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	<title>Th&#233;orie Communiste</title>
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	<description>Notre &#233;poque est celle o&#249; le prol&#233;tariat, luttant en tant que classe? contre le capital, se remet lui-m&#234;me en cause et porte le d&#233;passement r&#233;volutionnaire de cette soci&#233;t&#233; par la production imm&#233;diate du communisme comme l'abolition de toutes les classes, l'imm&#233;diatet&#233; sociale de l'individu.</description>
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		<title>Th&#233;orie Communiste</title>
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		<title>68 Ann&#233;e Th&#233;orique</title>
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		<dc:subject>S&#233;rie Marseille</dc:subject>
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		<dc:subject>Communisation</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;TH&#201;ORIE COMMUNISTE &lt;br class='autobr' /&gt;
68, ann&#233;e th&#233;orique &#8230;, etc. &lt;br class='autobr' /&gt;
De l'ultragauche &#224; la th&#233;orie de la communisation &lt;br class='autobr' /&gt;
Janvier 2015 &lt;br class='autobr' /&gt;
Nous consid&#232;rerons l'ultragauche comme une chose absolument pass&#233;e. Au travers des luttes de la &#171; p&#233;riode 1968 &#187; &#233;merge par bribes, de fa&#231;on heurt&#233;e, et par des critiques successives, un nouveau paradigme th&#233;orique de la lutte de classe ? et de la distinction de genre, de la r&#233;volution et du communisme que nous qualifions comme celui de la communisation. C'est l'&#233;mergence de (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://theoriecommuniste.org/la-revue/" rel="directory"&gt;La Revue&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://theoriecommuniste.org/mot/serie-marseille" rel="tag"&gt;S&#233;rie Marseille&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://theoriecommuniste.org/mot/autonomie" rel="tag"&gt;Autonomie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://theoriecommuniste.org/mot/communisation" rel="tag"&gt;Communisation&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://theoriecommuniste.org/local/cache-vignettes/L107xH150/68anneetheorique-dce72.jpg?1769360808' class='spip_logo spip_logo_right' width='107' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;TH&#201;ORIE COMMUNISTE&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;68, ann&#233;e th&#233;orique &#8230;, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De l'ultragauche &#224; la th&#233;orie de la communisation&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Janvier 2015&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous consid&#232;rerons l'ultragauche comme une chose absolument pass&#233;e&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#192; plusieurs reprises ce texte de s'inspire plus ou moins librement de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Au travers des luttes de la &#171; p&#233;riode 1968 &#187; &#233;merge par bribes, de fa&#231;on heurt&#233;e, et par des critiques successives, un nouveau paradigme th&#233;orique de la lutte de classe&lt;sup&gt;&lt;a href='https://theoriecommuniste.org/Classes' title=&#034;D&#233;finition&#160;: Les classes ne sont ni des sommes d'individus regroup&#233;s par un int&#233;r&#234;t (&#8230;)&#034;&gt;?&lt;/a&gt;&lt;/sup&gt; et de la distinction de genre, de la r&#233;volution et du communisme que nous qualifions comme celui de la &lt;i&gt;communisation&lt;/i&gt;&lt;i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dans un premier temps, nous aborderons ce concept par touches successives (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;. C'est l'&#233;mergence de ce nouveau paradigme au travers d'un nouveau cycle de luttes et de l'accomplissement de la restructuration du capital amorc&#233;e dans les ann&#233;es 1970 qui est l'objet de cette brochure. Cette restructuration du rapport d'exploitation fut une contre-r&#233;volution qui rendit absolument et d&#233;finitivement caduque la probl&#233;matique des Gauches construite dans la vague r&#233;volutionnaire qui suivit la Premi&#232;re Guerre mondiale.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034; id='RESTRUCTURATION-ET-IDENTITE-OUVRIERE'&gt;
&lt;a id=&#034;__RefHeading___Toc6367_155729733&#034;&gt;&lt;/a&gt;
RESTRUCTURATION ET IDENTITE OUVRIERE&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La restructuration du mode de production capitaliste qui a accompagn&#233; la crise de la fin des ann&#233;es 1960 au d&#233;but des ann&#233;es 1980 a &#233;t&#233; une d&#233;faite ouvri&#232;re, la d&#233;faite de l'identit&#233; ouvri&#232;re, quelles que soient les formes sociales et politiques de son existence (des Partis Communistes &#224; l'autonomie ; de l'&#201;tat socialiste aux Conseils ouvriers)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toutes les caract&#233;ristiques du proc&#232;s de production imm&#233;diat (travail &#224; la cha&#238;ne, coop&#233;ration, production-entretien, travailleur collectif, continuit&#233; du proc&#232;s de production, sous-traitance, segmentation de la force de travail), toutes celles de la reproduction (travail, ch&#244;mage, formation, welfare, famille), toutes celles qui faisaient de la classe une d&#233;termination de la reproduction du capital lui-m&#234;me (service public, bouclage de l'accumulation sur une aire nationale, inflation glissante, &#171; partage des gains de productivit&#233; &#187;), tout ce qui posait le prol&#233;tariat en interlocuteur national socialement et politiquement, tout cela fondait une &lt;i&gt;identit&#233; ouvri&#232;re&lt;/i&gt;, confirm&#233;e &#224; l'int&#233;rieur m&#234;me de la reproduction du mode de production capitaliste, &#224; partir de laquelle se jouait le contr&#244;le sur l'ensemble de la soci&#233;t&#233; comme gestion et h&#233;g&#233;monie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette identit&#233; ouvri&#232;re qui constituait le &lt;i&gt;mouvement ouvrier&lt;/i&gt; et structurait la lutte des classes, y int&#233;grant m&#234;me la division de l'accumulation mondiale avec le &#171; socialisme r&#233;el &#187;, reposait sur &lt;i&gt;la contradiction entre d'une part la cr&#233;ation et le d&#233;veloppement d'une force de travail mise en oeuvre par le capital de fa&#231;on de plus en plus collective et sociale, et d'autre part les formes apparues comme limit&#233;es de l'appropriation par le capital de cette force de travail dans le proc&#232;s de production imm&#233;diat et dans le proc&#232;s de reproduction.&lt;/i&gt; Voil&#224; la situation conflictuelle qui se d&#233;veloppait comme identit&#233; ouvri&#232;re, qui trouvait ses marques et ses modalit&#233;s imm&#233;diates de reconnaissance (sa confirmation) dans la &#171; grande usine &#187;, dans la dichotomie entre emploi et ch&#244;mage, travail et formation, dans la soumission du proc&#232;s de travail &#224; la collection des travailleurs, dans les relations entre salaires, croissance et productivit&#233; &#224; l'int&#233;rieur d'une aire nationale, dans les repr&#233;sentations institutionnelles que tout cela implique, tant dans l'usine qu'au niveau de l'&#201;tat, et &lt;i&gt;last but non least&lt;/i&gt; dans la l&#233;gitimit&#233; et la fiert&#233; sociale et culturelle d'&#234;tre ouvrier. L'identit&#233; ouvri&#232;re &#233;tait le fondement du cycle de luttes s'&#233;tendant durant la premi&#232;re phase de la subsomption r&#233;elle du travail sous le capital, des ann&#233;es 1920 &#224; la fin des ann&#233;es 1960. Il y avait bien autopr&#233;supposition du capital, conform&#233;ment au concept de capital, mais la contradiction entre prol&#233;tariat et capital ne pouvait se situer &#224; ce niveau, en ce qu'il y avait production et confirmation &#224; l'int&#233;rieur m&#234;me de cette autopr&#233;supposition d'une identit&#233; ouvri&#232;re par laquelle se structurait, comme mouvement ouvrier, la lutte de classe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'extraction de plus-value sous son mode relatif, aussi bien au niveau du proc&#232;s de production imm&#233;diat qu'&#224; celui de la reproduction d'ensemble, est le principe de d&#233;veloppement et de mutation de la subsomption r&#233;elle. &#192; ces deux niveaux (production / reproduction) apparaissent, durant la premi&#232;re phase de la subsomption r&#233;elle, les obstacles &#224; la poursuite de l'accumulation telle que l'extraction de plus-value sous son mode relatif avait elle-m&#234;me structur&#233; cette accumulation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'agissait de tout ce qui &#233;tait devenu une entrave &#224; la fluidit&#233; de l'auto pr&#233;supposition du capital&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Le proc&#232;s de production capitaliste reproduit donc de lui&#8211;m&#234;me la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. On trouve d'une part toutes les s&#233;parations, protections, sp&#233;cifications qui se dressent face &#224; la baisse de la valeur de la force de travail, en ce qu'elles emp&#234;chent que toute la classe ouvri&#232;re, mondialement, dans la continuit&#233; de son existence, de sa reproduction et de son &#233;largissement, doive faire face en tant que telle &#224; tout le capital. On trouve d'autre part toutes les contraintes de la circulation, de la rotation, de l'accumulation, qui entravent la transformation du surproduit en plus-value et capital additionnel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec la restructuration achev&#233;e dans les ann&#233;es 1980, la production de plus-value et la reproduction des conditions de cette production co&#239;ncident. C'est la fa&#231;on dont &#233;taient architectur&#233;es d'une part l'int&#233;gration de la reproduction de la force de travail, d'autre part la transformation de la plus-value en capital additionnel et enfin l'accroissement de la plus-value sous son mode relatif dans le proc&#232;s de production imm&#233;diat, qui &#233;taient devenues des entraves &#224; la valorisation sur la base de la plus-value relative.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette non-co&#239;ncidence entre production et reproduction &#233;tait la base de la formation et confirmation dans la reproduction du capital d'une &lt;i&gt;identit&#233; ouvri&#232;re &lt;/i&gt; ; elle &#233;tait l'existence d'un hiatus entre production de plus-value et reproduction du rapport social, hiatus autorisant la concurrence entre deux h&#233;g&#233;monies, deux gestions, deux contr&#244;les de la reproduction. Elle &#233;tait la substance m&#234;me du mouvement ouvrier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ses trois d&#233;terminations d&#233;finitoires (proc&#232;s de travail, int&#233;gration de la reproduction de la force de travail, rapports entre les capitaux sur la base de la p&#233;r&#233;quation du taux de profit) l'extraction de plus-value sous son mode relatif implique la co&#239;ncidence entre production et reproduction et corollairement la coalescence entre la constitution et la reproduction du prol&#233;tariat comme classe d'une part et d'autre part sa contradiction avec le capital.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La contradiction entre le prol&#233;tariat et le capital a alors pour contenu essentiel son propre renouvellement, dans sa contradiction avec le capital qui le d&#233;finit comme classe, le prol&#233;tariat se remet lui-m&#234;me en cause. Cette restructuration comportant cette red&#233;finition de la contradiction entre le prol&#233;tariat et le capital signa la caducit&#233; du programmatisme et la d&#233;faite des luttes de la &#171; p&#233;riode 68 &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034; id='LE-PROGRAMMATISME-ET-SA-CADUCITE'&gt;
&lt;a id=&#034;__RefHeading___Toc6369_155729733&#034;&gt;&lt;/a&gt;
LE PROGRAMMATISME ET SA CADUCITE&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Dans l'&#233;lan de la gr&#232;ve de masse de mai-juin 1968 et, tandis que l'automne chaud italien de 1969 et le soul&#232;vement polonais de d&#233;cembre 1970 succ&#233;daient au printemps fran&#231;ais, que les conflits souvent violents et sans revendications se multipliaient aux &#201;tats-Unis et que toutes les instances de la reproduction de la force de travail et de la n&#233;cessit&#233; du renouvellement de son rapport au capital &#233;taient remise en cause, on pouvait penser que le r&#233;formisme ouvrier, l'emprise des partis communistes et des syndicats sur la classe, et le grand battage gauchiste n'en avaient plus pour longtemps, que toutes ces luttes encore limit&#233;es annon&#231;aient un nouvel &#171; assaut prol&#233;tarien &#187; d&#233;bouchant &#224; court terme sur la lutte finale. Mais les limites des luttes de la p&#233;riode apparaissant &#224; mesure qu'elles se d&#233;veloppaient, des questions d&#233;cisives durent &#234;tre pos&#233;es, portant &#224; la fois sur le bilan des r&#233;volutions pass&#233;es, sur l'analyse des luttes en cours, sur les perspectives de d&#233;veloppement du mode de production capitaliste, et sur la conception g&#233;n&#233;rale du communisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;De notre point de vue actuel&lt;/i&gt;, parce qu'a disparu, dans la restructuration qui a suivi cet assaut, toute affirmation du prol&#233;tariat, on peut aujourd'hui comprendre toute l'action historique du &#171; vieux mouvement ouvrier &#187; et de la &#171; p&#233;riode 68 &#187; sous le concept de &lt;i&gt;programmatisme&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De fa&#231;on g&#233;n&#233;rale, on peut dire que le programmatisme repose sur une pratique et une compr&#233;hension de la lutte des classes dans laquelle une des classes, le prol&#233;tariat, trouve, dans sa situation &#224; lib&#233;rer, les fondements de l'organisation sociale future qui devient un &lt;i&gt;programme &#224; r&#233;aliser&lt;/i&gt;. Dans la lutte des classes entre le prol&#233;tariat et le capital, le prol&#233;tariat est l'&#233;l&#233;ment positif qui fait &#233;clater la contradiction, la r&#233;volution est alors &lt;i&gt;l'affirmation du prol&#233;tariat&lt;/i&gt; : dictature du prol&#233;tariat, conseils ouvriers, lib&#233;ration du travail, p&#233;riode de transition, &#201;tat d&#233;g&#233;n&#233;rescent, autogestion g&#233;n&#233;ralis&#233;e, &#171; soci&#233;t&#233; des producteurs associ&#233;s &#187;, etc. La r&#233;solution de la contradiction est donn&#233;e comme un des termes de la contradiction. Le prol&#233;tariat est alors investi d'une &lt;i&gt;nature r&#233;volutionnaire&lt;/i&gt; qui le fait &#234;tre contradictoire au capital, et qui se module selon des conditions historiques plus ou moins &#171; m&#251;res &#187;. Le programmatisme n'est pas seulement une th&#233;orie, il est avant tout la pratique du prol&#233;tariat dans laquelle la mont&#233;e en puissance de la classe dans le mode de production capitaliste (de la social-d&#233;mocratie au Conseils ouvriers) est positivement le marchepied de la r&#233;volution et du communisme. Il est la pratique du prol&#233;tariat depuis le d&#233;but du XIXe si&#232;cle, jusqu'&#224; la fin des ann&#233;es 1960. Cependant, li&#233; de fa&#231;on essentielle &#224; la p&#233;riode de subsomption formelle du travail sous le capital, il se &#171; d&#233;compose &#187; sous la forme sp&#233;cifique de l'identit&#233; ouvri&#232;re dans la premi&#232;re phase de la subsomption r&#233;elle &#224; partir des ann&#233;es 1920.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec la subsomption formelle dont le mode absolu d'extraction de la plus-value est le fondement, la domination du capital se r&#233;sout en une contrainte au surtravail, sans que le travail lui m&#234;me soit enti&#232;rement sp&#233;cifi&#233; comme travail salari&#233;. En effet la distinction entre le travail cr&#233;ateur de valeur et le travail cr&#233;ateur de plus-value ne s'effectue pas dans le proc&#232;s de production, mais par le premier moment de l'&#233;change (l'achat-vente de la force de travail). Dans le proc&#232;s de production, l'extraction de plus-value sous un mode absolu implique que produire plus de plus-value c'est forc&#233;ment produire plus de valeur (ce qui n'est plus le cas avec l'extraction de plus-value sous son mode relatif). De plus, en subsomption formelle du travail sous le capital, le proc&#232;s de travail n'est pas un proc&#232;s de travail ad&#233;quat au capital, c'est-&#224;-dire, dans lequel l'absorption du travail vivant par le travail mort est le fait du proc&#232;s de travail lui m&#234;me (d&#233;veloppement de la machinerie ) ; les forces sociales du travail (coop&#233;ration, division du travail, science) ne sont pas objectiv&#233;es dans le capital fixe ; la reproduction de la classe n'est pas int&#233;gr&#233;e dans la reproduction sp&#233;cifique du capital (consommation, modes de vie, reproduction sociale de la force de travail). Le capital n'a pas fait sienne, dans son cycle propre, la reproduction collective et sociale des travailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le capital, dans son rapport au travail, se pose lui m&#234;me comme une puissance ext&#233;rieure. La r&#233;volution est alors, pour le prol&#233;tariat, sa propre lib&#233;ration, son affirmation. La lutte de classe a pour contenu l'affirmation du prol&#233;tariat, son &#233;rection en classe dominante, la production d'une p&#233;riode de transition, la formation d'une communaut&#233; ouvri&#232;re fond&#233;e sur le travail productif. Le prol&#233;tariat est d&#233;j&#224;, dans la contradiction qui l'oppose au capital, l'&#233;l&#233;ment positif &#224; d&#233;gager. Le prol&#233;tariat est en effet, alors, &#224; m&#234;me d'opposer au capital ce qu'il est dans le capital, c'est-&#224;-dire de lib&#233;rer de la domination capitaliste sa situation de classe des travailleurs, et de faire du travail la relation sociale entre tous les individus, leur communaut&#233;, de lib&#233;rer le travail productif, de prendre en main les moyens de production, de se lib&#233;rer de l'anarchie marchande capitaliste, de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e. Cela revient &#224; vouloir faire de la valeur, dans sa substance de travail, abstrait, un mode de production. C'est tout ce contenu l&#224;, th&#233;orique et pratique, de la lutte de classe du prol&#233;tariat que nous appelons programmatisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&lt;a id=&#034;__RefHeading___Toc6371_155729733&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Les &#233;checs r&#233;volutionnaires en h&#233;ritage&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est d'une accumulation d'exp&#233;riences toutes marqu&#233;es par l'&#233;chec des r&#233;volutions prol&#233;tariennes pass&#233;es qu'h&#233;ritaient les communistes au d&#233;but des ann&#233;es 1970. Ils h&#233;ritaient en m&#234;me temps d'un syst&#232;me de questions grav&#233; dans le m&#234;me programmatisme qui avait &#233;t&#233; l'&#226;me de ces r&#233;volutions et de leur &#233;chec.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;volution et le communisme ne sont pas des choses connues depuis l'origine du mode de production capitaliste et encore moins une tension humaine &#224; la communaut&#233;, mais une production historique de chaque cycle de luttes ayant scand&#233; l'histoire de ce mode de production et de la lutte des classes. Le communisme n'est pas une norme permettant de juger chaque phase r&#233;volutionnaire selon le degr&#233; o&#249; elle s'en serait approch&#233;e et expliquant son &#233;chec par le fait qu'elle ne l'aurait pas accomplie. La production du communisme comme d&#233;passement du capital est une production historique r&#233;elle de la seule histoire qui existe, celle du mode de production capitaliste, qui n'est rien d'autre que la contradiction entre le prol&#233;tariat et le capital. Lorsqu'&#224; partir de la restructuration du capital et de ce cycle de luttes, le communisme se pr&#233;sente comme communisation, il ne s'agit pas de croire qu'&lt;i&gt;enfin&lt;/i&gt; il se pr&#233;sente maintenant de fa&#231;on r&#233;alisable tel qu'il aurait toujours &#233;t&#233; mais irr&#233;alisable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si nous consid&#233;rons &lt;i&gt;maintenant&lt;/i&gt; que les mouvements r&#233;volutionnaires pass&#233;s ont &#233;t&#233; battus &#224; partir de ce qu'ils &#233;taient, qu'en eux se trouvait leur liaison intime avec leur contre-r&#233;volution, si nous ne refaisons pas l'histoire en supposant que ces r&#233;volutions auraient pu &#234;tre autres, pour autant nous ne consid&#233;rons en elles aucun manque, nous ne leur attribuons pas, en creux, la conscience actuelle qui est pr&#233;cis&#233;ment le r&#233;sultat de leurs &#233;checs et des contre-r&#233;volutions. Les prol&#233;taires russes de 1917, allemands de 1919, espagnols de 1936, fran&#231;ais ou italiens de 1968, ont agi en tant que tels, ils ont men&#233; les mouvements r&#233;volutionnaires ou les r&#233;voltes qui &#233;taient les leurs en toute conscience et dans toutes leurs contradictions. Aucune de leurs actions n'&#233;taient pour eux contingentes, la limite de leur mouvement leur a &#233;t&#233; impos&#233; par la contre-r&#233;volution qu'ils avaient &#224; combattre. Elle n'&#233;tait pas pour eux une limite interne &lt;i&gt;a priori&lt;/i&gt; ind&#233;passable, mais la nature m&#234;me de leur combat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le processus r&#233;volutionnaire d'affirmation de la classe est double. Il est d'une part la mont&#233;e en puissance de la classe dans le mode de production capitaliste et, d'autre part, son affirmation en tant que classe particuli&#232;re et donc la pr&#233;servation de son autonomie. Dans la n&#233;cessit&#233; de ses propres m&#233;diations (partis, syndicats, coop&#233;ratives, mutuelles, parlement...) la r&#233;volution comme affirmation autonome de la classe (existence particuli&#232;re pour elle-m&#234;me face au capital) se perd elle-m&#234;me, non comme r&#233;volution en g&#233;n&#233;ral, mais bien comme affirmation de la classe. Sa mont&#233;e en puissance se confond avec le d&#233;veloppement du capital et contredit ce qui est pourtant &lt;i&gt;son&lt;/i&gt; ach&#232;vement vis&#233; : son affirmation autonome.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cette p&#233;riode r&#233;volutionnaire de l'apr&#232;s Premi&#232;re Guerre, dont les Gauches, dans leur pratique et leur th&#233;orie sont l'expression substantielle, les prol&#233;taires se trouvent pris au pi&#232;ge de cette situation : dans son affirmation autonome, le prol&#233;tariat affronte ce qu'il est dans le capital, ce qu'il est devenu, il affronte sa propre puissance de classe &lt;i&gt;en tant que classe du mode de production capitaliste&lt;/i&gt;. La r&#233;volution comme affirmation de la classe affronte &lt;i&gt;son propre &#233;chec&lt;/i&gt; car la contre-r&#233;volution lui est intrins&#232;quement li&#233;e dans ce qui est sa raison d'&#234;tre (et non parce qu'elle serait une &#171; erreur &#187; ou quelque chose impossible de toute &#233;ternit&#233; capitaliste par rapport &#224; une norme connue, &#224; une d&#233;finition de la r&#233;volution). A partir de ce moment, les partis ouvriers deviennent le contenu de la contre-r&#233;volution au plus pr&#232;s de la r&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec le passage du capital en p&#233;riode de subsomption r&#233;elle du travail sous le capital (fin XIXe / d&#233;but XXe), la mont&#233;e en puissance de la classe, dans laquelle le travail se pose comme essence du capital, se confond avec le d&#233;veloppement m&#234;me du capital. Toutes les organisations qui formalisent cette mont&#233;e en puissance qui, dans le cadre du capitalisme, ne peut que se formaliser organisationnellement, &#224; partir de la premi&#232;re guerre mondiale, peuvent se poser en gestionnaires du capital, elles peuvent devenir en tant que telles la forme aig&#252;e de la contre-r&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;volution, dans les ann&#233;es qui suivent 1917, est toujours affirmation de la classe, Le prol&#233;tariat cherche &#224; lib&#233;rer contre le capital sa puissance sociale existante dans le capital et sur laquelle il calque son organisation et fonde sa pratique r&#233;volutionnaire. Ce qui lui conf&#232;re sa capacit&#233; &#224; promouvoir cette large affirmation qui d&#233;finit &#171; l'&#233;lan r&#233;volutionnaire &#187; de cette p&#233;riode de l'apr&#232;s Guerre devient sa limite. La sp&#233;cificit&#233; de cette p&#233;riode par rapport au programmatisme classique repr&#233;sent&#233; par la social-d&#233;mocratie d'avant 1914 dans toutes ses tendances (mais aussi l'anarchisme et le syndicalisme r&#233;volutionnaire) r&#233;side dans le fait que l'affirmation autonome de la classe contre le capital entre en contradiction avec sa mont&#233;e en puissance &#224; l'int&#233;rieur du capital, parce que cette mont&#233;e en puissance est totalement int&#233;gr&#233;e dans la reproduction du capital. Tragiquement, cette affirmation trouve sa raison d'&#234;tre, son fondement dans cette int&#233;gration. &lt;i&gt;Ce qu'est la classe dans le mode de production capitaliste est la n&#233;gation de son autonomie tout en &#233;tant la raison d'&#234;tre et la force de cette m&#234;me volont&#233; d'affirmation autonome&lt;/i&gt;. Les contre-r&#233;volutions sont prises en charge par les organisations ouvri&#232;res. L'histoire imp&#233;tueuse de l'entre-deux-guerres, de la r&#233;volution russe &#224; la guerre d&#180;Espagne, est celle de la liquidation de cette question.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que le prol&#233;tariat ne puisse et ne veuille plus rester ce qu'il est n'est pas une contradiction interne de sa nature, un donn&#233; de son &#234;tre, mais le fait de son rapport contradictoire au capital dans un mode de production toujours historiquement sp&#233;cifique. C'est le rapport de cette marchandise particuli&#232;re qu'est la force de travail au capital, en tant que rapport d'exploitation, qui est le rapport r&#233;volutionnaire. Pos&#233; ainsi, il est forc&#233;ment une histoire, celle de cette contradiction. Chaque cycle de luttes est historiquement d&#233;fini, aucun n'est le mouvement du communisme en g&#233;n&#233;ral (m&#234;me dans des conditions particuli&#232;res) qui ne fut pas pouss&#233; &#224; terme pour des raisons que l'on serait toujours incapable de produire. Dans tous les cycles de luttes jusqu'&#224; la p&#233;riode actuelle, c'est &#224; la r&#233;volution telle qu'elle existait r&#233;ellement que nous avions affaire. C'est-&#224;-dire comme affirmation du prol&#233;tariat puisant la force et le contenu de son autonomie dans sa condition m&#234;me &#224; l'int&#233;rieur du mode de production capitaliste. Les &#233;checs apparaissent alors pour ce qu'ils sont, des limites inh&#233;rentes, dans la mesure m&#234;me o&#249; la r&#233;volution implique sa contre-r&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&lt;a id=&#034;__RefHeading___Toc6373_155729733&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
La fin d'un cycle de luttes&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que nous pouvons dire maintenant de ces mouvements, nous le disons &lt;i&gt;maintenant&lt;/i&gt;, et si nous disons pourquoi ces mouvements ont &#233;t&#233; battus nous le devons aux combats tels qu'ils ont &#233;t&#233; men&#233;s et &#224; la contre-r&#233;volution qui les a &#233;cras&#233;s (les contre-r&#233;volutions sont aussi et surtout notre rapport aux r&#233;volutions pass&#233;es). &lt;i&gt;Notre analyse est un r&#233;sultat, le r&#233;sultat ne pr&#233;existait pas dans la chose&lt;/i&gt;. Pour nous, maintenant, toute l'importance de ces r&#233;volutions r&#233;side dans ce qui nous appara&#238;t comme leurs contradictions internes, dans leur impossibilit&#233; telle que produite dans les termes m&#234;mes o&#249; ces luttes existaient et &#233;taient v&#233;cues. C'est par tout ce qui pratiquement et th&#233;oriquement est pour nous maintenant l'impossibilit&#233; de la r&#233;volution programmatique que nous nous relions &#224; l'histoire des luttes pass&#233;es et &#224; la continuit&#233; de la production th&#233;orique. C'est pour cela que nous privil&#233;gions ce qui fut souvent des courants marginaux ou des opinions &#171; h&#233;r&#233;tiques &#187;, car en eux c'&#233;tait la critique &lt;i&gt;sur ses propres bases&lt;/i&gt;, inclue en elle, de la r&#233;volution comme affirmation du prol&#233;tariat et lib&#233;ration du travail qui existait et non l'existence potentielle ou embryonnaire de la r&#233;volution telle que maintenant elle se pr&#233;sente. C'est ce qui nous relie &#224; ces mouvements, ce qui en fait notre h&#233;ritage vivant. Nous ne cherchons ni des le&#231;ons, ni des anc&#234;tres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre point d'observation actuel n'est pas un absolu, mais c'est le n&#244;tre aujourd'hui, et c'est le seul que nous avons. Nous ne visons pas &#224; une appr&#233;hension &#233;ternelle du communisme parce que celle-ci n'existe pas. Bien s&#251;r, nous n'avons pas de point de vue autre que la lutte des classes de notre &#233;poque. La production th&#233;orique n'est pas un pi&#233;destal pour observer le monde ; elle est tout au plus la critique de son &#233;poque &lt;i&gt;en elle&lt;/i&gt; et une recomposition &lt;i&gt;pr&#233;sente&lt;/i&gt; de son pass&#233;. Bien s&#251;r que si dans cinquante ans la r&#233;volution n'a pas eu lieu, d'autres analyseront les limites de notre vision actuelle et reprendront une analyse globale des cycles luttes pass&#233;s &#224; partir de celui qui sera alors le leur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, tant que le combat a lieu, ce point de vue et ces luttes sont ce que nous sommes, c'est-&#224;-dire notre force qui deviendra peut-&#234;tre notre limite. Nous savons que si, dans le cycle de luttes actuel, c'est agir en tant que classe qui est la limite m&#234;me de l'activit&#233; de classe du prol&#233;tariat, rien n'est jou&#233; d'avance et que la contradiction sera rude &#224; d&#233;passer, mais nous savons aussi que, pour nous, maintenant, le communisme est l'abolition de toutes les classes et que l&#224; se trouve le d&#233;passement de ce que nous pouvons comprendre comme les limites ant&#233;rieures des luttes de classes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelles conditions faisaient d&#233;faut en 1917 en Russie, en 1918 en Allemagne, en 1936 en Espagne : les objectives ou les subjectives ? Le capitalisme avait-il trouv&#233; apr&#232;s 1945 la voie d'une accumulation sans crises, avait-il &#171; &#233;chapp&#233; &#187; aux contradictions de sa valorisation, ou &#233;tait-il entr&#233; en &#171; d&#233;cadence &#187;, c'est-&#224;-dire dans une crise finale prolong&#233;e d&#233;termin&#233;e par son incapacit&#233; &#224; d&#233;velopper les forces productives et posant l'alternative r&#233;volution prol&#233;tarienne mondiale ou destruction finale de l'humanit&#233; ? En quoi consistait enfin la nouvelle production socialiste et par quelles phases devait passer le fameux &#171; d&#233;p&#233;rissement &#187; de la valeur durant la transition au communisme ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La mont&#233;e en puissance, et surtout le changement de contenu des luttes de classes &#224; la fin des ann&#233;es 1960, ferma le cycle ouvert en 1918-1919 par la victoire de la contre-r&#233;volution en Russie et en Allemagne. Ce cours nouveau des luttes mit du m&#234;me coup en crise la th&#233;orie-programme du prol&#233;tariat et toute sa probl&#233;matique. Il ne s'agissait plus de savoir si la r&#233;volution &#233;tait l'affaire des Conseils ou du Parti. Avec la multiplication des &#233;meutes de ghetto et des gr&#232;ves sauvages, avec la r&#233;volte contre le travail et la marchandise, le retour du prol&#233;tariat sur le devant de la sc&#232;ne historique marquait paradoxalement la fin de son affirmation. &#192; l'Ouest, il n'avait plus l'air aussi d&#233;finitivement int&#233;gr&#233; que l'avaient soutenu les intellectuels modernistes. &#192; l'Est, il luttait de nouveau vigoureusement contre l'exploitation bureaucratique. Mais ni &#224; l'Ouest, ni &#224; l'Est, les prol&#233;taires ne tendaient &#224; construire le pouvoir des Conseils, qui avait &#233;t&#233; cinquante ans plus t&#244;t la forme la plus radicale et basiste de cette affirmation. La gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale sauvage de Mai 1968 en France n'avait pas produit d'organes sp&#233;cifiques de gestion ouvri&#232;re. Durant le long &#171; Mai rampant &#187; italien, les conseils d'usine et de zone, s'ils manifestaient l'auto-organisation de la classe sur ses objectifs propres - tels que la limitation des cadences, la r&#233;duction des &#233;carts cat&#233;goriels de salaire, ou l'&#233;chelle mobile - ne tendaient pas du tout &#224; s'emparer de l'appareil productif que les jeunes prol&#233;taires immigr&#233;s du Sud ne songeaient qu'&#224; fuir. Et m&#234;me la gr&#232;ve insurrectionnelle polonaise de d&#233;cembre 1970 n'avait pas une tendance gestionnaire bien nette, &#224; la diff&#233;rence de ce qui s'&#233;tait produit en 1956 en Hongrie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le prol&#233;tariat multipliait les gr&#232;ves, les sabotages, les pillages, voire fuyait les villes et le travail salari&#233; dans la &#171; vraie vie &#187; des communaut&#233;s ; il donnait ainsi &#224; sa r&#233;volte la forme d'un &#171; communisme utopique &#187;. Ce qui n'avait rien de r&#233;volutionnaire et tout de l'alternative, mais excluait en tout cas toute&lt;i&gt; affirmation&lt;/i&gt; dictatoriale de la classe et toute &lt;i&gt;transition&lt;/i&gt; au communisme, que ce soit sous la forme conseilliste ou sous la forme l&#233;niniste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, on ne pouvait plus penser le d&#233;passement du capital dans les termes d'un quelconque d&#233;p&#233;rissement de la valeur, des classes, et de l'&#201;tat. Des masses de gens comprenaient&lt;i&gt; &lt;/i&gt;intuitivement que le communisme n'&#233;tait ni une nouvelle organisation sociale ni un nouveau mode de production, mais la production de l'imm&#233;diatet&#233; des rapports entre individus singuliers, l'abolition sans transition du capital et de toutes ses classes, prol&#233;tariat inclus. Pourtant la pratique nouvelle du prol&#233;tariat dut achever de bloquer le syst&#232;me des questions du programmatisme avant qu'une v&#233;ritable rupture intervienne dans la th&#233;orie. Le d&#233;passement du programme passa donc&lt;i&gt; d'abord&lt;/i&gt; par la r&#233;affirmation de sa version radicale originelle contre les limites des r&#233;volutions prol&#233;tariennes vaincues, fix&#233;es par la contre-r&#233;volution victorieuse sous les formes du bolchevisme et du r&#233;formisme social-d&#233;mocrate. &lt;i&gt;L'Ultragauche connut une seconde jeunesse&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034; id='L-ULTRAGAUCHE-ET-SA-CONTRADICTION'&gt;
&lt;a id=&#034;__RefHeading___Toc6375_155729733&#034;&gt;&lt;/a&gt;
L'ULTRAGAUCHE ET SA CONTRADICTION&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;On peut appeler ultragauche, toute pratique, organisation, th&#233;orie, qui d&#233;finissent la r&#233;volution comme affirmation du prol&#233;tariat et simultan&#233;ment critiquent et rejettent toutes les m&#233;diations qui sont la mont&#233;e en puissance de la classe &#224; l'int&#233;rieur du mode de production capitaliste (organisations politiques, syndicalisme, parlementarisme&#8230;) par laquelle seulement peut exister cette affirmation. En cela, &lt;i&gt;l'ultragauche est une contradiction en proc&#232;s&lt;/i&gt;. Cette contradiction constitue toute la richesse et l'int&#233;r&#234;t de l'ultragauche. En poursuivant un but dont elle supprime tous les moyens rationnels et pratiques de r&#233;alisation, elle est constamment un probl&#232;me pour elle-m&#234;me. La limite sur laquelle butent sans cesse ses th&#233;oriciens est de conserver un &#234;tre r&#233;volutionnaire du prol&#233;tariat, &#234;tre v&#233;ritable qui doit se r&#233;v&#233;ler, en le s&#233;parant de la classe telle qu'elle existe dans le mode de production capitaliste. D'o&#249; la mystique de l'autonomie / auto-organisation qui doit &#234;tre la r&#233;v&#233;lation de l'&#234;tre v&#233;ritable et &lt;i&gt;toujours l&#224;&lt;/i&gt; de la classe qui va faire exploser, d&#233;passer, la fa&#231;on dont elle existe comme classe de ce mode de production&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Avec le Parti comme &#234;tre invariant de la classe que celle-ci sera contrainte (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ultragauche est l'expression d'une contradiction bien r&#233;elle. Ce qu'est la classe dans le mode de production capitaliste est devenu la n&#233;gation de son autonomie tout en &#233;tant la raison d'&#234;tre et la force de cette m&#234;me volont&#233; d'affirmation autonome. L'affirmation de la classe se heurte, dans cette phase de la subsomption r&#233;elle, &#224; sa limite intrins&#232;que : la mont&#233;e en puissance de la classe, que l'affirmation implique et qui seule l'autorise. La r&#233;volution comme affirmation de la classe se trouve prise dans cette contradiction qu'elle ne peut d&#233;passer. C'est dans ce qui constitue la r&#233;volution elle-m&#234;me, que la contre-r&#233;volution trouve sa force, et la capacit&#233; de l'abattre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pratique r&#233;volutionnaire et sa th&#233;orie persistent &#224; concevoir la r&#233;volution comme affirmation de la classe, mais ne peuvent plus se reconna&#238;tre dans aucune manifestation ou aucun mode d'existence imm&#233;diat de la classe. C'est ce que par une formule f&#233;tiche, &#171; les prol&#233;taires eux-m&#234;mes &#187;, cherche &#224; conjurer l'ultragauche. L'ultragauche d&#233;veloppe un programmatisme &#233;pur&#233; de tout ce qui a trait &#224; la mont&#233;e en puissance de la classe. Elle se r&#233;f&#232;re &#224; une classe telle qu'elle existerait en rupture avec son existence dans la reproduction du capital, et suppose que cette classe est toujours celle qui existe sous toutes les &#171; mystifications &#187; (d&#233;mocratie, partis, syndicats, et toutes les formes de &#171; substitutionnisme &#187;) ; il lui faut une &lt;i&gt;nature r&#233;volutionnaire&lt;/i&gt; de la classe. En tant qu'il serait le mode de r&#233;v&#233;lation de cette &#171; nature &#187;, d'un &#234;tre cach&#233; de la classe, le &lt;i&gt;spontan&#233;isme&lt;/i&gt; s'impose comme un concept central de cette th&#233;orie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le prol&#233;tariat doit se nier comme classe du capital, acqu&#233;rir son autonomie, pour r&#233;aliser ce qu'il est vraiment : la classe du travail social et son organisation. C'est l&#224; que s'enracinent toutes les perspectives de l'ultragauche. Mais, chaque fois qu'un tel mouvement semble se dessiner, la r&#233;alit&#233; impose de voir que ce que le prol&#233;tariat &#171; &lt;i&gt;est vraiment&lt;/i&gt; &#187; est ce qui permet d'exister &#224; ce que l'ultragauche ne comprend que comme des m&#233;diations, des mystifications et des d&#233;tournements. Cette r&#233;alit&#233; s'est constamment impos&#233;e &#224; l'ultragauche, mais sa propre probl&#233;matique lui interdisait de la th&#233;oriser et de la comprendre, mais non d'int&#233;rieurement la subir et de la traduire dans les termes de sa probl&#233;matique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&lt;a id=&#034;__RefHeading___Toc6377_155729733&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
L'auton&#233;gation du prol&#233;tariat : une sortie illusoire de la contradiction&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette critique des modes d'existence de la classe ouvri&#232;re dans le mode de production capitaliste (en tant que force de travail et sous les formes de partis et syndicats) ne peut pas laisser indemne cet &#234;tre m&#234;me comme nature r&#233;volutionnaire qui doit se lib&#233;rer. Toute th&#233;orie de la r&#233;volution comme affirmation du prol&#233;tariat doit poss&#233;der en son fondement une nature r&#233;volutionnaire de la classe, inversement, toute nature r&#233;volutionnaire n'existe que pour se lib&#233;rer Cependant, en effectuant la critique des moyens de la mont&#233;e en puissance de la classe &#224; l'int&#233;rieur du mode de production capitaliste, l'ultragauche supprime toute effectuation possible de cette affirmation, si ce n'est dans une mystique de l'autonomie enfin pure, mystique constamment contredite par la r&#233;alit&#233; historique et l'&#233;volution m&#234;me de l'auto-organisation et des conseils. Prise dans cette contradiction, sans sortir de sa probl&#233;matique, l'ultragauche en arrive &#224; concevoir le prol&#233;tariat comme faisant la r&#233;volution, portant le communisme, en &#233;tant en contradiction avec et en d&#233;truisant tout ce qui fait son existence imm&#233;diate dans cette soci&#233;t&#233; et toutes les formes organisationnelles et toutes les pratiques qui peuvent l'exprimer. Sans sortir de sa probl&#233;matique et de ses impasses, l'ultragauche trouve, comme on le verra, dans l'auton&#233;gation du prol&#233;tariat, sa forme th&#233;orique ultime. Cette th&#233;orie de l'auton&#233;gation se g&#233;n&#233;ralise dans les milieux ultragauches au d&#233;but des ann&#233;es 1970 avant de se r&#233;v&#233;ler a posteriori comme la derni&#232;re &#233;tape avant un d&#233;passement global de la probl&#233;matique. Ce fut dans ce bref espace de temps que l'Internationale Situationniste (I.S) apparut comme le &lt;i&gt;nec plus ultra&lt;/i&gt; de la production th&#233;orique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Red&#233;finir cet &#234;tre r&#233;volutionnaire du prol&#233;tariat fut l'objet m&#234;me du travail th&#233;orique de l'IS. Pour l'IS, il s'agissait toujours de produire l'abolition du capital comme le mouvement, l'affirmation d'un &#234;tre r&#233;volutionnaire du prol&#233;tariat, mais d'un &#234;tre qui maintenant aurait eu pour contenu &lt;i&gt;sa propre n&#233;gation&lt;/i&gt;. Dans la dialectique du capital, c'est-&#224;-dire le mouvement dans lequel il se reproduit dans sa contradiction avec le prol&#233;tariat, celui-ci est pour l'IS &#171; &lt;i&gt;le travail du n&#233;gatif&lt;/i&gt; &#187;, le n&#233;gatif &#224; l'&#339;uvre. C'est ainsi que l'I.S remit en cause toutes les cat&#233;gories du programmatisme, sans sortir de sa probl&#233;matique (cf. dans ce livre l'expos&#233; consacr&#233; &#224; l'IS).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La r&#233;volution n'est pas l'affirmation de la classe telle qu'elle existe &#187; r&#233;p&#232;te l'ultragauche qui, dans sa contradiction constitutive, nous m&#232;ne au point o&#249; on peut la quitter et faire autre chose. A vouloir tenir l'identit&#233; entre l'&#234;tre de la classe dans le capital et son &#234;tre communiste (sans m&#233;diations), l'ultragauche nous conduit au bord du d&#233;passement de sa probl&#233;matique. Il n'y a plus de m&#233;diation entre le prol&#233;tariat et le communisme, mais l'ultragauche pensait cela programmatiquement, c'est-&#224;-dire en n'effectuant pas le saut pratique et th&#233;orique que cette proposition contient en elle-m&#234;me : la n&#233;gation de la classe par elle-m&#234;me dans la r&#233;volution, dans l'abolition du capital. Mais il fallait un nouveau cycle de luttes pour que cela apparaisse comme une situation, comme un rapport du prol&#233;tariat au capital, et non comme l'ultime avatar d'une nature r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est l'affirmation de la classe en elle-m&#234;me, qui constituait la limite de ce cycle, et non quelques modalit&#233;s de sa r&#233;alisation, ou des conditions historiques immatures. En consid&#233;rant l'ultragauche comme une probl&#233;matique, c'est-&#224;-dire comme une totalit&#233;, on s'interdit de consid&#233;rer ses formes th&#233;oriques ou pratique &#171; les plus avanc&#233;es &#187;, c'est-&#224;-dire celles qui d&#233;stabilisent &lt;i&gt;int&#233;rieurement&lt;/i&gt; sa probl&#233;matique, comme le mod&#232;le absolu de la lutte de classe, comme les tenants de la &#171; vraie auto-organisation &#187; ou du communisme invariant et plus ou moins humain, continuent &#224; le faire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&lt;a id=&#034;__RefHeading___Toc6379_155729733&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
La persistance du programmatisme et sa critique en actes&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En confirmant &#224; l'int&#233;rieur de lui m&#234;me une identit&#233; ouvri&#232;re, en int&#233;grant la reproduction du prol&#233;tariat dans son propre cycle, en subsumant sa contradiction avec le prol&#233;tariat comme sa dynamique m&#234;me, le capital fait du travail son propre rival &#224; l'int&#233;rieur de lui-m&#234;me : rapport conflictuel tout &#224; fait diff&#233;rent, il est vrai, de celui du programmatisme de l'&#233;poque classique de la fin du XIXe si&#232;cle (cf. le texte &lt;i&gt;La r&#233;volution prol&#233;tarienne&lt;/i&gt; ajout&#233; &#224; cette seconde &#233;dition). Cette rivalit&#233; est m&#234;me pour le capital la grande faiblesse intrins&#232;que de cette premi&#232;re phase de la subsomption r&#233;elle (allant jusqu'&#224; la scission du cycle mondial de l'accumulation en deux aires rivales), qui &#233;clatera dans la crise de la fin des ann&#233;es 60 / d&#233;but des ann&#233;es 70, sous diverses formes plus ou moins radicales, et que la restructuration qui s'ensuivit a eu pour contenu essentiel d'&#233;liminer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est l&#224; le fondement de la dynamique persistante du programmatisme dans cette premi&#232;re phase de la subsomption r&#233;elle. La relation programmatique classique entre la mont&#233;e en puissance de la classe et son affirmation autonome s'en est trouv&#233;e boulevers&#233;e. Dans un premier temps, entre 1917 et 1939, les termes sont dans une situation de violente conflictualit&#233; tout en s'impliquant. En effet, au moment o&#249; l'affirmation autonome de la classe trouve sa l&#233;gitimit&#233; &lt;i&gt;absolue&lt;/i&gt; dans une mont&#233;e en puissance de la classe &#224; l'int&#233;rieur du capital telle qu'elle est incluse dans celui-ci, elle ne peut qu'affronter cette mont&#233;e en puissance qui est &lt;i&gt;la n&#233;gation de son autonomie&lt;/i&gt;. La violence de ce processus entre 1917 et 1939, &lt;i&gt;&#224; l'int&#233;rieur m&#234;me du prol&#233;tariat&lt;/i&gt;, dans sa contradiction avec le capital, laisse place, apr&#232;s 1945, &#224; une p&#233;riode o&#249; l'affirmation autonome se situe et se consid&#232;re elle-m&#234;me comme &lt;i&gt;ext&#233;rieure&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;diff&#233;rente&lt;/i&gt; de la mont&#233;e en puissance. Mais elle ne peut que se r&#233;f&#233;rer sans cesse &#224; cette mont&#233;e en puissance, car cette derni&#232;re est devenue simple rivalit&#233; (le plus souvent dans le cadre de la revendication de la d&#233;mocratie) &#224; l'int&#233;rieur de la reproduction du capital. C'est la p&#233;riode de la &#171; marginalisation des r&#233;volutionnaires &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toute la probl&#233;matique th&#233;orique de l'ultragauche exprime une situation, un cours de la lutte de classe, dans lesquels la r&#233;volution comme affirmation de la classe ne peut plus se reconna&#238;tre aucune m&#233;diation, ni m&#234;me reconna&#238;tre dans l'existence imm&#233;diate de la classe sa possibilit&#233; d'existence. Mais, demeurant affirmation de la classe, la pratique r&#233;volutionnaire et la th&#233;orie r&#233;volutionnaire ne peuvent reconna&#238;tre cet &#233;vanouissement sans se condamner elles-m&#234;mes. C'est le point extr&#234;me o&#249; pratiquement, comme auto-organisation du prol&#233;tariat, comme rupture de son implication avec le capital et affrontement avec toutes les formes organisationnelles de cette implication - et th&#233;oriquement comme analyse et d&#233;fense de l'autonomie du prol&#233;tariat - , parvient le cycle de luttes qui s'ach&#232;ve au d&#233;but des ann&#233;es 1970.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce mouvement fut bris&#233;, il y eut d&#233;faite ouvri&#232;re. &#171; Mai 68 &#187; est battu, &#171; l'automne chaud &#187; italien (qui dura trois ans) aussi, les vagues de gr&#232;ves sauvages am&#233;ricaines et britanniques &#233;galement, comme le mouvement assembl&#233;iste espagnol, etc., sans oublier toute l'insubordination sociale qui avait gagn&#233; toutes les sph&#232;res de la soci&#233;t&#233;. La d&#233;faite n'a pas l'ampleur de celle de 1917-1936, mais la restructuration en jeu n'est pas non plus de m&#234;me ampleur, on reste dans le m&#234;me mode de subsomption. Ce qui n'emp&#234;che qu'il y ait d&#233;faite et restructuration / contre-r&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cet imm&#233;diat &#171; post-68 &#187; , toutes les impasses de la production th&#233;orique reposaient sur le fait de ne pas concevoir le d&#233;veloppement du capital comme une succession de cycles de luttes posant des stades diff&#233;rents de la contradiction entre le prol&#233;tariat et le capital, mais uniquement comme une accumulation de conditions par rapport &#224; une nature &lt;i&gt;r&#233;volutionnaire du prol&#233;tariat&lt;/i&gt; qui devait se d&#233;gager. En fait, tout &#233;tait d&#233;termin&#233; par l'absence de th&#233;orisation de la restructuration du rapport entre le prol&#233;tariat et le capital. En cons&#233;quence on ne pouvait consid&#233;rer ce qui se passait comme un cycle de luttes s'achevant, mais comme un processus &#224; radicaliser, qui n'aurait pas accompli tous ses possibles, qui n'aurait pas &#233;t&#233;, pour une raison ou une autre (mais toujours ext&#233;rieure au stade de la contradiction), pur et dur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On est alors amen&#233; &#224; privil&#233;gier tel ou tel aspect dans les luttes, &#224; chercher &#224; les radicaliser &#224; partir de l'un de leurs &#233;l&#233;ments, et donc &#224; ne pas consid&#233;rer les termes d'un cycle de luttes comme constituant &lt;i&gt;une totalit&#233;&lt;/i&gt;. Toutefois, si l'on peut faire aujourd'hui cette critique, ce n'est que sur la base du nouveau cycle de luttes. C'est le nouveau cycle de luttes dans son contenu et les possibilit&#233;s qu'il ouvre qui d&#233;limitent les caract&#233;ristiques de l'ancien cycle et le posent comme tel. La compr&#233;hension th&#233;orique d'un cycle dans sa particularit&#233; historique est &#171; r&#233;troactive &#187;, mais ce processus n'est ni formel ni unilat&#233;ral, il est fond&#233; sur le fait qu'un cycle de luttes n'existe qu'en produisant son d&#233;passement de par la situation et la pratique sp&#233;cifique du prol&#233;tariat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la crise de la fin des ann&#233;es 60, alors que les acquis th&#233;oriques issus de l'ultragauche apparaissent de plus en plus comme reposant sur une contradiction dans les termes (affirmation du prol&#233;tariat et critique de toutes les m&#233;diations), la notion d'&lt;i&gt;auton&#233;gation du prol&#233;tariat&lt;/i&gt;&lt;i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Nous reviendrons plus loin sur les conditions d'apparition et les apories de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;commence &#224; &#234;tre formalis&#233;e en tant que telle, comme d&#233;bouch&#233; th&#233;orique de la &#171; critique du travail &#187; qui semble &#234;tre le dernier mot de la critique du programmatisme. Ce n'est pas alors la notion en tant que telle qui importe mais le mouvement pratique de la lutte de classe contre les syndicats, le parlementarisme et la condition salari&#233;e, dans les &#233;meutes, pillages, gr&#232;ves sans revendications, absent&#233;isme, sabotages etc., qui se d&#233;veloppe. D'autant plus qu'&#224; aucun moment dans ce mouvement pratique n'&#233;merge une quelconque organisation ouvri&#232;re. Mais le mouvement ne passant pas &#224; la r&#233;alisation du contenu positif du communisme, la th&#233;orie de l'auton&#233;gation se trouva comme en apesanteur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette implication r&#233;ciproque entre autonomie et auton&#233;gation ne pouvait ni th&#233;oriquement, ni pratiquement, se stabiliser. C'&#233;tait de fa&#231;on flagrante toute l'impossibilit&#233; interne, &#224; partir du rapport n&#233;cessaire entre ses termes, de l'ancien cycle qui devenait manifeste au travers de cette relation. En produisant l'auton&#233;gation comme son d&#233;veloppement final, c'&#233;tait elle-m&#234;me que l'auto-organisation remettait en cause au travers de ce qui demeurait tout de m&#234;me sa substance : la d&#233;fense de la condition prol&#233;tarienne et la prise en charge de la classe par elle-m&#234;me &#224; partir de sa situation sp&#233;cifique dans le mode de production capitaliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La &#171; p&#233;riode 68 &#187; revivifiait la perspective programmatique dans la mesure seulement o&#249; elle en &#233;tait la critique en actes, sa contradiction v&#233;cue, elle en ressuscita les formes les plus radicales et corollairement les impasses les plus productives (l'ultragauche). Dans la &#171; p&#233;riode 68 &#187;, l'ultragauche exprime en une forme &#233;pur&#233;e les limites et les contradictions du cycle de luttes qui s'ach&#232;ve alors.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034; id='LA-PERIODE-68'&gt;
&lt;a id=&#034;__RefHeading___Toc6381_155729733&#034;&gt;&lt;/a&gt;
LA PERIODE 68&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La p&#233;riode de la fin des ann&#233;es 1960 et du d&#233;but des ann&#233;es 1970 fut la p&#233;riode de la premi&#232;re crise et du premier mouvement r&#233;volutionnaire relevant des contradictions et de l'histoire de la subsomption r&#233;elle du travail sous le capital. Mais en raison des caract&#233;ristiques de cette premi&#232;re phase de la subsomption r&#233;elle, nous pouvons dire maintenant que les questions sp&#233;cifiques de la r&#233;volution en subsomption r&#233;elle du travail sous le capital ne furent pratiquement pos&#233;es qu'au travers de la&lt;i&gt; liquidation&lt;/i&gt; du mouvement ouvrier et de tout ce qui pouvait se fonder sur une identit&#233; ouvri&#232;re ouvrant la voie &#224; l'affirmation du prol&#233;tariat comme classe dominante. Ce qui fut entrevu, c'est que le communisme n'est pas un mode de production et que l'abolition du capital ne pouvait &#234;tre que la n&#233;gation des classes et du prol&#233;tariat lui-m&#234;me dans la production de ce qui fut appel&#233; &#224; l'&#233;poque &#171; la communaut&#233; humaine &#187;. Le contenu critique essentiel de Mai 68 et de toute cette p&#233;riode fut de se heurter pratiquement au fait que la r&#233;volution n'est pas une question de gestion, d'&#233;rection du prol&#233;tariat en classe dominante qui g&#233;n&#233;ralise sa situation, universalise le travail comme rapport social et l'&#233;conomie comme objectivit&#233; de la soci&#233;t&#233; en tant que rapport entre les choses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&lt;a id=&#034;__RefHeading___Toc6383_155729733&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Le Mai fran&#231;ais : quand une gr&#232;ve en cache une autre&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En France, les ouvriers ont fui les usines occup&#233;es par les syndicats, les plus jeunes et d'autres ont rejoint la contestation &#233;tudiante. Mai 68 &#233;tait la critique en actes et souvent &#171; avec les pieds &#187; de la r&#233;volution comme mont&#233;e en puissance et affirmation de la classe. Les ouvriers n'ont r&#233;investi les usines qu'au moment de la reprise, souvent pour s'y opposer violemment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Durant le mai 68 fran&#231;ais, la gr&#232;ve bien visible, plus ou moins bien accompagn&#233;e ou m&#234;me contr&#244;l&#233;e par les syndicats, en cache une autre, celle plus difficilement rep&#233;rable de ces ouvriers qui partent en gr&#232;ve plus ou moins spontan&#233;ment dans une relation tr&#232;s ambig&#252;e aux revendications et qui, en masse, disparaissent le temps de la gr&#232;ve et reprennent le travail sans rien avoir obtenu. Ce n'est pas une gr&#232;ve sauvage proprement dite, mais une gr&#232;ve qui se serait comme &#171; d&#233;cal&#233;e ailleurs &#187; des rapports habituels de la conflictualit&#233; des rapports de travail. Dans &lt;i&gt;Le Roman de nos origines&lt;/i&gt;, les r&#233;dacteurs de &lt;i&gt;La Banquise&lt;/i&gt; (n&#176; 2, p. 26) notent tr&#232;s justement : &#171; Bizarrement, alors qu'on parle tant de gestion, on constate que &lt;i&gt;les ouvriers se d&#233;sint&#233;ressent de toute gr&#232;ve gestionnaire&lt;/i&gt;. Abandonner aux syndicats la ma&#238;trise des usines est un signe de faiblesse mais aussi du fait qu'ils ont conscience que &lt;i&gt;le probl&#232;me est ailleurs&lt;/i&gt; (soulign&#233; par nous) &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La plupart des comit&#233;s d'action tentent de promouvoir l'auto-organisation et pourquoi pas la reprise des usines, ils n'agissent qu'au niveau &#171; visible &#187; de la gr&#232;ve et n'ont que tr&#232;s peu d'accroches sur elle, et se trouvent en rapport conflictuel avec la CGT. Les comit&#233;s d'action ne voient que l'activit&#233; syndicale et cherchent &#224; &#171; l'am&#233;liorer &#187; : que les occupations se rejoignent, que les revendications s'unissent. Bien s&#251;r, dans la r&#233;alit&#233;, les choses ne sont pas aussi simples, il y a des ouvriers dans les usines et tous les syndicalistes ne sont pas des bureaucrates. Le besoin de contact est une r&#233;alit&#233;, mais son &#233;chec constant n'est peut-&#234;tre pas le fruit du hasard ou de l'omnipr&#233;sence syndicale. De ce point de vue, les regroupements les plus radicaux comme les CA (Comit&#233;s d'action) de Censier&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;B&#226;timents de l'universit&#233; de Paris.&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ou le Conseil pour le maintien des occupations (CMDO) ne peuvent faire gu&#232;re plus que les autres face &#224; la grande force tranquille de la CGT.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La minorit&#233; radicale, elle, quitte l'entreprise et se retrouve avec d'autres &#233;l&#233;ments minoritaires, en compagnie d'&#233;tudiants, de gauchistes, de r&#233;volutionnaires. Le CMDO&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les membres du premier Conseil d'occupation de la Sorbonne dont le mandat (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; est l'un de ces lieux o&#249; le gauchisme est tenu en lisi&#232;re. Censier en est un autre. (&#8230;) Un peu avant 1968, l'IS, dans le n&#176; 11 de la revue, r&#233;pondait aux ultragauches que les situationnistes ne se souciaient pas de regrouper autour d'eux des ouvriers pour mener une action 'ouvri&#232;re' permanente. Le jour o&#249; il y aurait quelque chose &#224; faire, disait l'IS, les r&#233;volutionnaires seraient avec les ouvriers r&#233;volutionnaires. C'est ce qui se passa. Censier stimula et coordonna l'activit&#233; de minorit&#233;s radicales, sinon r&#233;volutionnaires, dans de nombreuses entreprises. La critique des syndicats, timide au d&#233;but, devint plus virulente &#224; la fin des gr&#232;ves. Les fractions extr&#233;mistes isol&#233;es sur les lieux de travail, trouv&#232;rent l&#224; un point de rencontre. &#187; (&#171; Le Roman de nos origines &#187;, &lt;i&gt;La Banquise&lt;/i&gt; n&#176; 2, 1983, p. 26) Cela n'alla pas plus loin que la critique des syndicats car, poursuit le texte de la Banquise : &#171; Mai 68 ne posa pas la question communiste. Les dons de ravitaillement t&#233;moign&#232;rent d'une solidarit&#233;, non d'un d&#233;but de d&#233;p&#233;rissement de l'&#233;change marchand. La perspective communiste exista dans l'ind&#233;niable assouplissement des rapports imm&#233;diats, la rupture des barri&#232;res sociologiques, la vie sans argent pendant plusieurs semaines, dans le plaisir d'agir ensemble, en un mot dans cette esquisse communautaire qu'on observe &#224; chaque grand mouvement social, m&#234;me non r&#233;volutionnaire (Orwell, en Catalogne, en 1936). Les divers comit&#233;s qui si&#233;geaient &#224; Censier d&#233;battaient naturellement de ce qu'il fallait faire pour aller plus loin. Il n'est pas si fr&#233;quent que de grandes assembl&#233;es comptant de nombreux ouvriers discutent du communisme. Le tract &lt;i&gt;Que faire ?&lt;/i&gt;, r&#233;&#233;dit&#233; et diffus&#233; &#224; une centaine de milliers d'exemplaires, indique ce que le mouvement doit faire pour aller plus loin, ou simplement continuer : prendre un certain nombre de mesures simples mais qui rompent avec la logique capitaliste, afin que la gr&#232;ve d&#233;montre sa capacit&#233; de faire fonctionner &lt;i&gt;autrement&lt;/i&gt; la soci&#233;t&#233; ; r&#233;pondre aux besoins sociaux (ce qui rallierait les h&#233;sitants, la classe moyenne, que la violence &#8211; produit d'un blocage, r&#233;action impuissante devant l'impasse &#8211; inqui&#232;te) par la gratuit&#233; des transports, des soins, de la nourriture, par la gestion collective des centres de distribution, la gr&#232;ve des paiements (loyers, imp&#244;ts, traites) ; et montrer ainsi que la bourgeoisie et l'&#201;tat sont inutiles. Le communisme ne fut pr&#233;sent en 1968 que comme vision. &#187; (&lt;i&gt;Idem&lt;/i&gt;, p. 26 &#8211; 27).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne peut pas chercher la limite d'un mouvement dans ce qu'il n'a pas fait, car non seulement on fait du communisme une r&#233;alit&#233; intemporelle et normative, mais encore on n'explique pas pourquoi il ne l'a pas fait. Ce que &lt;i&gt;La Banquise&lt;/i&gt; appelle &#171; le communisme comme vision &#187; est enti&#232;rement inclus dans la limite interne de la p&#233;riode 68 qui, sur la base de l'identit&#233; ouvri&#232;re, veut la n&#233;gation par elle-m&#234;me de la classe ouvri&#232;re. Rappelons ici ce qui fut l'attente et l'espoir des situationnistes : &#171; Si, dans une seule grande usine, entre le 16 et le 30 mai une assembl&#233;e g&#233;n&#233;rale s'&#233;tait constitu&#233;e en &lt;i&gt;Conseil&lt;/i&gt; d&#233;tenant tous les pouvoirs de d&#233;cision et d'ex&#233;cution, chassant les bureaucrates, organisant son auto-d&#233;fense et appelant les gr&#233;vistes de toutes les entreprises &#224; se mettre en liaison avec elle, ce dernier pas qualitatif franchi e&#251;t pu porter le mouvement tout de suite &#224; la lutte finale dont il a trac&#233; historiquement toutes les directives. &#187; (&lt;i&gt;IS&lt;/i&gt;, n &#176; 12, p. 12).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pris dans ses propres limites historiques sp&#233;cifiques, dans ses propres contradictions, que le mouvement produit cette &#171; vision &#187; et il la produit pr&#233;cis&#233;ment en tant que telle : comme vision. Sa limite ne consiste pas &#224; ne pas avoir accompli cette vision, mais dans ce qui faisait qu'elle existait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces CA veulent &#171; faire passer de la gr&#232;ve passive &#224; la gr&#232;ve active &#187;. Mais qu'aurait pu &#234;tre la gr&#232;ve de mai 68, comme gr&#232;ve active ? On peut pr&#233;senter l'Italie en exemple, comme si les choses y avaient &#233;t&#233; plus &#171; graves &#187;. Ce n'est pas si s&#251;r. En Italie, le mouvement de la fin des ann&#233;es 60 et du d&#233;but des ann&#233;es 70 a &#233;t&#233; plus profond, plus long, plus ample, mais il est demeur&#233; dans les cadres connus de la conflictualit&#233; li&#233;e &#224; &#171; l'ouvrier masse &#187;, de fa&#231;on radicale mais tout de m&#234;me dans ce cadre. En France, nous avons affaire &#224; un objet plus difficilement identifiable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Contrairement &#224; ce qui se passe en Italie entre 1969 et 1972, en France, toutes les tentatives auto-organisatrices restent balbutiantes. C'est m&#234;me &#224; se demander si les syndicats n'ont pas repr&#233;sent&#233; l'auto-organisation pour ce qu'il pouvait encore y avoir &#224; auto-organiser. De fa&#231;on moins &#171; provocatrice &#187;, au-del&#224; des alternatives exclusives &#224; propos de revendication / sans revendication ou sections syndicales de base / spontan&#233;isme, on peut consid&#233;rer qu'auto-organisation et activit&#233; syndicale s'excluent tout autant qu'elles se nourrissent. Ne faudrait-il pas aller chercher l'auto-organisation l&#224; o&#249; on ne la cherche pas c'est-&#224;-dire dans les al&#233;as de l'activit&#233; syndicale ? Dans l'enqu&#234;te de Philippe Gavi intitul&#233;e &lt;i&gt;Les Ouvriers&lt;/i&gt;, publi&#233;e au &lt;i&gt;Mercure de France&lt;/i&gt; (1970), un ouvrier lui-m&#234;me responsable syndical de Rh&#244;ne-Poulenc-Vitry raconte : &#171; Maintenant on entend parler couramment de 'gr&#232;ve sauvage' ou d'organisation spontan&#233;e. C'est faux. Ce sont les militants qui sont &#224; l'origine de la gr&#232;ve qui lui ont donn&#233; sa structure. Ceci dit, si ces militants avaient suivi les orientations de leurs d&#233;l&#233;gations syndicales, il n'y aurait pas eu une telle gr&#232;ve. Th&#233;oriquement la consigne aurait &#233;t&#233; de refuser de participer &#224; des comit&#233;s non syndicaux compos&#233;s d'inorganis&#233;s. On a fait le contraire. On allait bien plus en avant que la F&#233;d&#233;ration. Tout au long de la gr&#232;ve, la F&#233;d&#233;ration a suivi. La base a pu prendre en main sa gr&#232;ve sans que nous soyons de nouveau chefs. Chaque comit&#233; de base a pris en main sa gr&#232;ve. Cela a beaucoup mieux march&#233; que lorsqu'on a voulu organis&#233; cela centralement. (&#8230;) La CGT pensait noyauter la gr&#232;ve en coiffant les comit&#233;s de base avec l'ex&#233;cutif syndical o&#249; elle &#233;tait majoritaire. En fait, &#224; la longue, les comit&#233;s de base vont se renforcer et l'ex&#233;cutif marche &#224; vide. &#187; (op. cit., pp. 312-313)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'auto-organisation n'a pas pu prendre en France cette forme nette et distinguable que l'on rep&#232;re en Italie (mais rapidement r&#233;investie dans l'activit&#233; syndicale), c'est que la massivit&#233; de la gr&#232;ve relevait peut-&#234;tre d'autre chose, informalisable positivement dans les rapports conflictuels classiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 68, en France, la vague de gr&#232;ve s'est impos&#233;e &#224; tous &lt;i&gt;comme une &#233;vidence&lt;/i&gt;. Qu'est-ce qui est &#233;vident dans cette vague de gr&#232;ves ? L'extension des gr&#232;ves bien s&#251;r, mais aussi peut-&#234;tre que&lt;i&gt; cela va de soi&lt;/i&gt; que l'on arr&#234;te de travailler. Et l&#224;, nous ne sommes pas dans ce que l'on entend d'ordinaire par &#171; gr&#232;ve sauvage &#187;. A partir de l&#224;, deux gr&#232;ves coexistent (jusqu'au moment de la reprise du travail qui va les faire se rencontrer) : une gr&#232;ve massive tr&#232;s difficilement d&#233;finissable et une gr&#232;ve en gros syndicale qui n'englobe pas ni ne contr&#244;le la premi&#232;re, mais se superposer &#224; elle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est vrai que les syndicats ont soigneusement lutt&#233; contre l'unit&#233; du mouvement et contre &#171; l'unit&#233; des revendications &#187;, mais la r&#233;daction de ces revendications ne fut, sauf quelques rares exceptions, qu'un pur exercice syndical&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pour tout ce qui concerne les gr&#232;ves en France en mai-juin 1968, voir Bruno (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Les travailleurs non plus n'ont jamais tent&#233; d'unifier la gr&#232;ve et les revendications. Les syndicats n'ont pas lutt&#233; contre l'unit&#233; du mouvement, ils ont plut&#244;t ent&#233;rin&#233; une situation. La gr&#232;ve &#171; visible &#187; en a cach&#233; une autre dont l'unit&#233; ne pouvait pas prendre de forme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'activit&#233; syndicale a principalement consist&#233; &#224; emp&#234;cher la fuite des travailleurs, surtout les OS. Dans la fuite hors de l'usine et le d&#233;bat &#171; ouverture / fermeture &#187;, c'est par un vote avec les pieds que l'usine apparut comme n'&#233;tant plus la base d'une r&#233;organisation ouvri&#232;re de la soci&#233;t&#233;. Il n'y eu aucune activit&#233; autogestionnaire dans aucune entreprise m&#234;me si on en &lt;i&gt;parlait&lt;/i&gt; presque partout. Il y eut une solution de continuit&#233; entre le d&#233;clenchement de la gr&#232;ve et l'occupation, ce furent deux activit&#233;s diff&#233;rentes dans leur nature, la seconde n'&#233;tait pas la suite naturelle de la premi&#232;re ; mais aussi solution de continuit&#233; dans leurs acteurs : ceux qui d&#233;clench&#232;rent les gr&#232;ves ne s'investirent pas majoritairement dans les occupations et ceux qui occup&#232;rent n'&#233;taient pas majoritairement &#224; l'initiative de &lt;i&gt;l'arr&#234;t du travail&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En encadrant, freinant, contr&#244;lant, et prenant la t&#234;te de cette gr&#232;ve &#171; visible &#187;, l'activit&#233; syndicale n'organisa finalement qu'elle-m&#234;me. C'est toute la contradiction de l'&#233;poque qui traverse la classe ouvri&#232;re, l'activit&#233; syndicale se&lt;i&gt; superposant&lt;/i&gt; &#224; &#171; l'autre gr&#232;ve &#187;, ne la brisant qu'en s'y superposant (et parce qu'elle a la possibilit&#233; de s'y superposer) et non en en prenant la t&#234;te et en la contr&#244;lant. C'est au moment de la reprise que la rencontre est devenue momentan&#233;ment conflictuelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si la reprise du travail, contrairement &#224; l'id&#233;e courante et souvent juste qui en fait le moment de l'abattement et de la dispersion, fut, avec son d&#233;clenchement, le moment le plus d&#233;licat, c'est qu'il fut le moment o&#249; &lt;i&gt;la masse&lt;/i&gt; des ouvriers &#171; &#233;vapor&#233;s &#187; durant la gr&#232;ve r&#233;appara&#238;t. C'est &#224; ce moment que sur de nombreux sites, paradoxalement, la gr&#232;ve se durcit. Dans cette &#171; relance de la gr&#232;ve &#187;, une unit&#233; (une synth&#232;se des &#171; deux &#187; gr&#232;ves) peut s'&#233;baucher, dans la mesure o&#249; &#224; Grenelle les syndicats ont jou&#233; gros et ont semble-t-il perdu. Ce moment de la reprise du travail est certainement le moment le plus int&#233;ressant de la gr&#232;ve. Dans la gr&#232;ve de 68, ce moment doit &#234;tre consid&#233;r&#233; comme une phase particuli&#232;re et pas seulement comme l'ach&#232;vement du mouvement qui l'a pr&#233;c&#233;d&#233;. C'est le moment de la rencontre, le moment o&#249; l'on voit que la gr&#232;ve &#171; visible &#187; avait non pas englob&#233; ou contr&#244;l&#233; la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale mais s'&#233;tait superpos&#233;e &#224; elle. Au moment de la reprise, elle doit s'imposer comme la forme unique de cette gr&#232;ve et cela ne va pas de soi. Les tentatives d'unit&#233; prennent &#224; ce moment l&#224; un autre contenu reliant la gr&#232;ve &#171; visible &#187; &#224; &#171; l'autre &#187;. Dans les usines, la participation aux op&#233;rations de d&#233;pouillement des votes de reprise est plus importante que la participation aux occupations. On voit les gens qui s'&#233;taient &#171; &#233;vapor&#233;s &#187; venir demander des comptes. Tout le monde conna&#238;t le petit film &#171; la Reprise du travail aux usines Wonder &#187; : face &#224; une ouvri&#232;re qui hurle son refus de &#171; retourner dans cette taule &#187;, on voit les d&#233;l&#233;gu&#233;s syndicaux mais aussi des gauchistes (certainement des &#171; maos &#187;) chercher &#224; la convaincre de rentrer en lui disant que le combat continuera &#224; l'int&#233;rieur. Personne n'y croit. C'est le moment de peur de S&#233;guy &#224; Billancourt, c'est le moment o&#249; &#224; Peugeot (Sochaux) deux ouvriers sont tu&#233;s par les CRS et l'un de ces derniers jet&#233; dans une cuve d'acide.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ainsi que devenait &#233;vident que la r&#233;volution n'&#233;tait plus l'aboutissement de la mont&#233;e en puissance de la classe &#224; l'int&#233;rieur du mode de production capitaliste, mont&#233;e en puissance s'achevant dans son affirmation en classe dominante, en pouvoir des Conseils ouvriers ou en &#201;tat socialiste. &#171; Mai 68 &#187; ne resta pas dans cette n&#233;gation car le capital en subsomption r&#233;elle du travail sous le capital avait soumis toute la reproduction sociale, tous les aspects de la vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&lt;a id=&#034;__RefHeading___Toc6385_155729733&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Le Mai fran&#231;ais : de la r&#233;volte ouvri&#232;re &#224; la communaut&#233; humaine en passant par l'ali&#233;nation&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;volution ne pouvait plus se limiter &#224; changer les propri&#233;taires des usines, ni m&#234;me se limiter au proc&#232;s de production. En englobant toute la vie quotidienne, la r&#233;volution &#233;tait la n&#233;gation de la condition prol&#233;tarienne et ne pouvait &#234;tre r&#233;volution qu'&#224; cette condition. C'est de cette fa&#231;on que le mouvement de mai posa, dans l'histoire de la lutte de classe, la n&#233;cessit&#233; d'abolir le prol&#233;tariat, mais ce ne fut &lt;i&gt;que de cette fa&#231;on&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;volte ouvri&#232;re contre la condition ouvri&#232;re, r&#233;volte contre tous les aspects de la vie, &#233;tait prise dans un d&#233;chirement. Elle ne pouvait s'exprimer, devenir effective qu'en se retournant contre sa base r&#233;elle, la condition ouvri&#232;re, mais non pour la supprimer, car &lt;i&gt;elle &lt;/i&gt;&lt;i&gt;ne trouvait pas en elle-m&#234;me le rapport au capital qui eut &#233;t&#233; cette suppression&lt;/i&gt;, mais pour s'en &lt;i&gt;s&#233;parer&lt;/i&gt;. D'un c&#244;t&#233;, un mouvement ouvrier fort aux racines encore solides, la confirmation dans le capital d'une identit&#233; ouvri&#232;re, une puissance reconnue de la classe mais une impossibilit&#233; radicale &#224; transformer cette puissance en force autonome et en affirmation r&#233;volutionnaire de la classe du travail, de l'autre, cette impossibilit&#233; &#233;tait &lt;i&gt;positivement&lt;/i&gt; l'extension de la r&#233;volte &#224; toute la reproduction sociale, r&#233;volte au travers de laquelle le prol&#233;tariat se niait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;volution ne pouvait &#234;tre que la n&#233;gation de la condition ouvri&#232;re mais il fallait chercher celle-ci, non dans le rapport du prol&#233;tariat au capital, mais dans l'universalit&#233; de l'ali&#233;nation. Ali&#233;nation &lt;i&gt;universelle&lt;/i&gt; et par l&#224; &lt;i&gt;humaine&lt;/i&gt;, celle-ci se justifiait elle-m&#234;me par la contestation des modes de vie impos&#233;s, de la consommation, de la &#171; prosp&#233;rit&#233; capitaliste &#187;. Cette r&#233;volte contre la condition ouvri&#232;re qui s'&#233;tendait hors du proc&#232;s de travail produisait sa raison d'&#234;tre en dehors d'elle-m&#234;me. Comme universalit&#233; de l'ali&#233;nation, elle s'autonomisait de ses conditions r&#233;elles, elle apparaissait non pas d&#233;couler directement de la situation de l'ouvrier, mais &#234;tre un fait de l'ensemble de la soci&#233;t&#233;, de l' &#171; ali&#233;nation universelle &#187; dont l'ouvrier &#233;tait le r&#233;sum&#233;, la condensation (Marcuse et les th&#233;oriciens de l'Ecole de Francfort devinrent &#224; la mode). Ce n'est pas un hasard si cette r&#233;volte ne devint effective que dans sa rencontre avec la contestation &#233;tudiante. Elle se d&#233;tacha d'elle-m&#234;me, devint &#233;trang&#232;re &#224; elle-m&#234;me et se d&#233;doubla en une r&#233;volte ouvri&#232;re enferm&#233;e dans son impasse et la m&#234;me ayant pris, pour elle-m&#234;me, une forme autonome et myst&#233;rieuse : la r&#233;volte contre tous les aspects de la vie mettant l'ouvrier en lumi&#232;re et en mouvement en tant qu'&#234;tre &lt;i&gt;universel &lt;/i&gt;et par l&#224; &lt;i&gt;humain&lt;/i&gt;. Si cette r&#233;volte contre la &#171; totalit&#233; de la vie &#187; a &#233;t&#233; comprise comme &#171; r&#233;volte humaine &#187;, c'est que &lt;i&gt;l'on ne pouvait alors consid&#233;rer que le prol&#233;tariat puisse aboutir, &#224; partir de sa situation m&#234;me en tant que classe, &#224; autre chose que son affirmation et au mieux &#224; l'impossibilit&#233; de celle-ci&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Durant toute la p&#233;riode de la fin des ann&#233;es 1960 et du d&#233;but des ann&#233;es 1970, en France, en Italie et ailleurs, la remise en cause de l'affirmation du prol&#233;tariat et de la r&#233;volution comme &#233;mancipation du travail, n'a &#233;t&#233; qu'une d&#233;termination interne de cette affirmation et de cette &#233;mancipation. &lt;i&gt;Le mouvement demeurait programmatique y compris dans sa remise en cause&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'enjeu sur la compr&#233;hension de cette p&#233;riode est actuel et il est double : c'est une phase sp&#233;cifique de la lutte de classe qui s'ach&#232;ve et non des pratiques &#233;ternellement ad&#233;quates &#224; ce qu'&lt;i&gt;est&lt;/i&gt; le communisme, mais conjoncturellement inabouties ; les contradictions que le programmatisme d&#233;veloppe &#224; partir de lui-m&#234;me ne sont pas la fin de la lutte de classe et de la r&#233;volution comme pratique de classe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;tach&#233;es du reste du mouvement, les pratiques qui remettent en cause l'affirmation de la classe et l'&#233;mancipation du travail deviennent des &#233;l&#233;ments pr&#233;curseurs d'une perspective &lt;i&gt;aclassiste&lt;/i&gt; de la r&#233;volution. &lt;i&gt;A contrario&lt;/i&gt;, se trouverait ainsi justifi&#233;e l'identification de toute lutte ouvri&#232;re au programmatisme. La critique du programmatisme se confond alors avec un abandon de la r&#233;volution comme action du prol&#233;tariat, c'est-&#224;-dire d'une classe. Le programmatisme devenant identique &#224; l'action ouvri&#232;re et vice versa, toute remise en cause ou manifestation des impasses de la lutte programmatique dans cette p&#233;riode de la fin des ann&#233;es 1960-d&#233;but des ann&#233;es 1970 est assimil&#233;e &#224; un d&#233;passement, &#224; un au-del&#224; de l'action en tant que classe et du simple fait qu'il y ait encore des classes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la &#171; p&#233;riode 68 &#187; la lutte de classe exprime mais ne d&#233;passe pas les limites et les impasses de l'ancien cycle de luttes, celui de l'identit&#233; ouvri&#232;re, de l'autonomie, de l'auto-organisation. &lt;i&gt;L'affirmation de la classe et l'&#233;mancipation du travail &#233;tait le contenu de ces mouvements, ce n'est que dans ce contenu et &#224; partir de lui que l'on peut comprendre sa crise et sa remise en cause&lt;/i&gt;. Rien d'&#233;tonnant alors &#224; ce que l'on ait vu appara&#238;tre une puissante affirmation autonome de la classe mais, ne sachant quoi faire d'elle-m&#234;me, elle n'a pas tranch&#233; durablement avec l'activit&#233; syndicale. En cela, elles diff&#232;rent fondamentalement des actions men&#233;es durant la p&#233;riode des ann&#233;es 1920.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&lt;a id=&#034;__RefHeading___Toc6387_155729733&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Le Mai rampant italien : l'ambig&#252;it&#233; du &#171; vogliamo tutti &#187; &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Italie, les revendications quantitatives des OS font sauter tout l'appareil conceptuel de l'id&#233;ologie ouvri&#232;re du travail. Au moyen de revendications quantitatives sans phrases, c'est tout le dispositif programmatique de la lutte de classe qui est min&#233;, mais non d&#233;pass&#233;. Il est exact que le d&#233;veloppement des luttes italiennes de 1962 &#224; 1975 sont d'une part le fait des franges r&#233;cemment prol&#233;taris&#233;es de la jeunesse, d'individus issus du milieu rural du sud et que c'&#233;tait une r&#233;volte clamant : &#171; &lt;i&gt;vogliamo tutti&lt;/i&gt; &#187;, mais, d'autre part, concr&#232;tement, cela s'exprimait par des revendications touchant &lt;i&gt;tous les aspects du travail&lt;/i&gt;. Ce qui est d&#233;terminant, ce n'est pas seulement l'origine de cette fraction de la classe ouvri&#232;re, mais simultan&#233;ment son arriv&#233;e dans la &#171; grande usine &#187;, dans le quartier ouvrier, etc. Cette immigration &lt;i&gt;interne&lt;/i&gt; s'int&#232;gre (souvent conflictuellement) &#224; une classe ouvri&#232;re structurellement en contrat &#224; dur&#233;e ind&#233;termin&#233; avec un emploi stable. Les syst&#232;mes de protection sociale sont plus ou moins garantis et les syst&#232;mes institutionnels encadrant la force de travail (pour le meilleur et pour le pire) fonctionnent. S'il s'agit d'une remise en cause interne au programmatisme, c'est que ce dernier, dans cette premi&#232;re phase de la subsomption r&#233;elle, est li&#233; &#224; une &#171; classe ouvri&#232;re stable &#187;. Par &#171; classe ouvri&#232;re stable &#187;, nous n'entendons pas le parcours individuel de tel ou tel prol&#233;taire ni m&#234;me de fractions du prol&#233;tariat, mais des structures d'exploitation et de reproduction d&#233;finissant la force de travail. En outre si cette fraction de la classe ouvri&#232;re jeune et venue du sud est importante dans les luttes des ann&#233;es 1960, il ne faut pas pour autant en surestimer l'importance au point d'en faire l'unique et &lt;i&gt;ind&#233;pendant&lt;/i&gt; acteur de ces luttes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les ouvriers peuvent &#171; tout vouloir &#187;, mais &#171; tout vouloir &#187; &lt;i&gt;en tant qu'ouvrier&lt;/i&gt; : g&#233;n&#233;raliser leur condition, &#233;manciper le travail, s'approprier les moyens de production, devenir classe dominante, etc. La classe ouvri&#232;re peut tout vouloir et le programmatisme &#234;tre la forme et le contenu ad&#233;quat de cette affirmation totale d'&#234;tre la soci&#233;t&#233;. Ce qui s'est pass&#233; en Italie (comme en France au m&#234;me moment mais d'une autre mani&#232;re) ne se limite pas &#224; cela, loin de l&#224;, mais &#171; vouloir tout &#187; ce n'est pas automatiquement &#234;tre au-del&#224; du programmatisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les luttes italiennes de la fin des ann&#233;es 1960 et du d&#233;but des ann&#233;es 1970, l'auto-organisation et l'autonomie contiennent leur remise en cause &#224; l'int&#233;rieur d'elles-m&#234;mes avant de se figer et de devenir la simple expression de l'existence du prol&#233;tariat comme limite de sa propre lutte en tant que classe. L'autonomie et l'auto-organisation &#233;taient, sur la base d'une identit&#233; ouvri&#232;re confirm&#233;e &#224; l'int&#233;rieur de la reproduction du capital, la pointe extr&#234;me du cycle de luttes s'achevant dans les ann&#233;es 1970, comportant leur propre critique et remise en cause dans leur manifestation m&#234;me. Cependant, ces critiques et remise en cause ne peuvent &#234;tre d&#233;tach&#233;es de ce dont elles sont la critique et de ce qui est remis en cause.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Entre d'une part, cette frange ouvri&#232;re constitu&#233;e par les jeunes ouvriers lumpenis&#233;s venus du sud et r&#233;put&#233;s imperm&#233;ables aux vieilles traditions ouvri&#232;res et &#224; la valeur du travail et, d'autre part, la classe ouvri&#232;re traditionnelle du nord encore habit&#233;e par l'identit&#233; ouvri&#232;re, c'est l'incompr&#233;hension et la franche hostilit&#233;. C'est exact, mais le tableau r&#233;el est nettement plus complexe ; on ne s'affronte jamais que lorsque l'on s'implique. Les luttes de cette &#171; frange &#187; sont les limites et les impasses de l'identit&#233; ouvri&#232;re. On ne peut s&#233;parer les termes de cette fa&#231;on tranch&#233;e, comme si &#224; l'ancien s'opposait quelque chose de radicalement nouveau, comme si les deux &#233;l&#233;ments &#233;taient &#233;trangers l'un &#224; l'autre de telle sorte que l'un des termes, pris en lui-m&#234;me annoncerait ou serait m&#234;me d&#233;j&#224; de l'ordre de &lt;i&gt;l'au-del&#224; de la &#171; perspective classiste &#187;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les gr&#232;ves annon&#231;ant celles qui eurent lieu durant &#171; l'automne chaud &#187; viennent de loin, ce n'est pas une classe ouvri&#232;re toute novice qui entre sur sc&#232;ne en 1969. Les actions de cette classe ouvri&#232;re sont imbriqu&#233;es &#224; l'int&#233;rieur de la mise en place m&#234;me du fordisme en Italie, dans l'apr&#232;s-seconde guerre mondiale. En 1959, dans l'industrie m&#233;tallurgique et m&#233;canique du Nord, la base se bat pour l'interdiction des heures suppl&#233;mentaires et pour la prise en compte de cette revendication par les syndicats. Durant ce m&#234;me mouvement, les ouvriers imposent aux trois grands syndicats italiens l'organisation de piquets de gr&#232;ve communs. Les mouvements de base contre les heures suppl&#233;mentaires &#233;clatent dans les entreprises du Nord tout au long de l'ann&#233;e 1960. A Turin, d&#232;s 1960, Panzieri&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Raniero Panzieri (Rome, 1921 &#8211; Turin, 9 octobre 1964). Il milite d'abord (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; souligne que des assembl&#233;es de base contestent aux syndicats la direction de la lutte. Par ailleurs, durant l'&#233;t&#233; 1960, des &#233;meutes &#233;clatent en Italie &#224; la suite de l'autorisation donn&#233;e par le gouvernement au MSI (neo-fasciste) de tenir son congr&#232;s &#224; G&#234;nes, la &#171; citadelle ouvri&#232;re &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est la plus jeune g&#233;n&#233;ration d'ouvriers qui est la plus d&#233;termin&#233;e dans ces affrontements. Il faut alors constater que les jeunes ouvriers fra&#238;chement arriv&#233;s du Sud laissent douze d'entre eux morts lors de ces &#233;meutes pour d&#233;fendre une &#171; citadelle ouvri&#232;re &#187;. Si les affrontements sont si violents c'est que comme l'&#233;crit &lt;i&gt;Quaderni Rossi&lt;/i&gt; dans un texte fond&#233; sur des interviews d'ouvriers : &#171; le fascisme &#233;voque le spectre de la domination de classe dans sa forme la plus pure &#187;. Un ouvrier d&#233;clare : &#171; Pour moi le fascisme c'est le patron &#187;. Les &#171; nouveaux ouvriers &#187; que certaines analyses pr&#233;sentent comme &#171; &#233;trangers aux traditions du mouvement ouvrier &#187;, non seulement sont loin de signifier la fin de la lutte de classe, mais encore s'inscrivent &#224; l'int&#233;rieur d'une tradition ouvri&#232;re et d'une identit&#233; ouvri&#232;re qu'ils &lt;i&gt;mettent en crise sans la d&#233;passer&lt;/i&gt;. Aux d&#233;buts des ann&#233;es 1960, les premiers num&#233;ros de &lt;i&gt;Quaderni Rossi&lt;/i&gt; qui tentent de cerner la nouveaut&#233; de ces luttes sont publi&#233;s avec la coop&#233;ration des sections locales &#224; Turin et Milan de la CGIL. Cette classe ouvri&#232;re dite sans tradition n'appara&#238;t pas subitement en 1969, c'est elle que l'on retrouve dans les luttes les plus dures, d&#232;s le milieu des ann&#233;es 1950, dans les usines les plus modernes du nord de l'Italie, o&#249; elle accompagne la mise en place et le fonctionnement du fordisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces nouvelles formes et revendications sont intriqu&#233;es avec les organisations du mouvement ouvrier. C'est &#224; une &lt;i&gt;conf&#233;rence de la f&#233;d&#233;ration turinoise du PSI&lt;/i&gt;, au d&#233;but de 1961, qu'Alquati, qui anime les &lt;i&gt;Quaderni Rossi&lt;/i&gt;, pr&#233;sente &lt;i&gt;L'enqu&#234;te sur FIAT&lt;/i&gt; o&#249; il d&#233;fend l'id&#233;e selon laquelle les ouvriers tendent &#224; passer d'une critique de leur travail individuel &#224; une remise en question de la rationalit&#233; de la division du travail dans l'entreprise consid&#233;r&#233;e dans sa totalit&#233;. Contre l'organisation du travail, les critiques des ouvriers r&#233;v&#232;lent de l'int&#233;r&#234;t pour la question de la gestion ouvri&#232;re, &#171; m&#234;me si ces jeunes ouvriers n'ont jamais entendu cette expression &#187;, conclut-il. Cependant, quand de nouvelles gr&#232;ves sauvages &lt;i&gt;sans revendications&lt;/i&gt; &#233;clatent &#224; la FIAT en 1963, Alquati lui-m&#234;me revient sur ses analyses pr&#233;c&#233;dentes et, contre &lt;i&gt;la CGIL qui d&#233;fend une perspective autogestionnaire&lt;/i&gt;, il soutient qu'une telle perspective est maintenant destin&#233;e &#224; limiter la lutte des ouvriers contre l'organisation du travail en voulant la leur faire prendre en charge, donc en d&#233;fendant la neutralit&#233; de l'organisation de la &#171; grande usine &#187; et des forces productives.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les interrogations d'Alquati ne refl&#232;tent pas qu'une &#233;volution th&#233;orique personnelle (sa critique, &#224; ce moment l&#224;, des th&#232;ses de &lt;i&gt;Socialisme ou Barbarie&lt;/i&gt;), elles sont significatives des contradictions de la lutte de classe dans cette p&#233;riode. Une identit&#233; ouvri&#232;re forte, confirm&#233;e dans la reproduction du capital existe sur la base de la &#171; grande usine &#187;, de l'int&#233;gration de la reproduction de la force de travail dans le cycle propre du capital. Mais, &lt;i&gt;les raisons m&#234;mes qui la font exister lui interdisent imm&#233;diatement tout d&#233;but de r&#233;alisation, de passage &#224; l'effectivit&#233;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne suffit pas d'&#234;tre un jeune prol&#233;taire venu du Sud et lump&#233;nis&#233; pour &#234;tre la critique de la valeur travail et pour &#234;tre dans son action la remise en cause des &#171; valeurs ouvri&#232;res &#187;. Encore faut-il que la p&#233;riode de la lutte de classe soit celle de la crise du programmatisme, sinon une telle chose serait survenue en Lorraine &#224; l'arriv&#233;e des Polonais ou &#224; D&#233;troit &#224; l'arriv&#233;e des Pi&#233;montais. Cela signifie que l'action de cette frange ne peut &#234;tre comprise en elle-m&#234;me, elle n'est pas autor&#233;f&#233;rentielle, elle ne tient pas le sens de son action d'elle-m&#234;me mais de la situation d'ensemble de la lutte de classe dans laquelle elle est immerg&#233;e et dont elle ne fait qu'exprimer les limites et les impasses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le cycle de luttes suivant (le cycle de luttes actuel) n'est pas la victoire de ces &#233;l&#233;ments &#171; radicalement nouveaux &#187; par leur accession &#224; l'ind&#233;pendance. Si l'on peut parler avec raison de l'anti-ouvri&#233;risme de mai 68, on ne peut en parler sans parler simultan&#233;ment de son ouvri&#233;risme et de cet anti-ouvri&#233;risme comme une d&#233;termination interne, une contradiction interne, de &lt;i&gt;cet&lt;/i&gt; ouvri&#233;risme &#224; &lt;i&gt;cette&lt;/i&gt; &#233;poque. Cet anti-ouvri&#233;risme avec, en France, son discours post ou crypto-situ, ou, en Italie, son contenu &#171; transversaliste-alicien &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La revue A/traverso, fond&#233;e &#224; Bologne en 1976, disparait en ao&#251;t 1981 apr&#232;s (&#8230;)&#034; id=&#034;nh10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, dispara&#238;t en m&#234;me temps que ce dont il n'est que la critique comme d&#233;termination interne. Plus fondamentalement, le refus du travail des ann&#233;es 1960 ou du d&#233;but des ann&#233;es 1970 n'est pas le m&#234;me que celui des ann&#233;es 1990 ou 2000. Le premier se r&#233;sout dans l'action revendicative ou une s&#233;paration d'avec la condition ouvri&#232;re, le second est une attaque de tout ce qui d&#233;finit cette condition comme attaque de ce que l'on est. En trente ans, on passe de Bologne 1977 aux &#233;meutes des banlieues fran&#231;aises de 2005 et d'ailleurs...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La remise en cause du cadre hi&#233;rarchique par les revendications &#233;galitaires, le fait de bousculer le rapport entre avant-garde active et masse passive par les cort&#232;ges ouvriers, mais aussi l'affirmation &#171; nous avons tous les m&#234;mes besoins &#187;, ne sont rien d'autre que la lutte revendicative et sa perspective : l'&#233;mancipation du travail. Le livre de Giachetti et Scavino sur les luttes &#224; Turin raconte tout cela, et significativement le titre demeure : &#171; La FIAT &lt;i&gt;aux mains des ouvriers&lt;/i&gt; (c'est nous qui soulignons) &#187; (&#201;d. Les nuits rouges, 2005). Mais, contrairement aux Comit&#233;s de fabrique de 1920, ils n'avaient rien &#224; en faire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'O.S., qu'il soit du Sud ou du Nord de l'Italie, de Biskra ou de Ouarzazate, n'a rien &#224; prendre en charge, n'a rien &#224; g&#233;rer, et ce qui le justifie et le fait encore agir comme membre d'un grand mouvement ouvrier est la n&#233;gation m&#234;me de l'autonomie n&#233;cessaire au moindre d&#233;but de r&#233;alisation d'une quelconque affirmation de lui-m&#234;me en tant qu'ouvrier et d'&#233;mancipation du travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette contradiction interne au cours de la lutte de classe appara&#238;t en Italie d'une fa&#231;on bien concr&#232;te, &#224; partir du milieu des ann&#233;es 1960, dans l'extension des luttes en dehors de l'usine. D'une part, la figure centrale de la classe ouvri&#232;re italienne, celle par qui est structur&#233;e toute la lutte de classe, est celle du Triangle industriel Milan &#8211; Turin &#8211; G&#234;nes et, dans ce Triangle, principalement les ouvriers productifs des grandes entreprises. D'autre part, une telle concentration implique et n'existe que par la socialisation et la massification de la classe ouvri&#232;re au-del&#224; du proc&#232;s de production imm&#233;diat. La lutte ouvri&#232;re c'est aussi la ville, les transports, le logement, toute la vie sociale. En englobant toute la vie quotidienne, la lutte de classe devient un refus de la condition ouvri&#232;re, mais elle n'englobe toute la vie quotidienne &lt;i&gt;qu'&#224; partir de l'usine&lt;/i&gt;, cette extension m&#234;me n'existe que sous le leadership, la tutelle de l'ouvrier de la grande usine : Turin, c'&#233;tait FIAT. Ce mouvement contient en fait une contradiction entre d'une part la figure centrale de l'identit&#233; ouvri&#232;re, encore dominante et structurant la lutte de classe, &#224; partir de laquelle il existe et, d'autre part, la lutte sur l'ensemble de la reproduction qui ne peut alors donner tout ce qu'elle contient, c'est-&#224;-dire la remise en cause de la condition ouvri&#232;re elle-m&#234;me, du fait du premier terme. La lutte sur le salaire est le lieu qui est celui de cette contradiction, l&#224; o&#249; elle devient concr&#232;te. Ce que les &lt;i&gt;operaistes&lt;/i&gt;, dans une probl&#233;matique et une perspective programmatique, ont th&#233;oris&#233; comme &#171; salaire politique &#187; ou &#171; auto-valorisation de la classe ouvri&#232;re &#187; &#233;tait, comme pratique, comme lutte particuli&#232;re, cette contradiction o&#249;, &#224; partir de sa situation m&#234;me comme ouvrier et, &lt;i&gt;&#224; l'int&#233;rieur de celle-ci&lt;/i&gt;, &#233;tait remise en cause sa reproduction en tant que tel. &lt;i&gt;La revendication du pouvoir ouvrier dans l'usine coexiste avec le refus de vivre en dehors comme un ouvrier et d'&#234;tre employ&#233; comme ouvrier dans cette usine m&#234;me&lt;/i&gt;. La lutte de classe se d&#233;veloppe dans cette configuration hautement instable et contradictoire dans laquelle c'est &lt;i&gt;le travail&lt;/i&gt; qui se refuse &#224; fonctionner, dans le capitalisme, comme &lt;i&gt;force de travail&lt;/i&gt;. L'autonomie en est le r&#233;sultat et l'utopie pratique : exister pour soi &lt;i&gt;comme travail&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&lt;a id=&#034;__RefHeading___Toc6389_155729733&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
