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	<title>Th&#233;orie Communiste</title>
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	<description>Notre &#233;poque est celle o&#249; le prol&#233;tariat, luttant en tant que classe? contre le capital, se remet lui-m&#234;me en cause et porte le d&#233;passement r&#233;volutionnaire de cette soci&#233;t&#233; par la production imm&#233;diate du communisme comme l'abolition de toutes les classes, l'imm&#233;diatet&#233; sociale de l'individu.</description>
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		<title>Th&#233;orie Communiste</title>
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		<title>Notes sur L'intime</title>
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&lt;p&gt;Quelques notes sur l'intime &lt;br class='autobr' /&gt;
La distinction entre sph&#232;re publique et sph&#232;re priv&#233;e est une distinction qu'il n'est pas facile de situer th&#233;oriquement. Disons que cette distinction n'est pas premi&#232;re, elle d&#233;rive de la sexuation de toutes les cat&#233;gories du capital qui comme (et parce que) &#233;conomie politique construit cette distinction (cf. Am&#233;ricaines). Disons aussi que (&#224; mon avis) rien ne se joue dans une dynamique entre public et priv&#233;, parce qu'il n'y a aucune dynamique entre ces deux (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://theoriecommuniste.org/la-soute/L-intime/" rel="directory"&gt;L'intime&lt;/a&gt;


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 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quelques notes sur l'intime&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La distinction entre sph&#232;re publique et sph&#232;re priv&#233;e est une distinction qu'il n'est pas facile de situer th&#233;oriquement. Disons que cette distinction n'est pas premi&#232;re, elle d&#233;rive de la sexuation de toutes les cat&#233;gories du capital qui comme (et parce que) &#233;conomie politique construit cette distinction (cf. Am&#233;ricaines). Disons aussi que (&#224; mon avis) rien ne se joue dans une dynamique entre public et priv&#233;, parce qu'il n'y a aucune dynamique entre ces deux instances.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je cite &#224; ce propos un passage du futur livre &#171; Kochari&#8230; &#187; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; En elle-m&#234;me, l'apparition du priv&#233; sur la sc&#232;ne publique ne change rien &#224; la d&#233;finition des deux sph&#232;res ni m&#234;me &#224; leur s&#233;paration et &#224; l'assignation des femmes au priv&#233;. Ce qui importe ce n'est pas que le priv&#233; devienne &#171; public &#187; mais que les femmes d&#233;finies par ce priv&#233; apparaissent m&#234;me sous les dimensions du priv&#233; dans la sph&#232;re publique. Alors, soit le priv&#233;, m&#234;me publiquement, demeure ce qu'il est et les femmes sont rapidement renvoy&#233;es &#224; son mode d'existence habituel, soit &#224; partir de cette apparition publique du priv&#233; les femmes posent la question de l'existence m&#234;me de ce priv&#233; et de sa s&#233;paration et donc aussi celle de l'existence du public et finalement la question de leur propre d&#233;finition comme femmes. Le basculement vers une branche ou l'autre de l'alternative ne d&#233;pend pas d'un jeu entre les deux sph&#232;res car aucune ne pr&#233;sente des d&#233;terminations qui soient la dynamique du d&#233;passement de leur d&#233;finition r&#233;ciproque et de leur rapport. Aucune des deux n'est dans un rapport &#224; l'autre qui soit une contradiction pour elle-m&#234;me et encore moins pour leur reproduction r&#233;ciproque, elles sont seulement compl&#233;mentaires. Elles sont les conditions existantes du salariat (de la vente et de l'achat de la force de travail ainsi que de sa reproduction tant individuellement que comme &#171; race des travailleurs &#187;) et de l'exploitation. Le rapport entre ces deux sph&#232;res et leur d&#233;passement ne r&#233;sulte pas de leur propre relation et propre existence mais des contradictions de ce dont elles sont les conditions existantes : contradiction entre les classes&lt;sup&gt;&lt;a href='https://theoriecommuniste.org/Classes' title=&#034;D&#233;finition&#160;: Les classes ne sont ni des sommes d'individus regroup&#233;s par un int&#233;r&#234;t (&#8230;)&#034;&gt;?&lt;/a&gt;&lt;/sup&gt;, contradiction entre les hommes et les femmes dont l'unit&#233; dynamique est le capital comme contradiction en proc&#232;s. Public et priv&#233; ne sont pas de simples ph&#233;nom&#232;nes de ces contradictions et de leur unit&#233; sans lesquels ces contradictions et leur unit&#233; pourraient tout aussi bien exister. Les conditions existantes d'une contradiction sont aussi ses conditions d'existence. Quand les femmes de Mahallah lance la gr&#232;ve ou font, au travers des r&#233;seaux sociaux autour de l'usine, des conditions priv&#233;es de reproduction de la force de travail une affaire publique, public et priv&#233; ne sont pas &#224; eux-m&#234;mes leur raison d'&#234;tre, aucune forme n'est son propre contenu, mais les contradictions essentielles et leur unit&#233; n'existent pas avant, apr&#232;s ou en dessous de ces formes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'on consid&#232;re la s&#233;paration entre public et priv&#233; comme la forme g&#233;n&#233;rale de la sexuation de toutes les cat&#233;gories du capital, on n'en d&#233;duit pas pour autant que cette forme soit le pur ph&#233;nom&#232;ne des contradictions essentielles. La forme est essentielle &#224; l'existence m&#234;me des contradictions, elle en constitue r&#233;ellement les conditions d'existence (pas de contradictions de genre ou de classe sans l'existence et la s&#233;paration du public et du priv&#233;) tout comme les contradictions, dans leur caract&#232;re essentiel, constituent la condition d'existence de cette s&#233;paration. Les conditions existantes (l'existence et la s&#233;paration du public et du priv&#233;) sont l'existence r&#233;elle (concr&#232;te, actuelle) des contradictions constituant le tout parce que c'est fondamentalement les contradictions et leur unit&#233; dynamique (le capital comme contradiction en proc&#232;s) dans leur sens essentiel qui leur assignent ce r&#244;le, non comme un pur ph&#233;nom&#232;ne &#224; c&#244;t&#233; d'elles, sans lequel elles pourraient tout autant &#234;tre, mais comme leurs conditions d'existence m&#234;me. Ce conditionnement d'existence des contradictions essentielles ne tombe pas dans la circularit&#233; ou dans une inter construction indiff&#233;renci&#233;e car la totalit&#233; n'est pas annul&#233;e comme structure &#224; dominante (la consubstantialit&#233; des contradictions de classes et de genres). On parle des conditions d'existence des contradictions essentielles en parlant des conditions existantes : r&#233;flexion dans les contradictions essentielles m&#234;mes de leurs conditions d'existences. L'existence et la s&#233;paration du public et du priv&#233; deviennent dans un sens tr&#232;s fort, absolu, condition d'existence des contradictions d&#233;terminantes (classe/genre).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, c'est au cours du capital comme contradiction en proc&#232;s, unit&#233; dynamique des contradictions de classes et de genres, que nous avons affaire comme d&#233;terminant du basculement vers l'une ou l'autre branche de l'alternative lorsque le priv&#233; fait irruption dans le public et non &#224; leur propre jeu r&#233;ciproque, m&#234;me si ce n'est que dans ce jeu et dans sa forme propre, car c'est la forme g&#233;n&#233;rale de la sexuation des cat&#233;gories du capital, que se r&#233;gleront consubstantiellement et non transubstantiellement les comptes entre les genres et avec le capital. Le cours des luttes actuelles au Maghreb et au Machrek qui se construisent dans un interclassisme dont la politique (le paradigme m&#234;me de l'existence et de la s&#233;paration du public et du priv&#233;) est sp&#233;cifiquement le contenu entra&#238;ne l'irruption du priv&#233; dans la sph&#232;re publique &#224; ne pouvoir &#234;tre qu'une mise en abymes de la s&#233;paration &#224; l'int&#233;rieur du public avant de renvoyer les femmes, qui sont de fait sans perspective autre (aucun sujet n'est autre chose que ses conditions), &#224; la pure et simple s&#233;paration du public et du priv&#233;, &#224; leur d&#233;finition et existence. L'Etat et les partis islamistes qui r&#233;alisent la synth&#232;se politique de cet interclassisme du mouvement en se fondant sur lui contre lui-m&#234;me s'en chargent. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je pense qu'il faut avoir en t&#234;te les difficult&#233;s th&#233;oriques de la distinction entre priv&#233; et public (que je pr&#233;f&#232;re &#224; l'appellation comme distinction entre &#171; sph&#232;res &#187;, ce sont plus des instances et des pratiques que des territoires) pour passer &#224; ce qu'AC appelle &#171; l'intime &#187;. Le texte d'AC est important car il faut bien que la constitution du groupe femmes (que AC relativise pertinemment &#224; la fin du texte) int&#232;gre l'existence de ses propres membres comme sa condition d'existence, c'est-&#224;-dire que les femmes ne soient pas seulement des objets construits mais encore des sujets pour elles-m&#234;mes se ressentant et ayant conscience d'elles-m&#234;mes en tant que telles. Si je comprends bien l'intime serait une sorte d'int&#233;riorisation par les agents de la s&#233;paration entre public et priv&#233; qui par cette int&#233;riorisation d'agents deviennent sujets. &#171; Affects &#187; et &#171; ressenti &#187; dont parle AC sont tr&#232;s proche du concept d'id&#233;ologie. On peut dire que les individus vivent leur id&#233;ologie. Dans l'id&#233;ologie les individus (ou les classes, ou les &#171; groupes &#187;) n'expriment pas leur rapport &#224; leurs conditions d'existence, mais la fa&#231;on dont ils vivent leur rapport &#224; leurs conditions d'existence, ce qui suppose &#224; la fois le rapport r&#233;el et le rapport v&#233;cu, senti, imaginaire. Cette &#171; fa&#231;on &#187; est n&#233;cessaire au rapport r&#233;el. L&#224; je suis totalement d'accord avec AC quand il dit que la connaissance et l'analyse des &#171; r&#244;les sociaux &#187; ne supprime en rien le ressenti, l'intime d'&#234;tre femme (ou homme). La connaissance d'une id&#233;ologie est la connaissance des conditions de sa n&#233;cessit&#233; et aucune connaissance ne la supprime.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour en revenir au passage du public / priv&#233; &#224; l'intime. Je pense que l'intime comme dit AC ne peut &#234;tre &#171; totalement saisi au travers de cette division &#187;. En fait, j'ai le sentiment que cette division est une sorte de cul-de-sac th&#233;orique. Donc on va partir du point de d&#233;part : &#171; la population comme principale force productive &#187;/ la distinction public / priv&#233; intervient comme une d&#233;termination n&#233;cessaire inh&#233;rente &#224; cet intime mais non comme le point de d&#233;part d'o&#249; on le d&#233;duirait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est alors le passage de &#171; la population comme etc. &#187; &#224; l'intime qui est d&#233;licat. AC &#233;crit que &#171; la population etc &#187; pourrait finir par &#171; appara&#238;tre comme la d&#233;termination en derni&#232;re instance, dans laquelle serait absorb&#233;es toutes les conditions existantes du rapport, leur sp&#233;cificit&#233;. (&#8230;) Il n'y a pas d'abord &#171; la population comme principale force productive &#187;, et ensuite les sentis qui en d&#233;couleraient, on a imm&#233;diatement affaire aux sentis et aux rapports tels qu'ils sont. &#171; Ce qui les fait exister &#187; ne les emp&#234;che pas d'exister, c'est-&#224;-dire d'&#234;tre v&#233;cus tels qu'ils sont, et d'&#234;tre intimement v&#233;cus par les sujets qu'ils animent. Ou alors, la population comme principale force productive reste vou&#233;e &#224; jouer le r&#244;le d'infrastructure du rapport, tous les modes d'existence du rapport n'&#233;tant plus que secondaires par rapport &#224; elle, alors que le texte montre que c'est justement dans ces modes d'existence que les choses se jouent. &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je pense que l&#224; nous nous trouvons face &#224; la principale difficult&#233; que pr&#233;sente le texte sur la conjoncture, difficult&#233; qui motive &#224; juste titre toutes les r&#233;ticences de Cebe vis-&#224;-vis de ce texte. Ce n'est pas parce que nous critiquons le simple rapport causal entre essence et ph&#233;nom&#232;ne (pour comprendre ces ph&#233;nom&#232;nes comme des formes d'apparition) qu'il n'y a plus d'essence ou, dans un autre registre de &#171; d&#233;termination ne derni&#232;re instance &#187;. Ce n'est pas parce que son &#171; heure solitaire ne sonne jamais &#187; qu'elle n'existe pas. Le pi&#232;ge du texte sur la conjoncture r&#233;side dans une critique de ce rapport causal qui nous conduirait &#224; la totalit&#233; significative, chaque &#233;l&#233;ment, instance, etc. poss&#233;dant tous les attributs de la totalit&#233;. Il n'y aurait plus de totalit&#233; hi&#233;rarchis&#233;e. C'est bien s&#251;r &#224; partir de l&#224; que peut se faire une utilisation &#224; tort et &#224; travers du concept de conjoncture (je pense ici aux textes de Max l'Hameunasse sur Notre Dame des Landes et &#224; certaines r&#233;flexions entendues &#224; Aurel).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand AC &#233;crit &#171; il n'y a pas d'abord&#8230; et ensuite les sentis qui en d&#233;couleraient &#187;, je me demande &#224; quel niveau on parle. Oui, il y a d'abord, de m&#234;me qu'il y a d'abord les rapports de production&#8230; Nous n'avons pas affaire &#171; imm&#233;diatement &#187; (c'est moi qui souligne) aux sentis et aux rapports tels qu'ils sont. Ou alors il n'y a plus de th&#233;orie, plus de production de concepts et plus important plus de totalit&#233; structur&#233;e et hi&#233;rarchis&#233;e plus de d&#233;termination et de dominantes, plus de circulation rationnelle des dominantes. Que la &#171; d&#233;termination en derni&#232;re instance &#187; que serait &#171; la population comme principale force productive &#187; ne puisse exister et est m&#234;me impensable sans ses conditions d'existences qu'il ne s'agisse pas de ph&#233;nom&#232;nes sans lesquels elle pourrait &#234;tre comme ne pas &#234;tre, ne signifie pas qu'il n'y a pas de &#171; d&#233;termination en derni&#232;re instance &#187;, de m&#233;diation, de hi&#233;rarchie, en un mot de structure. La totalit&#233; significative est le pi&#232;ge qui guette int&#233;rieurement le concept de conjoncture et plus g&#233;n&#233;ralement la critique que nous faisons de la &#171; d&#233;termination &#187; de &#171; l'infrastructure &#187; (peu importe) comme la simple et parfaite &#171; v&#233;rit&#233; de &#187; de ces conditions d'existence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fait pour justifier l'importance qu'il va donner &#224; &#171; l'intime &#187;, AC se livre dans ces deux premi&#232;res pages &#224; une surjustification. Attention, ce que je critique ce n'est pas l'importance de ce qui est avanc&#233; dans ce texte que l'on conserve ou non l'appellation d'intime, mais la mani&#232;re dont cette importance est produite et justifi&#233;e. Dans la suite du texte la construction de cet &#171; intime &#187; est tout fait l&#233;gitimement corr&#233;l&#233;e &#224; celle de &#171; sujet &#187;, mais l&#224; AC n'est plus dans &#171; l'imm&#233;diat &#187;. En commentant une citation de C, AC &#233;crit : &#171; Ce que je vois dans ce passage, un peu &#224; rebours de ce qu'il affirme fortement (on peut le lire en partant de la fin : &#171; quand la reproduction de la force de travail suppose (&#8230;), alors une fille sait qu'&#234;tre une femme c'est se caler (&#8230;) &#187;), c'est justement la fa&#231;on dont l'intime n'est pas isol&#233; de l'ensemble du rapport, mais appara&#238;t comme s'il l'&#233;tait, ce qui fait que l'ensemble du rapport n'appara&#238;t plus que comme l'affaire de sujets. Une fois qu'ils sont &#171; assujettis &#187;, une fille devient une femme, un gar&#231;on un homme, et ils agissent en cons&#233;quence l'un envers l'autre, c'est-&#224;-dire non seulement font &#233;ventuellement des enfants (en nombre et en temps socialement d&#233;termin&#233;s, etc.), mais encore et surtout existent par l&#224; comme sujets sociaux se reconnaissant eux-m&#234;mes et l'un l'autre comme tels dans les sph&#232;res publique et priv&#233;e, y trouvant &#171; tout naturellement &#187; leur place respective selon ce qu'ils sont. L'intime, c'est aussi tout simplement un rapport &#224; soi en m&#234;me temps qu'un rapport &#224; l'autre, rapport &#224; soi parce que rapport &#224; l'autre : c'est un rapport social. &#187;. La lecture &#171; &#224; partir de la fin &#187; que propose AC est pr&#233;cis&#233;ment la lecture qui contredit les affirmations de la premi&#232;re page et c'est cette lecture qui fonde r&#233;ellement la notion d'intime. L&#224;, AC insiste sur &#171; appara&#238;t comme s'il l'&#233;tait &#187; ; &#171; l'ensemble du rapport n'appara&#238;t plus que comme l'affaire de sujets &#187;. Il y a donc des formes d'apparition du rapport, formes n&#233;cessaires au rapport mais formes d'apparition tout de m&#234;me. Tout n'est pas confondu, tout n'est pas au m&#234;me plan. Si tout &#233;tait au m&#234;me plan, rien ne serait expliquer et produit, il suffirait de &#171; lire &#187;, tout serait donn&#233; en clair. La relation que nous cherchons &#224; produire entre les instances d'un mode de production ne tombe pas dans le fantasme d'un r&#233;el se lisant &#224; livre ouvert et AC le dit ici (les sujets doivent m&#234;me &#171; d'abord &#187; &#234;tre &#171; assujettis &#187;). On se reconna&#238;t comme sujet &#233;crit AC. C'est dans cette construction comme sujet que se situe &#171; l'intime &#187;, il en est m&#234;me la chair comme dit AC.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais alors peut-on dire que &#171; L'intime, c'est aussi tout simplement un rapport &#224; soi en m&#234;me temps qu'un rapport &#224; l'autre, rapport &#224; soi parce que rapport &#224; l'autre : c'est un rapport social. &#187; ? A nouveau, il semblerait ici que les formes d'apparition, les m&#233;ditions qui viennent d'&#234;tre convoqu&#233;es pour construire les sujets et l'intime disparaissent. Ce &#171; rapport &#224; soi &#187; qui est &#171; rapport &#224; l'autre &#187; (selon la formule des &#171; Manuscrits de 1844 &#187; - la r&#233;f&#233;rence n'est pas sans poser des probl&#232;mes qui sont ceux de la probl&#233;matique des Manuscrits qui n'est pas &#233;trang&#232;re &#224; cette formule : une conception anthropologique de la soci&#233;t&#233; comme r&#233;sultat de sujets constituants. En fait la formule se contredit : si le rapport &#224; soi est un rapport &#224; l'autre, le rapport &#224; soi ne peut &#234;tre premier, il est d&#233;j&#224; pris dans un rapport, donc le sujet point de d&#233;part constituant est lui-m&#234;me d&#233;j&#224; constitu&#233; par son autre&#8230;) est comme cela vient d'&#234;tre dit le fait d'un sujet lui-m&#234;me construit par des m&#233;diations, par une fa&#231;on de se rapporter &#224; ses conditions d'existence (cf. supra sur l'id&#233;ologie), ce rapport &#224; soi ne peut pas &#234;tre le rapport r&#233;el &#224; ses conditions ni ce rapport r&#233;el &#224; l'autre. Appeler alors &#171; rapport social &#187; l'intime comme rapport &#224; soi et rapport &#224; l'autre fr&#244;le l'abus de langage. Dire que cette construction du sujet, ce rapport &#224; soi et ce rapport &#224; l'autre sont de part en part une construction sociale est une chose, les qualifier de &#171; rapport social &#187; en est une autre. Le &#171; rapport social &#187; c'est &#171; la population comme, etc. &#187;, on a des formes d'apparition n&#233;cessaires de ce rapport social, mais le rapport social pas plus qu'il n'est &#171; la v&#233;rit&#233; de &#187; (dans une op&#233;ration de pure r&#233;duction au &#171; vrai &#187; de ces conditions d'existence), n'existe pas aussi, tout &#233;galement, sous la forme de ces apparitions. Ce que dit &#171; L'intime, comme lieu o&#249; se constitue par des affects le corps comme corps socialis&#233;, contribue puissamment &#224; la naturalisation du rapport, en faisant dispara&#238;tre les rapports sociaux derri&#232;re l'&#233;vidence du senti (c'est &#231;a que je ressens, j'ai envie de &#231;a, c'est moi, c'est l&#224;-dedans que je me reconnais : j'ai une identit&#233;, je suis un sujet). L'intime est le lieu o&#249; l'id&#233;ologie de la naturalit&#233; du rapport hommes/femmes est r&#233;ellement v&#233;cue. &#187;. On retrouve les probl&#232;mes du d&#233;but.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; l'accord que je peux avoir avec cette phrase en ce qui concerne la question des m&#233;diations, je ne pense pas que l'on puisse consid&#233;rer l'intime comme un lieu. Je penserais plut&#244;t que l'intime peut &#234;tre d&#233;fini comme l'ensemble des modalit&#233;s par lesquelles se constitue par des affects le corps comme corps socialis&#233;. L&#224;, je pense que nous pouvons parler de personne. En partant de ce qui me para&#238;t le plus important dans le texte : la naturalisation comme constitution d'un sujet se reconnaissant soi m&#234;me comme femme dans toutes ses relations au monde comme relations personnelles, on peut parler de l'intime comme sens intime de soi, un sentiment int&#233;rieur imm&#233;diat, une connaissance r&#233;flexive mais qui n'est pas sans relation aux perceptions et repr&#233;sentations dans la mesure o&#249; ces derni&#232;res sont rapport&#233;es &#224; la conscience de soi (la conscience de soi serait simplement le &#171; Je pense &#187; : l'aperception pure ou transcendantale de Kant ; l'action de rapporter une repr&#233;sentation, un affect &#224; la conscience de soi est l'aperception empirique ; l'intime est &#224; la charni&#232;re des deux).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui est tr&#232;s important dans le texte d'AC c'est de poser la n&#233;cessit&#233; de produire avec la notion d'intime quelque chose qui puisse &#171; faire fonctionner les remarques sur le corps, la sexualit&#233;, l'amour d&#233;velopp&#233;es dans la suite du texte de C., mais pas seulement, l'intime incluant aussi le rapport aux enfants et &#224; la famille en g&#233;n&#233;ral (d'o&#249; maternit&#233;, paternit&#233;, etc., rapports d'appropriation affective non plus seulement dans les rapports hommes/femmes mais aussi dans toute la sph&#232;re intime familiale que ces rapports construisent : circulation d'affects, redirection de la part de la femme des liens affectifs envers le mec vers les enfants et la &#171; famille &#187; comme entit&#233; (lieu de la reproduction) &#8211; et on n'a plus l'opposition entre la maman et la putain, &#231;a marche ensemble). &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais attention &#224; la psychologie ou &#224; la psychanalyse, le sujet ne peut &#234;tre lui-m&#234;me le point de d&#233;part (m&#234;me un sujet dissoci&#233;, etc). Il nous faut un sujet pour comprendre comment les choses se passent non pas &#171; en vrai &#187; mais &#171; telles qu'elles se passent &#187; (il ne faut pas confondre les deux) et l&#224; le texte d'AC am&#232;ne &#224; une avanc&#233;e importante. Mais le probl&#232;me du terme d'intime c'est qu'il a tendance &#224; faciliter la confusion. D'un c&#244;t&#233; intime d&#233;signe ce qui est priv&#233; (je ne parle pas ici de &#171; sph&#232;re priv&#233;e &#187;), r&#233;serv&#233;, individuel, connu du sujet seul, d'un autre c&#244;t&#233;, il d&#233;signe ce qui est profond, qui tient &#224; l'essence. D'o&#249; souvent dans &#171; intime &#187; la confusion entre ce qui est subjectif, individuel, priv&#233; avec ce qui est &#171; profond &#187; ou essentiel. D'autant plus que les deux sens conviennent &#224; la fois &#224; bien des choses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand AC donne une d&#233;finition de l'intime, il semble que l'on soit dans cette confusion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Les sp&#233;cificit&#233;s &#233;num&#233;r&#233;es plus haut : &#171; le corps, l'affectivit&#233;, l'intime, le priv&#233;&#8230; &#187; pourraient &#234;tre articul&#233;es les unes aux autres (apr&#232;s il faut voir comment), et c'est ce &#224; quoi servirait ce que j'essaie de d&#233;signer sous le terme d'&#171; intime &#187;, qui ne recouvrirait pas les m&#234;mes caract&#233;ristiques que la &#171; sph&#232;re priv&#233;e &#187;, bien que les chevauchant sans arr&#234;t. En gros, l'id&#233;e serait que ce qui domine dans les sph&#232;res publique comme priv&#233;e, ce sont des d&#233;terminations socio-&#233;conomiques s'affirmant comme telles (pour la sph&#232;re publique le travail, la politique, etc., pour la sph&#232;re priv&#233;e la reproduction de la force de travail et donc le couple et la famille, le travail domestique et l'&#233;levage des enfants, le matrimonial, mais aussi la &#171; conjugalit&#233; &#187;, etc.). L'intime lui s'articulerait aux deux autres (mais dans un rapport particulier au priv&#233; dans lequel il est inclus) sur le mode du senti, des affects produits dans des relations et des relations produites par ces affects, des affects biologis&#233;s parce que s'effectuant forc&#233;ment &#224; travers des corps, et ferait exister les sujets hommes et femmes tels que la totalit&#233; les constitue, certes pour le capital, mais aussi comme v&#233;ritables sujets sociaux pour eux-m&#234;mes, dans leurs rapports. C'est aussi parce que j'ai tels ou tels affects que j'entre en lien comme homme ou comme femme de telle ou telle mani&#232;re (que je deviens homme ou femme), et donc que je m'inscris de telle ou telle mani&#232;re dans les sph&#232;res publique et priv&#233;e, dans la totalit&#233; du MPC. La n&#233;cessaire reproduction des cat&#233;gories homme et femme par le MPC n'existe qu'en &#233;tant v&#233;cue et agie par des sujets sociaux particuliers, et se vivant comme tels. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les relations entre &#171; affects &#187;, &#171; senti &#187; et les &#171; relations &#187; vont dans les deux sens de fa&#231;on circulaire. Ainsi les &#171; relations &#187; qui je pense sont ce qui est essentiel et le &#171; senti &#187; ce qui est individuel permutent de place ; l'intime est tour &#224; tour essentiel et individuel. On retrouve le probl&#232;me du d&#233;but. On le retrouve &#233;galement quand il est question de l'intime comme faisant &#171; exister les sujets hommes et femmes tels que la totalit&#233; les constitue, certes pour le capital, mais aussi comme v&#233;ritables sujets sociaux pour eux-m&#234;mes, dans leurs rapports. &#187; L'intime fait bien exister les sujets, il est m&#234;me leur existence, ils sont constitu&#233;s comme sujets &#171; pour le capital &#187;, l&#224; o&#249; tout est mis au m&#234;me plan et o&#249; se perd la totalit&#233; comme structure hi&#233;rarchis&#233;e c'est quand il est &#233;crit &#171; mais aussi &#187; comme si les deux s'opposaient et s'ajoutaient. A la place d'un &#171; mais aussi &#187;, on pourrait &#233;crire un &#171; c'est-&#224;-dire comme sujets pour eux-m&#234;mes &#187; : on pourrait laisser &#171; v&#233;ritables &#187; s'il n'y avait &#171; sociaux &#187; derri&#232;re &#171; sujets &#187;. Bien s&#251;r que ces sujets sont &#171; sociaux &#187;, mais ici &#171; sociaux &#187; introduit une ambigu&#239;t&#233; ou plut&#244;t une &#233;quivalence entre tous les niveaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'on consid&#232;re ce que AC veut d&#233;finir je ne pense pas que l'on puisse dire que l'intime est inclus dans le priv&#233;, il est un &#171; v&#233;cu &#187; un &#171; ressenti &#187; tout autant des d&#233;terminations du priv&#233; que du public dans la mesure m&#234;me o&#249; on le consid&#232;re comme la chair dont est constitu&#233; le sujet&#8230; &#171; assujetti &#187;. A partir du moment o&#249; le sujet est produit de fa&#231;on n&#233;cessaire dans ce mode de production en tant que rapport imaginaire (id&#233;ologique) au monde il est le sujet de sentiments, d'affects, de ressenti, il est &#171; aperception pure &#187; c'est sa construction et &#171; aperception empirique &#187; c'est son rapport. Les deux sont indissociables, c'est l'intime qui est confusion de l'individuel et de l'essentiel dans l'individuel, fa&#231;on de se rapporter au monde. Rien n'existe du priv&#233; et du public s'il n'est un v&#233;cu, c'est-&#224;-dire une fa&#231;on de se rapporter aux &#171; d&#233;terminations socio-&#233;conomique &#187; qui d&#233;finissent ces sph&#232;res (les deux, pas seulement le priv&#233; pour ce qui concerne l'intime), mais tout n'est pas au m&#234;me plan, il n'y a pas de &#171; totalit&#233; significative &#187;, il n'y a pas de circularit&#233; entre la &#171; d&#233;termination en derni&#232;re instance &#187; et les formes n&#233;cessaires d'apparition sans lesquelles elle n'existe pas et qui sont, c'est exact, ses conditions d'existence sans se confondre avec elle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour ces raisons je suis un peu r&#233;ticent face &#224; des formules comme :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &#8230;c'est d'auto-reconnaissance des sujets dont il est question, d'identit&#233; et de proc&#232;s conflictuel d'ad&#233;quation aux normes &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Mais il y a des stades dans la socialisation&#8230; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &#8230;d'o&#249; l'intime comme lieu de production de sujets norm&#233;s et assignation/int&#233;gration &#224; ces normes ; d'o&#249; aussi remise en cause de ces sujets, d&#232;s lors que le capital a un probl&#232;me avec les femmes, et avec le travail. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autant plus que je suis enti&#232;rement d'accord avec dans les m&#234;mes paragraphes des formules comme :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Ce sont des sujets qui font exister (ils ne les cr&#233;ent pas, mais les agissent) les normes qui les produisent, c'est aussi comme &#231;a que &#231;a vit et que &#231;a peut entrer en contradiction, d&#232;s lors que l'intrication des rapports de classes et des rapports hommes/femmes est celle du MPC, l'intime en soi ne d&#233;finissant aucune contradiction mais &#233;tant une des mani&#232;res dont la contradiction existe, et appara&#238;t comme telle. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; C'est que simplement la contradiction n'est pas dans l'intime lui-m&#234;me, mais qu'il est embarqu&#233; dans une contradiction qui le construit historiquement. L'histoire de l'intime n'est que celle des modes de production jusqu'&#224; aujourd'hui. &#187; (je ne sais pas si nous pouvons parler d'intime avant le MPC ?)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et principalement avec la fin (avec quelques r&#233;serves)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Il ne s'agit pas d'introduire de la &#171; subjectivit&#233; &#187; dans les rapports sociaux, mais de montrer que ces rapports ne peuvent exister qu'en &#233;tant v&#233;cus et agis par des sujets qui les font exister tels qu'ils sont &#224; travers ce qu'ils sont, dans leur existence de classe et comme hommes et femmes (c'est moi qui souligne). Il s'agit aussi de montrer que la communisation est mise en crise des sujets dans leurs rapports (il y a une ambigu&#239;t&#233; dans cette formule : c'est la mise en crise des sujets r&#233;sultant des contradictions existantes qui est &#8211;devient &#8211; communisation), et donc de montrer &#224; quoi on touche ce faisant, c'est-&#224;-dire au c&#339;ur des rapports, &#224; notre propre constitution comme sujets sociaux (je l'ai d&#233;j&#224; dit, ici, &#171; sociaux &#187; me g&#234;ne) dans le MPC. Il s'agit de replacer le &#171; sujet social &#187; (pas un sujet social abstrait, mais le sujet tel qu'il se sent &#234;tre sujet et tel qu'il se vit dans les relations qu'il entretient aux autres) (&#171; tel qu'il se sent &#234;tre sujet &#187;, je suis totalement d'accord, sans r&#233;ticence) dans la totalit&#233; sociale et donc dans la dynamique de la contradiction qui n'a du coup plus rien d'externe &#224; l'ensemble des rapports sociaux. Ce qui nous permettrait de sortir encore plus nettement de la &#171; belle &#187; contradiction de classes comme moteur de la r&#233;volution qui &#171; r&#233;soudrait &#187; secondairement la question des &#171; dominations &#187; de race, de genre, etc. Et donc de montrer que :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le corps, la sexualit&#233; comme sexage sont en effet le contenu de la contradiction hommes/femmes et de la population comme force productive et ce contenu montre que l'existence des hommes et des femmes est un rapport social diff&#233;rent du rapport de classe, sachant que les femmes ne sont justement ni des marchandises ni de simples moyens de production. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est l&#224; o&#249; ce que propose ce texte est vraiment important. Il a un enjeu explicite : le cours de la communisation comme lutte dans laquelle rien n'est aboli sans avoir &#233;t&#233; express&#233;ment et dans ses propres termes objet de la lutte. Rien n'est aboli &#171; en cons&#233;quence &#187;. Il pose en outre la question des acteurs aussi bien prol&#233;taires qu'hommes et femmes (et entrecroisement de ces d&#233;terminations) comme des sujets (bien que simples agents il est dans la nature de ces agents d'exister en tant que sujet) qui n'&#233;clateront en tant que tels (baudruche) que dans leur propre action en tant que sujets car c'est ainsi que les contradictions (prol / cap ; hom / fem) sont actives (activ&#233;es). Nous sommes l&#224; sur des choses tr&#232;s importantes du genre : &#171; comment les contradictions sont des pratiques ; &#224; quel prix id&#233;ologiques elles le sont ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour &#171; terminer &#187;, quelques mots sur la &#171; contradiction double &#187;. L'expression de contradiction double est, &#224; mon sens, profond&#233;ment fautive. Il y a deux contradictions construites absolument simultan&#233;ment (travail / surtravail) et se constituant comme contradiction l'une par l'autre (cf. Tel Quel) mais il n'y a pas de &#171; contradiction double &#187;. Quelque chose de double est quelque chose form&#233; de deux choses semblables ou de m&#234;me nature : &#171; un double rang de colonnes ; acte double &#8211;fait en deux exemplaires - ; double hectolitre &#8211; futaille contenant deux hectolitres &#187; (Littr&#233;). Il n'y a pas de &#171; double contradiction &#187;, sauf &#224; dire que les deux sont des contradictions. En outre &#171; double contradiction &#187; pr&#233;suppose une unit&#233; que l'on divise en deux &#233;l&#233;ments semblables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut &#234;tre d'accord ou pas, encore que cela n'est pas facile &#224; r&#233;futer, mais je ne vois pas en quoi cela est plus compliqu&#233; que n'importe quoi d'autre dans la production th&#233;orique (est-ce que quelqu'un a vraiment compris ce qu'&#233;tait le travail abstrait ?). La vraie difficult&#233; r&#233;side dans la &#171; dynamique unique &#187; (j'aborde bri&#232;vement cela &#224; la fin de la critique d'Incendo). Dynamique unique c'est le capital comme contradiction en proc&#232;s. Mais ce concept ne s'autod&#233;termine pas dans deux d&#233;terminations ou deux contradictions, il n'est pas une contradiction double. Il est construit par les deux contradictions dans la mesure o&#249; elles sont contradiction l'une par l'autre. D'o&#249; le fait que le tout (capital comme contradiction en proc&#232;s) est quelque chose qui a une vie propre il est la r&#233;sultante du fait que chacune est contradiction par l'autre et par l&#224; se diff&#233;rencie d'elle-m&#234;me comme contradiction dans la mesure o&#249; &#234;tre contradiction ne lui est pas intrins&#232;que (est intrins&#232;que ce qui appartient &#224; un objet en lui-m&#234;me et non de par sa relation &#224; un autre). Si chacune est contradiction dans ses propres termes, c'est-&#224;-dire avec ses propres protagonistes et contenant cette dynamique comme une dynamique sp&#233;cifique et, dans les deux cas, cette sp&#233;cificit&#233; c'est le capital comme contradiction en proc&#232;s (la question de la valeur). La dynamique est unique parce qu'elle existe sp&#233;cifiquement dans chacune des contradictions. Chacune a besoin de l'autre d'o&#249; simultan&#233;ment la sp&#233;cificit&#233; de la dynamique dans chaque contradiction et l'existence unique de cette dynamique qui se diff&#233;rencie de chacune de par le mouvement de r&#233;ciprocit&#233; des contradictions, de par le besoin de l'autre pour chacune donc comme quelque chose qui lui est interne, sp&#233;cifique mais pas intrins&#232;que. L'unit&#233; (dynamique unique) est construite, elle ne se d&#233;double pas, nous ne sommes pas dans l'autod&#233;termination du concept, elle est la r&#233;ciprocit&#233; de la constitution des contradictions, constitution qui, en tant que telle (r&#233;ciprocit&#233;), se diff&#233;rencie de chacune parce que cette diff&#233;rence (la dynamique unique) est produite par elles dans leur sp&#233;cificit&#233;. Entre nous on peut dire que c'est le mouvement de base de la dialectique : l'unit&#233; de l'unit&#233; et de la diff&#233;rence (par exemple le prol&#233;tariat, le capital, le mode de production capitaliste).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Les Classes</title>
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&lt;p&gt;Les classes ? ne sont ni des sommes d'individus regroup&#233;s par un int&#233;r&#234;t commun, d&#233;coup&#233;es sociologiquement dans la totalit&#233; de la soci&#233;t&#233;, ni de pures activit&#233;s historiques. Il faut dire en premier lieu cette chose triviale : le prol&#233;tariat c'est la classe des travailleurs productifs de plus-value. Ce n'est qu'une fois une telle chose dite que l'on d&#233;finit la classe de fa&#231;on historique parce qu'on a alors pos&#233; une contradiction, l'exploitation, et la polarisation de ses termes. &lt;br class='autobr' /&gt;
Les classes (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://theoriecommuniste.org/la-soute/" rel="directory"&gt;La Soute&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Les classes&lt;sup&gt;&lt;a href='https://theoriecommuniste.org/Classes' title=&#034;D&#233;finition&#160;: Les classes ne sont ni des sommes d'individus regroup&#233;s par un int&#233;r&#234;t (&#8230;)&#034;&gt;?&lt;/a&gt;&lt;/sup&gt; ne sont ni des sommes d'individus regroup&#233;s par un int&#233;r&#234;t commun, d&#233;coup&#233;es sociologiquement dans la totalit&#233; de la soci&#233;t&#233;, ni de pures activit&#233;s historiques. Il faut dire en premier lieu cette chose triviale : le prol&#233;tariat c'est la classe des travailleurs productifs de plus-value. Ce n'est qu'une fois une telle chose dite que l'on d&#233;finit la classe de fa&#231;on historique parce qu'on a alors pos&#233; une contradiction, l'exploitation, et la polarisation de ses termes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les classes se d&#233;finissent comme polarisation en tant qu'activit&#233;s des termes de la contradiction qu'est l'exploitation. Cependant, si l'exploitation c'est l'extraction de plus-value, il est dans la nature de la plus-value d'exister et de se d&#233;velopper comme profit et, dans la nature de l'exploitation, d'&#234;tre un proc&#232;s s'auto-pr&#233;supposant. La contradiction qui r&#233;sulte, dans le mode de production capitaliste, du rapport entre l'extraction de plus-value et la croissance de la composition organique du capital se d&#233;veloppe, au travers de la p&#233;r&#233;quation du taux de profit, sur l'ensemble des activit&#233;s de la production et de la reproduction et structure comme rapport contradictoire entre des classes l'ensemble de la soci&#233;t&#233;. Il s'ensuit que le prol&#233;tariat et la classe capitaliste sont la polarisation en activit&#233;s contradictoires, sur l'ensemble de la soci&#233;t&#233; dans son auto-pr&#233;supposition, de la contradiction qu'est la baisse tendancielle du taux de profit. Dans ce proc&#232;s, la contradiction essentielle qu'est la production de plus-value ne dispara&#238;t jamais, c'est elle qui existe sous toutes les formes de la reproduction d'ensemble de la valorisation et de ses conditions de renouvellement comme reproduction du rapport social capitaliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la transformation de la plus-value en profit en tant que proc&#232;s de polarisation et de constitution des classes, ce qui op&#232;re c'est la dualit&#233; du rapport salarial comme rapport de production et rapport de distribution, c'est la dualit&#233; de la coop&#233;ration dans le proc&#232;s imm&#233;diat de production, c'est la constitution du travailleur collectif, c'est la distinction entre travail simple et travail complexe, c'est la reproduction des conditions du renouvellement du face &#224; face de la force de travail et des conditions de production pr&#233;suppos&#233;es comme capital dans leur s&#233;paration, c'est le f&#233;tichisme inh&#233;rent &#224; la constitution comme sources de revenu d'un &#233;l&#233;ment du proc&#232;s de production. La lutte des classes est une contradiction qui oppose constamment des entit&#233;s par nature instables. Il ne faut pas croire que cette instabilit&#233; ne serait que le fait de la fabrication comme classe du prol&#233;tariat, elle op&#232;re &#233;galement comme constitution de la classe capitaliste en tant que bloc historique de couches sociales diverses que des pratiques d&#233;limitent et d&#233;finissent aires nationales, instances autonomis&#233;es de la m&#233;tamorphose du capital ; n&#233;cessit&#233; de la coop&#233;ration comme direction ; travailleur collectif ; instances de la reproduction du face &#224; face dans le troisi&#232;me moment de l'exploitation).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il existe une mati&#232;re premi&#232;re sociale que travaille la formation des classes, mais cette mati&#232;re premi&#232;re n'est pas le fondement essentiel des rapports de production capitaliste. Cette mati&#232;re premi&#232;re c'est le f&#233;tichisme des rapports de distribution inh&#233;rent &#224; la liaison &#171; naturelle &#187; entre un &#233;l&#233;ment du proc&#232;s de production et une source de revenu (la &#171; formule trinitaire &#187;). Cette mati&#232;re premi&#232;re, elle-m&#234;me produite, est cependant mati&#232;re premi&#232;re dans la mesure o&#249;, en elle, sa production a &#233;t&#233; effac&#233;e. Elle n'est ni vraie, ni fausse en tant que telle (mati&#232;re premi&#232;re), elle est produite comme existant et fonctionnant telle quelle en tant que telle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il faut &#233;galement comprendre que l'objectivit&#233; fondamentale de la plus-value ne fonctionnant que comme profit est un processus de d&#233;passement de l'objectivit&#233; sous laquelle se donne cette mati&#232;re premi&#232;re des d&#233;coupages sociaux. Les moments du f&#233;tichisme, de la dualit&#233; du rapport salarial, de la distribution du revenu et des niveaux de consommation, des revenus et de leurs sources, de la distinction entre travail simple et travail complexe sont d&#233;pass&#233;s mais ne sont pas annul&#233;s dans la fabrication et la d&#233;finition des classes. L'extraction de plus-value et sa transformation en profit se d&#233;veloppe socialement sous toutes ces formes et n'existe que dans ce d&#233;veloppement qui lui est inh&#233;rent, mais c'est toujours elle qui existe ainsi. Elle n'y existe pas comme une v&#233;rit&#233; cach&#233;e rappelant de temps &#224; autre &#224; l'ordre les formes d'apparition. C'est l&#224;, dans les formes d'apparition, dans leur propre dynamique, dans les relations qu'elles entretiennent, en tant que telles, entre elles, qu'agit la &#171; v&#233;rit&#233; cach&#233;e &#187;, elle ne se d&#233;voile pas, tels les dieux grecs dans la nudit&#233; h&#233;ro&#239;que des id&#233;es, mais telle l'extase baroque dans les plis et les reflets de sa repr&#233;sentation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a, si l'on veut parler ainsi, rappel &#224; l'ordre de la part de la contradiction essentielle que constitue l'extraction de plus-value, mais ce rappel &#224; l'ordre c'est la segmentation de la classe, c'est la prol&#233;tarisation&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Par prol&#233;tarisation nous entendons la relation toujours en mouvement entre (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; des fonctions li&#233;es &#224; la coop&#233;ration &#224; la fois dans la division sociale et la division technique du travail, c'est, dans les luttes, la tension &#224; l'unit&#233; qui n'est pas un a priori mais le fait de se heurter &#224; la r&#233;alit&#233; de la s&#233;paration, c'est l'interclassisme qui n'est pas la relation entre plusieurs entit&#233;s d&#233;finies pr&#233;alablement de part et d'autre d'une fronti&#232;re. L'interclassisme est la mise &#224; jour &#224; la fois comme conflit et comme relation n&#233;cessaire &#224; l'int&#233;rieur du prol&#233;tariat de la dualit&#233; de la coop&#233;ration et de la dualit&#233; du rapport salarial comme rapport de production et rapport de distribution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'interclassisme est une dialectique interne de la construction du prol&#233;tariat qui dans la contradiction avec le capital s'ext&#233;riorise et se d&#233;veloppe en conflits et relations entre entit&#233;s devenues distinctes, autonomes. L'interclassisme, c'est-&#224;-dire la relation aux classes moyennes, est un rapport &#224; soi du prol&#233;tariat ext&#233;rioris&#233; comme rapport &#224; un autre dans la contradiction avec le capital. La contradiction entre le prol&#233;tariat et le capital fait &#233;clater et autonomise les dualit&#233;s et les d&#233;terminations dans lesquelles la classe est constitu&#233;e en m&#234;me temps que l'autotransformation du sujet qui caract&#233;rise l'activit&#233; r&#233;volutionnaire est la dissolution des cat&#233;gories et donc des dualit&#233;s et des d&#233;terminations qui constituent ce sujet. L'interclassisme, la relation aux classes moyennes, est &#224; la fois d'une part distinctions et conflits et, d'autre part, dissolution de la distinction non par retour &#224; la &#171; puret&#233; &#187; de la classe mais par son autotransformation, c'est-&#224;-dire sa propre dissolution qui dans la lutte contre le capital est l'absorption de toutes les cat&#233;gories sociales constitu&#233;es comme telles par leur ext&#233;riorisation. L'interclassisme est un moment de la r&#233;volution comme communisation.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;A la suite de la discussion sur les classes moyennes (voir textes dans cette (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand nous disons que le prol&#233;tariat est construit par la contradiction que constitue, dans le mode de production capitaliste, l'extraction de plus-value, nous disons que la contradiction centrale du mode de production capitaliste devient la condition de son d&#233;passement comme sujet particulier et activit&#233;s de ce sujet. Le d&#233;passement de cette contradiction n'est son mouvement que de par la position et l'activit&#233; d'un de ses termes qui, dans cette contradiction, existe comme classe et pose sa reproduction en contradiction avec elle-m&#234;me comme classe. Le concept d'exploitation d&#233;finit les classes en pr&#233;sence (prol&#233;tariat et classe capitaliste) dans un strict rapport d'implication r&#233;ciproque sur la base du travail productif et de l'extraction de plus-value. Dans la mesure o&#249; la forme de la plus-value est le profit, les classes sont la polarisation sociale et historique de la contradiction qu'est toujours, pour le capital lui-m&#234;me, sa valorisation comme extraction de plus-value et inversement, pour le prol&#233;tariat lui-m&#234;me, la reproduction de ce qu'il est comme travail productif de plus-value. En tant que polarisation, les classes ne sont pas des listes d'individus, elles ne sont pas une sorte d' &#171; &#233;tat-civil &#187;, elles sont construites dans leur contradiction. Les classes ne pr&#233;existent pas &#224; la lutte, pas plus que la lutte ne les constitue. Les choses sont extr&#234;mement banales : les classes et leur lutte sont donn&#233;es absolument simultan&#233;ment. D&#233;finir les unes c'est d&#233;finir l'autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais les situations ne sont pas sym&#233;triques en ce que le capital reprend en lui-m&#234;me, dans sa dynamique de contradiction en proc&#232;s, dans la dynamique de son accumulation, la contradiction &#224; lui-m&#234;me qu'est sa valorisation comme extraction de plus-value. En revanche, le prol&#233;tariat est en contradiction avec l'existence sociale n&#233;cessaire de son travail comme valeur autonomis&#233;e face &#224; lui et ne le demeurant qu'en se valorisant. Cela dans la mesure o&#249;, comme capital, cette valeur autonomis&#233;e pose toujours le prol&#233;tariat comme de trop (augmentation de la composition organique) en tant que travail n&#233;cessaire, dans le m&#234;me moment o&#249; elle l'implique en tant que travail vivant pour se conserver et s'accro&#238;tre. Cette d&#233;termination c'est la loi de la baisse tendancielle du taux de profit qui n'est rien d'autre qu'une contradiction de classes entre le prol&#233;tariat et la classe capitaliste qui comporte l'originalit&#233; suivante : le prol&#233;tariat est constamment en contradiction avec sa propre d&#233;finition comme classe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cette contradiction qu'est l'exploitation, c'est donc son aspect non sym&#233;trique qui nous donne le d&#233;passement. Quand nous disons que l'exploitation est une contradiction pour elle-m&#234;me nous d&#233;finissons la situation et l'activit&#233; r&#233;volutionnaire du prol&#233;tariat. On d&#233;duit de la d&#233;finition de l'exploitation comme contradiction qu'il y a identit&#233; entre ce qui fait du prol&#233;tariat une classe de ce mode de production et ce qui en fait une classe r&#233;volutionnaire. Mais on d&#233;duit &#233;galement que cela ne signifie pas que les prol&#233;taires &#171; sont &#187; r&#233;volutionnaires comme le ciel &#171; est &#187; bleu, parce qu'ils &#171; sont &#187; salari&#233;s, exploit&#233;s, ni m&#234;me la dissolution des conditions existantes. Cela signifie seulement que la reproduction du capital n'occulte pas la contradiction par laquelle ils peuvent devenir r&#233;volutionnaires en la d&#233;passant. En s'autotransformant (identit&#233; de la transformation de soi et de l'abolition des circonstances), &#224; partir de ce qu'ils sont, ils se constituent eux-m&#234;mes en classe r&#233;volutionnaire. Les prol&#233;taires ne trouvent pas dans leur situation envisag&#233;e de fa&#231;on contemplative et passive des attributs r&#233;volutionnaires. Le d&#233;passement, se constituer en classe r&#233;volutionnaire, est un produit de la contradiction, de la lutte de classe, dans la mesure seulement o&#249; le d&#233;passement de la contradiction g&#238;t dans le mouvement de la contradiction se retournant contre elle-m&#234;me. Il en r&#233;sulte qu'&#234;tre une classe r&#233;volutionnaire n'est pas une r&#233;alit&#233; objective de la situation du prol&#233;tariat, mais la possibilit&#233; d'action contre cette r&#233;alit&#233;, &#234;tre r&#233;volutionnaire n'est pas une essence mais l'action concr&#232;te, historiquement situ&#233;e des ouvriers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trouver, dans le mouvement du capital comme contradiction en proc&#232;s, la n&#233;cessit&#233; de sa reproduction en contradiction avec elle-m&#234;me, d&#233;finit conceptuellement la constitution du prol&#233;tariat en classe r&#233;volutionnaire abolissant ses conditions d'existence. Mais son auto-transformation est le produit de sa propre action &#224; partir de sa contradiction avec le capital devenue, dans ce cycle de luttes, la contradiction avec sa propre existence comme classe. La possibilit&#233; pour le prol&#233;tariat de devenir le sujet r&#233;volutionnaire ne g&#238;t pas dans le d&#233;veloppement lin&#233;aire de caract&#233;ristiques qu'il poss&#232;derait dans son &#234;tre de classe du mode de production capitaliste. Au contraire, dans cette situation, ne se trouve que la possibilit&#233; d'entrer en guerre contre tout ce qui le d&#233;finissait ant&#233;rieurement. Les hommes qui vivent au c&#339;ur du conflit du capital comme contradiction en proc&#232;s et qui n'y trouvent jamais aucune confirmation d'eux-m&#234;mes sont en situation de le d&#233;truire en se constituant en communaut&#233; r&#233;volutionnaire. Ils trouvent alors, dans ce qu'ils sont contre le capital, le contenu de l'abolition du capital comme production du communisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'activit&#233; r&#233;volutionnaire du prol&#233;tariat est indissociablement une action de transformation des conditions sociales existantes et l'autotransformation de cette classe inh&#233;rente &#224; sa constitution comme classe dans la mesure o&#249; celle-ci n'est jamais une confirmation mais une contradiction &#224; soi. Ce n'est que dans cette mesure qu'elle se confond avec l'autod&#233;veloppement du capital. On pourrait dire que nous avons affaire avec le prol&#233;tariat &#224; l'action comme transformation du donn&#233; conditionnant par ce qu'il conditionne, une transformation de l'acteur par l'action de transformation qu'il exerce sur le donn&#233; conditionnant, la production d'un sujet par sa propre action&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Il faut avoir conscience que nous sommes ici &#224; la limite de certaines (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;volution aura &#224; affronter la scl&#233;rose de la d&#233;finition de la classe comme cat&#233;gorie socio-&#233;conomique, ce ne sera pas une question intellectuelle revenant &#224; savoir qui est qui, car cette scl&#233;rose et la lutte contre elles seront la confrontation de pratiques intriquant la r&#233;volution et la contre-r&#233;volution. La premi&#232;re est dissolution du prol&#233;tariat, la seconde son affirmation, c'est-&#224;-dire en fait celle du capital.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour une classe, se reconna&#238;tre soi-m&#234;me comme classe c'est son rapport &#224; une autre classe, une classe n'existe que pour autant qu'elle doit mener une lutte contre une autre classe. Une classe n'a pas de d&#233;finition propre pr&#233;alable expliquant et produisant sa contradiction avec une autre classe, ce n'est que dans la contradiction avec une autre classe qu'elle se reconna&#238;t elle-m&#234;me comme classe, c'est l'autre classe qui est sa raison d'&#234;tre comme classe et c'est son autotransformaion. Ce qui a disparu dans le cycle de lutte actuel, c'est le fait que ce rapport g&#233;n&#233;ral, d&#233;finitoire des classes, puisse comporter un moment de retour sur soi pour le prol&#233;tariat comme d&#233;finition d'une identit&#233; propre &#224; opposer au capital (identit&#233; propre semblant inh&#233;rente &#224; la classe et opposable au capital, alors qu'elle n'&#233;tait qu'un produit particulier d'un certain rapport historique entre le prol&#233;tariat et le capital et confirm&#233;e par le propre mouvement du capital). Il s'ensuit que non seulement, comme on pourrait le dire de fa&#231;on g&#233;n&#233;rale, la situation commune des exploit&#233;s n'est rien d'autre que leur s&#233;paration, mais encore que, dans ce cycle de luttes, la recherche de l'unit&#233; qui n'est en creux que le fait de se heurter &#224; la r&#233;alit&#233; de la s&#233;paration, est devenue, dans la lutte de classe, une contradiction &#224; sa propre existence comme classe, la production de celle-ci comme limite de la lutte en tant que classe.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034; id='Quelques-references-pouvant-servir-a-developper-ces-notes'&gt;
Quelques r&#233;f&#233;rences pouvant servir &#224; d&#233;velopper ces notes.&lt;/h2&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; Sur le prol&#233;tariat : voir Meeting 3, p. 29 et Sic 1, p. 107 (sur l'unit&#233;).&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; Dans TC 19, le texte sur les gr&#232;ves de 2003, le passage sur l'indiscipline du sujet (p. 152). Et, toujours dans TC 19, pp. 136-137.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; Voir (je ne sais plus o&#249;), la construction id&#233;ologique classe ouvri&#232;re / prol&#233;tariat &#224; a fin du programmatisme, d&#233;but des ann&#233;es 1970.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; Dans la r&#233;ponse &#224; Kosmoprolet, TC 24, p. 209.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;&#171; Dans la th&#232;se 12, la classe ne d&#233;crirait plus que &#171; l'imp&#233;ratif g&#233;n&#233;ralis&#233; de vendre sa force de travail &#187;, nous n'aurions donc plus &#171; deux camps bien d&#233;finis, mais plut&#244;t une vaste diversit&#233; de situations &#187;. Ici, Kosmoprolet n'inclut pas (ne consid&#232;re pas) dans la vente de la force de travail pour la valorisation du capital qui &#233;tait au centre de la d&#233;finition de &#171; la relation de classe &#187; au d&#233;but de la th&#232;se 12 (ce qui restreint la &#171; vaste diversit&#233; &#187;) le fait que cette vente, dans cette relation, se d&#233;finit comme une contradiction pour le capital et pour elle-m&#234;me. S'il n'y avait pas, au c&#339;ur de la prol&#233;tarisation g&#233;n&#233;ralis&#233;e, la contradiction qu'est le travail productif, cette prol&#233;tarisation m&#234;me n'existerait pas. Donc le &#171; flou &#187; de la &#171; vaste diversit&#233; de situations &#187; ne dit pas ce qu'est le prol&#233;tariat, tout comme la vente de la force de travail ne dit pas ce qu'est le prol&#233;tariat si cette vente n'est pas saisie dans sa relation &#224; la valorisation du capital (ce que les th&#232;ses pourtant, par ailleurs, exposent) comme contradiction. C'est alors cette contradiction qui est la d&#233;finition des classes. La vente de la force de travail n'explique rien par elle-m&#234;me si on en reste &#224; ce niveau, elle ne d&#233;finit pas plus la classe m&#234;me si on la relie &#224; la valorisation du capital, &lt;strong&gt;la d&#233;finition n'appara&#238;t qu'au moment o&#249; cette situation (la vente de la force de travail) et cette relation (de la vente &#224; la valorisation) sont saisies comme contradiction pour cela m&#234;me dont elles sont la dynamique&lt;/strong&gt;. C'est la contradiction entre le travail n&#233;cessaire et le surtravail, c'est la baisse tendancielle du taux de profit comprise comme une contradiction entre le prol&#233;tariat et le capital, c'est, de m&#234;me, le capital comme contradiction en proc&#232;s. Nous avons alors l'unit&#233; de la d&#233;finition des classes comme situation et pratique (comme &#171; en soi &#187; et &#171; pour soi &#187; si l'on veut). &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les propositions th&#233;oriques de ce paragraphe sont nouvelles et ouvrent une probl&#233;matique tr&#232;s performante. Le passage mis en gras : c'est le vrai d&#233;passement de la dualit&#233; des positions sociologiques et historiques (le fondement th&#233;orique de ce d&#233;passement). Une d&#233;finition &#224; la fois structurelle et dynamique (dynamique dans sa structure).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Par prol&#233;tarisation nous entendons la relation toujours en mouvement entre le travail productif et le travailleur collectif.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;A la suite de la discussion sur les classes&lt;sup&gt;&lt;a href='https://theoriecommuniste.org/Classes' title=&#034;D&#233;finition&#160;: Les classes ne sont ni des sommes d'individus regroup&#233;s par un int&#233;r&#234;t (&#8230;)&#034;&gt;?&lt;/a&gt;&lt;/sup&gt; moyennes (voir textes dans cette rubrique du site sur le travail en cours), je pense maintenant que certaines analyses et formulations de ce paragraphe sont critiquables : &#171; l'interclassisme comme rapport &#224; soi du prol&#233;tariat &#187;. Cependant comprendre l'autotransformation du prol&#233;tariat comme incluant l'interclassisme, comme dynamique de son d&#233;passement, me para&#238;t encore une hypoth&#232;se porteuse. La lutte des classes n'est jamais pure, mais il n'y a pas de &#171; purification &#187; autre que son d&#233;passement, que la n&#233;gation des classes (d&#233;cembre 2012).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Il faut avoir conscience que nous sommes ici &#224; la limite de certaines d&#233;rives sartriennes dans la lecture de Marx.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
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		<title>Le D&#233;mocratisme Radical</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
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		<dc:subject>S&#233;rie Paris</dc:subject>

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&lt;p&gt;Introduction &lt;br class='autobr' /&gt;
Le d&#233;mocratisme radical d&#233;fend l'action citoyenne, la d&#233;mocratie directe ou participative, la ma&#238;trise de nos conditions d'existence, d&#233;fend l'Etat, Etat social et Etat-nation pour certains, simplement 'r&#233;gulateur' pour d'autres. Il lutte contre le primat et la &#8220; sauvagerie &#8221; de l'&#233;conomie, la mondialisation lib&#233;rale, la supr&#233;matie de la finance. Il regrette l'&#233;poque o&#249; le capitalisme &#233;tait si beau sous le keyn&#233;sianisme et le service public. Enfin il veut construire une (&#8230;)&lt;/p&gt;


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 <content:encoded>&lt;img src='https://theoriecommuniste.org/local/cache-vignettes/L92xH150/dr-1-118c0.jpg?1769360824' class='spip_logo spip_logo_right' width='92' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034; id='Introduction'&gt;
Introduction&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;mocratisme radical d&#233;fend l'action citoyenne, la d&#233;mocratie directe ou participative, la ma&#238;trise de nos conditions d'existence, d&#233;fend l'Etat, Etat social et Etat-nation pour certains, simplement 'r&#233;gulateur' pour d'autres. Il lutte contre le primat et la &#8220; sauvagerie &#8221; de l'&#233;conomie, la mondialisation lib&#233;rale, la supr&#233;matie de la finance. Il regrette l'&#233;poque o&#249; le capitalisme &#233;tait si beau sous le keyn&#233;sianisme et le service public. Enfin il veut construire une alternative au capitalisme qu'il appelle 'lib&#233;ralisme' ou 'mondialisation'. Il veut un capitalisme 'r&#233;el', avec des usines o&#249; se rencontrent de vrais travailleurs et de vrais investisseurs si conscients de leur responsabilit&#233; sociale que l'on ne pourrait plus les appeler 'capitalistes'. Il r&#234;ve d'entrepreneurs-citoyens dans des entreprises-citoyennes exaltant le labeur de travailleurs-citoyens sous la tutelle bienveillante et protectrice de l'Etat d&#233;mocratique-participatif r&#233;gulant la distribution &#233;quitable de la plus-value citoyenne. Il fr&#233;quente les couloirs des minist&#232;res et les cours des squats. Il propose son expertise aux grandes organisations internationales et anime les campings anarchistes. Une seule chose l'effraie, que le prol&#233;tariat abolisse l'Etat, la d&#233;mocratie, le capitalisme (productif) donc se nie, car il aime le travailleur en tant que travailleur et la plus-value en tant que surtravail. Il aime l'exploitation car il aime tant la lutte des classes&lt;sup&gt;&lt;a href='https://theoriecommuniste.org/Classes' title=&#034;D&#233;finition&#160;: Les classes ne sont ni des sommes d'individus regroup&#233;s par un int&#233;r&#234;t (&#8230;)&#034;&gt;?&lt;/a&gt;&lt;/sup&gt; qu'il voudrait qu'elle ne prenne jamais fin, c'est sa raison d'&#234;tre, c'est le mouvement perp&#233;tuel de l'alternative et de la critique sociale. Il ne serait que path&#233;tique et ridicule s'il n'&#233;tait en r&#233;alit&#233; un &#233;l&#233;ment efficace, incontournable, ancr&#233; dans le nouveau cycle de luttes du prol&#233;tariat contre le capital comme la formalisation de toutes ses limites et n'anticipait pas la prochaine contre-r&#233;volution qui sera son ach&#232;vement, sa r&#233;alisation et sa propre disparition (&#233;limination).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En France, son extension va de la &#8220;gauche socialiste&#8221; &#224; certains groupes anarchistes, en passant par le P.C.F, S.U.D, les oppositionnels de la C.F.D.T, la F.S.U, la Ligue, toutes sortes de &#8220;petites gauches alternatives&#8221;, les Verts, la C.N.T (Vignoles) en voie d'officialisation, la 'Conf&#233;d&#233;ration paysanne' et de nombreuses associations comme ATTAC, 'Droits devant' etc, et de plus en plus la CGT. Ses organes officiels sont &#8220;Le Monde Diplomatique&#8221;, &#8220;Charlie hebdo&#8221;, 'Marianne', voire &#8220;T&#233;l&#233;rama&#8221; et, de plus en plus souvent, &#8220;L'Humanit&#233;&#8221;. Il a ses h&#233;ros : le sous-commandant Marcos, Jos&#233; Bov&#233;, et maintenant Chavez, son gourou th&#233;orique : Pierre Bourdieu. Il a ses lieux de m&#233;moire : Seattle, Millau, Porto Alegre, la for&#234;t Lacandona. Il n'est pas une sp&#233;cialit&#233; fran&#231;aise mais un mouvement mondial.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est absolument actuel. La restructuration du mode de production capitaliste, au travers de sa longue phase de crise, a eu comme r&#233;sultat essentiel, depuis le d&#233;but des ann&#233;es 80, la disparition de toute identit&#233; ouvri&#232;re produite, reproduite et confirm&#233;e &#224; l'int&#233;rieur du mode de production capitaliste. Le prol&#233;tariat ne peut plus produire un mouvement ouvrier organis&#233;, de m&#234;me ampleur et de m&#234;me nature que durant la p&#233;riode qui va jusqu'&#224; la fin des ann&#233;es 60 / d&#233;but des ann&#233;es 70, o&#249; la r&#233;volution pouvait encore se pr&#233;senter comme son affirmation. A l'int&#233;rieur m&#234;me de la reproduction du mode de production capitaliste, l'antagonisme entre le prol&#233;tariat et le capital existe sous une forme nouvelle et avec des objectifs nouveaux. C'est ce que nous appelons le &lt;i&gt;d&#233;mocratisme radical&lt;/i&gt;. Il faut &#234;tre clair d'entr&#233;e, toute la critique que nous pouvons faire de celui-ci ne lui enl&#232;ve en rien son caract&#232;re de classe, sauf &#224; consid&#233;rer que le prol&#233;tariat n'est pas une classe de ce mode de production, mais une entit&#233; r&#233;volutionnaire en soi, selon des modalit&#233;s canoniques fix&#233;es de toute &#233;ternit&#233;. Le syndicalisme, le r&#233;formisme, exprimaient et expriment l'existence de la classe dans les rapports sociaux capitalistes, le d&#233;mocratisme radical aussi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Organisationnellement il ne peut &#234;tre que beaucoup plus r&#233;duit et &#233;clat&#233; que 'l'ancien mouvement ouvrier'. Il comporte une myriade de groupes et de courants qui tous pr&#244;nent la construction &#224; l'int&#233;rieur du mode de production capitaliste d'une alternative. Ce pouvoir sur sa vie n'est pas, comme du temps de l'ancien mouvement ouvrier, une affirmation du travail productif, n'est pas une lib&#233;ration des forces productives. Cela se voit bien dans l'importance et la diffusion des th&#232;mes &#233;cologistes, en particulier dans celui du d&#233;veloppement soutenable, et dans la critique du productivisme. De par les th&#232;mes que ce mouvement est amen&#233; &#224; mettre en avant et le niveau o&#249; se situe la contradiction, les fractions de la classe, que la division du travail sp&#233;cialise dans les t&#226;ches sp&#233;cifiques de la mise en oeuvre de la reproduction sociale, tendent &#224; devenir id&#233;ologiquement h&#233;g&#233;moniques (contrairement &#224; la situation ant&#233;rieure du mouvement ouvrier).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Corollairement, tout un travail id&#233;ologique consiste &#224; momifier la classe ouvri&#232;re en &#8220;communaut&#233; ouvri&#232;re&#8221; folkloris&#233;e, et renvoy&#233;e par l&#224;-m&#234;me &#224; un pass&#233; r&#233;volu (cf Daeninckx et Videlier). En m&#234;me temps ce folklore rattache le d&#233;mocratisme radical &#224; une &#8220;histoire sociale&#8221; et proclame que le &#8220;bonheur&#8221; est dans l'existence de la classe ouvri&#232;re &#224; l'int&#233;rieur du capital, et cela m&#234;me dans l'&lt;i&gt;interminable lutte &lt;/i&gt;qu'elle m&#232;ne contre lui, et justement dans le caract&#232;re interminable de cette lutte qui l'&#233;ternise (cf, &#8220;Marius et Jeannette&#8221;). Le mythe de la communaut&#233; ouvri&#232;re a valeur de r&#233;f&#233;rence historique et d'image tut&#233;laire pour la &#8220;participation citoyenne&#8221;. Encore une fois les &#8220; couillonnades &#8221; marseillaises jouent un r&#244;le phare dans l'entreprise. Apr&#232;s que l'op&#233;rette marseillaise des ann&#233;es trente a mis en sc&#232;ne, pour les victimes elle-m&#234;mes applaudisant &#224; leur mort sociale, l'an&#233;antissement de la communaut&#233; ouvri&#232;re de la subsomption formelle du travail sous le capital, le rap marseillais d'IAM ou les flons-flons du &#8220; Massilia sound system &#8221; et de &#8220; Dupain &#8221; (baptis&#233; ainsi pour &#8220; r&#233;sister &#224; la colonisation anglo-saxonne du marketing &#8221;), remettent &#231;a, pour les branch&#233;s, &#224; l'occasion de la disparition de l'identit&#233; ouvri&#232;re. L'ennemi et concurrent est le Front National, plus efficace sur le m&#234;me racket de la b&#234;tise proven&#231;ale (pastissades et ratonnades). De loto en sardinades, en passant par les concours de boules &#224; la m&#234;l&#233;e, le but est de &#8220; passer des consignes dans tous les quartiers. Ici, pour que les jeunes votent, il faut les prendre par le col et les mener jusqu'aux urnes. &#8221; (Chill, alias Akhenaton, musicien d'IAM, &#8220; le Monde &#8221;, 6 mars 97).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Contrairement au programme de mont&#233;e en puissance et d'affirmation du prol&#233;tariat tel qu'il fut dominant jusque dans les ann&#233;es 60, le d&#233;mocratisme radical ne pose pas le d&#233;veloppement du capital comme sa m&#233;diation n&#233;cessaire ; il est lui-m&#234;me la m&#233;diation, il se veut lui-m&#234;me en actes le programme minimum et maximum, il est le but et le moyen. Il se con&#231;oit comme la contradiction qui se d&#233;veloppe et qui d&#233;vore la soci&#233;t&#233; capitaliste et son Etat. Ainsi le d&#233;mocratisme radical ne se pose pas de limite interne. Sa limite, c'est la fronti&#232;re mouvante entre la d&#233;mocratie et la &lt;i&gt;domination&lt;/i&gt; du capital &lt;i&gt;&#224; l'int&#233;rieur&lt;/i&gt; de la soci&#233;t&#233;. Parmi ces courants existe une r&#233;surgence syndicaliste-r&#233;volutionnaire, voire anarcho-syndicaliste. Ici aussi, le fait marquant c'est le refus d'un relais politique. Ce syndicalisme se veut autosuffisant, alternatif, d&#233;mocratique et de base. Cette alternative, malgr&#233; des variantes infinies, se caract&#233;rise en ce qu'elle se veut autogestion d'espaces lib&#233;r&#233;s comme lieux de conflits avec le &#8220;lib&#233;ralisme&#8221;. Elle pose la lib&#233;ration de l'individu, tel qu'il est, prenant le plus souvent le nom de citoyen. Nom bien choisi en ce qu'il est le membre de la communaut&#233; comme d&#233;mocratie, atome politique d'une communaut&#233; abstraite, reli&#233; aux autres par des m&#233;canismes politiques &#224; rendre radicaux, c'est-&#224;-dire de base, non sexistes, horizontaux, polymorphes, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si le d&#233;mocratisme radical est le but et le mouvement vers ce but, ce but est donc la &#8220;d&#233;mocratie vraie&#8221; qu'il oppose &#224; la &#8220;dictature des march&#233;s et de la finance&#8221;, &#224; la &#8220;pens&#233;e unique n&#233;o-lib&#233;rale&#8221;. Il ne s'agit absolument pas d'un d&#233;passement du capitalisme. M&#234;me la &#8220;fin du travail&#8221; ou 'l'abolition de l'&#233;conomie' qui sont pour lui le paroxysme de la radicalit&#233; participent des propositions ou tentatives de r&#233;am&#233;nagement du salariat et de la &#8220;vie quotidienne&#8221; rendues n&#233;cessaires par la restructuration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;mocratisme radical ne pose pas d' 'apr&#232;s&#8221;, il pose la question de la r&#233;volution tout en disant qu'il est en train de la faire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;mocratisme radical ne pose pas de limite &#224; son action, sauf que, de lui-m&#234;me, il limite son champ &#224; l'alternative c'est-&#224;-dire &#224; la non-r&#233;volution. Il se d&#233;marque de la rupture r&#233;volutionnaire qu'il pose comme non-d&#233;mocratie. Sa limitation au champ de la d&#233;mocratie niant la perspective de rupture permet au d&#233;mocratisme radical de ne pas se limiter dans le temps, de ne pas poser d'au-del&#224; de lui-m&#234;me, d'&#234;tre l'avenir ici et maintenant. Les r&#233;volutionnaires qui posent une limite temporelle doivent &#234;tre expuls&#233;s, et cette expulsion marquer la limite n&#233;cessaire &#224; l'autosaisie du d&#233;mocratisme radical. La limite devient limite dans l'espace, &#233;ternellement quantitative. L'avenir lui appartient car l'avenir est d&#233;j&#224; son pr&#233;sent. Ceux qui le critiquent ne repr&#233;sentent rien qu'un archa&#239;sme d&#233;lirant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ensemble tient sur la notion de d&#233;mocratie : d&#233;mocratie participative, entreprise citoyenne, d&#233;mocratie &#233;conomique, transparence de la justice, citoyennet&#233; dans l'entreprise. Avec la disparition de l'identit&#233; ouvri&#232;re, le d&#233;mocratisme radical exprime et donne r&#233;ellement forme aux limites des luttes actuelles, il les conforte. Il formalise des pratiques, des objectifs &#224; l'int&#233;rieur de la lutte de classe en g&#233;n&#233;ral, et des luttes quotidiennes. Il est un des aspects des conflits qui se d&#233;veloppent &#224; l'int&#233;rieur de ces luttes et, s'il n'est pas en lui-m&#234;me la prochaine contre-r&#233;volution, celle-ci sera son ach&#232;vement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce petit livre est destin&#233; &#224; tous ceux que cette pens&#233;e molle exc&#232;de et donne des pouss&#233;e d'adr&#233;naline. Mais une critique simpliste et parfois moralisatrice, opposant la v&#233;rit&#233; &#224; l'erreur, ne voit dans tous les th&#232;mes &#233;num&#233;r&#233;s que des &#8220;id&#233;ologies trompeuses&#8221; et conforte ses auteurs dans leur radicalisme satisfait et impuissant. Il ne s'agit pas d'interpr&#233;ter le d&#233;mocratisme radical comme une erreur, il est une force sociale r&#233;elle, sp&#233;cifique au cycle de luttes actuel et au mode de production capitaliste tel qu'il est maintenant restructur&#233; dans cette seconde phase de la subsomption r&#233;elle du travail sous le capital.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034; id='Chapitre-I-RESTRUCTURATION-DU-MODE-DE-PRODUCTION-CAPITALISTE-ET-NOUVEAU-nbsp'&gt;
Chapitre I : RESTRUCTURATION DU MODE DE PRODUCTION CAPITALISTE ET NOUVEAU CYCLE DE LUTTES&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1) Restructuration du mode de production capitaliste&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s la premi&#232;re p&#233;riode de d&#233;veloppement de la subsomption r&#233;elle du travail sous le capital, la crise ouverte au d&#233;but des ann&#233;es 70 a d&#233;bouch&#233; sur une restructuration du rapport capitaliste d'exploitation, du rapport contradictoire entre les classes. L'extraction de plus-value relative est le principe dynamique de l'histoire de la subsomption r&#233;elle du travail sous le capital, elle structure puis bouleverse la premi&#232;re phase de celle-ci. Contrairement &#224; la plus-value absolue, la plus-value relative affecte non seulement le proc&#232;s de travail mais aussi toutes les combinaisons sociales du rapport entre le travail et le capital et cons&#233;quemment des capitaux entre eux ; combinaisons qu'elle se doit de bouleverser constamment. C'est cette dynamique de l'extraction de plus-value relative qui pousse le capital contre le prol&#233;tariat &#224; poser comme limite et &#224; d&#233;passer les axes de la baisse tendancielle du taux de profit qui ont constitu&#233; le contenu de la crise. Est abolie et d&#233;pass&#233;e la contradiction qui avait soutenu l'ancien cycle de luttes entre, d'une part la cr&#233;ation et le d&#233;veloppement d'une force de travail cr&#233;&#233;e et mise en oeuvre par le capital de fa&#231;on collective et sociale, d'autre part les formes de l'appropriation par le capital de cette force de travail, que ce soit dans le proc&#232;s de production imm&#233;diat (le travail &#224; la cha&#238;ne, le syst&#232;me de la &#8220; grande usine &#8221;), dans le proc&#232;s de reproduction de la force de travail (le welfare) ou dans le rapport des capitaux entre eux (des aires nationales de p&#233;r&#233;quation). C'est cette contradiction qui historiquement, de fa&#231;on sp&#233;cifique &#224; cette premi&#232;re phase de la subsomption r&#233;elle du travail sous le capital, a donn&#233; forme &#224; la baisse tendancielle du taux de profit. C'&#233;tait l&#224;, la situation conflictuelle qui, dans le cycle de luttes ant&#233;rieur, se manifestait comme identit&#233; ouvri&#232;re confirm&#233;e dans la reproduction m&#234;me du capital et qu'abolit la restructuration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le contenu de la restructuration est la co&#239;ncidence de l'extraction de plus-value relative et de la reproduction des conditions de cette extraction. L'extraction de plus-value relative a produit un proc&#232;s de reproduction du face &#224; face du capital et du travail qui lui est ad&#233;quat en ce qu'il ne comporte aucun &#233;l&#233;ment, aucun point de cristallisation, aucune fixation qui puisse &#234;tre une entrave &#224; sa fluidit&#233; n&#233;cessaire et au bouleversement constant qu'elle n&#233;cessite. En m&#234;me temps corollairement le proc&#232;s de production imm&#233;diat devenait ad&#233;quat &#224; l'appropriation des forces sociales du travail. Contre le cycle de luttes ant&#233;rieur, la restructuration a aboli toute sp&#233;cification, statuts, &#8220;welfare&#8221;, &#8220;compromis fordien&#8221;, division du cycle mondial en aires nationales d'accumulation, en rapports fixes entre centre et p&#233;riph&#233;rie, en zones d'accumulation interne (Est / Ouest). L'extraction de plus-value sous son mode relatif se doit de bouleverser constamment et d'abolir toute entrave en ce qui concerne le proc&#233;s de production imm&#233;diat, la reproduction de la force de travail, le rapport des capitaux entre eux (p&#233;r&#233;quation).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le premier point, nous avons affaire &#224; toutes les caract&#233;ristiques du proc&#232;s de production imm&#233;diat : travail &#224; la cha&#238;ne, coop&#233;ration, rapport entre production et entretien, d&#233;finition du travailleur collectif, continuit&#233; du proc&#232;s de production, sous-traitance, segmentation de la force de travail. Dans le deuxi&#232;me : travail / ch&#244;mage / formation / flexibilit&#233; / pr&#233;carisation ; cycle d'entretien du travailleur. Dans le troisi&#232;me, les modalit&#233;s de l'accumulation et de la circulation : rapport entre production et march&#233;, accumulation nationale, diff&#233;renciation entre centre et p&#233;riph&#233;rie, division mondiale en deux aires d'accumulation, 'd&#233;mat&#233;rialisation'de la monnaie, d&#233;sinterm&#233;diation financi&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Non seulement, ces modifications sont une restructuration du rapport d'exploitation &#224; l'int&#233;rieur de la subsomption r&#233;elle ayant la plus-value relative comme dynamique, mais encore, la plus-value relative, comme principe dynamique restructurant la subsomption r&#233;elle, insuffle une vigueur nouvelle &#224; l'extraction de plus-value absolue : allongement de la dur&#233;e r&#233;elle du travail ; augmentation des heures suppl&#233;mentaires qui, flexibilit&#233; aidant, ne sont plus compt&#233;es comme telles ; flexibilisation et annualisation du temps de travail revenant &#224; un accroissement de l'intensit&#233; du travail, ce qui est un mode absolu d'extraction de la plus-value ; allongement des dur&#233;es de cotisation retraite ; modification des normes sociales de consommation modifiant la composante historique de la valeur de la force de travail et l'abaissant ainsi de fa&#231;on bien sup&#233;rieure aux gains de productivit&#233;, ce qui &#233;quivaut &#224; une augmentation sur le mode absolu de la plus-value ; meilleure utilisation du capital fixe install&#233;, r&#233;duction de la porosit&#233; du travail ; augmentation des journ&#233;es simultan&#233;es ; diminution du travail n&#233;cessaire individuellement ; d&#233;veloppement de la pluri-activit&#233; ; valorisation pour le capital des p&#233;riodes de formation.... C'est sur cette voie que se sont engag&#233;es depuis quelques ann&#233;es les Etats-Unis, la Grande Bretagne, les Pays-Bas, suivis actuellement par la France, l'Allemagne, l'Italie, l'Espagne et m&#234;me par le Japon. Sans parler, toujours en ce qui concerne la croissance absolue de la plus-value, des modalit&#233;s de fixation de la valeur de la force de travail et de son exploitation en Asie, en Am&#233;rique latine, ou en Afrique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La revitalisation du mode absolu d'extraction de la plus-value fonde un &#8220;nouveau compromis&#8221; sur la base suivante : un &#8220;partage&#8221;, ou plut&#244;t une pr&#233;servation tr&#232;s pr&#233;caire, &#224; l'int&#233;rieur de la force de travail disponible, prise comme un tout, de la croissance du travail n&#233;cessaire. La croissance relative de la plus-value lib&#232;re du travail n&#233;cessaire, son maintien en masse, pour l'ensemble de la force de travail, passe par une multiplication des t&#234;tes sur lesquelles il se r&#233;partit, ce qui entra&#238;ne une croissance absolue de la plus-value. La valeur globale de la reproduction de la force de travail baisse (poids du ch&#244;mage, baisse des minima sociaux et de la part patronale des charges sociales report&#233;e sur la fiscalit&#233; en majeure partie indirecte) alors que s'accro&#238;t le nombre des journ&#233;es de travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Dans le couplage des modes absolu et relatif (le mode relatif &#233;tant la dynamique du proc&#232;s), le principe de base synth&#233;tique de la restructuration consiste dans l'abolition et la reformulation de tout ce qui peut faire obstacle &#224; l'autopr&#233;supposition du capital, &#224; sa fluidit&#233;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8220;Le proc&#232;s de production capitaliste reproduit donc de lui&#8211;m&#234;me la s&#233;paration entre travailleur et conditions du travail. Il reproduit et &#233;ternise par cela m&#234;me les conditions qui forcent l'ouvrier &#224; se vendre pour vivre et mettent le capitaliste en &#233;tat de l'acheter pour s'enrichir. Ce n'est plus le hasard qui les place en face l'un de l'autre sur le march&#233; comme vendeur et acheteur. C'est le double moulinet du proc&#232;s lui-m&#234;me qui rejette toujours le premier sur le march&#233; comme vendeur de sa force de travail et transforme son produit toujours en moyen d'achat pour le second. Le travailleur appartient en fait &#224; la classe capitaliste, avant de se vendre &#224; un capitaliste individuel. Sa servitude &#233;conomique est moyenn&#233;e et, en m&#234;me temps, dissimul&#233;e par le renouvellement p&#233;riodique de cet acte de vente, par la fiction du libre contrat, par le changement des ma&#238;tres individuels et par les oscillations des prix de march&#233; du travail (c'est l'autopr&#233;supposition du capital, nda).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8220;Le proc&#232;s de production capitaliste consid&#233;r&#233; dans sa continuit&#233;, ou comme reproduction, ne produit donc pas seulement marchandise, ni seulement plus-value ; il produit et &#233;ternise le rapport social entre capitaliste et salari&#233;.&#8221; (Marx, &#8220;Le Capital&#8221;, Ed. Sociales, t.3, p. 19-20)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La restructuration consiste &#224; d&#233;passer tout ce qui peut faire obstacle &#224; la fluidit&#233; de ce double moulinet, en &#233;liminant tous ses point de cristallisation. Il s'agit d'une part de toutes les s&#233;parations, protections, sp&#233;cifications qui se dressent face &#224; la baisse de la valeur de la force de travail, en emp&#234;chant que tout le prol&#233;tariat, mondialement, dans la continuit&#233; de son existence, de sa reproduction et de son &#233;largissement, doive faire face en tant que telle (force de travail disponible) &#224; tout le capital. C'est le premier moulinet, celui de la reproduction de la force de travail. On trouve d'autre part toutes les contraintes de la circulation, de la rotation, de l'accumulation, qui entravent le deuxi&#232;me moulinet, celui de la transformation du surproduit en plus-value et capital additionnel. N'importe quel surproduit doit pouvoir trouver n'importe o&#249; son march&#233;, n'importe quelle plus-value doit pouvoir trouver n'importe o&#249; la possibilit&#233; d'op&#233;rer comme capital additionnel, c'est-&#224;-dire se transformer en moyens de production et force de travail, sans qu'une formalisation du cycle international (p&#233;riph&#233;rie, pays de l'Est et toutes les autres formes de &#8220; capitalisme d'Etat &#8221;) ne pr&#233;d&#233;termine cette transformation. La fluidit&#233; de chacun des moulinets n'est mise en oeuvre que dans et par celle de l'autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La restructuration a touch&#233; tout ce qui constituait l'identit&#233; ouvri&#232;re telle qu'elle &#233;tait d&#233;finie dans la p&#233;riode pr&#233;c&#233;dente, jusqu'&#224; la s&#233;paration entre centre et p&#233;riph&#233;rie, la s&#233;paration du cycle mondial en deux aires d'accumulation (Est et Ouest) et enfin au syst&#232;me mon&#233;taire. L'erreur &#224; &#233;viter consisterait &#224; ne prendre en consid&#233;ration que le premier moulinet comme transformation du rapport entre prol&#233;tariat et capital, le deuxi&#232;me moulinet &#233;tant alors r&#233;duit &#224; un rapport du capital &#224; lui&#8211;m&#234;me, c'est&#8211;&#224;&#8211;dire &#224; un rapport des capitaux entre eux. Le deuxi&#232;me moulinet ne se ram&#232;ne pas au premier. Il ne faut pas lui d&#233;nier sa sp&#233;cificit&#233;, car c'est celui dans lequel le surproduit revient comme capital additionnel face au r&#233;sultat du premier, celui o&#249; la force de travail est reproduite dans un abaissement de sa valeur et dans son &#233;largissement. La transformation du rapport entre prol&#233;tariat et capital ne se situe pas plus au niveau du premier que du second moulinet pris de fa&#231;on s&#233;par&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le niveau o&#249; tout se noue en ce qui concerne la restructuration est celui du cycle mondial du capital et c'est ainsi que la restructuration du mode de production capitaliste appara&#238;t de fa&#231;on imm&#233;diate au d&#233;mocratisme radical. &#8220;L'internationalisation&#8221;, ou &#8220;mondialisation&#8221; du capital, n'est pas une caract&#233;ristique &#224; c&#244;t&#233; d'autres caract&#233;ristiques comme la reproduction de la force de travail, la monnaie, le proc&#232;s de production imm&#233;diat, ou le rapport entre production et circulation, mais elles ne sont pas non plus la d&#233;finition m&#234;me de la restructuration. La mondialisation du cycle du capital est &lt;i&gt;la forme g&#233;n&#233;rale&lt;/i&gt; de la restructuration, ce n'est qu'ainsi qu'existe la fluidit&#233; du premier moulinet et bien s&#251;r aussi celle du second. Elle n'en est pas &lt;i&gt;la dynamique&lt;/i&gt;, qui demeure la plus-value relative, mais la synth&#232;se de toutes les caract&#233;ristiques, une sorte d'abstraction interm&#233;diaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La mondialisation n'est pas ce qui transforme le proc&#232;s de production imm&#233;diat, la reproduction de la force de travail, la rotation du capital ; ce sont plut&#244;t les transformations suivantes, comme d&#233;passement des limites ant&#233;rieures sur la base de la dynamique de la plus-value relative, qui construisent la mondialisation, c'est-&#224;-dire transformations&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; du proc&#232;s de production imm&#233;diat (production de plus-value),&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; de la gestion et reproduction de la force de travail,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; du march&#233; mondial : cycle international du capital, mondialisation en tant que transformation de la plus-value en capital additionnel,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; du syst&#232;me mon&#233;taire et financier coiffant et rendant coh&#233;rent l'ensemble, ramenant &#224; un commun d&#233;nominateur les disparit&#233;s productives et imposant &#224; chaque capital particulier la propre n&#233;cessit&#233; pour lui des transformations pr&#233;c&#233;dentes, comme la contrainte &#224; la mondialisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ce sens, la mondialisation n'est pas une extension plan&#233;taire, mais une structure sp&#233;cifique d'exploitation et de reproduction du rapport capitaliste. Elle est le contenu comme forme de la restructuration du rapport entre prol&#233;tariat et capital. Segmentation, flexibilit&#233;, abaissement de la valeur de la force de travail dans les combinaisons sociales de sa reproduction et de son entretien, sont devenus en eux&#8211;m&#234;mes des processus de diffusion illimit&#233;s, tout comme la transformation de la plus-value en capital additionnel ou l'appropriation des forces sociales du travail. N'aborder les transformations du march&#233; mondial qu'en elles-m&#234;mes, comme concurrence entre les capitaux, ce n'est encore qu'une vision partielle de la mondialisation. Cette vision n'int&#233;gre pas qu'une telle transformation de la m&#233;tamorphose de la plus-value en capital additionnel n'existe que si le proc&#232;s de production imm&#233;diat, o&#249; se forme la plus-value, et que si le renouvellement du face &#224; face avec le travail, o&#249; elle devient capital additionnel, sont un proc&#232;s de production et une reproduction de la force de travail, eux m&#234;mes restructur&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'exploitation se d&#233;compose en trois moments : achat-vente de la force de travail ; subsomption du travail sous le capital ; transformation de la plus-value en capital additionnel, c'est&#8211;&#224;&#8211;dire en nouveau moyen de travail et force de travail modifi&#233;e. Avec la restructuration qui vient de s'achever, ce sont les deux bras du moulinet qui deviennent ad&#233;quats &#224; la production de plus-value relative en m&#234;me temps que le proc&#232;s de production imm&#233;diat, leur intersection, conf&#232;re &#224; chacun d'entre eux son &#233;nergie et la n&#233;cessit&#233; de sa m&#233;tamorphose. C'est en ce sens que la production de plus-value et la reproduction des conditions de cette production co&#239;ncident. C'est la fa&#231;on dont &#233;taient articul&#233;s d'une part l'int&#233;gration de la reproduction de la force de travail, d'autre part la transformation de la plus-value en capital additionnel et enfin l'accroissement de la plus-value sous son mode relatif dans le proc&#232;s de production imm&#233;diat, qui &#233;tait devenue entrave &#224; la valorisation sur la base de la plus-value relative.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toutes les caract&#233;ristiques du proc&#232;s de production imm&#233;diat, toutes celles de la reproduction de la force de travail, toutes celles qui faisaient de la classe une d&#233;termination de la reproduction du capital lui-m&#234;me (bouclage de l'accumulation sur une aire nationale, &#8220;partage des gains de productivit&#233;&#8221;, inflation glissante, service public), tout ce qui posait le prol&#233;tariat en interlocuteur national socialement et politiquement, c'est-&#224;-dire tout ce qui fondait une identit&#233; ouvri&#232;re, a &#233;t&#233; lamin&#233; dans la restructuration, parce que c'&#233;tait l&#224; que se nourissait la lutte de classe, c'est-&#224;-dire la baisse tendancielle du taux de profit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est tout ce qui fondait le prol&#233;tariat, dans le cycle de luttes ant&#233;rieur, &#224; se poser en rival du capital &#224; l'int&#233;rieur de la reproduction de celui-ci, que la restructuration du mode de production capitaliste d&#233;passe, contre et au travers de l'&#233;chec, dans le d&#233;but des ann&#233;es 70, du cycle de luttes ant&#233;rieur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2 )Disparition de l'identit&#233; ouvri&#232;re&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut caract&#233;riser la lutte de classe du prol&#233;tariat depuis le d&#233;but du XIX&#176;s jusqu'&#224; la fin des ann&#233;es 1960 par le concept de &lt;i&gt;programmatisme&lt;/i&gt;. Le programmatisme d&#233;signe la th&#233;orie et la pratique du prol&#233;tariat ayant pour contenu et pour but la mont&#233;e en puissance de la classe &#224; l'int&#233;rieur du mode de production capitaliste, l'affirmation du travail productif et l'&#233;rection du prol&#233;tariat en classe dominante. Le prol&#233;tariat trouve dans sa situation la base du d&#233;passement de la contradiction et de l'organisation sociale future, son activit&#233; dans la lutte des classes et cette organisation devenant un programme &#224; r&#233;aliser. Comme th&#233;orie et pratique du prol&#233;tariat, le programmatisme int&#233;gre le d&#233;veloppement du capital, tant comme identification de son d&#233;veloppement &#224; la mont&#233;e en puissance de la classe que comme p&#233;riode de transition, celle-ci &#233;tant la m&#233;diation n&#233;cessaire &#224; la constitution de la soci&#233;t&#233; des producteurs associ&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la lutte des classes entre le prol&#233;tariat et le capital, le prol&#233;tariat est l'&#233;l&#233;ment positif qui fait &#233;clater la contradiction. La r&#233;volution est alors &lt;i&gt;l'affirmation du prol&#233;tariat &lt;/i&gt;(dictature du prol&#233;tariat, conseils ouvriers, p&#233;riode de transition, Etat d&#233;g&#233;n&#233;rescent, autogestion g&#233;n&#233;ralis&#233;e, 'soci&#233;t&#233; des producteurs associ&#233;s'...). La r&#233;solution de la contradiction est donn&#233;e comme un des termes de la contradiction. Le prol&#233;tariat est investi d'une &lt;i&gt;nature r&#233;volutionnaire&lt;/i&gt;, nature qui le fait &#234;tre contradictoire au capital, qui se module selon des conditions historiques (objectives et / ou subjectives) plus ou moins m&#251;res et qui est en elle-m&#234;me le programme de la soci&#233;t&#233; future. Cette contradiction n'est plus alors le rapport social capitaliste lui-m&#234;me que le prol&#233;tariat, de par sa situation dans le rapport, est amen&#233; &#224; abolir. Le programmatisme n'est pas seulement une th&#233;orie, il est avant tout la pratique du prol&#233;tariat dans laquelle la mont&#233;e en puisance de la classe dans le mode de production capitaliste (de la social-d&#233;mocratie aux conseil ouvriers) est positivement le marche-pied de la r&#233;volution et du communisme qui ne sont que la transcroissance et l'ach&#232;vement de cette mont&#233;e en puissance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ces termes m&#234;mes, l'ach&#232;vement de la perspective programmatique &#233;tait impossible, une contradiction en mouvement. En tant qu'affirmation du travail productif, en tant que prol&#233;tariat s'affirmant, devenant classe dominante, elle n&#233;cessitait, pour se r&#233;aliser, &lt;i&gt;la prise en charge du d&#233;veloppement du capital&lt;/i&gt;. Le socialisme r&#233;el, enracin&#233; dans une r&#233;volution prol&#233;tarienne, fut la concr&#233;tisation de cette impossibilit&#233;, de m&#234;me que la liaison essentielle entre r&#233;volution et contre-r&#233;volution dans toute la p&#233;riode r&#233;volutionnaire de l'apr&#232;s-premi&#232;re guerre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Li&#233; de fa&#231;on essentielle &#224; la subsomption formelle du travail sous le capital, le programmatisme se 'd&#233;compose' dans la premi&#232;re phase de la subsomption r&#233;elle (de l'apr&#232;s-premi&#232;re guerre &#224; la fin des ann&#233;es 70).