&#232;le Blanc-sec ne sont pas l&#224;. Droopy est au ski, et Ad&#232;le lui a r&#233;pondu qu'apr&#232;s la fa&#231;on dont les syndicats nous ont laiss&#233;s tomber en d&#233;cembre, elle ne risquait pas de venir manifester. Une tr&#232;s longue discussion s'engage alors, elle durera les deux heures de la manif, quand je dis &#224; Watson ce que je pense de cette manif, que je suis d'accord avec la r&#233;flexion d'Ad&#232;le, et que c'est un peu sentimentalement que je suis l&#224;. La discussion porte &#233;videmment sur les syndicats.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je d&#233;fends mon point de vue de la conflictualit&#233; &#224; l'int&#233;rieur de l'implication r&#233;ciproque et de la reproduction du capital qui fonde la n&#233;cessit&#233; du syndicalisme. N&#233;cessit&#233; qui le pose indissolublement comme expression de cette conflictualit&#233; et comme d&#233;fense et confortation du rapport salarial dans le capital. Je prends l'exemple de la d&#233;fense de l'emploi, &#224; la fois revendication d'un salaire pour vivre dans cette soci&#233;t&#233;, et volont&#233; de d&#233;montrer que le travail est profitable pour le capital, qui alors ne connaitrait pas ses int&#233;r&#234;ts, idem pour les hausses de salaires. Cependant la volont&#233; de faire de chaque revendication un moment de la reproduction des lois du capital fait que le syndicalisme ne peut qu'exceptionnellement faire aboutir une revendication cons&#233;quente. Le capital se trompe rarement sur les r&#232;gles de son accumulation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour Watson le syndicat est une 'auberge espagnole', il est ce que l'on en fait, chacun y apporte ses id&#233;es et sa d&#233;termination. Je ne pense pas que l'on puisse rester &#224; ce niveau individuel, comme si ces individus n'&#233;taient pas d&#233;termin&#233;s, et comme si le syndicat n'&#233;tait pas une fonction sociale d&#233;finie dans la reproduction du capital et donc d&#233;finissant ses membres. Il soutient que de toute fa&#231;on on ne peut que partir de cette situation et que si je pense cela des syndicats, il ne voit pas pourquoi je dis comme Ad&#232;le qu'ils nous ont laiss&#233;s tomber. L&#224; je reconnais qu'il a raison et que c'est par facilit&#233; que j'ai repris &#224; mon compte cette formule qui n'a pas grande signification comme toutes celles &#233;voquant la 'trahison' des syndicats. Encore que, c'est une r&#233;flexion que je me suis faite ensuite, cette expression, employ&#233;e par Ad&#232;le, peut &#234;tre consid&#233;r&#233;e, m&#234;me si l'on a aucune illusion sur la nature des syndicats, comme une critique interne &#224; leur propre discours, en le prenant au pied de la lettre. La position de Watson est simple : 'si on veut que les syndicats changent il faut y &#234;tre dedans'.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;'De bien plus nombreux que moi, qui suis seul, et des bien plus forts et malins s'y sont amus&#233;s, et cela n'a jamais rien chang&#233; au r&#244;le des syndicats qui correspond &#224; une n&#233;cessit&#233; sociale'.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce terme de n&#233;cessit&#233; introduit un malentendu dans la discussion, Watson le comprend comme signifiant une tr&#232;s grande utilit&#233;, et moi avec le sens de 'ne pouvant pas ne pas &#234;tre'. Ce dernier sens r&#233;clame, il est vrai, de nombreuses explications. Watson me r&#233;torque que m&#234;me si le syndicat ne peut pas ne pas exister, il s'agit toujours de la d&#233;cision de personnes, d'un choix d'y &#234;tre. Quand je parle de fonction sociale n&#233;cessaire, il ne s'agit pas d'une structure vide