En Italie, Espagne et ailleurs, l'auto-organisation et ses impasses&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La lutte de classe &lt;i&gt;exprime&lt;/i&gt; mais ne d&#233;passe pas les limites et les impasses de l'ancien cycle de lutte, celui de l'identit&#233; ouvri&#232;re, de l'autonomie, de l'auto-organisation. &lt;i&gt;Le &#171; refus du travail &#187; et &#171; l'auto-n&#233;gation du prol&#233;tariat &#187;&lt;/i&gt; (voir plus loin)&lt;i&gt; furent les ultimes appellations id&#233;ologiques de ces limites&lt;/i&gt;. Il faut voir l'intrication entre les luttes d'OS en Italie et les Comit&#233; Unitaires de Base (CUB) qui naissent dans ces luttes et sont impuls&#233;s par elles. Grisoni et Portelli dans leur livre &lt;i&gt;Luttes ouvri&#232;res en Italie de 1960 &#224; 1976&lt;/i&gt; (&#201;d. Aubier-Montaigne) r&#233;sument ainsi les choses : &#171; La formulation est malheureuse nous ne devrions pas titrer &lt;i&gt;nouvelles formes de lutte&lt;/i&gt;, mais nouveaux organes de lutte. En effet, les formes de lutte en 68-69 d&#233;pendent &#233;troitement de l'apparition d'organes ouvriers autonomes qui ont permis le d&#233;veloppement de nouveaux types de lutte. L'auto-organisation ouvri&#232;re (puis populaire) sera le trait saillant et d&#233;cisif de cette p&#233;riode. Autour de lui se distribue l'ensemble de la nouveaut&#233; politique en mati&#232;re d'intervention, de gestion, et d'action directe. A travers 'l'automne chaud' et les mois qui le pr&#233;c&#233;d&#232;rent, s'est affirm&#233;e, confirm&#233;e et renforc&#233;e l'autonomie ouvri&#232;re, c'est-&#224;-dire la capacit&#233; des travailleurs &#224; &#233;laborer leurs propres revendications, d'une part, et de l'autre, &#224; inventer, g&#233;rer, et organiser leurs propres modes d'intervention. La suite montrera que cette capacit&#233; a &#233;t&#233;, pour l'essentiel, &lt;i&gt;r&#233;cup&#233;r&#233;e par les organisations traditionnelles et utilis&#233;e pour leur compte comme force dynamique de transformation&lt;/i&gt; (soulign&#233; par nous). &#187; (&lt;i&gt;op&lt;/i&gt;. &lt;i&gt;cit&lt;/i&gt;., p.127). A propos des CUB, les auteurs poursuivent : &#171; Les CUB seront certainement la structure la plus originale en la mati&#232;re. Ils se sont d&#233;velopp&#233;s dans de nombreuses usines et ont acquis un solide enracinement ouvrier, pr&#233;figurant peut-&#234;tre, aux yeux des travailleurs, les premiers germes de la mise en &#339;uvre d'un pouvoir qu'ils avaient conscience de poss&#233;der mais n'avaient jamais pu exercer. &#187; (&lt;i&gt;idem&lt;/i&gt;, p.130).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, les secteurs ouvriers en lutte ont &#233;t&#233; incapables de cr&#233;er une assembl&#233;e unitaire et le mouvement a &#233;t&#233; r&#233;cup&#233;r&#233; par la CGIL et ses &#171; comit&#233;s d'atelier &#187;. L'&#233;chec ne tient pas &#224; un probl&#232;me ou &#224; un manque d'organisation, mais au fait que cette organisation ne d&#233;passe pas le processus d'affirmation ouvri&#232;re et en cela, dans cette fin des ann&#233;es 1960, &#224; la diff&#233;rence des ann&#233;es 1920, il implique &lt;i&gt;de lui-m&#234;me&lt;/i&gt; sa &#171; r&#233;cup&#233;ration &#187;. En effet, depuis les ann&#233;es 1920, la subsomption r&#233;elle est pass&#233;e par l&#224;. Si l'autonomie ne parvient pas au bout d'elle-m&#234;me, ne serait-ce qu'organisationnellement, c'est &#224; son contenu qu'elle le doit. Le probl&#232;me g&#233;n&#233;ral de cette p&#233;riode, &#224; la diff&#233;rence des ann&#233;es 1920, est pr&#233;cis&#233;ment dans le fait que, de par son contenu, l'autonomie implique sa r&#233;cup&#233;ration et qu'opposer la &#171; vraie &#187; autonomie &#224; l'autonomie &#171; r&#233;cup&#233;r&#233;e &#187; ne m&#232;ne &#224; rien. Le mouvement dit des &#171; autoconvocations &#187; en Italie en 1984 montre pr&#233;cis&#233;ment la scl&#233;rose de l'autonomie dans la d&#233;fense d'une &#171; composition de classe &#187; que la restructuration a d&#233;j&#224; largement boulevers&#233;e&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Durant l'hiver 1983-1984, un mouvement de gr&#232;ves spontan&#233;es impuls&#233;es par la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A la fin des ann&#233;es 1970, la persistance de l'appellation &lt;i&gt;Autonomie&lt;/i&gt; n'indique plus que le d&#233;calage entre la repr&#233;sentation id&#233;ologique et le niveau r&#233;ellement atteint par le mouvement. A Bologne, et ailleurs en Italie en 1977, l'usine n'est plus le centre de la lutte qui se situe au niveau de la reproduction d'ensemble du rapport social capitaliste. L'affrontement avec l'&#201;tat s'effectue au-del&#224; d'une probl&#233;matique de prise de pouvoir. Cependant, le discours est toujours celui d'une perspective d'affirmation ouvri&#232;re comportant sa remise en cause. Le mouvement se fracture entre secteurs &#171; privil&#233;gi&#233;s &#187; et pr&#233;caires, et se perd dans la critique de la vie quotidienne. Dans les ann&#233;es qui suivent, partout, l'auto-organisation devient purement et simplement une limite incontournable et n&#233;cessaire de la lutte de classe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;L'autonomie ne peut &#234;tre que programmatique&lt;/i&gt;, parce qu'elle est par nature l'autonomie &lt;i&gt;ouvri&#232;re&lt;/i&gt;. &lt;i&gt;Le mouvement de 1969 est toujours un mouvement d'affirmation du prol&#233;tariat et d'&#233;mancipation du travail. C'est sa caract&#233;risation dominante, ce n'est que dans cette caract&#233;risation dominante et &#224; partir d'elle que l'on peut comprendre ce qui alors en elle est sa remise en cause, son impossibilit&#233;&lt;/i&gt;. Ce sont ces m&#234;mes OS qui sabotent et organisent les d&#233;fil&#233;s qui se regroupent dans les CUB comme &#224; Pirelli ou se retrouvent &#224; l'Assembl&#233;e ouvriers-&#233;tudiants de Turin. C'est cette situation qui fait toute l'originalit&#233; et l'importance tant historique que th&#233;orique de cette p&#233;riode.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est le capital qui a g&#233;n&#233;ralis&#233; la condition de prol&#233;taire et ce dernier n'a rien &#224; lib&#233;rer, rien &#224; g&#233;rer, rien &#224; prendre en charge. Cependant, dans le m&#234;me mouvement, &lt;i&gt;dans sa reproduction&lt;/i&gt;, le capital lui conf&#232;re une existence pour lui-m&#234;me bien rep&#233;rable comme force collective et sociale l&#233;gitim&#233;e par la reproduction m&#234;me du capital &#224; lui contester la d&#233;finition de la soci&#233;t&#233;. L&#224; est, dans ses propres termes, l'impossibilit&#233; du programmatisme dans cette &#233;poque : ses vell&#233;it&#233;s d'existence, sa liaison essentielle avec le syndicalisme. Son &#233;chec existe dans sa condition d'existence. Durant toute cette p&#233;riode le programmatisme et sa critique sont intriqu&#233;s. Ce n'est qu'&#224; la condition que la contradiction entre le prol&#233;tariat et le capital comporte la production et reproduction d'une identit&#233; ouvri&#232;re que le capital lui-m&#234;me produit et confirme, dans sa propre reproduction, que la lutte du prol&#233;tariat peut avoir pour contenu, dans sa contradiction avec le capital en subsomption r&#233;elle, sa propre affirmation et l'&#233;mancipation du travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme nous l'avons vu, le principe de l'autonomie ouvri&#232;re, d&#233;fendu par la Gauche germano-hollandaise depuis les ann&#233;es 1920, tant comme pratique que comme th&#233;orie, est une crise de l'affirmation du prol&#233;tariat, disons une crise du programmatisme classique. En effet, dans l'autonomie, le processus r&#233;volutionnaire se situe en opposition, en rupture, avec toutes les m&#233;diations menant de la classe telle qu'elle est dans le mode de production capitaliste &#224; la r&#233;volution par transcroissance, mont&#233;e en puissance de la classe dans ce mode de production. Dans la dynamique autonome, la r&#233;volution r&#233;side dans toutes les pratiques du prol&#233;tariat pouvant manifester une rupture avec l'int&#233;gration et la d&#233;fense de sa condition &#224; l'int&#233;rieur de la reproduction du capital. Comme on le verra plus loin, l'auto-n&#233;gation du prol&#233;tariat ou &#224; l'extr&#234;me l'abandon de toute perspective classiste sont alors l'aboutissement id&#233;ologique de cette rupture, l'aboutissement de l'autonomie et de l'auto-organisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme l'avait annonc&#233; le mouvement des autoconvocations en Italie, en France, &#224; partir des coordinations cheminotes de 1986, l'auto-organisation devient la forme dominante de toutes les luttes, elle n'est plus rupture d'avec toutes les m&#233;diations par lesquelles la classe serait une classe du mode de production (rupture lib&#233;rant sa nature r&#233;volutionnaire), elle n'est plus qu'une forme radicale du syndicalisme. Toute lutte revendicative de quelque ampleur ou de quelque intensit&#233; est maintenant auto-organis&#233;e et autonome. Auto-organisation et autonomie sont devenues un simple moment du syndicalisme. L'auto-organisation et l'autonomie sont l'ultime id&#233;ologie programmatique sous laquelle op&#232;re une sorte de syndicalisme radical &#224; laquelle se r&#233;sume au mieux la plupart des th&#233;ories et pratiques r&#233;volutionnaires en circulation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De m&#234;me en Pologne, durant les &#233;meutes et gr&#232;ves de 1970, il n'existe aucune tentative gestionnaire. En revanche, en 1979 / 1980, apparaissent quelques balbutiements de volont&#233; de gestion ouvri&#232;re ou de &#171; contr&#244;le ouvrier &#187; et, dans &lt;i&gt;Solidarit&#233;&lt;/i&gt;, se forme une tendance dite &#171; autogestionnaire &#187; qui se scinde elle-m&#234;me en gauchistes et majoritaires. Les premiers amen&#233;s par Staniszki sont pour l'auto-organisation &#224; la base et font de la propagande sur le th&#232;me de l'autogestion. Les seconds, men&#233;s par Milewski, d&#233;veloppent le th&#232;me des &#171; travailleurs g&#233;rants &#187; (et non pas propri&#233;taires), contre la nomenklatura, ils sont pour l'autogestion de toutes les activit&#233;s sociales &lt;i&gt;sur la base des organisations syndicales&lt;/i&gt;. Une telle perspective trouve naturellement sa place &lt;i&gt;&#224; l'int&#233;rieur du syndicat&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec le mouvement des Assembl&#233;es en Espagne (1976-1977-1978), on peut dire que l&#224; aussi le mouvement autonome des travailleurs et l'auto-organisation se placent imm&#233;diatement en articulation avec le probl&#232;me de la place et de l'organisation du syndicalisme, m&#234;me s'il s'agit de la CNT (qui conna&#238;t &#224; ce moment l&#224; son grand d&#233;bat sur &#171; syndicat de masse &#187; ou &#171; syndicat d'action directe &#187;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A La Roca, c'est sur la question de la repr&#233;sentativit&#233; des d&#233;l&#233;gu&#233;s que le conflit &#233;clate. Le patronat refuse de reconna&#238;tre la repr&#233;sentativit&#233; des d&#233;l&#233;gu&#233;s &#233;lus en Assembl&#233;e qui avaient exig&#233; que tous les d&#233;l&#233;gu&#233;s d&#233;missionnent de leurs responsabilit&#233;s dans le syndicat officiel. Mais, apr&#232;s 95 jours de gr&#232;ve et l'&#233;chec des tentatives de cr&#233;er une &#171; solidarit&#233; active &#187;, La Roca demeurait une exception au c&#339;ur du Bajo Llobregat o&#249; vivait et travaillait un prol&#233;tariat respectueux de la strat&#233;gie syndicale du courant majoritaire des Commissions Ouvri&#232;res. Cette articulation avec le syndicalisme ne doit pas faire dispara&#238;tre le fait que le mouvement auto-organis&#233; des Assembl&#233;es s'est tr&#232;s souvent d&#233;velopp&#233; dans une nette confrontation avec les syndicats. Cependant si l'on regarde &#224; La Roca ou &#224; Vitoria le contenu de l'affrontement entre mouvement auto-organis&#233; et syndicats, on s'aper&#231;oit qu'il porte sur l'extension de la gr&#232;ve, sur sa &#171; popularisation &#187;. On retrouve le m&#234;me rapport dans la gr&#232;ve de la m&#233;tallurgie &#224; Sabadell : confront&#233;s &#224; l'initiative de la base ouvri&#232;re, les syndicats acceptent le recours &#224; l'Assembl&#233;e. Mais, en m&#234;me temps, ils r&#233;ussissent &#224; pr&#233;server l'autonomie bureaucratique des organes dirigeants de la gr&#232;ve (Assembl&#233;e de d&#233;l&#233;gu&#233;s) par rapport &#224; cette masse d'ouvriers militants. Il n'y avait pas un r&#233;el contr&#244;le de la base ouvri&#232;re sur l'Assembl&#233;e des d&#233;l&#233;gu&#233;s et sur la Commission repr&#233;sentative charg&#233;e de n&#233;gocier. Cette s&#233;paration et l'incapacit&#233; des travailleurs &#224; la surmonter en assurant eux-m&#234;mes la direction de la lutte permirent aux CCOO et &#224; l'USO de s'opposer aux appels &#224; la g&#233;n&#233;ralisation de la gr&#232;ve et de condamner la formation de piquets de gr&#232;ve.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'articulation imm&#233;diate du mouvement des assembl&#233;es lui-m&#234;me avec les syndicats n'est que le corollaire de la propre faiblesse de ses enjeux en tant que mouvement d'auto-organisation ouvri&#232;re. En 1978, les &#233;lections syndicales permirent de combler le vide laiss&#233; dans les usines par la dislocation des syndicats verticaux (franquistes). Ce qui &#233;claire a posteriori le mouvement des Assembl&#233;es lui-m&#234;me en tant que moment particulier de cette recomposition syndicale qui accompagne tout le mouvement. L'ensemble du mouvement des Assembl&#233;es se trouve confront&#233; &#224; une reprise en main syndicale (y compris de la part de la CNT qui &#233;limine ses &#171; conseillistes &#187; et autres &#171; spontan&#233;istes &#187;) car il s'est lui-m&#234;me, en pratique, constamment articul&#233; avec le probl&#232;me syndical en Espagne, dans la p&#233;riode 1976 / 1977. Contrairement aux apparences, l'auto-organisation, en tant que forme et contenu des luttes, fut extr&#234;mement faible. Le mouvement des Assembl&#233;es s'est constamment pos&#233; pratiquement le probl&#232;me du syndicalisme et non de l'autonomie par rapport aux syndicats, laissant les mains libres aux syndicats pour n&#233;gocier, ou pour agir quand l'usine est trop grande. Il para&#238;t &#233;vident en Espagne que l'appartenance de l'auto-organisation &lt;i&gt;comme perspective r&#233;volutionnaire&lt;/i&gt; &#224; une &#233;poque r&#233;volue ne laisse plus &#224; ses partisans le choix qu'entre la r&#233;cup&#233;ration manipulatrice (CNT) ou l'incantation (groupe &lt;i&gt;Bicicleta&lt;/i&gt; de Madrid ou &lt;i&gt;Autonomie ouvri&#232;re&lt;/i&gt; de Vigo).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La lutte de Vitoria (janvier-mars1976) est de nature l&#233;g&#232;rement diff&#233;rente. &#171; Vitoria a &#233;t&#233; dans ces mois de janvier &#224; mars 1976, une grande &#233;cole d'unit&#233; et de solidarit&#233; ouvri&#232;re, mais surtout, Vitoria a repr&#233;sent&#233; pour le reste de la classe travailleuse un mouvement qui a apport&#233; des id&#233;es nouvelles dans les sch&#233;mas d'organisation (&#8230;) dans le contenu politique des luttes ouvri&#232;res ; (&#8230;) les structures politiques qui sont apparues ici d&#233;passaient les projets orthodoxes du syndicalisme traditionnel. L'assembl&#233;e ouvri&#232;re &#233;lit ses repr&#233;sentants et peut les r&#233;voquer (&#8230;). La lutte y fut essentiellement politique : la classe ouvri&#232;re en fut consciente et elle a pos&#233; un rapport de pouvoir &#224; pouvoir. Peu apr&#232;s que les conflits eussent commenc&#233;, les positions strictement &#233;conomique &#233;taient d&#233;j&#224; d&#233;pass&#233;es (&#8230;) On est all&#233; jusqu'&#224; refuser des solutions particuli&#232;res pour chaque usine. Des Assembl&#233;es d'usine se tenaient dans les &#233;glises et dans les quartiers ouvriers ; des Assembl&#233;es de femmes et de quartiers prolif&#233;raient aussi. A un moment donn&#233;, on est arriv&#233; &#224; une situation o&#249; tout le peuple &#233;tait organis&#233; en Assembl&#233;es, dans une d&#233;mocratie de type totalement diff&#233;rent de la d&#233;mocratie bourgeoise formelle. (&#8230;) Il fut cr&#233;&#233; un &#233;norme r&#233;seau d'organisations de base &#8211; Assembl&#233;es d'usines, interentreprises, groupes de femmes, r&#233;unions de quartiers&#8230;, etc. &#8211; le tout embrassant l'ensemble de la vie sociale dans une ville moderne (&#8230;) Le processus d&#233;clenchant finalement la r&#233;pression brutale de l'&#201;tat capitaliste (quatre morts, plusieurs bless&#233;s, innombrables arrestations et licenciements). &#187; (&lt;i&gt;Spartacus&lt;/i&gt;, n&#176; 7). Dans le cas de la lutte de Vitoria, on est bien dans le cadre de l'auto-organisation ouvri&#232;re qui irrigue l'ensemble de la soci&#233;t&#233;. Mais si elle ne se d&#233;passe pas en tant que telle, l'auto-organisation &lt;i&gt;ouvri&#232;re&lt;/i&gt;, qui pose la question du pouvoir et de la reproduction d'ensemble du rapport social, se trouve renvoy&#233;e &#224; une existence de pouvoir alternatif. La g&#233;n&#233;ralisation de l'auto-organisation ouvri&#232;re devient pouvoir alternatif particulier et ne peut &#234;tre qu'irr&#233;m&#233;diablement battue. La lutte de Vitoria montre le moment du point de bascule entre l'auto-organisation avec son &#233;chec n&#233;cessaire et son d&#233;passement en mesures communisatrices. Il ne peut plus y avoir de perspective sociale ouvri&#232;re de &#171; double pouvoir &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au Portugal en 1974, si les luttes ouvri&#232;res et paysannes n'ont jamais remis en cause la circulation de l'argent, ni l'existence et le r&#244;le de l'&#201;tat (au contraire, les salari&#233;s se tournaient vers lui), les r&#233;cup&#233;rations d'entreprises furent tr&#232;s nombreuses, le plus souvent dans des industries pauvres, de technologie simple, employant une main-d'&#339;uvre peu qualifi&#233;e. En g&#233;n&#233;ral, ces occupations r&#233;pondaient &#224; une d&#233;claration de faillite, r&#233;elle ou fictive, &#224; la fermeture de l'entreprise par son propri&#233;taire. Cela ne signifie pas que ces mouvements sont sans importance ou qu'ils appartiennent au pass&#233;, comme le montre l'Argentine au d&#233;but des ann&#233;es 2000. Il ne s'agit pas d'invoquer la limite de ces mouvements en disant qu'ils n'ont pas aboli l'&#233;change et l'argent, on ne peut pas leur reprocher de ne pas faire ce qu'ils ne peuvent pas, par nature, faire. Comme ailleurs, le trait essentiel est bien, pour ces mouvements de se tourner imm&#233;diatement vers l'&#201;tat qui les &#233;limine plus ou moins pacifiquement d&#232;s qu'il s'est &#224; nouveau stabilis&#233;. C'est l&#224; que se situe l'essentiel de l'impossibilit&#233; de ces mouvements et de la manifestation de leurs limites si on les compare avec les ann&#233;es 1920 ou m&#234;me avec l'Espagne de 1936 / 1937. Ce type de mouvement peut toujours &#234;tre pr&#233;sent tout au long de la p&#233;riode actuelle mais ils ont irr&#233;m&#233;diablement perdu leur &#171; nature &#187; de perspective r&#233;volutionnaire. De m&#234;me, en Argentine, en 2002, les ouvriers sont rest&#233;s des ouvriers, les entreprises des entreprises, les marchandises des marchandises, &lt;i&gt;etc&lt;/i&gt;. M&#234;me &#171; r&#233;alis&#233; &#187;, le mythe de l'autogestion g&#233;n&#233;ralis&#233;e ayant &#171; aboli l'&#201;tat et la domination de la classe capitaliste &#187; ne serait toujours que la gestion des entreprises - de toutes les entreprises - et de leur liaison, de leurs &#233;changes, d'o&#249; rena&#238;traient la valeur et l'&#201;tat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis les ann&#233;es 68, et encore plus maintenant, il ne s'agit pas de dire que l'auto-organisation ou m&#234;me les tentatives de gestion ouvri&#232;re n'existent plus, mais il importe de faire ressortir des luttes de classe &lt;i&gt;telles qu'elles sont&lt;/i&gt; que l'autonomie et l'auto-organisation sont le premier acte de la r&#233;volution, mais que la suite s'effectue contre elles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'autonomie, comme perspective r&#233;volutionnaire se r&#233;alisant au travers de l'auto-organisation, est paradoxalement ins&#233;parable d'une classe ouvri&#232;re stable, bien rep&#233;rable &#224; la surface m&#234;me de la reproduction du capital, confort&#233;e dans ses limites et sa d&#233;finition par cette reproduction et reconnue en elle comme un interlocuteur l&#233;gitime. Elle est la pratique, la th&#233;orie et le projet r&#233;volutionnaires de l'&#233;poque du &#171; fordisme &#187;. Son sujet est l'ouvrier et elle suppose que la r&#233;volution communiste est sa lib&#233;ration, celle du travail productif. Elle suppose que les luttes revendicatives sont le marchepied de la r&#233;volution et qu'&#224; l'int&#233;rieur du rapport d'exploitation le capital reproduise et confirme une identit&#233; ouvri&#232;re. Tout cela a perdu tout fondement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne peut parler d'autonomie que si la classe ouvri&#232;re est capable de se rapporter &#224; elle-m&#234;me contre le capital et de trouver dans ce rapport &#224; soi les bases et la capacit&#233; de son affirmation comme classe dominante. L'autonomie suppose que la d&#233;finition de la classe ouvri&#232;re n'est pas un rapport mais lui est inh&#233;rente. Il s'agissait de la &lt;i&gt;formalisation de ce que l'on est dans la soci&#233;t&#233; actuelle comme base de la soci&#233;t&#233; nouvelle &#224; construire en tant que lib&#233;ration de ce que l'on est.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De la fin de la Premi&#232;re Guerre mondiale jusqu'au d&#233;but des ann&#233;es 1970, l'autonomie et l'auto-organisation n'&#233;taient pas simplement la gr&#232;ve sauvage et un rapport plus ou moins conflictuel avec les syndicats. L'autonomie &#233;tait le projet d'un processus r&#233;volutionnaire allant de l'auto-organisation &#224; l'affirmation du prol&#233;tariat comme classe dominante de la soci&#233;t&#233;, au travers de la lib&#233;ration et de l'affirmation du travail comme organisation de la soci&#233;t&#233;. En d&#233;gageant la &#171; v&#233;ritable situation &#187; de la classe ouvri&#232;re de son int&#233;gration dans le mode production capitaliste, repr&#233;sent&#233;e par toutes les institutions politiques et syndicales, l'autonomie &#233;tait la r&#233;volution en marche, la r&#233;volution &lt;i&gt;potentielle&lt;/i&gt;. Si cela &#233;tait explicitement le propos de l'ultragauche, ce n'&#233;tait pas qu'une id&#233;ologie. L'ultragauche, les forces syndicales, les grands partis communistes, les puissantes socil-d&#233;mocraties ont appartenu au &lt;i&gt;m&#234;me monde,&lt;/i&gt; celui du mouvement ouvrier, de la r&#233;volution comme affirmation de la classe. L'affirmation de l'&#234;tre v&#233;ritablement r&#233;volutionnaire qui se manifestait dans l'autonomie n'aurait pu avoir le moindre d&#233;but de r&#233;alit&#233; s'il n'avait pas &#233;t&#233; le &#171; bon c&#244;t&#233; d&#233;sali&#233;n&#233; &#187; de la m&#234;me r&#233;alit&#233; qui vivait dans un puissant mouvement ouvrier &#171; encadrant &#187; la classe. Le mouvement ouvrier &#233;tait lui aussi la garantie de l'ind&#233;pendance de la classe pr&#234;te &#224; r&#233;organiser le monde &#224; son image, il suffisait de r&#233;v&#233;ler &#224; cette puissance sa v&#233;ritable nature, en la d&#233;bureaucratisant, en la d&#233;sali&#233;nant. Il n'&#233;tait pas rare que les ouvriers passent de la constitution, n&#233;cessairement &#233;ph&#233;m&#232;re, d'organisations autonomes de luttes &#224; l'univers parall&#232;le du stalinisme triomphant ou, en Europe du Nord, dans le giron de puissants syndicats. Autonomie et mouvement ouvrier se nourrissaient et se confortaient mutuellement. Le dirigeant stalinien &#233;tait peut-&#234;tre &#171; le pendant ouvrier du patron de droit divin &#187;, mais il &#233;tait aussi le pendant &lt;i&gt;institutionnel&lt;/i&gt; de l'autonomie. &lt;i&gt;L'auto-organisation comme th&#233;orie r&#233;volutionnaire avait un sens dans les conditions exactement &lt;/i&gt;&lt;i&gt;identiques &#224; celles qui structuraient le &#171; vieux mouvement ouvrier &#187;&lt;/i&gt;. L'auto-organisation c'est la lutte auto-organis&#233;e &lt;i&gt;acvec son prolongement n&#233;cessaire &lt;/i&gt;l'auto-organisation des producteurs, en un mot le travail lib&#233;r&#233;, en un mot encore, la valeur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien au contraire, actuellement, dans chacune de ses luttes, le prol&#233;tariat voit son existence comme classe s'objectiver dans la reproduction du capital comme quelque chose qui lui est &#233;tranger et que, dans sa lutte, il peut &#234;tre amen&#233; &#224; remettre en cause. Dans l'activit&#233; du prol&#233;tariat, &#234;tre une classe devient une contrainte ext&#233;rieure objectiv&#233;e dans le capital : &#234;tre une classe devient l'obstacle que sa lutte en tant que classe doit franchir. Cet obstacle poss&#232;de une r&#233;alit&#233; claire et facilement rep&#233;rable, c'est &lt;i&gt;l'auto-organisation&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;l'autonomie&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne peut parler d'autonomie que si la classe ouvri&#232;re est capable de se rapporter &#224; elle-m&#234;me contre le capital et de trouver dans ce rapport &#224; soi les bases et la capacit&#233; de son affirmation comme classe dominante. L'autonomie suppose que la d&#233;finition de la classe ouvri&#232;re n'est pas un rapport mais lui est inh&#233;rente. Il s'agissait de la &lt;i&gt;formalisation de ce que l'on est dans la soci&#233;t&#233; actuelle comme base de la soci&#233;t&#233; nouvelle &#224; construire en tant que lib&#233;ration de ce que l'on est&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034; id='L-OBSOLESCENCE-DE-L-ULTRAGAUCHE-ET-LE-COURS-CHAOTIQUE-DES-RUPTURES-THEORIQUES'&gt;
&lt;a id=&#034;__RefHeading___Toc6391_155729733&#034;&gt;&lt;/a&gt;
L'OBSOLESCENCE DE L'ULTRAGAUCHE ET LE COURS CHAOTIQUE DES RUPTURES TH&#201;ORIQUES&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le mouvement de 1968 en France a tout contest&#233; sans aller au-del&#224; de l'exigence du &#171; pouvoir aux travailleurs &#187;. Les vieux slogans de la gestion ouvri&#232;re ont ressurgi, m&#234;l&#233;s &#224; ceux plus modernes des &#171; situs &#187; qui, dans une expression parfaite de la situation, exaltaient &lt;i&gt;&#224; la fois&lt;/i&gt; le pouvoir ouvrier et le refus du travail ! Les gr&#232;ves sauvages se sont ensuite multipli&#233;es dans plusieurs pays d&#233;velopp&#233;s. Mais la tendance gestionnaire d'autres gr&#232;ves, celles-l&#224; bien encadr&#233;es par les syndicats (comme celle de Lip&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le 17 avril 1973, les ouvriers de l'entreprise d'horlogerie Lip &#224; Besan&#231;on (&#8230;)&#034; id=&#034;nh12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;), indiquait &#224; l'&#233;vidence la n&#233;cessit&#233; d'une clarification du contenu de la r&#233;volution. La propagande autogestionnaire ou conseilliste &#233;tait plus que jamais &#224; c&#244;t&#233; de la question. L'autogestion rassemble tous les travailleurs comme salari&#233;s et reproduit donc toutes les cat&#233;gories du capital, celui-ci est mat&#233;rialis&#233; dans les structures de la machinerie, dans l'habitat, dans les familles &#233;triqu&#233;es, etc. Une autogestion g&#233;n&#233;ralis&#233;e signifierait donc une acceptation g&#233;n&#233;ralis&#233;e du capitalisme. Il apparait que c'&#233;tait l'&#233;conomie qu'il s'agissait de d&#233;truire, on commen&#231;a &#224; parler de communisation qui si elle ne se fait pas en un jour, d&#232;s le d&#233;but est la prise de mesures communistes irr&#233;versibles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme on l'a vu, la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale de Mai n'a pas cr&#233;&#233; d'organes sp&#233;cifiques ressemblant m&#234;me de loin &#224; cette mythique &#171; forme enfin trouv&#233;e de l'&#233;mancipation du prol&#233;tariat &#187; : elle n'a cr&#233;&#233; ni des organes communaux, ni des organes d'entreprise de sa dictature. De plus, les gr&#232;ves sauvages, parfois sans revendications, qui se multipliaient aux &#201;tats-Unis et en Europe occidentale ne manifestaient pas une tendance bien nette des travailleurs &#224; prendre en mains la production. Sous la subsomption r&#233;elle du capital dispara&#238;t toute perspective autogestionnaire. La conscience d'ouvrier ou de producteur de valeurs d'usage disparait sous la conscience de prol&#233;taire ou de producteur de plus-value. La r&#233;alit&#233; historique des conseils &#233;tait devenue id&#233;ologie dans l'interpr&#233;tation conseilliste faisant de l'organisation des travailleurs dans et &#224; partir de l'entreprise la destruction des rapports de production capitalistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les conseillistes continuaient pourtant &#224; opposer la gestion ouvri&#232;re &#224; la gestion capitaliste, sans se demander si ces deux formes si oppos&#233;es en apparence n'ont pas en r&#233;alit&#233; le m&#234;me contenu : la non-abolition du travail salari&#233;, de l'&#233;change, et de la m&#233;diation politique, c'est-&#224;-dire la reproduction du rapport d'exploitation. Pour eux, l'autonomie des luttes ouvri&#232;res, l'auto-organisation des travailleurs en dehors des syndicats et contre eux, &#233;tait le crit&#232;re suffisant pour d&#233;cider si les luttes allaient ou non dans le bon sens : celui de l'arrachement &#224; la classe capitaliste de l'appareil productif et de la mise en place, &#224; travers la construction du pouvoir international des Conseils, de la gestion ouvri&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Il fallut donc reprendre toutes ces questions &#224; la base&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pannekoek et tous les th&#233;oriciens de r&#233;f&#233;rence de l'Ultragauche avaient substitu&#233; &#224; l'encadrement du prol&#233;tariat par le parti son auto-&#233;ducation dans la lutte historique, r&#233;duisant ainsi le processus de caducit&#233; de la valeur, la contradiction en proc&#232;s qu'est le d&#233;veloppement du capital, &#224; une accumulation d'exp&#233;riences du prol&#233;tariat se rapprochant tant&#244;t &#224; petits pas et tant&#244;ts par bonds de son essence r&#233;volutionnaire postul&#233;e. Malgr&#233; cette opposition constante des conseillistes &#224; la conception l&#233;niniste du parti, leur perspective restait &#233;galement programmatique, puisqu'il y avait toujours une nature r&#233;volutionnaire du prol&#233;tariat ainsi qu'une reprise prol&#233;tarienne du d&#233;veloppement et des cat&#233;gories du capital.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, ce d&#233;gagement des apories de l'ultragauche qui commence, en France, dans la foul&#233;e de Mai 68 reprend la formule &#233;sot&#233;rique de Marx affirmant que &#171; le prol&#233;tariat est r&#233;volutionnaire ou n'est rien &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cette formule est abondamment reprise en dehors de son contexte pour dire (&#8230;)&#034; id=&#034;nh13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Le &lt;i&gt;prol&#233;tariat&lt;/i&gt; se manifestant seulement dans les moments de possible rupture &#233;tait distingu&#233;, dans une solution de continuit&#233;, de la force de travail ou de la &lt;i&gt;classe ouvri&#232;re&lt;/i&gt; normalement soumise au capital. C'est au travers d'une cascade de probl&#232;mes th&#233;oriques, chaque solution se r&#233;v&#233;lant &#234;tre une nouvelle question qu'&#233;mergea pleinement la th&#233;orie de la r&#233;volution comme communisation, c'est-&#224;-dire autrement que &lt;i&gt;le projet ahistorique et normatif qu'elle fut d'abord &lt;/i&gt;(la vraie nature enfin r&#233;v&#233;l&#233;e de la r&#233;volution et du communisme).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&lt;a id=&#034;__RefHeading___Toc6393_155729733&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Communisme par impossibilit&#233; et humanisme&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&lt;a id=&#034;__RefHeading___Toc5144_1157974120&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
(classe ouvri&#232;re et prol&#233;tariat)&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la d&#233;composition de tout ce cycle historique pour lequel la r&#233;volution &#233;tait la mont&#233;e en puissance de la classe ouvri&#232;re et son affirmation comme classe dominante, s'imposait comme une &#233;vidence que la r&#233;volution devait &#234;tre l'abolition de toutes les classes, c'est-&#224;-dire fondamentalement la n&#233;gation du prol&#233;tariat par lui-m&#234;me. Mais, l'impossibilit&#233; du programmatisme a d'abord &#233;t&#233; imm&#233;diatement et spontan&#233;ment identifi&#233;e avec l'abolition du capital et de toutes les classes. Les manifestations de l'impossibilit&#233; de l'affirmation devenaient &lt;i&gt;ipso facto&lt;/i&gt; la r&#233;volution comme d&#233;passement de toutes les classes. Le communisme n'&#233;tait plus qu'une &#171; solution &#187; par impossibilit&#233; : impossibilit&#233; de l'affirmation du prol&#233;tariat identifi&#233;e imm&#233;diatement &#224; la n&#233;gation du prol&#233;tariat par lui-m&#234;me ; impossibilit&#233; pour le capital &#224; se d&#233;barrasser de la valeur identifi&#233;e imm&#233;diatement &#224; la capacit&#233; du prol&#233;tariat &#224; le faire. Dans ce dispositif th&#233;orique, quand il s'agissait de la classe ouvri&#232;re, il ne pouvait &#234;tre question de r&#233;volution et quand il s'agissait de r&#233;volution, il ne pouvait &#234;tre question de la classe ouvri&#232;re, d'o&#249; la &#171; trouvaille th&#233;orique &#187; de la classe ouvri&#232;re &lt;i&gt;et&lt;/i&gt; du prol&#233;tariat, consistant &#224; opposer classe ouvri&#232;re (capital variable) et prol&#233;tariat (irreproductibilit&#233; r&#233;volutionnaire). Une fois distingu&#233; et m&#234;me oppos&#233; ce qui fait du prol&#233;tariat une classe de ce mode de production et ce qui en fait une classe r&#233;volutionnaire, la th&#233;orie de la r&#233;volution ne pouvait devenir qu'une phras&#233;ologie. Dans cette construction conceptuelle, le prol&#233;tariat se trouvant &#234;tre un &lt;i&gt;concept vide&lt;/i&gt;, l'humanisme est venu le remplir pour que le syst&#232;me jusque l&#224; fonctionnant &#224; l'impossibilit&#233; retrouve une positivit&#233;. La question, jamais r&#233;solue car insoluble, &#233;tait alors de savoir quelle est cette essence humaine s'incarnant dans la situation de classe. La construction avouait elle-m&#234;me son blocage par l'affirmation de son incapacit&#233; &#224; parler dans le pr&#233;sent et l'existant de la r&#233;volution : le pr&#233;sent et la r&#233;volution se trouvaient dans une situation logique d'exclusion r&#233;ciproque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ce qui concerne le probl&#232;me du &lt;i&gt;contenu de la r&#233;volution&lt;/i&gt;, cette critique du conseillisme montrait bien qu'il ne s'agissait pas d'opposer la gestion ouvri&#232;re &#224; la gestion bureaucratique mais de s'attaquer, pour &#233;craser les forces de la contre-r&#233;volution, aux rapports de production capitalistes : au travail salari&#233;, &#224; l'&#233;change marchand, &#224; la division en secteurs et entreprises. La r&#233;volution restait en derni&#232;re analyse affirmation subjective de l'essence r&#233;volutionnaire de la classe ou &lt;i&gt;saut du prol&#233;tariat hors de son existence dans le capital&lt;/i&gt;. La r&#233;volution comme communisation n'&#233;tait pas ancr&#233;e dans les limites et les contradictions internes de la lutte des classes parce qu'elle n'&#233;tait pas le simple produit du d&#233;veloppement de la contradiction qu'est l'exploitation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour sortir de l&#224;, il fallait reconna&#238;tre, voir, ce qui se passait : la restructuration du mode de production capitaliste, c'est-&#224;-dire de l'exploitation, de la contradiction entre le prol&#233;tariat et le capital, la formation d'un nouveau cycle de luttes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Il fallait rouvrir l'histoire&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il fallait r&#233;cuser toute nature r&#233;volutionnaire du prol&#233;tariat, toute dialectique r&#233;volutionnaire transhistorique s'incarnant dans cette nature : les deux mamelles de l'id&#233;ologie humaniste. Il s'agissait de tout ramener &#224; l'exploitation comme contradiction historique d&#233;termin&#233;e et &#224; l'implication r&#233;ciproque entre le prol&#233;tariat et le capital. A cette unique condition, la question de la relation des luttes actuelles &#224; la r&#233;volution pouvait redevenir une question ouverte, c'est-&#224;-dire non t&#233;l&#233;ologique. Elle n'&#233;tait subsum&#233;e sous aucune autre, elle &#233;tait&lt;i&gt; &lt;/i&gt;trait&#233;e&lt;i&gt; dans ses propres termes imm&#233;diats&lt;/i&gt; ; son occultation par la nature r&#233;volutionnaire de la classe &#233;tait supprim&#233;e ainsi que l'analyse th&#233;orique comme suite de jugements port&#233;s de fa&#231;on normative sur la lutte des classes telle qu'elle est au nom des potentialit&#233;s qui seraient contenues dans cette nature. Dans ce cas de figure, la question est r&#233;solue parce qu'on a tout fait pour qu'elle ne se pose pas. Il suffit d'attendre que, dans ces oscillations, au travers de ses avanc&#233;es et de ses &#233;checs, la lutte du prol&#233;tariat co&#239;ncide avec son &lt;i&gt;mod&#232;le&lt;/i&gt;, lui-m&#234;me conforme &#224; cette nature (ce qui a force d'essayer ne saurait manquer de se produire).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette critique humaniste du conseillisme refusait toute apologie du prol&#233;tariat &#171; tel qu'il est &#187;, c'est-&#224;-dire toute politique de d&#233;fense de la condition ouvri&#232;re, d'autre part, elle affirmait que le communisme n'est pas la ma&#238;trise prol&#233;tarienne du d&#233;veloppement capitaliste, mais la suppression du salariat, de l'&#233;change, et de l'&#201;tat, la suppression de toutes les classes. Cependant, cette critique conservait bien des traits du programmatisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le prol&#233;tariat, dans son nouvel &#171; assaut &#187;, ne tendait pas &#224; g&#233;rer la soci&#233;t&#233; capitaliste, mais pas plus &#224; &#171; prendre des mesures communistes irr&#233;versibles &#187;. C'est parce que la situation &#233;tait &lt;i&gt;en pratique&lt;/i&gt; paradoxale, qu'elle produisait une &lt;i&gt;th&#233;orie&lt;/i&gt; paradoxale : un &lt;i&gt;n&#233;o-programmatisme impossible&lt;/i&gt;, o&#249; la r&#233;volution &#233;tait cens&#233;e s'accomplir en deux temps. Tout d'abord le &lt;i&gt;prol&#233;tariat&lt;/i&gt; &#8211; l'incarnation n&#233;gative de l'humanit&#233; communiste future &#8211; se s&#233;pare de la classe ouvri&#232;re qui n'est que la fraction variable du capital et m&#234;me, &#224; la limite, une classe contre-r&#233;volutionnaire. Comme n&#233;gatif de l'humanit&#233;, le prol&#233;tariat peut seulement commencer &#224; s'attaquer aux rapports sociaux capitalistes, il ne peut fonder la communaut&#233; humaine. Il faut donc, dans un second temps que, dans la crise, se forme &#224; partir de cette classe encore limit&#233;e, encore particuli&#232;re, une &#171; classe universelle &#187; identique &#224; &lt;i&gt;l'humanit&#233;&lt;/i&gt;, donc enfin positivement communiste. Le probl&#232;me de cette &#171; solution &#187;, c'est que l'ajout d'une &#233;tape suppl&#233;mentaire entre la crise r&#233;volutionnaire et son d&#233;nouement ne nous fait pas sortir de l'impasse du programme. Elle nous y enferme, par le d&#233;tour d'une surench&#232;re sp&#233;culative qui atteint son apog&#233;e et son blocage dans l'investissement de l'auton&#233;gation par l'humanisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&lt;a id=&#034;__RefHeading___Toc6395_155729733&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Auton&#233;gation et humanisme&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque c'est dans la critique de tout ce qui &#171; l'articule &#187; comme classe du mode de production capitaliste que, dans la vision conseilliste et auto-organisationnelle, le prol&#233;tariat se pose comme classe r&#233;volutionnaire, le vers est d&#233;j&#224; dans le fruit. Il en sortit, au d&#233;but des ann&#233;es 70, sous la forme de l'id&#233;ologie de l'auton&#233;gation du prol&#233;tariat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Durant la &#171; p&#233;riode 68 &#187;, la liaison des pratiques imm&#233;diates du prol&#233;tariat avec la r&#233;volution au travers de tout ce qui &#233;tait rupture d'avec les m&#233;diations politiques et syndicales exprimant l'int&#233;gration de sa d&#233;fense et de sa reproduction dans le cycle propre du capital, s'est trouv&#233;e investie, comme contenu, par son d&#233;bouch&#233; logique, mais simultan&#233;ment contradictoire : &lt;i&gt;l'auton&#233;gation du prol&#233;tariat&lt;/i&gt;. Cette jonction, en tant que telle, se voulait d&#233;passement de toutes les cat&#233;gories sociales pr&#233;&#233;tablies. Elle embrassait l'ensemble de la reproduction sociale et contenait la critique de toutes les formes d'ali&#233;nation. Le paroxysme de cette probl&#233;matique fut atteint lorsque, comme les situationnistes en 1968-1969, on chercha &#224; concilier conseillisme, autogestion g&#233;n&#233;ralis&#233;e et auton&#233;gation du prol&#233;tariat. Mai 68, c'est le moment de l'ancien cycle de luttes o&#249; les termes de la contradiction interne de ce cycle sont parvenus &#224; leur point de rencontre maximum, ce qui a fait la force paradoxale et la joie m&#234;me de ce moment : &lt;i&gt;s'affirmer en niant sa situation dans le mode de production capitaliste&lt;/i&gt;. L'auto-organisation et l'auton&#233;gation du prol&#233;tariat ont alors &#233;t&#233; les expressions conceptuelles de cette impossibilit&#233; de la r&#233;volution dans les termes m&#234;mes o&#249; elle se posait, et non comme rapport &#224; une norme de la vraie r&#233;volution ou, pire, &#224; des conditions immatures. C'&#233;tait l&#224; l'impossibilit&#233; de la r&#233;volution exprim&#233;e &lt;i&gt;dans ses propres termes historiques sp&#233;cifiques&lt;/i&gt;. Le point de rencontre maximum de ces termes a pu &#234;tre le contenu d'un mouvement social, &#224; l'int&#233;rieur duquel ces deux aspects corollaires de l'ancien cycle ont &lt;i&gt;&#233;ph&#233;m&#232;rement&lt;/i&gt; coexist&#233;s et pu s'interp&#233;n&#233;trer, mais dans une implication r&#233;ciproque d&#233;finissant une unit&#233; contradictoire dans laquelle chacun est la limite de l'autre, et par l&#224; signifie l'impossibilit&#233; globale de la r&#233;volution dans ce cycle. Ce fut la fugace beaut&#233; de cette p&#233;riode : le &#171; pouvoir ouvrier &#187; et le &#171; refus du travail &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La n&#233;gation du prol&#233;tariat par lui-m&#234;me fut momentan&#233;ment la &#171; solution &#187; apport&#233;e aux apories de l'ancien cycle de luttes. Avec le passage du capital en subsomption r&#233;elle, le probl&#232;me de la d&#233;finition du prol&#233;tariat comme classe r&#233;volutionnaire s'&#233;tait consid&#233;rablement obscurci du fait que la reproduction et la d&#233;fense de la condition prol&#233;tarienne &#233;taient int&#233;gr&#233;es dans la reproduction du capital. D&#232;s les ann&#233;es 1920, il fallut alors reconna&#238;tre que l'on ne pouvait plus passer directement de ce que la classe est dans la soci&#233;t&#233; capitaliste &#224; la r&#233;volution. Cette transformation a d&#233;bouch&#233; sur une critique pratique de la relation pouvant relier, &lt;i&gt;au travers d'un processus continu&lt;/i&gt; , d'un c&#244;t&#233; la classe d&#233;finie dans le capital et, d'un autre c&#244;t&#233;, la r&#233;volution, critique qu'exprim&#232;rent dans les ann&#233;es 20 les positions les plus radicales de la Gauche germano-hollandaise ou de la Gauche italienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est dans cette critique que s'enracine la notion d'auton&#233;gation du prol&#233;tariat ; elle exprime dans l'ancien cycle de luttes cette impossibilit&#233; d'un processus continu menant de la d&#233;fense de la condition prol&#233;tarienne &#224; la r&#233;volution. Face &#224; cette situation dans laquelle la d&#233;fense de la condition ouvri&#232;re n'est plus, dans le processus d'un cycle de luttes, l'antichambre de la r&#233;volution, il &#233;tait devenu commode d'opposer la situation de classe qui d&#233;finit le prol&#233;tariat dans le mode de production capitaliste &#224; sa v&#233;ritable nature r&#233;volutionnaire qui n'existerait et n'appara&#238;trait qu'en rupture avec son existence et son action de classe sp&#233;cifique du mode de production, v&#233;ritable nature que sa reproduction de classe masquerait. D'autant plus que la seule liaison pouvant alors exister entre la pratique imm&#233;diate de la classe dans le mode de production capitaliste et la r&#233;volution r&#233;sidait dans toutes les pratiques pouvant manifester la rupture avec l'int&#233;gration de sa d&#233;fense et de sa reproduction : la conqu&#234;te de son autonomie. &lt;i&gt;L'auton&#233;gation du prol&#233;tariat fut alors l'aboutissement et le corollaire paradoxal de l'autonomie, de l'auto-organisation&lt;/i&gt;. Ce n'&#233;tait qu'en s'opposant &#224; ce qui pouvait le d&#233;finir comme classe du mode de production capitaliste que le prol&#233;tariat pouvait &#234;tre r&#233;volutionnaire. Naturellement, le &#171; refus du travail &#187;, les &#233;meutes, les pillages, les gr&#232;ves sans revendication, devenaient l'activit&#233; par excellence sur laquelle pouvait se fonder cette auton&#233;gation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette conception de la r&#233;volution comme auton&#233;gation du prol&#233;tariat se d&#233;pouillant de son caract&#232;re de classe du mode de production capitaliste s'accompagne d'une incompr&#233;hension totale de la contradiction entre le prol&#233;tariat et le capital. On ne saisit pas que c'est de par ce qui en fait une classe de la soci&#233;t&#233; capitaliste, l'exploitation, que le prol&#233;tariat est une classe r&#233;volutionnaire ; on n'identifie pas le d&#233;veloppement du capital au cours de la contradiction. On en revient toujours &#224; opposer une nature r&#233;volutionnaire du prol&#233;tariat &#224; un d&#233;veloppement du capital qui n'aurait de signification historique que comme accumulation de conditions. L'auton&#233;gation fonctionne en faisant de la dynamique du rapport contradictoire entre les classes une &lt;i&gt;contradiction interne&lt;/i&gt; &#224; l'un de ses termes, le prol&#233;tariat. Cette contradiction interne c'est le plus souvent la &lt;i&gt;dimension humaine&lt;/i&gt; du prol&#233;tariat qui, oppos&#233;e &#224; sa situation de classe r&#233;duite &#224; &#234;tre du &#171; capital variable &#187;, devient la d&#233;termination &#224; laquelle se r&#233;f&#232;re le &#171; refus du travail &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En investissant le prol&#233;tariat d'une dimension humaine, l'abolition des classes est pos&#233;e comme existant &#224; l'&#233;tat latent dans celui-ci. Si le prol&#233;tariat peut abolir les classes durant la r&#233;volution c'est parce qu'en lui-m&#234;me il &#233;tait d&#233;j&#224; l'abolition des classes, cette fameuse &#171; classe qui n'en est pas une &#187;...&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La th&#232;se selon laquelle le prol&#233;tariat est &#171; une classe de cette soci&#233;t&#233; qui (&#8230;)&#034; id=&#034;nh14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; On voit bien ici la diff&#233;rence entre le programme classique et l'auton&#233;gation comme concept final de l'ancien cycle, comme sa fin th&#233;orique : pour le premier la dimension humaine du prol&#233;tariat est ins&#233;parable de son appartenance de classe, c'est l'humanit&#233; du travail productif ; pour la seconde elle en est radicalement s&#233;par&#233;e, s&#233;paration qui va jusqu'&#224; la contradiction et au d&#233;passement de l'un par l'autre. Le prol&#233;tariat nierait sa position de classe, se r&#233;v&#232;lerait comme humain et alors serait r&#233;volutionnaire. En fait, la classe n'est plus alors que le d&#233;positaire &lt;i&gt;enfin ad&#233;quat&lt;/i&gt; d'une dynamique pr&#233;sidant depuis la nuit des temps au d&#233;roulement de l'histoire comme &#171; tension &#224; la communaut&#233; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'appartenance de classe devient une simple liaison qui fonctionne quand la soci&#233;t&#233; se reproduit, qui se brise quand il y a crise laissant la voie libre &#224; l'individu humain qui sommeille dans chaque prol&#233;taire. En fait il y a l&#224; une totale incapacit&#233; &#224; concevoir l'action du prol&#233;tariat en tant que classe d&#233;finie par le mode de production capitaliste autrement que comme affirmation d'elle-m&#234;me et &#224; concevoir la reproduction du capital comme une contradiction, et non une occultation de la contradiction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; la fin des ann&#233;es1970 et au d&#233;but des ann&#233;es 1980, la restructuration du rapport entre le prol&#233;tariat et le capital a r&#233;solu et d&#233;pass&#233; la situation exprim&#233;e de la fa&#231;on la plus radicale dans ces concepts. En donnant une autre r&#233;ponse &#224; la question centrale de la th&#233;orie du communisme (&#171; comment le prol&#233;tariat agissant strictement en tant que classe peut-il produire l'abolition du capital et des classes ? &#187;), le nouveau cycle de luttes d&#233;passe les apories du programmatisme, c'est-&#224;-dire les contradictions tournant autour de la r&#233;volution comme affirmation de la classe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme toute id&#233;ologie cette &#171; dimension humaine &#187; r&#233;pond sur un autre registre, en la d&#233;pla&#231;ant, &#224; une question pos&#233;e par l'&#233;poque. Elle est li&#233;e &#224; la sp&#233;cificit&#233; de l'exploitation en subsomption r&#233;elle, sp&#233;cificit&#233; &#224; travers laquelle l'appropriation du travail devient le fait du proc&#232;s de production lui-m&#234;me. C'est l'activit&#233; m&#234;me du travailleur qui s'oppose directement &#224; lui et non plus simplement son activit&#233; en ce qu'elle se concr&#233;tise dans un produit qui est la propri&#233;t&#233; du capital (comme c'est le cas en subsomption formelle). De ce fait l'opposition &#224; l'exploitation, &#224; l'ali&#233;nation, devient refus de ce qui est l'activit&#233; imm&#233;diate du travailleur dans le proc&#232;s de production, refus qui peut s'exprimer au profit d'une &#171; dimension humaine &#187; de &#171; l'individu prol&#233;taire &#187;, dimension que ce dernier manifeste au travers d'un &#171; refus du travail &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est en ce sens que ces deux notions, li&#233;es entre elles, l'auton&#233;gation et le &#171; refus du travail &#187;, cherchent &#224; r&#233;soudre th&#233;oriquement les impasses de la lutte programmatique, sans toutefois produire une probl&#233;matique nouvelle de la lutte de classe qui serait non-programmatique. Ces notions, face &#224; l'incompr&#233;hension du fait que c'est ce qui fait du prol&#233;tariat une classe de la soci&#233;t&#233; capitaliste qui en fait une classe r&#233;volutionnaire, introduisent une autre contradiction que l'exploitation, une dimension humaine au nom de laquelle serait refus&#233; le travail. La notion d'auton&#233;gation et le &#171; refus du travail &#187; (formalisation id&#233;ologique de pratiques bien r&#233;elles de la contradiction entre le prol&#233;tariat et le capital en subsomption r&#233;elle du travail sous le capital) sont venus momentan&#233;ment r&#233;soudre les probl&#232;mes th&#233;oriques dans lesquels s'enfermait le cycle de luttes qui s'achevait. D&#233;passer th&#233;oriquement cette situation consiste en une vision historique de la r&#233;volution et du communisme au travers des cycles de luttes dont les &#233;checs ne peuvent &#234;tre expliqu&#233;s &#224; partir d'une norme de la r&#233;volution, mais, pour chaque cycle, dans ses propres termes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&lt;a id=&#034;__RefHeading___Toc6397_155729733&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
L'auton&#233;gation et le refus du travail avant leur&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&lt;a id=&#034;__RefHeading___Toc5146_1157974120&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
d&#233;veloppement humaniste : une forme simple, l'op&#233;raisme&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La notion d'auton&#233;gation a elle-m&#234;me une &#171; histoire &#187; qui parcourt la fin de l'ancien cycle. Elle n'a pas d&#233;bouch&#233; &lt;i&gt;imm&#233;diatement&lt;/i&gt; sur la recherche d'une contradiction interne au prol&#233;tariat et sur un humanisme th&#233;orique. De la fin des ann&#233;es 1960 au milieu des ann&#233;es 1970, toutes les actions par lesquelles le prol&#233;tariat manifestait le refus de sa condition ainsi que les impasses de l'auto-organisation, toutes les actions dans lesquelles apparaissaient la critique du communisme comme gestion, la dissolution des axes majeurs de l'ancien cycle de luttes en quotidiennisme ou marginalisme, la reprise de l'autogestion par les syndicats, &#233;taient comprises de fa&#231;on positive comme la preuve que le prol&#233;tariat ne peut que se nier. Tous ces mouvements, dans lesquels l'ancien cycle se dissolvait, conservaient, de par ce dont a contrario ils r&#233;v&#233;laient la n&#233;cessit&#233; (n&#233;gation de la classe), une dynamique sur laquelle cette n&#233;gation pouvait chercher &#224; se fonder de fa&#231;on critique. La critique de l'auto-organisation, de la lib&#233;ration du travail, de l'id&#233;ologie gestionnaire, &#233;tait la preuve et le fondement de la n&#233;cessit&#233; de la n&#233;gation du prol&#233;tariat et m&#234;me en &#233;tait promue comme le proc&#232;s pratique. Les limites et les impasses de l'ancien cycle &#233;taient comprises positivement comme contenant de fait la n&#233;gation du prol&#233;tariat. On ne pouvait alors comprendre que l'auton&#233;gation du prol&#233;tariat n'&#233;tait que la th&#233;orie de l'&#233;chec d'un cycle de luttes. C'&#233;tait l'&#233;poque des revues comme &lt;i&gt;N&#233;gation&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Intervention Communiste&lt;/i&gt;, le &lt;i&gt;Bulletin Communiste&lt;/i&gt;, le &lt;i&gt;Mouvement Communiste&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Maturation Communiste&lt;/i&gt;, et de la premi&#232;re s&#233;rie d'&lt;i&gt;Invariance&lt;/i&gt;&lt;i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pour les textes principaux de ces revues, voir Rupture dans la th&#233;orie de la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;. Mais c'est l'Autonomie italienne, &#224; la fin des ann&#233;es 1960 et au d&#233;but des ann&#233;es 1970, qui a le mieux exprim&#233; ce mouvement Le travail th&#233;orique des revues que nous venons de citer annon&#231;ant d&#233;j&#224; l'&#233;tape suivante de ce concept, d&#233;j&#224; &#233;voqu&#233;e comme humanisme th&#233;orique. Nous utiliserons comme expression de ce moment th&#233;orique un texte de Negri, &lt;i&gt;Les ouvriers contre l'&#201;tat, refus du travail&lt;/i&gt;, publi&#233; en France par &lt;i&gt;Mat&#233;riaux pour l'intervention&lt;/i&gt; en 1973.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&lt;a id=&#034;__RefHeading___Toc6399_155729733&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
L'op&#233;ra&#239;sme : refus du travail et autonomie&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec l'op&#233;ra&#239;sme, dans ce d&#233;but des ann&#233;es 70, la &#171; critique du travail &#187; se situe dans une perspective d'autonomie de la classe ouvri&#232;re, ce qui s'inscrit dans l'ambivalence de toute la p&#233;riode vis-&#224;-vis du programmatisme. Dans cette perspective, le refus du travail n'est que l'envers de l'importance du travail et de la classe ouvri&#232;re telle qu'elle &#233;tait d&#233;finie et confirm&#233;e dans cette premi&#232;re phase de la subsomption r&#233;elle. Le refus du travail n'est que le renversement comme utilisation ouvri&#232;re contre le capital de sa propre importance : importance technique et politique. Avec pour cible le &#171; compromis keyn&#233;sien &#187;, la strat&#233;gie de &#171; refus du travail &#187; est la preuve de cette importance du travail et de l'identit&#233; ouvri&#232;re confirm&#233;e dans l'autopr&#233;supposition du capital et retourn&#233;e contre elle. Il ne s'agit pas seulement d'une atmosph&#232;re de plein-emploi qui se retournerait contre la classe capitaliste, comme arme entre les mains du prol&#233;tariat. C'est la place que la reproduction du capital avait d&#233;finie au travail dans sa propre reproduction qui d&#233;finit la capacit&#233; pour le prol&#233;tariat &#224; faire de cette place une arme contre le capital. Le &#171; refus du travail &#187; est alors l'envers de la place du travail dans le proc&#232;s de valorisation&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Nous verrons plus loin que sur cette base, Reeve et son &#171; adversaire &#187;, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La conception opera&#239;ste consid&#232;re la lutte des classes comme l'affrontement de deux strat&#233;gies, sans produire explicitement l'implication r&#233;ciproque entre les classes comme d&#233;finitoire de leur contradiction. L'op&#233;ra&#239;sme ne fait que renverser l'objectivisme, sans le d&#233;passer. Ajouter, comme le fait Negri, un c&#244;t&#233; subjectif comme &#171; l'auto-valorisation &#187; ouvri&#232;re, ne fait qu'ajouter une d&#233;termination suppl&#233;mentaire dans le rapport entre prol&#233;tariat et capital, mais cela ne change pas la conception de ce rapport. On a une somme de d&#233;terminations et on pense, par l&#224;, avoir atteint la totalit&#233; du rapport. Mais on n'a pas d&#233;sobjectiv&#233; ce rapport ; on n'a fait qu'ajouter une d&#233;termination subjective face &#224; l'objectivit&#233;. Cela n'avance pas &#224; grand-chose de d&#233;clarer &#171; tout est lutte des classes &#187;. Il faut saisir l'objectivit&#233; et l'&#233;conomie comme un moment n&#233;cessaire dans la reproduction de la contradiction entre le capital et le prol&#233;tariat. La v&#233;ritable critique de l'objectivisme est une d&#233;construction de l'objectivit&#233; et une reconstruction de celle-ci comme &#233;conomie, en tant que moment n&#233;cessaire du rapport entre les classes, et non &lt;i&gt;l'objectivit&#233; simplement vue d'un autre point de vue&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour l'op&#233;ra&#239;sme, si l'on peut qualifier la lutte ouvri&#232;re de cette &#233;poque de &#171; refus du travail &#187;, c'est pour une double raison. D'une part, la lutte sort de la &#171; vieille &#187; probl&#233;matique du mouvement ouvrier de la lutte pour le salaire comme lutte se r&#233;f&#233;rant &#224; la &#171; valeur du travail &#187;, forme n&#233;cessaire rev&#234;tue par le salaire. Il s'ensuit que la lutte &lt;i&gt;pour&lt;/i&gt; le salaire devient une lutte &lt;i&gt;sur&lt;/i&gt; le salaire, elle perd sa fonction dynamique dans la reproduction et le d&#233;veloppement du capital, elle brise alors ce que les op&#233;ra&#239;stes appellent &#171; le plan &#187;. D'autre part, l'ouvrier de la cha&#238;ne se reconna&#238;t comme &#233;tranger &#224; l'usine, comme n'&#233;tant pas &#171; le producteur &#187;, c'est le renversement politique d'une d&#233;faite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ce qui concerne le premier point : &#171; La reprise par la classe ouvri&#232;re du terrain salarial choisi par les patrons au d&#233;but du si&#232;cle, la reprise aussi de l'attaque contre la qualification - mais une attaque con&#231;ue cette fois ci comme exigence du droit au revenu, au salaire d&#233;tach&#233; de la productivit&#233; - a entra&#238;n&#233; la lutte par tous les moyens, contre la valeur du travail, de ce travail abstrait que la compr&#233;hension ouvri&#232;re peut d&#233;sormais saisir dans toute sa clart&#233; et dans toute sa nudit&#233;. C'est cela le sentiment pr&#233;cis de l'ouvrier qui lutte en dehors du syndicat : s'il lutte en dehors du syndicat, &lt;i&gt;c'est parce qu'il lutte en dehors du d&#233;veloppement&lt;/i&gt;, parce qu'il manifeste ainsi sa propre &#233;tranget&#233;, son d&#233;sint&#233;r&#234;t aussi bien pour le processus productif que pour les n&#233;cessit&#233;s du d&#233;veloppement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Interpr&#233;ter autrement les luttes sur le salaire signifie &#234;tre dans l'impossibilit&#233; d'expliquer la donn&#233;e fondamentale de ces luttes : l'autonomie. Si les ouvriers luttaient sur le salaire sans mettre en question le d&#233;veloppement, sans vouloir casser la valeur du travail et les cat&#233;gories, ils l'auraient fait dans la cage dor&#233;e des syndicats. Et ici personne ne doit nourrir d'illusions vell&#233;itaires : &#224; l'int&#233;rieur de la n&#233;gociation syndicale pour des objectifs compatibles avec le d&#233;veloppement, les ouvriers savent par exp&#233;rience qu'il est possible de gagner. Mais c'est justement parce que les luttes sont contre ce type de 'victoires temporaires' et ne doivent plus &#234;tre encore une fois l'&#233;l&#233;ment moteur du d&#233;veloppement capitaliste, parce que les ouvriers ont reconnu qu'ils avaient des int&#233;r&#234;ts &#224; part, bien &#224; eux, que l'insubordination autonome et partisane des ouvriers saute &#224; la gorge de la soci&#233;t&#233; capitaliste. &#187; (op cit, p 65).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ces luttes, telles que les op&#233;ra&#239;stes les analysent, le &#171; travail &#187; se d&#233;finit, &#224; l'int&#233;rieur de la &#171; lutte sur le salaire &#187;, comme ce qui est refus&#233;. Le travail est ce qui a une valeur dans le salaire. L'ouvrier casse la &#171; mystification &#187; de la &#171; valeur du travail &#187; ; il revendique sa reproduction en dehors de toute r&#233;f&#233;rence au d&#233;veloppement du capital (&#171; le plan &#187;, dont la lutte &lt;i&gt;pour&lt;/i&gt; le salaire fait partie), &#224; partir de ses besoins. C'est en cela que, pour Negri, le &#171; salaire garanti &#187; est un &#171; refus du travail &#187;. Les conflits programm&#233;s entre &#201;tat et syndicats ne parviennent plus &#224; canaliser les besoins mat&#233;riels de la classe ouvri&#232;re dans une adh&#233;sion quelconque aux imp&#233;ratifs du d&#233;veloppement. Dans les luttes salariales, la classe ouvri&#232;re refuse alors de se d&#233;finir dans le cadre du travail, c'est-&#224;-dire de quelque chose qui n'existe que d&#233;fini par le capital comme ce qui a une valeur dans le salaire. Les besoins ouvriers ne sont pas n&#233;gociables et l'arme salariale d&#233;finit les contours concrets de l'autonomie ouvri&#232;re comme un refus du travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ce qui concerne le second point : &#171; A travers la r&#233;duction du travail vivant, sa substitution par des machines, l'introduction croissante de techniques productives automatiques qui absorbent la fonction productive, s'ouvre au moins la possibilit&#233; de subvertir radicalement le rapport entre travail et capital : c'est-&#224;-dire l'abolition du travail. &#187; (op cit, p 103). Dans ce processus il s'agit bien de refus du travail, jamais les op&#233;ra&#239;stes ne comprennent le d&#233;veloppement du capital fixe et l'inessentialisation du travail comme le d&#233;veloppement objectif de conditions offrant d'elles-m&#234;mes l'abolition du travail. Il s'agit de voir &#171; le niveau de composition organique du capital, les niveaux technologiques, non pas comme des entit&#233;s ne d&#233;pendant de rien d'autre, mais comme des r&#233;ponses faites par le capital &#224; des mouvements offensifs des ouvriers contre le travail. C'est voir toujours la classe ouvri&#232;re comme une force offensive, et le capital comme force de r&#233;sistance qui se d&#233;fend contre cette attaque. C'est Marx lui-m&#234;me qui a d&#233;fini ce bouleversement strat&#233;gique des rapports de production capitaliste. Bouleversement, parce que c'est &lt;i&gt;du c&#244;t&#233; ouvrier&lt;/i&gt; qu'est faite l'analyse du d&#233;veloppement capitaliste ; et bouleversement strat&#233;gique parce que l'ouvrier y est consid&#233;r&#233; comme la cause du d&#233;veloppement capitaliste, et des crises. &#187; (&lt;i&gt;ibid&lt;/i&gt;). Cette lutte offensive du prol&#233;tariat qui est la dynamique du d&#233;veloppement capitaliste, son principe actuel c'est le refus du travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&lt;a id=&#034;__RefHeading___Toc6401_155729733&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
L'op&#233;ra&#239;sme, expression d'un moment paradoxal&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les op&#233;ra&#239;stes renversent l'analyse classique (que l'on trouve chez Marx) selon laquelle c'est le travailleur qui est &#171; donneur de travail &#187;. Pour Negri, la terminologie courante est la bonne : c'est le capital qui est &#171; donneur de travail &#187; et l'ouvrier est &#171; donneur de capital &#187;. Toutes les conditions de la production sont au d&#233;part du capital en soi, du capital mort, qui pour se d&#233;ployer comme rapport social de production a besoin de se soumettre la force de travail ; c'est l'ouvrier qui, devenu activit&#233; et sujet du capital, &#171; donne du capital &#187; : &#171; Le capital est une fonction de la classe ouvri&#232;re &#187; (&lt;i&gt;ibid&lt;/i&gt;). Le capital quant &#224; lui, la seule chose qu'il donne c'est le travail, c'est lui qui transforme de la force de travail en travail : le travail est le r&#233;sultat de cette transformation. C'est dans le capital que se trouvent les conditions du travail et la nature du travail c'est le despotisme du capital sur le travail vivant. &#171; L'ouvrier ne peut pas &#234;tre du travail s'il n'a pas contre lui le capitaliste &#187; (&lt;i&gt;ibid&lt;/i&gt;). Dans l'augmentation de la composition organique que le capital est contraint d'effectuer sous la pouss&#233;e offensive ouvri&#232;re, le prol&#233;tariat le remet en cause comme &#171; donneur de travail &#187; et se remet en cause lui-m&#234;me comme vendeur de cette force de travail dont le destin est de devenir travail. Que les op&#233;ra&#239;stes confondent ici l'achat-vente de la force de travail avec la subsomption du travail sous le capital, qu'ils confondent l'implication r&#233;ciproque de deux termes avec une jonglerie &#171; dialectique &#187; (ma m&#232;re n'est ma m&#232;re que par mon p&#232;re, mon p&#232;re n'est mon p&#232;re que par ma m&#232;re, donc ma m&#232;re est mon p&#232;re et mon p&#232;re est ma m&#232;re) n'a pas grande importance pour ce qui nous int&#233;resse. Ce qui nous int&#233;resse ici ce n'est pas la critique de l'op&#233;ra&#239;sme comme &#171; th&#233;orie fausse &#187;, mais sa coh&#233;rence id&#233;ologique comme expression d'une p&#233;riode.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que l'id&#233;ologie du &#171; refus du travail &#187; tente de cerner et de d&#233;finir, dans cette phase finale de l'ancien cycle de luttes, c'est &lt;i&gt;un programmatisme paradoxal&lt;/i&gt; dans lequel l'affirmation la plus puissante de la classe ouvri&#232;re contre le capital &#233;quivaut &#224; l'abolition de ce qu'elle est. Il s'agit, sans sortir de la probl&#233;matique du programmatisme, de sortir de ses impasses. Le capital devient une fonction de la classe ouvri&#232;re. Le capitaliste est par l&#224; le v&#233;ritable &#171; donneur de travail &#187;. Le &#171; refus du travail &#187; est l'abolition du capital et de la classe ouvri&#232;re. &#171; Sabotages, ralentissements collectifs et non-collaboration au travail (formes de lutte souterraine), absent&#233;isme et mobilit&#233; ouvri&#232;re (formes de fuite vis-&#224;-vis du travail) montrent peut-&#234;tre mieux que les luttes ouvri&#232;res de masse (...) le caract&#232;re totalement &#233;tranger de l'ouvrier vis-&#224;-vis de son travail. &#187; (&lt;i&gt;idem&lt;/i&gt;, p. 106).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que dans ces luttes s'expriment un refus et un d&#233;go&#251;t du travail, cela est &#233;vident, mais cela est diff&#233;rent de leur formalisation comme &#171; refus du travail &#187;. Leur formalisation comme &#171; refus du travail &#187; vise &#224; construire une id&#233;ologie destin&#233;e &#224; r&#233;soudre l'impasse de la r&#233;volution comme affirmation de la classe tout en conservant sa probl&#233;matique. &#171; En 62 en Belgique, 63 en France, 64 en Italie, 67 en Allemagne, dans toute l'Europe en 68-69, les luttes ont provoqu&#233; une formidable pouss&#233;e des salaires. Cette pression ouvri&#232;re s'est exerc&#233;e sur le salaire quantitatif, le salaire mon&#233;taire et, &#224; l'enseigne de la spontan&#233;it&#233; des ann&#233;es 60, les ouvriers n'ont pas perdu leur temps pour 'qualifier politiquement' les diff&#233;rents aspects du salaire. Ils ont d&#233;pass&#233; d'un seul coup la notion du salaire comme reproduction de la force de travail pour saisir imm&#233;diatement le salaire comme co&#251;t politique du travail et comme revenu. Dans les pays &#224; capitalisme m&#251;r, cette phase de la lutte a vu les ouvriers utiliser l'arme du salaire en &lt;i&gt;affirmant leur domination sur le processus de production de la plus-value&lt;/i&gt; (soulign&#233; par nous), en exer&#231;ant une pression de masse &lt;i&gt;sur et dans le d&#233;veloppement&lt;/i&gt; (soulign&#233; par nous). Il faut remarquer qu'il ne s'agit plus de luttes &lt;i&gt;pour&lt;/i&gt; le salaire mais &lt;i&gt;sur&lt;/i&gt; le salaire, sur le terrain salarial compris comme un moment tr&#232;s concret dans la concurrence ouvriers-capital sur le plan du travail. &#187; (&lt;i&gt;idem&lt;/i&gt;, p. 71). De ses luttes na&#238;t la n&#233;cessit&#233; du pouvoir ouvrier : 'Pouvoir d'abord dans le cycle capitaliste de d&#233;veloppement pour exp&#233;rimenter et construire le terrain du pouvoir ouvrier tout court. Ce pouvoir ouvrier commence l&#224; o&#249; finit le chantage du salaire, l&#224; o&#249; l'obligation 'socialiste' du travail comme unique 'libert&#233;' ouvri&#232;re fait place &#224; la dictature des prol&#233;taires sur le travail utile et n&#233;cessaire. &#187; (&lt;i&gt;idem&lt;/i&gt;, p 72).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&lt;a id=&#034;__RefHeading___Toc6403_155729733&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
L'op&#233;ra&#239;sme : du refus du travail au pouvoir ouvrier comme travail social &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Refus du travail dans l'usine (l'usine dans ses formes concr&#232;tes est un rapport social, celui de la domination et du commandement du travail mort sur le travail vivant et de son absorption, n d a ), blocage du d&#233;veloppement capitaliste, appropriation imm&#233;diate de la richesse sociale dans la soci&#233;t&#233; &#224; travers la lutte &lt;i&gt;sur&lt;/i&gt; le salaire, le logement, les transports, la nourriture, tels sont les axes d'un travail d'organisation ouvri&#232;re qui liquidera l'obstacle institutionnel que repr&#233;sentent le mouvement ouvrier officiel et le &lt;i&gt;socialisme&lt;/i&gt;. &#187; (&lt;i&gt;idem&lt;/i&gt;, 104). A travers la liquidation de ce &#171; mouvement ouvrier officiel &#187; et de ce &#171; socialisme &#187;, dans la th&#233;orie opera&#239;ste, c'est tout bonnement la classe ouvri&#232;re qui se liquiderait elle-m&#234;me, &lt;i&gt;parce qu'elle n'est pas con&#231;ue comme diff&#233;rente de cette identit&#233; ouvri&#232;re&lt;/i&gt; qui a structur&#233; tout l'ancien cycle de luttes. Elle se liquiderait elle-m&#234;me en s'affirmant comme &lt;i&gt;travail social &lt;/i&gt; ; et l'on retrouve l&#224; le programmatisme paradoxal de l'op&#233;ra&#239;sme en tant qu'id&#233;ologie des luttes de la fin de l'ancien cycle, formalis&#233;e comme &#171; refus du travail &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour les luttes ouvri&#232;res, le grand danger serait de prendre la voie &#171; socialiste &#187; de la &#171; juste &#233;valuation de chaque travail &#187;, car, l&#224;, on reviendrait en-de&#231;&#224; du point de d&#233;part fourni par le d&#233;veloppement capitaliste lui-m&#234;me. &#171; Dans un cycle de d&#233;veloppement capitaliste, o&#249; il appara&#238;t de plus en plus clairement que si le salaire doit &#224; tout prix &#234;tre li&#233; &#224; la productivit&#233;, celle-ci tend &#224; &#234;tre comprise comme productivit&#233; moyenne nationale, et non pas comme celle de chaque travail en soi ; &#224; partir de ce niveau d'acceptation capitaliste du travail comme travail social, s'ouvre et s'est ouvert, pour la classe ouvri&#232;re, un &#233;norme espace politique d'intervention, pour la recomposition et la massification d'objectifs qui se retournent contre le plan du d&#233;veloppement : augmentations &#233;gales pour tous, tous les objectifs sur les salaires et les horaires r&#233;sum&#233;s par le salaire politique, c'est-&#224;-dire en fin de compte &lt;i&gt;la possibilit&#233; de renverser le travail abstrait contre le d&#233;veloppement du capital &lt;/i&gt;(soulign&#233; par nous), dans un salaire d&#233;gag&#233; de la productivit&#233;. (...) Ce que le capital d&#233;velopp&#233; a &#233;t&#233; capable d'assimiler, ce que la classe a tr&#232;s bien compris et utilis&#233;, seuls les planificateurs socialistes, les syndicalistes et les politiciens de la tradition ouvri&#232;re ne l'ont pas compris. Ils sont rest&#233;s seuls, en compagnie d'une science capitaliste de mauvaise foi, &#224; croire qu'ils pouvaient mesurer 'la valeur du travail', ce qui les oblige &#224; chercher un juste prix pour chaque activit&#233; dans laquelle se consomme la force de travail. (...). Pour qui regarde le rapport productif bien en face, comme le font la classe et le capital, et pas de biais, comme c'est le cas pour les id&#233;ologues, il est d&#233;sormais clair que le travail vivant consomm&#233; dans le proc&#232;s productif ne 'fait' ni des voitures, ni des g&#226;teaux, ni des chaussures, ni des brosses &#224; dents, mais fait du &lt;i&gt;travail&lt;/i&gt;. Le travail social dans sa g&#233;n&#233;ralit&#233;, dans sa mobilit&#233; extr&#234;me, chaque marchandise sp&#233;cifique n'&#233;tant que le produit du travail social global, est aussi marchandise g&#233;n&#233;rique dans la compr&#233;hension de l'ouvrier qui le voit comme richesse sociale dans son ensemble, richesse sociale et aussi somme d'app&#233;tits &#224; satisfaire, et non plus comme travail d&#233;termin&#233;. &#187; (&lt;i&gt;idem&lt;/i&gt;, p.76).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Paradoxalement, l'affirmation opera&#239;ste du travail social demeure dans le programmatisme car le travail social n'est pas une d&#233;termination du travail pour lui-m&#234;me, une d&#233;termination qui pourrait lui appartenir en propre et que la classe ouvri&#232;re pourrait r&#233;v&#233;ler &#224; partir d'elle-m&#234;me et mettre en &#339;uvre. Les forces sociales du travail n'existent qu'objectiv&#233;es dans le capital et dans le processus m&#234;me de cette objectivation (cf. Marx, &lt;i&gt;Le Capital&lt;/i&gt;, Livre I, quatri&#232;me section, chapitre XIII, &lt;i&gt;La coop&#233;ration&lt;/i&gt;). En outre, on pourrait &#233;galement remarquer que d&#233;j&#224; dans &#171; l'&#201;tat-plan &#187; une partie consid&#233;rable du salaire est &#171; socialis&#233;e &#187;. Ce sont l&#224; des erreurs th&#233;oriques ou historiques, mais ce qui importe avant tout c'est que, pour se boucler, l'id&#233;ologie du &#171; refus du travail &#187; devient &lt;i&gt;affirmation ouvri&#232;re du travail social&lt;/i&gt;. En cela, elle r&#233;v&#232;le bien sa nature programmatique profonde et son appartenance &#224; l'ancien cycle de luttes dont elle suit et exprime les manifestations ultimes. Le &#171; refus du travail &#187;, en &#233;tant l'affirmation du travail social, mettrait alors &#224; jour quelque chose que le capital, devenu&lt;i&gt; mystification&lt;/i&gt;, chercherait &#224; cacher. Le travail social serait le d&#233;passement du capital car celui-ci ne peut conna&#238;tre que le travail d&#233;fini comme ce qui a une valeur. Or, dans le travail social, la &#171; valeur du travail &#187; dispara&#238;t. &#171; Faire travailler &#187; serait donc devenu une &#171; n&#233;cessit&#233; politique &#187;. &#171; Le salaire, le voil&#224; encore comme prix politique n&#233;goci&#233;, assum&#233; au niveau des organes de planification, pour la perp&#233;tuation du Capital devenu lui aussi id&#233;ologie en tant que cristallisation d'un mode productif et distributif d&#233;pass&#233; qui n'est plus li&#233; mat&#233;riellement au rapport r&#233;el de production, mais qui est pure et simple fa&#231;ade administrative cachant la n&#233;cessit&#233; de faire travailler pour &#233;viter la fin du syst&#232;me. &#187; (&lt;i&gt;idem&lt;/i&gt;, p. 77).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le refus du travail devient, &#224; la fois, la r&#233;v&#233;lation de ce que le capital n'est plus li&#233; au rapport r&#233;el de production, en ce que celui-ci a maintenant pour fondement le travail social, et la volont&#233; de faire payer au capital le maximum pour &#171; entretenir la mystification &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Si ce n'est le contexte des luttes, ce qui est essentiel, les th&#232;ses (&#8230;)&#034; id=&#034;nh17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Il est remarquable de voir combien cette &lt;i&gt;id&#233;ologie&lt;/i&gt; du &#171; refus du travail &#187; colle &#224; la &lt;i&gt;r&#233;alit&#233;&lt;/i&gt; des luttes de refus du travail dans cette &#233;poque. Elle en exprime toute l'appartenance &#224; l'ancien cycle de luttes et ses limites, dans le m&#234;me mouvement o&#249; en tant qu'id&#233;ologie elle cherche &#224; les construire comme d&#233;passement de ce cycle. En posant ce qui fait du capital une contradiction en proc&#232;s comme quelque chose de r&#233;alis&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb18&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ce que les &#171; Brigadistes &#187; critiqueront &#224; juste titre dans l'op&#233;ra&#239;sme, dans (&#8230;)&#034; id=&#034;nh18&#034;&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, l'affirmation du travail social reprend bien la probl&#233;matique g&#233;n&#233;rale du programmatisme mais pour lui faire produire la n&#233;gation de la classe par elle-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La classe ouvri&#232;re affirme sa puissance acquise dans le d&#233;veloppement capitaliste (et surtout cette identit&#233; ouvri&#232;re que la reproduction du capital avait confirm&#233;e &#224; l'int&#233;rieur d'elle-m&#234;me) non en s'emparant des moyens de production, en g&#233;n&#233;ralisant sa condition, en d&#233;veloppant la valeur comme un mode de production, mais en &#171; refusant de produire le capital &#187;. Cela aurait pu &#234;tre la &#171; r&#233;volution &#187; si, premi&#232;rement, &#224; ce refus du travail n'avait pas pu r&#233;pondre une restructuration du capital qui fit de la mobilit&#233;, de la pr&#233;carisation, des d&#233;localisations de la flexibilit&#233; et du ch&#244;mage la mise en forme m&#234;me de la classe ouvri&#232;re vis-&#224;-vis du capital ; et si, deuxi&#232;mement, ces luttes de refus du travail n'avaient pas eu pour fondement &lt;i&gt;la m&#234;me&lt;/i&gt; &lt;i&gt;identit&#233; ouvri&#232;re&lt;/i&gt; (retourn&#233;e contre le capital mais non d&#233;pass&#233;e) que celle qui fondait &#171; le mouvement ouvrier officiel &#187;. Ces luttes n'&#233;taient par l&#224; que l'expression pratique des limites d'un cycle de luttes dont la dynamique essentielle &#233;tait en dehors d'elles dans ce &#171; mouvement ouvrier &#187; et dans l'auto-organisation, ces luttes n'&#233;taient que l'expression de l'&#233;chec de ce &#171; mouvement ouvrier &#187;, des impasses de ce cycle, elles faisaient partie du m&#234;me monde. Elles n'&#233;taient pas une nouvelle phase de la lutte de classes, mais la fin de l'ancienne ; ce que confirma la restructuration en d&#233;truisant &#171; le mouvement ouvrier officiel &#187; et simultan&#233;ment en les absorbant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&lt;a id=&#034;__RefHeading___Toc6405_155729733&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