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est &#224; cette situation que met fin la restructuration du mode de production capitaliste engag&#233;e dans les ann&#233;es 1970, et c'est une nouvelle structure et un nouveau contenu de la contradiction entre le prol&#233;tariat et le capital, l'exploitation, qui d&#233;finissent maintenant un nouveau cycle de luttes : '&lt;i&gt;au del&#224; de l'affirmation du prol&#233;tariat&lt;/i&gt;'. Comme il se doit, la restructuration touche au coeur de la production de plus-value, lorsque son propre mouvement d'accumulation le conduit &#224; la crise, lorsqu'il est contraint de se restructurer, c'est toujours dans son conflit avec le prol&#233;tariat que le capital est amen&#233; &#224; agir, conform&#233;ment &#224; ce qu'il est comme rapport d'exploitation du travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'existe pas de restructuration du mode de production capitaliste sans d&#233;faite ouvri&#232;re. Cette d&#233;faite c'est celle de l'identit&#233; ouvri&#232;re, des partis communistes, du syndicalisme, de l'autogestion, de l'auto-organisation. C'est tout un cycle de luttes qui a &#233;t&#233; d&#233;fait, la restructuration est &lt;i&gt;essentiellement&lt;/i&gt; contre-r&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un seul cycle de luttes s'&#233;tend de 1917 au d&#233;but des ann&#233;es 70, comportant une c&#233;sure consid&#233;rable en 45. Les conditions de la subsomption r&#233;elle du travail sous le capital, dans cette premi&#232;re phase de la subsomption r&#233;elle, fondaient le prol&#233;tariat &#224; disputer au capital la gestion du mode de production selon des modalit&#233;s qui lui seraient sp&#233;cifiques s'il y parvenait. Plus encore et diff&#233;remment qu'en subsomption formelle, il &#233;tait l&#233;gitim&#233; &#224; cela par le capital lui-m&#234;me. Que cela soit irr&#233;alisable, impossible (non formellement mais dans les termes et conditions m&#234;mes de ce &#8220;projet&#8221;) ne change rien &#224; l'affaire, cela a toujours &#233;t&#233; le cas dans l'histoire du programmatisme. &lt;i&gt;En confirmant &#224; l'int&#233;rieur de lui-m&#234;me une identit&#233; ouvri&#232;re, en int&#233;grant la reproduction du prol&#233;tariat dans son propre cycle, en subsumant sa contradiction avec le prol&#233;tariat comme sa dynamique m&#234;me, le cours de la contradiction entre le prol&#233;tariat et le capital en subsomption r&#233;elle fonde le premier &#224; &lt;/i&gt;&lt;i&gt;proclamer : &#8220;la contradiction n'a plus lieu d'&#234;tre&#8221; &lt;/i&gt;. Ce qui est un projet de d&#233;passement du mode de production capitaliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Le capital avait fait du travail son propre rival &#224; l'int&#233;rieur de lui-m&#234;me&lt;/i&gt; , rapport conflictuel tout &#224; fait diff&#233;rent, il est vrai, de celui du programmatisme du XIX&#176;s (encore que la tendance &#224; la prise en charge du d&#233;veloppement du capital existe dans la social-d&#233;mocratie classique, mais c'est une autre probl&#233;matique g&#233;n&#233;rale) . Cette rivalit&#233; est m&#234;me pour le capital la grande faiblesse intrins&#232;que de cette premi&#232;re phase de la subsomption r&#233;elle, qui &#233;clatera dans la crise de la fin des ann&#233;es 60, sous diverses formes plus ou moins radicales, et que la restructuration a pour contenu essentiel d'&#233;liminer, apr&#232;s avoir, dans un premier temps, retourn&#233; contre le mouvement ses propres caract&#233;ristiques transform&#233;es en limites.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette possibilit&#233; de la rivalit&#233;, cette l&#233;gitimation m&#234;me de la rivalit&#233;, c'est la faiblesse intrins&#232;que de cette premi&#232;re phase de la subsomption r&#233;elle. Et cette faiblesse intrins&#232;que &#233;clate dans la crise de la fin des ann&#233;es 60, o&#249; le prol&#233;tariat va d&#233;cliner, du mode le plus r&#233;formiste au mode le plus r&#233;volutionnaire, son projet de r&#233;organisation de la soci&#233;t&#233; &#8220;sur la base du travail&#8221;, qui n'est pas encore &#224; ce moment l&#224;, un projet alternativiste, mais la r&#233;volution telle qu'elle se pr&#233;sente alors. Ce mouvement fut bris&#233;, il y eut d&#233;faite ouvri&#232;re. Mai 68 est battu, l'automne chaud italien (qui dura trois ans) aussi, les vagues de gr&#232;ves sauvages am&#233;ricaines &#233;galement, tout comme le mouvement assembl&#233;iste espagnol, etc, sans oublier toute l'insubordination sociale qui avait gagn&#233; toutes les sph&#232;res de la soci&#233;t&#233; (&#224; notre connaissance, l'histoire de cette p&#233;riode n'a pas encore &#233;t&#233; &#233;crite). La d&#233;faite n'a pas l'ampleur de celle de 17-39, mais la restructuration en jeu n'est pas non plus de m&#234;me ampleur, on reste dans le m&#234;me mode de subsomption. Il y a d&#233;faite et contre-r&#233;volution. Dit de fa&#231;on un peu abrupte et exag&#233;r&#233;e : le capital reprend le pouvoir dans les usines et dans l'ensemble de la reproduction sociale. On peut m&#234;me parfois dater cette d&#233;faite comme avec la manifestation anti-gr&#233;vistes de la FIAT en 1980, la reprise en main patronale et syndicale dans l'automobile en France &#224; la suite des gr&#232;ves violentes et massives de 81-84, ou les ann&#233;es Thatcher en Grande-Bretagne et Reagan aux Etats-Unis. La classe capitaliste brise tout ce qui confortait cette identit&#233; ouvri&#232;re et l&#233;gitimait le prol&#233;tariat en rival du capital. La restructuration du rapport entre prol&#233;tariat et capital, &#224; l'oeuvre depuis une vingtaine d'ann&#233;es et que l'on peut consid&#233;rer comme achev&#233;e, a eu comme cons&#233;quence primordiale de &lt;i&gt;supprimer toute identit&#233; ouvri&#232;re confirm&#233;e dans la reproduction du capital&lt;/i&gt; (ce qui ne signifie absolument pas la disparition des classes).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La destruction de cette identit&#233; ouvri&#232;re n'est pas une simple cons&#233;quence &#8220;n&#233;faste&#8221; et &#8220;objective&#8221; de la crise, elle n'est pas le simple reflet d'une croissance industrielle qui s'essouffle. D&#232;s les ann&#233;es 60, les restructurations industrielles ont amen&#233; de profondes mutations sur le recrutement de la main-d'oeuvre et sur sa place dans la production. Il fallait casser les bastions ouvriers, affaiblir les appareils syndicaux trop rigides sur la d&#233;fense des acquis, il fallait abaisser le co&#251;t de la main-d'oeuvre pour pr&#233;parer la modernisation, r&#233;cup&#233;rer l'argent arrach&#233; par les luttes ouvri&#232;res. La figure de l'ouvrier qualifi&#233; &#233;tait d&#233;pass&#233;e, la qualification &#233;tait adapt&#233;e &#224; un certain type de travail qui n'&#233;voluait que tr&#232;s lentement. Il faut une main-d'oeuvre capable de s'adapter rapidement &#224; des travaux diff&#233;rents, de passer d'une entreprise &#224; une autre selon les besoins. La mobilit&#233; c'est la fin de l'anciennet&#233;, c'est la recherche permanente d'un nouvel emploi pour assurer sa survie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La crise en tant que faillite d'un mode de valorisation du capital, mais aussi, indissociablement, en tant que restructuration et contre-r&#233;volution, est le d&#233;passement, men&#233; par la classe capitaliste, des rigidit&#233;s et cristallisations de la reproduction du rapport capitaliste de production et, fondamentalement, des rigidit&#233;s du rapport salarial. La crise et la restructuration ne sont pas une &#8220;r&#233;ponse&#8221; de la classe capitaliste &#224; un certain niveau de luttes ouvri&#232;res, mais une pratique d&#233;termin&#233;e des acteurs de cette crise et une particularisation de ceux-ci. La crise est en soi luttes de classes. Le point th&#233;orique fondamental est que la possibilit&#233; de la crise de l'autopr&#233;supposition du capital, c'est-&#224;-dire du mouvement qui rem&#234;t sans cesse toutes les conditions de la reproduction de la soci&#233;t&#233; du c&#244;t&#233; du capital, et qui se produit comme d&#233;veloppement objectif, &#233;conomique, g&#238;t au coeur m&#234;me du mouvement s'autopr&#233;supposant. La transformation de la plus-value en profit et donc le processus de la baisse tendancielle du taux de profit est le mouvement et le risque de l'autopr&#233;supposition du capital. Mais ce qui est fondamental pour notre propos, c'est que le caract&#232;re &#8220;jamais acquis&#8221; du renouvellement de l'exploitation se confond avec le mouvement de particularisation des termes de la contradiction qu'est l'exploitation. C'est l&#224; que r&#233;side la possibilit&#233; g&#233;n&#233;rale de la crise de l'exploitation comme pratiques contradictoires entre les classes, c'est l&#224; que r&#233;side le processus de particularisation des termes de la contradiction dans leur activit&#233; de sujets, c'est l&#224; que r&#233;side leur ind&#233;pendance.&lt;i&gt;C'est la m&#234;me totalit&#233; (une phase historique de l'exploitation) qui entre en crise comme pratiques respectives du prol&#233;tariat et du capital. &lt;/i&gt;{}&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;{} Le danger est de faire de l'histoire du mode de production capitaliste une histoire des luttes ouvri&#232;res auxquelles la classe capitaliste ne fait que r&#233;pondre. Les luttes des ann&#233;es 60 sont le point ultime de l'ancien cycle de luttes ; contre elles la classe capitaliste ne fait pas que d&#233;truire la menace qu'elles repr&#233;sentent (c'est un point de vue unilat&#233;ral), mais simultan&#233;ment d&#233;passe les limites sp&#233;cifiques de la valorisation dans cette phase de la subsomption r&#233;elle : elle r&#233;pond, dans sa lutte contre le prol&#233;tariat, aux propres limites de la valorisation. Le capital &#233;volue toujours en r&#233;solvant ses contradictions dans sa lutte contre le prol&#233;tariat et il r&#233;soud celles-ci conform&#233;ment &#224; ce qu'il est. Il ne s'agit ni d'une &#233;volution vers la puret&#233; du rapport capitaliste, ni d'une succession cahotique de r&#233;ponses aux luttes ouvri&#232;res, dans la mesure m&#234;me o&#249;, dans la contradiction qui l'oppose au capital, l'exploitation, le prol&#233;tariat lui-m&#234;me inclut dans sa situation l'histoire du capital : l'accumulation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On l'a dit, la situation ant&#233;rieure de la lutte de classe, ainsi que le mouvement ouvrier, reposait sur &lt;i&gt;la contradiction entre d'une part la cr&#233;ation et le d&#233;veloppement d'une force de travail mise en oeuvre par le capital de fa&#231;on de plus en plus collective et sociale, et d'autre part les formes apparues comme limit&#233;es de l'appropriation par le capital de cette force de travail, dans le proc&#232;s de production imm&#233;diat et dans le proc&#232;s de reproduction.&lt;/i&gt; Voil&#224; la situation conflictuelle qui se d&#233;veloppait comme identit&#233; ouvri&#232;re, qui trouvait ses marques et ses modalit&#233;s imm&#233;diates de reconnaissance (sa confirmation) dans la 'grande usine', dans la dichotomie entre emploi et ch&#244;mage, travail et formation, dans la soumission du proc&#232;s de travail &#224; la collection des travailleurs, dans les relations entre salaires, croissance et productivit&#233; &#224; l'int&#233;rieur d'une aire nationale, dans les repr&#233;sentations institutionnelles que tout cela implique tant dans l'usine qu'au niveau de l'Etat. Il y avait bien autopr&#233;supposition du capital, conform&#233;ment au concept de capital, mais la contradiction entre prol&#233;tariat et capital ne pouvait se situer &#224; ce niveau, en ce qu'il y avait production et confirmation &#224; l'int&#233;rieur m&#234;me de cette autopr&#233;supposition d'une identit&#233; ouvri&#232;re par laquelle se structurait, comme mouvement ouvrier, la lutte de classe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand le rapport contradictoire entre le prol&#233;trait et le capital ne se d&#233;finit plus que dans la fluidit&#233; de la reproduction du double moulinet de la reproduction capitaliste, le prol&#233;tariat ne peut s'opposer au capital qu'en remettant en cause le mouvement dans lequel il est lui-m&#234;me reproduit comme classe. C'est maintenant le contenu et l'enjeu de la lutte de classes. Mais simultan&#233;ment c'est, pour le prol&#233;tariat, &lt;i&gt;agir en tant que classe&lt;/i&gt; qui est devenu une limite de sa propre lutte n&#233;cessaire en tant que classe. Cette limite propre au nouveau cycle de luttes est le fondement et le contenu historiquement sp&#233;cifiques du d&#233;mocratisme radical.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;3 ) Le nouveau cycle de luttes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;{{}}On a vu que la contradiction entre le prol&#233;tariat et le capital se noue au niveau de la reproduction du mode de production capitaliste, cela nous donne la base abstraite du nouveau cycle : il y a coalescence entre la contradiction entre le prol&#233;tariat et le capital et le proc&#232;s constitutif des classes. Cette coalescence c'est la fluidit&#233; du double moulinet de la reproduction capitaliste. C'est cette coalescence qui constitue l'abstraction commune &#224; tous les aspects du nouveau cycle et qui le diff&#233;rencie radicalement de toutes les p&#233;riodes o&#249; la r&#233;volution et le communisme se pr&#233;sentaient comme lib&#233;ration et affirmation du prol&#233;tariat :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* Disparition de toute confirmation d'une identit&#233; ouvri&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* &lt;i&gt;L'affrontement avec le capital est pour le prol&#233;tariat affronter sa propre constitution en classe&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* Pas de projet de r&#233;organisation sociale sur la base de ce qu'est la classe&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* Identit&#233; entre l'existence comme classe du prol&#233;tariat et sa contradiction avec le capital.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* Toute lutte trouve dans ce qui la d&#233;finit ses propres limites comme &#233;tant la reproduction du capital.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est pas le lieu ici de revenir sur le cours &#233;v&#232;nementiel de ce cycle de luttes. Il nous suffira d'&#233;voquer le d&#233;clin de l'auto-organisation du prol&#233;tariat qui devient d&#233;fensive sur des acquis de l'ancien cycle, comme pr&#233;servation de l'ancien rapport entre les classes : mouvement des &#8220; auto-convocations &#8221; en Italie sur l'&#233;chelle mobile (f&#233;vrier-mars 84) ; mouvement assembl&#233;iste en Espagne et sa revitalisation des structures syndicales (cf les dockers de Barcelone) ; auto-organisations de 83 aux Pays-Bas ; les grandes gr&#232;ves du d&#233;but des ann&#233;es 80 en France dans l'automobile ; jusqu'&#224; la gr&#232;ve des cheminots de l'hiver 86/87, o&#249; les coordinations, sp&#233;cifiques au nouveau cycle de luttes, constituent la fa&#231;on dont le capital renvoie au prol&#233;tariat une existence , une constitution en classe, qu'il ne produit qu'en lui et ne comportant plus, pour le prol&#233;tariat, de rapport &#224; lui-m&#234;me que la reproduction du capital viendrait confirmer. Il n'y a plus production d'une identit&#233; ouvri&#232;re g&#233;n&#233;rale, les coordinations qui ach&#232;vent le cycle de l'auto-organisation et appartiennent au nouveau cycle sont une confirmation de ce qu'est imm&#233;diatement la force de travail dans son rapport au capital : le f&#233;tichisme de la constitution en classe ramen&#233;e &#224; un travail concret particulier, &#224; l'appartenance &#224; un segment productif d&#233;termin&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est un type historique de classe ouvri&#232;re et de rapport entre travail et capital qui est remis en cause par la restructuration. C'est de ce type de rapport dont nous avons parl&#233;, dans lequel le prol&#233;tariat trouvait dans la reproduction du capital une confirmation de sa propre identit&#233; face &#224; lui et qui, de l'auto-organisation jusqu'au syndicalisme et &#224; l'existence des partis communistes, le posait en rival du capital &#224; l'int&#233;rieur de sa propre reproduction (cf. &#8220; La destruction de l'identit&#233; ouvri&#232;re &#8221;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le point essentiel de la restructuration et de la d&#233;finition du nouveau cycle de luttes est le fait que la contradiction entre le prol&#233;tariat et le capital a pour contenu son propre renouvellement, d'o&#249; l'identit&#233; entre la constitution du prol&#233;tariat comme classe et sa contradiction avec le capital, et par l&#224; le d&#233;passement des limites programmatiques de la lutte de classe, c'est-&#224;-dire les limites de la r&#233;volution comme affirmation du prol&#233;tariat. Dans le nouveau cycle, &#234;tre en contradiction avec le capital c'est, pour le prol&#233;tariat, se remettre soi-m&#234;me en cause.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;j&#224; le nouveau cycle de luttes pointait sous la destruction de cette identit&#233; ouvri&#232;re. Dans la gr&#232;ve des mineurs de 83/84 en Grande Bretagne - sans programme, sans perspectives - la classe se d&#233;finit par son action contre le capital et jamais par un rapport &#224; soi, o&#249; la dynamique de la lutte se confond avec la constitution en classe. Dans les &#233;meutes qui se multiplient dans ces ann&#233;es 80, principalement en Angleterre, la contradiction se situe bien alors au niveau de la reproduction d'ensemble de la soci&#233;t&#233;. L'action du prol&#233;tariat se bloqua cependant au niveau de la reproduction de la force de travail, la reproduction du capital n'&#233;tant jamais attaqu&#233;e comme valorisation, mais toujours comme opposition entre richesse et pauvret&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A la fin des ann&#233;es 80 et au d&#233;but des ann&#233;es 90, il y a comme un marasme dans la lutte de classe. La restructuration s'ach&#232;ve, elle fait des ravages au niveau de la pr&#233;carit&#233;, du ch&#244;mage, du niveau de vie, des capacit&#233;s de luttes en g&#233;n&#233;ral du prol&#233;tariat. Disparaissent les luttes qui pouvaient &#234;tre &#224; cheval sur deux cycles, se formalisent de plus en plus les contradictions sp&#233;cifiques du nouveau cycle : Alsthom, le CIP, Air France. Face &#224; la restructuration du capital, &#224; propos de la gr&#232;ve d'Air France, la revue &#8220;Echanges et Mouvement&#8221; (n&#176; 76, juin -d&#233;cembre 93, BP 241, 75866 Paris Cedex 18) avance l'analyse suivante : &#8220;Les &#233;checs dans les r&#233;sistances &#224; cette marche inexorable du capital - que l'on pr&#233;sente comme g&#233;n&#233;rateurs de passivit&#233; - g&#233;n&#232;rent surtout la conscience diffuse, d'une part que les moyens de lutte utilis&#233;s sont inad&#233;quats, d'autre part que l'obtention de sursis ou d'am&#233;nagements ne r&#233;soudra rien puisque tout pourra &#234;tre remis en cause le lendemain. Sous cet angle la gr&#232;ve d'Air France appara&#238;t non pas tant une gr&#232;ve revendicative et d&#233;fensive ordinaire (elle est cela pourtant au d&#233;part), non plus l'espoir de pouvoir r&#233;gler une fois pour toutes leurs relations de travail avec leur employeur mais l'expression d'une sorte de ras-le-bol dans une situation &#224; laquelle personne, ni les politiques, ni les syndicats ne peut apporter de rem&#232;de ; d'o&#249; le sentiment diffus que c'est autre chose qui est n&#233;cessaire. C'est en ce sens que les politiques essayant d'&#233;vacuer le mot gr&#232;ve, d&#233;clarent qu'au del&#224; de la gr&#232;ve c'est une r&#233;volte, &#233;tant sans doute bien conscients qu'une gr&#232;ve &#231;a se r&#232;gle par des compromis alors que la r&#233;volte touche un mal plus profond, la recherche d'un changement social global, m&#234;me si cela n'est pas exprim&#233; comme tel.&#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin pour achever ce rapide tour d'horizon de la fin de l'ancien cycle et de l'&#233;mergence d'un nouveau, quelques mots sur la gr&#232;ve de novembre-d&#233;cembre 1995. Il a souvent &#233;t&#233; dit et &#233;crit que le mouvement &#233;tait ambigu, mais l'ambigu&#239;t&#233; n'est pas l&#224; o&#249; on la voit habituellement, c'est-&#224;-dire entre la d&#233;fense des acquis et la volont&#233; d'en d&#233;coudre avec l'ensemble des r&#232;gles de reproduction de la soci&#233;t&#233; capitaliste. C'est dans la d&#233;fense des acquis elle-m&#234;me que r&#233;sidait l'ambigu&#239;t&#233; : l'id&#233;alisation de la S&#233;curit&#233; Sociale, &#224; la fois limite et objectif du mouvement, l'id&#233;e que les rapports entre individus ne soient plus des rapports de travail, des rapports comptables. En fait, la d&#233;fense des acquis ne prit de l'ampleur et cette tournure id&#233;ale que parce que dans cette lutte de d&#233;fense d'un stade ant&#233;rieur, les aspects nouveaux du rapport entre les classes d&#233;finis par la restructuration &#233;taient la condition m&#234;me de la lutte et de son ampleur : une immense r&#233;volte contre les nouvelles modalit&#233;s d'exploitation de la force de travail. Si la d&#233;fense des acquis n'avait pas &#233;t&#233; investie par ce contenu l&#224;, elle n'aurait pu d&#233;boucher que sur une gestion politique, une volont&#233; de r&#233;organisation sociale sur la base du travail, ce ne fut pas le cas. A part cet &#8220;id&#233;al&#8221;, toutes les propositions r&#233;formatrices n'int&#233;ressaient pas le mouvement. Le &#8220;sommet&#8221; final fut un &#233;v&#232;nement tout &#224; fait ext&#233;rieur &#224; la lutte, &#224; peine une strat&#233;gie de sortie de crise, tant le mouvement de luttes lui-m&#234;me s'&#233;tait arr&#234;t&#233; &#224; partir des enjeux que la lutte avait r&#233;v&#233;l&#233;s et qu'il ne pouvait prendre en compte. La contradiction se situait bien au niveau de la reproduction du rapport entre les classes, tout en sp&#233;cifiant un de ses aspects : la reproduction de la force de travail qui, prise en elle-m&#234;me, fut sa limite. Par l&#224;, le mouvement en est rest&#233; au stade de la distribution de la richesse et n'a pas port&#233; sa critique sur sa nature de rapport social.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La synth&#232;se de toutes les manifestations du nouveau cycle de luttes se trouve dans le fait que le prol&#233;tariat concr&#232;tement, dans le cours des luttes, n'existe comme classe que contre et dans le capital. Il produit tout son &#234;tre, toute son organisation, sa r&#233;alit&#233; et sa constitution comme classe, dans le capital et contre lui. On retrouve &#224; ce niveau le point de d&#233;part fourni par la restructuration : la contradiction se situe au niveau de la reproduction du rapport entre les classes. La restucturation se d&#233;finit alors, comme activit&#233; du prol&#233;tariat, par le fait que pour ce dernier, sa propre situation et reproduction comme classe devient absolument indissociable de la contradiction avec le capital. La contradiction, se situant au niveau de la reproduction des classes et de leur rapport, remet n&#233;cessairement en cause l'int&#233;grit&#233; de ses termes. La lutte du prol&#233;tariat ne peut en aucun cas &#234;tre &#233;limination pr&#233;alable de l'adversaire. Affrontant le capital, c'est sa propre constitution comme classe que le prol&#233;tariat produit et affronte ; il n'y a l&#224; aucune contradiction interne, mais affrontement avec l'autre terme bien r&#233;el et autonome du rapport : le capital. Ce cycle de luttes r&#233;soud les impasses des cycles ant&#233;rieurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;4 ) Agir en tant que classe : dynamique et limite du nouveau cycle de luttes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est en tant que classe du mode de production capitaliste que le prol&#233;tariat est &#224; m&#234;me de produire son d&#233;passement, cette activit&#233; est donc toujours activit&#233; en tant que classe de ce mode de production, prise dans un rapport, l'exploitation, qui est une contradiction et une implication r&#233;ciproque entre le prol&#233;tariat et le capital. On ne peut demander &#224; cette activit&#233; d'&#234;tre l'existence pure, positive, de ce d&#233;passement &#224; l'int&#233;rieur m&#234;me du mode de production capitaliste. C'est en tant que contradiction avec le capital qu'elle est l'existence de ce d&#233;passement et non en elle-m&#234;me face au capital.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons &#233;tabli, en pr&#233;sentant le nouveau cycle de luttes, que dans sa contradiction avec le capital, le prol&#233;tariat ne d&#233;veloppe plus un rapport &#224; lui-m&#234;me comme confirmation d'une identit&#233; prol&#233;tarienne &#224; l'int&#233;rieur de la reproduction du capital. Cependant, qu'il n'y ait plus de point de cristallisation dans le double moulinet de la reproduction du face &#224; face du travail et du capital, dans la reproduction de l'exploitation, qu'il n'y ait plus de particularisation de la reproduction de la force de travail, que la restructuration ait produit une fluidit&#233; totale de cette reproduction, cela n'emp&#234;che pas que toujours le capital ne fait que se scinder : en lui-m&#234;me et en la seule valeur d'usage qui puisse lui faire face, le travail. Cela fut toujours le cas et il le faisait jusqu'&#224; maintenant d'une fa&#231;on historiquement particuli&#232;re qui nous donna l'identit&#233; ouvri&#232;re. Celle-ci disparue, le processus n'en demeure pas moins. Le prol&#233;tariat n'existe que par et dans le capital, mais il existe, m&#234;me si cette existence n'est plus particularisation, identit&#233; ouvri&#232;re, mouvement ouvrier. Cette scission c'est l'existence de la classe ouvri&#232;re et de la classe capitaliste dans le mode de production capitaliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si nous disons que le prol&#233;tariat produit toute son existence dans le capital, qu'il y a coalescence entre l'existence de la classe et sa contradiction avec le capital, cela a pour principale cons&#233;quence que la reproduction du capital est, en tant que reproduction m&#234;me, la limite de toutes les luttes. La reproduction du capital est devenue la limite sp&#233;cifique de ce cycle de luttes, par rapport &#224; ses caract&#233;ristiques imm&#233;diates et non en elle-m&#234;me par le seul rapport tautologique selon lequel 'il n'y a pas de r&#233;volution si le capital se reproduit'. Bien s&#251;r, l'auto-organisation, la d&#233;fense de la condition prol&#233;tarienne et, de fa&#231;on g&#233;n&#233;rale, l'affirmation d'une identit&#233; ouvri&#232;re, &#233;taient des limites de l'ancien cycle et, en tant que telles, n'allaient qu'avec la reproduction du capital, mais cette derni&#232;re n'&#233;tait pas, elle-m&#234;me, la limite historiquement sp&#233;cifique du cycle de luttes, ce qui est dor&#233;navant le cas. Aujourd'hui, la propre reproduction du capital est toujours susceptible de renvoyer &#224; toute lutte sa propre base d'existence comme fractionnement, isolement, marginalisation, pourrissement. Quand, dans les luttes, le prol&#233;tariat pose la contradiction au niveau de la reproduction des classes et de l'autopr&#233;supposition du capital, c'est-&#224;-dire au niveau de sa propre remise en cause et de la remise en cause du capital comme &#233;tant sa propre base de renouvellement, quand il n'est contradictoire au capital qu'en produisant tout son &#234;tre dans le capital, la classe elle-m&#234;me ne se d&#233;finit que dans cette reproduction contradictoire (plus de rapport &#224; soi). Ses luttes impliquent cette reproduction et se voient renvoy&#233;e leur force comme fractionnement (reproduction segment&#233;e de la force de travail), alternativisme (contradiction au niveau de la reproduction comme deux reproductions se faisant face), marginalisation, pourrisement (aucune auto-organisation face &#224; la reproduction du capital, si ce n'est une alternative &#224; l'int&#233;rieur du mode de production capitaliste).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'existence intrins&#232;que de leur limite dans les luttes signifie que la p&#233;riode n'autorise aucun projet de r&#233;organisation sociale comme le permettait l'identit&#233; ouvri&#232;re face au capital. En effet, de cette coalescence on peut d&#233;duire une lapalissade : &#8220;le capital se reproduit&#8221;, reproduit son face &#224; face avec le prol&#233;tariat, et donc le prol&#233;tariat comme classe, comme la seule valeur d'usage qui puisse lui faire face et cela sans aucune d&#233;termination propre qui en confirmerait la particularit&#233; pour lui-m&#234;me. C'est alors la notion m&#234;me de limite, qui, dans ce cycle se confondant avec toute action en tant que classe, a tendance &#224; nous filer entre les doigts. Si nous nous reportons au cycle pr&#233;c&#233;dent, nous pouvions parler de limites &#224; propos de toutes les formes de l'identit&#233; ouvri&#232;re, depuis les formes classiques du mouvement ouvrier (syndicalisme, P.C /Social-d&#233;mocratie), jusqu'&#224; l'auto-organisation puis les coordinations. Dans la phase classique du mouvement ouvrier, jusqu'&#224; la premi&#232;re guerre mondiale, cela correspondait &#224; la r&#233;volution comme affirmation du prol&#233;tariat, n&#233;cessit&#233; d'une p&#233;riode de transition. En fait, la notion de limite recouvre le contenu des luttes d'un cycle : ce qui est qualifi&#233; de limites par le cycle suivant, &#233;tait la dynamique m&#234;me du cycle pr&#233;c&#233;dent, sa d&#233;finition, et ce qui &#233;tait limite, pour le cycle lui-m&#234;me, &#233;tait toujours de ne pas avoir pouss&#233; plus loin ce contenu, ce qui n'&#233;tait donc pas pour le cycle de l'&#233;poque une limite pour lui-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'id&#233;e m&#234;me de limite d'un cycle de luttes est une id&#233;e qui n'a pu appara&#238;tre qu'avec la faillite d&#233;finitive de la r&#233;volution comme affirmation de la classe, c'est-&#224;-dire &#224; partir du moment o&#249;, au d&#233;but des ann&#233;es 70, il devint &#233;vident que la r&#233;volution ne pouvait plus qu'&#234;tre la n&#233;gation de &lt;i&gt;toutes&lt;/i&gt; les classes. Alors seulement, avec ce changement th&#233;orique prenant en compte l'histoire des luttes de classes, peut &#233;merger l'id&#233;e que lutter en tant que classe peut &#234;tre une limite. La fa&#231;on dont l'abolition du capital s'impose comme &#233;videmment abolition du prol&#233;tariat contraint &#224; penser comme identique la dynamique de la lutte de classes et la lutte en tant que classe comme limite. Il s'agit finalement de concevoir la r&#233;volution comme action d'une classe qui s'abolit en tant que classe, et donc la r&#233;volution comme &lt;i&gt;d&#233;passement&lt;/i&gt; par rapport au cours ant&#233;rieur de la lutte de classes. On pouvait jusqu'&#224; ce cycle actuel avoir l'id&#233;e d'inach&#232;vement d'un cycle de luttes, mais pas celle de limite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela nous oblige &#224; aller plus loin que l'affirmation selon laquelle la reproduction du capital en tant que telle est la limite des luttes. Si cela est exact c'est parce que la reproduction du capital est n&#233;cessairement reproduction du prol&#233;tariat. Si le prol&#233;tariat produit tout ce qu'il est dans le capital, c'est que d'abord le capital l'a reproduit conform&#233;ment &#224; lui, distinct de lui, mais comme ne pouvant qu'&#234;tre un moment de sa reproduction propre. Le capital reproduit le prol&#233;tariat comme classe distincte de lui, mais ne lui conf&#232;re et confirme aucune identit&#233; particuli&#232;re face &#224; lui. La limite des luttes est alors dans le fait m&#234;me d'agir en tant que classe, en ce que la classe est ainsi d&#233;finie dans la reproduction du capital. A la diff&#233;rence des cycles ant&#233;rieurs, cette reproduction de la classe ne comporte aucune confirmation d'une identit&#233; prol&#233;tarienne opposable au capital (une capacit&#233; d'affirmation de la classe contre le capital produite &#224; l'int&#233;rieur m&#234;me de l'autopr&#233;supposition du capital), c'est-&#224;-dire quelque chose que seulement le cycle post&#233;rieur verra comme limite, parce qu'entre temps le capital s'est restructur&#233; sur la base m&#234;me du d&#233;passement de cette possibilit&#233;. Dans ce cycle, le capital est l'horizon de l'activit&#233; du prol&#233;tariat en tant que classe, ce qui est la dynamique r&#233;volutionnaire de ce cycle mais aussi sa limite interne. &lt;i&gt;La limite des luttes est alors dans le fait m&#234;me d'agir en tant que classe. &lt;/i&gt;Tout le probl&#232;me de ce cycle de luttes est l&#224;-dedans. Agir en tant que classe devient pour le prol&#233;tariat une limite, pour lui qui ne peut agir autrement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La lutte en tant que classe du prol&#233;tariat est simultan&#233;ment implication de la classe par et dans le capital et reproduction de la scission que le mode de production implique en lui-m&#234;me entre le travail et le capital comme termes, comme p&#244;les contradictoires. C'est la m&#234;me contradiction qu'est l'exploitation, c'est la m&#234;me action en tant que classe, c'est la m&#234;me lutte du prol&#233;tariat qui est moment du mouvement de sa reproduction par et dans le capital et opposition du capital et du prol&#233;tariat comme p&#244;les inconciliables de la contradiction. Si la classe dans le nouveau cycle se remet en cause dans sa lutte contre le capital c'est que, dans cette lutte m&#234;me, elle se trouve dans son action oppos&#233;e constamment &#224; sa propre d&#233;finition et red&#233;finition comme classe dans la reproduction de la contradiction qui l'oppose au capital : l'exploitation. Le proc&#232;s m&#234;me de l'exploitation comme reproduction des classes, au travers de la subsomption sous le capital, comporte constamment, &#224; l'int&#233;rieur de la lutte des classes, la tension &#224; rendre la classe &#233;trang&#232;re &#224; elle-m&#234;me, dans son propre mouvement de reproduction et dans son action m&#234;me en tant que classe. Le syndicalisme, le r&#233;formisme, l'action politique, l'action revendicative, investis dans le cycle de luttes actuel par la d&#233;mocratie, le citoyen ou l'alternativisme, sont cette in&#233;vitable &lt;i&gt;repr&#233;sentation&lt;/i&gt; de la classe &#224; l'int&#233;rieur d'elle-m&#234;me, de son action, de sa lutte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La lutte en tant que classe du prol&#233;tariat est sa limite en ce qu'elle est &lt;i&gt;action d'une classe produite et reproduite dans son rapport au capital et au travers de la subsomption sous le capital&lt;/i&gt;. C'est ainsi qu' &lt;i&gt;en contradiction avec le capital, elle est contradictoire avec le terme qui assume la reproduction d'ensemble du rapport et par l&#224; avec sa propre reproduction&lt;/i&gt;. Un tel proc&#232;s est impossible tant que la contradiction entre les classes ne se situe pas au niveau de la reproduction du rapport, tant qu'elle contient une confirmation d'une identit&#233; autonome du prol&#233;tariat face au capital, d'o&#249;, &#224; partir de lui-m&#234;me et comme ayant face au capital une positivit&#233; propre, il est en contradiction avec lui. C'est-&#224;-dire qu'un tel proc&#232;s est impossible avant le cycle de luttes actuel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Luttant en tant que classe contre le capital, le prol&#233;tariat ne veut pas rester ce qu'il est. Cela devient consubstantiel &#224; la nature m&#234;me de la contradiction, &#224; son mouvement, &#224; son contenu : l'exploitation. Le prol&#233;tariat ne peut rester ce qu'il est, c'est l&#224; tout simplement le contenu de son action contre le capital. C'est ce que le prol&#233;tariat fait dans la lutte de classes, contre la classe antagonique, qui le d&#233;termine comme remettant en cause son action en tant que classe &#224; l'int&#233;rieur m&#234;me de celle-ci. Ce qui manquait &#224; la th&#233;orie de la lutte de classes (dans son concept), c'est d'y comprendre &lt;i&gt;la reproduction &lt;/i&gt;(et d'insister sur elle, ce qui ne peut venir qu'avec le cycle actuel), qui inclut la compr&#233;hension de l'existence de la classe comme mouvement de reproduction du capital : reproduction d'ensemble du rapport par la subsomption d'un de ses termes (le travail) sous l'autre (le capital) devenant le mouvement de la totalit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne s'agit pas, th&#233;oriquement, de d&#233;tacher les uns des autres des &#233;l&#233;ments &#224; l'int&#233;rieur des luttes, de les trier en &#233;l&#233;ments dynamiques et en limites. Un tel travail d'abstraction, voulant trouver sa correspondance empirique, est de toute fa&#231;on impossible, aucun aspect n'ayant de consistance propre en dehors de la totalit&#233;. Ce qui importe c'est de comprendre th&#233;oriquement et pratiquement la lutte de classe comme cette totalit&#233; dans laquelle l'action du prol&#233;tariat en tant que classe est sa propre limite et sa propre remise en cause.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sa propre limite : car comme action de classe, elle est pos&#233;e et se pose elle-m&#234;me comme un moment de la reproduction contradictoire du mode de production capitaliste, comme un moment de cette reproduction des classes dont le capital comme p&#244;le particulier du rapport, subsumant l'ensemble du rapport, est l'agent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sa propre remise en cause : pour la m&#234;me raison, luttant comme classe contre le capital, c'est sa propre reproduction qu'elle met en jeu et les cat&#233;gories par lesquelles cette reproduction du capital qu'elle affronte la reproduit comme classe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De ce mouvement d'ensemble provient la capacit&#233; pour la lutte en tant que classe du prol&#233;tariat de &lt;i&gt;d&#233;passer cette limite&lt;/i&gt; &lt;i&gt;en posant l'appartenance de classe comme une contrainte ext&#233;rieure impos&#233;e par le capital&lt;/i&gt; . Cependant si l'on ne peut pas abstraire des &#233;l&#233;ments de cette totalit&#233;, de ce mouvement d'ensemble de la lutte de classe, ce n'est pas pour autant que ce mouvement ne produit pas des distinctions en lui-m&#234;me dans son cours, c'est-&#224;-dire au cours des luttes. La reproduction de la classe devient la limite m&#234;me de l'action de classe qui est appel&#233;e &#224; devenir ext&#233;rieure &#224; elle-m&#234;me. Le prol&#233;tariat est constamment contraint de reconna&#238;tre dans le capital le propre mouvement de sa d&#233;finition comme classe s'autonomisant de lui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela d&#233;termine une forme, particuli&#232;re &#224; ce cycle, de discours et de pratique des limites de la lutte de classe : le 'd&#233;mocratisme radical'. Celui-ci formalise de la fa&#231;on la plus globale, comme totalit&#233;, les limites de ce cycle. Le d&#233;mocratisme radical ne part pas de ce que la classe est face au capital mais de ce que le capital devrait &#234;tre comme objectivation du travail et de ses forces sociales et comme communaut&#233; des individus isol&#233;s, et demande au capital d'agir en tant que tel, d'&#234;tre cette objectivation, cette communaut&#233;, sans &#234;tre exploitation, sans &#234;tre ali&#233;nation. C'est un mouvement gradualiste qui con&#231;oit une fronti&#232;re mouvante entre d&#233;mocratie et domination du capital &#224; l'int&#233;rieur de la soci&#233;t&#233;, qui appara&#238;t alors comme un ensemble ind&#233;fini de rapports sociaux cherchant &#224; influencer l'&#233;conomie. Le d&#233;mocratisme radical exprime de fa&#231;on unilat&#233;rale, comme mise en conformit&#233; id&#233;ale du prol&#233;tariat avec le capital, ce qui est la caract&#233;ristique et la radicalit&#233; fondamentales de ce cycle de luttes : la d&#233;finition et l'existence de la classe dans le capital ne comportant plus un rapport &#224; elle-m&#234;me, c'est-&#224;-dire la confirmation face au capital d'une identit&#233; ouvri&#232;re. Le d&#233;mocratisme radical poss&#232;de la force na&#239;ve des &#233;vidences : si le prol&#233;tariat n'existe plus que par et dans la reproduction du capital, il faudrait que celle-ci devienne le travail sous un autre forme, se comporte en bonne m&#232;re acceuillant en son sein le travail. C'est &#224; quoi se ram&#232;ne tout le programme du d&#233;mocratisme radical, sous toutes ses formes, des plus r&#233;formistes au plus radicales, en passant par le syndicalisme de base et la convivialit&#233; alternative.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La contradiction entre le prol&#233;tariat et le capital dans le nouveau cycle de luttes qui s'ouvre au d&#233;but des ann&#233;es 80 a pour contenu et forme le fait que la classe n'existe et ne se d&#233;finit que par et contre le capital : plus d'identit&#233; prol&#233;tarienne, pas de retour sur soi du prol&#233;tariat ni de confirmation de lui-m&#234;me &lt;i&gt;face &lt;/i&gt;au capital dans la reproduction de celui-ci. La contradiction se situe au niveau de la reproduction du rapport entre prol&#233;tariat et capital et, en cela, pour le prol&#233;tariat, sa contradiction avec le capital ne peut que comporter sa propre remise en cause.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;D'une part&lt;/i&gt;, la m&#234;me structure de la contradiction -c'est son c&#244;t&#233; r&#233;volutionnaire - supprime toute confirmation d'une identit&#233; prol&#233;tarienne dans la reproduction du capital, se produit comme identit&#233; imm&#233;diate entre la contradiction avec le capital et la constitution de la classe (celle-ci ne peut se rapporter &#224; elle-m&#234;me face au capital). Le prol&#233;tariat en contradiction avec le capital est, &lt;i&gt;dans la dynamique de la lutte de classe, &lt;/i&gt;en contradiction avec sa propre existence comme classe. Se trouve alors r&#233;solue historiquement la contradiction fondamentale de la lutte de classe : comment le prol&#233;tariat abolit le capital et s'abolit lui-m&#234;me ; comment agissant en tant que classe, il est le d&#233;passement des classes. C'est l&#224;, la dynamique essentielle de la p&#233;riode.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;D'autre part&lt;/i&gt;, c'est en quoi elle est proc&#232;s de reproduction du capital et contre-r&#233;volution, &lt;i&gt;cette structure de la contradiction fait, pour le prol&#233;tariat, du capital, dans sa reproduction, l'horizon ind&#233;passable du cours quotidien de la lutte de classe&lt;/i&gt; : le prol&#233;tariat ne se d&#233;finit que dans sa contradiction avec le capital, il ne trouve sa d&#233;finition comme classe que dans la reproduction du capital. En cela, ce n'est plus un programme d&#233;velopp&#233; sur ce qu'est la classe &#224; lib&#233;rer qui se construit, mais la volont&#233; d'une mise en conformit&#233; du capital.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;{{}}Jusqu'&#224; maintenant nous avons voulu montrer qu'une critique du d&#233;mocratisme radical se devait de le comprendre comme id&#233;ologie &lt;i&gt;et pratique&lt;/i&gt; dans le nouveau cycle de luttes, sous peine de ne r&#233;aliser qu'une critique normative opposant la vraie contradiction r&#233;volutionnaire, la vraie critique du capital &#224; des erreurs ou des tromperies. Nous avons donc parl&#233; simultan&#233;ment du nouveau cycle de luttes dans son aspect dynamique de d&#233;passement des contradictions du programmatisme et dans sa limite intrins&#232;que. C'est &#224; ce second aspect, l'objet sp&#233;cifique de ce livre, que nous allons maintenant plus sp&#233;cialement nous en tenir, en ayant toujours &#224; l'esprit qu'une critique qui se limite &#224; la d&#233;nonciation n'est qu'une vaine congratulation des 'radicaux' entre eux.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034; id='Chapitre-II-LE-DEMOCRATISME-RADICAL'&gt;
Chapitre II : LE D&#201;MOCRATISME RADICAL&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;1 ) Contenu g&#233;n&#233;ral&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La lutte de classe ne peut plus promouvoir le travail productif comme le principe organisateur de la soci&#233;t&#233; future, elle n'int&#232;gre plus un d&#233;veloppement du capital comme sa m&#233;diation au communisme, elle a sa limite dans la reproduction du capital face &#224; elle. Tout le cycle de luttes se structure sur la coalescence entre la contradiction avec le capital et la constitution du prol&#233;tariat en classe : la contradiction entre les classes se situe au niveau m&#234;me de leur reproduction. En cela, dans son action de classe, le prol&#233;tariat peut produire la contingence de l'appartenance de classe, affront&#233;e comme contrainte ext&#233;rieure (voir plus loin, la derni&#232;re partie de ce livre). L'affirmation du prol&#233;tariat et du travail ne peut plus se d&#233;velopper, n'existe plus. Le d&#233;mocratisme radical peut reprendre les th&#232;mes du programme d'affirmation du prol&#233;tariat, mais son point de d&#233;part n'est pas ce qu'est la classe en elle-m&#234;me face au capital, mais le capital lui-m&#234;me, comme ce qu'il devrait &#234;tre. En reconnaissant avec raison le capital comme le mouvement de reproduction de la classe, le &#8220;d&#233;mocratisme radical&#8221; veut lui imposer cette exigence id&#233;ale, en oubliant que ce proc&#232;s d'int&#233;gration est celui d'une contradiction, l'exploitation, qui est la reproduction m&#234;me du capital. Il ne s'agit m&#234;me plus, comme dans les positions les plus r&#233;formistes du cycle de luttes ant&#233;rieur, de viser &#224; ce que la contradiction n'ait plus lieu d'&#234;tre en promouvant une gestion ouvri&#232;re du mode de production capitaliste, mais de reconna&#238;tre que le capital dans cette lutte l'a emport&#233;, s'est restructur&#233; et qu'il doit se comporter conform&#233;ment &#224; cette victoire, c'est-&#224;-dire, soit &#234;tre l'association et la reproduction de la classe et cela en bon p&#232;re de famille, soit reconna&#238;tre qu'il permet de &#8220;vivre autrement&#8221; .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;mocratisme radical est l'expression et la formalisation des limites de ce cycle de luttes en ce qu'il met en forme et &#233;l&#232;ve en pratique politique et/ou en d&#233;marche alternativiste la disparition de toute identit&#233; ouvri&#232;re pour ent&#233;riner l'existence de la classe dans le capital. Il fait de cette d&#233;finition de la classe dans le capital (essentielle de ce cycle de luttes) la n&#233;cessit&#233; d'un programme de la classe se voulant, comme travail, l'essence du capital. Travail devenu alors non le travail productif de capital, mais une manifestation de l'ensemble des activit&#233;s humaines &#233;conomiques, par opposition &#224; la recherche de la richesse pour elle-m&#234;me (la domination de l'&#233;conomie sur la soci&#233;t&#233;, la domination de l'&#233;conomique sur le politique : &#8220;l'Horreur &#233;conomique&#8221;, les diktats des march&#233;s financiers, la sp&#233;culation, la mondialisation lib&#233;rale...). Travail &#224; humaniser (&#224; r&#233;duire fortement en dur&#233;e, &#224; rendre cr&#233;atif, attrayant et concert&#233;), &#224; v&#233;ritablement articuler et mettre en va-et-vient avec un &#8220;social&#8221; aux activit&#233;s &#224; d&#233;multiplier, devenant &#224; la fois productives et sources de r&#233;alisation de soi, et enfin &#224; transformer pour un &#8220;d&#233;veloppement durable&#8221;. Ce &#8220;social&#8221;, comme somme d'individus, devient la forme concr&#232;te de leur communaut&#233; ali&#233;n&#233;e dans l'Etat, communaut&#233; des citoyens. C'est en cela que le d&#233;mocratisme radical se con&#231;oit lui-m&#234;me sur le mode de l'alternative, il y aurait, &lt;i&gt;avec les &#233;l&#233;ments sociaux existants&lt;/i&gt;, une autre solution &#224; leur rapport que celle existante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En partant de l'implication r&#233;ciproque entre le travail et le capital et en ne pouvant en sortir, le d&#233;mocratisme radical s'ancre bien, en l'exprimant comme limite, sur ce qu'il y a de plus radical dans ce cycle : la disparition de l'identit&#233; ouvri&#232;re confirm&#233;e dans la reproduction du capital, la d&#233;finition de la classe par et dans le capital comme contradiction avec lui. Situation qui est celle dans laquelle le prol&#233;tariat peut se remettre en cause dans sa contradiction avec le capital. Le d&#233;mocratisme radical est un moment sp&#233;cifique du nouveau cycle de luttes, m&#234;me si on peut le rattacher dans ses th&#232;mes, son r&#244;le social et ses vis&#233;es politique, &#224; la longue histoire du r&#233;formisme. Mais tout a une histoire et expliquer le d&#233;mocratisme radical par la r&#233;p&#233;tition de &#8220; vieux th&#232;mes bien connus du r&#233;formisme &#8221; n'avance &#224; rien. L'alternativisme peut m&#234;me abandonner son enveloppe &#8220;r&#233;formiste&#8221; d'auto-d&#233;veloppement autonome de la classe &lt;i&gt;dans&lt;/i&gt; le capital, pour rev&#234;tir une forme &#8220;rupturiste&#8221;. Il conserve alors le m&#234;me contenu, mais revendiqu&#233; et pratiqu&#233;, contre les autres tendances du d&#233;mocratisme radical, comme inint&#233;grable, instabilisable dans le capital, moment d'une dynamique de &#8220;lib&#233;ration sociale&#8221; devant produire la &#8220;r&#233;volution communiste&#8221;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans tous les cas, le programmatisme en tant que tel est renvers&#233;. De programme de la classe ouvri&#232;re, il devient programme &lt;i&gt;pour&lt;/i&gt; le capital. A partir de la d&#233;finition de la classe dans le capital, ce qui est d&#233;fini, c'est ce que le capital et l'Etat devraient &#234;tre puisque le premier est travail accumul&#233; en rapport avec le travail vivant, et le second communaut&#233; des individus isol&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Economiquement, le d&#233;mocratisme radical ne peut plus avoir pour vocation de lib&#233;rer le travail du capital. Il pr&#233;tend que la force productive attribu&#233;e au capital est une simple transposition de la force productive du travail. Tout son programme, comme limite de ce cycle de luttes, consiste &#224; revendiquer que le capital se reconnaisse comme tel, comme cette transposition. Le d&#233;mocratisme radical oublie que le capital n'est pr&#233;cis&#233;ment cette transposition, cette inversion, que dans sa relation avec le travail salari&#233;, qui est &lt;i&gt;lui aussi&lt;/i&gt; transubstantiation, c'est-&#224;-dire une activit&#233; &#233;trang&#232;re &#224; l'ouvrier. Ce que ne peut reconna&#238;tre le d&#233;mocratisme radical sans se saborder. Par l&#224;, le d&#233;mocratisme radical ne peut reconna&#238;tre le capital, dans sa sp&#233;cificit&#233; propre, comme un rapport de production r&#233;fl&#233;chi en lui-m&#234;me et ne le voit que dans sa substance mat&#233;rielle &lt;i&gt;et&lt;/i&gt; comme contrainte ext&#233;rieure face au travail salari&#233; (en cela il se rattache &#224; &#8220;l'&#233;cole r&#233;gulationniste&#8221;). Le d&#233;mocratisme radical, dans le capital, reconna&#238;t le capitaliste comme une personne mais non comme le capital existant pour soi, du fait m&#234;me qu'il est ce proc&#232;s de transposition du travail, lui-m&#234;me activit&#233; &#233;trang&#232;re au prol&#233;taire. Il n'existe plus alors qu'un proc&#232;s productif en g&#233;n&#233;ral, le capitalisme &#233;tant r&#233;duit &#224; le parasiter sous les traits du sp&#233;culateur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Politiquement, la perspective du d&#233;mocratisme radical est la communaut&#233; des citoyens dans l'Etat, comme forme concr&#232;te, participative, de leur communaut&#233; d'individus isol&#233;s. Le capital ne confirme plus dans sa propre reproduction, au niveau de son autopr&#233;supposition, l'identit&#233; des classes, &lt;i&gt;ce qui ne signifie nullement que celles-ci ont disparu &lt;/i&gt;, mais que dans son auto-pr&#233;supposition le capital ne reconnait plus cette m&#233;diation et laisse, &#224; ce niveau, l'individu isol&#233; face &#224; la communaut&#233;. Les rapports entre prol&#233;tariat et capital qui se nouent dans le proc&#232;s de production, sont amen&#233;s par l&#224; &#224; se faire valoir socialement, de fa&#231;on directe, au niveau de la soci&#233;t&#233; civile, comme rapports non entre des classes, mais entre des individus. Le rapport d'exploitation comporte de fa&#231;on constante cette ambigu&#239;t&#233;, en ce que c'est toujours en tant qu'individu que le prol&#233;taire vend sa force de travail . En effet le rapport capitaliste d&#233;passe et conserve le rapport marchand ; il n'en est pas la simple extension &#224; une marchandise nouvelle et particuli&#232;re qu'est la force de travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le f&#233;tichisme sp&#233;cifique du capital, qui est celui de l'autonomisation et de la personnification des &#233;l&#233;ments du proc&#232;s de production (la terre, le travail, les moyens de production), consiste &#224; rattacher chacun de ces &#233;l&#233;ments de fa&#231;on naturelle et autonome &#224; un revenu dont la somme constitue la valeur produite (rente + salaire + profit ou int&#233;r&#234;t). Les d&#233;terminations de la restructuration actuelle ne confirment plus des identit&#233;s m&#233;diatrices exprimant &lt;i&gt;collectivement&lt;/i&gt; les &#233;l&#233;ments autonomis&#233;s. C'est l'individu isol&#233; de l'&#233;change marchand qui &lt;i&gt;revient&lt;/i&gt; comme le support du f&#233;tichisme sp&#233;cifique du capital. L'individu isol&#233; est directement investi par le capital, et somm&#233; de se faire valoir, dans son individualit&#233;, en tant que repr&#233;sentant social des &#233;l&#233;ments f&#233;tichis&#233;s du capital.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme r&#233;sultat dernier du proc&#232;s de production et de reproduction appara&#238;t la somme des individus comme soci&#233;t&#233;. Tout ce qui, tel le produit, avait une forme solide n'appara&#238;t que comme un moment transitoire qui s'&#233;vanouit. Dans le f&#233;tichisme de l'autopr&#233;supposition, seuls apparaissent comme solides les individus isol&#233;s et les rapports qu'en tant que tels ils d&#233;finissent entre eux. La reproduction des &#233;l&#233;ments du proc&#232;s de production dans leur connexion interne devient leur activit&#233; propre, le mouvement de leur volont&#233; et des &#8220;contrats&#8221; qu'ils d&#233;finissent entre eux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La soci&#233;t&#233; en tant que r&#233;sultat dernier du proc&#232;s de production, est maintenant cette somme d'individus se mouvant &#8220;&#224; l'aise&#8221;dans les formes r&#233;ifi&#233;es du capital, et au travers de l'activit&#233; desquels doit passer la reproduction des rapports de production comme rapports de classes &#224; l'int&#233;rieur du mode de production capitaliste. Et cela m&#234;me, parce qu'ils sont des rapports de classes. La reproduction de la soci&#233;t&#233;, devenant, avec le grand effondrement des m&#233;diations collectives (partis, syndicats...), activit&#233;s, participations individuelles, se donne comme r&#233;g&#233;n&#233;rescence de la d&#233;mocratie, comme faire-valoir social de l'individu isol&#233;. Tel il est engag&#233; dans les rapports de production, tel il est acteur de la soci&#233;t&#233; civile. Ce ne sont pas les classes qui s'&#233;l&#232;vent au niveau de l'Etat, mais l'individu tel qu'il est dans l'Etat, en tant que membre de la soci&#233;t&#233; civile, qui donne sa substance et la forme de son activit&#233; &#224; l'individu engag&#233; dans des rapports de production de classes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces individus isol&#233;s peuvent donc se regrouper selon les forces de polarisation les plus diverses : de l'association de ch&#244;meurs, &#224; n'importe quel lobby (A.T.D. Quart-monde ; associations antinucl&#233;aires, ou anti-T.G.V., etc... ; associations antiracistes, de quartier ; Act-Up,...). Peuvent &#234;tre, de la m&#234;me mani&#232;re, investis dans la soci&#233;t&#233;, tous les nouveaux lieux de dangerosit&#233;. Le prol&#233;tariat, red&#233;fini dans son &#233;clatement comme &#8220;classe dangereuse&#8221; dans certaines de ses fractions, se trouve &#8220;organis&#233;&#8221; en associations de d&#233;fense qui, en tant que telles, le confirment dans ce statut de &#8220;classe dangereuse&#8221;, n&#233;gociant sa repr&#233;sentation, son contr&#244;le et son statut. La soci&#233;t&#233; ainsi red&#233;finie a droit &#224; la parole et &#224; l'action. La reproduction des rapports de production capitalistes appara&#238;t comme la r&#233;sultante des actions et &#8220;compromis&#8221; effectu&#233;s. Ainsi, dans la reproduction sociale, p&#232;sent de la m&#234;me fa&#231;on tous les individus, mis &#224; &#233;galit&#233;, qu'ils soient patrons du textile demandant des subventions ou ch&#244;meurs intermittents.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce cycle, la production par le prol&#233;tariat de ce qu'il est en tant que classe est toute enti&#232;re dans son rapport au capital. Le prol&#233;tariat produit tout ce qu'il est face &#224; lui par, contre et dans le capital. C'est en cela que, pour cette forme imm&#233;diate du rapport entre prol&#233;tariat et capital, bien qu'elle se fonde sur ce qui peut produire dans ce cycle le d&#233;passement du capital, celui-ci appara&#238;t comme un horizon ind&#233;passable et est construit comme tel, paradoxalement, dans les luttes elles-m&#234;mes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est en produisant th&#233;oriquement la reproduction de la classe et son action en tant que classe comme limite que l'on fonde le d&#233;mocratisme radical comme activit&#233;, comme discours unilat&#233;ral (discours du capital du point de vue de la classe reproduite), comme moment du mouvement du capital, comme articulation de la contre-r&#233;volution. Quand c'est l'existence des classes qui est en jeu, la d&#233;fense de la condition ouvri&#232;re ne peut que devenir celle du capital. Il ne suffit pas de dire que le prol&#233;tariat produit tout son &#234;tre, toute son existence dans le capital et d'en d&#233;duire le d&#233;mocratisme radical (le capital comme horizon ind&#233;passable). Le d&#233;mocratisme radical est une expression, un mouvement social, une repr&#233;sentation. La repr&#233;sentation fait partie de ce qu'est une classe en ce qu'elle se d&#233;finit toujours dans un rapport contradictoire &#224; une autre classe, donc en ce qu'elle comporte un caract&#232;re &#233;tranger &#224; elle-m&#234;me (sa raison d'&#234;tre dans un &lt;i&gt;autre&lt;/i&gt;), en ce qu'elle se d&#233;finit toujours dans une reproduction, une subsomption. Il ne suffit donc pas de dire que le prol&#233;tariat produit toute son existence dans le capital, il faut encore produire les caract&#233;ristiques de cette existence. Produire toute son existence dans le capital ce n'est pas &lt;i&gt;&#234;tre&lt;/i&gt; le capital, ce n'est pas s'y fondre, ce n'est pas une osmose, c'est &#234;tre reproduit comme &lt;i&gt;classe distincte&lt;/i&gt; par le capital et contrainte par le bouleversement constant de ses conditions de reproduction &#224; faire de cette reproduction un combat. &lt;i&gt;C'est cette reproduction qui est la limite des luttes et qui donne son contenu au d&#233;mocratisme radical . &lt;/i&gt;Il est activit&#233; de la classe en tant qu'expression d'un mouvement d'ensemble qui le d&#233;passe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette appartenance de classe et cette d&#233;finition fondent dans le cycle actuel le d&#233;mocratisme radical comme pratique de l'existence de la classe dans sa reproduction &lt;i&gt;distincte&lt;/i&gt; par et dans le capital (subsomption) et comme l'id&#233;ologie de cette pratique, allant jusqu'&#224; opposer la reproduction de la classe comme processus autonome au capital. C'est &#8220;le rupturisme&#8221; ou &#8220;la construction de l'alternative&#8221;. Mais c'est l'ensemble du d&#233;mocratisme radical que l'on voit &#224; l'oeuvre dans toutes les modalit&#233;s de &#8220;critique&#8221; du capitalisme (le luxe, la domination de la finance, le refus ou l'insuffisance de la relance de la consommation, le mauvais partage des richesses, l'aggravation des in&#233;galit&#233;s sociales, la r&#233;duction ou la modestie des politiques sociales...), critiques toujours accompagn&#233;es de toutes sortes de propositions et de solutions r&#233;formant la soci&#233;t&#233;, donnant, dans son cadre et d&#232;s maintenant, des solutions alternatives. L'essentiel est tout b&#234;tement l&#224; : &lt;i&gt;le d&#233;mocratisme radical a des solutions pour tout dans la soci&#233;t&#233; actuelle &lt;/i&gt;. Travail, loisirs, condition f&#233;minine, formation, condition animale, circulation automobile, homosexuels, tiers-monde... ; il n'est pas &#8220;le mouvement qui abolit les conditions existantes&#8221;, mais qui en r&#233;soud les &#8220;contradictions&#8221;. L'alternative est sa forme g&#233;n&#233;rale parce qu'il est dans ce cycle de luttes le d&#233;passement du capital qui aurait conserv&#233; l'existence de la classe ouvri&#232;re et se battrait pour mettre la reproduction du capital en conformit&#233; avec ses int&#233;r&#234;ts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour le prol&#233;tariat, dans ce cycle, agir en tant que classe devient une limite intrins&#232;que &#224; toute activit&#233;, &#224; toute lutte. Comme pratique, comme organisation et comme discours, le d&#233;mocratisme radical formalise et ent&#233;rine cette situation. Mais, par l&#224;, plus il &#8220;r&#233;ussit&#8221;, plus il dispara&#238;t en tant qu'activit&#233; et discours du prol&#233;tariat. Il s'impose comme la repr&#233;sentation sp&#233;cifique du travail en ce qu'il n'est qu'un moment de la distinction en lui-m&#234;me du capital dans sa reproduction, distinction entre moyens de production et travail. La n&#233;cessit&#233; de recalibrer chaque fois leur relation implique, comme activit&#233; incluse dans les activit&#233;s de reproduction de la classe capitaliste, l'existence d'une repr&#233;sentation particuli&#232;re, d'un &lt;i&gt;lobby du capital variable&lt;/i&gt; (comme il y a des repr&#233;sentants du capital financier ou du capital commercial).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;mocratisme radical est un moment n&#233;cessaire de la contradiction entre prol&#233;tariat et capital en ce qu'elle peut avoir de plus dynamique, de porteur d'un d&#233;passement r&#233;volutionnaire. Il est cette activit&#233; et cette auto-compr&#233;hension de la classe en tant que reproduite par le capital. Le d&#233;mocratisme radical est sans cesse amen&#233; &#224; r&#233;clamer la conformit&#233; du prol&#233;tariat au mouvement qui le produit, et, en cons&#233;quence, il est battu et &#233;limin&#233; en tant que mouvement autonome par le mouvement g&#233;n&#233;ral de la reproduction du capital. On croit partir du prol&#233;tariat et, en fait, on ne fait que partir du capital pour y retourner, en passant par l'activit&#233; propre du prol&#233;tariat, que comprend et n&#233;cessite ce proc&#232;s de reproduction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;mocratisme radical est le mouvement concret d'activit&#233; de la classe inclus dans le mouvement de mise en conformit&#233; de la classe ouvri&#232;re aux exigences du capital, c'est-&#224;-dire le mouvement de reproduction du rapport entre prol&#233;tariat et capital constamment recalibr&#233;. Le mouvement de reproduction du capital ne peut que passer par une phase de distinction du capital lui-m&#234;me et du travail (capital en soi ; subjectivit&#233; du travail dans la personne de l'ouvrier). Le d&#233;mocratisme radical n'est efficace que dans la mesure o&#249; il devient activit&#233; de mise en conformit&#233; de l'existence et de l'activit&#233; particuli&#232;res du travail avec les n&#233;cessit&#233;s constamment renouvel&#233;es de l'accumulation du capital. Sp&#233;cifiquement, le d&#233;mocratisme radical est cette activit&#233; et son auto-compr&#233;hension qui, voulant partir de cette sp&#233;cificit&#233;, ne peut tenir compte de l'ensemble du mouvement. Dans son auto-compr&#233;hension, cette activit&#233; se prend elle-m&#234;me comme point de d&#233;part ; elle se condamne &#224; une vision unilat&#233;rale &#224; partir de ce qui n'est pas le point o&#249; s'initie le mouvement, et par l&#224;-m&#234;me se condamne elle-m&#234;me &#224; n'&#234;tre souvent que pleurnicheries ou discours-dentelles sur l'exploitation. De ce point de vue, le d&#233;mocratisme radical appelle sa propre scission, intrins&#232;que &#224; sa constante insatisfaction de lui-m&#234;me. Il appelle l'existence d'une gauche du d&#233;mocratisme radical qui veut sans cesse repartir du point initial, le travail distinct du capital, en refusant, &#224; partir de l&#224;, de boire enti&#232;rement l'amer calice.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;2 ) Typologie&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; sa grande diversit&#233; et son instabilit&#233;, on ne peut que consid&#233;rer le d&#233;mocratisme radical comme une totalit&#233;, et ses diverses composantes comme s'impliquant et se reproduisant mutuellement. Des diff&#233;rences, des contradictions, des oppositions qui peuvent &#234;tre tr&#232;s fortes, existent &#224; l'int&#233;rieur des limites de ce cycle de luttes et de leur formalisation pratique, militante, th&#233;orique, politique. On peut distinguer deux p&#244;les in&#233;gaux qui, &lt;i&gt;s'interp&#233;n&#233;trant, sont difficiles &#224; bien d&#233;limiter.&lt;/i&gt; Nous effectuons cette distinction dans la situation fran&#231;aise, mais cela semble proche ailleurs : Italie, Espagne, Grande-Bretagne, Allemagne, &#201;tats-Unis... ; mais aussi dans des pays du 'tiers monde' comme le Br&#233;sil. Selon les pays, la composition de ces deux p&#244;les peut &#234;tre diff&#233;rente, ainsi au Br&#233;sil on peut trouver un syndicat puissant, la CUT, l&#224; une domination environnementaliste comme aux &#201;tat-Unis. Mais partout ce sont les m&#234;mes th&#232;mes qui pr&#233;valent : la critique du march&#233;, de la finance, la d&#233;fense et la n&#233;cessit&#233; de la 'vraie d&#233;mocratie'. L'opposition &#224; la conf&#233;rence de l'OMC &#224; Seattle, en d&#233;cembre 99, a &#233;t&#233; l'acte de naissance mondial du d&#233;mocratisme radical.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1) Le plus vaste de ces p&#244;les, ouvertement politicien et &#233;tatique, est celui de la gauche critique, alternative. C'est une n&#233;buleuse : SUD, Attac, la Conf&#233;d&#233;ration paysanne, DAL, AC, Droits Devant, la CADAC (f&#233;ministes), Ras l'front, la fraction non-corporatiste de la FSU, nombre de militants de la CGT (et, de plus en plus, celle-ci elle-m&#234;me), des courants oppositionnels dans la CFDT, la 'mouvance Bourdieu', les influents Monde Diplomatique (et son r&#233;seau : 'Les amis du Monde Diplomatique'), Politis, Charlie-Hebdo, les Inrockuptibles, les mini et instables partis alternativo / &#233;colo / citoyens issus de la d&#233;composition du gauchisme (ou, en partie, aussi des &#8220;remous&#8221; dans le PC), la LCR, maintes associations (Act-Up...) ou groupes locaux, et m&#234;me nombre d'anarchistes (malgr&#233; les rodomontades hyper-radicales de certains) organis&#233;s (Alternative Libertaire, des groupes ou courants de la FA, la CNT Vignoles ; les &#233;ditions ACL de Lyon...) ou pas. Et last but not least, les Verts et le PC dont la participation gouvernementale est &#224; la fois la limite et la justification de tout ce courant du d&#233;mocratisme radical. Jean Claude Gayssot, ministre communiste, d&#233;clarait au &#8220; Grand Jury RTL- Le Monde &#8221; : &#8220; Le d&#233;passement du capitalisme, cela veut dire que ceux qui d&#233;cident ne soient pas seulement les privil&#233;gi&#233;s de la fortune, du pouvoir et du savoir, mais aussi tous ceux qui participent &#224; la cr&#233;ation des richesses. (...) D&#233;passer le capitalisme, c'est en finir avec la seule logique des march&#233;s financiers. &#8221;. Question : &#8220; Supprimer les bourses ? &#8221; ; &#8220; Non ! Mais ne pas les laisser faire la pluie et le beau temps. &#8221;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cette n&#233;buleuse, tous ces groupes, partis, syndicats, associations, s'articulent, pol&#233;miquent, rivalisent, convergent, par exemple sur l'anti-fascisme, le soutien (bien mod&#233;r&#233; d'ailleurs) aux sans-papiers, la d&#233;fense du service public, des acquis sociaux, pour une 'v&#233;ritable' r&#233;duction du temps de travail. Activit&#233;s dans lesquelles, malgr&#233; les &#8220;fortes&#8221; critiques qu'ils peuvent leur adresser, ils cohabitent et / ou coop&#232;rent avec la gauche officielle et ses relais. Sur la base de ces activit&#233;s, de leurs pr&#233;occupations propres et du programme politique que nous nommons &#8220;d&#233;mocratisme radical&#8221;, qu'ils expriment tous - au moins de fait - tous les groupes de cette n&#233;buleuse surveillent la 'gauche plurielle' au pouvoir, la critiquent, cherchent &#224; infl&#233;chir ou &#224; influencer ses d&#233;cisions, luttent contre certaines tout en lui proposant parfois expertises et projets (sur le financement des retraites et les fonds de pension ; sur une &#8220; v&#233;ritable &#8221; r&#233;duction du temps de travail ; contre la sp&#233;culation financi&#232;re : taxe Tobin, etc.). Ils restent ou se placent sur le terrain politique et institutionnel de l'&#201;tat ; m&#234;me ceux, minoritaires, qui par id&#233;ologie et dans les luttes, le combattent en tant que tel : la mouvance anarcho-syndicaliste. L'anti-capitalisme proclam&#233; par certains de ces groupes se r&#233;soud au contr&#244;le de la production, au partage des richesses, &#224; l'&#233;galit&#233; des salaires, &#224; la d&#233;mocratie directe, &#224; l'utilit&#233; des produits. Il ne s'agit plus d'&#233;tapes mais du contenu m&#234;me du d&#233;passement du capital car celui-ci est devenu domination, parasitisme financier et se valorise 'en majeure partie' dans la sp&#233;culation. Si l'exploitation demeure, elle n'est qu'un 'boulet' que tra&#238;ne encore le capital.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien s&#251;r, conjointement, ils participent et s'activent &#224; d&#233;velopper les luttes du &#8220;mouvement social&#8221; (terme ayant significativement remplac&#233; ceux de &#8220;luttes de classe&#8221; ou tout simplement &#8220;gr&#232;ves&#8221;). Il n'y a pas opposition fondamentale, mais continuit&#233; entre cette action au sein du &#8220;mouvement social&#8221; et celle sur le terrain de l'&#201;tat. Ils expriment, mettent en forme, transforment les limites du &#8220;mouvement social&#8221; en ce 'r&#233;formisme' consubstantiel &#224; leur d&#233;mocratisme radical, pour lequel c'est la soci&#233;t&#233; (les gens, les domin&#233;s, les citoyens, voire les travailleurs &lt;i&gt;et &lt;/i&gt;citoyens) qui s'oppose &#224; l'&#233;conomie capitaliste. Ils aspirent &#224; un &#201;tat des citoyens r&#233;el, ainsi qu'&#224; un capitalisme qui serait r&#233;gul&#233; par cet &#201;tat l&#224;, brid&#233;, humanis&#233;, devenu celui des producteurs, des travailleurs, un capitalisme social, &#233;cologique, et citoyen.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2) Les groupes et courants qui forment l'autre p&#244;le se disent non-politiciens, agissent &#224; la base, et se nomment souvent eux-m&#234;mes &#8220;rupturistes&#8221;. Les plus connus sont les r&#233;seaux SCALP / R&#233;flex , d'autres groupes ou courants de la FA, l'OCL (Organisation Communiste Libertaire). Les SCALP critiquent leurs fr&#232;res et soeurs ennemi(e)s de Ras l'front (antifasciste &#8220;classique&#8221; tr&#232;s frontiste, &#224; &#8220;l'anticapitalisme&#8221; tr&#232;s superficiel) au nom d'un antifascisme radical se voulant li&#233; &#224; un anticapitalisme proclam&#233;, offensif, cherchant &#224; construire une alternative radicale par ses pratiques rupturistes. Pour &#234;tre plus clair, prenons par exemple l'OCL. Elle s'affirme anti capitaliste et combat toutes les &#8220;illusions r&#233;formistes&#8221;, lutte pour la r&#233;volution communiste (libertaire) en participant au &#8220;d&#233;veloppement d'une aire rupturiste&#8221;, &#224; la construction d'une alternative &#224; la fois politique et &#8220;concr&#232;te&#8221;, sur la base des pratiques et &#233;l&#233;ments les plus radicaux des luttes afin de cr&#233;er une &#8220;dynamique de lib&#233;ration sociale&#8221;. Cette probl&#233;matique en fait, comme les autres rupturistes, des critiques inlassables (et parfois pertinents) des limites des luttes - ou du moins de celles qu'ils jugent comme telles - et des groupes qui les expriment, les formalisent, auxquels ils se heurtent constamment (l'autre p&#244;le du d&#233;mocratisme radical, et la gauche officielle). C'est consubstantiel &#224; leur combat pour contribuer &#224; d&#233;passer ces limites des luttes, dans une perspective g&#233;n&#233;rale et un but imm&#233;diat de transcroissance des luttes : la &#8220;dynamique de lib&#233;ration sociale&#8221;. L'OCL et les autres rupturistes ne peuvent pas concevoir qu'actuellement le d&#233;passement de ce cycle de luttes ne peut &#234;tre, pour les raisons que nous d&#233;velopperons plus loin, qu'une abstraction th&#233;orique. Ils ne voient pas qu'il n'est produit par ce cycle de luttes que comme sa crise et son &lt;i&gt;d&#233;passement.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, dans chaque lutte ils affrontent et critiquent des limites qu'ils n'expliquent que de mani&#232;re superficielle et r&#233;ductrice : la lutte n'aurait pas &#233;t&#233; assez autonome, d&#233;mocratique &#224; la base, directe, prise en charge par les int&#233;ress&#233;s eux-m&#234;mes. Elle n'aurait pas r&#233;ussi &#224; &#233;chapper &#224;, ou &#224; d&#233;passer son expression et son implication avec les relais institutionnels r&#233;alistes, r&#233;formistes, politiciens (syndicalisme, associations sp&#233;cialis&#233;es, gauche alternative ou officielle), elle n'aurait pas r&#233;ussi &#224; ouvrir des br&#232;ches assez larges pour entra&#238;ner de &#8220;v&#233;ritables ruptures productrices de changements &#233;mancipateurs&#8221;. &#8220; Elle n'a pas revendiqu&#233; une allocation universelle et inconditionnelle &#8221;, &#8220; elles ont pactis&#233; avec les syndicats &#8221;, &#8220; elles ne se sont pas &#233;tendues &#8221;, &#8220; elles n'ont pas suffisament pouss&#233; leur autonomie &#8221;, &#8220; elles n'ont pas mis en question la finalit&#233; de la production de l'entreprise qui licencie &#8221;, etc. C'est dans cette volont&#233; de fixer des buts imm&#233;diats, de consid&#233;rer que les luttes peuvent aller &#8220;plus loin&#8221; &#224; partir de leurs caract&#233;ristiques actuelles et comme d&#233;veloppement de celles-ci (et non comme un d&#233;passement qu'elles produisent), que les rupturistes, malgr&#233; des analyses des luttes parfois proches, se diff&#233;rencient d'un groupe comme &#8220;Echanges et Mouvement&#8221;. Pour un groupe comme l'OCL, les limites des luttes ne sont pas analys&#233;es et consid&#233;r&#233;es comme inh&#233;rentes &#224; la nature et &#224; la forme du rapport entre prol&#233;tariat et capital dans ce cycle de luttes. En fin de compte, ils en sont r&#233;duits &#224; esp&#233;rer, &#224; se battre encore, pour que de futures luttes soient plus autonomes, etc..., et par l&#224; participent vraiment &#224; la &#8220;dynamique de lib&#233;ration sociale&#8221; qu'ils veulent construire. Sortir de cette vision, c'est consid&#233;rer que pour &#234;tre r&#233;llement 'rupture', la lutte de classe doit parvenir au point o&#249; le prol&#233;tariat se remet lui-m&#234;me en cause dans sa contradiction avec le capital. En cela cette 'rupture' d&#233;passe structurellement toutes les formes et tous les contenus des luttes quotidiennes, m&#234;me si ce d&#233;passement dans ce cycle est produit &#224; partir du contenu et du niveau o&#249; se situe maintenant la contradiction entre le prol&#233;tariat et le capital. Ce n'est pas un but &#224; fixer &#224; la lutte de classe, mais l'aboutissement que l'on peut maintenant th&#233;oriquement produire &#224; partir du rapport capitaliste tel qu'il s'est restructur&#233; et du nouveau cycle de luttes. Si l'on en reste &#224; la transcroissance &#224; partir des caract&#233;ristiques des luttes actuelles dans leur cours quotidien, on ne peut pas parvenir &#224; la r&#233;volution et au communisme. Par d&#233;finition ces luttes ne peuvent porter que l'affirmation de la classe ou l'alternative, parce qu'en elles l'appartenance de classe ne peut pas &#234;tre pos&#233;e comme la limite elle-m&#234;me. Ces luttes peuvent produire ce d&#233;passement, mais celui-ci est r&#233;ellement un d&#233;passement, c'est-&#224;-dire qu'il les nie en tant que telles. L'impasse r&#233;volutionnaire et l'avenir d&#233;mocrate radical du 'rupturisme' se lisent dans le contenu concret qui est alors donn&#233; &#224; cette 'lib&#233;ration sociale'.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour les rupturistes, construire l'alternative, c'est &#8220;nous r&#233;approprier nos moyens de production, nos espaces, notre vie&#8221;. C'est lutter pour que &#8220;le travail soit une t&#226;che d&#233;cid&#233;e par nous-m&#234;mes pour assouvir les besoins que nous jugeons utiles ou n&#233;cessaires&#8221;, et ne serve pas &#224; &#8220;faire fonctionner l'&#233;conomie et le profit&#8221;, ni &#224; &#8220;nous plonger davantage dans une soci&#233;t&#233; consum&#233;riste&#8221;. Un tel programme, malgr&#233; le but final donn&#233; &#224; cette dynamique (la r&#233;volution pour une soci&#233;t&#233; sans classes, sans Etat), malgr&#233; les d&#233;clarations critiquant toute &#8220;fraction libertaire d'un nouveau courant social-d&#233;mocrate&#8221;, ne peut que formaliser un r&#233;formisme &#8220;r&#233;volutionnaire&#8221;. Cela articule, m&#234;me si c'est tr&#232;s conflictuellement, le p&#244;le rupturiste du d&#233;mocratisme radical &#224; son p&#244;le dominant, celui de la gauche critique, alternative.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les rupturistes existent sur &lt;i&gt;le m&#234;me terrain &lt;/i&gt;que le reste du d&#233;mocratisme radical : celui de la d&#233;mocratie (&#233;lev&#233;e au rang de rapport social de production), qui devrait r&#233;gir tous les domaines de la vie sociale, &#234;tre de base, directe, sans &#201;tat ; celui de l'&#233;conomie, qui devrait &#234;tre d&#233;termin&#233;e, ma&#238;tris&#233;e et g&#233;r&#233;e par chaque communaut&#233; humaine dans un lieu et un temps d&#233;termin&#233;s, &#234;tre d&#233;barrass&#233;e des capitalistes et des &#8220;technobureaucrates&#8221;, &#234;tre non &#8220;productiviste&#8221; mais &#8220;d'utilit&#233; sociale&#8221; et &#233;cologique, &#234;tre m&#233;tamorphos&#233;e / englob&#233;e dans le social. Pour les rupturistes, comme pour tous les d&#233;mocrates radicaux, l'&#233;conomie est en tant que telle l'objet de la critique, elle peut &#234;tre maitris&#233;e pour les uns ou chang&#233;e pour les autres. Pour les uns et les autres, malgr&#233; la 'critique', elle n'est finalement que le rapport entre l'homme, l'instrument et la nature. Ren&#233; Passet, le &#8220;directeur scientifique&#8221; d'Attac (le titre est d&#233;j&#224; tout un programme) et l'organisateur de son Universit&#233; d'&#233;t&#233; (La Ciotat, fin Ao&#251;t 2000), tenue sur le th&#232;me de la lutte pour une &#8220; &#233;conomie au service de l'homme &#8221;, l'&#233;voque clairement : l'&#233;conomie est &#8220; une activit&#233; raisonn&#233;e de transformation du monde afin de satisfaire les besoins humains. &#8221; (Politis, 31 ao&#251;t 2000). L'&#233;conomie, consid&#233;r&#233;e comme une puissance &#233;trang&#232;re et ali&#233;nant notre vie, nos besoins, nos d&#233;sirs, nous domine et nous agit par ce qu'en elle le vrai et &#233;ternel rapport entre l'homme l'instrument et la nature, en soi hors de toute dimension sociale, serait simplement au service d'une puissance &#233;trang&#232;re, sa critique est alors sa r&#233;surrection au sortir d'une longue perversion, en un mot l'&#233;conomie demeure le rapport naturel de l'homme &#224; ses objets, la v&#233;rit&#233; de sa nature d'&#234;tre objectif. La critique de l'&#233;conomie s'arr&#234;te en chemin et la restaure. En effet, si elle con&#231;oit chaque 'phase &#233;conomique' comme historique, elle ne con&#231;oit pas &lt;i&gt;l'&#233;conomie elle-m&#234;me&lt;/i&gt; comme une r&#233;alit&#233; historique : la production sans cesse renouvel&#233;e des conditions de la production comme conditions objectives dans le capital en soi face &#224; la subjectivit&#233; de la force de travail (voir plus loin, dans les grands th&#232;mes du d&#233;mocratisme radical). L'&#233;conomie est en elle-m&#234;me un rapport social.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les rupturistes expriment les aspects les plus radicaux des limites des luttes actuelles de ce cycle, leur existence est une n&#233;cessit&#233; du d&#233;mocratisme radical dans sa totalit&#233;. Malgr&#233; leur radicalit&#233; dans les luttes et la fin r&#233;volutionnaire qu'ils assignent &#224; (l'Arl&#233;sienne qu'est) &#8220;la dynamique de lib&#233;ration sociale&#8221; qu'ils veulent cr&#233;er, ce que les rupturistes promeuvent concr&#232;tement ne sort pas des cat&#233;gories du capital et ne peut que s'&#233;tioler, se r&#233;sorber en manifestations les plus &#8220;radicales&#8221; du &#8220;r&#233;formisme&#8221; caract&#233;ristique et inh&#233;rent aux limites de ce cycle de luttes. Comme le reste du d&#233;mocratisme radical, ils expriment et formalisent les limites d&#233;coulant de la structuration de la contradiction entre prol&#233;tariat et capital dans ce cycle de luttes. Cette formalisation s'effectue selon trois axes principaux que nous allons suivre de l'int&#233;rieur du d&#233;mocratisme radical : le salariat sans le capital ; 'construire l'alternative' ; la critique du travail et de l'&#233;conomie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;{}&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;3 ) Th&#233;matique du d&#233;mocratisme radical&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;a ) Le salariat sans le capital&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous allons ici analyser les textes &#8220;programmatiques&#8221; d'AC (Agir contre le ch&#244;mage !), r&#233;unis dans les deux tomes de &#8220;Donn&#233;es et Arguments&#8221; (Ed. Syllepse). L'analyse du ch&#244;mage &lt;i&gt;et les solutions avanc&#233;es&lt;/i&gt; r&#233;v&#232;lent une vision globale de l'antagonisme entre travail et capital ayant pour perspective sa propre suppression dans la mesure o&#249; le capital n'est que du travail accumul&#233; mis en valeur par du travail vivant. En cela, ce n'est plus un programme d&#233;velopp&#233; sur ce qu'est la classe &#224; lib&#233;rer qui se construit, mais la volont&#233; d'une mise en conformit&#233; du capital avec sa nature d'objectivation du travail et de ses forces sociales et avec sa nature de communaut&#233; des individus isol&#233;s (un &#201;tat &#8220;vraiment d&#233;mocratique&#8221;). En construisant la figure du ch&#244;meur et en la repr&#233;sentant dans le cadre du travail salari&#233;, AC repr&#233;sente quelque chose qui n'aurait pas lieu d'&#234;tre si le d&#233;veloppement actuel du capitalisme n'&#233;tait pas d&#233;voy&#233; par la finance ou la recherche du profit maximum imm&#233;diat. Pour AC, il s'agit de faire exister la figure du ch&#244;meur comme un &#8220;scandale&#8221;, c'est-&#224;-dire comme la preuve du d&#233;calage entre le cours actuel du mode de production capitaliste et sa &#8220;v&#233;ritable&#8221; nature.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le ch&#244;mage co&#251;te au capital, il n'y aurait donc aucun int&#233;r&#234;t : &#8220;tout ch&#244;meur &#233;vit&#233; repr&#233;sente une &#233;conomie moyenne de 2800 F par mois sur les indemnit&#233;s de ch&#244;mage&#8221; (op. cit., t. 1, p. 23). Comme un emploi cr&#233;&#233; &#8220;rapporte&#8221; en moyenne 7000 F &#224; l'&#201;tat, &#224; la S&#233;curit&#233; Sociale, &#224; l'Unedic etc., &#8220;les administrations pourraient, en effet, r&#233;troc&#233;der leur suppl&#233;ment de ressources aux entreprises selon des modalit&#233;s incitant celles-ci &#224; r&#233;duire effectivement la dur&#233;e du travail et &#224; r&#233;aliser des embauches en proportion. Ainsi serait mis un terme &#224; l'absurdit&#233; consistant &#224; indemniser les ch&#244;meurs plut&#244;t que de leur procurer un emploi&#8221; (d&#176;, p.25). Travail d'un c&#244;t&#233;, moyens de production de l'autre, le mode de production capitaliste se donne &#224; voir de fa&#231;on imm&#233;diate comme un simple proc&#232;s de production mat&#233;riel dont les &#233;l&#233;ments auraient &#233;t&#233; s&#233;par&#233;s dans des personnes ind&#233;pendantes, et rien de plus. Guy Aznar, un des t&#233;nors actuel du partage du travail, nous le dit dans le m&#234;me ouvrage : &#8220;le ch&#244;mage est un ph&#233;nom&#232;ne structurel, li&#233; &#224; la r&#233;volution technologique que nous vivons, aggrav&#233; en France par un ph&#233;nom&#232;ne d&#233;mographique. Le ch&#244;mage est la r&#233;sultante directe d'un d&#233;s&#233;quilibre entre le rythme de la croissance et celui de la productivit&#233;.&#8221; (d&#176;, p. 65). Ceux qui pensent que le ch&#244;mage est intrins&#232;que aux rapports sociaux capitalistes, &#224; l'exploitation du travail par le capital, se tromperaient : il ne s'agit que de travail et de production, de comparaison entre des co&#251;ts. Ce qui importe ce n'est pas la production en elle-m&#234;me, ni m&#234;me sa valeur, mais la plus-value qu'elle renferme, c'est cela qui dispara&#238;t de cette apparence qui se donne pour la plus conforme aux faits. Le travail est n&#233;cessaire non pas parce qu'il peut avoir un effet utile, mais pour autant qu'il peut fournir un surtravail, &#234;tre exploit&#233; dans les conditions moyennes requises par le capital dans chaque phase de son d&#233;veloppement. Pour AC, le ch&#244;mage est bien la preuve que le capital suit actuellement un cours &#8220;irrationnel&#8221;. Apr&#232;s la &#8220;preuve&#8221; du dysfonctionnement du capital, arrivent les &#8220;solutions&#8221; pour remettre le capitalisme dans le droit chemin de son int&#233;r&#234;t et, par l&#224;-m&#234;me, de l'int&#233;r&#234;t g&#233;n&#233;ral.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Premi&#232;re solution&lt;/i&gt; propos&#233;e &#224; des entrepreneurs capitalistes ayant retrouv&#233; la raison : la relance par la consommation. Quoi de plus &#233;vident dans le meilleur des mondes capitalistes ! &#8220;L'&#233;conomie fran&#231;aise est en panne faute de consommation : redonner du tonus &#224; celle des salari&#233;s permettrait de cr&#233;er des emplois, en plus des effets de la r&#233;duction de la dur&#233;e du travail.&#8221; (Michel Husson, d&#176;, p. 52).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Premi&#232;rement, cela est une idiotie si l'on veut bien prendre en consid&#233;ration non pas &#8220;l'&#233;conomie fran&#231;aise&#8221;, mais l'&#233;conomie &lt;i&gt;capitaliste&lt;/i&gt; fran&#231;aise (ou autre). &#8220;C'est pure tautologie que de dire : les crises proviennent de ce que la consommation solvable ou les consommateurs capables de payer font d&#233;faut. Le syst&#232;me capitaliste ne conna&#238;t d'autres modes de consommation que payants, &#224; l'exception de ceux de l'indigent ou du &#8220;filou&#8221;. Dire que les marchandises sont invendables ne signifie rien d'autre que : il ne s'est pas trouv&#233; pour elles d'acheteurs capables de payer, donc de consommateurs (que les marchandises soient achet&#233;es en derni&#232;re analyse pour la consommation productive ou individuelle). Mais si, pour donner une apparence de justification plus profonde &#224; cette tautologie, on dit que la classe ouvri&#232;re re&#231;oit une trop faible part de son produit et que cet inconv&#233;nient serait palli&#233; d&#232;s qu'elle en recevrait une plus grande part, d&#232;s que s'accro&#238;trait en cons&#233;quence son salaire ; il suffit de remarquer que les crises sont chaque fois pr&#233;par&#233;es justement par une p&#233;riode de hausse g&#233;n&#233;rale des salaires, o&#249; la classe ouvri&#232;re obtient effectivement une plus grande part de la fraction du produit annuel destin&#233;e &#224; la consommation. Du point de vue de ces chevaliers, qui rompent les lances en faveur du &#8220;simple&#8221; (!) bon sens, cette p&#233;riode devrait au contraire &#233;loigner la crise. &lt;i&gt;Il semble donc que la production capitaliste implique des conditions qui n'ont rien &#224; voir avec la bonne ou la mauvaise volont&#233;&lt;/i&gt;, qui ne tol&#232;rent cette prosp&#233;rit&#233; relative de la classe ouvri&#232;re que passag&#232;rement, et toujours seulement comme signe annonciateur d'une crise.&#8221; (Marx, &#8220;Le Capital&#8221;, t. 5, p. 63). Justement, le th&#233;oricien d'AC pourrait consid&#233;rer que cette revendication est destin&#233;e &#224; mettre le capital en crise, cela serait fantaisiste mais partirait d'une intention louable. Or, tout comme pour la r&#233;duction du temps de travail, cela n'est absolument pas le cas, il s'agit en fait de montrer &#224; la classe capitaliste son v&#233;ritable int&#233;r&#234;t. La r&#233;duction du temps de travail n'est jamais consid&#233;r&#233;e dans l'optique d'AC, et de toute fa&#231;on dans cette phase du capital ne pourrait l'&#234;tre par quiconque, comme un combat de deux int&#233;r&#234;ts totalement divergents, mais comme une r&#233;sultante b&#233;n&#233;fique pour les uns et les autres. Il en est de m&#234;me pour les augmentations de salaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deuxi&#232;mement, cela ne serait pas une idiotie si le capital &#233;tait un simple proc&#232;s de production d'o&#249; l'exploitation a disparu. En effet, cette augmentation de salaires &#8220;ne consisterait pas &#224; mordre sur les profits que les entreprises r&#233;investissent, mais plut&#244;t &#224; r&#233;duire la part de ces profits qu'elles distribuent sous forme de revenus financiers.&#8221; (d&#176;). Sus au rentier et vive le capitaliste productif qui, r&#233;investissant ses profits, rend &#224; l'ouvrier son surtravail dont il ne fut que le temporaire d&#233;positaire. La grande pr&#233;occupation des &#233;conomistes d'AC qui, &#224; d&#233;faut d'avoir une pens&#233;e unique, n'en ont aucune, est de ne surtout pas augmenter les co&#251;ts pour les entreprises surtout si elles sont &lt;i&gt;fran&#231;aises&lt;/i&gt; (car le d&#233;mocratisme radical aime l'&#201;tat et la Nation).&lt;i&gt; &lt;/i&gt;Dans cette vision, on n'emp&#234;che l'augmantation des co&#251;ts, d'abord par l'&#233;conomie sur le co&#251;t du ch&#244;mage, ensuite par la r&#233;forme fiscale (all&#233;ger le poids des charges financi&#232;res), enfin par la relance de la demande.&lt;i&gt; &lt;/i&gt;C'est que le proc&#232;s de l'accumulation du capital industriel est consid&#233;r&#233; comme le retour du surtravail au travail, une sorte de restitution &#224; la classe ouvri&#232;re, sous forme de moyens de production mis &#224; sa disposition, de son surtravail, que l'on ose &#224; peine qualifier ainsi. Cependant, Lipietz, quant &#224; lui, se souvient que si on augmente le salaire on amoindrit la plus-value, et cela le tracasse : &#8220;La baisse qui en r&#233;sulte de la part du revenu national attribu&#233;e au capital pose de graves probl&#232;mes de financement si l'on veut que les entreprises cr&#233;ent des emplois.&#8221; (d&#176;, p. 59). Et oui, il ne faudrait pas que les ouvriers perdent en moyens de production mis gracieusement &#224; leur disposition par les entrepreneurs ce qu'ils ont gagn&#233; en plus comme salaire ou comme r&#233;duction du temps de travail. D'apr&#232;s les calculs de Lipietz, &#8220;pour r&#233;sorber le ch&#244;mage en deux ans par cr&#233;ation de postes, il faudrait doubler le taux de profit r&#233;investi.&#8221;(d&#176;). Il faut donc accro&#238;tre le taux de profit r&#233;investi et certainement pas le diminuer. Or, cruel dilemme pour Lipietz, la compensation salariale (de la r&#233;duction du temps de travail), m&#234;me partielle, diminue par d&#233;finition le taux de profit. Mais nous sommes imm&#233;diatement soulag&#233;s. La capacit&#233; d'investir sera maintenue par : la r&#233;duction du temps de travail elle-m&#234;me qui augmentera la productivit&#233; du travail (c'est vrai qu'il n'y a qu'au CNRS que cela ne se passe pas ainsi) ; les &#233;conomies sur le co&#251;t du ch&#244;mage ; la r&#233;forme fiscale (profonde) supprimant &#8220;des avantages&#8221; (pas tous ?) des rentiers ; la non-compensation int&#233;grale pour les hauts salaires. La classe ouvri&#232;re doit donc &#234;tre raisonnable et accepter l'augmentation du taux d'exploitation (croissance de la productivit&#233;), tout le monde sait bien que &#8220; les profits d'aujourd'hui sont les emplois de demain &#8221;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aznar, autre pourfendeur de la &#8220;pens&#233;e unique&#8221;, se demande lui aussi comment r&#233;duire le temps de travail &#8220;sans p&#233;naliser les entreprises&#8221;. Il a beaucoup r&#233;fl&#233;chi pour d&#233;couvrir deux moyens : &#8220;soit en versant au salari&#233; une compensation que nous appelons &#8220;indemnit&#233; de partage du travail&#8221; ; soit en faisant en sorte de ne pas &#8220; modifier le co&#251;t global du salaire pour l'entreprise, en diminuant les charges sociales. &#8221; (d&#176;, p. 69). Dans le premier cas, c'est la version lib&#233;rale du revenu garanti (la seule, malgr&#233; toutes les bonnes volont&#233;s, qui puisse exister), dans le second cas, Aznar peut se r&#233;jouir de voir ses id&#233;es appliqu&#233;es depuis 20 ans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Deuxi&#232;me solution &lt;/i&gt;pour une classe capitaliste redevenue raisonnable : la pression sur les revenus financiers. Nous avons d&#233;j&#224; vu ce th&#232;me pointer sans cesse son nez dans la solution pr&#233;c&#233;dente. La condamnation du capital financier et de la sp&#233;culation est devenue la tarte &#224; la cr&#232;me de toutes les &#8220;critiques&#8221; du capitalisme. Elle repose sur la distinction et l'opposition entre un proc&#232;s productif de richesses et une activit&#233; &#8220;parasitaire&#8221;. L'un aurait la &#8220;richesse r&#233;elle&#8221; pour but, l'autre la recherche effr&#233;n&#233;e de l'argent pour lui-m&#234;me. D'une telle distinction, il d&#233;coule que le proc&#232;s de production capitaliste est scind&#233; en deux. D'une part, en un proc&#232;s de production en g&#233;n&#233;ral, celui de la rencontre du travail et des moyens de production dont la forme sociale caract&#233;ristique de l'exploitation aurait disparu dans la mesure o&#249; les &#8220;revenus&#8221; tir&#233;s de ce proc&#232;s y retourneraient enti&#232;rement sous la forme de salaires et d'investissements, sources de nouveaux salaires. D'autre part, parasitant ce proc&#232;s de production, le capital financier ponctionnerait une partie de ce &#8220;revenu&#8221; qui, ne retournant pas &#224; la production, d&#233;finirait une classe sociale vivant du travail de tous les autres, et pouvant seule &#234;tre qualifi&#233;e de capitaliste dans la mesure o&#249; elle soustrait du revenu &#224; la production qui, elle, a la forme naturelle du travail modifiant la mati&#232;re et produisant des biens qui, tout aussi &lt;i&gt;naturellement,&lt;/i&gt; ont un prix, et dont la valeur, tout naturellement, revient &#224; la production pour la fabrication de nouveaux bien venant par l&#224; enrichir la soci&#233;t&#233;. Bien s&#251;r il peut y avoir quelques arbitrages &#224; rendre entre salaires et investissements, mais, comme nous l'assure Lipietz, on peut toujours s'arranger, pourvu que l'on tienne &#224; l'&#233;cart ces financiers qui n'ont pour but que l'argent pour lui-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est le proc&#232;s de production en tant que proc&#232;s de production capitaliste, s&#233;paration de l'ouvrier et des moyens de production, proc&#232;s de la valeur autonomis&#233;e se conservant dans la consommation du travail vivant cr&#233;ateur de valeur, c'est le proc&#232;s de production comme ayant pour but, de par cette s&#233;paration m&#234;me, l'extorsion de plus-value, c'est ce proc&#232;s de production comme rapport d'exploitation qui a disparu pour devenir la forme naturelle et &#233;ternelle de la production. La condamnation du financier d&#233;pouille le proc&#232;s de production capitaliste de ses caract&#233;ristiques sp&#233;cifiques. Il ne s'agit pas ici de r&#233;tablir la v&#233;rit&#233; sur ce qu'est le capital, encore que cela ne soit pas inutile, mais de retrouver la signification de cette &#8220;erreur&#8221; dans la politique d'AC et de toutes les associations 'anti-ch&#244;mage'. Poser la figure du ch&#244;meur comme quelque chose qui ne doit pas exister, comme un scandale, &lt;i&gt;et se faire les repr&#233;sentants de ce scandale&lt;/i&gt;, c'est consid&#233;rer le proc&#232;s de production capitaliste comme un proc&#232;s de travail naturel qui souffre de ce scandale du fait de contraintes ext&#233;rieures qui p&#232;sent sur lui, que cela soit la finance ou la concurrence internationale. Lutter contre le ch&#244;mage se ram&#232;ne alors &#224; redonner au proc&#232;s de production ses caract&#233;ristiques propres, &#224; le soustraire &#224; ces contraintes. Et cela se donne comme critique du capitalisme et m&#234;me comme son d&#233;passement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mode de production capitaliste est le premier &#224; avoir pour but la valeur elle-m&#234;me et le profit. Le capital n'a pas invent&#233; le surtravail, mais il est le premier mode de production o&#249; c'est la valeur d'&#233;change qui pr&#233;domine. C'est parce que dans le mode de production capitaliste la valeur d'&#233;change est le but de la production que le caract&#232;re de la production fait na&#238;tre un besoin d&#233;vorant de surtravail. La transformation de ce surtravail en plus-value, de celle-ci en profit et son partage en rente, profit industriel et int&#233;r&#234;t, sont des d&#233;veloppements inh&#233;rents &#224; partir du moment o&#249; la force de travail devient une marchandise que le propri&#233;taire des moyens de production ne s'approprie que pour en exprimer au maximum sa valeur d'usage de cr&#233;atrice de valeur. Que capitalistes industriels et capitalistes financiers se heurtent sur le partage de la plus-value ne change pas un iota au taux d'exploitation de la classe ouvri&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On pourrait cependant objecter que la part de la plus-value que s'approprie le capital financier influe sur le partage entre travail n&#233;cessaire et surtravail, que les salaires pourraient augmenter si le capitaliste industriel n'avait pas sur le dos les sangsues du capitaliste financier. Ce serait consid&#233;rer le mouvement des taux d'int&#233;r&#234;ts, le d&#233;veloppement des activit&#233;s financi&#232;res, comme ayant leur dynamique et leurs d&#233;terminations propres. Avant d'&lt;i&gt;appara&#238;tre&lt;/i&gt; comme une contrainte pesant sur le capital productif, la capacit&#233; de &#8220;nuisance&#8221; ou simplement de marchandage du capital financier est directement d&#233;pendante des fluctuations de la production. C'est le cours du capital productif qui d&#233;termine le rapport de forces entre capital financier et capital industriel. Le d&#233;veloppement du capital de pr&#234;t et du capital financier d&#233;pend premi&#232;rement de la masse du profit et deuxi&#232;mement de sa capacit&#233; &#224; se transformer imm&#233;diatement en conditions de l'&#233;largissement de la production. S'il y a pl&#233;thore de capital argent cela ne d&#233;montre que les limites de la production capitaliste issues des lois de sa mise en valeur. Cette pl&#233;thore est en r&#233;alit&#233; une surproduction de capital par rapport &#224; la valorisation. Vue du c&#244;t&#233; du capitaliste industriel et de la valorisation de son capital, c'est une p&#233;nurie de capital. Ce sont les conditions m&#234;mes de la valorisation du capital, de sa capacit&#233; &#224; d&#233;velopper le surtravail relativement &#224; son accumulation qui d&#233;terminent la demande de cr&#233;dit et la d&#233;multiplication des activit&#233;s financi&#232;res. La &#8220;domination du capital financier&#8221; signifie que, de la part du capitaliste industriel, la demande d'argent comme moyen de paiement (cr&#233;dit) est une simple demande de convertibilit&#233; en argent de son capital productif et de sa production. L'argent (en tant qu'&#233;quivalent g&#233;n&#233;ral) appara&#238;t alors en face de la marchandise en tant que moyen de paiement unique et v&#233;ritable mode d'existence de la valeur. D'o&#249; en p&#233;riode de crise (p&#233;nurie de plus-value / surproduction de capital) la d&#233;pr&#233;ciation g&#233;n&#233;rale des marchandises, la difficult&#233; et m&#234;me l'impossibilit&#233; de les convertir en argent. Mais la monnaie de cr&#233;dit &#8220;n'est de l'argent que dans la mesure o&#249; elle remplace absolument l'argent r&#233;el pour le montant de sa valeur nominale. (...). D'o&#249; mesures de contrainte, rel&#232;vement du taux de l'int&#233;r&#234;t, etc., en vue d'assurer les conditions de cette convertibilit&#233;.