mais de la d&#233;finition sociale des individus qui agissent socialement, dans le cadre du travail et des classes. Watson revient sur le terme de n&#233;cessit&#233; en tant que grande utilit&#233;, pour dire que sans les syndicats le mouvement n'aurait pas exist&#233;. C'est exact : 'il n'aurait pu exister tel qu'il a exist&#233;, et peut-&#234;tre m&#234;me qu'il n'aurait pas exist&#233; du tout'. Je reviens sur le terme de n&#233;cessit&#233;, tel que je l'utilise, pour r&#233;futer la question elle-m&#234;me : puisqu'ils sont n&#233;cessaires, on ne peut se poser la question du mouvement sans eux, mais cela ne pr&#233;sume pas de leur r&#244;le, cela signifie que c'est de la lutte de classe ,qui les inclut, qu'il faut partir, et non d'une collection d'acteurs non d&#233;finis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui est faux c'est de faire une ad&#233;quation entre les syndicats et le mouvement de gr&#232;ve, les A.G., les manifs. Je crois que notre exp&#233;rience nous emp&#234;che de pouvoir dire cela. Les syndicats ont &#233;t&#233; un moment du mouvement, dont il faudrait pr&#233;ciser le r&#244;le, je parle &#224; ce propos de la 'd&#233;rive' vers le sommet pr&#233;par&#233; de longue date : avant la grande manif du 12 d&#233;cembre. J'insiste &#233;galement sur le fait que, selon moi, autre chose &#233;tait en train de sourdre du mouvement, dans la mesure o&#249; il &#233;tait en train de mettre &#224; jour ses propres conditions d'existence. Le partage entre salaire et profit et leur opposition irr&#233;ductible. Watson me r&#233;pond alors finement : 'dans le cadre syndical, c'est toujours sur ce partage que l'on se bat, lorsque l'on r&#233;clame plus de cr&#233;dit pour l'&#233;cole publique, la d&#233;fense des statuts, plus de postes, des augmentations de salaires, des classes moins nombreuses etc...Et c'est pareil dans les autres branches' . L'argumentation est de poids. 'Je n'ai jamais ni&#233; dans tout ce que j'ai dit sur les syndicats qu'ils &#233;taient l'expression d'une conflictualit&#233;, mais d'une conflictualit&#233; &#224; l'int&#233;rieur de la reproduction du capital et que souvent m&#234;me le syndicat &#233;tait utilis&#233; par les gr&#233;vistes comme un outil de leur action revendicative. Dans le cadre de cette conflictualit&#233; syndicale on ne d&#233;passera jamais le niveau de la r&#233;partition, sans remettre en cause les conditions m&#234;mes de cette r&#233;partition, les notions de salaire et de profit, il ne s'agira jamais d'autre chose que de plus ou de moins d'un c&#244;t&#233; ou de l'autre, m&#234;me si c'est loin d'&#234;tre n&#233;gligeable. Cependant, il serait bien pr&#233;tentieux de la part des syndicats de ne pas reconna&#238;tre que bien souvent, m&#234;me &#224; ce niveau, ils ne font qu'encadrer un mouvement revendicatif et lui donner sa forme et son ach&#232;vement dans les termes de la reproduction du capital, et que, en face, on est alors bien content de les trouver pour n&#233;gocier avec des gens 'responsables'. En cela ils n&#233;gocient la plupart du temps sur autre chose que les revendications de la lutte, et que prenant pour &#233;ternelles les lois du capitalisme, qui sont leur propre base d'existence, leur marchandage s'apparente le plus souvent &#224; celui du touriste qui, au souk, croit avoir obtenu un prix inf&#233;rieur &#224; celui que le commis esp&#233;rait et avait fix&#233;' .