L'auton&#233;gation et le refus du travail : des concepts de transition &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Concepts finaux de l'ancien cycle de luttes, le &#171; refus du travail &#187; et l'auton&#233;gation du prol&#233;tariat sont &#233;galement des concepts de transition entre deux cycles. Nous avons &#233;voqu&#233; en note la pol&#233;mique entre Charles Reeve et John Zerzan dans la seconde moiti&#233; des ann&#233;es 1970. Il faut nous y arr&#234;ter un peu plus longuement, car si la critique de l'op&#233;ra&#239;sme nous montre ces concepts comme tentative de r&#233;solution des impasses dans lesquelles s'est achev&#233; l'ancien cycle de luttes, cette pol&#233;mique nous montre, plus pr&#233;cis&#233;ment encore que l'op&#233;ra&#239;sme, ces concepts comme transition vers une tentative de compr&#233;hension non-programmatique de la lutte de classes et pose la n&#233;cessit&#233; de cette nouvelle compr&#233;hension.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans son texte &lt;i&gt;Un conflit d&#233;cisif, les organisations syndicales combattent la r&#233;volte contre le travail&lt;/i&gt; (publi&#233; en 1974 aux &#201;tats-Unis, puis, en fran&#231;ais, par &lt;i&gt;Echanges&lt;/i&gt;, d&#233;cembre 1975), John Zerzan met en &#233;vidence des faits nouveaux de la lutte de la classe ouvri&#232;re aux &#201;tats-Unis, nouveaux de par leur caract&#232;re massif et la signification qu'ils acqui&#232;rent dans cette phase du d&#233;veloppement capitaliste. Ces formes nouvelles de luttes se manifestent le plus souvent dans l'absent&#233;isme, le sabotage, le &lt;i&gt;turn over&lt;/i&gt;, le ch&#244;mage volontaire, etc. La critique que nous faisons ici ne porte ni sur la r&#233;alit&#233; de ces faits, ni sur leur importance en tant que formes de luttes de la classe ouvri&#232;re aux &#201;tats-Unis et dans tous les pays d&#233;velopp&#233;s d'Europe, mais sur leur construction en une id&#233;ologie du &#171; refus du travail &#187;, qui, tout en ne sortant pas des probl&#233;matiques de l'ancien cycle de luttes (auto-organisation, affirmation ouvri&#232;re, envers de la confirmation d'une identit&#233; ouvri&#232;re dans la reproduction du capital &#8230;), tente de produire une sortie de son impasse pratique et th&#233;orique essentielle : la r&#233;volution comme affirmation de la classe ouvri&#232;re ou du prol&#233;tariat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces formes de luttes ont marqu&#233; l'apog&#233;e de l'ancien cycle, en ce que par ces luttes la classe ouvri&#232;re a retourn&#233; contre le capital (comme le disaient les op&#233;ra&#239;stes) les caract&#233;ristiques m&#234;mes de sa d&#233;faite du d&#233;but du si&#232;cle : son int&#233;gration dans la reproduction propre du capital, la transformation du proc&#232;s de travail en proc&#232;s de production conforme au capital, la totale d&#233;finition du travail comme travail salari&#233;, etc. Le sabotage, l'absent&#233;isme etc., n'ont pas de signification en eux-m&#234;mes, sortis de la p&#233;riode de lutte et de la phase de d&#233;veloppement du capital dans lesquels ils se d&#233;roulent : le tisserand anglais du d&#233;but du XIXe si&#232;cle n'est pas l'ouvrier am&#233;ricain de la General Motors des ann&#233;es 1970. Le sabotage n'a pas de signification en soi. Au d&#233;but des ann&#233;es 1970, l'id&#233;ologie du &#171; refus du travail &#187;, au lieu de comprendre ces luttes comme le point le plus haut de l'ancien cycle et simultan&#233;ment, de par leurs formes m&#234;mes, comme la manifestation de la caducit&#233; de cette p&#233;riode de lutte inaugur&#233;e dans l'imm&#233;diat apr&#232;s-premi&#232;re-guerre mondiale, a eu pour contenu de chercher &#224; les int&#233;grer dans la probl&#233;matique m&#234;me de cet ancien cycle, tout en cherchant &#224; y voir enfin les fondements de sa &#171; r&#233;ussite &#187; possible. Cela &#233;tait bien instable comme id&#233;ologie, et elle a fait long feu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'on s'attache &#224; la d&#233;marche du texte de Zerzan, qui constitue dans tous les d&#233;bats internes &#224; cette id&#233;ologie la r&#233;f&#233;rence constante et incontournable, on s'aper&#231;oit qu'avant m&#234;me de montrer le caract&#232;re r&#233;el et massif des faits sur lesquels il se fonde, il s'empresse de les cadrer dans la probl&#233;matique de l'affirmation de la classe ouvri&#232;re prenant en main son destin, prenant le contr&#244;le des moyens des productions (ce qui demande tout de m&#234;me une assez grande maitrise de la &#171; dialectique &#187;). &#171; Quant aux formes plus directes d'opposition &#224; ce monde du travail ali&#233;nant qui &#233;chappe au contr&#244;le des travailleurs, on tombe sur l'exp&#233;rience remarquable que fit Bill Watson (il s'agit de l'auteur du texte &lt;i&gt;Contre-planning dans l'atelier&lt;/i&gt;, publi&#233; en fran&#231;ais par &lt;i&gt;Information et Correspondance Ouvri&#232;re&lt;/i&gt;, n&#176; 115-116, mars-avril 1972, n d a) dans une usine d'automobiles pr&#232;s de Detroit. La pratique des ouvriers &#233;tait nettement &#171; post-syndicale &#187;. En 1968, Watson a vu des efforts syst&#233;matiquement planifi&#233;s des ouvriers pour substituer leurs plans de production et leurs m&#233;thodes &#224; celles des dirigeants de l'usine. Il qualifie de 'ph&#233;nom&#232;ne normal' ce comportement qui r&#233;pond au refus de la direction et de l'UAW (syndicat de l'automobile, n d a) d'&#233;couter les propositions des ouvriers pour des modifications et des am&#233;liorations des produits. &#187; (Zerzan, &lt;i&gt;op. cit&lt;/i&gt;., p.4). Singuli&#232;re conception du &#171; refus du travail &#187; et de la condition ouvri&#232;re. Conception qui sera la conclusion m&#234;me du texte : &#171; Il reste douteux qu'une participation bidon puisse adoucir l'ali&#233;nation ouvri&#232;re. Plus vraisemblablement elle ne fera que la renforcer et rendre encore plus claire la v&#233;ritable nature des relations syndicats-patronat qui dureront toujours. Il est plus que probable que les institutions traditionnelles des syndicats comme la couche de professionnels r&#233;tribu&#233;s, de permanents et de d&#233;l&#233;gu&#233;s, le monopole de la syndicalisation garanti par le patronat, et m&#234;me les accords collectifs en g&#233;n&#233;ral, seront de plus en plus remis en question au fur et &#224; mesure que &lt;i&gt;les travailleurs continuent &#224; se battre pour faire passer en leurs mains le contr&#244;le de leur vie de travailleurs&lt;/i&gt; (soulign&#233; par nous) &#187;. (&lt;i&gt;op. cit&lt;/i&gt;., p 23).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces luttes sont l'apog&#233;e et la caducit&#233; de cet ancien cycle. L'apog&#233;e en ce que c'est le fondement m&#234;me de ce cycle que la classe retourne contre le capital ; la caducit&#233; en ce que ces luttes signifient l'inanit&#233; devenue historiquement incontournable de s&#233;parer le travailleur salari&#233;, le prol&#233;taire, et le producteur, l'inanit&#233; de concevoir la r&#233;volution comme la prise de contr&#244;le par les travailleurs de ce qui les d&#233;finit comme travailleurs (on parle bien de contr&#244;le et non d'abolition) : de l'entreprise, de la division du travail, de l'&#233;change, du proc&#232;s de travail. Au lieu de voir l'apog&#233;e et la caducit&#233; simultan&#233;es d'un cycle de luttes, on n'y voit que l'apog&#233;e. &#171; Le refus du travail &#187;, c'est-&#224;-dire la construction id&#233;ologique de pratiques r&#233;elles, n'est pas le refus de la condition ouvri&#232;re, puisqu'il s'agit pour les ouvriers de prendre en mains leurs conditions d'existence, mais le refus de son &lt;i&gt;institutionnalisation&lt;/i&gt;, comme si les deux pouvaient &#234;tre s&#233;par&#233;es. On ne peut pas plus imaginer une classe ouvri&#232;re sans capital, que, pour la m&#234;me raison, une classe ouvri&#232;re sans formes institutionnelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Le &#171; refus du travail &#187; apparaissait comme la forme enfin trouv&#233;e qui va s&#233;parer l'affirmation du travail de ce qui lui colle &#224; la peau en subsomption r&#233;elle du travail sous le capital : toutes les formes de son institutionnalisation&lt;/i&gt;. C'est le vieux probl&#232;me de ce cycle de luttes qui, pendant un demi-si&#232;cle, avait constitu&#233; la substance du conseillisme et de l'ultragauche et m&#234;me de tout ce qui avait voulu se situer &#171; &#224; gauche des partis communistes &#187;, qui semblait ainsi r&#233;solu. Seuls les courants issus de l'ultragauche et du conseillisme pouvaient cependant pousser le probl&#232;me suffisamment loin pour voir toute l'importance du refus du travail, m&#234;me s'ils restaient englu&#233;s dans leur conception de base. En effet, comme nous l'avons affirm&#233; en ouverture de cette pr&#233;face : &#171; on peut appeler ultragauche, toute pratique, organisation, th&#233;orie, qui posent la r&#233;volution comme affirmation du prol&#233;tariat, en consid&#233;rant cette affirmation comme critique et n&#233;gation de tout ce qui d&#233;finit le prol&#233;tariat dans son implication avec le capital. En cela toute l'histoire de l'ultragauche est une contradiction en proc&#232;s. &#187; Le refus du travail, non pas les pratiques en question, mais comme id&#233;ologie donnant son propre sens &#224; ces pratiques, apparaissait, sans sortir de la probl&#233;matique, comme la solution enfin trouv&#233;e &#224; cette contradiction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, Zerzan peut sans se contredire enfoncer le clou du &#171; m&#233;pris du travail quasi unanime &#187; (idem, p. 7). Ce qu'il tient l&#224; (et c'est ce qui lui importe) c'est la s&#233;paration de l'affirmation de la classe ouvri&#232;re avec toutes ses formes institutionnelles et en premier lieu les syndicats car : &#171; Cette r&#233;volte (contre le travail, n d a) est n&#233;cessairement de nature antisyndicale &#187;. On d&#233;passe m&#234;me la forme de la &#171; gr&#232;ve &#187; qui n'est elle-m&#234;me, bien souvent qu'une institution (idem, p. 29). Cela est exact (et comme le montre Zerzan, les syndicats ne s'y trompent pas, ni les gauchistes de l'&#233;poque), mais l'impossibilit&#233; de l'affirmation de la classe ouvri&#232;re tient &#224; &lt;i&gt;l'implication r&#233;ciproque entre le prol&#233;tariat et le capital&lt;/i&gt;, dont les formes institutionnalis&#233;es ne sont qu'une d&#233;termination et non &#224; ces formes. En ayant enfin trouv&#233;, dans le &#171; refus du travail &#187;, les luttes qui ne peuvent que rompre avec les formes institutionnalis&#233;es de cette implication r&#233;ciproque, avec lesquelles celle-ci a &#233;t&#233; confondue, la classe va enfin pouvoir s'affirmer dans une rupture totale avec ce qui la lie au capital. &lt;i&gt;L'ultragauche s'ach&#232;ve&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si, apr&#232;s avoir parl&#233; de gestion du proc&#232;s de travail dans l'entreprise, il est question du &#171; m&#233;pris du travail &#187;, ce n'est pas seulement que la mat&#233;rialit&#233; de ces luttes, ce qui se passe, ne peut pas ne pas s'imposer &#224; tout observateur, mais encore faut-il &#224; l'id&#233;ologie du &#171; refus du travail &#187; tenir les deux bouts : placer ces luttes dans la probl&#233;matique de la &#171; ma&#238;trise par la classe ouvri&#232;re de ses conditions d'existence &#187; &lt;i&gt;et&lt;/i&gt;, simultan&#233;ment ,en faire la r&#233;solution de tous les impasses de cette probl&#233;matique. Le &#171; refus du travail &#187; permettra cette prouesse, non en tant que pur et simple &#171; m&#233;pris du travail &#187;, mais parce qu'en lui on aura unifi&#233; la rupture avec toutes les m&#233;diations de l'implication r&#233;ciproque entre le prol&#233;tariat et le capital &lt;i&gt;et&lt;/i&gt; la volont&#233; de la classe ouvri&#232;re de &#171; ma&#238;triser ses conditions d'existence &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'agit bien, pour l'id&#233;ologie du &#171; refus du travail &#187;, d'un &lt;i&gt;processus r&#233;volutionnaire&lt;/i&gt; qui s'ouvre, et pas seulement de luttes quotidiennes, ou plut&#244;t d'un processus r&#233;volutionnaire qui s'ouvre &lt;i&gt;dans ces luttes quotidiennes&lt;/i&gt;. On peut alors jouer une version &lt;i&gt;hard&lt;/i&gt; de la chanson de la &#171; ma&#238;trise des conditions d'existence &#187;, sur l'air d'une marche r&#233;volutionnaire : gr&#226;ce au &#171; refus du travail &#187; les ouvriers vont &#171; &lt;i&gt;redevenir&lt;/i&gt; les &lt;i&gt;artisans &lt;/i&gt;(soulign&#233; par nous) de leur travail &#187; (Zerzan, idem, p 30).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec le refus du travail et toutes les luttes que l'on peut y rattacher, toutes celles o&#249; l'ouvrier, &#171; agit &#224; partir de ce qu'il d&#233;sire par soi-m&#234;me et pour soi-m&#234;me &#187;, c'est dans la forme m&#234;me des luttes que l'institutionnalisation, les m&#233;diations &#224; nier pour parvenir &#224; une affirmation &#171; vraie &#187; de la classe ouvri&#232;re, sont critiqu&#233;es et enfin ni&#233;es. Dans le refus du travail, la &#171; lutte de classe est plus forte et plus vivace, mais plus insaisissable selon les crit&#232;res traditionnels &#187; (Henri Simon, postface au texte de Zerzan). La constatation est parfaitement pertinente, mais c'est dans le cadre g&#233;n&#233;ral de l'id&#233;ologie construite comme &#171; critique du travail &#187; qu'il faut la comprendre. Cette lutte de classe, &#171; plus vivace &#187; mais &#171; plus insaisissable &#187;, c'est la rupture, comme forme de la lutte, d'avec toutes les m&#233;diations de l'affirmation de la classe. Ainsi, dans cette id&#233;ologie, se construisent toutes les d&#233;terminations n&#233;cessaires pour qu'elle soit, pour elle-m&#234;me, l'affirmation enfin possible de la classe ouvri&#232;re et du travail. L'id&#233;ologie du &#171; refus du travail &#187; r&#233;ussit le tour de force &#8211; si l'on consid&#232;re son appellation - de se pr&#233;senter comme l'affirmation enfin possible du travail contre le capital.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette id&#233;ologie n'&#233;tait pas que la simple interpr&#233;tation d'un ensemble de luttes pr&#233;sentant des caract&#233;ristiques communes. Cet ensemble fut construit id&#233;ologiquement, avec les d&#233;terminations que nous avons analys&#233;es (la rupture avec toutes les m&#233;diations de l'affirmation de la classe), pour &#234;tre la r&#233;solution des impasses du programmatisme et, plus sp&#233;cifiquement, de l'ultragauche. Elle se devait, en tant que cette r&#233;solution, d'&#234;tre une id&#233;ologie de la r&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La critique de Charles Reeve contre le texte de Zerzan et contre tous les commentaires qui s'ensuivirent est, sur de nombreux points, d&#233;risoire (Revue 'Spartacus', juillet-ao&#251;t 1976). Le premier point de cette critique porte sur le fait que le refus du travail n'est pas une nouveaut&#233;. Elle se r&#233;f&#232;re &#224; une ph&#233;nom&#233;nologie de la lutte de classe pour laquelle, paradoxalement, le ph&#233;nom&#232;ne contiendrait et permettrait de conna&#238;tre imm&#233;diatement son essence, en dehors de son contexte historique. Le second point portant sur la s&#233;paration entre action collective et action individuelle (que serait le refus du travail), quant &#224; lui, ne tient &#233;videmment pas la route quand il s'agit de luttes anti-travail de l'ampleur de cette p&#233;riode. Le troisi&#232;me point pr&#233;sentant le refus du travail comme l'id&#233;ologie par excellence de la bourgeoisie frise le ridicule quand il s'agit de pratiques massives d'O.S. L'exhortation r&#233;p&#233;t&#233;e de fa&#231;on incantatoire &#224; &#171; l'affrontement ouvert, collectif et conscient contre le capitalisme &#187; tient lieu de toute analyse de la p&#233;riode de la lutte de classe : il y a une norme et les ouvriers n'ont plus qu'&#224; la rejoindre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelques arguments ont plus de poids parce qu'en fait ils mettent en &#233;vidence l'enjeu essentiel de l'id&#233;ologie du &#171; refus du travail &#187;. Reeve dit en substance &#224; ses adversaires : &#171; vous sciez la branche sur laquelle, vous et moi, nous sommes assis &#187;. &#171; Quand on constate, comme le fait Zerzan, que les travailleurs ont aujourd'hui tendance dans les luttes &#224; vouloir prendre le contr&#244;le des forces productives, alors on a du mal &#224; se faire &#224; l'id&#233;e selon laquelle le 'refus du travail' et le sabotage sont les formes 'd&#233;cisives' de la lutte r&#233;volutionnaire moderne ! En effet c'est seulement de la lutte collective que peuvent na&#238;tre ces nouvelles tendances &#224; la &lt;i&gt;r&#233;appropriation par les travailleurs du pouvoir sur l'appareil productif&lt;/i&gt; &#187;&lt;i&gt; &lt;/i&gt;(Reeve, op. cit.). De Zerzan &#224; Reeve l'objectif est le m&#234;me : la prise de contr&#244;le par les travailleurs de l'appareil productif (il n'y a qu'en famille que l'on se dispute et s'insulte aussi bien). Et Reeve de rajouter : lorsque les travailleurs entament, comme &#224; Lip, cette r&#233;appropriation, les plus ardents z&#233;lateurs du &#171; refus du travail &#187; font la grimace. Reeve voudrait, en cette fin d'un cycle de luttes, le programmatisme sans ses impasses : l'affirmation autonome du prol&#233;tariat doit passer par sa mont&#233;e en puissance dans le mode de production capitaliste, par sa d&#233;finition dans les m&#233;diations de l'implication r&#233;ciproque. C'est cette contradiction et les impasses qui s'ensuivent qu'avait tent&#233; de r&#233;soudre l'id&#233;ologie du &#171; refus du travail &#187;. Il s'agit, pour Reeve, de toujours pr&#244;ner la r&#233;volution comme r&#233;organisation de la production, comme mise au travail g&#233;n&#233;rale de la soci&#233;t&#233;, comme g&#233;n&#233;ralisation de la condition prol&#233;tarienne, &lt;i&gt;comme si de rien n'&#233;tait&lt;/i&gt;. La hargne de sa critique est due &#224; la haine contre ces inconscients qui, en voyant dans le &#171; refus du travail &#187; la solution des impasses du programmatisme, ne s'aper&#231;oivent pas qu'ils ont ouvert, au niveau th&#233;orique, la bo&#238;te de Pandore.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, si l'on reste &#224; l'int&#233;rieur de la probl&#233;matique de l'affirmation de la classe, la principale critique de Reeve consiste &#224; souligner que ces formes de luttes sont conjoncturelles. &#171; Avec les transformations du capitalisme, avec la fin du capitalisme lib&#233;ral et le d&#233;veloppement de la forme moderne d'intervention &#233;tatique, le mouvement syndical gagne une nouvelle fonction, celle de g&#233;rer les 'avantages sociaux' permis par ce nouveau d&#233;veloppement. La violence du travail salari&#233; augmente en m&#234;me temps que l'int&#233;gration des travailleurs par la mise en place de ces syst&#232;mes de s&#233;curit&#233; sociale, d'aides publiques diverses. Tout cela avec le but de rendre moins conflictuel le processus de reproduction de la force de travail. Mais ces syst&#232;mes d'aide sociale - 'le salaire social', comme on l'a appel&#233; - permettent aussi aux travailleurs de nouvelles possibilit&#233;s de r&#233;sistance au travail. L'absent&#233;isme, l'utilisation des allocations de ch&#244;mage, apparaissent alors &#224; un nombre croissant de travailleurs comme des possibilit&#233;s nouvelles de r&#233;sistance &#224; utiliser. Le syst&#232;me le permet tant que l'accumulation capitaliste se poursuit sans &#224;-coups car cette forme de r&#233;sistance est aussi pour lui un moindre mal. (...) Une fois r&#233;duites les possibilit&#233;s d'utilisation de ces 'avantages sociaux', on verra s'&#233;crouler le mythe de l'absent&#233;isme comme forme de lutte radicale, de la m&#234;me fa&#231;on que d&#233;j&#224; aujourd'hui le mot d'ordre 'refus du travail' s'effondre devant le d&#233;veloppement du ch&#244;mage.' (&lt;i&gt;idem&lt;/i&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Face &#224; cette redoutable attaque, les d&#233;fenseurs du &#171; refus du travail &#187; multiplient les exemples montrant que ces luttes se d&#233;veloppent souvent dans des branches industrielles en crise et / ou des r&#233;gions o&#249; le taux de ch&#244;mage est d&#233;j&#224; tr&#232;s &#233;lev&#233;. Cependant, quelques ann&#233;es apr&#232;s, Reeve appara&#238;tra comme ayant eu finalement raison, ce qu'&lt;i&gt;Echanges&lt;/i&gt; m&#234;me reconna&#238;t seize ans apr&#232;s dans son num&#233;ro 78, p 14 : &#171; Depuis quelque temps, nous pensions reprendre ces textes (de la brochure &lt;i&gt;Le refus du travail&lt;/i&gt;, nda), non pour les mettre &#224; jour mais pour y int&#233;grer les cons&#233;quences de la pr&#233;sente situation de crise du capital sur des attitudes ouvri&#232;res qui paraissaient li&#233;es &#224; la p&#233;riode d'expansion et de plein emploi &#187;. Bien s&#251;r le texte qui suit alors, traduit de la publication am&#233;ricaine &lt;i&gt;Collective Action Notes&lt;/i&gt;, n'est pas une capitulation en rase campagne. La lutte continue mais d&#233;fensive et &#224; un &#171; micro niveau &#187; Ce qui a disparu, c'est son interpr&#233;tation triomphaliste comme &#171; le processus d&#233;j&#224; engag&#233; de la destruction du capitalisme et de la production du communisme &#187;, parce que, finalement, ce qui maintenant ne peut plus &#234;tre dit c'est que la r&#233;volution est la ma&#238;trise par le prol&#233;tariat de ses conditions d'existence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Penser que Reeve ait eu raison est d&#251; &#224; une illusion d'optique. Reeve et ses adversaires ne prennent les choses que d'un point de vue quantitatif. Ce qui mettra un terme aux luttes de &#171; refus du travail &#187; c'est la d&#233;faite globale de l'ancien cycle et la restructuration du capital, c'est-&#224;-dire les transformations structurelles, qualitatives, du rapport entre travail et capital et les nouvelles modalit&#233;s d'exploitation de la force de travail. Ce n'est pas, quantitativement, en elle-m&#234;me, la mont&#233;e du ch&#244;mage qui met un terme &#224; ces luttes (comme le montrent bien les exemples avanc&#233;s par &lt;i&gt;Echanges&lt;/i&gt; en r&#233;ponse &#224; Reeve), mais les modifications du rapport entre ch&#244;mage et activit&#233;, la destruction de l'identit&#233; ouvri&#232;re dont finalement les luttes de refus du travail &#233;taient une des manifestations. Ce n'est pas un hasard si c'est en Angleterre, o&#249; celle-ci &#233;tait particuli&#232;rement vivace, que le mouvement de refus du travail put se poursuivre de fa&#231;on puissante malgr&#233; la mont&#233;e du ch&#244;mage, cela justement parce que la restructuration, jusqu'aux &#171; ann&#233;es Thatcher &#187;, avait &#233;norm&#233;ment de mal &#224; se frayer un passage. La situation se renverse au moment o&#249; la sous-traitance, l'int&#233;rim, le ch&#244;mage ou la &lt;i&gt;casa integrazione&lt;/i&gt;, deviennent &lt;i&gt;la forme normale&lt;/i&gt; d'utilisation de la classe ouvri&#232;re. C'est cette d&#233;faite que les luttes de ch&#244;meurs et pr&#233;caires ont commenc&#233; &#224; retourner contre le capital au tournant des ann&#233;es 1990-2000. Mais alors nous avions chang&#233; de cycle de luttes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&lt;a id=&#034;__RefHeading___Toc6407_155729733&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Le refus du travail : vers le d&#233;passement du programmatisme&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'id&#233;ologie du &#171; refus du travail &#187; non seulement s'inscrivait comme id&#233;ologie finale de l'ancien cycle de luttes, mais encore elle &#233;tait une id&#233;ologie de transition entre deux cycles de luttes. Le &#171; refus du travail &#187;, en effet, s'il appartient &#224; la probl&#233;matique de l'ancien cycle, est amen&#233;, en tant que concept th&#233;orique rendant compte d'une situation de la lutte de classes, &#224; la faire &#233;clater (ce que Reeve avait parfaitement pressenti dans sa hargne &#224; lui faire barrage). Le &#171; refus du travail &#187; ne peut rester dans la probl&#233;matique de l'affirmation de la classe ouvri&#232;re, de la prise en main par celle-ci de ses moyens d'existence. Essayer de faire coexister les deux ne r&#233;sultait pas d'une incoh&#233;rence mentale, mais d'une &#171; n&#233;cessit&#233; logique &#187; &#224; l'int&#233;rieur de cette probl&#233;matique m&#234;me. Cependant, tout cela &#233;tait bien instable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;j&#224;, dans le n&#176;118 d'ICO (juin 1972), un texte non-sign&#233; (&#233;manant d'un des futurs fondateurs de la revue &lt;i&gt;N&#233;gation&lt;/i&gt;) r&#233;alisait une critique syst&#233;matique de la compr&#233;hension gestionnaire du refus du travail, c'est-&#224;-dire de son incoh&#233;rence fondamentale. Ce texte, &lt;i&gt;Contre interpr&#233;tation du contre-planning dans l'atelier&lt;/i&gt;, r&#233;pondait &#224; celui de Watson (&lt;i&gt;Contre-planning dans l'atelier&lt;/i&gt;) sur lequel Zerzan allait un peu plus tard fonder en grande partie son analyse &#171; paradoxale &#187; du refus du travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette critique est th&#233;oriquement fondatrice Elle pose les bases de l'analyse du refus du travail comme fondement pratique de la th&#233;orie de l'auton&#233;gation du prol&#233;tariat. &#171; Ce caract&#232;re sacr&#233; du travail chez les conseillistes repose sur la croyance (&#224; la vie dr&#244;lement dure) qu'il y aurait d'un c&#244;t&#233; le travail des producteurs des richesses sociales et de l'autre le travail producteur de marchandises plus-value et donc de la richesse capitaliste. (...) L'existence de chaque entreprise correspond aux exigences internes de ce mode de production (valorisation-concurrence) et ne peut survivre &#224; sa destruction. Autog&#233;rer les entreprises revient &#224; autog&#233;rer la production capitaliste et ce n'est pas la bonne volont&#233; de faire autrement qui peut y changer quelque chose. (...). A la conscience de producteur (des richesses sociales) a succ&#233;d&#233; la conscience de prol&#233;taire (producteurs de la plus-value) et le contenu des luttes, au-del&#224; de leurs causes semblables, s'est transform&#233; : de gestionnaires et &lt;i&gt;positives&lt;/i&gt;, elles sont devenues de plus en plus destructrices, purement &lt;i&gt;n&#233;gatives&lt;/i&gt; ; c'est ce qui explique leur manque de perspectives au-del&#224; de l'espace-temps d'une gr&#232;ve, car leur seule issue serait l'autosuppression du prol&#233;tariat, et donc la destruction du capital. &#187; (op. cit.). La critique faisait ressortir la parent&#233; profonde existant entre le l&#233;ninisme du gauchisme et le conseillisme autogestionnaire : &#171; l'un et l'autre exaltent le prol&#233;tariat &lt;i&gt;en tant que prol&#233;tariat&lt;/i&gt;, ils l'exhortent &#224; prendre le pouvoir des mains de la bourgeoisie. Pour les uns c'est le pouvoir politique, pour les autres c'est le pouvoir &#233;conomique ; ils sont en fait indissolublement li&#233;s au-del&#224; de leurs fausses oppositions id&#233;ologiques. &#187; (idem). Et le texte concluait : &#171; L'auton&#233;gation du prol&#233;tariat est le juste contraire de la n&#233;gation du genre humain... &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De son c&#244;t&#233;, dans le cours m&#234;me de la pol&#233;mique avec Reeve, Peter Rachleff (dans la revue &lt;i&gt;Fifth Estate&lt;/i&gt;, f&#233;vrier 1977) prenant la d&#233;fense de Zerzan, d&#233;truit en fait toute son interpr&#233;tation et sort le &#171; refus du travail &#187; de la probl&#233;matique d'affirmation de la classe dans laquelle Zerzan l'avait enferm&#233;e. &#171; C'est ici que Reeve est pris au pi&#232;ge par des conceptions hors du temps. Car ces luttes collectives ne peuvent se d&#233;velopper &#224; partir de la suppression des d&#233;sirs personnels 'priv&#233;s', de la soumission de l'individu &#224; la collectivit&#233;, mais sont le produit d'une fusion nouvelle des besoins et des d&#233;sirs individuels et collectifs, &lt;i&gt;l'auto-abolition du prol&#233;tariat &lt;/i&gt;(soulign&#233; par nous). La lutte contre le travail est &#224; la fois individuelle et collective et ces deux aspects se renforcent mutuellement l'un l'autre. Le refus individuel d'&#234;tre un travailleur salari&#233; est li&#233; au combat du prol&#233;tariat pour se lib&#233;rer lui-m&#234;me des contraintes de sa position sociale. Pour bien voir ceci, nous devons rompre avec les conceptions traditionnelles de la lutte de classes qui d&#233;finissent son but comme &#233;tant la dictature du prol&#233;tariat. Toute cette conception est fausse. L'objectif des luttes de classe actuelles, le r&#233;sultat qu'elles pr&#233;figurent c'est l'abolition du prol&#233;tariat, la destruction du capital sous tous ces aspects. (...) Aujourd'hui, il n'est plus d&#233;sirable, ni m&#234;me imaginable de viser le contr&#244;le de l'appareil tel qu'il existe et de le g&#233;rer dans notre int&#233;r&#234;t. Le capital a &#233;tendu ses tentacules &#224; l'activit&#233; m&#234;me, &#224; la nature du travail. (in &lt;i&gt;Le refus du travail&lt;/i&gt;, p 27-28). Dans les positions d&#233;fendues par Rachleff prend forme le concept d'auton&#233;gation du prol&#233;tariat d&#233;j&#224; &#224; l'&#339;uvre en France dans des revues comme &lt;i&gt;N&#233;gation&lt;/i&gt; ou &lt;i&gt;Intervention Communiste&lt;/i&gt;. Fond&#233; sur le refus du travail, ce concept compl&#232;te celui-ci et lui donne toute sa coh&#233;rence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tr&#232;s vite la &#171; solution &#187; r&#233;sum&#233;e dans la formule de &lt;i&gt;l'auton&#233;gation du prol&#233;tariat&lt;/i&gt; entra &#224; son tour &lt;i&gt;en crise&lt;/i&gt;. En effet, si la r&#233;volte contre le travail marque la fin de l'affirmation du prol&#233;tariat, elle n'est pas en tant que telle production de la situation r&#233;volutionnaire. Les prol&#233;taires qui sabotent expriment leur ras-le-bol de l'intensification de l'exploitation, et sentent bien que rien de la vie qu'on a perdu dans la production des marchandises ne peut se retrouver dans leur consommation. Leur r&#233;volte n'impliquait pourtant pas la destruction prochaine du capital, car elle s'inscrivait dans l'&#233;puisement d'un r&#233;gime d'exploitation &#8211; et donc d'accumulation &#8211; qu'avait g&#233;n&#233;ralis&#233; &#224; partir des &#201;tats-Unis la sanglante restructuration de la Seconde Guerre mondiale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cette phase critique de la fin de l'ancien cycle de luttes, o&#249; la restructuration du capital est &#224; la fois &lt;i&gt;n&#233;cessaire &lt;/i&gt;et &lt;i&gt;dilu&#233;e-report&#233;e&lt;/i&gt;, l'auton&#233;gation du prol&#233;tariat est un concept &#224; la fois&lt;i&gt; in&#233;vitable&lt;/i&gt; et&lt;i&gt; impossible&lt;/i&gt;. S'il donne sens au refus du travail et ach&#232;ve de liquider le programme ouvrier, il ne r&#233;sout pas le probl&#232;me de la communisation. Au contraire, il le transpose sur un plan sp&#233;culatif o&#249; il devient tout &#224; fait insoluble. Sur ce plan, quels que soient les raffinements de l'analyse, la contradiction capital / prol&#233;tariat se r&#233;duit &#224; une opposition simple, ext&#233;rieure, entre la valeur en proc&#232;s et l'homme ou le travail vivant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une telle conception fait du prol&#233;tariat le sujet et l'objet de la r&#233;volution, qui devient une op&#233;ration du prol&#233;tariat sur lui-m&#234;me. La conclusion logique est qu'il doit d'abord &lt;i&gt;se d&#233;gager&lt;/i&gt; des rapports de production capitalistes pour ensuite les &lt;i&gt;d&#233;truire&lt;/i&gt;. N&#233;gatif de l'humanit&#233; communisatrice, il se forme sur la base du d&#233;veloppement et de la crise du capital, mais &lt;i&gt;n'appartient pas&lt;/i&gt; &#224; la soci&#233;t&#233; du capital. Une telle conclusion est plus facile &#224; critiquer quarante ans apr&#232;s, parce que la restructuration est pass&#233;e par l&#224;, mais elle paraissait &#233;vidente dans la situation de l'&#233;poque. Car, dans le m&#234;me mouvement o&#249; le refus du travail faiblit dans les usines, la contestation de &lt;i&gt;l'ali&#233;nation&lt;/i&gt; capitaliste gagne toutes les institutions participant &#224; sa reproduction. De l'&#233;cole &#224; la prison en passant par l'h&#244;pital psychiatrique, et sans oublier la famille, c'est l'ensemble de ces organes de reproduction du rapport d'exploitation qui est contest&#233;. Le capital est de moins en moins contest&#233; comme exploitation et de plus en plus comme pure &lt;i&gt;oppression&lt;/i&gt; ou &lt;i&gt;destruction&lt;/i&gt;. On glisse de la notion de r&#233;volution &#224; celle de &lt;i&gt;subversion&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La th&#233;orie &#171; subversive &#187; attaque la contre-r&#233;volution en la d&#233;connectant de la contradiction qui la forme. En s'en tenant &#224; une d&#233;nonciation illusoire de &#171; man&#339;uvres &#187; politiques et de &#171; mystifications &#187; id&#233;ologiques, elle s&#233;pare les r&#233;volutionnaires (notion qui nait de cette s&#233;paration) et le mouvement communiste et r&#233;duit la th&#233;orie &#224; un programme &#224; diffuser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, appara&#238;t imm&#233;diatement toute la limite de ce concept dans la mesure o&#249; il n'est qu'un n&#233;gatif : l'expression imm&#233;diate de &lt;i&gt;l'impossibilit&#233;&lt;/i&gt; de l'affirmation du travail. Pour pouvoir produire la r&#233;volution et le communisme, comme on l'a d&#233;j&#224; entrevu, la constitution d'un &lt;i&gt;humanisme th&#233;orique&lt;/i&gt;, c'est-&#224;-dire d'une essence humaine que l'on distingue, dans le prol&#233;tariat, de son strict rapport contradictoire avec le capital, se chargera de fournir &#224; ce concept son contenu propre. Sous le prol&#233;taire, le sujet de la r&#233;volution c'est l'Homme avec ses besoins et ses d&#233;sirs, sa socialit&#233; en tant qu'&#234;tre g&#233;n&#233;rique. On arrive alors, de fa&#231;on coh&#233;rente, au bout de la &#171; conception traditionnelle &#187; On montre son impasse, mais celle-ci n'est pas d&#233;pass&#233;e. Quand on tient la lutte de classe, on ne tient plus la r&#233;volution, quand on tient la r&#233;volution, on ne tient plus la lutte de classe. La r&#233;volution demeure le processus d'une affirmation, celle de la nature humaine sous le prol&#233;taire. C'est ce concept d'auton&#233;gation du prol&#233;tariat, li&#233; &#224; la &#171; critique du travail &#187;, qui sera charg&#233; du d&#233;passement de la &#171; conception traditionnelle &#187;, mais il est lui-m&#234;me une sorte de concept &#171; demi-solde &#187; : li&#233; &#224; une probl&#233;matique ant&#233;rieure, on lui demande d'en formuler une nouvelle. Cette nouvelle probl&#233;matique n'est alors qu'une solution aux anciens probl&#232;mes. Ce n'&#233;tait pas dans les solutions apport&#233;es que r&#233;sidait l'impasse, mais dans la question elle-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec l'&lt;i&gt;auton&#233;gation du prol&#233;tariat&lt;/i&gt;, la contradiction entre le prol&#233;tariat et le capital devient l'essence contradictoire du prol&#233;tariat : il s'abolit &lt;i&gt;et donc &lt;/i&gt;abolit le capital. Il est simultan&#233;ment le travail et sa subsomption sous le capital, travail vivant et travail mort. C'est la contradiction entre le prol&#233;tariat et le capital que l'on retrouve comme &#171; essence du prol&#233;tariat &#187;. Il semblerait, de prime abord, que ce soit le capital qui ait disparu mais, en fait, c'est bel et bien le prol&#233;tariat. Sous son nom, c'est simplement le d&#233;veloppement contradictoire du mode de production capitaliste que l'on retrouve. Le proc&#232;s de l'exploitation est devenu l'essence d'un de ses termes, le prol&#233;tariat. Il devient alors un monstre conceptuel. Il est, en lui-m&#234;me, dans son existence, la propre impossibilit&#233; de cette existence. Impossibilit&#233; de son existence en tant que classe, mais simultan&#233;ment synth&#232;se, totalit&#233; du mode de production. Il n'est alors que le nom que l'on donne au cours contradictoire des cat&#233;gories &#233;conomiques du capital, devenues manifestations d'un sujet transcendantal, l'homme en tant qu'&#234;tre g&#233;n&#233;rique, qui, jamais, ne se confond avec aucune r&#233;alit&#233; de son &#339;uvre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La th&#233;orisation de la r&#233;volution comme auton&#233;gation du prol&#233;tariat fut &lt;i&gt;le point de d&#233;part&lt;/i&gt; de la compr&#233;hension de la r&#233;volution dans la subsomption r&#233;elle du travail sous le capital et de toute critique du programmatisme Elle fut, &#224; la fin des ann&#233;es 60, la marque profonde et &lt;i&gt;d&#233;cisive&lt;/i&gt; de la grande transformation de la th&#233;orie de la r&#233;volution communiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant &#224; partir de la fin des ann&#233;es 1970, la restructuration du rapport d'exploitation, en tant que mise en forme coh&#233;rente des &#233;l&#233;ments &#233;pars &#233;gren&#233;s en r&#233;ponse aux luttes, imposait &#224; nouveau, non th&#233;oriquement, mais de fait, une solution de continuit&#233; entre les luttes imm&#233;diates et la r&#233;volution. Tandis que disparaissaient toutes ces luttes li&#233;es au refus du travail, dans lesquelles l'ultragauche avait vu la solution de ses impasses, les luttes les plus dures, comme en France, dans la sid&#233;rurgie et peu de temps apr&#232;s dans l'automobile, si elles pouvaient s'opposer aux syndicats, ne faisaient cependant que r&#233;clamer la d&#233;fense de l'emploi. L'auton&#233;gation du prol&#233;tariat ne pouvait plus appara&#238;tre comme l'aboutissement naturel de son impossibilit&#233; &#224; s'affirmer ou comme l'affirmation d'un &#233;l&#233;ment d&#233;velopp&#233; dans le mode de production capitaliste et le remettant en cause, comme l'&#233;tait le &#171; travail social &#187; pour les op&#233;ra&#239;stes. D'un c&#244;t&#233;, on ne parvenait plus &#224; donner un sens aux pratiques imm&#233;diates ; de l'autre, on faisait de la possibilit&#233; de la r&#233;volution le r&#233;sultat d'une contradiction interne au prol&#233;tariat dont l'&#233;l&#233;ment r&#233;volutionnaire, l'humanit&#233; aurait &#233;t&#233; justement ce que masque sa d&#233;finition comme classe en implication r&#233;ciproque avec le capital. L'auton&#233;gation et le &#171; refus du travail &#187; &#233;taient devenus purement et simplement un humanisme th&#233;orique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au lieu d'une contradiction historique entre classes, certains, comme les r&#233;dacteurs de la revue &lt;i&gt;La Banquise&lt;/i&gt;, th&#233;oris&#232;rent un conflit entre deux essences, ou plut&#244;t entre le positif (l'homme-prol&#233;taire) et le n&#233;gatif de la m&#234;me essence (le monstre ou le non-homme capital). La question &#233;tait alors de savoir comment la &#171; tension confuse vers le communisme &#187; allait pouvoir se r&#233;aliser, comment l'homme valait pouvoir enfin supprimer le non-homme. Ceci parce qu'on avait d'abord con&#231;u le rapport capital / prol&#233;tariat comme une &lt;i&gt;condition prol&#233;tarienne&lt;/i&gt; venant se &lt;i&gt;surajouter&lt;/i&gt; au fait d'&#234;tre homme, comme simple &lt;i&gt;corset &lt;/i&gt;de l'essence humaine. Or, c'est la situation m&#234;me de prol&#233;taire qui fait que le prol&#233;taire ne veut pas le rester, c'est cette situation m&#234;me qui d&#233;finit l'humain et l'inhumain. La r&#233;volte contre le capital et sa propre situation ne renvoie pas pour le prol&#233;taire &#224; une diff&#233;renciation entre ce qu'il serait dans son rapport au capital et ce qu'il serait en tant que personne, pour lui-m&#234;me. Car si la seule marchandise qu'il ait &#224; vendre, sa force de travail, fait corps avec lui, si dans le mouvement m&#234;me o&#249; elle ne lui appartient plus, il ne s'appartient plus, alors il n'y a plus aucune essence ou nature humaine, &lt;i&gt;aucune positivit&#233; ou ext&#233;riorit&#233;&lt;/i&gt; de son &#234;tre qu'il puisse opposer au &#171; monstre capital &#187;. Il ne s'agit plus que de deux moments ins&#233;parables de son rapport au capital : l'achat-vente de la force de travail ; la subsomption du travail sous le capital. Apr&#232;s un tr&#232;s long silence, n'ayant toujours rien vu de la restructuration, Dauv&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb19&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;R&#233;dacteur principal de La Banquise&#034; id=&#034;nh19&#034;&gt;19&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; r&#233;apparut avec les publications du bulletin &lt;i&gt;Trop Loin&lt;/i&gt; pour nous dire qu'il &#171; fallait attendre &#187; pour enfin r&#233;ussir ce qui avait &#233;t&#233; &#233;bauch&#233; en mai 68.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034; id='DYNAMIQUE-DU-CYCLE-DE-LUTTE-PRESENT-ECARTS-ET-ENCORE-L-HUMANITE'&gt;
&lt;a id=&#034;__RefHeading___Toc6409_155729733&#034;&gt;&lt;/a&gt;
DYNAMIQUE DU CYCLE DE LUTTE PR&#201;SENT : &#201;CARTS ET ENCORE L'HUMANIT&#201;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Il nous faut encore comprendre le constant regain, depuis la fin des ann&#233;es 1960 jusqu'&#224; aujourd'hui, de ce communisme philosophique qui en appelle &#224; l'Homme et au Genre et qui avait caract&#233;ris&#233; toute la production th&#233;orique communiste dans la premi&#232;re moiti&#233; des ann&#233;es 1840. Pourquoi, constamment, dans la production th&#233;orique actuelle, voit-on r&#233;appara&#238;tre la r&#233;volution communiste comme abolition de ce qui m&#233;diatise et s&#233;pare les hommes de leur vraie nature de Communaut&#233;, d'Homme, d'&#234;tre g&#233;n&#233;rique, c'est-&#224;-dire sous une forme qui singe la fin de la philosophie classique allemande ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme nous l'avons vu, la r&#233;ponse se trouve bien s&#251;r dans le moment o&#249; s'ach&#232;ve le cycle de luttes pr&#233;c&#233;dent et o&#249; prend naissance le cycle de lutte actuel, c'est-&#224;-dire au tournant de la fin des ann&#233;es 1960 et du d&#233;but des ann&#233;es 1970 : la &#171; p&#233;riode 68 &#187;. Mais la r&#233;ponse ne se trouve pas que l&#224; o&#249; elle est la plus &#233;vidente. En effet, si, au d&#233;but des ann&#233;es 70, toute la &#171; th&#233;orie radicale &#187; (ainsi qu'elle se baptisait &#224; l'&#233;poque) s'est mise au &#171; jeune Marx &#187; comme l'on se &#171; mettrait au vert &#187; au sortir de l'usine, et si tous ses tenants sont devenus feuerbachiens, cela n'explique pas totalement pourquoi, &lt;i&gt;quarante&lt;/i&gt;&lt;i&gt; apr&#232;s&lt;/i&gt;, l'Homme est toujours l&#224; comme le suppl&#233;ment d'&#226;me, le suppl&#233;ment de radicalit&#233; que devrait comporter la lutte de classe pour &#234;tre ce qu'elle doit &#234;tre, pour &#234;tre r&#233;volutionnaire. La r&#233;ponse n'est pas que dans l'origine, la faillite du programmatisme, mais aussi dans la structure et le d&#233;roulement m&#234;me du cycle de lutte actuel. Disons-le tout de suite, c'est la conception, n&#233;cessaire actuellement, de la r&#233;volution comme communisation qui contient le regain constant et l'apparente l&#233;gitimit&#233; des niaiseries feuerbachiennes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tous ceux qui, dans cette phase d'effondrement du programmatisme, tentaient de r&#233;fl&#233;chir &#224; ce que pouvait &#234;tre le d&#233;passement communiste de cette soci&#233;t&#233;, se trouvaient confront&#233;s &#224; cette &#233;vidence massive qui &#233;tait le crit&#232;re essentiel de cette p&#233;riode : la fin d'une p&#233;riode historique de la r&#233;volution et du communisme comme affirmation du prol&#233;tariat. C'est cette situation sociale qui produisit la relecture de Marx &#224; partir des &#171; &#339;uvres de jeunesse &#187; cens&#233;es fournir une th&#233;orie r&#233;volutionnaire au-del&#224; du programmatisme prol&#233;tarien parce qu'en-de&#231;&#224;. On conservait la classe ouvri&#232;re &#224; condition que sa r&#233;volte soit &#233;thique et / ou humaine, on conservait les contradictions sp&#233;cifiques du mode de production capitaliste &#224; condition qu'elles soient un moment du cours historique de l'auto-ali&#233;nation de l'Homme pr&#233;parant son retour en lui-m&#234;me (on avait remplac&#233; le &#171; pue-la-sueur &#187; par l'Homme, mais on n'avait pas chang&#233; la probl&#233;matique qui restait celle de &#171; l'&lt;i&gt;Aufhebung&lt;/i&gt; &#187;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Face &#224; l'effondrement du programmatisme, la r&#233;volution ne pouvait donc &#234;tre que la n&#233;gation du prol&#233;tariat par lui-m&#234;me. Comment cela &#233;tait-il alors possible pour cette classe de d&#233;passer sa simple d&#233;fense comme classe ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une premi&#232;re solution semblait couler de source : c'&#233;tait la tendance, comprise comme irr&#233;pressible car inh&#233;rente &#224; l'essence de l'homme, &#224; assurer le triomphe de ce qui est commun aux hommes, leur &#234;tre ensemble, leur essence communautaire, le &lt;i&gt;Genre&lt;/i&gt;. Tendance qui avait enfin trouv&#233; son porteur ad&#233;quat dans le prol&#233;tariat. Cette r&#233;ponse n'&#233;tait pas une &#171; trouvaille &#187; qui, en tant que telle, aurait pu &#234;tre autre ; elle &#233;tait contenue dans le proc&#232;s de faillite m&#234;me de l'auto-organisation et de la r&#233;volution d&#233;finie comme dynamique de l'autonomie prol&#233;tarienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais si l'humanisme th&#233;orique est &lt;i&gt;toujours pr&#233;sent&lt;/i&gt; dans le cycle de luttes qui fut alors inaugur&#233;, c'est que la lutte de classe est confront&#233;e &#224; un probl&#232;me redoutable : agir en tant que classe est devenu, pour le prol&#233;tariat, la limite de son action en tant que classe. Au lieu d'&#234;tre simplement attentif au cours de la lutte de classe pour y saisir comment ce probl&#232;me est pos&#233; et comment s'y annonce sa r&#233;solution, il est beaucoup plus ais&#233; d'en trouver la solution &lt;i&gt;a priori&lt;/i&gt;. La lutte de classe du prol&#233;tariat, dans sa manifestation imm&#233;diate comme classe du mode de production capitaliste, ne pourrait sortir de la dialectique de son implication r&#233;ciproque avec le capital. Il faudrait donc une intervention autre, une pr&#233;sence autre dans les luttes. Cette intervention, cette pr&#233;sence, c'est l'increvable Humanit&#233;. Nous reconnaissons notre vieille ennemie, l'Humanit&#233;, qui sait si bien renaitre de ses cendres, car &lt;i&gt;elle na&#238;t de la question m&#234;me qui structure chaque cycle de luttes&lt;/i&gt; : comment une classe peut-elle abolir les classes ? Elle na&#238;t de l'apparente aporie &#224; laquelle la lutte de classe est confront&#233;e, elle en na&#238;t et se pr&#233;sente comme la solution, chaque fois changeante, qui &#233;limine le probl&#232;me &#224; partir de lui-m&#234;me. Cette r&#233;surrection sera dans le programmatisme l'humanit&#233; du Travail, dans la crise du programmatisme, l'humanit&#233; du &#171; refus du travail &#187;, dans l'abandon des classes, l'humanit&#233; de l'Humanit&#233;, et, maintenant, l'humanit&#233; de la remise en cause par le prol&#233;tariat de son existence comme classe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le cycle de luttes actuel, &#224; la suite de la restructuration du capital, la contradiction entre le prol&#233;tariat et le capital se situe au niveau de la reproduction d'ensemble donc de la reproduction r&#233;ciproque des classes. Cette contradiction ne comporte plus aucune confirmation du prol&#233;tariat pour lui-m&#234;me. C'est la fin de ce que nous appelons le programmatisme, de l'identit&#233; ouvri&#232;re et de ce que d'autres nomment, de fa&#231;on simplement descriptive, le &#171; vieux mouvement ouvrier &#187;. Dans cette structure de la contradiction, le prol&#233;tariat est &#224; m&#234;me, dans sa contradiction avec le capital qui est implication r&#233;ciproque avec lui (l'exploitation), de se remettre lui-m&#234;me en cause comme classe. Il en r&#233;sulte que l'abolition du capital est sa propre abolition, abolition de toutes les classes et communisation de la soci&#233;t&#233;. Cependant, la dynamique r&#233;volutionnaire (communiste) de ce cycle comporte imm&#233;diatement, de fa&#231;on inh&#233;rente &#224; elle, comme sa limite, ce par quoi elle n'existerait m&#234;me pas : le prol&#233;tariat produit toute son existence en tant que classe dans le capital et non plus dans un rapport &#224; soi-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La dynamique de ce cycle de luttes ne peut &#234;tre qu'interne &#224; ce qui en constitue la limite : agir en tant que classe. C'est cette identit&#233; entre dynamique et limite du cycle de luttes actuel qui ressuscite l'humanit&#233;. En effet, cette identit&#233; n'est pas imm&#233;diate ; il y a, dans le cours des luttes actuelles, des pratiques qui sont la production d'un &lt;i&gt;&#233;cart&lt;/i&gt; &#224; l'int&#233;rieur de l'action en tant que classe. Agir en tant que classe c'est actuellement d'une part n'avoir pour horizon que le capital et les cat&#233;gories de sa reproduction, d'autre part, c'est, pour la m&#234;me raison, &#234;tre en contradiction avec sa propre reproduction de classe, la remettre en cause. Il s'agit des deux faces de la m&#234;me action en tant que classe. Ce conflit, cet &lt;i&gt;&#233;cart&lt;/i&gt; dans l'action de la classe (se reproduire comme classe de ce mode de production / se remettre en cause) existe dans le cours de la plupart des conflits. La d&#233;faite est le r&#233;tablissement de l'identit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La remise en cause par le prol&#233;tariat de son existence comme classe est interne &#224; celle-ci et &#224; sa lutte comme classe, interne &#224; ce qui est la limite des luttes de ce cycle. Dans cette situation, le cycle actuel est une tension constante entre, d'une part, l'autonomisation de sa dynamique (rep&#233;rable dans l'activisme et le mouvement d'action directe), c'est-&#224;-dire la remise en cause par le prol&#233;tariat de sa propre existence comme classe, et, d'autre part, la reconnaissance de son existence toute enti&#232;re dans les cat&#233;gories du capital (le citoyennisme ou d&#233;mocratisme radical, mais aussi l'id&#233;ologie &#171; droiti&#232;re &#187; et nationale sous laquelle op&#232;re de plus en plus dans le monde occidental, mais pas seulement, la lutte de classe). L'autonomisation de la dynamique, c'est consid&#233;rer que l'appartenance de classe est pratiquement d&#233;j&#224; d&#233;pass&#233;e dans certains aspects de la lutte de classe ou que la r&#233;volution sera le fait de prol&#233;taires ayant d&#233;j&#224; abandonn&#233; leurs vieux habits de prol&#233;taires. C'est ainsi que dans le cycle de luttes actuel est ressuscit&#233;e l'humanit&#233;. Un cycle de luttes qui annonce l'abolition de toutes les classes est in&#233;vitablement th&#233;oris&#233; comme comportant d&#233;j&#224; en son sein, potentiellement, le d&#233;passement des classes ou alors dont le d&#233;passement ne peut s'effectuer que par un abandon &lt;i&gt;pr&#233;alable&lt;/i&gt; par le prol&#233;tariat de son existence comme classe, abandon pr&#233;alable dont la possibilit&#233; est son humanit&#233;. Une th&#233;orie de la r&#233;volution communiste comme communisation inclut, comme une d&#233;rive n&#233;cessaire, son expression comme r&#233;volution humaine, d&#233;rive elle-m&#234;me ancr&#233;e dans l'enjeu actuel de la lutte de classe : la remise en cause par le prol&#233;tariat de son existence comme classe dans sa propre action de classe.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034; id='DE-LA-CRITIQUE-DU-PROGRAMMATISME-A-L-EVAPORATION-DE-L-EXPLOITATION-nbsp'&gt;
&lt;a id=&#034;__RefHeading___Toc6411_155729733&#034;&gt;&lt;/a&gt;
DE LA CRITIQUE DU PROGRAMMATISME &#192; L'&#201;VAPORATION DE L'EXPLOITATION : &#171; CRITIQUE DE LA VALEUR &#187; ET &#171; DIALECTIQUE SYST&#201;MATIQUE &#187; &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&lt;a id=&#034;__RefHeading___Toc6413_155729733&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Une bien abstraite exploitation&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Face au m&#234;me effondrement pratique du programmatisme, apparut un autre type de solutions que th&#233;oris&#232;rent en Allemagne l'&#233;cole connue sous le nom de &#171; Critique de la valeur &#187;, mais aussi Postone aux &#201;tats-Unis (&lt;i&gt;Temps, travail et domination sociale&lt;/i&gt;), Chris Arthur en Grande Bretagne (&lt;i&gt;The new dialectic and Marx's Capital&lt;/i&gt;, non traduit en Fran&#231;ais) et, plus r&#233;cemment, la revue anglo-am&#233;ricaine &lt;i&gt;Endnotes&lt;/i&gt;. On d&#233;passe l'effondrement en supprimant la lutte des classes et &#171; l'Homme &#187; n'est jamais bien loin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s le d&#233;but des ann&#233;es 1970, la critique du programmatisme a cherch&#233; son fondement th&#233;orique abstrait dans une reprise de la critique de la valeur. En refondant la th&#233;orie de la r&#233;volution sur l'analyse de la valeur, on affirmait que le travail n'est pas une activit&#233; ext&#233;rieure au capital et donc quelque chose &#224; lib&#233;rer. Le travail &#233;tait justement pos&#233; comme le fondement et une d&#233;termination int&#233;rieure de la valeur. De l'existence m&#234;me de la valeur d&#233;coulait qu'aucune lib&#233;ration du travail n'&#233;tait possible. Cependant, &#224; en rester l&#224;, le capital n'&#233;tait que la forme d&#233;velopp&#233;e de la valeur, c'&#233;tait l'exploitation comme contradiction entre le prol&#233;tariat et le capital qui s'&#233;vanouissait, r&#233;duite &#224; ne plus &#234;tre que &lt;i&gt;l'ombre port&#233;e&lt;/i&gt; des contradictions de la valeur. Soit la lutte des classes avait disparu, soit elle n'&#233;tait plus qu'un avatar al&#233;atoire des aventures solipsistes de la valeur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le probl&#232;me g&#233;n&#233;ral de toute cette approche de la critique de la lib&#233;ration du travail c'est de faire dispara&#238;tre le concept de mode de production sous celui de valeur, de ne faire du mode de production capitaliste qu'une &lt;i&gt;extension logique&lt;/i&gt; de la valeur. Outre les objections m&#233;thodologiques que l'on peut faire &#224; ce proc&#233;d&#233; (syst&#233;matisme h&#233;g&#233;lien, r&#233;troaction, t&#233;l&#233;ologie, m&#233;taphysique du passage de la n&#233;cessit&#233; logique &#224; l'existence n&#233;cessaire&#8230;), plus directement, en ce qui concerne la conception de la lutte des classes, en faisant dispara&#238;tre le concept de mode de production sous celui de valeur, le mode de production n'est plus qu'une &lt;i&gt;rencontre d'&#233;changistes&lt;/i&gt;. &#171; L'&#233;change &#187; de la force de travail est r&#233;duit &#224; un &#233;change, certes tr&#232;s particulier, mais &#233;change tout de m&#234;me. Si bien que l'ensemble de la contradiction entre des classes qu'est l'exploitation peut &#234;tre subsum&#233; en tant que contradiction sous les cat&#233;gories qui font, avec la valeur, de l'&#233;change de la force de travail, une ali&#233;nation marchande. L'ali&#233;nation marchande r&#233;sumerait ce qu'est l'exploitation comme contradiction, un simple proc&#232;s d'abstraction du travail dans lequel la sp&#233;cificit&#233; de l'extraction de &lt;i&gt;plus-value&lt;/i&gt; a disparu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne passe pas, par simple voie dialectique, de l'&#233;change g&#233;n&#233;ralis&#233; de marchandises au &lt;i&gt;rapport de classes&lt;/i&gt; qu'est l'&#233;change de la force de travail. Il y a h&#233;t&#233;ronomie entre les &#233;l&#233;ments en jeu. Le processus dialectique des formes de la valeur s'arr&#234;te &#224; la monnaie et &#224; la &#171; contradiction du tr&#233;sor &#187;. De la monnaie on ne passe pas par le m&#234;me jeu des incompl&#233;tudes h&#233;g&#233;liennes au capital. Ce jeu s'arr&#234;te avec la &#171; rencontre &#187; de &#171; l'homme aux &#233;cus &#187; et du &#171; travailleur libre &#187;,.Cette &#171; rencontre &#187;, ce jeu ne peut la produire (sinon &#171; Rome et Byzance auraient termin&#233; leur histoire avec le mode de production capitaliste &#187;), sauf &#224; penser que la valeur s'empare du travail de par une n&#233;cessit&#233; formelle et t&#233;l&#233;ologique de son concept.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'exploitation n'est plus qu'un moment de la dialectique immanente de la forme valeur. Cette exploitation doit n&#233;cessairement advenir de par cette forme Ainsi le mode de production capitaliste n'est que la valeur sous un autre nom, la valeur totalement d&#233;velopp&#233;e. Dans un certain sens, c'est exact, mais cela ne tient pas &#224; une dialectique immanente de la valeur mais au fait qu'il est le mode de production fond&#233; sur l'achat-vente de la force de travail, c'est ainsi qu'il devient la forme d&#233;velopp&#233;e (&#171; totale &#187; si on veut) de la valeur, et non l'inverse. Quand la valeur devient capital et existerait alors &#171; r&#233;ellement &#187; comme valeur (valeur accomplie), elle existe selon &lt;i&gt;les cat&#233;gories sp&#233;cifiques du capital&lt;/i&gt;. Il faut non seulement consid&#233;rer le capital comme la valeur enti&#232;rement d&#233;velopp&#233;e (donc existante), mais aussi, et en cons&#233;quence, que la valeur devenue capital ce sont &lt;i&gt;les cat&#233;gories propres et les contradictions du capital&lt;/i&gt; : le travail productif, les d&#233;terminations de l'&#233;change, l'exploitation du travail, la baisse du taux de profit, le partage de la journ&#233;e de travail en travail n&#233;cessaire et surtravail, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au contraire, cette approche qui veut se d&#233;barrasser radicalement de l'affirmation du travail cherche &#224; r&#233;aliser l'impossible : &lt;i&gt;d&#233;duire&lt;/i&gt; l'exploitation de la forme valeur. Mais alors l'exploitation n'est plus que le processus d'abstraction du travail qu'est la forme valeur La trivialit&#233; sordide du partage de la journ&#233;e de travail entre travail n&#233;cessaire et surtravail, pr&#233;cis&#233;ment parce que trop triviale et inh&#233;rente &#224; l'imm&#233;diatet&#233; des luttes ouvri&#232;res, a disparu au profit d'une vaste ali&#233;nation o&#249; tous les individus sont gris. Il est dans la nature du rapport d'exploitation, au sens le plus strict de partage de la journ&#233;e de travail, d'effacer la distinction entre travail n&#233;cessaire et surtravail, de faire que toute la production comme valeur se dresse face au travail, &lt;i&gt;mais l&#224; n'est pas la contradiction&lt;/i&gt;&lt;i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb20&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pour autant que l'on n'a pas renvoy&#233; la contradiction entre le prol&#233;tariat (&#8230;)&#034; id=&#034;nh20&#034;&gt;20&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;. A moins de consid&#233;rer le salaire comme prix du travail comme le rapport r&#233;el et non comme une forme de manifestation n&#233;cessaire du salaire comme rapport de production (valeur de la force de travail).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; L'exploitation &#187; n'est trait&#233;e que sous le registre du &#171; d&#233;veloppement de la valeur &#187;, comme une forme g&#233;n&#233;rale, d&#233;velopp&#233;e, de l'ali&#233;nation marchande. Avec la valeur, on ne peut aller plus loin que la critique d'une forme &#171; pervertie &#187; des &#171; relations sociales humaines &#187;. L'ironie involontaire de cette d&#233;marche est de faire ressurgir sous une forme plus ou moins humaniste ce dont on avait voulu se d&#233;barrasser : quelque chose &#224; lib&#233;rer. Le prol&#233;taire n'est alors qu'un &#233;changiste qui se fait particuli&#232;rement grug&#233;. O&#249; sont les classes ? La lutte de classe est priv&#233;e de sa force primordiale qui est sa trivialit&#233;, sa mat&#233;rialit&#233; sordide.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tant que l'on produit la forme-capital en continuit&#233; dialectique avec les formes de la valeur, comme un mouvement inh&#233;rent &#224; ces formes, l'absorption du travail, l'existence de l'ouvrier, prennent place dans une probl&#233;matique qui demeure celle de la valeur : la probl&#233;matique de l'ali&#233;nation comme &lt;i&gt;abstraction g&#233;n&#233;rale du travail&lt;/i&gt;. L'exploitation dans toute sa trivialit&#233;, le partage de la journ&#233;e de travail, l'extorsion de surtravail ne sont plus l'essentiel de la contradiction &#224; l'int&#233;rieur du mode de production capitaliste mais une d&#233;termination envelopp&#233;e dans &lt;i&gt;l'abstraction du travail&lt;/i&gt; qui est devenue la vraie &#171; contradiction &#187;. Tout est si bien boucl&#233; dans le syst&#233;matisme de la valeur que lorsqu'il faut bien en arriver au d&#233;passement de cette situation, ce que l'on avait voulu refouler fait perversement retour. La r&#233;ponse est une vague th&#233;orie humano-prol&#233;tarienne appuy&#233;e sur un vague concept de travail vivant exc&#233;dant toujours, parce qu'elle est activit&#233; humaine, son appropriation par le capital (Chris Arthur) ; une vague perspective r&#233;volutionnaire vaguement gauchiste, un peu autogestionnaire et beaucoup d&#233;mocratique (Postone) ; un mouvement sapant ses propres bases et s'&#233;croulant de lui-m&#234;me &#224; condition que les prol&#233;taires ne s'en m&#234;lent pas (la &#171; Critique de la valeur &#187;) ; une contradiction logique interne &#224; la valeur, cause des &#171; malheurs du temps &#187; et des &#171; d&#233;sagr&#233;ments sociaux &#187; s'incarnant dans divers agents et divers antagonismes (&lt;i&gt;Endnotes&lt;/i&gt;). Il est toujours surprenant de voir coexister une d&#233;bauche de finesses th&#233;oriques sans enjeux explicites avec des consid&#233;rations d'une banalit&#233; totale quand les enjeux sont l&#224; et, cerise sur le g&#226;teau, de voir r&#233;apparaitre implicitement une activit&#233;, une humanit&#233;, des rapports sociaux &#224; &#171; lib&#233;rer &#187;, qui seuls peuvent d&#233;stabiliser une &#171; contradiction &#187; si bien boucl&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la p&#233;riode actuelle de la lutte de classe, la permanence de l'humanisme r&#233;sulte toujours d'une compr&#233;hension qui fait que la lutte de classe du prol&#233;tariat, dans sa manifestation imm&#233;diate comme classe du mode de production capitaliste, est pos&#233;e comme ne pouvant sortir de son implication r&#233;ciproque avec le capital. De fa&#231;on plus ou moins explicite il faut toujours un petit plus. Nous sommes l&#224; dans une critique du programmatisme devenue folle en ce que cette critique accepte tous les termes de la probl&#233;matique qu'elle critique et se contente de dire : &#171; non, cela n'est pas possible &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le probl&#232;me qui mine toutes ces conceptions qui se sont d&#233;barrass&#233;es de l'affirmation du travail au prix de l'abandon de l'exploitation comme contradiction entre le prol&#233;tariat et le capital est celui de la relation des contradictions de la valeur avec la lutte des classes. Ce ne sont que des th&#233;ories de &lt;i&gt;l'impossibilit&#233; du programmatisme&lt;/i&gt;. Ce n'est que cela mais elles ne le savent pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&lt;a id=&#034;__RefHeading___Toc6415_155729733&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Au-del&#224; du programmatisme ou au-del&#224; de la lutte des classes ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces types de th&#233;orisation sont des moments (pas forc&#233;ment n&#233;cessaires, mais li&#233;s &#224; elle) de la th&#233;orie de la communisation. C'est un d&#233;passement devenu fou du programmatisme, c'est-&#224;-dire fonctionnant pour lui-m&#234;me, ayant oubli&#233; son objet ou ne l'ayant pas d&#233;fini, &#233;tant devenu autonome dans ses objectifs. Les outils th&#233;oriques d&#233;velopp&#233;s pour d&#233;passer le programmatisme sont devenus leur propre raison d'&#234;tre : valeur, implication r&#233;ciproque, critique de la transcroissance des luttes revendicatives, auto-organisation et autonomie, etc. Ces outils de critique du programmatisme deviennent leur propre objet, sont d&#233;velopp&#233;s en eux-m&#234;mes et non comme outils-critiques de passage d'un rapport de classe &#224; un autre. D'o&#249; une d&#233;bauche de th&#233;orie qui accompagne une absence d'enjeux (si ce n'est interne &#224; l'autoreproduction de la pens&#233;e universitaire).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'exploitation ne peut exister que dans la transformation (transposition) du travail vivant en valeur, un tel proc&#232;s n'en rend pas compte exhaustivement. On retrouve le probl&#232;me fondamental de ce &#171; d&#233;passement du programmatisme &#187; : dire que la valeur n'&lt;i&gt;est&lt;/i&gt; qu'en tant que capital ne signifie rien d'autre que le capital c'est la valeur, &lt;i&gt;en &lt;/i&gt;&lt;i&gt;tant que capital&lt;/i&gt; n'apporte rien. Renvoyer la totalit&#233; des rapports sociaux capitalistes &#224; la valeur, c'est subsumer la contradiction entre les classes (l'exploitation) sous les contradictions de la marchandise ; c'est faire de l'&#233;change et de ses abstractions, m&#234;me &#171; logiquement d&#233;velopp&#233;s &#187; comme &#171; exploitation &#187;, le contenu de la contradiction entre prol&#233;tariat et capital ; c'est faire disparaitre cette contradiction dans le magma du processus d'abstraction de toute activit&#233;, c'est-&#224;-dire de &#171; l'activit&#233; humaine &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le syst&#232;me est si bien boucl&#233; pour se d&#233;barrasser de l'affirmation du travail que la lutte des classes n'est plus qu'une autod&#233;termination de la totalit&#233; du capital ramen&#233; &#224; une d&#233;duction logique de la forme-valeur. La lutte des classes n'est plus que le lieu o&#249;, entre autres, la (ou les) contradiction(s) logique(s) de la valeur se manifeste(ent). La lutte des classes n'est plus une contradiction dans ses propres termes mais la &lt;i&gt;repr&#233;sentation&lt;/i&gt; de contradictions exprim&#233;es dans les termes de la valeur. Le probl&#232;me c'est que cette contradiction interne de la totalit&#233; (la valeur) est, &lt;i&gt;en tant que telle&lt;/i&gt;, close sur elle-m&#234;me. Elle ne peut &#234;tre une contradiction pour elle-m&#234;me, c'est-&#224;-dire un mouvement incluant sa remise en cause. Il lui faut, premi&#232;rement, un &#233;l&#233;ment qui l'exc&#232;de (le travail comme activit&#233; humaine ou des rapports sociaux que la valeur absorbe et pervertit) et, deuxi&#232;mement, il lui faut s'incarner dans des &#233;l&#233;ments autres (les classes et toutes sortes de termes &#171; antagoniques &#187;) que les siens propres (la valeur d'usage et la valeur d'&#233;change) pour que cette contradiction de la totalit&#233; sorte de la logique et devienne une remise en cause d'elle-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour se d&#233;barrasser de l'affirmation du travail, on s'est d&#233;barrass&#233; de la contradiction entre le prol&#233;tariat et le capital, de la lutte des classes. On n'a pas d&#233;pass&#233; le programmatisme, on l'a seulement d&#233;clar&#233; impossible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne l'a pas d&#233;pass&#233; parce qu'on ne l'a pas compris en lui-m&#234;me comme une forme historique du rapport d'exploitation dans laquelle la vis&#233;e r&#233;volutionnaire du prol&#233;tariat &#233;tait impossible &lt;i&gt;dans ses propres termes programmatiques&lt;/i&gt;, mais comme une &lt;i&gt;incongruit&#233; logique&lt;/i&gt;. Toute cette th&#233;orie qui se qualifie de &#171; th&#233;orie de la forme valeur &#187;, pour laquelle l'exploitation est le devenir abstrait du travail, c'est-&#224;-dire l'ali&#233;nation, est un plaidoyer &lt;i&gt;pro domo&lt;/i&gt; des middle class intello malheureuses dans ce monde. Il peut y avoir production de valeur sans &#234;tre production de plus-value, c'est le cas, dans le monde, de centaines de millions de paysans et d'artisans, mais ce n'est pas d'eux dont parle la &#171; th&#233;orie de la forme valeur &#187;, mais des classes moyennes pour lesquelles la valeur c'est vivre (mal et malheureux) dans l'&#233;change et la marchandise. La &#171; th&#233;orie de la forme valeur &#187;, c'est l'univers du travail improductif, c'est-&#224;-dire &lt;i&gt;improductif de plus-value&lt;/i&gt;, &#233;tendue &#224; l'ensemble des rapports sociaux. Elle est &#224; cette chose profane son aur&#233;ole, son point d'honneur spiritualiste, son compl&#233;ment solennel. C'est la conclusion &#171; radicale &#187; et &lt;i&gt;soulag&#233;e&lt;/i&gt; de la fin de l'identit&#233; ouvri&#232;re. Dans ce discours, les furtives apparitions du terme de classe sont, &#224; br&#232;ve &#233;ch&#233;ance, appel&#233;es &#224; s'estomper dans le lointain du &#171; marxisme traditionnel &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb21&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;On peut trouver une critique de la th&#233;orie de la forme-valeur proche de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh21&#034;&gt;21&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;passer le programmatisme c'est en revenir &#224; l'exploitation, le rapport &lt;i&gt;capitaliste&lt;/i&gt; fondamental.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&lt;a id=&#034;__RefHeading___Toc6417_155729733&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Retour sur l'exploitation&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A travers la baisse du taux de profit, l'exploitation est &lt;i&gt;un proc&#232;s constamment en contradiction avec sa propre reproduction&lt;/i&gt; : le mouvement qu'est l'exploitation est une contradiction pour les rapports sociaux de production dont elle est le contenu et le mouvement. C'est le mode m&#234;me selon lequel le travail existe socialement, la valorisation, qui est la contradiction entre le prol&#233;tariat et le capital. D&#233;fini par l'exploitation, le prol&#233;tariat est en contradiction avec l'existence sociale n&#233;cessaire de son travail comme capital, c'est-&#224;-dire valeur autonomis&#233;e et ne le demeurant qu'en se valorisant : &lt;i&gt;la baisse du taux de profit est une contradiction entre les classes&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'exploitation est une contradiction qui remet en cause ce dont elle est la dynamique, c'est-&#224;-dire qu'elle est une contradiction pour les rapports sociaux de production dont elle est le mouvement. L'exploitation est ce dr&#244;le de jeu o&#249; c'est toujours le m&#234;me qui gagne (parce qu'elle est subsomption), en m&#234;me temps et, pour la m&#234;me raison, &lt;i&gt;c'est un jeu en contradiction avec sa r&#232;gle et une tension &#224; l'abolition de cette r&#232;gle&lt;/i&gt;. Cela signifie que le mode de production capitaliste, l'objet comme totalit&#233;, est en contradiction avec lui-m&#234;me &lt;i&gt;dans la contradiction de ses &#233;l&#233;ments&lt;/i&gt; parce que cette contradiction &#224; l'autre est, pour chaque &#233;l&#233;ment, une contradiction &#224; soi m&#234;me, dans la mesure o&#249; l'autre est &lt;i&gt;son&lt;/i&gt; autre. C'est pr&#233;cis&#233;ment cela qui disparait dans la r&#233;duction du mode de production capitaliste &#224; la valeur. Dans la contradiction qu'est l'exploitation, le prol&#233;tariat est constamment en contradiction avec sa propre d&#233;finition comme classe car la n&#233;cessit&#233; de sa reproduction est quelque chose qu'il trouve face &#224; lui repr&#233;sent&#233;e par le capital, c'est dire qu'il ne trouve jamais sa confirmation dans la reproduction du rapport social dont il est pourtant un p&#244;le n&#233;cessaire (subsomption). Dans cette contradiction qu'est l'exploitation, c'est alors dans son aspect non sym&#233;trique (l'exploitation est subsomption du travail sous le capital) que se trouve la dynamique de son d&#233;passement. Quand on d&#233;finit l'exploitation comme une contradiction pour elle-m&#234;me (baisse tendancielle du taux de profit : le prol&#233;taire est toujours n&#233;cessaire et toujours de trop), on d&#233;finit la situation et l'activit&#233; r&#233;volutionnaires du prol&#233;tariat. &lt;i&gt;C'est dans la situation et l'activit&#233; d'un de ses p&#244;les que la contradiction est contradictoire pour elle-m&#234;me&lt;/i&gt;.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb22&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sur cette analyse de l'exploitation comme contradiction, cf. &#171; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh22&#034;&gt;22&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est au travers de toutes les impasses th&#233;oriques engendr&#233;es par les constructions sp&#233;culatives li&#233;es &#224; l'auton&#233;gation du prol&#233;tariat, &#224; l'humanisme th&#233;orique, &#224; la dilution de la contradiction entre le prol&#233;tariat et le capital dans l'arc historique de l'ali&#233;nation, etc., qu'a &#233;merg&#233; et pris forme la question d&#233;cisive : &lt;i&gt;quel peut et doit &#234;tre apr&#232;s 1968 le contenu de la r&#233;volution&lt;/i&gt; ? Et sa r&#233;ponse : la r&#233;volution ne peut &#234;tre que la communisation &lt;i&gt;imm&#233;diate&lt;/i&gt; de la soci&#233;t&#233;, toute &#171; transition socialiste au communisme &#187; ne peut &#234;tre qu'une nouvelle contre-r&#233;volution capitaliste.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034; id='THEORIE-DE-LA-COMMUNISATION'&gt;
&lt;a id=&#034;__RefHeading___Toc6419_155729733&#034;&gt;&lt;/a&gt;
TH&#201;ORIE DE LA COMMUNISATION&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Avec la th&#233;orie de la communisation, il ne s'agissait plus de bricoler de nouvelles r&#233;ponses &#224; partir du m&#234;me fondement th&#233;orique des Gauches. On sortait de ce fondement et de son aporie constitutive : d'une part, le maintien du but comme affirmation de la classe avec toutes les probl&#233;matiques qui vont avec et, d'autre part, la critique de toutes les m&#233;diations qui sont r&#233;ellement la mont&#233;e en puissance de la classe, par lesquelles seulement, la r&#233;alisation de ce but est possible. Mais, la question et sa r&#233;ponse pouvaient &#233;merger, d&#233;barrass&#233;es de toute leur gangue sp&#233;culative, &#224; condition de r&#233;pondre &#224; une autre question : celle de la &lt;i&gt;restructuration&lt;/i&gt; du rapport d'exploitation capitaliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&lt;a id=&#034;__RefHeading___Toc6421_155729733&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
La restructuration : une activit&#233; de la classe capitaliste &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; partir de 1974-75, le rapport de forces s'inverse. D'une part, la contre-r&#233;volution n'est plus du tout dilu&#233;e ni diff&#233;r&#233;e : dans toutes les aires centrales, c'est le d&#233;but des grandes vagues de licenciements, de la d&#233;localisation d'une part importante de la production industrielle vers les pays &#233;mergents, de la pr&#233;carisation g&#233;n&#233;ralis&#233;e du travail salari&#233;, des restrictions l&#233;gales &#224; l'immigration, des plans d'aust&#233;rit&#233;. Le tout syst&#233;matis&#233; dans la pr&#233;dominance du capital financier ordonnant toutes les politiques de sortie de crise. D'autre part, la r&#233;volte prol&#233;tarienne n'est nullement d&#233;vi&#233;e de son but, mais battue sur ses limites : dans les entreprises, o&#249; la r&#233;organisation du travail liquide les &#171; forteresses ouvri&#232;res &#187;, comme en dehors avec l'attaque des conditions de la reproduction. Le f&#233;minisme ou l'&#233;cologie qui avait signifi&#233; de fa&#231;on critique, dans leur existence et leurs activit&#233;s, le caract&#232;re programmatique de la lutte de classe, s'institutionnalisent. En Europe, o&#249; le mouvement avait &#233;t&#233; le plus fort, la contre-attaque de la classe capitaliste est nette : stabilisation d&#233;mocratique au Portugal, en Espagne, en Gr&#232;ce ; reprise en mains syndicale et criminalisation de l'Autonomie en Italie ; r&#233;duction drastique des vieilles r&#233;gions et branches industrielles en France et en Grande-Bretagne ; autolimitation syndicale puis r&#233;pression militaire des luttes en Pologne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dit de fa&#231;on un peu abrupte et exag&#233;r&#233;e : le capital &#171; reprend le pouvoir &#187; dans les usines et dans l'ensemble de la reproduction sociale. On peut m&#234;me parfois dater cette d&#233;faite comme avec la manifestation anti-gr&#233;vistes de la F.I.A.T en 1980, ou la reprise en main patronale et syndicale dans l'automobile en France &#224; la suite des gr&#232;ves dures et massives de 1981-1984. Cette reprise en main n'est naturellement pas un retour &#224; la situation ant&#233;rieure. La classe capitaliste brise tout ce qui confortait cette &lt;i&gt;identit&#233; ouvri&#232;re&lt;/i&gt; et l&#233;gitimait le prol&#233;tariat en rival du capital, c'est &lt;i&gt;la d&#233;finition m&#234;me de la restructuration&lt;/i&gt; (comme nous l'avons vu au d&#233;but de ce texte). La disparition de l'identit&#233; ouvri&#232;re n'est pas le simple effet d'une contre-r&#233;volution apr&#232;s laquelle les choses r&#233;apparaissent m&#234;me si c'est sous une &lt;i&gt;forme&lt;/i&gt; diff&#233;rente ; une contre-r&#233;volution se d&#233;finit comme une transformation structurelle du rapport d'exploitation. La lutte de classe pourra s'&#233;tendre, s'approfondir ; l'identit&#233; ouvri&#232;re ne reviendra pas et avec elle l'auto-organisation et l'autonomie comme perspective r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A la puissance des luttes de la fin des ann&#233;es 1960 et du d&#233;but des ann&#233;es 1970, &#224; cette capacit&#233; &#224; imposer des compromis forts et une rigidit&#233; du proc&#232;s de production, ne pouvait que correspondre une initiative de la classe capitaliste. La riposte capitaliste a &#233;t&#233; rapide et violente, radicale dans la mesure o&#249; elle a investi tout le champ de la production et de la reproduction. La classe capitaliste allait de l'avant impitoyablement. C'est ainsi qu'au moment m&#234;me o&#249; le prol&#233;tariat avait r&#233;ussi &#224; arracher les &#171; compromis &#187; les plus avantageux (d&#233;but des ann&#233;es 70 et non durant les ann&#233;es canoniques du &#171; compromis fordiste &#187;), le capital s'employait &#224; les vider de leur contenu, &#224; remodeler le proc&#232;s de travail, les modalit&#233;s d'embauche, les conditions de la reproduction sociale. Il cr&#233;ait un nouveau contexte dans lequel ces &#171; compromis &#187; &#233;taient d&#233;sormais inutiles, entra&#238;nant de nouvelles modalit&#233;s de l'exploitation de la classe ouvri&#232;re. C'&#233;tait une r&#233;ponse homog&#232;ne aux revendications du prol&#233;tariat. La classe capitaliste le battait sur ce nouveau terrain. Pendant ces vingt-cinq derni&#232;res ann&#233;es, la classe capitaliste a agi mondialement de mani&#232;re coh&#233;rente non seulement pour vider les &#171; compromis &#187; de tout contenu, mais aussi pour &#233;liminer la forme m&#234;me du &#171; compromis &#187;. Le march&#233; contre l'institution, la fragmentation et l'individualisation du proc&#232;s de travail contre tout sujet collectif, le lib&#233;ralisme contre le &lt;i&gt;Welfare state&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&lt;a id=&#034;__RefHeading___Toc6423_155729733&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