&#8221; (Marx, &#8220;Le Capital&#8221;, t. 7, p. 177). Et, &#224; la suite, Marx nous donne un aper&#231;u de tous les &#8220;&lt;i&gt;futures&lt;/i&gt;&#8221; &#224; venir : &#8220;Une l&#233;gislation erron&#233;e, fond&#233;e sur de fausses th&#233;ories de l'argent et impos&#233;es &#224; la nation par des financiers soucieux de leurs int&#233;r&#234;ts, les Overstone et consorts, peut pousser les choses plus ou moins &#224; l'extr&#234;me. &lt;i&gt;Mais le ph&#233;nom&#232;ne a pour base le fondement m&#234;me du mode de production&lt;/i&gt; . D&#233;pr&#233;cier la monnaie de cr&#233;dit (pour ne pas parler de la priver, ce qui serait purement imaginaire, de ses propri&#233;t&#233;s mon&#233;taires) &#233;branlerait tous les rapports existants. Aussi la valeur des marchandises est-elle sacrifi&#233;e pour garantir l'existence mythique et autonome de cette valeur qu'incarne l'argent.&#8221;(d&#176;). Ceux qui condamnent l'&#233;conomie financi&#232;re ne se rendent pas compte que plus cette &#8220;&#233;conomie casino&#8221; multiplie &#8220;les petits bouts de papier&#8221;, plus elle transforme des capitalistes banqueroutiers en capitalistes s&#233;rieux et solvables. Ils devraient plut&#244;t br&#251;ler des cierges &#224; l'intention de tous les brookers du monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est le fondement m&#234;me de la production capitaliste qui veut que l'argent apparaisse en tant que forme autonome de la valeur en face des marchandises et tant pis pour elles si elles ne peuvent r&#233;aliser leur valeur d'&#233;change afin que subsiste le rapport de la valeur. &#8220;Aussi longtemps que le caract&#232;re &lt;i&gt;social&lt;/i&gt; du travail appara&#238;t en tant qu'&lt;i&gt;existence mon&#233;taire&lt;/i&gt; de la marchandise et donc en tant qu'&lt;i&gt;objet&lt;/i&gt; ext&#233;rieur &#224; la production r&#233;elle, les crises mon&#233;taires sont in&#233;vitables... (et le d&#233;veloppement de l'&#233;conomie financi&#233;re, n d a )&#8221; (d&#176;). La plus-value dans son concept m&#234;me implique le cr&#233;dit. La plus-value est de l'argent, mais cet argent n'existe que pour se valoriser, c'est-&#224;-dire pour devenir du capital, s'&#233;changer contre les &#233;l&#233;ments du proc&#232;s de production. Cet argent est assignation sur du travail nouveau : &#8220;A l'instar du cr&#233;ancier de l'&#201;tat, chaque capitaliste poss&#232;de, dans sa valeur nouvellement acquise, une assignation sur du travail futur : en s'appropriant le travail pr&#233;sent, il s'approprie en m&#234;me temps le travail futur. Cet aspect du capital m&#233;rite une attention particuli&#232;re. En effet sa valeur peut subsister ind&#233;pendamment de sa substance. C'est tout le fondement du syst&#232;me du cr&#233;dit.&#8221; (Marx, Fondements, t. 1, p. 320).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ramenant le capital &#224; l'encaissement d'int&#233;r&#234;t (aux tondeurs de coupons), on sait que c'est toute l'origine r&#233;elle de la plus-value qui dispara&#238;t (cf &#8220; Le Capital &#8221;, chapitre sur la formule trinitaire). Par l&#224;, le proc&#232;s de production est innocent&#233; de tout &#8220;crime&#8221; d'exploitation et se trouve alors ni&#233;e la connexion in&#233;luctable qui m&#232;ne de la vente de la force de travail, de la monnaie comme &#233;quivalent g&#233;n&#233;ral, au capital financier. Ce n'est pas une telle &#8220;compr&#233;hension&#8221; du capital qui explique la politique d'AC et des associations, mais l'inverse. Repr&#233;senter les ch&#244;meurs dans la soci&#233;t&#233; capitaliste comme quelque chose qui ne devrait pas avoir lieu tout en en &#233;tant l'institutionnalisation, implique comme discours sur soi et sur son activit&#233; d'ext&#233;rioriser du travail salari&#233; les raisons d'&#234;tre du ch&#244;mage, d'ext&#233;rioriser l'exploitation du proc&#232;s de production.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Non seulement le d&#233;veloppement du capital financier est in&#233;luctable sur la base du mode de production capitaliste mais encore il est un r&#233;gulateur de la production capitaliste et la forme n&#233;cessaire de son expansion et de ses limites. Nous aborderons rapidement ces questions qui outrepassent en grande partie notre sujet et ne s'y rattachent qu'en ce qu'elles montrent la liaison essentielle entre le d&#233;veloppement du capital financier et la forme de base de la production capitaliste : la s&#233;paration des moyens de production d'avec les producteurs effectifs (pour approfondir cette critique, cf. Tom Thomas, &#8220; L'h&#233;g&#233;monie du capital financier et sa critique &#8221;, ed Albatroz, BP 404, 75969 Paris Cedex 20)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En tant qu'&#233;l&#233;ments r&#233;gulateurs du mode de production capitaliste, le cr&#233;dit, les soci&#233;t&#233;s par actions et tout le capital financier qui en d&#233;coule, sont inclus dans la formation d'un taux de profit moyen. En outre ce d&#233;veloppement permet au capital de se lancer dans des entreprises qui, parce que le profit prend purement la forme de l'int&#233;r&#234;t, sont possibles en rapportant seulement cet int&#233;r&#234;t. C'est m&#234;me une des raisons qui emp&#234;chent la chute g&#233;n&#233;rale du taux de profit. Ces entreprises, loin de ponctionner le taux de profit moyen, n'entrent pas forc&#233;ment dans l'&#233;galisation du taux g&#233;n&#233;ral de profit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En tant que forme de l'expansion du mode de production capitaliste et d&#233;veloppement &#224; partir de sa forme de base, le capital financier entra&#238;ne que le profit n'est plus per&#231;u que sous la forme de l'int&#233;r&#234;t, c'est-&#224;-dire comme simple r&#233;mun&#233;ration pour la propri&#233;t&#233; du capital. Le capitaliste r&#233;ellement actif, la noble figure de l'entrepreneur, devient un simple dirigeant et administrateur du capital d'autrui, les propri&#233;taires de capital devenant de simples capitalistes financiers. Cela n'est possible que comme r&#233;sultat de la conversion des moyens de production en capital, c'est-&#224;-dire de leur ali&#233;nation vis-&#224;-vis des producteurs effectifs, de leur opposition, en tant que propri&#233;t&#233; &#233;trang&#232;re, &#224; tous les individus r&#233;ellement actifs dans la production, depuis le directeur jusqu'au dernier travailleur pr&#233;caire. Mais le mouvement va encore plus loin et, c'est ce qui 'choque' et permet de d&#233;clarer que le capital financier n'est pas la production capitaliste et, par l&#224;-m&#234;me, de transformer celle-ci en production en g&#233;n&#233;ral pour peu qu'elle s'oppose au capital financier. &#8220;L'expropriation s'&#233;tend ici du producteur direct aux petits et moyens capitalistes eux-m&#234;mes (et m&#234;me, de plus en plus, aux gros, n d a ). Le point de d&#233;part du mode de production capitaliste est justement cette expropriation. Son but est de la r&#233;aliser et, en derni&#232;re instance, d'exproprier tous les individus de tous les moyens de production, lesquels, la production sociale se d&#233;veloppant, cessent d'&#234;tre moyens et produits de la production priv&#233;e et se bornent &#224; &#234;tre moyens de production entre les mains des producteurs associ&#233;s, donc peuvent &#234;tre leur propri&#233;t&#233; sociale, tout comme ils sont leur produit social. Mais, &#224; l'int&#233;rieur du syst&#232;me capitaliste lui-m&#234;me, cette expropriation se pr&#233;sente sous une forme contradictoire en tant qu'appropriation par quelques-uns de la propri&#233;t&#233; sociale. (...) Voici les deux aspects de la caract&#233;ristique immanente du syst&#232;me de cr&#233;dit : d'une part, d&#233;velopper le moteur de la production capitaliste, c'est-&#224;-dire l'enrichissement par l'exploitation du travail d'autrui pour en faire le syst&#232;me le plus pur et le plus monstrueux de sp&#233;culation et de jeu, et pour limiter de plus en plus le petit nombre de ceux qui exploitent les richesses sociales ; mais d'autre part, constituer la forme de transition vers un nouveau mode de production, - c'est ce double aspect qui donne aux principaux d&#233;fenseurs du cr&#233;dit, de Law jusqu'&#224; Isaac P&#233;reire, leur caract&#232;re agr&#233;ablement mitig&#233; d'escrocs et de proph&#232;tes.&#8221; (Marx, &#8220;Le Capital&#8221;, t. 7, p. 105-107).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La &lt;i&gt;troisi&#232;me solution&lt;/i&gt; est une variante des deux pr&#233;c&#233;dentes : r&#233;duire l'in&#233;galit&#233; des fortunes. C'est-&#224;-dire, &#224; un p&#244;le, emp&#234;cher la concentration des revenus du capital dans un nombre de mains de plus en plus r&#233;duits et, &#224; l'autre, relancer la consommation. AC cherche &#224; faire des propositions pour une r&#233;partition plus juste des revenus et des fortunes. Cela bien s&#251;r dans un souci d'&#233;quit&#233; mais aussi pour relancer la consommation. &#201;liminons le souci d'&#233;quit&#233;. Nous savons depuis 'Salaire, prix et profit' que tout cela &#8220;n'entre pas en ligne de compte&#8221; : &#8220;Les bourgeois ne soutiennent-ils pas que le partage actuel est &#233;quitable ? Et, en fait sur la base du mode actuel de production, n'est-ce pas le seul partage &#233;quitable ? Les rapports &#233;conomiques sont-ils r&#233;gl&#233;s par des id&#233;es juridiques ou n'est-ce pas, &#224; l'inverse, les rapports juridiques qui naissent des rapports &#233;conomiques ? Les socialistes des sectes n'ont-ils pas, eux aussi, les conceptions les plus diverses de ce partage &#233;quitable ?&#8221; (Marx, &#8220;Critique du programme de Gotha&#8221;, Ed. sociales, p. 27). Les caract&#233;ristiques de la fixation des salaires si elles ont &#224; voir avec les rapports de forces dans la lutte des classes, s'inscrivent toujours dans le cadre des lois de reproduction du mode de production capitaliste. &#201;liminons &#233;galement ici un point d&#233;j&#224; abord&#233;, celui de la relance par la consommation ouvri&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Int&#233;ressons-nous plut&#244;t &#224; la consommation des riches. Elle est condamn&#233;e par AC et d'autres parce que finalement le riche ne peut arriver &#224; consommer tout son revenu. Comme disait Lili dans &#8220;La gloire de mon p&#232;re&#8221; : &#8220;ils n'ont qu'une bouche et qu'un cul&#8221;. Si le riche ne consomme pas, il a &#8220;tendance &#224; investir&#8221; (AC, op. cit., t. 2, p. 18). On sait pourtant que cela est pour AC une activit&#233; louable que l'on ne peut qu'&#224; peine qualifier de capitaliste. Mais nous y voil&#224;, &lt;i&gt;le riche n'est pas un bon citoyen &lt;/i&gt; : &#8220;La tr&#232;s grande libert&#233; de circulation des capitaux leur permet de sortir des capitaux pour investir l&#224; o&#249; c'est le plus directement rentable ; et c'est autant qui est soustrait &#224; la consommation int&#233;rieure.&#8221; (d&#176;). Retour &#224; la case d&#233;part : la relance par la consommation qui, m&#234;me si elle &#233;tait celle du riche, vaut tout de m&#234;me mieux que d'investir &#224; l'&#233;tranger pour faire consommer des gens qu'on ne conna&#238;t m&#234;me pas. La parabole de Le Pen sur sa fille, sa soeur, sa cousine et sa voisine est la chose au monde la mieux partag&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Faire devenir les riches plus riches, d'apr&#232;s les moralistes d'AC, ne pr&#233;sente aucun int&#233;r&#234;t car les riches plus riches ne consomment pas beaucoup plus ou alors dans des objets d'art, des produits de luxe, des articles &#8220;haut de gamme&#8221;. On ne nous explique pas pourquoi cette consommation l&#224;, elle aussi, ne relancerait pas, en dehors de toute &#233;quit&#233; bien s&#251;r, la production, ne cr&#233;erait pas des emplois, de la richesse (c'est le cas de le dire). Que l'auteur n'ait pas senti qu'il y avait l&#224; une question ou que celle-ci ait &#233;t&#233; &#233;lud&#233;e, n'a pas grande importance. L'essentiel c'est le non-dit, le fait d'en demeurer &#224; la condamnation morale qui, sous ses grands airs, ent&#233;rine l'existence du mode de production capitaliste en le consid&#233;rant comme affaire de bonne ou de mauvaise volont&#233; &#224; l'int&#233;rieur de ses propres lois de fonctionnement, celles-ci devenant lois objectives de toute soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans toute soci&#233;t&#233; de classes une cat&#233;gorie sociale d'oisifs et de mangeurs de plus-value est le corollaire du surtravail. A la cr&#233;ation de surtravail d'un c&#244;t&#233;, correspond la cr&#233;ation de non travail de l'autre. Dans une soci&#233;t&#233; de classes, ce ne peut &#234;tre le m&#234;me individu qui cr&#233;e du superflu parce qu'il a satisfait ses besoins &#233;l&#233;mentaires, et dans une soci&#233;t&#233; qui a aboli les classes cette distinction (besoins &#233;l&#233;mentaires / superflu) a disparu. &#8220;L'histoire montre bien plut&#244;t qu'un individu (ou une classe d'individus) est forc&#233; de travailler au-del&#224; de son strict besoin vital, parce que le surtravail se manifeste de l'autre c&#244;t&#233;, comme non travail et surabondance de richesses. La richesse ne se d&#233;veloppe qu'au milieu de ces contradictions : virtuellement, son d&#233;veloppement cr&#233;e la possibilit&#233; d'abolir ces contradictions. (...) Ainsi donc, Malthus est parfaitement cons&#233;quent lorsqu'il revendique, comme corollaire au surtravail et au capital exc&#233;dentaire, l'existence d'une classe d'oisifs et de mangeurs de plus-value, consommant sans produire, d'o&#249; la n&#233;cessit&#233; du gaspillage, du luxe, des prodigalit&#233;s, etc. (Marx, &#8220;Fondements&#8221;, t. 1, p. 357). Condamner cette situation n'avance pas &#224; grand chose si l'on ne montre pas comment, dans le mode de production capitaliste, se pr&#233;pare la situation qui permet et &#8220;oblige le prol&#233;tariat &#224; briser cette mal&#233;diction sociale&#8221;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous touchons l&#224; au probl&#232;me fondamental de la cr&#233;ation de temps libre dans le mode de production capitaliste. L'extorsion &#8220;illimit&#233;e&#8221; de surtravail du c&#244;t&#233; de la classe ouvri&#232;re est la condition de la cr&#233;ation de temps libre pour la science, les arts et la culture, activit&#233;s qui sont par l&#224;, en elles-m&#234;mes, en ce qu'elles sont l'autre c&#244;t&#233; du surtravail, li&#233;es &#224; la soci&#233;t&#233; de classes ; leur contenu id&#233;ologique ne peut qu'&#234;tre celui de la classe dominante parce que ce contenu de classe est leur existence elle-m&#234;me. Si l'on veut critiquer la consommation oisive, ce n'est pas que le luxe qu'il faut avoir dans sa ligne de mire mais aussi les arts et la culture en g&#233;n&#233;ral (pour la science, sortie du cabinet de curiosit&#233;s et devenue, en subsomption r&#233;elle, directement force productive, le probl&#232;me est en partie diff&#233;rent. A un moment du d&#233;veloppement historique, avec le capital, elle sort de la consommation oisive pour s'opposer directement dans le proc&#232;s de production &#224; la classe ouvri&#232;re). On ne peut accepter le surtravail comme licite en tant que condition de l'accumulation et illicite en tant que temps libre pour la production de luxe, mais aussi les arts et la culture. Si l'on accepte la Cin&#233;math&#232;que, il faut accepter Louis Vuitton. La critique morale se garde bien d'aller jusque l&#224; parce qu'en fait elle accepte le surtravail pourvu qu'il soit la base du renouvellement de l'accumulation ; et c'est justement l&#224; le dernier mot de sa critique de la consommation de luxe. Elle demeure une critique morale car donner la v&#233;ritable raison de sa critique, qui en fait lui &#233;chappe, serait dire que l'extorsion de surtravail est l&#233;gitime si elle sert &#224; l'accumulation. La critique r&#233;elle de la production et de la consommation de luxe (mais aussi de tout ce qu'on range sous le nom de culture) ne peut qu'&#234;tre une critique du surtravail. La critique morale s'arr&#234;te avant ce saut mortel, car elle n'est pas une critique de l'exploitation mais une critique des d&#233;rapages possibles de l'exploitation, des d&#233;rapages induits par l'existence du surtravail lui-m&#234;me &#224; un p&#244;le de la soci&#233;t&#233; et du temps libre &#224; l'autre p&#244;le. La consommation de luxe, la croissance de l'in&#233;galit&#233; des richesses tiennent, dans la d&#233;marche ramenant le proc&#232;s de production capitaliste &#224; un proc&#232;s de la production en g&#233;n&#233;ral, le m&#234;me r&#244;le que le capital financier : polariser le &#8220;capitalisme&#8221; sur des d&#233;veloppements consid&#233;r&#233;s comme contingents du mode de production capitaliste, l'enjeu &#233;tant de rendre neutre la production.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On parvient ici &#224; la v&#233;ritable raison de la critique de la consommation de luxe : elle n'est pas comme la consommation ouvri&#232;re une reproduction et un &#233;largissement de la base productive, mais risque de compromettre cet &#233;largissement. C'est en cela qu'elle ne peut jouir du m&#234;me statut d'instrument de &#8220;relance&#8221; que la consommation ouvri&#232;re. Il faut d&#233;cortiquer cette question pour comprendre comment la critique de la production et de la consommation de luxe consiste &#224; ramener le travail productif dans le capital &#224; une forme concr&#232;te particuli&#232;re du travail : celui qui permet l'&#233;largissement de la production. Par l&#224;, &#224; nouveau, c'est la neutralisation (naturalisation) de la production qui est construite. Le travail productif dans le mode de production capitaliste est le travail productif de plus-value et pas seulement le travail qui produit des moyens de production ou des biens de consommation pour la classe ouvri&#232;re. En fait, en tant que travail productif, le travail n'est li&#233; a aucune production concr&#232;te particuli&#232;re. Le ramener &#224; un type de travail particulier, c'est le naturaliser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout le monde conviendra que l'ouvrier d'une usine de tracteurs est un travailleur productif, il produit de la plus-value, il produit des moyens de production . Mais, l'ouvrier de chez Ferrari est-il un travailleur productif ? D'un c&#244;t&#233; il est difficile de nier qu'il produise de la plus-value, d'un autre c&#244;t&#233; il est difficile d'admettre qu'il produise des moyens de production, y compris de production de force de travail. M&#234;me si FIAT a rachet&#233; Ferrari, peu d'ouvriers turinois vont travailler avec un petit cheval cabr&#233; sur leur capot. Si l'on s'en tient &#224; la production de plus-value, l'ouvrier de chez Ferrari qui ne produit pas de moyens de production est tout de m&#234;me un travailleur productif, mais alors on peut &#233;tendre la question en dehors de l'industrie du luxe &#224; celle de l'armement et consid&#233;rer l'ouvrier de chez Matra qui fabrique des Exocets comme un travailleur productif. Pour l'un comme pour l'autre, on peut objecter que le surproduit qu'il produit pour le compte de leur capital particulier est r&#233;alis&#233; comme plus-value en s'&#233;changeant contre de la plus-value produite dans le reste de la soci&#233;t&#233;, mais est-ce que l'on n'est pas ici dans le cas g&#233;n&#233;ral de l'accumulation et de la formation de capital additionnel o&#249; la plus-value s'&#233;change contre de la plus-value ? Ce n'est pas formellement le fait qu'un surproduit soit r&#233;alis&#233; avec de la plus-value produite par ailleurs qui va faire qu'un travail ne soit pas productif. Ce travail a produit un surproduit et finalement de la plus-value, c'est un travail productif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant ni l'Exocet ni la Ferrari ne fonctionneront comme capital additionnel. L'embarras provient de ce que l'on a confondu deux notions tr&#232;s proches : le travail productif et l'accumulation de capital additionnel. &#8220;Du point de vue capitaliste le luxe devient condamnable d&#232;s lors que le proc&#232;s de reproduction - ou son progr&#232;s exig&#233; par la simple progression naturelle de la population - trouve un frein dans l'application &lt;i&gt;disproportionn&#233;e&lt;/i&gt; (soulign&#233; par Marx) de &lt;i&gt;travail productif&lt;/i&gt; (soulign&#233; par nous) &#224; la cr&#233;ation d'articles qui ne servent pas &#224; la reproduction, de sorte qu'il y a reproduction insuffisante des moyens de subsistance et des moyens de production n&#233;cessaires. (...) Il est &#233;vident que si une partie disproportionn&#233;e &#233;tait ainsi consomm&#233;e, aux d&#233;pens des moyens de production et de subsistance qui entrent dans la reproduction, soit des marchandises, soit de la force de travail, le d&#233;veloppement de la richesse en subirait un coup d'arr&#234;t. Cette sorte de travail productif cr&#233;e des valeurs d'usage, se cristallise en des produits destin&#233;s seulement &#224; la consommation improductive et d&#233;pourvus en eux-m&#234;mes de toute valeur d'usage pour le proc&#232;s de production.&#8221; (Marx, &#8220;Sixi&#232;me chapitre&#8221;, Ed. 10/18, p. 235-236).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est cette capacit&#233; &#224; entraver l'accumulation qui est le v&#233;ritable ressort de la critique de la consommation de luxe, ce qui n'est jamais explicit&#233; dans la critique id&#233;ologique courante. Mais le plus important est que, par contre-coup on d&#233;finit le travail productif comme une sorte particuli&#232;re de travail concret et c'est l&#224; le but dernier de l'op&#233;ration, ou plut&#244;t sa cons&#233;quence. Le travail productif est d&#233;pouill&#233; de ses caract&#233;ristiques sp&#233;cifiquement capitalistes, il est le travail qui permet l'essor de la production, l'accumulation de richesses pour la soci&#233;t&#233; d'un point de vue devenu purement physique. De ce point de vue l&#224;, le ch&#244;mage n'a pas de raison d'&#234;tre ; il n'est que le r&#233;sultat d'entraves ext&#233;rieures au proc&#232;s rationnel de la production. Le capitalisme n'est plus d&#233;fini comme un mode de production mais comme une collection d'entraves &#224; la production. Ce proc&#232;s rationnel de la production trouverait son accomplissement dans &#8220;les activit&#233;s sociales utiles&#8221;. Consid&#233;rer l'utilit&#233; comme crit&#232;re des activit&#233;s &#224; l'int&#233;rieur du proc&#232;s de production existant ach&#232;ve de le d&#233;pouiller de toute particularit&#233; historique. La notion d' 'activit&#233; sociale utile' est le pendant de la condamnation de la production et de la consommation de produit de luxe. C'est la m&#234;me d&#233;marche qui est &#224; l'oeuvre : consid&#233;rer la reproduction de la soci&#233;t&#233; actuelle du point de vue de l'utilit&#233; des travaux. La premi&#232;re nuit &#224; la reproduction et &#224; l'accumulation, la seconde la favorise. Elle cr&#233;e des emplois r&#233;mun&#233;r&#233;s (relance de la consommation), am&#233;liore les conditions de reproduction de la force de travail. Le mode de production capitaliste ne refuse pas de consid&#233;rer &#8220;ces fonctions li&#233;es aux relations humaines et sociales (accueil, assistance, aide, formation, pr&#233;vention, etc).&#8221; (AC, op. cit., t. 2, p. 20), comme des activit&#233;s utiles mais comme des activit&#233;s rentables dans la mesure o&#249; elle s'adresseraient &#224; la classe ouvri&#232;re. Ce n'est pas la rentabilit&#233; en elle-m&#234;me de ce type d'activit&#233; qui est en question mais, comme le montre le d&#233;veloppement des entreprises priv&#233;es li&#233;es &#224; la &#8220;s&#233;curit&#233;&#8221;, la solvabilit&#233; ou non du public auxquelles elles sont propos&#233;es. Tant que l'on oppose, du point de vue de l'utilit&#233;, la production de luxe et &#8220;les activit&#233;s sociales&#8221; destin&#233;es &#224; &#8220;humaniser les rapports sociaux&#8221; tout en cherchant les moyens de faire financer par le capital ces activit&#233;s non rentables (imp&#244;t sur la pollution, pr&#233;l&#232;vements obligatoires etc.), on entend conserver le capital et la classe ouvri&#232;re ; mais leur connexion contradictoire ne r&#233;side plus dans l'exploitation qui les renvoie n&#233;cessairement, par la m&#233;diation de la distribution, &#224; des types particuliers de consommation. L'enjeu de leur conflit se situerait au niveau de l'utilit&#233; des activit&#233;s n&#233;cessaires &#224; la reproduction de &lt;i&gt;la soci&#233;t&#233;&lt;/i&gt;. Il faut bien saisir la m&#233;tamorphose de la lutte sur le salaire en une lutte sur la reproduction de la soci&#233;t&#233; qu'introduit la question de &#8220;l'utilit&#233; sociale&#8221;. Dans cette m&#233;tamorphose c'est le caract&#232;re neutre, objectif, a-historique, de la soci&#233;t&#233; capitaliste qui est affirm&#233;. On voudrait d'une part qu'il y ait le capital et la classe ouvri&#232;re et que d'autre part les activit&#233;s de cette soci&#233;t&#233; soient d&#233;termin&#233;es en fonction de leur utilit&#233;. La soci&#233;t&#233; n'est donc pas d&#233;j&#224; la connexion contradictoire entre la classe ouvri&#232;re et le capital, mais quelque chose sur laquelle la classe ouvri&#232;re ou le capital peuvent influer chacun dans son sens en fonction des activit&#233;s qu'ils vont r&#233;ussir &#224; y promouvoir. La soci&#233;t&#233; devient l'articulation, la somme d'activit&#233;s concr&#232;tes, utiles ou inutiles, par rapport au proc&#232;s concret d'une production de richesses ind&#233;termin&#233;e socialement, dont le sujet est finalement, comme le dit AC dans le texte cit&#233;, &#8220;la collectivit&#233; nationale&#8221;. Mais finalement, objet neutre, articulation d'activit&#233;s utiles ou non, n'est-ce pas la fa&#231;on m&#234;me dont la soci&#233;t&#233; appara&#238;t, dans l'ali&#233;nation, comme &#233;trang&#232;re face &#224; ses &#8220;acteurs&#8221; ? {{}}&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Quatri&#232;me solution &lt;/i&gt; : la r&#233;gulation de la concurrence. La concurrence n'est que le mouvement par lequel l'obligation de l'accumulation et la n&#233;cessit&#233; de l'exploitation maximum de la force de travail, c'est-&#224;-dire les lois g&#233;n&#233;rales du capital, s'imposent &#224; chaque capital particulier comme une contrainte ext&#233;rieure. La critique de la concurrence, quand elle n'est pas le simple protectionnisme d'une branche particuli&#232;re du capital social ou d'un capital national, quand elle se veut programme de la classe ouvri&#232;re, transforme le rapport imm&#233;diat de chaque capital &#224; la force de travail qu'il emploie en simple proc&#232;s de la production, la caract&#233;ristique capitaliste de ce rapport &#233;tant ext&#233;rioris&#233;e de fa&#231;on autonome dans la concurrence. Critiquer et r&#233;guler la concurrence ram&#232;nerait le proc&#232;s de production &#224; son caract&#232;re objectif de production de richesses en g&#233;n&#233;ral. &#8220;Lutter contre le ch&#244;mage, en France, aujourd'hui, c'est proposer un volet social aux textes qui r&#233;glementent la concurrence entre &#201;tats, entre entreprises, entre travailleurs. Ceci ne peut r&#233;sulter que d'accords internationaux desquels na&#238;traient &#224; la fois des r&#232;gles sociales applicables dans tous les &#201;tats et des moyens juridiques d'en contr&#244;ler l'application et d'en sanctionner les manquements&#8221; (AC, op. cit., t. 2, p. 22). Cela bien s&#251;r sans affaiblir la comp&#233;titivit&#233; des entreprises, ce qui dans le langage d&#233;mocrate radical se dit &#8220;ne pas affaiblir les capacit&#233;s de production&#8221; (d&#176;, p. 24). A la concurrence sont oppos&#233;es des &#8220;proc&#233;dures&#8221; rationnelles d'utilisation (pas d'exploitation) de la force de travail. Si le capitalisme est autonomis&#233; dans la concurrence, c'est-&#224;-dire &#224; l'ext&#233;rieur du proc&#232;s de production, ce dernier n'est plus que le champ de l'utilisation optimale des facteurs de production.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la construction du proc&#232;s de production capitaliste comme proc&#232;s de production en g&#233;n&#233;ral, strictement mat&#233;riel, d&#233;pouill&#233; de toutes caract&#233;ristiques le sp&#233;cifiant comme proc&#232;s capitaliste de production, caract&#233;ristiques renvoy&#233;es comme contingentes &#224; l'ext&#233;rieur de ce proc&#232;s de production, nous rencontrons la forme la plus simple, la plus &#233;vidente, la plus conforme &#224; la fa&#231;on dont la soci&#233;t&#233; capitaliste se donne imm&#233;diatement &#224; voir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;AC est une des multiples expressions de ce que nous appelons le &lt;i&gt;d&#233;mocratisme radical&lt;/i&gt; . Celui-ci formalise les limites de ce cycle de luttes en ce qu'il met en forme et &#233;l&#232;ve en pratique politique et / ou en d&#233;marche alternativiste la disparition de toute identit&#233; ouvri&#232;re, pour ent&#233;riner l'existence de la classe dans le capital. Sur de telles bases, il ne reste plus qu'&#224; se mettre tout de suite au travail (si l'on ose dire) pour, dans cette soci&#233;t&#233;, 'construire l'alternative'.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;b ) 'Construire l'alternative&#8221; &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce cycle de luttes, la probl&#233;matique et la pratique de l'alternative se pr&#233;sentent aussi bien comme r&#233;volution que comme r&#233;formisme. L'alternative se veut la construction positive, dans la soci&#233;t&#233; capitaliste, du communisme. Nous allons d'abord montrer qu'elle est un mouvement sp&#233;cifique de ce cycle de luttes, puis nous la d&#233;crirons comme pure construction id&#233;ologique, en ce qu'elle ne peut rev&#234;tir aucune forme r&#233;alis&#233;e malgr&#233; le caract&#232;re de possibles r&#233;alisations imm&#233;diates qu'elle se donne et nous en exposerons l'efficience r&#233;elle comme limites particuli&#232;res de la lutte de classe dans ce cycle et comme parti de l'alternative.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Conditions du &#8220; communisme &#8221; et alternative.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans son livre &#8220;Du grand soir &#224; l'alternative&#8221;(Les &#233;ditions ouvri&#232;res), Alain Bihr pr&#233;sente la synth&#232;se la plus achev&#233;e de la strat&#233;gie alternativiste, celle qui nous permettra d'en articuler tous les th&#232;mes que l'on trouve de fa&#231;on &#233;parse et non fond&#233;e th&#233;oriquement dans diverses publications comme &#8220;Alternatives libertaires&#8221;, &#8220;Le Monde Libertaire&#8221;, &#8220;Courant Alternatif&#8221;, &#8220;Cash&#8221;, les textes de la CNT, et m&#234;me dans &#8220;Echanges&#8221;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8220;Jusqu'&#224; pr&#233;sent, anarcho-syndicaliste, l&#233;niniste, conseilliste, etc., les tendances r&#233;volutionnaires du mouvement ouvrier ont v&#233;cu sur le &#8220;&lt;i&gt;mythe&lt;/i&gt;&#8221; &lt;i&gt;du Grand Soir &lt;/i&gt; : celui du renversement du capitalisme en un acte unique et brutal, sorte d'assaut final con&#231;u sous la forme de la prise insurrectionnelle du pouvoir d'&#201;tat et / ou sous celle de la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale, elle aussi insurrectionnelle. C'est avec ce mythe que la strat&#233;gie ici expos&#233;e cherche &#224; rompre : la r&#233;volution prol&#233;tarienne est n&#233;cessairement une oeuvre de longue haleine, qui consiste &#224; s'emparer, dans et contre la soci&#233;t&#233; capitaliste, des &#233;l&#233;ments et des conditions de la construction de la soci&#233;t&#233; communiste, pour en d&#233;velopper toutes les potentialit&#233;s critiques et tirer parti des diff&#233;rentes contradictions internes de l'appropriation capitaliste de la praxis sociale. En effet, dans le processus de son d&#233;veloppement, le capitalisme fait &#233;merger, &#224; titre de potentialit&#233;s entrant en contradiction avec leurs propres pr&#233;suppos&#233;s, les &#233;l&#233;ments de son d&#233;passement en une soci&#233;t&#233; qualitativement sup&#233;rieure.&#8221; (op. cit., p 221). Donnons quelques exemples venant &#224; l'appui de cette th&#232;se. La socialisation capitaliste de la soci&#233;t&#233; cr&#233;e les conditions objectives et subjectives d'une v&#233;ritable communaut&#233; humaine. Dans le travail, il s'agit, en prenant appui sur le degr&#233; &#233;lev&#233; de socialisation des forces productives, de socialiser les rapports de production eux-m&#234;mes, au-del&#224; des limites que leur imposent leurs actuelles formes capitalistes. Hors du travail, c'est la d&#233;mocratie directe (associative et autogestionnaire) qui mettrait fin aux &#8220;divisions et s&#233;gr&#233;gations qui limitent la socialisation capitaliste de la soci&#233;t&#233;.&#8221; (d&#176;, p. 222).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En r&#233;sum&#233; : &#8220;Ainsi, la socialit&#233; fa&#231;onn&#233;e par la reproduction du capital cr&#233;e, l&#224; encore, quoique contradictoirement, les conditions objectives et subjectives de l'&#233;mergence d'une soci&#233;t&#233; communiste. Et la strat&#233;gie du mouvement ouvrier peut notamment s'appuyer sur ces &#233;l&#233;ments de subjectivit&#233;, pour &lt;i&gt;conforter la volont&#233; de r&#233;appropriation des conditions sociales d'existence&lt;/i&gt;, aujourd'hui ali&#233;n&#233;es et r&#233;ifi&#233;es.&#8221; (d&#176;, p. 223).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La probl&#233;matique de l'alternative consid&#232;re le communisme (pour ceux qui en parlent) comme imm&#233;diatement possible &#224; partir de la situation actuelle du mode de production capitaliste, sans p&#233;riode de transition. Sa base, c'est la caducit&#233; du capital. Pour cela, &#8220; parler du communisme &#8221; ou se contenter d'un r&#233;formisme tendanciel ne cr&#233;e pas un clivage discriminant. En effet, la probl&#233;matique de l'alternative consid&#232;re que la loi de la valeur est tendanciellement d&#233;truite par le d&#233;veloppement de l'automatisation qui rend le volume de la richesse ind&#233;pendant de la quantit&#233; de travail vivant employ&#233;e &#224; la produire, elle consid&#232;re &#233;galement que &#8220;la socialisation de la soci&#233;t&#233; &#224; laquelle proc&#232;de le capitalisme cr&#233;e les conditions objectives d'une socialisation du pouvoir politique, impliquant en d&#233;finitive sa dissolution dans l'exercice collectif de la puissance sociale.&#8221; (d&#176;, p. 289). Ainsi, l'id&#233;ologie de &#8220;la construction de l'alternative&#8221; se distingue radicalement du r&#233;formisme &#8220;classique&#8221;, m&#234;me si ensuite, bien souvent, de fa&#231;on formelle, nous le verrons, elle lui ressemble. Il n'y a pas &#224; construire les conditions du communisme, c'est l&#224; pr&#233;cis&#233;ment toute l'originalit&#233; de la pratique et de l'id&#233;ologie alternativistes par rapport au r&#233;formisme classique. Par l&#224;, l'id&#233;ologie alternativiste appartient &#224; ce cycle de luttes. Mais ces conditions seraient d&#233;j&#224; tellement pr&#233;sentes qu'il n'y aurait plus qu'&#224; se servir : &lt;i&gt;elles ne sont pas le niveau d'une contradiction, mais un ensemble de possibilit&#233;s et de pratiques sociales encore enserr&#233;es dans le capitalisme&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On sait que &#8220; Le capital est une contradiction en proc&#232;s : d'une part, il pousse &#224; la r&#233;duction du temps de travail &#224; un minimum, et d'autre part il pose le temps de travail comme la seule source et la seule mesure de la richesse &#8221; (Marx, &#8220; Fondements... &#8221;, Ed. Anthropos, t. 2, p. 222). Mais, il ne s'agit pas de rep&#233;rer, dans la r&#233;alit&#233; imm&#233;diate de nos jours, des &#233;l&#233;ments de confirmation empirique du &#8220;mod&#232;le&#8221; de la caducit&#233; du capital (la tendance r&#233;alis&#233;e). L'&#233;croulement de la production bas&#233;e sur la valeur n'est pas (et ne sera jamais) d&#233;j&#224; vrai &#233;conomiquement, le d&#233;veloppement de l'abstraction ne devient pas r&#233;alit&#233; historique. Ce proc&#232;s contradictoire du capital est sa dynamique m&#234;me comme exploitation, et permet de saisir qu'avec ce contenu la contradiction entre le prol&#233;tariat et le capital est r&#233;volutionnaire en ce qu'elle inclut le d&#233;passement du capital &#224; partir de son propre proc&#232;s contradictoire, que ce d&#233;passement est une n&#233;cessit&#233; de cette contradiction. Il ne s'agit pas d'une projection &#224; venir de la r&#233;alit&#233; ph&#233;nom&#233;nale, c'est une expression des r&#233;alit&#233;s de la contradiction toujours pr&#233;sente. Dans cette contradicttion est pos&#233;e la situation et l'activit&#233; du prol&#233;tariat en ce qu'elle est &#224; m&#234;me d'abolir le capital.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les deux p&#244;les de la contradictions ne s'opposent pas non plus comme un &#233;l&#233;ment positif (la suppression du temps de travail) s'opposerait &#224; un &#233;l&#233;ment n&#233;gatif, une contrainte devenue ext&#233;rieure (la mesure impos&#233;e par le temps de travail). Un tel &#233;tat de fait signifierait que la reproduction du mode de production capitaliste se r&#233;aliserait d&#233;sormais seulement au moyen de la domination ou du commandement, qu'il n'y aurait qu'&#224; renverser la perspective. Et c'est l&#224; pr&#233;cis&#233;ment la d&#233;marche de l'alternative (dans ce qu'elle a de meilleur, mais le pire n'est pas loin).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme toute id&#233;ologie de l'affirmation du prol&#233;tariat, l'alternativisme ne peut fonctionner que sur la s&#233;paration effectu&#233;e entre la lutte des classes et le d&#233;veloppement du mode de production capitaliste. Ce dernier n'est con&#231;u que comme un ensemble de conditions, &#233;voluant vers une situation optimale au regard d'une subjectivit&#233; r&#233;volutionnaire du prol&#233;tariat essentielle et immuable. A partir de l&#224;, il est impossible que le prol&#233;tariat soit lui&#8211;m&#234;me un terme de la contradiction &#224; d&#233;passer, il n'en est que le p&#244;le souffrant et n'a qu'un r&#244;le de 'profiteur' des conditions objectives qu'il m&#232;ne &#224; terme. Si l'on ne sort pas de l'affirmation de la classe, il est impossible de d&#233;passer ce point de vue o&#249; r&#232;gne une dichotomie entre luttes des classes et contradictions &#233;conomiques, dont l'alternativisme, partant d'une caducit&#233; objective du capital comme ensemble de conditions quasi r&#233;alis&#233;es, offre un des ultimes avatars.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La critique de l'alternativisme nous permet de mettre &#224; jour la condition th&#233;orique fondamentale pour sortir d'une probl&#233;matique de la r&#233;volution comme affirmation de la classe ; pour cela il ne s'agit pas de proclamer la n&#233;gation du prol&#233;tariat ou l'abolition du travail. Le d&#233;passement de cette probl&#233;matique commence quand on con&#231;oit th&#233;oriquement l'exploitation, la baisse du taux de profit, le capital comme contradiction en proc&#232;s, comme contradictions entre le prol&#233;tariat et le capital, autant que comme d&#233;veloppement du capital. P&#244;le de la contradiction du mode de production capitaliste, le prol&#233;tariat ne peut que co&#239;ncider dans son existence et sa pratique avec le cours historique de sa contradiction avec le capital en tant qu'exploitation, contradiction qui est elle-m&#234;me le propre d&#233;veloppement du mode de production capitaliste, sa propre objectivit&#233;. Tant que la r&#233;volution se pr&#233;sente comme affirmation du prol&#233;tariat, on ne peut concevoir la contradiction du mode de production capitaliste comme relevant de l'implication r&#233;ciproque entre le capital et le prol&#233;tariat, car alors le d&#233;passement du capital ne pourrait qu'&#234;tre, ipso facto, d&#233;passement du prol&#233;tariat. C'est ainsi que le programmatisme devient un &#233;conomisme. Si la r&#233;volution est affirmation de la classe, il faut n&#233;cessairement que le prol&#233;tariat, faisant la r&#233;volution, r&#233;solve une contradiction du capitalisme dont il ne soit pas un des termes, mais simplement l'ex&#233;cuteur le mieux plac&#233;, afin que le d&#233;passement de cette contradiction, loin d'&#234;tre sa propre disparition, soit son triomphe (m&#234;me transitoire).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La contradiction entre le prol&#233;tariat et le capital est l'exploitation, elle est leur reproduction r&#233;ciproque et porte simultan&#233;ment son d&#233;passement. La contradiction entre le prol&#233;tariat et le capital est le d&#233;veloppement du capital, elle ne rev&#234;t pas au cours de l'histoire des formes diff&#233;rentes parce qu'elle n'est rien d'autre que ces formes qui sont dynamiques de leur propre transformation. La r&#233;volution n'est ni un acte d&#233;clench&#233; par un capital parvenu &#224; terme, ni une action d&#233;j&#224; au&#8211;del&#224; de la crise du capital, ni la r&#233;alisation d'une modalit&#233; de l'&#234;tre du prol&#233;tariat transcendant sa situation de classe de la soci&#233;t&#233;. Elle est le v&#233;ritable aboutissement du rapport contradictoire entre les classes dans le mode de production capitaliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si le capital est le proc&#232;s de production des conditions historiques du communisme, cela ne signifie pas que ce dernier est une transcroissance du capital, car c'est comme capital qu'il est ce proc&#232;s et ce proc&#232;s c'est la contradiction qu'est la lutte des classes. La probl&#233;matique alternativiste s&#233;pare le &#8220;d&#233;veloppement du capital contradictoire &#224; ses pr&#233;suppos&#233;s&#8221; (Bihr), et la classe ouvri&#232;re pouvant mener &#224; terme ce d&#233;veloppement. En r&#233;alit&#233;, le proc&#232;s dans lequel le capital se manifeste dans le mouvement de son abolition et de la cr&#233;ation d'un mode nouveau de la soci&#233;t&#233; n'appara&#238;t comme un simple mouvement tendanciel du capital que parce que ce dernier, se pr&#233;supposant, fait de sa contradiction avec le prol&#233;tariat un rapport &#224; lui-m&#234;me. Ce qui dispara&#238;t dans la probl&#233;matique alternativiste, c'est que ce proc&#232;s est celui de sa contradiction avec le prol&#233;tariat, c'est celui de l'exploitation. Le d&#233;veloppement du capital, c'est cette contradiction produisant les conditions de sa r&#233;solution comme son propre approfondissement. Ainsi le prol&#233;tariat, abolissant le capital et produisant le communisme, ne profite pas d'un d&#233;veloppement du capital lui facilitant la t&#226;che. La signification historique du capital, c'est-&#224;-dire sa caducit&#233;, c'est une contradiction entre les classes qui est devenue la condition de sa propre r&#233;solution comme imm&#233;diatet&#233; sociale de l'individu et non une contradiction interne du capital que la classe ouvri&#232;re r&#233;soudrait &#224; son avantage et presque avec les remerciements de la classe capitaliste. Quand on parle de &#8220;potentialit&#233;s que le capital d&#233;veloppe contre lui m&#234;me&#8221; (&#8220;contradiction en proc&#232;s&#8221; est une formule bien meilleure), on ne parle en fait que du d&#233;veloppement de l'exploitation, c'est-&#224;-dire de quelque chose que le prol&#233;tariat ne peut pas prendre en charge, quelque chose qui n'existe et ne prend forme dans le capital que contre le prol&#233;tariat, quelque chose qui n'existe que de par l'exploitation, quelque chose dont cette derni&#232;re est le seul et unique contenu, la seule et unique dynamique. Caducit&#233; du capital d'un c&#244;t&#233;, affirmation de la classe ouvri&#232;re &#8220;s'emparant de ses conditions d'existence&#8221; de l'autre, tels sont les termes de l'id&#233;ologie alternativiste qui la condamnent, contrairement au r&#233;formisme &#8220;classique&#8221;, &#224; la proclamation de projets qui ne peuvent jamais conna&#238;tre le moindre commencement de r&#233;alisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'agit bien d'une d&#233;marche &lt;i&gt;alternative .&lt;/i&gt; Il y aurait un tronc commun, les conditions objectives et subjectives d&#233;velopp&#233;es par le capital et, &#224; partir de l&#224;, deux possibilit&#233;s (une alternative au sens propre). Soit la &#8220;catastrophe&#8221; capitaliste sur la base de ces conditions, soit leur prise en charge par la classe ouvri&#232;re dans le capital et contre le capital. On a oubli&#233; une seule chose c'est que ces &#8220;conditions&#8221; n'ont pas un &#8220;usage&#8221; capitaliste, mais ne sont telles, n'existent qu'en ce qu'elles impliquent le prol&#233;tariat et l'exploitation du travail. La &#8220;caducit&#233; de la valeur&#8221;, la &#8220;socialisation de la soci&#233;t&#233;&#8221; ne sont pas des conditions objectives et / ou subjectives laiss&#233;es &#224; la disposition du prol&#233;tariat ou de la classe capitaliste, mais une contradiction &lt;i&gt;dans le mode de production capitaliste&lt;/i&gt; entre le prol&#233;tariat et le capital, et n'ont pas d'autre existence que cette contradiction. La caducit&#233; de la valeur, c'est la caducit&#233; &lt;i&gt;capitaliste&lt;/i&gt; de la valeur ; la socialisation de la soci&#233;t&#233; c'est la socialisation &lt;i&gt;capitaliste&lt;/i&gt; de la soci&#233;t&#233; capitaliste. La d&#233;marche alternative ne r&#233;side pas directement dans le fait de consid&#233;rer que l'accumulation du capital d&#233;veloppe des tendances et des potentialit&#233;s objectives contradictoirement &#224; lui, mais dans la fa&#231;on de consid&#233;rer ces &#8220;potentialit&#233;s&#8221; comme des donn&#233;es utilisables par le prol&#233;tariat contre le capital et non comme le contenu m&#234;me du cours contradictoire de l'exploitation et de l'accumulation. Ces &#8220;potentialit&#233;s&#8221; se dressent, par leur nature capitaliste (et non par leur usage capitaliste), contre le prol&#233;tariat et ce n'est qu'ainsi, contre le prol&#233;tariat, qu'elles se constituent. La caducit&#233; de la valeur, la caducit&#233; du salariat, le capital comme contradiction en proc&#232;s, le travailleur social, ne sont pas des conditions ou des d&#233;veloppements du capital contradictoires &#224; ses pr&#233;suppos&#233;s, mais des contradictions de l'accumulation du capital. Il n'y a caducit&#233; de la valeur, du salariat, que parce qu'il y a exploitation et que comme d&#233;veloppement de l'exploitation, c'est l&#224; le cours m&#234;me du capital comme contradiction en proc&#232;s. &#8220;Pour lui, M. Proudhon, toute cat&#233;gorie &#233;conomique a deux c&#244;t&#233;s, l'un bon, l'autre mauvais. (...) Le bon c&#244;t&#233; et le mauvais c&#244;t&#233;, l'avantage et l'inconv&#233;nient, pris ensemble, forment pour M. Proudhon la contradiction dans chaque cat&#233;gorie &#233;conomique. Probl&#232;me &#224; r&#233;soudre : conserver le bon c&#244;t&#233; en &#233;liminant le mauvais c&#244;t&#233;. (...) Ce qui constitue le mouvement dialectique, c'est la coexistence des deux c&#244;t&#233;s contradictoires, leur lutte et leur fusion en une cat&#233;gorie nouvelle. Rien qu'&#224; se poser le probl&#232;me d'&#233;liminer le mauvais c&#244;t&#233;, on coupe court au mouvement dialectique.&#8221; (Marx, &#8220;Mis&#232;re de la philosophie&#8221;, Ed. Sociales, p. 120-122). L'universalit&#233; du capital, c'est l'extraction de surtravail. Elle n'a pas d'autre r&#233;alit&#233; et ne place pas le prol&#233;tariat en position de &#8220;profiter &#8220; de cette universalit&#233;, mais dans une contradiction avec le capital o&#249; il peut l'abolir et communiser la soci&#233;t&#233; dans cette abolition par laquelle il s'abolit lui-m&#234;me. Jusque l&#224;, cette universalit&#233;, ces &#8220;caducit&#233;s&#8221;, se dressent inexorablement face &#224; lui dans le capital comme proc&#232;s et reproduction du rapport d'exploitation et le placent lui-m&#234;me dans toute la mis&#232;re du travail salari&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme il existerait dans la soci&#233;t&#233; capitaliste des tendances objectives et subjectives sur lesquelles le prol&#233;tariat pourrait se fonder, qu'il pourrait prendre en charge et retourner contre le capital, le prol&#233;tariat va pouvoir d&#233;velopper sa puissance &#224; l'int&#233;rieur m&#234;me de la soci&#233;t&#233; capitaliste. Il va construire une contre-soci&#233;t&#233;, alternative &#224; la fa&#231;on capitaliste d'utiliser les m&#234;mes tendances objectives et / ou subjectives. Dans la soci&#233;t&#233; capitaliste un tel mouvement est strictement impossible, mais ce n'est pas l&#224; l'essentiel.{{}}&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#8220;Ma&#238;triser ses conditions d'existence&#8221;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Le parti de l'alternative&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'essentiel c'est que, bien que l'alternative en tant que construction g&#233;n&#233;rale d'une contre-soci&#233;t&#233; soit rigoureusement impossible ou ne donne lieu qu'&#224; des bribes d&#233;risoires, la probl&#233;matique alternativiste se constitue en &#8220;parti de l'alternative&#8221; dont les pratiques imm&#233;diates et le projet de contre-soci&#233;t&#233; formalisent en limites de ce cycle de luttes, ce que celui-ci peut avoir de plus radical. Il ne faut pas consid&#233;rer ce parti comme marginal et insignifiant en se focalisant sur les groupes, r&#233;seaux, etc., qui s'en r&#233;clament expressement. Malgr&#233; les &#8220;divergences&#8221;, les m&#233;tastases sont innombrables en dehors m&#234;me de toute organisation, dans la conscience que de nombreuses luttes ont d'elles-m&#234;mes. C'est la forme la plus partag&#233;e du &#8220;ras l'bol&#8221; quand il devient &#8220;vivre autrement&#8221;. La remise en cause de la classe par elle-m&#234;me, la caducit&#233; du rapport salarial, le capital comme contradiction en proc&#232;s, qui sont &lt;i&gt;maintenant&lt;/i&gt; le contenu de la contradiction entre le prol&#233;tariat et le capital, &lt;i&gt;parce que celle-ci se situe au niveau de la reproduction du rapport entre les classes&lt;/i&gt;, deviennent un proc&#232;s de &#8220;n&#233;gation par lui-m&#234;me du prol&#233;tariat&#8221; au travers de la 'ma&#238;trise de ses conditions d'existence' qu'il ne tiendrait plus du capital mais de lui-m&#234;me. Ce proc&#232;s s'effectue donc &lt;i&gt;dans le mode de production capitaliste&lt;/i&gt;, et se donne comme abolition progressive du capital jusqu'&#224; l'hypoth&#233;tique point de rupture final. L'existence, d&#232;s maintenant, de ce projet global d'une contre-soci&#233;t&#233;, dans laquelle le prol&#233;tariat, ma&#238;trisant ses conditions d'existence, n'est plus le prol&#233;tariat, se l&#233;gitime dans la construction, &#8220;face au capital&#8221;, de ses bases militantes : &#8220;lieux de vie&#8221;, r&#233;seaux, coordinations diverses, organisations militantes, regroupement lobbyistes de cyclistes, d'homosexuels ou d'anti-sp&#233;cistes, syndicats de base et alternatifs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La contradiction avec le capital, parce qu'elle se situe au niveau de la reproduction des classes et qu'elle a pour contenu la caducit&#233; du rapport salarial, devient &lt;i&gt;programme de d&#233;sengagement&lt;/i&gt; contre le capital de la reproduction du prol&#233;tariat qui par l&#224; dispara&#238;t, c'est &#8220; l'exploration d'un autre avenir &#8221; (Texte de pr&#233;sentation du journal &#8220; L'insoumis &#8221;). La lutte de classes de ce cycle se mue alors en un minable et pompeux programme de vie parall&#232;le plus ou moins tol&#233;r&#233;e dans les interstices du mode de production capitaliste et avec les miettes qu'il laisse tomber de la table ou qu'il impute &#224; la reproduction g&#233;n&#233;rale de la force de travail, ou bien, en d&#233;merde plus ou moins individuelle. C'est tout &#224; fait honorable mais on est sorti du sujet. Si la contradiction entre les classes dans ce cycle de luttes, devient ce vaste programme de contre-soci&#233;t&#233;, c'est en passant par une m&#233;diation : le parti de l'alternative. La constitution de ce projet global n'est pas imm&#233;diatement la limite des luttes de ce cycle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La limite premi&#232;re des luttes de ce cycle, c'est que, tant que le capital se reproduit le prol&#233;tariat ne l'a pas aboli et ne trouve dans son rapport contradictoire &#224; lui aucune base pour se constituer en force autonome contre lui, aucune confirmation d'une identit&#233; ouvri&#232;re ou prol&#233;tarienne. La r&#233;sultante, comme limite des luttes, de cette situation, c'est le mythe de la ma&#238;trise de ses conditions d'existence, l'auto-reproduction du prol&#233;tariat qui tendanciellement ne le serait plus. C'est cette limite imm&#233;diate des luttes qui se constitue en &#8220;parti de l'alternative&#8221; et se construit sa propre id&#233;ologie auto-justificatrice, id&#233;ologie qui en retour trouve sa l&#233;gitimit&#233; dans l'existence de ce &#8220;parti&#8221;, &#224; la fois comme existence des &#233;l&#233;ments qui vont promouvoir cette alternative et comme son propre embryon. D'o&#249; la r&#233;f&#233;rence &#224; l'anarcho-syndicalisme, mais on pourrait &#233;galement &#233;voquer le parti social-d&#233;mocrate allemand de la fin du si&#232;cle dernier dans son 'imposante marginalit&#233;', bien s&#251;r c'est moins 'glorieux'. Ce n'est donc pas ce programme qui est premier et constitutif par rapport aux groupes qui le professent, mais leur propre raison d'&#234;tre dans le cycle de luttes actuel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; toute cette critique, on ne peut se contenter d'opposer des positions, comme on opposerait la v&#233;rit&#233; &#224; l'erreur. En ce qui concerne les id&#233;ologies dans la lutte des classes, les notions de v&#233;rit&#233; et d'erreur ne donnent aucun sens aux oppositions. Il n'y a pas d'&#233;nonc&#233; en soi faux (ni vrai). Pourquoi maintenant cette recomposition g&#233;n&#233;rale de la gauche sur la perspective de d&#233;mocratiser la d&#233;mocratie, de gauchifier la gauche ? La restructuration du rapport entre prol&#233;tariat et capital, &#224; l'oeuvre depuis une vingtaine d'ann&#233;es, et que l'on peut consid&#233;rer, pr&#233;cis&#233;ment au vu des luttes actuelles, comme achev&#233;e, a eu comme cons&#233;quence primordiale de supprimer toute identit&#233; ouvri&#232;re confirm&#233;e dans la reproduction du capital. Il en r&#233;sulte pour tout le mouvement ouvrier, jusque-l&#224; expression de cette identit&#233;, une mutation consid&#233;rable. Le mouvement ouvrier n'exprime plus une identit&#233; ouvri&#232;re confirm&#233;e par la reproduction du capital, et pr&#244;nant face au capital sa diff&#233;rence. La mutation et la recomposition &#224; laquelle nous assistons actuellement, et qui n'est pas sp&#233;cifiquement fran&#231;aise, expriment que la classe ouvri&#232;re &#224; l'int&#233;rieur de son implication r&#233;ciproque conflictuelle avec le capital dans le cadre de son autopr&#233;supposition (ce qui fut toujours la substance de ce que l'on appelle &#8220;mouvement ouvrier&#8221;) ne peut plus se rapporter &#224; elle-m&#234;me comme &#224; quelque chose existant pour soi, face au capital. On ne peut plus partir de ce qu'est la classe pour soi face au capital pour d&#233;velopper une nouvelle 'soci&#233;t&#233; des producteurs associ&#233;s'. D'une part, le seul d&#233;passement possible du capital est celui dans lequel la classe s'abolit simultan&#233;ment avec toutes les cat&#233;gories qui la d&#233;finissent : force de travail, &#233;change, salaire, entreprise, division du travail, &#233;tat, nation... D'autre part, dans tous les projets de red&#233;finition du capitalisme en tant que soci&#233;t&#233; salariale (dont le travail et le salaire constitueraient les p&#244;les dominants), ce n'est pas une affirmation de ce qu'est la classe ouvri&#232;re qui constitue le point de d&#233;part de ce projet, c'est ce qu'est le capital ; en cela c'est bien un projet alternatif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'agit d'un projet alternatif au capital tel qu'il est, pour lui opposer ce qu'il devrait &#234;tre, en tant que forme &#233;ternelle de la production, probl&#233;matique d'o&#249; d&#233;coulent toutes les &#8220; d&#233;rives &#8221; th&#233;oriques. Dans son projet m&#234;me, la gauche alternative rend hommage au caract&#232;re ind&#233;passable du capitalisme ; ce qu'elle lui reproche c'est d'&#234;tre &#8220; lib&#233;ral &#8221;, &#8220; mondial &#8221;, &#8220; sp&#233;culatif &#8221;, etc. Ce dont elle r&#234;ve en fait, c'est d'une soci&#233;t&#233; capitaliste apais&#233;e. A la pointe de la formulation de ce r&#234;ve se retrouve bien-s&#251;r, &#224; l'aise, l'intelligentsia de l'exception culturelle qui, en d&#233;fendant &#8220;les valeurs humaines&#8221;, d&#233;fend son gagne-pain, ainsi que les professionnels de l'encadrement social (animateurs, enseignants, directions syndicales...). Le souci que manifeste ce projet c'est celui d'une reproduction de l'implication r&#233;ciproque entre prol&#233;tariat et capital pr&#233;serv&#233;e de ses contradictions et de ses drames, en cela il peut appara&#238;tre comme un d&#233;bouch&#233; politique au syndicalisme. Le citoyen, l'individu abstrait de la communaut&#233; capitaliste r&#233;concili&#233;e, est la formule magique du projet, son ma&#238;tre d'oeuvre, son h&#233;ros. Le processus politique d'une telle d&#233;marche, c'est la d&#233;mocratisation de la d&#233;mocratie, d&#233;finie en tant que forme politique de la prise en compte d'int&#233;r&#234;ts divergents, au sein d'une soci&#233;t&#233; civile s'opposant &#224; l'&#201;tat. C'est la ma&#238;trise de ses conditions d'existence par le prol&#233;tariat qui est le programme minimum du parti de l'alternative dont les activit&#233;s militantes se veulent &#224; la fois le combat pour cette ma&#238;trise et la forme embryonnaire de celle-ci.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est encore Alain Bihr qui pr&#233;sente cette strat&#233;gie du parti de l'alternative de fa&#231;on synth&#233;tique en en distinguant les diverses &#233;tapes : &#8220;La constitution par le prol&#233;tariat d'un contre-pouvoir au niveau de la soci&#233;t&#233; globale est susceptible de s'effectuer en trois &#233;tapes. La &lt;i&gt;premi&#232;re&lt;/i&gt; &#233;tape se caract&#233;rise par des pratiques partielles et locales de contre-pouvoir, dans et hors du travail, prenant appui sur : une autogestion par les travailleurs de leurs luttes, permettant leur auto-organisation progressive en r&#233;seaux autonomes f&#233;d&#233;rant des collectifs de base. (...) Un d&#233;ploiement de &#8220;logiques alternatives&#8221; (contre-projets aux licenciements par exemple, n d a ). La &lt;i&gt;deuxi&#232;me&lt;/i&gt; &#233;tape se caract&#233;rise par la multiplication et la coordination des pratiques pr&#233;c&#233;dentes de contre-pouvoir, par leur extension &#224; plus vaste &#233;chelle (celle de branches enti&#232;res, ou de &#8220;bassins d'emploi&#8221;, de r&#233;gions, voire de nations et de groupes de nations). Le contre-pouvoir prol&#233;tarien s'affirme alors progressivement comme une force sociale et politique au niveau de la soci&#233;t&#233; enti&#232;re, capable non seulement d'imposer &#224; la classe dominante des r&#233;formes &#8220;radicales&#8221; mais encore de rendre cr&#233;dible la perspective d'une &#8220;rupture&#8221; avec le capitalisme, en renversant le rapport de forces en sa faveur.(...) Il se cr&#233;e ainsi progressivement une situation de double pouvoir au sein de la soci&#233;t&#233;. (...) Situation en d&#233;finitive instable et transitoire qui ne peut que d&#233;boucher sur un affrontement entre eux (c'est vraiment dommage, mais les guillemets de la &#8220;rupture&#8221; nous rassurent, n d a ). La &lt;i&gt;troisi&#232;me&lt;/i&gt; &#233;tape est pr&#233;cis&#233;ment le moment de la &#8220;rupture&#8221; r&#233;volutionnaire, moment o&#249; le contre-pouvoir prol&#233;tarien parvient &#224; d&#233;manteler l'appareil d'&#201;tat pour se substituer &#224; lui dans la gestion g&#233;n&#233;rale de la soci&#233;t&#233;. (...) Cette &#8220;rupture&#8221; avec le capitalisme aura &#233;t&#233; pr&#233;par&#233;e par la lente et patiente reconqu&#234;te, par les forces prol&#233;tariennes, de la ma&#238;trise sur leurs conditions sociales d'existence, dans le travail aussi bien que hors du travail...&#8221; (op. cit., p. 228-229).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Concr&#232;tement, les &#233;tapes un et deux, qui ne se diff&#233;rencient qu'au niveau de l'extension des pratiques en question verraient se mettre en oeuvre les mesures et revendications &#8220;cr&#233;dibles&#8221; suivantes : la r&#233;duction du temps de travail qui &#8220;concr&#233;tise l'utopie de la fin du travail&#8221; (d&#176;, p. 191) ; le fait de travailler autrement ; l'autogestion du proc&#232;s de travail par les travailleurs ; le &#8220;revenu social garanti&#8221; qui est un d&#233;p&#233;rissement du salariat ; la gestion des entreprises sur la base du crit&#232;re d'utilit&#233; sociale ; le d&#233;veloppement de plans alternatifs de production ; l'appui de toute nouvelle avanc&#233;e sur le r&#233;seau des entreprises alternatives ; soustraire le plus possible de pratiques sociales &#224; l'emprise de l'Etat ; &#233;tendre la d&#233;mocratie sociale et directe ; desserrer l'&#233;tau de l'ordre capitaliste mondial par une strat&#233;gie de d&#233;connexion des pays &#8220;pauvres&#8221; appliquant &#8220;une loi de la valeur nationale et populaire&#8221; (sic). Enfin au moment de la &#8220;rupture&#8221; : s'attaquer &#224; l'appareil d'Etat c'est le &#8220;d&#233;l&#233;gitimer&#8221;, en jouant sur les limites et les contradictions de la d&#233;mocratie repr&#233;sentative, c'est-&#224;-dire, &#8220;tirer parti de la n&#233;cessit&#233; pour l'Etat d&#233;mocratique de respecter le consensus social, dont notamment tous les principes couramment d&#233;sign&#233;s sous le terme de &#8220;Droits de l'homme&#8221;(...). C'est de ce respect que les Etats d&#233;mocratiques contemporains tiennent leur l&#233;gitimit&#233; de repr&#233;sentant de la soci&#233;t&#233;.&#8221; (d&#176;, p. 232). Sous cette forme de strat&#233;gie g&#233;n&#233;rale c'est simplement pitoyable ou risible. Cela fait bien longtemps que la classe capitaliste &#233;crase chaque r&#233;volte au nom des &#8220; droits de l'homme &#8221;, quant aux entreprises alternatives ou autog&#233;r&#233;es, on sait qu'elles ne peuvent fonctionner (mal) que selon les lois du march&#233; capitaliste (elles n'ont pas d'autres intentions) et sont &#233;limin&#233;es par la concurrence. Le plus important n'est pas dans le plan d'ensemble de Bihr, mais dans le fait que, dans cette classe en lutte mondialement qu'est le prol&#233;tariat, il y a bien peu de luttes qui n'en appellent pas au &#8220; droits de l'homme &#8221;, &#224; l'utilit&#233; sociale de l'entreprise ou du travail qui y est effectu&#233;, &#224; la possible r&#233;organisation de l'activit&#233; productive, &#224; une loi &#8220; radicale &#8221; qui r&#233;soudrait son probl&#232;me, au juste prix du travail, etc. Tout cela est intrins&#232;que &#224; la lutte de classe, mais la lutte de classe n'est pas imm&#233;diatement la communisation de la soci&#233;t&#233;, m&#234;me si la communisation de la soci&#233;t&#233; est lutte de classe. Encore une fois le d&#233;mocratisme radical n'est pas un d&#233;lire r&#233;formiste, il formalise les limites de la lutte de classe, ici le fait m&#234;me d'agir en tant que classe qui est la forme la plus g&#233;n&#233;rale de ces limites, en un projet global de r&#233;organisation sociale alternative.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A chaque &#233;poque historique, les classes qui sont devenues des classes dominantes se sont lib&#233;r&#233;es des conditions ant&#233;rieures en continuant &#224; d&#233;velopper leurs conditions d'existence d&#233;j&#224; pr&#233;sentes et qui leur &#233;taient d&#233;j&#224; donn&#233;es. &#8220;Chez les prol&#233;taires, au contraire, leurs conditions de vie propre, le travail et, de ce fait, toutes les conditions d'existence de la soci&#233;t&#233; actuelle, sont devenus pour eux quelque chose de contingent, sur quoi les prol&#233;taires isol&#233;s ne poss&#232;dent aucun contr&#244;le et sur quoi aucune organisation &lt;i&gt;sociale&lt;/i&gt; ne peut leur en donner.&#8221; (Marx, &#8220;Id&#233;ologie Allemande&#8221;, Ed. sociales, p. 95)&lt;strong&gt;.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;{{}}Si le prol&#233;tariat ne peut faire de la ma&#238;trise de ses conditions d'existence ni le contenu du communisme, ni m&#234;me celui de la r&#233;volution, que celle-ci soit brutale ou progressive ne change rien ; cela tient de fa&#231;on intrins&#232;que &#224; la nature m&#234;me de sa contradiction avec le capital : l'exploitation. Celle-ci d&#233;finit les classes en pr&#233;sence dans un strict rapport d'implication r&#233;ciproque. Elle d&#233;finit ses termes non comme des p&#244;les ayant une nature d&#233;termin&#233;e se modifiant dans l'histoire, agissant par rapport &#224; un mouvement ext&#233;rieur de l'accumulation pos&#233;e comme conditions de leur action, mais elle fait du rapport entre ses termes et de son mouvement &#8220;l'essence&#8221; de ses termes. L'exploitation comme contradiction d&#233;sobjective le cours du capital, en m&#234;me temps qu'elle signifie que le d&#233;passement du capital est pour le prol&#233;tariat sa propre abolition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, le prol&#233;tariat n'est jamais confirm&#233; dans son rapport au capital : l'exploitation est subsomption. C'est le mode m&#234;me selon lequel le travail existe socialement, la valorisation, qui est la contradiction entre le prol&#233;tariat et le capital. D&#233;fini par l'exploitation, le prol&#233;tariat est en contradiction avec l'existence sociale n&#233;cessaire de son travail comme capital, c'est-&#224;-dire valeur autonomis&#233;e et ne le demeurant qu'en se valorisant : &lt;i&gt;la baisse du taux de profit est une contradiction entre les classes&lt;/i&gt;. Le prol&#233;tariat ne trouve jamais sa confirmation dans la reproduction du rapport social dont il est pourtant un p&#244;le n&#233;cessaire. Du rapport d'exploitation lui-m&#234;me, il r&#233;sulte que le prol&#233;tariat est constamment en contradiction avec sa propre d&#233;finition comme classe. Non seulement la n&#233;cessit&#233; de sa reproduction est quelque chose qu'il trouve face &#224; lui repr&#233;sent&#233;e par le capital, mais encore le prol&#233;tariat est en contradiction, non pas avec un mouvement automatique de reproduction du mode de production capitaliste, mais avec une autre classe, le capital est n&#233;cessairement classe capitaliste. Pour le prol&#233;tariat sa propre existence de classe passe par une m&#233;diation, la classe antagonique, et ne peut devenir un rapport &#224; soi imm&#233;diat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ne pouvant permettre de d&#233;finir les classes en dehors de leur implication r&#233;ciproque et du cours historique de leur contradiction (la contradiction est pr&#233;cis&#233;ment ce cours historique), l'exploitation n'en sp&#233;cifie pas moins la place de chacune des classes dans cette implication. C'est toujours le prol&#233;tariat qui est subsum&#233; sous le capital, et la classe capitaliste doit &#224; l'issue de chaque cycle reproduire le face &#224; face du capital et du travail. L'exploitation s'ach&#232;ve en effet dans la transformation jamais acquise de la plus-value en capital additionnel (c'est le capital comme proc&#232;s de son autopr&#233;supposition). La situation m&#234;me du prol&#233;tariat dans la contradiction est l'impossibilit&#233; m&#234;me de donner &#224; sa pratique comme contenu la ma&#238;trise de ses conditions d'existence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec l'exploitation comme contradiction entre les classes, nous tenons leur particularisation comme particularisation de la communaut&#233;, donc comme &#233;tant simultan&#233;ment leur implication r&#233;ciproque. Ce qui signifie que nous tenons : l'impossibilit&#233; de l'affirmation du prol&#233;tariat ; la contradiction entre prol&#233;tariat et capital comme histoire ; la critique de toute nature r&#233;volutionnaire du prol&#233;tariat comme une essence d&#233;finitoire enfouie ou masqu&#233;e par la reproduction d'ensemble (l'autopr&#233;supposition du capital).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A contrario, nous sommes, avec l'alternative, dans une probl&#233;matique o&#249; l'on propose des solutions au prol&#233;tariat. Le programme de l'alternative, quelles que soient ses variantes (elles sont nombreuses et souvent pittoresques), ne 'propose' pas au prol&#233;tariat d'abolir ses conditions d'existence mais de les ma&#238;triser : ma&#238;trise du travail salari&#233;, ma&#238;trise de la valeur, ma&#238;trise des &#233;changes, ma&#238;trise des moyens de production, ma&#238;trise de la sant&#233;, de l'&#233;ducation, des loisirs, de la culture, etc. La ma&#238;trise de ses conditions se pr&#233;sente pour le prol&#233;tariat comme le premier pas vers son abolition. Le prol&#233;tariat ma&#238;trisant ses conditions ne serait plus &#224; terme le prol&#233;tariat. Cette ma&#238;trise devra &#234;tre politique et &#233;conomique. Politique, c'est la d&#233;mocratie directe ; &#233;conomique, c'est l'auto-organisation productive.{{}}&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;De l'Etat &#224; la d&#233;mocratie directe.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A la base de la d&#233;marche alternativiste, il y a une conception &#233;clectique de l'Etat et du mode de production capitaliste, comme rencontre et somme d'int&#233;r&#234;ts divergents, et non totalit&#233; se particularisant. L'Etat est bien le repr&#233;sentant de toute la soci&#233;t&#233;, mais cela n'est pas contradictoire &#224; sa nature de classe, tout au contraire c'est parce qu'il est l'Etat de la classe dominante qu'il est le repr&#233;sentant de toute la soci&#233;t&#233;. Le d&#233;mocratisme radical soit s&#233;pare et oppose ces deux d&#233;terminations, soit consid&#232;re la repr&#233;sentation de toute la soci&#233;t&#233; comme un simple leurre (ne pouvant admettre que le prol&#233;tariat est une classe du mode de production capitaliste). Dans les deux cas, on a pris au pied de la lettre l'id&#233;ologie que la d&#233;mocratie produit sur elle-m&#234;me, pour dire que l'Etat ne la respecte pas. Le mode de production capitaliste, se reproduisant sans cesse, s'autopr&#233;supposant, comme proc&#232;s et reproduction de la contradiction entre le prol&#233;tariat et le capital, appara&#238;t dans sa reproduction comme une suite de &#8220;compromis&#8221; dans lesquels la classe ouvri&#232;re avance les &#233;l&#233;ments de son h&#233;g&#233;monie sur la soci&#233;t&#233; au fur et &#224; mesure o&#249; en fait, dans la subsomption r&#233;elle du travail sous le capital, c'est sa reproduction qui devient un moment de la reproduction propre du capital. De l&#224; d&#233;coule toute la strat&#233;gie revendiqu&#233;e comme d&#233;passant l'opposition entre r&#233;forme et r&#233;volution. Cependant, nous savons que r&#233;ellement l'ordre est inverse : c'est le 'r&#233;formisme', la strat&#233;gie de longue marche &#224; travers le mode de production capitaliste et l'Etat, qui est le vrai point de d&#233;part n&#233;cessaire de la formalisation des limites de ce cycle de luttes que promeut le &#8220;parti de l'alternative&#8221; avec ses conceptions de l'Etat et du capital (lui-m&#234;me l&#233;gitimation de, et autol&#233;gitim&#233; par, le grand projet global de la &#8220;contre-soci&#233;t&#233;&#8221;).{}&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;{}Pour la d&#233;marche alternative, l'Etat n'est pas d'abord un instrument entre les mains de la classe dominante, il est bien s&#251;r le produit de la lutte des classes, mais il est cette partie de la soci&#233;t&#233; qui s'&#233;rige au dessus du reste de la soci&#233;t&#233; pour maintenir l'unit&#233; d'une soci&#233;t&#233; d&#233;chir&#233;e par les conflits de classes. Il est donc surtout la sanction institutionnelle, l'institutionnalisation du rapport de forces qui s'&#233;tablit entre l'ensemble des classes sociales. Si cela appara&#238;t rarement avec cette nettet&#233;, cette compr&#233;hension de l'Etat devient &#233;vidente d&#232;s qu'il s'agit de l'Etat d&#233;mocratique. &#8220;Face &#224; un Etat d&#233;mocratique, une telle implication strat&#233;gique (supplanter l'Etat dans son administration de la vie sociale, jusqu'&#224; la gestion des services publics, n d a ) peut en r&#233;alit&#233; chercher &#224; profiter, tactiquement et provisoirement, de certaines de ses structures, en particulier des pouvoirs locaux et r&#233;gionaux, aptes &#224; soutenir les pratiques alternatives de contre-pouvoir et inversement d'&#234;tre soumis au contr&#244;le de ces derniers. Il est aussi concevable qu'une municipalit&#233;, qu'un syndicat communal (au niveau d'un bassin d'emploi), ou m&#234;me un conseil r&#233;gional, entre les mains de forces politiques progressistes, voire r&#233;volutionnaires, soutienne la r&#233;alisation de contre-plans ouvriers permettant la reconversion d'entreprise ou le d&#233;veloppement des r&#233;seaux d'entreprises alternatives. (...). La gestion du &lt;i&gt;Great London Council&lt;/i&gt; par la gauche travailliste durant la seconde moiti&#233; des ann&#233;es 70, appuyant l'&#233;laboration de contre-plans ouvriers et projetant sur cette base un nouveau sch&#233;ma de d&#233;veloppement industriel pour l'agglom&#233;ration londonienne et sa r&#233;gion, en fournit un exemple.&#8221; (Bihr, op. cit., p. 233). Il faudrait donc admettre que, par des &#233;lections, des forces r&#233;volutionnaires sont arriv&#233;es &#224; la t&#234;te d'un conseil r&#233;gional. De deux choses l'une : soit la situation est telle qu'il y avait autre chose &#224; faire que de se pr&#233;senter aux &#233;lections et que, dans cette situation, ces &#8220; forces r&#233;volutionnaires &#8221; ont jou&#233; la rel&#233;gitimation de l'Etat et de la d&#233;mocratie et non la destruction de l'Etat, soit ces forces r&#233;volutionnaires sont parvenues au pouvoir r&#233;gional en dehors d'une &#8220;p&#233;riode r&#233;volutionnaire&#8221;, et alors soit elles ne sont pas si r&#233;volutionnaires que &#231;a, soit on pr&#233;f&#232;re ne pas savoir de quelle fa&#231;on elles y sont parvenues, ce qui de toute fa&#231;on revient au m&#234;me. Quant au &lt;i&gt;Great London Council &lt;/i&gt;, autant parler du r&#244;le r&#233;volutionnaire des municipalit&#233;s communistes de la d&#233;funte ceinture rouge de Paris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8220;Au demeurant, tant que l'Etat continuera &#224; exercer sa fonction de gestion g&#233;n&#233;rale de la soci&#233;t&#233;, les compromis institutionnels entre les contre-pouvoirs issus des structures et des luttes autog&#233;r&#233;es et l'appareil d'Etat seront in&#233;vitables. C'est pr&#233;cis&#233;ment pour que ces compromis soient aussi avantageux que possible pour le mouvement ouvrier qu'il faut essayer d'investir l'appareil d'Etat, et d'abord ses pouvoirs p&#233;riph&#233;riques, pour en faire autant de remparts pr&#233;servants les acquis des luttes ant&#233;rieures.&#8221; (d&#176;). S'il est rare que les diverses officines alternativistes expriment aussi clairement leur conception de l'Etat en rapport avec leur strat&#233;gie, il est n&#233;anmoins &#233;vident que cette strat&#233;gie ne peut se concevoir qu'avec cette vision de l'Etat. Sans cela, point de salut pour les r&#233;seaux, les coordinations et autres entreprises alternatives, quelque soit le discours radical dont on les enveloppe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suivons par exemple &#8220;Alternative libertaire&#8221; dans un de ses tracts de la lutte des ch&#244;meurs et pr&#233;caires (il s'agit du tract intitul&#233; : &#8220;Redistribuons les richesses, construisons l'alternative&#8221;, distribu&#233; pour appeler &#224; la manifestation du 13 mars 98 lors de la lutte des ch&#244;meurs). &#8220;La force du mouvement des ch&#244;meurs est dans sa radicalit&#233;. Il pose la question des choix de Soci&#233;t&#233; : pourquoi l'argent qu'il est possible de d&#233;bloquer pour sauver le Cr&#233;dit Lyonnais ne serait pas disponible pour relever les minima sociaux ? qui doit d&#233;cider comment seront utilis&#233;es les cotisations sociales ?&#8221;. Sous ces interrogations, il y a une conception de l'Etat susceptible d'&#234;tre le lieu d'arbitrage d'int&#233;r&#234;ts sociaux divergents. Poursuivons : &#8220;pour redistribuer la richesse, il n'y a pas 36 solutions. Il faut imposer une refonte de la fiscalit&#233; (taxation des revenus financiers).&#8221;, idem. &#8220;Cela exige &#233;galement une remise en cause de la hi&#233;rarchisation des t&#226;ches et donc des salaires, des luttes mettant en avant le contr&#244;le de l'outil de production et de la gestion des services publics, des luttes visant &#224; obtenir la transparence sur les salaires et la r&#233;partition de la masse salariale.&#8221; Ici se trouvent r&#233;unies les conceptions &#233;clectiques de l'Etat et du capital : les cat&#233;gories qui d&#233;finissent soit l'action de l'Etat, soit les rapports de production capitalistes, sont des cat&#233;gories susceptibles d'&#234;tre des lieux de compromis, de &#8220;devenir transparentes&#8221; c'est-&#224;-dire d'&#234;tre prises en charge, contr&#244;l&#233;es par le prol&#233;tariat. Enfin, cette conception de l'Etat devient &#233;vidente dans la strat&#233;gie propos&#233;e : &#8220;La &#8220;gauche plurielle&#8221; au pouvoir n'entend pas remettre en cause les m&#233;canismes capitalistes responsables de la situation, elle continue - malgr&#233; ses promesses - la politique men&#233;e par ses pr&#233;d&#233;cesseurs (...) Il n'y a donc rien &#224; attendre d'elle &lt;i&gt;sinon ce que nous lui imposerons. Aussi il faut amplifier la mobilisation&lt;/i&gt;...&#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tract du groupe Reflex - SCALP intitul&#233; : &#8220;Bouffons du riche&#8221;, appelant &#224; la manifestation du 7 mars 98 : &#8220;La reconstitution de lieux conviviaux o&#249; se retissent les liens n&#233;cessaires entre les individus est indispensable pour passer de la survie &#224; la vie, pour recr&#233;er une identit&#233; collective forte afin de reprendre le combat vers la reconqu&#234;te de &lt;i&gt;droits nouveaux &lt;/i&gt;(soulign&#233; par nous). (...) &lt;i&gt;Construire des contre-pouvoirs citoyens... &lt;/i&gt;(idem).&#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Organisation Communiste Libertaire (OCL : revue &#8220;Courant Alternatif&#8221;), sans y participer, n'est pas non plus insensible aux d&#233;bouch&#233;s &#233;lectoraux dont elle juge la plus ou moins grande pertinence &#224; l'issue de la lutte des ch&#244;meurs. A propos des &#233;lections r&#233;gionales de 98 dans la r&#233;gion Limousin : &#8220;N'ayant le soutien que d'une tendance du PCF, et un discours humaniste manquant de clart&#233;, la liste &lt;i&gt;Mouvement de r&#233;sistance des ch&#244;meurs et pr&#233;caires&lt;/i&gt; n'obtient que 1,32 % des voix. C'est nettement moins que les listes d'extr&#232;me gauche &#224; discours plus politique (A gauche vite ! : 2,58 %, et LO : 4,45 %)&#8221;. (&#8220;Courant Alternatif&#8221;, Avril 98).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Laissons maintenant la parole &#224; un grand sp&#233;cialiste international de la construction de l'alternative : Daniel Cohn-Bendit. Il est utile de pr&#233;ciser que les citations qui suivent de D. Cohn-Bendit dans la revue IRL (&lt;i&gt;Informations et r&#233;flexion Libertaires&lt;/i&gt;, ex &lt;i&gt;Informations Rassembl&#233;es &#224; Lyon&lt;/i&gt;), sont extraites du livre de Domenico Pucciarelli dit &lt;i&gt;Mimmo&lt;/i&gt; sur &#8220;Les exp&#233;riences collectives de la Croix-Rousse entre 1975 et 1995&#8221;, dont le titre est &#8220;Le r&#234;ve au quotidien&#8221; (ed &#8220;Atelier de Cr&#233;ation Libertaire&#8221;). L'auteur, lui-m&#234;me participant et animateur d'un grand nombre d'activit&#233;s alternatives lyonnaises, pr&#233;sente le cas de D. Cohn-Bendit &#8220;comme exemplaire&#8221; : &#8220;Aujourd'hui, il est d&#233;put&#233; europ&#233;en des Verts allemands et adjoint au maire de Francfort, charg&#233; de l'int&#233;gration. Dans une interview qu'il donna au journal IRL, lors de la pr&#233;sentation du livre &lt;i&gt;Ils vivent autrement &lt;/i&gt;, il expliqua pourquoi il s'&#233;tait investi dans ces pratiques : &#8220;Pour moi, c'est une approche pragmatique de la situation inextricable du militantisme traditionnel qui n'est pas vivable &lt;i&gt;ad infinitum&lt;/i&gt; et que toutes les perspectives politiques traditionnelles, dites r&#233;volutionnaires, n'ont pas de prise dans la soci&#233;t&#233; actuelle pour un tas de raisons qui sont li&#233;es &#224; la soci&#233;t&#233; et aux id&#233;ologies r&#233;volutionnaires. Face &#224; cette situation, je crois effectivement que lier une pratique de vie quotidienne et une pratique de militantisme politique, permet de d&#233;velopper quelque chose de nouveau et, en &#231;a, je crois que c'est un ferment qui est une critique radicale de la soci&#233;t&#233; post industrielle dans laquelle on vit.&#8221; (op. cit., p. 34-35). Fermer le ban.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans &#8220;l'Etat et la R&#233;volution&#8221;, L&#233;nine, en bon th&#233;oricien du programmatisme classique, caract&#233;rise parfaitement cette conception &#233;clectique de l'Etat : &#8220;D'une part les id&#233;ologues bourgeois et surtout petits-bourgeois, oblig&#233;s sous la pression de faits historiques incontestables de reconna&#238;tre que l'Etat n'existe que l&#224; o&#249; existent les contradictions de classes et la lutte des classes, &#8220;corrigent&#8221; Marx de telle sorte que l'Etat appara&#238;t comme un organe de &lt;i&gt;conciliation&lt;/i&gt; des classes. Selon Marx, l'Etat ne pourrait ni surgir, ni se maintenir, si la conciliation des classes &#233;tait possible. Selon les professeurs et publicistes petits-bourgeois et philistins - qui se r&#233;f&#233;rent abondamment et complaisamment &#224; Marx - l'Etat a pr&#233;cis&#233;ment pour r&#244;le de concilier les classes. Selon Marx, l'Etat est un organisme de domination de classe, un organisme d'oppression d'une classe par une autre ; c'est la cr&#233;ation d'un ordre qui l&#233;galise et affermit cette oppression en mod&#233;rant les conflits des classes . Selon l'opinion des politiciens petits-bourgeois, l'ordre est pr&#233;cis&#233;ment la conciliation des classes, et non l'oppression d'une classe par une autre ; mod&#233;rer le conflit, c'est concilier, et non retirer certains moyens et proc&#233;d&#233;s de combat aux classes opprim&#233;es en lutte pour le renversement des oppresseurs.&#8221; (&#8220;L'Etat et la R&#233;volution&#8221;, Ed. Soc., t. 25, p. 419). Dans la conception sous-jacente &#224; la strat&#233;gie de l'alternative, l'Etat est toujours double : un repr&#233;sentant de l'ensemble de la soci&#233;t&#233; et un organisme de domination de classe. Ne pouvant, du fait m&#234;me de leurs pratiques, et non du fait d'une erreur d'analyse, poser l'identit&#233; totale entre ces deux aspects, l'un n'allant pas sans l'autre, il se cr&#233;erait entre ces deux versants de l'Etat un interstice possible, une br&#232;che, o&#249; l'on pourrait agir. L&#233;nine, toujours, d&#233;monte cette &#8220;dualit&#233;&#8221; : &#8220;La soci&#233;t&#233; ant&#233;rieure, &#233;voluant dans des oppositions de classes, avait besoin de l'Etat, c'est-&#224;-dire dans chaque cas, d'une organisation de la classe exploiteuse pour maintenir ses conditions de production ext&#233;rieures, donc surtout pour maintenir par la force la classe exploit&#233;e dans les conditions d'oppression donn&#233;es par le mode de production existant (esclavage, servage, salariat). L'Etat &#233;tait le repr&#233;sentant officiel de toute la soci&#233;t&#233;, sa synth&#232;se en un corps visible, mais cela, il ne l'&#233;tait que dans la mesure o&#249; il &#233;tait l'Etat de la classe qui, pour son temps, repr&#233;sentait elle-m&#234;me toute la soci&#233;t&#233;.&#8221; (d&#176;, p. 428). L'Etat repr&#233;sente toute la soci&#233;t&#233; dans la mesure m&#234;me et parce qu'il est l'Etat de la classe dominante. La conception bifide de l'Etat, n&#233;cessairement, mais souvent implicitement, incluse dans la strat&#233;gie alternative le pose comme un objet neutre en soi, ballot&#233; au gr&#233; des rapports de forces entre les classes et seulement ainsi exprimant la soci&#233;t&#233; dans son ensemble. Bien s&#251;r, la classe dominante serait avantag&#233;e dans l'Etat, elle en fait donc son Etat. Dans cette neutralit&#233; conf&#233;r&#233;e &#224; l'Etat, g&#238;t &#233;galement une conception instrumentaliste de l'Etat. L'Etat, comme Etat de la classe capitaliste, repr&#233;sente l'ensemble de la soci&#233;t&#233;. Le processus qui fait que la classe dominante peut faire passer ses int&#233;r&#234;ts de classe particuli&#232;re pour les int&#233;r&#234;ts de l'ensemble de la soci&#233;t&#233; ne rel&#232;ve pas de la mystification id&#233;ologique, ni de la propagande, m&#234;me s'il peut inclure et fournir la base de l'une et l'autre. Le capital subsume sous lui le travail, de telle sorte que, &#224; l'issue de chaque cycle, toutes les conditions de la reproduction se retrouvent dans le capital face au prol&#233;tariat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Etat, en tant qu'organisme ext&#233;rieur &#224; la soci&#233;t&#233; qui devient alors soci&#233;t&#233; civile, ne se d&#233;veloppe pleinement qu'avec la bourgeoisie et le mode de production capitaliste. L'activit&#233; sociale des individus est ind&#233;pendante d'eux, c'est leur propre manifestation d'eux-m&#234;mes en tant qu'individus sociaux qui leur fait face, ce qui signifie que la soci&#233;t&#233; se divise en classes, et donc que l'Etat, en tant que repr&#233;sentation de la communaut&#233;, &#8220;ext&#233;rieure&#8221; &#224; elle, est l'Etat de la classe dominante. Non seulement comme instrument de la domination, mais surtout en tant qu'ext&#233;riorit&#233;, repr&#233;sentation de la soci&#233;t&#233;, il est un Etat de classe. On pourrait m&#234;me dire que le premier aspect n'est qu'une d&#233;termination du second. C'est en se construisant dans son ext&#233;riorit&#233; &#224; la soci&#233;t&#233; qu'il est Etat de classe, et n&#233;cessairement de la classe &#233;conomiquement dominante . Sa forme est d'autant plus g&#233;n&#233;rale, universelle, que son int&#233;r&#234;t est particulier. L'Etat est d'autant plus repr&#233;sentatif de la soci&#233;t&#233; qu'il est le pouvoir exclusif de la bourgeoisie. Il est le lieu o&#249; les contradictions de la soci&#233;t&#233; capitaliste se repr&#233;sentent &#224; elle-m&#234;me comme n'ayant de sens qu'&#224; l'int&#233;rieur du p&#244;le qui subsume l'ensemble de la soci&#233;t&#233; : &#8220;toutes les luttes &#224; l'int&#233;rieur de l'Etat, la lutte entre la d&#233;mocratie, l'aristocratie et la monarchie, la lutte pour le droit de vote, etc...ne sont que des formes illusoires sous lesquelles sont men&#233;es les luttes effectives des diff&#233;rentes classes enre elles.&#8221; (Marx, &#8220;L'id&#233;ologie Allemande&#8221;, Ed. Soc., p. 62). Le citoyen, en &#233;tant le formalisme &#233;galitaire du capital en chair et en os, m&#232;ne toute lutte comme membre &#224; part enti&#232;re de la communaut&#233; ext&#233;rioris&#233;e. De par sa gen&#232;se, quoi qu'il fasse, l'action du citoyen renforce l'Etat comme ext&#233;riorit&#233; et Etat de classe. La nature de ce proc&#232;s d'ext&#233;riorisation r&#233;side dans la nature m&#234;me du capital. D'abord parce que le capital lib&#232;re l'Etat de toutes ses entraves : religions, &#233;tats, privil&#232;ges... Mais on ne peut en rester l&#224;, ce ne serait que poser les conditions de l'ext&#233;riorisation et non le mouvement lui-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mouvement lui-m&#234;me r&#233;side dans le fait que le capital d&#233;double sans cesse les individus et les classes elles-m&#234;mes. Les individus en individus particuliers (membres d'une classe, particularisation de la totalit&#233;) d'une part, et citoyen (petite monade isol&#233;e) d'autre part. &#8220;La sph&#232;re de la circulation des marchandises, o&#249; s'accomplissent la v&#233;rit&#233; et l'achat de la force de travail, est en r&#233;alit&#233; un v&#233;ritable Eden des droits naturels de l'homme et du citoyen. Ce qui y r&#232;gne seul, c'est Libert&#233;, Egalit&#233;, Propri&#233;t&#233; et Bentham. Libert&#233; ! car ni l'acheteur ni le vendeur d'une marchandise n'agissent par contrainte, au contraire, ils ne sont d&#233;termin&#233;s que par leur libre arbitre. Ils passent contrat ensemble en qualit&#233; de personnes libres et poss&#233;dant les m&#234;mes droits. Le contrat est le libre produit dans lequel leurs volont&#233;s se donnent une expression juridique commune. Egalit&#233; ! car ils n'entrent en rapport l'un avec l'autre qu'&#224; titre de possesseurs de marchandise, et ils &#233;changent &#233;quivalent contre &#233;quivalent. Propri&#233;t&#233; ! car chacun ne dispose que de ce qui lui appartient. Bentham ! car pour chacun d'eux il ne s'agit que de lui-m&#234;me. La seule force qui les mette en pr&#233;sence et en rapport est celle de leur &#233;go&#239;sme, de leur profit particulier, de leurs int&#233;r&#234;ts priv&#233;s. Chacun ne pense qu'&#224; lui, personne ne s'inqui&#232;te de l'autre, et c'est pr&#233;cis&#233;ment pour cela qu'en vertu d'une harmonie pr&#233;&#233;tablie des choses, ou sous les auspices d'une providence toute ing&#233;nieuse, travaillant chacun pour soi, chacun chez soi, ils travaillent du m&#234;me coup &#224; l'utilit&#233; g&#233;n&#233;rale, &#224; l'int&#233;r&#234;t commun ' (Marx, &#8220;Le Capital&#8221;, t. 1, p. 178-179). Le proc&#232;s ne s'arr&#234;te pas l&#224;, la g&#233;n&#233;ralisation abstraite du citoyen est formellement d&#233;pass&#233;e et reprise dans le f&#233;tichisme sp&#233;cifique du capital. &#8220; Dans la formule capital-profit, ou mieux, capital-int&#233;r&#234;t, terre-rente fonci&#232;re, travail-salaire, dans cette trinit&#233; &#233;conomique qui veut &#233;tablir la connexion interne entre les &#233;l&#233;ments de valeur et de richesse et leurs sources, la mystification du mode capitaliste de production, la r&#233;ification des rapports sociaux, l'imbrication imm&#233;diate des rapports de production mat&#233;riels avec leur d&#233;termination historico-sociale se trouvent accomplies ; et c'est le monde enchant&#233; et invers&#233;, le monde &#224; l'envers o&#249; monsieur le Capital et madame la Terre, &#224; la fois caract&#232;res sociaux, mais en m&#234;me temps simples choses, dansent leur ronde fantomatique. &#8221; (d&#176;, t. 8, p. 207). Avec le f&#233;tichisme sp&#233;cifique du capital, la citoyennet&#233; exprime les formes r&#233;ifi&#233;es des rapports de production. Non seulement les individus se sont d&#233;doubl&#233;s, mais encore ils se sont d&#233;doubl&#233;s en tant que membres d'une classe. Et leur conflit de classe se &#8220;r&#233;glera&#8221; dans leur vie de citoyen, c'est-&#224;-dire dans le cadre de l'autopr&#233;supposition du capital. Le f&#233;tichisme du capital englobe et surpasse celui de la marchandise, sur lequel trop souvent on se contente de fonder la figure du citoyen.