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je pr&#233;cise que j'&#233;vite de parler de r&#233;cup&#233;ration, qui me semble un terme inad&#233;quat. Dans cette conflictualit&#233; de la r&#233;partition, les syndicats expriment un des aspects de celle-ci qui consiste &#224; ne pas remettre en cause les termes m&#234;mes de la r&#233;partition, d'o&#249; leur inscription dans cette conflictualit&#233; qu'il ne r&#233;cup&#232;re pas. Mais d'o&#249; aussi le fait que, dans cette conflictualit&#233; m&#234;me, leur marchandage, cogestionnaire de la reproduction du capital, est le plus souvent totalement vain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; 'N'emp&#234;che que tu reconnais une utilit&#233; des syndicats, m&#234;me cette cogestion ou ce marchandage. '&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; 'Bien-s&#251;r, sinon il n'y aurait pas de syndiqu&#233;s. '&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; 'Mais alors sans &#234;tre syndiqu&#233; tu profites de l'existence des syndicats. '&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; 'Je n'en profite pas, avec ce que je pense des syndicats, je suis dans le mouvement de lutte comme n'importe quel p&#233;quin, tu crois que tous les gens qui sont autour de nous ont leur carte syndicale dans la poche, est-ce que tu diras d'eux qu'ils profitent du syndicat. Je suis engag&#233; comme n'importe qui dans le mouvement, je ne fais pas de ce que je pense une position particuli&#232;re, un objectif particulier dans la lutte, une lutte ne se r&#233;duit tout de m&#234;me pas &#224; l'action des syndicats ni m&#234;me &#224; celle des syndiqu&#233;s. Et puis apr&#232;s ce que je viens de te dire, je ne vois pas trop de quoi je profite, c'est m&#234;me peut-&#234;tre l'inverse. '&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour Watson, m&#234;me s'il s'agit de reproduction de cette soci&#233;t&#233;, on a des choses &#224; y d&#233;fendre. A priori je ne suis pas contre puisqu'on fait totalement partie de cette soci&#233;t&#233;, mais &#224; condition que chaque fois ce que l'on d&#233;fend soit mis en perspective historique, et soumis &#224; une f&#233;roce analyse critique. En fait, cela signifie qu'il ne s'agit pas de quelque-chose &#224; d&#233;fendre, pos&#233; a-priori comme un &#233;l&#233;ment positif d&#233;tach&#233; de la totalit&#233;, mais d'un moment de la lutte contre l'exploitation et son aggravation. En outre m&#234;me dans cette d&#233;fense quotidienne, il ne serait pas superflu d'analyser son traitement syndical. Il me parle alors de conqu&#234;tes comme l'&#233;cole publique et nos statuts. En ce qui concerne l'&#233;cole publique, je peux d&#233;fendre mes conditions de travail, mais pas l'&#233;cole, publique ou pas, qui n'est qu'un m&#233;canisme de reproduction sociale, de tri et 'd'exclusion' et ne peut &#234;tre que cela. Elle n'est pas une institution ext&#233;rieure &#224; cette reproduction. Non seulement l'&#233;cole n ''&#233;galise pas les chances', mais encore elle n'est pas l&#224; pour cela. Chaque exercice, chaque comportement que nous demandons, reproduit quoi que nous pensions l'ordre social et la division de la soci&#233;t&#233; en classe. Tout ce qu'on peut faire, c'est &#234;tre sympathique, c'est notre diff&#233;rence avec les flics. L'&#233;chec scolaire, comme reproduisant et confortant les divisions sociales, est une des principales finalit&#233;s de l'&#233;cole.