La restructuration : modification structurelle de la contradiction entre les classes et de sa dynamique&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La restructuration a rendu le proc&#232;s de valorisation fond&#233; sur le mode relatif d'extraction de la plus-value ad&#233;quat &#224; ses conditions et fait dispara&#238;tre toute identit&#233; ouvri&#232;re. &#192; travers ses trois moments &#8211; l'achat-vente de la force de travail, la production de plus-value, et son accumulation &#8211; l'exploitation est devenue bien plus &#171; flexible &#187;. En attaquant de mani&#232;re prolong&#233;e les salaires directs et indirects, en supprimant toute s&#233;paration rigide entre emploi et ch&#244;mage, en annualisant le temps de travail et multipliant les journ&#233;es individuelles simultan&#233;es dans la journ&#233;e sociale, et pour finir en dissolvant les aires d'accumulation encore autonomes de l'ex-bloc communiste et du tiers monde, la classe capitaliste a d&#233;pass&#233; les limites de l'ancien cycle de luttes. Elle a r&#233;tabli un taux de profit moyen ad&#233;quat &#224; l'accumulation d'un capital &#224; la fois &#233;largi et concentr&#233; et, par l&#224; m&#234;me, restructur&#233; la contradiction qui l'oppose au prol&#233;tariat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est pas un d&#233;cor qui change, d&#233;cor modifi&#233; dans lequel les acteurs, demeur&#233;s identiques en eux-m&#234;mes, continueraient &#224; jouer la m&#234;me pi&#232;ce de l'auto-organisation, de l'autonomie, de la lib&#233;ration du travail, de l'affirmation du prol&#233;tariat, bref du programmatisme en faisant seulement attention de s'adapter au nouveau d&#233;cor. La restructuration est une &lt;i&gt;restructuration de la contradiction entre les classes&lt;/i&gt; : la structure, le contenu de la lutte de classe, la production de son d&#233;passement sont alors modifi&#233;s. Il existe une fa&#231;on de masquer cela consistant &#224; multiplier les &#171; restructurations &#187; afin de perp&#233;tuer les anciennes conceptions. On reconnait toutes sortes de restructurations pour mieux nier &lt;i&gt;la restructuration&lt;/i&gt; au singulier comme nouvelle configuration de la contradiction &lt;i&gt;des classes&lt;/i&gt;. Tout se restructure mais rien ne change. De la sorte, on peut demeurer dans la vieille question de savoir si et dans quelle mesure le prol&#233;tariat peut dans chaque situation concr&#232;te exprimer sa vraie &lt;i&gt;nature &lt;/i&gt;communiste. Il y a bien &lt;i&gt;transformation&lt;/i&gt; de la perspective programmatique &#8211; reconnaissance ambigu&#235; de la restructuration capitaliste et de la disparition de toute affirmation du prol&#233;tariat &#8211; mais &lt;i&gt;pas rupture&lt;/i&gt;, en ce sens qu'aucune autre conception coh&#233;rente du processus r&#233;volutionnaire n'est produite. Tout se restructure : entreprises, proc&#232;s de travail dans la production et les transports, circulation du capital, syst&#232;mes sociaux, &#201;tats, classes, cycle mondial, &lt;i&gt;etc&lt;/i&gt;. En l'absence de synth&#232;se, multiplier &lt;i&gt;les&lt;/i&gt; restructurations en arrive &#224; occulter &lt;i&gt;la&lt;/i&gt; restructuration de la valorisation du capital, c'est-&#224;-dire de l'exploitation, c'est-&#224;-dire de la contradiction entre le prol&#233;tariat et le capital.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A la fin des ann&#233;es 1960 / d&#233;but des ann&#233;es 1970, toute une p&#233;riode historique dans laquelle, de diverses mani&#232;res, la r&#233;volution avait &#233;t&#233;, tant th&#233;oriquement que pratiquement, l'affirmation du prol&#233;tariat, son &#233;rection en classe dominante, la lib&#233;ration du travail, l'instauration d'une p&#233;riode de transition, entre en crise et s'ach&#232;ve. C'est dans cette crise, au travers d'un cheminement th&#233;orique chaotique, qu'apparut le concept de communisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cette crise, critiquer toutes les m&#233;diations de l'existence du prol&#233;tariat dans le mode de production capitaliste (parti de masse, syndicat, parlementarisme), critiquer des formes organisationnelles comme le parti ou l'avant-garde, des id&#233;ologies comme le l&#233;ninisme, des pratiques comme le militantisme et toutes ses variantes, tout cela apparut comme sans objet si ce n'&#233;tait pas la r&#233;volution comme affirmation du prol&#233;tariat que l'on mettait en jeu. Que celle-ci soit l'&#201;tat socialiste ou la g&#233;n&#233;ralisation des conseils ouvriers. Comme on l'a vu pr&#233;c&#233;demment avec le concept d'&#233;cart, &lt;i&gt;c'est&lt;/i&gt; &lt;i&gt;la lutte en tant que classe qui est, &#224; l'int&#233;rieur d'elle-m&#234;me, devenue le probl&#232;me&lt;/i&gt;, sa propre limite. Par l&#224;, elle annonce et produit comme son d&#233;passement la r&#233;volution comme communisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis, dans le cours contradictoire du mode de production capitaliste, l'affirmation du prol&#233;tariat, la lib&#233;ration du travail, ont perdu tout sens et tout contenu. Il n'existe plus d'&lt;i&gt;identit&#233; ouvri&#232;re&lt;/i&gt; propre face au capital et confirm&#233;e par lui. C'est la dynamique r&#233;volutionnaire des luttes de notre &#233;poque qui montrent le refus actif - contre le capital - de la condition prol&#233;tarienne, y compris au sein de l'auto-organisation ou de manifestations &#233;ph&#233;m&#232;res et limit&#233;es d'autogestion. La lutte du prol&#233;tariat contre le capital contient la contradiction &#224; sa propre existence de classe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&lt;a id=&#034;__RefHeading___Toc6495_155729733&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
La communisation : d&#233;passement produit du cycle de luttes actuel&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; moins d'en rester &#224; l'identification de la r&#233;volution comme communisation avec l'impossibilit&#233; du programmatisme, d'en demeurer au &#171; communisme par impossibilit&#233; &#187;, &#224; la &#171; tendance humaine &#187;, &#224; la recherche de l'autonomie enfin radicale telle qu'en elle-m&#234;me dans son concept ou &#224; la &#171; critique du travail &#187; et &#224; son &#171; refus &#187;, la th&#233;orie de la communisation qui cherchait &#224; se d&#233;gager de tout cela a &#233;t&#233; longtemps une production d&#233;ductive. C'est au milieu des ann&#233;es 1990 que, sans jamais perdre ce caract&#232;re d&#233;ductif, elle acquiert une pertinence inductive. Elle peut dire alors : c'est dans les luttes pr&#233;sentes que j'existe et par elles que je suis possible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ces luttes, il ne s'agit pas, le plus souvent, de d&#233;clarations fracassantes ou d'actions &#171; radicales &#187;, cela peut n'&#234;tre que toutes les pratiques de &#171; fuite &#187; ou de d&#233;n&#233;gation des prol&#233;taires vis-&#224;-vis de leur propre condition. Dans les gr&#232;ves actuelles sur les licenciements, souvent et de plus en plus, les ouvriers ne revendiquent plus le maintien de l'emploi, mais des indemnit&#233;s cons&#233;quentes. &lt;i&gt;Contre le capital, le travail est sans avenir. &lt;/i&gt;C'est l'inessentialisation du travail qui devient l'activit&#233; m&#234;me du prol&#233;tariat, tant de fa&#231;on tragique dans ses luttes sans perspectives imm&#233;diates (suicidaires), que comme revendication de cette inessentialisation comme dans la lutte des ch&#244;meurs et pr&#233;caires de l'hiver 1998 en France.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le ch&#244;mage n'est plus cet &#224;-c&#244;t&#233; de l'emploi nettement s&#233;par&#233;. La segmentation de la force de travail, la flexibilit&#233;, la sous-traitance, la mobilit&#233;, le temps partiel, la formation, les stages, le travail au noir, ont rendu floues toutes les s&#233;parations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le mouvement fran&#231;ais de 1998, et plus g&#233;n&#233;ralement dans les luttes de ch&#244;meurs de ce cycle de luttes &lt;i&gt;c'est la d&#233;finition des ch&#244;meurs qui se veut le point de d&#233;part de la reformulation de l'emploi salari&#233;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En France, les salari&#233;s licenci&#233;s de Moulines mettant le feu &#224; un b&#226;timent de l'usine s'inscrivent &#233;galement dans la dynamique de ce cycle de luttes qui fait, pour le prol&#233;tariat de sa propre existence comme classe, la limite de son action de classe. De m&#234;me en 2006, &#224; Savar, 50 km au nord de Dacca, au Bangladesh, suite &#224; trois mois d'arri&#233;r&#233;s de salaire, deux usines sont incendi&#233;es et cent autres mises &#224; sac. En Alg&#233;rie, la moindre revendication salariale tourne &#224; l'&#233;meute, les formes de repr&#233;sentation sont rejet&#233;es sans que s'en forment de nouvelles et ce sont toutes les conditions de vie et de reproduction du prol&#233;tariat qui sont en jeu au-del&#224; des protagonistes imm&#233;diats de la gr&#232;ve et de la revendication.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Chine, en Inde, on ne passera pas de la multiplication des actions revendicatives multiformes, touchant tous les aspects de la vie et de la reproduction de la classe ouvri&#232;re &#224; un vaste &lt;i&gt;mouvement ouvrier &lt;/i&gt;. Ces actions revendicatives tournent souvent &#171; paradoxalement &#187; &#224; la destruction des conditions de travail, c'est-&#224;-dire de leur propre raison d'&#234;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Argentine, on s'est auto-organis&#233; comme ch&#244;meurs de Mosconi, ouvri&#232;res de Bruckman, habitants de bidonvilles&#8230;, mais ce faisant quand on s'auto-organisait, on se heurtait imm&#233;diatement &#224; ce que l'on &#233;tait qui, dans la lutte, devenait ce qui devait &#234;tre d&#233;pass&#233; et qui a &#233;t&#233; vu comme &#233;tant &#224; d&#233;passer dans les modalit&#233;s pratiques de ces auto-organisations. Le prol&#233;tariat ne peut trouver en lui-m&#234;me la capacit&#233; de cr&#233;er d'autres rapports interindividuels sans renverser et nier ce qu'il est dans cette soci&#233;t&#233;, c'est-&#224;-dire sans entrer en contradiction avec l'autonomie et sa dynamique. En Argentine, par la f&#231;on dont &#233;t&#233; mises en &#339;uvre les activit&#233;s productives, dans les modalit&#233;s effectives de leur r&#233;alisation, ce sont les d&#233;terminations du prol&#233;tariat comme classe de cette soci&#233;t&#233; qui ont &#233;t&#233; effectivement bouscul&#233;es (propri&#233;t&#233;, &#233;change, division du travail, rapport entre hommes et femmes&#8230;). C'est ainsi que la r&#233;volution comme communisation devient cr&#233;dible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En France, en novembre 2005, dans les banlieues, les &#233;meutiers n'ont rien revendiqu&#233;, ils ont attaqu&#233; leur propre condiiton, ils ont pris pour cibles tout ce qui les produit et les d&#233;finit. Les &#233;meutiers r&#233;v&#233;l&#232;rent et attaqu&#232;rent &lt;i&gt;la situation de prol&#233;taire maintenant &lt;/i&gt; : cette force de travail mondialement pr&#233;caris&#233;e. Ce qui rendit imm&#233;diatement caduc, dans le moment m&#234;me o&#249; une telle revendication aurait pu &#234;tre prononc&#233;e, de vouloir &#234;tre un &#171; prol&#233;taire ordinaire &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trois mois apr&#232;s (au printemps 2006), toujours en France, entant que mouvement revendicatif, le mouvement &#233;tudiant anti-CPE&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb23&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le CPE (Contrat Premi&#232;re Embauche) &#233;tait un type de contrat de travail (&#8230;)&#034; id=&#034;nh23&#034;&gt;23&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;ne pouvait se comprendre lui-m&#234;me qu'en devenant le mouvement g&#233;n&#233;ral des pr&#233;caires, mais alors soit il se sabordait lui-m&#234;me dans sa sp&#233;cificit&#233;, soit il ne pouvait qu'&#234;tre amen&#233; &#224; se heurter plus ou moins violemment &#224; tous ceux qui, dans les &#233;meutes de novembre 2005, avaient montr&#233; que revendiquer d'&#234;tre un &#171; prol&#233;taire ordinaire &#187; &#233;tait caduc. Faire aboutir la revendication par son &#233;largissement sabotait la revendication. La lutte anti-CPE a &#233;t&#233; un &lt;i&gt;mouvement revendicatif dont la satisfaction de la revendication &#233;tait inacceptable pour lui-m&#234;me en tant que mouvement revendicatif.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les &#233;meutes en Gr&#232;ce, en d&#233;cembre 2008, le prol&#233;tariat ne revendique rien et se consid&#232;re contre le capital comme le fondement d'aucune alternative.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 2009, en Guadeloupe, l'importance du ch&#244;mage et de la part de la population vivant de &#171; revenus d'assistance &#187; ou d'une &#233;conomie souterraine fait que revendiquer pour le salaire est une contradiction dans les termes. Cette contradiction a structur&#233; le cours des &#233;v&#233;nements entre un LKP centr&#233; sur les travailleurs stables (essentiellement la fonction publique) mais cherchant par la multiplication et l'infinie diversit&#233; des revendications &#224; faire tenir ensemble les termes de cette contradiction et l'absurdit&#233;, pour la majorit&#233; des personnes engag&#233;es sur les barrages, dans les pillages et les attaques de b&#226;timents publics, de la revendication salariale centrale. La revendication a &#233;t&#233; d&#233;stabilis&#233;e dans le cours m&#234;me de la lutte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De fa&#231;on g&#233;n&#233;rale, avec l'&#233;clatement de la crise actuelle, il y a pr&#233;sentement dans la revendication salariale une dynamique qu'elle ne pouvait avoir pr&#233;c&#233;demment. Dynamique &lt;i&gt;interne&lt;/i&gt; qui lui est donn&#233;e par l'&lt;i&gt;ensemble&lt;/i&gt; de la relation entre prol&#233;tariat et capital dasn le mode de production capitaliste tel qu'il est sorti de la restructuration et tel que maintenant il entre en crise. La revendication salariale a chang&#233; de signification. Le &#171; partage des richesses &#187; de question essentiellement conflictuelle dans le mode production capitaliste eszt devenu, en outre, tabou. C'est paradoxalement dans ce qui d&#233;finit le prol&#233;tariat, au plus profond de lui-m&#234;me, comme une classe de ce mode de production &lt;i&gt;et rien que cela&lt;/i&gt;, qu'appara&#238;t pratiquement et conflictuellement que son existence de classe devient pour le prol&#233;tariat la limite de sa propre lutte en tant que classe. C'est l&#224; le caract&#232;re central &lt;i&gt;actuel&lt;/i&gt; de la revendication salariale dans la lutte des classes. Dans le cours le plus trivial de la revendication salariale, le prol&#233;tariat voit son existence comme classe s'objectiver comme quelque chose qui lui est &#233;tranger dans la mesure o&#249; le rapport capitaliste lui-m&#234;me le pose &lt;i&gt;en son sein&lt;/i&gt; comme &lt;i&gt;un &#233;tranger&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que la r&#233;volution soit l'abolition de toutes les classes existe comme un fait actuel en ce que &lt;i&gt;l'action en tant que classe du prol&#233;tariat est, pour elle-m&#234;me, une limite&lt;/i&gt;. Cette abolition n'est pas un but que l'on se propose, une d&#233;finition de la r&#233;volution comme une norme &#224; atteindre, mais un contenu actuel dans ce qu'est la lutte de classe m&#234;me. C'est le &#171; terrible pas &#224; franchir &#187; dans la compr&#233;hension th&#233;orique et la pratique des luttes actuelles. Produire l'appartenance de classe comme contrainte ext&#233;rieure c'est, pour le prol&#233;tariat, entrer en conflit avec sa situation ant&#233;rieure, ce n'est pas une &#171; lib&#233;ration &#187;, ce n'est pas une &#171; autonomie &#187;. Le prol&#233;tariat trouve, dans ce qu'il est contre le capital, la capacit&#233; de communiser la soci&#233;t&#233; au moment o&#249; il traite sa propre nature de classe comme ext&#233;rioris&#233;e dans le capital. Avec la production de l'appartenance de classe comme contrainte ext&#233;rieure, on peut, &#224; partir des luttes actuelles, comprendre &lt;i&gt;le point de bascule de la lutte de classe&lt;/i&gt;, son d&#233;passement, comme un d&#233;passement produit &lt;i&gt;du cycle de luttes actuel&lt;/i&gt; : la classe dans sa lutte contre le capital se retourne contre elle-m&#234;me, c'est-&#224;-dire qu'elle traite sa propre existence, tout ce qui la d&#233;finit dans son rapport au capital (et elle n'est que ce rapport), comme limite de son action.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le cours de la lutte r&#233;volutionnaire, l'abolition de l'&#201;tat, de l'&#233;change, de la division du travail, de toute forme de propri&#233;t&#233;, l'extension de la gratuit&#233; comme unification de l'activit&#233; humaine, c'est-&#224;-dire l'abolition des classes, des sph&#232;res priv&#233;es et publiques, sont des &#171; mesures &#187; abolissant le capital et les cat&#233;gories d'hommes et de femmes, impos&#233;es par les n&#233;cessit&#233;s m&#234;mes de la lutte contre la classe capitaliste et la domination masculine. La r&#233;volution est communisation, elle n'a pas le communisme comme projet et r&#233;sultat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On n'abolit pas le capital pour le communisme mais par le communisme, plus pr&#233;cis&#233;ment par sa production. En effet, les mesures communistes doivent &#234;tre distingu&#233;es du communisme : ce ne sont pas des embryons de communisme, c'est sa production. Ce n'est pas une p&#233;riode de transition, c'est la r&#233;volution. La communisation n'est que &lt;i&gt;la production communiste du communisme&lt;/i&gt;. La lutte contre le capital est bien ce qui diff&#233;rencie les mesures communistes du communisme. L'activit&#233; r&#233;volutionnaire du prol&#233;tariat a toujours pour contenu de m&#233;dier l'abolition du capital par son rapport au capital ; la communisation n'est pas la branche d'une alternative en concurrence avec la reproduction du mode de production capitaliste mais sa contradiction interne et son d&#233;passement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'abolition du capital, c'est-&#224;-dire la r&#233;volution et la production du communisme, est imm&#233;diatement abolition des classes et donc du prol&#233;tariat, dans la communisation de la soci&#233;t&#233; qui est ainsi abolie comme communaut&#233; s&#233;par&#233;e de ses membres. Les prol&#233;taires abolissent le capital en produisant contre lui une communaut&#233; imm&#233;diate &#224; ses membres. Ils transforment leurs rapports sociaux en relations imm&#233;diates entre individus. Relations entre individus singuliers qui ne sont plus chacun l'incarnation d'une cat&#233;gorie sociale, &lt;i&gt;y compris les cat&#233;gories suppos&#233;es naturelles comme les sexes sociaux de femme et d'homme&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&lt;a id=&#034;__RefHeading___Toc6425_155729733&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
La communisation : une th&#233;orie en chantier&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si la pratique r&#233;volutionnaire est la co&#239;ncidence du changement des circonstances et de l'activit&#233; humaine ou autochangement (cf., Marx, &lt;i&gt;Th&#232;ses sur Feuerbach&lt;/i&gt;), alors la question de la distinction de genre, de la construction des cat&#233;gories d'homme et de femme, la question de la lutte des femmes, depuis la fin des ann&#233;es 1960, dessinaient un angle mort de la th&#233;orie de la communisation : quelque chose que tout le travail th&#233;orique de d&#233;passement du programmatisme avait, au mieux, plus ou moins consciemment ignor&#233;, au pire, volontairement rejet&#233; comme hors de propos.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour sauver de son naufrage programmatique la contradiction entre le prol&#233;tariat et le capital comme dynamique r&#233;volutionnaire du mode de production capitaliste, il ne fallait rien admettre qui aurait pu apparaitre comme une concession &#224; la centralit&#233; unique de la lutte des classes. Pour que les choses bougent, il fallut que la g&#233;n&#233;ration de Mo&#239;se, sortie de l'Egypte du programmatisme, se fasse bousculer par une nouvelle pour laquelle les conditions actuelles de luttes existaient comme une &#233;vidence en soi et non en constante r&#233;f&#233;rence &#224; la situation ant&#233;rieure. La production th&#233;orique poss&#232;de une relative autonomie avec ses codes, ses d&#233;terminations et la pesanteur de ses agents, si ce n'est de ses institutions et, comme n'importe quelle activit&#233;, le poids de son caract&#232;re sexu&#233; que son contenu programmatique ne pouvait que renforcer. Il est pourtant &#233;vident que, si ceux qui au d&#233;but des ann&#233;es 1970 amorc&#232;rent la critique du programmatisme avaient consid&#233;r&#233; les luttes ou gr&#232;ves sp&#233;cifiquement f&#233;minines et les caract&#233;ristiques propres de l'activit&#233; des femmes dans les luttes r&#233;volutionnaires depuis la r&#233;volution fran&#231;aise ou la r&#233;volution anglaise, ils auraient &#233;t&#233; &#171; surpris &#187; d'y d&#233;couvrir, en actes, les contradictions et les impasses du programmatisme. Une &#233;tude m&#233;ticuleuse des mouvements r&#233;volutionnaires aurait r&#233;v&#233;l&#233; que l'activit&#233; des femmes dans ces mouvements participait de l'impossibilit&#233; du programmatisme dans ses propres termes, de ses contradictions et de son d&#233;passement. Qui plus est, la vague du f&#233;minisme moderne dans les ann&#233;es 60 / 70 &#233;tait dans ses pratiques et ses productions th&#233;oriques, de fait, la critique du mouvement ouvrier et de l'affirmation du travail. &lt;i&gt;En d&#233;veloppant ses propres th&#232;mes&lt;/i&gt;, ce f&#233;minisme signifiait au programmatisme qu'il &#233;tait arriv&#233; en bout de course.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Paradoxalement, cette position &#171; pure et dure &#187; en revenait &#224; ne pas aller au bout de la critique du programmatisme et de son d&#233;passement en tant que th&#233;orie de la communisation comme production de l'imm&#233;diatet&#233; sociale de l'individu, cela sur deux points fondamentaux li&#233;s entre eux : la critique de la distinction de genre qui reformule les fondements m&#234;mes de la critique du travail ; la pratique r&#233;volutionnaire comme abolition des classes et du genre et autotransformation des individus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&lt;a id=&#034;__RefHeading___Toc6427_155729733&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Le travail, le surtravail, la population et les femmes&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&lt;a id=&#034;__RefHeading___Toc6497_155729733&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Contradiction de genre et contradiction de classes&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans tous les modes de production jusqu'au capital inclus o&#249; la chose devient une contradiction, la source principale du surtravail est bien s&#251;r le travail ce qui signifie l'augmentation de la population&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb24&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Nous conseillons &#224; ceux qui verraient l&#224; une construction conceptuelle (&#8230;)&#034; id=&#034;nh24&#034;&gt;24&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Le surtravail ne tient pas &#224; une suppos&#233;e surproductivit&#233; du travail, son existence est un ph&#233;nom&#232;ne purement social, elle suppose le travail et la population, cr&#233;e la distinction de genre et la pertinence sociale de cette distinction sur un mode sexuel et &lt;i&gt;naturalis&#233;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Partir de la reproduction (biologique) et de la place sp&#233;cifique des femmes dans cette reproduction c'est pr&#233;supposer comme donn&#233; ce qui est le r&#233;sultat d'un processus social. Le point de d&#233;part est ce qui rend cette place sp&#233;cifique comme construction et diff&#233;renciation sociales : la population comme force productive dans tous les modes de production jusqu'&#224; aujourd'hui. En effet, poss&#233;der un ut&#233;rus ne signifie pas &#171; faire des enfants &#187;. Pour passer de l'un &#224; l'autre, il faut tout un dispositif social d'appropriation et de mise en situation (de mise en fonction) de &#171; faire des enfants &#187;, dispositif par lequel les femmes existent. Poss&#233;der un ut&#233;rus est une &lt;i&gt;caract&#233;ristique&lt;/i&gt; anatomique et non d&#233;j&#224; une &lt;i&gt;distinction&lt;/i&gt;, mais &#171; faire des enfants &#187; est une distinction sociale qui fait de la &lt;i&gt;caract&#233;ristique&lt;/i&gt; anatomique une &lt;i&gt;distinction naturelle&lt;/i&gt;. Il est dans l'ordre de cette construction sociale, de ce dispositif de contrainte, de toujours renvoyer ce qui est socialement construit, les femmes, &#224; la biologie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'augmentation de la population comme principale force productive se meut dans des contradictions dans tous les modes de production, mais le mode de production capitaliste est le premier dont le probl&#232;me avec la population et le travail est intrins&#232;que &#224; sa dynamique et non une rupture de celle-ci la r&#233;g&#233;n&#233;rant : l'alternance du monde plein et du monde vide du syst&#232;me f&#233;odal ; l'essaimage colonial antique ; les diff&#233;rents types de solution &#224; la pression sur le milieu des &#171; communaut&#233;s primitives &#187; ; les fronts pionniers du mode de production asiatique. Par son rapport au travail, le capital est une &lt;i&gt;contradiction en proc&#232;s&lt;/i&gt; : le travail et la population ont toujours &#233;t&#233; pour lui n&#233;cessaires et toujours de trop, toujours un probl&#232;me interne &#224; sa propre accumulation, c'est-&#224;-dire &#224; sa propre existence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pas de surtravail, sans travail, c'est-&#224;-dire sans population comme principale force productive. L&#224; o&#249; nous avons exploitation, nous avons la cr&#233;ation des cat&#233;gories femme et homme, leur &lt;i&gt;naturalisation&lt;/i&gt; inh&#233;rente &#224; l'objet m&#234;me de leur construction (la population), et par l&#224; l'appropriation de toutes les femmes par tous les hommes. On ne peut construire le concept d'exploitation, sans le travail, sans la population. De la forme fondamentale du mode de production capitaliste qui est l'appropriation du travail on d&#233;duit deux contradictions : de genre, de classes. La construction simultan&#233;e et interd&#233;pendante des contradictions de genre et de classes introduit les clivages de chacune de ces cat&#233;gories dans l'autre. Inextricable, l'exp&#233;rience est toujours impure. Mais, il ne suffit pas de dire qu'aucune exp&#233;rience ni aucun sujet n'est pur, comme une constatation. C'est cette &#171; impuret&#233; &#187; qu'il faut fouiller et construire dans son intimit&#233;. Dans l'existence m&#234;me du surtravail, la contradiction entre le prol&#233;tariat et le capital suppose celle entre les hommes et les femmes, de m&#234;me que celle-ci suppose la premi&#232;re. &lt;i&gt;Aucune des deux contradictions n'est telle sans l'existence conjointe de l'autre&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est du surtravail que viennent les hommes et les femmes, leur distinction donc leur contradiction ; c'est du m&#234;me surtravail que viennent les classes et leur contradiction. L'existence du travail et donc du surtravail, c'est l'existence de deux contradictions. Chacune a dans l'autre non seulement sa condition mais encore ce qui la fait &#234;tre une &lt;i&gt;contradiction&lt;/i&gt;, c'est-&#224;-dire un proc&#232;s remettant en cause ses propres termes dans leur rapport.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Entre le prol&#233;tariat et le capital&lt;/i&gt;, c'est l'existence m&#234;me du travail et de la population comme force productive (la cr&#233;ation et l'appropriation des femmes comme cat&#233;gorie naturelle) qui est, dans les termes du rapport, ce devenir du rapport conflictuel en contradiction : le travail comme unique mesure et source de la richesse. C'est la d&#233;finition des femmes c'est-&#224;-dire la contradiction entre les hommes et les femmes (la d&#233;finition est en elle-m&#234;me la contradiction) qui se joue sur le travail. Par l&#224;, la lutte des classes a pour dynamique et objectif l'abolition des classes et non un simple d&#233;placement du curseur entre travail n&#233;cessaire et surtravail sur la ligne de la journ&#233;e de travail. Le contenu de l'appropriation des femmes, c'est la contradiction qu'est le travail comme unique mesure et source de la richesse. C'est par l&#224; que la division de la journ&#233;e de travail en travail n&#233;cessaire et surtravail est abolie comme n&#233;cessit&#233; et, par l&#224;-m&#234;me, l'existence de quelque chose comme la &#171; journ&#233;e de travail &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Entre les hommes et les femmes&lt;/i&gt;, c'est l'existence du surtravail et de sa relation au travail n&#233;cessaire (la contradiction entre les classes) qui est la production du rapport d'appropriation comme contradiction. Le surtravail et sa relation au travail n&#233;cessaire font que le conflit entre hommes et femmes a pour dynamique et objectif l'abolition des conditions inh&#233;rentes &#224; l'individualit&#233; que sont &#234;tre une femme ou un homme, ce qui est le capital comme contradiction en proc&#232;s. Autrement dit : cette contradiction entre surtravail et travail n&#233;cessaire est celle par laquelle la population comme principale force productive (la distinction de genres) est abolie comme n&#233;cessit&#233;. Sans cette contradiction entre surtravail et travail n&#233;cessaire, le rapport entre hommes et femmes serait une simple opposition sans dynamique. Ce n'est qu'avec le mode de production capitaliste que cette opposition, ce refus par les femmes de leur situation, devient une contradiction. La population comme principale force productive (la population et la productivit&#233; du travail comme synth&#232;se des forces productives) c'est-&#224;-dire le travail comme probl&#232;me dans le mode de production capitaliste est la dynamique propre de l'appropriation des femmes qui en fait une contradiction entre les hommes et les femmes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quatre &#233;l&#233;ments, deux contradictions, une seule dynamique, celle du capital comme contradiction en proc&#232;s qui ne se d&#233;compose pas, qui ne s'autod&#233;termine pas comme contradiction entre les classes et contradiction entre les hommes et les femmes mais qui est construite par ces deux contradictions&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb25&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Le surtravail des grandes masses a cess&#233; d'&#234;tre la condition du (&#8230;)&#034; id=&#034;nh25&#034;&gt;25&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Le capital comme contradiction en proc&#232;s est l'unit&#233; dynamique que les contradictions de classes et de genres construisent. La contradiction entre femmes et hommes est, elle-m&#234;me, une autre contradiction que celle entre prol&#233;tariat et capital. La forme fondamentale de ce mode de production (l'appropriation du travail d'autrui &#8211; &#224; distinguer de l'appropriation de son produit) ce sont ces deux contradictions &lt;i&gt;et seulement elles deux&lt;/i&gt;. Pas de surtravail sans travail, pas de travail sans population comme principale force productive, pas de population comme force productive sans la production des cat&#233;gories hommes et femmes. L'existence de &lt;i&gt;la population comme principale force productive&lt;/i&gt; n'est pas plus un rapport naturel que n'importe quel autre rapport de production.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;finies par la &lt;i&gt;naturalisation&lt;/i&gt; de leur appropriation, les femmes sont en contradiction avec la production &lt;i&gt;sociale&lt;/i&gt; n&#233;cessaire de leur existence comme appropriation. Produites comme productrices de la principale force productive &lt;i&gt;par leur appropriation&lt;/i&gt;, celle-ci est &#224; la fois &lt;i&gt;n&#233;cessaire&lt;/i&gt; parce que devant se fonder &lt;i&gt;en nature&lt;/i&gt; du fait m&#234;me que ce qui est appropri&#233; d&#233;fini la personne et se confond avec elle, et &lt;i&gt;contingente&lt;/i&gt; du fait des contradictions, dans le MPC, de cette principale force productive et des conditions historiques de la reproduction de la force de travail. En tant que proc&#232;s contradictoire dans le MPC, la population est alors la contradiction interne de cette appropriation comme &lt;i&gt;naturalisation&lt;/i&gt; n&#233;cessaire d'un &lt;i&gt;processus social&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autrement dit, les femmes sont constamment en contradiction avec leur propre d&#233;finition comme sexe et nature, car la n&#233;cessit&#233; de leur reproduction en tant que telles (sexe et nature) est quelque chose qu'elles trouvent face &#224; elles dans l'appropriation sociale, &#233;conomiques, id&#233;ologique, historique, par les hommes. Ce n'est pas une question de conscience (bien que&#8230;) mais de structure du rapport (pr&#233;cisons &#8211; on ne sait jamais - : cela n'a rien &#224; voir avec le &#171; performatisme &lt;i&gt;queer&lt;/i&gt;) : elles ne trouvent jamais leur confirmation (en tant que groupe naturel) dans la reproduction du rapport avec les hommes dans lequel cette &#171; n&#233;cessit&#233; naturelle &#187; &#224; laquelle elles sont r&#233;duites est toujours le produit d'un rapport social et historique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&lt;a id=&#034;__RefHeading___Toc6499_155729733&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#202;tre femme est apparu comme une contradiction&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La contradiction entre hommes et femmes ne fait pas irruption dans la contradiction de classe, elle la module constamment, de m&#234;me que l'exploitation module constamment la contradiction entre hommes et femmes. Leur intrication constitue une succession de configurations historiques de la lutte des classes, ainsi que de la contradiction entre hommes et femmes, elle d&#233;finit chaque cycle de luttes. La r&#233;volution n'est pas &#171; suspendue &#224; l'abolition des genres &#187;, ni &#171; ne pourra &#233;chapper &#224; leur d&#233;passement &#187;, car c'est l'une et l'autre dans leur mouvement sp&#233;cifique et se d&#233;terminant r&#233;ciproquement comme contradiction qui construisent le capital comme contradiction en proc&#232;s. Ce n'est pas un hasard si, dans tous les moments r&#233;volutionnaires, les deux contradictions se sont toujours jointes, entrecrois&#233;es, confort&#233;es et le plus souvent confront&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est parce que le capital est, de par son rapport au travail, une contradiction en proc&#232;s que le travail a pu &#234;tre le fondement de la perspective r&#233;volutionnaire du programmatisme : le travail, dans sa contradiction avec le capital, &#233;tait l'&#233;l&#233;ment &#224; lib&#233;rer de la contrainte et de la domination capitalistes. La r&#233;volution programmatique ne pouvait alors que renvoyer l'abolition de la distinction de genre aux calendes grecques, tandis qu'inversement la place et la lutte des femmes dans ces mouvements r&#233;volutionnaires signifiaient l'impossibilit&#233; du programmatisme dans ses propres termes de &#171; lib&#233;ration du travail &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Tant que la contradiction n'est pas apparue, les conditions, dans lesquelles les individus entrent en relation entre eux sont des conditions inh&#233;rentes &#224; leur individualit&#233;, elles ne sont nullement ext&#233;rieures et seules, elles permettent &#224; ces individus d&#233;termin&#233;s et existant dans des conditions d&#233;termin&#233;es de produire leur vie mat&#233;rielle et tout ce qui en d&#233;coule &lt;i&gt;ce sont donc des conditions de leur manifestation actives de soi et elles sont produites par cette manifestation de soi&lt;/i&gt;. En cons&#233;quence, tant que la contradiction n'est pas encore intervenue, les conditions d&#233;termin&#233;es, dans lesquelles les individus produisent &lt;i&gt;correspondent donc &#224; leur limitation effective, &#224; leur existence born&#233;e&lt;/i&gt;, dont le caract&#232;re limit&#233; ne se r&#233;v&#232;le qu'avec l'apparition de la contradiction et existe de ce fait pour la g&#233;n&#233;ration post&#233;rieure. Alors cette condition appara&#238;t comme une entrave accidentelle, alors on attribue &#224; l'&#233;poque ant&#233;rieure la conscience qu'elle &#233;tait une entrave. &#187; (Marx, &lt;i&gt;l'Id&#233;ologie allemande&lt;/i&gt;, &#201;d. Sociales 1968, p. 98).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la phase actuelle du mode de production capitaliste, avec la faillite du programmatisme, &#171; la contradiction est apparue &#187; : le travail et la population ont perdu tout contenu de revendication et d'affirmation contraire au capital. La crise de la premi&#232;re phase de la subsomption r&#233;elle du travail sous le capital en signant la caducit&#233; du programmatisme, c'est-&#224;-dire la caducit&#233; de la r&#233;volution comme lib&#233;ration du travail, non seulement, comme on l'a longuement vu, modifie la dynamique et la perspective de la contradiction entre les classes, mais encore, celles de la contradiction entre les hommes et les femmes dont le fondement est sp&#233;cifiquement la reproduction. Quand le travail et la population comme principales forces productives (celles qui les r&#233;sument toutes) deviennent, en tant que puissance r&#233;volutionnaire, un probl&#232;me pour eux-m&#234;mes, le fait m&#234;me d'&#234;tre femme peut alors &#234;tre pos&#233; comme objet de la lutte des femmes. Etre &#171; femme &#187; n'est plus pour les individus une condition inh&#233;rente &#224; leur individualit&#233;, c'est une condition ext&#233;rieure. Cela signifie qu'&#234;tre une femme est apparue comme contradiction La sp&#233;cificit&#233; de la p&#233;riode o&#249; co&#239;ncident la fin du programmatisme et la vague f&#233;ministe de la fin des ann&#233;es 1960 est d'avoir conf&#233;r&#233; comme contenu essentiel et probl&#233;matique &#224; la contradiction entre les hommes et les femmes &lt;i&gt;l'existence naturelle du corps f&#233;minin&lt;/i&gt;, le sexe et la sexualit&#233; comme d&#233;finition des femmes. La revendication des droits, de l'ind&#233;pendance et de l'&#233;galit&#233; en s'intriquant avec la question du corps produit et rencontre dans le fait d'&#234;tre femme sa propre limite, car le sujet au nom duquel la libert&#233; et l'&#233;galit&#233; sont revendiqu&#233;es est en soi, dans son existence corporelle m&#234;me comme distinction, la raison d'&#234;tre de la domination et de l'in&#233;galit&#233;. &#171; Etre femme &#187;, objet de la lutte et enjeu, est ce qui ne va plus de soi. Le genre se met &#224; pr&#233;c&#233;der le sexe. C'est la &#171; nature &#187; qui est mise en jeu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'abolition de la distinction de genre est une n&#233;cessit&#233; du point de vue de la &#171; r&#233;ussite &#187; de la communisation, ce n'est pas au nom de l'abolition de toutes les m&#233;diations ce n'est pas parce que la r&#233;volution serait &#171; suspendue &#187; &#224; la n&#233;cessit&#233; de cette abolition. Prendre les choses ainsi rel&#232;ve d'une d&#233;marche t&#233;l&#233;ologique et normative. C'est dans son caract&#232;re concret, imm&#233;diat, que cette contradiction entre hommes et femmes s'impose dans la r&#233;ussite de la communisation contre ce que ce rapport implique de violence, d'invisibilisation, d'assignation &#224; une place de subordination. Si l'abolition de la distinction de genre s'impose comme une n&#233;cessit&#233; de la communisation, c'est que la contradiction qui d&#233;finit les femmes existe dans la vie courante, et c'est de cette situation, de cette contradiction, dont nous partons pour parler de la n&#233;cessit&#233; de l'abolition des genres. Travail domestique, place dans la division du travail, modalit&#233;s d'insertion dans le proc&#232;s imm&#233;diat de production, formes &#171; atypiques &#187; du salariat, violence quotidienne dans la conjugalit&#233;, famille, n&#233;gation et appropriation de la sexualit&#233; f&#233;minine, le viol et / ou sa menace, sont les divers fronts o&#249; se jouent la contradiction entre les hommes et les femmes, contradiction qui a pour contenu leur d&#233;finition et assignation contrainte (aucun de ces &#233;l&#233;ments n'est fortuit). Tous ces fronts sont les lieux d'une lutte permanente opposant deux cat&#233;gories de la soci&#233;t&#233; form&#233;es comme naturelles et d&#233;construites comme telles par les femmes dans leur lutte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'abolition du genre c'est l'abolition de la capacit&#233; reproductive comme distinction naturalis&#233;e. Il y aura effectivement des individus qui tomberont enceinte et des individus qui ne tomberont pas enceinte (bien qu'on peut supposer que la sexualit&#233; &#224; risque de grossesse en aura pris un bon coup au passage), des gens qui porteront des enfants et d'autres pas (ce qui pourrait bien &#234;tre diff&#233;rent de tomber enceinte), mais en aucun cas cette diversit&#233; ne peut engendrer une &lt;i&gt;distinction&lt;/i&gt; si la contradiction hommes/femmes n'est plus et si, en cons&#233;quence, il n'existe plus ni hommes ni femmes. C'est-&#224;-dire si la reproduction n'a plus un statut d'instance d&#233;terminante de classification. Cette h&#233;t&#233;rog&#233;n&#233;it&#233; de situation ne recouvrant plus aucun enjeu du c&#244;t&#233; de la population et de la reproduction de l'organisation sociale, ne portera donc aucune distinction entre certains et d'autres &lt;i&gt;sur cette base&lt;/i&gt;. Si l'on consid&#232;re la partition de l'humanit&#233; sur la base de la reproduction comme une pure construction sociale (les cat&#233;gories de population et de travail sont des cat&#233;gories &#233;conomiques historiques), les caract&#233;ristiques anatomiques sexuelles deviennent des caract&#233;ristiques physiques que seul un rapport social unifie comme sexe et auxquelles seul il donne un sens de distinction et de partition&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&lt;a id=&#034;__RefHeading___Toc6429_155729733&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
La pratique r&#233;volutionnaire : autotransformation des individualit&#233;s&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Construire et critiquer la distinction de genre, c'&#233;tait approfondir la conception de la pratique r&#233;volutionnaire comme co&#239;ncidence de la transformation des circonstances et autotransformation des individualit&#233;s&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec l'effondrement du programmatisme, la contradiction &#171; &lt;i&gt;est apparue&lt;/i&gt; &#187; : celle de la population comme principale force productive, celle de la r&#233;volution comme lib&#233;ration de ce que l'on est en tant que prol&#233;taire. Mais il est impossible d'y &#233;chapper sans une abolition de ce mode de production. Ce mode de production pr&#233;pare en son sein, une contradiction entre les classes et une contradiction entre les hommes et les femmes qui ne pourra &#233;chapper &#224; la question, pour chacun, des &#171; conditions inh&#233;rentes &#224; son individualit&#233; &#187;, question d&#233;termin&#233;e par cette &#171; contradiction apparue &#187; qui touche aussi bien les femmes que les prol&#233;taires. Le rapport entre surtravail et travail n&#233;cessaire fait apparaitre comme contradiction &#224; elle-m&#234;me la distinction de genre, c'est-&#224;-dire la population comme principale force productive, de m&#234;me que la distinction de genre fait apparaitre ce rapport comme une contradiction. Ce rapport de construction r&#233;ciproque des distinctions en contradictions, c'est le capital comme contradiction en proc&#232;s : &#171; Le surtravail des grandes masses a cess&#233; d'&#234;tre la condition du d&#233;veloppement de la richesse g&#233;n&#233;rale. (&#8230;) Le capital est une contradiction en proc&#232;s : d'une part, il pousse &#224; la r&#233;duction du temps de travail &#224; un minimum, et d'autre part il pose le temps de travail comme la seule source et la seule mesure de la richesse &#187; (Marx, &lt;i&gt;Fondements de la critique de l'&#233;conomie politique&lt;/i&gt;, &#201;d. Anthropos, p.222).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'y a que dans le mode de production capitaliste que la lutte des femmes contre leur situation peut int&#233;grer la critique du fait m&#234;me d'&#234;tre femme. La question de l'individualit&#233;, c'est-&#224;-dire de l'insatisfaction vis-&#224;-vis de soi, n'est pas l'apanage d'une situation r&#233;volutionnaire, elle est inh&#233;rente au mode de production capitaliste. Individu et classe, individu et genre ne s'opposent pas de fa&#231;on ext&#233;rieure comme si l'individu &#233;tait ce qui faisait exploser la g&#233;n&#233;ralit&#233; qui le subsume, mais ces g&#233;n&#233;ralit&#233;s peuvent devenir des contraintes ext&#233;rieures. La &#171; pratique r&#233;volutionnaire &#187;, telle que d&#233;finie dans les th&#232;ses sur Feuerbach&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb26&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; La co&#239;ncidence du changement des circonstances et de l'activit&#233; humaine ou (&#8230;)&#034; id=&#034;nh26&#034;&gt;26&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, n'est pas un simple aboutissement au moment de &lt;i&gt;La&lt;/i&gt; R&#233;volution. &lt;i&gt;L'insatisfaction, vis-&#224;-vis d'eux-m&#234;mes, des individus, existant comme sujets convoqu&#233;s, est une d&#233;termination inh&#233;rente &#224; la lutte de classe et &#224; la distinction de genre.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec le capital nous somme pass&#233;s de l'individu objectif &#224; l'individu contingent. La formule qui se supprime elle-m&#234;me selon laquelle &#171; l'essence de l'homme c'est l'ensemble de ses rapports sociaux &#187; (&lt;i&gt;Th&#232;ses sur Feuerbach&lt;/i&gt;)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb27&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cette d&#233;finition de &#171; l'essence de l'homme &#187; supprime ce qu'elle est cens&#233;e (&#8230;)&#034; id=&#034;nh27&#034;&gt;27&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; en cache une autre : pour chaque individu &#234;tre l'ensemble de ses rapports sociaux est une contradiction du fait m&#234;me de ces rapports sociaux dont la contingence est pour chacun la forme de leur n&#233;cessit&#233;. Mais la contingence est pr&#233;cis&#233;ment ce qui n'est pas contingent mais structurel. Si la contingence &#233;tait contingente, elle pourrait &#234;tre comme ne pas &#234;tre. Or, dans le mode de production capitaliste, la contingence est la d&#233;finition &#171; int&#233;rieure &#187; m&#234;me de l'individu dans son rapport &#224; la soci&#233;t&#233; et au monde. C'est par cette contingence, dans le mode de production capitaliste, de toutes les d&#233;finitions sociales et pour l'individu de &lt;i&gt;son&lt;/i&gt; monde que la n&#233;gation du capitalisme est la production du communisme. Chaque individu est intrins&#232;quement &#171; insatisfait de lui-m&#234;me &#187; (&#171; ne veut pas rester ce qu'il est &#187;) pour reprendre l'expression de Marx dans &lt;i&gt;L'Id&#233;ologie Allemande&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Stirner croit ici que les prol&#233;taires communistes qui r&#233;volutionnent la soci&#233;t&#233; et &#233;tablissent les rapports de production et les formes des relations sur une base nouvelle, c'est-&#224;-dire sur eux-m&#234;mes, en tant qu'hommes nouveaux, sur leur nouveau mode de vie, restent 'ceux qu'ils &#233;taient dans le pass&#233;'. La propagande inlassable que font les prol&#233;taires, les discussions qu'ils organisent entre eux quotidiennement, prouvent &#224; suffisance &lt;i&gt;combien peu eux-m&#234;mes veulent rester 'ceux qu'ils &#233;taient'&lt;/i&gt; (soulign&#233; par nous), et combien d'une mani&#232;re g&#233;n&#233;rale, ils souhaitent que les hommes ne restent pas 'ceux qu'ils &#233;taient'. Ils ne resteraient 'ceux qu'ils &#233;taient dans le pass&#233;' que si, avec saint Sancho, ils 'cherchaient la faute en eux-m&#234;mes' ; mais ils savent trop bien que c'est seulement lorsque les conditions seront modifi&#233;es qu'ils cesseront d'&#234;tre 'ceux qu'ils &#233;taient' et c'est pourquoi ils sont d&#233;cid&#233;s &#224; modifier ces conditions &#224; la premi&#232;re occasion. Dans l'activit&#233; r&#233;volutionnaire, se changer soi-m&#234;me et changer ces conditions co&#239;ncident. &#187; (&lt;i&gt;L'Id&#233;ologie Allemande&lt;/i&gt;, p.242).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La derni&#232;re phrase r&#233;p&#232;te &#224; l'identique la formule des &lt;i&gt;Th&#232;ses sur Feuerbach&lt;/i&gt; sur la co&#239;ncidence du changement des circonstances et de l'activit&#233; humaine. Dans un passage moins connu de &lt;i&gt;l'Id&#233;ologie allemande&lt;/i&gt;, &#224; propos de &#171; la phrase de Saint Simon relative au libre d&#233;veloppement des dispositions naturelles des individus &#187;, Marx commente : &#171; Son expression exacte (de cette phrase, nda), c'est cette absurdit&#233; selon laquelle les individus qui forment la soci&#233;t&#233; veulent conserver leur individualit&#233;, rester ce qu'ils sont, tout en exigeant de la soci&#233;t&#233; une transformation qui ne peut &#233;maner que de leur propre transformation. &#187; (&lt;i&gt;L'Id&#233;ologie Allemande&lt;/i&gt;, p.525). Le th&#232;me est r&#233;current dans &lt;i&gt;l'Id&#233;ologie allemande&lt;/i&gt;, c'est le c&#339;ur de la conception de l'auto-&#233;mancipation du prol&#233;tariat : les prol&#233;taires, agissant en tant que classe, abolissant leurs propres conditions d'existence qui les d&#233;finissent, se transforment eux-m&#234;mes. Ils ne font que partir de leur condition existante dans &lt;i&gt;cette&lt;/i&gt; soci&#233;t&#233; pour l'abolir et non pour &#171; d&#233;velopper librement &#187; leur individualit&#233; existante (ou sous-jacente).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En elle-m&#234;me, la co&#239;ncidence du changement de soi et du changement des conditions, c'est-&#224;-dire la pratique r&#233;volutionnaire comme autotransformation, est en soi une red&#233;finition structurelle du moment r&#233;volutionnaire. Le changement de contenu de la r&#233;volution qui fait suite &#224; la fin du programmatisme (la pratique r&#233;volutionnaire comme insatisfaction vis-&#224;-vis de soi) est une modification de la m&#233;canique du d&#233;passement du mode de production capitaliste. Le contenu est une forme nouvelle de la situation r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le programmatisme, en tant que th&#233;orie et pratique historiquement d&#233;finies de la lutte des classes, &#233;tait le d&#233;passement du capital comme contradiction en proc&#232;s par la &lt;i&gt;lib&#233;ration&lt;/i&gt; du travail, l'&lt;i&gt;affirmation&lt;/i&gt; du prol&#233;tariat et l'&lt;i&gt;&#233;mancipation&lt;/i&gt; des femmes en tant que naturellement m&#232;res et librement travailleuses. La r&#233;solution de la contradiction entre les hommes et les femmes &#233;tait r&#233;ellement &#233;vacu&#233;e vers un avenir post r&#233;volutionnaire et ind&#233;fini par la configuration de la contradiction entre les classes mais aussi par celle de la contradiction entre les genres, car le travail demeurait plus que jamais la principale force productive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, la th&#233;orie de la r&#233;volution communiste a pu longtemps se contenter de la &lt;i&gt;seule&lt;/i&gt; contradiction entre le prol&#233;tariat et le capital. Cette seule contradiction, parce qu'elle se r&#233;solvait par la victoire d'un de ses termes et la lib&#233;ration des individus, il suffisait de la saisir et de l'&#233;noncer dans sa &lt;i&gt;forme simple&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;homog&#232;ne&lt;/i&gt;, laissant comme circonstances accidentelles et ph&#233;nom&#232;nes les formes multiples, diverses, imm&#233;diates de son existence par lesquelles &lt;i&gt;elle se distribue&lt;/i&gt; dans de multiples existences du rapport d'exploitation (elle n'existe que dans cette distribution) et les multiples niveaux de ses formes d'apparition dans les diverses instances du mode de production. Cela suffisait pour rendre compte du devenir contradictoire du mode de production capitaliste et du mouvement de son abolition. Nous n'avions pas besoin d'autre chose.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout &#233;tait simple : le capital &#233;tait une contradiction en proc&#232;s et cette contradiction &#233;tait l'essence de tout, elle avait une forme simple et homog&#232;ne, comprenait tout, expliquait tout, mais&#8230; comme une avalanche emporte tout sur son passage. Tout le reste n'&#233;tait que ph&#233;nom&#232;nes et accidents, contingences. Aupr&#232;s de l'&#233;conomie toutes les autres instances du mode de production capitaliste ne faisaient que de la figuration. La segmentation m&#234;me du prol&#233;tariat, la multiplicit&#233; des contradictions dans lesquelles &#233;taient engag&#233;s ces segments, la contradiction entre les hommes et les femmes, les autres classes entra&#238;n&#233;es dans la lutte avec leurs propres objectifs, n'&#233;taient que les ombres projet&#233;es au fond de la caverne par la r&#233;alit&#233; substantielle toujours d&#233;j&#224; l&#224; de l'unit&#233; de la classe et du devenir du capital. Poser la contradiction, c'&#233;tait &lt;i&gt;ipso facto&lt;/i&gt; saisir le proc&#232;s de son abolition et la production de son d&#233;passement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La n&#233;cessaire red&#233;finition du capital comme contradiction en proc&#232;s &lt;i&gt;indiquait&lt;/i&gt; cependant la r&#233;ponse &#224; une question qui avait le seul d&#233;faut de ne pas avoir &#233;t&#233; pos&#233;e. D&#232;s que l'on consid&#232;re le capital en tant que contradiction en proc&#232;s comme la construction de deux contradictions qui, bien que conjointes, ne se confondent pas, on d&#233;signe une situation r&#233;volutionnaire ou de crise comme une &lt;i&gt;conjoncture&lt;/i&gt;. Dans une sorte de quiproquo, en r&#233;pondant &#224; la question de la nature du capital comme contradiction en proc&#232;s et de son d&#233;passement come autotransformation des individus, nous indiquions dans notre r&#233;ponse la pr&#233;sence d'une autre question : celle de la m&#233;canique de ce d&#233;passement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&lt;a id=&#034;__RefHeading___Toc6431_155729733&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
La r&#233;volution comme conjoncture&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si nous savons que le capital comme contradiction en proc&#232;s est une &#171; tension &#224; l'abolition de la r&#232;gle &#187; (cf. supra), cette tension ne nous donne que la possibilit&#233; ou m&#234;me la n&#233;cessit&#233; du d&#233;passement mais ne nous dit pas ce qu'il est. Nous savons aussi que le pas que la lutte de classe et celle des femmes doivent franchir (la production de l'appartenance de classe et de la distinction de genre comme contrainte ext&#233;rieure) est pr&#233;cis&#233;ment le contenu de ce qu'est le d&#233;passement, mais ce contenu ne nous dit pas comment la &#171; tension &#187; devient en lui une r&#233;alit&#233; &lt;i&gt;effective&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;efficace&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Non seulement la r&#233;volution n'est pas le r&#233;sultat de la transcroissance de la mont&#233;e en puissance de la classe, la victoire et l'affirmation de sa situation dans le mode de production capitaliste, mais encore, le contenu de ce saut qualitatif est de se retourner contre ce qui l'a produit. Ce retournement c'est le bouleversement de la hi&#233;rarchie des instances du mode de production qui est la m&#233;canique de son autopr&#233;supposition. Toutes les causalit&#233;s et l'ordonnance &lt;i&gt;normale&lt;/i&gt; des instances du mode de production (&#233;conomie, relations de genre, droit, politique, id&#233;ologie&#8230;) concourant dans cette normalit&#233; &#224; sa reproduction se trouvent min&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La th&#233;orie de la r&#233;volution comme communisation n'est pas une affirmation prospective, elle n'est pas en cours dans quelque pratique actuelle que ce soit, mais elle trouve son origine dans le pr&#233;sent de l'appartenance de classe comme limite de la lutte en tant que classe, et le pr&#233;sent de la contradiction entre hommes et femmes qui remet en cause leur d&#233;finition. Le paradigme th&#233;orique du cours d'une contradiction simple et homog&#232;ne parce que se r&#233;solvant dans la victoire d'un de ses termes est frapp&#233; d'obsolescence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sous l'effet de la red&#233;finition du capital comme contradiction en proc&#232;s apparait une nouvelle question. Comment la structure contradictoire du mode de production capitaliste, cette &#171; tension &#224; l'abolition de sa r&#232;gle &#187;, se transforme-t-elle en situation r&#233;volutionnaire ? Evidemment la question n'est pas de savoir quand et o&#249; une telle chose advient, mais quelle est la nature de cette transformation, non pas ce qui la produit (d&#233;j&#224; cern&#233; dans cette tension &#224; l'abolition de sa r&#232;gle qu'est le jeu du capital comme contradiction en proc&#232;s) mais &lt;i&gt;la nature de ce qui est produit&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&lt;a id=&#034;__RefHeading___Toc6501_155729733&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Unit&#233; de la contradiction et formes d'apparition&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La nature de ce qui est produit est une &lt;i&gt;conjoncture&lt;/i&gt;, un &lt;i&gt;moment actuel&lt;/i&gt;. C'est-&#224;-dire cette situation &lt;i&gt;propre aux p&#233;riodes de crises&lt;/i&gt; o&#249; le mouvement du capital comme contradiction en proc&#232;s n'est plus une seule contradiction (entre les classes), ni m&#234;me l'unit&#233; simple et homog&#232;ne de deux contradictions (entre les classes ; entre les hommes et les femmes), mais le moment o&#249; le capital comme contradiction en proc&#232;s ne s'impose plus comme &lt;i&gt;le sens toujours d&#233;j&#224; l&#224; de chacune de ses propres formes d'apparition&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb28&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Il faut comprendre que le capital comme contradiction en proc&#232;s est le (&#8230;)&#034; id=&#034;nh28&#034;&gt;28&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;La Contradiction &lt;/i&gt;qu'est&lt;i&gt; &lt;/i&gt;le capital comme contradiction en proc&#232;s, unit&#233; dynamique des contradictions de classes et de genre est &lt;i&gt;une&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;essentielle&lt;/i&gt;, mais d&#233;j&#224; sa d&#233;finition m&#234;me, sa construction, indique que, dans son &lt;i&gt;efficacit&#233; historique&lt;/i&gt;, elle n'existe que dans toutes ses &lt;i&gt;formes de manifestations&lt;/i&gt;. Aucune de ses formes, politiques, juridiques, relations internationales, id&#233;ologiques, etc., aucune des formes de relations entre les instances fonctionnelles du capital (capital industriel, capital financier, capital marchand), aucune des formes particuli&#232;res dont elle affecte chaque fraction du prol&#233;tariat et les assignations de genres, et par lesquelles elle se r&#233;fracte &#224; tous les niveaux du mode de production - r&#233;fractions qui sont sa condition m&#234;me d'existence-, aucune n'est un pur ph&#233;nom&#232;ne sans lequel &lt;i&gt;La Contradiction&lt;/i&gt; pourrait tout aussi bien exister. Les conditions imm&#233;diatement existantes sont ses conditions d'existence. Elle ne produit pas son d&#233;passement, sa n&#233;gation, la trop fameuse n&#233;gation de la n&#233;gation, aussi &#171; in&#233;luctable que les lois de la nature &#187; (et de la dialectique&#8230;) comme un &lt;i&gt;devoir &#234;tre&lt;/i&gt; du simple fait que &lt;i&gt;La Contradiction&lt;/i&gt; est pos&#233;e. Dynamique des contradictions de classes et de genre, c'est dans toutes les formes dans lesquelles elle existe r&#233;ellement, dans leur combinaison &#224; un moment donn&#233;, dans une &lt;i&gt;conjoncture&lt;/i&gt;, qu'elle devient situation r&#233;volutionnaire. En tant que telle, elle n'est qu'un concept.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le proc&#232;s contradictoire fondamental est actif dans toutes les contradictions &#224; l'int&#233;rieur des formes d'apparition, et il serait absurde et &lt;i&gt;id&#233;aliste&lt;/i&gt; de pr&#233;tendre que ces contradictions et leur fusion dans une conjoncture qui est une unit&#233; de rupture n'en soient que le &lt;i&gt;pur ph&#233;nom&#232;ne&lt;/i&gt;. Toutes ces contradictions, &lt;i&gt;si&lt;/i&gt; elles se fondent pour former une unit&#233;, une conjoncture r&#233;volutionnaire, ne s'&#233;vanouissent pas comme de purs ph&#233;nom&#232;nes dans l'unit&#233; int&#233;rieure d'un proc&#232;s contradictoire simple. L'unit&#233; qu'elles constituent dans cette fusion qu'est la rupture r&#233;volutionnaire, elles la constituent &lt;i&gt;&#224; partir de ce qu'elles sont en propre&lt;/i&gt;, de leur efficacit&#233; propre, &#224; leur niveau. En constituant cette unit&#233;, elles reconstituent et accomplissent bien l'unit&#233; fondamentale qui les anime, mais, ce faisant, elles indiquent aussi la nature de cette contradiction : elle est ins&#233;parable de la soci&#233;t&#233; toute enti&#232;re, ins&#233;parable de ses conditions imm&#233;diates d'existence. Elle est elle-m&#234;me int&#233;rieurement affect&#233;e par ces conditions qui sont ses &lt;i&gt;conditions d'existence&lt;/i&gt;, c'est-&#224;-dire, plus imm&#233;diatement encore, les &lt;i&gt;conditions existantes&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Etre int&#233;rieurement affect&#233;e, c'est, pour l'unit&#233;, &#234;tre toujours une structure hi&#233;rarchis&#233;e (et non un ensemble dans lequel un principe unique se diffuse de fa&#231;on uniforme et restant toujours semblable &#224; lui-m&#234;me : la nature en Egypte, la politique en Gr&#232;ce, la loi &#224; Rome, la religion au Moyen-&#226;ge, l'&#233;conomie dans les temps modernes et contemporains, etc.) avec une instance d&#233;terminante, parfois &#233;galement dominante, des instances dominantes d&#233;sign&#233;es par la pr&#233;c&#233;dente, des permutations hi&#233;rarchiques, etc. C'est dans la hi&#233;rarchie, dans le caract&#232;re d&#233;terminant et / ou dominant de tel ou tel niveau du mode de production, dans la d&#233;signation des dominantes, que &lt;i&gt;l'unit&#233;&lt;/i&gt; existe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans une note du &lt;i&gt;Capital&lt;/i&gt;, Marx signale la distinction &#224; faire entre la d&#233;termination &#233;conomique et le &#171; r&#244;le principal &#187; d'une instance du mode de production en tant qu'instance dominante : &#171; Ce qui est clair, c'est que ni le premier (le moyen-&#226;ge) ne pouvait vivre du catholicisme, ni la seconde (Ath&#232;nes et Rome) de la politique. Les conditions &#233;conomique d'alors expliquent au contraire pourquoi l&#224; le catholicisme et ici la politique jouaient &lt;i&gt;le r&#244;le principal &lt;/i&gt;(soulign&#233; par nous) &#187; (Marx, &lt;i&gt;Le Capital&lt;/i&gt;, &#201;d. Sociales, t. 1, p. 93).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une telle distinction, au premier abord, semble disparaitre avec le capital : &#171; Dans tous les &#233;tats de la soci&#233;t&#233;, la classe (ou les classes) qui r&#232;gne est toujours celle qui tient les conditions objectives du travail (&#8230;) ; et la classe qui sert, ou qui, en tant que puissance de travail, est elle-m&#234;me la possession des propri&#233;taires (esclavage), est toujours celle qui ne dispose que de sa puissance de travail (m&#234;me s'il semble comme par exemple aux Indes, en Egypte, etc. qu'elle poss&#232;de la terre dont le roi ou une caste, etc. sont cependant les propri&#233;taires&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb29&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les id&#233;ologues qui nous bassinent avec l'id&#233;alisation des &#171; commons &#187; ne (&#8230;)&#034; id=&#034;nh29&#034;&gt;29&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;). Mais tous ces rapports se distinguent du capital par le fait que le rapport est enjoliv&#233;, qu'il appara&#238;t comme rapport des ma&#238;tres aux valets, des hommes aux esclaves, des demi-dieux aux mortels ordinaires, etc. (&#8230;) ces seulement dans le capital que ce rapport est d&#233;pouill&#233; de tous ces aspects politiques, religieux et autres enjolivements id&#233;els. (&#8230;) Le rapport appara&#238;t donc dans sa puret&#233; comme simple rapport de production : rapport purement &#233;conomique. &#187; (Marx, &lt;i&gt;Manuscrits de 1861 &#8211; 1863&lt;/i&gt;, &#201;d. Sociales, p. 138 &#8211; 139). En fait, la distinction ne disparait pas, elle est construite sur la base nouvelle de sa &#171; puret&#233; &#187; : &#171; Mais, dans la mesure o&#249; des rapports de domination se red&#233;veloppent sur cette base, on sait qu'ils ne proviennent que du rapport dans lequel l'acheteur, le repr&#233;sentant des conditions de travail, se pr&#233;sente face au vendeur, au possesseur de la force de travail. &#187; (&lt;i&gt;ibid&lt;/i&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les modes de production ant&#233;rieurs au capital le travail que le producteur effectue pour sa propre reproduction et l'extraction de surtravail ne co&#239;ncident pas &#224; l'int&#233;rieur d'un m&#234;me proc&#232;s de travail. Il y a disjonction (spatiale / temporelle) du temps de travail en temps de travail n&#233;cessaire et surtravail. Dans ces modes de production, le travailleur est un &lt;i&gt;individu particulier&lt;/i&gt;, c'est-&#224;-dire dont l'appartenance &#224; une communaut&#233; quelconque pr&#233;suppose l'effectuation de son activit&#233;. &lt;i&gt;L&lt;/i&gt;&lt;i&gt;'exploitation ne peut &#234;tre effective, ne peut se r&#233;aliser, sans &#234;tre domination&lt;/i&gt;. Ce n'est pas &#224; ce niveau l&#224; que la domination intervient dans le mode de production capitaliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant des rapports de domination peuvent se &#171; red&#233;velopper &#187; sur la base de l'exploitation capitaliste. Cela de deux fa&#231;ons. Premi&#232;rement, &#224; partir et dans le proc&#232;s de travail lui-m&#234;me. Nous avons ici affaire &#224; l'arm&#233;e de surveillants que le capitaliste emploie et &#224; l'organisation mat&#233;rielle du proc&#232;s de travail. L&#224;, n'intervient aucune autre instance du mode de production que le rapport purement &#233;conomique par lequel le travailleur a c&#233;d&#233; l'utilisation de sa force de travail &#224; son acheteur. Deuxi&#232;mement, dans la mani&#232;re dont s'articule les trois moments de l'exploitation : face &#224; face de la force de travail et du capital en tant que capital potentiel ; subsomption du travail sous le capital ; transformation de la plus-value en capital additionnel. L'exploitation dans l'unit&#233; de ses trois moments conna&#238;t des ruptures et, principalement au niveau du troisi&#232;me moment (la transformation du surproduit en plus-value et de la plus-value en capital additionnel), peuvent alors se d&#233;velopper &lt;i&gt;des pratiques qui pour elles-m&#234;mes semblent s'autonomiser des autres moments&lt;/i&gt; &lt;i&gt;de l'exploitation&lt;/i&gt;, ne plus avoir de rapport avec eux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le capital a par rapport &#224; la totalit&#233; une position diff&#233;rente de celle du prol&#233;tariat, position qui r&#233;sulte du contenu m&#234;me de l'exploitation (subsomption). Il est l'agent de la reproduction g&#233;n&#233;rale, c'est par l&#224; que cette reproduction appara&#238;t comme &lt;i&gt;oppression&lt;/i&gt;. En m&#234;me temps que le capital se constitue non plus comme rapport social mais comme objectivit&#233; &#233;conomique (toutes les conditions du renouvellement du rapport se trouvent, &#224; la fin de chaque cycle, r&#233;unies comme capital en soi face au travail), les instances politiques, juridiques, id&#233;ologiques, morales, toutes les institutions sociales et &#233;ducatives, deviennent des moments n&#233;cessaires de la reproduction du rapport &#171; purement &#233;conomique &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si le prol&#233;tariat implique le capital, c'est qu'il est &lt;i&gt;mis sans cesse par celui-ci en situation de l'impliquer&lt;/i&gt;. Le caract&#232;re interne &#171; jamais acquis &#187; de l'autopr&#233;supposition qui tient &#224; la baisse tendancielle du taux de profit a pour contenu cette mise en situation du prol&#233;tariat, comme devant l'impliquer, par le capital. On ne peut donc se contenter de dire que le prol&#233;tariat implique le capital et que, inversement, le capital implique le prol&#233;tariat. A cause de son contenu m&#234;me, cette implication n'a pas, dans les deux sens, la m&#234;me &#171; forme &#187;. Ainsi le prol&#233;tariat est en quelque sorte doublement impliqu&#233; par le capital. Dans un premier temps, comme seule valeur d'usage qui puisse lui faire face (cr&#233;atrice de valeur et de plus de valeur que ne co&#251;te la reproduction de la force de travail), &#224; ce niveau, lui-m&#234;me implique r&#233;ciproquement et sym&#233;triquement le capital ; mais, dans un deuxi&#232;me temps, (la s&#233;paration des deux temps n'est qu'une commodit&#233; de l'expos&#233;) il n'est dans cette situation o&#249; il implique le capital que pos&#233; (m&#233;diatis&#233;) par le capital lui-m&#234;me. C'est l&#224; que se &#171; red&#233;veloppent &#187; l'oppression et la domination comme l'objet m&#234;me, la raison d'&#234;tre, de toutes les instances non &#171; purement &#233;conomiques &#187; du mode de production.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'autopr&#233;supposition du capital remet chacun &#224; sa place, c'est qu'elle implique &#224; l'int&#233;rieur d'elle-m&#234;me l'&#201;tat, l'activit&#233; de la classe capitaliste, toutes les organisations coercitives de reproduction sociale. Elle implique la mise en friche de certains capitaux et de certaines fractions de la force de travail, la r&#233;organisation de son aire, le d&#233;placement g&#233;ographique de la force de travail, l'&#233;limination de certaines couches sociales. Ce qui revient souvent &#224; la n&#233;cessit&#233; de recr&#233;er les conditions dans lesquelles la force de travail est &#224; m&#234;me de valoriser le capital. Tout cela renvoie bien s&#251;r &#224; des choses connues comme toutes les politiques directes de contr&#244;le des &#171; pauvres &#187; (sans que le terme de &#171; pauvre &#187; fasse dispara&#238;tre l'organisation de classes de la soci&#233;t&#233;) et de la mise au travail forc&#233;. Il faut situer ces interventions &lt;i&gt;dans l'autopr&#233;supposition du capital&lt;/i&gt; et non comme des instruments l&#233;g&#232;rement ext&#233;rieurs. Cela permet de comprendre ces interventions et, principalement celles de l'&#201;tat, en dehors de toute analyse instrumentaliste de celui-ci. C'est l&#224; que l'on peut retrouver le rapport d'exploitation comme rapport de domination comme activit&#233; politique, id&#233;ologique, polici&#232;re, morale, etc., tant comme activit&#233; de la classe capitaliste que comme activit&#233; du prol&#233;tariat en tant que lutte contre cette domination.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'appropriation des femmes en tant que productrices de la population comme principale force productive fait partie du rapport purement &#233;conomique, en tant que cette production se distingue du proc&#232;s de travail proprement dit, elle tombe sous un de ces rapports dont Marx dit qu'ils &#171; enjolivent &#187; la production de surtravail. Ce rapport de domination, on peut le nommer &#171; patriarcat &#187; &#224; condition de ne pas tomber dans &lt;i&gt;l'illusion anthropologique d'une histoire du patriarcat&lt;/i&gt;. Parce que le porteur de la force de travail est une personne, c'est-&#224;-dire un &#233;changiste, la production de force de travail (population) ne peut &#234;tre un processus industriel qui r&#233;duirait le travailleur &#224; une condition objective de la production. Cette production particuli&#232;re passe par toutes sortes de rapports sp&#233;cifiques de domination : culturels, institutionnels, sentimentaux, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le &lt;i&gt;travail domestique,&lt;/i&gt; dans la mesure o&#249; il se situe &#233;galement dans cette disjonction entre le proc&#232;s de travail et l'extraction de surtravail, n&#233;cessite un rapport de domination des hommes sur les femmes qui est celui de la s&#233;paration, dans le mode de production capitaliste, du public et du priv&#233;, s&#233;paration qui accompagne l'appropriation de la personne. L'insertion du travail domestique dans la relation entre travail n&#233;cessaire et surtravail fait qu'il ne peut &#234;tre une d&#233;termination du niveau de surtravail (du partage de la journ&#233;e de travail) sans &#234;tre pris dans un rapport de domination. Le rapport domestique est inclus dans le salaire qui est la reproduction de la force de travail et de la &#171; race des travailleurs &#187;. De par la disjonction entre le proc&#232;s de travail dans lequel est consomm&#233;e productivement la force de travail et cette modalit&#233; de d&#233;termination du surtravail que repr&#233;sente le travail domestique, son effet ne peut &#234;tre accapar&#233; par le capitaliste &lt;i&gt;sans un rapport de domination&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le surtravail se trouvent dissimul&#233;es deux contradictions : entre prol&#233;taires et capitalistes et entre hommes et femmes, dont les termes ne se recouvrent pas et qui renvoie &#224; des ordres sociaux diff&#233;rents : une distinction de classes et une distinction de genre. La distinction de classes entre prol&#233;tariat et capital (l'exploitation) contient l'appropriation des femmes et de leur activit&#233; par tous les hommes mais le rapport entre hommes et femmes n'est pas r&#233;ductible &#224; la contradiction entre les classes. Les hommes n'agissent pas en contremaitres pour le compte du vrai patron, le capitaliste. Ils agissent pour leur propre compte parce qu'ils sont hommes. &lt;i&gt;La domination masculine ne m&#233;diatise pas l'exploitation capitaliste&lt;/i&gt;. Si cette domination d&#233;termine le surtravail c'est que surtravail et domination masculine, appropriation des femmes et de leur activit&#233;, sont donn&#233;s simultan&#233;ment, &lt;i&gt;appartiennent au m&#234;me concept de surtravail&lt;/i&gt;. Le rapport domestique est inclus dans le salaire qui est la reproduction de la force de travail et de la &#171; race des travailleurs &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, pour continuer &#224; cerner comment le &#171; rapport purement &#233;conomique &#187; entre le propri&#233;taire des conditions objectives de travail et le possesseur de la force de travail, bien que ne n&#233;cessitant aucun &#171; enjolivement &#187;, &#171; red&#233;veloppe &lt;i&gt;sur cette base&lt;/i&gt; (soulign&#233; par nous) &#187; des rapports de domination relevant de toutes sortes d'instances du mode de production, il faut consid&#233;rer que &lt;i&gt;l'&#233;conomie comme d&#233;termination se distingue de l'&#233;conomie comme instance dominante&lt;/i&gt;. Quand nous disons que, contrairement par exemple au moyen-&#226;ge, l'&#233;conomie est &#224; la fois ce qui d&#233;termine la dominante et cette dominante elle-m&#234;me, il faut voir que, sous le m&#234;me terme d' &#171; &#233;conomie &#187; il ne s'agit pas, dans l'un et l'autre cas, de la m&#234;me r&#233;alit&#233;. En tant que d&#233;termination, il s'agit de l'&#233;conomie comme ensemble de rapports sociaux de production ; en tant que dominante, il s'agit de l'&#233;conomie comme objectivit&#233;. Dans cette distorsion m&#234;me entre la d&#233;termination et la dominante r&#233;side la n&#233;cessit&#233; de toutes les instances que nous avons &#233;voqu&#233;es comme n&#233;cessaires pour toujours &lt;i&gt;transformer la premi&#232;re en la seconde&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si cette diff&#233;rence est intrins&#232;que au mode de production capitaliste, et poss&#232;de dans le devenir n&#233;cessairement objectif du rapport social une existence bien r&#233;elle, il faut attendre la fin du XIX&#232; si&#232;cle pour qu'elle devienne manifeste dans l'id&#233;ologie. Alors qu'Adam Smith fondait l'&#233;conomie politique en croyant &#233;crire un trait&#233; de morale, la &#171; r&#233;volution marginaliste &#187; isole l'action &#233;conomique de son imbrication sociale, elle abandonne la pr&#233;tention de l'&#233;conomie politique d'&#234;tre une &#171; th&#233;orie sociale &#187; pour s'adonner aux mod&#232;les math&#233;matiques. Au m&#234;me moment s'ouvre un nouvel espace id&#233;ologique, celui de la &lt;i&gt;sociologie&lt;/i&gt; destin&#233;e &#224; &#233;tudier les actions sociales et leurs cons&#233;quences quand ces actions sont orient&#233;es vers des buts non explicitement &#233;conomiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il &#233;tait n&#233;cessaire de montrer que le capital, ce &#171; pur rapport &#233;conomique &#187;, &#224; partir de lui-m&#234;me, &#171; sur sa propre base &#187;, &lt;i&gt;n'en est jamais un&lt;/i&gt;, pour comprendre comment ce que nous appelons conjoncture, comme &lt;i&gt;crise de l'autopr&#233;supposition du capital&lt;/i&gt;, passe toujours par la d&#233;signation d'une instance dominante (changeante). C'est-&#224;-dire qu'il &#233;tait n&#233;cessaire de d&#233;finir le statut th&#233;orique des formes d'apparition du capital comme contradiction en proc&#232;s. Au cours de la lutte de classe, selon les r&#233;sultats momentan&#233;s et &#224; d&#233;passer qui apparaissent, selon les aspects changeants des rapports de forces, selon les &#171; acquis &#187; o&#249; pourra se scl&#233;roser la communisation, ces formes d'apparition comme dominante changent, les contradictions permutent de place dans la totalit&#233;. C'est alors l&#224;, sur ce qui est momentan&#233;ment le point nodal, qu'il faut tirer pour continuer &#224; d&#233;membrer l'ordre existant. Mais si les dominantes permutent (politique, &#233;conomique, id&#233;ologique, polarisation des contradictions sur telle ou telle lutte de telle ou telle fractions du prol&#233;tariat, &#8230;), jamais la conjoncture n'est un pluralisme de d&#233;terminations s'additionnant et indiff&#233;rentes entre elles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce conditionnement d'existence des contradictions les unes par les autres ne tombe pas dans la circularit&#233;, n'annule pas la totalit&#233; comme structure &#224; d&#233;terminante ni dans un &#233;clectisme facile et additif, ni dans une interconstruction &lt;i&gt;indiff&#233;renci&#233;e&lt;/i&gt;. Ce conditionnement est, &#224; l'int&#233;rieur m&#234;me de la r&#233;alit&#233; des conditions d'existence de chaque contradiction, la manifestation de cette structure &#224; d&#233;terminante (c'est la grande diff&#233;rence avec la totalit&#233; h&#233;g&#233;lienne) qui fait l'unit&#233; du tout. Par l&#224; il est th&#233;oriquement permis de parler de conditions et d'instance dominante dans un moment particulier sans tomber dans l'empirisme ou l'irrationalit&#233; du &#171; c'est ainsi &#187; et du &#171; hasard &#187;. Les conditions sont l'existence r&#233;elle (concr&#232;te, actuelle) des contradictions constituant le tout parce que c'est fondamentalement la contradiction dans son sens essentiel qui leur assigne ce r&#244;le, non comme un pur ph&#233;nom&#232;ne &#224; c&#244;t&#233; d'elle, sans lequel elle pourrait tout autant &#234;tre, mais comme ses conditions d'existence m&#234;me. On parle des &lt;i&gt;conditions d'existence&lt;/i&gt; du tout en parlant des &lt;i&gt;conditions existantes&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&lt;a id=&#034;__RefHeading___Toc6503_155729733&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Conjoncture : une m&#233;canique de la crise de l'autopr&#233;supposition du capital&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que nous entendons alors par conjoncture n'est pas la rencontre des deux contradictions que nous avons expos&#233;es. Elles ne se rencontrent jamais parce qu'elles sont toujours d&#233;j&#224; conjointes. C'est la multiplicit&#233; des formes d'apparition de cette unit&#233; &#224; tous les niveaux du mode de production qui d&#233;finit une conjoncture et plus pr&#233;cis&#233;ment la cristallisation dans une instance du mode de production des contradictions multiples qui d&#233;signent (momentan&#233;ment) cette instance comme dominante. C'est dans cette cristallisation que la conjoncture est aussi &lt;i&gt;unit&#233; de rupture&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le concept de conjoncture est n&#233;cessaire &#224; une th&#233;orie de la r&#233;volution comme communisation. En effet, la r&#233;volution n'est pas simplement une rupture, mais une rupture &lt;i&gt;contre ce qui la produit&lt;/i&gt;, ce que l'on peut aussi dire sous la forme de l'autotransformation du sujet ou encore, comme dit Marx dans &lt;i&gt;l'Id&#233;ologie allemande &lt;/i&gt; : &#171; seule une r&#233;volution permettra &#224; la classe qui renverse l'autre de balayer toute la pourriture du vieux monde qui lui colle &#224; la peau &#187; (op. cit., &#201;d. Sociales, p. 68). La conjoncture est inh&#233;rente &#224; la r&#233;volution comme communisation : autotransformation des individus dans les contradictions de classes et de genre. Toutes les manifestations de l'existence sociale, c'est-&#224;-dire pour chaque individu &#171; les conditions inh&#233;rentes &#224; son individualit&#233; &#187; (&lt;i&gt;idem, &lt;/i&gt;p. 98),&lt;i&gt; &lt;/i&gt;sortent de leur rapport hi&#233;rarchis&#233; du mode de production et se recombinent &#8211; de fa&#231;on mouvante car cr&#233;ant des situations nouvelles - dans leur relation de d&#233;termination et de dominance. Ces manifestations deviennent ainsi objet de contradictions et de luttes dans leur sp&#233;cificit&#233;, et non comme effet et manifestation d'une contradiction fondamentale par laquelle ces manifestations ne seraient supprim&#233;es qu'&#171; en cons&#233;quence &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb30&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cela peut &#234;tre la famille comme la s&#233;paration entre la ville et la campagne.&#034; id=&#034;nh30&#034;&gt;30&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand, &#224; l'issue du cycle de luttes actuel, lutter en tant que classe est la limite de la lutte de classe, la r&#233;volution devient une lutte contre ce qui l'a produite. Toute l'architecture du mode de production, la distribution de ses instances et de ses niveaux se trouvent entra&#238;n&#233;es dans un processus de bouleversement de la normalit&#233; / fatalit&#233; de sa reproduction d&#233;finie par la hi&#233;rarchie d&#233;terminative des instances du mode de production. C'est parce qu'elle est ce bouleversement et seulement si elle l'accomplit que la r&#233;volution est ce moment o&#249; les prol&#233;taires se d&#233;barrassent de toute la pourriture du vieux monde qui leur colle &#224; la peau, tout comme les hommes et les femmes de ce qui constitue leur individualit&#233;. Il ne s'agit pas d'une cons&#233;quence mais du mouvement concret de la r&#233;volution o&#249; toutes les instances du mode de production (id&#233;ologie, droit, politique, nationalit&#233;, &#233;conomie, genres, etc.) peuvent &#234;tre tour &#224; tour la focalisation dominante de l'ensemble des contradictions. Changer les circonstances et se changer soi-m&#234;me co&#239;ncident : c'est la r&#233;volution&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb31&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; La co&#239;ncidence du changement des circonstances et de l'activit&#233; humaine ou (&#8230;)&#034; id=&#034;nh31&#034;&gt;31&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. On peut ajouter &#224; la proposition d'Althusser selon laquelle &#171; l'heure solitaire de la d&#233;termination en derni&#232;re instance &#8211; l'&#233;conomie - ne sonne jamais &#187;, &lt;i&gt;qu'il n'est pas dans la nature de la r&#233;volution de la faire sonner&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous retrouvons ce qui fait fondamentalement du concept de conjoncture un concept n&#233;cessaire de la th&#233;orie de la r&#233;volution : le bouleversement de la hi&#233;rarchie d&#233;terminative des instances du mode de production. Une conjoncture d&#233;signe le m&#233;canisme m&#234;me d'une crise comme crise de l'autopr&#233;supposition du capital et la r&#233;volution comme d&#233;passement produit du cours ant&#233;rieur des contradictions de classes et de genres, une rupture contre ce qui l'a produite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est &#233;galement la question de l'unit&#233; du prol&#233;tariat, inh&#233;rente &#224; la r&#233;volution comme communisation, qui est en jeu dans le concept de conjoncture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&lt;a id=&#034;__RefHeading___Toc6505_155729733&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Conjoncture et communisation&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les contradictions qui opposent les classes moyennes, les ch&#244;meurs et pr&#233;caires, les masses exc&#233;dentaires des p&#233;riph&#233;ries ou des banlieues, le &#171; c&#339;ur stable &#187; de la classe ouvri&#232;re, les ouvriers employ&#233;s mais constamment menac&#233;s, etc., au capital, &#224; sa reproduction, &#224; l'exploitation, &#224; l'aust&#233;rit&#233;, &#224; la mis&#232;re, etc. ne sont pas identiques entre elles et encore moins &#224; la contradiction entre les femmes et les hommes. L'unit&#233; en tant que classe de ceux et celles qui n'ont que la vente de leur force de travail pour vivre est quelque chose que les prol&#233;taires trouvent et affrontent comme objectiv&#233; face &#224; eux dans le capital. Pour eux-m&#234;mes, cette d&#233;finition n'est que leur s&#233;paration. De m&#234;me, la classe capitaliste n'est pas un bloc unique et homog&#232;ne, ni les nations ou ensemble r&#233;gionaux structurant le cours mondial de la valorisation du capital. Il serait m&#234;me d'une simplification extr&#234;me que de consid&#233;rer que ces deux ensembles de contradictions (celles internes &#224; &#171; ceux d'en haut &#187;, celles internes &#224; &#171; ceux d'en bas &#187;) ne s'interp&#233;n&#232;trent pas, que le prol&#233;taire br&#233;silien est &#233;tranger au conflit que son capitalisme &#233;mergent entretient avec les &#201;tats-Unis et les &#171; vieux centres du capital &#187; et que les hommes contre les femmes ne puissent &#234;tre &#233;galement des prol&#233;taires contre l'exploitation capitaliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'unit&#233; du prol&#233;tariat et de sa contradiction avec le capital &#233;tait inh&#233;rente &#224; la r&#233;volution comme affirmation du prol&#233;tariat, &#224; son &#233;rection en classe dominante g&#233;n&#233;ralisant sa condition (avant de l'abolir&#8230;) et &#224; la lib&#233;ration des femmes en tant que telles. Le caract&#232;re diffus, segment&#233;, &#233;clat&#233;, corporatif des conflits, c'est le lot n&#233;cessaire d'une contradiction entre les classes et d'une contradiction entre les genres qui se situent au niveau de la reproduction du capital. Un conflit particulier, de par ses caract&#233;ristiques, par les conditions dans lesquelles il se d&#233;roule, par la p&#233;riode dans laquelle il appara&#238;t, &lt;i&gt;quelle que soit sa position dans les instances du mode de production&lt;/i&gt;, peut se trouver en situation de polariser l'ensemble de cette conflictualit&#233; qui, jusque l&#224;, apparaissait comme irr&#233;ductiblement diverse et diffuse. C'est la &lt;i&gt;conjoncture comme unit&#233; de rupture&lt;/i&gt;. Ce qui se joue alors c'est que, pour s'unir, les ouvriers doivent briser le rapport salarial par lequel le capital les &#171; rassemble &#187; et que si, pour &#234;tre une classe r&#233;volutionnaire, le prol&#233;tariat doit s'unir, il ne peut maintenant s'unir qu'en d&#233;truisant les conditions de sa propre existence comme classe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La dictature du mouvement social de communisation est le processus d'int&#233;gration de l'humanit&#233; au prol&#233;tariat en train de dispara&#238;tre. La stricte d&#233;limitation du prol&#233;tariat par rapport aux autres couches, sa lutte contre toute production marchande sont en m&#234;me temps un processus qui &lt;i&gt;contraint&lt;/i&gt; les couches de la petite bourgeoisie salari&#233;e, de la &#171; classe de l'encadrement social &#187; &#224; rejoindre la classe communisatrice. Elle est donc d&#233;finition, exclusion et, en m&#234;me temps, d&#233;marcation et ouverture, effacement des fronti&#232;res et d&#233;p&#233;rissement des classes. Ce n'est pas l&#224; un paradoxe mais la r&#233;alit&#233; du mouvement o&#249; le prol&#233;tariat se d&#233;finit dans la pratique comme le mouvement de constitution de la communaut&#233; humaine, et ce mouvement est celui o&#249; se d&#233;font toutes les relations fixes et hi&#233;rarchis&#233;es qui d&#233;finissaient la reproduction du mode de production, son autopr&#233;supposition. Comment utiliser la production comme arme si elle est toujours ce qui d&#233;finit toutes les autres formes et niveaux de relations entre les individus et si elle-m&#234;me existe comme secteur particulier de la vie sociale ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toutes les contradictions se recomposent, s'unissent en une &lt;i&gt;unit&#233; de rupture&lt;/i&gt;. La pratique r&#233;volutionnaire, les mesures communisatrices, bouleversent la hi&#233;rarchie des instances du mode de production par laquelle sa reproduction &#233;tait le sens immanent de chacune. Au-del&#224; de cette immanence, de cette autopr&#233;supposition qui contient et n&#233;cessite la hi&#233;rarchie &#233;tablie des instances, il y a de l'al&#233;atoire et de l'&#233;v&#233;nement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une conjoncture est &#224; la fois une &lt;i&gt;rencontre&lt;/i&gt; et une &lt;i&gt;d&#233;faisance&lt;/i&gt;. Elle est &lt;i&gt;d&#233;faisance&lt;/i&gt; de la totalit&#233; sociale qui jusque l&#224; unissait toutes les instances d'une formation sociale (politique, &#233;conomique, sociale, culturelle, id&#233;ologique) ; elle est d&#233;faisance de la reproduction des contradictions formant l'unit&#233; de cette totalit&#233;. C'est pourquoi il y a de l'al&#233;atoire, de la rencontre, des choses de l'ordre de l'&#233;v&#233;nement dans une conjoncture : un d&#233;nouement qui se produit et se reconna&#238;t dans l'accidentel de telle ou telle pratique. Elle est le moment o&#249; peut s'exercer la puissance de faire de &#171; ce qui est &#187; plus que ce qu'il contient, de &lt;i&gt;cr&#233;er&lt;/i&gt; en dehors des enchainements m&#233;canistes de la causalit&#233; ou de la t&#233;l&#233;ologie du finalisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une conjoncture est aussi une &lt;i&gt;rencontre&lt;/i&gt; de contradictions qui avaient leur propre cours, leur propre temporalit&#233; et n'entretenaient entre elles que des relations d'interactions : luttes ouvri&#232;res, luttes &#233;tudiantes, luttes des femmes, conflits politiques &#224; l'int&#233;rieur de l'&#201;tat, conflits dans la classe capitaliste, cours mondial du capital, inscription des contradictions de ce cours mondial dans les conditions propres d'une aire nationale, id&#233;ologies dans lesquelles les individus menaient leurs luttes. La &lt;i&gt;conjoncture&lt;/i&gt; est le moment de ce carambolage des contradictions, mais ce carambolage &lt;i&gt;prend forme&lt;/i&gt; selon la d&#233;termination dominante que &lt;i&gt;d&#233;signe&lt;/i&gt; la crise qui se d&#233;roule dans les rapports de production, dans les modalit&#233;s de l'exploitation. &lt;i&gt;La conjoncture est une crise de la d&#233;termination autoreproductrice des &lt;/i&gt;&lt;i&gt;rapports de production, d&#233;termination qui se d&#233;finit par une hi&#233;rarchisation &#233;tablie et fixe des instances du mode de production&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un mode de production, toutes les instances qui le composent ne vivent pas au m&#234;me rythme. Elles occupent une r&#233;gion dans la structure globale du mode de production qui leur assure leur statut et leur efficacit&#233; de par la place sp&#233;cifique assign&#233;e &#224; une de ces instances (ni monade, ni totalit&#233; significative). Une conjoncture est une crise de cette assignation. Elle peut donc &#234;tre une &lt;i&gt;variation de la dominance&lt;/i&gt; (politique, id&#233;ologique, rapports internationaux&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb32&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Que l'on pense &#224; la Commune de Paris en 1871 ou &#224; la prise des Tuileries le (&#8230;)&#034; id=&#034;nh32&#034;&gt;32&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;) &#224; l'int&#233;rieur de la structure globale du mode de production sur la base de la d&#233;termination par les rapports de production.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est, dans la crise de la reproduction, ce d&#233;placement des instances comme dominantes et d&#233;terminations qui est &lt;i&gt;le comment&lt;/i&gt;, la m&#233;canique, de la tension &#224; l'abolition de la r&#232;gle devenant la r&#233;alit&#233; effective de la remise en cause de l'appartenance de classe et de l'assignation de genre. C'est ainsi que le capital comme contradiction en proc&#232;s n'est plus cet automatisme simple et homog&#232;ne se r&#233;solvant toujours en lui-m&#234;me. Quand l'unit&#233; se d&#233;fait (du fait des rapports de production qui sont la d&#233;termination), cela signifie que l'assignation de toutes les instances du mode de production est en crise, il se produit alors un jeu de dominante d&#233;sign&#233;e dans lequel rien n'est fixe : le mistigri circule. Une conjoncture c'est l'effectivit&#233; du jeu qui abolit sa r&#232;gle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La conjoncture est un moment de crise qui bouleverse la hi&#233;rarchie des instances qui fixait &#224; chacune son essence et son r&#244;le, et d&#233;finissait le sens univoque de leurs rapports. Les r&#244;les sont &#233;chang&#233;s &#171; selon les circonstances &#187;. La contradiction-d&#233;terminante-en-derni&#232;re-instance ne peut &#234;tre identifi&#233;s &#224; jamais avec le &lt;i&gt;r&#244;le&lt;/i&gt; de contradiction dominante. Tel ou tel &#171; aspect &#187; (forces de production, &#233;conomie, pratique&#8230;) ne peut &#233;galement &#234;tre assimil&#233; &#224; jamais avec le &lt;i&gt;r&#244;le&lt;/i&gt; principal, et tel autre &#171; aspect &#187; (rapports de production, politique, id&#233;ologie, th&#233;orie&#8230;) avec le &lt;i&gt;r&#244;le&lt;/i&gt; secondaire. La d&#233;termination en derni&#232;re instance par l'&#233;conomie s'exerce justement, dans l'histoire r&#233;elle, dans les permutations de premier r&#244;le entre l'&#233;conomie, la politique, l'id&#233;ologie, etc. Nous avons indiqu&#233; que cela est d&#233;j&#224; contenu dans ce qu'est l'&#233;conomie elle-m&#234;me dans le mode de production capitaliste&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb33&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La critique des rapports sociaux capitalistes comme &#233;conomie prend au pied (&#8230;)&#034; id=&#034;nh33&#034;&gt;33&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette fixit&#233; de la hi&#233;rarchie entre les instances du mode de production capitaliste construit une existence lin&#233;aire du temps, un lien de causalit&#233; qui relie les &#233;v&#233;nements de fa&#231;on successive dans une temporalit&#233; purement quantitative. C'est le donn&#233;, ce qui est l&#224;. La conjoncture est la crise que porte en elle cette temporalit&#233; de l'autopr&#233;supposition du capital, moment de rupture contre le continuum de la temporalit&#233; homog&#232;ne et quantitative, bouleversement de la hi&#233;rarchie des instances et de la d&#233;termination &#233;conomique, discontinuit&#233; du processus historique : conjoncture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La conjoncture est la m&#233;canique, les rouages intimes, du saut qualitatif en lequel se brise la r&#233;p&#233;tition du mode de production. Ce concept de conjoncture est devenu n&#233;cessaire &#224; la th&#233;orie des contradictions de classes et de genres comme th&#233;orie de la r&#233;volution et du communisme. La conjoncture est avant tout un changement de temporalit&#233;, une sortie du r&#233;p&#233;titif, la porte &#233;troite, vite referm&#233;e, par laquelle peut arriver un autre monde. La conjoncture est la pratique consciente que c'est &lt;i&gt;maintenant&lt;/i&gt; que cela se joue, aussi bien l'h&#233;ritage du pass&#233; que la construction de l'avenir. Elle est un pr&#233;sent, le moment du &lt;i&gt;&#224; pr&#233;sent&lt;/i&gt;. La pratique qui est la saisie de ce moment est id&#233;ologique.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034; id='EN-CONCLUSION-LA-REVOLUTION-SERA-IDEOLOGIE'&gt;