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;'L'Etat &#233;tant donc la forme par laquelle les individus d'une classe dominante font valoir leurs int&#233;r&#234;ts communs et dans laquelle se r&#233;sume toute la soci&#233;t&#233; civile d'une &#233;poque, il s'ensuit que toutes les institutions communes passent par l'interm&#233;diaire de l'Etat et re&#231;oivent une forme politique. De l&#224; l'illusion que la loi repose sur la volont&#233; et, qui mieux est, sur la volont&#233; libre d&#233;tach&#233;e de sa base concr&#232;te' (Marx, &#8220;L'id&#233;ologie Allemande, Ed. Soc., p. 106). Malgr&#233; une d&#233;finition ant&#233;rieure (p. 104) selon laquelle la soci&#233;t&#233; civile est l'ensemble des rapports mat&#233;riels, rapports de production et d'&#233;changes, il est remarquable de voir que tous les d&#233;veloppements et approches donn&#233;s par Marx de la soci&#233;t&#233; civile sont toujours en rapport avec l'Etat (ce qui n'est pas le cas quand il est directement question des rapports de production). La soci&#233;t&#233; civile est la forme n&#233;cessaire que prennent les rapports de classes en ce qu'ils impliquent l'existence de l'Etat qui s'en s&#233;pare et est une abstraction par rapport &#224; eux (cf ' La question juive ' - le rapport homme / citoyen). La soci&#233;t&#233; civile est le mouvement de retour de l'Etat sur les rapports de classes qui le n&#233;cessitent. Les rapports de classes du mode de production capitaliste, en produisant l'Etat moderne, libre et d&#233;mocratique (s&#233;par&#233; de la communaut&#233;) se d&#233;finissent simultan&#233;ment comme soci&#233;t&#233; civile. C'est l'accession des rapports de classes au spiritualisme de l'Etat, c'est l'existence m&#234;me de la soci&#233;t&#233; civile, sa seule existence, celle de son rapport &#224; l'Etat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans l'Etat, la vie politique cherche &#224; &#233;touffer ses conditions primordiales, les rapports de classes, pour s'&#233;riger en communaut&#233; v&#233;ritable et absolue de l'Homme. Mais elle ne peut atteindre ce but qu'en se mettant en contradiction violente avec ses propres conditions d'existence, cette contradiction est sans issue, sans dynamique, c'est une suite d'apories. Elle se r&#233;soud dans un antagonisme li&#233; entre soci&#233;t&#233; civile et Etat, qui sont un moment l'un de l'autre, antagonisme n&#233;cessaire mais sans perspective, sans d&#233;passement possible ou &#233;limination de l'autre. Les rapports de production capitalistes, en n&#233;cessitant 'l'Etat libre', se produisent simultan&#233;ment comme soci&#233;t&#233; civile. Le f&#233;tichisme du capital qui s'enracine dans son autopr&#233;supposition engendre la politique comme dualit&#233;, comme rapport interne de deux p&#244;les : l'Etat et la soci&#233;t&#233; civile. C'est pourtant cette opposition qui, dans la strat&#233;gie alternative, devient centrale en tant que prise en charge de la soci&#233;t&#233; par elle-m&#234;me et d&#233;l&#233;gitimisation de l'Etat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;'La base naturelle de l'Etat antique, c'&#233;tait l'esclavage ; celle de l'Etat moderne, c'est la soci&#233;t&#233; bourgeoise, l'homme de la soci&#233;t&#233; bourgeoise, c'est-&#224;-dire l'homme ind&#233;pendant, qui n'est rattach&#233; &#224; autrui que par le lien de l'int&#233;r&#234;t priv&#233; et de la n&#233;cessit&#233; naturelle, dont il n'a pas conscience, l'esclavage du travail int&#233;ress&#233;, de son propre besoin &#233;go&#239;ste et du besoin &#233;go&#239;ste d'autrui. L'Etat moderne, dont c'est la base naturelle, l'a reconnue comme telle dans la proclamation universelle des droits de l'homme. Et ces droits, il ne les a pas cr&#233;&#233;s. Produit de la soci&#233;t&#233; bourgeoise pouss&#233;e, par sa propre &#233;volution, &#224; d&#233;passer les anciennes entraves politiques, il ne faisait que reconna&#238;tre quant &#224; lui sa propre origine et son propre fondement en proclamant les droits de l'homme.' (Marx, &#8220;La sainte Famille&#8221;, Ed. so.c, p. 139). Soci&#233;t&#233; bourgeoise (ou soci&#233;t&#233; civile, les deux termes sont synonymes chez Marx qui va jusqu'&#224; dire, dans &#8220;l'Id&#233;ologie Allemande&#8221;, qu'il n'y a pas de soci&#233;t&#233; civile avant le mode capitaliste de production) et Etat sont les deux p&#244;les d'une m&#234;me totalit&#233; : la politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut repartir du f&#233;tichisme sp&#233;cifique du capital : f&#233;tichisme des &#233;l&#233;ments d'un proc&#232;s de production qui en r&#233;alit&#233; forme un tout, f&#233;tichisme qui est atomisation, mais atomisation de rapports de classes (premier niveau de totalit&#233; qui n'est jamais perdu mais transform&#233; / d&#233;pass&#233; : la soci&#233;t&#233; civile) et qui plus est, de classes qui n'existent que dans leur connexion interne (deuxi&#232;me niveau : l'Etat). La politique est l'unit&#233;, l'unit&#233; de cette atomisation, parce que cette atomisation est elle-m&#234;me n&#233;cessit&#233;e par des rapports de classes formant une totalit&#233;, elle est donc n&#233;cessairement soci&#233;t&#233; civile et l'unit&#233; de cette soci&#233;t&#233; civile face &#224; elle-m&#234;me : l'Etat. Elle est double et est elle-m&#234;me la relation des deux termes de cette dualit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La revendication de plus de libert&#233;, de plus d'&#233;galit&#233;, est le mouvement naturel de la soci&#233;t&#233; civile face &#224; l'Etat, mouvement par lequel ce dernier existe et se renforce comme unit&#233; ind&#233;pendante et autonome. Plus la libert&#233; et l'&#233;galit&#233; triomphent dans la soci&#233;t&#233; bourgeoise, plus cela signifie que les lois propres &#224; la reproduction d'ensemble de la soci&#233;t&#233; s'autonomisent par rapport &#224; cette soci&#233;t&#233; bourgeoise, plus cela nourrit l'existence de l'Etat qui n'existe que dans cette opposition. C'est par l&#224; &#233;galement que l'Etat est n&#233;cessairement Etat de classe. C'est par nature qu'il est un instrument aux mains de la classe dominante. De l'exp&#233;rience de la Commune, Marx d&#233;duit que le prol&#233;tarriat ne peut utiliser &#224; son profit l'Etat, mais doit le d&#233;truire. Cependant, il ne nous dit pas pourquoi il en est ainsi, pourquoi &#8220; spontan&#233;ment &#8221; le prol&#233;tariat parisien a &#233;t&#233; conduit &#224; agir ainsi. Si l'Etat est un instrument, c'est qu'il est l'unit&#233; d'un rapport de classes qui appelle sa propre reproduction (autopr&#233;supposition), par l&#224; cette unit&#233; existe non comme unit&#233; des classes en tant que telles, mais unit&#233; de leur propre existence r&#233;ifi&#233;e sous la double figure de l'individu ind&#233;pendant, isol&#233;, et de son appartenance &#224; la communaut&#233;. Cette appartenance passe pour la classe domin&#233;e par sa d&#233;finition dans le p&#244;le de cette communaut&#233; qui subsume l'autre et dans lequel se trouvent pos&#233;es les conditions m&#234;me du renouvellement de cette communaut&#233; : le capital. Au travers de ce mouvement, ce dernier s'affirme comme la substance de la totalit&#233;, c'est l'ach&#232;vement du f&#233;tichisme du capital. Et c'est fondamentalement la coh&#233;sion de l'Etat qui est maintenue du fait de celle de la soci&#233;t&#233; civile et non l'inverse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le fondement de l'Etat dans la vie civile est d'autant plus solide qu'il existe un d&#233;veloppement sans entraves de la soci&#233;t&#233; civile, ce qui est la raison d'&#234;tre et le projet constant de la politique, pour laquelle le d&#233;veloppement sans entraves de la vie civile est corollairement le renforcement de l'Etat, m&#234;me si cela ne se passe qu'au travers de leur opposition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8220;D&#233;velopper des contre-pouvoirs au sein de la soci&#233;t&#233; capitaliste, voire un contre-pouvoir global alternatif au pouvoir du capital et de l'Etat, r&#233;pond parfaitement aux potentialit&#233;s r&#233;volutionnaires contenues dans les contradictions de la soci&#233;t&#233; capitaliste. D'une part, cette strat&#233;gie peut tirer partie des tendances &#224; la socialisation de la puissance sociale que le capitalisme d&#233;veloppe contradictoirement &#224; la concentration et &#224; la monopolisation de cette m&#234;me puisssance.&#8221; (Bihr, op. cit., p. 227). Nous venons de voir que son opposition &#224; la soci&#233;t&#233; civile, comme libert&#233; par rapport &#224; l'Etat, &#233;tait, avec la soci&#233;t&#233; capitaliste, dans la nature m&#234;me de l'Etat. Un rapport de forces dans la lutte des classes ne se refl&#232;te pas, ne se transpose pas homoth&#233;tiquement dans l'Etat. Celui-ci n'est pas un objet neutre en soi que la soci&#233;t&#233; se donne pour r&#233;gler ses conflits, il en est une repr&#233;sentation, une ali&#233;nation. Plac&#233; &#8220;en apparence en dehors de la soci&#233;t&#233;&#8221;, il est en cela m&#234;me le corr&#233;lat de la parcellisation des individus et du f&#233;tichisme propre du capital, qui sont le contenu m&#234;me de ce proc&#233;s d'ext&#233;riorisation de l'Etat avec son corr&#233;lat : la constitution de la &#8220;libert&#233;&#8221; de la soci&#233;t&#233; civile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La forme d&#233;mocratique de l'Etat est bien s&#251;r la forme n&#233;cessaire au d&#233;veloppement de la strat&#233;gie alternative, non seulement parce qu'elle permet le libre d&#233;veloppement de la soci&#233;t&#233; civile, non seulement parce qu'elle est l'instrument n&#233;cessaire de cette strat&#233;gie, mais encore parce que la d&#233;mocratie, comme forme de l'Etat, est d&#233;j&#224;, dans son contenu, ad&#233;quate au projet alternatif. Elle est la forme de l'Etat qui 'permet de mettre l'Etat en contradiction avec lui-m&#234;me', ce qui est, nous venons de le voir, la d&#233;finition m&#234;me de la politique. Non seulement la d&#233;marche alternative ne sait pas ce qu'est l'Etat (ne peut pas le savoir sans se nier elle-m&#234;me), mais encore elle ne fonctionne qu'en opposant, &#224; la d&#233;mocratie r&#233;ellement existante, le discours que la d&#233;mocratie produit sur elle-m&#234;me. La strat&#233;gie alternative, en tant que processus n&#233;cessairement inscrit dans la soci&#233;t&#233; civile et la d&#233;mocratie, ne conna&#238;t plus de &#8220;rupture&#8221;, son projet se confond avec son proc&#232;s. Par l&#224;, comme on le verra plus loin quand elle sort du discours - et elle ne peut rester dans le discours - dans ses quelques exp&#233;rimentations et en tant que parti de l'alternative, elle ent&#233;rine, dans ses propres activit&#233;s, le march&#233; et l'Etat dont elle voudrait se lib&#233;rer, c'est-&#224;-dire finalement la soci&#233;t&#233; capitaliste. &#8220;Claude Amara, chanteur de rue, &#8220;vierge&#8221; de tout engagement, r&#233;cuse l'&#233;tiquette &#8220;d'extr&#234;me gauche&#8221; pour le mouvement 'Droits Devant' qu'il dirige. &lt;i&gt;Notre optique n'est pas de b&#226;tir une gauche de la gauche mais de servir de contre-pouvoir de la soci&#233;t&#233; civile&lt;/i&gt;, explique-t-il, tout en admettant que les militants de la LCR ou de SUD sont &lt;i&gt;des partenaires privil&#233;gi&#233;s&lt;/i&gt;. (...) En fait cette n&#233;buleuse radicale fonctionne de mani&#232;re autonome. Depuis les gr&#232;ves de 1995, elle cherche &#224; s'organiser. D'abord, avec le lancement de &#8220;l'Appel des sans&#8221; contre l'exclusion. Ensuite, avec la cr&#233;ation de la 'Maison des ensembles', dans un immeuble parisien. Enfin, avec la publication, pendant la campagne l&#233;gislative du printemps 97, d'une adresse au PS intitul&#233;e &lt;i&gt;Nous sommes la gauche&lt;/i&gt;. (...) Finis les grands projets de transformation sociale qui scandaient les ann&#233;es 70. &lt;i&gt;Les Associations se sont fix&#233;s des cibles d&#233;mocratiques dans la soci&#233;t&#233;&lt;/i&gt;, explique Jean-Pierre Anselme, militant d'AC. &lt;i&gt;S'ils font pour l'instant du lobbying, ces mouvements ne sont pas cat&#233;goriels : ils inventent de la politique&lt;/i&gt;, juge Daniel Bensa&#239;d, universitaire et cofondateur de la LCR. &lt;i&gt;Ils rassemblent des gens &#224; la recherche d'une nouvelle radicalit&#233; qui ont appris la d&#233;mocratie directe&lt;/i&gt;. &lt;i&gt;L'ensemble du syst&#232;me institutionnel - partis, syndicats, etc. - et l'id&#233;e m&#234;me d'&#233;lections sont en crise, &lt;/i&gt;ajoute Jean-Pierre Anselme.&lt;i&gt; Le mouvement social est porteur d'une autre dynamique, un projet d&#233;mocratique total dont il tire son invincibilit&#233;&lt;/i&gt;.&#8221; (&#8220;Lib&#233;ration&#8221;, 20 janvier 98).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;{}Il est dans l'essence de la d&#233;mocratie de se pr&#233;senter comme une forme d'Etat en devenir. Elle appara&#238;t comme le perp&#233;tuel mouvement de la mise en &#233;quilibre des divers &#233;l&#233;ments de la soci&#233;t&#233; civile et de remise en cause de cet &#233;quilibre. Si elle ne se pr&#233;sente jamais tout &#224; fait comme Etat de classe, c'est qu'en elle ce n'est pas simplement l'existence et l'action quotidienne de l'Etat qui la d&#233;terminent comme Etat de classe, mais ses sujets : les individus isol&#233;s de l'&#233;change recompos&#233;s selon les lignes de forces du f&#233;tichisme du capital. En cela la d&#233;mocratie veut appara&#238;tre simplement comme une forme, mais c'est au moment m&#234;me o&#249; elle se donne comme 'forme neutre' qu'elle r&#233;v&#232;le le plus cr&#251;ment son contenu de classe au travers de la d&#233;finition totalitaire de ses sujets par le mode de production capitaliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pr&#233;gnance de la d&#233;marche alternativiste oblige &#224; dissiper &#224; nouveau toutes les illusions de la d&#233;mocratie. Aucun Etat ne prend en compte, m&#234;me partiellement, les int&#233;r&#234;ts du prol&#233;tariat, mais exclusivement ceux du capital. Aucun Etat n'offre de bases pour assurer au prol&#233;tariat des &#8220;compromis favorables&#8221; dans sa longue marche dans la d&#233;mocratie. L'Etat peut parfois reculer dans un rapport de forces favorable &#224; la classe ouvri&#232;re, pour reprendre, s'il le peut, le plus rapidement possible le terrain perdu. Le rapport de forces n'est jamais institutionnalis&#233;. Cce qui l'est, conform&#233;ment &#224; ce qu'est l'Etat, ce sont les nouvelles formes de reproduction du capital qui peuvent surgir de ces violentes phases d'affrontement. Mais, tant que l'on a l'Etat et le capital, il s'agit toujours d'une nouvelle forme d'int&#233;gration de la reproduction de la force de travail, d'un nouveau contr&#244;le de la classe ouvri&#232;re, m&#234;me si c'est &#8220;l'Etat-providence&#8221;. L'erreur consiste &#224; consid&#233;rer ce qui est int&#233;gration ou contr&#244;le comme des concessions, une prise en compte des int&#233;r&#234;ts du prol&#233;tariat. C'est simplement le cours historique du capital qui est celui d'une contradiction entre des classes et non celui d'un noyau dur du capitalisme, le vrai capitalisme pur et dur et ne pensant qu'&#224; lui, grignot&#233; par les concessions arrach&#233;es par la classe ouvri&#232;re. Le capital ne peut pas ne pas tenir compte du cours de la lutte de classe, simplement parce qu'il n'est rien d'autre, mais tant qu'il se reproduit il en est le r&#233;sultat et subsume sous lui l'ensemble de la contradiction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Prenons la grande r&#233;forme du XX&#176;s : le Welfare. Malgr&#233; la r&#233;sistance de nombre de capitalistes individuels, il faut consid&#233;rer que le syst&#232;me de protection sociale &#233;tait devenu une n&#233;cessit&#233; pour la reproduction du capital ; il &#233;tait d&#233;fendu par une bonne partie du monde politique bien au-del&#224; de la gauche. De Gaulle, Keynes ou lord Beveridge n'&#233;taient tout de m&#234;me pas des r&#233;volutionnaires. C'est &#224; la suite de ses r&#233;flexions sur la r&#233;volution russe que Keynes commence &#224; formaliser th&#233;oriquement le salaire consid&#233;r&#233; comme investissement du point de vue du capital (et non simplement comme d&#233;pense), et la n&#233;cessit&#233; d'une certaine garantie de revenus. Quoiqu'il en co&#251;t&#226;t aux capitalistes, il fallait int&#233;grer la reproduction de la classe ouvri&#232;re dans un monde purement marchand et capitaliste. Cela est une n&#233;cessit&#233; &#224; partir du moment o&#249; l'extraction de plus value-relative, c'est-&#224;-dire la baisse de la valeur de la force de travail par l'augmentation de la productivit&#233; dans la branche des biens de consommation, dor&#233;navant soumise au capital, est devenue dominante. La domination de l'extraction de plus-value relative n'est pas un simple processus technique d'augmentation de la productivit&#233;. Elle implique le bouleversement de toutes les combinaisons sociales, car elle n'est rien d'autre que l'int&#233;gration de la reproduction de la force de travail dans le cycle propre du capital. On ne pouvait plus se contenter de compter sur le retour des ouvriers &#224; la campagne en cas de ch&#244;mage g&#233;n&#233;ralis&#233; comme cela avait &#233;t&#233; encore le cas en France dans les ann&#233;es 30 (cf Robert Salais : &#8220;L'invention du ch&#244;mage&#8221;), ni sur la famille, ni sur la charit&#233; publique. De nos jours, le mort de faim ou de froid, est un mort sp&#233;cifiquement capitaliste ; il peut donc mourir avec le consentement et la b&#233;n&#233;diction de ses ma&#238;tres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il en est de m&#234;me du fameux &#8220;compromis fordiste&#8221;. Ce fut tout simplement l'ach&#232;vement de l'instauration de la subsomption r&#233;elle du travail sous le capital, c'est-&#224;-dire de son accumulation sur la base de la plus-value relative. Ce ne fut pas un compromis, mais une contrainte pour le capital, devant int&#233;grer la reproduction de la force de travail, de passer par le cadre national o&#249; pouvait se faire cette int&#233;gration dans les conditions historiques de l'apr&#232;s premi&#232;re guerre mondiale. Quant aux services publics, ils ne contrebalanc&#232;rent jamais les lois du march&#233;. Ils les accompagn&#232;rent, permirent leur essor et y furent globalement toujours soumis. Apr&#233;s l'instauration du Welfare, ou les subventions aux associations alternatives lyonnaises de la Croix-Rousse, l'Etat est tout autant, exclusivement, l'Etat du capital et de l'esclavage salari&#233;, qu'apr&#233;s les mesures anti-gr&#232;ve de Thatcher.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi le capital est-il si attach&#233; &#224; la d&#233;mocratie (je parle de la d&#233;mocratie existante et non du r&#234;ve d'elle-m&#234;me qu'elle produit sans cesse) ? Parce que justement c'est la forme politique et sociale la plus libre, la plus dynamique, de sa vie en tant que proc&#232;s r&#233;volutionnant constamment ses conditions d'existence. Ce n'est que lorsque la lutte de classe le menace qu'il abandonne la forme d&#233;mocratique, c'est un moment de crise de sa reproduction. Tous les Etats actuels, aussi d&#233;mocratiques qu'ils soient, ont la possibilit&#233; constitutionnelle de se muer du jour au lendemain en Etats dictatoriaux (et m&#234;me si cette possibilit&#233; n'&#233;tait pas inscrite dans la constitution, cela ne changerait pas grand chose &#224; leur rapidit&#233; de mutation).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que ce soit le fascisme historique des ann&#233;es 20 et 30 ou les dictatures militaires &#224; la Pinochet, l'&#233;tablissement de &#8220;l'Etat fort&#8221; est toujours pr&#233;par&#233; par la d&#233;mocratie, par son personnel politique et sa bureaucratie qui maintient la continuit&#233; de l'Etat de la classe capitaliste, comme Papon en France ou Carlo Schmid en Allemagne (conseiller juridique du gouverneur allemand &#224; Lille pendant la deuxi&#232;me guerre mondiale, coauteur de la constitution allemande apr&#232;s 45, vice-pr&#233;sident du Bundestag, ambassadeur particulier de Willy Brandt, &#8220;grand visionnaire de l'Europe&#8221; selon Jacques Delors). Le nouveau pouvoir peut m&#234;me souvent s'offrir le luxe d'arriver au pouvoir &#224; la suite d'&#233;lections ni plus ni moins &#8220;truqu&#233;es&#8221; que les autres. Cependant la droite bourgeoise ou la social-d&#233;mocratie aura assur&#233; auparavant la d&#233;faite ouvri&#232;re ou m&#234;me l'&#233;crasement sanglant de la r&#233;volution. En devenant &#8220;Etat fort&#8221;, l'Etat du capital ne sort pas de sa d&#233;finition g&#233;n&#233;rale. La reproduction g&#233;n&#233;rale du capital, la transformation, qui ne va jamais de soi, de la plus-value en capital additionnel, qui fondent l'Etat, il est de son ressort, si besoin est, d'en modifier violemment les conditions. Les &#8220;Etats forts&#8221; appara&#238;ssent dans des p&#233;riodes de profondes mutations du syst&#232;me capitaliste : le passage &#224; une phase de monopoles dans la section 1 des biens de production dans un syst&#232;me qui ne s'est pas encore empar&#233; de la section 2 : Napol&#233;on III et Bismarck ; le passage de la subsomption formelle &#224; la domination r&#233;elle : l'&#233;poque classique des fascismes ; la modification du cycle mondial du capital : la vague militaire en Am&#233;rique du Sud ou en Asie de l'Est. Ils appara&#238;ssent dans des aires o&#249; la mutation &#224; accomplir est d'une telle ampleur par rapport aux capacit&#233;s du capital national qu'elle s'effectue de fa&#231;on scl&#233;ros&#233;e, formelle. Korsch a raison de dire que fondamentalement la politique &#233;conomique du nazisme et du New-Deal sont identiques, mais quelle diff&#233;rence de vitalit&#233; entre les deux au profit des Etats-Unis (idem pour l'Angleterre &#224; la fin du 19&#176;s.) ! &#8220;L'Etat fort&#8221; est un Etat capitaliste faible. A un niveau caricatural, en 68, il a fallu qu'un banquier n&#233;gocie &#224; la place d'un militaire obsol&#232;te. Pour accomplir la restructuration n&#233;cessaire, 'l'Etat fort' institutionnalise l'&#233;crasement du mouvement ouvrier qui a eu lieu dans la p&#233;riode de crise de la reproduction ouvrant la phase de restructuration, &lt;i&gt;&#233;crasement le plus souvent accompli avant son instauration&lt;/i&gt;. Cette institutionnalisation de l'&#233;crasement du mouvement ouvrier est le crit&#232;re distinctif d'avec la d&#233;mocratie, c'est la tache sp&#233;cifique de &#8220;l'Etat fort&#8221;, mais, en m&#234;me temps, elle manifeste la faiblesse et l'inach&#232;vement de la restructuration qui, en tant que restructuration du rapport entre prol&#233;tariat et capital, doit s'effectuer dans l'implication conflictuelle de ces termes, qui est la vie m&#234;me du capital.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette distinction ne peut justifier la d&#233;fense de la d&#233;mocratie, ni quand &#8220;l'Etat fort&#8221; la &#8220;menace&#8221;, ni lorsqu'elle a &#233;t&#233; &#233;limin&#233;e. Avant que &#8220;l'Etat fort&#8221; ne s'installe, c'est l'Etat d&#233;mocratique du capital qui se charge de la r&#233;pression directe de la lutte de classe, avec, selon les n&#233;cessit&#233;s, &lt;i&gt;tous les moyens&lt;/i&gt; &#224; sa disposition. Dans cette r&#233;pression, le mouvement ouvrier (partis, syndicats) joue son r&#244;le, comme on a pu le voir dans toutes les p&#233;riodes de crises sociales un tant soit peu vives, et m&#234;me dans chaque conflit un peu dur. Face &#224; une lutte de classe tendant &#224; remettre en cause les conditions de la reproduction du capital, le mouvement ouvrier est l'expression institutionnelle du fait que la classe part toujours, m&#234;me dans une situation o&#249; elle la remet en question, de son implication r&#233;ciproque avec le capital. Il est l'expression de cette conflictualit&#233; que le capital subsume sans cesse. En cela, il n'est pas un agent de l'ennemi, une 'cinqui&#232;me colonne' &#224; l'int&#233;rieur de la classe ouvri&#232;re, mais une d&#233;termination propre de sa situation, que le prol&#233;tariat, dans sa lutte, trouve dress&#233;e face &#224; lui et qu'il affronte en affrontant le capital. D&#233;termination de la situation m&#234;me du prol&#233;tariat dans le mode de production capitaliste, le mouvement ouvrier a une signification et une activit&#233; sp&#233;cifiques, consistant &#224; participer &#224; la reproduction de cette implication r&#233;ciproque conflictuelle qui le d&#233;finit, et &#224; la d&#233;fendre. C'est en cela qu'il peut se retrouver lamin&#233; dans le cours de la lutte de classe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne s'agit pas alors de savoir si le prol&#233;tariat a ou non &#224; d&#233;fendre la d&#233;mocratie, les formes du mouvement ouvrier ou ses acquis. Quand la question pourrait se poser, c'est sa propre lutte qui est elle-m&#234;me en train de se heurter aux fonctions de ce mouvement ouvrier, et c'est cette lutte qui est en train de produire la distinction entre d&#233;mocratie et &#8220;Etat fort&#8221; (la question ne se pose pas n'importe quand). Il ne peut &#234;tre alors question de savoir si le prol&#233;tariat doit d&#233;fendre la d&#233;mocratie contre la &#8220;menace&#8221; du fascisme. Quand r&#233;ellement cette situation de &#8220;menace&#8221; est pr&#233;sente, soit le prol&#233;tariat sort d'une phase violente de lutte contre le capital et son Etat d&#233;mocratique, ou m&#234;me y est engag&#233;, soit il vient d'&#234;tre &#233;cras&#233; par lui. Si l'on pose donc la question sur un autre plan que moral, g&#233;n&#233;ral, abstrait, elle n'a pas de sens. Tout au plus, cette d&#233;fense de la d&#233;mocratie contre la &#8220;menace&#8221; fasciste, pourrait ne viser qu'&#224; sauvegarder l'acquis : lois sociales, constitution d&#233;mocratique, etc. Mais, d'une part, au niveau des lois sociales, &#8220;l'Etat fort&#8221;, de Bismarck &#224; Franco, soutient facilement la comparaison avec les Etats d&#233;mocratiques. Quant &#224; la constitution d&#233;mocratique, en g&#233;n&#233;ral, quand le fascisme menace, les ouvriers viennent d'en faire une exp&#233;rience am&#232;re. D'autre part, il n'est pas question pour les organisations ouvri&#232;res elles-m&#234;mes, que dans cette lutte des &#8220;actions irresponsables&#8221; compromettent ces acquis. De cette fa&#231;on c'est l'acquis lui-m&#234;me qui est perdu. Non seulement donc, l'antifascisme, comme d&#233;fense de la d&#233;mocratie, lorsque le fascisme menace, n'a gu&#232;re de sens, vues les conditions historiques de cette menace, mais, en plus, dans ce que cet antifascisme peut proposer se trouve d&#233;j&#224; son &#233;chec. Il faudrait tout de m&#234;me essayer de comprendre pourquoi l'antifascisme a toujours &#233;chou&#233;, avant de le mettre &#224; toutes les sauces. Toujours &#233;chou&#233; &#224; &#233;viter le fascisme, toujours r&#233;ussi &#224; &#234;tre le compl&#233;ment moral de l'&#233;crasement de la lutte de classe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une fois &#8220;l'Etat fort&#8221; ou le fascisme install&#233;s, la lutte des classes ne dispara&#238;t pas parce que les formes &#8220;autonomes&#8221;, ou plut&#244;t institutionnelles, du mouvement ouvrier sont poursuivies, r&#233;prim&#233;es, supprim&#233;es. Dans cette situation, la lutte du prol&#233;tariat est-elle une lutte pour la restauration d'un r&#233;gime politique d&#233;mocratique ? Non. Les ouvriers polonais en 70, 76, 80, les ouvriers argentins, les ouvriers du b&#226;timent grecs en 73, les ouvriers espagnols &#224; la fin du franquisme, luttent pour des revendications imm&#233;diates, pour leurs propres int&#233;r&#234;ts de classe. Quand, de par la nature de l'adversaire qu'elle affronte, la lutte du prol&#233;tariat inclut la restauration de la d&#233;mocratie, ceci se pose imm&#233;diatement comme une limite de sa lutte et se retourne contre lui. C'est le passage en Pologne en 80, des comit&#233;s de gr&#232;ves &#224; la fondation de Solidarit&#233;, dirig&#233; par une taupe de l'archev&#234;ch&#233;, entour&#233;e par un groupe d'experts issus du m&#234;me s&#233;rail que les bureaucrates qui se trouvaient en face. Solidarit&#233; dont on a vu ensuite l'&#233;volution dominante. Il est vrai que, pour les d&#233;mocrates radicaux, la d&#233;mocratie existante n'est jamais la bonne. Il y a une &#233;trange obstination &#224; vouloir appeler antifasciste la lutte du prol&#233;tariat contre le capital, lorsque l'Etat de celui-ci est fasciste (tout comme s'obstinent d'autres &#224; vouloir l'appeler antid&#233;mocratique dans le cas inverse). Quand les ouvriers de Barcelone et Madrid, en juillet 36, se lancent &#224; l'assaut des casernes, le mouvement est bien impuls&#233; par le putsch de Franco, mais ces ouvriers qui, depuis des mois, bien avant la victoire du front populaire m&#232;nent de puissantes luttes, sont-ils pour autant antifascistes ? Le gouvernement r&#233;publicain qui aussit&#244;t les encadre, cherche &#224; les d&#233;sarmer et combat (avec l'appui de la CNT) les aspects r&#233;volutionnaires des collectivisations, ne s'y est pas tromp&#233;. Et le Front Populaire en France qui se retourne rapidement contre les luttes ouvri&#232;res 'qu'il faut savoir arr&#234;ter' (et qu'il n'avait en aucune fa&#231;on impuls&#233;es), et fait tirer sur les ouvriers, ne s'y est pas tromp&#233; non plus, pr&#233;parant l'union nationale et pr&#233;cipitant (assez mal, il faut le reconna&#238;tre) la classe ouvri&#232;re dans la guerre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toutes les formes d'Etat ne sont pas &#233;quivalentes. Mais pour le d&#233;mocrate, de cette constatation &#233;vidente, on doit passer &#224; une probl&#233;matique abstraite du choix et non &#224; une compr&#233;hension historique de la lutte de classe. Il est &#233;vident qu'en p&#233;riode de calme social relatif, tout le monde pr&#233;f&#232;re pouvoir aller rousp&#233;ter dans son association favorite, distribuer son tract, faire signer sa p&#233;tition, sans se retrouver dans un cul-de-basse-fosse. En p&#233;riode de luttes de classes intenses, tous les r&#233;gimes tendent &#224; se ressembler, car c'est justement la situation &#224; l'origine de &#8220;l'Etat fort&#8221;. La question de la diff&#233;renciation des r&#233;gimes politiques ne peut se poser en termes de choix ou de hi&#233;rarchisation. &lt;i&gt;De toute fa&#231;on nous n'avons pas le choix.&lt;/i&gt; L'approfondissement de la lutte de classe contre le capital est la seule lutte qui vaille contre la &#8220;menace&#8221; de &#8220;l'Etat fort&#8221;, mais elle en est simultan&#233;ment la condition m&#234;me d'apparition. La lutte contre le capital, une fois &#8220;l'Etat fort&#8221; &#233;tabli, est la seule lutte qui vaille contre cet Etat. Elle peut par l&#224;-m&#234;me trouver sa limite et &#233;chouer dans la restauration de la d&#233;mocratie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la strat&#233;gie alternativiste, l'aboutissement &#8220;communiste&#8221;, comme &#8220;accomplissement de la d&#233;mocratie&#8221;, r&#233;sulte d'un processus graduel d'approfondissement de la d&#233;mocratie existante en d&#233;mocratie directe. Cette conception est en passe de se structurer et de recomposer un nouveau visage du r&#233;formisme (bien que le terme puisse &#234;tre impropre ici en ce que mouvement et but se confondent). C'est le parti de l'alternative, parti diffus, mais r&#233;ellement existant. Il semblerait bien que, sur ce th&#232;me de la d&#233;mocratisation de la d&#233;mocratie, se recompose la gauche. Cela entra&#238;ne que la critique d'une telle conception est d&#233;licate. Si on se contente de montrer qu'elle est fausse, qu'elle ne fait qu'ent&#233;riner la soci&#233;t&#233; capitaliste, on manque en partie le but (en la traitant comme une erreur th&#233;orique) ; il faut simultan&#233;ment montrer qu'elle est une r&#233;alit&#233; efficiente du rapport actuel entre les classes et mener la critique en cons&#233;quence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De fa&#231;on g&#233;n&#233;rale, les d&#233;mocrates r&#234;vent toujours la d&#233;mocratie comme forme politique ind&#233;pendante en soi du mode de production capitaliste dont elle est pourtant partie int&#233;grante. Ce serait une forme neutre, seulement travers&#233;e par cette soci&#233;t&#233;, une argile mall&#233;able. On la r&#234;ve sans corruption, sans grandes entreprises, sans exclusions, sans classes, sans capital, sans &#8220;ma&#238;tres du monde&#8221; etc. (se reporter &#224; la collection du &#8220;Monde Diplomatique&#8221;). Le capital emp&#234;cherait la d&#233;mocratie de se d&#233;ployer dans son essence v&#233;ritable mais les contradictions entre les principes de la d&#233;mocratie et la r&#233;alit&#233; de la soci&#233;t&#233; bourgeoise sont exclusivement des contradictions internes de l'Etat d&#233;mocratique. De cette base abstraite de la d&#233;mocratie, c'est-&#224;-dire l'autonomisation de ses principes (autonomisation qui est la religion d'elle-m&#234;me que la d&#233;mocratie produit comme Raison, Universalit&#233;, Egalit&#233;...), tous les d&#233;mocrates en font le principe d'ach&#232;vement de l'histoire. A partir de sa propre nature id&#233;ale, la d&#233;mocratie serait amen&#233;e &#224; d&#233;passer le mode de production capitaliste. Balivernes ! Cette conception de la d&#233;mocratie et de ses principes est le fondement id&#233;ologique d'une vision du proc&#233;s de la &#8220;r&#233;volution&#8221; comme devant &#234;tre la prise en charge par le prol&#233;tariat de ses conditions d'existence ; ce qui ne saurait &#234;tre autre chose que l'exigence de la vraie d&#233;mocratie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque dans le N&#176; 70 (D&#233;cembre 95-Janvier 96) de &#8220;A Contre Courant&#8221; (dont Bihr est l'animateur), on lit dans l'&#233;ditorial : &#8220;...tous ensemble, par la gr&#232;ve et la manifestation, nous &#233;tions capables de nous faire entendre et d'imposer la prise en compte de nos int&#233;r&#234;ts&#8221;, qu'est ce que cela signifie ? Sinon que le prol&#233;tariat pourrait faire valoir ses int&#233;r&#234;ts dans le cadre de la d&#233;mocratie r&#233;ellement existante et du mode de production capitaliste. L'Etat recule, fait des concessions, mais il ne 'prend pas en compte nos int&#233;r&#234;ts'. Cette acceptation de la d&#233;mocratie est toujours contrainte &#224; un moment ou &#224; un autre de descendre de son pi&#233;destal pour devenir une acceptation de l'Etat actuel. Dans la strat&#233;gie alternativiste, la d&#233;mocratie vraie (directe, etc.) est la forme naturelle que peuvent d&#232;s maintenant rev&#234;tir les rapports entre 'les individus ma&#238;trisant leurs conditions d'existence'. La ma&#238;trise de ses conditions d'existence par le prol&#233;tariat, qui par l&#224; se supprimerait en tant que tel, repose sur deux &#233;l&#233;ments : la d&#233;mocratie vraie comme forme n&#233;cessaire de la ma&#238;trise ; les conditions du communisme, en tant que &lt;i&gt;donn&#233;es objectives r&#233;alis&#233;es dans le capital&lt;/i&gt;, comme fondement de cette ma&#238;trise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Du capital comme contr&#244;le et domination &#224; &#8220;produire autrement&#8221;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons vu que les &#8220;conditions du communisme&#8221;, consid&#233;r&#233;es comme un acquis objectif &#224; l'int&#233;rieur du mode de production capitaliste, constituaient le coeur de l'id&#233;ologie alternativiste, lorsque celle-ci se voulait rupture d'avec cette soci&#233;t&#233; et non simple am&#233;nagement. Le mode de production capitaliste, tout comme l'Etat dans son rapport &#224; la soci&#233;t&#233; civile, est donc scind&#233; entre sa production des conditions objectives du communisme et &lt;i&gt;l'usage&lt;/i&gt; que le capital fait de ces conditions. N'&#233;tant plus en ad&#233;quation avec ce qu'il a lui-m&#234;me cr&#233;&#233;, le capital deviendrait simplement domination et contrainte. L'exploitation c&#232;de alors la place &#224; l'ali&#233;nation. On se trouve dans une situation somme toute assez simple : &#224; la base, des conditions objectives du communisme et, au dessus, deux &#8220;utilisations&#8221; possibles de ces conditions. Si d'un c&#244;t&#233; le capital ne se maintient que comme domination, contrainte, ali&#233;nation, de l'autre bien s&#251;r ce sera la d&#233;mocratie, la ma&#238;trise de ses conditions d'existence, qui seront l'autre terme de l'alternative. &#8220;Momentan&#233;ment&#8221; les deux peuvent subsister c&#244;te &#224; c&#244;te puisqu'ils ne sont qu'utilisations diff&#233;rentes de la m&#234;me base objective, m&#234;me s'il s'agit d'une coexistence pas forc&#233;ment pacifique. Tel est le secret, dans l'id&#233;ologie alternativiste, d'une soci&#233;t&#233; qui se reproduirait, contenant en son sein deux types de production et finalement deux prol&#233;tariats avec peut-&#234;tre m&#234;me des individus ayant un pied de chaque c&#244;t&#233;. Entre les deux s'&#233;tirerait toute une s&#233;rie de cas interm&#233;diaires o&#249; le prol&#233;tariat ne contr&#244;lerait pas totalement, mais en partie seulement, les conditions de la production ou de sa reproduction. La multiplication de ces cas interm&#233;diaires devenant m&#234;me le but de chaque lutte dans chaque entreprise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;L'affirmation du prol&#233;tariat devient une alternative au capitalisme.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avant d'&#233;tudier l'id&#233;ologie et les r&#233;alit&#233;s de cette coexistence, il faut bri&#232;vement prendre en consid&#233;ration une d&#233;marche originale qui est fondamentalement alternativiste, sans pour autant promouvoir des &#8220;initiatives alternatives&#8221;. Il s'agit d'une conception totale de l'alternative o&#249; l'on voit le projet r&#233;volutionnaire classique de l'affirmation de la classe (le programmatisme) se couler dans le moule de la probl&#233;matique alternativiste. C'est ce qu'exprime la d&#233;marche th&#233;orique du groupe &#8220;Echanges et mouvements&#8221;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour &lt;i&gt;Echanges&lt;/i&gt; , r&#233;formisme ou l&#233;ninisme furent des versions diff&#233;rentes de &#8220;l'id&#233;e que le socialisme ou le communisme pouvaient &#234;tre r&#233;alis&#233;s par une autorit&#233; sup&#233;rieure (...) laquelle autorit&#233; fixerait les r&#232;gles d'or d'une soci&#233;t&#233; nouvelle&#8221; (n&#176; 75, p. 58). Cette conception correspondait surtout &#8220;&#224; une r&#233;alit&#233; &#233;conomico-sociale d'une soci&#233;t&#233; hi&#233;rarchis&#233;e dans laquelle on pouvait penser qu'il suffisait de changer les t&#234;tes pour qu'elle devienne humaine. Dans un monde o&#249; les techniques tenaient une place de plus en plus grande, l'immense majorit&#233; des prol&#233;taires, de la population, pouvait consid&#233;rer qu'elle &#233;tait incapable de g&#233;rer quoi que ce soit et qu'elle devait faire confiance non plus &#224; ceux qui poss&#233;daient, mais &#224; ceux qui savaient. C'est cette conception qui est pr&#233;sentement balay&#233;e par l'Histoire (...) par la p&#233;n&#233;tration de plus en plus profonde du capital et des techniques qu'il utilise&#8221;. &#8220;D'un c&#244;t&#233; se d&#233;veloppe une grande vuln&#233;rabilit&#233; du syst&#232;me (d'o&#249; la pouss&#233;e vers la coop&#233;ration minimum n&#233;cessaire pour que l'entreprise capitaliste puisse rester comp&#233;titive, c'est-&#224;-dire puisse r&#233;pondre &#224; tout moment aux besoins du march&#233; et r&#233;aliser la plus-value - avant les autres concurrents si possible - ) ; de l'autre la circulation quasi-instantan&#233;e d'une information et la r&#233;ponse productive rapide avec une simplicit&#233; technique li&#233;e au d&#233;veloppement de l'appropriation g&#233;n&#233;rale de cette technique qui modifie radicalement les perspectives que l'on pouvait autrefois tracer dans la gestion d'une autre soci&#233;t&#233; (non plus sous la forme d'une utopie mais d'une&lt;i&gt; r&#233;alit&#233; se d&#233;veloppant sous nos yeux &lt;/i&gt;) (d&#176;, p. 61).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le communisme se ram&#232;ne ici &#224; une question de gestion d&#233;mocratique par la base, rendue possible par la diffusion de certaines techniques. Plus de &#8220;destruction de l'Etat&#8221;, plus &#8220;d'affrontement ouvert&#8221; : &#8220;la r&#233;volution doit venir du sein m&#234;me du syst&#232;me capitaliste mondial et doit &#234;tre l'oeuvre de tous&#8221;(p. 58). &#8220;Du sein m&#234;me&#8221; signifie : le capitalisme n&#233;cessite la participation des travailleurs, en m&#234;me temps que la diffusion de techniques ad&#233;quates autorise la gestion d'une autre soci&#233;t&#233;. La r&#233;sistance quotidienne, la lutte souterraine, pas spectaculaire, dont &lt;i&gt;Echanges&lt;/i&gt; fait grand cas, &#224; juste titre, n'est alors que le n&#233;gatif &#224; partir duquel se d&#233;voile le but final : la prise en charge de la production, la gestion d'une autre soci&#233;t&#233;. Cette lutte ne ferait que manifester que &lt;i&gt;tout est l&#224; pour passer &#224; autre chose&lt;/i&gt;, puisque les moyens techniques sont disponibles. &#8220;Autorit&#233;&#8221;, &#8220;hi&#233;rarchie&#8221;, &#8220;techniques&#8221;, &#8220;gestion&#8221;, &#8220;oeuvre de tous&#8221;, tout est l&#224; pour que le r&#233;cit &#233;v&#233;nementiel des luttes et de leur devenir soit pos&#233; dans les termes de la sociologie, de la technique, de l'&#233;conomie. La contradiction entre le prol&#233;tariat et le capital a disparu, la question de la r&#233;volution et du communisme se ram&#232;ne au probl&#232;me suivant : est-ce que le prol&#233;tariat dispose des moyens techniques lui permettant de g&#233;rer lui-m&#234;me la production ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est toute la probl&#233;matique fondamentale de l'alternative que l'on retrouve et dans laquelle est contrainte de se pr&#233;senter la forme la plus classique de l'affirmation de la classe. La lutte des classes n'est pas r&#233;ellement une contradiction entre prol&#233;tariat et capital, mais une r&#233;action, une d&#233;fense du prol&#233;tariat face au capital. Le prol&#233;tariat est d&#233;j&#224; la soci&#233;t&#233; future, chaque lutte est une affirmation de ce qu'il est d&#233;j&#224; la soci&#233;t&#233; ; dans chaque lutte, il doit se retrouver lui-m&#234;me : rejeter tout ce qui lui est ext&#233;rieur. Pour le prol&#233;tariat, l'objectif de chaque lutte n'est pas l'abolition de la soci&#233;t&#233; existante (&#224; terme), mais de se retrouver soi-m&#234;me. La r&#233;volution en tant que rupture dispara&#238;t &#224; l'horizon. La lutte est tout, la r&#233;volution devient le proc&#233;s des luttes, le proc&#233;s de cette conqu&#234;te de soi. Le prol&#233;tariat est d&#233;j&#224; tout, il ne lui reste plus qu'&#224; le d&#233;couvrir lui-m&#234;me. Cette autoreconnaissance devient l'essence de chaque lutte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8220;L'autre soci&#233;t&#233;&#8221;, c'est la m&#234;me, mais dans laquelle les prol&#233;taires se seraient affirm&#233;s, non apr&#233;s une r&#233;volution (&lt;i&gt;Echanges &lt;/i&gt;se m&#233;fie maintenant des grandes luttes ouvertes, des manifestations spectaculaires ; la r&#233;volution &#8220;affaire de tout le monde&#8221; est en proc&#233;s &#8220;au sein m&#234;me du capitalisme&#8221;), mais par la reconnaissance &#8220;au sein m&#234;me du capitalisme&#8221; de ce qu'ils sont. Cette reconnaissance valant r&#233;volution, et &#233;quivalant &#224; changer la soci&#233;t&#233;, chaque lutte en est la r&#233;v&#233;lation, et pose cette reconnaissance pour objectif. C'est la r&#233;currence des : &#8220;lui-m&#234;me&#8221;, &#8220;elle-m&#234;me&#8221;, etc. Le prol&#233;tariat n'a qu'&#224; devenir pour lui-m&#234;me ce qu'il est lui-m&#234;me dans le capitalisme et ce ne serait plus le capitalisme. Comme dans toute probl&#233;matique alternative, il n'y a plus pour &lt;i&gt;Echanges&lt;/i&gt; de question relative au proc&#232;s reliant les luttes actuelles &#224; la r&#233;volution. La question n'a pas de sens, les luttes actuelles dans leur contenu, dans l'objectif que la classe s'y fixe, dans les t&#226;ches qu'elle doit y affronter, n'auraient plus pour objet que la transmutation du capitalisme en une autre soci&#233;t&#233; de par la r&#233;v&#233;lation de la classe ouvri&#232;re &#224; elle-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ayant ramen&#233; le mode de production capitaliste &#224; une simple forme d'utilisation des conditions actuelles de la production auxquelles il imprimerait ses choix politiques, &#224; une contrainte exerc&#233;e sur les individus engag&#233;s dans cette production, l'alternative est l&#233;gitim&#233;e &#224; prendre ces m&#234;mes conditions de production (puisqu'elles sont tendanciellement et objectivement celles du communisme) et &#224; s'en proclamer le d&#233;passement dans la mesure m&#234;me o&#249; elle les soumet aux individus producteurs. Franchir le pas de la &#8220;contre-soci&#233;t&#233;&#8221; est le d&#233;veloppement normal de la d&#233;marche alternative ; si &lt;i&gt;Echanges&lt;/i&gt; ne le franchit pas cela tient essentiellement &#224; sa propre histoire th&#233;orique (notons cependant que dans la seconde moiti&#233; des ann&#233;es 70, avec &#8220;L'autre mouvement&#8221; et &#8220;Le refus du travail&#8221;, la tentation fut forte - voir plus loin).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#8220;Volont&#233; politique et choix de soci&#233;t&#233;&#8221;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sous sa forme la plus d&#233;velopp&#233;e, la d&#233;marche alternative se trouve confront&#233;e au probl&#232;me de la ma&#238;trise de ces conditions de production qu'elle affirme &#234;tre devenues conditions objectives du communisme (d'une &#8220;autre soci&#233;t&#233;&#8221; dans la langue alternative). M&#234;me s'il ne s'agit que de projets, ces conditions ne se laissent pas facilement soumettre. Il faudra donc, 'pratiquement', trouver des modalit&#233;s qui permettent cette soumission et, 'id&#233;ologiquement', consid&#233;rer toutes les conditions de production actuelles, non comme des rapports de production, mais comme le choix politique fait par la classe capitaliste de la soumission de la soci&#233;t&#233; &#224; la logique &#233;conomique : produire pour produire aux b&#233;n&#233;fice de quelques uns.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8220;Nous ne voulons plus vivre dans des rapports marchands et sous la logique du profit, nous voulons trouver une fa&#231;on de produire, de consommer et d'&#233;changer plus en accord avec nos d&#233;sirs et nos besoins et non plus pour le profit et les privil&#232;ges de quelques uns.&#8221; (Courant Alternatif, octobre 97). Qui est ce &#8220;nous&#8221; ? Trouver une autre fa&#231;on de produire, etc., est-ce abolir la pr&#233;c&#233;dente ? L'autre fa&#231;on de produire, r&#233;sulte-t-elle de cette abolition ? Quels sont ces d&#233;sirs et ces besoins ? La diff&#233;rence entre la nouvelle et l'ancienne fa&#231;on de produire, etc., se r&#233;sume-t-elle &#224; l'abolition des profits et privil&#232;ges de quelques uns ? Qui sont ces quelques uns ? Laisse-t-on subsister, parall&#232;lement &#224; la nouvelle, l'ancienne fa&#231;on de produire, etc.? Dans cette simple phrase, embl&#233;matique de la pens&#233;e alternative, le capital n'est plus un mode de production d&#233;finissant des classes, mais oppose des &#8220;nous&#8221; et des &#8220;quelques uns&#8221;. Corollairement il n'est plus un mode de production reposant sur l'exploitation, mais un mode de r&#233;partition in&#233;galitaire dont on s'affranchit en &#8220;r&#233;cup&#233;rant ce dont nous avons besoin&#8221;. Il n'est plus &#8220;assoiff&#233; de surtravail&#8221; mais ob&#233;it &#224; une 'logique &#233;conomique' (?), &#8220;qui nous pousse &#224; produire toujours plus et n'importe comment&#8221; (d&#176;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le projet alternatif global consistera, en cons&#233;quence de sa &#8220;critique&#8221; du capitalisme, &#224; &#8220;rendre la soci&#233;t&#233; (laquelle ? n d a ) plus &#233;galitaire et plus d&#233;mocratique&#8221;. On peut l&#233;gitimement se poser la question de savoir de quelle soci&#233;t&#233; il s'agit quand c'est de la r&#233;duction du temps de travail dont on parle comme moyen pour parvenir &#224; ce but &#233;galitaire et d&#233;mocratique. La seule soci&#233;t&#233; dans laquelle la r&#233;duction du temps de travail a un sens c'est la soci&#233;t&#233; capitaliste, dans le communisme il n'y a plus de travail. Mais la soci&#233;t&#233; capitaliste s'est &#233;vanouie, elle n'est plus que le choix politique impos&#233; &#224; la destination de la production et &#224; ses modalit&#233;s. Il suffit donc de renverser les choix politiques des &#8220;quelques uns&#8221; qui profitent en une planification d&#233;mocratique : &#8220;En regardant autour de nous, nous constatons combien de besoins les plus &#233;l&#233;mentaires sont &#224; couvrir et combien il y a de ressources improductives&#8221; (d&#176;, d&#233;cembre 97). En cons&#233;quence, le syst&#232;me capitaliste est &#8220;irrationnel&#8221; (d&#176;) parce qu'il utilise mal le travail disponible. &#8220;Le manque d'emploi, le ch&#244;mage, tiennent leur fondement dans la situation politique qui permet que les patrons puissent d&#233;cider en exclusivit&#233;, de l'utilisation de la richesse sociale accumul&#233;e. Le ch&#244;mage et ses funestes cons&#233;quences (pauvret&#233;, exclusion sociale) viennent de ce que les riches contr&#244;lent le travail et la vie des prol&#233;taires, que les d&#233;cisions concernant ce qui se produit, comment o&#249; et quand, d&#233;pendent du seul pouvoir des patrons et que la recherche du profit pour une minorit&#233; est le principe directeur de la vie sociale&#8221; (d&#176;). Le &#8220;vrai probl&#232;me n'est pas tant la r&#233;partition de l'emploi que la r&#233;partition du produit social et les conditions politiques n&#233;cessaires pour cela.&#8221; (d&#176;). &#8220;Riches&#8221; , &#8220; pauvres &#8221;, &#8220; besoins &#8221;, &#8220; contr&#244;le &#8221;, &#8220; exclusivit&#233; &#8221;, &#8220; conditions politiques &#8221; tels sont les termes de la &#8220; critique&#8221; &#8221; alternative du mode de production capitaliste dans laquelle le capital n'est plus qu'une &#8220;logique &#233;conomique&#8221; impos&#233;e &#224; &#8220;la soci&#233;t&#233;&#8221; par une &#8220;volont&#233; politique&#8221;. La &#8220;richesse sociale accumul&#233;e&#8221;, qu'il s'agit de mieux partager, est une expression passe-partout, &#233;vitant de dire que le capital se pr&#233;sente comme une &#8220;immense accumulation de marchandises&#8221;, ce qui imm&#233;diatement pose le rapport social de leur production et emp&#234;che de consid&#233;rer comme autonome la question de la r&#233;partition, emp&#234;che de consid&#233;rer la division de la soci&#233;t&#233; comme division entre &#8220;riches&#8221; et &#8220;pauvres&#8221;, et les contradictions de celle-ci comme des antagonismes sur la r&#233;partition. Prenons la richesse sociale accumul&#233;e, changeons la volont&#233; politique en ne la subordonnant plus &#224; la logique &#233;conomique, et le tour serait jou&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toute la question du changement de soci&#233;t&#233; se ram&#232;ne &#224; une question de volont&#233; politique et de &#8220;choix de soci&#233;t&#233;&#8221;. Il ne peut plus s'agir, dans la probl&#233;matique alternativiste, des contradictions &#224; l'int&#233;rieur d'une soci&#233;t&#233; produisant, de par l'activit&#233; d'une classe d&#233;finie dans ses contradictions, le d&#233;passement de cette soci&#233;t&#233;. Il s'agit d'une d&#233;cision, d'un choix, s'effectuant en alternative &#224; un autre choix de soci&#233;t&#233;. Le lien politique est pos&#233; comme premier, comme la d&#233;finition essentielle de toute soci&#233;t&#233; humaine. Le capital subordonne ce lien &#224; la production pour la production (productivisme en langage alternatif), il faut lui rendre sa pr&#233;&#233;minence. C'est le lien politique qui d&#233;finira &#8220;l'utilit&#233; sociale du travail&#8221;. Mais l&#224;, l'alternative se heurte &#224; un probl&#232;me de taille. Incapable de penser le capital en termes de rapports sociaux, c'est-&#224;-dire comme particularisation d'une totalit&#233;, mais seulement en termes de heurts de sujets ind&#233;pendants, auto-d&#233;finis, la contradiction se transmue en contr&#244;le et en choix sur la production et la r&#233;partition. Le capital, c'est ce contr&#244;le effectu&#233; par &#8220;quelques uns&#8221; en &#8220;exclusivit&#233;'. Le communisme est alors lui aussi ramen&#233; &#224; une question de contr&#244;le, cette fois ci de contr&#244;le par tous. Mais surgit alors dans la t&#234;te des planificateurs alternatifs un nouveau probl&#232;me : que chacun contr&#244;le tout est impossible. On va donc inventer le &#8220;communisme local&#8221;. &#8220;Parler d'utilit&#233; sociale renvoie au territoire, au communautaire, au ma&#238;trisable, c'est-&#224;-dire &#224; des collectivit&#233;s, faites de rapports de proximit&#233;, de connaissance de leur environnement, qui permettent d'envisager la d&#233;mocratie directe. En fait tout ce que le capitalisme cherche &#224; d&#233;truire, et que nous nous battons pour faire vivre.&#8221;(d&#176;) L'auteur oublie de nous dire qu'un territoire communautaire &#231;a se d&#233;limite, nous voil&#224; avec de joyeuses perspectives. Quand une telle proclamation est explicitement sign&#233;e &#224; partir du &#8220;Pays Basque&#8221;, c'est au p&#233;tainisme du village heureux auquel on pense. Ceux qui ne sont ni Basques, ni Corses, ni Proven&#231;aux, ni Serbes, ni Tutsis, ni Bretons, ni Afrikaners, ni Syldaves, ni Bordures, ceux qui ne se battent pas pour d&#233;fendre une identit&#233; que le capital cherche &#224; d&#233;truire, mais qui n'ont que l'universalit&#233; que celui-ci concentre face &#224; eux, ceux-l&#224; devront-ils se faire naturaliser Mon&#233;gasques ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autres, dans la m&#234;me veine, comme le groupe des &#8220;Ch&#244;meurs heureux&#8221;, nous donnent en exemple la &#8220;convivialit&#233; africaine&#8221;, convivialit&#233; servant d''analyseur' pour la soci&#233;t&#233; capitaliste et de source d'inspiration pour son d&#233;passement. Il est int&#233;ressant d'en d&#233;gager les &#233;l&#233;ments d'inspiration : l'arr&#234;t de la production quand il y a satisfaction des besoins, l'an&#233;antissement de l'argent dans la consommation et la f&#234;te en particulier, la circulation intense de l'argent sous forme de tontines, etc., l'appartenance &#224; une multitude de communaut&#233;s (ethnies, tribus, villages, familles, r&#233;seaux divers). Tout cela permettant, pour reprendre le vocabulaire des &#8220;Ch&#244;meurs heureux&#8221;, le d&#233;gagement de &#8220;ressources obscures&#8221;. Soit on est dans une soci&#233;t&#233; ayant d&#233;pass&#233; le mode de production capitaliste, alors l'argent a &#233;t&#233; aboli et il n'y a plus rien l&#224;-dedans dont on puisse s'inspirer. Soit on s'en inspire comme forme de lutte donc encore &#224; l'int&#233;rieur de la soci&#233;t&#233; capitaliste, mais en opposition &#224; elle. A ce moment l&#224;, ce que l'on critique dans le capital, ce n'est pas d'&#234;tre une soci&#233;t&#233; marchande mais d'&#234;tre une soci&#233;t&#233; marchande qui a fait de l'argent le but m&#234;me de la production ; on ne saisit pas sa sp&#233;cificit&#233;, ce n'est qu'une production marchande d&#233;voy&#233;e (entre autres parce qu'elle a fait de la force de travail une marchandise). On demeure dans les cat&#233;gories de la petite production marchande et de l'argent comme moyen de circulation (o&#249; alors dispara&#238;t le r&#244;le d'analyseur et d'inspiration de la &#8220;soci&#233;t&#233; africaine&#8221;) en y ajoutant la domination de la logique &#233;conomique, poussant &#224; produire toujours plus, sur la logique sociale, et la recherche de l'argent pour lui-m&#234;me. &lt;i&gt;L'alternative ne se pr&#233;sente pas comme la gestion de la soci&#233;t&#233; existant r&#233;ellement, mais comme l'envers de la soci&#233;t&#233; actuelle telle qu'elle l'a reconstruite, red&#233;finie pour ses besoins&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Les luttes quotidiennes comme projets alternatifs : r&#233;duction du temps de travail et allocation universelle.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est dans l'expos&#233; des moyens pour parvenir &#224; cet avenir radieux, que l'alternative d&#233;voile sa gen&#232;se r&#233;elle. Ces moyens sont doubles : &lt;i&gt;les luttes quotidiennes au sein du travail salari&#233;&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;les initiatives &#224; sa marge&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ce qui concerne le &lt;i&gt;premier point &lt;/i&gt;, on rejoint la base r&#233;elle de l'alternative dans la lutte de classe que nous exposions pr&#233;c&#233;demment en tant que constitution du &#8220;parti de l'alternative&#8221;. La limite sp&#233;cifique de ce cycle de luttes, en ce que la contradiction entre le prol&#233;tariat et le capital se situe au niveau de la reproduction de leur rapport comme contradiction dans l'exploitation et l'autopr&#233;supposition du capital, est en m&#234;me temps un &#8220;grand leurre&#8221;. La contradiction se situant au niveau de la reproduction des classes et donc incluant leur remise en cause, la simple activit&#233; revendicative, se donne comme aspiration &#224; une autre soci&#233;t&#233;, c'est tr&#232;s bien. Mais le capital se reproduisant et agir en tant que classe demeurant, comme nous le disions, la limite la plus g&#233;n&#233;rale de ce cycle, cette aspiration au d&#233;passement de la contradiction et de ses termes devient alors une alternative &#224; cette reproduction, alternative produite imm&#233;diatement &#224; partir des conditions d'existence du prol&#233;tariat. Elle se veut un autre possible, &#224; c&#244;t&#233; de ce qui est, en faisant l'&#233;conomie de son abolition et de son d&#233;passement pr&#233;alables ; en cela elle r&#233;pond aux m&#234;mes questions que la soci&#233;t&#233; existante et en &lt;i&gt;red&#233;finit&lt;/i&gt; les termes, &lt;i&gt;elle propose des solutions&lt;/i&gt;. Le capital se reproduisant formalise la limite sp&#233;cifique de ce cycle de luttes comme expression d'un autre possible en dehors et face &#224; la r&#233;alit&#233; capitaliste, et cela est &lt;i&gt;un &#233;l&#233;ment r&#233;el actuel des luttes de classe&lt;/i&gt;, quelles que soient l'importance, l'activit&#233;, ou l'influence, des groupes alternatifs dans ces luttes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8220;Au del&#224; de la r&#233;duction du temps de travail, il faut mettre en avant la perspective d'un concept revendicatif plus global, qui int&#233;resse et unisse les travailleurs/ses avec ou sans emploi, o&#249; l'humain ne sera plus trait&#233; comme une valeur marchande, o&#249; le travail ne sera plus synonyme d'exploitation. Les &#233;volutions du travail ne peuvent acqu&#233;rir un sens que si elles s'int&#232;grent dans la repr&#233;sentation d'un avenir collectif, porteur d'&#233;mancipation et de mieux &#234;tre.&#8221; (&#8220;Courant Alternatif&#8221;, d&#233;cembre 97). De son c&#244;t&#233;, l'allocation universelle (bien s&#251;r &#8220;suffisante et inconditionnelle&#8221;) &#8220;favoriserait un passage &lt;i&gt;progressif&lt;/i&gt; (soulign&#233; par nous) du travail contraint &#224; l'activit&#233; b&#233;n&#233;fique &#224; l'individu et &#224; la collectivit&#233;, et permettrait d'ouvrir &#224; d'autres formes de socialisation que celles qui passent par le travail contraint.&#8221; (d&#176;). Dans ces deux cas, la transmutation de la lutte revendicative en strat&#233;gie alternative consiste &#224; contracter en une pratique unique la lutte revendicative et la construction d'une nouvelle soci&#233;t&#233;. La construction de cette nouvelle soci&#233;t&#233; n'est alors qu'une somme de solutions apport&#233;es &#224; la soci&#233;t&#233; capitaliste transform&#233;e en somme de probl&#232;mes &#224; r&#233;soudre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mettons les points sur les &#8220;i&#8221; : soit on se bat sur la r&#233;duction du temps de travail et on reste dans le cadre de la soci&#233;t&#233; capitaliste (ce qui n'est pas une critique, autant vaudrait alors critiquer le fait qu'il y ait lutte de classes dans le mode de production capitaliste) ; soit on parle du d&#233;passement de la soci&#233;t&#233; capitaliste, mais alors nous sommes au-del&#224; de toute mesure du temps de travail et m&#234;me de la notion de travail. Que la lutte de classe du prol&#233;tariat contre le capital produise son d&#233;passement et la soci&#233;t&#233; communiste, c'est une affaire ; que ce d&#233;passement r&#233;sulte d'un d&#233;veloppement progressif &#224; partir des cat&#233;gories du capital, &#231;'en est une autre. La r&#233;duction du temps de travail est toujours une r&#233;organisation du travail productif dans le proc&#232;s de valorisation du capital ; elle ne peut sortir du rapport entre travail n&#233;cessaire et surtravail. Vouloir que &#8220;l'humain ne soit plus une marchandise&#8221; (traduisons cette terminologie fumeuse : que la force de travail ne soit plus une marchandise, c'est-&#224;-dire l'abolition de la r&#233;alit&#233; m&#234;me de la force de travail), n'est plus un &#8220;concept revendicatif&#8221; mais le contenu de la r&#233;volution. C'est l&#224; tout le &#8220;flou&#8221; de la d&#233;marche alternative : &lt;i&gt;amalgamer la revendication et le d&#233;passement&lt;/i&gt;. Dans cet amalgame on perd &#224; la fois la lutte revendicative et le d&#233;passement de la soci&#233;t&#233; existante dans le d&#233;veloppement progressif d'acquis de la lutte revendicative qui se r&#233;v&#233;lent, en bout de course et dans la course elle-m&#234;me, autre chose que ce qu'ils semblent &#234;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les luttes dans le travail salari&#233; contre la hi&#233;rarchie, contre les in&#233;galit&#233;s, contre les heures suppl&#233;mentaires, demeurent des luttes dans le travail salari&#233;. On pourrait m&#234;me revendiquer l'&#233;galit&#233; totale des salaires sans remettre en cause le travail salari&#233; lui-m&#234;me, bien au contraire. Que cette revendication n'ait aucune chance d'aboutir ne supprimerait pas que l'on aurait eu la volont&#233; d'aboutir &#224; un travail salari&#233; &#8220;juste&#8221;. On aurait par l&#224;-m&#234;me confirm&#233; la forme g&#233;n&#233;rale du travail salari&#233;, la vente de la force de travail. Ce qui caract&#233;rise le travail salari&#233;, c'est qu'une fois que le travail vivant est incorpor&#233; au proc&#232;s productif, il cesse d'appartenir au travailleur et entre dans des combinaisons dont le capital est la mat&#233;rialisation. La coop&#233;ration, l'association du travail, n&#233;cessitent donc la hi&#233;rarchie dans le proc&#232;s de travail. Avec le travail salari&#233;, le travail perd tout caract&#232;re de r&#233;alisation de soi, il est devenu une activit&#233; &#233;trang&#232;re &#224; l'ouvrier qui le met en oeuvre. Le travail salari&#233; efface le rapport du travailleur &#224; son activit&#233; individuelle. Mais du moment que tout rapport &#224; son activit&#233; individuelle cesse, le besoin d'une activit&#233; imm&#233;diatement sociale commence &#224; se faire sentir. C'est faire un pas en arri&#232;re, par rapport &#224; ce c&#244;t&#233; r&#233;volutionnaire du travail salari&#233;, que de vouloir que l'ouvrier non seulement vende sa force de travail mais encore assure sa coordination avec les autres forces de travail dans le proc&#232;s de production (cf le travail aux pi&#232;ces qui &#233;conomise le contr&#244;le hi&#233;rarchique ou le travail en &#233;quipes de production avec objectifs). Tout cela pour dire que la lutte contre les in&#233;galit&#233;s ou contre la hi&#233;rarchie (on pourrait rajouter la parcellisation du travail) au sein du travail salari&#233; ne remet pas en cause le syst&#232;me du salariat. De fa&#231;on plus g&#233;n&#233;rale, on ne peut faire de la lutte contre une d&#233;termination du travail salari&#233; (niveau du salaire, hi&#233;rarchie, parcellisation, in&#233;galit&#233;s des salaires ...), une remise en cause du syst&#232;me du salariat pour une raison somme toute assez simple. Le salariat fait de l'activit&#233; de l'ouvrier une activit&#233; &#233;trang&#232;re &#224; lui ; proposer &#224; l'int&#233;rieur du travail salari&#233; l'abolition d'une de ses d&#233;terminations, c'est proposer que l'ouvrier se scinde lui-m&#234;me, un peu &#224; l'image du petit patron qui travaille, et prenne en charge cette extran&#233;isation. Il peut en r&#233;sulter une am&#233;lioration passag&#232;re de sa situation, mais non une suppression du travail salari&#233; ou une amorce de son d&#233;passement. Voir que, dans la lutte contre les hi&#233;rarchies, contre les in&#233;galit&#233;s de salaires, contre la parcellisation du travail, contre l'allongement ou l'intensification de la journ&#233;e de travail, se manifeste l'aspiration, dans la lutte de classe, &#224; une activit&#233; imm&#233;diatement sociale qui ne peut &#234;tre que l'abolition du syst&#232;me du salariat, est tout &#224; fait diff&#233;rent de la proposition alternative selon laquelle : &#8220;Les &#233;volutions du travail ne peuvent acqu&#233;rir un sens que si elles s'int&#232;grent dans la repr&#233;sentation d'un avenir collectif, porteur d'&#233;mancipation et de mieux &#234;tre&#8221; (d&#176;). En effet dans ce cas on consid&#232;re, ou on voudrait qu'existent, des &#233;volutions r&#233;sultant de ces luttes qui, dans le cadre du salariat, soient une abolition progressive du salariat ; on leur propose un sens, une valeur, en tant que mouvement d'abolition du salariat dans le salariat. Il s'agit par exemple dans le cas de la r&#233;duction du temps de travail de l'orienter vers &#8220;une transformation positive des rapports sociaux&#8221; (d&#176;) ; notons bien qu'il s'agit de &#8220;transformation positive&#8221; et non d'abolition de ces rapports sociaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce sens c'est &#8220;travailler autrement&#8221;. Dans la d&#233;marche alternative, on retombe toujours sur l'opposition entre des r&#233;alit&#233;s imm&#233;diates consid&#233;r&#233;es comme neutres (richesse, travail concret...) et des formes sociales consid&#233;r&#233;es comme des volont&#233;s politiques, des choix de soci&#233;t&#233;, venant s'imposer &#224; ces formes, les orienter. Ici, la possibilit&#233;, &#224; partir des luttes revendicatives dans le salariat sur des d&#233;terminations du salariat, d'&#234;tre un d&#233;veloppement progressif au del&#224; du salariat, r&#233;side dans les modifications du travail concret, de son effectuation en tant que travail concret, &#224; tel point que sa forme sociale de travail salari&#233; deviendrait de plus en plus &#233;vanescente. Le travail concret &#233;tant de plus en plus ma&#238;tris&#233; par les travailleurs eux-m&#234;mes, qu'importe qu'il y ait encore vente de la force de travail dans la mesure o&#249; ensuite les ouvriers sont &#233;gaux entre eux, n'ont plus de hi&#233;rarchie au-dessus d'eux, etc. C'est de cette fa&#231;on que l'on aboutirait &#224; l'abolition du rapport salarial, encore que cette abolition porte toujours les stigmates de sa gen&#232;se : transformation du travail concret, cadre de l'entreprise, gestion de la production, ma&#238;trise de la r&#233;partition. Si l'on ne pose pas le d&#233;passement du rapport salarial &#224; partir de ce qu'il y a de plus fondamental en lui, l'exploitation comme objectivation des forces sociales du travail face &#224; la subjectivit&#233; du travail individuel comme marchandise-force de travail, on ne peut concevoir son d&#233;passement comme &lt;i&gt;l'activit&#233; individuelle directement partie int&#233;grante de l'activit&#233; de la communaut&#233;, sans d&#233;tour ni modalit&#233;s sociales effectuant cette ad&#233;quation&lt;/i&gt;. Il ne s'agit toujours dans ce 'd&#233;passement progressif', dans ces 'solutions', que d'une r&#233;organisation de l'&#233;conomie, que de la recherche d'une r&#233;ponse &#224; l'&#233;ternel probl&#232;me du faire valoir social de l'activit&#233; individuelle (la valeur) qui n'a pas chang&#233; les termes de la question. Ce qui compte c'est de &#8220;travailler ensemble diff&#233;remment, utilement, sans domination, sans peur du lendemain et avec une ma&#238;trise r&#233;elle de la production et de la gestion des entreprises. Tout ceci dans un cadre de r&#233;elle r&#233;partition des biens et services produits, sans distinction d'origine ou de situation sociale, sans recherche de profits. Tout ceci a un nom : l'autogestion g&#233;n&#233;ralis&#233;e de l'&#233;conomie, l'&#233;galit&#233; sociale et &#233;conomique pour tous, bref le communisme libertaire.&#8221; (&#8220;Le Monde Libertaire&#8221;, 5-11 f&#233;vrier 98)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le rapport salarial n'est pas une simple forme qui pourrait se vider de toute signification comme une coquille, la vente de la force de travail implique le travail dans ce qu'il a de plus concret dans son effectuation, non seulement dans le proc&#232;s de travail et les formes qu'il rev&#234;t (d&#233;veloppement de la machinerie, commandement du capitaliste ...), mais encore l'achat de la force de travail n'a de sens que si elle a pour finalit&#233; la production maximale de surtravail, enfin le rapport salarial impliquant celui entre travail n&#233;cessaire et surtravail d&#233;termine m&#234;me la valeur d'usage des marchandises produites socialement, en d&#233;terminant la relation entre les deux grandes sections de la production.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les choses sont encore plus claires en ce qui concerne l'allocation universelle : &#8220;R&#233;clamer un revenu ind&#233;pendant d'un travail salari&#233; permet de d&#233;velopper l'id&#233;e qu'on peut vivre sans travailler, et proposer une r&#233;partition des richesses qui ne d&#233;pendrait pas d'une r&#233;mun&#233;ration, d'un salaire, mais des besoins des personnes&#8221; (d&#176;, f&#233;vrier 98). On nage en pleine incoh&#233;rence. Proposer par l'interm&#233;diaire d'un revenu mon&#233;taire le passage progressif du travail contraint &#224; &#8220;l'activit&#233; b&#233;n&#233;fique &#224; l'individu et &#224; la collectivit&#233;&#8221; est tout bonnement une absurdit&#233;. Non seulement l'activit&#233; libre implique au minimum l'abolition de l'argent, mais encore on s'imagine que le capital et son Etat vont financer leur propre abolition. Quant &#224; l'origine des sommes consacr&#233;es, dans la soci&#233;t&#233; capitaliste, &#224; cette allocation universelle inconditionnelle et suffisante, alors l&#224; il n'en est m&#234;me pas question. On peut &#233;videmment dire que cette soci&#233;t&#233; abonde en ressources que des minorit&#233;s accaparent, financer cette allocation ne pr&#233;senterait donc pas de probl&#232;mes majeurs. Sauf un : ces ressources sont, soit du revenu, soit du capital, et non des ressources en g&#233;n&#233;ral. Leur distribution est pr&#233;d&#233;termin&#233;e par les rapports de production et leur r&#233;partition autre ne peut pr&#233;c&#233;der l'abolition de ces rapports de production ; et si ces rapports de production sont abolis, on ne se pr&#233;occupe plus de r&#233;partir des allocations m&#234;mes universelles, suffisantes et inconditionnelles. En d&#233;finitive, ce point ne pr&#233;sente comme int&#233;r&#234;t que de montrer en dehors de toute r&#233;alit&#233;, de toute contingence, dans un exemple &#224; la dynamique &#233;pur&#233;e, la d&#233;marche de l'alternative.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dynamique &#233;pur&#233;e de l'alternative parce qu'elle fonctionne, &#224; ce niveau abstrait, pour elle-m&#234;me, comme un syst&#232;me clos, en dehors des rapports de classes du mode de production capitaliste. Sa r&#233;f&#233;rence au mode de production capitaliste consiste seulement &#224; consid&#233;rer en lui les conditions objectives du communisme comme r&#233;alis&#233;es. En l'occurence, en ce qui concerne l'allocation universelle, il s'agit de la r&#233;alisation dans le capitalisme du travailleur social. On retrouve l&#224; la base th&#233;orique g&#233;n&#233;rale de la strat&#233;gie alternative : partir de conditions objectives du communisme pos&#233;es comme r&#233;alis&#233;es dans le capital et, sur cette base commune, opposer le capital devenu une simple contrainte &#224; l'utilisation ouvri&#232;re de ces conditions objectives. Le capital comme contradiction en proc&#232;s, c'est-&#224;-dire en tant que contradiction entre le prol&#233;tariat et le capital interne au mode de production capitaliste, comme proc&#232;s de l'exploitation et de l'accumulation, a disparu pour laisser la place aux deux branches d'une alternative qui, si elles s'opposent, n'appartiennent plus &#224; la m&#234;me totalit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8220;La richesse produite par la soci&#233;t&#233; ne r&#233;sulte pas d'une somme de travail individuel mais bien d'une organisation sociale et technologique complexe au sein de laquelle le travail direct est minoritaire.&#8221; (Cash, n&#176; sp&#233;cial &#8220;Pour un revenu garanti&#8221;, d&#233;cembre 87). Si cela est exact, cela ne pose pas une base sociale diff&#233;rente de ce qui fut toujours le mouvement interne du travail salari&#233; et de l'exploitation ; cela ne fonde pas ipso facto &#8220;le droit des citoyens &#224; la richesse produite&#8221;(d&#176;). Ce droit est consid&#233;r&#233; comme d&#233;coulant de la nouvelle situation cr&#233;&#233;e par le d&#233;veloppement du capital, sans consid&#233;rer que cette situation n'est pas une positivit&#233; faisant &#233;clater la forme salariale et que l'on pourrait d&#233;gager d'elle, mais qu'elle est une contradiction&lt;i&gt; &#224; l'int&#233;rieur de la forme salariale&lt;/i&gt; et n'existant que parce que celle-ci existe. &#8220;Pour nous, le lien qu'on s'obstine &#224; maintenir entre un travail productif qui n'existe plus et un salaire pr&#233;sent&#233; comme sa contre-partie, n'a plus aucune raison d'&#234;tre. Le travail est devenu social, il implique toute la soci&#233;t&#233;, et dans le m&#234;me mouvement il se pr&#233;sente comme travail abstrait. En cons&#233;quence, le salaire ne peut &#234;tre lui aussi que social, mais concret, c'est-&#224;-dire garanti.&#8221; (d&#176;). Au-del&#224; de toutes les confusions que renferme cette d&#233;claration (entre valeur d'&#233;change et valeur d'usage de la force de travail, entre la valeur de la force de travail et la forme mystifi&#233;e du salaire comme prix du travail, entre objectivation de la force sociale du travail dans le capital et coop&#233;ration des travailleurs), ce qu'il faut remarquer ici c'est l'inscription naturelle de cette analyse et de cette revendication dans la strat&#233;gie de l'alternative, en ce qu'elle a de plus fondamental, et l'inscription de cette strat&#233;gie dans le cours actuel des luttes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Un r&#233;formisme paradoxal.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour la probl&#233;matique alternativiste (id&#233;ologique et pratique), l'&lt;i&gt;ind&#233;pendance&lt;/i&gt; des deux acteurs, prol&#233;tariat et capital, est n&#233;cessaire. Il faut avoir une dynamique du capital &lt;i&gt;et&lt;/i&gt; une dynamique ouvri&#232;re si l'on veut que, dans la lutte sur le salaire lui-m&#234;me, soit d&#233;pass&#233; le cadre de la r&#233;alisation de la loi de la valeur quant &#224; la force de travail ; comme si les perp&#233;tuelles fluctuations des prix de march&#233; dues &#224; la concurrence faisaient qu'il n'y a pas de loi de la valeur. En pr&#233;sentant le salaire exclusivement comme le r&#233;sultat d'un rapport de forces, ce qui permettrait d'imposer dans le salaire la nouvelle donne du travail social, on a, paradoxalement, fait sauter la connexion entre les classes. Que la lutte sur le salaire soit &#8220;une lutte politique&#8221;, on peut &#224; la rigueur l'admettre, avec toutes les r&#233;serves sur le terme de politique ('choix de soci&#233;t&#233;', etc.), mais cela ne s'oppose pas &#224; ce qu'il soit &#8220;le co&#251;t de l'entretien de la force de travail&#8221;. Ce qui compte pour les adeptes alternatifs de l'allocation universelle, c'est pr&#233;cis&#233;ment de fonder le d&#233;veloppement &lt;i&gt;ind&#233;pendant &lt;/i&gt;de la classe ouvri&#232;re ; il faut pour cela que la lutte centrale sur le salaire oppose deux sujets dont la contradiction ne soit pas simultan&#233;ment implication r&#233;ciproque. Il faut faire &#8220;sauter&#8221; la loi de la valeur. Il s'ensuit alors que l'accroissement de la part du travail n&#233;cessaire par rapport au surtravail n'est pas seulement augmentation du salaire fluctuant autour de la valeur de la force de travail (dans laquelle la lutte ouvri&#232;re, qui a toujours des conditions, joue un r&#244;le primordial), mais modification du rapport social, modification positive comme dirait &#8220;Courant Alternatif&#8221; : socialisation du travail, r&#233;appropriation de la richesse sociale, &#8220;auto-valorisation ouvri&#232;re&#8221; (N&#233;gri), autonomie de la petite circulation (circulation de la partie du capital pay&#233;e en salaires et &#233;chang&#233;e contre la force de travail, elle se d&#233;roule en m&#234;me temps que le proc&#232;s de production) par rapport &#224; la circulation g&#233;n&#233;rale. Que la portion de capital transform&#233;e en salaire accompagne le proc&#232;s de production signifie pour Negri que &#8220;l'exploitation n'affecte en rien l'ind&#233;pendance du sujet prol&#233;taire&#8221; (&#8220; Marx au-del&#224; de Marx &#8221;, Ed. l'Harmattan, p. 237). Le dualisme des formes de la circulation serait m&#234;me la caract&#233;ristique essentielle de l'&#233;mergence du &#8220;sujet prol&#233;taire&#8221; comme sujet irr&#233;ductible. Par le travail n&#233;cessaire qui se rattache &#224; la valeur d'usage des marchandises (destin&#233;es &#224; la consommation ouvri&#232;re), le prol&#233;tariat s'&#233;rigerait en opposition au capital et serait &#224; m&#234;me de faire de sa conservation et reproduction une r&#233;sistance irr&#233;ductible, et destin&#233;e &#224; &#234;tre victorieuse, contre la valorisation. Le revenu ouvrier nie alors toute compl&#233;mentarit&#233; par rapport au capital. Et en conclusion : &#8220;La petite circulation est l'espace dans lequel la sph&#232;re des besoins qui tient au travail n&#233;cessaire se d&#233;ploie&#8221; (d&#176;, p. 239). Les commentaires de Marx sur la petite circulation sont beaucoup moins &#8220;optimistes&#8221;. &#8220;Dans cette circulation, le capital rejette du travail mat&#233;rialis&#233; pour s'assimiler la force de travail vivante, son oxyg&#232;ne. La consommation de l'ouvrier reproduit celui-ci en tant que force de travail vivante. Etant donn&#233; que la reproduction de l'ouvrier est une condition pour le capital, la consommation de l'ouvrier appara&#238;t comme reproduction, non pas directement du capital, mais des rapports qui seuls le mettent en &#233;tat d'&#234;tre du capital. La force de travail vivante fait partie des conditions d'existence du capital au m&#234;me titre que la mati&#232;re premi&#232;re et l'instrument. Le capital se reproduit donc sous une forme double, la sienne propre, et celle de la consommation de l'ouvrier, mais seulement pour autant qu'elle reproduit sa force de travail vivante.&#8221; (Marx, &#8220; Fondements .. &#8221; Ed. Anthropos, p. 191). La derni&#232;re r&#233;serve n'ouvre pas la voie &#224; &#8220;l'ind&#233;pendance prol&#233;taire&#8221;. Elle signifie qu'il s'agit d'une consommation productive, non en ce qu'elle reproduit l'individu, mais parce qu'elle reproduit sa force de travail, et l'on sait ce qu'il advient de la reproduction de l'individu d&#232;s l'instant o&#249; sa force de travail cesse d'&#234;tre utile au capital.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, avec l'allocation universelle, le prol&#233;tariat se lib&#232;rerait de la &#8220;domination&#8221; capitaliste par l'affirmation en lui-m&#234;me du caract&#232;re social de la production. Sur l'allocation universelle, l'alternative s'enferme dans un r&#233;formisme paradoxal : le salaire comme prix du travail est critiqu&#233; comme forme mystifi&#233;e sur laquelle repose entre autres le r&#233;formisme syndical, mais quand il s'agit de montrer la n&#233;cessit&#233; du salaire garanti, sur la base du travail devenu en lui-m&#234;me travail social, le raisonnement cens&#233; montrer cette n&#233;cessit&#233; s'appuie sur cette m&#234;me &#8220;valeur&#8221; du travail que l'on n'arriverait plus &#224; d&#233;terminer, justifiant par l&#224; la formule irrationnelle du prix du travail. Ce r&#233;formisme paradoxal induit chez les militants de l'allocation universelle le caract&#232;re ambivalent de cette revendication. Elle est pr&#233;sent&#233;e &#224; la fois comme la &lt;i&gt;rupture&lt;/i&gt; avec le rapport salarial et comme la &lt;i&gt;mise en ad&#233;quation&lt;/i&gt; de ce dernier avec le d&#233;veloppement actuel du capital. La raison de cette ambivalence r&#233;side dans la consid&#233;ration de ce d&#233;veloppement comme lui m&#234;me ambivalent : conditions objectives du communisme r&#233;alis&#233;es et existant positivement dans le capital.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8220;On ne peut plus consid&#233;rer la notion de travail productif du strict point de vue de l'usine particuli&#232;re. C'est d&#233;sormais la soci&#233;t&#233; toute enti&#232;re qui fonctionne comme une gigantesque usine.&#8221; ('Cash', d&#176;). Le raisonnement s'appuie ici sur la situation d&#233;crite par Marx de la fa&#231;on suivante : &#8220;A partir du moment o&#249; le produit individuel est transform&#233; en produit social, en produit d'un travailleur collectif dont les diff&#233;rents membres participent au maniement de la mati&#232;re &#224; des degr&#233;s tr&#232;s divers, de pr&#232;s ou de loin, ou m&#234;me pas du tout, les d&#233;terminations de travail productif, de travailleur productif, s'&#233;largissent n&#233;cessairement. Pour &#234;tre productif, il n'est plus n&#233;cessaire de mettre soi-m&#234;me la main &#224; l'oeuvre ; il suffit d'&#234;tre un organe du travailleur collectif ou d'en remplir une fonction quelconque. La d&#233;termination primitive du travail productif, n&#233;e de la nature m&#234;me de la production mat&#233;rielle, reste toujours vraie par rapport au travailleur collectif consid&#233;r&#233; comme une seule personne, mais elle ne s'applique plus &#224; chacun de ses membres pris &#224; part.&#8221; (Marx, &#8220;Le Capital, t. 2, p. 183-184). La conclusion serait donc la suivante : &#8220;C'est donc bien la participation au fonctionnement d'une soci&#233;t&#233; enti&#232;rement r&#233;gie par la logique du profit qui d&#233;termine aujourd'hui l'appartenance &#224; la communaut&#233; des travailleurs productifs. (...) Et on comprend ais&#233;ment la signification de cette mutation en ce qui concerne le salaire. Si le travail s'est &#224; ce point socialis&#233;, l'extorsion de la plus-value est elle-m&#234;me totalement sociale, c'est la richesse extorqu&#233;e par toute la classe capitaliste &#224; toute la communaut&#233; ouvri&#232;re. Le salaire ne peut donc &#234;tre que social.&#8221; (Cash, op. cit.). Tout d'abord, il ne s'agirait donc que de mettre en concordance le d&#233;veloppement et les caract&#233;ristiques du proc&#232;s imm&#233;diat - unit&#233; du proc&#232;s de travail et de valorisation - avec les modalit&#233;s formelles du salaire (au lieu d'y voir la caducit&#233; du rapport salarial) ; on n'a encore une fois ici rien d'autre que &#8220;la fonction dynamique&#8221; de la lutte ouvri&#232;re dans le d&#233;veloppement du mode de production capitaliste. Mais c'est aussi du bricolage th&#233;orique : on confond l'extorsion du surtravail dans le proc&#232;s imm&#233;diat de production avec la p&#233;r&#233;quation du taux de profit et avec la transformation de la plus-value en capital additionnel. On retrouve ici toute la d&#233;marche consistant &#224; conf&#233;rer au travail lui-m&#234;me la force productive sociale du travail qui est repr&#233;sent&#233;e dans le capital, alors que, face au capital, le travail productif du travailleur ne repr&#233;sente jamais que le travail du travailleur isol&#233;. Subsum&#233;s sous le capital, les travailleurs deviennent les &#233;l&#233;ments de ces formations sociales, mais ces formations sociales ne leur appartiennent pas. La strat&#233;gie alternative en particulier et le d&#233;mocratisme radical en g&#233;n&#233;ral sont un moment de cette contradiction du travail social dans laquelle le prol&#233;tariat se remet en cause. Ce mouvement contient de fa&#231;on inh&#233;rente la tendance dans cette contradiction &#224; promouvoir l'existence de la classe dans le mode de production capitaliste, de mani&#232;re ad&#233;quate &#224; l'objectivation de ses forces sociales dans le capital. En cela on peut dire, comme une remarque d'ordre g&#233;n&#233;ral, que la critique du d&#233;mocratisme radical est un moment n&#233;cessaire de l'&#233;laboration d'une th&#233;orie actuelle de la r&#233;volution et du communisme&lt;i&gt;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En r&#233;sum&#233;, cette ambivalence de la revendication de l'allocation universelle ou du salaire garanti qui enferme l'alternative dans un r&#233;formisme paradoxal se fonde sur ce que nous avons d&#233;termin&#233; comme &#233;tant la base th&#233;orique g&#233;n&#233;rale de l'alternative. Dans le cas pr&#233;cis de l'allocation universelle, la condition objective positivement r&#233;alis&#233;e du communisme c'est le travail imm&#233;diatement social. Ce dernier devient cette condition objective &#224; condition de rabattre les caract&#233;ristiques sp&#233;cifiques du travail salari&#233;, du travail productif face au capital, sur la description du travail concret. C'est dans ce type de mutation que r&#233;side l'objectivisation de la r&#233;alisation des conditions du communisme. La citation de Marx, si souvent utilis&#233;e, sur le travailleur collectif (cf supra), nous &#233;claire sur cette mutation. Imm&#233;diatement apr&#232;s avoir d&#233;crit cette &#233;volution du proc&#232;s de travail, Marx ajoute : &#8220;&lt;i&gt;Mais ce n'est pas cela qui caract&#233;rise d'une mani&#232;re sp&#233;ciale le travail productif dans le syst&#232;me capitaliste&lt;/i&gt;. L&#224; le but d&#233;terminant de la production c'est la plus-value. Donc n'est cens&#233; productif que le travailleur qui rend une plus-value au capitaliste...&#8221;(d&#176;). Jusque l&#224;, de quoi avait-il &#233;t&#233; question : &#8220;du simple rapport entre activit&#233; et effet utile, entre producteur et produit...&#8221; (d&#176;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le fondement de la revendication du &#8220;revenu garanti&#8221; ou de &#8220;l'allocation universelle&#8221; c'est le travail, devenu travail social, valorisant le capital. Mais cette qualit&#233; de travail social n'est pas un attribut que le travail poss&#232;de en lui m&#234;me face au capital comme une d&#233;termination de la valeur d'&#233;change de la force de travail, mais une qualit&#233; que le travail acquiert dans sa mise en mouvement dans le proc&#232;s de production. C'est une qualit&#233; de sa valeur d'usage, c'est-&#224;-dire une qualit&#233; inh&#233;rente au travail au moment o&#249; celui-ci n'appartient plus &#224; l'ouvrier. Les forces sociales du travail n'existent que dans le proc&#232;s de leur objectivation comme forces propres du capital.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'important n'est pas de critiquer cette revendication comme une id&#233;ologie ou une erreur th&#233;orique. L'important de cette revendication n'est pas seulement ce qu'elle dit, mais surtout ce qu'elle fait comme travail d'organisation des luttes sociales, dans les luttes des ch&#244;meurs par exemple. La revendication du revenu garanti renforce en voulant la subvertir la forme salaire comme prix de la force de travail. Le salaire c'est le prix du travail ; dans le salaire la diff&#233;rence, dans la journ&#233;e de travail, entre travail n&#233;cessaire et surtravail a disparu. Le rapport mon&#233;taire dissimule le travail gratuit du salari&#233; pour son capitaliste. &#8220;On comprend maintenant l'immense importance que poss&#232;de dans la pratique ce changement de forme qui fait appara&#238;tre la r&#233;tribution de la force de travail comme salaire du travail, &lt;i&gt;le prix de la force comme prix de la fonction&lt;/i&gt;. (...) La valeur d'usage que l'ouvrier fournit au capitaliste, ce n'est pas en r&#233;alit&#233; sa force de travail, mais l'usage de cette force, sa fonction, le travail...&#8221; (Marx, &#8220;Le Capital&#8221;, t. 2, p. 211). Le fondement de la mystification r&#233;side dans la valeur d'usage que l'ouvrier c&#232;de au capitaliste : l'usage de la force de travail c'est le travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En r&#233;clamant le paiement par le capital des forces sociales du travail, on r&#233;clame que le salaire soit en accord avec sa propre mystification de la valeur de la force de travail, c'est-&#224;-dire qu'il paie non pas la valeur d'&#233;change de la force de travail, mais sa valeur d'usage pour le capital. On consid&#232;re &#233;galement que les forces sociales du travail sont siennes et non pas qu'elles n'ont d'existence qu'objectiv&#233;es contre lui dans le capital. La classe capitaliste ne peut que reprendre cette revendication, c'est-&#224;-dire mettre en accord la forme salariale avec le caract&#232;re social de l'exploitation d'une force de travail qu'elle socialise dans son exploitation, mais qui n'est jamais sociale tant qu'elle demeure purement subjective dans le travailleur. Pour parler clair, cette mise en accord, c'est l'articulation d'un revenu garanti et d'un salaire direct minable et la mise en place de toutes sortes d'allocations d&#233;gressives ('en sifflet') entre les deux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que la lutte pour le salaire reste toujours dans le cadre du capital n'est pas une critique, loin de l&#224;. La critique porte ici sur la mise en avant de la forme mystifi&#233;e du salaire, comme salaire garanti venant formaliser les revendications imm&#233;diates de revenus plus importants. La formalisation id&#233;ologique de cette revendication consistera alors &#224; ne plus consid&#233;rer le caract&#232;re social du travail, ni comme une objectivation face &#224; lui mais comme une qualit&#233; du travail en lui-m&#234;me, ni comme une tendance contradictoire de l'accumulation, mais comme une tendance r&#233;alis&#233;e ou en voie de l'&#234;tre par l'action de la classe. Le capital ouvrirait alors la voie &#224; une &#8220;nouvelle soci&#233;t&#233;&#8221; se d&#233;veloppant positivement &#224; l'int&#233;rieur de lui-m&#234;me. La revendication du revenu garanti part bien du caract&#232;re social du travail objectiv&#233; dans le capital, mais au lieu d'y voir la base de l'abolition de la valeur et du travail salari&#233;, elle y voit le combat pour la mise en ad&#233;quation du salaire avec le niveau atteint par l'exploitation. &#8220;Ce que vous consid&#233;rez comme juste et &#233;quitable n'entre pas en ligne de compte. La question qui se pose est la suivante : qu'est-ce qui est n&#233;cessaire et in&#233;vitable au sein d'un syst&#232;me de production donn&#233; ?&#8221; (Marx, &#8220;Salaire, prix et profit&#8221;, Ed. sociales, p. 46).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et n&#233;cessairement, ce qui se passe au sein de ce syst&#232;me de production, c'est que la revendication du salaire ou du revenu garanti se scinde en une revendication &#8220;classique&#8221; sur la valeur de la force de travail et un projet social. Les deux sont li&#233;s en ce que la revendication sur la valeur d'&#233;change de la force de travail fait r&#233;f&#233;rence &#224; sa valeur d'usage comme travail vivant et pas seulement &#224; son co&#251;t de reproduction. En retour le projet social vient donner sa forme et sa l&#233;gitimit&#233; &#224; la revendication &#8220;classique&#8221; sur la valeur d'&#233;change de la force de travail. Enfin, posant comme r&#233;alisable la r&#233;appropriation par le travail salari&#233; de ses forces sociales et de la richesse accumul&#233;e comme capital, ce projet social de &#8220;r&#233;appropriation&#8221; ne peut que se renverser en politique capitaliste d'appropriation, sous un mode global, de l'ensemble de la force de travail. L&#224; il retrouve sa v&#233;ritable base d'existence, ce qui &#233;tait &#224; son origine : la mise en forme de la situation actuelle de la force de travail face au capital.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le noeud du probl&#232;me de la revendication du &#8220;revenu garanti&#8221; r&#233;side dans le fait que la revendication &#224; propos de la valeur d'&#233;change de la force de travail est amen&#233;e &#224; mettre en avant sa valeur d'usage pour le capital. En effet la revendication sur la base de la valeur d'&#233;change est prise dans la contradiction suivante : je dois me reproduire chaque jour, chaque semaine ; je ne suis pas mis en activit&#233; par le capital chaque jour, chaque semaine. Le salaire appara&#238;t donc comme compos&#233; en majorit&#233; d'une &#8220;r&#233;appropriation de la richesse accumul&#233;e comme capital&#8221; et, en contrepartie, l'activit&#233; de la force de travail individuelle appara&#238;t comme activit&#233; d'un &#8220;travail socialis&#233;&#8221;. D'o&#249; le fait que la revendication du &#8220;revenu garanti&#8221; est amen&#233;e &#224; d&#233;passer le niveau d'une revendication sur la valeur d'&#233;change de la force de travail ; elle devient n&#233;cessairement une id&#233;ologie, dont nous avons vu les fondements dans la forme salariale elle-m&#234;me. Par id&#233;ologie nous entendons les formes imm&#233;diates de la r&#233;ification, dans lesquelles les acteurs de la soci&#233;t&#233; capitaliste &#8220;se sentent &#224; l'aise&#8221;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le ch&#244;meur / pr&#233;caire n'est pas celui qui ne travaille pas ; il est un travailleur dot&#233; d'une nouvelle qualification, la qualification de la mobilit&#233;. C'est la reproduction de cette qualification qui entre dans la valeur de la force de travail (un peu comme le travail complexe par rapport au travail simple), mais, comme pour n'importe quel salaire c'est la valeur d'usage de cette force de travail qui appara&#238;t comme pay&#233;e ; c'est la base de toute l'id&#233;ologie du salariat qui prend dans le cas de cette valeur d'usage sp&#233;cifique un contenu particulier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce contenu particulier, c'est le revenu garanti comme paiement d'une force de travail sociale. &#8220;De par son caract&#232;re de plus en plus social, le travail s'identifie de moins en moins &#224; l'emploi, &#224; l'&#233;valuation entrepreneuriale du travail individuel direct. Travailler c'est aussi et avant tout produire du lien social, de la coop&#233;ration, en s'informant, en communiquant, en &#233;changeant avec d'autres, en circulant contin&#251;ment au-dedans comme au-dehors de l'entreprise, en mobilisant savoirs et connaissances personnelles, acquises par soi-m&#234;me ou avec d'autres, (...). Cette nouvelle nature du travail est incompatible avec les normes d'&#233;valuation et la contrainte au travail impos&#233;es par le salariat. Car ce travail-l&#224; porte avec lui de nouvelles formes sociales de mobilit&#233; et d'engagement. Il nous am&#232;ne &#224; consid&#233;rer la circulation et la coop&#233;ration dans le travail comme des conditions de la production et &#224; faire reconna&#238;tre les dimensions intellectuelles, culturelles, langagi&#232;res... qui fondent &#8220;la personnalit&#233; vivante&#8221; (Marx) des individus comme autant de &#8220;forces sociales productives&#8221;. C'est pourquoi, &#233;rig&#233; sur les d&#233;combres du fordisme, d&#233;cembre 95 - d&#233;cembre 97 peut se comprendre comme la mont&#233;e en puissance d'une double exigence sociale : comme expression politique d'une nouvelle centralit&#233; du travail fond&#233;e sur la coop&#233;ration et l'autonomie des individus dans le travail ; comme droit l&#233;gitime pour tout un chacun d'&#234;tre pay&#233; de &#8220;sa puissance cr&#233;atrice&#8221;, de son &#8220;individualit&#233; sociale&#8221;, comme le r&#233;sultat d'un travail imm&#233;diatement social. En cela, &#8220;le mouvement de ch&#244;meurs&#8221; est une premi&#232;re. Ouvertement, il dessine les contours d'une &#233;mancipation progressive de la force de travail de la dynamique du capital. La revendication d'un revenu garanti &#224; toute personne en &#226;ge de travailler illustre pour partie ce ph&#233;nom&#232;ne.&#8221; (Patrick Dieuaide, &#8220;Vers une force de travail sociale&#8221; in &#8220;Occupation&#8221;, suppl&#233;ment encart&#233; dans &#8220;Les Inrockuptibles&#8221;, janvier 1998). En affirmant le caract&#232;re imm&#233;diatement social du travail comme une r&#233;alit&#233; dans le travail lui-m&#234;me face au capital et qui plus est comme la capacit&#233; pour la force de travail de s'&#233;manciper de &#8220;la domination capitaliste&#8221;, le &#8220;revenu garanti&#8221;, comme id&#233;ologie dans laquelle se meut la lutte revendicative, se pr&#233;sente comme l'abolition de l'exploitation &lt;i&gt;dans le salaire&lt;/i&gt;, dans la vente de la force de travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'id&#233;ologie du revenu garanti n'est pas seulement &#8220;fausse&#8221; dans sa conception de l'imm&#233;diatet&#233; sociale du travail. &#8220;Fausse&#8221; en ce sens que les forces sociales du travail, qu'elle pose comme des cat&#233;gories inh&#233;rentes au travail en lui-m&#234;me, n'existent que dans le proc&#232;s de production, quand le travail a cess&#233; d'appartenir au travailleur, c'est-&#224;-dire qu'elles n'existent qu'objectiv&#233;es dans le capital. L'erreur est surtout l'expression de l'action dans un monde renvers&#233;, celui o&#249; le &#8220;lien social&#8221;, la coop&#233;ration, l'information, la communication, les &#233;changes, &lt;i&gt;r&#233;apparaissent &lt;/i&gt;comme le fait du travail dans la mesure m&#234;me o&#249; ses forces sociales sont objectiv&#233;es dans le capital. &#8220;Tous les progr&#232;s de la civilisation, c'est-&#224;-dire toute augmentation des forces productives sociales ou, si l'on veut des forces productives du travail lui-m&#234;me, n'enrichissent pas l'ouvrier, mais le capitaliste, et ce au m&#234;me titre que les r&#233;sultats de la science, des d&#233;couvertes, de la division et de la combinaison du travail, de l'am&#233;nagement des moyens de communication, de l'action du march&#233; mondial ou de l'emploi des machines. Tout cela augmente uniquement la force productive du capital, et puisque le capital se trouve en opposition avec l'ouvrier, tout cela ne fait qu'accro&#238;tre sa domination mat&#233;rielle sur le travail. La conversion du travail (activit&#233; vivante et efficiente) en capital r&#233;sulte directement de l'&#233;change entre le capitaliste et le travail qui conf&#232;re au capitaliste le droit de propri&#233;t&#233; sur le produit du travail (le commandement sur le travail). Mais cette conversion se r&#233;alise seulement dans le proc&#232;s de production.