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;cole n'est jamais tant fid&#232;le &#224; son r&#244;le de reproduction et de 's&#233;lection' que quand elle '&#233;galise les chances' : du C.P redoubl&#233; pour 'consolider les bases', du C.M.2 redoubl&#233; &#233;galement 'pour pr&#233;parer l'entr&#233;e en 6&#176;', en passant par la classe commune de C.E.2 - C.M.1 'pour travailler &#224; son rythme', cela suivi de l'entr&#233;e dans une 6&#176; 'aux effectifs all&#233;g&#233;s pour s'occuper de chacun' et enfin la Classe de Pr&#233;-Apprentisage, la 3&#176; d'Insertion (&#224; la vie professionnelle), pr&#233;c&#233;d&#233;e de la '4&#176; &#224; Parcours P&#233;dagogique Personnalis&#233;'. Que de r&#233;elles sollicitudes &#224; produire de l'&#233;chec scolaire, c'est &#224; dire &#224; reproduire les classes ! Non seulement l'&#233;cole ne peut pas modifier les in&#233;galit&#233;s sociales, de toute fa&#231;on elle n'est pas l&#224; pour &#231;a, mais encore tout son travail consiste &#224; les reproduire et &#224; les conforter. C'est un bel et bon service public de cette soci&#233;t&#233;. En outre il faut &#234;tre absolument clair sur une chose : il ne peut y avoir d'autre &#233;cole que celle-ci et il n'y en eut jamais d'autre, toute alternative est de la foutaise, cela voudrait dire qu'il n y a pas de soci&#233;t&#233;. Et m&#234;me nous ferions d'un fils de prolo, un &#233;narque, cela ne ferait qu'un bourgeois de plus, tant mieux pour lui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le capital produit en partie &#224; travers l'&#233;cole le personnel dont il a besoin. Selon les p&#233;riodes, elle peut &#234;tre le groom de l'ascenceur social, cela ne change fonci&#232;rement rien &#224; sa fonction reproductrice. Il existe &#233;galement dans l'&#233;cole, l'esp&#232;ce des 'belles &#226;mes' qui enseignent 'l'esprit critique'. 'Esprit critique' de quoi ? de l'&#233;cole, c'est impossible, cela les enfermerait dans une contradiction insoluble, dans la mesure o&#249; c'est leur propre enseignement dans l'&#233;cole qui se veut l'enseignement de 'l'esprit critique'. Dans les Centres de Formation des Apprentis (C.F.A), g&#233;r&#233; par le patronat, l'enseignement de l'esprit critique est d'une redoutable efficacit&#233; : la moiti&#233; des apprentis d&#233;missionne avant la fin de leur contrat &#224; la suite de conflits avec leur patron. Dans les classes de C.P.A, les 'pr&#233;-apprentis' que les coll&#232;ges mettent &#224; la disposition gratuite des patrons, comprennent rapidement ce qu'est l'&#233;cole : soit un endroit qui vous a foutu dans la merde, soit un lieu que l'on regrette car l&#224; au moins on se reposait et on s'amusait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il reste alors aux chevaliers du 'St Esprit Critique', &#224; se la jouer style 'Cercle des po&#232;tes disparus', fleuron de l'id&#233;ologie des productions Disney, pour enseigner aux futures &#233;lites le suppl&#233;ment d'&#226;me qui les rendra plus performantes : 'Go west young man !'.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'entr&#233;e, d&#233;s 1882, l'&#233;cole publique a &#233;t&#233; cr&#233;&#233;e pour &#234;tre cela, c'est l'&#233;cole des pauvres qu'a cr&#233;&#233;e Jules Ferry, parall&#232;le &#224; l'&#233;cole de l'&#233;lite (les 'petits lyc&#233;es') d&#233;j&#224; existante, les deux conserv&#233;es dans leur sp&#233;cificit&#233; sociale. Elle avait pour but, 10 ans apr&#232;s la Commune, o&#249; l'esprit critique avait souffl&#233; &#224; coup de canons, d'encadrer les paysans dans leur longue marche vers l'emploi industriel, de pr&#233;munir le peuple contre les dangers de 'l'utopie socialiste', d'insuffler la 'religion de la patrie', de justifier la colonisation 'au b&#233;n&#233;fice des races inf&#233;rieures'. Dans la boue des tranch&#233;es, au milieu des rats, elle &#233;tait dans son &#233;l&#233;ment, et avait montr&#233; qu'elle &#233;tait &#224; la hauteur de sa mission : 'La gloire de nos p&#232;res'. N'est-ce pas Lili que maintenant tu r&#234;ves &#224; ce brave instituteur qui peignait en mauve l'Alsace et la Lorraine ? Bien-s&#251;r, pendant