&lt;a id=&#034;__RefHeading___Toc6433_155729733&#034;&gt;&lt;/a&gt;
EN CONCLUSION : LA R&#201;VOLUTION SERA ID&#201;OLOGIE&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;On ne peut aborder concr&#232;tement et envisager de comprendre une rupture r&#233;volutionnaire &#224; partir d'une certaine id&#233;e abstraite et assez rassurante d'un sch&#233;ma dialectique contradictoire &#233;pur&#233;, simple, se r&#233;solvant du seul fait de son existence : la &#171; belle &#187; contradiction en proc&#232;s. Ce proc&#232;s n'est jamais simple, il est toujours sp&#233;cifi&#233; par les formes et les circonstances historiques concr&#232;tes dans lesquelles toujours, par d&#233;finition, il s'exerce. L'exception est toujours la r&#232;gle, jamais le fondement &#233;conomique ne joue &#224; l'&#233;tat pur. On peut m&#234;me aller, avec Marx, jusqu'&#224; dire : &#171; Alors s'ouvre une &#233;poque de r&#233;volution sociale. Le changement dans la base &#233;conomique bouleverse plus ou moins rapidement toute l'&#233;norme superstructure. Lorsqu'on consid&#232;re de tels bouleversements, il faut toujours distinguer entre le bouleversement mat&#233;riel &#8211; qu'on peut constater d'une mani&#232;re scientifiquement rigoureuse &#8211; des conditions de production &#233;conomiques et les formes juridiques, politiques, religieuses, artistiques ou philosophiques, bref, &lt;i&gt;les formes id&#233;ologiques sous lesquelles les hommes prennent conscience de ce conflit et le m&#232;nent jusqu'au bout&lt;/i&gt;. (soulign&#233; par nous) &#187; (Marx, &lt;i&gt;Pr&#233;face de 1859&lt;/i&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Etrange tout de m&#234;me ces&lt;i&gt; &#171; &lt;/i&gt;formes id&#233;ologiques sous lesquelles les hommes prennent conscience de ce conflit (une r&#233;volution) et le m&#232;nent jusqu'au bout&lt;i&gt; &#187;&lt;/i&gt;. Et ce n'est pas de la r&#233;volution bourgeoise dont il s'agit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s avoir expos&#233; les grandes articulations de ce qui deviendra les Livres II et III du Capital, Marx conclut une lettre &#224; Engels dat&#233;e du 30 avril 1868 de la fa&#231;on suivante : &#171; En conclusion, nous en arrivons aux &lt;i&gt;formes de manifestation&lt;/i&gt; (soulign&#233; dans le texte) qui servent de point de d&#233;part dans la conception vulgaire : la rente venant de la terre ; le profit (int&#233;r&#234;t), du capital ; les salaires, du travail (la fameuse &#171; formule trinitaire &#187; - le f&#233;tichisme propre au capital - expos&#233;e &#224; la fin du Livre III, nda). (&#8230;) Finalement, ces trois &#233;l&#233;ments (salaires, rente, profit (int&#233;r&#234;t) constituent les sources de revenus des trois classes des propri&#233;taires fonciers, des capitalistes et des travailleurs salari&#233;s, nous avons la lutte de classe, comme la conclusion dans laquelle le mouvement et l'analyse de toute cette merde se r&#233;sout. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est un fait remarquable que Marx passe aux classes et &#224; la lutte de classe &lt;i&gt;&#224; partir des formes de manifestation&lt;/i&gt; apr&#232;s avoir consacr&#233; des milliers de pages &#224; montrer qu'elles n'&#233;taient pas l'essence, le concret de pens&#233;e, du mode de production capitaliste. C'est que les formes de manifestations ne sont pas des ph&#233;nom&#232;nes que l'on pourrait &#233;carter pour trouver dans l'essence la v&#233;rit&#233; de ce qui est et celle des pratiques justes&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb34&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Les cat&#233;gories de l'&#233;conomie bourgeoise sont des formes de l'intellect qui (&#8230;)&#034; id=&#034;nh34&#034;&gt;34&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Nous pouvons par l&#224; avancer un peu dans la compr&#233;hension de ces &#171; formes id&#233;ologiques sous lesquelles les hommes prennent conscience du conflit et le m&#232;nent jusqu'au bout &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'id&#233;ologie est la fa&#231;on dont les hommes (et les femmes&#8230;) vivent leurs rapports &#224; leurs conditions d'existence comme objectives face &#224; eux comme sujets, en ce sens l'id&#233;ologie n'est pas tant un reflet d&#233;form&#233; dans la conscience de la r&#233;alit&#233;, mais un ensemble de &lt;i&gt;solutions pratiques&lt;/i&gt; r&#233;solvant en la justifiant et l'ent&#233;rinant cette s&#233;paration de la r&#233;alit&#233; en objet et en sujet. Que les individus assument ou s'insurgent contre les t&#226;ches prescrites par les diverses instances du mode de production, ce rapport est une exp&#233;rience qui n'est pas tant un objet de connaissance qu'une reconnaissance qui, comme toute exp&#233;rience, est de l'ordre de l'&#233;vidence. Les repr&#233;sentations id&#233;ologiques sont efficaces parce qu'elles renvoient aux individus une image vraisemblable et une explication cr&#233;dible de ce qu'ils sont et de ce qu'ils vivent et sont constitutives de la &lt;i&gt;r&#233;alit&#233;&lt;/i&gt; de leurs luttes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;alit&#233; appara&#238;t d'elle-m&#234;me comme &lt;i&gt;pr&#233;suppos&#233;e et se pr&#233;supposant&lt;/i&gt;, c'est-&#224;-dire comme&lt;i&gt; monde,&lt;/i&gt; comme &lt;i&gt;objet&lt;/i&gt;, face &#224; l'activit&#233; qui, face au monde, d&#233;finit le sujet. Le d&#233;faut principal de tous les mat&#233;rialismes critiqu&#233; par Marx dans la premi&#232;re th&#232;se sur Feuerbach n'est pas seulement une erreur th&#233;orique, il est l'expression de la vie de tous les jours&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb35&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Le d&#233;faut principal, jusqu'ici, de tous les mat&#233;rialismes (y compris celui (&#8230;)&#034; id=&#034;nh35&#034;&gt;35&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Quand nous parlons de &#171; l'essence du mode de production capitaliste &#187; ou de sa &#171; forme fondamentale &#187;, l'essence n'est pas ailleurs que dans les formes d'apparition mais elle ne leur correspond pas parce que les effets de la structure du tout (le mode de production) ne peuvent &#234;tre l'existence m&#234;me de la structure qu'&#224; la condition d'en &#234;tre l'inversion au travers de ses effets. C'est &lt;i&gt;la r&#233;alit&#233;&lt;/i&gt; de l'&lt;i&gt;id&#233;ologie&lt;/i&gt;. En bref, l'id&#233;ologie c'est la vie quotidienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette d&#233;finition de l'id&#233;ologie int&#232;gre ce que l'on con&#231;oit habituellement comme id&#233;ologies en tant que probl&#233;matiques intellectuelles. M&#234;me dans ce sens, l'id&#233;ologie n'est pas un leurre, un masque, un ensemble d'id&#233;es fausses. On sait bien que, dans ce sens, l'id&#233;ologie est d&#233;pendante de l'&#234;tre social mais cette d&#233;pendance implique son autonomisation, c'est la puissance paradoxale des id&#233;es. La th&#233;orie de l'id&#233;ologie n'est pas une th&#233;orie de la &#171; conscience de classe &#187; mais une th&#233;orie de classe de la conscience. La division entre travail mat&#233;riel et travail intellectuel traverse toutes les soci&#233;t&#233;s de classes et tous les individus, si l'id&#233;ologie existe toujours dans les formes de l'abstraction et de l'universel c'est de par cette division qui pla&#231;ant le travail intellectuel du c&#244;t&#233; de la classe dominante donne &#224; ce que produit ce travail la forme de l'universel que rev&#234;t toute domination de classe. La puissance paradoxale des id&#233;es et de leur universalit&#233;, cette inversion des repr&#233;sentations et de leurs fondements est parall&#232;le &#224; l'inversion r&#233;elle qui pr&#233;side &#224; l'organisation de la production, l'exploitation de la classe des producteurs entraine que la production de la vie mat&#233;rielle est r&#233;ellement invers&#233;e, &#224; l'int&#233;rieur d'elle-m&#234;me, dans la production m&#234;me de la vie mat&#233;rielle. S'il est exact que &#171; ce n'est pas la conscience qui d&#233;termine la vie mais la vie qui d&#233;termine la conscience &#187;, il n'en est pas moins vrai que &lt;i&gt;c'est la vie qui &#171; fait croire &#187; que c'est la conscience&lt;/i&gt;. Les repr&#233;sentations bourgeoises sont des id&#233;ologies, et des id&#233;ologies tout &#224; fait fonctionnelles et elles deviennent des institutions tout &#224; fait r&#233;elles. La justice, le droit, la libert&#233;, l'&#233;galit&#233; sont des id&#233;ologies, mais lourdement mat&#233;rielles quand on se retrouve devant un tribunal, en prison ou dans un bureau de vote. La bourgeoisie, dit le &lt;i&gt;Manifeste&lt;/i&gt;, a fa&#231;onn&#233; un monde &#224; son &lt;i&gt;image&lt;/i&gt;, mais l'image est alors la chose : la production d'id&#233;ologie est partie prenante de la production et des conditions de la vie mat&#233;rielle. Les repr&#233;sentations ne sont pas un doublet plus ou moins inad&#233;quat de la r&#233;alit&#233; mais des instances actives de cette r&#233;alit&#233; qui en assurent la reproduction &lt;i&gt;et en permettent la transformation&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'id&#233;ologie circule partout dans la soci&#233;t&#233;, elle n'est pas l'apanage de quelques activit&#233;s sp&#233;cialis&#233;es &#171; haut de gamme &#187;. Le rapport de la classe exploit&#233;e au proc&#232;s de production est lui aussi de nature id&#233;ologique, ce rapport ne pouvant &#234;tre identique &#224; celui de la classe dominante, il semble au premier abord que nous ayons affaire &#224; l'affrontement de deux id&#233;ologies. Au premier abord cela est vrai. Cette &#171; seconde &#187; id&#233;ologie est critique, subversive m&#234;me, mais seulement dans la mesure o&#249; elle est le langage de la revendication, de la critique et de l'affirmation de cette classe &lt;i&gt;dans le miroir que lui tend la classe dominante&lt;/i&gt;. L'id&#233;ologie est toujours l'id&#233;ologie de la classe dominante parce que l'int&#233;r&#234;t particulier de la classe dominante est le seul int&#233;r&#234;t particulier &#224; pouvoir &lt;i&gt;objectivement&lt;/i&gt; se produire comme universel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'en est-il alors de la pratique r&#233;volutionnaire comme communisation ? Elle est production du nouveau non comme d&#233;veloppement ou victoire d'un terme pr&#233;existant dans la contradiction, ou r&#233;tablissement d'une unit&#233; ant&#233;rieure (n&#233;gation de la n&#233;gation), mais comme suppression d&#233;termin&#233;e de l'ancien et suppression, dans cette suppression, du sujet qui supprime. Si, dans ce moment ultime, le rapport d'implication r&#233;ciproque contradictoire entre le prol&#233;tariat et le capital et la contradiction hommes / femmes demeurent d&#233;terminants (dans leur existence conjointe du capital comme contradiction en proc&#232;s), dans ces circonstances bien particuli&#232;res (celle de la conjoncture), ils d&#233;signent l'id&#233;ologie comme lieu de la contradiction dominante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans son mouvement, dans les formes qu'elle prend et abandonne, la lutte r&#233;volutionnaire se critique elle-m&#234;me. C'est parce que cette lutte, jusqu'&#224; son terme, est scind&#233;e entre d'une part, ce qui demeure un mouvement objectif qui n'est pas une illusion, les contradictions du mode de production capitaliste, et, d'autre part, dans cette objectivit&#233;, la pratique de son abolition qui le d&#233;sobjective, qu'elle demeure structurellement id&#233;ologique. Elle vit de la s&#233;paration de l'objet et du sujet. C'est parce que la dissolution de l'objectivit&#233; constitue un &lt;i&gt;sujet&lt;/i&gt; en tant que tel, et qui se consid&#232;re ainsi, que l'id&#233;ologie (invention, libert&#233;, projet et projection) est inh&#233;rente &#224; sa d&#233;finition et son action&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb36&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Il faut cependant &#234;tre tr&#232;s vigilant au statut accord&#233; &#224; cette distinction (&#8230;)&#034; id=&#034;nh36&#034;&gt;36&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N'ayant aucune base objective d&#233;velopp&#233;e pr&#233;c&#233;demment, le communisme est une production prise dans la contradiction d'un rapport contradictoire objectif dont le d&#233;passement doit se produire alors comme la formalisation consciente et volontaire d'un projet car le proc&#232;s de la r&#233;volution r&#233;cuse toujours son &#233;tat pr&#233;sent comme &#233;tant son aboutissement. Projet &lt;i&gt;id&#233;ologique&lt;/i&gt; car il r&#233;cuse son fondement objectif &lt;i&gt;dans son &#233;tat pr&#233;sent&lt;/i&gt; comme &#233;tant sa raison d'&#234;tre, il place le futur, &lt;i&gt;le devoir-&#234;tre&lt;/i&gt;, comme compr&#233;hension du pr&#233;sent et comme pratique dans le moment actuel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la r&#233;volution communiste, toutes les configurations sociales (les formes qui faisaient soci&#233;t&#233;) se mettent &#224; tomber dans le vide et m&#234;me des situations ant&#233;rieures, des contradictions que l'on croyait d&#233;pass&#233;es, relevant de modes de production ant&#233;rieurs au mode de production capitaliste resurgissent. Nous en sommes actuellement &#224; augurer la possible survenue dans la crise, du fait des caract&#233;ristiques du cycle de luttes et de la nature historique sp&#233;cifique de cette crise, de pratiques constituant une &lt;i&gt;conjoncture&lt;/i&gt; r&#233;volutionnaire. La conjoncture r&#233;volutionnaire c'est la transgression interne des lois de reproduction du mode de production, parce que les lois qui m&#232;nent le d&#233;veloppement du mode de production capitaliste n'ont de finalit&#233; &lt;i&gt;que du point de vue d'un acteur int&#233;rieur &#224; ces lois&lt;/i&gt;&lt;i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb37&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;C'est en tant qu'il est pratique du prol&#233;tariat que le jeu abolit sa r&#232;gle, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh37&#034;&gt;37&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;. Cette finalit&#233; c'est l'action d'un sujet face &#224; ces lois, elle est produite dans la s&#233;paration du sujet et de l'objet, elle est pratiquement une id&#233;ologie. Les lois qui m&#232;nent le capitalisme &#224; sa perte ne produisent pas un id&#233;al dont on attend la venue avec fatalisme, cette finalit&#233; est une organisation immanente de la lutte des classes que les luttes du prol&#233;tariat peuvent &lt;i&gt;pratiquement&lt;/i&gt; d&#233;chiffrer. Ce d&#233;chiffrement est une organisation pratique des luttes selon les cibles et les enjeux de la cristallisation mouvante des dominantes, de leur relation et autonomie vis-&#224;-vis de la d&#233;termination des rapports de production, c'est une conjoncture r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Il y a de l'al&#233;atoire, de la rencontre, des choses de l'ordre de l'&#233;v&#233;nement dans une conjoncture : un d&#233;nouement qui se produit et se reconna&#238;t dans l'accidentel de telle ou telle pratique. Ainsi une conjoncture se pr&#233;sente comme ce qui arrive dans la mesure o&#249; 'ce qui arrive' forme la condition particuli&#232;re de ne pas savoir 'ce qui peut arriver', elle est le moment o&#249; peut s'exercer la puissance de faire de 'ce qui est' plus que ce qu'il contient, de &lt;i&gt;cr&#233;er&lt;/i&gt; en dehors des enchainements m&#233;canistes de la causalit&#233; ou de la t&#233;l&#233;ologie du finalisme. &#187; &#233;crivions-nous pr&#233;c&#233;demment. Cette puissance est projet, elle est id&#233;ologie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans l'objectivit&#233; du processus r&#233;volutionnaire, le communisme est projet, c'est la forme id&#233;ologique du combat dans laquelle il est men&#233; jusqu'au bout.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#192; plusieurs reprises ce texte de s'inspire plus ou moins librement de Fran&#231;ois Danel, &lt;i&gt;Production de la rupture&lt;/i&gt;, pr&#233;face &#224; &lt;i&gt;Rupture dans la th&#233;orie de la r&#233;volution, Texte&lt;/i&gt;&lt;i&gt;s&lt;/i&gt;&lt;i&gt; 1965 &#8211; 1975&lt;/i&gt;, &#201;d. Senonevero, 2003.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Dans un premier temps, nous aborderons ce concept par touches successives selon les al&#233;as du d&#233;passement de la probl&#233;matique de l'ultragauche, puis de fa&#231;on plus synth&#233;tique dans la derni&#232;re partie de cette introduction. Pr&#233;cisons cependant tr&#232;s bri&#232;vement tout de suite de quoi il s'agit : dans le cours de la lutte r&#233;volutionnaire, l'abolition de l'&#201;tat, de l'&#233;change, de la division du travail, de toute forme de propri&#233;t&#233;, l'extension de la gratuit&#233; comme unification de l'activit&#233; humaine, c'est-&#224;-dire l'abolition des classes&lt;sup&gt;&lt;a href='https://theoriecommuniste.org/Classes' title=&#034;D&#233;finition&#160;: Les classes ne sont ni des sommes d'individus regroup&#233;s par un int&#233;r&#234;t (&#8230;)&#034;&gt;?&lt;/a&gt;&lt;/sup&gt;, des sph&#232;res priv&#233;es et publiques, des cat&#233;gories d'hommes et de femmes, sont des &#171; mesures &#187; abolissant le capital, impos&#233;es par les n&#233;cessit&#233;s m&#234;mes de la lutte contre la classe capitaliste, dans un cycle de luttes sp&#233;cifiquement d&#233;fini. La r&#233;volution est communisation, elle n'a pas le communisme comme projet et r&#233;sultat. On n'abolit pas le capital pour le communisme mais par le communisme, plus pr&#233;cis&#233;ment par sa production.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Le proc&#232;s de production capitaliste reproduit donc de lui&#8211;m&#234;me la s&#233;paration entre travailleur et conditions du travail. Il reproduit et &#233;ternise par cela m&#234;me les conditions qui forcent l'ouvrier &#224; se vendre pour vivre, et mettent le capitaliste en &#233;tat de l'acheter pour s'enrichir. Ce n'est plus le hasard qui les place en face l'un de l'autre sur le march&#233; comme vendeur et acheteur. C'est le double moulinet du proc&#232;s lui-m&#234;me, qui rejette toujours le premier sur le march&#233; comme vendeur de sa force de travail et transforme son produit toujours en moyen d'achat pour le second. Le travailleur appartient en fait &#224; la classe capitaliste, avant de se vendre &#224; un capitaliste individuel. Sa servitude &#233;conomique est moyenn&#233;e et, en m&#234;me temps, dissimul&#233;e par le renouvellement p&#233;riodique de cet acte de vente, par la fiction du libre contrat, par le changement des ma&#238;tres individuels et par les oscillations des prix de march&#233; du travail. Le proc&#232;s de production capitaliste consid&#233;r&#233; dans sa continuit&#233;, ou comme reproduction, ne produit donc pas seulement marchandise, ni seulement plus-value ; il produit et &#233;ternise le rapport social entre capitaliste et salari&#233;. &#187; (Marx, &lt;i&gt;Le Capital&lt;/i&gt;, &#201;d.Sociales, t.3, pp. 19-20)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Avec le Parti comme &#234;tre invariant de la classe que celle-ci sera contrainte de reconna&#238;tre un jour comme sien, la Gauche italienne donne une autre r&#233;ponse &#224; la m&#234;me question.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Nous reviendrons plus loin sur les conditions d'apparition et les apories de cette notion.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;B&#226;timents de l'universit&#233; de Paris.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Les membres du premier Conseil d'occupation de la Sorbonne dont le mandat n'est pas renouvel&#233; &#224; la suite de l'Assembl&#233;e g&#233;n&#233;rale du 17 mai 1968 manipul&#233;e par l'UNEF et tous les groupes gauchistes quittent la Sorbonne et fonde le CMDO. &#171; Le Conseil pour le maintien des occupations(CMDO) fit de son mieux pendant la suite d'une crise &#224; laquelle, d&#232;s que la gr&#232;ve fut g&#233;n&#233;rale et s'immobilisa dans la d&#233;fensive, &lt;i&gt;aucun groupe r&#233;volutionnaire organis&#233; existant alors n'avait d'ailleurs plus les moyens d'apporter une contribution notable&lt;/i&gt; (soulign&#233; par nous). R&#233;unissant les situationnistes, les Enrag&#233;s, et de trente &#224; soixante autres r&#233;volutionnaires conseillistes (dont moins d'un dixi&#232;me peuvent &#234;tre compt&#233;s comme &#233;tudiants), le CMDO assura un grand nombre de liaisons en France et en dehors, s'employant particuli&#232;rement vers la fin du mouvement, &#224; en faire conna&#238;tre la signification aux r&#233;volutionnaires d'autres pays, qui ne pouvaient manquer de s'en inspirer. (&#8230;) Le CMDO qui n'avait &#233;t&#233; dirig&#233; ni embrigad&#233; pour le futur par personne convint de se dissoudre le 15 juin&#8230; &#187; (IS, n&#176; 12, septembre 1969, p. 25)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pour tout ce qui concerne les gr&#232;ves en France en mai-juin 1968, voir Bruno Astarian, &lt;i&gt;Les gr&#232;ves en France en mai-juin 1968&lt;/i&gt; (Brochure publi&#233;e par &lt;i&gt;Echanges et Mouvement&lt;/i&gt;, 2003).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Raniero Panzieri (Rome, 1921 &#8211; Turin, 9 octobre 1964). Il milite d'abord dans les rangs dans les rangs du Parti Socialiste italien dont il devient en 1953 membre du Comit&#233; Central, puis en 1957, codirecteur de la revue th&#233;orique &lt;i&gt;Mondo Operaio&lt;/i&gt; , (Monde Ouvrier), dont il fait un forum de discussion pour la gauche du parti. Pendant cette p&#233;riode, il traduit le &lt;i&gt;Capital&lt;/i&gt; de Marx.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au congr&#233;s de 1959 du Parti Socialiste italien, il s'oppose &#224; la ligne d'accord gouvernemental avec la D&#233;mocratie Chr&#233;tienne. Cela lui vaut d'&#234;tre exclu du parti.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'installe alors &#224; Turin, o&#249; il travaille pour la maison d'&#233;dition Einaudi, et se lie &#224; plusieurs groupes de syndicalistes, de socialistes, et de communistes dissidents. Sous l'inspiration du groupe fran&#231;ais Socialisme ou Barbarie, il fonde avec Mario Tronti, Romano Alquati, Daniel Montaldi, la revue &lt;i&gt;Quaderni Rossi&lt;/i&gt; (Cahiers Rouges). Les premiers num&#233;ros de la revue, qui s'attachent &#224; explorer la vie r&#233;elle des usines et le rapport de l'ouvrier &#224; la production, ont un impact profond en milieu syndical, tant ils d&#233;tonnent avec la prose habituelle des socialistes et communistes. Les gr&#232;ves sauvages sont consid&#233;r&#233;es comme un mode ad&#233;quat de contester le plan de modernisation n&#233;ocapitaliste. Mario Tronti se s&#233;pare de la revue en 1963 pour fonder &lt;i&gt;Classe Operaia&lt;/i&gt;. Panzieri est un des fondateurs de l'op&#233;ra&#239;sme. (source Wikipedia)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;La revue A/traverso, fond&#233;e &#224; Bologne en 1976, disparait en ao&#251;t 1981 apr&#232;s 14 num&#233;ros. Les membres de ce collectif dont le principal th&#233;oricien est Franco Berardi, connu sous le nom de &#171; Bifo &#187; constituent le noyau r&#233;dactionnel de Radio Alice. Cette premi&#232;re radio libre en Italie &#233;met &#224; partir de Bologne du 9 f&#233;vrier 1976 au 12 mars 1977, ferm&#233;e par les carabiniers. Les &#233;missions de Radio Alice couvre une multitude de sujets : luttes ouvri&#232;res, po&#233;sie, le&#231;ons de yoga, analyses politiques, d&#233;clarations d'amour, recettes de cuisine&#8230; Pour les animateurs de &lt;i&gt;A/traverso&lt;/i&gt; et de Radio Alice, le point central de leur action et de leur th&#233;orie se situe dans les relations entre les technologies de la communication et les mouvements sociaux. Il s'agit de montrer comment la subjectivit&#233; et le d&#233;sir sont asservis dans le syst&#232;me capitaliste et d'&#233;laborer un langage r&#233;volutionnaire capable d'interrompre et de subvertir le flux de la communication traditionnelle. Ils se d&#233;signent eux-m&#234;mes comme &#171; maodadaistes &#187;. Dans un texte publi&#233; dans &lt;i&gt;L'Espresso&lt;/i&gt; du 24 avril 1977, Bifo &#233;crit : &#171; On semble aujourd'hui pouvoir red&#233;couvrir ce projet ; traduisons : inscription du corps et de ses besoins dans le texte, circulation du texte, r&#233;inscription de ce texte dans la conscience et l'action collectives, recoupement de la transformation linguistique et culturelle des diverses attitudes de refus. Mais attention : on risque de ramener ce recoupement &#224; un fait purement s&#233;miologique. (&#8230;) C'est oublier que, sous cette violation de la norme et cette transformation des gestes et du langage, il y a un sujet collectif pratique qui produit des comportements et des signes capables de briser les codes d'interpr&#233;tation, pr&#233;cis&#233;ment parce que la pratique sociale de ce sujet est capable de briser le code de la prestation du temps de vie &#224; une soci&#233;t&#233; d'exploitation. &#187; (op. cit., in &lt;i&gt;Italie 77, le &#171; Mouvement &#187; et les intellectuels&lt;/i&gt;, documents rassembl&#233;s par Fabrizio Calvi, &#201;d. Le Seuil 1977). Apr&#232;s une accusation de la justice italienne pour &#171; obsc&#233;nit&#233;s &#187;, Radio Alice et le collectif A/traverso r&#233;pondent dans un texte commun : &#171; Le corps, la sexualit&#233;, le d&#233;sir de dormir le matin, se lib&#233;rer du travail, la possibilit&#233; d'&#234;tre boulevers&#233;, de se rendre soi-m&#234;me improductif et de s'ouvrir &#224; une communication tactile et sans code, tout cela a &#233;t&#233; depuis des si&#232;cles cach&#233;, enfoui, refus&#233;, inexprim&#233; ; &lt;i&gt;Vade Retro Satanas&lt;/i&gt;. Le chantage &#224; la pauvret&#233;, la discipline du travail, l'ordre hi&#233;rarchique, le sacrifice, la patrie, la famille, l'int&#233;r&#234;t g&#233;n&#233;ral, le chantage socialiste, la participation : tout cela a &#233;touff&#233; la voix du corps. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Radio Alice et A/traverso sont ins&#233;rables des luttes et affrontements qui couvrent toute l'ann&#233;e 1977 : gr&#232;ves sauvages, manifestation violentes avec bless&#233;s et morts par balles, actions des Brigades Rouges, &#171; Rondes prol&#233;tariennes &#187; qui attaquent des entreprises fond&#233;es sur le travail au noir, r&#233;voltes de prisons, autor&#233;ductions, manifestations f&#233;ministes contre le refus d'une loi sur l'avortement, commandos f&#233;minins contre le travail au noir, etc. En Mars 1977, l'agitation culmine pr&#233;cis&#233;ment &#224; Bologne o&#249; l'arm&#233;e quadrille la ville avec des blind&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Durant l'hiver 1983-1984, un mouvement de gr&#232;ves spontan&#233;es impuls&#233;es par la convocation &#224; des assembl&#233;es de travailleurs lanc&#233;e par les conseils d'usine et non par les syndicats (la CGIL reprend rapidement la t&#234;te du mouvement) s'oppose aux modifications d'application de l'&#233;chelle mobile des salaires. &#171; Dans son ensemble, le mouvement est l'expression de secteurs ouvriers prot&#233;g&#233;s et la structure des conseils est per&#231;ue comme repr&#233;sentant le corps sain de la classe ouvri&#232;re &#187;, &#233;crit &#224; l'&#233;poque la revue Collegamenti-Woobly dans son n&#176; 13 (f&#233;vrier-mars 1984).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Le 17 avril 1973, les ouvriers de l'entreprise d'horlogerie Lip &#224; Besan&#231;on entament une gr&#232;ve pour protester contre la fermeture de leur usine. Refusant le d&#233;p&#244;t de bilan, ils d&#233;cident alors d'occuper l'usine &#224; partir du 18 juin 1973 sous la direction de la CFDT et dans une moindre mesure de la CGT, minoritaire et plus r&#233;ticente vis-&#224;-vis de ce type d'action. Ils commencent &#224; commercialiser les stocks existants et continuent l'assemblage &#224; partir des pi&#232;ces &#224; disposition. Il semblerait qu'il n'y eut jamais r&#233;ellement de production. Quoi qu'il en soit, cette &#171; autogestion &#187; rend le conflit tr&#232;s populaire. Le 14 ao&#251;t, le gouvernement fait &#233;vacuer l'usine par la force, il s'ensuit le 29 septembre une manifestation de soutien r&#233;unissant dans les rues de Besan&#231;on plus de100 000 personnes. C'est l'apog&#233;e du mouvement. Apr&#232;s quelques tentatives de m&#233;diations et de reprises qui &#233;chouent rapidement, le 3 mai 1976, l'entreprise est mise en liquidation.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cette formule est abondamment reprise en dehors de son contexte pour dire tout et n'importe quoi. Elle est extraite d'une lettre &#224; Schweitzer (successeur de Lassalle &#224; la t&#234;te de l'Association g&#233;n&#233;rale des travailleurs allemands) du 13 f&#233;vrier 1865 dans laquelle Marx s'oppose &#224; l'attente par les ouvriers de r&#233;formes venant de l'&#201;tat, soutenant que, dans ce cas, le prol&#233;tariat ne serait plus rien. Marx y d&#233;fend ce qui fait l'essence m&#234;me du programmatisme : l'unit&#233; de la mont&#233;e en puissance de la classe et de son action autonome (cf. dans cet ouvrage, le texte : &lt;i&gt;La R&#233;volution prol&#233;tarienne&lt;/i&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;La th&#232;se selon laquelle le prol&#233;tariat est &#171; une classe de cette soci&#233;t&#233; qui n'est pas une classe de cette soci&#233;t&#233; &#187; (Marx, &lt;i&gt;Introduction&lt;/i&gt; de 1843) est enti&#232;rement tributaire d'une probl&#233;matique qui fait du prol&#233;tariat l'humanit&#233; vraie potentielle ou virtuelle. Le prol&#233;taire de l'Introduction de 1843 nous renvoie &#224; l'humanisme de Feuerbach. Il faut toujours faire attention aux formules un peu trop ronflantes.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pour les textes principaux de ces revues, voir &lt;i&gt;Rupture dans la th&#233;orie de la r&#233;volution, Textes 1965 &#8211; 1975&lt;/i&gt;. Pr&#233;sentation de Fran&#231;ois Danel, &#201;d. Senonevero.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Nous verrons plus loin que sur cette base, Reeve et son &#171; adversaire &#187;, Zerzan, ont &#171; raison &#187; tous les deux, dans la mesure o&#249; ils demeurent l'un et l'autre dans la probl&#233;matique de l'ancien cycle de luttes, en se fondant l'un sur l'aspect quantitatif de cette place du travail, l'autre sur sa situation qualitative dans la reproduction, l'identit&#233; ouvri&#232;re confirm&#233;e dans la reproduction du capital.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Si ce n'est le contexte des luttes, ce qui est essentiel, les th&#232;ses actuelles de Negri sont-elles si &#233;loign&#233;es de ce qu'il &#233;crivait voici quarante ans ?&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb18&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh18&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 18&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ce que les &#171; Brigadistes &#187; critiqueront &#224; juste titre dans l'op&#233;ra&#239;sme, dans leur texte &lt;i&gt;L'abeille et le communisme&lt;/i&gt; in Correspondances internationales, 1983.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb19&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh19&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 19&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;19&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;R&#233;dacteur principal de &lt;i&gt;La Banquise&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb20&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh20&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 20&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;20&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pour autant que l'on n'a pas renvoy&#233; la contradiction entre le prol&#233;tariat et le capital au mus&#233;e des antiquit&#233;s du &#171; marxisme traditionnel &#187; comme le fait &lt;i&gt;Endnotes&lt;/i&gt; dans son &#233;ditorial du n&#176;3. Il y a comme une folie th&#233;oricienne &#224; ranger le rapport entre prol&#233;tariat et capital qui est la vie m&#234;me du mode de production capitaliste comme accumulation au m&#234;me rang que les antagonismes culturels ou les diff&#233;rents types de sexualit&#233;. Tout cela n'&#233;tant que des &#171; formes de r&#233;alisation &#187; de la si chic et pure contradiction entre la valeur d'usage et la valeur d'&#233;change.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb21&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh21&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 21&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;21&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;On peut trouver une critique de la th&#233;orie de la forme-valeur proche de celle que nous faisons ici dans le texte de Gilles Dauv&#233;, &lt;i&gt;La boulang&#232;re et le th&#233;oricien&lt;/i&gt;, sur le blog &#171; Douter de tout&#8230;pour tenir l'essentiel &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb22&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh22&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 22&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;22&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sur cette analyse de l'exploitation comme contradiction, cf. &#171; L'exploitation, d&#233;finition d'une contradiction &#187;, &lt;i&gt;Th&#233;orie Communiste &lt;/i&gt;no22&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb23&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh23&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 23&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;23&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Le CPE (Contrat Premi&#232;re Embauche) &#233;tait un type de contrat de travail r&#233;duisant le salaire et la protection sociale. Bien que vot&#233; par le parlement, &#224; la suite d'un vaste mouvement de protestation, le projet fut abandonn&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb24&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh24&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 24&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;24&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Nous conseillons &#224; ceux qui verraient l&#224; une construction conceptuelle transhistorique la relecture de la premi&#232;re phrase du chapitre I du &lt;i&gt;Manifeste&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb25&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh25&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 25&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;25&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Le surtravail des grandes masses a cess&#233; d'&#234;tre la condition du d&#233;veloppement de la richesse g&#233;n&#233;rale.[&#8230;] Le capital est une contradiction en proc&#233;s : d'une part, il pousse &#224; la r&#233;duction du temps de travail &#224; un minimum, et d'autre part il pose le temps de travail comme la seule source et la seule mesure de la richesse &#187; (Marx, &lt;i&gt;Fondements de la critique de l'&#233;conomie politique, &lt;/i&gt;&#201;d. Anthropos, p.222)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb26&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh26&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 26&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;26&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; La co&#239;ncidence du changement des circonstances et de l'activit&#233; humaine ou autochangement ne peut &#234;tre saisie et rationnellement comprise que comme pratique r&#233;volutionnaire &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb27&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh27&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 27&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;27&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cette d&#233;finition de &#171; l'essence de l'homme &#187; supprime ce qu'elle est cens&#233;e d&#233;finir.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb28&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh28&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 28&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;28&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Il faut comprendre que le capital comme contradiction en proc&#232;s est le fondement de toute capacit&#233; du capital &#224; &#234;tre contre-r&#233;volution. En effet, par l&#224;, le mode de production capitaliste est une r&#233;ponse ad&#233;quate &#224; une pratique r&#233;volutionnaire en perp&#233;tuant la loi de la valeur dans la dynamique m&#234;me de sa caducit&#233; et m&#234;me faisant de celle-ci la condition de cette perp&#233;tuation.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb29&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh29&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 29&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;29&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Les id&#233;ologues qui nous bassinent avec l'id&#233;alisation des &#171; &lt;i&gt;commons&lt;/i&gt; &#187; ne font qu'id&#233;aliser la servitude.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb30&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh30&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 30&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;30&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cela peut &#234;tre la famille comme la s&#233;paration entre la ville et la campagne.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb31&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh31&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 31&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;31&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; La co&#239;ncidence du changement des circonstances et de l'activit&#233; humaine ou autochangement ne peut &#234;tre saisie et rationnellement comprise que comme pratique r&#233;volutionnaire. &#187; (Marx, &lt;i&gt;Th&#232;ses sur Feuerbach&lt;/i&gt;)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb32&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh32&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 32&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;32&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Que l'on pense &#224; la Commune de Paris en 1871 ou &#224; la prise des Tuileries le 10 ao&#251;t 1792.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb33&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh33&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 33&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;33&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;La critique des rapports sociaux capitalistes comme &#233;conomie prend au pied de la lettre leur autonomisation comme &#233;conomie. Un rapport social, le capital, se pr&#233;sente comme objet, et cet objet comme pr&#233;supposition de la reproduction du rapport social. La critique du concept d'&#233;conomie, qui int&#232;gre dans le concept les propres conditions d'existence de l'&#233;conomie, &#233;vite pr&#233;cis&#233;ment de poser le d&#233;passement de l'&#233;conomie comme une opposition &#224; l'&#233;conomie, parce que la r&#233;alit&#233; de l'&#233;conomie (sa raison d'&#234;tre) est en dehors d'elle. L'&#233;conomie est un attribut du rapport d'exploitation.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb34&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh34&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 34&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;34&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Les cat&#233;gories de l'&#233;conomie bourgeoise sont des formes de l'intellect qui ont une v&#233;rit&#233; objective en tant qu'elles refl&#232;tent des rapports sociaux r&#233;els &#187; (Marx, &lt;i&gt;Le Capital&lt;/i&gt;, &#201;d. Sociales, t. 1, p. 88)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb35&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh35&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 35&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;35&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Le d&#233;faut principal, jusqu'ici, de tous les mat&#233;rialismes (y compris celui de Feuerbach) est que l'objet, la r&#233;alit&#233; effective, la sensibilit&#233;, n'est saisi que sous la forme de l'&lt;i&gt;objet ou de l'intuition &lt;/i&gt; ; mais non pas comme &lt;i&gt;activit&#233; sensiblement humaine&lt;/i&gt;, comme &lt;i&gt;pratique&lt;/i&gt;, non pas de fa&#231;on subjective &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb36&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh36&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 36&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;36&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Il faut cependant &#234;tre tr&#232;s vigilant au statut accord&#233; &#224; cette distinction entre sujet et objet, aucun des deux ne tient son existence de lui-m&#234;me ou m&#234;me de leur r&#233;ciprocit&#233;. En effet, la lutte du prol&#233;tariat et m&#234;me la r&#233;volution ne sont pas l'irruption d'une subjectivit&#233; (plus ou moins libre, plus ou moins d&#233;termin&#233;e) mais un moment du rapport du mode de production capitaliste &#224; lui-m&#234;me &#224; l'int&#233;rieur de lui-m&#234;me, ceux qui voit l&#224; de l'objectivisme oublient seulement que le prol&#233;tariat est une classe du mode de production capitaliste et que celui-ci est lutte des classes. On ne peut isoler la question du rapport entre la situation objective et la subjectivit&#233; de l'auto-contradiction du mode de production capitaliste. Le sujet et l'objet dont nous parlons ici sont des moments de cette auto-contradiction qui dans son unit&#233; passe par ces deux phases oppos&#233;es (unit&#233; de moments promus &#224; l'autonomie).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb37&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh37&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 37&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;37&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;C'est en tant qu'il est pratique du prol&#233;tariat que le jeu abolit sa r&#232;gle, &lt;i&gt;cf. supra&lt;/i&gt; : &#171; Quand nous disons que l'exploitation est une contradiction pour elle-m&#234;me nous d&#233;finissons la situation et l'activit&#233; r&#233;volutionnaire du prol&#233;tariat. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
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		<title>&#171; Je lutte de classe &#187;</title>
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		<dc:date>2012-06-06T16:21:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Louis Martin</dc:creator>


		<dc:subject>S&#233;rie Marseille</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;En France, &#224; l'automne 2010, une fraction de la classe&lt;sup&gt;&lt;a href='https://theoriecommuniste.org/Classes' title=&#034;D&#233;finition&#160;: Les classes ne sont ni des sommes d'individus regroup&#233;s par un int&#233;r&#234;t (&#8230;)&#034;&gt;?&lt;/a&gt;&lt;/sup&gt; ouvri&#232;re revit de fa&#231;on id&#233;ale le mythe de l'identit&#233; et de l'unit&#233; ouvri&#232;res. La lutte contre la r&#233;forme des retraites synth&#233;tise une multitude de luttes locales qui ont toutes en commun de mettre en mouvement des fractions ouvri&#232;res encore stables mais s&#233;rieusement menac&#233;es. L'identit&#233; ouvri&#232;re a alors &#233;t&#233; rev&#233;cue de fa&#231;on id&#233;ale dans les deux sens du mot : comme id&#233;al qui serait &#224; atteindre et comme pure illusion. Cet &#171; id&#233;al &#187; a trouv&#233; une forme synth&#233;tique ad&#233;quate dans le sujet m&#234;me de la retraite, symbole de la dignit&#233; ouvri&#232;re.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://theoriecommuniste.org/les-livres/" rel="directory"&gt;Les Livres&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://theoriecommuniste.org/mot/serie-marseille" rel="tag"&gt;S&#233;rie Marseille&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://theoriecommuniste.org/local/cache-vignettes/L97xH150/jelutte-1-c5020.jpg?1769360823' class='spip_logo spip_logo_right' width='97' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;Je lutte de classe&lt;sup&gt;&lt;a href='https://theoriecommuniste.org/Classes' title=&#034;D&#233;finition&#160;: Les classes ne sont ni des sommes d'individus regroup&#233;s par un int&#233;r&#234;t (&#8230;)&#034;&gt;?&lt;/a&gt;&lt;/sup&gt; &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le mouvement contre la r&#233;forme des retraites en France, automne 2010&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Je lutte de classe&lt;/i&gt; &#187; : dans ce slogan embl&#233;matique d'un mouvement sans illusion et sans espoir de victoire, on entend &#171; je fais la lutte de classe &#187;. Si on doit affirmer la lutte de classe sous cette forme ambig&#252;e, humoristique et contradictoire, c'est que ce qui demeure un fait objectif, massif et incontournable, structurel, la lutte des classes, ne se reconnaissait plus elle-m&#234;me comme un fait collectif et objectif int&#233;grant et d&#233;passant les manifestants individuels, mais comme un choix id&#233;ologique (politico-social) personnel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le succ&#232;s de ce slogan malicieux et s&#233;rieux &#224; la fois montrait que pour tous, (et surtout chacun !) les manifestations &#8211; &#233;l&#233;ment central et organisateur du mouvement - affirmaient une identit&#233; ouvri&#232;re &#224; la fois obsol&#232;te et indispensable, id&#233;ale dans les deux sens du mot : comme id&#233;al qui serait &#224; atteindre et comme pur concept. Comme id&#233;e de ce qui avait exist&#233;, et qui justement n'existait plus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette dualit&#233; d&#233;signait &#224; la fois la permanence de la contradiction de classes immanente au capitalisme et son caract&#232;re radicalement transform&#233;e ne donnant plus naissance &#224; une identit&#233; &lt;i&gt;de classe&lt;/i&gt; pouvant s'affirmer contre le capital. &#171; &lt;i&gt;Je lutte de classe&lt;/i&gt; &#187; fut le nom que, dans la lute des classes, l'implosion de l'identit&#233; ouvri&#232;re en acte s'est donn&#233;e &#224; elle-m&#234;me. A c&#244;t&#233; des manifestations o&#249; se proclamait cette identit&#233; ouvri&#232;re id&#233;ale, les secteurs en gr&#232;ve &#233;taient justement ceux o&#249; des communaut&#233;s de travail encore plus ou moins stables pouvaient magiquement et nostalgiquement servir de r&#233;f&#233;rent &#224; cette invocation. Le slogan dit tr&#232;s joliment la perte de l'identit&#233; ouvri&#232;re dans la volont&#233; de l'affirmer. Le singulier du sujet est contradictoire &#224; ce qu'est l'appartenance de classe qui n'est pas une appartenance individuelle, l'&#233;l&#233;ment d'une somme. Il n'y a pas si longtemps, comme ouvrier, &#224; Ivry ou &#224; Port de Bouc, on &#233;tait, par d&#233;finition, de la classe ouvri&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Il d&#233;coule de tout le d&#233;veloppement historique jusqu'&#224; nos jours que les rapports collectifs dans lesquels entrent les individus d'une classe et qui &#233;taient toujours conditionn&#233;s par leurs int&#233;r&#234;ts communs vis-&#224;-vis d'un tiers furent toujours une communaut&#233; qui englobait ces individus uniquement en tant qu'individus moyens, dans la mesure o&#249; ils vivaient dans les conditions d'existence de leur classe ; c'&#233;tait donc l&#224;, en somme, des rapports auxquels ils participaient non pas en tant qu'individus, mais en tant que membres d'une classe. &#187; (Marx, &lt;i&gt;l'Id&#233;ologie allemande&lt;/i&gt;, Ed. Sociales, p. 96)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ce sens, si le slogan est aussi une sorte de mise &#224; distance reconnue de l'appartenance de classe &#224; laquelle on participe paradoxalement en tant qu'individu, il n'en demeure pas moins que l'appartenance de classe n'est pas l&#224; produite et v&#233;cue comme la limite de l'action en tant que classe, c'est-&#224;-dire comme une contradiction et une dynamique r&#233;volutionnaire, mais seulement comme la reconnaissance nostalgique que rien dans la lutte de classe ne sera plus &lt;i&gt;comme avant&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La revendication est devenue d&#233;finitivement ill&#233;gitime, c'est-&#224;-dire qu'elle ne fait plus syst&#232;me avec la reproduction du rapport d'exploitation comme contradiction &lt;i&gt;et&lt;/i&gt; implication r&#233;ciproque&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La disparition de l'identit&#233; ouvri&#232;re confirm&#233;e dans la reproduction du (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Le mouvement contre la r&#233;forme des retraites portait une lucidit&#233; de masse sur cette ill&#233;gitimit&#233; &#224; propos d'une revendication g&#233;n&#233;rale que la classe capitaliste ne pouvait qu'ignorer. Dans son ambigu&#239;t&#233;, le slogan n'est alors que l'expression symptomatique d'un mouvement qui a jou&#233; la pi&#232;ce nouvelle de l'ill&#233;gitimit&#233; de la revendication salariale, de la disparition de l'identit&#233; ouvri&#232;re, de la crise du rapport d'exploitation tel qu'il &#233;tait ressorti de la restructuration du mode de production capitaliste initi&#233;e au milieu des ann&#233;es 1970, mais qui l'a jou&#233; dans des costumes anciens. Il a &#233;voqu&#233; anxieusement et appeler &#224; sa rescousse les m&#226;nes des anc&#234;tres, il leur a emprunt&#233; mots d'ordre et costumes et il a jou&#233; la nouvelle pi&#232;ce historique sous cet antique et v&#233;n&#233;rable travestissement et avec ce langage d'emprunt&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;On aura reconnu une libre adaptation d'un paragraphe des premi&#232;res pages du (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Mais le choix du costume n'&#233;tait pas que l'effet du &#171; poids du pass&#233; pesant comme un cauchemar sur le cerveau des vivants &#187;, ce choix avait ses raisons d'&#234;tre et ces causes bien actuelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand, en France, &#224; l'automne 2010, une fraction de la classe ouvri&#232;re revit de fa&#231;on id&#233;ale le mythe de l'identit&#233; et de l'unit&#233; ouvri&#232;re, la lutte contre la r&#233;forme des retraites synth&#233;tise une multiplicit&#233; de luttes locales qui ont toutes en commun de mettre en mouvement des fractions ouvri&#232;res stables menac&#233;es ou &#233;limin&#233;es par la fermeture ou la r&#233;forme de leur entreprise ou de leur branche. L'identit&#233; ouvri&#232;re est rev&#233;cue de fa&#231;on &lt;i&gt;id&#233;ale&lt;/i&gt; parce qu'elle n'est plus le sens et le contenu g&#233;n&#233;ral du rapport actuel au capital, mais cet &#171; id&#233;al &#187; n'est pas fortuit, il se nourrit de luttes locales et trouve une forme synth&#233;tique ad&#233;quate dans le sujet m&#234;me de la retraite, &lt;i&gt;symbole de la dignit&#233; ouvri&#232;re&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est cette implosion de l'identit&#233; ouvri&#232;re dans l'asyst&#233;mie de la revendication salariale et la crise du rapport d'exploitation actuel qu'il faut saisir au travers de la multiplicit&#233; des pratiques qui ont constitu&#233; ce mouvement qui l'ont construit comme cette implosion : grandes manifestations, gr&#232;ves locales sp&#233;cifiques, gr&#232;ves intermittentes sur les retraites mais toujours intriqu&#233;es avec des revendications propres, blocages de sites de production ou de lieux de circulation, interventions lyc&#233;ennes, pr&#233;sence des ch&#244;meurs et pr&#233;caires, assembl&#233;es interpro, syndicalisme de base, conflits &#224; l'int&#233;rieur des syndicats (essentiellement de la CGT), id&#233;ologie de l'identit&#233; ouvri&#232;re, id&#233;ologie activiste d'un &#171; d&#233;passement potentiel &#187; qui serait toujours l&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Face &#224; n'importe quel mouvement social, il est facile d'avoir un point de vue analytico-t&#233;l&#233;ologique (c'est par exemple le type de point de vue le plus r&#233;pandu face au mouvement dit des &#171; indign&#233;s &#187; en 2011). Cette m&#233;thode (applicable &#233;galement &#224; &#171; l'histoire de la pens&#233;e &#187;) consiste &#224; d&#233;couper une lutte ou un ensemble de luttes en caract&#233;ristiques diverses (l'analyse), puis, en fonction de la suite des &#233;v&#233;nements advenus ou seulement esp&#233;r&#233;s par l'auteur, conform&#233;ment &#224; son syst&#232;me, de voir cette suite comme la r&#233;alisation de quelques unes des caract&#233;ristiques produites par l'analyse (t&#233;l&#233;ologie). Caract&#233;ristiques que l'on aura pris soin de d&#233;finir conform&#233;ment &#224; la suite advenue ou esp&#233;r&#233;e. Cela n'a rien &#224; voir avec la d&#233;finition des contradictions d'une lutte &lt;i&gt;prise comme un tout&lt;/i&gt;, comme une probl&#233;matique, et qui d&#233;terminent ses limites, son retournement ou son d&#233;passement et non la victoire / r&#233;alisation de caract&#233;ristiques isol&#233;es comme germes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Dans ce mouvement se sont juxtapos&#233;s autant des formes diff&#233;rentes, voire contradictoires et des perspectives qui n'ont pas grand-chose en commun. De la strat&#233;gie des journ&#233;es d'actions / manifestations, propri&#233;t&#233; de l'intersyndicale, aux bocages et piquets volants, aux affrontements de rue et aux gr&#232;ves qui ne se sont pas g&#233;n&#233;ralis&#233;es. &#187; (&lt;i&gt;Paradoxes en automne&lt;/i&gt;, en pdf sur le net). Le constat est exact, mais le but de ce texte, surtout dans sa deuxi&#232;me partie est de montrer comment cette diversit&#233; s'est construite, comment ces divers &#233;l&#233;ments se rattachent les uns aux autres et se compl&#232;tent. La diversit&#233; fait sens, forme une totalit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous envisagerons d'abord la r&#233;forme des retraites dans le cours actuel du rapport d'exploitation d&#233;finissant cette phase du mode de production capitaliste. Qui est concern&#233; par cette r&#233;forme ? Comment a-t-elle pu devenir un probl&#232;me g&#233;n&#233;ral ? Nous verrons ensuite comment les diverses pratiques qui ont fait le mouvement s'impliquent entre elles, construisent une unit&#233; de ce mouvement et en font une totalit&#233; dont la d&#233;finition comme relation entre &lt;i&gt;syndicalisme de base&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;unit&#233; id&#233;ale de la classe&lt;/i&gt; est &#224; peine esquiss&#233;e dans cette introduction. L&#224;, nous verrons &#233;galement pourquoi ce mouvement, malgr&#233; quelques apparences et les oripeaux dont il s'est parfois couvert appartient au cycle de luttes actuel. Il s'agira ensuite de montrer comment dans la fa&#231;on dont les luttes de ce mouvement ont pris l'activisme (qu'il nous faudra d&#233;finir) &#224; contre-pied, on peut le consid&#233;rer dans son existence et ses pratiques comme sympt&#244;me du fait de lutter en tant que classe comme limite actuelle de la lutte de classe. Enfin, nous serons amen&#233;s &#224; analyser la crise de la repr&#233;sentation institutionnelle et politique ainsi que la d&#233;sobjectivation paradoxale de la lutte des classes qui se sont manifest&#233;es dans ce mouvement comme critique et opposition &#224; l'&#233;conomie.&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt;&lt;strong&gt;La r&#233;forme des retraites dans la crise de la phase du mode de production capitaliste ouverte par la restructuration des ann&#233;es 1970 &lt;/strong&gt;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Il faut &#234;tre lucide, il y a des sujets sur lesquels la conclusion d'un accord n'est pas possible, tout simplement parce que cela ne rel&#232;ve pas du champ de la n&#233;gociation sociale&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(Nicolas Sarkozy)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; &#199;a ne sert &#224; rien de faire gr&#232;ve aujourd'hui &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(Eric Woerth)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Au moment des faits, Nicolas Sarkozy &#233;tait Pr&#233;sident de la r&#233;publique et (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La situation ant&#233;rieure de la lutte de classe, ainsi que le mouvement ouvrier, reposait sur la contradiction entre d'une part la cr&#233;ation et le d&#233;veloppement d'une force de travail mise en &#339;uvre par le capital de fa&#231;on de plus en plus collective et sociale, et d'autre part les formes apparues comme limit&#233;es de l'appropriation par le capital de cette force de travail, dans le proc&#232;s de production imm&#233;diat et dans le proc&#232;s de reproduction&lt;i&gt;.&lt;/i&gt; Voil&#224; la situation conflictuelle qui se d&#233;veloppait comme &lt;i&gt;identit&#233; ouvri&#232;re&lt;/i&gt;, qui trouvait ses marques et ses modalit&#233;s imm&#233;diates de reconnaissance (sa confirmation) dans la &#171; grande usine &#187;, dans la dichotomie entre emploi et ch&#244;mage, travail et formation, dans la soumission du proc&#232;s de travail &#224; la collection des travailleurs, dans les relations entre salaires, croissance et productivit&#233; &#224; l'int&#233;rieur d'une aire nationale, dans les repr&#233;sentations institutionnelles que tout cela implique tant dans l'usine qu'au niveau de l'Etat. &#187; (&lt;i&gt;Fondements critiques d'une th&#233;orie de la r&#233;volution&lt;/i&gt;, p. 40, Ed. Senonevero) Il y avait production et confirmation &#224; l'int&#233;rieur m&#234;me de l'autopr&#233;supposition du capital d'une identit&#233; ouvri&#232;re par laquelle se structurait, comme mouvement ouvrier, la lutte de classe. C'est tout cela que la restructuration initi&#233;e au d&#233;but des ann&#233;es 1970 a lamin&#233;, emportant avec elle l'identit&#233; ouvri&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'attaque du salaire n'est pas de fa&#231;on simple une constante lin&#233;aire du capitalisme allant en s'aggravant. Jusqu'au d&#233;but des ann&#233;es 1970, dans les aires centrales du capitalisme, la construction et reconnaissance l&#233;gitime dans le mode de production capitaliste du prol&#233;tariat comme interlocuteur national socialement et politiquement, du point de vue m&#234;me du capital, mettait en forme un rapport d'exploitation du travail produisant ses propres conditions d'effectuation alors optimales du point de vue m&#234;me de la valorisation du capital. Dans le capitalisme restructur&#233;, la reproduction de la force de travail a &#233;t&#233; l'objet d'une &lt;i&gt;double d&#233;connexion&lt;/i&gt;. D'une part d&#233;connexion entre valorisation du capital et reproduction de la force de travail, d'autre part, d&#233;connexion entre la consommation et le salaire comme revenu&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir : La restructuration telle qu'en elle-m&#234;me et Revendiquer pour le (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'est-ce en fait l'asyst&#233;mie de la revendication ? C'est le contenu en acte, pratique, imm&#233;diat, dans l'activit&#233; de la classe, de la disparition de l'identit&#233; ouvri&#232;re en ce qu'elle ne pouvait exister que produite et confirm&#233;e dans une reproduction du capital telle que la revendication faisait syst&#232;me. Les deux (asyst&#233;mie et disparition de l'identit&#233; ouvri&#232;re) sont par l&#224; indissociables. La satisfaction de revendications particuli&#232;res ou locales peut encore &#233;ventuellement &#234;tre obtenue, mais le rapport global ne peut rien l&#226;cher. La p&#233;nurie de plus-value n'explique pas tout, &#171; l'argent manque &#187; c'est s&#251;r, mais il manquait tout autant et encore plus dans les ann&#233;es trente aux Etats-Unis ou en France. L'ill&#233;gitimit&#233; de la revendication rel&#232;ve avant tout de la d&#233;finition structurelle et qualitative du rapport d'exploitation dans la phase du mode de production capitaliste qui aujourd'hui entre en crise. Le &#171; partage des richesses &#187; de question essentiellement conflictuelle dans le mode de production capitaliste est devenu &lt;i&gt;tabou&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les manifestants contre le recul de l'&#226;ge de la retraite savaient pertinemment que la satisfaction de la revendication &#233;tait inaccessible, contrairement &#224; ce qui peut occasionnellement survenir dans quelques gr&#232;ves particuli&#232;res &#224; revendications sp&#233;cifiques. Les manifestations &#233;taient le fil conducteur et l'unit&#233; du mouvement, elles en affirmaient la d&#233;termination tout en connaissant le caract&#232;re maintenant ill&#233;gitime de sa revendication centrale. Dans leur refus proclam&#233; de ne &#171; rien l&#226;cher &#187;, les manifestations reconnaissaient cette ill&#233;gitimit&#233; dans une d&#233;n&#233;gation qui ne trompait personne et surtout pas ceux qui scandaient le slogan. Les manifestants, par cette d&#233;n&#233;gation du renoncement &#224; la revendication centrale (&#171; On ne l&#226;che rien &#187;) proclamaient la d&#233;n&#233;gation de l'ill&#233;gitimit&#233; syst&#233;mique de la revendication salariale dans les modalit&#233;s de l'exploitation actuelles dans le mode de production capitaliste issu de la restructuration des ann&#233;es 1970 / 1980. Ils affirmaient, face &#224; la classe capitaliste (Nicolas Sarkozy, Liliane Bettencourt, Eric Woerth : il y avait de la personnalisation de l'ennemi dans ce mouvement), une appartenance &#224; la classe exploit&#233;e et revivaient id&#233;alement une identit&#233; ouvri&#232;re disparue. Le prurit d&#233;mocrate radical ou citoyenniste &#233;tait bien fini : aucune &#233;loge pompeuse et fun&#232;bre de la &#171; culture ouvri&#232;re &#187;, aucune positivit&#233; du travail, ni aucune alternative &#224; la &#171; gestion lib&#233;rale &#187; impos&#233;e par la &#171; dictature des march&#233;s &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;n&#233;gation sans illusion de l'inaccessibilit&#233; de la satisfaction de la revendication posait dans un m&#234;me mouvement l'ill&#233;gitimit&#233; structurelle de la revendication et son in&#233;luctabilit&#233;, sa nature de classe envers et contre tout, si bien exprim&#233;e par le slogan &#171; je lutte de classe &#187;. Slogan dans lequel le sujet appara&#238;t comme acteur d'un ph&#233;nom&#232;ne &#224; la fois obsol&#232;te &#8211; la sacro-sainte lutte des classes du programmatisme&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Nous entendons par programmatisme ce contenu de la lutte de classe (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#8211; et imp&#233;rissable, in&#233;luctable ; Slogan dont le caract&#232;re grammaticalement incorrect posait, avec une ironie feinte, son caract&#232;re politiquement incorrect &#224; l'heure de l'ill&#233;gitimit&#233; de la revendication. L'identit&#233; qui &#233;tait exprim&#233;e dans ces manifestations &#233;tait vide de toute positivit&#233;, elle n'avait ni la positivit&#233; pleine du socialisme du travail productif, ni celle r&#234;v&#233;e de l'&#233;conomie solidaire des citoyens du d&#233;mocratisme radical. C'&#233;tait une conscience de soi performative, instantan&#233;e et fugace dont l'affirmation r&#233;it&#233;r&#233;e de manif en manif donnait une identit&#233; &#224; tout le mouvement pour le temps du mouvement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La r&#233;forme dans la restructuration et sa crise&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Europe, s'est install&#233; un climat d'instabilit&#233; sociale &#224; long terme, les mouvements sociaux nationaux s'encha&#238;nent, partout c'est le salaire et la reproduction sociale de la force de travail qui est en jeu. Les lois, les d&#233;crets, les r&#233;formes pleuvent dans tous les secteurs et &#224; toutes les &#233;chelles. &#171; Fermeture des h&#244;pitaux, fin des CDI, fermeture des &#233;coles et des lyc&#233;es, privatisation des universit&#233;s, casse de la s&#233;curit&#233; sociale et de toute protection sociale en g&#233;n&#233;ral, gel voire baisse des salaires, hausse des prix, casse des conditions de travail, conditions de vie toujours plus pr&#233;caires et mis&#233;rables, licenciements de masse, casse de la fonction publique et du service public, sonnent comme un &#233;cho logique et irr&#233;versible avec la surveillance des ch&#244;meurs, le nouvel armement de la police, la hausse de la vid&#233;osurveillance, le contr&#244;le des m&#233;dias et l'accroissement de la censure, la mise en ill&#233;galit&#233; de la gr&#232;ve dans son effectivit&#233; pratique, le tout-s&#233;curitaire notamment &#224; l'encontre de sans-papiers, les camps de r&#233;tention, la fermeture des fronti&#232;res, la complexification de la bureaucratie sociale, la r&#233;pression et la criminalisation syst&#233;matique et acharn&#233;e des mouvements sociaux, le flicage du net, la destruction des lieux de vie alternatifs, etc., etc. &#187; (&lt;i&gt;L'insurrection qu'on vit&lt;/i&gt;, texte sur le site &lt;i&gt;le Jura libertaire&lt;/i&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le capitalisme restructur&#233; a int&#233;gr&#233; l'attaque contre la valeur de la force de travail comme caract&#233;ristique fonctionnelle, structurelle et permanente destin&#233; &#224; ne jamais &#234;tre achev&#233;e. M&#234;me le fameux &#233;quilibre promis des r&#233;gimes de retraites gr&#226;ce &#224; la r&#233;forme ne pourra &#234;tre au mieux (ou au pire) que provisoire : &#171; Le retour &#224; l'&#233;quilibre repose largement sur un syst&#232;me de tuyauterie. (&#8230;) Le gouvernement a pr&#233;tendu faire une r&#233;forme 'courageuse'. En r&#233;alit&#233;, en recourant &#224; des exp&#233;dients, mais en faisant payer le prix fort aux assur&#233;s, il n'a fait que retarder les &#233;ch&#233;ances &#187; (&lt;i&gt;le Monde&lt;/i&gt; du 28 octobre 2010). &#171; Le redressement de l'&#233;conomie fran&#231;aise implique de sortir d'un d&#233;veloppement ax&#233; sur la consommation, aliment&#233;e par des transferts sociaux financ&#233;s par la dette &#187; avance l'&#233;conomiste Nicolas Baverez.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Allemagne avec les lois Harz, entre 2003 et 2005, puis l'Agenda 2010, la dur&#233;e des prestations ch&#244;mage a &#233;t&#233; r&#233;duite ainsi que les d&#233;penses d'assurance-maladie, la fiscalit&#233; sur les entreprises a &#233;t&#233; diminu&#233;e pour &#234;tre transf&#233;r&#233;e sur la TVA.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au Royaume Uni, le ministre des finances, George Osborne, a pr&#233;sent&#233; le 20 octobre 2010 un projet de budget dans lequel tous les postes de l'Etat-providence seront diminu&#233;s d'au moins 10 %. Le 10 novembre 2010, la manifestation contre les coupes budg&#233;taires dans l'enseignement sup&#233;rieur dont le budget doit baisser de 40 % d'ici 2015 (les universit&#233;s anglaises et galloises pourront facturer leurs prestations jusqu'&#224; 9000 livres par an contre 3290 auparavant) se termine par le saccage du si&#232;ge du Parti conservateur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au Portugal, &#171; le gouvernement socialiste (remplac&#233; depuis par un gouvernement conservateur qui a pris des mesures encore plus drastiques, nda) va amputer les salaires des fonctionnaires, augmenter les imp&#244;ts et la TVA, rogner les aides sociales et les allocations familiales, r&#233;duire ses investissements. Mesures qui aggraveront l'appauvrissement de la classe moyenne, dans un pays o&#249; de plus en plus de salari&#233;s doivent se contenter d'un salaire minimum fix&#233; &#224; 475 euros mensuels. Par ricochet, cette politique amplifiera encore le nombre de ces petits boulots annexes, qui permettent de s'en sortir, et le champ de cette pr&#233;carit&#233; qui n'en finit plus d'&#233;roder l'emploi stable, y compris au sein de la fonction publique. &#187; (&lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; du 21-22 novembre 2010). Un gros tiers de la population active de cinq millions de personnes &#233;tait d&#233;j&#224; &#224; l'&#233;poque compos&#233; de travailleurs pr&#233;caires. La fonction publique se vide de ses fonctionnaires au gr&#233; des d&#233;parts &#224; la retraite. Les fameux &#171; &lt;i&gt;recibos verdes&lt;/i&gt; &#187; ont m&#234;me fait leur apparition dans la fonction publique. Ces re&#231;us avaient &#233;t&#233; con&#231;us pour les travailleurs ind&#233;pendants. Ils ont &#233;t&#233; massivement adopt&#233;s par les entreprises, qui se transforment ainsi en clientes de leurs employ&#233;s. Ceux-ci leur facturent leurs prestations sans &#234;tre prot&#233;g&#233;s par un contrat, sans disposer d'aucune des couvertures r&#233;serv&#233;es aux salari&#233;s : maladie, retraite, ch&#244;mage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Irlande, dans le budget pr&#233;sent&#233; fin 2010 le salaire minimum est baiss&#233; de 8,65 Euros &#224; 7,65, les prestations sociales, dont les allocations familiales seront amput&#233;es de 3 milliards d'Euros (14 %). S'ajoutent la suppression de 25 000 emplois publics (8 %), la r&#233;duction de 10 % du salaire des nouveaux fonctionnaires et de 6 % &#224; 12 % de la retraite des anciens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et, bien s&#251;r, la Gr&#232;ce : hausse de la TVA, gel des retraites, chasse au &#171; gaspillage &#187; des caisses de sant&#233;, r&#233;duction d'emploi dans le secteur public, r&#233;duction des salaires, fin des conventions collectives, emploi des jeunes pour 534 Euros par mois, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me en Su&#232;de, les conditions d'adh&#233;sion aux syndicats et aux caisses de ch&#244;mage g&#233;r&#233;es par les syndicats ont &#233;t&#233; bouscul&#233;es. L'all&#232;gement fiscal pour ces deux cotisations a disparu. Les cotisations individuelles aux caisses de ch&#244;mage ont &#233;t&#233; augment&#233;es et les allocations ch&#244;mage baiss&#233;es. Il en est de m&#234;me pour l'assurance maladie. R&#233;sultat : les caisses de ch&#244;mage ont perdu un demi-million d'adh&#233;rents. Cette r&#233;forme a permis au gouvernement de faire des &#233;conomies qui ont financ&#233; ses premi&#232;res baisses de l'imp&#244;t sur le revenu. Comme le premier ministre le souhaitait, cette d&#233;t&#233;rioration du syst&#232;me a pouss&#233; certains Su&#233;dois &#224; accepter des emplois non qualifi&#233;s. Alors que jusqu'&#224; la fin des ann&#233;es 1990, un ch&#244;meur su&#233;dois touchait 80 % de son salaire (avec un plafond), en 2002, le m&#234;me ch&#244;meur ne touchait plus que 67 % et 50 % en 2008 (cf.&lt;i&gt;, Le Monde&lt;/i&gt; du 17 septembre 2010). Et m&#234;me, actuellement : &#171; En Su&#232;de, deux ch&#244;meurs sur trois ne touchent aucune indemnisation ! Jeunes, immigr&#233;s et m&#232;res c&#233;libataires, ils ont en commun de fr&#233;quenter le march&#233; du travail de fa&#231;on sporadique, ce qui ne les qualifie pas pour b&#233;n&#233;ficier de l'assurance-ch&#244;mage dont les r&#232;gles ont &#233;t&#233; durcies depuis l'arriv&#233;e au pouvoir de la droite en 2006. &#187; (&lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; du 15-16 avril 2012).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En France, la r&#233;forme des syst&#232;mes des retraites &#233;tait inscrite de longue date au calendrier de la restructuration du rapport capital / travail. Le report de l'&#226;ge l&#233;gal de d&#233;part en retraite appara&#238;t, comme revendication du Medef, au printemps 2009, lors des r&#233;unions de concertation sur la r&#233;forme des r&#233;gimes de retraites compl&#233;mentaires (Arco, Agirc). La position du gouvernement &#233;tait encore d&#233;finie par les promesses &#233;lectorales du candidat Sarkozy comme il le rappelait lui-m&#234;me. La com&#233;die qui se joue au d&#233;but du mois de mai 2010 montre que la crise est pass&#233;e par l&#224; et que ses effets se cumulent avec ceux de la restructuration. Le nouveau ministre du Travail (Woerth) s'emporte contre le journal &lt;i&gt;le Monde &lt;/i&gt;du 3 mai 2010 car, dans ses colonnes on a pu lire que les discussions qui s'ouvrent sur la r&#233;forme du r&#233;gime g&#233;n&#233;ral des retraites vont porter sur la modification de l'&#226;ge de d&#233;part. Il ne s'agirait l&#224; que d'une rumeur sans fondement, pure invention de journaliste. Quinze jours plus tard, et en l'espace de quarante-huit heures, le pr&#233;sident, le secr&#233;taire g&#233;n&#233;rale de l'UMP, et ce m&#234;me ministre du Travail annoncent qu'ils ont refait leur calcul, que Mitterrand a commis une erreur en abaissant l'&#226;ge de d&#233;part &#224; soixante ans en 1983 et que, tout compte fait, ils vont remettre un peu d'ordre l&#224;-dedans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis quelque temps, les agences de notation laissaient planer la menace d'un abaissement de la note de la France (le fameux &#171; AAA &#187;, la note maximale), menace renouvel&#233;e au printemps 2010. L'un des effets directs de la crise sur le financement des retraites est l'abaissement de la masse salariale (- 1,4 % en 2009) et la diminution proportionnelle des pr&#233;l&#232;vements. La crise permettait au gouvernement d'enfoncer le clou, de s'en prendre &#224; un symbole politique : l'&#226;ge de d&#233;part en retraite. Le calendrier &#233;tait &#233;tabli depuis longtemps et la marge de man&#339;uvre des syndicats bien circonscrite. Le 14 avril 2010, le Comit&#233; d'observation des retraites avait rendu public un &#233;ni&#232;me rapport dans lequel le rel&#232;vement de l'&#226;ge de d&#233;part en retraite &#233;tait l'une des solutions propos&#233;es pour renflouer les caisses ou du moins pour freiner l'endettement. Pas besoin de chercher plus loin, quels arguments les partenaires sociaux auraient-ils pu opposer &#224; une telle autorit&#233; ? Aucun, comme l'a montr&#233; la suite.