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8220;Il est donc absurde de se demander si le capital est productif ou ne l'est pas. Le travail lui-m&#234;me n'est productif que s'il est recueilli au sein du capital qui constitue la base de la production dont le capitaliste est le commandant. La productivit&#233; du travail devient force productive du capital, (...) Le travail n'est pas productif s'il existe pour le travailleur lui-m&#234;me en opposition au capital, s'il a une existence imm&#233;diate ext&#233;rieure au capital. Il n'est pas productif comme activit&#233; directe du travailleur parce qu'il n'aboutit alors qu'&#224; la circulation simple o&#249; les transformations ont un caract&#232;re purement formel. Certains pr&#233;tendent que la force productive attribu&#233;e au capital est une simple transposition de la force productive du travail ; mais ils oublient que le capital est pr&#233;cis&#233;ment cette transposition, et que le travail salari&#233; implique le capital de sorte qu'il est, lui aussi, transubstantiation, c'est-&#224;-dire une activit&#233; qui semble &#233;trang&#232;re &#224; l'ouvrier.&#8221; (Marx, &#8220;Fondements de la critique de l'&#233;conomie politique&#8221;, t. 1, p. 255-256). Quand nous disons que ces forces sociales &lt;i&gt;r&#233;apparaissent&lt;/i&gt; comme le fait du travail, comme lui appartenant, c'est que la transposition dont parle Marx va de soi &#224; partir du moment o&#249;, dans le premier moment de l'&#233;change, les travailleurs ont c&#233;d&#233; au capitaliste l'usage de leur force de travail et donc d'eux-m&#234;mes ; en tant qu'ils coop&#232;rent, ils ne sont qu'un mode particulier d'existence du capital. Par ce premier moment de l'&#233;change, le travail vivant (la valeur d'usage de la force de travail achet&#233;e par le capital) est devenu activit&#233; du capital ; cette transposition se donne comme l'activit&#233; m&#234;me du travailleur collectif devenu mode d'existence du capital. Elle dispara&#238;t au fur et &#224; mesure qu'elle s'accomplit. C'est bien alors dans ce monde renvers&#233;, o&#249; le capital comme rapport social ne se laisse plus voir que comme activit&#233; du travail, que nous &#233;voluons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui fait du capital une contradiction en proc&#232;s appara&#238;t comme une contradiction opposant d'une part un travail de plus en plus social &lt;i&gt;en lui-m&#234;me&lt;/i&gt; face au capital et d'autre part le capital r&#233;duit &#224; &#8220;l'&#233;valuation entrepreneuriale du travail direct&#8221;. En fait on a alors supprim&#233; l'exploitation comme contenu du rapport entre travail et capital , et cela d'un double point de vue. Tout d'abord, ce que le capital paie ce n'est plus la valeur d'&#233;change de la force de travail mais sa valeur d'usage (l'id&#233;ologie du revenu garanti consid&#232;re l'imm&#233;diatet&#233; sociale du travail comme une caract&#233;ristique du travail que le capital devrait payer), ensuite les forces sociales du travail n'existeraient plus seulement dans leur proc&#232;s d'objectivation, comme transposition (et le travail comme d&#233;possesion), mais seraient une qualit&#233; inh&#233;rente au travail se faisant ainsi valoir vis-&#224;-vis du capital. On aurait ainsi &#233;vacu&#233; l'exploitation du premier et du deuxi&#232;me moment de l'&#233;change entre le travail et le capital et donc toute contradiction. On tiendrait l&#224; une revendication qui r&#233;concilierait le travail et le capital &#224; travers &#8220;une &#233;mancipation progressive de la force de travail de la dynamique du capital&#8221; (P. Dieuaide, d&#176;), une sorte de glissement in&#233;luctable dans lequel le capital se d&#233;passerait lui-m&#234;me. Avec l'id&#233;ologie du revenu garanti, ce qui porte l'abolition du salariat devient la base d'un marchandage &lt;i&gt;dans le salariat&lt;/i&gt;. La mise en oeuvre par le capital d'un travail de plus en plus imm&#233;diatement social, n'est pas un processus graduel conf&#233;rant progressivement l'h&#233;g&#233;monie sociale au travail sur le capital, c'est bien plut&#244;t la force qui peut faire exploser le capital comme rapport social, &lt;i&gt;parce qu'il est rapport d'exploitation&lt;/i&gt;. Cette mise en oeuvre exacerbe l'exploitation, la porte &#224; son paroxysme, au point o&#249; le prol&#233;tariat contre le capital, loin de se faire valoir comme concentrant en lui l'ensemble de la &#8220;cr&#233;ativit&#233; sociale&#8221;, s'abolit lui-m&#234;me. Alors, il n'est plus question de revenu, garanti ou pas, plus question &#8220;de se pr&#233;munir contre les al&#233;as de la conjoncture du capital&#8221; (d&#176;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Prosa&#239;quement, comme pratique d'organisation sociale, l'id&#233;ologie du &#8220;revenu garanti&#8221; rabat ce qui porte l'abolition du salariat sur une nouvelle forme du salariat. Le salaire en tant que forme mystifi&#233;e de la valeur de la force de travail se pr&#233;sente toujours comme paiement du travail. Le revenu garanti, lui qui se veut prix de la &lt;i&gt;valeur d'usage&lt;/i&gt; du travail, se coule sans peine dans cette mystification inh&#233;rente &#224; la forme salaire du paiement de la force de travail. Lorsque cette id&#233;ologie est pouss&#233;e au bout, elle abandonne rapidement ses grands airs &#8220;r&#233;volutionnaires&#8221; et ne se pr&#233;sente plus que comme &#8220;un progr&#232;s de la protection sociale&#8221; (Yann Moulier Boutang, &#8220;Un nouveau New Deal est en marche&#8221;, &#8220;Occupation&#8221;, d&#176;). Les foules peuvent &#234;tre satisfaites, les ch&#244;meurs et les pr&#233;caires rassur&#233;s, ainsi que tout le prol&#233;tariat, Yann Moulier nous l'annonce : &#8220;Le lib&#233;ralisme des ann&#233;es quatre-vingt a &#233;t&#233; touch&#233; &#224; mort dans son dernier sanctuaire : la fausse &#233;vidence qu'il n'y avait rien &#224; attendre de la politique, d'un progr&#232;s ult&#233;rieur de la protection sociale et que l'on &#233;tait r&#233;duit &#224; n&#233;gocier dans les dix prochaines ann&#233;es le rognement continuel des niveaux de bien-&#234;tre social. (...) Ce que nous entendons souligner ici c'est que la revendication d'un &lt;i&gt;revenu universel de citoyennet&#233;&lt;/i&gt; (soulign&#233; par nous) devient d&#233;sormais le terrain central autour duquel devront d&#233;sormais tourner tant la reconstruction d'un syst&#232;me de protection sociale dans une &#233;conomie du travail intermittent, d'un travail omnipr&#233;sent mais poreux et largement invisible &#224; travers les lunettes du vieux salariat, que la red&#233;finition constitutionnelle de l'activit&#233; humaine, des sources r&#233;elles de la productivit&#233;, de l'invention, de la cr&#233;ation de richesse sociale, du temps de travail et du statut l&#233;gal de l'emploi.&#8221; (d&#176;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce &#8220;nouveau New Deal&#8221;, comme son illustre pr&#233;d&#233;cesseur, se veut relance de l'accumulation par la consommation. L'emploi, dans ce monde de l'apparence qui est celui du keyn&#233;sianisme, d&#233;pend de la demande effective et non de la capacit&#233; du capital &#224; extraire le maximum de surtravail de la force de travail employ&#233;e. Or la demande effective d&#233;pend des salaires et les salaires de l'emploi. De l'emploi &#8220;il n'y en a plus&#8221;, donc le keyn&#233;sianisme tourne en rond, tel est le diagnostic de Yann Moulier. Pour sortir de ce cercle vicieux, il effectue cette avanc&#233;e th&#233;orique fondamentale : &#8220;la demande effective ne d&#233;pend pas des salaires, mais des revenus. C'est pourquoi, seul le revenu garanti est un facteur de cr&#233;ation d'emplois normaux.&#8221; (d&#176;). N'&#233;tant plus li&#233; &#224; un emploi particulier, le &#8220;revenu garanti&#8221; ne peut plus &#234;tre consid&#233;r&#233; comme un salaire. Sa d&#233;connexion de l'emploi permet de sortir du cercle vicieux, de relancer la demande effective et donc l'emploi. &#8220;Il s'agit l&#224; d'une r&#233;volution tranquille&#8221;, conclut l'auteur, qui propose pour financer ce revenu universel un emprunt gag&#233; sur l'Euro. Nous voil&#224; vraiment tranquilles. L'importance de la vision keyn&#233;sienne de la relation entre salaires et accumulation r&#233;side dans le fait qu'elle est la th&#233;orie (susceptible d'&#234;tre reconnue par les deux parties) de la pratique quotidienne de la fixation conflictuelle de la valeur de la force de travail. Elle justifie, dans le cadre de la reproduction des rapports sociaux capitalistes et &lt;i&gt;pour ces rapports sociaux&lt;/i&gt;, les r&#233;sultats du conflit entre le prol&#233;tariat et la classe capitaliste par lequel s'&#233;tablit la valeur de la force de travail. Pour les acteurs de ce conflit, ouvriers et capitalistes, elle est la justification &lt;i&gt;commune&lt;/i&gt; de leur action et la propre compr&#233;hension qu'ils en ont. Le &#8220;revenu garanti&#8221;, en entrant dans ce cadre de relations entre salaires et accumulation du capital, n&#233;cessite la formation de nouveaux organismes de repr&#233;sentation ouvri&#232;re dans la reproduction du capital. Les &#8220;associations de ch&#244;meurs&#8221;, principalement AC !, fortes et fi&#232;res de leur reconnaissance officielle, cherchent &#224; devenir ces organismes de repr&#233;sentation et de n&#233;gociation de la valeur de la force de travail associant salaire direct et des formes diverses de &#8220;revenu garanti&#8221;. La forme association n'est pas neutre, elle rompt la relation &#233;troite entre emploi et salaire &#224; laquelle est li&#233;e le syndicat qui, m&#234;me de branches, demeure professionnel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'id&#233;ologie keyn&#233;sienne qui accompagne le revenu minimum, m&#234;me en se proclamant la reconnaissance du caract&#232;re social, collectif, de la cr&#233;ation de richesses, reconna&#238;t en fait que l'essentiel de cette revendication tient &#224; la valeur d'&#233;change de la force de travail. Toutes les formes id&#233;ologiques de cette revendication sont li&#233;es &#224; la nature m&#234;me de cette valeur d'&#233;change, aux modalit&#233;s de sa fixation comme reproduction d'une force de travail intermittente, donc s'opposant &#224; elle-m&#234;me non comme son propre renouvellement dans son usure, mais comme appropriation de &#8220;richesse sociale&#8221; cr&#233;&#233;e en dehors d'elle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, dernier acte du r&#233;formisme paradoxal (o&#249; nous retrouvons toutes les sc&#232;nes d&#233;j&#224; jou&#233;es) : le capital devenu &lt;i&gt;domination&lt;/i&gt; d'un c&#244;t&#233;, et la ma&#238;trise de ses conditions d'existence par le prol&#233;tariat de l'autre, ont une base commune objective, les conditions r&#233;alis&#233;es du communisme. Il s'agit au sens strict d'une alternative. La 'r&#233;volution' se ram&#232;ne alors &#224; un choix de soci&#233;t&#233;, &#224; une volont&#233; politique ; le basculement de ce choix du c&#244;t&#233; ouvrier ou du c&#244;t&#233; capitaliste ne d&#233;pend plus que du rapport de forces exerc&#233; sur l'Etat. &#8220;Pourquoi le &lt;i&gt;Manifeste pour la garantie des moyens d'existence&lt;/i&gt; &lt;i&gt;pour tous&lt;/i&gt; se pr&#233;sente-t-il sous la forme d'une proposition de loi ? Parce que c'est la loi qui d&#233;finit les droits et que l'ensemble de la soci&#233;t&#233; doit les respecter. Pour le moment, face &#224; l'insuffisance sinon l'absence de pression des exploit&#233;s, l'Etat c&#232;de &#224; toutes les exigences du capital, au nom de la raison &#233;conomique. Le capital impose &#224; l'Etat qui impose &#224; la soci&#233;t&#233;. Il est n&#233;cessaire de mettre en &#233;vidence ce fonctionnement &lt;i&gt;et de le renverser &lt;/i&gt;(soulign&#233; par nous).&#8221; (Cash, op. cit.). La boucle est boucl&#233;e, retour &#224; la forme g&#233;n&#233;rale de l'alternative.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La revendication de l'allocation universelle c'est l'Id&#233;e d'alternative pour elle-m&#234;me. Cette allocation si gracieusement vers&#233;e par l'Etat permettrait &#8220;d'ouvrir &#224; d'autres formes de socialisation que celles qui passent par le travail contraint&#8221; (&#8220;Courant Alternatif&#8221;), et donc de renforcer la deuxi&#232;me jambe de &#8220;l'alternative globale&#8221; : les initiatives &#224; la marge du capitalisme.{{}}&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Les &#8220;initiatives alternatives&#8221; : la &#8220;contre-soci&#233;t&#233;&#8221;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous voil&#224; donc arriv&#233;s au &lt;i&gt;deuxi&#232;me point&lt;/i&gt; (le premier &#233;tant les luttes quotidiennes et leur r&#233;formisme paradoxal). Nous avons d&#233;j&#224; vu et critiqu&#233; de fa&#231;on g&#233;n&#233;rale cette notion d'activit&#233;s alternatives, comme ma&#238;trise par le prol&#233;tariat de ses conditions d'existence, supplantant le mode de production capitaliste. Ici, nous allons &#8220;croire sur paroles&#8221; les initiatives '&#224; la marge du capitalisme', c'est-&#224;-dire nous int&#233;resser &#224; celles, r&#233;ellement existantes, qui se donnent comme telles, en tant qu'alternatives au capitalisme, en ayant toujours en t&#234;te qu'elles se donnent &#233;galement comme solution aux &#8220;probl&#232;mes&#8221; du ch&#244;mage, du travail, de la socialisation individuelle, etc. Nous consid&#232;rerons quatre cas : Ibiza, la &#8220; ville libre de Christiana &#8221;, les communaut&#233;s rurales en France, le quartier de la Croix-Rousse &#224; Lyon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour situer correctement la question il faudrait bien s&#251;r revenir aux premi&#232;res manifestations de l'installation de communaut&#233;s marginales aux Etats-Unis dans les ann&#233;es 60 en liaison avec le mouvement hippie, ou m&#234;me &#224; la tendance de Bobby Seale dans les &lt;i&gt;Panth&#232;res noires&lt;/i&gt; pour l'auto-organisation des ghettos et naturellement &#224; &#8220;l'h&#233;ritage&#8221; de Mai 68. Cependant notre sujet ici n'est pas l'analyse pour elle-m&#234;me du &#8220;mouvement marginal&#8221;, mais celui-ci dans la d&#233;marche alternative maintenant. C'est dans la situation actuelle que nous le consid&#232;rerons comme significatif, et non comme r&#233;sultat d'une histoire particuli&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous nous contenterons de dire bri&#232;vement que la p&#233;riode de la fin des ann&#233;es 60 et du d&#233;but des ann&#233;es 70 fut la p&#233;riode de la premi&#232;re crise et du premier mouvement r&#233;volutionnaire en subsomption r&#233;elle. En tant que tel ce dernier fut plus la liquidation de toutes les anciennes formes du mouvement ouvrier et de tout ce qui pouvait se fonder sur une identit&#233; ouvri&#232;re ouvrant la voie &#224; l'affirmation du prol&#233;tariat comme classe dominante, que la r&#233;solution des questions sp&#233;cifiques de la r&#233;volution en subsomption r&#233;elle du travail sous le capital. D'o&#249; un moment essentiel dans l'histoire r&#233;cente de la lutte de classe qui ne fut pas la juxtaposition d'une gr&#232;ve ouvri&#232;re et d'une contestation culturelle, mais qui, premier mouvement r&#233;volutionnaire en subsomption r&#233;elle, posa dans la lutte de classe la n&#233;cessit&#233; d'abolir le prol&#233;tariat et, par l&#224; m&#234;me, ne pouvait trouver dans cette soci&#233;t&#233;, dans les anciennes conditions de vie, de bases &#224; d&#233;velopper. Ce qui fut entrevu, c'est que le communisme n'est pas un mode de production. Dans son &#233;chec et sa retomb&#233;e, face &#224; la restructuration du capital qui s'amor&#231;ait, ce mouvement r&#233;volutionnaire, n'ayant pas aboli le capital et ayant pos&#233; cependant que cette abolition ne pouvait &#234;tre que la propre n&#233;gation des classes et du prol&#233;tariat lui-m&#234;me dans la production de ce que l'on appelait &#224; l'&#233;poque &#8220;l'homme total&#8221; ou &#8220;la communaut&#233; humaine&#8221;, entreprit &#8220;d'exp&#233;rimenter&#8221; celle-ci comme un &#8220;d&#233;gagement&#8221; des rapports sociaux capitalistes. Ce qu'il fut incapable de faire comme n&#233;gativit&#233;, ce mouvement se mit &#224; l'entreprendre positivement au sein m&#234;me de la soci&#233;t&#233; capitaliste ; ce qui &#233;tait sa gloire devint ridicule.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voyons donc concr&#232;tement ce que donne dans la pratique cette conception &#233;clectique du mode de production capitaliste o&#249;, sur une base commune, coexisteraient des d&#233;veloppements sociaux diff&#233;rents, alternatifs. Il serait plus juste de dire : voyons les cas concrets qui sont &#224; la base de cette conception, tant il est vrai que c'est toujours embarqu&#233; dans une pratique qu'on en produit l'id&#233;ologie. Nous nous transporterons d'abord bri&#232;vement dans les Bal&#233;ares, sous le soleil d'Ibiza. Apr&#232;s une tr&#232;s courte p&#233;riode d'installation au d&#233;but des ann&#233;es 70, &#8220;le rench&#233;rissement du co&#251;t de la vie et l'emprise grandissante du capitalisme industriel sur l'ensemble de la production insulaire imposent une r&#233;vision des modes de survie. A l'&#233;vidence les strat&#233;gies de reconversion mises en place sont largement conditionn&#233;es par l'origine sociale des int&#233;ress&#233;s (...) Tandis que ceux qui disposent d'un capital &#224; investir (biens re&#231;us en h&#233;ritage, pr&#234;ts parentaux, emprunts bancaires en &#233;change de cautions familiales) s'orientent vers des placements lucratifs, l'achat d'un fonds de commerce, la constitution d'une entreprise..., les plus d&#233;munis doivent se satisfaire d'un emploi salari&#233; ou d'activit&#233;s pr&#233;caires. Ainsi le proc&#232;s d'int&#233;gration des &#233;trangers &#224; l'&#233;conomie locale r&#233;v&#232;le en amont des in&#233;galit&#233;s jusqu'ici masqu&#233;es par l'immigration et des styles de vie inspir&#233;s de la contre-culture. Il engendre en aval des disparit&#233;s de revenu et de statut.(...) D&#233;sormais ins&#233;r&#233;s dans les circuits &#233;conomiques locaux, les ex-marginaux d&#233;pendent largement, tout comme les Ibicencos, des fluctuations touristiques. &#8221; (Dani&#232;le Rozenberg, &#8220;Tourisme et utopie aux Bal&#233;ares, Ibiza, une &#238;le pour une autre vie&#8221;, Ed. l'Harmattan, in G&#233;rard Mauger, &#8220;Hippies, loubards, zoulous : jeunes marginaux de 1968 &#224; aujourd'hui&#8221;, Ed. de la Documentation fran&#231;aise).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Passons du soleil m&#233;diterran&#233;en aux frimas de la Baltique. Christiana est La Mecque des alternatifs depuis 30 ans. La &#8220; ville libre &#8221;, situ&#233;e au coeur de Copenhague, ancienne caserne de 21 ha, est squatt&#233;e depuis 1971 par pr&#232;s d'un millier d'activistes qui ont construit une communaut&#233; &#8220; bas&#233;e sur la d&#233;mocratie directe et l'autogestion &#8221;. Autrefois les christianistes &#8220; se retrouvaient dans le rejet de l'Etat, l'aspiration &#224; une soci&#233;t&#233; libertaire &#8221;. Aujourd'hui, &#8220; m&#234;me ceux qui ha&#239;ssent le plus profond&#233;ment l'Etat doivent reconna&#238;tre que notre dialogue est utile, car on ne vit pas sur une &#238;le d&#233;serte &#8221;. Ce squatt a fini par &#234;tre l&#233;galis&#233; en 1989, depuis 1994, il paie l'eau, l'&#233;lectricit&#233;, la taxe fonci&#232;re, jamais en retard d'apr&#232;s le ministre de la d&#233;fense qui entretient de bonnes relations avec la communaut&#233;, et les qualifie de citoyens mod&#232;les et l&#233;galistes. Les christianistes, apr&#232;s avoir &#233;t&#233; de tous les combats, semblent aspirer &#224; cultiver leur jardin, et sont devenus &#8220; individualistes &#8221; : &#8220; les gens d'ici sont de moins en moins concern&#233;s par ce qui se passe en dehors de chez eux. Ils n'ont plus d'id&#233;al en commun &#8221;. Les logements collectifs se font rares et, si les automobiles sont interdites dans Christiana, beaucoup en poss&#232;dent, gar&#233;s aux alentours. Outre la qualit&#233; de la vie, cette microsoci&#233;t&#233; alternative, qui interdit avec succ&#232;s les drogues dures, les armes &#224; feu et la propri&#233;t&#233; priv&#233;, inscrit une autre &#8220; succ&#232;s &#8221; &#224; son actif : le d&#233;veloppement d'&#8220;entreprises &#8221; (guillemets dans le texte), sans patron, parfois performantes (l'une, partie d'un bricolage impos&#233;, exporte ses po&#234;les dans le monde entier). Elles tiennent des r&#233;unions hebdomadaires pour discuter budget, rendement, organisation du travail, sont &#8220; plus d&#233;mocratiques &#8221;, ne fonctionnent &#8220;pas plus mal qu'ailleurs &#8221;. Merveilles de l'auto-exploitation ! R&#233;ussite ambig&#252;e : &#8220; Ce n'est pas toujours facile, par exemple on n'a ni cong&#233;s pay&#233;s, ni assurances maladie. Alors on a cr&#233;&#233; notre propre syst&#232;me : on ramasse les bouteilles vides et avec l'argent des consignes, on finance notre S&#233;cu interne. &#8221;. Il ne s'agit pas du prix &#224; payer d'une totale autonomie par raport &#224; l'Etat (on a vu ce qu'il en est), au moins meilleure que celle par rapport &#224; l'&#233;conomie (comme les alternatifs appellent le capitalisme). Les r&#233;cents programmes de retour &#224; l'emploi du gouvernement rendent plus dificiles la t&#226;che de ceux qui travaillent b&#233;n&#233;volement pour la communaut&#233; gr&#226;ce aux g&#233;n&#233;reuses allocations de l'Etat-providence danois. On le voit, encore plus clairement qu'&#224; son origine, cette alternative est conforme &#224; ce qu'elle est en tant qu'alternative (une reproduction localement d&#233;limit&#233;e de la soci&#233;t&#233; environnante avec les diff&#233;rences que ce localisme implique) c'est-&#224;-dire le contraire de ce qu'elle pr&#233;tend &#234;tre. Comme le dirent les journalistes, ce squatt s'est mu&#233; en une &#8220; respectable microsoci&#233;t&#233; alternative &#8221;. D&#233;&#231;u par ce bilan, un christianiste, tel Bernard de Clairvaux contre Cluny, est all&#233; fonder, depuis 1990, une &#8220; village alternatif &#8221; en Galice espagnole pour &#8220; assumer jusqu'au bout la vie qu'il a choisie &#8221;. L'&#233;volution, et finalement la nature, de Christiana sont synth&#233;tis&#233;es par les d&#233;clarations d'un enfant de christianistes, ag&#233; de 20 ans : &#8220; La majorit&#233; d'entre nous se destine &#224; rejoindre &#8220; l'&#233;lite &#8221; de la soci&#233;t&#233;. Et nos parents (majoritairement issus de la bourgeoisie danoise, n d a) nous encouragent franchement dans cette voie ; Nous ne souhaitons pas plus qu'eux r&#233;&#233;diter cette exp&#233;rience, m&#234;me si elle a &#233;t&#233; n&#233;cessaire. &#8221;. (Informations et extraits d'entretiens avec des christianistes tir&#233;s de &#8220; Lib&#233;ration &#8221; du 6 / 9 / 00) &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Grimpons maintenant dans les C&#233;vennes ou le Vercors. &#8220;Instaurer d'autres rapports humains, d'autres modes de vie, quitte &#224; en retrouver parfois d'antiques, une organisation diff&#233;rente de son temps, de son espace, de son corps, de son cerveau, cela &#233;quivaut bon gr&#233; mal gr&#233;, &#224; se placer en marge, &#224; exister sans fonction pr&#233;cise, sans statut reconnu dans une soci&#233;t&#233; dont on bafoue les r&#232;gles. (...) Par rapport &#224; l'argent, bien s&#251;r, parce qu'il constitue le fondement du vieux monde, mais aussi par rapport &#224; toutes ses valeurs p&#233;rim&#233;es h&#233;rit&#233;es d'un puritanisme dat&#233;. (...) Il ne s'agit plus tant de s'emparer aujourd'hui du pouvoir que de r&#233;fl&#233;chir auparavant sur ses finalit&#233;s. (...) L'&#233;tape suivante, en principe, doit mener &#224; l'&#233;tablissement d'un mod&#232;le de contre-soci&#233;t&#233;. Il y a l&#224; une bonne part d'utopie, tant mieux ! (&lt;i&gt;Actuel,&lt;/i&gt; &#8220;Guide de l'Underground&#8221;, f&#233;vrier 1972).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8220;Devenus pour la plupart des producteurs petits marchands soucieux de s'int&#233;grer &#224; la vie locale, et de glaner aupr&#232;s de l'administration des subventions n&#233;cessaires pour mener &#224; bien leurs projets agricoles ou artisanaux, ceux-ci semblent bien &#233;loign&#233;s des pr&#233;occupations anti-institutionnelles des premiers immigr&#233;s de l'utopie. Cette nouvelle p&#233;riode (2&#176; moiti&#232; des ann&#233;es 70, n d a ) marque, en effet, la fin des tentatives communautaires d'inspiration libertaire, le triomphe du couple et des relations traditionnelles entre hommes et femmes, entre parents et enfants, la victoire de l'id&#233;ologie du travail, du labeur cr&#233;atif sur la f&#234;te communautaire et le retour en force du r&#233;alisme &#233;conomique.(...) De m&#234;me l'invocation du travail cr&#233;atif permet de concilier les aspirations &#224; l'autonomie individuelle, le refus du productivisme et de l'ali&#233;nation salariale, voire certaines des exigences d'une &#233;thique libertaire de la jouissance (&#8220;faire du travail un jeu&#8221;, &#8220;abolir l'opposition entre travail et non-travail&#8221;) et un principe d'ordre, qui tend &#224; devenir un point central de l'&#233;thique de la frugalit&#233; dans certaines exp&#233;riences n&#233;o-rurales. Les n&#233;o-ruraux devenus concurrents aussi bien pour l'achat des terres que pour la vente de leur production sur les march&#233;s locaux, ont progressivement adopt&#233; des crit&#232;res de rentabilit&#233;, de qualit&#233; et de quantit&#233; de travail fourni (mesur&#233; en termes de rentabilit&#233; &#233;conomique) pour diff&#233;rencier parmi eux ceux qui sont s&#233;rieux et ceux qui ne le sont pas, ceux qui r&#233;ussiront et ceux dont les projets sont vou&#233;s &#224; l'&#233;chec parce que ce sont des projets de r&#234;veurs. Aussi sont-ils pr&#234;ts &#224; ce que l'administration recoure &#224; ces crit&#232;res pour op&#233;rer un tri entre les install&#233;s qu'il faut soutenir et aider, et les marginaux qu'il faut contr&#244;ler, ceci depuis qu'elle consid&#232;re les nouveaux arrivants d'un oeil int&#233;ress&#233;, dans le cadre de ses projets d'animation et de revitalisation des r&#233;gions d&#233;sertifi&#233;es. (...) Cette logique d'installation, logique de la petite propri&#233;t&#233; et de la petite production marchande, logique de l'endettement et de la concurrence conduit les int&#233;ress&#233;s &#224; consentir au compromis social, sous forme de la recherche de l'int&#233;gration locale.&#8221; (Dani&#232;le L&#233;ger, &#8220;Les utopies du retour&#8221;, in G&#233;rard Mauger, op. cit.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Arrivons enfin &#224; Lyon, sur les pentes de la Croix-Rousse, &#8220;la colline qui travaille&#8221;. Dans son livre d&#233;j&#224; cit&#233;, Domenico Pucciarelli (Mimmo) d&#233;nombre 79 &#8220;initiatives&#8221;, &#224; la long&#233;vit&#233; extr&#234;mement variable, ayant exist&#233; sur le quartier de la Croix-Rousse entre 1971 et 1995. Ces &#8220;initiatives&#8221; rev&#234;tent des formes tr&#232;s diverses depuis la soci&#233;t&#233; anonyme jusqu'au regroupement informel en passant par la scop-coop et l'association. Dix-neuf d'entre elles emploient des salari&#233;s. Pour leur champ d'intervention, le secteur des 'services culturels' est largement dominant. A l'issue de sa longue, tr&#232;s pr&#233;cise et passionnante analyse de toutes ces initiatives, Mimmo conclut : &#8220;On peut dire qu'ils ont r&#233;ussi &#224; traduire leurs r&#234;ves au quotidien, leurs d&#233;sirs et besoin d'agir et de vivre autrement. Ils ont r&#233;ussi &#224; concr&#233;tiser l' &#8220;utopie&#8221;. Une Utopie qui dans sa r&#233;alisation pratique repr&#233;sente, dans les initiatives que j'ai d&#233;crites ici, un champ ouvert et non pas un syst&#232;me th&#233;orique clos. Elles repr&#233;sentent plut&#244;t une d&#233;marche vers des formes d'organisation et de vie sociale plurielle (polys&#233;miques) et libertaires, que le d&#233;calque d'une utopie id&#233;ale. (...) Cet enthousiasme traduit en actes, nous dit, nous montre que penser, que vivre autrement est possible. Changer le monde, c'est possible ! Il suffit de le vouloir.&#8221; (Mimmo, op. cit., p. 234-235). Pourtant, avant m&#234;me l'expression de tout doute th&#233;orique, quand on examine les champs d'intervention de ces &#8220;initiatives&#8221;, on est oblig&#233; de relever l'extr&#234;me domination des activit&#233;s dans le domaine culturel et l'expression politique. Plus qu'une &#8220;contre-soci&#233;t&#233;&#8221; c'est un &#8220;parti de l'alternative&#8221; que l'on voit se constituer. C'est toujours l'ambigu&#239;t&#233; de la d&#233;marche alternative. Elle se veut, d&#232;s maintenant, une autre soci&#233;t&#233;, un &#8220;vivre autrement&#8221; et en fait ne se constitue que comme un r&#233;seaux militants &lt;i&gt;pour cette contre-soci&#233;t&#233;&lt;/i&gt;. Si l'on se r&#233;f&#232;re aux &#8220;exp&#233;riences&#8221; &#233;voqu&#233;es pr&#233;c&#233;demment, l'ambigu&#239;t&#233; est vite dissip&#233;e. La &#8220;contre-soci&#233;t&#233;&#8221; comme activit&#233;s productives et reproductives se r&#233;v&#233;lant empiriquement absolument impossible dans le mode de production capitaliste, la d&#233;marche alternative se contredit elle-m&#234;me en se cantonnant &#224; une d&#233;marche &lt;i&gt;pour &lt;/i&gt;l'alternative, quelles que soient les formes rev&#234;tues par ces associations ou leur mode de fonctionnement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les ann&#233;es 50, on pouvait fonctionner &#224; l'int&#233;rieur du PCF-CGT exactement de la m&#234;me fa&#231;on, quant aux champs d'activit&#233;s, que le &#8220;Croix-Roussien alternatif&#8221; actuel et m&#234;me dans des domaines beaucoup plus &#233;tendus de la vie sociale, tant en ce qui concerne le domaine culturel ou des loisirs, la reproduction de la force de travail (mutuelles...), que directement les activit&#233;s productives : la multitude des permanents, les emplois municipaux, les gros comit&#233;s d'entreprise, et m&#234;me &#224; la limite certaines entreprises de tailles diverses cog&#233;r&#233;es de fait par la CGT (c'est un aspect du PC rarement mis en avant et pourtant essentiel si on veut parler de l'identit&#233; ouvri&#232;re dans l'ancien cycle de luttes puis de sa disparition). Notre but n'est pas de d&#233;sesp&#233;rer la Croix-Rousse et encore moins de proc&#233;der &#224; un amalgame malhonn&#234;te et surtout qui n'aurait aucun sens. Il s'agit simplement de faire ressortir la constatation suivante : si l'on compare, d'une part, le champ d'intervention dans la vie sociale d'un parti politique &#8220;classique&#8221; qui a pour but non pas ce champ d'action lui-m&#234;me, mais la prise du pouvoir politique et, d'autre part, les initiatives libertaires qui se veulent, dans leurs activit&#233;s dans la vie sociale, d&#233;j&#224; leur propre but en marche, on s'aper&#231;oit que les deux champs o&#249; se concentrent la grande majorit&#233; des initiatives se recouvrent. Que l'on n'y fasse pas et que l'on n'y dise pas la m&#234;me chose est &#233;vident, mais ce qui est &#233;vident &#233;galement c'est que, dans ses r&#233;alisations m&#234;mes, la strat&#233;gie alternative d&#233;voile son impossibilit&#233; inh&#233;rente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; sa volont&#233; d'y croire, Mimmo, tr&#232;s honn&#234;tement (c'est ce qui fait le grand int&#233;r&#234;t de son livre), expose non le pourquoi mais le comment de cette impossibilit&#233;. &#8220;En effet, si on ne peut pas comparer Christiana, petite commune libre, avec la colline de la Croix-Rousse et ses quelques groupes et activit&#233;s alternatives, on constate, autant &#224; Christiana que sur les pentes, les difficult&#233;s &#224; mettre en place une soci&#233;t&#233; parall&#232;le. C'est une des raisons de l'&#233;chec social de ces initiatives. Echec, puisque ces exp&#233;riences ne survivent souvent que par les subventions qu'elles re&#231;oivent, ou parce que leurs acteurs se d&#233;brouillent avec l'aide d'organismes sociaux offrant le RMI &#224; ceux qui n'ont pas de revenus.&#8221; (op. cit., p. 240-241). Le &#8220;comment&#8221; de cet &#233;chec est dans la nature m&#234;me de la d&#233;marche alternative. Consid&#233;rant l'Etat et la soci&#233;t&#233; capitaliste comme des sommes d'influences diverses en ce qui concerne l'Etat ou des sommes d'activit&#233;s r&#233;pondant &#224; des &#8220;logiques &#233;conomiques&#8221; diff&#233;rentes (et non une totalit&#233; contradictoire) en ce qui concerne la soci&#233;t&#233; capitaliste, les 'initiatives alternatives&#8221; en arrivent bien &#233;videmment &#224; &#234;tre elles-m&#234;mes ces lieux de compromis qui, pour le parti de l'alternative, structurent sa compr&#233;hension g&#233;n&#233;rale de la soci&#233;t&#233; et la pratique qu'il veut avoir en elle. D'o&#249; l'importance, comme r&#233;v&#233;lateur de ce fondement, de l'arriv&#233;e de la gauche au pouvoir en 81. &#8220;L'arriv&#233;e de la gauche au pouvoir, cens&#233;e repr&#233;senter en partie ce renouveau, n'arrive pas &#224; favoriser ce mouvement. D'un c&#244;t&#233;, en effet, elle lui a &#244;t&#233; son caract&#232;re spontan&#233; avec des subventions qui, si elles permettaient &#224; des structures de se stabiliser, tendaient &#233;galement &#224; en ralentir la dynamique interne. D'un autre c&#244;t&#233;, les ann&#233;es 80 ont &#233;t&#233; marqu&#233;es par les soucis &#233;conomiques de beaucoup de jeunes face &#224; la pr&#233;carit&#233; du march&#233; du travail, et par un ch&#244;mage croissant, facteur qui devait mettre fin &#224; toute dynamique sociale d&#233;sirant changer radicalement la soci&#233;t&#233;.&#8221;(d&#176;, p. 188). Si l'on comprend bien, les initiatives alternatives &#8220;changeant radicalement la soci&#233;t&#233;&#8221; ont un grand avenir devant elles &#224; condition...que le capitalisme soit florissant. Le pire c'est que c'est vrai. &#8220;Difficult&#233;s li&#233;es aussi au fait que ces structures n'avaient pas install&#233; un village autonome ou autarcique. Il fallait donc continuer &#224; composer avec l'environnement proche, la ville, les pouvoirs publics, l'argent, l'&#233;volution de la soci&#233;t&#233;. Celle-ci, avec la mont&#233;e du ch&#244;mage et la pr&#233;carit&#233;, a pouss&#233; nombre de jeunes &#224; r&#233;int&#233;grer la famille, le salariat et &#224; retourner vers des id&#233;es politiques conservatrices plut&#244;t que contestataires.&#8221; (d&#176;, p. 236).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que l'on soit &#224; Ibiza, dans les C&#233;vennes, ou &#224; la Croix-Rousse : &#8220;Seules les entreprises ayant une assise &#233;conomique solide, ou des objectifs plus pragmatiques, continu&#232;rent &#224; maintenir vivante &lt;i&gt;l'id&#233;e de vivre tous les jours le changement social &lt;/i&gt;.&#8221;(d&#176;, p. 46). Peut-on dire plus clairement l'impossibilit&#233; de toute &#8220;alternative&#8221; et en donner cette fois-ci le &#8220;pourquoi&#8221; : le capital ne tol&#232;re aucune autre communaut&#233; &#224; ses c&#244;t&#233;s. Cela ne signifie pas qu'il d&#233;truit quelque chose qui aurait la capacit&#233;, s'il ne le d&#233;truisait pas, de lui &#233;chapper, mais cela signifie que, dans la mesure o&#249; le capital est, dans une soci&#233;t&#233;, le mode de production dominant, il est le contenu et l'aboutissement de toute activit&#233; dans cette soci&#233;t&#233;. Qu'importe au capital la forme particuli&#232;re de tel ou tel proc&#232;s de travail, sa structure hi&#233;rarchique ou non, les valeurs d'usage qui en r&#233;sultent. Tant que, en tant que valeur en proc&#232;s et argent, le capital demeure la g&#233;n&#233;ralit&#233; abstraite, tout autre &#8220;communaut&#233;&#8221; appara&#238;tra face &#224; lui comme n'importe quel individu isol&#233; qui devra prendre la forme de la g&#233;n&#233;ralit&#233; abstraite du travail social comme valeur, argent, capital.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La simple s&#233;paration des proc&#232;s de production, des entreprises et des productions individuelles, pose &#224; partir d'elle la n&#233;cessit&#233; de la valeur comme g&#233;n&#233;ralit&#233; abstraite du travail social. Tant que le capital existe, m&#234;me en supposant dans un premier temps possible l'existence de &#8220;collectifs de production&#8221; connaissant d'autres 'rapports de production' (si tant est que l'on puisse d&#233;finir des rapports de production &#224; partir du proc&#232;s imm&#233;diat de production), par d&#233;finition ces &#8220;collectifs&#8221; ne repr&#233;senteraient qu'une fraction de la production sociale. Celle-ci serait donc n&#233;cessairement divis&#233;e (nous laissons volontairement de c&#244;t&#233; la supposition absurde de l'autarcie compl&#232;te de la production alternative ; m&#234;me dans ce cas il faudrait r&#233;gler le probl&#232;me de l'&#233;change - sans guillemets, cf supra &#8220;Courant Alternatif&#8221; - entre les diverses communaut&#233;s productives). A partir du moment o&#249; la production sociale na&#238;t de la rencontre d'unit&#233;s productives ind&#233;pendantes, l'encha&#238;nement social, c'est-&#224;-dire la relation entre ces diff&#233;rentes unit&#233;s productives, m&#234;me s'il s'agit d'une place de cin&#233;ma, appara&#238;t vis-&#224;-vis d'elles comme une n&#233;cessit&#233; objective et en m&#234;me temps comme un lien qui leur est ext&#233;rieur. Leur existence conjointe est une n&#233;cessit&#233; (par hypoth&#232;se) mais ce n'est qu'un moyen pour leur reproduction particuli&#232;re, qui alors doit prendre la forme de quelque chose d'ext&#233;rieur : l'argent. Il faut qu'en face de sujets productifs ind&#233;pendants, et m&#234;me entre les diverses initiatives alternatives, l'interd&#233;pendance du travail social existe comme quelque chose d'ind&#233;pendant d'elle, nous parlons ici de l'argent bien &#233;videmment. On voit donc que l'hypoth&#232;se se d&#233;truit elle-m&#234;me, sa propre &#233;nonciation la contredit. On peut imaginer toute sorte de modalit&#233;s d' &#8220;&#233;change&#8221; entre les &#8220;collectifs de production&#8221;, mais par d&#233;finition la production alternative se situe &#224; l'int&#233;rieur d'une soci&#233;t&#233; domin&#233;e par le capital, sinon elle n'est pas alternative. Ces modalit&#233;s qui voudraient naturellement &#233;viter l'argent, se retrouvent confront&#233;es &#224; une contradiction insoluble : les produits sont fabriqu&#233;s comme des marchandises, mais ne doivent pas &#234;tre &#233;chang&#233;s comme des marchandises.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;marche alternative, le &#8220;vivre et produire autrement&#8221;, la strat&#233;gie du &#8220;d&#233;sengagement&#8221;, en arrivent &#224; contredire leur propre pr&#233;suppos&#233; th&#233;orique fondamental : l'existence des conditions objectives du communisme comme &#233;l&#233;ments positifs r&#233;alis&#233;s et utilisables maintenant dans le capital. La fixation de l'activit&#233; sociale, l'&#233;l&#233;vation dans le capital de notre propre activit&#233; en une puissance objective qui domine les individus, sont un des moments capitaux du d&#233;veloppement historique jusqu'&#224; nos jours en ce qu'elles sont l'universalit&#233; de l'humanit&#233; et la constitution de l'histoire mondiale comme contradiction entre le prol&#233;tariat et le capital. Elles sont la propre condition de leur d&#233;passement et en d&#233;terminent le contenu comme communisme. Ce d&#233;veloppement historique dans le mode de production capitaliste en tant qu'ali&#233;nation et exploitation ne peut &#234;tre d&#233;pass&#233; que parce qu'il a fait &#8220;de la masse de l'humanit&#233; une masse totalement priv&#233;e de propri&#233;t&#233;, qui se trouve en m&#234;me temps en contradiction avec un monde de richesse et de culture.&#8221; (Marx, &#8220;L'Id&#233;ologie Allemande&#8221;, p. 63). C'est le premier point que vient contredire la tactique alternative, alors que sa strat&#233;gie repose sur la consid&#233;ration de ce d&#233;veloppement comme une donn&#233;e objective dans le capital. Dans sa pratique imm&#233;diate, l'alternative vise &#224; redonner du pouvoir sur ses conditions d'existence au prol&#233;tariat, et m&#234;me, dans le cadre du mode de production capitaliste, &#224; lui &#8220;redonner de la propri&#233;t&#233;&#8221;. On pourrait &#224; ce propos relever l'origine sociale de la majorit&#233; des animateurs des &#8220;initiatives alternatives&#8221; : couche moyenne, moyennement diplom&#233;s (cf Mimmo, op. cit.). Il n'y a ici aucune appr&#233;ciation morale sur une radicalit&#233; de la d&#233;possession, mais une consid&#233;ration historique sur la d&#233;possession comme d&#233;finissant dans le mode de production capitaliste sa contradiction, et la possibilit&#233; de son d&#233;passement. La constitution par le capital de l'universalit&#233; des relations humaines et de l'histoire mondiale, dont la forme est donn&#233;e par l'objectivation abstraite dans l'argent et le capital de tous les produits de l'activit&#233; humaine et de toutes les activit&#233;s elles-m&#234;mes, ne se d&#233;veloppe, comme contenu empirique des relations sociales, que sous la forme de la &#8220;masse priv&#233;e de propri&#233;t&#233;&#8221;. Ce sont &lt;i&gt;ces&lt;/i&gt; individus qui deviennent des &#8220;hommes empiriquement universels, vivant l'histoire mondiale&#8221; (d&#176;), cette universalit&#233; est leur rapport de s&#233;paration d'avec leur communaut&#233; et n'est leur existence empirique et ne se d&#233;veloppe pour eux comme universelle et comme histoire mondiale, que pour autant qu'ils sont en contradiction avec l'existence abstraite de leur universalit&#233; et le proc&#232;s dans lequel cette abstraction devient l'universalit&#233; face &#224; eux : l'exploitation. Sans cela, c'est-&#224;-dire si la d&#233;possession totale n'&#233;tait pas l'universalit&#233; et r&#233;ciproquement : &#8220;1&#176; le communisme ne pourrait exister que comme ph&#233;nom&#232;ne local ; 2&#176; les puissances des relations humaines elles-m&#234;mes n'auraient pu se d&#233;velopper comme puissances universelles et de ce fait insupportables, elles seraient rest&#233;es des circonstances relevant de superstitions locales, et 3&#176; toute extension des &#233;changes abolirait le communisme local. &lt;i&gt;Le communisme n'est empiriquement possible que comme l'acte soudain et simultan&#233; des peuples dominants &lt;/i&gt;(soulign&#233; par l'auteur), ce qui suppose &#224; son tour le d&#233;veloppement universel de la force productive et les &#233;changes mondiaux &#233;troitement li&#233;s au communisme.&#8221; (d&#176;, p. 64). C'est l&#224;, en promouvant &#8220;un communisme local&#8221; comme d&#233;marche vers le communisme, comme anticipation de celui-ci, que pour la deuxi&#232;me fois la tactique alternative entend le chant du coq, renie sa strat&#233;gie. La premi&#232;re fois elle reniait la &#8220;masse d&#233;pourvue de propri&#233;t&#233;&#8221; comme condition du communisme, la deuxi&#232;me fois elle renie l'histoire mondiale. Les deux reniements &#233;tant, nous l'avons montr&#233;, &#233;troitement li&#233;s, si ce n'est m&#234;me identiques. Enfin en faisant du communisme, dans cette logique tactique, un d&#233;veloppement progressif &#224; l'int&#233;rieur du mode de production capitaliste, un choix de soci&#233;t&#233;, le r&#233;sultat d'une volont&#233; politique, c'est cette fois globalement que la d&#233;marche alternative renie sa propre affirmation de l'existence objective des conditions du communisme. Comme dans les &#233;vangiles, le coq chante toujours trois fois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le salariat sans le capital, la d&#233;mocratie directe, la construction de l'alternative sont les th&#232;mes et les pratiques dominantes du d&#233;mocratisme radical. Cependant, parce que c'est la &lt;i&gt;m&#234;me contradiction&lt;/i&gt; entre les classes qui porte le d&#233;mocratisme radical et le d&#233;passement du mode de production capitaliste comme l'abolition de toutes les classes dans ce cycle de luttes, la critique, le refus, l'abolition du travail sont la forme ultime de l'alternative et du d&#233;mocratisme radical. Cela dans la mesure o&#249; ce refus devient le fondement d'un &#8220;vivre autrement&#8221; d&#232;s maintenant, dans la mesure o&#249; il se donne comme le projet d'un &#8220;partage des richesses&#8221;. C'est la forme ultime de l'alternative et du d&#233;mocratisme radical en ce que cette critique et ce refus se veulent le d&#233;passement &#8220;radical&#8221; de la limite sp&#233;cifique de ce cycle de luttes : agir en tant que classe. Cependant, en l'absence de communisation r&#233;elle de la soci&#233;t&#233;, d'abolition du mode de production capitaliste, la limite n'est qu'id&#233;alement d&#233;pass&#233;e. L'activit&#233; communiste du prol&#233;tariat a toujours pour contenu de m&#233;dier l'abolition du capital par son rapport au capital ; ce n'est ni un d&#233;gagement du capital comme alternative ou affirmation du prol&#233;tariat, ni un imm&#233;diatisme du communisme &#224; partir d'une r&#233;v&#233;lation de la vraie nature du prol&#233;tariat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au stade actuel de ce cycle de luttes, d&#233;passer l'activit&#233; en tant que classe comme limite, comme cela fut aper&#231;u de fa&#231;on marginale dans la lutte des ch&#244;meurs et pr&#233;caires de l'hiver 97 - 98 (voir plus loin), ne pouvait &#234;tre un mouvement interne de cette activit&#233;, mais se placer volontairement, id&#233;ologiquement, en dehors des termes de la lutte de classes. Il fallait d&#233;j&#224; partir de ce qui n'est que le r&#233;sultat de la r&#233;volution : les individus libres se construisant des rapports sociaux. En fait, on n'avait que la somme des individus isol&#233;s tels qu'ils sont dans l'&#233;change et on retombait alors dans l'alternative car on avait fait l'&#233;conomie de la production du communisme dans la contradiction avec le capital. La limite n'&#233;tait pas d&#233;pass&#233;e comme activit&#233; du prol&#233;tariat lui-m&#234;me, les classes avaient disparu, on avait jet&#233; le b&#233;b&#233; avec l'eau du bain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;c ) La critique du travail et de l'&#233;conomie : id&#233;ologie de l'alternative.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;La critique de la valeur d'usage&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cette 'frange' du d&#233;mocratisme radical qui critique le travail, la question essentielle consiste &#224; 's'interroger sur le sens de ce que l'on produit'. Le dernier mot de cette critique porte alors sur la &lt;i&gt;valeur d'usage&lt;/i&gt; de la production, sur son caract&#232;re le plus souvent 'nuisible' ; ce qui n'emp&#234;che pas de proclamer simultan&#233;ment que les 'richesses' existent pour assurer la subsistance pour toutes et tous, et que nous n'aurions qu'&#224; les partager. Si, au cas par cas, on peut montrer que ce caract&#232;re 'nuisible' est d&#251; &#224; la recherche du profit comme but de la production (assimil&#233; le plus souvent &#224; la domination du capital financier), il n'emp&#234;che que l'on fonde le d&#233;passement de ce mode de production non sur une contradiction interne du mode de production capitaliste (le proc&#232;s de valorisation comme contradiction en proc&#232;s) qui porte la n&#233;gation du prol&#233;tariat, mais sur une 'contradiction' d'&#233;l&#233;ments externes : le profit contre l'utilit&#233;. On transforme le d&#233;passement du capital de 'r&#233;sultat' d'une contradiction interne en mouvement fond&#233; sur une simple opposition ; c'est l'alternative. On perd de vue que ce n'est que de par ce qu'il est dans le mode de production capitaliste, et en d&#233;passant la contradiction qui le d&#233;finit comme classe de ce mode de production, que le prol&#233;tariat peut &#234;tre la classe produisant le communisme, l'imm&#233;diatet&#233; sociale de l'individu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La production capitaliste n'est li&#233;e &#224; aucune valeur d'usage particuli&#232;re ; elle peut &#234;tre jug&#233;e aussi bien 'faste' que 'n&#233;faste', et le classement dans ces cat&#233;gories n'est le plus souvent qu'affaire de go&#251;t personnel, de morale ou de pr&#233;jug&#233;. La notion d'utilit&#233; ne permet pas de fixer d&#232;s maintenant les futures activit&#233;s, en fonction des 'besoins sociaux' qui, en l'&#233;tat actuel des choses, rel&#232;vent de pures sp&#233;culations ou pire de l'id&#233;ologie du go&#251;t. Ce n'est que dans la r&#233;volution, la communisation des rapports entre les individus, que l'on pourra d&#233;terminer des choix en fonction des perspectives imm&#233;diates du mouvement et de l'&#233;laboration des objectifs globaux &#224; plus long terme. Il n'y a pas de d&#233;finition absolue et a priori de l'utile et de l'inutile. Cependant, il faut passer d'une critique interne &#224; la critique de la probl&#233;matique dans laquelle une telle notion d'utilit&#233; se formalise et prend son sens : la notion d'utilit&#233; n'est pas la base d'une critique int&#233;ressante mais limit&#233;e du travail ; elle est une critique du travail &lt;i&gt;et c'est l&#224; sa limite&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le cadre de la critique du travail, donc d'une perspective alternativiste, cette critique pose la question de la &lt;i&gt;valeur d'usage&lt;/i&gt;, non en concevant le d&#233;passement de la notion elle-m&#234;me et du rapport social qu'elle repr&#233;sente, mais comme choix entre les valeurs d'usage. Nonobstant cette probl&#233;matique du choix, le crit&#232;re de l'utilit&#233; met en avant la question de la valeur d'usage en elle-m&#234;me, sous l'aspect o&#249; elle serait, dans chaque production, dans les particularit&#233;s des objets produits, le besoin de l'autre et, imm&#233;diatement, le caract&#232;re social de l'individu dans sa production. C'est la situation que pr&#233;sente Marx dans les 'Notes sur James Mill' (in 'Pr&#233;sentation' des 'Manuscrits de 1844', Ed. Sociales). Dans ce texte, Marx reste dans la probl&#233;matique utilitariste de l'auteur qu'il commente : la soci&#233;t&#233; comme rencontre d'individus cherchant &#224; 'maximiser' leur &#234;tre et leur jouissance, sans poser la soci&#233;t&#233; comme ce qu'ils ont d&#233;j&#224; en commun et leur activit&#233; particuli&#232;re comme pr&#233;suppos&#233;e par l'activit&#233; sociale g&#233;n&#233;rale. 'Admettons que nous ayons produit en tant qu'hommes : dans sa production chacun de nous se serait doublement affirm&#233; lui-m&#234;me et aurait affirm&#233; l'autre. J'aurais 1&#176; objectiv&#233; dans ma production mon individualit&#233;, sa particularit&#233;, et j'aurais donc aussi bien joui, pendant mon activit&#233;, d'une manifestation vitale individuelle que connu, en contemplant l'objet, la joie individuelle de savoir que ma personnalit&#233; est une puissance objective, perceptible par les sens et en cons&#233;quence au dessus de tout doute. 2&#176; dans ta jouissance ou ton usage de mon produit, je jouirais directement de la conscience &#224; la fois d'avoir satisfait dans mon travail un besoin humain et d'avoir objectiv&#233; l'essence de l'homme, donc d'avoir procur&#233; l'objet qui lui convenait aux besoins d'un autre &#234;tre humain (on est en pleine d&#233;finition feuerbachienne de l'essence, n d a). 3&#176; d'avoir &#233;t&#233; pour toi le moyen terme entre toi-m&#234;me et le genre, d'&#234;tre donc connu et ressenti par toi comme un compl&#233;ment de ton propre &#234;tre et une partie n&#233;cessaire de toi-m&#234;me, donc de me savoir confirm&#233; aussi bien dans ta pens&#233;e que dans ton amour. 4&#176; d'avoir cr&#233;&#233; dans la manifestation individuelle de ma vie la manifestation de ta vie, d'avoir donc confirm&#233; et r&#233;alis&#233; directement, dans mon activit&#233; individuelle, mon essence vraie, mon essence humaine, mon essence sociale.' La critique de l'utilit&#233; de telle ou telle marchandise, et donc de tel ou tel travail en tant que travail concret, outre qu'elle ne d&#233;passe pas une conception utilitariste du rapport entre les individus, laisse intacte la notion m&#234;me de valeur d'usage consid&#233;r&#233;e comme une utilit&#233; enfouie dans les caract&#233;ristiques objectives du produit, comme le serait son poids ou sa densit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La valeur d'usage est elle-m&#234;me un rapport social, c'est l'utilit&#233; dans la division du travail. En dehors d'une &#233;conomie marchande, la notion de valeur d'usage n'a plus aucun sens. En outre, dans le capital, la valeur d'usage devient une cat&#233;gorie que l'on ne peut m&#234;me plus situer en dehors de l'&#233;conomie, non parce que le capital fixerait les besoins &#224; satisfaire, ce qui est le cas de toutes les formes sociales (la valeur d'usage est toujours une cat&#233;gorie historique, d&#233;finition donn&#233;e d&#232;s le troisi&#232;me paragraphe du 'Capital'), mais parce que dans le capital, c'est son mouvement m&#234;me, sa nature de valeur en proc&#232;s, qui le d&#233;finit tant&#244;t comme valeur d'usage, tant&#244;t comme valeur d'&#233;change. La valeur d'usage n'est plus une qualit&#233; tenant &#224; l'objet en lui-m&#234;me, aux besoins qu'il satisfait, mais une qualit&#233; d&#233;finie par le cycle de reproduction et d'accroissement de la valeur (cf. 'Grundisse' t. 2, p. 172-173, Ed. Sociales).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'il est vrai que les premiers &#233;changes ne se font pas entre les individus &#224; l'int&#233;rieur d'une m&#234;me communaut&#233;, mais l&#224; o&#249; les communaut&#233;s s'arr&#234;tent, cela a-t-il un sens de parler de la valeur d'usage du bl&#233; (pour reprendre l'exemple de Marx, d&#176;, p. 376), comme qualit&#233;s inh&#233;rentes au bl&#233; ? Autant parler de la valeur d'usage r&#233;ciproque de l'homme et de la femme pour la reproduction de cette communaut&#233;. Parle-t-on de la valeur d'usage de l'air (enfin, pour l'instant, pas encore) ? Il n'y a de valeur d'usage qu'&#224; partir du moment o&#249; il y a s&#233;paration entre l'homme et ses conditions de production, et s&#233;paration entre les individus dans le proc&#232;s social de reproduction (&#233;change). &lt;i&gt;Pour que le produit se pose comme une valeur d'usage, il faut pr&#233;cis&#233;ment que sa production ait &#233;t&#233; s&#233;par&#233;e de son usage&lt;/i&gt;, qu'entre les deux se soit introduite une m&#233;diation sociale. Sinon la valeur d'usage du bl&#233; ne nous avancerait pas plus que de dire que les hommes ont besoin de manger, etc., et nous perdrions une des caract&#233;ristique essentielle de la valeur d'usage d'&#234;tre une production historique. Quand Marx veut montrer le caract&#232;re absolument ind&#233;pendant de la valeur d'usage par rapport &#224; tout mode de production, il est contraint de la ramener &#224; un pur ph&#233;nom&#232;ne naturel, &#224; une d&#233;termination du produit totalement ind&#233;pendante de la production humaine, de l'histoire. 'Le bl&#233;, par exemple, poss&#232;de la m&#234;me valeur d'usage, qu'il soit cultiv&#233; par des esclaves, des serfs ou des travailleurs libres. Il ne perdrait nullement sa valeur d'usage s'il se mettait &#224; tomber du ciel comme la neige.' (d&#176;, p. 376). Parle-t-on de la valeur d'usage de la pluie ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La critique du travail ne peut pas aborder la critique de la notion m&#234;me de valeur d'usage comme rapport social. Par nature, la critique du travail, au travers de la critique de l'utilit&#233; des activit&#233;s, transforme l'abolition du travail salari&#233;, abolition d'un rapport social, en abolition d'un type d'activit&#233; humaine dont les d&#233;terminations, en derni&#232;re instance, sont constitu&#233;es par le rapport &#233;tabli entre l'homme, les instruments et les mati&#232;res premi&#232;res (la nature). Il ne s'agit plus que d'envisager des transformations dans la combinaison de ces &#233;l&#233;ments et de les juger &#224; l'aune de leur utilit&#233; sociale, en les consid&#233;rant comme &#233;l&#233;ment d'un vaste ensemble rationnel qu'est le travail social global. Actuellement, 'le probl&#232;me est plut&#244;t de voir (au lieu de vouloir mettre tout le monde au travail) en quoi l'activit&#233; de chacun (division du travail, division des r&#244;les) r&#233;pond &#224; une utilit&#233; rationnelle d'ensemble.Tant qu'il y avait plein-emploi, la question des finalit&#233;s de la production de ce qui est r&#233;ellement du travail productif &#233;tait oiseuse. Aujourd'hui o&#249; 35% de jeunes de 15 &#224; 30 ans ne voient pas ce qu'ils ont &#224; faire qui justifierait de se plier aux joies du travail, la question de l'utilit&#233; sociale de toute personne se trouve pos&#233;e beaucoup plus brutalement.' ('Cash', d&#233;cembre 1987).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;La critique du travail concret&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question du 'sens de ce que l'on produit' cherche &#224; opposer, &#224; distinguer, &#224; l'int&#233;rieur du travail concret, des types de travaux utiles et des types de travaux inutiles ou m&#234;me nuisibles. D'abord, il faut consid&#233;rer qu'au niveau du travail concret, la distinction est impossible &#224; &#233;tablir, tout comme celle entre 'faux' et 'vrais' besoins. Tout cela renvoie &#224; une anthropologie id&#233;aliste impossible, &#224; une d&#233;finition de la nature humaine. Ce n'est pas d'une classification des travaux concrets dont il faut partir, ni m&#234;me de la critique de tous les modes d'&lt;i&gt;effectuation&lt;/i&gt; du travail dans n'importe quel proc&#232;s de production, mais du travail productif pour le capital, du travail en ce qu'il est productif de valeur et de plus-value, c'est-&#224;-dire du travail abstrait. Quelle que soit la sph&#232;re productive dans laquelle il s'applique, c'est le travail abstrait qui est, si l'on veut, 'nuisible'. C'est parce que le travail en tant que travail concret n'a d'existence que s'il valorise, comme travail abstrait, le capital, que tous les travaux concrets sont d&#233;finis dans les modalit&#233;s particuli&#232;res de leur effectuation. Ce n'est qu'&#224; partir du moment o&#249; l'on critique le travail comme travail abstrait, en tant que producteur de valeur et de plus-value, que l'on acc&#232;de &#224; ce qu'il y a de fondamental dans ce qu'ouvre l'abolition du travail salari&#233; : la fin de la s&#233;paration d'avec la communaut&#233;, l'imm&#233;diatet&#233; sociale de l'individu et donc la disparition m&#234;me de la question de l'utilit&#233;. Se pose-t-on la question de l'utilit&#233; de la manifestation de soi ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En outre, ce n'est qu'&#224; partir de la critique du travail comme travail abstrait, que l'on peut, non pas critiquer tel ou tel travail concret, mais la notion m&#234;me et la r&#233;alit&#233; sociale du &lt;i&gt;travail concret comme cat&#233;gorie de tous les modes de production o&#249; existe la marchandise et du mode de production capitaliste en particulier,&lt;/i&gt; comme nous l'avons fait pr&#233;c&#233;demment pour la valeur d'usage.&lt;strong&gt; &lt;/strong&gt;Si, d&#232;s le premier moment de l'&#233;change entre capital et travail, prol&#233;taires et capitalistes ne se font pas face en tant que simples &#233;changistes mais en tant que classes, c'est que le travail est la seule valeur d'usage qui puisse faire face au capital et cela en tant que puissance abstraite de travail. Dans le mode de production capitaliste, le travail concret n'est qu'une cat&#233;gorie d&#233;riv&#233;e de la division manufacturi&#232;re et sociale du travail. En tant qu'activit&#233; concr&#232;te, le travail est n&#233;cessairement, dans le mode de production capitaliste, activit&#233; individuelle et isol&#233;e pour le travailleur car, en tant qu'activit&#233; collective et unifi&#233;e, il est activit&#233; du capital (cf. la th&#233;orie de la coop&#233;ration dans le livre I du 'Capital'). Comme personnes ind&#233;pendantes les ouvriers sont des individus isol&#233;s qui entrent en rapport avec le m&#234;me capital mais non entre eux. Leur coop&#233;ration ne commence que dans le proc&#232;s de travail ; mais l&#224;, ils ont d&#233;j&#224; cess&#233; de s'appartenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En tant que porteur et agent d'un travail concret, le travailleur est n&#233;cessairement travailleur individuel et isol&#233;, il est l'autre face de la coop&#233;ration objectiv&#233;e dans le capital o&#249; se r&#233;alise le travail comme travail abstrait. Dans une 'soci&#233;t&#233;' communiste, une activit&#233; qui int&#233;grerait en elle-m&#234;me, imm&#233;diatement, toutes ses d&#233;termination d'activit&#233;s sociales, ne serait pas plus une activit&#233; abstraite que concr&#232;te, pas plus individuelle que sociale. 'Travail concret' / 'travail abstrait', n'existent que l'un par l'autre, c'est-&#224;-dire dans un travail qui a une double nature. Si le travailleur est consid&#233;r&#233; comme agent d'un travail concret, cela signifie n&#233;cessairement que, de fa&#231;on simultan&#233;e, on pose son unit&#233; avec les autres travailleurs comme &#233;trang&#232;re, comme se concr&#233;tisant, s'objectivant dans le capital. &lt;i&gt;Le travail concret n'est qu'une d&#233;termination sociale de la division du travail, et un attribut du travailleur en tant que travailleur isol&#233;, face &#224; ce que le capital concentre comme force collective du travail&lt;/i&gt;. Le travailleur, comme agent d'un travail concret sp&#233;cifique dans la division du travail manufacturi&#232;re ou sociale, et l'objectivation des forces sociales du travail dans le capital sont les deux faces d'un m&#234;me rapport : la subsomption du travail sous le capital. Le travail concret n'existe dans le mode de production capitaliste que comme d&#233;termination de la division du travail, face &#224; l'objectivation des forces sociales du travail dans le capital.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'y a pas d'alternative possible sur la base du travail concret &#224; partir de la modification de ses d&#233;terminations d'effectuation. Tant qu'il s'agit de modifier ces d&#233;terminations, on consid&#232;re l'activit&#233; humaine comme travail concret et, par l&#224;-m&#234;me, on pr&#233;suppose l'existence du travail abstrait comme son faire valoir social. La fameuse 'appropriation de nos vies' se r&#233;duit alors &#224; un am&#233;nagement de ce qui existe (non critiquable en soi, mais on est sorti de la question). La perspective de la critique du travail, confront&#233;e &#224; son impuissance, est contrainte de faire le saut de l'alternativisme (et du r&#233;formisme).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;La critique du travail est une critique formelle du travail salari&#233;, sa naturalisation&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De fa&#231;on g&#233;n&#233;rale, la critique du travail est une impasse. Elle commence par construire un objet d'analyse qui est le travail en-soi ; ensuite, elle veut d&#233;duire de l'analyse de cette activit&#233;, qui telle qu'elle l'a pos&#233;e est une abstraction sp&#233;culative, les rapports sociaux contradictoires dans lesquels &#233;voluent les hommes. La critique du travail ne peut avoir d'objet et se justifier elle-m&#234;me que si elle construit son objet ant&#233;rieurement aux rapports sociaux, mais alors elle devient purement sp&#233;culative ; si ce sont les rapports sociaux historiquement d&#233;termin&#233;s qu'elle se met &#224; critiquer, alors elle entre en contradiction avec le premier moment de formalisation de son objet et en r&#233;v&#232;le l'inutilit&#233;. La grande limite de toute critique du travail r&#233;side dans le fait qu'elle a plac&#233; dans l'activit&#233;, comme essence de celle-ci, ce qui est le fait de rapports sociaux, elle est donc amen&#233;e &#224; poser le principe de l'ali&#233;nation, donc des soci&#233;t&#233;s de classes, dans l'activit&#233; comme une raison pr&#233;alable de ces soci&#233;t&#233;s .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Partant (avec raison) du travail salari&#233;, &lt;i&gt;la critique du travail fait 'glisser'&lt;/i&gt; &lt;i&gt;la critique du travail salari&#233; de la critique d'un rapport social &#224; une critique naturaliste de l'activit&#233; humaine.&lt;/i&gt; Dans une 'Esquisse de l'assembl&#233;e de Jussieu' (assembl&#233;e de ch&#244;meurs et pr&#233;caires durant l'hiver 97-98, r&#233;unie sur la volont&#233; de pousser la critique du ch&#244;mage jusqu'&#224; la critique du travail), &#233;crite par un participant &#224; cette assembl&#233;e et publi&#233;e dans 'Courant Alternatif' (avril 98), on voit &#224; l'oeuvre ce glissement : 'Qu'est-ce que le travail ? Qu'est-ce que le ch&#244;mage ? Le travail est un rapport social d'exploitation, un moyen de contr&#244;le social et de production souvent vaine, voire nuisible. Il est soumis &#224; la hi&#233;rarchie, au contr&#244;le et &#224; la recherche de profit. En effet, la finalit&#233; de l'&#233;conomie n'est pas la recherche de satisfactions des besoins r&#233;els et d'une r&#233;partition &#233;galitaire, mais la recherche de profit, c'est-&#224;-dire d'argent, c'est-&#224;-dire de pouvoir de domination. Ces d&#233;bats ont permis de discuter de questions comme le totalitarisme de la marchandise et de l'argent, l'inutilit&#233; sociale (la vacuit&#233;) du syst&#232;me productif, les rapports &#224; l'Etat.' De fa&#231;on &#233;vidente, le travail est ici le travail salari&#233;, l'appellation de l'un par l'autre permet de donner comme contenu au rapport social d'exploitation la vacuit&#233; de l'activit&#233;, la r&#233;partition in&#233;galitaire, la domination et la hi&#233;rarchie. 'L'argent' ram&#232;ne le profit &#224; la r&#233;partition, et l'exploitation &#224; l'impossibilit&#233; de 'satisfaire les besoins r&#233;els'. La critique du travail a dissout le rapport d'exploitation, proclam&#233; pourtant comme la d&#233;finition m&#234;me du travail, et les contradictions de classes qu'il d&#233;finit, en une opposition entre la recherche du profit (r&#233;partition in&#233;galitaire) et les besoins r&#233;els. Le rapport social d'exploitation n'est plus saisi comme contradictoire en lui-m&#234;me, mais contradictoire, parce qu'il est travail, &#224; une v&#233;ritable activit&#233; humaine. Le rapport social d'exploitation est devenu lui-m&#234;me quelque chose de formel, un type d'activit&#233; : hi&#233;rarchie , contr&#244;le, domination, une certaine finalit&#233; de la production (inutile, n&#233;faste), une r&#233;partition du produit in&#233;galitaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cette probl&#233;matique de la critique du travail, on d&#233;passe rarement le niveau de l'argent et de la marchandise. C'est la contrepartie de l'opposition &#233;tablie par la critique du travail entre 'les besoins de la vie humaine' et 'une production falsifi&#233;e qui ne r&#233;pond plus qu'&#224; des besoins factices' (tract 'AG de Jussieu', distribu&#233; &#224; la manifestation du 7 mars 98). Mais cette opposition est fondamentalement le r&#233;sultat de la transformation qu'op&#232;re la critique du travail sur la critique du travail salari&#233; et sur sa d&#233;finition. Ce travail n'est 'jamais au demeurant qu'un emploi dont la finalit&#233; s'apparente dans la plupart des cas &#224; une occupation au moindre co&#251;t. Il suffit de constater la place pr&#233;pond&#233;rante des activit&#233;s de gestion et de contr&#244;le dans le processus de production. En bref, il appara&#238;tra que la fonction derni&#232;re du travail est de nature polici&#232;re, c'est-&#224;-dire proc&#232;de du maintien de l'ordre social et pourrait se r&#233;sumer par cette formule : 'Comment occuper les hommes quand pour l'essentiel ils n'ont plus d'autre utilit&#233; que celle de consommer. (...) Une des premi&#232;res r&#233;ussites du mouvement serait de souligner le caract&#232;re mortif&#232;re des produits du travail dans cette soci&#233;t&#233;.' (d&#176;). Le travail salari&#233;, &lt;i&gt;devenu travail&lt;/i&gt;, n'est plus critiqu&#233; que sur ses finalit&#233;s, c'est-&#224;-dire sur les valeurs d'usage qui en r&#233;sulte, ou sur ses modalit&#233;s d'ex&#233;cution. Cela dans la mesure o&#249;, en lui-m&#234;me, a &#233;t&#233; &#233;limin&#233; ce qui pouvait en faire un rapport social d'exploitation : les hommes ne sont plus l&#224; que comme consommateurs, surveillants, gestionnaires. Au lieu de voir l&#224; le cours m&#234;me du capital comme contradiction en proc&#232;s et contradiction de classes, on voit l&#224; un &#233;tat r&#233;alis&#233;. La contradiction ne se situe plus, &#224; l'int&#233;rieur d'un mode de production, entre des classes mais entre deux types d'activit&#233;, deux fa&#231;ons de produire, deux familles de valeurs d'usage, parce que le mode de production capitaliste est d&#233;j&#224; consid&#233;r&#233; comme n'existant plus que comme domination. On sait que c'est le fondement substantiel de l'alternative.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La v&#233;ritable alternative, d&#233;clare le tract, 'n'oppose pas le travail salari&#233; au ch&#244;mage, mais une activit&#233; libre et cr&#233;atrice - qui reste &#224; &#234;tre collectivement invent&#233;e - au travail ali&#233;n&#233;.' Quand la critique du travail salari&#233; devient critique du travail (m&#234;me si le premier terme continue &#224; &#234;tre employ&#233;), ce qui dispara&#238;t c'est que cette 'activit&#233; libre et cr&#233;atrice' n'est pas l'autre branche d'une alternative dont la premi&#232;re serait le travail ali&#233;n&#233;, mais qu'elle na&#238;t du d&#233;passement des contradictions du travail ali&#233;n&#233;, c'est-&#224;-dire aujourd'hui du travail salari&#233;. Comme toujours, c'est dans la compr&#233;hension du cours imm&#233;diat de la lutte de classes, des luttes quotidiennes, que l'on peut juger de la v&#233;ritable nature d'une position th&#233;orique. &lt;i&gt;Dans la critique du travail on oppose au travail ali&#233;n&#233;, 'l'activit&#233; libre' comme l'autre branche d'une alternative : le prol&#233;tariat ne verrait pas qu'il faut qu'il fasse autre chose que ce qu'il fait&lt;/i&gt;.. Ce qui n'est plus ma&#238;tris&#233;, c'est le rapport entre les luttes dans le cadre du travail ali&#233;n&#233; et leur d&#233;passement. Comment 'l'activit&#233; libre' est le d&#233;passement produit de la contradiction entre le prol&#233;tariat et le capital dont font partie ces luttes quotidiennes, de par la situation du prol&#233;tariat dans cette contradiction et de par son cours historique ; et non de par une sorte de &lt;i&gt;choix&lt;/i&gt; dont les termes existeraient face &#224; face. Mais, pour saisir cela il ne faudrait pas avoir rang&#233; l'exploitation au magasin des antiquit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La 'critique du travail' est une &lt;i&gt;id&#233;ologie &#233;labor&#233;e&lt;/i&gt; de la pratique alternative, elle n'est pas le fondement de cette pratique mais sa justification, et son mode d'appr&#233;hension de la r&#233;alit&#233;. La &#8220;richesse&#8221;, quant &#224; elle, n'est critiqu&#233;e que sous sa forme mat&#233;rielle, que l'on jugera selon sa plus ou moins grande &#8220;utilit&#233;&#8221;. Cette &#8220;richesse&#8221; en tant que rapport social, marchandise-capital, s'est &#233;vanouie. Malgr&#233; les apparences, tous les rapports de production ont &#233;t&#233; accept&#233;s. On est rest&#233; en fait dans le cadre de cette soci&#233;t&#233; et l'on a agi pour une r&#233;partition plus &#233;quitable, plus juste. Quand on ne s'attaque qu'&#224; la distribution dans son acception la plus banale, on fait par l&#224;-m&#234;me de la production une abstraction creuse, c'est-&#224;-dire une v&#233;rit&#233; &#233;ternelle, l'histoire et les classes sociales ne relevant que de la plus ou moins grande quantit&#233; de produits que des cat&#233;gories d'individus retirent de la distribution. C'est la division de la soci&#233;t&#233; en classes qui a disparu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans son isolement et &#224; cause de ses caract&#233;ristiques m&#234;mes, le mouvement des ch&#244;meurs a vu transformer ce qu'il y avait de plus radical en lui - l'expression de la caducit&#233; du rapport salarial en tant que proc&#232;s contradictoire dans le mode de production capitaliste - en une &lt;i&gt;nature&lt;/i&gt; du mouvement lui-m&#234;me, une nature intrins&#232;que &#224; ses acteurs. Ainsi la d&#233;marche alternative et son id&#233;ologie, la critique du travail, se sont fix&#233;es comme limites de cette lutte. Ce mouvement devenait en lui-m&#234;me la caducit&#233; du rapport salarial. Cette caducit&#233; n'&#233;tait plus un &lt;i&gt;rapport&lt;/i&gt; au capital comme ch&#244;meurs et pr&#233;caires, mais les ch&#244;meurs et pr&#233;caires en &#233;taient la r&#233;alisation imm&#233;diate personnifi&#233; ; ils &#233;taient &lt;i&gt;en eux-m&#234;mes le travail salari&#233; caduc&lt;/i&gt;. Cela devenait une position sociale, un mode de vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La critique du travail produit une notion de travail qui transforme le travail salari&#233;, dont elle &#233;tait une simple distinction interne, en une activit&#233; humaine naturalis&#233;e. Elle transforme le rapport social dont elle est issue, le travail salari&#233;, en une collection de d&#233;terminations &lt;i&gt;formelles&lt;/i&gt; de l'activit&#233; : aux ordres, inutile, n&#233;faste, soumise &#224; la hi&#233;rarchie, dont on ne ma&#238;trise pas la finalit&#233;, domin&#233; par l'objectivit&#233; naturelle. Devenu collection de d&#233;terminations de l'activit&#233;, le rapport social du travail salari&#233; pourrait d&#232;s maintenant &#234;tre subverti par la simple modification (remplacement par d'autres) de ces d&#233;terminations. A partir du moment o&#249; l'on a transform&#233; la critique du travail salari&#233; en critique du travail, celle-ci red&#233;finit, selon ses propres d&#233;terminations, le rapport social qu'est le travail salari&#233;. Il ne s'agit plus que d'une modalit&#233; empirique de l'activit&#233; humaine m&#234;me si l'on r&#233;p&#232;te sans arr&#234;t 'rapport social'. C'est pr&#233;cis&#233;ment ce rapport social que l'on a transform&#233; en collection de types d'activit&#233;s. On peut ensuite r&#233;p&#233;ter l'expression 'rapport social' tant que l'on veut, cela ne change rien. Ensuite, il n'y a plus qu'&#224; construire le 'double pouvoir' de l'alternative au capitalisme ici et maintenant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La critique du travail se consid&#232;re comme d&#233;j&#224; en dehors du mode de production capitaliste, face &#224; lui comme face &#224; une domination dont on peut d&#233;gager, en le remodelant comme 'activit&#233; humaine', le travail concret dont le sujet est le travailleur collectif consid&#233;r&#233; comme travailleur social r&#233;alis&#233;. La transformation de la critique du travail salari&#233; en critique du travail, et la red&#233;finition cons&#233;quente du travail salari&#233; &#224; partir de ce travail qui n'est pourtant qu'une distinction en lui-m&#234;me du travail salari&#233;, n'est pas un simple proc&#232;s id&#233;ologique. Si le d&#233;passement de la soci&#233;t&#233; existante n'est plus donn&#233; dans la mont&#233;e en puissance de la classe ouvri&#232;re, il devient le d&#233;gagement par rapport &#224; cette soci&#233;t&#233;, le 'double pouvoir', l'alternative. La lutte se donne pour la r&#233;volution et m&#234;me parfois pour la construction d'une nouvelle soci&#233;t&#233;. La 'critique du travail' se consid&#232;re comme d&#233;j&#224;, ou potentiellement, en dehors du mode de production capitaliste, parce qu'en tant que 'critique du travail' elle a d&#233;j&#224; pr&#233;suppos&#233;, dans l'accumulation du capital, l'exploitation du travail comme d&#233;pass&#233;e. La pratique de l'abolition des classes et du travail est consid&#233;r&#233;e comme une activit&#233; propre du prol&#233;tariat, une activit&#233; sur soi-m&#234;me, &lt;i&gt;parall&#232;le&lt;/i&gt; &#224; la caducit&#233; r&#233;alis&#233;e du travail productif et de l'exploitation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le travail salari&#233; &lt;i&gt;en subsomption r&#233;elle&lt;/i&gt; implique cette distinction en lui m&#234;me entre l'activit&#233; du travailleur semblant &#234;tre 'le travail' et les formes sociales de son effectuation (actualisation) se donnant comme travail salari&#233;. L'activit&#233; ne devient plus seulement &#233;trang&#232;re &#224; l'ouvrier dans le produit qui lui &#233;chappe, l'appropriation du travail devient le fait du proc&#232;s de production lui-m&#234;me devenu ad&#233;quat &#224; 'l'&#233;change' qu'inaugure la vente de la force de travail. En subsomption r&#233;elle, la distinction est r&#233;activ&#233;e non plus dans le sens d'une lib&#233;ration du travail par rapport au salariat (subsomption formelle), mais comme une critique 'naturelle' du travail. La distinction interne au travail salari&#233; se pr&#233;sente alors comme distinction &lt;i&gt;apparente&lt;/i&gt; entre travail et travail salari&#233;, et la critique de la soci&#233;t&#233; capitaliste comme critique de l'&lt;i&gt;&#233;conomie &lt;/i&gt;suit la m&#234;me pente que la critique du travail salari&#233; qui se donne comme critique du travail, elle ent&#233;rine l'objectivit&#233; de cette soci&#233;t&#233; comme un absolu face &#224; la subjectivit&#233; individuelle, l'homme, et, dans le m&#234;me mouvement, la naturalise. La production de 'nouveaux rapports sociaux' se pr&#233;sente alors, en tant que d&#233;passement de l'&#233;conomie, comme r&#233;appropriation de la richesse objective, comme &lt;i&gt;utilit&#233; &lt;/i&gt;de l'activit&#233;, etc. , comme la simple opposition entre une objectivit&#233; ind&#233;pendante en tant que telle et un sujet &#224; la fois sans objet et plein de d&#233;terminations existentielles cherchant &#224; ma&#238;triser ses conditions d'existence. Les classes ont disparu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;'L'&#233;conomie' : limite g&#233;n&#233;rale de la critique du travail&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La critique du travail est &lt;i&gt;en tant que telle&lt;/i&gt; limit&#233;e, de par l'objet qu'elle se d&#233;finit. Prise comme point de d&#233;part, comme objet de r&#233;flexion, elle naturalise l'activit&#233; productive, pose comme fondement de la soci&#233;t&#233; 'l'&#233;change substantiel entre l'homme et la nature' et produit un concept cens&#233; rendre compte de cet &#233;change &lt;i&gt;en soci&#233;t&#233;&lt;/i&gt; : &lt;i&gt;l'&#233;conomie&lt;/i&gt;. Ce domaine &#233;conomique imposerait ses lois au reste de la reproduction sociale, allant m&#234;me jusqu'&#224; la compromettre. La m&#233;taphore, souvent rencontr&#233;e dans les critiques du travail et de l'&#233;conomie comme domaine particulier, de 'l'&#233;conomie-lierre' enla&#231;ant et mena&#231;ant l'arbre vivant de la soci&#233;t&#233; (ce qui n&#233;cessite pour le 'pouvoir' de maintenir en vie et de 'prot&#233;ger' cette soci&#233;t&#233; pour que le lierre continue &#224; prosp&#233;rer), non seulement est stupide de par la s&#233;paration qu'elle introduit, mais encore fausse : le lierre se d&#233;veloppe tr&#232;s bien sur les arbres morts et m&#234;me sur les piquets et les murs. Ce dont l'&#233;conomie aurait besoin, ce serait simplement d'un support, d'o&#249; la n&#233;cessit&#233; de garder en vie la soci&#233;t&#233;, non parce qu'elle est en tant que soci&#233;t&#233; capitaliste ce qui fait qu'il puisse y avoir autonomisation d'une &#233;conomie, mais simplement pour &#234;tre le 'piquet'. Nous consid&#233;rons ici la 'critique de l'&#233;conomie' dans cette frange extr&#234;me du d&#233;mocratisme radical qu'est la 'critique du travail', mais la 'critique de l'&#233;conomie' est le pont-aux-&#226;nes de l'ensemble du d&#233;mocratisme radical, et ce que nous en dirons s'applique a-fortiori &#224; toutes les 'Horreurs &#233;conomiques'.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;L'&#233;conomie n'est que la fa&#231;on dont se donne la reproduction du capital dans son autopr&#233;supposition.&lt;/i&gt; Le principal r&#233;sultat de la production capitaliste n'est pas la production d'objets, ni m&#234;me de marchandises, ni m&#234;me de plus-value ou de profit, mais la reproduction de classes contradictoires. L'&#233;conomie comme domaine particulier de la production n'est qu'une 'apparence'. C'est dans le point de d&#233;part, la critique du travail, que r&#233;side 'l'erreur' ; c'est ce point de d&#233;part qui induit cette vision de la soci&#233;t&#233; comme empilement d'assiettes : &#233;conomie, soci&#233;t&#233;, pouvoir, politique, bureaucratie, etc. Une fois naturalis&#233;e, la production est bien incapable de rendre compte des contradictions sociales ; il faut alors lui adjoindre la notion de 'domination'. Cela aboutit &#224; poser d'un c&#244;t&#233; la production (l'&#233;conomie), et de l'autre la reproduction des classes (la domination). Ensuite, bien s&#251;r, sont am&#233;nag&#233;es toutes sortes de passerelles qui ne sont jamais plus que des instruments de domination. D'un c&#244;t&#233; la production, et surtout la distribution et l'&#233;change (l'&#233;conomie), de l'autre la soci&#233;t&#233;. C'est &#224; quoi aboutit la critique du travail, car elle n'est qu'une critique de l'autonomisation comme &#233;conomie de la reproduction des rapports sociaux capitalistes qui aurait pris au pied de la lettre cette autonomisation. &lt;i&gt;Elle se veut la critique de cette autonomisation sans l'avoir comprise comme autonomisation de la reproduction du capital comme rapport social&lt;/i&gt;. La 'critique du travail' perd alors la reproduction de la soci&#233;t&#233; qu'il lui faut ensuite retrouver en empilant sur l'&#233;conomie les autres cat&#233;gories autonomis&#233;es de cette soci&#233;t&#233;. Ayant perdu la soci&#233;t&#233; comme totalit&#233;, elle la reproduit comme domination. Mais qu'est-ce que l'&#233;conomie, &#224; la fois comme apparence et comme r&#233;alit&#233; ? C'est la r&#233;ponse &#224; cette question qui permet de comprendre pourquoi les diverses d&#233;terminations de la critique du travail, qui se synth&#233;tisent dans la 'critique de l'&#233;conomie', peuvent &#234;tre &#224; la fois la critique d'une apparence autonomis&#233;e de la reproduction des rapports sociaux capitalistes, et la critique d'une r&#233;alit&#233;. Ce qui permet &#224; la 'critique de l'&#233;conomie' d'approcher, bien que dans les termes de 'l'apparence', le d&#233;passement de cette soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est parce que, &#224; l'issue de chaque cycle productif, toutes les conditions de la reproduction apparaissent du c&#244;t&#233; du capital, dans la reproduction du face &#224; face du capital en soi et de la force de travail dans sa subjectivit&#233;, que &lt;i&gt;ces conditions de la reproduction de l'ensemble du rapport prennent la forme de l'&#233;conomie&lt;/i&gt; et que la reproduction de la soci&#233;t&#233; se formule comme lois &#233;conomiques. La critique de l'objectivisme et la critique de l'&#233;conomie vont de pair. L'&#233;conomie est le rapport entre l'objectivation des conditions de la production face au travail et le travail dans sa subjectivit&#233;, c'est-&#224;-dire s&#233;par&#233; de toutes ses conditions. C'est le capital comme rapport social (incluant les propres forces sociales du travail) qui, se pr&#233;supposant, se pr&#233;sente comme objet face au travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8220;Chaque pr&#233;suppos&#233; du proc&#232;s de production social est en m&#234;me temps son r&#233;sultat, et chacun de ses r&#233;sultats appara&#238;t en m&#234;me temps comme pr&#233;suppos&#233;. Tous les rapports de production, au sein desquels le proc&#232;s se d&#233;roule, sont donc aussi bien ses produits que ses conditions. Dans sa forme ultime (capital financier, n d a ) - plus nous consid&#233;rons sa forme dans sa manifestation ph&#233;nom&#233;nale effective - le proc&#232;s se fige de plus en plus, si bien que ces conditions apparaissent comme le d&#233;terminant tout en &#233;tant ind&#233;pendantes, et que les propres rapports des agents qui concourent au proc&#232;s leur apparaissent comme des conditions objectives, comme des puissances objectives, comme les d&#233;terminations des choses, d'autant plus que dans le proc&#232;s capitaliste chaque &#233;l&#233;ment, f&#251;t-ce le plus simple, comme par ex. la marchandise, est d&#233;j&#224; une inversion qui fait appara&#238;tre d&#233;j&#224; des rapports entre personnes comme propri&#233;t&#233;s de choses et comme des rapports des personnes aux propri&#233;t&#233;s sociales de ces choses.&#8221; (Marx, &#8220;Th&#233;ories sur la plus-value&#8221;, Ed. Sociales, t. 3, p. 597).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8220;C'est donc la reproduction constante des m&#234;mes rapports - rapport conditionnant la production capitaliste - qui les fait appara&#238;tre non seulement comme formes sociales et r&#233;sultats de ce proc&#232;s, mais en m&#234;me temps comme ses &lt;i&gt;pr&#233;suppositions&lt;/i&gt; permanentes. Or elles ne le sont qu'en tant que pr&#233;suppositions sans cesse&lt;i&gt; pos&#233;es&lt;/i&gt;, cr&#233;&#233;es, &lt;i&gt;produites&lt;/i&gt; par lui-m&#234;me. Mais cette reproduction n'est pas consciente et n'appara&#238;t, au contraire, que dans l'existence constante de ces rapports en tant que &lt;i&gt;pr&#233;suppositions&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;conditions&lt;/i&gt; dominant le proc&#232;s de production. Ainsi, par exemple, ce sont les &#233;l&#233;ments r&#233;sultant de la d&#233;composition de la valeur de la marchandise qui deviennent ses parties &lt;i&gt;constitutives&lt;/i&gt;, qui s'affrontent comme parties autonomes et, par cons&#233;quent, &#233;galement comme des parties autonomes vis-&#224;-vis de leur &lt;i&gt;unit&#233;&lt;/i&gt; qui appara&#238;t au contraire comme leur &lt;i&gt;combinaison&lt;/i&gt;. Le bourgeois voit que le produit devient constamment condition de production. Mais il ne voit pas que les rapports de production eux-m&#234;mes, les formes sociales dans lesquels il produit et qui lui apparaissent comme des rapports donn&#233;s, naturels, sont le produit constant - et uniquement pour cette raison la pr&#233;supposition constante - de ce mode de production sp&#233;cifiquement social. Non seulement les diff&#233;rents rapports, les diff&#233;rents moments deviennent autonomes et adoptent des modes d'existence &#233;trangers les uns aux autres et apparemment ind&#233;pendants les uns des autres, mais encore ils se pr&#233;sentent comme propri&#233;t&#233; imm&#233;diates de choses ; ils prennent une forme r&#233;ifi&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8220;Ainsi les agents de la production capitaliste vivent-ils dans un monde magique et leurs propres relations leur apparaissent comme propri&#233;t&#233; des choses, des &#233;l&#233;ments mat&#233;riels de la production. Or c'est sous les formes ultimes, les plus m&#233;diatis&#233;es - sous des formes o&#249; &#224; la fois la m&#233;diation non seulement est devenue invisible, mais o&#249; s'exprime leur contraire direct - que les figures du capital apparaissent comme les agents r&#233;els et les supports imm&#233;diats de la production. Le capital porteur d'int&#233;r&#234;ts personnifi&#233; par le capitaliste financier, le capital industriel dans le capitaliste industriel, le capital donnant une rente dans le propri&#233;taire foncier en tant que propri&#233;taire de la terre, et enfin le travail dans le travailleur salari&#233;. C'est sous ces figures fixes, incarn&#233;es en des personnalit&#233;s ind&#233;pendantes qui, en m&#234;me temps, apparaissent comme simples repr&#233;sentants de choses personnifi&#233;es, qu'ils entrent en concurrence et s'engagent dans le proc&#232;s de production r&#233;el. La concurrence pr&#233;suppose cette ext&#233;riorisation. Ce sont les formes qui existent conform&#233;ment &#224; sa nature, conform&#233;ment &#224; l'histoire de sa nature et dans son apparence &#224; la surface, elle n'est elle-m&#234;me rien d'autre que le mouvement de ce monde &#224; l'envers. Dans la mesure o&#249; dans ce mouvement les connexions s'imposent elles apparaissent comme une loi myst&#233;rieuse.&#8221; (Marx, d&#176;, p. 604).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est qu'avec le mode de production capitaliste que l'on peut dire qu'il y a constitution, sous le nom d'&#233;conomie, d'un ensemble d'activit&#233;s sociales (production, distribution, &#233;changes, consommation), &#224; la fois sp&#233;cifiques et, dans leur sp&#233;cificit&#233;, d&#233;finissant la totalit&#233; de la reproduction des rapports sociaux comme rapports &#233;conomiques. Il n'y a donc &#233;conomie qu'avec la s&#233;paration compl&#232;te du travail et de ses conditions, c'est-&#224;-dire constitution d'une objectivit&#233; des conditions du travail comme totalit&#233; face &#224; la subjectivit&#233; du travail. L'&#233;conomie est elle-m&#234;me une production historique, se d&#233;finissant, &#224; l'int&#233;rieur d'un mode de production d&#233;termin&#233;, &#224; la fois comme science particuli&#232;re, ce qui est &#233;vident historiquement, mais surtout comme r&#233;alit&#233;. Production, distribution, &#233;changes, consommation, deviennent des activit&#233;s particuli&#232;res sp&#233;cifiques en ce qu'elles deviennent les lois de reproduction des conditions objectives du travail, face au travail, face &#224; sa subjectivit&#233; comme travailleur isol&#233;, s&#233;par&#233; de ses conditions et dont la reproduction appara&#238;t comme le fait d'une n&#233;cessit&#233; ext&#233;rieure et r&#233;ellement comme l'action d'une volont&#233; &#233;trang&#232;re (le capitaliste).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, cette objectivit&#233; est elle-m&#234;me non pas le r&#233;sultat ou la cause, mais &lt;i&gt;un moment de la reproduction du rapport social capitaliste.&lt;/i&gt; Le principal r&#233;sultat du proc&#232;s de production ce n'est ni la valeur, ni m&#234;me la plus-value, mais la reproduction du face-&#224;-face entre le prol&#233;tariat et le capital. C'est le rapport du capital, en ce qu'il est s&#233;paration du travail et de ses conditions, en ce qu'il est exploitation, c'est-&#224;-dire rapport entre des classes, qui d&#233;termine sa reproduction comme r&#233;gie par des lois objectives, elles-m&#234;mes exprimant le fonctionnement du monde r&#233;ifi&#233;. Dans l'exploitation, les conditions de la reproduction du rapport apparaissent toujours comme volont&#233; &#233;trang&#232;re au travail, comme n&#233;cessit&#233; inscrite dans l'existence du capital, comme chose, comme capital en soi face au travail et comme n&#233;cessit&#233; de son accumulation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand la n&#233;cessit&#233; de l'accroissement de la richesse devient la base et le contenu des rapports sociaux et le principe d'organisation de la soci&#233;t&#233;, la soci&#233;t&#233; devient le r&#233;sultat de contraintes &#233;conomiques. En critiquant et en s'opposant au mode de production capitaliste comme &#233;conomie, la critique du travail s'oppose &#224; une 'apparence' non critiqu&#233;e de ce mode de production. Mais cette apparence est simultan&#233;ment une r&#233;alit&#233; quotidienne de celui-ci, c'est pour cela que cette 'erreur' peut &#234;tre 'un moment du vrai'.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La lutte de classe du prol&#233;tariat, comme ayant pour contenu et projet la mont&#233;e en puissance de la classe &#224; l'int&#233;rieur du mode de production capitaliste et son affirmation en tant que classe dominante, s'est effondr&#233;e. La disparition, dans le cours de la restructuration qui a accompagn&#233; comme lutte des classes cet effondrement, de toute identit&#233; ouvri&#232;re confirm&#233;e dans la reproduction du capital (comme cela &#233;tait le cas dans le cycle de luttes pr&#233;c&#233;dent), a produit comme une des limites actuelles des luttes de classe la disparition de leur propre compr&#233;hension et prise en charge d'elles-m&#234;mes,&lt;i&gt; pr&#233;cis&#233;ment en tant que contradiction entre des classes&lt;/i&gt;, particularisation de la m&#234;me totalit&#233; contradictoire et produisant son d&#233;passement comme proc&#232;s d'une contradiction interne d&#233;finissant ses termes : l'exploitation. Ce qui signifie que les conditions de sa reproduction appara&#238;ssent face &#224; l'individu comme des conditions toutes faites et &#8220;naturelles&#8221;, comme un simple moyen de r&#233;alisation de ses buts singuliers (ou obstacles &#224; ceux-ci), comme une n&#233;cessit&#233; ext&#233;rieure &#224; sa propre d&#233;finition : d'une part l'individu isol&#233; et sa r&#233;union avec d'autres sur la base d'int&#233;r&#234;ts communs, d'autre part la reproduction de la soci&#233;t&#233; comme moyens ou obstacles, comme &#233;conomie (celle-ci pos&#233;e corollairement &#224; l'individu isol&#233; essentiellement aux niveaux de l'&#233;change, de la marchandise, de l'argent, de la distribution, de la consommation). Cependant cette limite est aussi, &#224; sa fa&#231;on, une &#8220;d&#233;sobjectivation&#8221; de la lutte de classes, en ce qu'elle pose l'abolition du capital non comme le r&#233;sultat de ses contradictions objectives dont le prol&#233;tariat vient opportun&#233;ment profiter, mais comme activit&#233; humaine produisant ses propres conditions et se posant elle-m&#234;me comme sa condition premi&#232;re, m&#234;me si cela s'effectue en opposant l'individu &#224; l'objectivit&#233; ou &#224; la n&#233;cessit&#233; de l'&#233;conomie, donc en conservant cette derni&#232;re comme l'envers n&#233;cessaire de la subjectivit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui, m&#234;me dans cette perspective, est reproduit dans les termes de la critique du travail, c'est la liaison entre l'abolition du capital et le &#8220;r&#232;gne de la libert&#233;&#8221;, cela autrement que de fa&#231;on proclamatoire (l'abolition du capital &#233;tant ipso facto 'le paradis sur terre', c'est bien connu), ou sur le mode exclusif : puisque l'un est la n&#233;cessit&#233;, l'autre ne peut &#234;tre que la libert&#233;. La m&#233;diation qui fait de l'abolition du capital le &#8220;r&#232;gne de la libert&#233;&#8221;, c'est l'abolition de l'&#233;conomie dans l'abolition du capital. Ce qui est le d&#233;passement produit de l'exploitation, c'est-&#224;-dire d'une contradiction entre des classes, est devenu, dans la critique du travail, celui de l'opposition entre des individus et leurs conditions objectives se dressant face &#224; eux et qu'ils doivent se r&#233;approprier, ce qui est le fondement de la probl&#233;matique alternative. La v&#233;ritable critique de l'&#233;conomie part du fait que, de fa&#231;on essentielle, le mode de production capitaliste se constitue comme exploitation, comme contradiction entre le prol&#233;tariat et le capital, comme lutte de classes dont l'&#233;conomie est un moment constitutif. Le mode de production capitaliste est unit&#233; et totalit&#233; dans le rapport entre la valeur comme capital et la seule valeur d'usage qui puisse lui faire face : le travail vivant. En cela les classes sont la particularisation n&#233;cessaire de cette totalit&#233; et leur contradiction est son mouvement. Il en r&#233;sulte la critique de l'&#233;conomie, non comme un rejet de celle-ci en tant que non-existante ou comme condamnation, mais comme interrogation sur son contenu, son origine, ses conditions d'existence et, par voie de cons&#233;quence, sur son d&#233;passement. La critique du concept d'&#233;conomie, qui int&#232;gre dans le concept les propres conditions d'existence de l'&#233;conomie, &#233;vite pr&#233;cis&#233;ment de poser le d&#233;passement de l'&#233;conomie comme une opposition &#224; l'&#233;conomie, parce que la r&#233;alit&#233; de l'&#233;conomie (sa raison d'&#234;tre) est en dehors d'elle. L'&#233;conomie est un attribut du rapport d'exploitation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, se contenter de 'd&#233;noncer l'erreur' ne m&#232;ne &#224; rien. Ce qui importe, c'est de consid&#233;rer la lutte des classes dans son histoire et non &#224; partir d'une norme s&#233;parant le &#8220; vrai &#8221; du &#8220; faux &#8221;, d'en consid&#233;rer tous les moments comme n&#233;cessaires et comme des moments de la production de son propre d&#233;passement. Le communisme abolit la r&#233;alit&#233; m&#234;me de toutes les cat&#233;gories de l'&#233;conomie : travail, forces productives, distribution, &#233;change, et m&#234;me la possibilit&#233; de d&#233;finir une sp&#233;cificit&#233; de la production. Il n'y a pas de r&#233;organisation sup&#233;rieure du travail, de la production, etc, telles que ces cat&#233;gories existent et sont d&#233;velopp&#233;es dans le capital. Si l'objectivation n'est pas n&#233;cessairement ali&#233;nation, c'est que l'abolition de la s&#233;paration de la soci&#233;t&#233; en classes entra&#238;ne que l'objectivation est constamment reprise par le flux des activit&#233;s qui la dissolvent comme objectivit&#233;. Il ne suffit pas de dire que, dans un autre rapport social, l'objectivation n'est plus ali&#233;nation. Il faut &#233;galement dire que, dans cet autre rapport social, l'objectivation est en soi diff&#233;rente, qu'elle n'est pas l'ancienne objectivit&#233; en tant que &#8220;r&#233;cup&#233;r&#233;e&#8221;, mais en tant que moment n&#233;cessaire de l'activit&#233; et disparaissant en elle. La 'richesse' elle-m&#234;me est d&#233;finie comme rapports entre les individus et non comme objet. C'est l&#224;, comme compr&#233;hension du communisme, la base g&#233;n&#233;rale de la critique de l'objectivisme et de l'&#233;conomie, mais si on ne d&#233;termine pas cette critique dans le cours des luttes de classes dans le mode de production capitaliste, on ne fera qu'opposer l'Homme &#224; ses produits, on ne fera qu'une &lt;i&gt;critique de l'&#233;conomie&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La 'critique de l'&#233;conomie' rend compte alors, dans un registre anthropologique, du rapport de l'Homme &#224; ses produits et &#224; ses moyens de production. Mais tout a &#233;t&#233; mis &#224; l'envers : les formes sociales deviennent des cons&#233;quences ou de simples d&#233;terminations des relations anthropologiques. Les rapports sociaux, qui se d&#233;finissent dans le proc&#232;s de la production et le d&#233;finissent, sont r&#233;duits &#224; des rapports techniques d'organisation du travail, et le processus de production &#224; un processus d'adaptation au milieu et &#224; son exploitation. Vaneigem, dont l'influence est patente dans les textes les plus critiques du travail et de l'&#233;conomie, principalement ceux issus de la lutte de ch&#244;meurs et pr&#233;caires, nous offre dans son livre 'Nous qui d&#233;sirons sans fin' (1996), le plus bel exemple de cette Odyss&#233;e de l'Economie &#224; travers 'l'histoire'.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;'En passant de la cueillette des ressources naturelles &#224; leur exploitation par l'agriculture et l'industrie, l'&#233;conomie, ou &lt;i&gt;art d'administrer la terre &lt;/i&gt;(soulign&#233; par nous : cela ne veut strictement rien dire), inaugure une histoire qui sera la sienne plus que la n&#244;tre.' (op. cit., p. 20). Voil&#224; l'&#233;conomie transform&#233;e en sujet de l'histoire, le f&#233;tichisme pris au pied de la lettre et auquel on peut en cons&#233;quence opposer l'homme ; voil&#224; l'histoire des rapports sociaux, qui sont des rapports de production, ramen&#233;e &#224; une histoire de leur forme objectiv&#233;e : histoire de l'&#233;conomie. Le renversement id&#233;ologique est complet quand c'est l'&#233;conomie qui devient &lt;i&gt;la base&lt;/i&gt; de 'l'exploitation conjugu&#233;e de la nature et de l'homme par l'homme' (d&#176;, p. 23). Ayant &#233;puis&#233; ses possibilit&#233;s de d&#233;veloppement, c'est-&#224;-dire ayant &#233;puis&#233; la terre, l'&#233;conomie atteint ses limites et donc pose la caducit&#233; de l'exploitation : 'L'&#233;conomie ne progresse qu'en se d&#233;truisant, selon une acc&#233;l&#233;ration qui cro&#238;t avec l'ampleur de ses moyens.' (d&#176;, p. 44). Se d&#233;voile alors la seule vraie 'contradiction', celle qui avait pr&#233;sid&#233; &#224; l'origine m&#234;me de l'&#233;conomie : la soumission de 'la vie' &#224; 'la survie'. Cette soumission est devenue 'une imposture' avec 'l'extinction des esp&#232;ces v&#233;g&#233;tale, animale et humaine programm&#233;e en fin de parcours.' (d&#176;, p. 58). L'&#233;conomie se contredit donc elle-m&#234;me, comme adaptation de l'homme au milieu, au moment o&#249; elle devient la destruction manifeste et programm&#233;e de ce milieu. Nous voil&#224; parvenus au terme d'une histoire de l'humanit&#233; qui n'int&#233;gre les rapports de production historiques, et les formations sociales qu'ils organisent, que comme une d&#233;termination d'une &lt;i&gt;&#233;volution naturaliste de l'esp&#232;ce humaine&lt;/i&gt;. C'est la probl&#233;matique que l'on retrouve tout au long du livre, culminant dans l'exaltation biologique de '&lt;i&gt;la&lt;/i&gt; femme' comme m&#232;re et incarnant le mouvement de &lt;i&gt;la&lt;/i&gt; vie, substance et raison derni&#232;re de tout.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut toujours dire que cette &#233;conomie est la domination d'une classe sur une autre, mais l'essentiel est dans le fait que cette domination de classe n'est qu'une d&#233;termination de l'&#233;conomie. Les v&#233;ritables rapports sont renvers&#233;s. Par exemple, Vaneigem parle bien de 'baisse de profit', mais cette baisse de profit est entra&#238;n&#233;e par l'&#233;puisement de la nature et la r&#233;action de d&#233;fense &#233;cologique (p. 67). C'est que l'&#233;conomie, par ses abus, a pr&#233;par&#233;, &#224; l'int&#233;rieur d'elle-m&#234;me, des r&#233;actions pr&#233;ludant &#224; son d&#233;passement. Il faut lire le plan de ce livre pour comprendre les tenants et les aboutissants de cette id&#233;ologie. Premier chapitre : 'L'&#233;conomie parasitaire, stade ultime de l'exploitation de l'homme et de la nature' ; deuxi&#232;me chapitre : 'La phase transitoire : de l'exploitation inhumaine &#224; l'humanisme marchand' ; troisi&#232;me chapitre : 'Dans la naissance du d&#233;sir rena&#238;t le monde' (nous laissons de c&#244;t&#233; le dernier chapitre - quatre pages - sur les enfants qui sauvent le monde, etc., qui ne rel&#232;ve plus de l'analyse th&#233;orique mais de la psychanalyse). Reprenons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Premier moment : l'&#233;conomie 'pure et dure' qui, notons le, d&#233;finit aussi bien les premi&#232;res civilisations agraires que le capitalisme actuel. Peu importe les rapports sociaux, nous sommes dans une histoire des rapports entre l'homme, la nature et les instruments. Deuxi&#232;me moment : cette &#233;conomie se contredit elle-m&#234;me, si bien qu'elle g&#233;n&#232;re une 'nouvelle &#233;conomie' dans laquelle commencent &#224; prendre forme les vrais d&#233;sirs du 'qualitatif', mais encore sous une forme marchande. 'L'instauration du march&#233; de la qualit&#233; annonce le rejet du crit&#232;re de quantit&#233;, jusqu'ici dominant.' (d&#176;, p. 99). Comme d'habitude, quand on a naturalis&#233; les rapports sociaux d'exploitation appara&#238;t la capacit&#233; de s'organiser &lt;i&gt;autrement&lt;/i&gt; sur la base de ce qui existe. Cela dans la mesure o&#249;, bien que l'on ait mis tout le mal en elle, et &lt;i&gt;parce que&lt;/i&gt; l'on a mis tout le mal en elle, la production est en fait un objet neutre, un type de rapport &#224; la nature dont &lt;i&gt;d&#233;coulent &lt;/i&gt;des rapports sociaux. Changez le rapport &#224; la nature, vous changerez les rapports sociaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme d'habitude, la critique du travail d&#233;bouche sur l'alternative, mais Vaneigem, en vieux renard radical, sent bien qu'il lui faut introduire un troisi&#232;me moment. L'alternative ne sera donc qu'une phase de transition : 'Des suggestions, issues d'un pass&#233; r&#233;cent et subversif, surgissent de l'intol&#233;rable r&#233;signation &#224; laquelle ont succomb&#233; ceux qui, pour un salaire ou une r&#233;tribution, acceptent n'importe quel emploi : occuper les usines qu'une rentabilit&#233; escroqu&#233;e par les actionnaires (Vaneigem utilise tous les classiques de l'alternativisme et de ce que nous avons d&#233;fini comme le d&#233;mocratisme radical, nda) menace de fermeture, assurer leur contr&#244;le et leur activit&#233; sans se soucier des normes de comp&#233;tition bureaucratiquement manipul&#233;es, les reconvertir s'il le faut et produire des biens de qualit&#233; utiles &#224; la r&#233;gion o&#249; elles sont implant&#233;es, rechercher dans les int&#233;r&#234;ts locaux cette assise qu'une conscience internationale consolidera partout o&#249; la lutte en faveur du milieu naturel d&#233;nonce le pouvoir de la corruption (tout cela dans un &#8220; environnement &#8221; capitaliste, mais cela n'a pas d'importance, ce qui compte c'est la transformation technique du rapport &#224; la nature, nda). (...) Seule la propagation de coop&#233;ratives agricoles misant sur la qualit&#233; de leurs produits viendra &#224; bout de l'agriculture concentrationnaire ( malgr&#233; Vaneigem et Bov&#233;, on se moque de l'agriculture concentrationnaire, c'est de ce qui la justifie : la baisse de la valeur de la force de travail, donc le salariat, dont nous voulons venir &#224; bout, n d a). Seule la cr&#233;ativit&#233; individuelle et collective s'obstinant &#224; perfectionner des &#233;nergies emprunt&#233;es &#224; la gratuit&#233; de l'air (mais rien n'est payant de par ses caract&#233;ristiques mat&#233;rielles, en tant qu'hydrocarbure, le p&#233;trole est tout aussi gratuit que l'air, n d a), de l'eau, de la terre et du feu rejettera dans les archa&#239;smes de la barbarie les effets corrosifs de cette rentabilit&#233; dont les pires nuisances chimiques, nucl&#233;aires et psychologiques ne sont que les cons&#233;quences.'(d&#176;, p. 103-105). Ceux qui veulent r&#233;ellement transformer le monde n'ont que faire de ceux qui veulent se contenter de le peindre en vert ou de r&#233;former l'&#233;cole (lire &#224; ce propos, du m&#234;me auteur, 'Avertissement aux &#233;coliers et lyc&#233;ens', ed. 'Mille et une nuits', 1995).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un premier temps nous instituons donc &lt;i&gt;la production marchande non-rentable.&lt;/i&gt; De l&#224;, nous nous 'acheminons vers une nouvelle soci&#233;t&#233; de cueillette, dot&#233;s de l'h&#233;ritage technologique que nous a l&#233;gu&#233; une civilisation plus apte &#224; en user pour exploiter l'homme et le monde que pour humaniser l'un et l'autre ins&#233;parablement.' (d&#176;). Cette phase de transition, que Vaneigem &lt;i&gt;appelle de ses voeux&lt;/i&gt;, est d&#233;finie par lui comme un 'n&#233;o-capitalisme', capitalisme dans lequel 'le capital est progressivement mis au service de la vie' : 'reconvertir le capital parasitaire (on aura compris, c'est la Phynance, nda) en un capital utile &#224; la nouvelle soci&#233;t&#233; et aux nouveau modes de production (attention Vaneigem veut dire ici 'proc&#232;s de travail concret'). A nous de veiller &#224; ce que &lt;i&gt;l'argent mis au service de la vie&lt;/i&gt; (soulign&#233; par nous, tellement c'est beau comme du Cohn-Bendit) ne remette plus jamais la vie &#224; son service.' (d&#176;, p. 122). Selon les sensibilit&#233;s : c'est &#224; vomir, s'&#233;crouler de rire, ou pleurer... &#224; flinguer de toutes fa&#231;ons. Enfin, au terme de la p&#233;riode de transition, le 'Vampire du Borinage' entre 'en concordance avec le vivant', dans un d&#233;fi quotidien 'o&#249; la mati&#232;re brute du d&#233;sir se transmute en puissance d'incliner en faveur de la vie l'incertitude des circonstances.'(d&#176;, p. 151). Dans chaque Nosf&#233;ratu, il y a une Mary Poppins qui sommeille.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La critique du travail qui aboutit &#224; la naturalisation des rapports sociaux trouve dans la critique de l'&#233;conomie sa forme la plus g&#233;n&#233;rale, mais simultan&#233;ment, en devenant critique de l'&#233;conomie, la critique du travail, parce qu'elle ne peut plus alors faire l'impasse sur sa propre r&#233;alit&#233;, qui est la critique du travail salari&#233;, formule de fa&#231;on mystifi&#233;e, &lt;i&gt;dans les termes de la critique de l'&#233;conomie&lt;/i&gt;, les principes fondamentaux du communisme. La critique du travail et celle de l'&#233;conomie sont, dans notre cycle de luttes, des id&#233;ologies qui ne ma&#238;trisent pas non pas leur raison d'&#234;tre mais leurs pr&#233;misses (ce qui est la d&#233;finition d'une id&#233;ologie). La 'critique du travail' ne propose pas une autre r&#233;ponse aux probl&#232;mes &#233;conomiques du capitalisme, mais, si elle per&#231;oit que l'&#233;conomie n'est pas une r&#233;alit&#233; neutre sous-jacente &#224; toutes les formes sociales, elle ne pousse pas sa critique jusqu'&#224; la produire comme une r&#233;alit&#233; historique d&#233;termin&#233;e dans un mode de production particulier, comme &lt;i&gt;la fa&#231;on dont celui-ci se donne de fa&#231;on 'magique' r&#233;ellement &#224; vivre&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En d&#233;finissant les grands th&#232;mes du d&#233;mocratisme radical, nous avons contamment d&#233;fini ce dernier non comme une id&#233;ologie au sens vulgaire d'erreur et de tromperie, mais comme activit&#233;s r&#233;elles dans la lutte des classes formalisant les limites particuli&#232;res de chaque lutte selon le principe g&#233;n&#233;ral de la limite du cycle de luttes actuels : la reproduction du prol&#233;tariat dans le mode de production capitaliste. Cette reproduction n'est plus une confirmation de celui-ci et la base de son affirmation, mais revendication d'un capitalisme &#224; visage humain, c'est-&#224;-dire, pour le d&#233;mocratisme radical, &#224; visage citoyen, producteur, travailleur, social , &#233;cologique, &#233;galitaire et respectant les diff&#233;rences ... Nous pouvons maintenant voir (les grands th&#232;mes ont &#233;t&#233; expos&#233;s) le d&#233;mocratisme radical &#224; l'oeuvre dans quelques situations particuli&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034; id='Chapitre-III-LE-DEMOCRATISME-RADICAL-A-L-OEUVRE'&gt;