la discussion, ma diatribe fut plus courte, je n'ai pu r&#233;sister, &#224; la frappe, au plaisir d'&#233;toffer un peu, il n y a pas de mal &#224; se faire du bien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; 'C'&#233;tait tout de m&#234;me un progr&#232;s'&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; ' Oui dans le cadre de la soci&#233;t&#233; bourgeoise, mais pas par rapport &#224; une ligne historique transcendante que l'on baptiserait progr&#232;s. Quant &#224; nos statuts, c'est pareil, &#231;a m'ennuierait beaucoup de le perdre, mais ce fameux statut des fonctionnaires, cela n'a &#233;t&#233; qu'un moyen, pour l'Etat, de s'attacher, apr&#232;s la guerre, un personnel qualifi&#233;, &#224; bon compte, dans une p&#233;riode o&#249; le chantage &#224; l'emploi ne pouvait &#234;tre efficace. Quant &#224; l'&#233;cole publique, elle poursuit bien consciencieusement, son r&#244;le de machine &#224; trier et &#224; 'exclure', et cela 'dans le moindre de nos comportements, dans chaque instant de nos cours'. 'Sciemment, ce que nous demandons ou faisons est irr&#233;alisable ou incompr&#233;hensible, sans h&#233;ritage du milieu. La grande finesse, c'est que l'&#233;cole produit l'&#233;chec comme une responsabilit&#233; personnelle, chaque rencontre parents-professeurs le matraque &#224; chaque &#233;l&#232;ve et chaque famille (comme l'A.N.P.E avec le ch&#244;meur individuel)'.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Watson me demande de lui laisser quelques illusions et me dit : 'tu ne te sens pas parfois tr&#232;s isol&#233;, triste, sans perspective.' Je conc&#232;de que c'est parfois le cas, mais que les contradictions de la soci&#233;t&#233; capitaliste ne sont jamais qu'apparemment en sommeil, et qu'&#224; intervalles r&#233;guliers, elles explosent &#224; la surface. Pour lui c'est cette lutte qui doit &#234;tre continue, c'est pour cela qu'il est dans le syndicat. Je maintiens que cette lutte, ce n'est pas le syndicat qui la fait, qu'il en est une fonction &#224; analyser, jouant un r&#244;le particulier dans celle-ci. Il trouve ma conception vis-&#224;-vis des luttes ambigu&#235;, il a peut-&#234;tre raison. En retour, je lui demande comment lui, con&#231;oit sa 'cohabitation' avec des directions syndicales qui en plein cours du mouvement proposent un sommet o&#249; il ne sera m&#234;me pas question de ce qui est en cause dans la gr&#232;ve. Pour lui le mouvement allait &#224; sa fin, et il fallait organiser cette fin. Ici la discussion se tend un peu, c'est clairement l'aveu de tout ce que peut critiquer l'analyse des syndicats. Il me r&#233;pond que l&#224;, c'est moi qui me faisait des illusions. 'Il ne s'agit pas d'illusions, mais dans une lutte d'aller au bout de ce qu'elle est, cette lutte n'&#233;tait pas 'le grand soir', c'est &#233;vident, mais elle n'&#233;tait pas le marche-pied du sommet de Matignon'.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le ton redevient plus amical (bien que la pol&#233;mique puisse l'&#234;tre), nous essayons au travers des deux notions qui pour nous sont respectivement &#224; la base des mouvements sociaux de d&#233;finir globalement notre opposition. Pour Watson, il y a une notion fondamentale, c'est la responsabilit&#233; individuelle de tout ce qui existe. Nous sommes responsables de tout, et donc pouvons tout changer &#224; partir de nos changements individuels d'attitude, il con&#231;oit la soci&#233;t&#233; comme une succession de cercles concentriques &#224; partir de l'individu. Pour moi, le point de d&#233;part c'est la soci&#233;t&#233; comme totalit&#233;, qui se particularise de par son caract&#232;re contradictoire. C'est ainsi