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ces deux paragraphes sont librement repris de la brochure Paradoxes en (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi la d&#233;fense des retraites est devenue un mouvement g&#233;n&#233;ral{{}}&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Derri&#232;re le consensus apparent de la d&#233;fense des retraites, c'est aussi la d&#233;fense et la croyance dans le vieux mod&#232;le fordiste qui s'agitait. Pourtant son proc&#232;s de production et de partage des richesses a &#233;t&#233; liquid&#233;. Nous sommes &#224; la fin d'un moment historique, au regard de ces trente derni&#232;res ann&#233;es. De ce point de vue, les jeux sont faits. Car, qui peut croire d&#233;fendre sa retraite aujourd'hui. Avec quarante ann&#233;es d'annuit&#233;, il faut avoir un emploi prot&#233;g&#233;, une carri&#232;re commenc&#233;e t&#244;t. Une situation qui s'apparente de plus en plus &#224; celle de dinosaures au sein des travailleurs. &lt;i&gt;C'est cette cat&#233;gorie qui &#233;tait dans la rue dans les premi&#232;res manifestations de juin et de septembre&lt;/i&gt; (c'est nous qui soulignons). Ceux pour qui le deal d'une carri&#232;re longue, avec un boulot plus ou moins difficile et pay&#233; juste de quoi &#234;tre un consommateur moyen, passait par une mise &#224; l'abri socialement. Mise &#224; l'abri de la jungle de la concurrence du march&#233; du travail, mise &#224; l'abri avec l'assurance de garder tant bien que mal, un niveau de vie acceptable apr&#232;s sa carri&#232;re. Ce deal &#233;tait rompu, ne serait-ce qu'en ajoutant deux ans de labeur. Dans ces premi&#232;res manifestations se trouvaient aussi la fraction la moins riche de 'la classe moyenne'. Celle pour qui il serait possible de s'assurer une retraite par capitalisation, mais qui y perdrait tout de m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Si le mouvement a continu&#233;, d&#233;passant le cycle des manifestations d&#233;fil&#233;s, c'est parce que cette d&#233;fense d'un statu quo s'est elle-m&#234;me mu&#233;e en une critique plus profonde. Pour beaucoup, la retraite n'est plus un horizon, aussi lointain soit-il. Des formes de travail beaucoup plus atomis&#233;es, avec des plages sans revenus, des tafs non d&#233;clar&#233;s, des solutions de d&#233;brouille quelconques, etc. Les quarante annuit&#233;s, c'est une &lt;i&gt;condamnation au travail &#224; perp&#233;tuit&#233;&lt;/i&gt;. Et puis la mise en concurrence permanente, le trop peu pour survivre, poussent &#224; ne pas voir plus loin que le jour m&#234;me. Pourtant, une grande partie de ceux pour qui la retraite rimera s&#251;rement avec minimum vieillesse &#233;tait dans la rue, sur les piquets, les blocages. C'est que la critique ne portait pas simplement sur ces deux ann&#233;es suppl&#233;mentaires, mais sur nos vies enti&#232;res coinc&#233;es entre le travail et la survie. (&#8230;) Le consensus apparent sur la d&#233;fense des retraites recouvre des int&#233;r&#234;ts contradictoires. Les motivations de ceux qui esp&#232;rent encore obtenir quelque chose du vieil Etat-Providence s'opposent &#224; celles de la plupart des manifestants, pour lesquels les difficult&#233;s du pr&#233;sent font de la retraite m&#234;me un mirage. &#187; (&lt;i&gt;Paradoxes en automne&lt;/i&gt;, op. cit.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La lutte contre la r&#233;forme des retraites est un r&#233;v&#233;lateur non pas d'autre chose mais de tout ce qui est inscrit dans cette r&#233;forme. La question de l'&#226;ge de d&#233;part &#224; la retraite, de l'obtention de son taux plein, des annuit&#233;s n&#233;cessaires, c'est la question de l'emploi et de la mani&#232;re de la g&#233;rer depuis trente ans. La question c'est l'organisation du &lt;i&gt;march&#233; du travail&lt;/i&gt; dans le mode de production capitaliste issu de la restructuration des ann&#233;es 1970 : la pr&#233;carisation ; les jeunes de moins de 25 ans qui sont au ch&#244;mage&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;En juillet 2010, selon P&#244;le emploi, les jeunes de moins de 25 ans qui (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ; les plus de 55 ans qui sont pouss&#233;s vers la sortie (en 2010, il y a eu 350 000 licenciements conventionnels).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut dater l'entr&#233;e de la France dans cette nouvelle organisation du march&#233; du travail de la &#171; circulaire B&#233;r&#233;govoy &#187; de novembre 1982 : l'indemnisation du ch&#244;mage commence &#224; &#234;tre dissoci&#233;e, selon sa dur&#233;e et le cursus ant&#233;rieur des ch&#244;meurs, entre un r&#233;gime d'assurance financ&#233; sur une base contributive et g&#233;r&#233;e sur un mode paritaire, et un r&#233;gime dit de solidarit&#233; par lequel l'Etat prend en charge l'indemnisation de certaines cat&#233;gories de personnes priv&#233;es d'emploi. Une partie des ch&#244;meurs d&#233;croche d'un r&#233;gime du travail &#224; un r&#233;gime de solidarit&#233;. Le syst&#232;me de segmentation de la force de travail et de &lt;i&gt;cr&#233;ation&lt;/i&gt; de cat&#233;gories est alors renforc&#233; par l'apparition et le d&#233;veloppement de &lt;i&gt;l'insertion&lt;/i&gt;, ciblant des populations produites comme particuli&#232;res (la petite diff&#233;rence et ses grandes cons&#233;quences que l'on voit &#233;galement &#224; l'&#339;uvre avec le travail f&#233;minin) et des zones particuli&#232;res (quartiers, cit&#233;s). Ce n'est pas un hasard si la notion et la pratique de l'insertion suit imm&#233;diatement l'&#233;t&#233; chaud des Minguettes. Se cristallisent ainsi des cat&#233;gories de plus en plus nombreuses &#224; l'int&#233;rieur de la force de travail globale disponible et des politiques diff&#233;renci&#233;s de rapport entre travail salari&#233; et ch&#244;mage. Alors que dans les ann&#233;es 70 (rapport Stol&#233;ru), les &#171; exclus &#187; sont consid&#233;r&#233;s et construits comme une population r&#233;siduelle par rapport &#224; la logique g&#233;n&#233;rale du rapport entre emploi salari&#233; et ch&#244;mage, l'insertion construit de fa&#231;on positive des cat&#233;gories dans ce rapport ; le principe d'h&#233;t&#233;rog&#233;n&#233;it&#233; et de segmentation de la force de travail l'emporte. D&#233;j&#224;, dans la seconde moiti&#233; du septennat de Val&#233;ry Giscard d'Estaing, &#233;taient apparus les premiers &#171; pactes pour l'emploi &#187; afin de faciliter l'embauche des jeunes et les op&#233;rations &#171; habitat et vie sociale &#187;. &#171; Derri&#232;re ces initiatives se profile une double prise de conscience : que la pauvret&#233; pourrait ne pas seulement repr&#233;senter des ilots d'archa&#239;sme dans une soci&#233;t&#233; vou&#233;e au progr&#232;s, mais d&#233;pendre de &lt;i&gt;processus en rapport avec l'emploi&lt;/i&gt; (c'est nous qui soulignons) ; que les probl&#232;mes que posent certains jeunes ne doivent pas seulement s'interpr&#233;ter en termes d'inadaptation personnelle (...) La soci&#233;t&#233; salariale commence &#224; perdre sa bonne conscience.&#8221; (Robert Castel, &#8220;Les m&#233;tamorphoses de la question sociale&#8221;, Ed Fayard p 423).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les nouvelles modalit&#233;s de l'exploitation de la force de travail totale comme une seule force de travail sociale disponible face au capital et segmentable &#224; l'infini, il &#233;tait devenu impossible de continuer &#224; traiter &#171; l'exclusion &#187; comme un parcours individuel et un ph&#233;nom&#232;ne r&#233;siduel n'apparaissant que par soustraction. La segmentation est tout autant division, cr&#233;ation de cat&#233;gories, que continuum de positions qui coexistent dans un m&#234;me ensemble et se contaminent les unes les autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les pays centraux du mode de production capitaliste, les m&#233;canismes de production d'une population ouvri&#232;re superflue subsistent et sont m&#234;me plus efficaces que jamais, mais &lt;i&gt;il n'y a plus de population ouvri&#232;re superflue&lt;/i&gt;. Bien s&#251;r, existe toujours cet &#171; encombrement &#187; d&#233;pr&#233;ciant la force de travail, mais ce n'est pas tout, les choses sont globalement devenues beaucoup plus subtiles. Le mode de production capitaliste effectue alors la synth&#232;se de deux tendances qui lui sont inh&#233;rentes : la cr&#233;ation constante d'une force de travail comme superflue et la n&#233;cessit&#233; de traiter l'ensemble de la force de travail disponible comme force de travail n&#233;cessaire. L'organisation du march&#233; du travail dans lequel l'ensemble de la force de travail disponible est constamment pos&#233;e comme d&#233;j&#224; achet&#233;e et appartient &#224; l'ensemble du capital (sa rotation et sa pr&#233;carit&#233; g&#233;n&#233;ralis&#233;e), et le compl&#233;ment de salaire pour une fraction de la force de travail, m&#234;me r&#233;ellement engag&#233;e dans le proc&#232;s de production, viennent mettre en forme, unifier ces tendances contradictoires. Le caract&#232;re superflue d'une partie de la force de travail demeure, mais ce caract&#232;re au lieu d'&#234;tre le fait d'une fraction nettement d&#233;limit&#233;e de celle-ci est liss&#233; sur l'ensemble de la force de travail, ce qui g&#233;n&#233;ralise la d&#233;pr&#233;ciation du prix de la force de travail, int&#232;gre dans la reproduction g&#233;n&#233;rale de la force de travail le caract&#232;re constant du processus de production d'une surpopulation ouvri&#232;re, et autorise une utilisation intensive maximum de la force de travail sociale disponible dans sa totalit&#233;. C'est un tel processus qui est &#224; l'&#339;uvre dans l'ensemble des dispositions qui, en France, tournent autour du RMI ou du RMA, puis du RSA, des &#171; travailleurs pauvres &#187;, des salaires &#233;quivalent &#224; un SMIC &#224; mi-temps et des allocations &#171; en sifflets &#187;. Le march&#233; du travail est devenu un &#171; plan social &#187; permanent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En France, entre 1980 et 2007 (rien ne s'est am&#233;lior&#233; depuis&#8230;), &#171; la proportion des travailleurs &#224; temps partiel est pass&#233; de 6 % &#224; 18 % de l'effectif salari&#233; total et celle des autres formes d'emplois atypiques (intermittence, int&#233;rim, etc.) de 17 % &#224; 31 % du salariat (&lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; du 30 novembre 2007). Mais la pr&#233;carit&#233; n'est pas seulement cette part de l'emploi que l'on peut qualifier &lt;i&gt;stricto sensu&lt;/i&gt; de pr&#233;caire. Int&#233;gr&#233;e maintenant dans toutes les branches d'activit&#233;s, elle est bien s&#251;r une &#171; menace &#187; sur tous les emplois dits &#171; stables &#187;. Les emplois stables adoptent les caract&#233;ristiques de la pr&#233;carit&#233; dont principalement la flexibilit&#233;, la mobilit&#233;, la disponibilit&#233; constante, la sous-traitance pr&#233;carisant l'emploi m&#234;me &#171; stable &#187; des PME, le fonctionnement par objectifs dans les grandes entreprises. La liste des sympt&#244;mes de la contagion de la pr&#233;carit&#233; sur les emplois &lt;i&gt;formellement&lt;/i&gt; stables est longue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; On peut parler de nouvelles politiques de l'emploi d&#232;s lors qu'un ensemble coh&#233;rent de nouveaux dispositifs &#233;merge, qui t&#233;moigne d'une nouvelle repr&#233;sentation de la nature et des causes du ch&#244;mage. Les politiques de r&#233;duction du co&#251;t du travail, d'un c&#244;t&#233;, et le d&#233;veloppement d'incitations mon&#233;taires au retour &#224; l'emploi, de l'autre, ont profond&#233;ment transform&#233; la panoplie des politiques pour l'emploi. En France, comme dans de nombreux pays d'Europe, les nouveaux dispositifs sont cibl&#233;s sur les bas salaires, privil&#233;gient les incitations mon&#233;taires, subventionnent &#224; la fois les salari&#233;s et leurs employeurs et mobilisent des budgets sans pr&#233;c&#233;dent. Dans une logique d'activation de la protection sociale, l'objectif est de favoriser la progressivit&#233; des pr&#233;l&#232;vements sociaux tout en limitant la d&#233;gressivit&#233; des transferts, au travers des &lt;i&gt;in work benefits&lt;/i&gt; destin&#233;s &#224; combler les 'trappes &#224; pauvret&#233;'. (&#8230;) Alors que la baisse du ch&#244;mage pouvait se faire par le biais d'une hausse du non-emploi auparavant, c'est d&#233;sormais la baisse du non-emploi qui est privil&#233;gi&#233; (en renfor&#231;ant l'attrait du march&#233; du travail). (&#8230;) Au travers d'un grand nombre de dispositifs nouveaux, on veut d&#233;sormais soutenir l'offre de travail alors que l'objectif poursuivi jusqu'&#224; la fin des ann&#233;es 1980 par l'action publique &#233;tait plut&#244;t d'encourager les retraits d'activit&#233;. La cible n'est plus de diminuer le taux de ch&#244;mage, mais d'accro&#238;tre le taux d'emploi. (&#8230;) On peut d&#233;nombrer plus de dix millions de salari&#233;s concern&#233;s par les exon&#233;rations sur les bas salaires. On peut d&#233;nombrer aussi 8,5 millions de b&#233;n&#233;ficiaires de la prime pour l'emploi. Le changement d'&#233;chelle est tr&#232;s net (2,8 millions de b&#233;n&#233;ficiaires de la politique de l'emploi en 2000, nda). Il en va de m&#234;me si l'on consid&#232;re les budgets mobilis&#233;s par les politiques de l'emploi. &#187; (Yannick L'Horty, &lt;i&gt;Les nouvelles politiques de l'Emploi&lt;/i&gt;, Ed. La D&#233;couverte 2006, pp. 3-4 et 6-7).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans une telle organisation du march&#233; du travail, le '&lt;i&gt;travailler plus&lt;/i&gt;' pour financer les retraites a sonn&#233; comme une provocation. A peine le mouvement &#233;tait-il en train de s'&#233;teindre que Renault annon&#231;ait le d&#233;part anticip&#233; en pr&#233;retraite de 3000 salari&#233;s pour ma&#238;triser ses sureffectifs : &#171; Cette d&#233;cision qui va &#224; rebours du discours sur la n&#233;cessit&#233; de maintenir dans l'emploi les seniors a provoqu&#233; l'&#233;tonnement de Laurence Parisot, la pr&#233;sidente du Medef. &#187; (&lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; du 25 novembre 2010). Compte tenu d'une entr&#233;e plus tardive sur le march&#233; du travail et de l'allongement de la dur&#233;e de cotisation, l'&#226;ge moyen de d&#233;part &#224; taux plein est aujourd'hui de 62 ans ; &#171; 93 % des assur&#233;s n&#233;s en 1970 ne pourraient pas partir &#224; 60 ans en 2030 avec une pension compl&#232;te &#187; (&lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; du 14 septembre 2010). Les 67 ans (taux plein en 2023) p&#233;nalisent les salari&#233;s qui ont eu des carri&#232;res morcel&#233;es, marqu&#233;es par des interruptions d'activit&#233; (ch&#244;mage, pr&#233;carit&#233;, etc.). La mesure touchera durement les femmes, dont pr&#232;s de 30 % font valoir aujourd'hui leurs droits &#224; la retraite &#224; 65 ans pour pouvoir b&#233;n&#233;ficier du taux plein. La r&#233;forme fran&#231;aise est une des rares en Europe &#224; jouer &#224; la fois sur le recul des &#226;ges l&#233;gaux et sur l'allongement des dur&#233;es de cotisation, avec en outre un calendrier d'application aussi court.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cumuler emploi et retraite, prolonger sa carri&#232;re pour arrondir sa pension, sont des solutions r&#233;serv&#233;es &#224; un petit nombre de personnes, cadres sup&#233;rieurs ou travailleurs ind&#233;pendants. La grande majorit&#233; n'a pas le choix : ce sont les employeurs qui, dans un contexte &#233;conomique donn&#233;, d&#233;cident. Les salari&#233;s n'ont pas pour horizon l'&#226;ge l&#233;gal de la retraite, leur horizon, c'est l'esp&#233;rance de dur&#233;e dans l'emploi, et donc l'&#226;ge de d&#233;part effectif, depuis longtemps inf&#233;rieur &#224; l'&#226;ge l&#233;gal. Les entreprises poussent dehors les travailleurs &#226;g&#233;s, qui regardent d'autant plus vers la sortie qu'on les y pousse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les jeunes, qui savent les difficult&#233;s qui les attendent &#224; l'entr&#233;e du march&#233; du travail, savent que d'autres se pr&#233;senteront &#224; la sortie, pour eux ce sera difficile tout le temps&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La liste est longue des formules imagin&#233;es pour faciliter l'insertion des (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. C'est cette angoisse qui s'exprime. Et cela n'implique pas forc&#233;ment de l'animosit&#233; envers les g&#233;n&#233;rations pr&#233;c&#233;dentes. Les uns et les autres se rendent compte qu'ils partagent une m&#234;me inqui&#233;tude vis-&#224;-vis de la pr&#233;carit&#233;. Cela dit, il ne faut pas perdre de vue que c'est la jeunesse scolaris&#233;e que l'on a vu dans les manifs et les blocages peu celle qui a d&#233;j&#224; un emploi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'attaque des retraites qui n'a rien &#224; priori de r&#233;el pour des lyc&#233;ens, &#224; l'&#233;vidence, les touchait pourtant. Ils le disaient et le montraient bien. En quoi cette &#171; r&#233;forme &#187; les touchait-elle maintenant et pas dans un avenir brumeux ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La retraite existe imm&#233;diatement en ce qu'elle est du salaire report&#233; et socialis&#233;, on paie maintenant les pensions des retrait&#233;s de maintenant, c'est donc une situation imm&#233;diate qui anticipe r&#233;ellement la situation &#224; venir - les jeunes de demain ne paieront plus ma retraite comme je le ferai moi-m&#234;me pour les retrait&#233;s de maintenant- la mise en perspective de la vie de salari&#233; est d&#233;truite tout de suite. On est dans l'absence de futur aussi bien pour l'embauche maintenant que pour la retraite plus tard. En attaquant les retraites les capitalistes et leur Etat confirme solennellement que le salariat est en crise aig&#252;e et qu'ils n'envisagent pas que &#231;a s'arrange. Il faudrait que les jeunes soient de sacr&#233;s abrutis pour ne pas le voir, le chantage &#224; la formation &#171; &#224; d&#233;bouch&#233;s &#187; est vid&#233; de tout sens puisque vid&#233; de tout futur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La lutte contre la r&#233;forme des retraites a int&#233;gr&#233; tout naturellement, parce que c'&#233;tait le v&#233;ritable sujet, le refus et la lutte contre l'organisation du march&#233; du travail. C'est en cela qu'elle est devenue un mouvement g&#233;n&#233;ral.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un tract distribu&#233; dans les P&#244;les emploi d'Avignon, on pouvait lire : &#171; Nous vivons trop longtemps, nous sommes trop souvent malades, nous sommes trop nombreux &#224; ch&#244;mer et pas assez &#224; cotiser. Bref nous coutons trop cher. Par 'r&#233;alisme &#233;conomique', il faudrait que chacun fasse un effort, se serre un peu plus la ceinture pour sauver les syst&#232;mes de r&#233;partition. Faire passer l'&#226;ge de d&#233;part &#224; la retraite de 60 &#224; 62 ans, c'est dire : 'Vous allez devoir travailler plus longtemps pour toucher une retraite convenable'. Cette injection au travail est un foutage de gueule. Une grande partie de ceux qui arrivent &#224; l'&#226;ge de la retraite est d&#233;j&#224; sortie de l'emploi. Par &#233;puisement, ras-le-bol, licenciement ou maladie. Dans un contexte de ch&#244;mage structurel et de pr&#233;carisation de l'emploi, la figure du travailleur garanti qui cotise &#224; taux plein est devenue marginale. Pr&#233;caires permanents, Rmistes de longue date, CDistes &#224; temps partiel, RSAstes fra&#238;chement arriv&#233;s, sans papiers, int&#233;rimaires depuis toujours, &#233;tudiants longue dur&#233;e, jeunes disqualifi&#233;s, nous sommes d&#233;j&#224; tr&#232;s nombreux &#224; &#234;tre exclus du syst&#232;me de retraites actuel. Nous ne cotiserons jamais assez. Loin de vouloir sauver quoi que ce soit, cette r&#233;forme r&#233;duit toujours plus la possibilit&#233; d'une retraite &#224; taux plein, voire d'une retraite tout court. Elle poursuit la destruction progressive du syst&#232;me par r&#233;partition et son remplacement par des logiques de privatisation. (&#8230;) La 'p&#233;dagogie' gouvernementale appliqu&#233;e au 'probl&#232;me' des retraites est la m&#234;me que celle appliqu&#233;e au 'probl&#232;me' du ch&#244;mage : nous serions tous individuellement responsables du d&#233;ficit comptable, responsables de ne pas savoir nous adapter aux exigences du march&#233;, de ne pas &#234;tre pr&#234;ts &#224; nous vendre &#224; n'importe quel prix, de ne pas nous comporter comme d'habiles petits auto-entrepreneurs de nous-m&#234;mes, de ne pas participer &#224; notre propre exploitation. (&#8230;) Refuser la r&#233;forme des retraites, c'est commencer par dire : 'Non, nous ne devons rien !', 'Pas question d'endosser le sauvetage de l'&#233;conomie et d'un capitalisme en crise !'. C'est dire : 'On ne veut pas travailler plus'. (Tract reproduit dans &lt;i&gt;Incendo&lt;/i&gt; n&#176; 5, journal ap&#233;riodique avignonnais, novembre 2010)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, si la r&#233;forme des retraites engage l'ensemble des salari&#233;s parce que c'est du march&#233; du travail dont il est question, pour la m&#234;me raison, elle les engage de fa&#231;on diverse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Cette mesure va creuser les in&#233;galit&#233;s entre les diff&#233;rentes cat&#233;gories de retrait&#233;s en faisant travailler davantage les parcours professionnels les plus d&#233;favoris&#233;s pour des pensions m&#233;diocres. (&#8230;) donner tout son poids &#224; l'extraordinaire diversification-complexification du travail et du salariat qui s'est produite depuis l'instauration du droit &#224; la retraite. (&#8230;) Au d&#233;but du XXe si&#232;cle (loi sur les retraites ouvri&#232;res et paysannes de 1910), mais encore lorsque notre r&#233;gime actuel de retraite est instaur&#233; en 1945, le salariat est majoritairement le salariat ouvrier exerc&#233; sous la forme d'un m&#233;tier manuel de transformation de la mati&#232;re. Cette situation a radicalement chang&#233;. Les ouvriers agricoles qui repr&#233;sentent encore, &#224; la veille de la seconde guerre mondiale le quart de la population ouvri&#232;re ont pratiquement disparu. Le salariat ouvrier est devenu majoritairement un salariat de services plut&#244;t qu'un travail d'ex&#233;cution. Le nombre des employ&#233;s d&#233;passent d&#233;sormais celui des ouvriers. De nouvelles cat&#233;gories salariales en rapide expansion assurent la promotion g&#233;n&#233;ralis&#233;e du salariat : professions interm&#233;diaires, cadres moyens et sup&#233;rieurs, gonflement de la fonction publique&#8230;La donn&#233;e sociologique fondamentale depuis une soixantaine d'ann&#233;es est que le salariat a litt&#233;ralement explos&#233;. &#187; (Robert Castel, &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; du 20 ao&#251;t 2010). Comme les mouvements des indign&#233;s et les mouvements &#171; &lt;i&gt;occupy&lt;/i&gt; &#187;, comme les r&#233;voltes arabes (dans un tout autre contexte et avec d'autres enjeux), cette lutte contre la r&#233;forme des retraites a pos&#233; la question de la d&#233;finition aujourd'hui de la classe ouvri&#232;re dans sa segmentation. Il n'y aura plus d'unit&#233; de la classe pour elle-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La question de la segmentation est inh&#233;rente &#224; ce cycle de luttes &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la restructuration du capitalisme qui s'est mise en place &#224; partir du milieu des ann&#233;es 1970 ont disparu les contraintes sur l'accumulation que repr&#233;sentaient les rigidit&#233;s des march&#233;s du travail nationaux, les protections sociales, la division de l'&#233;conomie mondiale en blocs issus de la guerre froide et les d&#233;veloppements nationaux prot&#233;g&#233;s que cela permettait dans la &#171; p&#233;riph&#233;rie &#187; de l'&#233;conomie mondiale. A l'&#233;poque, la crise du mod&#232;le social fond&#233; sur le mod&#232;le productif et l'Etat-providence keyn&#233;sien aboutit &#224; la financiarisation, au d&#233;mant&#232;lement et &#224; la d&#233;localisation de la production industrielle, &#224; la destruction d'un pouvoir ouvrier, d'une identit&#233; ouvri&#232;re confirm&#233;e par la reproduction du capital, &#224; la d&#233;r&#233;gulation, &#224; la fin de la n&#233;gociation collective, &#224; la privatisation, &#224; l'&#233;volution vers le travail temporaire et flexible. La formation d'un march&#233; global du travail de plus en plus unifi&#233; comme un continuum de segmentation, la mise en place de politique n&#233;olib&#233;rales, la lib&#233;ralisation des march&#233;s, et la pression internationale &#224; la baisse des salaires et &#224; la d&#233;t&#233;rioration des conditions de travail repr&#233;sentent une contre-r&#233;volution dont le r&#233;sultat est que la contradiction entre le prol&#233;tariat et le capital se situe maintenant au niveau de la reproduction elle-m&#234;me du rapport d'exploitation, au niveau de l'implication r&#233;ciproque du prol&#233;tariat et du capital.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand la contradiction entre les classes se situe au niveau de leur implication r&#233;ciproque et de leur reproduction, 'le maillon le plus faible' de cette contradiction, l'exploitation qui constitue et relie les classes entre elles, se situe dans les moments de la &lt;i&gt;reproduction sociale de la force de travail&lt;/i&gt;, l&#224; o&#249; justement, loin de s'affirmer, la d&#233;finition du prol&#233;tariat, constitu&#233; par la contradiction qu'est dans le capital le travail productif, appara&#238;t toujours (et de plus en plus dans les formes actuelles de la reproduction) comme contingente et al&#233;atoire, non seulement pour chaque prol&#233;taire en particulier, mais structurellement pour l'ensemble de la classe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la crise actuelle ce sont ces caract&#233;ristiques d&#233;finitoires du capitalisme restructur&#233; qui de dynamiques se sont retourn&#233;es en limites et contradictions du d&#233;veloppement, qui de contre-tendances &#224; la baisse tendancielle du taux de profit sont devenues les axes portant cette baisse. C'est bien le capitalisme restructur&#233; qui est sp&#233;cifiquement entr&#233; en crise. Les contradictions et les limites qui explosent actuellement sont celles-l&#224; m&#234;mes qui avaient constitu&#233; la dynamique du syst&#232;me et en avaient d&#233;fini les conditions de d&#233;veloppement. Mais aussi, du c&#244;t&#233; du prol&#233;tariat, avec la disparition de l'identit&#233; ouvri&#232;re, la situation commune d'exploit&#233;s n'est rien d'autre que leur s&#233;paration. La tension &#224; l'unit&#233; existe dans le heurt avec les s&#233;parations, elle est alors, pour les prol&#233;taires, une contradiction avec leur propre appartenance de classe. La crise actuelle est une crise du rapport salarial tant comme capacit&#233; de valorisation du capital que comme capacit&#233; de reproduction de la classe ouvri&#232;re en tant que telle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A la fin du XIXe si&#232;cle, la cartellisation et la fuite en avant dans l'accumulation de la section I (celle des biens de production) est la r&#233;action du mode de production capitaliste au d&#233;s&#233;quilibre entre les sections de la production qui avait men&#233; &#224; la baisse du taux de profit et &#224; la &#171; grande d&#233;pression &#187; ; au d&#233;but des ann&#233;es 1930, Hoover pr&#233;c&#232;de Roosevelt ; au d&#233;but des ann&#233;es 1970, les politique de &#171; relance keyn&#233;sienne &#187; pr&#233;c&#232;dent Thatcher, Reagan et le plan de rigueur socialiste fran&#231;ais de 1983 ; au d&#233;but des ann&#233;es 2010 la pression sur la valeur de la force de travail pour accro&#238;tre le taux de plus-value redouble. Chaque fois, dans une premi&#232;re phase de la crise, la r&#233;action spontan&#233;e de la classe capitaliste est d'accentuer ce par quoi la catastrophe est arriv&#233;e. C'est alors le cours de la lutte des classes dans ses formes historiquement sp&#233;cifi&#233;es par la nature du rapport d'exploitation qui entre en crise qui d&#233;termine la suite. Il n'y a pas de t&#233;l&#233;ologie du mode de production capitaliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ill&#233;gitimit&#233; de la revendication salariale, ou mieux dit son asyst&#233;mie, dans le mode de production tel qu'il est sorti de la restructuration des ann&#233;es 1970 et &lt;i&gt;a fortiori&lt;/i&gt; dans sa crise a &#233;t&#233; le contenu de ce mouvement contre la r&#233;forme des retraites, elle l'a constitu&#233; de part en part et &lt;i&gt;il n'en est pas sorti&lt;/i&gt;, c'est en cela qu'il a &#233;t&#233; l'implosion de l'identit&#233; ouvri&#232;re. A aucun moment l'appartenance de classe n'est apparue ou n'a &#233;t&#233; fugitivement produite comme une contrainte ext&#233;rieure, elle s'est seulement repli&#233;e sur elle-m&#234;me comme unit&#233; &lt;i&gt;id&#233;ale&lt;/i&gt; de la classe dont les &#171; manifs &#187; &#233;taient la &lt;i&gt;repr&#233;sentation&lt;/i&gt; et d&#233;ploy&#233;e comme syndicalisme de base. Unit&#233; id&#233;ale et repr&#233;sentation de celle-ci, dans la mesure o&#249; l'activit&#233; m&#234;me dont elles &#233;taient le compl&#233;ment n&#233;cessaire, le syndicalisme de base, &#233;tait simultan&#233;ment la confirmation de la disparition de l'unit&#233; r&#233;elle.&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt;&lt;strong&gt;Du syndicalisme de base &#224; l'identit&#233; ouvri&#232;re comme id&#233;al : manifs, gr&#232;ves, AG et blocages.&lt;/strong&gt;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;P&#233;riodisation&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; On peut d&#233;finir trois temps dans ce que l'on nomme 'mouvement contre la r&#233;forme des retraites'. A partir du 7 septembre, la premi&#232;re de la rentr&#233;e, mais troisi&#232;me contre la r&#233;forme, jusqu'&#224; la manifestation du 12 octobre, on est dans la temporalit&#233; des grandes manifestations, kermesses syndicales ayant pour seul objectif d'affirmer l'incontournable r&#244;le des partenaires sociaux. C'est une p&#233;riode b&#226;tarde du mouvement. Le seul acteur r&#233;el est l'intersyndicale, et &lt;i&gt;in fine&lt;/i&gt; le couple Ch&#233;r&#232;que-Thibaut. A ce stade, les centrales souhaitaient achever ce ballet &#224; la fin du mois de septembre. Seulement, l'Etat ne leur l&#226;che rien qui pourrait ressembler &#224; une quelconque concession. Dans le m&#234;me temps, la rue ne d&#233;semplit pas. Une partie des militants des organisations veulent &lt;i&gt;y aller&lt;/i&gt;, et les orgas doivent alors les m&#233;nager. La contestation se massifie, au lieu de s'essouffler. Il n'est plus possible de lui claquer la porte au nez.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; A partir du 7 octobre, la modalit&#233; d'action et d'apparition du mouvement se diversifie. L'exigence d'une gr&#232;ve reconduite s'installe, les lyc&#233;ens prennent la rue&#8230; Bien s&#251;r, la gr&#232;ve dite reconductible fait partie du bluff syndical. Mais le 12 octobre, les manifestations qui s'&#233;branlent ne sont plus uniquement des cort&#232;ges syndicaux bien gard&#233;s. Nombre de groupes sans banderoles, sans drapeaux ou sonos crachotant des slogans font masse. On sent alors l'envie de ne pas en rester l&#224; largement partag&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Les gr&#232;ves (dans les transports, l'&#233;ducation&#8230;) ne sont pas en mesure de d&#233;sorganiser la production. Sauf dans les raffineries qui deviendront l'embl&#232;me du mouvement. Et s&#251;rement sa faiblesse. Nulle intention de mettre en doute la r&#233;elle combativit&#233; des salari&#233;s des raffineries, ni leurs raisons de se mettre en gr&#232;ve qui ne sont pas toutes li&#233;es &#224; la question des retraites ; relevons par exemple que pendant trois semaines, le site de Chigrin, &#224; c&#244;t&#233; de Chamb&#233;ry, a &#233;t&#233; bloqu&#233; plusieurs fois sans que cela semble attirer beaucoup l'attention et que d'un seul coup d'un seul toutes les raffineries de France se seraient trouv&#233;es bloqu&#233;es le 12 octobre. Les raffineries du groupe Total &#233;taient en gr&#232;ve depuis le mois de septembre, sauf Grandpuits qui approvisionne en partie l'Ile-de-France et qui entra en gr&#232;ve le 12 octobre. Les autres raffineries ne furent en gr&#232;ve que de mani&#232;re discontinue. Comme le dira un salari&#233; de Grandpuits : 'nous ne voulons pas &#234;tre le fer de lance du mouvement'. A d&#233;faut, le blocage des raffineries en aura &#233;t&#233; le drapeau. Le mouvement tardant d&#233;cid&#233;ment &#224; s'essouffler, les bureaucrates en seront r&#233;duits &#224; compter sur les vacances scolaires pour d&#233;mobiliser. A ce moment, les parlementaires avaient fini leurs devoirs et le mouvement sur la base de sa revendication &#8211; constituer un rapport de force pour inciter les &#233;lus &#224; revoir leur copie &#8211; ne pouvait pas se poursuivre. Et rien dans les &#233;v&#233;nements des semaines pr&#233;c&#233;dentes ne laissait augurer d'une autre issue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La manifestation du 28 octobre est celle du reflux, le troisi&#232;me temps du mouvement, commenc&#233; quelques jours avant. Le 29 octobre, la CGT remet au boulot les raffineries. A ce moment, les r&#233;quisitions font surtout partie de la communication politique, tant le retour &#224; la normale &#233;tait pr&#233;visible, d&#232;s le d&#233;but de la semaine. Habilement, les centrales n'appellent pas &#224; finir la gr&#232;ve. Elles continuent d'accompagner le mouvement, en faisant attention &#224; ce que les actions de blocage restent symboliques. Elles ont bien compris que l'usure sera plus longue que d'habitude. Et c'est la particularit&#233; de ce troisi&#232;me temps. Malgr&#233; la d&#233;faite et le reflux annonc&#233;, l'envie d'en d&#233;coudre demeure. A coup s&#251;r le serpent de mer ressurgira. &#187; (&lt;i&gt;Paradoxes en automne&lt;/i&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Durant le premier mois, &#224; partir du 7 septembre, on voit un nombre croissant de manifestants dans les diff&#233;rents d&#233;fil&#233;s, mais du c&#244;t&#233; des gr&#232;ves la situation n'est gu&#232;re brillante. Les gr&#232;ves ne touchent aucune entreprise priv&#233;e. Chez Renault &#224; Flins ou Citro&#235;n &#224; Aulnay, seulement 100 gr&#233;vistes pour des effectifs tournant autour de 4000. M&#234;me dans les manifs, on ne voit gu&#232;re de banderoles du priv&#233;. A la SNCF, la gr&#232;ve d'un jour ne mobilise qu'entre 25 % et 30 % du personnel, la situation est identique &#224; la RATP (sauf sur la ligne B du RER). A la Gare Saint Lazare, les Assembl&#233;es G&#233;n&#233;rales des 7 et 23 septembre n'attirent que 50 personnes. Les gens de la SNCF et de la RATP sont tranquilles avec leurs r&#233;gimes sp&#233;ciaux jusqu'en 2017. En revanche, localement (Orl&#233;ans, Quimper, Brest, H&#244;pital Tenon &#224; Paris), la participation des infirmi&#232;res &#224; la gr&#232;ve et aux manifestations est importante. Dans l'&#233;ducation nationale, le pourcentage de gr&#233;vistes d&#233;passe rarement les 20 %.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, dans cette morosit&#233; des gr&#232;ves quelques exceptions apparaissent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur la ligne B du RER, le pourcentage de gr&#233;vistes atteint 75 %, mais pour des raisons sp&#233;cifiques qui ont peu &#224; voir avec la lutte contre la r&#233;forme des retraites. La ligne B du RER est exploit&#233;e par la RATP jusqu'&#224; la Gare du Nord et au-del&#224; par la SNCF. Un accord entre la RATP et la SNCF pr&#233;voit de confier la totalit&#233; de l'exploitation &#224; la SNCF ce qui entraine le transfert des salari&#233;s. Dans cet accord, la direction a d&#233;cid&#233; de soumettre les travailleurs concern&#233;s &#224; ce qu'il ya de plus mauvais dans chacun des deux statuts, non en ce qui concerne les salaires, mais pour les rythmes de travail, les avantages sociaux et les primes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le secteur des raffineries, sur douze sites en France, six appartiennent &#224; Total. Dans son ensemble, le secteur conna&#238;t des probl&#232;mes de surcapacit&#233;s et de v&#233;tust&#233; d'installations qui, en outre, ne correspondent plus &#224; la tendance actuelle dans l'industrie p&#233;troli&#232;re d'installer les capacit&#233;s de raffinage &#224; proximit&#233; des champs de production. En regard des surcapacit&#233;s europ&#233;ennes, Total avait d&#233;cid&#233; de fermer la moiti&#233; de ses sites en France en commen&#231;ant par Dunkerque en janvier 2010. Les ouvriers avaient r&#233;ussi &#224; retarder l'application de la d&#233;cision de la direction et les syndicats avaient obtenu un jugement favorable contre lequel Total avait fait appel. Ainsi, les ouvriers, menac&#233;s et vigilants, ont profit&#233; de la lutte contre la r&#233;forme des retraites pour maintenir la pression sur Total, m&#234;me s'ils b&#233;n&#233;ficient d'un accord d'entreprise concernant les retraites meilleur que les lois en vigueur et &lt;i&gt;a fortiori&lt;/i&gt; sup&#233;rieur &#224; celles qui &#233;taient programm&#233;es. Les six raffineries de Total &#233;taient donc en gr&#232;ve depuis le d&#233;but du mois de septembre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur le port de Marseille, en septembre, la lutte avait commenc&#233; depuis quelques semaines d&#233;j&#224; sur des questions l&#224; aussi sp&#233;cifiques. Les travailleurs ont bloqu&#233; le port, mais plus efficace a &#233;t&#233; le blocage du terminal de Fos-sur-Mer qui ne commence que le 27 septembre. A Marseille &#233;galement, les employ&#233;s municipaux (&#233;boueurs, cantini&#232;res) &#233;taient en gr&#232;ve sur des questions particuli&#232;res. Pour les &#233;boueurs, il s'agissait de la composition des &#233;quipes de travail, des salaires et des conditions de travail. Pour les employ&#233;es des cantines scolaires, il s'agissait de r&#233;duire la pr&#233;carit&#233; de l'emploi et les temps partiels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Durant la semaine du 12 au 19 octobre, le ph&#233;nom&#232;ne nouveau est l'irruption spontan&#233;e des lyc&#233;ens en banlieue parisienne et en province. Dans Paris, les petites manifs spontan&#233;es sont calmes et ludiques, la police encadre et arr&#234;te le trafic, mais en banlieue, &#224; Montreuil, Nanterre ou Argenteuil, les sorties de coll&#232;ges ou de lyc&#233;es sont plus agit&#233;es : saccages de commerces, petits pillages et interventions violentes de la police qui attaque les manifestants &#224; la grenade et au flash ball, la m&#234;me chose se d&#233;roule &#224; Caen ou &#224; Rennes. C'est dans le Val-de-Marne qu'il y a eu le plus grand nombre d'accrochage, mais c'est &#224; Saint-Denis que s'est d&#233;roul&#233; l'action la plus violente lorsque des jeunes encagoul&#233;s ont attaqu&#233; un supermarch&#233;. L'Etat redoutait la r&#233;p&#233;tition d'une situation semblable &#224; celle de 2006 durant la lutte anti CPE, il s'agissait de tuer le mouvement dans l'&#339;uf.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'autre nouveaut&#233; de cette semaine l&#224; est le blocage des centres p&#233;troliers de distribution &#224; proximit&#233; des grandes villes. Blocages sous le contr&#244;le de la CGT et qui n'exc&#232;dent jamais deux jours cons&#233;cutifs (nous y reviendrons). Dans les raffineries, seulement &#224; Grandpuits la gr&#232;ve est continue. Au m&#234;me moment, sans revendications propres claires, l'entr&#233;e des chauffeurs routiers dans le mouvement et les quelques blocages qui s'ensuivirent demeurent &#233;ph&#233;m&#232;res. En revanche, le petit jeu du blocage des d&#233;p&#244;ts entre la CGT et la police se poursuit : les piquets ne sont pas d&#233;fendus et rapidement dispers&#233;s par la police, mais ils se d&#233;placent vers un autre d&#233;p&#244;t ou attendent le d&#233;part de la police pour se reconstituer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le Nord et dans le Pas de Calais, la CGT a men&#233;, sur une journ&#233;e, une gr&#232;ve de quelques heures mais qui a paralys&#233; trente grandes entreprises dont Alstom et Bombardier mais ni Renault, ni Toyota.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est enfin la semaine o&#249; d&#233;butent les affrontements de fin de manifestation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A partir du 19 octobre, le nombre de manifestants augmentent lors des d&#233;fil&#233;s mais le nombre de gr&#232;ves et de gr&#233;vistes diminuent. Les cheminots sont toujours en gr&#232;ve mais leur nombre est en constante diminution, la participation aux AG est toujours aussi faible et le rapport de force entre gr&#233;vistes et non gr&#233;vistes fait qu'il n'y a aucun blocage &#224; la SNCF. De m&#234;me, dans les secteurs de la sant&#233;, &#224; La Poste, dans l'Education nationale, le nombre de gr&#233;vistes d&#233;cro&#238;t et les gr&#232;ves d'une journ&#233;e sont plus un t&#233;moignage qu'une revendication. Il n'y a plus de gr&#232;ves &#224; la RATP, sauf l'exception habituelle de la ligne B du RER o&#249; le nombre de gr&#233;vistes passe tout de m&#234;me sous les 50 %.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, les travailleurs de Total, ceux du port de Marseille et les municipaux sont toujours en gr&#232;ve. Le 25, le pr&#233;fet r&#233;quisitionne les &#233;boueurs au moment o&#249; ceux-ci reprennent le travail. Dans la r&#233;gion parisienne, les lyc&#233;ens commencent des blocages d'autoroutes et de voies de chemin de fer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce mouvement, l'int&#233;r&#234;t sp&#233;cifique de la p&#233;riodisation r&#233;side dans le probl&#232;me qu'elle pose. D'une part, la p&#233;riodisation montre la diversit&#233; des activit&#233;s du mouvement, leur coexistence, leur entrelacement et m&#234;me le fait qu'elles se nourrissent les unes les autres. D'autre part, la chronologie souligne la diff&#233;rence de temporalit&#233;, de rythme entre les manifestations, les blocages, les gr&#232;ves (selon les secteurs et dans leur intermittence). Comme si toutes les activit&#233;s qui coexistaient et se nourrissaient mutuellement vivaient aussi de leur vie propre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un mouvement divers et diffus &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Les luttes et gr&#232;ves locales&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En octobre 2010, chacun se sentit concern&#233;, au moins pour exprimer son ras-le-bol. Il y a eu multiplicit&#233; des formes de lutte et des gr&#232;ves, et recherche de formes de luttes d&#233;passant la gr&#232;ve cat&#233;gorielle. Mais, il n'y eut qu'un &lt;i&gt;semblant&lt;/i&gt; de d&#233;passement de cet isolement. Les blocages ou les AG &#171; interpro &#187; ou &#171; interluttes &#187; furent sans effet sur ces gr&#232;ves et, lorsqu'elles se donnaient express&#233;ment comme but de lutter contre cet isolement, ne furent presque jamais le fait de ceux ou celles qui pr&#233;cis&#233;ment &#233;taient en gr&#232;ve. Quand les volontaires pour un blocage de site de production &#233;taient trop nombreux, les d&#233;l&#233;gu&#233;s syndicaux de base, c'est-&#224;-dire les gr&#233;vistes, les envoyaient manifester dans les rues d&#233;sertes de la banlieue ou du village voisins.&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt;Les cantini&#232;res scolaires de Marseille&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;A Marseille, les 4000 employ&#233;es des cantines scolaires (les &#171; tatas &#187;) sont les premi&#232;res, le 24 septembre, &#224; partir dans le cadre de la lutte contre la r&#233;forme des retraites en gr&#232;ve reconductible tournante. Le cas est int&#233;ressant car ce n'est pas la situation habituelle de luttes parties de revendications sp&#233;cifiques, n'ayant rien &#224; voir avec la r&#233;forme des retraites et qui trouvent dans cette lutte l'expression de la revivification de l'unit&#233; et de l'identit&#233; ouvri&#232;re comme id&#233;al. Ici, avec les cantini&#232;res, c'est &#224; l'inverse la lutte contre la r&#233;forme des retraites qui porte en avant des conditions de travail et d'emploi particuli&#232;res. Cependant, la lutte contre la r&#233;forme des retraites devenant alors la lutte contre ces conditions, le mouvement d&#233;veloppe ses revendications et sa dynamique propres dans le combat global contre le march&#233; du travail qui a &#233;t&#233; le fondement de la possible g&#233;n&#233;ralisation de ce mouvement. &#171; 'Le mot d'ordre a pris dans ce secteur f&#233;minin car les salari&#233;es sont issues de milieux populaires et touchent des salaires bas : de 1000 euros au d&#233;but pour finir &#224; 1400 euros', explique Pierre Godard, porte-parole des Territoriaux FSU. Avec des d&#233;buts de carri&#232;re tardifs, parfois cons&#233;cutifs &#224; un divorce &#8211; 37 % de familles de cantini&#232;res sont monoparentales &#8211; avec des carri&#232;res segment&#233;es, les syndicats ne sont pas surpris que le conflit des 'tatas' ait &#233;t&#233; 'parmi les premiers &#224; partir en reconductible'. A la porte des &#233;coles, les gr&#233;vistes expliquent aux parents qu'elles toucheront une retraite d'environ 800 euros. &#187; (&lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; du 7 octobre 2010). Les emplois sont pr&#233;caires, les embauches tardives, les interruptions au moment des naissances p&#233;nalisantes pour la carri&#232;re, et beaucoup &#233;l&#232;vent seules leurs enfants. La revendication c'est la retraite, mais la mobilisation se noue autour de toutes les sp&#233;cificit&#233;s de la segmentation sexu&#233;e du march&#233; du travail et pour elles particuli&#232;rement du fonctionnement de l'administration municipale : &#171; il y a tellement de m&#233;pris de la part de notre hi&#233;rarchie que &#231;a a fait boule de neige &#187; (une cantini&#232;re, &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; du 26 octobre 2010). Le mouvement s'est &#233;tendu dans les secteurs f&#233;minins de l'administration municipale. Apr&#232;s les &#233;coles, les cr&#232;ches, les biblioth&#232;ques, les postes administratifs ont &#233;t&#233; touch&#233;s : &#171; il y en a qui font des vacations de cinq heures et doivent se d&#233;brouiller avec 700 euros par mois, on se bat pour que les femmes soient embauch&#233;es &#224; temps plein, certaines restent pr&#233;caires pendant trois-quatre ans &#187; (&lt;i&gt;ibid&lt;/i&gt;). &#171; Personne ne veut nous recevoir &#187;, il est vrai que Jean-Claude Gaudin, maire UMP de Marseille r&#233;pond au journaliste du Monde : &#171; ces femmes-l&#224; sont bien contentes d'avoir du travail &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De m&#234;me : &#171; 'Stars' de la manifestation du 2 octobre (&#8230;) les caissi&#232;res de deux supermarch&#233;s Monoprix, en gr&#232;ve depuis le 17 septembre, sont 'embl&#233;matiques de millions de salari&#233;s invisibles des services et des commerces' observe Avelino Carvalho, responsable CGT de ce secteur d'activit&#233;. Ces salari&#233;es r&#233;clament une augmentation du nombre d'heures de leur temps partiel alors que moins d'un emploi sur deux est &#224; temps complet. &#187; (&lt;i&gt;Ibid&lt;/i&gt;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A l'usine &lt;i&gt;Fralib&lt;/i&gt; de G&#233;menos (filiale d'Unilever &#8211; Th&#233; El&#233;phant), en lutte depuis deux ans contre le plan de fermeture d'Unilever et pour imposer un projet coop&#233;ratif de relance de la production, les ouvri&#232;res ont l'impression de subir une &#171; double peine &#187; : &#171; la r&#233;forme des retraites est une injustice totale pour les femmes et Unilever veut fermer notre usine qui est rentable en nous proposant des postes &#224; Bruxelles ou en Pologne &#187; (&lt;i&gt;La Provence&lt;/i&gt; du 4 novembre 2010).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me les revendications des femmes pourtant principales victimes de la r&#233;forme et dont la situation &#233;tait embl&#233;matique de celle-ci sont apparues comme constituant une lutte particuli&#232;re. Selon le t&#233;moignage d'une copine : &#171; Les tracts nationaux du Planning familial d&#233;non&#231;aient la r&#233;forme sur le versant situation des femmes bien r&#233;sum&#233; dans le '&lt;i&gt;double journ&#233;e &#8211; demi retraite&lt;/i&gt;'. J'ai &#233;t&#233; surprise par la popularit&#233; du slogan lanc&#233; par C., une coll&#232;gue du Planning, qui &#224; ma connaissance avait d&#232;s la premi&#232;re manif fait un carton avec ce slogan, &#224; la suite de quoi j'ai vu plein de nanas afficher ce slogan dans les manifs suivantes, &#231;a a vraiment accroch&#233; et vite. Les coll&#232;gues du Planning &#233;taient en gr&#232;ve (on &#233;tait nombreuses en g&#233;n&#233;ral) les jours J, parfois sur des demi-journ&#233;es uniquement. Cela semblait important pour les coll&#232;gues qu'on soit nombreuses en gr&#232;ve et qu'on se retrouve aux manifs mais &#231;a se limite aux manifs. Pas de mobilisation sur les actions de blocage. Dans les discussions tout le monde consid&#233;rait que la revendication &#233;tait perdue d'avance et que de toutes fa&#231;ons, l'attaque se faisant tellement &#224; plein de niveaux, que &#231;a n'avait pas beaucoup de sens de se focaliser l&#224;-dessus, bref plus un truc de d&#233;nonciation globale des conditions d'existence. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt;Roubaix, La Redoute&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;Pour la manif du 23 septembre 2010, 14 bus sont pr&#233;vus par la CGT au d&#233;part de Roubaix, ce n'est pas que la question de la r&#233;forme des retraites y soit plus ressentie qu'ailleurs. &#171; A Roubaix, le contexte &#233;conomique p&#232;se lourd, les difficult&#233;s de la vente par correspondance attisent le feu. (&#8230;) &lt;i&gt;La Redoute&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;les 3 Suisses&lt;/i&gt;, les agents territoriaux et l'union locale CGT de Roubaix auront chacun leur bus. (&#8230;) On parle de 220 salari&#233;s bient&#244;t &#233;ject&#233;s de &lt;i&gt;La Redoute&lt;/i&gt; vers une filiale de mailing, aux salaires plus faibles. Un mouvement d&#233;j&#224; largement entam&#233; comme le confirme Jean-Claude Blanquart, le d&#233;l&#233;gu&#233; CFDT. 'Nous sommes 3500 &#224; &lt;i&gt;La Redoute&lt;/i&gt; contre le double, il y a dix ans. Et lors d'une expertise r&#233;cente du comit&#233; d'entreprise, nous avons d&#233;couvert que la direction comptait encore supprimer 1000 postes d'ici trois ans.' &#187; (&lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; du 21 septembre 2010).&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt;Arles, La Poste&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;Selon le t&#233;moignage d'un copain : &#171; Arles, jeudi 28 octobre 2010 : les postiers, apr&#232;s 16 jours de gr&#232;ve, vont reprendre le travail. Ils &#233;taient la locomotive, mais les wagons se rar&#233;fiant&#8230; le dernier moment fort de la lutte aura &#233;t&#233; hier matin, le blocage du centre de distribution 'sauvage' install&#233; par La Poste dans la ZI de Fourques, commune voisine, du c&#244;t&#233; gardois du petit Rh&#244;ne. Nous avons bloqu&#233; le gros camion du courrier, puis les voitures personnelles des int&#233;rimaires recrut&#233;s pour l'occasion. La Poste avait mis les moyens : un gros local et une douzaine de camionnettes lou&#233;es (Herz) et un chef de Marseille. Ce dernier est intervenu tout de suite, avec un huissier, sans compter la police municipale, le Premier adjoint et les gendarmes. Les int&#233;rimaires, tr&#232;s jeunes, surtout des femmes, souvent d'origine immigr&#233;e arabe, comprenaient et disaient souvent &#234;tre d'accord avec le mouvement. Mais c'&#233;tait dur de bloquer ainsi leur espoir de trouver quelques jours de travail et, surtout, de voir leur d&#233;sarroi et leur r&#233;signation souriante. Finalement, le chef les a renvoy&#233;es, devant nous, en leur annon&#231;ant qu'elles seraient pay&#233;es&#8230;1 heure ! Am&#232;re et perturbante situation. &#187;. De m&#234;me, &#224; Marseille La Poste : blocage du centre de distribution des colis dans la zone Eurom&#233;diterrann&#233;e &#224; Marseille afin d'exiger l'ouverture de n&#233;gociations sur les conflits en cours &#224; Marseille. L'initiative s'est termin&#233;e par une manifestation &#224; l'int&#233;rieur du b&#226;timent des docks de la Joliette.&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt;Aix en Provence, zone commerciale&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;Vendredi 29 octobre : ils &#233;taient 300, &#224; 5 heures du matin, les salari&#233;s du commerce et les unions locales d'Aix, Gardanne et Vitrolles &#224; bloquer pendant cinq heures la plateforme logistique des magasins Casino du d&#233;partement sur la zone industrielle des Milles. Autour d'un feu, les entr&#233;es et les sorties de camions ont &#233;t&#233; bloqu&#233;es. Cette initiative avait pour cible le patronat de la grande distribution dans laquelle de nombreux conflits &#233;taient en cours dans la r&#233;gion. A 8 heures, quelques cam&#233;ras sont arriv&#233;es, &#224; 8 h 30, la CGT a annonc&#233; la fin du blocage.&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt;Marseille, les ports&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;Depuis plusieurs mois, la CGT mena&#231;ait de s'opposer &#224; l'application de la r&#233;forme des ports si le gouvernement ne validait pas le principe d'une cessation anticip&#233;e d'activit&#233; pour p&#233;nibilit&#233;, act&#233;e dans le cadre d'une convention collective commune aux dockers et aux agents portuaires. Mais le conflit marseillais se doublait d'une autre gr&#232;ve &#224; Fos-sur-Mer pour protester contre la cr&#233;ation d'une filiale mi-publique, mi-priv&#233;, destin&#233;e &#224; g&#233;rer les terminaux p&#233;troliers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A Marseille, les &#171; bloquants &#187; les plus embl&#233;matiques de la &lt;i&gt;sp&#233;cificit&#233; de chaque gr&#232;ve&lt;/i&gt; qui a constitu&#233; le mouvement contre la r&#233;forme des retraites ne sont que 36. Ce sont les grutiers des bassins Est, entr&#233;s en gr&#232;ve illimit&#233;e le 27 septembre apr&#232;s une s&#233;rie d'arr&#234;ts de travail en juillet. Patrick Mennucci, maire du 1er secteur, a m&#234;me pu d&#233;clarer au nom du Parti socialiste : &#171; Il est insupportable qu'un groupe minoritaire cherche &#224; se cacher tel un bernard-l'ermite derri&#232;re le large mouvement de protestation contre la r&#233;forme des retraites dans le seul but de faire pr&#233;valoir des int&#233;r&#234;ts extr&#234;mement cat&#233;goriels &#187; (&lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; du 17-18 octobre 2010).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais le plus int&#233;ressant c'est que m&#234;me au sein de la f&#233;d&#233;ration des ports et docks de la CGT il y a conflit : les plus virulents bloquent l'application de la r&#233;forme des ports engag&#233;e depuis 2007, en revanche la f&#233;d&#233;ration CGT a choisi d'en n&#233;gocier la mise en &#339;uvre. Le syndicat des durs est regroup&#233; sur les terminaux p&#233;troliers et les bassins Est de Marseille, les &#171; r&#233;alistes &#187; sur les bassins Ouest et &#224; Fos-sur-Mer. La r&#233;forme d&#233;j&#224; mise en &#339;uvre au Havre vise &#224; transf&#233;rer &#224; des entreprises de manutention priv&#233;es des installations (grues, portiques) jusqu'alors confi&#233;es aux autorit&#233;s portuaires, sous l'autorit&#233; de l'Etat, et &#224; leur personnel &#224; statut. La r&#233;forme a pour cons&#233;quence de r&#233;unir dans la m&#234;me convention collective ex-personnel des ports et dockers ; pour les dockers, la CGT a accept&#233; la r&#233;forme au prix d'un accord prenant en compte la p&#233;nibilit&#233; des carri&#232;res et donc des d&#233;parts anticip&#233;s, accord finalement refus&#233; par le gouvernement et auquel s'accrochent les dockers CGT. De leur c&#244;t&#233;, ceux des bassins Est et des terminaux ont obtenu que la filiale d'exploitation des terminaux de Fos et de Lav&#233;ra soit d&#233;tenue majoritairement par le Port de Marseille et que les agents portuaires assurent les op&#233;rations de branchement des p&#233;troliers sur les installations du terminal, mais consid&#232;rent cela comme insuffisant. Avec les grutiers et les op&#233;rateurs de p&#233;troliers, ils contr&#244;lent la situation. Un dirigeant CGT des dockers de Fos peut alors d&#233;clarer : &#171; Nos divergences avec d'autres camarades s'&#233;talent au grand jour &#187;. Et un responsable patronal d'ajouter : &#171; Les dockers, qui sont employ&#233;s non par le port mais par des entreprises priv&#233;es, ont int&#233;r&#234;t &#224; jouer le jeu de la n&#233;gociation, d'autant que l'activit&#233; de Fos est bien mieux orient&#233;e que celle des bassins de Marseille, en perte de vitesse. &#187; (&lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; du 17-18 octobre 2010). Le but est finalement de transf&#233;rer vers Fos l'essentiel de l'activit&#233; industrielle des bassins Est. Toute la zone portuaire qui, dans Marseille, va du Vieux-Port &#224; l'Estaque &#233;tant destin&#233;e &#224; devenir un espace culturel &#224; la con, avec Mus&#233;e des civilisations m&#233;diterran&#233;ennes, salle de spectacle, h&#244;tels, port de plaisance, etc. Le chiffre d'un million de croisi&#233;ristes arrivant &#224; Marseille est en passe d'&#234;tre atteint, tous les emplois induits sont pr&#233;caires, et les chauffeurs de taxi re&#231;oivent des formations d'anglais&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt;Raffineries&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;En dehors des cantini&#232;res de Marseille, les gr&#232;ves reconductibles ne prennent que dans les raffineries (&lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; du 15 octobre 2010). La cristallisation du mouvement dans les raffineries s'explique par une situation sp&#233;cifique de cette branche de l'activit&#233; p&#233;troli&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lui-m&#234;me sp&#233;cifique, le secteur du raffinage est, en outre, atteint par la jonction de deux mouvements de gr&#232;ve eux-m&#234;mes distincts : celui des dockers de Marseille contre la r&#233;forme du port et celui contre les r&#233;ductions d'emploi et les fermetures de raffineries. A la mi-octobre, les dockers de Marseille bloquaient en mer pr&#232;s de 50 navires dont de nombreux tankers qui ne peuvent d&#233;charger dans les terminaux p&#233;troliers de Fos-sur-Mer et de Lav&#233;ra. Cette p&#233;nurie de brut affecte six raffineries sur les douze que compte la France : quatre dans la r&#233;gion de Marseille, une &#224; Feyzin (Rh&#244;ne) et une &#224; Reichstett (Alsace), ces deux derni&#232;res &#233;tant aliment&#233;es depuis Marseille par pipeline. Les six autres raffineries sont touch&#233;es par des mouvements de gr&#232;ve des ouvriers du raffinage contre la r&#233;forme des retraites mais surtout contre les propres menaces qui p&#232;sent sur eux. Pour ajouter &#224; la diversit&#233; du mouvement, outre les raffineries touch&#233;es par un manque d'approvisionnement, outre les raffineries de Total o&#249; les menaces de fermeture mobilisent les ouvriers, celles d'Exxon qui ne sont pas touch&#233;es pour l'une ou l'autre raison connaissent des gr&#232;ves du personnel d'exp&#233;dition. Souvent &#224; proximit&#233; des raffineries, les installations de d&#233;p&#244;t de carburants sont quant &#224; eux souvent bloqu&#233;s dans le cadre de la gr&#232;ve.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 26 octobre, reprise du travail dans trois des douze raffineries dont Fos-sur-Mer et d&#233;blocage de la totalit&#233; des 200 d&#233;p&#244;ts p&#233;troliers. Mardi 26 les salari&#233;s du d&#233;p&#244;t de carburants de Donges ont vot&#233; la reprise du travail, vendredi 29 octobre, arr&#234;t de la gr&#232;ve &#224; Feyzin ainsi qu'&#224; Donges (raffineries Total).&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt;Pr&#233;caires&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;La pr&#233;carisation, pourtant souci g&#233;n&#233;ral et ce par quoi, en grande partie, le mouvement contre la r&#233;forme des retraites est devenu un mouvement g&#233;n&#233;ral, est demeur&#233;e une affaire particuli&#232;re. A Marseille, d'apr&#232;s un t&#233;moignage : &#171; Volont&#233; du collectif contre la pr&#233;carisation qui fait r&#233;guli&#232;rement des occupations de P&#244;le emploi d'aller discuter avec les salari&#233;s de P&#244;le emploi dans les manifs. Ils l'ont fait &#224; deux reprises (je crois qu'on n'aurait jamais fait &#231;a durant le mouvement des ch&#244;meurs de 1998). (&#8230;) J'ai donc un peu c&#244;toy&#233; les gens du collectif contre la pr&#233;carisation et je trouve qu'il y a un m&#233;lange de gens &#233;tonnant, des gens qui pour la plupart ne sont pas d'un 'milieu' quel qu'il soit ni d'ailleurs dans une 'ligne' non plus. Ni vraiment activistes car m&#234;me s'ils 'cherchent' &#224; faire des trucs (ils avaient &#233;t&#233; vachement pr&#233;sents aupr&#232;s des gr&#233;vistes du Monoprix Canebi&#232;re), ils n'ont pas une conception abstraite de la pratique comme intervention, encore moins alternatifs ou radicaux. (&#8230;) Sur la fin du mouvement, aux vacances de la Toussaint, des AG interluttes &#224; la fac Saint Charles (Marseille) tous les jours &#224; 18 heures, j'y &#233;tais au d&#233;marrage et y'avait des gens du collectif pr&#233;caires, des radicaux libres et quelques &#233;tudiants, avec comme pratique principale les piquets volants et le soutien aux gr&#233;vistes sur les actions de blocage. A premi&#232;re vue, il y eu des AG &#224; quarante personnes quand m&#234;me, mais j'ai l'impression que la composition restait la m&#234;me qu'&#224; la premi&#232;re AG. Autrement dit &#231;a n'a pas pris j'ai l'impression (pour preuve il para&#238;t d'ailleurs que ces AG continuent encore&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ce texte a &#233;t&#233; r&#233;dig&#233; le 24 novembre alors que le mouvement &#233;tait mort.&#034; id=&#034;nh2-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;) &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt;Eboueurs, Marseille&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;Un jour ce sont les conducteurs qui se mettent en gr&#232;ve, le lendemain, ceux qui sont derri&#232;re la benne : les &#171; ripeurs &#187;, le surlendemain, les agents de ma&#238;trise : l'&#233;quipage ne travaille pas, mais la retenue sur salaire ne s'applique qu'un jour sur trois. FO contr&#244;le la profession&#8230; jusqu'&#224; un certain point : &#171; Les conducteurs de bennes, ils prennent des initiatives tout seuls &#187; (un responsable FO, &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; du 26 octobre 2010). Au c&#339;ur du conflit, une sp&#233;cificit&#233; marseillaise : le &#171; fini-parti &#187; et le salaire. Leur t&#226;che termin&#233;e, les salari&#233;s peuvent quitter le travail m&#234;me s'ils n'ont pas fait leurs heures, le syst&#232;me permet de prendre un second travail non d&#233;clar&#233; pour compenser la faiblesse du salaire qui est la contrepartie du &#171; fini-parti &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Autre fa&#231;on d'arrondir les fins de mois, pendant longtemps, les champions de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. D&#233;j&#224; 30 % de la collecte sont effectu&#233;s par des entreprises priv&#233;s o&#249; les conditions ne sont pas les m&#234;mes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reprise du travail le mardi 26 octobre &#224; l'appel de FO et malgr&#233; le maintien du mot d'ordre de gr&#232;ve par l'intersyndicale qui n'inclut pas FO. Les &#233;boueurs parlent de la reprise impos&#233;e par FO : &#171; les jeunes 'boueux'&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;C'est l'appellation populaire des &#233;boueurs &#224; Marseille.&#034; id=&#034;nh2-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; se sont fait manipuler alors qu'&#224; terme, au lieu de 55 ans, ils partiront &#224; 67 en 2020, 12 ans dans la gueule &#187; (&lt;i&gt;La Provence&lt;/i&gt; du 4 novembre 2010).&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt;&#171; Plong&#233;e au c&#339;ur de la Provence en col&#232;re &#187; (&lt;i&gt;La Provence&lt;/i&gt; du 4 novembre 2010)&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;Carpentras, mercredi 13 octobre, gr&#232;ve des 23 salari&#233;s de la cave des Chais Beauvali&#232;re, menac&#233;s de fermeture. Occupation jours et nuits emp&#234;chant l'entr&#233;e ou la sortie de marchandises. La gr&#232;ve s'ach&#232;ve le 4 novembre : les licenciements sont maintenus, mais les gr&#233;vistes obtiennent une prime extra-l&#233;gale et le paiement des jours de gr&#232;ve. (voir &lt;i&gt;Incendo&lt;/i&gt;, op. cit.).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malauc&#232;ne (nord Vaucluse), petite commune au pied du Mont Ventoux frapp&#233;e par la fermeture des papeteries : &#171; Elles pesaient au plus fort de l'activit&#233; 350 emplois pour 2750 habitants. Nous &#233;tions un village d'ouvriers-paysans ancr&#233; &#224; gauche. La sir&#232;ne rythmait la vie de Malauc&#232;ne. &#187; (le maire UMP du village).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ch&#226;teau-Arnoux : &#171; Au bout de l'avenue Alsace-Lorraine, &#224; Ch&#226;teau-Arnoux-Saint-Auban (Alpes de Haute-Provence), il est un banc o&#249; les anciens ouvriers d'Arkema s'assoient pour regarder leur usine &#224; l'agonie. Bernard Carmona, 56 ans, ancien secr&#233;taire CGT du CE est l&#224;, avec son fr&#232;re Patrick (&#8230;) 'Ces chemin&#233;es, c'est notre &#226;me, r&#233;sume Bernard. Sur 5200 habitants, cela repr&#233;sentait 3000 emplois au plus fort de l'activit&#233;. Les familles, les commer&#231;ants, les artisans se sont mobilis&#233;s avec nous pour d&#233;fendre le site. Et pour les retraites, la production a &#233;t&#233; arr&#234;t&#233;e neuf fois cette ann&#233;e.' Suicidaire disent certains pour un site fragilis&#233; et qui, dans quelques mois, ne comptera plus que 280 salari&#233;s. La lutte ne fait pas oublier le quotidien &#224; Ch&#226;teau-Arnoux. Celui d'un gros village o&#249; la manne financi&#232;re se d&#233;versait jadis et qui s'est sur&#233;quip&#233;. 'Maintenant, le boulodrome couvert ne sera plus chauff&#233;', d&#233;taille Bernard. &#187; (&lt;i&gt;La Provence&lt;/i&gt; du 4 novembre 2010).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est tout cela le &#171; fort ancrage populaire &#187; de la lutte contre la r&#233;forme des retraites dont il &#233;tait sans cesse question dans les m&#233;dias et qui &#233;tait r&#233;ellement tel. C'est ce sentiment social fait dans le mat&#233;riau d'une ancienne et obsol&#232;te identit&#233; ouvri&#232;re, ce sont les gr&#232;ves dans les professions encore &#224; statut ou encore fortement structur&#233;es par un emploi stable et souvent qualifi&#233;, les luttes dans des secteurs o&#249; des conventions collectives fortes organisaient l'emploi et les conditions de travail, qui ont &#233;t&#233; le fondement de ce mouvement contre la r&#233;forme des retraites et la base r&#233;elle de cette unit&#233; et identit&#233; ouvri&#232;re id&#233;ales en m&#234;me temps que ce contre quoi il fallait lutter &#233;tait la marque m&#234;me de son obsolescence. Ce fut alors un autre combat, celui de maintenant, celui du march&#233; du travail pr&#233;caris&#233; et segment&#233;, qui fut men&#233;, contre la crise de ce capital restructur&#233;, mais dans les vieux habits et en invoquant les mannes de cette classe ouvri&#232;re telle qu'elle fut et &#233;tait maintenant disparue. Le sujet le permettait et m&#234;me l'appelait. Le mouvement, pris comme totalit&#233;, a &#233;t&#233; la magnifique et improbable synth&#232;se momentan&#233;e de cette contradiction dans les termes. L'unit&#233; et l'identit&#233; ouvri&#232;res n'&#233;taient plus que des id&#233;aux et au moment o&#249; les gr&#232;ves qui sous-tendaient la continuit&#233; des manifestations, trouvaient en elles leur tempo et la force de leur poursuite (quand elles se poursuivaient), elles signifiaient de fait, dans leur sp&#233;cificit&#233; irr&#233;ductible, le caract&#232;re id&#233;al de l'unit&#233; qu'elles proclamaient par ailleurs dans ces manifestations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chaque cat&#233;gorie de participants &#224; ce mouvement avait d&#233;j&#224; des comptes anciens et r&#233;cents &#224; r&#233;gler. Ainsi le secteur portuaire &#233;tait sous pression de par l'entr&#233;e en vigueur en janvier 2011 d'une r&#233;forme dict&#233;e au niveau europ&#233;en (et mondial) impliquant une brutale &#171; lib&#233;ralisation &#187;, c'est-&#224;-dire une d&#233;valorisation des statuts professionnels, des licenciements, une exacerbation de la concurrence entre travailleurs dans l'attribution des t&#226;ches et cons&#233;quemment une forte pression &#224; la baisse sur les salaires. Outre la compression des co&#251;ts de transport des marchandises, l'adoption de cette r&#233;forme a &#233;galement pour but de casser la &lt;i&gt;combativit&#233; historique &lt;/i&gt;de ce secteur strat&#233;gique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le secteur p&#233;trolier (raffineries et d&#233;p&#244;ts), la promesse de maintenir l'activit&#233; de tous les sites de Total en France avanc&#233;e pour mettre fin &#224; la gr&#232;ve de f&#233;vier 2010 n'avait pas &#233;t&#233; tenue. Le site majeur de la raffinerie des Flandres avait &#233;t&#233; transform&#233; en d&#233;p&#244;t de carburants, tandis que le d&#233;p&#244;t Reichstett en Alsace devait &#234;tre purement et simplement ferm&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Souvent, la lutte contre la r&#233;forme des retraites masque des combats plus anciens pour l'am&#233;lioration des conditions de travail, le maintien du pouvoir d'achat et de l'emploi. Ainsi de la r&#233;forme portuaire qui doit, &#224; Marseille, &#234;tre mise en place en avril 2011. Le troisi&#232;me port mondial pour les hydrocarbures, avec un trafic annuel de 60 millions de tonnes est paralys&#233; depuis trente deux jours par la gr&#232;ve de 220 agents CGT des terminaux p&#233;troliers, oppos&#233;s &#224; leur transfert au sein d'une filiale d&#233;tenu &#224; 60 % par Grand Port maritime de Marseille (GPMM) &#187; (&lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; du 29 octobre 2010).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour terminer ce tour d'horizon, retournons passer la nuit avec les &#233;boueurs de Marseille. Le 22 octobre, une copine raconte : &#171; Nous sommes venus de la part d'un membre de CQFD&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Journal alternatif mensuel de contre-informations con&#231;u et &#233;dit&#233; &#224; Marseille.&#034; id=&#034;nh2-12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, ce qui a donn&#233; une certaine l&#233;gitimit&#233; &#224; notre pr&#233;sence ce soir l&#224;. Les types n'&#233;taient pas m&#233;fiants mais se demander ce qui pouvait bien nous motiver &#224; venir tard le soir sur un piquet de gr&#232;ve. Nous avons &#233;t&#233; accueillis par celui qui nous a sembl&#233; &#234;tre le porte parole des gr&#233;vistes ce soir l&#224;. Ils attendaient l'intervention de la police et savaient qu'ils allaient &#234;tre &#233;vacu&#233;s dans la nuit. Notre premier &#233;change a port&#233; sur le comportement &#224; tenir lors de l'arriv&#233;e de la police. Il avait &#233;t&#233; d&#233;cid&#233; de ne pas faire de r&#233;sistance, de s'asseoir et se faire d&#233;loger paisiblement. La condition pour que nous puissions rester aupr&#232;s d'eux &#233;tait de se plier &#224; ce mot d'ordre. Ces consid&#233;rations r&#233;gl&#233;es, nous avons pu &#233;changer et obtenir quelques informations. Nous avons appris que FO &#233;tait majoritaire au sein du centre de tri Nord et Sud et que le syndicat &#233;tait au moment m&#234;me en train de n&#233;gocier la reprise du travail moyennant une augmentation de 100 Euros pour les conducteurs. Sur ce piquet de gr&#232;ve pas un drapeau de FO mais des drapeaux de la CGT. Chaque gr&#232;ve des &#233;boueurs s'est termin&#233;e par une n&#233;gociation entre FO et les patrons. Pour qu'un camion fonctionne, il faut trois personnes qui ont trois postes bien diff&#233;rents. Il suffit que l'un d'entre eux se mette en gr&#232;ve et les deux autres ne peuvent pas travailler. En cela, les pertes de salaire sont minimes (les patrons enragent&#8230;) et de toute fa&#231;on, ils ont l'habitude de se mettre en gr&#232;ve et s'organisent en amont pour les questions salariales. Ils peuvent tenir tr&#232;s longtemps avec ce syst&#232;me l&#224;. Pour ceux qui &#233;taient pr&#233;sents, ils se sont mis en gr&#232;ve et savaient que c'&#233;tait d&#233;j&#224; perdu : 'Il en fallu de peu pour que nous gagnions, mais c'est foutu&#8230; sauf si les lyc&#233;ens et &#233;tudiants s'y mettent pour de bon&#8230;'. Mais ils n'y croyaient pas vraiment : 'fallait se mettre en gr&#232;ve plus par solidarit&#233; que par une r&#233;elle conviction de pouvoir gagner'. Alors : 'on n'est pas d&#233;sabus&#233; comme pour les autres gr&#232;ves'.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Ils nous ont aussi parl&#233; des cantini&#232;res, des statistiques sur la retraite plus faible pour les femmes que pour les hommes et du coup de la pr&#233;carit&#233; qui va toucher ses femmes, souvent en situation monoparentale. Et de leur point de vue, les cantini&#232;res pouvaient &#234;tre fi&#232;res de s'&#234;tre mises en gr&#232;ve en premier et d'avoir tenu bon. 'Ce sont ces femmes qui ont commenc&#233; le mouvement et pour elles la victoire est importante'. Pour eux aussi, mais visiblement ils auront plus d'argent, enfin ils avaient quand m&#234;me la sensation de bien se faire entuber par le gouvernement. Ils &#233;taient &#233;galement tr&#232;s en col&#232;re contre l'intervention de l'arm&#233;e dans la ville&#8230;posture m&#233;diatique du gouvernement. La derni&#232;re fois que l'arm&#233;e &#233;tait intervenue dans Marseille, c'&#233;tait sous Gaston Deferre&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Gaston Deferre, maire socialiste de Marseille de 1953 &#224; 1986.&#034; id=&#034;nh2-13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; et cette mesure avait &#233;t&#233; tr&#232;s impopulaire, les habitants s'&#233;taient r&#233;volt&#233;s contre ces briseurs de gr&#232;ve&#8230; ce qui n'a pas &#233;t&#233; le cas cette fois l&#224;. Voil&#224;, ils ont repris le travail le lendemain, enfin le surlendemain pour des effets d'annonce dans les journaux&#8230; pr&#234;ts &#224; se remettre en gr&#232;ve si le mouvement des lyc&#233;ens et des &#233;tudiants repartaient apr&#232;s les vacances &#8230; pour les retraites &lt;i&gt;et pas que pour &#231;a&lt;/i&gt; (c'est nous qui soulignons)&#8230; une gr&#232;ve pour exprimer un ras-le-bol g&#233;n&#233;ral. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce t&#233;moignage est int&#233;ressant quant &#224; l'ambig&#252;it&#233; du discours tenu par les gr&#233;vistes tel qu'il est rapport&#233;. D'abord, il est d&#233;clar&#233; que l'on s'est mis en gr&#232;ve par solidarit&#233; sur la question des retraites mais &#171; sans r&#233;elle conviction de pouvoir gagner &#187;, nous nous retrouvons avec le sentiment g&#233;n&#233;ral partag&#233; par tous les manifestants et les gr&#233;vistes que sur la r&#233;forme des retraites la satisfaction de la revendication &#233;tait impossible. Mais sous cette gr&#232;ve &#171; par solidarit&#233; &#187; (comme si le th&#232;me des retraites ne les concernait pas directement : simplement il fallait en &#234;tre) appara&#238;t une autre gr&#232;ve : &#171; &#8230;et pas que pour &#231;a &#187;. M&#234;me quand le discours g&#233;n&#233;ral est tenu, on s'aper&#231;oit que, comme dans &lt;i&gt;tous les cas&lt;/i&gt;, les gr&#232;ves, durant la p&#233;riode de ce mouvement ne fonctionnent et ne tiennent que quand elles se situent sur des revendications particuli&#232;res, depuis longtemps latentes, et dans des communaut&#233;s de travail persistantes, r&#233;sistantes et soud&#233;es. Communaut&#233;s conservant comme un l&#233;ger parfum d'anachronisme dans le rapport g&#233;n&#233;ral entre capital et le travail. Quand la personne qui s'exprime fait r&#233;f&#233;rence &#224; la lutte des cantini&#232;res dans les &#233;coles marseillaises, il fait r&#233;f&#233;rence &#224; une lutte, l&#224; aussi, commenc&#233;e avant les grandes manifs et portant sur des revendications sp&#233;cifiques. Ce qui n'emp&#234;che cet &#233;boueur de consid&#233;rer cette lutte des cantini&#232;res comme embl&#233;matique et motrice dans les circonstances de la lutte g&#233;n&#233;rale contre la r&#233;forme des retraites. Nous sommes l&#224; au c&#339;ur de l'ambig&#252;it&#233; de tout le mouvement tel qu'il a lieu. Quand le m&#234;me &#233;voque l'intervention de l'arm&#233;e et la diff&#233;rence de r&#233;action de la population, c'est la disparition de l'identit&#233; ouvri&#232;re qui globalement marquait encore dans les ann&#233;es 1960 une ville comme Marseille qui est simplement constat&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'identit&#233; ouvri&#232;re est &#224; la fois regrett&#233;e et rev&#233;cue de fa&#231;on &lt;i&gt;id&#233;ale&lt;/i&gt; en se nourrissant de luttes locales et elle trouve ad&#233;quatement &#224; s'exprimer dans le sujet m&#234;me de la retraite : &#171; Le travailleur a gagn&#233; sa retraite par son travail, la retraite est un salaire indirect. Il y a ainsi une relation organique entre le travail effectu&#233; et le droit &#224; la retraite : ce droit reconnait la dignit&#233; du travailleur en tant que producteur de la richesse sociale. &#187; (Robert Castel, &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; du 20 ao&#251;t 2010). Sous le titre &lt;i&gt;La retraite, agonie d'un mythe fran&#231;ais&lt;/i&gt; (&lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; du 21 octobre 2010), Robert Redeker &#233;crivait : &#171; La retraite est la grande promesse sociale qui maintient la coh&#233;rence du tissu collectif. (&#8230;) Le lyc&#233;en sait bien que la soci&#233;t&#233; n'a plus aucune perspective enthousiasmante &#224; lui offrir. Mais il pense qu'existe un au-del&#224; &#224; cette vie d&#233;chiquet&#233;e entre emplois pr&#233;caires et ch&#244;mage : la retraite. (&#8230;) Toute la vie, la retraite offre l'espoir d'une vie meilleure. Elle est le Graal dont le salariat est la qu&#234;te. (&#8230;) La retraite est alors per&#231;ue sous l'aspect de la r&#233;compense pour avoir accepter sans flancher toute une vie de 'gal&#232;res'. (&#8230;) Chacun le comprend : la retraite, si elle r&#233;ussit &#224; &#234;tre pr&#233;serv&#233;e, arrivera de plus en plus tard dans l'existence, sera difficile, se r&#233;v&#232;lera paup&#233;risante ; bref, elle sera &#224; l'image de la vie laborieuse, dans la continuit&#233; avec elle. (&#8230;) Ainsi, les imposantes manifestations de ces derniers jours sont elles, malgr&#233; les couleurs vives des banderoles, la gaiet&#233; des chants et des rythmes musicaux, des cort&#232;ges fun&#232;bres : ils portent &#224; sa derni&#232;re demeure, le grenier de l'histoire, un mythe bien fran&#231;ais, la retraite. &#187; Malgr&#233; cela et c'est le principal paradoxe de ce mouvement qui a constitu&#233; son unit&#233; contradictoire, une contradiction qui a li&#233; les &#233;l&#233;ments les uns aux autres : ce qui a rendu le mouvement g&#233;n&#233;ral, c'est bien, comme nous l'avons vu, la situation actuelle du march&#233; du travail. Situation actuelle du march&#233; du travail qui a fait la g&#233;n&#233;ralit&#233; du mouvement, &#171; dignit&#233; ouvri&#232;re &#187;, unit&#233; et identit&#233; id&#233;ales de la classe, gr&#232;ves locales sur des revendications sp&#233;cifiques l&#224; o&#249; persistaient des communaut&#233;s de travail, se sont coagul&#233;es en une unit&#233; paradoxale, mais unit&#233; tout de m&#234;me, pour constituer le mouvement contre la r&#233;forme des retraites de l'automne de 2010 en France.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Il n'y avait pas, dans l'esprit des personnes engag&#233;es dans ces gr&#232;ves, de contradiction entre leurs luttes particuli&#232;res et la lutte plus g&#233;n&#233;rale contre la r&#233;forme de retraites : il &#233;tait souvent affirm&#233; de mani&#232;re explicite qu'il s'agissait &#224; chaque fois de lutter contre une m&#234;me r&#233;alit&#233;, celle d'une situation sociale globale qui va toujours en empirant. Tout se passe comme si la mobilisation concernant la r&#233;forme des retraites avait jou&#233; un r&#244;le de catalyseur dans de nombreux secteurs, permettant &#224; des tensions persistantes d'&#233;clater en conflit ou &#224; des conflits pr&#233;existants de gagner en puissance et en visibilit&#233;. &#187; (L&#233;on de Mattis, &lt;i&gt;Gr&#232;ve Vs Blocage&lt;/i&gt;, sur le net : &lt;i&gt;Blog de L&#233;on de Mattis&lt;/i&gt;). Cela est exact, &#224; condition de relever la sp&#233;cificit&#233; des secteurs o&#249; pr&#233;cis&#233;ment la gr&#232;ve a pris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les gr&#232;ves sont demeur&#233;es dans leur sp&#233;cificit&#233;, des actions ont parfois &#233;t&#233; communes aux divers secteurs en lutte (blocages de p&#233;ages autoroutiers ou d'autres axes de circulation) tout en demeurant une &lt;i&gt;juxtaposition&lt;/i&gt; des forces. L'unit&#233; de la classe s'est r&#233;v&#233;l&#233;e dans ce mouvement comme un r&#234;ve d&#233;pass&#233; que la revendication pour le retrait de la r&#233;forme des retraites venait &lt;i&gt;symboliser&lt;/i&gt;. Les AG interpro sont non seulement rest&#233;es tr&#232;s marginales quant &#224; leur extension et &#224; leur impact dans le cours de la lutte, quand elles n'&#233;taient pas simplement des regroupements de ch&#244;meurs, de pr&#233;caires et d'&#233;tudiants, qui trouvaient l&#224; un mode de participation &#224; la lutte. Sous le nom &#171; d'interpro &#187;, elles n'&#233;taient alors que le lieu de regroupement et d'activit&#233;s d'un segment particulier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les AG &#171; interpro &#187;{}&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les assembl&#233;es g&#233;n&#233;rales interprofessionnelles ou &#171; interluttes &#187; ne sont pas sorties des limbes et ne furent que des ectoplasmes. N'&#233;tant pas n&#233;cessit&#233;es par le cours des gr&#232;ves, souvent elles apparaissent dans la fin du mouvement.&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt;A Paris : &lt;br class='autobr' /&gt;
L'interpro se r&#233;unissant &#224; la Bourse du travail n'&#233;tait autre qu'une &#171; inter-gauchistes &#187; rassemblant tout ce qui reste d'autogestionnaires, d'organisateurs de la base et quelques trotskistes auquel le Parti ou SUD ne suffisent pas. Dans le mouvement de 2010, les interpros sont surtout des aveux de faiblesse, l&#224; o&#249; il n'y a pas la force ou la volont&#233; de tenir une gr&#232;ve, les travailleurs &#233;pars (essentiellement profs, cheminots, et employ&#233;s communaux) se regroupent pour pouvoir &#171; faire quelque chose &#187; ou se tenir chaud. A d'autres endroits, c'est l'occasion pour l'intersyndicale de se moderniser et de ratisser plus large.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt;A Avignon : &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Afin de g&#233;rer le mouvement et ses &#233;ventuels d&#233;rapages, la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale n'&#233;tait &#233;videmment pas envisageable (son succ&#232;s aurait &#233;t&#233; fort incertain, tout comme son contr&#244;le dans le cas contraire). Les directions syndicales se sont donc limit&#233;es &#224; appeler &#224; de grandes journ&#233;es de paisibles manifs &#224; intervalles plus ou moins r&#233;guliers. Le reste de la contestation &#233;tait d&#233;l&#233;gu&#233; aux f&#233;d&#233;rations, UD, UL ou intersyndicales locales (o&#249; le poids de la CGT est tr&#232;s important), laissant le choix des modes d'action aux AG de chaque secteur &#8230; ce qui a au moins le m&#233;rite de signifier qu'il n'y a pas de r&#233;el soutien national (voir les communiqu&#233;s de l'intersyndicale o&#249; l'emploi du mot 'gr&#232;ve' est le plus souvent &#233;vit&#233;). La lutte a donc eu un caract&#232;re d&#233;mocratique et on sait ce que cela signifie en pratique, avec des AG cat&#233;gorielles o&#249; l'usage du vote &#224; bulletin secret est encourag&#233; (consignes de la CGT-Cheminots) et o&#249; toutes les magouilles sont possibles (parole monopolis&#233;e et pr&#233;dominante des responsables syndicaux). En fait, rien de tr&#232;s innovant pour assurer le souple contr&#244;le des gr&#233;vistes, le probl&#232;me est que cela a fonctionn&#233; et il ne s'agit pas de d&#233;noncer la pr&#233;tendue trahison des syndicats. Les discussions dans les manifs, sur les piquets de gr&#232;ve ou lors des actions ont pourtant montr&#233; une insatisfaction, s'exprimant plus ou moins ouvertement, d'une partie de la base devant cette gestion du mouvement (notamment l'insuffisance des manifs 'saute-mouton' ou des actions symboliques).&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;&#171; Malgr&#233; tout, la majorit&#233; des prol&#233;taires en lutte a bien suivi les directives syndicales, seule une frange ayant choisi de s'organiser et de lutter autrement, notamment au sein d'AG autonomes. Ces derni&#232;res, qui sont apparues dans de nombreuses villes, sont sans doute l'une des caract&#233;ristiques de ce mouvement (&#224; la diff&#233;rence de gr&#232;ves comme celle de 1995) : regroupements locaux de travailleurs (gr&#233;vistes ou non), ch&#244;meurs et &#233;tudiants au sein de collectifs, AG interpro, AG en lutte, AG de lutte, etc. Si l'on peut y voir un signe de radicalisation, cela est rest&#233; assez marginal (ne semble pas comparable aux coordinations des ann&#233;es 1980&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Non seulement ce n'est pas comparable, mais cela n'a strictement rien &#224; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;) et n'a pas entra&#238;n&#233; un d&#233;bordement des syndicats (qui dans certaines villes participaient aux AG interpro). Or, l'histoire de la lutte des classes montre que lorsque les prol&#233;taires le veulent (mais est-ce une question de volont&#233; ?), ils peuvent bousculer et se d&#233;barrasser de toutes sortes de flics. Cela n'a pas &#233;t&#233; ici le cas et ils se sont majoritairement content&#233;s d'attendre en esp&#233;rant que les syndicats appellent &#224; un durcissement du mouvement ou &#224; une gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale. &#187; (&lt;i&gt;Incendo&lt;/i&gt;, pp. 4-5). Nous verrons plus loin que les actions engag&#233;es par ces AG, le plus souvent des blocages n'ont qu'exceptionnellement acquis une l&#233;g&#232;re autonomie vis-&#224;-vis des actions d&#233;cid&#233;es plus &#171; classiquement &#187; par les unions locales des syndicats. Si nous laissons de c&#244;t&#233; les actions lyc&#233;ennes, toutes les actions r&#233;pertori&#233;es par &lt;i&gt;Incendo&lt;/i&gt; dans le d&#233;partement de Vaucluse quand elles ne sont pas exclusivement syndicales demeurent, pour celles auxquelles peuvent participer les membres des AG, sous un strict contr&#244;le syndical et ne diff&#232;rent en rien, quant &#224; leur forme et contenu, des pr&#233;c&#233;dentes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur Avignon, apr&#232;s deux &#233;checs les 16 et 18 octobre de constituer une AG &#224; l'ext&#233;rieur et dans le cours d'une action, la premi&#232;re AG de luttes se r&#233;unit le 27 octobre, alors que les raffineries ont repris le travail, que les d&#233;p&#244;ts sont d&#233;bloqu&#233;s, que les ouvriers du port ont repris le travail &#224; Marseille. Le mouvement &#233;tait d&#233;j&#224; moribond comme le reconna&#238;t l'auteure du compte rendu dans &lt;i&gt;Incendo&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'AG d'Avignon et toutes celles semblables qui se sont constitu&#233;es n'ont jamais repr&#233;sent&#233; la moindre unification du mouvement et de la diversit&#233; des gr&#232;ves et elles ne le pouvaient pas : &#171; D'ailleurs, les AG de lutte ne font pas tout : le 6 novembre, les manifestants qui ont d&#233;bord&#233; le cordon de flics ne s'&#233;taient pas coordonn&#233;s avant de la faire, &lt;i&gt;idem&lt;/i&gt; des manifs sauvages de lyc&#233;ens, et de certaines gr&#232;ves spontan&#233;es. Et on doit bien reconna&#238;tre que quelques actions de l'intersyndicale avaient de la gueule&#8230; &#187; (&lt;i&gt;Incendo&lt;/i&gt;, &#171; T&#233;moignage sur les AG de lutte &#224; Avignon &#187;).&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt;A Strasbourg &lt;br class='autobr' /&gt;