Chapitre III : LE D&#201;MOCRATISME RADICAL &#192; L'OEUVRE&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&#8220; Depuis 89, le peuple tout entier se dilate dans l'individu sublim&#233; ; il n'y a pas de pauvre qui, ayant son droit n'est son rayon ; le meurt-de-faim sent en lui l'honn&#234;tet&#233; de la France ; la dignit&#233; du citoyen est une armure int&#233;rieure ; qui est libre est scrupuleux, qui vote r&#232;gne. (...) Donc plus de jacquerie. J'en suis f&#226;ch&#233; pour les habiles. C'est l&#224; de la vieille peur qui a fait son dernier effet et qui ne pourrait plus d&#233;sormais &#234;tre employ&#233;e en politique. Le grand ressort du spectre rouge est cass&#233;. Tout le monde le sait maintenant. L'&#233;pouvantail n'&#233;pouvante plus. Les oiseaux prennent des familiarit&#233;s avec le mannequin, les stercoraires s'y posent, les bourgeois rient dessus. &#8221; (Victor Hugo, Les Mis&#233;rables)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;1 ) La gr&#232;ve de novembre-d&#233;cembre 1995&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mouvement de gr&#232;ve de la fonction publique en 1995 a focalis&#233; les transformations d&#233;j&#224; r&#233;alis&#233;es dans les rapports salariaux. Ce mouvement n'&#233;tait pas un baroud d'honneur de la d&#233;fense du fordisme ou du keyn&#233;sianisme, il se situait sur les bases actuelles de la reproduction de la force de travail, dans la continuit&#233; actuelle entre formation , emploi, ch&#244;mage, pr&#233;carit&#233;, flexibilit&#233;. Ce fut l&#224; le contenu de l'activit&#233; de classe durant le conflit de d&#233;cembre, ou plut&#244;t la direction qu'elle prit, elle s'arr&#234;ta avant son terme. On peut dire que le conflit de d&#233;cembre n'a pas &#233;puis&#233; les conditions de son existence. Le mouvement &#233;tait port&#233; par la recomposition de l'activit&#233; de la classe autour de la reproduction d'ensemble de la force de travail : cycle d'entretien, segmentation, partage au niveau social entre salaire et profit. Il fut offensif sur ce terrain, il est stupide d'analyser le mouvement sur la base de la d&#233;fense crisp&#233;e d'acquis (bien que cela ne soit en rien critiquable ou m&#233;prisable). R&#233;partition entre salaire et profit, conception de la reproduction d'une force de travail segment&#233;e comme constituant une totalit&#233;, furent des constantes du mouvement ; pr&#233;carit&#233;, flexibilit&#233;, ch&#244;mage furent des th&#232;mes r&#233;currents. Le mouvement mena une critique du th&#232;me id&#233;ologique de la solidarit&#233;, selon lequel les sacrifices &#8220;consentis&#8221; par certains salari&#233;s profitent aux plus mal lotis. Il est remarquable que les deux endroits o&#249; la gr&#232;ve se poursuivit le plus longtemps sont le centre de tri de Caen et les transports marseillais. Dans le premier cas, la revendication est la transformation en emploi &#224; dur&#233;e ind&#233;termin&#233;e des emplois sous contrats ; dans le second, il s'agit de lutter contre les conditions plus dures en salaire et dur&#233;e du travail faites aux nouveaux embauch&#233;s ( ce que le rapport Minc pr&#233;conisait comme une fa&#231;on de rendre flexible les statuts sans y toucher directement). A Marseille toujours, les ch&#244;meurs prirent une grande place dans les manifestations et la conduite du mouvement dans son ensemble.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, le mouvement en est rest&#233; au stade du partage, comme redistribution, d'une richesse dont la nature m&#234;me comme capital n'a pas &#233;t&#233; contest&#233;e, la richesse produite est demeur&#233;e une id&#233;e neutre. L'id&#233;ologie keyn&#233;sianiste et le mythe de l'&#233;tat r&#233;gulateur au dessus des classes pes&#232;rent lourdement sur le mouvement. Ils ont &#233;t&#233; revivifi&#233;s par la nature m&#234;me de celui-ci : le partage entre salaires et profits. Pour toute une cat&#233;gorie de travailleurs fortement repr&#233;sent&#233;e dans les services publics, principalement dans l'enseignement, les &#8220;trente glorieuses&#8221; repr&#233;sentent une sorte d'&#226;ge d'or o&#249; on pouvait avoir l'illusion de sortir de la classe ouvri&#232;re pour int&#233;grer les fameuses classes moyennes. Cette lutte n'a pas inaugur&#233; la fin de cette p&#233;riode, bien plut&#244;t elle a marqu&#233; la fin de toutes ces illusions auxquelles nous nous sommes si longtemps raccroch&#233;s. Il nous faut d&#233;finitivement faire notre deuil du fordisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En outre, &#8220;La gr&#232;ve, l'irruption des manifestants sur la sc&#232;ne, d&#233;voile la permanence du cadre national, milieu naturel des luttes sociales.&#8221; (Max Gallo dans &#8220;L'Humanit&#233;&#8221; du 16 d&#233;cembre). Ce dont se r&#233;jouit Max Gallo, fut en fait une limite du mouvement qui ne s'est jamais d&#233;parti de cette conscience nationale, si ce n'est pour comprendre l'internationalisation du capital comme une manipulation ext&#233;rieure : les march&#233;s, Bruxelles, Maastricht. Ce cadre national a &#233;t&#233; la formalisation de la limite de la critique par le mouvement de la notion de service public, dont la d&#233;fense a critallis&#233; la notion diffuse de solidarit&#233;. Et malgr&#233; le discours sur les services publics, dans les rares cas o&#249; il y eut utilisation dans la gr&#232;ve de &#8220;l'outil de travail&#8221;, cela se fit selon des crit&#232;res de lutte contre l'&#233;tat et le capital, et de solidarit&#233; de classe : tri des lettres des Assedic pour ne pas p&#233;naliser les ch&#244;meurs, coupures de courants pour certaines grosses entreprises et administrations, basculement de quartiers populaires en tarif de nuit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le conflit s'est d&#233;velopp&#233; sur la reproduction d'ensemble de la force de travail : retraites, s&#233;cu, partage g&#233;n&#233;ral entre salaire et profit, mais aussi, et &#231;a fait partie du point pr&#233;c&#233;dent, ch&#244;mage, pr&#233;carit&#233;, flexibilit&#233;. Mais, la lutte &#233;tant demeur&#233;e au niveau de la redistribution, c'est cette d&#233;marche inachev&#233;e qui lui est revenue dessus, vue la g&#233;n&#233;ralit&#233; m&#234;me du conflit, sous la figure de la 'soci&#233;t&#233; d&#233;mocratique des salari&#233;s' et du citoyen ; c'est lui que l'on a vu assis autour de la table du 'sommet social', sous les ors de la R&#233;publique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8220;Par leur formidable r&#233;volte sociale de d&#233;cembre 95, les Fran&#231;ais ont collectivement, pour la premi&#232;re fois, exprim&#233; leur refus d'un mod&#232;le de soci&#233;t&#233; fond&#233; sur l'&#233;conomisme, le lib&#233;ralisme int&#233;gral, le totalitarisme des march&#233;s et la tyrannie de la mondialisation (...). Un pouvoir qui appara&#238;t de plus en plus comme l'ex&#233;cutant, le suppl&#233;tif, le harki des vrais ma&#238;tres du monde : les march&#233;s financiers (...) choix purement id&#233;ologique fond&#233; sur la rigueur budg&#233;taire, la d&#233;localisation, la comp&#233;titivit&#233;, la productivit&#233;, (...) brutalit&#233; de l'ajustement structurel impos&#233; par Bruxelles (...). Crit&#232;res de convergence d&#233;finis par le trait&#233; de Maastricht (...). Une &#233;conomie sans efficacit&#233; sociale peut-elle avoir un quelconque sens ? &#8220; (Editorial du &#8220;Monde Diplomatique&#8221; de Janvier 96). &#8220;Les engagements europ&#233;en de la France, v&#233;ritables machines de guerre contre les entreprises et les services publics.&#8221; (Bernard Cassen &#8220;Monde Diplomatique&#8221;). On retrouve le m&#234;me discours avec Bourdieu : &#8220;Ce qui est en jeu, aujourd' hui, c'est la reconqu&#234;te de la d&#233;mocratie contre la technocratie : il faut en finir avec la tyrannie des experts, style Banque Mondiale ou F.M.I, qui imposent sans discussions les verdicts du nouveau L&#233;viathan, les march&#233;s financiers, et qui n'entendent pas n&#233;gocier, mais expliquer.&#8221; (Lib&#233;ration, 14 d&#233;cembe 95). Il est vrai que Bourdieu se r&#233;serve le r&#244;le, &#224; lui et &#224; ses semblables, &#8220;d'&#233;laborer des analyses rigoureuses et des propositions inventives sur les grandes questions&#8221;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toutes ces analyses sont extr&#234;mement pertinentes quant aux int&#233;r&#234;ts du capitalisme &#224; remettre en cause statuts et services publics, quant &#224; l'int&#233;r&#234;t des banques et des assurances &#224; s'emparer du pactole des caisses de retraites, quant &#224; l'int&#233;r&#234;t des multinationales &#224; investir &#224; la seconde dans tel ou tel pays, quant &#224; celui de leur tr&#233;sorerie &#224; se m&#233;tamorphoser instantan&#233;ment d'une monnaie dans une autre, etc... Cependant l&#224; o&#249; le b&#226;t blesse, c'est que dans tout cela il n'est jamais question de capitalisme, mais de Maastricht, de march&#233;s financiers, de contraintes ext&#233;rieures ou des &#8220;ma&#238;tres du monde&#8221;. &#8220;Lib&#233;ralisme int&#233;gral&#8221;, &#8220;contrainte ext&#233;rieure&#8221;, &#8220;&#233;conomisme&#8221;, &#8220;tyrannie des march&#233;s&#8221;, sont l&#224; pour ne pas dire capitalisme. Bien s&#251;r le mot capitalisme n'est pas la formule magique qui dispense de toute analyse, mais il fonde cette analyse et la situe dans une probl&#233;matique o&#249; l'on ne confond pas les effets avec les causes. Il &#233;vite de se poser en d&#233;fenseur d'un capitalisme humanis&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cette analyse, le &#8220;lib&#233;ralisme&#8221; ou &#8220;la mondialisation&#8221; ne sont pas des n&#233;cessit&#233;s de la valorisation, mais seraient des choix id&#233;ologiques. Nous voil&#224; dans le monde d&#233;mocratique du citoyen, celui du &#8220;mauvais gouvernement&#8221;, des &#8220;dirigeants injustes&#8221;. C'est chaque capital national qui, &#224; partir des ann&#233;es 70, ne peut plus boucler son accumulation sur son aire nationale, ce qui, entre autre chose, fait &#233;clater le &#8220;compromis fordiste&#8221;. A partir du moment o&#249; le mouvement d'internationalisation du capital, dans les ann&#233;es 60, devient dominant parce que vital pour des entreprises dont les gains de productivit&#233; d&#233;pendent de la production en grandes s&#233;ries et des &#233;conomies d'&#233;chelle, il devient de plus en plus difficile de consid&#233;rer comme li&#233;s dans un cercle vertueux : hausse de la productivit&#233;, gains de pouvoir d'achat, accroissement des profits, le tout lubrifi&#233; par une l&#233;g&#232;re inflation rampante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toutes ces analyses id&#233;ologiques reposent sur l'opposition factice entre l'&#233;conomie, les entreprises (autres que celles des &#8220;ma&#238;tres du monde&#8221;) et le lib&#233;ralisme, les march&#233;s financiers, les banques internationales, Bruxelles et le F.M.I. Non, le pouvoir d'Etat en France ou ailleurs n'est pas le harki des march&#233;s financiers. On nous ressort la th&#233;orie des bourgeoisies compradores, celle qui autorisait l'alliance avec la bonne bourgeoisie locale productive et finit pour le prol&#233;tariat dans les foyers des locomotives de Shangha&#239;. Il y aurait une &#8220;richesse&#8221; &#224; partager, une sorte de &#8220;richesse&#8221; sortie socialement neutre d'une production en g&#233;n&#233;ral, qui ne serait pas d&#233;j&#224; le r&#233;sultat de rapports sociaux de production qui sont des rapports d'exploitation. Le principal r&#233;sultat de la production capitaliste ce n'est ni le produit-marchandise, ni m&#234;me la plus-value, c'est le capital lui-m&#234;me, c'est &#224; dire la reproduction de l'ouvrier d'un c&#244;t&#233; et du capital de l'autre (capital en soi sous la forme des moyens de production). Dans cette neutralit&#233; de la production en g&#233;n&#233;ral, il y aurait une richesse &#224; partager et la diff&#233;rence de classes n'interviendrait qu'au niveau de la distribution, ce qui fait qu'elle n'en est pas vraiment une et qu'elle peut &#234;tre r&#233;solue, comme on r&#233;duit une fracture (sociale), pourvu que les &#8220;parasites&#8221; (march&#233;s, harkis, ma&#238;tres du monde, et &#8220;concombre masqu&#233;&#8221;) nous laissent entre citoyens...'Allons enfants !&#8221; .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'agit de ne jamais dire capitalisme mais &#8220;lib&#233;ralisme&#8221;, exploitation mais &#8220;injustice&#8221;, classe capitaliste mais &#8220;ma&#238;tres du monde&#8221;, etc...Cependant &#8220;l'erreur&#8221; de Bourdieu ou du &#8220;Monde Diplomatique&#8221; est une erreur th&#233;orique qui ne rel&#232;ve pas seulement d'une critique th&#233;orique. Non seulement il s'agit du sauvetage de l'id&#233;ologie de la gauche, depuis le P.S jusqu'au P.C, en passant par les &#8220;Verts&#8221;, la LCR et toutes les alternatives roses, vertes, etc... - en cela elle ne serait que ridiculement path&#233;tique - ; mais encore elle parait coller au mouvement et c'est en cela qu'il est important de d&#233;passer le stade de sa critique comme &#233;nonc&#233; faux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La configuration actuelle du rapport d'exploitation interdit tout d&#233;veloppement id&#233;ologique sur une soci&#233;t&#233; de salari&#233;s ou ayant le travail salari&#233; pour base, ou le travail producteur de valeur. La classe ouvri&#232;re ne peut plus se rapporter &#224; elle-m&#234;me comme &#224; quelque chose existant pour soi face au capital. C'est le conflit qui est le rapport structurant la classe. On ne peut plus partir de ce qu'est la classe pour soi face au capital, pour d&#233;velopper une nouvelle &#8220;soci&#233;t&#233; des producteurs associ&#233;s&#8221;. Le seul d&#233;passement possible du capital est celui dans lequel la classe s'abolit simultan&#233;ment. Pourtant, nous avons montr&#233; pr&#233;c&#233;demment que le d&#233;mocratisme radical est quelque chose de bien r&#233;el, empiriquement constatable et efficace parce qu'il est, sur la base de la disparition de l'identit&#233; ouvri&#232;re et donc sur la base imm&#233;diate de l'existence de la classe dans le capital, un projet alternatif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme nouvelle id&#233;ologie de la gauche, elle n'a pas amen&#233; &#224; un important recrutement dans la pl&#233;iade de mouvements plus ou moins importants qui l'exprime : &#8220;Alternative pour la d&#233;mocratie socialiste&#8221; (A.D.S) de Claude Poperen, &#8220;Ligue Communiste R&#233;volutionnaire&#8221;, &#8220;Les Verts&#8221;, &#8220;L'alternative rouge et verte&#8221; (A.R.E.V), &#8220;Refondateurs communistes&#8221; (Futurs), et en grande partie le P.C lui-m&#234;me. &#8220;Le mouvement de d&#233;cembre aurait pu &#234;tre pour les &#8220;petites gauches&#8221;, l'occasion d'un sursaut. Il n'en a rien &#233;t&#233;. La gauche alternative n'a pas r&#233;ussi &#224; se faire le relais du mouvement social (...) La &#8220;gauche de la gauche socialiste&#8221; disposait pourtant d'une plate-forme solide, qui passe d'abord par le refus unanime d'une politique mon&#233;tariste et de l'Europe lib&#233;rale (...). Le &#8220;Mouvement des citoyens&#8221; (M.D.C) de J.P. Chev&#232;nement, mais aussi le parti communiste, y puisent le sel de leurs analyses sur le conflit : &#8220;il s'agit bien de la premi&#232;re manifestation de masse contre l'esprit de Maastricht &#8220; confirme aujourd' hui le M.D.C (...). Les incertitudes du P.C.F sur les alliances &#224; mener et le parti &#224; construire ont sans doute contribu&#233; &#224; ce rendez-vous rat&#233;&#8221; (&#8220;Le Monde&#8221;, 7 janvier 96). Les h&#233;sitations tactiques du P.C. entre la solitude, le rabibochage occasionnel avec le P.S, ou la liaison avec les associations et la gauche alternative, sont loin de pouvoir expliquer ce ratage. Le d&#233;mocratisme radical ne se formalisera jamais dans de vastes et solides organisations car lorsqu'il parle de la classe ouvri&#232;re face au capital , c'est l'existence m&#234;me 'pour-soi' de cette classe qui lui file entre les doigts et ce sont les cat&#233;gories du capital qu'il a en mains.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans son projet m&#234;me, la gauche alternative rend hommage au caract&#232;re ind&#233;passable du capitalisme. Ce qu'on lui reproche c'est d'&#234;tre &#8220;lib&#233;ral&#8221;, &#8220;mondial&#8221;. Ce dont on r&#234;ve c'est d'une soci&#233;t&#233; capitaliste apais&#233;e. Le souci que manifeste ce projet c'est celui d'une reproduction de l'implication r&#233;ciproque entre prol&#233;tariat et capital pr&#233;serv&#233;e de ses contradictions et de ses drames. En cela il peut appara&#238;tre comme un d&#233;bouch&#233; politique au syndicalisme. Le citoyen, l'individu abstrait de la communaut&#233; capitaliste r&#233;concili&#233;e, est la formule magique du projet, son ma&#238;tre d'oeuvre, son h&#233;ros.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La nature du projet actuel manifeste bien la caducit&#233; de cette &#233;poque : ce n'est pas sur ce qu'est la classe face au capital que se fonde le projet, mais sur une &#233;pure du capitalisme industriel, un capitalisme r&#234;v&#233; face au capitalisme r&#233;el. De toute fa&#231;on, ce n'est pas une affirmation de ce qu'est la classe ouvri&#232;re qui constitue le point de d&#233;part de ce projet, c'est ce qu'est le capital, en cela c'est bien un projet alternatif. Un projet alternatif au capital tel qu'il est, pour lui opposer ce qu'il devrait &#234;tre, en tant que forme &#233;ternelle de la production, probl&#233;matique d'o&#249; d&#233;coule toutes les &#8220;d&#233;rives&#8221; th&#233;oriques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un article en page int&#233;rieure de &#8220;La Marseillaise&#8221; (quotidien du Parti Communiste en Provence), on pouvait lire : &#8220;Dans le mouvement est devenue de plus en plus claire l'id&#233;e qu'il s'agit de faire payer une classe sociale au profit d'une autre. C'est une mise en cause du capitalisme, m&#234;me si celui ci n'est jamais nomm&#233;&#8221;. Sur quoi se fonde cette affirmation d'un surprenant radicalisme, et qui est d'un certain point de vue exacte : a) le refus que &#8220;tout soit bas&#233; sur l'argent&#8221; ; b) &#8220;la volont&#233; de participer &#224; toutes les d&#233;cisions&#8221;. Quelles sont les perspectives de cette &#8220;mise en cause&#8221; du capitalisme : a) &#8220;d&#233;passer cette soci&#233;t&#233; terriblement in&#233;galitaire alors que l'argent coule &#224; flot&#8221; ; b) &#8220;multiplier l'imp&#244;t sur la fortune par quatre&#8221; ; c) revoir &#8220;l'engagement de la France dans la monnaie unique&#8221; (extraits des d&#233;clarations de Robert Hue sur France Inter dimanche 17 in &#8220;La Marseillaise&#8221; du 18) ; d) &#8220;engager une politique de croissance fond&#233;e sur l'emploi&#8221; ; e) &#8220;dissuasion de la sp&#233;culation financi&#232;re&#8221; (&#233;ditorial de &#8220;La Marseillaise&#8221; du 18 d&#233;c)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Finalement de quoi s'agit-il ? On prend le m&#234;me mode de production capitaliste et on en propose une autre gestion, &#233;liminant certains d&#233;veloppements consid&#233;r&#233;s comme n&#233;fastes, comme s'ils n'&#233;taient pas des d&#233;veloppements n&#233;cessaires de celui-ci. Cela ne m&#233;riterait, depuis des dizaines d'ann&#233;es, m&#234;me plus une critique s'il ne s'agissait que d'une construction id&#233;ologique et non d' un &#233;tat actuel des contradictions de classes. Il faut se poser la question de la coh&#233;rence de ce capitalisme &#224; visage humain. A partir de la lutte sur le partage entre salaires et profit, qui fut la constante du mouvement, le P.C formule comme proposition : &#8220;Une modulation nouvelle de l'assiette des cotisations patronales : en comparant les salaires vers&#233;s &#224; la valeur ajout&#233;e globale de chaque entreprise, elle ferait payer moins ceux qui font relativement plus de salaire, c'est-&#224;-dire d'emplois, et plus ceux qui font l'inverse. Cela inciterait &#224; plus de croissance r&#233;elle, d'emplois et de salaires...&#8221; (d&#176;) Dans ces d&#233;clarations qui ne rel&#232;vent pas d'un placage id&#233;ologique sur le mouvement mais en expriment un grand pan de r&#233;alit&#233;, apparait la perspective d'une soci&#233;t&#233; fond&#233;e sur une affirmation du salariat comme p&#244;le dominant, comme principe organisateur, structurant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette perspective est impossible, irr&#233;alisable dans la mesure o&#249; elle conserve salariat et capital en niant leurs lois internes de fonctionnement et de connexion : augmentation de la productivit&#233;, augmentation de la composition organique du capital, lois d'accumulation. La lutte sur le partage est une loi de la lutte de classe, m&#234;me une loi du salaire comme prix de la force de travail autour de sa valeur, mais elle n'est pas un principe social d'organisation de la soci&#233;t&#233;. Cependant, dire cela n'&#233;puise pas la signification de cette perspective dans le mouvement, car on ne ferait que la r&#233;duire &#224; une erreur th&#233;orique, ou &#224; une &#8220;utopie&#8221;, alors qu'elle colle en partie &#224; la r&#233;alit&#233; de ce conflit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut la critiquer en disant que nous n'avons pas de propositions &#224; faire dans le cadre de cette soci&#233;t&#233; en conservant ses d&#233;terminations (salaire, profit, capital...), c'est-&#224;-dire se limiter &#224; une critique 'radicale', normative et finalement superficielle et vulgaire. On ne r&#233;pond pas &#224; la question de la signification interne au mouvement de cette perspective. La pratique et la conscience sociale d'un mouvement part toujours de ce qu'il est, de ce qu'il est en tant que d&#233;fini dans une soci&#233;t&#233;, celle du capital, et c'est en tant que tel qu'il lutte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La formalisation de la perspective d'une soci&#233;t&#233; des salari&#233;s fut l'expression de toutes les limites du mouvement et celles-ci furent l'activit&#233; sp&#233;cifique du d&#233;mocratisme radical. &#8220;Dans la plupart des grandes branches professionnelles, observe Louis Viannet, on peut r&#233;duire le temps de travail sans r&#233;percussion sur les salaires et sans que cela ne d&#233;bouche sur des difficult&#233;s importantes pour les entreprises. La plupart du temps, ajoute-t-il, les co&#251;ts salariaux repr&#233;sentent nettement moins de 20% des co&#251;ts de production. Qu'on ne me dise pas qu'il n'y a pas de r&#233;serves !&#8221; Et toujours la perspective keyn&#233;sianiste : &#8220;La hausse de la consommation par une revalorisation du pouvoir d'achat influerait positivement sur la croissance et sur la cr&#233;ation d'emplois n&#233;cessaires pour satisfaire des besoins nouveaux.&#8221; (&#8220;Humanit&#233;&#8221;, 20 D&#233;c.). Ce keyn&#233;sianisme ouvrier n'est pas seulement une erreur th&#233;orique &#224; propos du fonctionnement du capital et des crises, ou un positionnement comme interlocuteur &#224; l'int&#233;rieur du syst&#232;me. Il s'articule avec tout ce qui touche aux conceptions de la finance parasite, &#224; la fa&#231;on de comprendre la hausse de la composition organique du capital et le rapport entre salaire et productivit&#233;. Tous ces &#233;l&#233;ments font syst&#232;me pour d&#233;crire une soci&#233;t&#233; de salari&#233;s comme proc&#232;s de d&#233;g&#233;n&#233;rescence des lois du capitalisme qui serait fond&#233; sur ces lois elles m&#234;mes. On confond &#224; nouveau la lutte sur les salaires et les conditions de travail avec le principe d'une soci&#233;t&#233; diff&#233;rente, mais alors cette soci&#233;t&#233; &#8220;diff&#233;rente&#8221; ne fonctionne que sur les lois de l'ancienne. En concevant la finance et les &#8220;march&#233;s&#8221; comme parasites, on ne les consid&#232;re pas comme vecteurs de la p&#233;r&#233;quation du taux de profit &#224; l'&#233;chelle internationale. Une d&#233;pr&#233;ciation contre telle ou telle monnaie induit une d&#233;pr&#233;ciation du travail des travailleurs en question, puisqu'elle forcera &#224; travailler plus pour la m&#234;me valeur (en tant que temps de travail social moyen). Le capital d&#233;place de plus en plus sur les &#8220;march&#233;s&#8221;, de fa&#231;on globale, ce qui se d&#233;roulait dans les &#233;changes de marchandises individuelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Seuls les tracts nationaux de F.O et de la C.G.T pr&#233;sentaient la recomposition de l'assiette des prestations comme une perspective de soci&#233;t&#233; dessinant de nouvelles relations entre productivit&#233;, emploi, profit et salaire. On trouvait quelque chose qui pouvait appara&#238;tre comme proche dans les tracts issus des A.G de d&#233;p&#244;ts, centres de tri, plate-formes, &#233;tablissements, divisions, des A.G de ville, l&#224; o&#249; elles ont exist&#233;. Mais, dans ces tracts, il est remarquable que jamais ces revendications ne furent formul&#233;es comme perspective sociale, mais le furent comme moment de la mise en place d'un rapport de forces. Il ne s'agissait jamais de les faire entrer avec d'autres perspectives ou revendications dans un ensemble qui aurait pu faire syst&#232;me. L'id&#233;e dominante &#233;tait que toute r&#233;forme des pr&#233;l&#232;vements sociaux est le r&#233;sultat d'un rapport de forces dans le partage entre salaire et profit. La revendication d'une autre r&#233;partition des pr&#233;l&#232;vements n'ouvrait pas une nouvelle perspective de soci&#233;t&#233; des salari&#233;s, mais intervenait comme sanction d'un rapport de forces entre salariat et capital dans le mode de production capitaliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On voit ici la r&#233;surgence d'une th&#233;matique qui avait eu son heure de gloire il y a une dizaine d'ann&#233;es : &#8220;la strat&#233;gie socio-politique des syndicats&#8221;. La C.G.T avait &#233;t&#233; &#224; l'&#233;poque h&#233;sitante, c'est la C.G.I.L italienne qui avait &#233;t&#233; le grand gourou de cette th&#233;orie. On ressort cela, apr&#232;s dix ans de sommeil, sous une nouvelle forme. Ce n'est plus le &#8220;producteur&#8221; qui est mis en avant dans la personne du travailleur (force de travail-marchandise), mais le &#8220;citoyen&#8221;. C'est la personne-baudruche du citoyen qui donne la touche finale &#224; la soci&#233;t&#233; des salari&#233;s, au capitalisme d&#233;barrass&#233; de ses mauvais c&#244;t&#233;s. Jusque dans les ann&#233;es 60, le militant syndical qui s'occupait du &#8220;secours populaire&#8221;, d'organisations antifascistes, de d&#233;fense des prisonniers, du travail aupr&#232;s des immigr&#233;s, de &#8220;comit&#233; de la paix&#8221;, de solidarit&#233; avec le tiers-monde etc...n'effectuait cela que comme fonctions internes de sa d&#233;finition centrale de prol&#233;taire, comme individu moyen d&#233;fini par son appartenance de classe, et non comme individu abstrait appartenant &#224; la soci&#233;t&#233; comme communaut&#233; politique des citoyens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le citoyen est un individu abstrait appartenant &#224; une communaut&#233; ayant r&#233;sorb&#233; ses contradictions r&#233;elles. Il est &#233;vident qu'un conflit comme celui-ci offre un terrain de pr&#233;dilection au citoyen de par ses th&#232;mes (service public, s&#233;cu., solidarit&#233; sociale...). Le citoyen d&#233;finit une communaut&#233; plus large que la classe, &#224; partir non des individus singuliers (ce qui ne serait pas possible), mais des individus isol&#233;s. Plus les individus dans leurs rapports sont isol&#233;s, plus la communaut&#233; qu'ils d&#233;finissent est large et abstraite, plus l'ectoplasme-citoyen a du champ devant lui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les jours qui suivirent la grande manifestation du 12 d&#233;cembre, le mouvement de gr&#232;ve, dans sa dynamique &#233;tait parvenu au point o&#249; il se d&#233;voilait &#224; lui-m&#234;me ses propres causes, ses propres conditions d'existence. Il &#233;tait parvenu au moment o&#249; le d&#233;voilement peut se muer en la remise en cause pour un mouvement de ses conditions. Arriv&#233; &#224; un certain point, ind&#233;finissable &#224; l'avance, il devient &#233;vident que l'on ne peut continuer &#224; se battre contre le capital sur une base inscrite, m&#234;me conflictuellement, en totalit&#233; dans sa reproduction. Du partage entre salaire et profit, on passait aux notions m&#234;me de salaire et de profit comme cibles de la lutte. D&#233;j&#224; les notions de s&#233;curit&#233; sociale, de service public et d'acquis commen&#231;aient &#224; avoir du plomb dans l'aile. De la pr&#233;carit&#233; et du ch&#244;mage comme forme &#8220;d&#233;grad&#233;e&#8221; du salariat, on passait &#224; leur compr&#233;hension comme &#233;tant le coeur de la situation de salari&#233; ; de la critique des &#233;lites s&#233;par&#233;es et arrogantes, on passait &#224; celle de l'autonomisation de nos propres rapports dans l'Etat ; des probl&#232;mes de la redistribution de la richesse, on passait &#224; la nature m&#234;me de cette richesse comme marchandise et capital. Ce pas n'ayant pas &#233;t&#233; franchi, le d&#233;mocratisme radical est devenu l'id&#233;ologie dominante et efficace de cette lutte et son expression officielle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;2 ) La lutte des &#8220;sans-papiers&#8221; (1996-1997)&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Partir des d&#233;buts du mouvement, c'est en poser imm&#233;diatement la probl&#233;matique, la dualit&#233; interne, la dynamique et les limites.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mouvement na&#238;t dans les foyers, en particulier ceux de Montreuil, qui avaient d&#233;j&#224; &#233;t&#233; le cadre de mouvement de gr&#232;ves des loyers. Des c&#233;libataires, mais aussi des familles (il y en a dans les foyers) d&#233;cident qu'il y en a assez des conditions impos&#233;es par la clandestinit&#233;. Ils cherchent un appui du c&#244;t&#233; de SOS-Racisme mais, &#224; la suite d'une rencontre au sortir d'une permanence de SOS, des hommes sont interpell&#233;s par la police, ce qui d&#233;clanche le mouvement : cinquante hommes feront la gr&#232;ve de la faim entour&#233;s par les familles. Les situations au regard de la loi sont tr&#232;s variables : des parents d'enfants n&#233;s en France et &#233;ventuellement r&#233;gularisables, des c&#233;libataires clandestins, des d&#233;bout&#233;s du droit d'asile... Il y a plusieurs nationalit&#233;s africaines (Maliens, Mauritaniens, S&#233;n&#233;galais...), m&#234;me une famile syrienne (assyro-chald&#233;ens). L'&#233;glise de Saint Ambroise est choisie parce qu'elle est pr&#232;s d'un m&#233;tro sur la ligne de Montreuil (pour le c&#244;t&#233; &#233;v&#232;nementiel de la lutte, nous nous sommes inspir&#233;s des notes d'un camarade, Serge Quadrupanni, ayant particip&#233; au mouvement).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s ce moment l&#224;, le mouvement est pris en tenailles entre son extension massive contenue dans la simple sortie de la clandestinit&#233;, le 'tous &#224; la lumi&#232;re' qui sera une constante de la lutte, et la revendication, tout aussi essentielle et constitutive de la lutte, consistant &#224; 'demander des papiers'. Le lendemain de l'occupation de St Ambroise (le 19 mars 96), des centaines de sans-papiers affluent pour participer au mouvement et sont refoul&#233;s &#224; l'entr&#233;e : 'plus de place'. Malgr&#233; cela, au lendemain de l'&#233;vacuation par la police de St Ambroise (23 mars), alors que les gr&#233;vistes sont momentan&#233;ment au gymnase Japy, plusieurs centaines d'Africains et de Maghr&#233;bins tentent de se joindre au mouvement. La mayonnaise du 'tous &#224; la lumi&#232;re' est en train de prendre en m&#234;me temps que les gr&#233;vistes, utilisant les organisations humanitaires et anti-racistes les plus diverses comme des prestataires de services, enferment leur revendication dans la logique de ces organisations : les crit&#232;res, la constitution de dossiers, la recherche d'appuis politiques, strat&#233;gie politique et &#233;lectorale de recomposition de la gauche contre Jupp&#233; et Chirac (PS + PC et appoint marginal des 'petites gauches' ou PC + 'petites gauches' cherchant &#224; &#233;quilibrer le PS en lui faisant du chantage).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les quelques jours d'errance &#224; la suite de l'&#233;vacuation polici&#232;re de St Ambroise, cette dualit&#233; du mouvement s'est cristallis&#233;e sur un enjeu pratique imm&#233;diat : quel nouveau lieu choisir ? La taille de celui-ci, sa plus ou moins grande possibilit&#233; de cl&#244;ture, la nature de son 'propri&#233;taire' &#233;taient des enjeux de la lutte. Le choix d'une nouvelle &#233;glise contre la fac de Jussieu ent&#233;rine le repli du mouvement sur une pratique restreinte de la revendication des papiers &#224; l'encontre de la propre g&#233;n&#233;ralit&#233; de cette revendication apparue dans la rapide agr&#233;gation d'autres clandestins autour de ceux de St Ambroise et dans la manifestation qui, de la place de la Nation, se dirigea de nuit vers le centre de r&#233;tention de Vincennes. Manifestation durant laquelle, contre la tendance &#224; la particularisation de la situation de clandestin que porte d&#233;j&#224; &#224; ce moment l&#224; toutes les nuances du d&#233;mocratisme radical, est pos&#233;e la g&#233;n&#233;ralit&#233; que repr&#233;sente la situation de clandestin dans les rapports qui se mettent en place entre prol&#233;tariat et capital : un 'laboratoire' de la pr&#233;carit&#233; et de la flexibilit&#233;. A ce moment, la r&#233;ponse de l'Etat est au niveau de cette g&#233;n&#233;ralisation : dans l'avertissement donn&#233; &#224; toute la population immigr&#233;e (l&#233;gale ou clandestine) au travers de la vaste et tr&#232;s violente ratonnade de Belleville.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cette lutte, si le caract&#232;re massif de celle-ci pouvait &#234;tre un enjeu c'est qu'il ne s'agissait ni de 'solidarit&#233;', ni d'un simple proc&#232;s quantitatif laissant subsister tel quel sa nature. Ce sont les transformations dans la composition et la production d'une force de travail &#233;trang&#232;re qu'il faut bri&#232;vement consid&#233;rer pour comprendre cet enjeu. Nous partirons du texte de Charles Reeves, 'L'immigr&#233; et la loi de la population dans le capitalisme moderne' ('L'oiseau-temp&#234;te', automne 97), texte qui rend compte du livre d'une universitaire am&#233;ricaine, Saskia Sassen : ' The mobility of labor and capital' (Cambridge University Press, 1994).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au travers des politiques dites 'd'ajustements structurels' men&#233;es par le FMI ou la Banque Mondiale, le capital produit l'offre et la demande de force de travail, ne se contentant pas d'aller les chercher et n'ayant nul besoin de proposer quoi que ce soit. Les immigr&#233;s actuels sont les enfants de ces politiques cr&#233;ant un nouveau cadre pour la mobilit&#233; des travailleurs. S'il est exact que la mobilit&#233; du capital a toujours cr&#233;&#233; les conditions de la mobilit&#233; de la force de travail, cela n'emp&#234;che que la probl&#233;matique actuelle est la nouvelle version d'une vieille question : &#8220; Dans la phase actuelle du capitalisme, la place d'une soci&#233;t&#233; dans l'internationalisation de la production d&#233;termine sa place sur le march&#233; mondial de la main-d'oeuvre. On a toujours expliqu&#233; l'&#233;migration par le manque de d&#233;veloppement. Si cela a pu &#234;tre vrai, ce ne l'est plus. La phase actuelle du capitalisme voit appara&#238;tre un lien direct entre l'internationalisation de la production et les migrations internationales. Dans les ann&#233;es 70, le fort flux d'investissements vers les pays pauvres va acc&#233;l&#233;rer cette internationalisation. Sassen montre que les pays vers lesquels l'industrie am&#233;ricaine a export&#233; la production furent pr&#233;cis&#233;ment ceux qui sont devenus les principaux exportateurs de main-d'oeuvre vers les Etats-Unis : Mexique, Philippines, Cor&#233;e du Sud et Chine. On aboutit ainsi &#224; la deuxi&#232;me conclusion : l'investissement de capitaux &#233;trangers cr&#233;e &#224; la fois des emplois et les conditions d'une nouvelle &#233;migration. A la recherche de co&#251;ts de production toujours plus bas, les multinationales ont d&#233;plac&#233; vers les pays pauvres l'agriculture intensive et les industries d'exportation grosses consommatrices de main-d'oeuvre. Ces investissements ont d&#233;structur&#233; les soci&#233;t&#233;s traditionnelles et leurs &#233;conomies, provoquant de massives migrations rurales et, surtout, la prol&#233;tarisation des jeunes femmes. Cette prol&#233;tarisation est &#224; la base de la d&#233;stabilisation des soci&#233;t&#233;s pauvres et patriarcales, provoquant le ch&#244;mage des hommes et cr&#233;ant une r&#233;serve de main-d'oeuvre suceptible d'&#233;migrer. &#8221; ( Charles Reeves, op cit). Sur cette base, dans les m&#233;tropoles capitalistes, &#8220; le d&#233;veloppement des secteurs &#224; bas salaires et de l'&#233;conomie souterraine n'est pas le signe d'un d&#233;clin mais, tout au contraire, la manifestation du nouveau dynamisme capitaliste. D&#233;sormais conclut-elle (Sassen) : &#8220; Des postes de travail d&#233;qualifi&#233;s peuvent faire partie des secteurs les plus modernes de (la nouvelle) &#233;conomie et des secteurs arri&#233;r&#233;s de cette m&#234;me &#233;conomie &#234;tre porteurs de sa croissance &#8221;. (d&#176;). Prenant les exemples de l'&#233;lectronique en Californie et du pr&#234;t-&#224;-porter &#224; New-York, Sassen montre que &#8220; plusieurs r&#233;gions des pays hautement industrialis&#233;s sont redevenues comp&#233;titives avec les zones industrielles du tiers-monde pour ce qui est du placement d'investissements directs, aussi bien &#233;trangers que nationaux. &#8221; (d&#176;). Apr&#232;s avoir &#233;t&#233; d&#233;centralis&#233;e, une partie de la production manufacturi&#232;re revient dans les pays d&#233;velopp&#233;s : avantages techniques, politiques protectionnistes, proximit&#233; des grands march&#233;s, co&#251;ts de l'instabilit&#233; politique et sociale dans le tiers-monde. Mais &#224; cela vient s'ajouter 'la pr&#233;sence, dans les vieux centres capitalistes, d'une nouvelle main-d'oeuvre immigr&#233;e bon march&#233; et mall&#233;able, parfaitement adapt&#233;e aux nouvelles formes d'exploitation et de production manufacturi&#232;re. (...) C'est l'apparition d'un march&#233; mondial de la main-d'oeuvre qui a cr&#233;&#233; les conditions de l'essor des migrations transnationales. En m&#234;me temps, la consolidation des Etats a permis de contr&#244;ler ces migrations dans un cadre national, produisant une force de travail &#224; statut s&#233;par&#233;. (...) Partout, dans les pays d&#233;velopp&#233;s, on r&#233;vise les politiques d'immigration de fa&#231;on &#224; accentuer cette s&#233;paration en rendant plus fragile le statut l&#233;gal de l'immigr&#233;, voire en le niant. L'immigration &#224; statut permanent ne r&#233;pond plus aux besoins actuels de la valorisation du capital. Les Etats essayent donc d'institutionnaliser une immigration tournante, dont l'ins&#233;curit&#233; est la condition normale. &#8221; (d&#176;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8220; Dans le capitalisme, le mouvement des travailleurs se fait selon les conditions de vente et d'achat de la marchandise force de travail. Comme celui des capitaux, ce mouvement n'est 'libre' que dans le cadre des lois du march&#233;. Aujourd'hui, la pr&#233;carisation de la condition d'immigr&#233; est la forme la plus libre que prend la circulation des hommes en tant que marchandises. Cela &#233;tant il importe de voir que dans les pays d&#233;velopp&#233;s la refonte des politiques d'immigration est men&#233;e de pair avec la r&#233;forme de l'Etat providence. (...) S'attaquer au salaire social n'a de sens que dans la mesure o&#249; cela entra&#238;ne la baisse du salaire direct. La 'mise &#224; plat' de l'ancienne l&#233;gislation du travail, l'&#233;clatement des garanties de l'ancienne classe ouvri&#232;re et la pr&#233;carisation du statut de l'immigr&#233; sont autant de mesures permettant de cr&#233;er une nouvelle r&#233;serve de main-d'oeuvre &#224; bon march&#233;. (...) Des secteurs dynamiques du capitalisme sont d&#233;sormais demandeurs d'une immigration de type nouveau, pr&#233;caire, mall&#233;able et avec un minimum de droits formels. L'Etat fran&#231;ais doit donc &#233;tablir une nouvelle politique d'immigration correspondant au besoins actuels de l'exploitation. (...) La perte d'influence du capitalisme fran&#231;ais en Afrique peut enfin permettre &#224; l'Etat de r&#233;viser ses politiques d'immigration, les lib&#233;rant des contraintes d'Etat &#224; Etat, &#233;tablies &#224; la d&#233;colonisation. &#8221; (d&#176;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la situation du travailleur immigr&#233; clandestin c'est la situation g&#233;n&#233;rale actuelle du rapport entre le capital et la force de travail qui se trouve pouss&#233;e &#224; son paroxysme. Toute forme 'traditionnelle' du contrat de travail n'a bien &#233;videmment pas disparue, surtout dans les r&#233;gions anciennement industrialis&#233;es, mais ce n'est plus celle-ci qui fait sens quant &#224; la relation actuelle sur le march&#233; du travail et aux modalit&#233;s de l'exploitation. Internationalisation du march&#233; du travail, d&#233;r&#233;gulation de ce march&#233;, d&#233;mant&#232;lement de l'Etat providence, travail au noir, clandestinit&#233;, pr&#233;carit&#233;, flexibililit&#233; forment une totalit&#233; que nous avons analys&#233;e comme disparition de l'identit&#233; ouvri&#232;re confirm&#233;e dans la reproduction du capital. Le mouvement g&#233;n&#233;ral &#233;tant celui de la restructuration du mode de production capitaliste sur la base de l'extorsion de la plus-value sous son mode relatif. Les secteurs encore 'prot&#233;g&#233;s' du salariat ne sont pas appel&#233;s &#224; dispara&#238;tre, mais leur sens n'est plus en eux. Ils ne sont plus eux-m&#234;mes qu'un segment paticulier dans la segmentation g&#233;n&#233;rale de la force de travail. En outre, cette classe ouvri&#232;re 'stable' des pays anciennement industrialis&#233;s ne peut &#234;tre consid&#233;r&#233;e seulement en rapport &#224; la fraction pr&#233;caris&#233;e des pays o&#249; elle r&#233;side, mais par rapport &#224; l'ensemble de la classe ouvri&#232;re mondiale dont elle est une fraction. Il est devenu impossible d'opposer le droit du travail tr&#232;s &#233;labor&#233; des pays d&#233;velopp&#233;s &#224; la 'jungle' des pays pauvres, et de conclure que le premier serait menac&#233; par la seconde. Ce n'est pas l'arriv&#233;e de main-d'oeuvre &#233;trang&#232;re qui d&#233;r&#232;glemente le march&#233; du travail, c'est la d&#233;r&#232;glementation qui est le moyen le plus s&#251;r d'attirer la main-d'oeuvre &#233;trang&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La nouvelle articulation entre 'centre' et 'p&#233;riph&#233;rie' qui se met en place dans les ann&#233;es 8O, et qui se structure alors autour de la question de la dette, produit le rapport entre capital et travail comme mondial, et ce caract&#232;re mondial non comme un &#233;tat de fait s'imposant &#224; la suite d'un &#233;largissement quantitatif du march&#233; mais comme le produit qualitatif d'une rupture. 'D&#232;s lors que les pays du Sud sont contraints, par leurs riches cr&#233;anciers, d'exporter pour rembourser la dette, on voit mal comment ils pourraient renoncer au seul avantage comparatif dont ils disposent (...) Et l'on d&#233;couvre que le salari&#233; d'entreprise, loin d'&#234;tre le mod&#232;le dominant de la soci&#233;t&#233; capitaliste, fait figure d'exception, localis&#233;e et provisoire, dans un syst&#232;me qui partout et toujours a privil&#233;gi&#233; les formes les plus brutales d'exploitation de la force de travail.' (Le Monde Diplomatique, janv 97, Dossier : 'Dans les laboratoires de l'exploitation').&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les analyses les plus courantes de cette mondialisation du march&#233; du travail voient une contradiction entre celle-ci et la tendance g&#233;n&#233;rale &#224; la 'fermeture des fronti&#232;res' et r&#233;solvent cette 'contradiction' dans la n&#233;cessit&#233; politique, plus ou moins hypocrite, de r&#233;pondre &#224; la x&#233;nophobie ambiante ou m&#234;me de la susciter. Si l'on consid&#232;re la mondialisation du march&#233; du travail non comme une uniformisation mais comme une segmentation, la 'contradiction' s'&#233;vanouit, la 'fermeture des fronti&#232;res' devient un &#233;l&#233;ment fonctionnel de cette mondialisation en ce qu'elle est par nature segmentation. Il para&#238;t de plus en plus &#233;vident que cette sur-r&#233;glementation de la moblit&#233; de la main-d'oeuvre est, en fait, une d&#233;r&#232;glementation : elle fabrique du clandestin plus qu'elle ne limite l'entr&#233;e de main-d'oeuvre &#233;trang&#232;re sur un territoire national. A ce jeu l&#224;, les mesures r&#233;currentes de r&#233;gularisation ne sont pas tant une soupape &#224; des situations sociales devenant explosives (elles le sont en partie) mais surtout r&#233;tablissent, &#224; intervalles plus ou moins r&#233;guliers, la situation ant&#233;rieure et r&#233;activent l'appel &#224; de nouveaux clandestins au fur et &#224; mesure que la situation dans la segmentation de la force de travail que repr&#233;sentait le clandestin tend &#224; devenir la condition g&#233;n&#233;rale. 'A mesure que les fronti&#232;res nationales feignent de se fermer, les fronti&#232;res de la l&#233;galit&#233; reculent : cens&#233;s &#234;tre des exceptions strictement encadr&#233;es, l'emploi int&#233;rimaire et les contrats &#224; dur&#233;e ind&#233;termin&#233;e se g&#233;n&#233;ralisent, tandis que le budget public multiplie ses lib&#233;ralit&#233;s aux entreprises sous forme de d&#233;gr&#232;vement fiscaux, au nom de la lutte contre le ch&#244;mage&#8221; (Le Monde Diplomatique, d&#176;). Ne plus s'embarrasser du droit du travail est devenu la r&#232;gle : 'la pr&#233;carisation g&#233;n&#233;ralis&#233;e n'est pas le produit d'importation d'un tiers-monde suppos&#233; archa&#239;que, mais il y a lieu de penser qu'elle est un effet des strat&#233;gies mon&#233;taires occidentales consid&#233;r&#233;es comme les plus 'modernes' par les institutions de Bretton Woods.' (d&#176;). Strat&#233;gies qui, si elle cr&#233;e l'offre de main-d'oeuvre dans le tiers-monde, en cr&#233;ent simultan&#233;ment la demande dans les m&#233;tropoles capitalistes. Comprise dans la structure d'ensemble de la restructuration, la mondialisation du march&#233; du travail n'est que la forme la plus &#233;labor&#233;e de la disparition de l'identit&#233; ouvri&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Limiter cette mondialisation au seul rapport entre 'centre' et 'p&#233;riph&#233;rie' serait ne pas la comprendre comme une mondialisation r&#233;elle : l'essentiel des mouvements migratoires de main-d'oeuvre (l&#233;gaux ou clandestins) se fait entre les pays pauvres eux-m&#234;mes. On ne la comprendrait pas comme une mondialisation r&#233;elle car on ne la ferait, &#224; nouveau, r&#233;sulter que de la simple rencontre entre pays pauvres et pays riches, pauvret&#233; et richesse devenant en eux-m&#234;mes la cause et l'explication de ces mouvements. On aurait une rencontre et non l'une et l'autre (pauvret&#233; et richesse), dans leur sp&#233;cification historique, comme particularisation d'une m&#234;me totalit&#233; qui est le march&#233; mondial de la force de travail dont la substance est la flexibilisation et pr&#233;carisation g&#233;n&#233;rales du rapport du travail au capital. Dans la mondialisation de la valorisation du capital, qui est la forme empirique la plus g&#233;n&#233;rale que prend la restructuration du rapport entre travail et capital dont la dynamique est dans l'extraction de plus-value sous sa forme relative d&#233;passant ses limites ant&#233;rieures (cf. premier chapitre), les pays pauvres sont mis en concurrence pour produire des biens manufactur&#233;s et agricoles au meilleur compte. Ce ne sont pas les 'traditions' de ces derniers qui expliquent le recours toujours plus grand au travail irr&#233;gulier, mais bien les exigences de la structure d'ensemble la plus r&#233;cente de la valorisation du capital (contre les th&#232;ses dualistes, toutes les analyses les plus pertinentes de l'&#233;conomie souterraine en Afrique ou en Asie du sud insistent sur la connexion entre celle-ci et les p&#244;les exportateurs). 'Outre la surexploitation des enfants et des femmes, les transferts massifs de main-d'oeuvre au sein du monde sous-d&#233;velopp&#233; jouent un r&#244;le &#224; c&#244;t&#233; duquel notre propre immigration est une goutte d'eau dans l'oc&#233;an. Les migrations interasiatiques, principalement f&#233;minines, &#233;valu&#233;es &#224; 35 millions de personnes, sont en progression constante, en d&#233;pit des mesures protectionnistes prises par la plupart des pays destinataires.' (d&#176;). 'En d&#233;pit' ou plut&#244;t devrait-on dire 'par l'interm&#233;diaire' de ces mesures qui, d&#233;stabilisant cette main-d'oeuvre, en cr&#233;ent la demande et en suscitent l'offre. Le Gabon, entre autres, m&#232;ne r&#233;guli&#232;rement des op&#233;rations de d&#233;portation de travailleurs &#233;trangers qui , une fois de retour, vivent dans une situation de pr&#233;carit&#233; renforc&#233;e, pour le plus grand b&#233;n&#233;fice de ceux qui les emploient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#224; o&#249; elle ne peut &#234;tre l&#233;galement cr&#233;&#233;e la situation de 'clandestin' est produite par d'autres moyens, mais toujours dans la m&#234;me structure mondiale du march&#233; du travail. 'Au Br&#233;sil, d&#232;s les premiers travaux de construction de la nouvelle capitale Brasilia, l'Institut national d'immigration et de colonisation (INIC), cr&#233;&#233; en 1957, se donnait pour but de ma&#238;triser les flux internes de main-d'oeuvre ; dans ce m&#234;me pays dans les ann&#233;es 90, les autorit&#233;s des r&#233;gions les plus riches font tout ce qu'elles peuvent pour emp&#234;cher la stabilisation des migrants que leurs industries attirent. Peu arm&#233;es juridiquement - puisque la libre circulation y est de droit - , elles ont recours &#224; toute une s&#233;rie de subterfuges, tels que l'intimidation des migrants lors de leur arriv&#233;e dans les gares routi&#232;res, le strict contr&#244;le de l'acc&#232;s au logement et &#224; la protection sociale ou diverses autres brimades.' (d&#176;). M&#234;mes dispositions en Chine dans les r&#233;gions c&#244;ti&#232;res dont Shangha&#239; offre le meilleur exemple. 'Pour int&#233;grer le pays dans la mondialisation et b&#233;n&#233;ficier de l'avantage comparatif que conf&#232;re &#224; la Chine une main-d'oeuvre in&#233;puisable, l'Etat r&#233;formateur a lib&#233;ralis&#233; de fait le march&#233; du travail. Pour cela, il a assoupli le hukou (syst&#232;me de passeport interne sous Mao qui fixait les gens &#224; leur lieu de r&#233;sidence) et favoris&#233; les flux migratoires ruraux vers les zones de production &#224; l'exportation et l'industrie du b&#226;timent' (Le Monde Diplomatique, ao&#251;t 2000). Mais : 'Tous les jours devant la gare, des milliers de migrants ruraux sont mass&#233;s. Ils attendent dans l'espoir que les agents recruteurs des entreprises de construction leur proposent un emploi. Combien sont-ils ? Plus de trois millions selon les estimations courantes. Sans doute plus encore si l'on compte tous ceux qui ne se sont pas d&#233;clar&#233;s aupr&#232;s des autorit&#233;s. (...) Objet du m&#233;pris ou de l'indiff&#233;rence des citadins de souche, &#233;troitement surveill&#233;s par les autorit&#233;s gr&#226;ce au syst&#232;me des permis temporaires de r&#233;sidence r&#233;cemment mis en place et au quadrillage des villes par les comit&#233;s d'usine et de quartier, ces migrants c&#244;toient les habitants 'l&#233;gaux' sans jamais cohabiter.' (d&#176;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La prise en compte de cette production de 'clandestins' par d'autres moyens est essentielle pour saisir toute l'ambigu&#239;t&#233; et la limite, sous sa forme juridique et humanitaire, que pr&#233;sente n&#233;cessairement la revendication des papiers, de la l&#233;galisation. C'est simultan&#233;ment le refus, dans le refus de la situation juridique de clandestin, de ce qui est la substance m&#234;me de la clandestinit&#233;, la pr&#233;carisation g&#233;n&#233;ralis&#233;e de la force de travail sous la forme du march&#233; mondial de la main-d'oeuvre ; et refus de cette pr&#233;carisation g&#233;n&#233;ralis&#233;e pos&#233;e comme une contrainte juridique particuli&#232;re. C'est pour cela que la revendication de la libre circulation est un leurre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le mode de production capitaliste, la libre circulation, le march&#233; du travail mondial est toujours segment&#233;. La pr&#233;carit&#233; g&#233;n&#233;ralis&#233;e implique un libre march&#233; du travail &#8220;batard&#8221;. La marchandise force de travail ne peut &#234;tre &#233;pur&#233;e de sa d&#233;termination historique (par nature). Le clandestin est le secret de la g&#233;n&#233;ralisation de la pr&#233;carit&#233; et de la flexibilit&#233; mais en tant que clandestin (en tant que particulier). La totale libre circulation est une abstraction th&#233;orique en ce qui concerne le march&#233; du travail et, comme revendication, elle est contrainte de se parer d'atours humanitaire pour oublier qu'il ne s'agit que de la libre circulation d'une marchandise particuli&#232;re, la force de travail. En cela c'est une revendication qui, par nature, ne peut qu'&#234;tre prise dans les constantes reformulations des politiques d'immigration et se situe sur leur terrain quand elle croit en sortir. Dans &#8220;Chroniques d'un mouvement&#8221; (brochure de SCALP / Reflex sur la lutte des sans-papiers), le texte d'Alain Morice, anthropologue au CNRS, fait le tour de la question.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s avoir critiqu&#233; les effets pervers, les ambigu&#239;t&#233;s et l'aspect fondamentalement irr&#233;aliste de toutes les lois de r&#233;glementation de l'immigration, apr&#232;s avoir affirm&#233; contre Patrick Weil l'impossiblit&#233; de &#8220;trier&#8221; le &#8220;bon immigr&#233;&#8221; du &#8220;mauvais clandestin&#8221; et avoir tordu le cou au fantasme de l'invasion, au mythe de la coop&#233;ration sous forme de l'aide au d&#233;veloppement, et au leurre de l'int&#233;gration, l'auteur se montre r&#233;solument favorable &#224; la libre circulation. Il y est favorable au nom de la d&#233;mocratie, de la libert&#233;, de la lutte contre le racisme et contre le risque de &#8220;r&#233;gression de l'esprit civique chez les fonctionnaires...&#8221;(p. 93). Il y est favorable car les lois restrictives &#8220;rendent plus chim&#233;rique encore l'id&#233;al r&#233;publicain d'int&#233;gration&#8221;. Jusque l&#224; on ne d&#233;passe pas la soupe habituelle du d&#233;mocratisme radical. L&#224; o&#249; Morice va plus loin c'est quand il ne craint pas d'aborder les cons&#233;quences de la libre circulation &#8220;sur le monde du travail&#8221;, question qu'il qualifie de &#8220;d&#233;licate et &#233;pineuse&#8221;. Apr&#232;s avoir tr&#232;s bri&#232;vement &#233;voqu&#233; une premi&#232;re hypoth&#232;se dans laquelle, devenus citoyens &#224; part enti&#232;re, les immigr&#233;s se lanceraient dans une &#8220;reconqu&#234;te des droits sociaux&#8221; provoquant une &#8220;hausse du prix du travail&#8221;, il s'attarde sur une seconde hypoth&#232;se beaucoup moins r&#233;jouissante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8220;L'offre accrue de bras mettrait les employeurs en position favorable pour n&#233;gocier les salaires &#224; la baisse, ce qu'ils ne pourraient obtenir cependant que de deux mani&#232;res : soit par une expansion correspondante du travail au noir, soit par une action visant &#224; mettre en cause le droit actuel du travail, et notamment le salaire minimum garanti. De ce point de vue, l'ouverture des fronti&#232;res laisserait l'ordre des choses actuel en l'&#233;tat et n'aurait pour effet qu'une acc&#233;l&#233;ration du processus de pr&#233;carisation de la main-d'oeuvre, lequel &#8220;envahit&#8221; plus s&#251;rement la soci&#233;t&#233; fran&#231;aise que les immigrants. (...) Subsistent deux options compl&#233;mentaires qui, de m&#234;me, se font jour d&#232;s maintenant avec une telle insistance qu'on en vient &#224; se demander si r&#233;ellement l'irruption de nouveaux migrants y changerait quoi que ce soit. D'une part, il s'agirait de se tourner vers des gisements de main-d'oeuvre que le sous-emploi met dans une situation particuli&#232;rement d&#233;favorable. Si le patronat a renonc&#233; &#224; tout espoir de mettre au travail certaines cat&#233;gories (notamment parmi les jeunes marginalis&#233;s des quartiers pauvres), il lui reste la possibilit&#233;, notamment gr&#226;ce au progr&#232;s de la th&#233;orie du travail &#224; temps partiel et gr&#226;ce &#224; une l&#233;gislation particuli&#232;rement souple (et pas m&#234;me respect&#233;e) de l'apprentissage, de se tourner vers les femmes et les enfants. (...) A ces gisements nouveaux s'ajoutent les march&#233;s captifs de travailleurs au sein m&#234;me des communaut&#233;s immigr&#233;es : la sous-traitance aux fa&#231;onniers chinois a ainsi permis de contenir les co&#251;ts de production dans le secteur de la mode... (...) D'autre part, il resterait &#224; s'en remettre au l&#233;gislateur pour acc&#233;l&#233;rer le processus de &#8220;d&#233;r&#232;glementation&#8221; en cours (qui est en fait une sur-r&#233;glementation par ajouts d&#233;rogatoires successifs au Code du travail) : encadr&#233;e par un recul du droit, une pression migratoire accrue serait alors une aubaine permettant une diminution progressive de l'&#233;cart entre le prix du travail ici et dans les pays domin&#233;s.&#8221; (p 101-102). L'auteur d&#233;duit alors une proposition capitale : il est impossible d'isoler une question migratoire. Mais en bon d&#233;mocrate radical : &#8220;Nous en tirons cette le&#231;on : &#224; supposer, comme nous le croyons, que le combat pour la libre circulation soit juste et raisonnable (c'est-&#224;-dire nullement irresponsable), il ne peut &#234;tre s&#233;par&#233; d'un combat plus global contre les m&#233;faits du n&#233;o-lib&#233;ralisme &#224; l'&#233;chelle plan&#233;taire.&#8221;(p. 99). Le probl&#232;me ne r&#233;side pas dans le fait que l'auteur se pose la question de la &#8220;responsabilit&#233;&#8221; de ses revendications dans le cadre du mode de production existant, quand on ne le critique que comme lib&#233;ralisme, on l'ent&#233;rine comme mode de production capitaliste. Mais on ne peut pas remplacer &#8220;combat contre les m&#233;faits du n&#233;o-lib&#233;ralisme&#8221; par &#8220;combat contre le capitalisme&#8221;, en continuant &#224; dire en substance : &#8220;on ne peut combattre de fa&#231;on cons&#233;quente pour la libre circulation qu'en combattant contre le capitalisme&#8221;. Le probl&#232;me r&#233;side dans la revendication de la libre circulation elle-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'&#233;tude de Morice est tr&#232;s int&#233;ressante, c'est qu'en &#233;tudiant l'hypoth&#232;se de la libre circulation, ce qu'il met &#224; jour, au del&#224; de sa forme juridique, c'est le coeur de la situation de clandestin que l'abolition de la particularit&#233; juridique n'abolirait pas et m&#234;me &#233;tendrait (cf. ce que nous avons pu dire sur le Br&#233;sil ou la Chine). La revendication de la libre circulation, comme celle des r&#233;gularisations, sont n&#233;cessaires mais elles formalisent les limites de ce qui les pousse sur le devant de la sc&#232;ne, c'est-&#224;-dire le contenu g&#233;n&#233;ral de pr&#233;carisation du rapport entre le travail et le capital. Emettre de telles revendications en les croyant, les pr&#233;sentant et les pratiquant comme contraire &#224; &#8220;l'ordre capitaliste&#8221;, c'est se condamner &#224; ne pas d&#233;passer cet ordre. Elles ne sont que dans un antagonisme interne et li&#233; avec les lois restrictives qui, n&#233;cessitant de colmater les br&#232;ches qu'elles m&#234;mes ouvrent, ont dans la r&#233;gularisation et la libre circulation leur opposition interne, elles replient la question g&#233;n&#233;rale sur une question juridique et la renversent dans cette probl&#233;matique. Quand Patrick Weil est contre la libre circulation (rapport &#224; la fondation St Simon : &#8220;Pour une nouvelle politique d'immigration&#8221;, nov 95), les propositions qu'ils formulent l'ont int&#233;gr&#233;e non seulement comme ce &#224; quoi il faut s'opposer, mais surtout, dans les cons&#233;quences qu'elle aurait si elle devenait la r&#232;gle, comme contenu &#224; appliquer contre la force de travail. Pour Weil, la principale n&#233;cessit&#233; est de &#8220;briser des tabous et des r&#233;glementations&#8221; pour substituer les travailleurs r&#233;sidents aux &#233;trangers irr&#233;guliers sur le march&#233; du travail. Il faudrait que les employeurs aient &#8220;int&#233;r&#234;t&#8221; &#224; offrir des &#8220;travaux &#224; des ch&#244;meurs, &#224; des jeunes, &#224; des &#233;tudiants plut&#244;t qu&#224; des ill&#233;gaux&#8221;. Le dispositif se compl&#232;terait d'exon&#233;rations de charges sociales et fiscales. &#8220;Ce qu'il propose ainsi, conclut Morice, c'est donc un alignement du co&#251;t du travail moyen sur celui du travail clandestin (...) ce ne serait rien d'autre que le blanchiment g&#233;n&#233;ralis&#233; du travail au noir...&#8221; (p 97). Ce que tr&#232;s pragmatiquement, au moment de la lutte des clandestins tentent de mettre sur pied Fabien Oaki, PDG des magasins Tati : &#8220;On fait travailler des Chinois alors que des milliers de jeunes de banlieues tra&#238;nent toute la journ&#233;e sans rien faire. J'avais fait une proposition de zone franche au minist&#232;re de l'int&#233;rieur pour cr&#233;er des ateliers de textile en banlieue. Elle est rest&#233;e lettre morte.&#8221; (Le Figaro, 17 septembre 96). En regard, on ne peut que rajouter la terrible remarque d'une clandestine chinoise, d&#233;l&#233;gu&#233;e du 3&#176; collectif qui &#224; la question &#8220;Vous vous posez la question de la libert&#233; de circulation ?&#8221;, r&#233;pond : &#8220;Non. Certains se demandent aussi pourquoi nous ne parlons pas du travail clandestin. Mais cela ne date pas d'aujourd'hui. C'est bien plus vieux et ce n'est pas avec ce collectif que nous allons changer ces choses l&#224;.&#8221; (&#8220;Chroniques d'un mouvement&#8221;, p 29).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pr&#233;carisation juridico-&#233;conomique des immigr&#233;s clandestins n'est que la manifestation extr&#234;me d'une &#233;volution g&#233;n&#233;rale, mais tout le probl&#232;me de la dynamique et simultan&#233;ment de la limite de la lutte des sans-papiers en France en 1996 tient pr&#233;cis&#233;ment dans le trait d'union (juridico-&#233;conomique), le diable est toujours dans les d&#233;tails.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avant que ne l'emporte l'aspect juridique et humanitaire de la lutte des sans papiers, qui fut sa limite, on a montr&#233; sous quelles formes, dans ses d&#233;buts, s'&#233;tait manifest&#233;e la dynamique de ce mouvement. Nous pouvons maintenant y revenir d'une fa&#231;on beaucoup plus substantielle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la nouvelle probl&#233;matique de la mobilit&#233; du travail et du capital, la situation de clandestin peut renfermer la g&#233;n&#233;ralit&#233; du rapport entre force travail et capital contre sa propre particularit&#233;. Celle-ci &#233;tant simultan&#233;ment n&#233;cessaire et non-essentielle. La lutte des sans papiers r&#233;v&#233;la et attaqua la situation de prol&#233;taire maintenant (dans le mode de production capitaliste, 'faire voir les choses' c'est d&#233;j&#224; la lutte de classe, f&#233;tichisme, r&#233;ification, id&#233;ologie sont des r&#233;alit&#233;s). L'analyse pr&#233;c&#233;dente montre que, en soi, revendiquer de ne plus &#234;tre clandestin ne peut signifier revendiquer d'&#234;tre un 'prol&#233;taire ordinaire' : dans l'existence m&#234;me du clandestin, c'est le prol&#233;taire ordinaire qui est en voie de disparition et la suppression du clandestin (formellement : papiers) signfie la g&#233;n&#233;ralisation de sa situation substancielle (contenu). La lutte contre l'&#233;rection du contenu de la clandestinit&#233; en situation globale de la classe ouvri&#232;re (pas tous individuellement, mais structuration du rapport d'ensemble de la vente de la force de travail) &#233;tait la dynamique du mouvement. La situation particuli&#232;re de clandestin dans sa particularit&#233; cherche &#224; se nier non comme particularit&#233; car en tant que telle elle est produit de la totalit&#233; mais - et c'est l&#224; le probl&#232;me et la limite intrins&#232;que de la lutte des sans papier - en tant qu'en-dehors de la situation g&#233;n&#233;rale, qui n'est plus pos&#233;e que comme situation juridique. Il y a eu renversement. La diff&#233;rence de situation juridique qui n'est qu'une diff&#233;renciation produite &#224; l'int&#233;rieur et de par la situation g&#233;n&#233;rale de la force de travail devient le crit&#232;re de distinction &#224; l'int&#233;rieur de la segmentation de cette m&#234;me force de travail. Jusqu'&#224; un certain point, qui est celui o&#249; une lutte met &#224; jour ses propres conditions d'existence, la lutte du prol&#233;tariat se produit et se d&#233;veloppe toujours dans les cat&#233;gories de la reproduction et de l'autopr&#233;supposition du capital.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui montre l'importance et la dynamique de cette lutte c'est que, sans jamais explicitement sortir de sa particularit&#233;, la lutte des 'sans papiers' n'a pas pu r&#233;aliser, m&#234;me au niveau de leur repr&#233;sentation respective, sa jonction avec les autres 'sans'. Les 'sans papiers' sont d&#233;j&#224; au del&#224; des autres 'sans', sauf de la fraction extr&#234;mement minoritaire dans la lutte des ch&#244;meurs qui portait sa critique non sur le ch&#244;mage mais sur le travail (voir plus loin sur la lutte des ch&#244;meurs). Un rapide flash-back sur l'histoire d'AC ! peut nous &#233;clairer sur ses r&#233;ticences des autres &#8220;sans&#8221; &#224; assumer l'immigration - et surtout le travail clandestin - comme un des axes centraux d'intervention.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8220;Lors de la marche contre le ch&#244;mage, la pr&#233;carit&#233; et les exclusions d'avril-mai 1994, marcheurs immigr&#233;s et 'zonards rebelles' de la colonne sud-est ne trouvent pas leurs marques. Ils constituent alors l'&#233;ph&#233;m&#232;re collectif 'T'es rien' pour essayer de s'organiser de mani&#232;re autonome tout en gardant le lien avec AC ! Ces vell&#233;it&#233;s de coexistence entre un espace autonome de pr&#233;caires portant des revendications &#233;l&#233;mentaires imm&#233;diates (bouffe, fric, sant&#233;, piaule) et l'aspiration &#224; des projets politiques globaux autour notamment d'une loi cadre sur la r&#233;duction du temps de travail, ont fait long feu. Le fonctionnement au consensus ne colle pas avec l'agressivit&#233; envahissante de zonards qui &#233;ructent en guise de d&#233;bat d&#233;mocratique, 'j'te crame ton blaze'. Les vieux d&#233;mons du 'lumpenprol&#233;tariat' sont de retour. L'&#233;tat d'esprit est alors d'exclure les exclus. Cependant les arnaques fratricides &#224; la petite semaine, l'alcooolisme et la maladie terrasseront plus implacablement encore les 'zonards rebelles', pi&#233;g&#233;s par l'autodestruction.' (Mogniss H. Abdallah, in 'Sans-papiers, chronique d'un mouvement', Co-&#233;dition IM'm&#233;dia / Reflex, 1997). Laissons &#224; l'auteur son appr&#233;ciation sur le lumpenprol&#233;tariat, nous nous contenterons de constater avec lui que, en 95, l'id&#233;e d'une commission immigration dans AC ! soul&#232;ve une hostilit&#233; plus ou moins avou&#233;e, sous pr&#233;texte que les sp&#233;cialistes de l'anti-racisme et de l'immigration, SOS Racisme ou la FASTI, sont d&#233;j&#224; partie prenante d' AC !. Le probl&#232;me est qu'avec les clandestins et les sans-papiers, la lutte contre le ch&#244;mage et la pr&#233;carit&#233; est d&#233;j&#224;, par nature, au-del&#224; de la question du racisme ou m&#234;me de l'immigration en g&#233;n&#233;ral. C'est cette r&#233;alit&#233; qui s'impose aux racketts sp&#233;cialis&#233;s, et c'est dans ces cat&#233;gories bien r&#233;pertori&#233;es, en ce qu'elles les confortent dans leur marginalit&#233; clandestine, que ces racketts ram&#232;neront la lutte des sans-papiers, dans la mesure o&#249; elle porte spontan&#233;ment elle-m&#234;me cette limite. M&#234;me si, dans ses manifestations officielles, le mouvement des 'sans papiers' fut sans conteste beaucoup plus courtois, la situation m&#234;me de clandestin et de travailleur pr&#233;caire ne pr&#233;disposait pas facilement &#224; adh&#233;rer au discours d'AC ! et &#224; la th&#233;matique g&#233;n&#233;rale des solutions pr&#233;conis&#233;es par ce mouvement, ni de fa&#231;on g&#233;n&#233;rale &#224; concevoir ch&#244;mage et pr&#233;carit&#233; comme des accidents et des scandales du droit du travail. Souvent, d'autres organisations, comme le DAL ou les 'Restau du coeur', refusent quant &#224; eux de se m&#233;langer avec les sans-papiers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus que dans les rapports avec AC ! o&#249; l'absence d'atomes crochus rel&#232;ve encore, en grande partie, d'une pratique de d&#233;n&#233;gation des classes moyennes pr&#233;caris&#233;es de se regarder dans le miroir du travailleur immigr&#233; clandestin, c'est dans les rapports avec des organisations plus 'prolos' comme l'APEIS ou les Comit&#233;s de ch&#244;meurs CGT, que l'&#233;chec de la jonction des 'sans' est la plus significative de la dynamique m&#234;me de la lutte des sans-papiers. Si l'Apeis 'sert aux ch&#244;meurs, immigr&#233;s ou fran&#231;ais, de milieu de substitution au creuset ouvrier' (d&#176;), elle regroupe essentiellement d'anciens travaileurs immigr&#233;s s'identifiant totalement &#224; son leitmotiv : 'avec l'Apeis, plus jamais seul !', donnant &#224; ceux-ci le sentiment de faire partie des 'r&#233;alit&#233;s fran&#231;aises'. Malgr&#233; la participation r&#233;guli&#232;re de Malika Zediri (vice-pr&#233;sidente de l'Apeis) au forum permanent improvis&#233; &#224; l'&#233;glise St Bernard, la volont&#233; de faire de la lutte des sans-papiers un prolongement politique radicalis&#233; du mouvement de d&#233;cembre 95 est un &#233;chec, la mayonnaise ne prend pas. De m&#234;me, lorsque Madjigu&#232;ne Ciss&#233; lance, le 26 ao&#251;t 96, &#224; la Bourse du travail : 'Nous formons une m&#234;me communaut&#233; sociale de destin', l'alliance avec les syndicats, malgr&#233; les bonnes paroles des directions, se heurte au fait que, par rapport &#224; ce que repr&#233;sente encore les syndicats dans la clase ouvri&#232;re en France, cela n'est pas vrai. 'Au sein m&#234;me des syndicats les plus engag&#233;s aux c&#244;t&#233;s des sans-papiers, CGT et SUD en t&#234;te, cet engagement est contest&#233; par des militants de base qui trouvent qu'on en fait trop, au d&#233;triment des priorit&#233;s de la rentr&#233;e sociale.' (d&#176;). Alors s'engage, par exemple, entre Madjigu&#232;ne Ciss&#233; et Louis Viannet un dialogue de sourds dans lequel chacun se trompe soi-m&#234;me en cherchant &#224; tromper l'autre. Dans une lettre &#224; la premi&#232;re (publi&#233;e dans 'Le Peuple'), Louis Viannet souhaite plein succ&#232;s &#224; la manifestation du 28 septembre 96, &#224; laquelle il ne peut participer 'pour des raisons familiales', 'tout en percevant au fil des jours, combien le durcissement de la situation &#233;conomique et sociale tire les pr&#233;occupations de nos militantes et militants sur les dossiers lourds de la d&#233;fense de l'emploi, du service public, de la protection sociale, dossiers qui interf&#232;rent avec la situation des sans-papiers.'. Dans sa r&#233;ponse Madijgu&#232;ne Ciss&#233; assure que les sans-papiers sont, 'avec les militantes et les militants de votre conf&#233;d&#233;ration, les artisans les plus motiv&#233;s et les plus d&#233;cid&#233;s' pour la d&#233;fense de l'emploi, du service public, de la protection sociale. 'Notre lutte n'est pas une alternative &#224; celle des travailleurs fran&#231;ais. C'est la m&#234;me.' et elle conclut : les sans-papiers 'assurent de leur militante et active solidarit&#233; tous les mouvements des travailleurs pr&#233;caires, des ch&#244;meurs, des 'exclus', de tous les travailleurs quelle que soit leur situation : d&#233;fendre des int&#233;r&#234;ts communs c'est marcher tous ensemble.'(in Abdallah, op cit). Au m&#234;me moment, la CGT faisait sienne les propositions des m&#233;diateurs repliant la lutte sur le terrain juridique et humanitaire du d&#233;mocratisme radical, contre la 'r&#233;gularisation globale' qui, seule par sa massivit&#233;, assurait la dynamique du mouvement tout en en portant, de fa&#231;on in&#233;vitable, en tant que 'r&#233;gularisation', la limite. Il n'est pas &#233;tonnant que la syndicalisation des sans-papiers, bien que sans cesse &#233;voqu&#233;e, n'ait jamais &#233;t&#233; suivie d'effet. Cette impossible jonction avec ce que repr&#233;sente dans la classe ouvri&#232;re le syndicalisme en g&#233;n&#233;ral t&#233;moigne non d'un &#233;chec mais de la dynamique m&#234;me du mouvement. A partir de la situation espagnole du march&#233; du travail, que les Commissions Ouvri&#232;res aient r&#233;ussi, il y a quelques ann&#233;es, &#224; int&#233;grer les clandestins et &#224; ouvrir la voie &#224; une r&#233;gulation massive, ne remet pas en cause la th&#232;se d&#233;fendue ici : le refus, dans le refus de la situation particuli&#232;re de clandestin, de la situation g&#233;n&#233;rale des formes actuelles d'exploitation de la force de travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut voir les choses de fa&#231;on g&#233;n&#233;rale mais abstraite : 'Cette main-d'oeuvre (les sans-papiers) sert de transition en attendant que les acquis sociaux du monde du travail aient &#233;t&#233; &#233;limin&#233;s par le processus de d&#233;r&#233;gulation. Les sans-papiers sont en cons&#233;quence un terrain d'exp&#233;rimentation de statuts enti&#232;rement pr&#233;caris&#233;s qui seront ensuite g&#233;n&#233;ralis&#233;s en totalit&#233; ou en partie &#224; l'ensemble des salari&#233;s. En ce sens les sans-papiers font effectivement partie du monde du travail et leur strat&#233;gie de rechercher une jonction avec le 'mouvement social' est pertinente. En fait ils constituent la partie la plus pr&#233;caire de la classe ouvri&#232;re. Il existe en effet une base objective d'int&#233;r&#234;ts communs pour que cette strat&#233;gie puisse se transformer en r&#233;alit&#233;, &#224; condition bien s&#251;r que les conditions de prise de conscience puissent &#234;tre r&#233;unies.' (Sa&#239;d Bouamama, in 'Chroniques d'un mouvement'). Ici, la g&#233;n&#233;ralit&#233; de la situation des sans-papiers est abstraite pour trois raisons. D'abord, la pr&#233;carisation n'est pas comprise comme segmentation, dans sa g&#233;n&#233;ralit&#233; elle n'est pas particularis&#233;e. Ensuite cette g&#233;n&#233;ralit&#233;, comme g&#233;n&#233;ralisation, est une simple extension quantitative qui n'est pas comprise comme rupture historique, restructuration du rapport entre le travail et le capital, engageant en cela des figures historiques du prol&#233;tariat diff&#233;rentes. Enfin, &#224; partir de ces deux premi&#232;res incompr&#233;hensions, la pr&#233;carit&#233; n'est pas comprise comme g&#233;n&#233;rale en ce qu'elle structure l'ensemble du rapport d'achat-vente entre le travail et le capital, mais en ce qu'elle &#233;liminerait purement et simplement ce qui n'est pas elle, c'est encore ici la rupture historique et la segmentation qui disparaissent. Dans un rapport publi&#233; le 4 septembre &#224; Washington par l'Economic Policy Institute (EPI) dirig&#233; par Robert Reich et Lester Thurow, on peut lire que 'la part des emplois stables &#224; plein temps augmente aux Etats-Unis depuis 1995, de 73,6 % &#224; 75,1 % de l'ensemble des emplois. (...) De plus, m&#234;me si les contributions patronales aux assurances sociales diminuent, la part des emplois couverts par une protection sociale augmente.' ('Le Monde', 6 septembre 2000). Quelle est alors la nature de cette pr&#233;carit&#233; dont on peut dire qu'elle structure tout de m&#234;me l'ensemble du rapport ? Elle n'est pas seulement cette part de l'emploi que l'on peut qualifier stricto sensu de pr&#233;caire. Int&#233;gr&#233;e maintenant dans toutes les branches d'activit&#233;s elle est bien s&#251;r une 'menace' sur tous les emplois dits stables. Dans la r&#233;gion de Las Vegas, les entreprises 'hight tech' qui se d&#233;veloppent autour de l'important complexe de bases militaires imposent la 'culture 24 / 7' (disponibilit&#233; 24h sur 24, 7 jours sur 7) qui a cours dans les emplois pr&#233;caires de l'h&#244;tellerie. Les emplois stables adoptent les caract&#233;ristiques de la pr&#233;carit&#233; dont principalement la flexibilit&#233;, la mobilit&#233;, la disponibilit&#233; constante, la sous-traitance pr&#233;carisant l'emploi m&#234;me &#8220;stable&#8221; des PME, le fonctionnement par objectifs dans les grandes entreprises. La liste des symptomes de la contagion de la pr&#233;carit&#233; sur les emplois formellement stables est longue : la n&#233;cessit&#233; d'adapter sans cesse sa qualification aux besoins sp&#233;cifiques de l'entreprise ; l'imposition de la formation continue comme d&#233;stabilisation en continu de la main-d'oeuvre ; la d&#233;connexion entre croissance du salaire et augmentation de la productivit&#233; au profit d'une connexion entre salaire et revenu du capital qui ne profite bien &#233;videmment qu'aux tr&#232;s hauts salaires et renvoit les autres (emplois 'stables' ou pas) au simple jeu de l'offre et de la demande sur le march&#233; du travail o&#249;, m&#234;me une forte demande, ne profite que marginalement au salaire direct car elle se traduit par un allongement de la journ&#233;e de travail (cf. le rapport de l'EPI), la croissance du salaire devant r&#233;sult&#233;e de cette demande accrue &#233;tant transf&#233;r&#233;e vers des formes plus ou moins retorses d'&#233;pargne et de capitalisation, la formation du salaire m&#234;me de 'l'employ&#233; stable' est soumise &#224; la m&#234;me r&#232;gle que celle du pr&#233;caire, le simple jeu biais&#233; de l'offre et de la demande et l''exclusion' de la croissance g&#233;n&#233;rale de l'&#233;conomie et de la productivit&#233; ; le 'plein emploi' comme rotation acc&#233;l&#233;r&#233;e et organis&#233;e, entrecoup&#233;e de formations, ce que tente d'instituer en France un projet comme le PARE du Medef et de la CFDT ; la substitution pratique de la notion d'employabilit&#233; &#224; celle de qualification. La nature de cette pr&#233;carit&#233; en tant que structurant l'ensemble du rapport c'est dans le revivification, sur la base des modification de l'extraction de plus value relative, de l'extraction de plus-value sous son mode absolue qu'il faut la chercher.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'on comprend ainsi la pr&#233;carit&#233; comme forme g&#233;n&#233;rale du rapport entre le travail et le capital, il n'est plus aussi &#233;vident que la strat&#233;gie de recherche d'une jonction avec le 'mouvement social' &#233;tait pertinente car, prise de fa&#231;on non-abstraite, la g&#233;n&#233;ralit&#233; n'est pas quantitative, elle inclut les discontinuit&#233;s et les ruptures historiques. Cette recherche de jonction avec la bande des 'sans' et les syndicats enferme bien plut&#244;t cette g&#233;n&#233;ralit&#233;, en la particularisant dans les limites de ce qu'elle d&#233;passe, et la nie comme g&#233;n&#233;ralit&#233; en niant ce qu'il y a de nouveau en elle. C'est dans l'&#233;chec de la jonction qu'&#233;tait la dynamique du mouvement comme, de fa&#231;on souvent ambigu&#235;, dans sa volont&#233; d'autonomie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question de l'autonomie contient toutes les autres. L'autonomie exprime et revendique simultan&#233;ment le caract&#232;re autosuffisant du mouvement fond&#233; sur ce que la clandestinit&#233; enferme comme repr&#233;sentation g&#233;n&#233;rale du rapport mondial actuel entre le travail et le capital, mais, en elle-m&#234;me, en tant qu'autonomie, ce qui n'est pas imm&#233;diatement le mouvement dans sa particularit&#233; est consid&#233;r&#233; comme autre : jonction, soutien, solidarit&#233;. Si bien qu'on ne cherche plus ce qui dans la lutte peut &#234;tre g&#233;n&#233;ral, comme polarisation des contradictions sociales &#224; un moment, parce qu'elle est devenue purement et simplement un segment particulier devant s'agr&#233;ger &#224; d'autres segments particuliers. 'Les sans-papiers doivent rester ma&#238;tres de leur lutte', telle est la proclamation de base de cette autonomie. Elle s'adresse &#233;videmment &#224; toutes les manipulations politiques du style : 'vous verrez tout s'arrangera quand la gauche sera revenue au pouvoir' ; ainsi qu'&#224; toutes les 'bonnes volont&#233;s' rivalisant pour la reconstruction de la gauche ou la construction d'une gauche &#224; gauche de la gauche. Mais en m&#234;me temps l'autonomie signifie que l'on consid&#232;re le reste de la soci&#233;t&#233; comme un environnement hostile ou favorable, en oubliant qu'il n'y a pas de simples 'prestataires de services'. La soci&#233;t&#233; c'est l'homme dans ses rapports sociaux, l'autonomie est un 'leurre', aucun mouvement social ne se d&#233;termine d'abord en lui-m&#234;me puis face &#224; un environnement social. Si cependant l'autonomie est un leurre mais un leurre efficace, c'est que pour chaque individu particulier, ou chaque groupe social dans la particularit&#233; de sa reproduction dans le capital comme soci&#233;t&#233;, la soci&#233;t&#233; appara&#238;t d'abord comme rencontre et manipulation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'autonomie n'est pas un simple mot. C'est quand l'on passe de la proclamation de l'autonomie &#224; la tactique qu'elle contient que les probl&#232;mes r&#233;els apparaissent. 