que se d&#233;finissent les positions et attitudes individuelles, qui sont tout aussi libres que pour lui, puisqu'elles ne sont rien d'autres que ces d&#233;finitions sociales dont la soci&#233;t&#233; est le rapport et le r&#233;sultat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous voil&#224; de retour &#224; la 'Porte d'Aix', c'est tr&#232;s agr&#233;able de pouvoir discuter comme cela en d&#233;ambulant en pleine rue ; heureux p&#233;ripat&#233;ticiens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En rentrant, lecture du 'Monde' du dimanche. Un grand article en pages int&#233;rieures : 'Le patronat s'inqui&#232;te des faiblesses de ses interlocuteurs syndicaux'. 'Les membres du C.N.P.F ont &#233;t&#233; d'accord pour constater la crise des syndicats...une fragilit&#233; dangereuse, car les responsables syndicaux sont coup&#233;s d'une base de plus en plus r&#233;duite, qui les per&#231;oit comme des apparatchiks'. 'Le C.N.P.F aimerait pouvoir conforter les syndicats ayant pignon sur rue, avec lesquels il a l'habitude de s'affronter et de signer bon nombre d'accords, mais lesquels ? Bien-s&#251;r, la pr&#233;f&#233;rence du C.N.P.F va &#224; la C.F.D.T, la C.F.T.C, parfois F.O, cependant m&#234;me en ce qui concerne la C.G.T : mieux vaut tenter, dans des rapports concrets, d'effacer certains de leurs pr&#233;jug&#233;s pour les amener &#233;ventuellement &#224; ratifier des accords. L'exp&#233;rience prouve que cela n'est pas impossible ' . Il est vrai que le rapport du C.N.P.F souligne que pour la signature d'accords d'entreprise, la C.G.T est signataire de 46% de ces accords, derri&#232;re la C.F.D.T, 55%.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un autre passage du rapport, le C.N.P.F regrette que : 'les cotisations, qui repr&#233;sentaient 80% des budgets des organisations en 1955, ne repr&#233;sentaient plus que 20% en 1990...ce syndicalisme de rente rend les syndicats incontournables mais ils y perdent leur emprise sur des militants livr&#233;s &#224; eux-m&#234;mes...Les collectifs faisant fi de toute &#233;tiquette syndicale, prennent de court des appareils d&#233;sar&#231;onn&#233;s.' Les 80% restant du financement des organisations syndicales sont constitu&#233;s essentiellement de subventions de l'Etat, d'indemnit&#233;s lors de participation &#224; toutes sortes de commissions, ou par les salaires vers&#233;s &#224; des permanents syndicaux si&#233;geant dans des organismes paritaires. L'erreur serait de consid&#233;rer cela comme une d&#233;g&#233;n&#233;rescence bureaucratique et non comme structurel &#224; la fonction sociale du syndicalisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Lundi 12 F&#233;vrier. &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;'L'Humanit&#233;' du jour publie sur deux pleines pages, un entretien avec Jacques Calvet, P.D.G de P.S.A Peugeot-Citro&#235;n. Un v&#233;ritable morceau d'anthologie sur ce qu'est la perspective du 'capitalisme &#224; visage humain', Jacques Calvet pourrait en &#234;tre le th&#233;oricien en chef. ' A mon avis, il faut avoir des syst&#232;mes d'&#233;cluses au fronti&#232;res pour tenir compte des diff&#233;rences de situation par pays', et &#224; propos du mouvement de d&#233;cembre : 'J'avais &#224; l'&#233;poque du trait&#233; de Maastricht, condamn&#233; son contenu, en consid&#233;rant qu'on &#233;tait en train de g&#226;cher un grand espoir. Il s'agit d'un texte &#233;crit par des technocrates et non par les peuples'. ' Si les abandons de souverainet&#233; nationale se r&#233;v&#233;laient trop forts, je voterais non lors d'un r&#233;f&#233;rendum sur l'Europe' ; 'La banque centrale europ&#233;enne, comme la banque