Une assembl&#233;e inter cat&#233;gorielle d'environ 300 personnes se constitue le 12 octobre (voir site du &lt;i&gt;Jura libertaire&lt;/i&gt;). Cependant cet &#171; inter cat&#233;goriel &#187; est compos&#233; d'une majorit&#233; d'&#233;tudiants, de quelques dizaines de profs et de vacataires de la fac et la tribune est occup&#233;e par deux UNEF et un CGT. Finalement l'AG &#171; d&#233;cisionnelle &#187; et &#171; souveraine &#187; vote la gr&#232;ve, r&#233;dige une plate-forme de revendication et appelle &#224; la fameuse &#171; convergence des luttes &#187;. Cela ne suffisant pas un &#171; Comit&#233; de Mobilisation &#187; est cr&#233;&#233; : &#171; libre, ouvert et horizontal &#187;. Tout ce petit monde part &#224; la manif, et l&#224; on constitue un &#171; Bloc Anticapitaliste &#187; qui se coordonne avec le &#171; Bloc libertaire &#187; de la FA-AL-CNT. Nous voil&#224; donc solidement organis&#233;s de fa&#231;on autonome, comme la suite va le montrer&#8230;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;Le lendemain 13 octobre, se r&#233;unit une AG de &#171; Convergences des luttes &#187; &#224; l'initiative des camarades cheminots : &#171; Environ 200 personnes, regroupant des travailleurs de la Communaut&#233; Urbaine de Strasbourg (CUS), des postiers, des profs, des instituteurs, des travailleurs de la CTS, des &#233;tudiants, etc. Succ&#232;s &#233;norme de cette AG qui est une premi&#232;re pour ce mouvement. Beaucoup de discussions, prise de contact, entre tous les secteurs en vue d'une lutte commune et convergente par la jonction des luttes avec des actions communes. &#187; Voil&#224; donc une AG de &#171; Convergence des luttes &#187; qui fonctionnerait bien en tant que telle, mais attendons la suite. &#171; Les prises de paroles sont compl&#232;tement libres, et tous les secteurs ont pris la parole &lt;i&gt;selon le syndicat en lutte dans telle ou telle branche&lt;/i&gt; (soulign&#233; par nous). &#187; Suit la liste des interventions et des intervenants : CGT cheminots ; CFDT cheminots ; FO cheminots ; SUD-rail ; CGT CUS, etc., etc. Les actions d&#233;cid&#233;es et effectu&#233;es sont alors les blocages symboliques habituels organis&#233;s et contr&#244;l&#233;s par la CGT. Mais le &#171; Comit&#233; de Mobilisation &#187; n'en restant pas l&#224; discute de la &#171; prise du pr&#233;fabriqu&#233; en plein centre du campus pour occupation politique et de lutte &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt;A Toulouse&lt;br class='autobr' /&gt;
Formation d'une &#171; Assembl&#233;e Saint Sernin Toulouse en lutte &#187; (sur le net : &lt;i&gt;saint-sernin.internationalisme.fr&lt;/i&gt;). L'assembl&#233;e se pr&#233;sente comme &#171; assembl&#233;e spontan&#233;e de ch&#244;meurs, travailleurs, pr&#233;caires, &#233;tudiants, lyc&#233;ens et retrait&#233;s en lutte &#224; Toulouse contre les attaques sur les retraites r&#233;uni-e-s devant la Bourse du travail sur la place Saint-Sernin. (&#8230;) Nous affirmons notre unit&#233; et prenons nos luttes en main. (&#8230;) Face &#224; la r&#233;pression polici&#232;re et &#224; toutes les divisions qu'on nous impose : Ch&#244;meurs, Retrait&#233;s, Pr&#233;caires, Travailleurs, Lyc&#233;ens, Etudiants, prenons nos luttes en main. &#187;.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt;A Arles&lt;br class='autobr' /&gt;
D'apr&#232;s un t&#233;moignage : &#171; Je n'ai pas eu l'impression d'un d&#233;cloisonnement, mais d'une juxtaposition pendant des actions communes et les manifs, pour un but supr&#234;me particuli&#232;rement rassembleur, qui n'entamaient pas, malgr&#233; les actions communes, les discussions et la sympathie, les sp&#233;cificit&#233;s &#224; la fois professionnelles et syndicales (beaucoup &#233;taient des syndiqu&#233;s : CGT, FSU et de rares SUD). Il y a eu peu de v&#233;ritables AG interpro. Le plus souvent, il s'agissait de r&#233;unions interpro totalement ouvertes (qui le voulait venait et intervenait) &#224; la Bourse du travail (local CGT), ma&#238;tris&#233;e par des syndicalistes CGT et FSU de mani&#232;re souple et &#339;cum&#233;nique. Elles se combinaient, ou &#233;taient le d&#233;bouch&#233; pour but de coordination et de pr&#233;paration d'actions, aux AG de La Poste et &#224; celles des personnels de l'Education nationale (instits, profs, ATOSS). Ces derni&#232;res anim&#233;es par une bureaucrate FSU caricaturale, &#233;taient ouvertes et (lui) imposaient la libre discussion et proposition, mais &#233;taient plus faibles et moins lieu 'd'auto-organisation' qu'en 2003. Certains secteurs en gr&#232;ve ne venaient pas aux r&#233;unions interpro, ou alors quelques individus (employ&#233;s communaux, 'bien que' CGT) pour eux-m&#234;mes. &#187;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;Ces AG regroupaient des mili&#173;tants syndic&#173;aux de base oppos&#233;s ou critiques vis-&#224;-vis de leurs cen&#173;trales, des salari&#233;s in&#173;satisfaits en gr&#232;ve et d&#233;term&#173;in&#233;s, des jeunes travailleurs, des pr&#233;caires et ch&#244;meurs sans lieu privil&#233;gi&#233;s de ren&#173;contre et d'ac&#173;tions, des gauchistes de terrains enr&#233;giment&#173;&#233;s ou non dans un groupuscule quel&#173;conque, etc. Ils ont form&#233;, comme &#224; chaque mouve&#173;ment, la frange la plus active et mobilisa&#173;trice, orga&#173;nis&#233;s &#224; travers le pays sur une base terri&#173;toriale, prin&#173;cipalement en province comme l'en&#173;semble des mou&#173;vements sociaux depuis dix ans. Confront&#233;s &#224; l'&#233;chec annonc&#233; de la strat&#233;&#173;gie inter&#173;syndicale, ils se sont or&#173;ganis&#233;s &lt;i&gt;tardivement&lt;/i&gt; en &#171; AG interpro &#187; (as&#173;sembl&#233;es g&#233;n&#233;rales interprofession&#173;nelles) &#8211; rebap&#173;tis&#233;es quel&#173;quefois &#171; AG de ville &#187; ou &#171; citoyennes &#187;. Ces AG ont &#233;t&#233; le lieu d'un &#233;trange et consternant chass&#233;-crois&#233; : les syndiqu&#233;s y viennent convaincus (au moins instinctivement) de ne rien pouvoir faire pour convaincre leur direction scl&#233;ros&#233;e de se bou&#173;ger, et ils rencontrent des militants persuad&#233;s qu'il faut absolument tenter de convertir les appareils syn&#173;dicaux. De fait ces &#171; AG interpro &#187; mobilisent l'es&#173;sentiel de leur &#233;nergie &#224; cette t&#226;che au point de ne rien pouvoir dire &#8211; ou faire &#8211; d'autre&#8230; L'ambition affi&#173;ch&#233;e de d&#233;passer le monopole syndical s'est heurt&#233;e &#224; l'absence de moyens et surtout de possibilit&#233; de faire, dans ce mouvement, une critique du syndicalisme sans qu'elle paraisse totalement plaqu&#233;e et artificielle. Enferm&#233;es dans cette contradic&#173;tion, les &#171; in&#173;terpro &#187; se sont r&#233;sign&#233;es au r&#244;le d'auxi&#173;liaires turbulents, refuges volonta&#173;ristes de militants r&#234;vant de reconnaissance syndicale, lan&#231;ant des actions directes au petit bonheur la chance que la caisse de r&#233;sonnance d'internet transforme vite en action grandiose.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans moyens d'&#233;tendre la gr&#232;ve, les AG firent des blocages leur activit&#233; embl&#233;matique, d'autant plus qu'en leur sein &#233;tudiants et pr&#233;caires formaient souvent la majorit&#233;. La question du blocage fut une des questions les plus d&#233;battues, les AG ont eu tendance &#224; y voir une forme qui d&#233;passait la gr&#232;ve par l'efficacit&#233;, efficacit&#233; d&#233;coulant de sa potentialit&#233; &#224; d&#233;passer la revendication et donc &#224; avoir une port&#233;e r&#233;volutionnaire. Si les AG dites &#171; interpro &#187; n'ont &#233;t&#233; la manifestation d'aucune unit&#233; de la classe ouvri&#232;re (ou du prol&#233;tariat) et n'ont souvent &#233;t&#233; que le mode d'organisation d'un segment particulier, il faut se poser une question identique &#224; propos des blocages. Les blocages ont-ils &#233;t&#233;, dans ce mouvement, la pratique par laquelle a &#233;t&#233; d&#233;pass&#233;e la segmentation de la classe ouvri&#232;re et de ses luttes et la r&#233;alisation de leur unit&#233; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Les blocages &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les r&#233;cits et t&#233;moignages abondent et, malgr&#233; parfois quelques envol&#233;es incantatoires, tous finalement nous disent que les blocages se sont inscrits dans le cours sp&#233;cifique de chaque gr&#232;ve, suppl&#233;ant parfois &#224; sa faiblesse, pr&#233;sentant un autre aspect des m&#234;mes luttes et que jamais les directives syndicales ne furent outrepass&#233;es. Nous aborderons dans la troisi&#232;me partie de ce texte, comme sympt&#244;me du fait d'agir en tant que classe comme limite de la lutte de classe, la production id&#233;ologique suscit&#233;e par cette pratique et les activit&#233;s qui voulaient lui correspondre.&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt;Port-de-Bouc, d&#233;p&#244;t de k&#233;ros&#232;ne&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;T&#233;moignage d'une copine marseillaise : &#171; Une action de blocage dans la nuit du mardi au mercredi, la semaine avant les vacances de la Toussaint, de 4h &#224; 10h du mat sur un d&#233;p&#244;t de k&#233;ros&#232;ne &#224; Port-de-Bouc, avec la CGT, quelques cantini&#232;res, Sud-&#233;ducation, les gens du collectif pr&#233;caires. Il y avait au d&#233;part 80 personnes, voire plus. Il fallait donc 'emp&#234;cher' les deux salari&#233;s responsables de la mise en route des pompes dans l'&#233;quipe d&#233;marrant &#224; quatre heures, ils ont &#233;t&#233; plus que coop&#233;ratifs. Dans ce d&#233;p&#244;t, le syndicat est la CFDT et les salari&#233;s n'&#233;taient pas en gr&#232;ve. En arrivant, ce sont les deux salari&#233;s en question qui nous expliquent comment &#231;a fonctionne et du coup, comment selon eux, il faut bloquer pour que ce soit efficace : il y a deux sites, un avec les r&#233;serves et un, plus bas, avec les pompes et o&#249; viennent se servir les camions. Au d&#233;part, ils nous expliquent donc que du moment que eux ne sont pas aux commandes, le k&#233;ros&#232;ne ne peut pas arriver &#224; la pompe. Cependant, les d&#233;l&#233;gu&#233;s CGT raffinerie d&#233;cideront quand m&#234;me qu'on se s&#233;pare en deux et la moiti&#233; va donc aux pompes bloquer les camions qui de toute fa&#231;ons font demi-tour automatiquement. Moi, je resterai au d&#233;p&#244;t : mauvais choix, car pas de possibilit&#233; de faire du feu et rien aux alentours, ce qui, au fur et &#224; mesure, contribuera au d&#233;part progressif des gens et on n'est plus qu'une dizaine &#224; se peler &#224; 7h du mat. Plusieurs fois les flics municipaux viennent voir mais c'est tout. En bas, c'est &#224; premi&#232;re vue plus 'anim&#233;', y'a des feux, &#224; manger, et m&#234;me une menace que les CRS d&#233;logent, bref de quoi se r&#233;chauffer. Vers 8h, les mecs de la CGT nous disent qu'il faut descendre du fait de cette menace. Mais comme cette menace plane depuis plusieurs heures, donc on ne comprend pas bien pourquoi maintenant. En fait, en arrivant en bas, y'a plein de gens : le port autonome, beaucoup de territoriaux, Sud &#233;duc, CGT, environ 200 personnes je pense, et&#8230; les m&#233;dias. Je pense que c'est pour &#231;a qu'il fallait qu'on descende et aussi surement parce qu'on commen&#231;ait &#224; tourner en rond &#224; quelques uns.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La consigne de la CGT a &#233;t&#233; donn&#233;e clairement plusieurs fois : pas d'affrontement, si les flics nous d&#233;logent, on s'en va et on va bloquer ailleurs. Pourtant, j'entends &#224; plusieurs reprises des groupes de gens, principalement les mecs du Port autonome, faire des vannes montrant qu'ils ont envie d'en d&#233;coudre si les flics interviennent voire m&#234;me qu'ils n'attendent que &#231;a, c'est ce qu'ils disent en rigolant en tout cas (peut-&#234;tre juste pour faire les gros bras ?). Depuis le d&#233;but, tout le monde se plie &#224; ce que dit la CGT, m&#234;me si on ne comprend pas toujours les d&#233;cisions ou qu'on n'est pas forc&#233;ment d'accord, mais ils connaissent mieux le 'milieu' et sont au centre, donc y'a une volont&#233; je pense aussi de ne pas contrarier nos amis raffineurs qui sont le moteur de la gr&#232;ve. Au cours de la nuit, pas mal de discussion 'techniques' sur le monde de la raffinerie, sur l'organisation des raffineries et les moyens pour les bloquer, sur les mouvements de gr&#232;ve dans les raffineries, sur leurs conditions de travail : 'On n'est pas les plus &#224; plaindre, financi&#232;rement on est plut&#244;t dans une bonne situation, c'est pas comme d'autres, on gagne bien notre vie', dixit le leader CGT du moment. Ils se disent vachement contents qu'autant de monde soit venu les aider pour cette action et qu'il y ait diff&#233;rents secteurs. Aucune discussion sur la revendication des retraites &#224; ma connaissance sinon dans un discours plus large sur l'attaque globale des conditions de vie. Discussions aussi sur les revendications sp&#233;cifiques des cantini&#232;res, des &#233;boueurs, du Port autonome&#8230; C'&#233;tait quand m&#234;me rigolo de voir les quelques radicaux libres brosser les raffineurs CGtistes dans le sens du poil et ob&#233;ir &#224; la CGT malgr&#233; leur envie de s'affronter aux flics&#8230; De toute fa&#231;on, ces derniers ne viendront pas. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt;Avignon et Vaucluse (source : &lt;i&gt;Incendo&lt;/i&gt;)&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le mouvement d'octobre a certes conserv&#233; les caract&#233;ristiques des mouvements classiques pr&#233;c&#233;dents (gr&#232;ves, journ&#233;e nationale de gr&#232;ve et / ou de manifestation) mais s'y est ajout&#233;e une multitude d'actions locales visant principalement le blocage de l'&#233;conomie. Cela rappelle &#233;videmment le mouvement 'anti-CPE' o&#249; s'&#233;tait vue formuler cette id&#233;e, mais cette fois il s'agit majoritairement de travailleurs et non d'&#233;tudiants. A travers le pays et selon les villes, tout a &#233;t&#233; bloqu&#233;, mais pas n'importe quoi : raffineries, d&#233;p&#244;ts p&#233;troliers, voies de communication (routes, autoroutes, gares et voies de chemin de fer, a&#233;roports, ports), zones industrielles ou commerciales, centrales de distribution / logistiques, entreprises, d&#233;p&#244;ts de bus, etc. Ces actions &#233;taient d&#233;cid&#233;es et r&#233;alis&#233;es par des AG autonomes mais aussi et souvent (c'est-&#224;-dire presque toujours, nda) par les intersyndicales locales (donc par la CGT car il fallait bien occuper la partie la plus remont&#233;e de la base qui, dans le cas contraire, aurait peut-&#234;tre pris les choses en main&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Il n'y a jamais eu la moindre vell&#233;it&#233; dans ce sens, la supposition (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;). Il ne s'agit plus comme par le pass&#233; d'un piquet devant sa boite, mais de 'piquets volants' (compos&#233;s de travailleurs gr&#233;vistes ou non, ch&#244;meurs, &#233;tudiants, etc.) allant aider les gr&#233;vistes d'autres secteurs &#224; tenir, bloquer ceux qui ne pouvaient faire gr&#232;ve, pour tenter d'avoir un impact &#233;conomique imm&#233;diat en visant des points strat&#233;giques (bien que parfois ces actions aient eu un caract&#232;re symbolique). Dans certaines villes, le m&#234;me piquet pouvait m&#234;me effectuer plusieurs blocages successifs en une journ&#233;e. Mais, &#224; notre connaissance, aucun blocage n'a pu &#234;tre maintenu devant des flics d&#233;termin&#233;s (le d&#233;crochage avait souvent lieu d&#232;s leur arriv&#233;e). &#187; (&lt;i&gt;Incendo&lt;/i&gt;, op. cit.).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Pontet, le 17-18 octobre : pendant une bonne partie de la nuit, 70 militants CGT et CFDT bloquent les entr&#233;es de la soci&#233;t&#233; de transport TFE (500 v&#233;hicules approvisionnant les grandes surfaces), puis bloquent le passage des poids-lourds au p&#233;age Avignon-nord.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avignon, le 19 octobre : &#224; l'appel de l'intersyndicale, 400 personnes bloquent les neufs acc&#232;s de la zone commerciale d'Auchan-nord et celui d'Ikea pendant pr&#232;s de trois heures. Aux propositions de plusieurs gr&#233;vistes, CNT et non affili&#233;s, de poursuivre par un p&#233;age gratuit (autoroute &#224; cinq minutes &#224; pied), beaucoup r&#233;pondent : &#171; c'est une bonne id&#233;e, mais c'est pas possible, l'intersyndicale n'a pas pr&#233;vu &#231;a &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cavaillon, le 19-20 octobre : une centaine de personnes bloque 150 camions de la zone artisanale et la plateforme paquets jusqu'&#224; trois heures du matin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avignon, le 20 octobre : 5 h 30, une trentaine de militants CGT et CFDT bloque le d&#233;p&#244;t de bus de la TCRA et de Transdev, barrage lev&#233; &#224; 9 h 15.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avignon, le 28 octobre : &#171; p&#233;age gratuit &#187; &#224; l'initiative de l'AG en lutte. Une quarantaine de personnes l&#232;ve les barri&#232;res pendant 20 minutes sous l'&#339;il des gendarmes. Lorsque ceux-ci commencent &#224; s'&#233;nerver, tout le monde se replie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Pontet, le 28-29 octobre : une cinquantaine de militants CGT et SUD bloque pendant trois heures les entr&#233;es du d&#233;p&#244;t de l'entreprise Dispam (qui alimente en produits frais restaurants et &#233;tablissements de bouche et a connu en juillet un conflit social dur). Demande de r&#233;int&#233;gration de plusieurs salari&#233;s licenci&#233;s. Pour permettre &#224; ses camions de sortir, le patron de la boite fait abattre 20 m&#232;tres de cl&#244;ture, ce qui met fin au blocage.&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt;Nantes (source : Indym&#233;dia)&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;Le 15 octobre, blocage partiel de la ville. D&#232;s 5 h 30, les cheminots bloquent un acc&#232;s n&#233;vralgique au centre ville, le pont de Pirmil. Le pont Aristide Briand, autre acc&#232;s important est &#233;galement bloqu&#233;. Deux cents &#224; trois cents personnes apr&#232;s leur propre AG de secteur rejoignent l'AG des cheminots et se dirigent vers la Place de Bretagne. Apr&#232;s la jonction avec de nombreux lyc&#233;ens, ce sont environ 2000 personnes qui partent en manif vers le si&#232;ge du Medef prot&#233;g&#233; par les CRS devant lesquels s'installent pour &#233;loigner les manifestants le service d'ordre de la CGT.&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt;Mulhouse (source : AFP)&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;Le 18 octobre, le site de PSA Mulhouse est bloqu&#233; dans l'apr&#232;s-midi par des salari&#233;s en lutte contre le projet de r&#233;forme des retraites. Une soixantaine de militants de la CGT et de la CFDT ont bloqu&#233; les trois entr&#233;es du site apr&#232;s une premi&#232;re op&#233;ration de distribution de tracts et de filtrage des v&#233;hicules. L'op&#233;ration qui devait durer quelques heures selon les syndicats, se d&#233;roulait au moment du changement de tourn&#233;e alors que les &#233;quipes de l'apr&#232;s-midi arrivaient pour prendre leur service. Elle devrait bloquer une partie de la production. &#171; On a maintenant besoin de bloquer l'&#233;conomie pour forcer le gouvernement &#224; retirer son projet &#187;, a expliqu&#233; &#224; l'AFP le d&#233;l&#233;gu&#233; CGT de PSA, Vincent Duse. &#187;. &#171; Il faut souligner qu'&#224; PSA, faire travailler quelqu'un dans les ateliers jusqu'&#224; 62 ans, ce n'est rien d'autre qu'un assassinat &#187;, a-t-il ajout&#233;. Le changement de tourn&#233;e programm&#233; &#224; 13 h 15 a &#233;t&#233; perturb&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt;Caen (source : Jura libertaire)&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;Jeudi 21 octobre, quelques centaines de manifestants ont perturb&#233; quelques heures &#224; l'appel de l'intersyndicale d&#233;partementale l'acc&#232;s au d&#233;p&#244;t de carburant de Caen en &#233;rigeant des barrages aux carrefours que les forces de l'ordre ont d&#233;mont&#233; progressivement. Un photographe de l'AFP avait constat&#233; que des pneus de camions citernes avaient &#233;t&#233; crev&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt;Rennes (source : Maison de la gr&#232;ve et liaisons et barricades, sur le site web &lt;i&gt;Jura libertaire&lt;/i&gt;)&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;Avec les textes en provenance de Rennes, nous sommes constamment amen&#233;s &#224; passer du r&#233;cit des blocages &#224; l'id&#233;ologie qui s'est d&#233;velopp&#233;e sur ce th&#232;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Mercredi 27 octobre, &#224; Rennes, au d&#233;but de l'AG intergr&#233;viste, une Maison de la gr&#232;ve s'est ouverte, pour continuer &#224; s'organiser, se coordonner et rendre impossible le retour &#224; la normale. (&#8230;) Depuis deux semaines, nous sommes en gr&#232;ve, nous partageons les piquets, nous bloquons les points n&#233;vralgiques de l'&#233;conomie, nous constituons des caisses de gr&#232;ves. (&#8230;) Ce que nous avons compris au cours de ces moments partag&#233;s sur les piquets c'est que c'est nous qui d&#233;tenons les moyens mat&#233;riels et l'intelligence strat&#233;gique de bloquer l'&#233;conomie, la force de tout arr&#234;ter. (&#8230;) Depuis le d&#233;but de cette gr&#232;ve, l'assembl&#233;e g&#233;n&#233;rale des gr&#233;vistes de Rennes nous a permis de nous trouver au-del&#224; des identit&#233;s et des corporatismes. Nous ressentons la n&#233;cessit&#233; de densifier ces liens, ces rencontres n&#233;es au sein de cette gr&#232;ve.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Les raffineries ont donn&#233; le ton, le blocage &#233;conomique, la gr&#232;ve avec occupation sont les moyens les plus efficaces pour effectuer une pression &#233;conomique sur la politique du capital. (&#8230;) A la lutte des classes a d&#233;sormais &#233;t&#233; associ&#233; le blocage de la production, sans que celui-ci soit simplement suspendu &#224; la gr&#232;ve&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ce qui s'est r&#233;v&#233;l&#233; compl&#232;tement faux (nda).&#034; id=&#034;nh2-16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, d&#233;montrant de fa&#231;on &#233;nergique la capacit&#233; de nuisance que chacun peut avoir. (&#8230;) A Rennes, avant m&#234;me que la gr&#232;ve reconductible ait commenc&#233;, la volont&#233; de visibiliser ceux qui aspiraient &#224; un mouvement de gr&#232;ve r&#233;elle s'est amorc&#233;e par la construction d''intersyndicales bis' qui ouvraient, avec des syndicalistes de SUD, les mouvements de ch&#244;meurs et pr&#233;caires de Rennes, et les militants ind&#233;pendantistes, l'organisation de blocages de galeries marchandes. La participation &#224; ces actions a cru au fur et &#224; mesure de l'avanc&#233;e du mouvement, attisant une attente &#224; l'&#233;gard de ce type d'&#233;v&#233;nements. (&#8230;) D'embl&#233;e, ce qui &#233;tait autrefois les pratiques &#233;tudiantes est devenue une m&#233;thode commune. Des syndiqu&#233;s ont pris la parole lors des AG de Rennes 2, rendant la question du blocage de l'Universit&#233; intrins&#232;quement li&#233;e &#224; la n&#233;cessit&#233; d'allonger la facture &#233;conomique de la gr&#232;ve en cours. La capacit&#233; des &#233;tudiants &#224; venir, au c&#244;t&#233; des salari&#233;s, occuper et rendre plus efficace les gr&#232;ves d&#233;j&#224; pr&#233;sentes n'a pas pris la forme d'une r&#233;serve de troupes pour mener la lutte. La chose &#233;tait vite &#233;tablie que ce qui permettrait au mouvement de prendre de l'ampleur, ce serait pr&#233;cis&#233;ment cette alliance salari&#233;s-&#233;tudiants-ch&#244;meurs. Rarement les &#233;tudiants n'ont &#233;t&#233; autant attendus, et chaque gr&#233;viste rencontr&#233; demandait o&#249; en &#233;tait la mobilisation sur la fac. A cette id&#233;e que 'l'entr&#233;e en sc&#232;ne des &#233;tudiants &#233;tait une des cl&#233;s du mouvement' en ce qu'elle d&#233;borderait les cadres pr&#233;vus de la mobilisation, s'ajoute une autre n&#233;cessit&#233;, celle de l'arriv&#233;e des lyc&#233;ens. (&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Ce sont ainsi plusieurs centaines de ch&#244;meurs, de salari&#233;s, d'&#233;tudiants, de lyc&#233;ens qui se retrouvent pour bloquer les d&#233;p&#244;ts de carburants, les routes, les plateformes de distributions alimentaires, etc. Le blocage du d&#233;p&#244;t de bus fut parmi nos plus grandes r&#233;ussites. (&#8230;) De nombreux salari&#233;s, bien que n'&#233;tant pas en gr&#232;ve, observaient notre action d'un regard bienveillant, fournissant abondamment le caf&#233; n&#233;cessaire. (&#8230;) nombreux sont les syndicalistes &#224; nous avoir soutenus. Nous avons organis&#233; sur place l'action du lendemain avec les routiers c&#233;g&#233;tistes, qui avaient eux-m&#234;mes fait de nombreux piquets dans la matin&#233;e. Les actions communes entre les syndicats et les organisations sont une entrave tr&#232;s nette &#224; l'intervention polici&#232;re syst&#233;matique. Cependant, les formes de liaison qui peuvent appara&#238;tre dans les actions ne permettent pas d'&#234;tre incontournable pour les bureaucraties syndicales locales. Elles pourraient fort bien s'entendre entre elles, m&#233;prisant l'avis de ceux qui organisent les piquets de gr&#232;ve chaque jour&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Mais, elles ne le font pas, car rien dans toutes ces activit&#233;s n'outrepasse (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. C'est pourquoi nous avons mis en place des AG interprofessionnelles les soirs pour permettre &#224; tout un chacun d'avoir voix au mouvement sans &#234;tre suspendu aux accords entre centrales syndicales et partis politiques. Cette structure de base du mouvement est une structure d'auto-organisation et d'autonomisation de la lutte qui cherche &#224; encourager le processus d&#233;mocratique en cours. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt;Arles (source : r&#233;cit d'un copain gr&#233;viste)&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;&#171; A Arles seuls deux blocages ont &#233;t&#233; directement une articulation entre la gr&#232;ve dans une entreprise, La Poste, et le mouvement g&#233;n&#233;ral. La Poste &#233;tait en pointe, largement (sans que cela soit dit mais les actes et comportements le montraient) comme l'entretien simultan&#233; d'un rapport de force local. En effet, presque chaque ann&#233;e, les postiers font une gr&#232;ve dure pour obtenir l'embauche de coll&#232;gues au statut pr&#233;caire ou pour r&#233;sister &#224; des restructurations ou &#224; l'aggravation des conditions de travail &#8211; et ils gagnent g&#233;n&#233;ralement, du moins sur l'essentiel. Ces deux actions de blocage ont &#233;t&#233; r&#233;alis&#233;es avec les autres secteurs en lutte (tr&#232;s minoritaire &#224; la diff&#233;rence de la seule Poste), essentiellement en fait avec les personnels de L'Education Nationale, sur la proposition et l'organisation des gr&#233;vistes de La Poste. Ces blocages ont &#233;t&#233; d'une courte dur&#233;e. Le premier avait pour but de bloquer les camions amenant le courrier, afin d'emp&#234;cher le tri du courrier des entreprises par les jaunes et les petits chefs. Il fut lev&#233; au bout de quelques heures, lorsque techniquement il &#233;tait devenu impossible de le faire pour la journ&#233;e. Le deuxi&#232;me cessa l&#224; encore au bout de quelques heures, apr&#232;s la promesse d'un cadre venu de Marseille de fermer le 'centre ill&#233;gal' de distribution (voir supra, nda) ; et, en fin d'apr&#232;s midi, &#224; la surprise g&#233;n&#233;rale et au d&#233;sappointement de beaucoup, les postiers annon&#231;aient la fin de leur gr&#232;ve (c'&#233;tait aussi le moment de la fin du mouvement). Dans ces blocages comme dans les autres, je n'ai pas constat&#233; de r&#233;elle volont&#233; de blocage de l'&#233;conomie (des segments de l'&#233;conomie &#224; notre port&#233;e) d'une entreprise ou d'un espace &#233;conomique (ZI, ZC, ou zone logistique), alors m&#234;me que l'intervention de responsables &#233;conomique ainsi que les dires des routiers vraiment 'sympas' (vuln&#233;rabilit&#233; des grandes surfaces vendant sans stock, s'approvisionnant dans les zones logistiques, ex : Conforama) montraient rapidement une efficacit&#233; qui aurait pu aller dans le sens des adeptes du blocage des flux &#233;conomiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Il s'agissait avant tout, me semble-t-il, et cela vaut surtout pour les autres blocages (p&#233;age, zone industrielle et logistique de Saint Martin de Crau) de faire quelque chose contre 'l'&#233;conomie', qui nous rassemble et exprime notre d&#233;termination ; et de nous montrer, de toucher le plus de monde. Bien plus que de distribuer des tracts indigents et syndicaux, le but &#233;tait de faire venir la presse pour en obtenir quelques photos et un article ou un reportage-radio. Sit&#244;t cela obtenu, apr&#232;s avoir &#233;t&#233; attendu et discut&#233; avec impatience pour certains, les dirigeants syndicaux et la majorit&#233; des autres participants cessaient vite l'action, en un clin d'&#339;il !, ce qui frustrait une petite minorit&#233;, qui n&#233;anmoins ne pouvait que suivre le mouvement. Quelques personnes parlaient de blocage de l'&#233;conomie, mais sans rapport avec la r&#233;alit&#233; de la lutte locale, c'&#233;tait un discours manifestant une sinc&#232;re volont&#233; d'actions plus radicales, une frustration par rapport &#224; ce qui se passait vraiment. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt;Raffineries (sources : &lt;i&gt;Paradoxe en automne&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;Trois lettres sur les blocages&lt;/i&gt; &#8211; Peter Vener)&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;&#171; Sur les raffineries, un appel a &#233;t&#233; lanc&#233; pour que la population rejoigne les piquets. Mais pour autant, le blocage &#233;tait d&#233;j&#224; n&#233;goci&#233; entre les syndicats et la direction. Blocage oui, mais pas touche aux ol&#233;oducs, l&#224; o&#249; r&#233;side vraiment un point n&#233;vralgique pour de grandes entreprises. Et puis certains camions peuvent entrer ou sortir. On ne sait pas trop pourquoi. Quand trop de monde se rassemblera devant la raffinerie &#224; Grandpuits, les syndicalistes enverront cette foule manifester dans un village d&#233;sert. Histoire de calmer ce qu'ils appellent &lt;i&gt;les troupes&lt;/i&gt;&#8230; la p&#233;nurie aux stations d'essence, sur laquelle Total et consorts ont pu sp&#233;culer, a malheureusement &#233;tait fort peu d&#233;stabilisatrice pour l'&#233;conomie. Et pas seulement parce que la gr&#232;ve n'a pas dur&#233; assez longtemps. Les raffineries n'ont pas &#233;t&#233; totalement coup&#233;es comme le note Peter Vener (voir texte de Peter Vener &#224; la suite, nda). Et malgr&#233; les grands ports bloqu&#233;s, les livraisons de carburant ont pu tant bien que mal continuer. Comme on peut le comprendre &#224; la lecture du journal &lt;i&gt;Le Marin&lt;/i&gt; du 29 octobre 2010, la logistique de remplacement a montr&#233; une efficacit&#233;, une capacit&#233; d'adaptation impressionnante. Ainsi pendant que les grands ports &#233;taient bloqu&#233;s, la plupart des navires furent achemin&#233;s sur des d&#233;p&#244;ts c&#244;tiers de moindre envergure. Et l&#224;, aucun pr&#233;avis de gr&#232;ve ne semblait bloquer quoi que ce soit. Et que les centrales n'aient pas cherch&#233; &#224; rendre plus effectif le blocage des ports et des raffineries ne doit surprendre personne. Un bras de fer m&#233;diatique leur suffisait bien largement. &#187; (&lt;i&gt;Paradoxes en Automne&lt;/i&gt;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(Peter Vener, &lt;i&gt;L'Id&#233;ologie du blocage, trois lettres&lt;/i&gt;, &lt;a href=&#034;http://reposito.internetdown.org/analyses:oil.pdf&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://reposito.internetdown.org/analyses:oil.pdf&lt;/a&gt;) :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Ce mois-ci, des personnes sont venues rejoindre des piquets de gr&#232;ve autour des raffineries en r&#232;gle g&#233;n&#233;rale &#224; l'appel des comit&#233;s intersyndicaux locaux, rebaptis&#233;s souvent assembl&#233;es interprofessionnelles, histoire d'en &#233;largir les assises. Bien entendu, de telles personnes n'avaient pas n&#233;cessairement des vis&#233;es politiciennes mais, simplement, elles avaient l'impression de d&#233;passer l'atomisation, de sortir des s&#233;parations et des corporatismes, bref, de participer &#224; la 'convergence des luttes' et au 'blocage de l'&#233;conomie', comme le pr&#233;tend aujourd'hui le NPA qui contr&#244;le SUD. (&#8230;) Du coup, les personnes qui gonflent les piquets ne se demandent pas pourquoi les syndicalistes de l'Energie et de la Chimie, si corporatistes et si repli&#233;s sur eux-m&#234;mes habituellement, ont ainsi besoin de faire appel &#224; des forces n'appartenant pas &#224; leur secteur, voire &#233;trang&#232;re au 'monde du travail', m&#234;me parfois &#224; des 'anarchistes' sur lesquels ils crachaient encore ouvertement la veille. S'agit-il de nouvelles perc&#233;es &#224; travers les murs de tels bastions, &#224; l'ordinaire particuli&#232;rement bien contr&#244;l&#233;s par les syndicalistes, qui, de leurs miradors, organis&#232;rent des cordons sanitaires autour d'eux ? Assiste-t-on &#224; la rupture r&#233;elle des salari&#233;s de tels secteurs avec leur corporatisme sp&#233;cifique (&#8230;) ? En r&#233;alit&#233;, sauf peut-&#234;tre pour quelques-uns d'entre eux, il n'en est rien. Il suffit de discuter avec eux pour sen rendre compte. C'est souvent la douche froide, l'indiff&#233;rence, voire l'hostilit&#233; larv&#233;e d&#232;s que l'on aborde les questions qui f&#226;chent, au premier chef celles relatives &#224; leur travail, dans les sites particuli&#232;rement dangereux et mortif&#232;res de la p&#233;trochimie, pour eux comme pour les populations environnantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Seulement voil&#224;, depuis presque trois ans, la principale centrale du secteur, &#224; savoir la CGT, reconna&#238;t que, pour n&#233;gocier au mieux de ses int&#233;r&#234;ts la d&#233;localisation en cours des raffineries dans les r&#233;gions d'extraction du p&#233;trole, elle ne peut plus compter sur ses seules forces, vu la d&#233;syndicalisation qui touche ses derni&#232;res 'forteresses ouvri&#232;res' d&#233;labr&#233;es, m&#234;me les chasses gard&#233;es traditionnelles que constituent l'Energie et la Chimie. La pilule est am&#232;re, mais elle doit bien l'avaler, il y va de sa survie et de sa capacit&#233; de n&#233;gociation au sein de l'Etat. D'o&#249; l'acceptation de quelques forces venues d'ailleurs, qui, pour l'essentiel doivent jouer le r&#244;le de troupiers additionnels de l'appareil syndical de la CGT, mais aussi de celui de SUD.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; C'est l&#224; que commencent la com&#233;die et l'imposture, en ce qui concerne les objectifs r&#233;els de ladite convergence. Ainsi, bon nombre de personnes croient que les raffineries ont &#233;t&#233; stopp&#233;es par les gr&#233;vistes, qu'elles ne tournaient plus. Or, il n'en est rien, ce qui explique qu'elles puissent produire &#224; nouveau &#224; peine trois jours apr&#232;s la reprise officielle du travail. En r&#233;alit&#233;, les syndicalistes ont appliqu&#233; au pied de la lettre les pr&#233;tendues consignes de s&#233;curit&#233;, sign&#233;es depuis longtemps avec les industriels de la p&#233;trochimie et l'Etat, &#224; savoir que les raffineries ne sont jamais totalement mises &#224; l'arr&#234;t, mais plut&#244;t mises en veille, ce qui facilit&#233; leur red&#233;marrage rapide. (&#8230;) Seule exception, la raffinerie de Flandres &#224; Dunkerque, mais l'Etat fran&#231;ais s'en moque puisqu'elle va fermer, les recommandations de l'Agence mondiale de l'&#233;nergie, relatives &#224; la v&#233;tust&#233; du site, tombant &#224; pic. Bref, les cons&#233;quences de l'arr&#234;t g&#233;n&#233;ral, en termes de blocage, auraient pu &#234;tre bien plus cons&#233;quentes. Et alors, l'Etat aurait pu tra&#238;ner les auteurs de tels actes devant les tribunaux, m&#234;me en l'absence de sabotages, en leur appliquant les peines pr&#233;vues : jusqu'&#224; cinq ans fermes, d'apr&#232;s le Code p&#233;nal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Je comprends que des ouvriers n'aient pas envie de se retrouver en cour d'Assises et se posent parfois la question de savoir si 'le jeu en vaut la chandelle', (&#8230;). Alors, autant le dire clairement, plut&#244;t que de jouer les gros bras face aux 'soutiens', parmi lesquels on peut compter &#233;galement les 'souteneurs' du syndicalisme de base sans &#233;tiquette, fa&#231;on les 'insurrectionnalistes' de &lt;i&gt;Rebetiko&lt;/i&gt;. Mais l'arr&#234;t g&#233;n&#233;ral ne risquait pas d'advenir car les ouvriers du secteur sont particuli&#232;rement hostiles &#224; tout ce qui leur appara&#238;t comme la moindre attaque &#224; leur 'outil de travail', pour parler comme la CGT. De plus, la plupart des gr&#233;vistes, &#224; ma connaissance, n'&#233;taient m&#234;me pas sur les piquets. Ils restaient chez eux et les noyaux de syndicalistes mobilis&#233;s n'&#233;taient pas suffisants pour les blocages. Il leur fallait donc accepter de l'aide, via les intersyndicales de ville, donc aussi accepter de se retrouver face &#224; quelques individus turbulents, mais au fond contr&#244;lables &#224; distance, voire isolables. De toute fa&#231;on, les fameux blocages ext&#233;rieurs offraient aussi l'avantage que les 'bloqueurs' demeurent aux portes des sites, ou dans les environs, mais qu'ils ne p&#233;n&#232;trent jamais &#224; l'int&#233;rieur. Je ne d&#233;fends pas, &#233;videmment, l'id&#233;e de gr&#232;ve avec occupation qui, bien souvent, dans le pass&#233;, ne faisait qu'entraver toute possibilit&#233; de rencontres effectives. Mais, aujourd'hui, via le recentrage de la principale centrale syndicale en direction des formes d'intervention &#224; la mode, tel le blocage programm&#233; d'axes de communication, parfois annonc&#233; &#224; l'avance &#224; la police par les leaders syndicaux, nous sommes pass&#233;s de la 'gr&#232;ve par procuration', des ann&#233;es 80 et 90, au 'blocage par procuration'. Les 'bloqueurs' des sites, bien souvent, ont travaill&#233; pour les centrales syndicales. Point barre. &#187; (op. cit.)&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt;R&#233;gion parisienne (source : L&#233;on de Mattis, &lt;i&gt;Gr&#232;ve versus blocage&lt;/i&gt;, sur &#171; le Blog de L&#233;on de Mattis &#187;)&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;&#171; Au cours du mouvement contre la r&#233;forme des retraites, deux incin&#233;rateurs de d&#233;chets ont &#233;t&#233; bloqu&#233;s dans la r&#233;gion parisienne : celui situ&#233; &#224; Ivry, entre le 20 octobre et le 8 novembre, et celui de Saint-Ouen entre le 2 et le 15 novembre. Une premi&#232;re remarque doit &#234;tre faite &#224; propos de ces actions. Elles ont &#233;t&#233; men&#233;es dans le cadre d'une gr&#232;ve des &#233;boueurs de la Ville de Paris qui avaient, outre la question des retraites, des revendications cat&#233;gorielles &#224; adresser &#224; leur employeur. (&#8230;) Pour en revenir aux incin&#233;rateurs, le premier d'entre eux &#224; avoir &#233;t&#233; bloqu&#233;, celui d'Ivry, l'&#233;tait certes par des travailleurs en gr&#232;ve, les &#233;boueurs municipaux, mais pas par les employ&#233;s de l'incin&#233;rateur lui-m&#234;me. En bloquant les grilles du site d'Ivry, en effet, les &#233;boueurs de la Ville de Paris paralysaient &#224; la fois le garage des camions-bennes et l'entr&#233;e de l'usine de retraitement et d'incin&#233;ration des d&#233;chets. Les ouvriers de l'incin&#233;rateur ne faisaient pas gr&#232;ve mais se sont retrouv&#233;s, de fait, au ch&#244;mage technique. Dans le second incin&#233;rateur, le blocage a &#233;t&#233; le fait de membres de l'AG interpro locale, de travailleurs municipaux de Saint-Ouen et de renforts venus des diff&#233;rentes assembl&#233;es de Paris et sa r&#233;gion. Les travailleurs de cet incin&#233;rateur n'&#233;taient pas non plus en gr&#232;ve et ne participaient pas au blocage. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tentative de signification globale du mouvement&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gr&#232;ves, AG, blocages : mouvement &#233;trange, on y entre, en en sort, on y revient. Chacun &#171; donne aux retraites &#187; ce qu'il peut, chacun a ses raisons. Mais en m&#234;me temps, mouvement unique, tout coexiste et fait syst&#232;me, cr&#233;e une totalit&#233;. C'est cette totalit&#233;, ce syst&#232;me, abord&#233;s jusqu'&#224; maintenant de fa&#231;on un peu impressionniste, pointilliste m&#234;me, qu'il s'agit maintenant de construire. C'est au travers des actions particuli&#232;res du &lt;i&gt;syndicalisme de base&lt;/i&gt; que l'&lt;i&gt;identit&#233; id&#233;ale &lt;/i&gt;est produite activement en m&#234;me temps que ces actions, dans leurs caract&#233;ristiques m&#234;mes, la r&#233;v&#232;lent comme id&#233;ale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur le syndicalisme en g&#233;n&#233;ral&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est devenu extr&#234;mement banal de dire que les syndicats ne trahissent pas et de dire qu'ils tiennent tout simplement leur r&#244;le. Mais, on se contente ensuite, en guise d'explication, d'en faire des interm&#233;diaires entre l'Etat (ou le capital) et les ouvriers. C'est mieux que des traitres, mais cela n'avance &#233;galement pas &#224; grand chose si l'on ne dit pas pourquoi leur action est efficace. Parfois on va un peu plus loin : &#171; Les syndicats loin d'&#234;tre des organes de m&#233;diation entre le capital et le salariat, sont des instruments d'encadrement &#233;tatiste des travailleurs, des rouages d'asservissement de la force de travail aux exigences productives de l'&#233;conomie nationale (...) les syndicats cog&#232;rent la production capitaliste avec le patronat &#187; (Echanges, n&#176; 76, 1993). Nous sommes l&#224; face &#224; une formulation largement partag&#233;e, mais que signifie : &#171; les syndicats sont des instruments d'encadrement &#233;tatiste des travailleurs &#187; ? La formule est merveilleusement ambigu&#235;. Il s'agit d'un &#171; encadrement &#233;tatiste &#187;, mais le simple fait de rajouter &#171; des travailleurs &#187; vaut explication pour le diff&#233;rencier par exemple de la police. Les travailleurs vont utiliser les syndicats, avoir toutes sortes de relations avec eux puisque : c'est &#171; l'encadrement &#233;tatique &lt;i&gt;des&lt;/i&gt; travailleurs &#187;, la tautologie vaut explication. Dans cette caract&#233;risation radicale des syndicats, on nous dit que les syndicats ne sont pas des &#171; organes de m&#233;diation entre le capital et le salariat &#187;. Soit cela signifie qu'il ne peut pas y en avoir : Capital d'un c&#244;t&#233;, Salariat de l'autre. Mais alors &lt;i&gt;quid&lt;/i&gt; de l'implication r&#233;ciproque (exploitation) entre capital et salariat, un des truismes de toute analyse du mode de production capitaliste. Soit cela signifie qu'il pourrait y en avoir mais que de nos jours les syndicats sont totalement int&#233;gr&#233;s du c&#244;t&#233; du capital. Mais alors si &#171; l'encadrement capitaliste des travailleurs &#187; est cet organe ext&#233;rieur (encadrement) &lt;i&gt;quid&lt;/i&gt; &#224; nouveau de l'implication r&#233;ciproque, cela devient une force ext&#233;rieure d'encadrement. D&#232;s que l'on pose la question en termes de m&#233;diation que ce soit pour dire oui ou non, il y a une proposition fondamentale que l'on a &#171; oubli&#233;e &#187; : le prol&#233;tariat est une classe du mode de production capitaliste, et c'est ce qui fait que le syndicalisme fonctionne &lt;i&gt;dans&lt;/i&gt; la classe et par elle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'activit&#233; syndicale est une fonction n&#233;cessaire de l'activit&#233; de classe (classe du mode de production capitaliste), les syndicats n'interviennent pas ext&#233;rieurement &#224; cette existence et cette activit&#233;. Que seraient les &#171; appareils &#187; si le prol&#233;tariat n'&#233;tait pas une classe du mode de production capitaliste d&#233;finie dans une implication r&#233;ciproque avec le capital, si le syndicalisme n'&#233;tait pas, par l&#224;, une activit&#233; qui d&#233;borde les organisations syndicales : coordinations, ou simple activit&#233;s des gr&#233;vistes qui peuvent &#234;tre syndicalistes sans appareils ni syndicats. Il peut exister un syndicalisme de base avec ou sans institution ou s'incrustant dans les organisations les plus officielles. Combien de fois a-t-on vu dans le cours d'une lutte, dans une entreprise o&#249; il n'y avait pas de syndicats, les &#233;l&#233;ments les plus dynamiques dans le conflit fonder une section syndicale ; ce qui ne pr&#233;sume pas bien-s&#251;r du r&#244;le que celle ci peut ensuite jouer. Comme l'a montr&#233; la lutte contre la r&#233;forme des retraites, le syndicalisme n'est pas structurellement une question d'organisation ou d'institution mais de mode d'activit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les syndicats et le syndicalisme en g&#233;n&#233;ral ne sont pas une manipulation plus ou moins ext&#233;rieure de l'activit&#233; de la classe ouvri&#232;re ou une courroie de transmission de l'Etat &#224; l'int&#233;rieur de la classe. Il faut une bonne fois pour toutes reconna&#238;tre que la classe ouvri&#232;re est une classe du mode de production capitaliste, qu'elle est dans un rapport conflictuel d'implication r&#233;ciproque avec le capital (m&#234;me si elle peut &#234;tre &#224; m&#234;me de d&#233;passer ce rapport). Ce rapport, l'exploitation, est la dynamique m&#234;me de la reproduction du mode de production, de l'accumulation du capital. Dans cette contradiction qu'est l'exploitation, le prol&#233;tariat produit le capital et se reproduit lui-m&#234;me dans son rapport &#224; lui. Les int&#233;r&#234;ts respectifs sont simultan&#233;ment irr&#233;conciliables et le fondement m&#234;me de la reproduction respective des termes. Dans ce proc&#232;s les termes ne sont cependant pas dans une situation de r&#233;flexivit&#233; &#233;galitaire, c'est toujours le capital qui dans l'exploitation subsume sous lui le travail et &#224; l'issue de chaque cycle appara&#238;t comme concentrant toutes les conditions de la reproduction du rapport, c'est en cela qu'il se pr&#233;suppose lui-m&#234;me dans sa relation avec le prol&#233;tariat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le syndicalisme exprime ce proc&#232;s, &lt;i&gt;il exprime l'activit&#233; de la classe en ce qu'elle implique conflictuellement le capital et pr&#233;suppose son rapport &#224; lui&lt;/i&gt;. Mais, et c'est fondamental, c'est dans le capital que la reproduction de ce rapport trouve constamment les conditions de son renouvellement. C'est en cela que, fonction de l'implication r&#233;ciproque, le syndicalisme se trouve n&#233;cessairement amen&#233; &#224; envisager le renouvellement de ce rapport sur la base des n&#233;cessit&#233;s du capital, il n'a pas le choix. Le conflit ne peut d&#233;passer le carcan de la logique &#233;conomique capitaliste, et &lt;i&gt;les syndicats sont les garants qu'il s'y maintient&lt;/i&gt;. De l&#224; d&#233;coulent toutes les pratiques imm&#233;diates du syndicalisme : fonction de l'activit&#233; de la classe, dans son implication r&#233;ciproque avec le capital, le syndicat ne peut alors que travailler &#224; conforter et &#224; reproduire cette implication. Les syndicats jouent leur partition mais ne peuvent la jouer et la faire plus ou moins entendre dans les luttes que parce qu'ils sont &lt;i&gt;l'expression fonctionnelle d'une situation r&#233;elle de la classe&lt;/i&gt;. Il faut comprendre autrement que par les subventions de l'Etat (bien r&#233;elles), et les mystifications (souvent efficaces), pourquoi l'action syndicale, toujours critiqu&#233;e, est cependant toujours pr&#233;sente dans son r&#244;le de remise en ordre de l'implication r&#233;ciproque entre les classes, au b&#233;n&#233;fice structurel de la reproduction du mode de production, m&#234;me si cela passe par une opposition imm&#233;diate &#224; la classe dominante, se concevant elle m&#234;me unilat&#233;ralement, comme p&#244;le particulier du rapport.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Consid&#233;rer les syndicats comme l'expression fonctionnelle d'une situation r&#233;elle de la classe ouvri&#232;re permet d'int&#233;grer les pratiques et initiatives syndicales &#224; l'int&#233;rieur m&#234;me de la compr&#233;hension des luttes imm&#233;diates, comme un de leurs moments, et le syndicalisme (avec ou sans institutions) comme toujours r&#233;invent&#233; dans la lutte des classes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut proclamer que les travailleurs doivent s'occuper eux-m&#234;mes de leurs affaires, ne rien attendre des syndicats, ne rien leur demander. Le probl&#232;me c'est que les travailleurs n'agissent pas ainsi. En m&#234;me temps qu'ils s'occupent eux-m&#234;mes de leurs affaires, ils demandent aux syndicats de s'en occuper parce que, dans certaines circonstances et pour certaines &#171; affaires &#187;, ils consid&#232;rent, avec raison, les syndicats comme &#233;tant aussi ce fameux &#171; eux-m&#234;mes &#187;. Durant les luttes de l'automne 2010, ce ne sont pas seulement les militants syndicalo-gauchistes de SUD, de LO ou du NPA qui cherchaient &#224; &#171; pousser &#187; les syndicats, mais des milliers de travailleurs. Avant m&#234;me de leur r&#233;clamer la &#171; gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale &#187;, ils leur demandaient des pr&#233;avis de gr&#232;ve, de se prononcer sans ambigu&#239;t&#233; pour les gr&#232;ves reconductibles &lt;i&gt;et&lt;/i&gt; d'imposer des n&#233;gociations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Syndicats et syndicalisme de base&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est pas parce que les formes actuelles de lutte, comme les blocages ou les AG, sont d&#233;cal&#233;es par rapport &#224; celles qu'affectionnent &#224; l'ordinaire les directions syndicales qu'elles expriment le d&#233;passement du syndicalisme. &#171; Rappelons-nous la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale &#224; la SNCF de 1986. Les premi&#232;res assembl&#233;es souveraines rencontr&#232;rent l'hostilit&#233; de l'appareil de la CGT, qui n'&#233;tait pas &#224; l'initiative de la paralysie du r&#233;seau ferr&#233; et qui y &#233;tait m&#234;me oppos&#233;e. Elles furent encens&#233;es par les ultimes partisans du communisme des Conseils et autres apologistes de la d&#233;mocratie directe comme la voie de passage obligatoire pour rompre avec le syndicalisme et subvertir le monde. Or, &#224; partir du moment o&#249; la hi&#233;rarchie syndicale les a reconnues comme modes de repr&#233;sentation n&#233;cessaires, voire les a organis&#233;es elle-m&#234;me, et que l'Etat les a ent&#233;rin&#233;es sans chercher &#224; les disperser, elles sont devenues la feuille de vigne des magouilles syndicales. Les bonzes de la SNCF, &#224; condition d'en respecter le c&#233;r&#233;monial, pouvaient y jouer le r&#244;le de d&#233;l&#233;gu&#233;s d&#233;sign&#233;s et r&#233;vocables par les masses souveraines. (&#8230;) La faillite des assembl&#233;es sanctionna l'am&#232;re r&#233;alit&#233; : l'immense majorit&#233; des gr&#233;vistes n'avaient d'autre perspective que de maintenir ou d'am&#233;liorer leur condition. En d'autres termes, ils restaient syndicalistes dans l'&#226;me. Dix ans plus tard, &#224; la veille de la derni&#232;re gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale &#224; la SNCF impuls&#233;e, elle, par la CGT, naissait SUD, h&#233;ritier testamentaire des illusions charri&#233;es par des assembl&#233;es, amalgam&#233;es au citoyennisme en cours de constitution. Lequel est devenu l'id&#233;ologie officielle des oppositions de la pr&#233;tendue 'soci&#233;t&#233; civile &#187; au pouvoir d'Etat, recycl&#233;e jusque dans les colonnes de la &lt;i&gt;Vie ouvri&#232;re&lt;/i&gt;, l'organe de la CGT. &#187; (Peter Vener, &lt;i&gt;La forme d'abord&lt;/i&gt;, texte sur le net en pdf).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A propos de ces m&#234;mes coordinations et assembl&#233;es de base des ann&#233;es 1980, &lt;i&gt;Th&#233;orie Communiste&lt;/i&gt; &#233;crivait dans son n&#176; 10 (d&#233;cembre 1990) : &#171; Dans cet ancien cycle de luttes, dont les caract&#233;ristiques centrales &#233;taient la conqu&#234;te de l'autonomie, l'auto-organisation, l'autogestion, ce n'&#233;tait qu'en s'opposant &#224; ce qui pouvait le d&#233;finir comme classe du mode de production capitaliste que le prol&#233;tariat pouvait &#234;tre r&#233;volutionnaire. (&#8230;) La supercherie actuelle relative &#224; l'analyse des mouvements r&#233;cents en termes d'auto-organisation r&#233;side dans le fait que ce qui est pr&#233;sent&#233; comme processus r&#233;volutionnaire n'est que l'affirmation de ce que le prol&#233;tariat est dans le mode de production capitaliste, on est revenu &#224; une plate apologie de la condition ouvri&#232;re et c'est l&#224; le fond de commerce commun &#224; toutes les analyses. On est retomb&#233; dans l'id&#233;ologie gestionnaire la plus plate : 'Le mouvement a tent&#233; de prolonger cette organisation de base par d'autres structures autonomes sur le plan r&#233;gional et national. On peut voir l&#224; l'esquisse d'une organisation compl&#232;te de l'autonomie de la lutte, qui peut pr&#233;figurer l'organisation de toute la vie sociale par des comit&#233;s reposant enti&#232;rement sur des assembl&#233;es de base, prenant leur propre destin&#233;e en mains et &#233;liminant du m&#234;me coup toutes les structures qui les dominent dans cette soci&#233;t&#233;' (Liaisons, n&#176;2)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Liaisons &#233;tait un bulletin conseilliste qui s'&#233;tait d&#233;marqu&#233; d'Echanges sur (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-18&#034;&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187; (op. cit., pp. 6-7).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec la fin de l'identit&#233; ouvri&#232;re reconnue dans la reproduction du capital et la crise des repr&#233;sentations syndicales et politiques de la classe ouvri&#232;re qu'elle contient, le syndicalisme dans son sens le plus g&#233;n&#233;ral est devenu diffus, ce que nous appelons syndicalisme de base dans ce texte. L'ill&#233;gitimit&#233; de la revendication salariale rend le ph&#233;nom&#232;ne encore plus sensible et instable. Il y avait, durant les ann&#233;es 1950, 1960, 1970, des d&#233;bordements des syndicats, des organismes autonomes qui apparaissaient, des comit&#233;s de gr&#232;ve de base, ils &#233;taient combattus (jusqu'&#224; la violence physique) par les Centrales qui ne modifiaient pas leur strat&#233;gie et persistaient &lt;i&gt;contre ces contestations&lt;/i&gt; dans leurs modalit&#233;s d'existence que fondamentalement d&#233;finissait le r&#244;le fonctionnel de la revendication et la reconnaissance de l'identit&#233; ouvri&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Depuis que les salari&#233; de Cellatex ont menac&#233; d'employer la m&#233;thode de la terre br&#251;l&#233;e en 2001, elle (la CGT) a entam&#233; le douloureux recentrage &#224; la base, sur le mod&#232;le de SUD. D'o&#249; la compr&#233;hension embarrass&#233;e qu'elle manifeste d&#233;sormais envers des actes qu'elle n'a pas pr&#233;vus. (&#8230;) Pour le surf par gros temps, les vieux crabes de la CGT comptent sur des crustac&#233;s plus jeunes, mais aux pinces d&#233;j&#224; longues, qu'ils laissent m&#234;me depuis quelques ann&#233;es grimper dans les &#233;tages du si&#232;ge de Montreuil pour en consolider les fondations. Trotskystes de tous poils, autonomes assagis, mao&#239;stes repentis, lyc&#233;ens contestataires d'hier d&#233;j&#224; bureaucrates d'aujourd'hui&#8230; constituent le fer de lance de la r&#233;novation en cours. Pas seulement &#224; SUD, bien que le syndicalisme citoyenniste soit leur domicile pr&#233;f&#233;r&#233;. Leur activisme, qui va parfois jusqu'au coup de main, n'est pas antagonique avec les habitudes de la centrale qui veulent que, en cas de besoin, les bonzes mettent la main &#224; la p&#226;te pour en redorer le blason.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; A l'image de SUD, la CGT a donc approuv&#233; des actes d&#233;lictueux et les a couverts face aux m&#233;dias. (&#8230;) De plus, elle a organis&#233; elle-m&#234;me des actions parfois justiciables et, tradition de la maison oblige, elle ne les a pas revendiqu&#233;es toutes, histoire de faire passer des vessies pour des lanternes. (&#8230;) Pas mal de radicaux, en particulier ceux qui ne sont pas confront&#233;s au monde du travail, &lt;i&gt;limitent l'action syndicale aux randonn&#233;es p&#233;destres&lt;/i&gt; (c'est nous qui soulignons) qu'ils croisent sur des parcours balis&#233;s dans les zones urbaines. Ils ont donc aval&#233; la couleuvre sans sourciller. (&#8230;) Le sens de l'op&#233;ration promotionnelle a &#233;chapp&#233; &#224; bien des radicaux, fascin&#233;s par l'activisme d&#233;ploy&#233; par la centrale, sans commune mesure avec le leur, vu les moyens dont elle dispose, du moins dans le secteur de l'&#233;nergie. Bluff&#233;e, la CNT francilienne a m&#234;me parl&#233; de la 'multiplication d'actes de sabotage et de blocage diffus'. A Paris, capitale du spectacle radical, le ridicule ne tue plus. &#187; (&lt;i&gt;Ibid&lt;/i&gt;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour Peter Vener, les limites que les luttes de l'automne 2010, comme les pr&#233;c&#233;dentes qu'il analyse, sont en elles-m&#234;mes le non-d&#233;passement du caract&#232;re syndicaliste, revendicatif, de la lutte : le fait que les blocages quoiqu'on ait pu en dire ne d&#233;passent pas cet objectif. Il fait la critique de la confusion entre forme (blocage) et contenu r&#234;v&#233; (bloquer l'&#233;conomie) et de sa r&#233;cup&#233;ration par ceux qui pr&#233;tendent aller plus loin en g&#233;n&#233;ralisant une forme qui n'a pas le contenu susceptible de le faire. Cependant, tout est pr&#233;sent&#233; comme si les organisations syndicales ma&#238;trisaient les tenants et aboutissants, comme si cela &#233;tait cousu de fils tiss&#233;s entre elles et l'Etat&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;On peut &#233;galement ajouter &#224; la critique de l'analyse tr&#232;s int&#233;ressante mais (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-19&#034;&gt;19&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Il prend le contrepied de ceux qui voient dans certaines formes de luttes un 'embryon', 'le matin du grand soir'. Salutaire douche froide, mais encore ? On se demande alors un peu pourquoi, malgr&#233; tout, il y a eu cette lutte et pas rien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui fait du mouvement sur les retraites de l'automne 2010 un &#233;v&#233;nement d'aujourd'hui, c'est le contexte mondial du rapport entre accumulation du capital et reproduction de la force de travail dans lequel s'effondrent les sp&#233;cificit&#233;s de l'Etat-providence fran&#231;ais (long processus imperfectif de par la nature de la restructuration mais qui s'acc&#233;l&#232;re dans la situation actuelle de la crise de cette phase du mode de production capitaliste). Ce n'est pas la m&#234;me chose de mener une lutte revendicative &#8211; quelles qu'en soient les formes, institutionnelles ou de base, manifestations ou blocages - quand elle est vou&#233;e &#224; l'&#233;chec, et qu'on le sait, par rapport &#224; l'&#233;poque o&#249; ces luttes pouvaient gagner. Ce n'est pas la m&#234;me chose quand sont en cause d'un c&#244;t&#233; la p&#233;rennisation de l'exploitation et, de l'autre, &lt;i&gt;l'appartenance de classe comme limite &#224; la lutte&lt;/i&gt; &lt;i&gt;et non simplement le syndicalisme&lt;/i&gt;. Il s'agit maintenant de caract&#233;riser les limites de la lutte de classe comme &#233;tant celles de l'implication r&#233;ciproque entre prol&#233;tariat et capital quand ce dernier ne produit plus aucune confirmation en lui-m&#234;me de la classe pour elle-m&#234;me. Fin de l'identit&#233; ouvri&#232;re, ill&#233;gitimit&#233; de la revendication : les deux sont corollaires et c'est explosif. Cela signifie que c'est dans les actions revendicatives les plus triviales que peut s'annoncer la production de l'appartenance de classe comme une contrainte ext&#233;rieure. Une gr&#232;ve qui s'&#233;ternise, un mouvement qui se durcit, un blocage qui devient effectif, un affrontement qui ne se diff&#232;re pas, autant de marques d'une situation qui &#233;chapperait au syndicalisme. Pour aller o&#249; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les centrales ont encore cette fois parfaitement ma&#238;tris&#233; leur r&#244;le d'&#233;quilibriste&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;A la CGT, les contradictions entre la ligne Thibaut et les f&#233;d&#233;rations les (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-20&#034;&gt;20&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; pour maintenir le contact avec leurs militants &lt;i&gt;et tous les autres&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gr&#232;ves et blocages&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les blocages syndicalistes acceptaient le soutien de tous, malgr&#233; les pr&#233;ventions &#233;videntes de la CGT vis-&#224;-vis de tout ce qui est non-encadr&#233;. De la m&#234;me mani&#232;re que l'intersyndicale organisait les manifestations, le soutien aux blocages est accept&#233; exactement comme soutien citoyen &#224; des revendications justes s'articulant &#224; la grande revendication salariale unanime de d&#233;fense de la retraite. &#171; Autant la pratique du piquet volant peut &#234;tre une force du mouvement, donnant &#224; tout le monde la possibilit&#233; d'y participer, rendant les modalit&#233;s d'action &#224; ceux qui y participent. Chaque piquet volant pouvant d&#233;terminer son champ d'action, ses objectifs. Autant il peut juste servir de main-d'&#339;uvre &#224; des syndicalistes en mal de troupes, comme on l'a vu sur certaines raffineries. Autant il ne peut &#234;tre qu'une nouvelle forme de la politique citoyenne, le piquet volant n'&#233;tant alors qu'un groupe d'individus marquant son soutien. Recherchant comme seul contenu que d'am&#233;liorer les choses. Force est de constater qu'il est impossible de trancher entre l'une ou l'autre des tendances. Plus pr&#233;cis&#233;ment, elles se sont toutes juxtapos&#233;es, sans jamais se confronter parce que la revendication consensuelle ne fut jamais critiqu&#233;e. &#187; (&lt;i&gt;Paradoxes en automne&lt;/i&gt;). Une chose est s&#251;re cependant : en tant que forme de lutte, le piquet volant, comme le blocage qui est sa raison d'&#234;tre, ne porte en lui-m&#234;me aucune &lt;i&gt;potentialit&#233;&lt;/i&gt; inscrite dans son ADN.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'il n'y a pas de sortie du syndicalisme (qui en fait n'est pas le fond du probl&#232;me, celui-ci &#233;tant maintenant l'appartenance de classe et le fait de lutter en tant que classe), le soutien r&#233;ciproque et le d&#233;placement n'est pas une sortie du corporatisme et des segmentations mais leur addition&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-21&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cela peut m&#234;me &#234;tre parfois une somme alg&#233;brique : qu'aurait signifi&#233;, &#224; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-21&#034;&gt;21&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Cela peut &#234;tre utile, mais ce n'est que &#231;a. La sortie de la division ce n'est pas la somme des &#233;l&#233;ments divis&#233;s, c'est la suppression de ce qui les divise : le fait d'&#234;tre des prol&#233;taires et de ce fait d'avoir l'unit&#233; de leur existence en tant que classe repr&#233;sent&#233;e face &#224; eux objectiv&#233;e dans la reproduction du capital. On peut esp&#233;rer &#171; intensifier le rapport de force &#187; (AG de luttes d'Avignon), mais cela ne dit pas quel est le contenu de ce &#171; rapport de force &#187; et surtout on n'intensifie que ce qui cherche &#224; s'intensifier et, quand c'est le cas, cela se voit tr&#232;s rapidement. A l'&#233;vidence, ce n'&#233;tait pas le cas du mouvement de l'automne 2010.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un texte r&#233;dig&#233; dans le cours du mouvement, on pouvait lire : &#171; C'est dans le mouvement de la contestation que la critique de tout ce qui existe peut se transformer en proposition pour qu'il existe quelque chose d'autre. Il faut bloquer la production capitaliste et partager ce qui est d&#233;j&#224; produit, puis partager la mani&#232;re dont on pourra continuer &#224; faire vivre ce partage. &#187; (L&#233;on de Mattis, &lt;i&gt;Ce qui est en jeu ce n'est plus seulement les retraites&lt;/i&gt;, sur le net). L&#224;, le bocage de la production est consid&#233;r&#233; en lui-m&#234;me comme le dernier acte avant le passage &#224; la r&#233;volution (communisation). En insistant sur la dynamique que pourrait avoir certaines formes de luttes on r&#233;introduit une transcroissance entre la lutte revendicative et la r&#233;volution. Ce dernier acte pourrait tout aussi bien &#234;tre la &#171; r&#233;cup&#233;ration des entreprises &#187; et toutes les contradictions (travail, &#233;changes, localisation de la production, relations avec les pr&#233;caires et les ch&#244;meurs, etc.) qui en r&#233;sulterait. Il est exact que le saut qualitatif entre luttes revendicatives et r&#233;volution est un d&#233;passement produit, on peut le d&#233;terminer quant &#224; son contenu, mais vouloir donner une forme &#224; ce contenu c'est consid&#233;rer que la lutte revendicative dans son cours de lutte revendicative sort d'elle-m&#234;me, par certaines de ses formes, de son caract&#232;re revendicatif. Ici, quelque chose se met en boucle entre la conception du blocage et la &#171; n&#233;cessit&#233; &#187; de l'intervention. Et puis, que partage-t-on de ce qui est d&#233;j&#224; produit ? Ce dont on a besoin pour la lutte. Le partage en lui-m&#234;me n'est pas grand-chose si c'est le partage de t&#233;l&#233;viseurs &#224; &#233;cran plasma ou de surv&#234;tements Lacoste (m&#234;me si, selon les go&#251;ts, les uns et les autres puissent faire plaisir). La r&#233;volution ce n'est pas &lt;i&gt;l'An 01&lt;/i&gt; (le film post 1968) : &#171; on arr&#234;te tout et on r&#233;fl&#233;chit &#187;. Malheureusement, ce qui &#233;tait en jeu c'&#233;tait toujours les retraites et toutes les revendications particuli&#232;res des gr&#232;ves diverses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les blocages ne sont pas sortis de leur rapport aux gr&#232;ves dans leur intermittence, le d&#233;veloppement de la pratique de blocage pour elle-m&#234;me comme pratique nouvelle ayant sa dynamique et sa &#171; potentialit&#233; &#187; propre n'a pas exist&#233;. Les blocages se sont inscrits dans l'activit&#233; des gr&#232;ves, leur efficacit&#233; est rest&#233;e conditionn&#233;e, dans chaque cas, par la poursuite de la gr&#232;ve ou par son inexistence sur le site bloqu&#233;, et, pour les blocages &#233;pisodiques et volants, par la poursuite g&#233;n&#233;rale des gr&#232;ves. Les blocages n'ont que de fa&#231;on absolument exceptionnelle (et encore&#8230;) &#171; d&#233;border les cadres impos&#233;s par les syndicats &#187; (tract &lt;i&gt;Premier Round&lt;/i&gt; distribu&#233; &#224; Paris lors de la manif du 28 octobre) qui en ont initi&#233; et contr&#244;l&#233; de bout en bout l'immense majorit&#233;, il n'y avait pas non plus les &#171; bons gr&#233;vistes &#187; et les &#171; bloqueurs &#187;. L&#224; o&#249; les blocages ont pu avoir un minimum d'efficacit&#233; (raffineries), il &#233;tait &#233;vident, m&#234;me dans le discours des m&#233;dias et celui de l'Etat que &#171; bloqueurs &#187; et &#171; gr&#233;vistes &#187; &#233;taient identiques. Que cela soit &#224; Avignon, &#224; Strasbourg, ou &#224; Rennes, les AG &#171; autonomes &#187; s'aper&#231;oivent que leurs tentatives d'action ne sont pas grand chose sans les &#171; bureaucraties syndicales locales &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question n'est pas celle de formes d'actions mais de leur contenu, or quelle que soit la forme d'action (blocage, AG interpro, ou gr&#232;ve), le syndicalisme est demeur&#233; ce contenu. Plus g&#233;n&#233;ralement m&#234;me, la limite en jeu ce n'est plus maintenant le syndicalisme mais l'appartenance de classe qui est apparue en tant que telle comme limite dans la segmentation du mouvement, les divisions de la classe, son unit&#233; comme simple id&#233;al mis en sc&#232;ne par les grandes manifestations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le blocage est une forme de la gr&#232;ve, souvent une forme adapt&#233;e au type d'activit&#233; m&#234;me des entreprises bloqu&#233;es. Ce sont des entreprises de service ou de quasi-service en flux continu dont l'arr&#234;t de fonctionnement implique le blocage qu'il soit de fait ou ouvertement annonc&#233;. Ne plus raffiner c'est ne plus fournir de produits raffin&#233;s en temps r&#233;el ; de m&#234;me que ne plus ramasser les ordures.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'analogie avec la gr&#232;ve des transports (qui est un blocage par d&#233;finition) magnifie le blocage et &#233;voque la grande gr&#232;ve &#171; par procuration &#187; de 95 qui fut plus ou moins victorieuse et qui f&#251;t l'inauguration de la petite d&#233;cennie d&#233;mocrate radicale (1995-2003) qui vit &#8211; en France - une s&#233;rie de &#171; mouvements sociaux &#187; dans lesquels la gr&#232;ve des transports joua un r&#244;le central et qui lorsque elle &#233;tait absente, comme en 2003, manquait cruellement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut sans doute l&#233;gitimement penser que ce sont ces mouvements sociaux qui ont g&#233;n&#233;r&#233;s le mythe du &#171; blocage des flux &#187; vu comme le d&#233;passement de la revendication et comme l'ouverture de &#171; La r&#233;volution &#187;. Ce mythe est d'ailleurs tr&#232;s similaire &#224; celui de la &#171; gr&#232;ve expropriatrice &#187; de l'anarcho-syndicalisme. Le paradoxe le plus ironique serait que le regret d&#233;mocrate radical de la lutte de classe identitaire du programme ouvrier laisse maintenant la place &#224; un regret &#171; communiste &#187; des mouvements sociaux du d&#233;mocratisme radical !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Durant le mouvement d'octobre- novembre 2010 contre la r&#233;forme des retraites, la multiplication des blocages d'importance et de dur&#233;e tr&#232;s diverses a paru prendre le dessus sur la gr&#232;ve comme mode d'action et m&#234;me s'en diff&#233;rencier quant &#224; ses acteurs et ses finalit&#233;s. C'est cependant tordre la r&#233;alit&#233; que de poser une dissociation entre gr&#232;ve et blocage&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-22&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cette th&#232;se de la dissociation est d&#233;fendue dans le texte de L&#233;on de Mattis (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-22&#034;&gt;22&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Dans le cours du mouvement cette dissociation n'est pas apparue mais, au contraire, les blocages accompagnaient un mouvement de gr&#232;ves intermittentes et sp&#233;cifiques. Les unes (les gr&#232;ves intermittentes) et les autres (les blocages) r&#233;pondent aux formes actuelles du salariat qui rendent la gr&#232;ve difficile avec, dans ce cas particulier, l'absence de gr&#232;ve continue massive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aucun exemple de blocage ne montre une &lt;i&gt;dissociation&lt;/i&gt; entre gr&#232;ve et blocage. Effectivement le blocage vient en renfort de la gr&#232;ve qui a &#233;t&#233; suivie par intermittence, l'activit&#233; de gr&#232;ve qu'&#233;tait le blocage se poursuivait hors gr&#232;ve. En d&#233;fendant la th&#232;se de la dissociation, L&#233;on de Mattis (op. cit.) distingue les objectifs de l'une et de l'autre de ces formes d'actions : &#171; Alors que l'objectif de la gr&#232;ve est de faire plier le patron en lui faisant perdre l'argent de sa production, l'objectif du blocage est d'aller au-del&#224; en termes de nuisance et de porter des coups en dehors du strict p&#233;rim&#232;tre de l'entreprise employeuse. C'est cette g&#233;n&#233;ralisation de l'objectif poursuivi qui a permis de lancer le mot d'ordre du 'blocage de l'&#233;conomie' par le blocage des flux. Certes cet objectif est encore tr&#232;s ambitieux et en total d&#233;calage avec la r&#233;alit&#233; de la pratique actuelle du blocage. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le blocage va au-del&#224; de quoi ? Ce qui ferait du blocage une pratique particuli&#232;re ce serait sa &#171; g&#233;n&#233;ralisation &#187; comme &#171; blocage des flux &#187;. Mais l&#224;, si on consid&#232;re le mouvement d'octobre, il faut revoir son enthousiasme &#224; la baisse. Le blocage n'est pas une pratique abstraite comportant un sens toujours d&#233;j&#224; l&#224;, quel que soit le mouvement dans lequel il s'inscrit. A raisonner ainsi, on aboutit &#224; consid&#233;rer que c'est le mouvement d'octobre qui n'est pas all&#233; assez loin et qui s'est retrouv&#233; en d&#233;calage avec l'une de ses propres pratiques, ou une de ses pratiques qui s'est retrouv&#233; en d&#233;calage avec le mouvement, c'est pareil.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les pratiques r&#233;elles de blocage sont alors mises en regard d'un sens intrins&#232;que de la Pratique du Blocage. Si on regarde comment ces blocages &#233;taient inscrits dans le mouvement, on voit que ce sont les revendications sectorielles donnant chair &#224; la revendication g&#233;n&#233;rale qui donnaient lieu &#224; ces blocages. Ce n'&#233;tait pas bloquer l'&#233;conomie pour bloquer l'&#233;conomie, car m&#234;me si cette dimension n'&#233;tait pas compl&#232;tement &#233;trang&#232;re au mouvement c'&#233;tait un mouvement revendicatif et c'&#233;taient des blocages revendicatifs aussi. Il n'y a pas eu de d&#233;calage parce que s'il peut y avoir des contradictions, des impasses, il n'y a jamais de d&#233;calage ou d'anachronisme entre une lutte et ses pratiques. Dans l'engouement que les blocages ont suscit&#233;, il y avait toujours l'&#233;valuation des blocages r&#233;ellement existant en regard d'une pratique du blocage hors contexte et hors &#171; actuel &#187;. D&#232;s que l'on essentialise des &#233;l&#233;ments du r&#233;el, on est ensuite oblig&#233; de parler en termes de &lt;i&gt;potentialit&#233;&lt;/i&gt; (voir plus loin &#224; propos de l'activisme).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La gr&#232;ve, parce qu'elle porte revendication, participe de la reproduction du rapport prol&#233;tariat / capital &#187; ; &#171; Elle n'est plus qu'un instrument aux mains des syndicats dans la n&#233;gociation du prix de la force de travail &#187; ; &#171; La gr&#232;ve ne paralyse pas le pays&#8230;mais le prol&#233;tariat ! &#187; ; &#171; La gr&#232;ve est englu&#233;e dans la l&#233;galit&#233;, encadr&#233;e qu'elle est par tout un dispositif l&#233;gislatif qui lui coupe d'embl&#233;e toute initiative hors du rapport prol&#233;tariat / capital &#187;. Toutes ces affirmations de L&#233;on de Mattis dans le texte &lt;i&gt;Gr&#232;ve vs blocage&lt;/i&gt; d&#233;valorisent la gr&#232;ve en tant que telle et nous nous retrouvons, comme souvent avec l'&#233;meute, devant l'apologie d'une forme de lutte contre une autre. Comme le blocage est suppos&#233; moins contr&#244;lable, hors l&#233;galit&#233; et hors contr&#244;le syndical (ce que les blocages tr&#232;s largement n'ont pas &#233;t&#233; durant ce mouvement), il rendrait &#224; la gr&#232;ve son caract&#232;re de lutte. Il permettrait de rompre l'atomisation des &#171; citoyens qui doivent individuellement se positionner face &#224; la d&#233;cision de se mettre en gr&#232;ve &#187; (&lt;i&gt;idem&lt;/i&gt;). La s&#233;paration dans le mouvement qui a r&#233;ellement eu lieu en octobre et novembre 2010 des gr&#232;ves et des blocages est une approche purement formelle qui cr&#233;e une id&#233;ologie des formes de luttes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces blocages n'ont rien demand&#233; de plus (car ils ont demand&#233; des choses, ils ont revendiqu&#233;) que les gr&#232;ves. Dans les raffineries, les blocages (tr&#232;s syndicaux) &#233;taient la gr&#232;ve r&#233;ellement existante. Les gr&#232;ves &#233;taient revendicatives et les blocages aussi, ce n'&#233;tait pas les &#233;meutes de 2005 en France ou la Gr&#232;ce de d&#233;cembre 2008. Tout au contraire, on peut &#233;galement comprendre l'extension des blocages comme un contournement de la faiblesse du mouvement, une sorte de palliatif et peut-&#234;tre m&#234;me comme l'effet d'une forte r&#233;ticence &#224; s'engager dans un conflit plus dur : le sachant perdu. Car s'il y a bien une &#233;vidence dans ce mouvement l&#224;, c'est celle de la conscience que la revendication jouant le r&#244;le de revendication centrale, unifiante, n'aboutirait pas. Ce n'est pas un hasard si les gr&#232;ves n'ont plus ou moins &#233;t&#233; majoritaire et n'ont tenu que l&#224; o&#249; elles engageaient d'autres raisons de conflits que la revendication sur la r&#233;forme des retraites.