'La r&#233;sistance &#224; ces pressions (de la gauche, des organisation anti-racistes etc., nda) sera fonction de la capacit&#233; du mouvement &#224; consolider son autonomie. Plus que jamais les sans-papiers doivent rester ma&#238;tres de leur lutte. Le mouvement de solidarit&#233; avec la lutte doit se construire &#224; partir des d&#233;cisions des premiers concern&#233;s. Bien entendu, les tactiques peuvent &#234;tre d&#233;battues avec les soutiens mais sur la base du mot d'ordre de 'r&#233;gulation massive'. Le mouvement des sans-papiers ne peut pas seul r&#233;unir le rapport de forces n&#233;cessaire &#224; l'imposition d'une r&#233;gularisation massive. Il doit donc se pr&#233;occuper s&#233;rieusement de la construction d'un mouvement de soutien. Celui-ci se construira en premier lieu, avec les associations de solidarit&#233; existantes, avec les syndicats et avec les partis politiques d&#233;clarant soutenir m&#234;me partiellement le mouvement. La pr&#233;servation de l'autonomie permet d'&#233;viter les compromissions, elle ne doit pas pour autant exclure les compromis sur telle revendication partielle, telle action concr&#232;te, telle n&#233;gociation limit&#233;e. (...) Parmi les organisations avec lesquelles un travail est n&#233;cessaire il y a en premier lieu les syndicats.' (Sa&#239;d Bouamama, op cit). Si l'autonomie d&#233;signe le refus de la manipulation et la volont&#233; de rester directement ma&#238;tres de sa lutte et de ses revendications c'est-&#224;-dire l'affirmation que la lutte trouve son fondement en elle-m&#234;me, en consid&#233;rant l'ext&#233;rieur comme simplement ext&#233;rieur elle se condamne cependant &#224; demeurer d&#233;fensive (accepter ou rejeter tel ou tel soutien) et &#224; poser ses rapports avec cet ext&#233;rieur en termes de compromissions ou de compromis. La lutte de classe en g&#233;n&#233;ral n'est pas autonome et la lutte des sans-papiers en particulier non plus. La revendication et la tactique de l'autonomie appellent le soutien et le soutien appelle le compromis(sion). Que les acteurs d'une lutte ne remettent &#224; personne d'autre le soin de d&#233;terminer la conduite de leur lutte, ce n'est pas 'l'autonomie', c'est consid&#233;rer que la soci&#233;t&#233; capitaliste est compos&#233;e d'int&#233;r&#234;ts contradictoires et de formes de repr&#233;sentations qui, en elles-m&#234;mes, reproduisent les rapports sociaux contre lesquels on est en lutte, c'est avoir une activit&#233; qui d&#233;finit les autres ou les contraints &#224; se d&#233;finir, c'est consid&#233;rer que le groupe en lutte ou la fraction de la classe, ou la classe dans son ensemble, n'ont pas leur d&#233;finition en eux-m&#234;mes, de fa&#231;on inh&#233;rente, mais que cette d&#233;finition est l'ensemble des rapports sociaux. Etre un clandestin est un rapport social. C'est finalement consid&#233;rer la soci&#233;t&#233; comme totalit&#233; organique et activit&#233;. L'autonomie est une pratique qui pose la d&#233;finition sociale d'un groupe comme inh&#233;rente &#224; ce groupe, quasiment naturelle, et les rapports d&#233;finis au cours de la lutte comme rapports avec d'autres groupes pareillement d&#233;finis. L&#224; o&#249; il y a organisme, elle ne voit qu'addition ; l&#224; o&#249; il y a activit&#233; et rapport elle ne voit qu'objet et nature.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le cas de la lutte des sans-papiers, l'autonomie &#233;tait difficilement &#233;vitable. Ce qu'il y avait de g&#233;n&#233;ral dans leur situation &#233;tait non seulement une rupture, une opposition, &#224; tous ceux d'o&#249; pouvait venir le 'soutien' (classe ouvri&#232;re 'stable'/ syndicat ; immigration l&#233;gale qui voit dans les sans-papiers sa propre d&#233;stabilisation), mais encore sa g&#233;n&#233;ralit&#233; passait par un forme bien particuli&#232;re relevant non d'une logique de classe (donc mobile et contingente par rapport &#224; l'individu) mais d'une logique d'ordre ou de caste : l'irr&#233;gularit&#233; juridique, l'absence de papiers. Si bien qu'il semblait suffire d'abolir cette particularit&#233; pour abolir ce qu'il y avait de g&#233;n&#233;ral en elle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 'Troisi&#232;me collectif' dans lequel se trouvaient les membres du collectif 'Des papiers pour tous' marqua dans le mouvement le point extr&#234;me atteint par celui-ci en tant que mouvement autonome. L&#224; o&#249; l'autonomie, dans son contenu, exprimait simultan&#233;ment la dynamique et la limite du mouvement. Le collectif nait pr&#233;cis&#232;ment du rejet par les sans papiers expuls&#233;s de St Ambroise de la tactique de pourrissement du mouvement et de s&#233;lection entre les 'bons'(juridiquement et politiquement n&#233;gociables) et les 'mauvais' dossiers pratiqu&#233;e par SOS-Racisme qui les balladent de locaux en locaux toujours plus exigus o&#249; les trois cent ne peuvent demeurer ensemble. Fod&#233; Sylla et ses comp&#232;res se font purement et simplement jeter dehors. 'Dans ce contexte, une trentaine de militants politiques, antifascistes ou anarcho-syndicalistes qui s'&#233;taient oppos&#233;s &#224; cette manipulation ont d&#233;cid&#233; de se rencontrer pour faire le point sur la lutte. Et &#224; la surprise de tous, cette r&#233;union a rassembl&#233; une centaine de personnes qui ont d&#233;cid&#233; de se constituer en collectif. Le Collectif 'des papiers pour tous' &#233;tait n&#233;.' ('Chroniques d'un mouvement', p 35). Au del&#224; de l'anecdote, le troisi&#232;me Collectif na&#238;t de la contradiction interne de tout le mouvement des sans-papiers : lutter contre la clandestinit&#233; comme &#233;tant une situation g&#233;n&#233;rale de la force de travail actuellement, le faire en donnant &#224; cette g&#233;n&#233;ralit&#233; le contenu particulier de l'absence juridique de papiers. A la question fondamentale dans le cours de la lutte de savoir si les Collectifs une fois &#8220;officialis&#233;s&#8221; doivent &#234;tre ouverts ou ferm&#233;s, la r&#233;ponse qu'apporte le plus important d'entre eux, celui de St Ambroise / St Bernard, est sans &#233;quivoque : le Collectif, malgr&#233; l'afflux constant de sans-papiers souhaitant rejoindre le mouvement, sera ferm&#233; (300 pas un de plus pas un de moins). D'o&#249; la constitution de ce troisi&#232;me Collectif sur des perspectives oppos&#233;es mais sur la m&#234;me base de lutte. Il est ouvert &#224; tous ceux d&#233;sireux de participer &#224; la lutte, il s'engage &#224; d&#233;fendre un nombre toujours plus grand de sans-papiers, sa d&#233;marche est celle d'une r&#233;gularisation globale. Cependant : &#8220;Probl&#232;me de croissance : rassemblant plus de 1200 dossiers, le troisi&#232;me Collectif se pose &#224; son tour la question de la fermeture, prenant le risque de ne plus lutter pour l'ensemble des sans-papiers. L'&#233;chec des crit&#232;res des m&#233;diateurs et l'apparition de nouveaux collectifs permettent l'extension des revendications &#224; &#8220;des papiers pour tous&#8221;. Dans le troisi&#232;me collectif, la question des crit&#232;res s'est &#233;galement pos&#233;e lorsque, suite &#224; l'occupation du centre de r&#233;ception des &#233;trangers, un haut fonctionnaire de la pr&#233;fecture demande aux d&#233;l&#233;gu&#233;s de lui fournir un cadre de n&#233;gociation. La volont&#233; empress&#233;e de le satisfaire, sans qu'aucun rapport de forces ne soit constitu&#233;, aboutit &#224; la r&#233;daction d'un m&#233;morandum minimaliste. Celui-ci divise les sans-papiers en trois cat&#233;gories (...) lors de la deuxi&#232;me action du 3&#176; Collectif, l'&#233;missaire promet de n&#233;gocier mais envoie les forces de l'ordre, ruinant tout espoir de r&#233;gularisation rapide. Le memorandum est enterr&#233;.&#8221; (Commision immigration, Scalp-Reflex Paris, &#8220;Chroniques d'un mouvement&#8221;, p 63). Pauvres apprentis bureaucrates qui, apr&#232;s s'&#234;tre senti parcourus par le frisson de la responsabilit&#233; et de la reconnaissance, se sont fait caresser l'&#233;chine. Ce qui ne serait pas grand chose s'ils n'avaient provoqu&#233; l'arrestation de quelques sans-papiers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par les positions qu'il affiche le collectif &#8220;des papiers pour tous&#8221;, lorsqu'il int&#233;gre le 3&#176; Collectif, se situe d'entr&#233;e de jeu sur la bases de la g&#233;n&#233;ralit&#233; de la lutte des sans papiers telle que nous l'avons d&#233;finie. 'Le CDPT a adopt&#233; d'entr&#233;e une d&#233;marche politique puisque la situation des immigr&#233;s en France n'est pas un probl&#232;me humanitaire. Pour nous, il s'agissait alors d'exprimer une solidarit&#233; politique active en menant des actions mais aussi en liant la question des sans papiers &#224; d'autres questions qui touchent les personnes 'avec papiers' qui, elles aussi, peuvent &#234;tre pr&#233;caris&#233;es et criminalis&#233;es par la soci&#233;t&#233; capitaliste : les ch&#244;meurs, les SDF, les travailleurs pr&#233;caires... Les mesures anti-immigr&#233;s ont toujours pr&#233;c&#233;d&#233; les mesures antisociales.' (d&#176;). Dans le Bulletin du CPDT (&#8220;Des papiers pour tous&#8221;), dat&#233; du 16 septembre 96, un texte faisant office de manifeste en premi&#232;re page d&#233;clare : '...la chasse aux 'clandestins' reposent sur une &#233;norme hypocrisie, puisque ce sont les r&#233;glements eux-m&#234;mes, toujours plus restrictifs, qui fabriquent de la 'clandestinit&#233;', et que des secteurs entiers de l'&#233;conomie vivent de surexploitation de ces immigr&#233;s qui loin de repr&#233;senter 'toute la mis&#232;re du monde', sont des producteurs de richesses.'. Dans le Bulletin du 20 novembre : 'Ce n'est pas seulement par solidarit&#233; m&#234;me active, ni par charit&#233; droitdelommiste que nous nous retrouvons avec les sans-papiers dans les manifestations et les occupations et que nous participons &#224; la dynamique du troisi&#232;me Collectif. Mais parce que leur combat est aussi le n&#244;tre. Contre l'apartheid social et la pr&#233;carisation g&#233;n&#233;ralis&#233;e des conditions d'existence, contre la x&#233;nophobie d'Etat et la chasse aux clandestins, nous avons choisis d'&#234;tre pr&#233;sents avec les sans-papiers en lutte pour construire une v&#233;ritable autonomie des luttes.'. Enfin dans le m&#234;me Bulletin : 'Si nous sommes solidaires de leur combat, c'est parce qu'il s'oppose &#224; la logique d'apartheid social, de pr&#233;carisation g&#233;n&#233;ralis&#233;e que l'Etat cherche &#224; imposer au nom des 'lois &#233;conomiques'. C'est parce que nous reconnaissons dans leur combat une opposition &#224; cette pr&#233;tendue n&#233;c&#233;ssit&#233; &#233;conomique que nous luttons aujourd'hui, tout comme nous l'avons fait, &#224; vos c&#244;t&#233;s, en d&#233;cembre 1995 (le tract s'adresse aux fonctionnaires ou assimil&#233;s des mairies et pr&#233;fectures nda)'.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces positions radicales du CDPT posent bien le caract&#232;re g&#233;n&#233;ral de la lutte des sans-papier. Mais non seulement ce caract&#232;re g&#233;n&#233;ral est toujours consid&#233;r&#233; come la liaison de diff&#233;rentes questions entre elles - ce qui emp&#234;che de d&#233;passer une probl&#233;matique de la solidarit&#233; dans laquelle sombrera ce Collectif - mais encore, simple liaison, l&#224; aussi la g&#233;n&#233;ralit&#233; est abstraite. Elle n'est que l'&#233;l&#233;ment commun qui r&#233;unit entre elles les diverses situations, si bien que la particularit&#233; des diverses situations est consid&#233;r&#233;e comme accidentelle et ext&#233;rieure &#224; cette g&#233;n&#233;ralit&#233;. Soyons clair : pour ce collectif, il y a d'un c&#244;t&#233; le contenu g&#233;n&#233;ral de la lutte des sans-papiers, de l'autre la revendication des papiers. Ce Collectif tient le contenu g&#233;n&#233;ral de la lutte mais a mis de c&#244;t&#233;, ailleurs, sa forme particuli&#232;re. Si bien que le Collectif &#233;volue entre la solidarit&#233; quand il est question du contenu g&#233;n&#233;ral et compromis et compromissions quand il est question de la situation particuli&#232;re. Pour le CDPT, 'des papiers pour tous' est 'une revendication minimale' (Bulletin du 16 septembre) et dans le Bulletin du 20 novembre : 'Notre lutte ne s'arr&#234;te pas avec la revendication des papiers pour tous. Elle en est seulement un passage oblig&#233;, une condition n&#233;cessaire'. Tous ces anarchistes sont bien embarrass&#233;s par cette revendication l&#233;galiste, juridique et reconnaissant l'Etat. L'analyse g&#233;n&#233;rale, dans sa g&#233;n&#233;ralit&#233;, a occult&#233; la particularit&#233; fondatrice de cette g&#233;n&#233;ralit&#233; : le clandestin, le sans-papiers. Cette analyse ne saisit pas alors que la g&#233;n&#233;ralit&#233; de la situation est intrins&#233;quement renvers&#233;e dans la particularit&#233; de la situation, que la dynamique du mouvement est sa limite. Ne pas reconna&#238;tre l'intrication dans une lutte de sa dynamique et de sa limite am&#232;ne toujours &#224; une fuite en avant purement id&#233;ologique dans l'intervention qui s'&#233;vanouit rapidement dans son ext&#233;riorit&#233;. Il s'agira de renforcer la vraie autonomie de la lutte, sa limite ne pouvant venir que de l'ext&#233;rieur, ou de d&#233;noncer les pesanteurs sur la conscience de l'id&#233;ologie dominante. La revendication d'une r&#233;gularisation des sans-papiers ne devient qu'un 'mot d'ordre essentiel pour &#233;branler le consensus sur la question de l'immigration clandestine et porter une critique radicale &#224; l'id&#233;ologie de l'Etat-nation et au credo r&#233;publicain de l'impossible int&#233;gration dans un moule commun, pacifi&#233;, domestiqu&#233;.' (Bulletin du 20 novembre). La limite intrins&#232;que d'une lutte devient mesure tactique d'un programme minimum : 'notre revendication, nous le savons, va &#224; l'encontre des logiques &#233;tatiques de repli national : d&#233;nonc&#233;e comme une position extr&#233;miste par l'ensemble de la classe politique, elle est pourtant la seule capable d'ouvrir des perspectives et des espaces d'autonomie &#224; tous les exploit&#233;s' (d&#176;). Perspectives qui, on le sait, font toujours long feu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais si la revendication particuli&#232;re est transfom&#233; en programme minimum, en mesure tactique ouvrant sur l'autonomie accrue, pierre philosophale de la r&#233;volution (puisque la lutte de classe a ses limites &#224; l'ext&#233;rieur d'elle-m&#234;me), pourquoi ne pas envisager d'autres mesures tactiques permettant de parvenir &#224; celle - centrale - qui ouvrira sur les grands espaces de l'autonomie. Et pour 'faire s&#233;rieux', le CDPT participe, dans le troisi&#232;me collectif, &#224; la d&#233;finition de crit&#232;res de r&#233;gularisation. D'entr&#233;e, parce que le mouvement des sans-papiers ne peut poser sa g&#233;n&#233;ralit&#233; que dans sa particularit&#233;, la g&#233;n&#233;ralit&#233; est renvers&#233;e en addition de diff&#233;rences et est par l&#224;, dans la pratique, pos&#233;e comme solidarit&#233; et '&#224; c&#244;t&#233;' des particularit&#233;s. Face &#224; la g&#233;n&#233;ralit&#233; pos&#233;e pour elle-m&#234;me, ce qui est pourtant sa particularisation devient limite ext&#233;rieure, revendication minimum, tactique appelant en cascades d'autres mesures tout aussi 'tactiques'. Il n'y a pas un moment o&#249; le troisi&#232;me collectif en g&#233;n&#233;ral et le CDPT en particulier aurait bascul&#233; jusqu'&#224; contredire son nom m&#234;me. Son point de d&#233;part impliquait ce basculement parce que ce basculement &#233;tait dans la lutte des sans-papiers elle-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La g&#233;n&#233;ralisation du 'tous &#224; la lumi&#232;re' s'&#233;tant av&#233;r&#233;e impossible (cf. le d&#233;but de ce chapitre) parce qu'en contradiction avec la revendication elle-m&#234;me qui la justifiait (&#8220;tous &#224; la lumi&#232;re&#8221; c'&#233;tait de fait abandonner de revendiquer des papiers parce que cette lumi&#232;re devenait celle projet&#233;e sur le contenu g&#233;n&#233;ral de la pr&#233;carisation), les collectifs de sans-papiers se sont cantonn&#233;s dans leur propre logique (et nul n'aura l'imb&#233;cilit&#233; de reprocher &#224; leurs membres de penser d'abord &#224; obtenir des papiers pour eux). C'est &#224;-partir de ce moment qu'une partie des membres de CDPT ont, on a vu pourquoi, commenc&#233; &#224; 'd&#233;river'. Pour &#234;tre admis dans le troisi&#232;me collectif, il fallait montrer son s&#233;rieux, c'est-&#224;-dire passer par un 'travail social' (constituer des dossiers ou des fiches) et avancer des crit&#232;res de r&#233;gularisation. Le CDPT se devait de pouvoir r&#233;pondre aux organisations de gauche et humanitaire qui lui reprochaient de ne pas &#234;tre concret. Engag&#233; dans une pratique de solidarit&#233;, il fallait &#234;tre reconnu pour justifier de l'utilit&#233; de sa solidarit&#233;. Si le CDPT a ensuite abandonn&#233; ces fameux crit&#232;res, ce n'est pas tant de par ce qu'ils avaient de 'honteux' par rapport &#224; son appellation m&#234;me que parce que l'Etat les a trait&#233;s par le m&#233;pris (&#233;pisode du d&#233;p&#244;t de dossiers du 12 sept dans les locaux de la Pr&#233;fecture et de l'occupation du centre de r&#233;ception des &#233;trangers de la Pr&#233;fecture de Police, le 29 octobre). La participation au troisi&#232;me Collectif a &#233;t&#233; alors justifi&#233;e par la n&#233;cessit&#233; de contrebalancer l'influence des 'droitsdelommistes' et pour emp&#234;cher la bureaucratisation de ses d&#233;l&#233;gu&#233;s. En cons&#233;quence, le CDPT a apport&#233; ses troupes &#224; des actions ma&#238;tris&#233;es par la Ligue des droits de l'homme et par les apprentis bureaucrates de St Bernard, puis il s'est agi d'aider les femmes de St Bernard et leurs m&#233;diatiques soutiens &#224; obtenir que l'Elys&#233;e intervienne. L'autonomie se perd dans sa logique naturelle du soutien, de la solidarit&#233;, et de ce qu'elle pr&#233;suppose : l'ext&#233;riorit&#233; des limites des luttes. Le 12 janvier 97, le Collectif avait le choix entre aller soutenir des gens qu&#233;mandant d'&#234;tre recus par un repr&#233;sentant de Chirac, ou bien de participer &#224; une diffusion de tractc des trotsko-stal JRE &#224; Roissy. A force d'aller toujours plus loin dans la logique d' 'aider les autres &#224; &#234;tre autonomes', on finit par perdre soi-m&#234;me sa parcelle d' 'autonomie'.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un camarade participant au CDPT (Serge Quadrupanni) qui tenait un &#8220;journal personnel&#8221; de cette lutte , apr&#232;s la critique de la d&#233;rive de celui-ci (critique qu'il ne rattache pas &#224; la limite intrins&#232;que de la lutte et &#224; la notion d'autonomie m&#234;me), dont nous venons de tr&#232;s abondamment nous 'inspirer' quant &#224; la connaissance des faits, propose la ligne d'action suivante : ' Nous pensons nous, que la meilleure mani&#232;re d' 'aider les autres &#224; &#234;tre autonomes', c'est de l'&#234;tre d'abord nous-m&#234;mes. Cela ne se fera pas en disputant aux organisations de gauche et humanitaires le terrain du soutien dans des actions dont la logique est toujours plus mis&#233;rabiliste, toujours plus soumise (ah l'occupation de Beaubourg en montrant ses sacs au contr&#244;le !) face &#224; un Etat toujours plus arrogant, mais en d&#233;veloppant nos propres formes de luttes. Et notamment en reprenant ce qui faisait l'originalit&#233; et la force du collectif : les actions visant &#224; gripper le rouages de la x&#233;nophobie d'Etat - actions possibles parce que les gens qui les m&#232;nent, justement, ne sont pas imm&#233;diatement menac&#233;s par le d&#233;faut de papiers. C'est en d&#233;veloppant toujours plus nos capacit&#233;s d'intervention que nous pourrons &#234;tre consid&#233;r&#233;s par les collectifs de sans-papiers comme des interlocuteurs avec lesquels on discute d'&#233;gal &#224; &#233;gal, et non pas en jouant toujours plus les petits soldats qui suivent en r&#226;lant. C'est en d&#233;veloppant notre propre discours (comme nous l'avons amorc&#233; dans un ou deux tracts) que nous nous donnerons les moyens d'un dialogue o&#249; l'on n'h&#233;siterait pas &#224; expliquer pourquoi il y a peu &#224; attendre des &#233;lus de la nation (y compris le premier d'entre eux) et tout &#224; esp&#233;rer des rapports de forces sur le terrain. C'est en nous contrefoutant d'&#234;tre reconnus par les gauchistes, les syndicats et les humanitaires que nous nous donnerons les moyens de nous imposer &#224; eux. C'est ainsi que nous avons peut-&#234;tre la possibilit&#233; de rattraper tous ceux qui ont vot&#233; avec les pieds (et qui repr&#233;sentent maintenant un large majorit&#233;) contre la d&#233;rive du collectif. (...) Pour l'heure, il n'y a donc rien de plus urgent que de revenir &#224; ce qui avait attir&#233; tant de monde au collectif : une opposition radicale &#224; la x&#233;nophobie d'Etat. Une opposition radicale, cela doit d'abord se dire. C'est pourquoi il nous semble important de consacrer du temps et de l'&#233;nergie &#224; la r&#233;daction d'un texte de bilan critique de la lutte des sans-papiers, et &#224; la confection d'une plate-forme-manifeste. Une opposition radicale, cela signifie : le refus des crit&#232;res et cat&#233;gories ; le refus de la logique humanitaire de gauche (il e&#251;t mieux valu &#234;tre sourd que d'entendre expliquer qu'il fallait trouver des formulations qui puissent plaire aux degauche, y compris, si on a bien compris au PS ! Non mais o&#249; on est ? Vous avez oubli&#233; ce qu'est et ce qu'a fait le PS, ce qu'il s'appr&#234;te &#224; faire - sans oublier le PC d'ailleurs...).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8220;Si de par leur propre logique, les groupes de sans-papiers se placent en contradiction avec nous sur ces deux points, cela signifie que pour l'heure, une activit&#233; suivie commune avec eux est impossible (soulign&#233; par nous). Il faut en prendre acte. Cela n'emp&#234;chera pas, non plus, que parmi tous les sans-papiers, dans ces groupes ou ailleurs, des minorit&#233;s plus r&#233;solues et nourrissant moins d'illusions, se renforcent gr&#226;ce au fait, entre autre, que des gens comme nous m&#232;nent leur propre lutte...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8220;Une opposition radicale, cela signifie aussi replacer la lutte des sans-papiers dans le cadre g&#233;n&#233;ral d'une lutte contre la pr&#233;carisation : et s'il n'est pas possible de nous retrouver tous ensemble dans ce cadre g&#233;n&#233;ral, il est indispensable de trouver le moyen de le rappeler si possible par la pratique.&#8221; Grande lucidit&#233; interne de quelqu'un engag&#233; dans la lutte, mais qui n'aper&#231;oit pas la contradiction m&#234;me de cette lutte, sa limite dans sa dynamique, et qui va m&#234;me jusqu'&#224; envisager la poursuite de la lutte en dehors de la liaison avec les collectifs de sans-papiers et m&#234;me en opposition &#224; eux, poursuite qui, malgr&#233; la d&#233;clamation rituelle &#8220;nous sommes nous-m&#234;mes int&#233;ress&#233;s etc.&#8221;, ne pouvait faire que long feu dans la d&#233;nonciation purement id&#233;ologique de la &#8220;x&#233;nophobie d'Etat&#8221;. Ce n'est pas ce type d'action lui-m&#234;me qui est criticable, c'est que, ici, il ne se comprend pas lui-m&#234;me, c'est-&#224;-dire ne comprend pas qu'il est lui-m&#234;me le r&#233;sultat de la contradiction interne d'une lutte dont la limite se fonde dans sa dynamique. Il ne cherche qu'&#224; opposer les deux ; la limite du mouvement n'est con&#231;ue que comme un am&#233;nagement personnel pour les int&#233;ress&#233;s et, pour ceux que ce type d'action met en mouvement, cette limite devient une sorte de &#8220;programme minimum&#8221;. C'est l&#224; que ce type d'action s'ext&#233;riorise et devient intervention. C'est comme si, en 86, on s'&#233;tait avis&#233; de dire aux cheminots : &#8220;il ne faut pas &#234;tre corporatistes&#8221;, autant leur dire d'arr&#234;ter la gr&#232;ve. Ce qui n'emp&#234;che pas de critiquer les coordinations et le corporatisme mais en montrant que, sans eux, la gr&#232;ve n'aurait pas eu lieu. De m&#234;me, les gr&#232;ves de 95 et la d&#233;fense du service public. La difficult&#233; de ce type d'action consiste &#224; ne pas s&#233;parer, et inversement &#224; ne pas confondre, dynamique et limite d'une lutte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mouvement n'a donc pas abattu la notion formelle de clandestin dans la massivit&#233; de la clandestinit&#233;. Cela aurait signifi&#233; que se refuser en tant que clandestin c'est se refuser comme prol&#233;taire actuel (c'est en &#233;tant produit comme prol&#233;taire que l'on est produit comme clandestin et non l'inverse). Cependant, cette disparition du 'prol&#233;taire ordinaire' dans la cat&#233;gorie du clandestin trouve sa limite dans la clandestinit&#233; m&#234;me (d'o&#249; l'importance de la massivit&#233; et du 'tous &#224; la lumi&#232;re', n&#233;gation de la particularit&#233; formelle)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ca n'a pas march&#233; car la g&#233;n&#233;ralit&#233; de la situation de clandestin, la g&#233;n&#233;ralisation de la pr&#233;carit&#233;, comporte toujours la particularisation du clandestin. L'imbrication de la dynamique et de la limite de cette lutte r&#233;side dans le fait que 'Des papiers pour tous' c'est :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;a) la massivit&#233; de la clandestinit&#233;, l'abolition de la forme particuli&#232;re (particularisation) de la substance g&#233;n&#233;rale (pr&#233;carisation, d&#233;r&#233;gulation g&#233;n&#233;rale de l'immigration et de la main-d'oeuvre globale). Enoncer le secret de l'existence du clandestin c'est &#233;noncer ce que la restructuration a &#233;tabli en principe de la force de travail (c'est aussi &#233;tablir en principe de la soci&#233;t&#233; ce que la soci&#233;t&#233; a &#233;tabli en principe du prol&#233;tariat maintenant). Lorsque le clandestin annonce la dissolution de sa situation de clandestin, il annonce la dissolution du rapport du prol&#233;tariat au capital dans ce cycle de luttes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;b) mais c'est aussi : l'affirmation que cette substance g&#233;n&#233;rale est le probl&#232;me particulier des 'clandestins' en tant que tels (formellement, forme n&#233;cessaire cf.supra) ; question de r&#233;gularisation et de papiers, question juridique d'un groupe particulier de personnes (droit / soci&#233;t&#233; civile). Les papiers pour tous c'est toujours une demande de papiers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si le travail clandestin est le &#8220;laboratoire de la flexibilit&#233; g&#233;n&#233;ralis&#233;e&#8221;, en tant que travail clandestin cette g&#233;n&#233;ralit&#233; est une particularit&#233; (particularisation). Si le travailleur clandestin repr&#233;sente l'ensemble des transformations des modalit&#233;s d'exploitation du travail, dans le travail clandestin cette substance g&#233;n&#233;rale s'oppose &#224; sa forme particuli&#232;re (l&#224; on a un forme sociale confirm&#233;e et rep&#233;rable, reproductible, qui, de d&#233;termination de classe, passe dans la cat&#233;gorie d'une d&#233;termination d'ordre). Si bien que la lutte contre la substance g&#233;n&#233;rale que le travail clandestin repr&#233;sente deviendra la construction de cette particularit&#233; comme si c'&#233;tait en elle que r&#233;sidait la substance g&#233;n&#233;rale qu'il repr&#233;sente (en outre cette construction se trouve confirm&#233;e pour les int&#233;ress&#233;s eux-m&#234;mes dans la segmentation reproductible du march&#233; mondial du travail). C'est toute l'ambivalence de la revendication 'des papiers pour tous', qui deviendra n&#233;cessairement, d&#232;s qu'il est question de papiers, une question de droit, de n&#233;gociations avec l'Etat qui distribue le droit et donc une question de crit&#232;res (cf. l'&#233;volution hyper rapide du 3&#176;collectif).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La limite de la lutte est d&#233;finie en premier par les sans-papiers eux-m&#234;mes dans leur autonomie revendiqu&#233;e et sera im&#233;diatement prise en charge et formalis&#233;e par toutes les nuances du d&#233;mocratisme radical qui va y aller moderato car la globalit&#233; de la question (la substance) est toujours l&#224; comme le feu sous la cendre de la particularisation. Le d&#233;mocratisme radical n'a jamais de dynamique propre. C'est &#224; partir des limites intrins&#232;ques de cette lutte qu'il pourra traiter la substance g&#233;n&#233;rale comme la question de la particularit&#233; et formaliser ce renversement depuis le th&#232;me de la libert&#233; de circulation jusqu'&#224; l'in&#233;narrable &#8220;bapt&#234;me r&#233;publicain&#8221;. Mais, s'il n'a pas de dynamique propre, le d&#233;mocratisme radical est la forme et la pratique bien r&#233;elle de ce renversement qu'il ent&#233;rine et doit &#234;tre en cela trait&#233; et affront&#233; comme une force sociale bien r&#233;elle et pratique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De ces fractions les plus radicales &#224; celles qui ne se distinguent gu&#232;re des anciennes dames patronesses, le d&#233;mocratisme radical est un continuum. L'exemple le plus probant en est fourni par le troisi&#232;me Collectif dont nous avons assez longuement analys&#233; l'&#233;volution ultra-rapide. De son c&#244;t&#233;, un militant nantais du &#8220;R&#233;seau No passaran&#8221; &#233;voque ses scrupules et ses interrogations face &#224; ce continuum : &#8220;ce qui est en question c'est le r&#244;le de la gauche : comment construire l'unit&#233; sans oublier l'histoire et les responsabilit&#233;s de la gauche ? C'est &#233;galement le r&#244;le du &#8220;cartel&#8221; des associations dites antiracistes, d&#233;tenant des &#8220;dossiers&#8221;, en regard de l'autonomie des &#8220;sans-papiers&#8221; eux-m&#234;mes et des personnes ou groupes souhaitant combattre la x&#233;nophobie d'Etat. Ce d&#233;bat est parfois assez violent et d&#233;chire des associations, comme le Gasprom (l'Asti de Nantes), connues pour leur d&#233;fense de la libre circulation des humains, leur condamnation des expulsions (...). De ce fait, la situation para&#238;t relativement confuse sur la r&#233;gion. L'attitude face &#224; SOS-Racisme pr&#234;te &#233;galement &#224; d&#233;bat. Plusieurs personnes consid&#233;rant que SOS-Nantes n'a jamais commis d'horreur, il est n&#233;cessaire de les inclure dans la d&#233;marche unitaire. Probl&#232;me : son antenne locale ne s'est jamais d&#233;marqu&#233;e de la direction parisienne et sert r&#233;guli&#232;rement de tremplin au PS. Si bien qu'un continuum s'&#233;tablit entre &#8220;radicaux&#8221; et sociaux-d&#233;mocrates au nom de l'antiracisme et de l'unit&#233;. La question qui se pose alors est celle de la revendication de fond : libert&#233; de circulation des humains, droit d'asile, refus de la double peine, droit du sol pour la nationalit&#233;, &#233;galit&#233; des droits et &#233;galit&#233; sociale, nouvelle citoyennet&#233; ou citoyennet&#233; active, anti-imp&#233;rialisme, &#233;changes interculturels, etc.&#8221; (&#8220;Chroniques d'un mouvement&#8221;, p 41).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais les fractions &#8220;radicales&#8221; du d&#233;mocratisme radical qui se fixent dans cette lutte sur sa d&#233;termination antiraciste et revendiquent &#8220;l'&#233;galit&#233; sociale et politique&#8221;, en ayant pour objectif une &#8220;nouvelle citoyennet&#233;&#8221;, ne peuvent, en le &#8220;regrettant&#8221;, que se trouver elles-m&#234;mes partie prenante de ce continuuum qui les agace ; d'autant plus que la probl&#233;matique autonomie / soutien dans laquelle elles situent leurs actions ne peut que les confronter, en tant que &#8220;soutiens&#8221;, &#224; la n&#233;c&#233;ssit&#233; de &#8220;l'unit&#233;&#8221; pos&#233;e comme condition de l'efficacit&#233; du &#8220;soutien&#8221;. Cependant, si on ne s'arr&#234;te pas aux d&#233;clarations d&#233;mocratiques et citoyennes sur la &#8220;terre de France&#8221; prof&#233;r&#233;es par les professionnels du maintien de l'ordre que sont les &#8220;m&#233;diateurs&#8221;, les Ariane Mouchkine, les Jean Claude-Amara (Droits devant) ou autre Fod&#233; Sylla, si l'on d&#233;passe le morceau d'anthologie d&#233;mocrate &#224; peine radical que constitue la lettre des associations , des partis de gauche et d'extr&#234;me gauche au pr&#233;sident de la r&#233;publique (Lib&#233;ration, 21 Ao&#251;t 96), il est insuffisant d'opposer &#224; &#8220;la lutte de classe&#8221; les revendication d'&#233;galit&#233; et de citoyennet&#233;, comme l'on opposerait la &#8220;r&#233;alit&#233;&#8221; &#224; son masque ou &#224; son d&#233;voiement. Quand le d&#233;mocratisme radical reformule la lutte de classe autour de la revendication de &#8220;droits&#8221;, ou autour des th&#232;mes de l'&#8221;&#233;galit&#233;&#8221; ou de la citoyennet&#233;, il ne fait pas dispara&#238;tre la lutte de classe mais il ent&#233;rine l'existence des classes comme in&#233;galit&#233; et lutte contre elle. La lutte se d&#233;roule alors &#224; l'int&#233;rieur d'un espace consensuel imaginaire qui est celui de &#8220;l'&#233;galit&#233; des droits&#8221; et / ou de la citoyennet&#233; (nouvelle : s&#233;par&#233;e de la nationalit&#233;). Depuis le d&#233;but des ann&#233;es 70 (gr&#232;ves dans l'industrie, foyers Sonacotra, contre les attentats racistes, pour la carte unique de 10 ans...) les luttes des travailleurs immigr&#233;s ne peuvent &#234;tre d&#233;coup&#233;es &#224; l'int&#233;rieur d'elles-m&#234;mes en luttes de classe sur les conditions de travail, les salaires etc. , disons &#8220;un c&#244;t&#233; prol&#233;tarien&#8221; ; et de l'autre ce que &#8220;Reflex&#8221; appelle la volont&#233; &#8220;d'asseoir son droit de cit&#233; dans la soci&#233;t&#233; fran&#231;aise&#8221;(&#8220;Chroniques d'un mouvement&#8221; p 9). &#8220;Asseoir son droit de cit&#233;&#8221; c'est aussi lutter contre une surexploitation et il ne s'agit pas d'id&#233;ologie. La question de &#8220;l'&#233;galit&#233;&#8221; et des &#8220;droits&#8221; n'est pas un &#8220;plus&#8221; qui viendrait se surajouter &#224; la lutte de classe &#8220;pure et dure&#8221;, car la lutte de classe n'est jamais &#8220;pure et simple&#8221;. R&#233;soudre la question en en appelant de fa&#231;on quasiment incantatoire et magique au &#8220;noyau dur prol&#233;tarien&#8221; contre son d&#233;voiement id&#233;ologique, humanitaire, antiraciste, &#224; la mani&#232;re, par exemple, de l'article du &#8220;Prol&#233;taire&#8221; de juillet-ao&#251;t-septembre 96 sur la lutte des &#8220;sans-papiers&#8221;, ne nous avance pas &#224; grand chose dans la compr&#233;hension du mouvement, ni dans celle de ses limites et de leur n&#233;cessit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut renverser la probl&#233;matique. C'est parce que la lutte des immigr&#233;s est lutte de classe qu'elle comporte ce &#8220;plus&#8221;. La lutte de classe n'existe toujours que &#8220;surd&#233;termin&#233;e&#8221; parce qu'elle est lutte de classe. C'est le r&#234;ve programmatique qui veut une classe qui se d&#233;gage de son implication r&#233;ciproque avec le capital et s'affirme en tant que telle dans une puret&#233; autod&#233;termin&#233;e, une classe subsistant par elle-m&#234;me. Dans ce &#8220;plus&#8221; c'est l'existence et la pratique en tant que classe que l'on trouve, c'est-&#224;-dire la reproduction r&#233;ciproque du prol&#233;tariat et du capital dans laquelle c'est toujours le second qui subsume la premi&#232;re et celle-ci qui agit &#224; partir des cat&#233;gories d&#233;finies dans la reproduction du capital. Si le prol&#233;tariat n'est pas condamn&#233; &#224; en demeurer l&#224; c'est que, dans sa contradiction avec le capital, il trouve la capacit&#233; de l'abolir et de se nier lui-m&#234;me. Mais c'est une autre histoire, ou plut&#244;t une histoire qui commence dans les cat&#233;gories de la reproduction du capital. Essentiellement, c'est toujours agir en tant que classe qui est la limite de la lutte de classe, c'est l&#224; le point de d&#233;part, mais ce n'est qu'un point de d&#233;part. Le d&#233;mocratisme radical &#233;rige cette existence de la classe dans les cat&#233;gories du capital en absolu parce que ce sont elles qui sont sans cesse confirm&#233;es et semblent consistantes comme d&#233;finition sociale de la classe. Il perd alors ce qui existe dans ces cat&#233;gories et ce par quoi ces cat&#233;gories elles-m&#234;mes existent, c'est-&#224;-dire la classe et sa contradiction avec le capital, la capacit&#233; &#224; l'abolir et &#224; se d&#233;passer en tant que classe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne peut trouver de meilleur exemple de ce processus que, il y a 16 ans, le mouvement &#8220;Convergence 84 pour l'&#233;galit&#233;&#8221; (souvenez-vous : pas la sympathique marche des beurs re&#231;ue &#224; l'Elys&#233;e par Mitterrand en 83, mais les mobylettes). Ce mouvement est exemplaire dans la mesure o&#249;, se fixant pour objectif &#8220;l'&#233;galit&#233;&#8221; et la &#8220;nouvelle citoyennet&#233;&#8221;, il est lui-m&#234;me conscient de l'insuffisance de cet objectif et de ce qu'il &#8220;masque&#8221;. &#8220;Nous proposons un consensus de soci&#233;t&#233; (et non plus national) : mettons en commun nos diverses ressources culturelles. Pour cela : &#233;galit&#233; des droits, nouvelle citoyennet&#233;. M&#234;me si nous savons que l'&#233;galit&#233; des droits en mati&#232;re de citoyennet&#233;, ne consiste qu'&#224; revendiquer les in&#233;galit&#233;s sociales qui traversent d&#233;j&#224; la soci&#233;t&#233; fran&#231;aise - mais uniquement celles-l&#224; !... Mais cette avance de l'id&#233;e d'Egalit&#233; rebondira sur l'ensemble de la soci&#233;t&#233;, mobilisant &#233;galement des couches discrimin&#233;es &#8220;&#224; l'int&#233;rieur de la soci&#233;t&#233; fran&#231;aise&#8221; &#8220; (4&#176; de couverture de la brochure r&#233;dig&#233;e par les initiateurs de la convergence : &#8220;La ru&#233;e vers l'&#233;galit&#233;&#8221; Ed M&#233;langes 1985). &#8220;Nous sommes d'une cat&#233;gorie qu'on a install&#233; dans la cave de la soci&#233;t&#233; et dont on ne veut ni entendre le chant, ni voir l'&#226;me. Nous revendiquons donc nos droits : des droits destin&#233;s &#224; nous porter &#224; la hauteur des citoyens reconnus. En chemin, nous avons appris que le sous-sol est plus grand que nous l'avons cru et qu'il comprend des pi&#232;ces que nous ne connaissions pas. Nous avons rencontr&#233; des citoyens moins &#233;gaux que d'autres. Eux aussi exigent leurs droits : parfois les m&#234;mes que les n&#244;tres, parfois non. Nous avons compris qu'il s'agit de leur part d'&#233;galit&#233;, comme nos droits sont notre part. Nous nous sommes dit que ces luttes diverses - les n&#244;tres et les leurs - se confortent et doivent se rejoindre pour &#233;largir le champ d'application de l'&#233;galit&#233;.&#8221; (d&#176;, &#8220;Texte d'appel&#8221;, p. 8). Les initiateurs du mouvement soulignent eux-m&#234;mes que, dans le texte d'appel, pas une fois le mot racisme n'est prononc&#233;, &#8220;parce que pensions-nous, &#224; tant rabacher le racisme, on finit par occulter les v&#233;ritables probl&#232;mes.&#8221; (d&#176;, p. 98). Mais &#224; tant rabacher l'Egalit&#233; on fini aussi par occulter les v&#233;ritables probl&#232;mes. C'est tout le mouvement de &#8220;Convergence 84&#8221; qui est pris dans cette contradiction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les initiateurs de ce mouvement ont consid&#233;r&#233; qu'il n'y avait pas que des &#8220;in&#233;galit&#233;s sociales&#8221; ou plut&#244;t que celles-ci se compl&#233;taient d'in&#233;galit&#233;s diverses contre lesquelles on pouvait lutter au niveau du droit, des in&#233;galit&#233;s &#8220;formelles&#8221;. Contre ces in&#233;galit&#233;s on ne pouvait revendiquer une uniformisation abstraite dans la politique d'insertion, c'est une &#8220;nouvelle citoyennet&#233;&#8221; qu'il fallait d&#233;finir. L'existence de ces in&#233;galit&#233;s est ind&#233;niable, insupportable et on a mille fois raisons de lutter contre elles. Mais, revendiquer l'&#233;galit&#233;, m&#234;me comme &#8220;nouvelle citoyennet&#233;&#8221;, c'est revendiquer la neutralit&#233; de la justice, de la police, de l'&#233;cole, des employeurs, de l'am&#233;nagement du territoire, de l'Etat etc., c'est revendiquer que &#8220;la cave&#8221; soit trait&#233; par ces institutions comme &#8220;les &#233;tages sup&#233;rieurs&#8221; dont elles sont leurs institutions. Les initiateurs de cette &#8220;Convergence&#8221; et l'ensemble des participants savent bien que la soci&#233;t&#233; est divis&#233;e en prol&#233;taires et capitalistes et que les &#8220;in&#233;galit&#233;s&#8221; contre lesquelles ils se battent sont l&#224;. Ils n'ont pas non plus la na&#239;vet&#233; de croire que la r&#233;solution de ces in&#233;galit&#233;s est l'abolition des classes. Mais l'existence des classes se donnant empiriquement &#224; voir dans ces in&#233;galit&#233;s, elles deviennent des objets de luttes et de revendications particuli&#232;res, c'est le fameux &#8220;contenu qualitatif&#8221; des &#8220;nouveaux mouvements sociaux&#8221;. Ces revendications r&#233;clament alors une solution &#224; leur niveau, celui de l'Egalit&#233; et de la citoyennet&#233;. Ainsi, une lutte indispensable contre les in&#233;galit&#233;s se transforme en une litanie de revendications d&#233;mocratiques ne changeant absolument rien &#224; ce qui est sa raison d'&#234;tre (l'existence des classes, l'exploitation, les conditions g&#233;n&#233;rales de reproduction de la force de travail et de sa segmentation) et surtout la niant. Ce n'est pas dans le c&#244;t&#233; particulier de la revendication que r&#233;side le d&#233;mocratisme radical (dont on a un des vagissements dans &#8220;Convergence 84&#8221;) car toute revendication est particuli&#232;re, ce n'est pas dans le fait de lutter contre des in&#233;galit&#233;s, mais dans le fait de le faire au nom de l'Egalit&#233;, de la Citoyennet&#233;. Ce ne sont donc pas les revendications sur les in&#233;galit&#233;s qui sont en question ici et qui fondent le d&#233;mocratisme radical mais l'invention d'une &#8220;solution&#8221; qui traite ces revendications comme existant pour elles-m&#234;mes et par elles-m&#234;mes. Ce n'est plus parce qu'on est prol&#233;taire que l'on est &#8220;in&#233;gal&#8221; mais on est in&#233;gal parce qu'on n'est pas un vrai citoyen puisque, par d&#233;finition, les citoyens sont &#233;gaux. On est parti d'in&#233;galit&#233;s r&#233;elles, elles sont devenues, dans leur &#8220;solution&#8221;, des in&#233;galit&#233;s abstraites, le passage n'est pas arbitraire, il n'est pas un d&#233;tournement d&#233;mocrate-radical des &#8220;bonnes et vraies luttes prol&#233;tariennes&#8221;, il est la formalisation de leur limites, formalisation qui est simultan&#233;ment une reformulation, une activit&#233; sp&#233;cifique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ceci atteindra, &#224; la suite de la lutte des &#8220;sans-papiers&#8221;, son apoth&#233;ose pratique et th&#233;orique avec le mouvement p&#233;titionnaire du d&#233;but 97 (initi&#233; par les cin&#233;astes, il s'agissait de ne pas avoir &#224; signaler l'h&#233;bergement d'un &#233;tranger). Le fond de ce mouvement consiste &#224; opposer la d&#233;mocratie &#224; l'Etat. Balibar, appelant l'inoxydable Antigone &#224; la rescousse, nous parlera d' &#8220;Etat d'urgence d&#233;mocratique&#8221; (&#8220;le Monde&#8221; 19 f&#233;vrier 97) : &#8220;L'histoire de l'Etat r&#233;publicain en France, avec ses &#233;pisodes de l&#226;chet&#233; et d'h&#233;ro&#239;sme, de l'affaire Dreyfus &#224; la R&#233;sistance, et du manifeste des 121 au proc&#232;s de Bobigny, ne manque pas d'illustration du processus par lequel les conditions substantielles de l'ob&#233;issance &#224; la loi se trouvent refond&#233;es &#224; travers le refus d'accepter les d&#233;cisions iniques de l'autorit&#233; politique ou judiciaire.&#8221; On ne peut dire plus simplement que l'opposition de la d&#233;mocratie &#224; l'Etat n'aboutit qu'&#224; rel&#233;gitimer l'Etat. Ce que nous confirme, le m&#234;me jour, Tzvetan Todorov, sous le titre &#8220;Institutions et X&#233;nophobie&#8221;. C'est Benjamin Constant qui sert maintenant d'auxiliaire : &#8220;C'est pour rendre la piti&#233; individuelle inviolable que nous avons rendu l'autorit&#233; publique imposante&#8221;. C'est-&#224;-dire, pr&#233;cise cet admirateur de Napol&#233;on et r&#233;dacteur des &#8220; actes additionnels de 1815 &#224; la constitution de l'Empire &#8221;, que nous avons cr&#233;&#233; une police imposante pour &#233;viter d'avoir &#224; r&#233;clamer sa collaboration au citoyen. Todorov nous dit que ce texte aurait pu &#234;tre &#233;crit hier et qu'il n'y a rien &#224; lui ajouter. Il ne peut cependant se retenir de nous expliquer que : &#8220;Une d&#233;mocratie lib&#233;rale se fonde sur deux principes : que tout le pouvoir vient du peuple et que chaque individu poss&#232;de un territoire sur lequel ce pouvoir n'a aucun droit&#8221; : la bienheureuse petite monade toute repli&#233;e sur elle m&#234;me de la &#8220;D&#233;claration des droits de l'homme&#8221; (cf ; Marx, &#8220;La question juive&#8221;). Mais il fallait prendre un peu d'altitude, et c'est Marx qui est maintenant mobilis&#233; (celui qui dans la critique du programme de la social-d&#233;mocratie allemande - programme de Gotha - parlait de son &#8220;drelin, drelin ! d&#233;mocratique&#8221;). Le 21 f&#233;vrier, le chroniqueur du &#8220;Monde des livres&#8221; d&#233;couvre la derni&#232;re production th&#233;orique de Miguel Abensour, intitul&#233;e &#8220;Marx et le moment machiav&#233;lien&#8221;, ce qui lui permet de se poser cette question existentielle : &#8220;La d&#233;mocratie se trouverait-elle &#224; l'oppos&#233; de l'Etat ?&#8221;. Abensour a discern&#233; dans la &#8220;Critique du droit politique h&#233;g&#233;lien&#8221; (1843) &#8220;l'esquisse d'une vraie d&#233;mocratie dont l'av&#232;nement ferait dispara&#238;tre l'Etat&#8221;. Marx pense, et c'est Abensour qui nous le dit : &#8220;que s'opposeront dans les soul&#232;vements &#224; venir, la vraie d&#233;mocratie - qui manifeste l'autonomie du politique en r&#233;habilitant la vie civique et en instaurant une r&#233;publique toujours nouvelle - et d'autre part, le pouvoir d'Etat, qui fige et alourdit les cr&#233;ations politiques.&#8221; Abensour peut avoir la lecture qu'il veut de Marx, on s'en fout, l&#224; n'est pas la question (rappelons tout de m&#234;me que &#8220;La question de savoir si tous doivent individuellement prendre part &#224; la discussion et aux d&#233;cisions des affaires g&#233;n&#233;rales de l'Etat est une question qui d&#233;coule de la s&#233;paration de l'Etat politique et de la soci&#233;t&#233; civile.&#8221; Marx, op. cit., Ed. Costes, p. 241). L'essentiel est le discours d'Abensour lui-m&#234;me et surtout de son commentateur en f&#233;vrier 97 : &#8220;Nous voil&#224; reconduits en pleine actualit&#233;. Sans doute comprend-on mieux que le refus d'ob&#233;ir &#224; une loi inique, humainement inacceptable et moralement ind&#233;fendable, n'est pas simplement une attitude &#233;thique. C'est aussi l'affirmation d'une libert&#233; politique, l'attachement &#224; la r&#233;alit&#233; vivante de la d&#233;mocratie. Exigence morale, la d&#233;sob&#233;issance est ici le devoir m&#234;me du citoyen, soucieux de sa libert&#233; individuelle et de celle du genre humain&#8221; (Tsoin, Tsoin !). On vous &#233;pargnera l'envol&#233;e finale sur &#8220;la vieille &#233;tincelle jamais vraiment &#233;teinte&#8221; qui &#8220;resurgit dans nos villes et nos campagnes&#8221;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#224; dessus, la critique du citoyen, des &#8220;droits de l'homme&#8221; et de &#8220;l'&#233;mancipation politique&#8221; formul&#233;e dans &#8220;La question juive&#8221; est d&#233;finitive. &#8220;La constitution de l'Etat politique et la d&#233;composition de la soci&#233;t&#233; bourgeoise en individus ind&#233;pendants, dont les rapports sont r&#233;gis par le droit (...) s'accomplissent par un seul et m&#234;me acte. L'homme tel qu'il est membre de la soci&#233;t&#233; bourgeoise, l'homme non politique, appara&#238;t n&#233;cessairement comme l'homme naturel. Les droits de l'homme prennent l'apparence des droits naturels, car l'activit&#233; consciente se concentre sur l'acte politique. L'homme &#233;go&#239;ste est le r&#233;sultat passif, simplement donn&#233;, de la soci&#233;t&#233; d&#233;compos&#233;e, objet de la certitude imm&#233;diate, donc objet naturel. La r&#233;volution politique d&#233;compose la vie bourgeoise en ses &#233;l&#233;ments, sans r&#233;volutionner ces &#233;l&#233;ments eux-m&#234;mes et les soumettre &#224; la critique. Elle est &#224; la soci&#233;t&#233; bourgeoise, au monde des besoins, du travail, des int&#233;r&#234;ts priv&#233;s, du droit priv&#233;, comme &#224; la base de son existence, comme &#224; une hypoth&#232;se qu'il n'y a pas &#224; prouver, donc, comme &#224; sa base naturelle. Enfin l'homme tel qu'il est, membre de la soci&#233;t&#233; bourgeoise, est consid&#233;r&#233; comme l'homme proprement dit (c'est l'homme des &#8220;droits de l'homme&#8221;, nda), l'homme par opposition au citoyen, parce que c'est l'homme dans son existence imm&#233;diate, sensible et individuelle, tandis que l'homme politique n'est que l'homme abstrait, artificiel, l'homme en tant que personne all&#233;gorique, morale. L'homme v&#233;ritable on ne le reconna&#238;t que sous la forme de l'individu &#233;go&#239;ste, et l'homme r&#233;el sous la forme du citoyen abstrait.&#8221; (Marx, op Cit, Ed Costes, p 201). Nous ne ferons pas l'injure de rappeler &#224; ces d&#233;mocrates radicaux que la fusion de &#8220; l'homme &#8221; et du &#8220; citoyen &#8221; c'est l'Etat corporatiste. Le citoyen est par essence le serviteur de l'homme &#233;go&#239;ste de la soci&#233;t&#233; bourgeoise. Ce qui n'emp&#234;che pas l'Etat des droits de l'homme et du citoyen de d&#233;clarer selon ses besoins que le droit de libert&#233; par exemple (la libert&#233; d'association ou de la presse entre autres) entre en conflit avec la vie politique, alors que en th&#233;orie &#8220;la vie politique n'est que la garantie des &#8220;droits de l'homme&#8221; et doit &#234;tre suspendue, d&#232;s qu'elle entre en contradiction avec son but, ces droits de l'homme. Mais la pratique n'est que l'exception et la th&#233;orie est la r&#232;gle.&#8221; (d&#176;, p 197). Que nous proposent Abensour, Todorov ou Balibar sinon de ramener, lorsque n&#233;cessaire, l'exception &#224; la r&#233;gle, c'est-&#224;-dire de remettre le citoyen, la vie politique, au service de l'homme et de ces droits, remettre la soci&#233;t&#233; bougeoise et l'Etat dans leur rapport &#8220;naturel&#8221;. Mais &#8220;Aucun des pr&#233;tendus droits de l'homme ne d&#233;passe donc l'homme &#233;go&#239;ste, l'homme tel qu'il est, membre de la soci&#233;t&#233; bourgeoise, c'est-&#224;-dire un individu s&#233;par&#233; de la communaut&#233;, repli&#233; sur lui-m&#234;me, uniquement pr&#233;occup&#233; de son int&#233;r&#234;t personnel et ob&#233;issant &#224; son arbitraire priv&#233;.&#8221; (d&#176;, p 195). Que cet int&#233;r&#234;t personnel, cet arbitraire priv&#233; soient l'accueil d'&#233;trangers ou le fusil &#224; pompe ne change strictement rien &#224; la question telle que ces &#8220;vrais d&#233;mocrates&#8221; la posent. C'est de toute fa&#231;on &#8220;l'homme naturel&#8221; de la soci&#233;t&#233; bourgeoise, le citoyen comme son pendant abstrait, et la l&#233;gitimation de l'Etat qui est leur univers, leur raison d'&#234;tre et leur gagne-pain. Le mouvement p&#233;titionnaire, tr&#232;s bon-chic-bon-genre, fut la caricature ridicule de la lutte des sans-papiers, il permit au d&#233;mocratisme radical de se d&#233;velopper &#224; son aise, ce qu'il n'avait pu faire aussi librement dans la lutte des sans-papiers. Dans celle-ci, le d&#233;mocratisme radical n'&#233;tait pas libre de ses mouvements, mais contraint de prendre en compte le d&#233;veloppement de la contradiction interne de cette lutte sur laquelle nous allons conclure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons vu qu'au lieu de se promouvoir dans sa g&#233;n&#233;ralit&#233;, la lutte des &#8220;sans-papiers&#8221; se particularise sur la clandestinit&#233;. Alors que la lutte des &#8220;sans-papiers&#8221; porte en substance la g&#233;n&#233;ralit&#233; de la situation actuelle et son refus, elle affiche la particularit&#233; de la clandestinit&#233; ou plut&#244;t sa particularisation : les Collectifs se replient, m&#234;me le 3&#176;. Dans sa revendication, le mouvement se nie lui-m&#234;me, devient juridique. S'organise alors la recherche des soutiens et la probl&#233;matique de la jonction, la probl&#233;matique de la g&#233;n&#233;ralit&#233; comme addition et son corrolaire &#8220;l'autonomie&#8221;. A partir de l&#224; dans sa particularisation, il nie sa g&#233;n&#233;ralit&#233; en se revendiquant comme prol&#233;taire ordinaire, c'est la d&#233;marche vers les syndicats. Comme si la classe ouvri&#232;re &#224; laquelle les clandestins veulent se rattacher n'&#233;tait pas d&#233;j&#224; morte (abolie) dans leur propre existence, ce qui reviendra contre eux dans la m&#233;fiance des directions syndicales, de la base et...de l'immigration l&#233;gale. On ne veut plus &#234;tre clandestin, parce que c'est la situation g&#233;n&#233;rale actuelle du prol&#233;tariat, devient : on ne veut plus &#234;tre clandestin pour &#234;tre un prol&#233;taire ordinaire, au moment m&#234;me o&#249; &#234;tre clandestin est l'abolition de cette situation. L'annulation politique de la pr&#233;carit&#233; comme clandestinit&#233; non seulement ne supprime pas la pr&#233;carit&#233;, mais la suppose m&#234;me. La critique de l'&#233;mancipation politique du clandestin n'est elle-m&#234;me que la critique finale de la pr&#233;carit&#233;. La r&#233;gularisation devient le pr&#233;lude, dans la suppression de la particularit&#233; formelle de la clandestinit&#233;, &#224; la g&#233;n&#233;ralisation de la substance de cette particularit&#233;. La clandestinit&#233; est &#233;rig&#233;e en probl&#232;me sp&#233;cifique, mais, au lieu que cette particularit&#233; devienne une g&#233;n&#233;ralit&#233;, elle est particularis&#233;e. C'est l'autonomie revendiqu&#233;e et, en g&#233;n&#233;ral, pr&#233;serv&#233;e de la lutte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toutes ces limites sont synth&#233;tis&#233;es par le d&#233;mocratisme radical comme question de droit, de nouvelle citoyennet&#233;, de r&#233;sident etc. La lutte des immigr&#233;s, depuis les ann&#233;es 70, devient une t&#233;l&#233;ologie du droit de cit&#233;. Il s'agira, comme dans le texte du groupe &#8220;La Canaille&#8221; de Tours, de critiquer &#8220;le d&#233;veloppement s&#233;par&#233; et l'apartheid social&#8221; ou alors &#8220;l'exclusion, la dualisation de la soci&#233;t&#233;&#8221; ou encore le fait que &#8220;des cat&#233;gories de la population sont d&#233;lib&#233;r&#233;ment marginalis&#233;es ou en voie de l'&#234;tre&#8221; (in &#8220;Courant Alternatif&#8221;, janvier 97). On peut en rester l&#224; puisque ce m&#234;me groupe qui a &#8220; beaucoup travaill&#233; sur le d&#233;veloppement actuel du capitalisme &#8221; (dixit &#8220;Courant Alternatif&#8221;) &#233;crit, dans &#8220;Chroniques d'un mouvement&#8221;, la connerie suivante qui non seulement est une connerie mais encore une connerie n&#233;cessaire &#224; leurs positions politiques : &#8220;Autre cons&#233;quence de cette &#233;conomie virtuelle : jusqu'&#224; un pass&#233; r&#233;cent, le profit &#233;tait extrait essentiellement de l'exploitation de la force du travail ; depuis une quinzaine d'ann&#233;es, la principale source de profit est la sp&#233;culation.&#8221; (p 84). S'il n'y a plus d'exploitation, il ne nous reste plus qu'&#224; consid&#233;rer les in&#233;galit&#233;s, les exclusions, avec les yeux du citoyen et &#224; lutter pour la vraie d&#233;mocratie qui sera leur r&#233;sorption. Ces m&#234;mes anarchistes, apr&#232;s avoir certainement beaucoup &#233;tudi&#233; le lib&#233;ralisme, d&#233;clarent : &#8220;Ainsi vouloir conqu&#233;rir l'Etat ne peut r&#233;pondre &#224; nos aspirations dans la mesure o&#249; celui-ci n'a plus les moyens de lutter contre la mondialisation&#8221; (d&#176;). Nous l'avons &#233;chapp&#233; belle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;mocratisme radical exprime alors et formalise la situation paradoxale du mouvement : la situation r&#233;elle de la cat&#233;gorie en lutte se d&#233;veloppe en une revendication (les papiers) qui dans son ambivalence (voir pus haut) nie cette situation r&#233;elle, sa substance ; celle-ci devient, dans la revendication que pourtant elle porte et entra&#238;ne, qui d&#233;coule d'elle, purement formelle. Situation si paradoxale que le d&#233;mocratisme radical demeure souvent timide dans son soutien et ne p&#233;n&#232;tre pas le mouvement, restant &#224; sa p&#233;riph&#233;rie et confortant son existence dans le jeu entre &#8220;autonomie&#8221; et &#8220;soutien&#8221;. Les immigr&#233;s clandestins n'&#233;taient plus le symbole de la pr&#233;carit&#233; ; mais la pr&#233;carit&#233;, le symbole des clandestins (on substitue le signe &#224; la chose). Pour le d&#233;mocratisme radical, il ne restait plus qu'a chercher &#224; leur conf&#233;rer les formes de la normalit&#233;, dans un monde o&#249; ils &#233;taient eux-m&#234;mes la disparition de cette normalit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;3 ) La lutte des ch&#244;meurs (hiver 1997 / 1998)&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La lutte des ch&#244;meurs en d&#233;finissant le ch&#244;mage et la pr&#233;carit&#233; au coeur du travail salari&#233;, a permis d'aborder la question fondatrice de la th&#233;orie du communisme : 'comment le prol&#233;tariat agissant strictement en tant que classe peut-il abolir les classes', comme une question pratique, comme cours et enjeu de la lutte de classe dans ce cycle de luttes. Nous pouvons commencer &#224; comprendre historiquement comment une activit&#233; de classe peut aller au del&#224; des classes, poser l'abolition du capital comme abolition des classes et donc du prol&#233;tariat lui-m&#234;me. Dans le cours de cette lutte on a vu le d&#233;mocratisme radical &#224; l'oeuvre avec A.C !, la C.G.T. ch&#244;meurs, l'APEIS et, en face, un courant basiste critique antitravail tr&#232;s modeste mais significatif bien que, forc&#233;ment, pris lui aussi dans l'alternativisme du type 'ch&#244;meurs heureux'. Le th&#232;me de l'abolition du travail a resurgi avec un sens nouveau car ce n'est plus, comme dans les ann&#233;es 70, de 'refus du travail' dans une perspective d'autonomie de la classe dont il s'agit. Il s'agit cette fois d'une lutte contre le capital dans laquelle le prol&#233;tariat entre en contradiction avec sa propre appartenance de classe. Mais poser la critique du travail comme la m&#233;diation de cette remise en cause a entrain&#233; les collectifs et les groupes qui ont agi dans et ont &#233;t&#233; travers&#233;s par la lutte des ch&#244;meurs en promouvant ou en d&#233;bouchant sur la critique du travail &#224; se trouver confront&#233;s &#224; l'alternativisme de par cette probl&#233;matique de la fin du travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la lutte des ch&#244;meurs de l'hiver 97-98, nous rencontrons le d&#233;mocratisme radical comme un acteur essentiel et comme un terme m&#234;me de l'enjeu de cette lutte. L'enjeu &#233;tait la nature du rapport entre travail salari&#233; et ch&#244;mage. Dans ce qu'elle pouvait avoir de plus dynamique et radical, la lutte des ch&#244;meurs tendait &#224; d&#233;finir le travail salari&#233; &#224; partir du ch&#244;mage, ce qui pose imm&#233;diatement la critique du premier et porte, dans sa lutte contre le capital, pour le prol&#233;tarait sa propre remise en cause. A l'inverse, d&#233;finir le ch&#244;mage &#224; l'int&#233;rieur du travail salari&#233;, le pr&#233;senter comme un 'scandale' fut l'oeuvre du d&#233;mocratisme radical au travers de toutes ses actions et de tous les th&#232;mes que nous avons d&#233;j&#224; analys&#233;s : sa critique du capitalisme, de la finance, de la mondialisation, ses revendications keyn&#233;siennes, sa d&#233;fense du r&#244;le de l'Etat, du commerce &#233;quitable, d'un revenu garanti, etc. Pour saisir &#224; la fois l'opposition entre les deux rives de cet enjeu et leur liaison, il est n&#233;cessaire de revenir tr&#232;s bri&#232;vement sur ce qu'est l'exploitation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'exploitation est la contradiction, et l'implication, comme termes d'une m&#234;me totalit&#233;, entre le prol&#233;tariat et le capital, la baisse du taux de profit en est son mouvement. D&#233;finir la contradiction entre le prol&#233;tariat et le capital, c'est imm&#233;diatement d&#233;finir un proc&#232;s, c'est d&#233;finir l'accumulation du capital dans ses contradictions qui n'ont plus d'&#233;conomiques que leur r&#233;ification dans l'autopr&#233;supposition du capital&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'exploitation c'est la succession et l'unit&#233; de trois moments :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; le face &#224; face de la force de travail et du capital en soi et l'achat vente de la force de travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; l'absorption du travail vivant par le travail objectiv&#233; dans le proc&#232;s de production, formation de plusvalue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; la transformation de la plus-value en capital additionnel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'accumulation n'est pas ext&#233;rieure &#224; la d&#233;finition de la contradiction et par l&#224;-m&#234;me &#224; la d&#233;finition du prol&#233;tariat. Ne pas comprendre que le prol&#233;tariat se d&#233;finit dans la totalit&#233; d'un cycle productif, en tant qu'il implique le renouvellement d'un nouveau cycle productif et en produit les conditions, revient &#224; poser l'accumulation comme quelque chose d'ext&#233;rieur au prol&#233;tariat, condition externe de sa victoire ou de sa d&#233;faite, conjoncture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le ch&#244;mage n'a jamais &#233;t&#233; un ext&#233;rieur du rapport d'exploitation r&#233;duit aux deux premiers moments de l'&#233;change entre travail et capital.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ses trois moments l'exploitation inclut la transformation de la plus-value en capital additionnel et donc les al&#233;as de celle-ci, son caract&#232;re jamais acquis. Le prol&#233;tariat d&#233;fini comme classe dans les trois moments de l'exploitation a toujours inclus les ch&#244;meurs dans sa d&#233;finition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que la restructuration rend en grande partie caduque c'est la th&#233;orie de l'arm&#233;e industrielle de r&#233;serve, prenant du service selon les fluctuations du cycle des affaires. Ce qui demeure c'est son r&#244;le de poids sur les salaires. Le ch&#244;mage n'est plus cet &#224; c&#244;t&#233; de l'emploi nettement s&#233;par&#233;. La segmentation de la force de travail, la flexibilit&#233;, la sous-traitance, la mobilit&#233;, le temps partiel, la formation, les stages, le travail au noir, ont rendu flou toutes les s&#233;parations. Si l'on passe d'une consid&#233;ration du ch&#244;mage en terme de stocks, &#224; une consid&#233;ration en termes de flux, la conclusion s'impose : les ch&#244;meurs travaillent. C'est l&#224;, nous l'avons vu, un point central de la restructuration comme abolition de tous les points de cristallisation du double moulinet de la reproduction du capital. Avec la lutte des ch&#244;meurs s'impose quasiment comme une &#233;vidence que la lutte du prol&#233;tariat ne contient plus aucune confirmation de lui-m&#234;me, cela ne tient pas au ch&#244;mage en lui-m&#234;me, mais &#224; son inscription actuelle dans le rapport d'exploitation. On trouve ici un point essentiel du nouveau cycle de luttes : dans sa lutte contre le capital, le prol&#233;tariat se remet lui-m&#234;me en cause.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La lutte des ch&#244;meurs et pr&#233;caires a le contenu fondamental suivant : l'emploi salari&#233; sous sa forme classique s'est effondr&#233;, la situation de ch&#244;meur qui lui &#233;tait li&#233;e s'effondre avec lui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mouvement de l'hiver 97-98 est une red&#233;finition de l'emploi salari&#233;, des modalit&#233;s de l'exploitation du travail vivant, &#224; partir du ch&#244;mage. C'est un renversement historique : jusqu'au d&#233;but des ann&#233;es 80, c'est la d&#233;finition de l'emploi salari&#233; qui d&#233;finit le ch&#244;mage. De fa&#231;on g&#233;n&#233;rale on ne peut modifier la d&#233;finition du ch&#244;meur en r&#233;f&#233;rence &#224; une notion d'emploi salari&#233; consid&#233;r&#233;e comme un rep&#232;re stable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le mouvement actuel c'est la red&#233;finition des ch&#244;meurs, la formulation sociale de leur identit&#233; qui s'est voulu le point de d&#233;part de la reformulation de l'emploi salari&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'enjeu de la lutte des ch&#244;meurs est &#233;norme dans ce que, sous ses formes imm&#233;diates, il implique pour le devenir de ce cycle de luttes :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'un c&#244;t&#233;, la recomposition de la classe autour des ch&#244;meurs, ce qui en fait un monstre social. En effet, serait alors concr&#233;tis&#233; dans le prol&#233;tariat la n&#233;cessit&#233; pour le capital de tout mesurer en temps de travail et de poser l'exploitation du travail comme question de vie ou de mort pour lui et, simultan&#233;ment, l'inessentialisation du travail vivant imm&#233;diat par rapport &#224; ce que le capital concentre en lui de forces sociales (la cr&#233;ation de richesses d&#233;pend de moins en moins du temps de travail et de la quantit&#233; de travail utilis&#233;e, cf. Marx &#8220; Les Fondements... &#8221;, Ed Anthropos, t. 2, p. 220 et sq.). Cette contradiction inh&#233;rente &#224; l'accumulation capitaliste, et qui fait du capital une contradiction en proc&#232;s, prend alors la forme bien particuli&#232;re de la d&#233;finition de la classe face au capital, car n'oublions jamais que les ch&#244;meurs travaillent. L'action de la classe comporte alors en elle-m&#234;me sa propre remise en cause comme classe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le contenu de cette remise en cause c'est ce que nous venons de voir : la contradiction de l'accumulation du capital d&#233;crite par Marx comme une tendance objective du capital devient une contradiction entre les classes. En effet, si elle nous sert &#224; d&#233;crire la situation du prol&#233;tariat, elle n'est pas une nature de celui-ci qui, enfin, lui conf&#233;rerait une essence r&#233;volutionnaire. La lutte du prol&#233;tariat contre le capital fait sienne cette contradiction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le prol&#233;tariat, dans sa lutte en tant que producteur imm&#233;diat de valeur et de plus-value (premier moment de l'exploitation), trouve face &#224; lui sa propre n&#233;gation, quand, contraint de s'&#233;lever au niveau de la contradiction avec son caract&#232;re social objectiv&#233; dans le capital (deuxi&#232;me moment), il est amen&#233; &#224; prendre lui-m&#234;me en compte, &#224; ce moment l&#224;, le mouvement qui est contre lui celui de sa caducit&#233; (troisi&#232;me moment). Quand le prol&#233;tariat &#233;l&#232;ve sa lutte au niveau de la reproduction du rapport entre les classes, c'est-&#224;-dire au niveau de la mise en oeuvre collective et sociale de sa force de travail, il se trouve impliqu&#233; par son action dans sa propre remise en cause en tant que classe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand le prol&#233;tariat entre en contradiction avec le caract&#232;re social de son activit&#233; objectiv&#233;e dans le capital face &#224; lui, c'est de sa propre activit&#233; vivante de valorisation du capital dont il s'agit dans cette force sociale objectiv&#233;e face &#224; lui (c'est la subsomption de cette activit&#233;). Cela ne peut se boucler par une r&#233;appropriation car la contradiction ne s'ach&#232;ve qu'en int&#233;grant le moment de l'accumulation, de la reproduction du rapport, comme caducit&#233; du rapport d'exploitation entre travail vivant et travail mort. Le troisi&#232;me terme de l'exploitation (c'est-&#224;-dire de la d&#233;finition de la classe) fait et boucle l'unit&#233; de la contradiction : sa propre existence sociale objectiv&#233;e dans le capital face et contradictoirement &#224; lui (l'absorption du travail vivant par le travail mort) rend caduque son existence imm&#233;diate pour lui-m&#234;me (classe des vendeurs individuels de force de travail)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De l'autre, on trouve le fait d'emp&#234;cher ce mouvement de fond, d'emp&#234;cher cette recomposition, c'est-&#224;-dire de red&#233;finir le ch&#244;meur par rapport &#224; l'emploi salari&#233; et de cristalliser la distinction entre allocation et assistance, ou faire en sorte que l'assistance soit r&#233;int&#233;gr&#233;e comme base du travail (un R.M.I. r&#233;am&#233;nag&#233;). C'est l&#224; le r&#244;le des associations face &#224; un mouvement extr&#234;mement diffus de par son contenu m&#234;me : pas de solidification de nouvelles identit&#233;s que la reproduction du capital pourrait confirmer. La forme m&#234;me de l'association est ad&#233;quate &#224; cette diffusion. C'est le r&#244;le des revendications comme celle de la r&#233;duction du temps de travail, dont tout le monde conna&#238;t le vrai contenu (flexibilit&#233;, etc.), qui, en subsomption r&#233;elle, ne peut plus &#234;tre un noeud de la lutte de classes, mais aussi des revendications comme celles du revenu garanti, de l'allocation universelle, du partage des richesses, de droits nouveaux, de la rel&#233;gitimisation de l'Etat. C'est, nous l'avons reconnu, notre vieil 'ami' le d&#233;mocratisme radical.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Encore une fois, le plus important n'est pas de critiquer ces actions, ces revendications comme des id&#233;ologies. L'importance de ces id&#233;ologies ce n'est pas ce qu'elles disent, mais ce qu'elles font comme travail 'd'organisation sociale' de la lutte des ch&#244;meurs, comme d&#233;finition sociale qu'elles procurent des cat&#233;gories sociales que la lutte polarise. Elles retournent la lutte des ch&#244;meurs autour de l'axe du travail, m&#234;me et surtout la revendication du revenu garanti. Ce n'est pas la seule raison qui fait que cette revendication retourne la lutte autour de l'axe du travail salari&#233;. La revendication renforce en voulant la subvertir la forme salaire comme prix de la force de travail. Le salaire c'est le prix du travail, dans le salaire la diff&#233;rence dans la journ&#233;e de travail entre travail n&#233;cessaire et surtravail a disparu. En r&#233;clamant le paiement par le capital des forces sociales du travail, on r&#233;clame que le salaire soit en accord avec sa propre mystification de la valeur de la force de travail (cf. supra)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que la lutte pour le salaire reste toujours dans le cadre du capital n'est pas une critique, loin de l&#224;. La critique porte ici sur la mise en avant de la forme mystifi&#233;e du salaire, comme salaire garanti, venant formaliser ces revendications imm&#233;diates de revenus plus importants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La formalisation id&#233;ologique de cette revendication consistera alors &#224; ne plus consid&#233;rer le caract&#232;re social du travail ni comme une objectivation face &#224; lui, mais comme une qualit&#233; en lui-m&#234;me du travail ; ni comme une tendance contradictoire de l'accumulation, mais comme une tendance r&#233;alis&#233;e ou en voie de l'&#234;tre par l'action de la classe (salaire politique, revenu garanti, allocation universelle) : le capital ouvrant la voie &#224; une nouvelle soci&#233;t&#233; se d&#233;veloppant positivement &#224; l'int&#233;rieur de lui-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais la lutte des ch&#244;meurs a vu &#233;galement &#224; l'oeuvre une forme 'limite' du d&#233;mocratisme radical : la critique du travail. Nous avons vu pr&#233;c&#233;demment les th&#232;mes de celle-ci et en quoi elle appartenait, bien que de fa&#231;on tr&#232;s critique, au d&#233;mocratisme radical.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A l'inverse des formes 'classiques' du d&#233;mocratisme radical, la critique du travail, prenant pour base la critique du travail salari&#233;, se veut d&#233;passement de cette base. Le fondement de cela est connu : avec la subsomption r&#233;elle, l'appropriation du travail devient le fait du proc&#232;s de production lui-m&#234;me ; et l'opposition &#224; l'exploitation devient le refus de ce qui est l'activit&#233; imm&#233;diate du travailleur dans le proc&#232;s de production. C'est l'activit&#233; m&#234;me du travailleur qui s'oppose directement &#224; lui et non plus simplement en ce qu'elle se concr&#233;tise dans un produit qui est propri&#233;t&#233; du capital. Si donc il y a dans ce rapport possibilit&#233; du refus de ce qui est l'activit&#233; du travailleur, 'refus du travail', c'est parce que celui-ci n'est que travail salari&#233;. Dire que le 'refus du travail' est refus du travail salari&#233; est insuffisant si l'on ne montre pas comment la lutte contre le travail salari&#233; prend l'apparence du 'refus du travail'. Le glissement amenant n&#233;cessairement &#224; sa suite l'Homme, l'Individu et autres baudruches.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces notions ainsi que le refus du travail semblent se fonder sur une &#233;vidence. Le prol&#233;taire vend sa force de travail, il se reconna&#238;t comme un &#233;l&#233;ment constitutif du capital d'une part, et d'autre part le prol&#233;tariat et chaque prol&#233;taire pris &#224; part vit cela comme une trag&#233;die. Le prol&#233;taire est donc quelqu'un ou quelque chose qui se diff&#233;rencie de cette vente, qui se diff&#233;rencie d'&#234;tre un &#233;l&#233;ment constitutif du capital. Dans un premier temps cela para&#238;t une &#233;vidence. Ce n'est pas un hasard si aller au travail c'est 'aller au chagrin'. Mais, dans un deuxi&#232;me temps, la question consiste &#224; savoir quels sont ces &#233;l&#233;ments qui se diff&#233;rencient et surtout quelle est la totalit&#233; qui se diff&#233;rencie. C'est une totalit&#233; qui se diff&#233;rencie et non deux &#233;l&#233;ments qui s'opposent sans s'impliquer : 'ce que je suis' d'un c&#244;t&#233;, et de l'autre l'&#233;l&#233;ment du capital. La totalit&#233; qui se diff&#233;rencie c'est le prol&#233;taire, dans sa situation de prol&#233;taire, face au capital. C'est en tant que prol&#233;taire que s'effectue la diff&#233;renciation entre l'individu porteur d'une marchandise (qui se confond avec son activit&#233; quant &#224; sa valeur d'usage) et cette activit&#233; qui devient propri&#233;t&#233; d'autrui et mouvement &#233;tranger dans la mise en valeur du capital. Une diff&#233;renciation qui s'effectue &#224; l'int&#233;rieur de la situation m&#234;me de prol&#233;taire. Cette diff&#233;renciation n'oppose pas le fait de vendre sa force de travail qui d&#233;finirait l'aspect prol&#233;taire de la 'personne' et son refus ou sa r&#233;sistance &#224; cette situation qui d&#233;finirait l'aspect 'existence humaine' de cette m&#234;me 'personne'. La vente d'une marchandise diff&#233;rencie forc&#233;ment le vendeur d'avec la marchandise, la grande originalit&#233; du prol&#233;taire comme 'vendeur' d'une marchandise, c'est que cette marchandise, la force de travail, est ins&#233;parable de lui. Ce n'est pas l&#224; une 'trag&#233;die' qui met en jeu l'individu dans son existence humaine d'un c&#244;t&#233;, et l'individu comme prol&#233;taire de l'autre, mais une distinction qui s'effectue &#224; l'int&#233;rieur m&#234;me du prol&#233;taire et du prol&#233;tariat en g&#233;n&#233;ral.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tant que l'on pose la critique et la lutte contre le rapport d'exploitation capitaliste, contre l'existence des classes et du prol&#233;tariat lui-m&#234;me comme une critique du travail, on ne peut d&#233;passer une compr&#233;hension et une pratique renvoyant &#224; une contradiction interne au prol&#233;tariat et &#224; une autolib&#233;ration des individus par rapport au travail. Finalement on se limite &#224; opposer pauvret&#233; et richesse, c'est l'opposition entre la valeur d'&#233;change de la force de travail comme pauvret&#233; et sa valeur d'usage comme possibilit&#233; de la richesse g&#233;n&#233;rale qui m&#233;tamorphose la critique du rapport social qu'est le travail salari&#233; en critique du travail. La critique du travail ne peut &#234;tre que volont&#233; de r&#233;appropriation de la richesse produite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le critique du travail on a l'ali&#233;nation mais pas l'implication r&#233;ciproque. On en reste au niveau de l'individu et de la marchandise, de la r&#233;volution comme 'auton&#233;gation du prol&#233;tariat', qui se d&#233;simplique . Pas &#233;tonnant que ce soit le dernier mot de la critique situationniste du capitalisme. On laisse de c&#244;t&#233; que le prol&#233;tariat trouve justement en lui-m&#234;me comme classe du travail vivant, du travail salari&#233;, la capacit&#233; &#224; produire, contre le capital, le communisme. Dans le refus du travail, il y a bien le refus de l'exploitation, mais on laisse de c&#244;t&#233; tout l'aspect dynamique de la contradiction entre le travail et le capital pour tourner la lutte contre le travail et par l&#224; pour situer cette lutte au niveau de l'ali&#233;nation (on rabat l'exploitation sur l'ali&#233;nation) de l'individu, de la marchandise, du pauvre, de la richesse. L'id&#233;ologie de la critique du travail devient forc&#233;ment une id&#233;ologie de la r&#233;partition. Ce ne sont pas les pratiques que l'on peut critiquer, mais l'id&#233;ologisation de ces pratiques comme 'critique du travail'. Cette id&#233;ologisation formalise les limites de ces pratiques et devient pratique de cette id&#233;ologie (le d&#233;sengagement aristochic).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 'refus du travail' aboutit n&#233;cessairement &#224; la production, dans la lutte contre le capital, de termes qui s'affrontent comme expression de modes de vie diff&#233;rents et antagoniques. On passe de la lutte de classes, comme contradiction &#224; l'int&#233;rieur du mode de production capitaliste produisant son d&#233;passement (d&#233;passement de la contradiction et de ses termes), &#224; cet affrontement de modes de vie diff&#233;rents, cela parce que dans le 'refus du travail', on confond une contradiction - l'exploitation - avec une soumission, et une abolition avec un d&#233;sengagement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La critique du travail telle qu'elle fut pratiqu&#233;e et formalis&#233;e dans ce mouvement et dans ses prolongements reste une critique du travail salari&#233; ('activit&#233; contrainte', 'pour un revenu'...) et s'autoproclame critique du travail simplement parce qu'elle ne revendique aucun 'am&#233;nagement' &#224; l'int&#233;rieur de cette contrainte, de ses conditions et du revenu qui lui est li&#233;. C'est pour cela qu'elle se dit critique du travail et non seulement critique du travail salari&#233;. En fait, elle est une critique du travail salari&#233; qui ne cherche pas &#224; r&#233;former le travail salari&#233;. La question est alors pourquoi ne peut-elle que se pr&#233;senter comme critique du travail, alors que prise au pied de la lettre toute sa d&#233;marche n'est qu'une critique du travail salari&#233;. Toutes les critiques avanc&#233;es ne se posent jamais la question de la diff&#233;renciation entre travail salari&#233; et un concept de travail en g&#233;n&#233;ral.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut montrer que le travail salari&#233;, en subsomption r&#233;elle implique cette distinction en lui-m&#234;me entre l'activit&#233; du travailleur semblant &#234;tre le travail et les formes sociales de son effectuation se donnant comme travail salari&#233;. La distinction interne au travail salari&#233; se donne alors comme distinction entre travail et travail salari&#233;. Si cette distinction entre travail et travail salari&#233; demeure une distinction interne au travail salari&#233;, il ne s'agit pas bien s&#251;r d'une insuffisance th&#233;orique, mais le d&#233;passement du capital, au stade actuel du cycle de luttes, ne peut se donner que comme une alternative ici et maintenant. Il faut donc pour cela poser que le travail salari&#233; existe et n'existe plus. Existe comme forme sociale, n'existe plus comme activit&#233; structurant la soci&#233;t&#233; : 'le travail ne valorise plus le capital' (th&#232;me r&#233;current de la 'critique du travail'). On en revient toujours &#224; dire (et c'est la base du 'parti de l'alternative', coeur battant du d&#233;mocratisme radical) que ce qui fait du capital une contradiction en proc&#232;s est en fait r&#233;alis&#233;, que la &#8220; question sociale &#8221; est un probl&#232;me de domination et d'ali&#233;nation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En revanche, si on lit entre les lignes de ce qui est per&#231;u et avanc&#233; comme d&#233;passement du travail salari&#233;, l&#224; on voit appara&#238;tre une distinction entre travail salari&#233; et travail, on voit en filigrane la production d'un concept de travail en g&#233;n&#233;ral. Ce qui appara&#238;t, c'est que la production des rapports entre les individus n'est plus soumise &#224;, m&#233;di&#233;e par l'activit&#233; de l'homme comme &#234;tre objectif, qui, de m&#233;diation entre l'activit&#233; sociale et individuelle, dont la non co&#239;ncidence historique n'a pas &#224; &#234;tre produite, devient la ma&#238;tresse du rapport : c'est le travail. Il faut consid&#233;rer cela comme un concept, c'est-&#224;-dire une abstraction du d&#233;veloppement historique r&#233;el permettant de le construire comme concret pens&#233; et non comme ce qui a produit l'histoire, surtout ne pas passer du concept comme concret pens&#233; au concept comme dynamique de l'histoire, comme ce qui fait qu'elle a lieu. L'histoire n'a jamais &#224; &#234;tre produite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le mouvement des ch&#244;meurs, l'important c'est ce hiatus entre une critique du travail qui ne d&#233;passe pas le travail salari&#233; et une perspective de d&#233;passement de cette soci&#233;t&#233; qui inclut une conception et une r&#233;alit&#233; du travail jusqu'&#224; aujourd'hui qui, dans son d&#233;passement, se distingue de ses formes historiques particuli&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certaines expressions, aux allures th&#233;oriques, visent &#224; combler ce hiatus entre d'une part une critique du travail qui ne d&#233;passe pas une diff&#233;renciation que le travail salari&#233;, en subsomption r&#233;elle, produit &#224; l'int&#233;rieur de lui-m&#234;me, entre ses formes (contrainte, revenu...) et l'activit&#233; qui, &#233;trang&#232;re &#224; l'ouvrier, appara&#238;t comme activit&#233; en soi, &#233;trang&#232;re &#224; toute forme sociale, travail (du fait m&#234;me de cette &#233;tranget&#233; inh&#233;rente au travail salari&#233;), et d'autre part ce qui d&#233;j&#224; se faufile comme vision du communisme, o&#249; se fait jour le d&#233;passement de ce que fut le travail sur l'ensemble de l'arc historique de l'ali&#233;nation, cela parce que c'est justement le travail salari&#233; qui est d&#233;pass&#233;. Pour ce faire, elles d&#233;veloppent que le capital ne se valoriserait plus dans la production mais dans la circulation et la sp&#233;culation, que le but du capital et donc sa nature, tout au moins maintenant, c'est la domination, la domestication des humains et que donc l'exploitation n'existe tout simplement plus (exploitation, classes, travail productif...). Celles-ci doivent &#234;tre attaqu&#233;es comme de pures et simples resuc&#233;es de l'&#233;conomie vulgaire m&#226;tin&#233;e d'un dicours pseudo iconoclaste philosophant tr&#232;s bien port&#233;. Ces expressions, dont le mod&#232;le est fourni par la revue 'Temps Critiques' et dont l'&#233;cho s'entend jusque dans la revue 'La Griffe', dans la revue th&#233;orique de la CNT : 'Les Temps maudits', ou dans 'Tic Tac', recyclent des bribes d'analyses communistes, jamais r&#233;f&#233;renc&#233;es, pour se faire, dans le cas de 'Temps Critiques', par le bluff et les ronds de jambes, une petite place dans le champ de la pens&#233;e critico&#239;de.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le communisme est le d&#233;passement de toute l'histoire pass&#233;e, il n'est pas un nouveau mode de production. C'est une rupture totale avec toutes les d&#233;terminations de l'&#233;conomie. L'imm&#233;diatet&#233; sociale de l'individu, c'est la fin de cette s&#233;paration entre l'activit&#233; individuelle et l'activit&#233; sociale, cela m&#234;me qui avait constitu&#233; le fait pour l'homme d'&#234;tre un &#234;tre objectif en contenu du rapport entre son individualit&#233; et sa socialit&#233;. Ce n'est pas l'objectivit&#233; en elle-m&#234;me qui est en cause mais la s&#233;paration entre activit&#233; individuelle et activit&#233; sociale qui constitue l'objectivit&#233; en &#233;conomie en m&#233;diation entre les deux et, quand il y a m&#233;diation, c'est toujours elle qui est la ma&#238;tresse. Quant &#224; la s&#233;paration elle n'a pas &#224; &#234;tre expliqu&#233;e, autant vouloir expliquer pourquoi il y a de l'histoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;4 ) Le d&#233;mocratisme radical et la guerre du Kosovo&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La guerre du Kosovo a &#233;t&#233; l'occasion d'un wagon de prises de positions et de d&#233;clarations tous azimuts mais toujours au nom des droits de l'homme, de la paix, des libert&#233;s (des individus, des peuples, des m&#233;dias), du d&#233;veloppement, de l'esprit civique, citoyen et humanitaire. C'est-&#224;-dire au nom du capital.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au Kosovo le mobile imm&#233;diat, principal de l'intervention de l'Otan &#233;tait le contr&#244;le des Albanais d'Albanie, du Kosovo et de Mac&#233;doine. Le paradoxe est que les Kosovars, victimes &#224; l'aide desquelles on accourait, &#233;taient les plus dangereux et il fallait les mettre sous protectorat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il fallait poser un corset blind&#233; sur l'Albanie o&#249; l'Etat avait tout simplement disparu au profit de pouvoirs claniques / mafieux. Il fallait sauver l'Etat Mac&#233;donien dont le tiers d'Albanais aurait explos&#233; pla&#231;ant la Gr&#232;ce en premi&#232;re ligne ( remarquons que l'irr&#233;dentisme sur le nom hell&#233;nique de Mac&#233;doine a disparu comme par enchantement quand il s'est agit des int&#233;r&#234;ts v&#233;ritables de l'Etat grec). Il fallait d&#233;manteler le cordon de camps de r&#233;fugi&#233;s tout autour du Kosovo au pouvoir de l'UCK d'o&#249; viendraient un flot de r&#233;fugi&#233;s incontr&#244;lables vers l'Europe, en m&#234;me temps que des immigr&#233;s ill&#233;gaux autochtones ou venus d'ailleurs (Kurdes, Chinois...), la drogue, la prostitution massive et organis&#233;e, de nouvelles mafias, voire des 'terroristes'. Le protectorat vise &#224; cantonner, sur un territoire ferm&#233; et ma&#238;tris&#233;, une population globalement surnum&#233;raire, tout en pr&#233;servant un avenir o&#249; sa situation au coeur de l'Europe balkanique peut en faire un r&#233;servoir d'o&#249;, par rotation, des vagues successives de main-d'oeuvre peuvent &#234;tre retir&#233;es dont les capitaux utilisateurs n'auraient pas &#224; supporter la reproduction d'ensemble &#224; long terme : sur le mod&#232;le de l'Allemagne, en g&#233;n&#233;ral, avec l'organisation de la 'clandestinit&#233;' de la main-d'oeuvre polonaise, ou plus particuli&#232;rement de la Bavi&#232;re avec les ouvriers tch&#232;ques. Comme en Asie, cette structure peut se reproduire &#224; l'infini &#224; tous les niveaux de la hi&#233;rarchie capitaliste : les Hongrois ou les Tch&#232;ques agissant ainsi avec les Kosovars, comme le capitalisme, en Gr&#232;ce, le fait d&#233;j&#224; avec la main-d'oeuvre albanaise et, en Pologne, avec les Bi&#233;lorusses et les Ukrainiens. Cette situation r&#233;duit &#224; n&#233;ant toute vell&#233;it&#233; de type fordiste ( comme la crise de 97 l'a rendu &#233;vident, ailleurs, pour la classe ouvri&#232;re sud-cor&#233;enne) dans les 'pays en mutation' de la zone. Il est de notori&#233;t&#233; publique que la classe capitaliste des pays les plus d&#233;velopp&#233;s se pr&#233;occupe de plus en plus de ses besoins de main-d'oeuvre immigr&#233;e dans un futur proche. 'L'immigration &#224; statut permanent ne correspond plus aux besoins actuels de la valorisation du capital (...). Aujourd'hui la pr&#233;carisation de la condition d'immigr&#233; est la forme la plus libre que prend la circulation des hommes en tant que marchandises' (Charles Reeves, 'L'immigr&#233; et la loi de la population dans le capitalisme moderne', in 'L'oiseau-temp&#234;te', automne 97). D&#233;j&#224; &#224; propos de la r&#233;bellion albanaise, des camarades grecs &#233;crivaient dans un num&#233;ro sp&#233;cial de leur revue ('Ta Pedia Tis Galarias', 'Les enfants de la galerie' : TPTG, P.O. Box 76149, Nea Smirni 17110, Athens, Greece) : 'Nous affirmons avoir affaire &#224; une r&#233;bellion moderne. En premier lieu, parce que son sujet, 'l'immigrant-mobile-prol&#233;tarien' constitue la figure centrale de la classe ouvri&#232;re aujourd'hui. Plus que quiconque dans les Balkans, c'est l'immigrant albanais qui repr&#233;sente non seulement la pauvret&#233; mais aussi l'utilit&#233; et la disponibilit&#233; pour le capital.' Voir cela comme un &#233;chec de l'extension des rapports sociaux capitalistes, c'est ne pas arriver &#224; se d&#233;faire de ses oeill&#232;res fordistes, ou croire que le capital a pour but le bonheur de l'humanit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le capital int&#232;gre l'ex-Yougoslavie, ce n'est pas pour autant qu'elle deviendra une grande Suisse ou un joli petit capital autocentr&#233;, l'int&#233;gration c'est le d&#233;pe&#231;age, c'est l'in&#233;gal d&#233;veloppement. L'installation, par exemple, depuis 1992, d'Alcatel, Procter and Gamble, General Motors, Salomon, Coca Cola, Continental, dans la r&#233;gion de Timisoara, en Roumanie, ne change pas grand chose &#224; la croissance g&#233;n&#233;rale de l'&#233;conomie roumaine. Au contraire, la r&#233;gion se verrait bien autonome lorgnant vers la Hongrie ou Belgrade (distante de 200 km) et le Danube. L'&#233;poque du capital bouclant son accumulation sur une aire nationale est r&#233;volue, et cela doublement : dans le capitalisme occidental et pour cela m&#234;me, dans ce qui &#233;tait le mod&#232;le paroxystique du capitalisme autocentr&#233;, les pays de l'Est. Il n'y a pas l&#224; de 'r&#233;gression historique' comme le soutient Dauv&#233; dans sa brochure 'Sur la guerre de l'Otan contre la Serbie' (ARHEDIS, BP 20306, 60203 Compiegne Cedex). S'il y a un domaine o&#249; le capital est sorti du fordisme c'est bien (entre autres) dans les formes de sa mondialisation et dans celles de la gestion de la population surnum&#233;raire. Ce n'est que dans une restructuration du capitalisme mondial initi&#233;e par le capitalisme occidental que les pays de l'Est peuvent enfin acc&#233;der &#224; leur pleine citoyennet&#233; capitaliste, c'est-&#224;-dire enfin achever (terminer et supprimer) leur existence de contre-r&#233;volution qui a &#233;t&#233; la d&#233;termination originelle de la sp&#233;cificit&#233; de leur d&#233;veloppement capitaliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il fallait d&#233;truire, si ce n'est imm&#233;diatement tout au moins &#224; relativement court terme, une Serbie g&#234;nant les relations entre l'Europe et la Gr&#232;ce, la Turquie et plus loin le Caucase d'o&#249; doit venir bient&#244;t 'le p&#233;trole'. Plus gravement, elle constituait un dernier ancrage russe. Russie qui ne r&#233;ussit pas sa 'mutation' et redevient sinon dangereuse du moins hargneuse et n'accepte justement pas d'&#234;tre &#233;limin&#233;e du Caucase. Si la classe dominante serbe g&#234;nait, c'&#233;tait de ne pas parvenir &#224; se transformer de 'bureaucratie' en classe capitaliste simplement bourgeoise. Par l&#224; elle restait un obstacle &#224; l'int&#233;gration de l'Europe centrale &#224; l' OTAN et &#224; l'UE. Cet &#233;pisode de la canonni&#232;re est, entre autres, un moment de la mutation et de l'int&#233;gration &#224; une accumulation mondialis&#233;e des pays jusque l&#224; domin&#233;s par un capitalisme extensif et autarcique (le mal-nomm&#233; 'capitalisme d'Etat'). Sous la g&#233;opolitique, c'est directement la d&#233;finition des classes sociales en pr&#233;sence dans le capitalisme mondialement restructur&#233; qui est en jeu : cr&#233;ation et gestion de la force de travail surnum&#233;raire ; ach&#232;vement de la longue marche de la 'bureaucratie' (nous n'avons pas de meilleur terme pour d&#233;finir la sp&#233;cificit&#233; de cette fraction de la classe capitaliste mondiale depuis 1917) vers sa transformation en classe bourgeoise non seulement 'ordinaire', mais 'ordinaire' d'un capitalisme p&#233;riph&#233;rique ; 'lib&#233;ration', si n&#233;cessaire par la force, de la classe ouvri&#232;re du consensus bureaucratique (le 'bol de riz en fer') auquel elle se raccroche, avec toutes ses raisons, jusque et y compris dans son opposition violente aux directives du FMI et cons&#233;quemment dans le nationalisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les prises de position des d&#233;mocrates radicaux ont &#233;t&#233; coinc&#233;es dans une tenaille difficile &#224; desserrer. Cela les a amen&#233;s &#224; se diviser en deux courants franchement antagoniques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'une part, une exigence d'antifascisme-rouge (opportun&#233;ment appel&#233; rouge-brun ou national-communisme, tant se contenter de 'socialisme' est g&#234;nant pour beaucoup d'ex-staliniens) impliquant de s'opposer &#224; Milosevic, antifascisme allant de pair avec un soutien a priori &#224; tout mouvement se d&#233;finissant comme de lib&#233;ration nationale, imposant donc de soutenir l'UCK.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autre part, l'opposition aux op&#233;rations guerri&#232;res de 'l'imp&#233;rialisme US' et d'une 'r&#233;surgence de l'expansionnisme allemand dans la Mitteleuropa' coalis&#233;s dans une OTAN qu'on se pla&#238;t &#224; pr&#233;senter &#224; la fois comme le carcan US sur l'Europe occidentale et comme le champ clos d'un antagonisme germano-am&#233;ricain. Si les Am&#233;ricains en ont 'profit&#233;' pour accentuer leur tutelle sur l'Europe, il faut reconna&#238;tre que celle-ci est bien accept&#233;e et m&#234;me sollicit&#233;e. Cette prise en tenaille faisait dire en substance &#224; Cohn-Bendit r&#233;pondant aux anti-guerre : 'D'accord avec vous pour dire que la guerre est une catastrophe et que les Kosovars doivent avoir le droit &#224; l'autod&#233;termination mais je doute qu'il suffise d'en faire la demande &#224; Milosevic'. On a donc eu s&#233;paration entre pro. et anti. OTAN avec, du c&#244;t&#233; des pro, les Verts et la moiti&#233; des non-P.C. de la liste 'Hue-Bouge l'Europe !', de l'autre le PC, les nationaux-r&#233;publicain,s les arch&#233;o-gaullistes et les trotskistes tiraill&#233;s entre Arlette Laguiller plus 'classiste'(position restant plus fid&#232;le au programme l&#233;niniste d'Etat ouvrier) et Alain Krivine plus 'droit des peuples'(&#233;volution ancienne vers un tiers mondisme toujours &#224; la recherche d'un mod&#232;le de rechange). D'o&#249; des positions que Cohn -Bendit a pu si bien renvoyer &#224; leur ir&#233;nisme. Pour se formaliser et acc&#233;der &#224; une existence sociale reconnue, le d&#233;mocratisme radical doit se d&#233;barrasser de son h&#233;ritage gauchiste et 'socialiste r&#233;el' : anti-imp&#233;rialisme, lutte de lib&#233;ration nationale...