de France, doivent &#234;tre soumises au pouvoir politique'. Enfin lorsque le journaliste d&#233;clare &#224; Jacques Calvet : 'Mais l'addition du ch&#244;mage technique, de l'&#233;cr&#234;tement des effectifs, du recours aux int&#233;rimaires, des salaires qui stagnent, constitue un ensemble de facteurs, qui ne contribuent pas &#224; la relance du march&#233;', ce dernier tout beno&#238;tement r&#233;pond : 'Je suis d'accord avec vous.' Il ajoute que, quant &#224; lui, il a toujours eu une ferme politique &#233;conomique nationale. Embrassons-nous Folleville.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mardi 13 F&#233;vrier &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lecture du 'Monde'. R&#233;cit de la manifestation parisienne du 11 f&#233;vrier : 'Un groupe d'anarcho syndicaliste : les militants C.G.T nous regardent avec sympathie, maintenant surtout depuis que la C.G.T a r&#233;form&#233; ses statuts et supprim&#233; l'article o&#249; il &#233;tait question de changer la soci&#233;t&#233;...C'est devenu clairement un syndicat r&#233;formiste, qui vise &#224; g&#233;rer le syst&#232;me tel qu'il est. Nous sommes les h&#233;ritiers de ce qu'&#233;tait la C.G.T au d&#233;but du si&#232;cle, nous voulons que les travailleurs n&#233;gocient directement avec les patrons, sans interm&#233;diaire. ' Cette d&#233;claration ne dit qu'une seule chose : le syndicalisme peut prendre toutes les formes et les discours imaginables, il demeure quant au fond identique. Tout, dans cette d&#233;claration, est &#224; savourer : tout d'abord le regard concupiscent sur le gibier que constitue le militant C.G.T ; ensuite le formalisme qui croit que les choses sont claires, n'adviennent, que lorsqu'elles sont dites, comme si, sauf pour quelques arch&#233;os, une ligne en plus ou en moins des statuts de la C.G.T changeait sa nature et sa fonction ; puis la pr&#233;tention de l'h&#233;ritier qui ferait mieux de se demander pourquoi son h&#233;ritage a ainsi &#233;volu&#233;. Mais le meilleur est dans la chute : 'nous voulons que les travailleurs n&#233;gocient directement avec le patron sans interm&#233;diaire'. Comme si on pouvait limiter la critique de la pratique syndicale actuelle &#224; la critique de la bureaucratie, sans relier la bureaucratie &#224; la fonction elle-m&#234;me des syndicats. Du 'syndicalisme d'action directe', au 'syndicalisme de la n&#233;gociation directe' ; l'histoire se r&#233;p&#232;te toujours sous forme de farce.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme la C.N.T espagnole, au d&#233;but des ann&#233;es 80, la C.N.T fran&#231;aise, si elle se d&#233;veloppe, n'aura d'autres choix qu'entre son institutionalisation, si elle veut &#234;tre un syndicat, ou sa groupuscularisation en pseudo-syndicat politique, et n'aura plus &#224; se poser de question sur les interm&#233;diaires. On a d&#233;j&#224; eu l'exp&#233;rience avec les coordinations de 1986, de la rapidit&#233; avec laquelle, la fonction syndicale qu'elles furent amen&#233;e &#224; jouer cr&#233;a une caricature de l'organe : corporatisme, d&#233;finition de la classe comme somme de segments sur la base du travail concret, et non comme producteurs sociaux de plus-value, hypertrophie de la d&#233;marche d&#233;mocratique, comme relation entre individus d&#233;finis isol&#233;ment sur la base de la division du travail, volont&#233; de reconnaissance sociale, opposition &#224; toute extension ext&#233;rieure &#224; la branche ou m&#234;me parfois au m&#233;tier, rapide bureaucratisation corollaire du f&#233;tichisme d&#233;mocratique.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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