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Face &#224; cette guerre du Kosovo et &#224; la situation actuelle, les expressions r&#233;volutionnaires ne peuvent consister &#224; vitup&#233;rer un capitalisme intemporel, &#224; invoquer un internationalisme prol&#233;tarien mythique, &#224; se d&#233;soler sur' l'actuelle extr&#234;me faiblesse de nos forces' et &#224; appeler &#224; une prise de conscience urgente avant des catastrophes renouvel&#233;es. Le fait que cela ne serve &#224; rien n'est pas le plus grave. Le plus grave c'est que cela g&#234;ne, voire emp&#234;che, de comprendre, d'&#233;lucider les causes actuelles de cette guerre, la structure du capital tant mondial que local, et les n&#233;cessit&#233;s &#233;conomiques, politiques et strat&#233;giques qui s'imposent aux classes en luttes. N&#233;cessit&#233;s qui font &#233;chouer les luttes ouvri&#232;res construites dans l'&#233;clatement des Etats multinationaux et provoquent la formation de fronts interclassistes nationalistes. Il n'y a pas de d&#233;tournements des belles et bonnes luttes de classes en luttes ethniques, par les strat&#233;gies machiav&#233;liques des bourgeoisies, ni en Serbie, ni ailleurs. A notre connaissance, &#224; propos du Kosovo, la brochure de Dauv&#233;, d&#233;j&#224; cit&#233;e, est la seule &#224; poser l&#224; un probl&#232;me et &#224; ne pas se contenter du 'd&#233;tournement nationaliste'. Cependant, l'analyse s'arr&#234;te &#224; la simple juxtaposition de deux situations : 'le non d&#233;passement des luttes dures d&#233;fensives' ; 'les actions contre la 'privatisation' sont alors int&#233;gr&#233;es &#224; une perspective nationale (...) Des groupes nationalistes prennent le contr&#244;le, voire l'initiative de cort&#232;ges ouvriers.' (p. 25). C'est pr&#233;cis&#233;ment ce passage qu'il faut produire : le nationalisme est d&#233;j&#224; constamment pr&#233;sent dans les 'luttes d&#233;fensives dures'. Il faut articuler les phases entre elles, et non se contenter de passer &#224; la seconde simplement par l'&#233;chec de la premi&#232;re. C'est alors toute une conception th&#233;orique fondamentale de l'implication r&#233;ciproque entre prol&#233;tariat et capital et de la nature de leur contradiction qui est en jeu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est que sur la base de cette conception du prol&#233;tariat comme classe du mode de production capitaliste, constamment d&#233;fini dans les conditions et les cat&#233;gories de sa reproduction et de son accumulation, que l'on peut r&#233;ellement critiquer, c'est-&#224;-dire en en comprenant la n&#233;cessit&#233;, la situation du d&#233;mocratisme radical tiraill&#233; entre son &#233;loge de l'appartenance ethnique ou nationale et son refus du nationalisme au nom de la d&#233;mocratie et de la g&#233;n&#233;ralit&#233; abstraite du citoyen. Le d&#233;mocratisme radical se trouve alors comme au Pays Basque ou en Irlande dans des situations 'th&#233;orique' tr&#232;s d&#233;licates. L&#224; o&#249; Dauv&#233; voit une mutation, le d&#233;mocratisme radical ne voit qu'un d&#233;tournement, mais dans un cas comme dans l'autre, il y a incapacit&#233; &#224; expliquer soit la mutation soit le d&#233;tournement. Dans le premier cas le prol&#233;tariat dans sa contradiction au capital n'est pas totalement compris comme classe du mode de production capitaliste et ses 'luttes d&#233;fensives dures' construites dans le nationalisme de l'&#233;clatement de l'Etat f&#233;d&#233;ral (&#224; quelques tr&#232;s rares exceptions pr&#233;s) ; dans le second, la reconnaissance de la d&#233;finition du prol&#233;tariat dans la reproduction du capital est telle qu'elle dispara&#238;t, il ne s'agit plus que du prol&#233;tariat tel qu'il est pour lui-m&#234;me face au capital qui est r&#233;duit &#224; une force ext&#233;rieure et &#233;trang&#232;re &#224; lui. Le travail salari&#233; n'impliquerait pas plus de lui-m&#234;me la finance que les identit&#233;s locales le nationalisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;5 ) La 'prise du pouvoir' par les Indiens en Equateur&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans une configuration sociale totalement diff&#233;rente, la r&#233;volte des Indiens en Equateur en janvier 2000 ayant abouti &#224; la tr&#232;s &#233;ph&#233;m&#232;re prise du pouvoir que l'on sait dans la nuit du 21 au 22 janvier 2000, ne fut pas non plus 'd&#233;tourn&#233;e' par le nationalisme indien et &#233;quatorien des dirigeants de la CONAIE (Conf&#233;d&#233;ration des Nationalit&#233;s Indig&#232;nes de l'Equateur), ni par la trahison des militaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;'La Conaie entreprit de promouvoir, durant le mois de d&#233;cembre 99, la constitution des Parlements des Peuples Indiens, initiative qui sous la pression des autres secteurs change de d&#233;nomination et s'appelle 'Le Parlement Populaire des Peuples'. La proposition des parlements est accept&#233;e par tous les secteurs et dans toutes les provinces on entreprend leur constitution, l'objectif est d'obtenir la participation du peuple pour que soient d&#233;finis les projets. Les r&#233;clamations de chaque secteur sont transmises ensuite au Parlement national des Peuples.(...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 14 janvier le Parlement National des Peuples s'est install&#233; &#224; Quito. Dans cette assembl&#233;e les parlementaires r&#233;solurent d'abroger l'&#233;tat d'urgence, d&#233;cr&#233;t&#232;rent la destitution du Pr&#233;sident de la R&#233;publique, la d&#233;ch&#233;ance du congr&#232;s national et des magistrats de la Cour Supr&#234;me de Justice et se proclam&#232;rent en session permanente. Le mardi 18, les communaut&#233;s se moquant du contr&#244;le militaire arrivent &#224; Quito et concr&#233;tisent la prise de Quito. Dans la nuit du 20, les communaut&#233;s conqui&#232;rent le contr&#244;le du Congr&#232;s national et de la Cour Supr&#234;me de Justice, la wipala (drapeau des nationalit&#233;s indiennes, ndt) flotte sur le Gongr&#232;s National. Le 21 janvier, les parlementaires du Peuple si&#232;gent au Congr&#232;s National et les communaut&#233;s, les mouvements sociaux, les organisations des quartiers populaires marchent sur le palais du Gouvernement. Dans l'apr&#232;s-midi , Jamil Mahuad abandonne le Palais du Gouvernement cach&#233; dans une ambulance de la Croix Rouge. Dans l'apr&#232;s-midi et la nuit de ce jour, les dirigeants des militaires, les mouvements sociaux, le mouvement indig&#232;ne, press&#233;s par la foule se mettent d'accord et d&#233;cident de constituer la Junte de Salut National, constitu&#233;e par le g&#233;n&#233;ral Carlos Mendoza (en r&#233;alit&#233;, le premier repr&#233;sentant militaire est le jeune colonel Gutierrez, celui-l&#224; m&#234;me qui, dans l'apr&#232;s-midi, avait ordonn&#233; aux forces de l'ordre d'abandonner le Congr&#232;s National. Apr&#232;s l'annonce de la constitution de la Junte, il appelle, &#224; la t&#233;l&#233;vision, la population &#224; se joindre &#224; la r&#233;bellion dont il affirme qu'elle jouit du soutien de l'arm&#233;e. Trois heures plus tard, apr&#232;s des n&#233;gociations &#224; huis-clos avec les autres membres de la Junte, il est remplac&#233; par le g&#233;n&#233;ral Carlos Mendoza qui organisera l'accession &#224; la pr&#233;sidence du vice-pr&#233;sident de Mahuad, Gustavo Noboa, ndt), Antonio Vargas et Carlos Solorzano (ancien pr&#233;sident de la Cour supr&#234;me, ndt).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 22, &#224; trois heures du matin, le g&#233;n&#233;ral Mendoza, reniant sa parole, son serment et l'accord pass&#233;, renonce &#224; faire partie de la Junte de Salut National, et &#224; sept heures et demi du matin, avec la garantie des Forces Arm&#233;es, le Dr Gustavo Noboa assume la pr&#233;sidence de la R&#233;publique. Le matin du m&#234;me jour, les communaut&#233;s retournent dans leurs provinces. Les repr&#233;sentants de la droite se remettent de leur 'choc' et retrouvent leur arrogance et leur supr&#233;matie. Leur r&#233;action enhardie par la r&#233;cup&#233;ration et le contr&#244;le du pouvoir laisse voir leur m&#233;pris et leur racisme envers les peuples indiens et les secteurs de la population qui fugitivement tinrent en leurs mains le pouvoir politique dans le pays et ils r&#233;clament des sanctions imm&#233;diates contre les 'golpistas'.' ('La r&#233;volution des ponchos', texte disponible sur le site internet de la Conaie : &lt;a href=&#034;http://conaie.nativeweb.org/ecu20.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://conaie.nativeweb.org/ecu20.htm&lt;/a&gt;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;volte, qui s'enracine dans la d&#233;possession multis&#233;culaire des Indiens et plus imm&#233;diatement dans les lois de ces cinq derni&#232;res ann&#233;es introduisant la propri&#233;t&#233; priv&#233;e et des r&#233;gulations marchandes de l'usage de l'eau dans les communaut&#233;s indiennes, prend forme comme r&#233;volte 'nationale' et 'culturelle'. Cette culture, depuis quinze ans, est largement une recr&#233;ation des '&#233;lites' issues des populations indiennes et du clerg&#233; (les habituels 'entrepreneurs en nationalisme'), via la fondation de biblioth&#232;ques, d'un r&#233;seau d'&#233;coles parall&#232;les, le foisonnement de radios locales, la r&#233;surrection des f&#234;tes populaires. Cette 'r&#233;surrection' culturelle nationale devenant le foyer, l'ancrage, le symbole m&#234;me d'une alliance nationaliste plus large contre la dollarisation, englobant les classes moyennes. L'alliance de cette 'renaissance nationale' avec certains secteurs de l'arm&#233;e (selon l'expression consacr&#233;e) n'est pas absolument contre nature, dans la mesure o&#249; celle-ci est bien souvent la seule force sociale organis&#233;e qui, dans le cadre de son activit&#233; de contr&#244;le et de r&#233;pression, assure un minimum d'infrastructures et de pr&#233;sence des services de l'Etat dans les r&#233;gions les plus recul&#233;es (que l'on se souvienne de la grande alliance nationaliste de l'arm&#233;e et des Indiens dans le P&#233;rou du g&#233;n&#233;ral Velasco Alvarado au d&#233;but des ann&#233;es 70). La r&#233;volte paysanne ne peut, sans se d&#233;truire elle-m&#234;me, voir son avenir dans les bidonvilles de Quito ou Guayaquil, le nationalisme ne la d&#233;tourne pas mais la construit. Cependant, par l&#224;, elle s'interdit la propre satisfaction de ses revendications : 'nous ne sommes pas contre la propri&#233;t&#233; priv&#233;e', nous sommes pour un 'capitalisme alternatif', proclame Vargas, le leader de la CONAIE.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tant que le mode de production capitaliste se reproduit, le prol&#233;tariat est n&#233;cessairement soumis &#224; ses formes d'existence - car le capital est le sujet constamment renouvel&#233; de la reproduction du rapport - , et la contradiction du prol&#233;tariat avec le capital trouve tout aussi n&#233;cessairement ses limites, qui peuvent aller jusqu'au nationalisme et au racisme, dans les formes de l'autopr&#233;supposition du capital.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#233;v&#232;nements de janvier 2000 en Equateur mettent fin &#224; toute lecture exotique de la lutte des classes dans les 'p&#233;riph&#233;ries'. Du c&#244;t&#233; des classes dominantes, ce sont les m&#234;mes politiques que dans les pays du centre, politiques li&#233;es &#224; la restructuration mondiale du mode de production capitaliste, que l'on retrouve : d&#233;r&#233;glementation, privatisation, domination du capital financier, attaque de la valeur de la force de travail, mise en valeur dans le capital de toutes les disparit&#233;s r&#233;gionales produites ou reproduites, &#233;limination des politiques de compromis avec les organisations ouvri&#232;res (l'Equateur n'est pas qu'un champ de pommes de terre gel&#233;es dans la Cordill&#232;re des Andes), etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du c&#244;t&#233; du prol&#233;tariat : soul&#232;vement indig&#232;ne avec blocage des axes routiers, occupations des &#233;glises et des propri&#233;t&#233;s en juin 9O ; nouveau soul&#232;vement en 94 ; gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale de 48 heures en f&#233;vrier 97 ; nouvelle gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale, manifestations et marches paralysant le pays en ao&#251;t 97 ; nouvelle gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale en octobre 98, trois morts ; mars 99, nouvelle gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale contre les mesures d'aust&#233;rit&#233;, la gr&#232;ve reprend en juillet, le pays est paralys&#233; pendant 15 jours, 17 bless&#233;s par balles ; durant ces dix ann&#233;es, kyrielle de gr&#232;ves dans les villes industrielles et portuaires de la c&#244;te dont Guayaquil, la capitale &#233;conomique du pays, et sur les sites p&#233;troliers amazoniens ; 6 janvier 2000, d&#233;but des manifestations, marches, blocages des routes et gr&#232;ves menant &#224; la 'prise de Quito' le 21 janvier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela ne nous g&#234;ne pas d'appeler mouvement du prol&#233;tariat cette s&#233;rie de luttes incluant celles du 'mouvement indien' essentiellement paysan. Non seulement ces derni&#232;res s'inscrivent dans des luttes urbaines et industrielles r&#233;currentes et ne prennent leur ampleur que dans ce contexte. Mais encore nous appelons prol&#233;tariat la polarisation sociale de la contradiction qu'est la baisse tendancielle du taux de profit en activit&#233;s contradictoires. La contradiction qui r&#233;sulte, dans le mode de production capitaliste, du rapport entre l'extraction de plus-value et la croissance de la composition organique du capital se d&#233;veloppe comme p&#233;r&#233;quation du taux de profit sur l'ensemble des activit&#233;s productives et structure comme rapport contradictoire entre des classes l'ensemble de la soci&#233;t&#233;. Le degr&#233; selon lequel cette contradiction fondamentale polarise l'ensemble des contradictions sociales est un crit&#232;re permettant de juger le niveau d'une lutte, en ce que dans cette polarisation ce sont les cat&#233;gories et les classes sociales de la soci&#233;t&#233; du capital qui se dissolvent contre le capital et la classe capitaliste. Si nous pouvons identifier le prol&#233;tariat &#224; la classe ouvri&#232;re c'est que, dans la situation de celle-ci, la contradiction centrale du mode de production capitaliste devient la condition de son d&#233;passement comme activit&#233; particuli&#232;re. En cela, cette identification d&#233;passe la classe ouvri&#232;re au moment o&#249; ce sont toutes les contradictions de la soci&#233;t&#233; qu'elle polarise, et o&#249; le petit paysan andin ne peut plus agir en tant que tel (ce qui a contrario nous montre, en l'occurrence, la pr&#233;gnance du d&#233;mocratisme radical). Cette identit&#233;, pour la classe ouvri&#232;re elle-m&#234;me, n'est pas un donn&#233; mais un mouvement. Les classes sont g&#233;n&#233;tiquement donn&#233;es en m&#234;me temps que leur contradiction, ne lui pr&#233;existent pas et c'est pour cela qu'une classe, le prol&#233;tariat, peut s'abolir en tant que classe, parce qu'il ne pr&#233;existe pas &#224;, ni ne r&#233;sulte de ce mouvement, mais en est la seule r&#233;alit&#233; concr&#232;te sans laquelle la baisse du taux de profit est une abstraction et l'abolition du mode de production capitaliste un projet d&#233;terministe. Toutes les vaches ne sont pas grises, mais le noir et le blanc ne sont pas des substances pr&#233;existant aux vaches.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si la nuit du 21 au 22 janvier &#224; Quito fut la nuit des dupes, c'est que si le prol&#233;tariat ne pr&#233;existe pas &#224; sa contradiction avec le capital et donc avec la classe capitaliste (le rapport social r&#233;fl&#233;chi en lui-m&#234;me), ce qui est la dynamique de sa propre remise en cause, cela signifie simultan&#233;ment que, dans ses luttes, dans la mesure o&#249; elles demeurent limit&#233;es, son existence ent&#233;rine toutes les cat&#233;gories de sa reproduction et peut m&#234;me conduire &#224; opposer ces cat&#233;gories, son existence pr&#233;sente, au mouvement de reproduction &#233;largie du capital. Comme le montre l'action et les textes de la CONAIE, il n'y a plus de place pour les Guevara en Am&#233;rique du Sud. C'est le d&#233;mocratisme radical, tel que nous le connaissons ici et &#224; Seattle qui est devenu la forme d'opposition au capital &#224; l'int&#233;rieur de sa reproduction et n'envisageant que celle-ci. Les formes d'opposition au capital, ent&#233;rinant et formalisant les limites des luttes, se sont mondialis&#233;es et uniformis&#233;es comme d&#233;mocratisme radical. C'est en cela qu'essentiellement la lecture exotique des luttes de classes est d&#233;finitivement caduque. La diversit&#233; r&#233;elle des situations, si elle demeure ind&#233;niable, ne peut plus appara&#238;tre que comme moments de leur unit&#233; et cette diversit&#233; ne peut plus s'exprimer concr&#232;tement et &#234;tre comprise qu'&#224; partir de celle-ci.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;'La dollarisation, on l'impose, on ne la discute pas. On la pr&#233;sente masqu&#233;e, comme quelque chose de technique pour l'abstraire du domaine de la politique. Et ses cons&#233;quences, avant tout les privatisations et les d&#233;r&#233;glementations, apr&#232;s avoir produit le vide politique, sont pr&#233;sent&#233;es et assum&#233;es comme in&#233;vitables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est l&#224; sa 'force', soutenue en outre par un terrorisme &#233;conomique massif qui justifie la d&#233;marche engag&#233;e et freine toute alternative : pour cela se d&#233;veloppe le fantasme de l'hyperinflation qui n'&#233;tait apparue nulle part, et n'appara&#238;t toujours pas. Fondamentalement, dans son essence, la dollarisation est un 'coup d'Etat par le march&#233;' ('golpe de mercado', ndt), comparable d&#232;s ses origines &#233;conomiques &#224; un coup d'Etat. Il est &#233;vident qu'une telle pratique du coup d'Etat ne provoque ni angoisse, ni refus dans les oligarchies 'constitutionalistes' ou chez les sociologues 'institutionalistes', comme le fit, &#224; l'inverse, la r&#233;bellion populaire du 21 janvier. Ils l'ont appuy&#233;e (la dollarisation, ndt), ils n'ont pas vu dans la dollarisation une action antid&#233;mocratique. Nous demandons : qu'arrivera-t-il &#224; notre d&#233;mocratie quand des d&#233;cisions propres &#224; l'Etat national, aussi importantes que la politique mon&#233;taire et de change &#233;migrent totalement vers des lieux o&#249; nous n'avons aucun contr&#244;le national ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;'Il n'y a aucune trace de d&#233;mocratie digne de ce nom hors de l'Etat national' a reconnu, il y a peu, Ralf Dahrendorf, ex-directeur de la London School of Economics et membre de la chambre des Lords.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La dollarisation, en r&#233;alit&#233;, ne m&#233;rite m&#234;me pas d'&#234;tre consid&#233;r&#233;e comme une d&#233;cision lib&#233;rale, elle est en fait une d&#233;cision artificielle et arbitraire, elle r&#233;duit la capacit&#233; de manoeuvre du march&#233; national. Avec elle, on a &#233;limin&#233; un outil &#233;conomique de base pour d&#233;terminer la valeur de la monnaie nationale en rapport avec les autres monnaies voisines et m&#234;me avec la devise ma&#238;tresse, le dollar. Cette valeur d&#233;terminante ne se fixe plus &#224; travers le march&#233; comme le recommande la th&#233;orie neolib&#233;rale elle-m&#234;me. On renonce, en fait, au contr&#244;le de la monnaie et du change, et cela de la part d'un Etat sous-d&#233;velopp&#233; pour se subordonner au contr&#244;le d'un Etat plus puissant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Serait-ce que nos n&#233;olib&#233;raux ne sont pas si lib&#233;raux et que en faisant pr&#233;valoir uniquement leur &#233;tat d'esprit autoritaire, ils se r&#233;fugient dans la dollarisation pour mener &#224; bout leurs r&#233;formes structurelles oppressives alors que selon la pens&#233;e d'un n&#233;olib&#233;ral de r&#233;elle importance comme Friedrich von Hayek, ils devraient plut&#244;t appuyer 'le mouvement libre de la monnaie'.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En d&#233;finitive, nous ne serons pas libres avec cette mesure dictatoriale. Nous savons que la souverainet&#233; est relative. Nous savons en outre que les pays pauvres choisissent leur conduite &#233;conomique sous des contraintes toujours plus importantes. Cependant, par une dollarisation officielle, en renon&#231;ant &#224; la monnaie nationale pour une soumission, nous c&#233;dons dans une tr&#232;s large mesure un &#233;l&#233;ment fondamental de la politique et, en cons&#233;quence, nous sommes moins un Etat. A cause de la subordination &#233;conomique et culturelle de nos &#233;lites au mod&#232;le n&#233;olib&#233;ral, nous perdons un lien entre les membres de la soci&#233;t&#233;, un r&#233;f&#233;rent de l'identit&#233; nationale. Si d'un c&#244;t&#233;, cette d&#233;cision limite encore plus notre souverainet&#233;, d'un autre, en n'&#233;tant pas m&#234;me discut&#233;e et encore moins approuv&#233;e par une consultation &#233;lectorale comme le firent les Europ&#233;ens pour soutenir la constitution de l'Euro, elle amoindrit notre d&#233;mocratie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En conclusion, aux arguments contre la dollarisation, il faut ajouter l'action politique telle que la Conaie la d&#233;finit par la consultation populaire, action qui a fait sienne 'le principe le plus g&#233;n&#233;ral de la d&#233;mocratie', comme le dit le m&#234;me Dahrendorf, 'la possibilit&#233; de destituer sans violence ceux qui sont au pouvoir quand la volont&#233; et les choix de la population ont chang&#233;'.(CONAIE : 'Equateur, avec la dollarisation c'est la d&#233;mocratie que l'on perd', 17 f&#233;vrier 2000)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne s'agit plus, dans le d&#233;mocratisme radical, de strat&#233;gie de 'capital autocentr&#233;' malgr&#233; le patriotisme &#233;conomique. Ces strat&#233;gies, d&#233;fendues par des couches intellectuelles ou militaires frustr&#233;es recherchant l'appui d'une hypoth&#233;tique bourgeoisie nationale, n'ont jamais connu de mises en pratique durables. Elles ne pouvaient en outre qu'appara&#238;tre &#224; une &#233;poque ant&#233;rieure &#224; la mondialisation de la reproduction du capital. N'&#233;tant qu'une caricature du 'fordisme', elles pouvaient, cependant, &#234;tre par l&#224;-m&#234;me, dans cette p&#233;riode, des strat&#233;gies bourgeoises 'r&#233;alistes' dans une p&#233;riode o&#249; le cycle mondial du capital &#233;tait avant tout juxtaposition de capitaux bouclant leur accumulation sur des aires nationales. Les projets du d&#233;mocratisme radical, dans les pays p&#233;riph&#233;riques, sont actuellement partie prenante d'un niveau unifi&#233; des luttes de classes, ils s'enracinent dans une mondialisation r&#233;alis&#233;e, ils ne promeuvent un d&#233;veloppement national du capital que dans la mesure o&#249; celui-ci n'a plus aucune consistance en tant que tel, c'est-&#224;-dire en tant que projet possible d'une bourgeoisie. Ce d&#233;veloppement n'est plus que l'expression des limites de la lutte de classe du prol&#233;tariat qui, en tant que classe de ce mode de production, trouve dans celui-ci les formes m&#234;mes de son action dont le cadre national tel qu'il est actuellement reproduit comme moment d'un cycle global. Fini l'exotisme, finis les Samir Amin autocentr&#233;, les Guevara et les 'focos' pr&#233;parant le 'capitalisme d'Etat', les L&#233;nine et le d&#233;veloppement du capital sous direction prol&#233;tarienne, les Vera Zassoulitch et le saut communautaire par dessus les horreurs capitalistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autres &#233;v&#232;nements avaient d&#233;j&#224; mis fin &#224; la lecture exotique, mais pour la premi&#232;re fois, &#224; Quito, le d&#233;mocratisme radical a &#233;t&#233; un &#233;l&#233;ment d&#233;terminant d'un mouvement social allant jusqu'&#224; une &#233;ph&#233;m&#232;re prise du pouvoir dont il fut l'&#233;l&#233;ment moteur. Il n'a pas &#233;t&#233; manipul&#233;, parce que, par nature, il ne pouvait que l'&#234;tre : la lutte contre le capital, devient la lutte contre le capital &#233;tranger et / ou financier, la lutte contre l'Etat devient la lutte pour la d&#233;mocratie vraie contre la corruption, etc...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;'Le Parlement National des Peuples de l'Equateur, constitu&#233; d&#233;mocratiquement avec la participation de 21 Parlements Provinciaux et d'innombrables parlements communaux, de cantons et de quartiers a assum&#233; directement l'exercice de la souverainet&#233; nationale pour sauver la R&#233;publique d'Equateur de sa disparition nationale qui avait commenc&#233; avec la d&#233;cision de Jamil Mahuad de renoncer &#224; la souverainet&#233; mon&#233;taire en annon&#231;ant la substitution du Dollar &#224; notre signe mon&#233;taire historique, le Sucre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;cision de dollariser l'&#233;conomie est l'ultime attaque contre l'&#233;conomie du peuple et l'appareil productif du pays &#233;x&#233;cut&#233;e par Mahuad, avec la sinistre intention de prot&#233;ger une bancocratie corrompue et en faillite, et de transformer l'Equateur en une enclave de la sp&#233;culation financi&#232;re et du blanchiment des narcodollars.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La dollarisation implique la destruction de l'appareil productif, la faillite de l'industrie et la perte de centaines de milliers d'emplois, l'expropriation progressive des indig&#232;nes et des paysans du pays de leurs petites parcelles de terre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce sch&#233;ma colonial est inapplicable car les entr&#233;es de devises repr&#233;sentent &#224; peine 15% du PIB, en cons&#233;quence l'obsession de Mahuad signifie l'asphyxie de l'appareil productif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s une suite de soul&#232;vements indig&#232;nes, de barrages de paysans et de gr&#232;ves g&#233;n&#233;rales des travailleurs, aucune de leurs revendication l&#233;gitimes n'a &#233;t&#233; entendue ni satisfaite. Au contraire, les programmes de privatisation de l'industrie p&#233;troli&#232;re, de la s&#233;curit&#233; sociale, du t&#233;l&#233;phone et de l'&#233;lectricit&#233; ont &#233;t&#233; acc&#233;l&#233;r&#233;s ainsi que la suppression des droits des indig&#232;nes, des paysans et des travailleurs. Les d&#233;p&#244;ts en banque ont et&#233; gel&#233;s et leur restitution dans 10 ans a &#233;t&#233; propos&#233;e, ce sont des milliards de dollars qui &#233;taient destin&#233;s &#224; la piraterie financi&#232;re des banquiers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cette situation, le Parlement National des Peuples d'Equateur a appel&#233; &#224; un rassemblement national pour la D&#233;fense de la Souverainet&#233;, pour destituer Mahuad et les pouvoirs l&#233;gislatifs et judiciaires et pour installer le peuple dans son exercice souverain du pouvoir, afin de fonder un Etat Plurinational qui &#233;limine d&#233;finitivement l'oppression s&#233;culaire de la population indig&#232;ne majoritaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Parlement National des Peuples de l'Equateur appelle toutes les organisations des peuples du monde, tout citoyen du monde, &#224; se solidariser et &#224; d&#233;fendre activement le droit l&#233;gitime des peuples d'Equateur &#224; exercer directement sa souverainet&#233;, en demandant &#224; la force publique de l'Equateur qu'elle respecte cet exercice de la souverainet&#233; par le peuple, qu'elle ne r&#233;prime pas les mobilisations pacifiques de millions d'Equatoriens et qu'elle se soumette &#224; la souverainet&#233; l&#233;gitime qui vient du peuple. Nous les exhortons &#233;galement &#224; reconna&#238;tre la pleine l&#233;gitimit&#233; du Parlement National des Peuples de l'Equateur et &#224; demander aux gouvernements de leur pays sa reconnaissance imm&#233;diate.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Antonio Vargas,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pr&#233;sident du Parlement National des Peuples de l'Equateur&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(Conaie : Bulletin pour la presse internationale, Quito le 16 janvier 2000)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si certains secteurs de la bourgeoisie et de l'arm&#233;e, sans vouloir (surtout sans pouvoir) changer de politique voulaient se d&#233;barrasser de Mahuad (dollarisation trop sauvage de l'&#233;conomie ; exclusion des autres clans de la bourgeoisie ; corruption trop visible ; r&#233;duction du budget de l'arm&#233;e ; volont&#233; d'accomplir un auto-golpe &#224; la Fujimori ; facteur d'instabilit&#233; du point de vue des Etat-Unis qui cherchent &#224; s'appuyer sur l'arm&#233;e &#233;quatorienne pour leurs interventions en Colombie contre les narco-trafiquants et donc les gu&#233;rillas...) et 'utilis&#232;rent' la 'r&#233;volution des ponchos', c'&#233;taient parce que, dans leurs objectifs, dans les limites des luttes que ceux-ci exprimaient, la Conaie et les diverses organisations alli&#233;es &#224; elle avaient elles-m&#234;mes cherch&#233; &#224; s'allier &#224; ces secteurs au cours de rencontres et r&#233;unions diverses. ' Les g&#233;n&#233;raux Mendoza et Sandoval, au cours de plusieurs r&#233;unions pr&#233;alables de travail avec le mouvement indig&#232;ne et les mouvements sociaux, ont d&#233;fini les strat&#233;gies pour le renversement de Mahuad et un mod&#232;le alternatif de d&#233;veloppement. Tout a &#233;t&#233; concert&#233; tant avec les deux g&#233;n&#233;raux qu'avec les commandants interm&#233;diaires des forces arm&#233;es.' (Antonio Vargas, pr&#233;sident de la Conaie, Nuevo Herald, Miami, 24 janvier 2000, in &#8220; Poker menteur en Equateur &#8221;, dossier du Monde Diplomatique sur Internet).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne s'agit pas de trahison. Le d&#233;mocratisme radical fait son travail, et pour la premi&#232;re fois nous l'avons vu &#224; l'oeuvre en grandeur r&#233;elle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;6 ) Le d&#233;mocratisme radical au quotidien (pot-pourri)&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;a ) L'association ATTAC&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Association pour une Taxe Tobin d'Aide aux Citoyens est un des plus beaux fleurons du d&#233;mocratisme radical, ces pourfendeurs du capitalisme sont re&#231;us &#224; Bercy (&#8220; le Monde &#8221;, 24 / 8 / 00) et poss&#232;dent une association parlementaire d'une centaine de membres. Si le capitalisme &#224; visage humain n'est pas &#224; port&#233;e de mains il est du moins &#224; port&#233;e de votes (il s'en est fallu de peu au Parlement Europ&#233;en &#224; Strasbourg). Pour la critique fondamentale des positions d'Attac, il suffit de se reporter &#224; tous nos d&#233;velopements sur le capital financier. Attac d&#233;fend l'Etat et la vraie exploitation dans de vraies entreprises avec de vrais patrons entrepreneurs et de vrais travailleurs en salopette bleue. Susan George, (directeur associ&#233; au Transnational Institute, pr&#233;sidente de l'Observatoire de la mondialisation et vice-pr&#233;sidente d'Attac-France) lutte contre &#8220; l'&#233;conomie de march&#233; d&#233;brid&#233;e &#8221; et se bat pour &#8220; une mondialisation (et un monde) alternative &#8221;. Dans ce but, &#8220; il faut freiner, changer, voire abolir les institutions internationales qui font la loi sans mandat citoyen. Il faut trouver les moyens de contr&#244;ler les entreprises transnationales industrielles et financi&#232;res, il faut construire de la d&#233;mocratie au niveau international comme ceux qui nous ont pr&#233;c&#233;d&#233;s l'ont fait au niveau national. &#8221;. Coment lutter et s'organiser pour y parvenir ? &#8220; Si nous gagnons contre le n&#233;o lib&#233;ralisme, ce sera parce que les coalitions nationales sont fortes, c'est-&#224;-dire incorporent le maximum de forces politiques (...). C'est seulement apr&#232;s avoir consolid&#233; ces coalitions nationales que l'on peut internationaliser les luttes. &#8221;. Il s'agit &#8220; d'obliger notre gouvernement &#224; se comporter en gouvernement, &#224; ne pas se coucher devant les forces de la mondialisation. &#8221; Susan George pr&#233;cise que ce projet politique, ce &#8220; n'est pas du tout la m&#234;me chose que d'&#234;tre &#8220; souverainiste &#8221;, en tout cas pas &#224; gauche. La France a aussi une longue tradition d'internationalisme et de solidarit&#233;. &#8221; (&#8220; L'universit&#233; syndicaliste &#8221;, septembre 2000, revue du Snes). Susan George n'est pas &#8220; souverainiste &#8221;, elle est seulement pour un vrai gouvernement national face aux forces d&#233;brid&#233;es (j'aime bien les &#8220; forces d&#233;brid&#233;es &#8221;) de la mondialisation, mais alors ce &#8220; vrai gouvernement &#8221;, en l'absence d'abolition du capitalisme (ce qui n'est pas le propos de Susan George ni d'aucun gouvernement), soit organise l'autarcie, soit se lance dans la concurrence et l'affrontemant &#8220; d&#233;brid&#233;s &#8221; avec les autres &#8220; vrais gouvernements &#8221;. Si vous n'abolissez pas le capitalisme, vous ne pouvez abolir la concurrence. Quant &#224; la tradition internationaliste de la France, ce fut celle du prol&#233;tariat fran&#231;ais &#224; certains moments de son histoire (en 1848, pendant la Commune, pour de petits groupes r&#233;volutionaires en 1916 et pendant la guerre d'Espagne...), celui de La France : c'est le colonialisme ; l'Alsace-Lorraine ; les &#8220; arnaques &#8221; et les magouilles de Jaur&#232;s et L&#233;on Blum ; &#8220; A chacun son boche ! &#8221; ; et les &#8220; french doctors &#8221; suppl&#233;tifs de sa diplomatie. Si comme le disait Jaur&#232;s : &#8220; un peu d'internationalisme &#233;loigne de la nation, beaucoup y ram&#232;ne &#8221;, ces gens l&#224; doivent &#234;tre tr&#232;s internationalistes. C'est avec de tels internationalistes de gouvernement que toutes les fractions du d&#233;mocratisme radical d&#233;filent &#224; Prague en septembre 2000, il est vrai en ordre dispers&#233;. M&#234;me si dans la mondialisation, pour beaucoup, c'est le capitalisme que l'on pr&#233;tend critiquer, ce n'est pas parce qu'il est un rapport social de production fond&#233; sur l'exploitation mais parce qu'il nous &#233;chappe. Comme si les capitalistes avaient besoin de se cacher pour nous exploiter et, plus grave, comme si la transparence &#233;tait la fin de l'exploitation. A partir de l&#224;, la lutte contre l'exploitation n'appartient plus au prol&#233;taire mais au citoyen, et la fin du capitalisme c'est la d&#233;mocratie directe, participative etc. Les institutions internationales, &#224; Bruxelles, au FMI, &#224; la Banque Mondiale, sont tout aussi d&#233;mocratiques que les gouvernements nationaux quand ils le sont. Leurs dirigeants sont nomm&#233;s et contr&#244;l&#233;s par nos repr&#233;sentants &#233;lus, auxquels r&#233;guli&#232;rement nous donnons un &#8220; mandat citoyen &#8221; pour d&#233;fendre le capitalisme national et le faire le plus brillamment possible participer &#224; la mondialisation. L'essentiel n'est pas dans le &#8220; r&#233;formisme &#8221;, la pusillanimit&#233; et l'indigence des positions d'Attac, mais dans ce qu'elles sont r&#233;ellement : une d&#233;fense nationaliste de la reproduction de la force de travail et son corrolaire, la transformation du prol&#233;taire en citoyen.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Attac r&#233;clame la taxation &#224; 0,1% des mouvement internationaux de capitaux. La premi&#232;re r&#233;union de cette association, regroupant toutes les organisations de cette mouvance et promotionn&#233;e par le Monde Diplomatique a eu lieu &#224; La Ciotat dans les installations de la mairie PCF. Le PC est maintenant totalement partie prenante ainsi que la CGT, de cette mouvance et de cette strat&#233;gie clairement non contradictoire avec sa pr&#233;sence au gouvernement. On retrouvait les m&#234;mes dans la fondation Copernic qui se veut 'le creuset de la critique antilib&#233;rale' en faisant pi&#232;ce &#224; la fondation St. Simon et dont on jugera de la profondeur de l'analyse &#224; cette citation : 'si le lib&#233;ralisme a pris un coup sur la t&#234;te, en d&#233;cembre 1995, et dans les urnes en juin 1997, les cabinets minist&#233;riels restent investis par la pens&#233;e dominante'. Apr&#232;s la colossale finesse &#233;lectorale du 'coup dans les urnes', on va donc voir s'&#233;changer des coups dans les cabinets !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plaisanterie mise &#224; part, une question que l'on pouvait se poser apr&#232;s la crise asiaticorussolatinofinanciaroboursi&#232;re (1997) est : les &#233;tats des pays 'd&#233;velopp&#233;s', en accord avec le FMI, mettront-ils en oeuvre des politiques inspir&#233;es du Keyn&#233;sianisme, de Bretton Woods ? Les adversaires pluriels de la 'pens&#233;e unique' ont-ils le vent en poupe ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Non, la restructuration des 25 derni&#232;res ann&#233;es est un acquis, et cette crise n'existe que parce que cette restruturation a eu lieu. Les vell&#233;it&#233;s de r&#233;formes ne d&#233;boucheront, au niveau national, sur aucun &#8220; n&#233;okeyn&#233;sianisme &#8221; ou &#8220; n&#233;ofordisme &#8221;. Et, au niveau international, sur rien d'autre qu'un renforcement du F.M.I. et peut &#234;tre sur l'organisation de grandes zones r&#233;gionales ayant un r&#244;le de sas dans le cycle mondial. Ces zones n'ayant aucune autonomie v&#233;ritable de bouclage du cycle du capital, tout plus auront-elles, d'une part, un r&#244;le de relais et d'orientation incitative des flux financiers et, d'autre part, de premier niveau d'intervention en cas de krach. Il n'y aura pas de d&#233;veloppement et de structuration &#233;conomique et sociale de style 'fordiste' dans les pays asiatiques p&#233;riph&#233;riques, comme avait pu le laisser supposer les luttes de 1995 en Tha&#239;lande et de l'hiver 96-97 en Cor&#233;e du Sud. La crise confirme la Cor&#233;e comme &#233;conomie duale. La faillite des PME sans syndicalisation et la distorsion de la distribution du cr&#233;dit font porter l'essentiel du poids de la crise sur les PME, l&#224; o&#249; la syndicalisation est faible, avec ch&#244;mage sans, ou tr&#232;s faible, couverture sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une p&#233;r&#233;quation mondiale du taux de profit est toujours quelque chose en mouvement et le capital financier en est le principal vecteur. Son action supprime les entraves &#224; la p&#233;r&#233;quation interne et externe : ouverture des march&#233;s ; fin des derniers 'capitalismes d'Etat'. Cette p&#233;r&#233;quation contient par d&#233;finition la d&#233;valorisation d'une partie du capital existant. C'est, par exemple, la d&#233;valorisation et le recentrage des conglom&#233;rats sud-cor&#233;ens, leur ouverture aux capitaux &#233;trangers ou le rachat de certains par des firmes transnationales, et pas seulement par d'autres conglom&#233;rats, impos&#233;s par le FMI ; c'est, en ce qui concerne les composants &#233;lectroniques (environ 1/3 des exportations de l'Asie du sud-est) dont le prix s'effondre, la remise &#224; niveau entre capital install&#233; et valeur produite ( la valeur d'une marchandise c'est sa valeur actuelle de reproduction ).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;b ) Le d&#233;mocratisme radical : du mouvement social &#224; la politique&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En France, le dit 'mouvement social' sur lequel le P.C. avait lanc&#233;, pour les &#233;lections europ&#233;ennes (1999), l'O.P.A. 'Bouge l'Europe' a fait faux bond &#233;lectoral. La d&#233;confiture a pour cause que le d&#233;mocratisme radical qui se fait porter par les luttes, et les nomme beno&#238;tement 'mouvement social', n'a pas et ne peut pas avoir de concr&#233;tisation politique. Krivine lui-aussi rame pour 'lui offrir un d&#233;bouch&#233; politique' et avec son alli&#233;e ils n'ont pas atteint le r&#233;sultat que la candidate 'des travailleuses et des travailleurs' avait obtenu en 95 toute seule avec un discours strictement syndicaliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mouvement ouvrier et le programmatisme ne seront pas remplac&#233;s, l'alternative restera une mouvance &#233;clat&#233;e, sans cesse boulevers&#233;e, toujours naissante et renaissante et se constituant sans lendemain organisationnel ferme sur les limites des luttes de classe. Pour une exemplification de cette impossibilit&#233; on peut se reporter au livre : 'Contre l'Etat, la politique' (ed. La dispute) o&#249; Alain Bertho, du P.C., se questionne longuement sur l'impossibilit&#233; de son parti &#224; &#234;tre le cadre politique d'un mouvement social qui s'ent&#234;te selon lui &#224; rester 'anarcho-syndicaliste', c'est-&#224;-dire &#224; ne pas exister au niveau de l'Etat, m&#234;me pour &#234;tre contre, ce qui n'emp&#234;che pas l'auteur de promouvoir une 'R&#233;volution d&#233;mocratique permanente'. Qualifier cette r&#233;volution de permanente permet d'&#233;crire tout de m&#234;me 'r&#233;volution' quand on sait pertinemment que son contenu n'est m&#234;me plus le r&#233;formisme le plus banal et que la 'r&#233;volution' est renvoy&#233;e aux calandes grecques. Les partis communistes n'ont jamais &#233;t&#233; r&#233;volutionnaires (m&#234;me dans la structure et le contenu de l'ancien cycle de luttes), l&#224; n'est pas la question. Ce qui est maintenant &#224; voir c'est que, dans la formalisation des limites actuelles de ce cycle, toute id&#233;e et tactique de 'rupture' disparaissent, quel que soit le nom de bapt&#234;me de cette 'rupture'. Comme nous le montre par exemple, le rapport des deux d&#233;put&#233;s mandat&#233;s par le groupe PC de l'Assembl&#233;e Nationale pour &#233;tudier la question de 'l'&#233;pargne salariale'. Ils proposent de l'instaurer car elle serait un 'nouveau droit' permettant aux salari&#233;s et aux syndicats d'intervenir 'dans la gestion directe et dans le choix strat&#233;gique des entreprises', ce qui permettrait 'un peu plus, un peu mieux au monde du travail de remplir sa vocation critique et citoyenne au sein de la soci&#233;t&#233;' et 'd'&#233;tendre le champ de vision et de cr&#233;ativit&#233; de l'entreprise, pour mieux garantir son d&#233;veloppement et son futur'. ('Le Monde', 18 / 2 / 00). Avec le 30&#232;me congr&#232;s du PC (Martigues), on assiste &#224; la formation d'une organisation regroupant deux branches, d'une part, une association de d&#233;fense des &#233;lus locaux afin de pr&#233;server une base &#233;lectorale n&#233;cessaire &#224; toute participation gouvernementale et, d'autre part, une constellation de structures ouvertes tentant de r&#233;aliser le fameux d&#233;bouch&#233; politique &#224; cet 'anarcho' de 'mouvement social'.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Frustr&#233; par l'impossibilit&#233; pour le d&#233;mocratisme radical d'avoir un d&#233;bouch&#233; politique, l'un de ses chantres officiels, Ignacio Ramonet, &#233;ditorialiste du Monde Diplomatique , s'est trouv&#233; un nouvel h&#233;ros : Chavez ! ('Monde Diplomatique', oct 99). Il passe ainsi du masque de Marcos ( qui avait quand m&#234;me plus de gueule ) &#224; la poitrine m&#233;daill&#233;e d'un caudillo populiste dans la lign&#233;e de Peron. Le 'petit monde' du Diplo et d'ATTAC a trouv&#233; son nouveau Lider Maximo. Il faut se souvenir que ce soldat du peuple a lu 'L'horreur &#233;conomique' et que son auteur, Vivianne Forrester, &#233;tait &#224; une conf&#233;rence de presse de cet initiateur d'une 'R&#233;volution d&#233;mocratique' et 'anti-lib&#233;rale' qui veut : 'rechercher le point d'&#233;quilibre entre le march&#233;, l'Etat et la soci&#233;t&#233;'.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;c ) Les aventures de Bernard Thibault&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand Bernard Thibault, secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral de la CGT issu des gr&#232;ves de novembre 95, dans un article-manifeste intitul&#233; 'Pour une conception neuve de la repr&#233;sentation syndicale ('Le Monde', 10 septembre 1999), trace la ligne g&#233;n&#233;rale pour la p&#233;riode post-chute-du-mur / restructuration, celle du 'mouvement social' et de la gauche plurielle, il &#233;carte toute allusion &#224; une exploitation qui servait nagu&#232;re &#224; fonder le programme d'&#233;tatisation de l'&#233;conomie, au profit de la 'domination' et de 'l'iniquit&#233;'. L'action de la CGT se situe dans : 'le cadre d'un rapport social fondamentalement in&#233;galitaire totalement d&#233;cal&#233; par rapport &#224; ce que chacun dehors place commun&#233;ment sous le concept de d&#233;mocratie.' Vis-&#224;-vis de cette situation il pose logiquement : '&#234;tre syndiqu&#233; c'est aussi et d'abord &#234;tre citoyen.'. Il d&#233;nonce le licenciement de 13 521 repr&#233;sentants du personnel en 1997 pour montrer que l'entreprise est hors de la d&#233;mocratie : 'lorsqu'on passe la porte du bureau ou de l'atelier on s'en remet &#224; des institutions o&#249; on se soumet &#224; des forces sur lesquelles on n'a pas de v&#233;ritable prise.', et les strat&#233;gies mondiales du capital sont bien s&#251;r au premier plan. Les salari&#233;s n'ont toujours pas des droits et des moyens pour que l'orientation des politiques &#233;conomiques prenne v&#233;ritablement en compte leurs int&#233;r&#234;ts. '. B. Thibault exprime donc tr&#232;s clairement une revendication d'entreprise citoyenne, petite r&#233;publique dans laquelle les salari&#233;s seraient des citoyens pesant sur les conditions de travail et les orientations &#233;conomiques. Toutefois il ne se hasarde pas sur le terrain de l'autogestion, vieille lune post 68, car son but est en fait un repositionnement proprement syndical , l'av&#232;nement d'un syndicalisme citoyen.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une contre-r&#233;volution chasse l'autre, l'identit&#233; ouvri&#232;re nationale c&#232;de la place au citoyen. Apr&#232;s avoir abandonn&#233; la r&#233;f&#233;rence &#224; l'autonomie de la classe ouvri&#232;re (congr&#232;s de 95) pour la condamnation des 'ma&#238;tres du monde', il s'agit de se doter d'un nouveau corps de doctrines face aux 'enclumes' arch&#233;o staliniennes qui forment une bonne part des cadres interm&#233;diaires de l'organisation : ' la rafale d'op&#233;rations de concentrations industrielles et financi&#232;res &#224; laquelle nous assistons vient une fois de plus t&#233;moigner de cette r&#233;alit&#233; avec un cynisme &#233;clatant.'. La survie de la CGT passe par l&#224; et elle l'am&#232;ne &#224; se pr&#233;senter comme une sorte de parti syndical dans l'entreprise - r&#233;publique. Cette orientation est aussi la concr&#233;tisation d'objectifs encore plus terre &#224; terre que celle de la marginalisation des cadres d&#233;pass&#233;s, il s'agit du partage du g&#226;teau de la repr&#233;sentativit&#233; avec la CFDT mettant &#224; l'&#233;cart FO et la CGC et trouvant des accommodements locaux avec SUD et l'UNSA. 'Tout le monde s'est mis &#224; croire que l'efficacit&#233; syndicale pouvait s'alimenter au mythe de l'avant-garde &#233;clair&#233;e'. La CGT se met ainsi volontairement au premier rang des fautifs pour mieux enfoncer le clou : ' Il n'est pas impossible que certaines attitudes de la CGT aient contribu&#233; &#224; son corps d&#233;fendant &#224; renforcer ce que nous voulions &#233;viter : la d&#233;l&#233;gation de pouvoir a favoris&#233; des pratiques manoeuvri&#232;res au sommet.'. Pour parvenir &#224; ce but (reformuler la notion de repr&#233;sentativit&#233; et parvenir &#224; un syndicalisme de concertation) la d&#233;mocratie trouve l&#224; son utilit&#233;. Elle en est le meilleur moyen et la CGT n'en a pas peur : il faut que 'La mise en d&#233;bat permette &#224; chacun de se forger une opinion et de la faire conna&#238;tre et que ce soient les organisations syndicales et elles seules qui en aient les responsabilit&#233;s et les moyens (...) cela fonde sans ambigu&#239;t&#233; la place que doit tenir chaque organisation syndicale, cela fournit une base &#224; la l&#233;gitimit&#233;.'&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'abandon de toute r&#233;f&#233;rence &#224; un changement de l'organisation du capital vers un 'capitalisme d'Etat' entra&#238;ne la n&#233;cessite d'&#233;terniser ouvertement le capital, puisque l'autre version &#233;tait cens&#233;e en &#234;tre l'abolition, abandon qui implique de s'orienter vers la d&#233;nonciation de ses exc&#232;s, le lib&#233;ralisme et la domination non d&#233;mocratique. C'est le discours justificateur de l'&#233;tablissement d'un condominium de longue dur&#233;e sur la repr&#233;sentation salariale prenant la rel&#232;ve de la tripartition des Trente glorieuses et de la phase de crise, fond&#233;e sur une reconnaissance 'id&#233;ologique' des traditions ouvri&#232;res, communiste, socialiste et chr&#233;tienne. Ce qui est ent&#233;rin&#233; par l&#224;, c'est la disparition de l'identit&#233; ouvri&#232;re, disparition reconnue en tant que telle dans un remarquable article, 'Des ouvriers sans classe' ('Le Monde Diplomatique', janvier 2000), par St&#233;phane Beaud et Michel Pialoux, auteurs de 'Retour sur la condition ouvri&#232;re, Enqu&#234;te aux usines Peugeot de Sochaux-Montb&#233;liard' (Fayard, 1999).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce condominium permettra de fructueuses n&#233;gociations sans surench&#232;res en m&#234;me temps qu'une ouverture aux militants du d&#233;mocratisme radical gr&#226;ce &#224; la reprise de ses th&#232;mes les plus digestes. Ces th&#232;mes sont la d&#233;clinaison de la d&#233;mocratie, l'ind&#233;pendance des luttes d'avec la 'politique politicienne' mais pas 'du politique', le d&#233;bat permanent, la d&#233;l&#233;gation sous contr&#244;le, le devenir social des luttes sectorielles comme 'r&#233;volution permanente', c'est-&#224;-dire proc&#232;s d'humanisation du capital.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le refus de la CGT d'appeler &#224; la manifestation du PCF du 16 octobre 1999 est dans cette logique, en laissant ses syndiqu&#233;s ( &#224; commencer par B.Thibault) se d&#233;terminer 'en tant que citoyens'. Tout est tr&#232;s coh&#233;rent. Elle doit appara&#238;tre aux salari&#233;s-citoyens comme la plus repr&#233;sentative (elle est pr&#234;te &#224; le prouver dans les urnes, regrettant que les seules &#233;lections sous contr&#244;le public soient celles pour les prud'hommes) et comme ind&#233;pendante du gouvernement et de tout parti de gouvernement pour pouvoir &#234;tre partenaire &#224; part enti&#232;re de ce m&#234;me gouvernement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La CGT tente de tenir les deux bouts de l'omelette : la critique d&#233;mocratique-radicale de l'h&#233;g&#233;monie sur la repr&#233;sentation et le partage tranquille de cette h&#233;g&#233;monie gr&#226;ce &#224; sa mise au vote sous son contr&#244;le. Les pauvres trotskistes ont bonne mine &#224; servir de caution de gauche au PC quand la CGT s'y refuse ! En Espagne &#233;galement, les syndicats, y compris les Commissions Ouvri&#232;res, s'&#233;loignent d'une alliance avec les partis de gauche. Il faut exister dans de bonnes relations avec le patronat. C'est la seule existence de la classe ouvri&#232;re qui puisse &#234;tre reconnue et reproduite (cf.'Le Monde - supl&#233;ment &#233;conomie -' , 7/3/00).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La manifestation 'pour l'emploi' organis&#233;e le 16 octobre 1999 par le PC n'a pas &#233;t&#233; l'&#233;chec que beaucoup pronostiquaient. Elle a r&#233;ussi, selon ses organisateurs, &#224; r&#233;unir plus de travailleurs que celle du M&#233;def avait r&#233;uni de patrons. Nous savons maintenant qu'il y a en France plus de salari&#233;s que de patrons. Blague &#224; part, la r&#233;ussite de cette mobilisation montre comment le d&#233;mocratisme radical, sans les d&#233;tourner, roule sur les limites des luttes. Une manifestation pour l'emploi c'est toujours une manifestation pour la condition ouvri&#232;re, mais elle peut de fa&#231;on proclamatoire opposer celle-ci au capitalisme. Ce n'est plus le cas. De son c&#244;t&#233;, la p&#233;tition 'Pour l'autonomie du mouvement social' concoct&#233;e par l'anarcho-syndicalisme qui d&#233;sole Bertho (voir paragraphe pr&#233;c&#233;dent), la CNT, l'EE. la CGT-correcteurs, les militants d''Alternative libertaire' de SUD, du DAL et de Droit Devant, n'a pas r&#233;ussi. Mais cette manif &#224; laquelle AC ! participait &#224; moiti&#233; (mi chauss&#233;e-mi trottoir) a tellement eu pour sens d'autoriser le vote des 35 heures par le PC que la p&#233;tition (sign&#233;e par Bourdieu), malgr&#233; son &#233;chec initial, a quelques possibilit&#233;s d'alimenter la d&#233;nonciation d'un d&#233;tournement politicien pro-gouvernemental. D&#233;nonciation pouvant esp&#233;rer un bon accueil aupr&#232;s de beaucoup de manifestants flou&#233;s. La critique au sein du d&#233;mocratisme radical de la frange la plus ouvertement contre-r&#233;volutionnaire par la frange qui se proclame la plus radicale a de l'avenir, m&#234;me si elle ne peut pas capitaliser son &#233;cho.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;d ) Jos&#233; Bov&#233;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si nous avons vu en Yougoslavie se constituer des unions sacr&#233;es et en Equateur de subtiles alliances, c'est-&#224;-dire des front nationalistes pour et dans la guerre imm&#233;diate ou la 'guerre civile', nous avons aussi eu sous le nez, dans la 'douce France', et en 'temps r&#233;el', la formation d'une unit&#233; nationale anti-am&#233;ricaine allant de la CNT &#224; M&#233;gret. Ce front s'est constitu&#233; &#224; la vitesse-lumi&#232;re contre la 'MacDomination' et la 'mondialisation ultra-lib&#233;rale'&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jos&#233; Bov&#233; saint et martyr gardez nous des droits de douane sur le roquefort et le foie gras ! Certes le caract&#232;re farce porte &#224; ricaner b&#234;tement ; c'est tout de m&#234;me vraiment une union nationale que nous avons eue. Mais le nationalisme a sa propre logique et la farce devient atroce quand une bande d'abrutis, idol&#226;tres de l'Etat et de la libert&#233; des peuples (breton et autres), passe du 'd&#233;montage' au plasticage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand la critique du rapport de production qu'est le capital devient la critique, m&#234;me g&#233;n&#233;rale, des multinationales 'qui nous d&#233;poss&#232;dent de la ma&#238;trise de notre vie, de notre espace, de notre &#233;conomie', elle d&#233;bouche sur l'union interclassiste. Elle se r&#233;alise contre &#8220; la dictature des multinationales am&#233;ricaines &#8221;, nos propres multinationales ne devenant plus qu'une cinqui&#232;me colonne. Cette union se fait pour la d&#233;fense face &#224; une agression ext&#233;rieure : agression de forces gigantesques et fondamentalement immorales qui m&#233;prisent les peuples et les travailleurs. Les arguments peuvent se conjuguer &#224; l'infini et peu importe la coh&#233;rence de leur coexistence : contre la mal-bouffe, contre la s&#233;duction des enfants et 'l'esclavagisme' de Macdo, contre les esp&#232;ces transg&#233;niques, pour la d&#233;fense des petits paysans et de l'agriculture fran&#231;aise, la d&#233;fense des terroirs, bref tout est bon : arguments conservateurs et Keyn&#233;siens, moraux et &#233;conomiques, romantiques et financiers, nostalgiques (gardarem...) et modernistes, pour une agriculture bio non polluante, environnementaliste. La cerise 'radicale' sur le g&#226;teau c'est la d&#233;fense des salari&#233;s hyper-flexibles et interdits de syndicat de Macdo, qui deviennent dans l'op&#233;ration de pauvres victimes secourues par les rudes bergers du causse. Bien s&#251;r, cela ne nous enverra pas sur le Chemin des dames, mais on voit comment des luttes ( et m&#234;mes des luttes ouvri&#232;res rappelons nous du 'produisons fran&#231;ais' du PC, au d&#233;but des ann&#233;es 80, auquel le Front National avait logiquement rajout&#233; 'avec des Fran&#231;ais') qui se construisent n&#233;cessairement dans la reproduction du capital peuvent d&#233;boucher sur l'union nationale. Jos&#233; Bov&#233; &#233;tait l'invit&#233;-vedette de la f&#234;te de l'Huma en 99 et du meeting des anti-O.M.C (CCCOMC : Coordination pour le contr&#244;le citoyen de l'OMC) &#224; la bourse du travail de Paris. A la f&#234;te de l'Huma. en 2000, Robert Hue a certainement d&#233;croch&#233; la palme de la bouffonerie en d&#233;clarant au m&#234;me Bov&#233;, toujours pr&#233;sent, &#8220; S'il y avait un Mac'Do. &#224; la f&#234;te de l'Huma. nous irions le d&#233;manteler ensemble &#8221;, parions que l'ann&#233;e prochaine il en fait installer un. ATTAC, SUD, DAL, FSU, CGT-finance et maintenant bien s&#251;r la Conf&#233;d&#233;ration Paysanne forment la classique brochette &#224; laquelle le d&#233;put&#233; Vert Yves Cochet affirme ' les Verts sont avec vous depuis le d&#233;but', ce qui doit aller droit au coeur de la Conf&#233;d&#233;ration Paysanne puisque celle-ci s'appr&#234;te &#224; avoir, dans le cadre de la r&#233;forme de la PAC, une bonne part de la cogestion des budgets agricoles jusqu'ici monopolis&#233;s par la FNSEA pour les producteurs de 'p&#233;trole vert' du quart Nord-Ouest de la France. Pour confirmer tout cela, &#8220; Le Monde &#8221; du 17/11/99 publie une interview de Bov&#233; et Abitbol (le concepteur de la campagne de Chirac et maintenant du 'souverainisme' de Pasqua) qui tombent d'accord sur la d&#233;fense de l'agriculture fran&#231;aise contre l'OMC.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;7 ) Le d&#233;mocratisme radical est un mouvement mondial.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant quelques courtes ann&#233;es, on a pu se demander si le d&#233;mocratisme radical n'&#233;tait pas une construction franco-fran&#231;aise. L'opposition au sommet de l'OMC &#224; Seattle (d&#233;cembre 99) a &#233;t&#233; la confirmation de ce mouvement comme un mouvement mondial ayant ses bases dans les &#233;volutions les plus r&#233;centes du capitalisme et appel&#233; &#224; &#234;tre un acteur d&#233;terminant des luttes de classes &#224; venir. Une organisation aussi traditionnelle que l'AFL-CIO ne s'y est pas tromp&#233;e en fournissant l'&#233;norme couverture logistique, tant mat&#233;rielle que sur l'internet, n&#233;cessaire &#224; un tel rassemblement. Les th&#232;mes que jusqu'ici on ne pouvait relever que dans des mouvements 'marginaux' (mais socialement d&#233;terminants) et des publications plus ou moins restreintes ont acquis une r&#233;sonnance mondiale. Le d&#233;mocratisme radical est devenu l'opposition interne au capital restructur&#233; et ses th&#232;mes sont reconnus comme ceux dans lesquels doit maintenant s'exprimer la 'critique' du capitalisme. A propos de 'l'&#233;chec de la conf&#233;rence de Seattle', le tr&#232;s officiel 'Bilan du Monde, ann&#233;e 2000' &#233;crit : 'Parions qu'&#224; moyen terme ces 'nouveaux acteurs' d'un jeu &#233;conomique global ne seront plus cantonn&#233;s &#224; l'ext&#233;rieur des grandes enceintes internationales, mais finiront par obtenir voix consultative et &#234;tre int&#233;gr&#233;s dans un processus de pr&#233;paration plus long et plus large.' (p. 12). Le 'moyen terme' &#233;tant de plus en plus court, imm&#233;diatement apr&#232;s Seattle, Jos&#233; Bov&#233; a re&#231;u sa carte d'accr&#233;ditation pour le sommet des 'd&#233;cideurs globaux' de Davos. Invitation refus&#233;e aux motifs qu'il s'agit d'un 'pi&#232;ge', qu'il faut 'refuser toute collusion avec cette fa&#231;on (soulign&#233; par nous) d'organiser le d&#233;bat' ('Lib&#233;ration 29/1/00). Les 'multinationales ne comprennent que les rapports de forces'. Il faut imposer un 'contr&#244;le citoyen' aux puissances &#233;conomiques qui pr&#233;tendent tout r&#233;genter, et lutter pour changer l'action des Etats qui 'ne sont plus que des cautions du syst&#232;me'. Ainsi, &#224; propos de la lutte contre l'OMC ('construction politique cr&#233;&#233;e par des gouvernements, a priori l&#233;gitime, qui devient autonome et ne fonctionne plus que pour et sur elle-m&#234;me'), Bov&#233; et ses camarades, exprimant les aspirations de la majorit&#233; du d&#233;mocratisme radical mondial, se montrent &#234;tre des opposants constructifs. Ils proposent d' 'instituer une Cour internationale du commerce, avec des juges ind&#233;pendants' : 'Le droit comme rempart du march&#233; avec un contre-pouvoir juridique'. ('T&#233;l&#233;rama', 9/2/00, pour toutes les citations).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La mobilisation autour (contre) la 10&#232;me session de la CNUCED (f&#233;vrier 2000), &#224; Bangkok, a confirm&#233; elle aussi l'existence mondiale du d&#233;mocratisme radical. Beaucoup des ONG (appellation maintenant donn&#233;e &#224; toute association non politique ou syndicale ayant des objectifs d'intervention sociale) mobilis&#233;es pour une meilleure prise en compte et un autre d&#233;veloppement, humain et durable, des pays 'en voie de d&#233;veloppement' ont exprim&#233; des critiques et des revendications participant largement de la mouvance, la plus mod&#233;r&#233;e, d&#233;mocrate radicale. Cette mobilisation a aussi montr&#233;, mieux qu'&#224; Seattle, l'importance du d&#233;mocratisme radical dans le 'Tiers-monde' et son travail de formalisation des limites des luttes de classes en luttes sociales 'locales confront&#233;es &#224; la mondialisation', ainsi que son articulation avec celui des 'pays d&#233;velopp&#233;s' (ex : Via Campesina, 250 000 membres dans 60 pays - dont la Conf&#233;d&#233;ration paysanne en France - n&#233;e dans le sillage du mouvement br&#233;silien des 'Sans Terre'). Comme partout ailleurs, ce d&#233;mocratisme radical exprime les limites des luttes et l'impossibilit&#233; actuelle &#224; formaliser &#224; partir d'elles un d&#233;passement du capitalisme qui ne soit pas l'am&#233;nagement du capitalisme. Plus aucune classe ne peut produire &#224; partir de ce qu'elle est imm&#233;diatement dans le mode de production capitaliste un d&#233;passement du capitalisme. En l'occurence, ces luttes deviennent alors, dans leur mise en forme par le d&#233;mocratisme radical, des luttes nationales : 'Notre position sur la r&#233;forme agraire, le gouvernement la conna&#238;t depuis longtemps. Aujourd'hui, il nous incombe, ne serait-ce que pour pr&#233;server le gagne-pain de nos agriculteurs, d'&#233;laborer dans l'urgence un projet &#233;conomique alternatif pour combattre la subordination du pays aux int&#233;r&#234;ts du capital international', mart&#232;le Joao Pedro Stedile, l'un des leaders nationaux du MST (Mouvement des Sans Terre), dans ses derni&#232;res d&#233;clarations &#224; la presse.' ('Le Monde', 9/10/99). Dans un ouvrage r&#233;cent (Jacky Picard, 'Amazonie br&#233;silienne : les marchands de r&#234;ves. / Occupations de terres, rapports sociaux et d&#233;veloppement', Ed. L'Harmattan, 1999), c'est la relation sociale m&#234;me entre les repr&#233;sentants des ONG et les paysans qui, d'apr&#232;s le compte rendu qui en est fait dans 'Le Monde Diplomatique' de d&#233;cembre 99, para&#238;t devenir conflictuelle : 'La question agraire constitue toujours l'un des principaux d&#233;fis de l'Am&#233;rique latine et les occupations collectives de terres au Br&#233;sil suscitent, &#224; juste titre, un immense espoir. Pourtant, loin de co&#239;ncider avec les 'discours apolog&#233;tiques' des forces progressistes br&#233;siliennes ou avec les propos des occupants, l'&#233;tude sur le terrain rel&#232;ve la formation d'une domination qui 'reproduit les mod&#232;les anciens' dans ses grandes lignes. Men&#233;e de 1991 &#224; 1994 dans la r&#233;gion de Maraba (Etat du Para), cette enqu&#234;te pointe l'apparition de 'nouveaux patrons' dont le statut reste singuli&#232;rement pr&#233;caire. Qu'il s'agisse de leaders d'occupation, des petits commer&#231;ants et parfois m&#234;me de syndicalistes - figures dont le r&#244;le est par ailleurs ind&#233;niable du fait de l'isolement g&#233;ographique, de l'analphab&#233;tisme et de la pauvret&#233; des nouveaux arrivants -, ces interm&#233;diaires cherchent tous &#224; s'assurer une situation de monopole dans un march&#233; devenu captif. Mais, s'il s'agit bien l&#224; d'un processus &#233;conomique, celui-ci repose &#224; son tour sur des m&#233;canismes symboliques qui font du petit producteur un 'oblig&#233;'. Rendu n&#233;cessaire face &#224; ce 'no man's land sociologique', un r&#233;examen des formes habituelles de domination d&#233;couvre que, ni capitalistes ni m&#234;me clint&#233;listes, c'est finalement au 'paternalisme' que s'apparentent ces pratiques'. Il va sans dire que le commentateur du 'Monde Diplomatique' conteste une vision aussi 'pessimiste' au nom d'un 'horizon de d&#233;passement de la modernit&#233; capitaliste' fond&#233; sur 'la notion de communaut&#233;' si profond&#233;ment ancr&#233;e dans l'imaginaire de ce continent...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dop&#233;s par la lutte contre l'OMC, ces 'nouveaux contestataires', '&#233;mergence d'une internationale civile' qu'on disait &#8220;&#233;gar&#233;s sur les vestiges du tiers-mondisme politique&#8221; se veulent 'basistes et populaires (...), s'affranchissent des structures traditionnelles (...), s'affichent moins id&#233;ologiques et plus pragmatiques.' ('Lib&#233;ration', 19 et 20/2/00 : &#224; propos de la r&#233;union de la CNUCED). Cette mobilisation a montr&#233;, l&#224; encore, la lutte de cette opposition interne au capital restructur&#233; pour &#234;tre int&#233;gr&#233;e, avec son expertise, ses contre-propositions, ses projets alternatifs, comme partenaires conflictuels des Etats, des multinationales et des organisations internationales (CNUCED, OMC, FMI, etc.). Pour le moment (?), chez ces derni&#232;res, la tendance est &#224; la consultation, sans faire encore des moins radicaux des partenaires responsables (cf. la position de Supachai Panitchpakdi, pr&#233;sident de la 10&#232;me CNUCED et prochain directeur de l'OMC, pour qui 'il est exclu que les ONG prennent part aux d&#233;cisions' car leur r&#244;le doit se limiter '&#224; &#233;mettre des propositions' - 'Marianne', 21/2/00 - ).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis quelques ann&#233;es, un vaste et prot&#233;iforme mouvement / r&#233;seau d&#233;mocratique radical mondial s'est constitu&#233;, qui continue de s'&#233;tendre, de se renforcer et de se structurer. Ce processus est scand&#233; et cristallis&#233; par quelques grands moments de &#8220;luttes &#8221;, tel que Seattle. La r&#233;union, fin janvier 2001, au Br&#233;sil, &#224; Porto Alegre (dont la c&#233;l&#232;bre gestion municipale en fait un des lieux saints du d&#233;mocratisme radical) du premer forum social mondial, &#8220; anti-Davos &#8221; r&#233;uni au m&#234;me moment que son adversaire, en sera probablement une nouvelle &#233;tape fondamentale. Organis&#233; par Attac Br&#233;sil, le Mouvement des sans terre, l'Abong (Association br&#233;silienne des ONG), la CUT (centrale unique des travailleurs), etc., il r&#233;unira &#8220; des milliers de syndicats, d'associations et autres mouvements populaires &#8221; venus du monde entier, ainsi que des personnalit&#233;s mondiales qui &#8220;ont une position critique par rapport &#224; l'actuel syst&#232;me &#233;conomique, m&#234;me des anciens de Davos comme (l'in&#233;narrable, nda) Jo&#235;l de Rosnay, mais aussi comme le prix nobel d'&#233;conomie Amartya Sen, Nelson Mandela,... &#8221;. D'apr&#232;s l'un de ses organisateurs, Chico Whitaker (secr&#233;taire ex&#233;cutif de la commission &#8220;Justice et paix&#8221;, commission la&#239;que de l'&#233;glise br&#233;silienne, &#233;lu &#224; deux reprises conseiller municipal de Sao Paulo avec le Parti des Travaileurs) ce forum devra r&#233;unir &#8220;tout ce que l'on a pens&#233; sur la globalisation, les esp&#233;rances concr&#232;tes pour une alternative &#224; celle-ci, la fa&#231;on m&#234;me de gouverner ou de g&#233;rer les affaires collectives &#8221;, afin de ne &#8220;pas laisser les seuls int&#233;r&#234;ts du capitalisme dominer le monde &#8221;. Il faut aussi &#8220;penser &#224; l'&#234;tre humain &#8221;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034; id='Chapitre-IV-FACE-AU-DEMOCRATISME-RADICAL'&gt;
Chapitre IV : FACE AU D&#201;MOCRATISME RADICAL&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;'En critiquant n&#233;gativement, on se donne des airs distingu&#233;s et on survole d&#233;daigneusement la chose sans y avoir p&#233;n&#233;tr&#233;, c'est-&#224;-dire sans l'avoir saisie elle-m&#234;me, sans avoir saisi ce qu'il y a de positif en elle. Certes, la critique peut &#234;tre fond&#233;e, mais il est plus facile de d&#233;couvrir les d&#233;fauts que de trouver la substance...' (Hegel, 'La raison dans l'histoire', Ed. 10 / 18, p. 99)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La principale question que pose la lutte des classes a pour objet la relation entre la contradiction actuelle du mode de production capitaliste, en tant que r&#233;sultat historique, et la r&#233;volution comme production du communisme. Actuellement, dans la mesure o&#249; il n'y a plus d'espace pour l'affirmation d'une identit&#233; ouvri&#232;re, la reproduction du capital n'est plus une limite se posant comme ext&#233;rieure aux luttes, celle que poserait un adversaire apr&#232;s sa victoire. Les limites de ce cycle de luttes, la reproduction du capital comme reproduction de la classe dans le capital, lui sont intrins&#232;ques, et fondent le d&#233;mocratisme radical. En m&#234;me temps cette d&#233;finition de la classe dans le capital est la raison d'&#234;tre de la dynamique de ce cycle de luttes et sa capacit&#233; r&#233;volutionnaire. Dans ce cycle de luttes, les conflits &#224; l'int&#233;rieur et au cours de la lutte de la classe, r&#233;pondent &#224; la logique d'une classe amen&#233;e &#224; se mettre en cause en tant que classe contre le capital, parce qu'elle n'existe que dans son rapport contradictoire au capital, dans lequel elle trouve toute sa constitution et son existence. C'est de par cette dynamique que nous sommes dans ce cycle de luttes conflictuellement embarqu&#233;s avec le d&#233;mocratisme radical. C'est-&#224;-dire du fait de l'implication entre :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;d'une part la d&#233;finition et l'existence de la classe dans le capital (que le d&#233;mocratisme radical exprime de fa&#231;on unilat&#233;rale comme une mise en conformit&#233; id&#233;ale de la classe et du capital),&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;d'autre part la remise en cause par la classe de son existence de classe de par cette structure m&#234;me de la contradiction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Travailler &#224; la production et &#224; l'affirmation d'une th&#233;orie de la r&#233;volution et du communisme signifie donc n'&#234;tre dans un rapport positif avec aucune des limites de ce cycle, ni m&#234;me avec ce cycle de luttes dans son ensemble. Par rapport positif, il ne s'agit pas d'entendre bien s&#251;r une glorification de ces limites, mais simplement la consid&#233;ration qu'elles pourraient &#234;tre modifi&#233;es, ou qu'elles ne pourraient ne pas exister. Ce cycle produit son d&#233;passement mais ce n'est actuellement qu'une abstraction th&#233;orique. C'est bien au travers de la lutte de classes de ce cycle, de ses caract&#233;ristiques et des transformations du rapport entre prol&#233;tariat et capital (ce que nous avons appel&#233; le nouveau cycle de luttes) qu'elle met en forme, que se produit le propre d&#233;passement de ce cycle. Mais la r&#233;volution est un d&#233;passement produit. Si nous qualifions ce d&#233;passement d'abstraction th&#233;orique, c'est que, dans le stade actuel de la contradiction, il n'y a rien qui soit un embryon de ce d&#233;passement, aucun &#233;l&#233;ment que l'on puisse d&#233;gager de l'ensemble de la contradiction et du cours des luttes pour dire : &#8220;voil&#224; ce sur quoi positivement nous devons nous fonder&#8221;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La th&#233;orie s'ancre dans le cycle de luttes actuel. En cela, elle n'est pas une affirmation id&#233;ologique du communisme, elle n'en est pas une promotion publicitaire, elle int&#232;gre et dit d'o&#249; elle parle du communisme. Elle se doit de d&#233;crypter ce cycle de luttes et de s'y inscrire. Lorsqu'elle montre o&#249; ce cycle conduit c'est par la critique qu'elle en effectue, en montrant que ses limites lui sont n&#233;cessaires. Elle est la critique de ce cycle comme totalit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous sommes embarqu&#233;s (qu'on le veuille ou non, la r&#233;volution communiste comme d&#233;passement de ce cycle de luttes est produite par ce cycle) avec le d&#233;mocratisme radical et en contradiction absolue avec lui. Notre propre production de la relation entre les luttes actuelles et la r&#233;volution ne peut &#234;tre maintenant qu'une abstraction th&#233;orique. En cela elle se limite bien souvent &#224; une critique des limites de ce cycle de luttes. Pour cette raison nous nous trouvons, bien que sur la base du d&#233;passement que porte ce cycle, et donc conflictuellement, en rapport avec des &#233;l&#233;ments de ce d&#233;mocratisme radical qui, de fa&#231;on interne &#224; lui, se comprennent eux-m&#234;mes en opposition &#224; son d&#233;veloppement complet comme articulation et formation d'une contre-r&#233;volution actuelle. Le d&#233;mocratisme radical est, par nature, instable. Ne pouvant fixer aucune autonomie ouvri&#232;re, le d&#233;mocratisme radical est sans cesse renvoy&#233; &#224; son v&#233;ritable devenir : ne pouvoir se r&#233;soudre que comme un mode de gestion utopique du capital, annoncer la prochaine contre-r&#233;volution se fixant pr&#233;cis&#233;ment sur cette limite (et force) du cycle de luttes actuel, c'est-&#224;-dire l'absence de formalisation sociale d'une identit&#233; ouvri&#232;re. C'est l&#224; le secret de son instabilit&#233;. La capacit&#233; m&#234;me de &#8220;critiquer&#8221; le d&#233;mocratisme radical dans son ach&#232;vement contre-r&#233;volutionnaire, tout en demeurant sur ses pr&#233;misses, n'est pas endog&#232;ne au d&#233;mocratisme radical, mais provient de la m&#234;me contradiction qui porte le d&#233;passement de ce cycle : la structure (et le contenu) de la contradiction dans laquelle le prol&#233;tariat contre le capital se remet lui-m&#234;me en cause comme classe. Cette &#8220;critique&#8221; interne n'a pas alors de dynamique propre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre production th&#233;orique est celle de ce cycle et nous l'affirmons en tant que telle. Faisant cela nous sommes confront&#233;s aux limites de ce cycle, au d&#233;mocratisme radical : dans les luttes, dans notre travail th&#233;orique (production d'une revue, &#233;criture de livres : l'auteur participe &#224; la revue 'Th&#233;orie Communiste' et &#224; la maison d'&#233;ditions 's&#233;non&#233;v&#232;ro'), dans le caract&#232;re public que de temps &#224; autre nous pouvons &#234;tre amen&#233;s &#224; lui donner (rencontres, r&#233;unions, &#233;changes particuliers...). Que nous puissions, peut-&#234;tre, nous faire comprendre, &#224; l'int&#233;rieur m&#234;me du d&#233;mocratisme radical, comme par exemple sur sa propre critique, sur le nouveau cycle de luttes, la restructuration, rel&#232;ve de la possibilit&#233; de faire le bilan du programmatisme et de parler du communisme, cela &#224; partir de ce cycle de luttes et de la restructuration, et non de la dynamique qui animerait certains secteurs du d&#233;mocratisme radical. Que certains soient plus &#224; m&#234;me de nous comprendre ne fait que confirmer l'instabilit&#233; g&#233;n&#233;rale du d&#233;mocratisme radical. A nous de nous y confronter sur cette base, en sachant que si ce cycle de luttes porte son d&#233;passement, cette confrontation est alors in&#233;vitable, et nous y sommes engag&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;volution est redevenue un sujet de pol&#233;mique. Cette lutte se m&#232;ne contre et avec l'alternativisme, pour que l'unanimisme sur la d&#233;mocratie et la construction de l'alternative dans le capitalisme, soient rompus, et non pas pour qu'il fasse autre chose, ni pour que se construise le parti du communisme. L'objet de cette lutte c'est que la contradiction existe contre cet ensemble de courants et au sein de cet ensemble, courants avec lesquels nous sommes dans la pratique embarqu&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce cycle de luttes, existent d'ores et d&#233;j&#224; des ruptures &#224; l'int&#233;rieur m&#234;me des luttes. Tout mouvement de classe trouve d'une part dans son existence de classe du mode de production capitaliste non pas son identit&#233; et sa force face au capital mais sa limite, et d'autre part porte, par l&#224;-m&#234;me, comme dynamique la remise en cause de sa propre reproduction comme classe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nos orientations dans la p&#233;riode actuelle, c'est la critique des rapports de production capitalistes restructur&#233;s, c'est donc la critique de l'alternativisme, c'est l'affirmation que le communisme n'est pas d&#233;mocratie vraie, n'est pas &#233;conomie sociale, qu'il ne r&#233;pond pas &#224; la question de comment relier les individus entre eux ; c'est l'affirmation de la rupture r&#233;volutionnaire comme incontournable. Rupture plac&#233;e dans une perspective temporelle comme crise de cette seconde phase de la subsomption r&#233;elle du travail sous le capital. Ceux qui consid&#232;reraient cela comme de l'&#233;conomisme ou de l'objectivisme ne font qu'avouer que la lutte des classes ne les int&#233;resse pas comme le proc&#232;s o&#249; r&#233;ellement se produit cette rupture th&#233;oriquement et pratiquement, mais seulement comme une succession d'&#233;v&#232;nements anecdotiques, pour eux qui connaissent d&#233;j&#224; le but.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est l'affirmation enfin que la r&#233;volution communiste est r&#233;volution prol&#233;tarienne, que c'est le prol&#233;tariat en tant que classe qui abolit les classes en produisant le communisme, qu'il trouve dans ce qu'il est contre le capital la capacit&#233; de communiser la soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment allier la pol&#233;mique avec la critique qui s'adresse &#224; l'instabilit&#233; du d&#233;mocratisme radical, pour qui cette d&#233;finition et existence du prol&#233;tariat dans le capital sont devenues l'horizon ind&#233;passable de la &#8220;lutte de classes&#8221; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pol&#233;mique doit s'exercer contre :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1&#176; : Les attaques destin&#233;es &#224; exclure du champ les positions de rupture r&#233;volutionnaire sous les pr&#233;textes les plus divers : &#233;litisme, division du front &#8220;antifasciste&#8221;, maximalisme, th&#233;oricisme, archa&#239;sme, purisme..., cela en exposant les v&#233;ritables enjeux du conflit : alternative ou r&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2&#176; : Contre les strat&#233;gies de rattachement de tout ce courant &#224; l'&#233;lectoralisme suivant la double &#233;quation :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;les &#8220;petites gauches&#8221; unies &#233;quilibrent le P.C.F&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;les &#8220;petites gauches&#8221;+ le P.C.F &#233;quilibrent le P.S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3&#176; : Contre toutes les formulations d'un capitalisme &#224; visage humain, national, travailleur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur ces axes pol&#233;miques, il est possible de s'adresser &#224; ceux pour qui l'alternative n'est pas un grignotage du mode de production capitaliste, ne subsume pas, ne r&#233;soud pas la contradiction entre les classes au fur et &#224; mesure de ses progr&#232;s, n'est pas un petit morceau de monde lib&#233;r&#233;, mais n'est que revendication de l'autonomie de la classe (vou&#233;e maintenant &#224; l'&#233;chec - ce qui ne l'emp&#234;che pas d'exister et de se renouveler -), et qui font de celle-ci leur combat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ici, la critique doit porter sur l'instabilit&#233; intrins&#232;que du d&#233;mocratisme radical :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1&#176; : Critiquer la conception du d&#233;veloppement d'une alternative au sein du mode de production capitaliste m&#234;me si elle est vue comme conflictuelle. Faire ressortir en revanche ce que cela contient de dynamique : l'exigence du pouvoir sur sa vie maintenant, ainsi que la fin de l'affirmation du travail et de l'h&#233;g&#233;monie ouvri&#232;re, l'exigence de l'individu singulier imm&#233;diatement social.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2&#176; : Affirmer : l'absolue n&#233;cessit&#233; d'une crise nouvelle du capitalisme restructur&#233; ; la n&#233;cessit&#233; d'une rupture r&#233;volutionnaire ; le caract&#232;re imm&#233;diatement mondial et communisateur de la r&#233;volution prol&#233;tarienne abolissant les classes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les deux aspects (pol&#233;mique discriminatoire et critique reprenant l'instabilit&#233;) sont ins&#233;parables mais doivent appara&#238;tre distinctement car l'adh&#233;sion &#224; la pol&#233;mique est un &#233;l&#233;ment qui doit permettre la compr&#233;hension de la critique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pol&#233;mique et la critique se soutiennent r&#233;ciproquement. La strat&#233;gie politicienne que vise la pol&#233;mique est le &#8220;d&#233;bouch&#233; politique&#8221; qui cherche &#224; se construire sur les limites de l'alternative. Cette derni&#232;re, qu'elle le veuille et le reconnaisse ou non, est la base des strat&#233;gies politiciennes et du capitalisme &#224; visage humain. Ces limites sont celles des mouvements sociaux actuels : service public, statuts, d&#233;fense d'acquis, l&#233;galisation des prol&#233;taires ill&#233;galis&#233;s, d&#233;fense de l'emploi... Ces d&#233;fenses se pr&#233;sentent comme d&#233;fense face &#224; &#8220;l'offensive n&#233;o-lib&#233;rale&#8221; et donnent du grain &#224; moudre au c&#244;t&#233; &#8220;politique&#8221; qui ne peut se mettre dans le coup que dans des temps de retour d'un certain calme social. Comme &#224; travers les m&#233;diateurs en ce qui concerne les &#8220;sans-papiers&#8221;, ce n'est pas la voix ou la lutte des prol&#233;taires ill&#233;galis&#233;s ou des ch&#244;meurs qui s'affirme contre le capitalisme, mais les n&#233;cessit&#233;s de la reproduction sociale du capital qui d&#233;limitent comme probl&#232;mes l'ill&#233;galit&#233; et le ch&#244;mage, et d&#233;finissent les termes dans lesquels &#8220;sans- papiers&#8221; ou ch&#244;meurs devront exprimer leurs luttes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'intervention c'est donc porter le fer dans la plaie, pousser &#224; la d&#233;chirure entre d&#233;mocratisme radical et rupture r&#233;volutionnaire mais aussi, dans la mesure du possible, dans le d&#233;mocratisme radical lui-m&#234;me. Le versant politicien se fonde toujours sur la forme alternative que prennent les revendications. Un exemple caricatural de ce ph&#233;nom&#232;ne, simple r&#233;v&#233;lateur id&#233;ologique, est l'adulation qui monte vers Marcos, le Castro, le Mao, qui ne veut pas prendre le pouvoir. Il est toujours en de&#231;&#224; du programme. Ne pouvant pas acc&#233;der &#224; la repr&#233;sentation de la communaut&#233; ouvri&#232;re, il passe directement &#224; la repr&#233;sentation de l'universalit&#233; de la d&#233;mocratie participative au travers de la mythification de la communaut&#233; paysanne traditionnelle. Adulation jusqu'&#224; la mascarade, puisque le culte de la personnalit&#233; est devenu celui d'un masque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avoir avec le d&#233;mocratisme radical, m&#234;me avec les rupturistes, une confrontation productive sur ses pratiques, sur ses positions, qui voudrait les faire se modifier, s'approfondir, se radicaliser, serait pousser &#224; une transcroissance des luttes, par le biais de cette &#8220;dynamique de lib&#233;ration sociale&#8221; que les rupturistes veulent faire se cristalliser et construire. Transcroissance que nous posons comme impossible : la r&#233;volution est abolition du capital, c'est-&#224;-dire du prol&#233;tariat inclus. Ce serait vouloir transmuter ce qui ne peut exister que comme un r&#233;formisme &#8220;r&#233;volutionnaire&#8221; en un impossible mouvement de la r&#233;volution communiste. Agir ainsi, serait ent&#233;riner les limites de ce cycle de luttes car de ce fait nous les consid&#233;rerions comme r&#233;formables, nous leur conf&#233;rerions une existence et une dynamique propres. Ce cycle produit son d&#233;passement et produit par l&#224; instabilit&#233; et discordances dans l'expression de ses limites. On ne consid&#232;re jamais cette instabilit&#233; et ces discordances comme un processus interne, endog&#232;ne, au d&#233;mocratisme radical, dans lesquelles nous aurions une place quelconque &#224; tenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La m&#234;me structure de la contradiction entre le prol&#233;tariat et le capital produit d'une part son d&#233;passement et, d'autre part ses limites comme d&#233;mocratisme radical. C'est par l&#224; que des individus engag&#233;s dans le d&#233;mocratisme radical peuvent cependant nous entendre, non pas &#8220;passivement&#8221;, unilat&#233;ralement, mais &#224; partir de l'&#233;volution et des contradictions que suscitent au sein du d&#233;mocratisme radical les caract&#233;ristiques actuelles du cours de la contradiction entre les classes. Le cycle actuel porte son d&#233;passement communiste de par la remise en cause par le prol&#233;tariat de son existence de classe dans le cours de sa contradiction avec le capital, ce qui est pr&#233;cis&#233;ment le secret de l'instabilit&#233; du d&#233;mocratisme radical, qui n'a jamais rien de solide sur quoi se fonder, et de sa &#8220;critique interne&#8221;. Par exemple : la &#8220;dynamique de la lib&#233;ration sociale&#8221; serait toujours &#224; port&#233;e de main mais jamais enclanch&#233;e, les &#233;l&#233;ments qui devraient la constituer se r&#233;sorbant toujours dans le r&#233;formisme alternatif. Ou, autre exemple : l'impasse de la confrontation entre les diverses fractions du d&#233;mocratisme radical, impasse car ces fractions sont indissociablement li&#233;es entre elles et se reproduisent dans cette confrontation ; enfin : le refus &#8220;radical&#8221; de la constitution du d&#233;mocratisme radical en contre-r&#233;volution, tout en acceptant ses pr&#233;misses. En r&#233;sum&#233; : l'impossible formalisation et fixation d'une identit&#233;, d'une autonomie de la classe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous ne sommes pas dans une relation critique positive ou n&#233;gative avec le d&#233;mocratisme radical, rupturiste ou non. Nous affirmons le d&#233;passement communiste du mode de production capitaliste &#224; partir de ce cycle de luttes. C'est l&#224; que nous rencontrons l'instabilit&#233; du d&#233;mocratisme radical. Si cette instabilit&#233; produit la capacit&#233; de comprendre ce que nous disons comme un moment de la propre &#233;volution de nos interlocuteurs, c'est-&#224;-dire comme une compr&#233;hension active, c'est que, comme notre propre limitation &#224; l'affirmation du d&#233;passement communiste comme abstraction th&#233;orique, cette instabilit&#233; est produite par le fait qu'il n'existe pas un mouvement positif du communisme (ou simplement d'affirmation de la classe qui pourrait &#234;tre pos&#233; comme ce mouvement vers le communisme) &#224; l'oeuvre d&#233;s aujourd'hui dans ce cycle de luttes. En cons&#233;quence nous devons comprendre que c'est de par la limite m&#234;me de ce que nous faisons, de la th&#233;orie, que nous n'&#233;chappons pas &#224; la confrontation avec le d&#233;mocratisme radical, et que ce qui d&#233;finit son instabilit&#233; (l'incapacit&#233; pour le prol&#233;tariat de formaliser la moindre existence &#8220;autonome&#8221; face au capital) d&#233;finit simultan&#233;ment notre propre espace d'existence publique l&#224; o&#249; nous pouvons &#234;tre &#233;cout&#233;s et o&#249; nous cherchons &#224; l'&#234;tre. Cet espace c'est celui que dans le d&#233;mocratisme radical cr&#233;e cette impossible formalisation d'une identit&#233; ouvri&#232;re, qui est simultan&#233;ment cela m&#234;me qui fait que ce cycle porte son d&#233;passement, et cela m&#234;me qui nous fait exister, en nous &#8220;r&#233;duisant&#8221; &#224; la th&#233;orie comme abstraction de ce d&#233;passement et critique des limites de ce cycle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La lutte de classe est th&#233;oricienne et les luttes imm&#233;diates sont r&#233;ellement productrices de th&#233;orie. Lorsque nous avons bri&#232;vement analys&#233; des luttes comme celle de d&#233;cembre 95, celle des ch&#244;meurs ou celle des sans-papiers, nous les avons consid&#233;r&#233;es comme des cas concrets o&#249; la participation n'est pas antagonique &#224; la critique, car la critique est effectu&#233;e &#224; partir de la nouveaut&#233; th&#233;orique consubstancielle &#224; ces luttes. Le courant que nous pouvons appeler communisateur existe parce que c'est la lutte de classe qui est th&#233;oricienne et cela non comme une abstraction g&#233;n&#233;rale qui ne nous avancerait pas &#224; grand chose, mais comme cours des luttes imm&#233;diates. Les luttes imm&#233;diates sont productrices de th&#233;orie si l'on se place du point de vue de l'identit&#233; de leur dynamique et de leur limite. En cons&#233;quence, il est intenable de se situer dans la posture radicale de celui qui est revenu de tout et &#224; qui on ne l'a fait pas ou dans la posture contemplative de celui pour qui les choses sont comme elles sont. Dans cette identit&#233;, ce qui est &#224; l'oeuvre c'est le processus de son d&#233;passement et la n&#233;cessit&#233; de celui-ci. Il ne s'agit pas d'opposer &#224; une lutte ce qu'elle n'est pas et ce qu'elle devrait &#234;tre, mais d'y participer ou de l'analyser sur la base de ce qu'elle est, c'est-&#224;-dire de l'identit&#233; de sa limite et de sa dynamique. Ce cycle de luttes ne nous laisse pas que la possibilit&#233; de &#8220; faire de la th&#233;orie &#8221; au sens grandiloquent de l'expression. La participation ou l'analyse de ces luttes imm&#233;diates n'est pas l'application d'une th&#233;orie pr&#233;existante. Dans ces cas concrets, on participe et on fait une analyse th&#233;orique neuve, simple, en prise directe dans la lutte en cours, parce que l'on peut critiquer cette lutte en cours sur la base m&#234;me de ce qu'elle est. Que ce soit dans les coordinations cheminotes de 86, les gr&#232;ves de d&#233;cembre 95, la lutte des sans-papiers ou celle des ch&#244;meurs, lorsqu'on se situe au niveau de l'identit&#233; de la dynamique et de la limite, on n'a aucune ext&#233;riorit&#233; par rapport &#224; cette lutte, nous sommes dans son existence m&#234;me, &#224; son point limite, la participation et la critique sont alors identiques. C'est l&#224; o&#249; les prises de positions rapides, br&#232;ves, directes, sont n&#233;cessaires parce qu'elles sont possibles. Et elles sont possibles parce que ces prises de position, ces analyses ne sont pas une application, mais la production elle-m&#234;me de th&#233;orie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est par exemple, dans la lutte des ch&#244;meurs, d&#233;fendre l'augmentation des minima sociaux, non comme &#8220; revenu garanti &#8221; ou m&#234;me comme &#8220; critique du travail&#8221; , ni bien s&#251;r comme valeur de la disponibilit&#233; de la force de travail ou comme base de la salarialisation pr&#233;caire, ne pas la d&#233;fendre pour &#234;tre &#8220; en dehors &#8221; du capital, mais parce qu'on y est dedans, parce qu'on est dans l'exploitation, c'est-&#224;-dire la d&#233;fendre parce qu'elle gangr&#232;ne le rapport salarial. Revendiquer ce rel&#232;vement, ce n'est pas proposer une autre organisation du salariat, c'est demeurer ch&#244;meurs et / ou pr&#233;caires, tout en revendiquant la reproduction de sa force de travail. L&#224; est la contradiction, l&#224; est la gangr&#232;ne. La revendication du rel&#232;vement des minima sociaux fait appara&#238;tre le ch&#244;mage comme la forme ultime du salariat (bien s&#251;r le &#8220; revenu garanti &#8221; n'est pas loin). Et alors l'enjeu g&#233;n&#233;ral de cette lutte, la red&#233;finition du salariat sur la base du ch&#244;mage et de la pr&#233;carit&#233; et la perspective d'une classe s'abolissant elle-m&#234;me (cf. le chapitre sur la lutte des ch&#244;meurs), n'est pas un discours th&#233;orique survolant le champ de bataille, mais une prise de position directe, une participation &#224; la bataille, parce que c'est la bataille elle-m&#234;me qui produit des prises de positions imm&#233;diates, simples &#224; d&#233;finir. On a alors simplement pris au s&#233;rieux (et pratiquement) l'identit&#233;, dans les luttes de ce cycle, de leur limite et de leur dynamique et cette identit&#233; comme le processus de son d&#233;passement. C'est chaque lutte qui en elle-m&#234;me produit du nouveau, remet les pendules &#224; l'heure et contient quelques &#233;nonc&#233;s qui, dans son d&#233;roulement, sont produits comme simples, brefs et directs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut consid&#233;rer pratiquement la th&#233;orie. Que nos critiques, nos positions&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;puissent &#234;tre activement comprises, int&#233;gr&#233;es, n'est pas indiff&#233;rent &#224; sa propre &#233;laboration. Il est important pour nous-m&#234;mes que l'antifascisme ne fasse pas l'unanimit&#233;, que la citoyennet&#233;, comme limite des luttes actuelles, soit critiqu&#233;e comme anti-classiste, que l'anti-lib&#233;ralisme soit vu comme abandon de l'anti-capitalisme, que le cours actuel du capital soit compris comme restructuration r&#233;alis&#233;e du rapport entre les classes, que l'ancien cycle de luttes programmatique soit d&#233;limit&#233; comme tel, que le cours du mode de production capitaliste soit analys&#233; comme contradiction entre le prol&#233;tariat et le capital, comme implication r&#233;ciproque et exploitation et non comme &#233;conomie. Ce ne sont pas des &#8220;victoires de notre th&#233;orie&#8221;, mais simplement le cours de son existence m&#234;me. Si la liaison des luttes actuelles &#224; la r&#233;volution n'est maintenant qu'une abstraction th&#233;orique, la th&#233;orie, en tant que telle, fait partie int&#233;grante, n&#233;cessaire et active de ce cycle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces &#8220; compr&#233;hensions &#8221; ne sont ni des 'victoires' ni des 'accommodements' de notre th&#233;orie, c'est son existence 'en tant que partie int&#233;grante n&#233;cessaire et active de ce cycle de luttes'. Nous sommes embarqu&#233;s avec l'instabilit&#233; et la critique interne du d&#233;mocratisme radical renvoy&#233; &#224; son incapacit&#233; &#224; formaliser une identit&#233; ouvri&#232;re, une autonomie de la classe, cela pour la raison m&#234;me qui fait que ce cycle de luttes peut porter son d&#233;passsement r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le travail critique effectu&#233; dans ce livre ne se comprend pleinement que comme partie prenante de l'&#233;mergence actuelle d'un courant communisateur. La communisation est la notion qui nomme le plus justement, &#224; partir de l'analyse critique des luttes et contradictions actuelles, l'action du prol&#233;tariat dans la r&#233;volution. Toutes les mesures r&#233;volutionnaires seront des mesures de communisation des rapports. En-de&#231;&#224; : 'il n'y a que la soci&#233;t&#233; actuelle'. L'expropriation de tous les moyens de production, de transport, de communication, de consommation, ne sont pas des mesures de 'socialisation' ou de 'collectivisation' ni m&#234;me de 'r&#233;appropriation'. Il s'agit d'embl&#233;e de communisation non pas des biens mais des rapports. En cela les biens sont uniquement expropri&#233;s, ils sont abolis comme propri&#233;t&#233;, ils ne sont plus que des &#233;l&#233;ments des rapports des individus communistes c'est-&#224;-dire imm&#233;diatement sociaux, en dehors de toute soci&#233;t&#233;. Dans la r&#233;volution, la soci&#233;t&#233; leur fait encore face comme leur ennemi, le capital qu'ils abolissent ; ils sont des communisateurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'activit&#233; critique r&#233;volutionnaire de ces derni&#232;res ann&#233;es a d&#233;gag&#233; le contenu positif de la r&#233;volution, la communisation. Elle est pos&#233;e pour ce qu'elle est directement et non par l'interm&#233;diaire de l'affirmation du prol&#233;tariat sous quelque forme que ce soit : conseils ouvriers, autogestion, ou m&#234;me l'auton&#233;gation (qui affirme l'homme dans la disparition du prol&#233;taire), point limite de l'autonomie ouvri&#232;re. M&#234;me si avoir une '&#233;tiquette' peut n'&#234;tre utile qu'&#224; un 'positionnement politique' de notre 'discours', elle peut aussi aider &#224; l'analyse. Cette notion est critique de toute logique alternativiste, elle s'oppose frontalement au capital comme action r&#233;volutionnaire et non comme 'autre' d&#233;veloppement possible formant une fourche de divergence du virtuel et du r&#233;el. Notons au passage que l'alternativisme, s'il a abandonn&#233; nombre de th&#232;mes du programmatisme comme la lib&#233;ration des forces productives et le progr&#232;s en g&#233;n&#233;ral, conserve un &#233;l&#233;ment essentiel qui est la transition, le passage progressif d'une soci&#233;t&#233; &#224; l'autre, le passage d'un mode de gestion &#224; l'autre et plus fondamentalement encore, le passage d'un mode de production &#224; l'autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La communisation est une action r&#233;volutionnaire produisant imm&#233;diatement de nouveaux rapports comme lutte contre le capital. Elle n'est en aucune fa&#231;on un &#233;tat social. Elle ne peut cr&#233;er d'enclaves, elle ne peut que l'emporter mondialement ou dispara&#238;tre totalement. Il n'y a pas de diff&#233;rence entre l'action r&#233;volutionnaire et son but, les mesures de communisation sont des mesures de lutte. Chaque mesure ne s'effectue que comme anticipation de la mesure suivante, elles n'existent que comme dynamique, cours acc&#233;l&#233;r&#233; de la r&#233;volution se r&#233;pandant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si un courant th&#233;orique 'communisateur' &#233;merge, il ne peut, sous peine de se contredire, que demeurer le fait de tout petits groupes. Petits groupes qui ne se veulent pas des organisations permanentes appel&#233;es &#224; grandir et ne peuvent se comprendre elles-m&#234;mes comme une m&#233;diation de la 'situation r&#233;volutionnaire'. Toute organisation ne peut plus maintenant que se fonder sur les limites des luttes et ne pourra que lutter d'abord sur le plan des id&#233;es, puis autrement peut-&#234;tre, contre la communisation au nom d'un r&#233;alisme que nous connaissons bien. C'est pour cela que ne peut &#234;tre maintenant d&#233;sign&#233; comme 'communiste' (guillemets car il ne s'agit que de l'appelation d'une production th&#233;orique et d'une abstraction n&#233;cessaire du mouvement pratique de la lutte de classe) que la lutte pour la communisation.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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