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aucune forme d'action n'a en elle-m&#234;me, en tant que forme, sa dynamique. La dynamique d'une lutte est indissociablement dans son contenu et dans ses formes. Ce qui importe ce n'est pas de raisonner sur le blocage et la gr&#232;ve, le blocage ou la gr&#232;ve, mais sur la dynamique de l'action revendicative quand la revendication ne fait plus conflictuellement syst&#232;me dans l'accumulation du capital. Aucune forme ne fournit par sa seule existence, ne serait-ce que potentiellement, la preuve de la radicalit&#233; de son contenu. Les blocages n'ont pas d&#233;pass&#233; aujourd'hui l'horizon du syndicalisme qu'ils aient &#233;t&#233; ouvertement syndicaux ou &#171; &lt;i&gt;sauvages&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La compr&#233;hension des blocages en opposition &#224; la gr&#232;ve n&#233;cessite de transformer la gr&#232;ve en une activit&#233; ayant perdu toute efficacit&#233; et m&#234;me &#233;tant devenue une simple activit&#233; &#171; citoyenne &#187; par laquelle on se compte et on manifeste une opinion. Si la gr&#232;ve &#233;tait devenue ce que suppose son opposition au blocage, il n'y aurait pas eu de blocages. Les blocages ne viennent pas faire jouer &#224; la gr&#232;ve ce r&#244;le de paralysie de l'&#233;conomie que son encadrement citoyen lui aurait fait perdre&lt;i&gt;. &lt;/i&gt;Les gr&#232;ves de l'automne 2010 n'ont pas paralys&#233; l'&#233;conomie parce qu'elles n'&#233;taient pas suivies et pas massives (outre les jours J ou dans des secteurs particuliers) pas parce qu'elles &#233;taient encadr&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Il est tout &#224; fait logique de distinguer gr&#232;ve et blocage. La gr&#232;ve avec blocage est une contre tendance &#224; l'&#233;volution de la gr&#232;ve tout court. Elle rend &#224; la gr&#232;ve son caract&#232;re de lutte. &#187; soutient L&#233;on de Mattis. &#171; Gr&#232;ve &#187;, &#171; blocage &#187;, tout cela fonctionne sur des pratiques devenues des abstractions normatives : faire du blocage une pratique ayant un sens intrins&#232;que quel que soit les luttes et les p&#233;riodes dans lesquelles il s'inscrit Le syst&#232;me ne tient alors debout qu'&#224; la condition du d&#233;calage entre une pratique consid&#233;r&#233;e dans sa potentialit&#233; d'avec la situation dans laquelle elle appara&#238;t et existe. En fait, il y aurait eu une pratique de lutte, les blocages, qui aurait &#233;t&#233; &#224; contre-mouvement, alors que, dans le mouvement, bien au contraire, cela n'apparaissait pas du tout conflictuel. Tout le cours du mouvement a montr&#233; que les blocages comme les gr&#232;ves &#233;taient soumis &#224; la m&#234;me initiative et au m&#234;me encadrement syndical. La dynamique d'un mouvement ou sa limite ne se situent pas dans des pratiques de lutte comme possibilit&#233; ou potentialit&#233; mais dans le contenu g&#233;n&#233;ral de telle ou telle p&#233;riode et des luttes qui d&#233;terminent ces pratiques. Quant &#224; l'encadrement l&#233;gal de la gr&#232;ve qui expliquerait sa faiblesse et sa perte d'efficacit&#233;, il n'aura bient&#244;t rien &#224; envier &#224; celui des blocages (c'est d&#233;j&#224; le cas en Espagne). Pour l'une comme pour les autres, c'est vrai que cet encadrement est un frein, mais il n'emp&#234;che, dans un cas comme dans l'autre, qu'il n'existe que pour autant qu'il est respect&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur le moment m&#234;me (c'est-&#224;-dire en excluant les retomb&#233;es p&#233;nales possibles ult&#233;rieures sur le syndicat ou sur les gr&#233;vistes individuellement) l'encadrement l&#233;gal de la gr&#232;ve n'existe que pour autant que les gr&#233;vistes le respectent, il n'a rien &#224; voir avec une d&#233;finition de La Gr&#232;ve. Les autoferrotramvieri (d&#233;cembre 2003) italiens, il y a quelques ann&#233;es, n'avaient pas respect&#233; le service minimum qui leur &#233;tait impos&#233; et les agents de s&#233;curit&#233; de l'a&#233;roport de Marseille-Provence se sont mis en gr&#232;ve le 20 d&#233;cembre 2010 et le 21 ont refus&#233; de se soumettre &#224; l'ordre de r&#233;quisition du pr&#233;fet. En octobre-novembre 2010, dans le mouvement fran&#231;ais, la gr&#232;ve des transports, par exemple, n'a pas perdu de son efficacit&#233;, elle n'a simplement quasiment pas eu lieu. Elle n'a eu lieu que l&#224; o&#249; existant une situation conflictuelle particuli&#232;re et l&#224; elle a &#233;t&#233; tr&#232;s perturbatrice (ligne B du RER). Pourquoi les cheminots auraient-ils fait gr&#232;ve alors que leur statut est exclu de la r&#233;forme au moins jusqu'en 2016 ou 2017 ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, si on a tout &#224; fait raison de ne pas s&#233;parer les blocages des gr&#232;ves intermittentes et de les ranger les uns et les autres dans l'activit&#233; revendicative telle qu'elle a eu lieu, cela ne nous dit rien sur pourquoi il y a eu des blocages et sur la raison d'&#234;tre et la &lt;i&gt;sp&#233;cificit&#233;&lt;/i&gt; de cette pratique &#224; ce moment l&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gr&#232;ves, blocages et syndicalisme de base&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne peut, en ramenant avec raison, dans ce mouvement, les blocages &#224; l'activit&#233; revendicative, laisser de c&#244;t&#233; ce qu'ils signifient sp&#233;cifiquement &lt;i&gt;dans cette activit&#233; revendicative&lt;/i&gt;. Il ne s'agit pas d'en faire une analyse abstraite en tant que forme, mais inversement on ne peut les ramener &#224; un contenu et laisser la forme on ne sait o&#249; sur le bord du chemin. On ne comprend pas alors pour quelles raisons il y a eu des gr&#232;ves &lt;i&gt;et des blocages&lt;/i&gt;. Il faut expliquer la multiplication de la forme blocage depuis dix ans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En premier lieu, la pratique du blocage se relie aux conditions g&#233;n&#233;rales actuelles du salariat (y compris le ch&#244;mage). C'est fondamental et pertinent. Un processus de production &#233;clat&#233; quant &#224; ses lieux et quant &#224; la segmentation de la force de travail qu'il mobilise cr&#233;e des formes de luttes qui lui correspondent et qui, tout simplement, sont les siennes. Cependant, les formes actuelles du salariat expliquent que quelque chose &lt;i&gt;peut&lt;/i&gt; exister mais non que cette chose existe et surtout ce que cette chose signifie &#224; un moment donn&#233; comme activit&#233;. Le contenu effectif, en situation, d'une activit&#233; ne se r&#233;duit pas &#224; ses conditions. Dans le mouvement d'octobre-novembre, les prol&#233;taires ont fait des gr&#232;ves et des blocages, les deux sont revendicatifs, on ne peut pas les opposer, mais ils ont fait &lt;i&gt;les deux&lt;/i&gt;. Cela signifie que leur contenu identique existe de deux fa&#231;ons, cela peut indiquer que ce contenu contient un rapport &#224; l'int&#233;rieur de lui-m&#234;me. Dire que l'on ne peut pas &lt;i&gt;opposer&lt;/i&gt; les deux et m&#234;me dire qu'ils construisent un seul et m&#234;me contenu ne signifient pas n&#233;cessairement qu'ils sont identiques. Cela peut vouloir dire que c'est le contenu qui se diff&#233;rencie en lui-m&#234;me. Dans ce mouvement de l'automne 2010, si nous avons eu affaire &#224; des gr&#232;ves relevant en g&#233;n&#233;ral de secteurs o&#249; existaient des &#171; communaut&#233;s de travail &#187; encore plus ou moins stables mais menac&#233;es, la pr&#233;sence, &#224; l'int&#233;rieur m&#234;me de ces gr&#232;ves, des blocages et de la diversit&#233; des participants qu'ils mobilisent, signifie que &lt;i&gt;ces &#171; communaut&#233;s &#187; ne sont elles m&#234;me que des moments d'une segmentation g&#233;n&#233;rale de la force de travail : disparition g&#233;n&#233;rale de l'unit&#233; que formalisait l'identit&#233; ouvri&#232;re&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si la pratique des blocages doit &#234;tre comprise en liaison avec les conditions d'exploitation (pr&#233;carit&#233;, ch&#244;mage, achat global de la force de travail), c'est tout naturellement que les blocages ont &#233;t&#233;, dans un conflit revendicatif, la forme de lutte int&#233;grant les pr&#233;caires qui ne sont attach&#233;s &#224; aucune entreprise particuli&#232;re, c'est en cela que les blocages en tant que forme ont un contenu et une efficacit&#233; sp&#233;cifique comme forme de lutte actuelle. D'un c&#244;t&#233;, l'existence m&#234;me des pr&#233;caires dans le proc&#232;s de travail et, de l'autre, leur participation, dans les blocages, &#224; l'action revendicative se rejoignent pour signifier la fin de l'unit&#233; et de l'identit&#233; ouvri&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui peut para&#238;tre &#233;trange dans le mouvement qui a eu lieu c'est que les blocages qui ind&#233;niablement correspondent &#224; ces formes g&#233;n&#233;rales actuelles du salariat sont apparus l&#224; o&#249; le terme de &#171; communaut&#233;s de travail &#187; (largement r&#233;duites &#224; presque rien par le capital dans sa restructuration) n'est pas compl&#232;tement obsol&#232;te, elle a servi de pivot aux blocages et de force de regroupement. De ce point de vue il faudrait distinguer les blocages des lieux de travail et les blocages &#171; externes &#187; des axes de circulation, et dans les blocages des lieux de travail, le blocage des entreprises en gr&#232;ve m&#234;me minoritaire et le blocage d'entreprises connexes non en gr&#232;ve. Distinguer permet de r&#233;unifier de fa&#231;on non abstraite : les &#171; communaut&#233;s de travail &#187; ou emplois stables ne sont qu'un segment particulier dans la segmentation g&#233;n&#233;rale de la force de travail, ils n'ont plus leur sens en eux-m&#234;mes ; l'interd&#233;pendance g&#233;n&#233;rale de la production sociale n'est plus seulement le fait de l'&#233;change mais d'un proc&#232;s de travail segment&#233; et continu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mouvement d'octobre-novembre sur les retraites a vu prendre une &#233;trange mayonnaise o&#249; la prise n'a &#233;t&#233; que l'apparence que se sont donn&#233;s des mouvements demeur&#233;s singuliers et discrets. En tant que mouvement global, c'&#233;tait le discours de l'appartenance de classe et de son unit&#233; qui &#233;tait tenu englobant les pr&#233;caires et les &#171; sans &#187;. C'&#233;tait le discours ad&#233;quat &#224; une &#233;volution du mode de production qui a r&#233;duit &#224; presque rien les anciennes &#171; communaut&#233; de travail &#187; qui &#233;taient la base de la lutte de classe que nous connaissions &#224; l'&#233;poque du mouvement ouvrier, &#224; l'&#233;poque de l'unit&#233; construite comme identit&#233; ouvri&#232;re (l'unit&#233; de la classe n'est jamais une objectivit&#233; donn&#233;e, mais une construction). Simultan&#233;ment, ces &#171; communaut&#233;s de travail &#187;, l&#224; o&#249; elles pouvaient encore se formaliser, ont &#233;t&#233; le r&#233;f&#233;rent et la caution du mouvement dans ses caract&#233;ristiques et ses contradictions constitutives. Mais, trop faibles pour avancer ne serait-ce que sur leurs revendications sp&#233;cifiques et anachroniques quant &#224; leur existence, elles se sont donn&#233;es sans sortir de leur particularit&#233; la forme du g&#233;n&#233;ral dans les blocages, forme d&#233;termin&#233;e par les modifications acquises du salariat, c'est-&#224;-dire par cela m&#234;me qui signifie leur anachronisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce mouvement, la sp&#233;cificit&#233; non pas des blocages pris isol&#233;ment, mais des gr&#232;ves se poursuivant ou s'accompagnant de blocages, a r&#233;sid&#233; dans le d&#233;veloppement du &lt;i&gt;syndicalisme de base&lt;/i&gt;. Au niveau g&#233;n&#233;ral du mouvement, la continuit&#233;, quant au contenu, entre gr&#232;ves et blocages a &#233;t&#233; la manifestation privil&#233;gi&#233;e et le marqueur pratique du syndicalisme de base. Ce dernier a &#233;t&#233;, dans ce mouvement, la formalisation dominante de l'action en tant que classe comme limite d'elle-m&#234;me, en m&#234;me temps que la succession des grandes manifestations &#233;tait le compl&#233;ment n&#233;cessaire de ce syndicalisme de base en ce qu'elles &#233;taient &#224; la fois la forme id&#233;ale et la forme creuse de cette unit&#233; de la classe que le syndicalisme de base postule tout en &#233;tant le signe m&#234;me de sa caducit&#233;. Les manifs &#233;taient &#224; la fois le point d'appui des gr&#232;ves intermittentes et des blocages et l'&#233;pine dorsale du mouvement dans la dur&#233;e. Les manifs ont tenu une place essentielle dans le cours du mouvement comme moment de l'unit&#233; de toutes les pratiques diverses, en ce qu'en elles se mettaient en sc&#232;ne cette unit&#233; et cette identit&#233; ouvri&#232;re id&#233;ales. Id&#233;ales car impliqu&#233;es et contredites par le syndicalisme de base qui nourrissait et vivifiait l'ensemble du mouvement. Le mouvement a montr&#233; les profondes divisions entre les travailleurs salari&#233;s sans aucun signe d'unit&#233; de la classe si ce n'est sous forme spectaculaire&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-23&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Toute la vie des soci&#233;t&#233;s dans laquelle r&#232;gnent les conditions modernes de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-23&#034;&gt;23&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; dans les grandes manifestations. Les manifs &#233;taient &#224; la fois le point d'appui des blocages et l'&#233;pine dorsale du mouvement dans la dur&#233;e, elles ont &#233;t&#233;, y compris dans leur rythme, l'expression d'une compl&#233;mentarit&#233; des formes de luttes. Le &lt;i&gt;timing&lt;/i&gt; des manifs, bien au contraire d'&#234;tre d&#233;mobilisateur, &#233;tait tout &#224; fait bien dos&#233;. Que ce soit pour guider le mouvement ou pour le suivre n'importe, seul compte le r&#233;sultat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce mouvement dont l'originalit&#233; a r&#233;sid&#233; dans le fait d'&#234;tre le premier dans la s&#233;rie des grands mouvements fran&#231;ais depuis 1995 &#224; survenir apr&#232;s le d&#233;but de la crise de cette phase du rapport d'exploitation, l'identit&#233; ouvri&#232;re a implos&#233; pour avoir &#233;t&#233; rev&#233;cue comme le compl&#233;ment fantasmatique accompagnant le syndicalisme de base. Il faut au syndicalisme de base les &#171; oripeaux anciens &#187; pour accomplir &lt;i&gt;ses propres t&#226;ches&lt;/i&gt;, pour parodier Marx dans &lt;i&gt;Le Dix-huit Brumaire&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La sp&#233;cificit&#233; des blocages n'est pas que les &#171; radicaux &#187; puissent y participer, puisque finalement ils ne font rien d'autre que ce qu'on (les syndicats au niveau local) leur dit de faire (ils savent bien que c'est la condition de leur pr&#233;sence et ils s'en satisfont), mais que tout le monde peut y participer. Et c'est parce qu'il a &#233;t&#233; la forme et le contenu capable de r&#233;aliser cela dans la forme blocage &lt;i&gt;comprise comme un contenu&lt;/i&gt; que le syndicalisme de base a &#233;t&#233; le c&#339;ur de ce mouvement. En r&#233;sum&#233; qu'est-ce que le syndicalisme de base dans le blocage ? C'est l'unit&#233; de la classe &#224; une &#233;poque o&#249; il n'y a plus d'unit&#233; de la classe comme existence confirm&#233;e dans la reproduction du capital et comme pr&#233;alable &#224; la r&#233;volution. Depuis la restructuration et encore plus depuis le d&#233;but de la crise de cette phase du mode de production capitaliste, l'unit&#233; est vide si elle n'est pas la remise en cause par le prol&#233;tariat de sa propre existence comme classe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'implication r&#233;ciproque nous dit qu'il ne peut pas y avoir d'unit&#233; de la classe pour elle-m&#234;me face au capital si ce n'est comme unit&#233; produite et confirm&#233;e dans la reproduction du capital pour devenir lib&#233;ration du prol&#233;tariat. Quand ce processus est disparu, ce qui appara&#238;t comme unit&#233; c'est le mouvement brownien d'&#233;l&#233;ments dont l'appartenance &#224; un m&#234;me ensemble leur &#233;chappe constamment dans le va et vient d'un lieu &#224; un autre. Le blocage c'est l'appartenance de classe non pas &lt;i&gt;produite&lt;/i&gt; comme une contrainte ext&#233;rieure mais &lt;i&gt;v&#233;cue comme &#233;trang&#232;re&lt;/i&gt; et &#224; retrouver en tant que &lt;i&gt;somme infinie&lt;/i&gt; &#224; construire. L'unit&#233; n'est plus que juxtaposition et somme, elle n'est rien en elle-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur la base et face l'unit&#233; objectiv&#233;e de la classe dans le capital, la seule unit&#233; envisageable dans la lutte de classe n'est pas un pr&#233;alable &#224; la r&#233;volution, la reconstitution d'une sorte de mouvement ouvrier radical et autonome, mais celle des mesures communistes. C'est-&#224;-dire que cette unit&#233; se confondra avec la dissolution du prol&#233;tariat abolissant dans le capital sa propre existence de classe (unit&#233;) qu'il aura &#224; affronter. La condition m&#234;me qui d&#233;finit une lutte comme revendicative, le salariat, signifie imm&#233;diatement l'impossibilit&#233; de s'unifier. La n&#233;cessit&#233; actuelle de d&#233;passer leur situation, les travailleurs salari&#233;s, la trouve, en leur sein c'est-&#224;-dire dans leur rapport au capital, dans leur incapacit&#233; &#224; s'associer sans remettre en cause le rapport qui les lie pour le capital et les divise pour eux-m&#234;mes en une infinit&#233; de situations et de pratiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le cours le plus trivial de la revendication salariale, le prol&#233;tariat voit son existence comme classe s'objectiver comme quelque chose qui lui est &#233;tranger dans la mesure o&#249; le rapport capitaliste lui-m&#234;me le pose &lt;i&gt;en son sein&lt;/i&gt; comme &lt;i&gt;un &#233;tranger&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les prol&#233;taires ne trouvent dans le capital, c'est-&#224;-dire dans leur rapport &#224; eux-m&#234;mes, que toutes les divisions du salariat et de l'&#233;change et aucune forme organisationnelle ou politique, aucune revendication, ne peut plus surmonter cette division. Dans la dynamique m&#234;me du d&#233;veloppement capitaliste, la revendication se pr&#233;sentait comme une transaction ad&#233;quate aux transformations du rapport d'exploitation : sa l&#233;gitimit&#233; &#233;tait fond&#233;e sur le lien n&#233;cessaire entre les transformations du proc&#232;s de production et les conditions de la reproduction. La restructuration qui d&#233;termine la forme du rapport dans le pr&#233;sent cycle de luttes a balay&#233; cette n&#233;cessit&#233;, privant la revendication de la l&#233;gitimit&#233; que lui conf&#233;rait le cycle de luttes pr&#233;c&#233;dent. La revendication ne construit plus un rapport au capital comportant la capacit&#233; pour le prol&#233;tariat de trouver en lui-m&#234;me sa base, sa propre constitution, sa propre r&#233;alit&#233;, sur la base d'une identit&#233; ouvri&#232;re que la reproduction du capital, dans ses modalit&#233;s historiques, venait confirmer. Le prol&#233;tariat reconna&#238;t le capital comme sa raison d'&#234;tre, son existence face &#224; lui-m&#234;me, &lt;i&gt;comme la seule n&#233;cessit&#233; de sa propre existence&lt;/i&gt;. Le prol&#233;tariat voit dor&#233;navant son existence comme classe &lt;i&gt;s'objectiver&lt;/i&gt; dans la reproduction du capital comme quelque chose qui lui est &#233;tranger et qu'il est amen&#233; &#224; remettre en cause. Maintenant, c'est dans les formes les plus ordinaires de la revendication, c'est-&#224;-dire dans ce qui d&#233;finit le prol&#233;tariat, au plus profond de lui-m&#234;me, comme une classe de ce mode de production &lt;i&gt;et rien que cela&lt;/i&gt;, qu'appara&#238;t pratiquement et conflictuellement que son existence de classe devient pour le prol&#233;tariat la limite de sa propre lutte en tant que classe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Face &#224; la segmentation de la classe, il faut se garder du &#171; pi&#232;ge h&#233;g&#233;lien &#187; de la totalit&#233; expressive. La totalit&#233;, c'est-&#224;-dire la polarisation de la soci&#233;t&#233; en classes, n'est pas pr&#233;sente dans chaque segment ni dans leur possible addition momentan&#233;e, elle est leur segmentation elle-m&#234;me en ce qu'elle suit et n'existe que dans les lin&#233;aments, les ruptures et les d&#233;coupages de la reproduction du capital dans laquelle le prol&#233;tariat ne trouve plus aucune confirmation de lui-m&#234;me. Son unit&#233;, car unit&#233; il y a, lui est &#233;trang&#232;re, pour lui-m&#234;me n'existe que l'imm&#233;diatet&#233; de la segmentation. Les adeptes de la &#171; convergence des luttes &#187; qui remplacent aujourd'hui les nostalgiques du Grand Parti et de l'unit&#233; des gros bataillons de la classe ouvri&#232;re, se bercent d'illusions en consid&#233;rant que cette segmentation est subie, elle est le plus souvent voulue, construite et revendiqu&#233;e. &lt;i&gt;La nature de la segmentation, c'est dans la lutte de classe une activit&#233; d'extra&#233;nisation par le prol&#233;tariat de sa propre d&#233;finition comme classe&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'unit&#233; de la classe existe et elle existe &lt;i&gt;dans le capital&lt;/i&gt;. Les diff&#233;rences ne sont pas des accidents qu'il s'agit d'effacer. La situation de classe est devenue une unit&#233; objective &#233;trang&#232;re dans le capital. Ce qui est en jeu dans la lutte de classe, ce n'est pas la suppression de la segmentation dans l'unit&#233;, c'est-&#224;-dire une r&#233;ponse formelle qui est d&#233;j&#224; caduque, il ne s'agit pas de perdre la segmentation, les diff&#233;rences. Ce qui est dynamique, c'est la contradiction entre ces luttes de classes dans leur diversit&#233; et l'unit&#233; de la classe objectiv&#233;e dans le capital. Il ne s'agit pas de dire que plus la classe est divis&#233;e, mieux c'est, mais que la g&#233;n&#233;ralisation d'un mouvement de gr&#232;ves n'est pas synonyme de son unit&#233;, c'est-&#224;-dire du d&#233;passement de diff&#233;rences consid&#233;r&#233;es comme purement accidentelles et formelles. Il s'agit de comprendre ce qui se joue dans ces mouvements diffus, segment&#233;s et discontinus : &lt;i&gt;la cr&#233;ation d'une distance avec cette unit&#233; &#171; substantielle &#187; objectiv&#233;e dans le capital&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mouvement contre la r&#233;forme des retraites n'a pas &#233;chapp&#233; &#224; cette situation mais il lui a donn&#233; une tonalit&#233; bien personnelle. De par les particularit&#233;s de la revendication centrale, les sp&#233;cificit&#233;s des principaux secteurs embarqu&#233;s dans les gr&#232;ves, contre cette unit&#233; de la classe objectiv&#233;e dans le capital qui n'est pour elle que segmentation, le mouvement s'est compris et a cru agir comme la recomposition de l'unit&#233; de la classe pour elle-m&#234;me, mais cela ne pouvait plus &#234;tre qu'une unit&#233; id&#233;ale. C'est le syndicalisme de base qui a produit cette unit&#233; &lt;i&gt;id&#233;ale&lt;/i&gt; de la classe comme son compl&#233;ment et aboutissement n&#233;cessaires tandis qu'il trouvait la repr&#233;sentation de celle-ci dans les grandes manifestations, en m&#234;me temps qu'il &#233;tait de fait la confirmation de la disparition de l'unit&#233; &lt;i&gt;r&#233;elle&lt;/i&gt; de la classe pour elle-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme syndicalisme de base, le fait d'agir en tant que classe se diff&#233;rencie &#224; l'int&#233;rieur de lui-m&#234;me : le syndicalisme de base est la r&#233;alit&#233; dont l'unit&#233; de la classe est l'id&#233;al. Sa propre justification que, dans les faits, il contredit. Le caract&#232;re ill&#233;gitime de la revendication salariale, ou asyst&#233;mie, n'est pas seulement une situation nouvelle, une sorte de cadre, dans lequel se d&#233;rouleraient des actions revendicatives inchang&#233;es qui n'auraient comme caract&#233;ristiques nouvelles que le fait de ne pouvoir aboutir. L'ill&#233;gitimit&#233; de la revendication est une transformation des pratiques revendicatives qui se d&#233;doublent en pratiques de base, locales et plus ou moins autonomes vis-&#224;-vis des conf&#233;d&#233;rations syndicales, elles-m&#234;mes, comme la CGT, travers&#233;es de contradictions, et la production de l'unit&#233; de la classe comme l'id&#233;al que ces pratiques appellent et contredisent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chaque segment en lutte, tout en restant dans sa particularit&#233; se consid&#233;rait comme un segment du &#171; prol&#233;tariat en lutte &#187;, c'&#233;tait le r&#244;le des grosses manifestations &lt;i&gt;et&lt;/i&gt; de la circulation des acteurs dans les blocages. Il fallait entendre, durant ces manifestations, la sono annoncer les fragments des cort&#232;ges comme on annonce les d&#233;l&#233;gations lors de la c&#233;r&#233;monie d'ouverture des Jeux olympiques. Le mot magique de &#171; convergence &#187; a &#233;t&#233; d&#233;clin&#233; des directions syndicales au plus toto-activiste des comit&#233;s de luttes. Il s'agissait de restaurer l'identit&#233; ouvri&#232;re alors que l'importance de ce qui &#233;tait en train de se faire dans les luttes &#233;parses r&#233;sidait pr&#233;cis&#233;ment dans sa disparition. Au travers des blocages et des AG, les travailleurs en lutte allaient r&#233;ellement d'un secteur &#224; l'autre et s'&#233;paulaient entre eux, mais comme aurait dit les op&#233;ra&#239;stes italiens : plus aucun secteur de la classe ouvri&#232;re n'est &#224; m&#234;me de jouer le r&#244;le de cristallisation d'une &#171; recomposition de classe &#187;. Durant toute l'histoire du programmatisme jusqu'&#224; et y compris l'identit&#233; ouvri&#232;re, l'unit&#233; &#233;tait toujours quelque chose se d&#233;finissant en propre pour soi, l'unit&#233; &#233;tait plus que l'addition des parties.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, dans les luttes de l'automne 2010, l'appartenance de classe comme limite n'est apparue qu'en ce qu'elle &#233;tait un id&#233;al &#224; (re)constituer, elle n'a jamais &#233;t&#233; produite comme contrainte ext&#233;rieure. Objectiv&#233;e dans le capital, l'unit&#233; de la classe est devenue le r&#234;ve que les prol&#233;taires voulaient s'approprier. Son caract&#232;re probl&#233;matique a constitu&#233; toute la dynamique de ce mouvement, la revendication centrale dans son impossible satisfaction avait l&#224; une autre fonction : celle d'une unit&#233; symbolique. Les caract&#233;ristiques particuli&#232;res de ce mouvement (la retraite comme revendication centrale, les principales cat&#233;gories en lutte) ont fait que le mouvement a cherch&#233; &#224; vivre comme int&#233;riorit&#233;, l'ext&#233;riorit&#233; de l'unit&#233; de la classe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le blocage, c'est l&#224; toute son actualit&#233; dans ce cycle de lutte, l'appartenance de classe est r&#233;ellement v&#233;cue comme perdue, il est une pratique de sa reconstruction qui sans cesse en ent&#233;rine la perte, en ce sens il est une pratique revendicative de l'&#233;poque de l'asyst&#233;mie de la revendication. Le blocage est une pratique qui signifie que la disparition de l'identit&#233; ouvri&#232;re n'est pas seulement donn&#233;e du c&#244;t&#233; d'un certain d&#233;veloppement du capital mais qu'elle est aussi une pratique ouvri&#232;re&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-24&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'identit&#233; ouvri&#232;re n'&#233;tait pas elle aussi une donn&#233;e objective, mais une (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-24&#034;&gt;24&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Qu'est-ce en fait l'asyst&#233;mie de la revendication ? C'est le contenu en acte, pratique, imm&#233;diat, dans l'activit&#233; de la classe, de la disparition de l'identit&#233; ouvri&#232;re en ce qu'elle ne pouvait &#234;tre que produite et confirm&#233;e dans la reproduction du capital, les deux (asyst&#233;mie &#187; et disparition de l'identit&#233; ouvri&#232;re) sont par l&#224; indissociables. La liaison entre gr&#232;ve et blocage dans l'activit&#233; revendicative c'est le contenu de l'asyst&#233;mie de la lutte revendicative comme forme m&#234;me de la lutte revendicative qui est pratique ouvri&#232;re de la disparition de l'identit&#233; ouvri&#232;re (personne ne croit au succ&#232;s de la revendication et on continue cependant). Rien d'&#233;tonnant que l'on y trouve alors &#171; les formes g&#233;n&#233;rales actuelles du salariat &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien s&#251;r, on a l&#224; toute la question de la repr&#233;sentation ouvri&#232;re (la fameuse intersyndicale des grands chefs a compl&#232;tement flott&#233; par rapport au mouvement). &#171; Personne ne nous repr&#233;sente &#187; disaient les manifestants, parce qu'il n'y a rien &#224; &lt;i&gt;repr&#233;senter&lt;/i&gt;. Le syndicalisme de base est l'expression d'un mouvement simultan&#233;ment tr&#232;s ancr&#233; et diffus et sans &lt;i&gt;repr&#233;sentation&lt;/i&gt;. Le syndicalisme de base n'est pas une question d'organisation, ne privil&#233;gie pas n&#233;cessairement telle ou telle organisation ou m&#234;me l'absence d'organisation p&#233;renne, la CGT peut &#234;tre syndicaliste de base. Le syndicalisme de base est un mode d'existence fonctionnelle du rapport du prol&#233;tariat au capital quand il n'y a plus d'unit&#233; pr&#233;alable de la classe face au capital, quand il n'y a plus d'identit&#233; ouvri&#232;re. Il est la forme fonctionnelle (c'est-&#224;-dire qui tient &#224; la structure du rapport et ne s'attache pas &#224; telle ou telle forme imm&#233;diate) de l'existence in&#233;luctable de la revendication quand la revendication est devenue ill&#233;gitime. Il a parcouru tout ce cycle de luttes et tend &#224; devenir dans la crise actuelle la formalisation dominante de l'action en tant que classe comme limite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Durant le cours du mouvement, les lyc&#233;ens, par leur pr&#233;sence et leurs activit&#233;s m&#234;mes, ont signifi&#233; que cette unit&#233; et cette identit&#233; ouvri&#232;re n'&#233;tait plus aujourd'hui qu'un id&#233;al. Dans la rue, les lyc&#233;ens &#233;taient en actes la fin de l'identit&#233; ouvri&#232;re. Ils perturbaient la logique de la contradiction constitutive de ce mouvement qui faisait de &lt;i&gt;l'identit&#233; ouvri&#232;re id&#233;ale le compl&#233;ment naturel et n&#233;cessaire du syndicalisme de base au travers de la m&#233;diation que repr&#233;sentait la composition sociale des secteurs les plus en vue dans les gr&#232;ves&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Lorsque les lyc&#233;ens s'invit&#232;rent dans la partie, ils initi&#232;rent un mode op&#233;ratoire qui n'&#233;tait plus seulement celui de la politique. En refusant de monter dans les salles de classes, et en bloquant leurs casernes, ils se retrouv&#232;rent suffisamment nombreux et combatifs pour rester dans la rue et la prendre comme terrain de jeu et de lutte. Une fois dans la rue, la manifestation pouvait prendre autant la forme d'une d&#233;ambulation que de l'attaque de cibles choisies. Le niveau de violence, le choix des lieux symboliques et pratiques d&#233;pendent alors des participants &#224; la manifestation. Autant de leur volont&#233;, de ce qui veut &#234;tre dit et fait, que de l'&#233;valuation du rapport de force. Au-del&#224; de la forme relativement spontan&#233;e, l'action est aussi d&#233;termin&#233;e par le niveau du mouvement, et chaque jour remise en cause. L'assembl&#233;e n'est plus limit&#233;e par sa forme amphith&#233;&#226;trique ; elle s'exprime dans la rue m&#234;me. (&#8230;) La violence peut avoir des perspectives d&#233;mocratiques ou consensuelles, voire porter une revendication. Celle-ci reste un m&#233;dium qui diff&#232;re l'affrontement. Lequel est ind&#233;niable, indiscutable, incontournable dans le rapport de classe capitaliste. A Nanterre ou &#224; Lyon, ceux qui attaqu&#232;rent la marchandise et l'autorit&#233; dirent bien qu'il &#233;tait vital de ne plus diff&#233;rer la rage et l'envie d'en d&#233;coudre. Et, nouveaut&#233; peut-&#234;tre, ceux qui croient encore possible de diff&#233;rer leur col&#232;re n'avaient pas vraiment d'arguments &#224; opposer &#224; la violence. &#187; (&lt;i&gt;Paradoxes en automne&lt;/i&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Multiplication des manifs spontan&#233;es et des &#233;chauffour&#233;es. Les fractions du prol&#233;tariat engag&#233;es dans ces manifs et ces &#233;chauffour&#233;es diffuses signifient que la recomposition et l'unit&#233; r&#234;v&#233;es ne sont qu'illusions. En m&#234;me temps, les lyc&#233;ens sont sinc&#232;rement attendus comme acteurs importants du conflit en cours, mais pas pour ce qu'ils sont en r&#233;alit&#233; : des &#171; &#233;meutiers de banlieues &#187; L'activit&#233; de la frange lyc&#233;enne et coll&#233;&#173;gienne de la jeunesse des ban&#173;lieues a &#233;t&#233; particuli&#232;rement remar&#173;qu&#233;e, bien que son apparition soit rest&#233;e in&#173;d&#233;pendante et &lt;i&gt;parall&#232;le aux rythmes syndicaux&lt;/i&gt;. Les enseignants de ces coll&#232;ges et lyc&#233;es sont rest&#233;s terr&#233;s dans leurs &#233;tablissements et, sans aller jusqu'&#224; briser des vitrines, ne se sont pas simplement associ&#233;s &#224; la gr&#232;ve des &#233;l&#232;ves. La mobilisation des scolaris&#233;s utilisa autant les dispositifs militants convenus (gr&#232;ve, piquets de gr&#232;ve, manifestation) que les formes &#233;meu&#173;ti&#232;res et les blocages des voies de circulation. En Seine Saint-Denis, mais aussi &#224; Lagny (Seine et Marne), &#224; Evry (Essonne), &#224; Lille, Roubaix, Perpignan, Nice, Mulhouse, Montb&#233;liard, Nantes etc.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-25&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pour une liste de ces manifestations et des affrontements, voir bulletin AFP (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-25&#034;&gt;25&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, les saccages de maga&#173;sins et les affronte&#173;ments de rue quotidiens avec les forces de l'ordre, toujours d&#233;complex&#233;es dans un tel contexte (avec h&#233;licopt&#232;re et flash-ball), ont &#233;t&#233; tus par les m&#233;dia une fois pass&#233; l'&#233;pisode pr&#233;coce de Montreuil. Durant les deux journ&#233;es chaudes de Lyon, l'Etat a mis tout de suite le paquet pour tuer dans l'&#339;uf ce type d'actions et a bien cibl&#233; dans la r&#233;pression ceux des lyc&#233;ens qui n'avaient pas le droit d'&#234;tre dans la rue&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-26&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le m&#234;me jour, la police organisait un p&#233;rim&#232;tre de d&#233;viation du trafic (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-26&#034;&gt;26&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Il n'y a pas vraiment eu de rencontre entre les lyc&#233;ens et le mouvement de d&#233;fense des retraites (manifs ou blocages&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-27&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Il semblerait que le mouvement &#224; Rennes ait &#233;t&#233; parfois une exception.&#034; id=&#034;nh2-27&#034;&gt;27&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;) bien que dans les AG de lutte on en ait caress&#233; l'espoir et que les syndicats en aient eu plus ou moins la frayeur. Le contenu de cette rencontre qui ne pouvait en &#234;tre une aurait &#233;t&#233; de dire : &#171; le roi est nu &#187;. S&#233;gr&#233;gations sociale, urbaine, ethnique, g&#233;n&#233;rationnelle, ici l'identit&#233; ouvri&#232;re est bien morte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les ann&#233;es 1950 et 1960 : &#171; Pour peu que les industries soient importantes, la classe ouvri&#232;re nombreuse et organis&#233;e, le futur ouvrier est largement pr&#233;par&#233; &#224; cet avenir par les organisations sportives ouvri&#232;res, les mouvements de jeunes, les patronages. Le patronat et la classe ouvri&#232;re elle-m&#234;me prennent en charge cette fabrication du futur ouvrier, construisent une fiert&#233; ouvri&#232;re, renforcent les sentiments d'appartenance communautaire. De m&#234;me que le jeune apprenti 'm&#233;ritant' et 's&#233;rieux' sera peut-&#234;tre un jour contrema&#238;tre, le jeune ouvrier 'd&#233;vou&#233;' et tout aussi 's&#233;rieux' deviendra dirigeant syndical et politique. S'il existe des possibilit&#233;s de mobilit&#233; sociale, elles sont, dans la majorit&#233; des cas, internes &#224; la classe ouvri&#232;re. (&#8230;) Aujourd'hui, tous les enfants entrent en sixi&#232;me et l'acc&#232;s &#224; la classe ouvri&#232;re proc&#232;de de l'&#233;chec scolaire. &#187; (Fran&#231;ois Dubet, &lt;i&gt;Comment devient-on ouvrier ?&lt;/i&gt;, in &lt;i&gt;Ouvriers, ouvri&#232;res, un continent morcel&#233; et silencieux&lt;/i&gt;, Ed Autrement, 1992). En r&#233;sum&#233;, Fran&#231;ois Dubet r&#233;pond ainsi &#224; la question de son titre : &#171; Hier, par les chemins de la socialisation ouvri&#232;re traditionnelle : les communaut&#233;s de base, l'&#233;cole, l'apprentissage, l'int&#233;gration conflictuelle. Aujourd'hui, dans un paysage fractur&#233;, hors du destin et des r&#233;sistances qui ont &#233;t&#233; au c&#339;ur de l'exp&#233;rience ouvri&#232;re : la fin d'un monde, l'&#233;chec scolaire, l'exclusion, la gal&#232;re. &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le capitalisme restructur&#233;, la reproduction de la force de travail a &#233;t&#233; l'objet d'une &lt;i&gt;double d&#233;connexion&lt;/i&gt;, celle-ci (&#233;voqu&#233;e pr&#233;c&#233;demment) constitue la revendication salariale comme &lt;i&gt;structurellement&lt;/i&gt; ill&#233;gitime dans cette p&#233;riode du mode de production capitaliste et pas seulement contraire &#224; la valorisation maximale du capital. C'est pour cela que la revendication salariale est devenue le terrain o&#249; se pr&#233;pare la production de l'appartenance de classe comme une contrainte ext&#233;rieure et cela &lt;i&gt;au plus intime d'elle-m&#234;me&lt;/i&gt; : le rapport salarial par lequel, pour le prol&#233;tariat, son existence physique/sociale d&#233;pend du capital. Lutter en tant que classe est devenue la limite de la lutte de classe, le syndicalisme de base est une des expressions de cette limite. Dans le syndicalisme de base, l'appartenance de classe comme contrainte ext&#233;rieure, la disparition de l'unit&#233; de la classe autrement qu'objectiv&#233;e dans le capital face &#224; elle, existe et est encore v&#233;cue comme une perte : nous ne sommes rien en dehors du rapport salarial. Il s'agit de la violence ouvri&#232;re contre les d&#233;cisions de la classe capitaliste, violence par laquelle la classe ouvri&#232;re r&#233;clame l'existence pour elle du capital. Si jamais le capital s'avise de ne plus exister pour elle, elle n'est plus rien. Pour exister, la classe ouvri&#232;re revendique, contre le capital, le rapport capitaliste. Nous ne sommes rien en dehors du rapport salarial, tel est dans la lutte de classe le fait de lutter en tant que classe comme limite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les gr&#232;ves et les blocages qui souvent les accompagnent, dans leur intrication avec la succession des &#171; grandes manifs &#187;, ont &#233;t&#233; syndicalistes de base. Gr&#232;ves et blocages ont avanc&#233; des revendications locales et particuli&#232;res &#224; contenu clairement syndical. C'est-&#224;-dire des revendications qui non seulement ne remettaient pas en cause le salariat ni le capital mais bien au contraire en exigeaient la p&#233;rennit&#233;, celle de l'implication r&#233;ciproque du prol&#233;tariat et du capital. Le prol&#233;tariat n'est rien hors de son rapport au capital. Mais, ce rien est tout plein de d&#233;terminations, celles de la disparition de l'identit&#233; ouvri&#232;re et de la faillite de l'autonomie comme perspective de d&#233;passement de cette implication r&#233;ciproque, mais aussi celles de l'appartenance de classe comme contrainte ext&#233;rieure objectiv&#233;e dans le capital. C'est ce &lt;i&gt;rien&lt;/i&gt; que vient emplir le syndicalisme de base, il le met en forme. Ce syndicalisme de base - comme c'est maintenant la r&#232;gle &#8211; est unitaire et d&#233;mocratique, il pratique l'assembl&#233;e g&#233;n&#233;rale et ne repousse pas les offres d'aide ext&#233;rieure avec ce qu'elles impliquent de relations directes que dans un autre temps la CGT aurait tout fait pour &#233;viter. Aide qui, sans faire pour autant des intervenants ext&#233;rieurs une &#171; masse de man&#339;uvre de la CGT &#187;, faisait de ceux-ci des soutiens sans aucune autonomie tant la situation &#233;tait &#224; la fois ad&#233;quate &#224; leur d&#233;sir &#171; d'action autonome &#187; et sans aucun espace ni contenu possibles pour cette autonomie autre que celle d'aider le syndicalisme de base.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'agira de d&#233;fendre de la fa&#231;on la plus &#226;pre ses conditions d'existence, non de revendiquer leur gestion ou leur ma&#238;trise. Ce syndicalisme de base vindicatif, mais tr&#232;s instable, conna&#238;t une existence &#233;pisodique du fait qu'il ne peut se d&#233;velopper et se stabiliser dans la n&#233;gociation. Syndicalisme de base tr&#232;s proche de toutes les formes d'auto-organisation, l'un et les autres expriment et cherchent &#224; formaliser cette limite de la lutte de classe qui est le fait m&#234;me de lutter en tant que classe. La contradiction du mouvement (sa dynamique ?) c'&#233;tait de poser l'identit&#233; ouvri&#232;re comme id&#233;al &#224; atteindre alors que toutes les actions, les pratiques, avaient pour contenu la reconnaissance de sa disparition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vide de tout contenu, l'identit&#233; ouvri&#232;re sous sa forme id&#233;ale, id&#233;ale parce que compl&#233;ment d'activit&#233;s qui en sont l'inexistence en actes (la r&#233;alit&#233; du syndicalisme de base), appara&#238;t comme le d&#233;passement de ce qui avait &#233;t&#233; son contenu m&#234;me dans la p&#233;riode ant&#233;rieure (le programmatisme). La fameuse &#171; auto-organisation des luttes &#187; qui fait passer &#224; la trappe les &#171; auto-organis&#233;s &#187; en tant que sujets r&#233;els existant sp&#233;cifiquement quelque part dans les rapports de production est encore une forme de relation entre luttes revendicatives et r&#233;volution comprise comme transcroissance, elle r&#234;ve &#224; une identit&#233; ouvri&#232;re qui n'en soit plus une, et pense l'avoir trouv&#233;e dans le syndicalisme de base et sa pratique embl&#233;matique : le blocage. Ce serait l'unit&#233; de la classe, la &#171; convergence des luttes &#187;, la transcroissance (formelle) des luttes revendicatives &#224; la r&#233;volution, mais avec une classe portant sa propre n&#233;gation. Le beurre et l'argent du beurre. Compl&#232;tement pris &#224; contrepied par ce syndicalisme de base dans lequel il a enfin vu une unit&#233; de la classe qui ne pouvait plus &#234;tre son affirmation comme classe dominante, l'activisme a cru arriv&#233;e l'heure de sa rencontre avec les luttes ouvri&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt;L'activisme comme sympt&#244;me et quiproquo{{}}&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui cheminot, hier ch&#244;meur, demain travailleur pr&#233;caire, apr&#232;s demain squatteur ou immigr&#233; sans-papier&#8230; L'activisme est le &#171; Que Faire ? &#187; permanent de l'&#233;poque o&#249; tout ce qui faisait l'identit&#233; ouvri&#232;re a disparu. Un &#171; Que Faire ? &#187; permanent qui n'a plus la m&#233;diation vers le g&#233;n&#233;ral qu'&#233;taient l'identit&#233; ouvri&#232;re et / ou le Parti (existant ou &#224; construire), la mont&#233;e en puissance de la classe, c'est-&#224;-dire de fa&#231;on g&#233;n&#233;rale un &#234;tre du prol&#233;tariat &#224; r&#233;v&#233;ler, que celui-ci soit explicite dans ses m&#233;diations (politiques, syndicales, institutionnelles) ou contrari&#233; par elles. Dans cette g&#233;n&#233;ralit&#233; du prol&#233;tariat toutes les particularit&#233;s ne sont plus que des contingences, des accidents.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Coinc&#233; &lt;i&gt;sans m&#233;diation&lt;/i&gt; entre le g&#233;n&#233;ral et le particulier, l'activisme est &lt;i&gt;tactique&lt;/i&gt; et toujours insatisfait de lui-m&#234;me et des autres (jusqu'&#224; l'action suivante). En tant qu'essentiellement tactique, l'activisme fonctionne comme une boite &#224; outils : g&#233;n&#233;ralisation de l'action, d&#233;passement de la revendication cat&#233;gorielle, auto-organisation de la lutte, refus des m&#233;diations, autonomie&#8230; En cons&#233;quence, si ce n'est pas d&#233;finitoire c'est une tendance lourde : l'activisme est normatif. L'action est alors construite comme question, c'est-&#224;-dire comme intervention. La construction de cette question fait de la diversit&#233; des activit&#233;s une abstraction : la Pratique comme abstraction. La question de l'intervention transforme ce que l'on fait dans telle ou telle lutte (ou ce que l'on ne peut pas faire), c'est-&#224;-dire des pratiques toujours particuli&#232;res en une &lt;i&gt;abstraction de la pratique&lt;/i&gt; construisant le dilemme intervention/attentisme. La g&#233;n&#233;ralit&#233; abstraite de la Pratique suppose une d&#233;finition de l'appartenance de classe dans laquelle la &lt;i&gt;g&#233;n&#233;ralit&#233;&lt;/i&gt; d'&#234;tre prol&#233;taire a laiss&#233; de c&#244;t&#233; toutes les d&#233;terminations &lt;i&gt;particuli&#232;res&lt;/i&gt;, d&#233;finition qui l&#233;gitime l'abstraction de la pratique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant l'activisme n'&#233;chappe pas &#224; la dialectique du particulier et du g&#233;n&#233;ral. En se voulant toujours g&#233;n&#233;ral, il est renvoy&#233; &#224; l'attaque des conditions g&#233;n&#233;rales de la&lt;i&gt; reproduction capitaliste &lt;/i&gt;comme &#233;tant son domaine d'action particulier et de pr&#233;dilection : la marchandise, l'&#233;change, la violence d'Etat, les contraintes id&#233;ologiques, le syst&#232;me &#233;ducatif, l'assignation de genres&#8230; Si l'activisme retrouve l&#224; une g&#233;n&#233;ralit&#233; correspondant &#224; sa propre abstraction, il &#233;choue cependant dans son attaque des conditions g&#233;n&#233;rales de la reproduction, car &#224; devoir et vouloir &#234;tre partout l'activisme, d&#233;fini par une construction g&#233;n&#233;rale et abstraite de l'appartenance de classe, saute par dessus la r&#233;alit&#233; des particularit&#233;s inh&#233;rentes au rapport capitaliste d'exploitation qui sont son angle mort, sa &lt;i&gt;terra incognita&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et voil&#224; que dans ce mouvement contre la r&#233;forme des retraites de l'automne 2010, avec les AG et surtout les blocages, l'activisme a pos&#233; le pied sur ces terres inconnues. Enfin, il &#233;tait l&#224; o&#249; cela se passe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'activisme pris dans le contrepied du particulier au g&#233;n&#233;ral&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Depuis plusieurs jours de multiples initiatives fleurissent partout : blocages de lyc&#233;es, de gares, de raffineries, d'autoroutes, occupations de b&#226;timents publics, de lieux de travail, de centres commerciaux ; coupures d'&#233;lectricit&#233; cibl&#233;es, saccages de permanences &#233;lectorales et de mairies&#8230; Dans chaque ville, ces actions viennent intensifier le rapport de force et montrer que nombreux sont ceux qui ne se satisfont plus des formes d'actions et des mots d'ordre impos&#233;s par les directions syndicales &#187; (&lt;i&gt;Communiqu&#233; d'appel &#224; la premi&#232;re assembl&#233;e de Paris&lt;/i&gt;, samedi 23 octobre 2010, en fait septi&#232;me AG &#171; Bloquons l'&#233;conomie &#187;). Dans la rh&#233;torique de l'activisme, l'&#233;num&#233;ration qui ouvre ce texte est un exercice rituel oblig&#233;, sorte d'invocation liminaire, il s'agit d'accumuler des faits d&#233;tach&#233;s de leur contexte, de leurs auteurs, de leur histoire. L'&#233;num&#233;ration est destin&#233;e &#224; faire de la &#171; convergence &#187; une &#233;vidence factuelle et &#224; avoir un effet aveuglant sur le fait que la plus grande partie de ces actions, contrairement &#224; ce qui est dit, sont programm&#233;es et dirig&#233;es par les &lt;i&gt;syndicats&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Les piquets d'ouvriers devant les usines, des assembl&#233;es interpro et des collectifs de luttes se tiennent pour tenter de casser l'isolement et les s&#233;parations cat&#233;gorielles. Leur point de d&#233;part : l'auto-organisation pour r&#233;pondre &#224; la n&#233;cessit&#233; de nous approprier nos luttes sans la m&#233;diation de ceux qui pr&#233;tendent parler au nom des travailleurs. &#187; (&lt;i&gt;idem&lt;/i&gt;). L&#224; &#233;galement, le &#171; point de d&#233;part &#187; au moins pour les &#171; piquets d'ouvriers &#187; et la plupart des interpros, ce n'est pas &#171; l'auto-organisation &#187;, mais les UD ou UL de la CGT ou de la FSU et les initiatives de SUD.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Nous sommes nombreux &#224; ne pas nous organiser selon les formes traditionnelles de la gr&#232;ve sur un lieu de travail et pour autant &#224; vouloir contribuer au mouvement g&#233;n&#233;ral de blocage de l'&#233;conomie. Car ce mouvement est aussi une occasion pour aller au-del&#224; de l'unique probl&#233;matique des retraites, poser la question du travail, d&#233;velopper et construire ensemble une critique de l'exploitation. &#187; (&lt;i&gt;idem&lt;/i&gt;). Il n'y a pas eu de &#171; mouvement g&#233;n&#233;ral de blocage de l'&#233;conomie &#187;, mais c'est ce &#224; quoi les membres de l'Assembl&#233;e veulent cependant &#171; contribuer &#187;, car c'est l&#224; que la g&#233;n&#233;ralit&#233; dont ils se consid&#232;rent investies trouvera &#224; s'employer. Par l&#224;, cette g&#233;n&#233;ralit&#233; va pouvoir trouver son vrai terrain de jeu : &#171; aller au-del&#224; de l'unique probl&#233;matique des retraites. &#187;. Les luttes &#233;num&#233;r&#233;es &#233;taient &#171; au-del&#224; de l'unique probl&#233;matique des retraites &#187;, mais pas dans le sens r&#234;v&#233; par l'Assembl&#233;e. Pas &#171; au-del&#224; &#187;, mais le plus souvent &lt;i&gt;&#224;-c&#244;t&#233;&lt;/i&gt;, dans leurs revendications particuli&#232;res, &#171; corporatistes &#187; aurait dit l'Assembl&#233;e. Est-ce que les &#171; piquets d'ouvriers devant les usines &#187; &#233;taient l&#224; pour tenter de casser l'isolement ? Ils &#233;taient l&#224; pour suppl&#233;er aux faiblesses des gr&#232;ves, les ouvriers se reconnaissaient dans leurs d&#233;l&#233;gu&#233;s syndicaux et agissaient conform&#233;ment &#224; leurs propres revendications particuli&#232;res. Aucun piquet, aucun blocage ne fut le point de d&#233;part d'un quelconque d&#233;bordement ou &#233;largissement. Ils ont &#233;t&#233; des lieux de rencontre largement rendus inoffensifs par le fait qu'ils n'&#233;taient anim&#233;s d'aucune action commune : deux ou trois heures &#224; battre la semelle de conserve et chacun chez soi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; A partir de ce questionnement, avions, ce samedi, d&#233;cid&#233; d'occuper l'Op&#233;ra Bastille. &#187; (&lt;i&gt;idem&lt;/i&gt;) Voil&#224; donc la contribution au &#171; mouvement g&#233;n&#233;ral de blocage de l'&#233;conomie &#187;, &#224; la &#171; construction d'une critique de l'exploitation &#187;. Il est vrai que l'Op&#233;ra Bastille est un &#171; lieu o&#249; circule la marchandise culturelle &#187; : magie des mots. Evidemment, ce qui &#233;tait recherch&#233; c'&#233;tait l'impact m&#233;diatique, sans la m&#233;diation des syndicats mais avec la m&#233;diation des m&#233;dias, c'est plus &#171; classe &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ces quelques citations, ce qui ressort de plus important est que, dans ce mouvement, l'activisme a &#233;t&#233; pris &#224; contrepied par le fait que les pratiques apparaissant formellement comme les plus radicales, celles qui d'ordinaire font partie de ses recettes pour &#171; aller au-del&#224; &#187;, &#233;taient pr&#233;cis&#233;ment investies par ledit &#171; corporatisme &#187;, le particulier, les revendications sp&#233;cifiques. L'activisme a &#233;t&#233; amen&#233;, par sa nature, &#224; une erreur d'analyse consistant &#224; ne pas comprendre que les actions et les secteurs les plus durs n'&#233;taient pas les pr&#233;mices et encore moins les &#171; avant-gardes &#187; (AG &#233;tudiante de Rennes) de la g&#233;n&#233;ralisation du mouvement, mais existaient sur des bases particuli&#232;res et, entre autres choses, syndicalement contr&#244;l&#233;es. Quand, dans un texte d&#233;j&#224; cit&#233;, &lt;i&gt;Premier round, on continue&lt;/i&gt;, on lit que &#171; la base pousse et d&#233;borde les cadres impos&#233;s par les syndicats &#187; et dans la phrase suivant que c'est &#171; par le blocage dans les secteurs strat&#233;giques de la p&#233;trochimie et des transports que le mouvement s'est donn&#233; les moyens d'intensifier le rapport de force&#8230; &#187;, on est oblig&#233; de conclure, au vu de ce que furent ces blocages, que &#171; l'intensification du rapport de force &#187; n'avait rien &#224; voir avec &#171; le d&#233;bordement des cadres impos&#233;s par les syndicats. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La nature du mouvement a mis l'activisme en apesanteur. En apesanteur quant &#224; ses pratiques r&#234;v&#233;es, avec des semelles de plomb quant &#224; ses pratiques r&#233;elles (suppl&#233;tifs de la CGT). L'activisme est un id&#233;alisme de l'ancien cycle de luttes ; une folie obsessionnelle des formes qui culmine dans &#171; l'auto-organisation des luttes &#187; et leur &#171; convergence &#187;, expressions vides de contenu qui sont l'essence m&#234;me de l'activisme&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au moment o&#249; il y aurait pu avoir rencontre entre &#171; activistes &#187; plus ou moins affich&#233;s et gr&#233;vistes, en fait cette rencontre n'a pas eu lieu car au moment m&#234;me o&#249; cela aurait pu se produire, ce qui s'est produit c'est au contraire une absorption des premiers dans ce que le mouvement avait de plus particulier et corporatif. Avec les blocages, les activistes ont cru r&#233;aliser cette unit&#233; et cette g&#233;n&#233;ralit&#233; de la classe qui l&#233;gitiment leur existence et leur pratique, mais de fa&#231;on r&#233;elle, triviale, ils les ont r&#233;alis&#233;es d'une part comme suppl&#233;tifs conscients et heureux de la CGT et, d'autre part, dans la pratique du blocage r&#234;v&#233;e comme la &#171; potentialit&#233; &#187; de cette unit&#233;. R&#234;v&#233;e, car la situation commune des exploit&#233;s n'est plus rien d'autre que leur s&#233;paration. Les activistes &#233;taient doublement heureux : heureux parce qu'enfin &lt;i&gt;ils en &#233;taient&lt;/i&gt; ; heureux parce que la CGT ne remplissait pas la fonction m&#234;me d'&#234;tre la g&#233;n&#233;ralit&#233; pr&#233;suppos&#233;e de la classe qui leur revenait. Ils ne pouvaient voir que leur propre pr&#233;sence ne tenait qu'&#224; cette disparition de la g&#233;n&#233;ralit&#233; pr&#233;suppos&#233;e de la classe et que leur action ent&#233;rinait cette disparition. L'activisme, absorb&#233; dans les particularit&#233;s et les activit&#233;s du syndicalisme de base, &#233;tait compl&#232;tement pris &#224; contrepied. M&#234;me s'il pouvait parfois en &#234;tre conscient, la d&#233;n&#233;gation de cette situation &#233;tait toute pr&#234;te sous la forme d'une autre constante de l'activisme : la potentialit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'activisme et le &#171; passage &#224; autre chose &#187; : la potentialit&#233; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;On devient accro &#224; la potentialit&#233;&lt;/i&gt; &#187; (Rebetiko n&#176; 8, &lt;i&gt;d&#233;cembre 2010&lt;/i&gt;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;La tendance n'est que l'abstraction r&#233;trospective du r&#233;sultat, dont il s'agit pr&#233;cis&#233;ment de rendre compte, c'est-&#224;-dire l'ensoi h&#233;g&#233;lien pens&#233; &#224; partir de son terme come sa propre origine&lt;/i&gt;. &#187; (Althusser, &lt;i&gt;Pour Marx&lt;/i&gt;, Ed. Maspero, p. 58)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec la pratique du blocage, la potentialit&#233; avait trouv&#233; sa forme. &#171; La positivit&#233; du blocage, on peut malgr&#233; tout la trouver dans le blocage lui-m&#234;me, dans la fa&#231;on dont il est habit&#233;. Les liens qui s'y tissent ne sont pas ceux, pr&#233;existants, d'une appartenance de classe ; les complicit&#233;s doivent d'en &#234;tre d'autant plus fortes, les compositions d'autant mieux pens&#233;es. Et en agissant depuis le quotidien, on est confront&#233; imm&#233;diatement aux questions d'organisation mat&#233;rielle, la bouffe, les lieux communs, les gosses, l'essence, etc., sans avoir &#224; attendre la mise en place de conseils ouvriers pour s'en saisir collectivement. Il n'en demeure pas moins que les coups port&#233;s &#224; l'&#233;conomie renvoient un &#233;cho qui sonne sinistrement creux. L'angoisse du vide apr&#232;s avoir tout bloqu&#233;, c'est certainement au final la premi&#232;re limite du mouvement, celle qui l'a maintenu soumis au rythme syndical, celle qui a permis au gouvernement de laisser passer l'orage. L'audace du nouveau mot d'ordre a pu laisser croire qu'il suffisait d'en jouer &#8211; 'attention ou on bloque tout' &#8211; qu'on pouvait se contenter de symbolique, de filtrant, de quelques photos pour les m&#233;dias, de menaces en l'air. Alors que l'efficacit&#233; du blocage, tout comme la r&#233;alisation des promesses qu'il porte, appelle une effectivit&#233; r&#233;elle, tenir les piquets face aux flics, trouver d'autres moyens d'interrompre les flux, coordonner les actions et identifier les cibles strat&#233;giques, commencer d'ores et d&#233;j&#224; &#224; s'organiser hors de l'&#233;conomie. &#187; (&lt;i&gt;Rebetiko&lt;/i&gt;, n&#176; 8)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, c'est le blocage qui &#233;tait syndical, non sa limite. Tout n'a pas &#233;t&#233; bloqu&#233;, mais qu'importe, ce qui compte c'est la potentialit&#233;, ce que porte en elle-m&#234;me telle forme d'action.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec l'engouement pour la pratique du blocage, c'est la m&#233;canique id&#233;ologique de l'activisme et du militantisme en g&#233;n&#233;ral qui est &#224; l'&#339;uvre : Pratique abstraite comportant un sens toujours d&#233;j&#224; l&#224;. La perspective tendancielle du &#171; blocage des flux &#187;, du &#171; blocage de l'&#233;conomie &#187; rappelle la fa&#231;on dont l'anarcho-syndicalisme parlait de la &#171; Gr&#232;ve G&#233;n&#233;rale &#187; que ce soit pour l'organiser et la d&#233;cider r&#233;ellement au jour J (Pouget, Briand, Pelloutier) ou comme mythe mobilisateur (Sorel).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le militantisme suppose toujours un manque dans la situation et dans la pratique existante, banalement il s'agit le plus souvent de la conscience ou d'une organisation, dans le militantisme ultragauche il s'agit d'un manque de la situation (comprise comme conditions) vis-&#224;-vis de ce qu'est toujours potentiellement la classe, &#224; ce moment l&#224; le militantisme est exclu et m&#234;me condamn&#233;. En effet, on ne va pas &#224; l'encontre de la situation et de l'objectivit&#233; non comprise elle-m&#234;me comme activit&#233;s pratiques, mais la structure est la m&#234;me : celle de l'activit&#233; qui n'a fait ceci que par le manque de quelque chose (ce n'est qu'un anti-militantisme). Le militantisme fonctionne toujours sur un hiatus &#224; combler ; le manque, la potentialit&#233; et la tendance sont ses concepts constitutifs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'opposition entre gr&#232;ves et blocages permet une id&#233;ologie du blocage qui fonctionne en mimant le couple revendication / absence de revendication ou particulier / universel. La gr&#232;ve restant enferm&#233;e dans une relation revendicative tandis que le blocage sortirait de cette relation en tant que cr&#233;ation fantasmatique d'un moment z&#233;ro ouvrant les possibles : le blocage de l'&#233;conomie. L'action communisatrice est un d&#233;passement produit de l'action en tant que classe &#224; l'int&#233;rieur m&#234;me de celle-ci, un d&#233;passement produit dans l'action revendicative, elle n'est pas &#171; anti revendication &#187;, rupture abstraite, comme &lt;i&gt;&#224;-c&#244;t&#233;&lt;/i&gt;. Il n'y a pas de sujet r&#233;volutionnaire qui lutte contre l'exploitation en dehors de l'exploitation c'est-&#224;-dire en dehors du rapport entre prol&#233;tariat et capital. Cette compr&#233;hension des blocages qui a eu cours dans une partie du milieu activiste paradoxalement, en investissant une forme de lutte revendicative d'un contenu non-revendicatif, r&#233;invente une forme de transcroissance de la lutte revendicative &#224; la r&#233;volution. En outre, le blocage poss&#232;de l'immense avantage de dissoudre la fronti&#232;re invisible qui rend si difficile aux &#171; r&#233;volutionnaires permanents &#187; l'acc&#232;s &#171; l&#224; o&#249; &#231;a se passe &#187;. De l'interpro ouverte &#224; l'assembl&#233;e g&#233;n&#233;rale et de l&#224; au blocage il n'y a qu'un pas et du coup disparaitrait la critique de &#171; l'interventionnisme &#187; : plus d'int&#233;rieur, plus d'ext&#233;rieur. Mais pour cela il faut avoir d&#233;velopp&#233; une id&#233;ologie de la &lt;i&gt;forme blocage&lt;/i&gt;. Le seul probl&#232;me c'est que, comme pour l'&#233;meute, la question ne r&#233;side pas dans un certain niveau de violence, de l&#233;galit&#233; (la gr&#232;ve) ou d'ill&#233;galit&#233; (le blocage), de fusion dans l'action, mais dans le contenu r&#233;el des luttes et le moment qui les s&#233;cr&#232;te.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Nous sommes nombreux &#224; vouloir aller plus loin. Alors oui, encore une fois, comment d&#233;finir ce loin ? Nul pour le moment ne saurait le dire avec clart&#233; ; pour le moment c'est le mythe de la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale, sauvage illimit&#233;e et expropriatrice des moyens de production qui nous hante l'esprit. Ceci dit, en bloquant les talons d'Achille de cette &#233;conomie, en formant des assembl&#233;es populaires, en mutualisant les forces qui puissent faire perdurer ce mouvement (malgr&#233; la r&#233;signation et l'essoufflement programm&#233;s par le cycle infernal : syndicats, patronat, gouvernement, police, m&#233;dias et certaines organisations politiques). &#187; (Texte anonyme, dat&#233; du premier novembre 2010). La &#171; r&#233;signation &#187; et &#171; l'essoufflement &#187; ont toujours des causes externes, parce qu'int&#233;rieurement il y a toujours la &#171; potentialit&#233; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Ce qui est en jeu, ce ne sont plus seulement les retraites &#187;. Ce n'est pas parce que la r&#233;forme des retraites est une n&#233;cessit&#233; du mode de production capitaliste que la lutte contre cette r&#233;forme est une lutte contre le mode de production capitaliste. On pourrait dire cela de n'importe quelle revendication d'augmentation des salaires, dans la mesure o&#249; le maximum de plus-value est la raison d'&#234;tre du capital. Ce qui est absent dans cette d&#233;marche ce sont les analyses cherchant &#224; savoir o&#249; le mouvement en est, auxquelles on substitue le besoin de trouver comment continuer. Dans une AG, o&#249; tour &#224; tour les m&#234;mes sont cheminots, ouvriers des raffineries, etc., un effet miroir consiste &#224; projeter son propre activisme sur le mouvement, c'est la fonction de la potentialit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s l'occupation de l'ancien local de la CFDT &#224; Rennes (occup&#233; le 28 octobre, &#233;vacu&#233; par la Mairie le 2 d&#233;cembre), transform&#233; en Maison de la gr&#232;ve : &#171; Ici comme ailleurs, se pose la question des liens, de leur p&#233;rennit&#233; et de leur sens politique. Prendre un lieu pour y construire une force mat&#233;rielle capable de rendre effectives des solidarit&#233;s, capable d'inscrire des rencontres dans la dur&#233;e pour qu'elles s'intensifient. Alors, lorsqu'on dispose de ce lieu, c'est un autre rythme qui se construit, qui permet d'imaginer une cr&#232;che, une cantine, des concerts, des discussions. Un espace o&#249; l'on est en mesure d'&#233;laborer des strat&#233;gies d'intervention dans une temporalit&#233; propre, ind&#233;pendante des structures syndicales : bloquer une bo&#238;te avec ses salari&#233;s, faire une campagne &#224; l'&#233;chelle de la ville, constituer une force de frappe politique. Ce qu'un tel lieu prolonge, ce n'est pas le mouvement, mais &lt;i&gt;ce qu'il contenait d&#233;j&#224; de d&#233;passement&lt;/i&gt; (c'est nous qui soulignons). (&#8230;) Apr&#232;s avoir lanc&#233; ou r&#233;cup&#233;r&#233; bon nombre de mouvements sociaux cons&#233;quents, les centrales syndicales se sont toujours mises en travers, plus ou moins brutalement, de ce qu'ils recelaient de d&#233;passement possible ou effectif, pour des raisons tenant principalement &#224; leur pr&#233;tention d'incarner le mouvement ouvrier. (&#8230;) Et cela durera tant que la fameuse 'base' r&#233;calcitrante garde sa carte et nourrit l'organisation de sa force vitale. (&#8230;) Il faut croire que la grande illusion arrange presque tout le monde, comme les m&#234;mes s'accommodent des &#233;lections alors que chaque fois ils sont bern&#233;s par leur vainqueur. Sans doute parce que l'effondrement de ces illusions, qui &#233;tayent le r&#233;gime, ouvrirait sur un ab&#238;me. &#187; (&lt;i&gt;Rebetiko&lt;/i&gt; 8)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les notions de tendance et de potentialit&#233; constituent le fondement id&#233;aliste de tout le discours activiste et permettent simultan&#233;ment la lucidit&#233; et la posture. Lucidit&#233; sur la situation actuelle mais au nom de qu'elle rec&#233;lerait qui n'est que la projection des d&#233;terminations de l'activisme sur le mouvement ; posture de ceux qui connaissent la potentialit&#233; et ses fins vis-&#224;-vis de quelque chose qui n'existerait que pour mettre &#224; jour ces fins derni&#232;res que seule la peur de l'ab&#238;me emp&#234;che de survenir. Mais pourquoi, la &#171; base &#187; garde-t-elle sa carte et nourrit l'organisation. La peur de l'ab&#238;me et les illusions, c'est un peu court ; c'est une explication quasiment psychologique et non structurelle du rapport de classes. Mais la conception structurelle est impossible quand le mode de production capitaliste est r&#233;duit &#224; &#234;tre une &#171; grosse machine &#187; dont nous serions les &#171; grains de sable &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De la potentialit&#233; des luttes &#224; l'activisme comme sympt&#244;me&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand l'activisme cherche &#224; s'&#233;lever au-dessus des pratiques imm&#233;diates dans lesquelles il &#233;tait investi au cours du mouvement, quand il se consid&#232;re comme mettant en &#339;uvre cette potentialit&#233; qui est la justification de toutes ses attitudes vis-&#224;-vis de ce qui existe, toutes les strat&#233;gies qu'il avance come siennes consistent &#224; recr&#233;er, comme mouvement r&#233;volutionnaire une vraie unit&#233; de la classe pour elle-m&#234;me. Vraie, car sans repr&#233;sentation ni m&#233;diation. Dans le Bulletin &lt;i&gt;Rebetiko&lt;/i&gt; du 18 octobre, d&#233;j&#224; cit&#233;, on lit alors cette proposition paradoxale : &#171; Nous consid&#233;rons que par maints aspects, le mouvement actuel r&#233;affirme dans ses pratiques (plus que dans ses mots jusqu'&#224; pr&#233;sent) l'existence d'une communaut&#233; de lutte contre l'Etat et toutes ses fractions, d'un &lt;i&gt;int&#233;r&#234;t commun de classe visc&#233;ralement oppos&#233; &#224; cette condition m&#234;me de classe&lt;/i&gt; (c'est nous qui soulignons), r&#233;unissant travailleurs, ch&#244;meurs, lyc&#233;ens, etc. par-del&#224; leurs statuts et situations particuli&#232;res sous la f&#233;rule du travail et de l'exploitation. &#187; En un mot, &lt;i&gt;Rebetiko&lt;/i&gt; voudrait que le salariat unifie la classe sous un int&#233;r&#234;t commun contre le salariat. Mais le salariat ne fait qu'unifier la classe pour le capital et la diviser pour elle-m&#234;me. Le prol&#233;tariat ne peut plus trouver dans aucune modalit&#233; de reproduction du capital la capacit&#233; de s'unifier pour lui-m&#234;me. Il ne peut exister d' &#171; int&#233;r&#234;t commun de classe oppos&#233; &#224; cette condition m&#234;me de classe &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette perspective th&#233;orique et pratique revient &#224; p&#233;renniser un syndicalisme de base radical qui est une contradiction en acte consistant &#224; &#234;tre l'expression d'une existence pour elle-m&#234;me de la classe oppos&#233;e &#224; sa propre situation de classe. Pour cela, il s'agit de &#171; briser le mouvementisme syndical &#187;, c'est-&#224;-dire de ne plus &#234;tre dans une attitude suiviste vis-&#224;-vis des syndicats en imposant &#171; une temporalit&#233; de lutte propre au mouvement &#187;, de &#171; d&#233;velopper toujours plus avant l'action offensive, organis&#233;e et coordonn&#233;e de mani&#232;re autonome &#187;, de prendre l'initiative de la &#171; constitution d'une Coordination nationale et autonome pour contourner les mots d'ordre des centrales syndicales dont la premi&#232;re r&#233;union a eu lieu &#224; Tours le 6 novembre &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Arr&#234;tons-nous sur cette r&#233;union de Tours. &#171; Le 6 novembre &#224; Tours, se sont r&#233;uni &#8211;e-s les d&#233;l&#233;gu&#233;-&#233;-s mandat&#233;-e-s ou observateurs/trices de 25 Assembl&#233;es G&#233;n&#233;rales (AG) interprofessionnelles, AG de lutte, intersyndicales ouvertes &#224; des non-syndiqu&#233;-e-s, collectifs, coordinations intersecteurs, etc. (suit l'&#233;num&#233;ration des villes repr&#233;sent&#233;es, nda) Les travailleur/se-s du public et du priv&#233;, les ch&#244;meur/se-s, les retrait&#233;-e-s, les lyc&#233;en-ne-s et les &#233;tudiant-e-s se sont mobilis&#233;-e-s massivement par la gr&#232;ve, la manifestation et les actions de blocage pour le retrait de la r&#233;forme des retraites, avec le soutien de la majorit&#233; de la population. Pourtant, le pouvoir n'a r&#233;pondu que par le m&#233;pris, la d&#233;sinformation, la r&#233;pression, l'atteinte au droit de gr&#232;ve, et il d&#233;cide de passer en force. La lutte contre la r&#233;forme des retraites arrive &#224; un moment charni&#232;re. Alors que le gouvernement et la plupart des m&#233;dias nous annoncent depuis des semaines la fin de la mobilisation, des actions de blocage et de solidarit&#233; sont men&#233;es dans tout le pays et les manifestations sont encore massives. Cette loi doit &#234;tre abrog&#233;e. Nous refusons l'enterrement du mouvement apr&#232;s le vote de la loi. La strat&#233;gie de l'intersyndicale a &#233;t&#233; un &#233;chec pour les travailleur/se-s. mais l'heure n'est pas &#224; la r&#233;signation : nous sommes r&#233;solu-e-s &#224; continuer le combat. (&#8230;) Nous voulons que cette dynamique de l'auto-organisation et de l'action commune se p&#233;rennise, s'amplifie et se coordonne. (&#8230;) Nous appelons toutes les AG interprofessionnelles, AG de luttes, intersyndicales &#233;tendues aux non-syndiqu&#233;-e-s, etc., &#224; participer &#224; la prochaine rencontre nationale &#224; Nantes le samedi 27 novembre 2010, en envoyant des d&#233;l&#233;gu&#233;-e-s mandat&#233;-e-s. &lt;i&gt;Nous invitons les organisations syndicales &#224; envoyer des observateur/trice-s &#224; cette rencontre&lt;/i&gt; (c'est nous qui soulignons). &#187; (&lt;i&gt;Compte-rendu de la r&#233;union de Tours&lt;/i&gt;, sur le net).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut admirer la rapidit&#233; avec laquelle la rh&#233;torique syndicale a &#233;t&#233; assimil&#233;e. En d&#233;finitive, il s'agirait de cr&#233;er un vrai mouvement ouvrier. Mais ce n'est pas si simple. Le m&#234;me texte (&lt;i&gt;Rebetiko&lt;/i&gt; 8) qui adresse ses f&#233;licitations &#224; l'initiative de Tours commence par d&#233;clarer dans son introduction : &#171; Depuis une quarantaine d'ann&#233;es, l'hypoth&#232;se de la fin de la lutte des classes, et de son corollaire le mouvement ouvrier, hante l'histoire des luttes politiques. (&#8230;) Cette hypoth&#232;se peut &#234;tre brandie comme d&#233;claration triomphale par les partisans de l'ordre, mais lorsqu'elle est avanc&#233;e avec angoisse ou entrain par ceux qui veulent poursuivre cette histoire, elle a quelque chose d'os&#233;, limite paradoxal : le mouvement ouvrier &#8211; cet ensemble relativement complet et coh&#233;rent d'id&#233;es et d'id&#233;aux, de formes d'organisations et de forces politiques, de mythes et de vues strat&#233;giques &#8211; c'est une sacr&#233;e prise sur la situation, &#224; tel point que sa fin co&#239;nciderait avec la fin de toute hypoth&#232;se politique, version r&#233;alisation du communisme ou version gestion lib&#233;rale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Et pourtant, si on accepte cette remise en question, cette remise en jeu, on peut d&#233;celer l'&#233;mergence de lignes de forces qui ne se laissent pas inclure dans le vieux sch&#233;ma. Le foisonnement politique qui s'est &#233;tendu de la fin des ann&#233;es 1960 au d&#233;but des ann&#233;es 1980 a commenc&#233; &#224; faire &#233;clater les codes et les champs : les luttes f&#233;ministes, homosexuelles, anti-imp&#233;rialistes, anti-nucl&#233;aires, antimilitaristes, contre-culturelles, alors m&#234;me qu'elles adoptaient souvent une rh&#233;torique marxisante, ont contribu&#233; &#224; miner largement le pr&#233;suppos&#233; th&#233;orique du mouvement ouvrier, qui pr&#233;tend que la lutte tient essentiellement dans le processus de production et la contradiction travail / capital. Aujourd'hui, m&#234;me un mouvement social 'de travailleurs', comme celui sur les retraites qui a agit&#233; l'automne fran&#231;ais, peut se r&#233;v&#233;ler &#234;tre plus qu'un &#233;ni&#232;me &#233;pisode d'une guerre de classes qui n'en finit pas d'&#234;tre perdue par le prol&#233;tariat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Bien s&#251;r, la lutte des classes a la vie dure, et il ne s'agit pas de l'enterrer pr&#233;matur&#233;ment : elle ne dispara&#238;tra jamais vraiment tant que d'autres hypoth&#232;ses politiques n'auront pas acquis un poids cons&#233;quent sur le r&#233;el. Le mouvement pour les retraites reste donc majoritairement inscrit dans cette histoire, dans certaines de ses formes d'action, sa force de mobilisation ou sa charge politique, comme dans ses limites, du verrouillage syndical &#224; son expression essentiellement revendicative. Les lignes qui suivent ne s'attardent pas sur cet h&#233;ritage, mais cherchent &#224; mettre en lumi&#232;re ce qui pourrait constituer un passage vers de nouvelles formes, et les questions qu'elles ouvrent. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a affaire l&#224;, bien s&#251;r, &#224; l'erreur courante consistant &#224; ne pouvoir concevoir la lutte de classe autrement que dans les modalit&#233;s de la mont&#233;e en puissance de la classe &#224; l'int&#233;rieur du mode de production capitaliste avec comme aboutissement l'affirmation de cette classe devenant classe dominante et la lib&#233;ration du travail, en un mot le mouvement ouvrier. Tout le &#171; foisonnement politique &#187; &#233;voqu&#233; a bien contribu&#233; &#224; faire &#233;clater les codes et les pratiques de ce mouvement, mais il faut regarder les choses superficiellement pour ne pas voir toujours &#224; l'&#339;uvre dans ce foisonnement les multiples contradictions du mode de production capitaliste qui n'en aurait aucune s'il n'avait pas en son c&#339;ur celle qui le structure : l'exploitation. L'enterrement de la lutte des classes n'est pas diff&#233;r&#233; parce que tardent &#224; devenir h&#233;g&#233;moniques d'autres &#171; hypoth&#232;se politiques &#187;, mais parce qu'il ne s'agit pas de savoir quelles &#171; hypoth&#232;ses &#187; acqui&#232;rent &#171; un poids sur le r&#233;el &#187;, mais de savoir quel est la nature de ce &#171; r&#233;el &#187; qui est le mode de production capitaliste et non une &#171; grosse machine absurde &#187; &#224; l'int&#233;rieur de laquelle &#171; n'importe qui &#187; se transforme en &#171; grain de sable &#187; (&lt;i&gt;idem&lt;/i&gt;, p. 3). &#171; H&#233;ritage &#187; du mouvement ouvrier dans ce mouvement des retraites, c'est exact, &#171; h&#233;ritage &#187; de la lutte des classes, c'est une absurdit&#233;, personne n'h&#233;rite de soi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant rep&#233;rer l'erreur ne suffit pas, il faut savoir pourquoi cette analyse amalgame fin du mouvement ouvrier et chant fun&#232;bre de la lutte des classes. N'oublions pas que l'objet de ce chapitre n'est pas de consid&#233;rer le poids et le r&#244;le des activistes dans le mouvement contre la r&#233;forme des retraites, mais de traiter les activit&#233;s et les th&#233;ories qui rel&#232;vent de l'activisme comme sympt&#244;mes des modalit&#233;s et du cours actuels de la lutte des classes. Ce qui s'impose sous la forme de cet amalgame dans le discours activiste, c'est quelque chose qu'il est impossible &#224; ce discours de formaliser. Par cet amalgame, il r&#233;pond &#224; une question qu'il ne peut se poser et naturellement il n'y r&#233;pond pas dans les termes exacts de la question.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que ce sujet soit &#171; la classe ouvri&#232;re &#187; ou le &#171; n'importe qui &#187; tissant des liens &#171; qui ne sont pas ceux pr&#233;existants d'une appartenance de classe &#187; (&lt;i&gt;Rebetiko&lt;/i&gt;), la nature la plus intime de l'activisme r&#233;side dans le fait de pr&#233;supposer un sujet g&#233;n&#233;ral sur lequel il agit (puisqu'il est dans sa nature d'&lt;i&gt;intervenir&lt;/i&gt;) comme le r&#233;v&#233;lateur de la g&#233;n&#233;ralit&#233;. La question que donc, par nature, l'activisme ne peut poser, c'est celle de la disparition de la g&#233;n&#233;ralit&#233; comme unit&#233; pr&#233;suppos&#233;e du sujet auquel il s'adresse (quel que soit ce sujet). Que la lutte de classe puisse &#234;tre le fait d'une classe essentiellement segment&#233;e dans sa contradiction avec le capital et que rien dans cette contradiction ne puisse surmonter cette segmentation (si ce n'est l'abolition du capital) est hors du champ de vision possible de l'activisme. La fin du mouvement ouvrier est donc la fin de la lutte des classes (fin diff&#233;r&#233;e, mais fin tout de m&#234;me). Voil&#224; ce que, comme sympt&#244;me, nous dit l'activisme : le fait de lutter en tant que classe est devenu la limite de la lutte de classe du prol&#233;tariat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur ce m&#234;me amalgame de la fin du mouvement ouvrier et de la fin de la lutte des classes, il faut &#233;galement &#233;couter l'activisme quand il parle du blocage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Ce n'est pas seulement comme forme d'action efficace que le blocage s'est impos&#233; comme la bonne id&#233;e de cet automne 2010. Au sein m&#234;me du mouvement, ses implications ont commenc&#233; &#224; &#234;tre discut&#233;es, notamment en ce qui concerne son rapport avec cette forme d'action canonique du mouvement ouvrier qu'est la gr&#232;ve. (&#8230;) Et ici ou l&#224; on a vu poindre l'id&#233;e qu'une g&#233;n&#233;ralisation du conflit prendrait certainement plus la forme d'une paralysie de quelques secteurs vitaux pour l'&#233;conomie que de la mythique 'gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale'. Mine de rien, m&#234;me si une bonne partie du mouvement court encore apr&#232;s ce qu'elle surnomme avec une certaine lucidit&#233; 'r&#234;ve g&#233;n&#233;ral', et que les perspectives d'un blocage g&#233;n&#233;ralis&#233; apparaissent comme bien lointaines &#224; l'issue de la bataille, ce d&#233;r&#232;glement de la m&#233;canique r&#233;volutionnaire imaginaire (gr&#232;ves &#8211; gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale &#8211; expropriation &#8211; relance de la production sous contr&#244;le ouvrier) est lourd de sens. D'abord, il y a un d&#233;calage de cible : le blocage c'est la prise de conscience qu'arr&#234;ter la machine c'est plus une question de circulation que de production. Cela peut sembler anodin, ou ne relever que d'une question pratique, mais ce d&#233;placement du centre n&#233;vralgique de la lutte de l'int&#233;rieur de l'usine au rond-point le plus proche, c'est la n&#233;gation pure et simple de la base th&#233;orique du mouvement ouvrier. &#187; (&lt;i&gt;Rebetiko&lt;/i&gt;, n&#176; 8).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous ne reviendrons pas sur la critique de la dissociation, reprise ici, entre gr&#232;ve et blocage qui a &#233;t&#233; faite pr&#233;c&#233;demment, ni sur l'analyse du blocage existant au nom de ce qui est con&#231;u comme sa potentialit&#233;. Il faut cependant ajouter qu'au &#171; rond-point le plus proche &#187;, o&#249; la circulation est confondue avec le transport, la marchandise n'appara&#238;t plus que comme objet et non comme un rapport social de production : &#171; le travail de l'individu exprim&#233; en g&#233;n&#233;ral &#187; (Marx, &lt;i&gt;Th&#233;orie sur la plus-value&lt;/i&gt;, Ed. Sociales, t. 1, p. 461). Pour &lt;i&gt;Rebetiko&lt;/i&gt;, en tordant le cou au &#171; mouvement ouvrier &#187; il s'agit de tordre le coup &#224; la lutte de classe. S'appuyant sur la ph&#233;nom&#233;nologie des blocages, le texte affirme : &#171; Difficile alors de s'appuyer sur le droit du producteur &#224; se r&#233;approprier les moyens de sa production &#187; ; &#171; On a tellement tordu dans tous les sens le concept de prol&#233;taire-qui-vit-de-son-travail qu'on se demande bien ce que la foule de piquetiers qui se presse &#224; 5 heures du mat' autour d'un brasero a &#224; voir avec le sujet r&#233;volutionnaire de Karl Marx. &#187;. Le sujet r&#233;volutionnaire de Karl Marx (si tant est qu'il y ait un &#171; sujet r&#233;volutionnaire &#187; chez Marx) n'&#233;tait pas &#171; le prol&#233;taire-qui-vit-de-son-travail &#187; mais le prol&#233;taire qui n'a que la vente de sa force de travail pour vivre, ce n'est pas vraiment la m&#234;me chose.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur ce point &#233;galement, quand l'activisme parle de la fin du mouvement ouvrier comme celle de la lutte des classes, il est en fait le sympt&#244;me d'autre chose que sa probl&#233;matique lui interdit de formuler : la fin de la lutte des classes, c'est sa pratique r&#233;elle de suppl&#233;tif du syndicalisme de base. Nous avons &#233;crit que : &#171; Depuis la restructuration et encore plus depuis le d&#233;but de la crise de cette phase du mode de production capitaliste, l'unit&#233; de la classe est vide si elle n'est pas la remise en cause par le prol&#233;tariat de sa propre existence comme classe &#187;. C'est ce vide qui, pour l'activisme, est imm&#233;diatement identique &#224; la fin de la lutte des classes. Sa th&#233;orie est devenue le sympt&#244;me de sa propre pratique. Pour &#171; en &#234;tre &#187;, car il faut toujours qu'il &#171; en soit &#187;, il a chauss&#233; les semelles de plomb de la CGT et, pour transformer ces semelles en sandales ail&#233;es, il dit &#171; il n'y a plus de lutte des classes &#187;. Mais quand l'activisme dit &#171; il n'y a plus de lutte des classes, c'est d'autre chose dont il est question.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand nous disons aborder l'activisme, tant dans ses pratiques que dans ses textes, comme sympt&#244;me, nous voulons dire que nous ne r&#233;duisons pas la diff&#233;rence qui nous s&#233;pare de ce que dit l'activisme &#224; une simple diff&#233;rence de la fa&#231;on de voir un objet donn&#233;, ici la mouvement de luttes contre la r&#233;forme des retraites et les diverses pratiques qui l'ont compos&#233;. Nous ne voyons pas plus, moins ou diff&#233;remment de l'activisme. Ce que voit et dit l'activisme et ce qu'il ne voit ni ne dit ne se r&#233;solvent pas dans un bilan comptable mais dans une combinaison. Ce que l'activisme ne voit pas, c'est ce qu'il voit : la fin du mouvement ouvrier et l'effondrement du programmatisme ; l'appartenance de classe comme limite de la lutte de classe ; la disparition de l'identit&#233; ouvri&#232;re, etc. Quand nous consid&#233;rons l'activisme comme sympt&#244;me nous ne comparons pas ce que dit l'activisme avec ce que nous disons par ailleurs qui servirait de mesure, nous comparons l'activisme avec lui-m&#234;me. Ce qu'il ne voit pas avec ce qu'il voit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ayant emprunt&#233; na&#239;vement, sans aucune v&#233;rification pr&#233;alable, &#224; la vie ordinaire de la lutte des classes, la cat&#233;gorie de mouvement ouvrier et son effondrement, et ayant fait tout aussi na&#239;vement du mouvement ouvrier la d&#233;finition et l'unit&#233; ant&#233;rieure de la lutte de classe, l'activisme se demande quelle est la nature actuelle de cette unit&#233;, de cette g&#233;n&#233;ralit&#233; de la lutte contre la soci&#233;t&#233; capitaliste, &lt;i&gt;qui sont sa raison d'&#234;tre&lt;/i&gt;. Que cela soit comme unit&#233; recompos&#233;e de la classe ou comme unit&#233; de tous les domin&#233;s devenant des &#171; grains de sable &#187; bloquant la &#171; grande machine &#187; de la domination, l'activisme est un sympt&#244;me. Sa relative r&#233;ussite dans le mouvement est d'avoir &#233;t&#233; pris &#224; contrepied. Le syndicalisme de base qui a &#233;t&#233; sa porte d'entr&#233;e est pour lui le fondement d'une recomposition g&#233;n&#233;rale unifi&#233;e de la classe. Par l&#224;, l'activisme signifie premi&#232;rement l'obsolescence de la mont&#233;e en puissance du prol&#233;tariat comme marchepied de la r&#233;volution et, deuxi&#232;mement, que l'appartenance de classe est devenue la limite de la lutte de classe. En effet quand c'est l'activisme qui voit dans le syndicalisme de base l'unit&#233; de la classe et sa capacit&#233; &#224; lutter en tant que classe contre sa propre situation, cela signifie qu'il n'y a plus d'unit&#233; de la classe pr&#233;alable &#224; son abolition et que la lutte en tant que classe est devenue la limite de la lutte de classe. Sa g&#233;n&#233;ralit&#233; pr&#233;suppos&#233;e s'est ab&#238;m&#233;e dans la somme des particularit&#233;s qui l'a absorb&#233;e. Plus il se d&#233;bat dans cette absorption, plus il r&#233;v&#232;le l'inanit&#233; de son projet et la &lt;i&gt;r&#233;alit&#233;&lt;/i&gt; de la situation o&#249; il n'y a plus d'unit&#233; pr&#233;alable et o&#249; agir en tant que classe est devenu une limite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question initiale pos&#233;e par l'activisme est : comment construire l'unit&#233; et la g&#233;n&#233;ralit&#233; de la classe ou des domin&#233;s ? L'activisme donne une r&#233;ponse juste : le syndicalisme de base. Mais cette r&#233;ponse juste a une singuli&#232;re propri&#233;t&#233; : elle est la r&#233;ponse juste &#224; une question qui pr&#233;sente cet unique d&#233;faut, de ne pas avoir &#233;t&#233; pos&#233;e. La r&#233;ponse d&#233;signe une autre question : quelle est la limite de la lutte de classe du prol&#233;tariat ? Sous toutes ses formes, l'activisme ne parvient jamais &#224; s'apercevoir de ce quiproquo. Plus il va dans la recherche de cette activit&#233; unifiante, plus la r&#233;ponse &#224; la question qu'il s'est pos&#233;e, la disparition et la recomposition de cette unit&#233;, l'implique dans des contradictions inextricables : il n'y a plus d'unit&#233; de la classe pour elle-m&#234;me autre que son existence objectiv&#233;e dans le capital ; agir en tant que classe est la limite de la lutte de classe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A son insu, il change ainsi de terrain, en substituant &#224; la question de l'activit&#233; pouvant &#234;tre la recherche et la construction de l'unit&#233;, et de comment exister soi-m&#234;me pour &#234;tre cette unit&#233;, jusque l&#224; son objet apparent, les modalit&#233;s actuelles de la lutte des classes, c'est-&#224;-dire pr&#233;cis&#233;ment ce qu'il voulait corriger. Le syndicalisme de base devient la r&#233;ponse exacte, mais cette r&#233;ponse r&#233;pond &#224; une autre question (quelle est la limite actuelle et la dynamique de la lutte de classe ?) que celle pos&#233;e par l'activisme. C'est le quiproquo de la soi-disant question relative &#224; la recherche et la cr&#233;ation de l'activit&#233; constituant l'unit&#233; qui, en fait, se r&#233;sout dans la r&#233;ponse &#224; une autre question. Ce que l'activisme ne voit pas c'est ce qu'il fait : il produit une r&#233;ponse sans question, mais ce faisant il est le sympt&#244;me d'une question nouvelle port&#233;e en creux dans cette r&#233;ponse. Il r&#233;v&#232;le une question nouvelle, mais &#224; son insu car les termes du probl&#232;me initial ont compl&#232;tement &#233;t&#233; chang&#233;s. Parce qu'il garde les yeux fix&#233;s sur sa question initiale et qu'il persiste, selon ce qu'il est, &#224; rapporter sa r&#233;ponse &#224; cette question, l'activisme est totalement aveugle sur ce qu'il r&#233;v&#232;le. La question qu'il r&#233;v&#232;le est invisible dans le champ de l'activisme parce qu'elle n'est pas un de ses objets et probl&#232;mes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il y a plus et c'est, entre autres choses, pourquoi l'activisme peut &#234;tre abord&#233; comme un sympt&#244;me. Il existe un certain rapport de n&#233;cessit&#233; entre le champ que d&#233;finissent une th&#233;orie et une pratique et son quiproquo. Ce qui ne peut exister dans ce champ n'est pas &lt;i&gt;n'importe quoi&lt;/i&gt;. Ce qui ne peut &#234;tre vu par une th&#233;orie c'est &lt;i&gt;son&lt;/i&gt; invisible, cela lui est int&#233;rieur. Quand l'activisme ne voit pas que la r&#233;ponse qu'il donne (le syndicalisme de base comme la construction de cette unit&#233; qui est sa raison d'&#234;tre) est en r&#233;alit&#233; la r&#233;ponse &#224; autre chose, &#224; une autre question sur les modalit&#233;s actuelles de la lutte de classe, c'est qu'il est la d&#233;n&#233;gation de cette autre question et de sa r&#233;ponse. Exclure cette question et cette r&#233;ponse comme r&#233;ponse &#224; cette question le fait ce qu'il est.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du sympt&#244;me &#224; l'autocritique&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que nous venons de dire &#224; propos de la r&#233;alit&#233; de l'activisme comme sympt&#244;me nous permet d'aborder et de comprendre, autrement que par la confrontation &#224; ses &#233;checs, bien r&#233;elle, ou par la lucidit&#233; de ses protagonistes, hypoth&#232;se que l'on ne peut &#233;carter, quelque chose d'&#233;trange qui s'est d&#233;roul&#233; durant le mouvement de luttes contre la r&#233;forme des retraites : la continuelle autocritique que l'activisme livre de lui-m&#234;me sans jamais sortir de sa probl&#233;matique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le texte &lt;i&gt;Du mouvementisme &#224; l'autonomisation des luttes &#8211; &#233;bauche de r&#233;flexion pratique et critique&lt;/i&gt; (Indym&#233;dia Nantes) pr&#233;sente une vision particuli&#232;rement significative de cette &#171; autocritique &#187; de l'activisme. &#171; A nous de nous cr&#233;er et trouver des outils de lutte qui nous semblent justes et appropri&#233;s. Sans quoi, on ne reste que de sinistres porte-drapeaux, des moutons qui gonflons num&#233;riquement les actions-marketing-CGT. (&#8230;) Comment ne pas se faire manipuler ? (&#8230;) Comment se positionner par rapport &#224; la trahison des syndicats, par rapport &#224; l'aspect strictement revendicatif et d&#233;fensif-r&#233;actif du mouvement social ? (&#8230;) afin de redonner au mouvement cette force de frappe offensive qu'il est dans ses moyens d'action, mais pas dans le fond &#187; (op. cit). L'activisme nous dit lui-m&#234;me, &#224; l'int&#233;rieur de sa probl&#233;matique, que ses formes &#171; habituelles &#187; d'action ont &#233;t&#233; investies par le cat&#233;goriel et non par la g&#233;n&#233;ralit&#233;. Contrepied, sympt&#244;me, autocritique, tout se tient quand certaines formes d'action sont imagin&#233;es comme &#233;tant en soi, ou potentiellement, les vecteurs de la radicalit&#233; amalgam&#233;e &#224; la g&#233;n&#233;ralisation. Le texte note que les centrales syndicales s'adaptent &#224; la &#171; d&#233;termination de la base sur le terrain &#187;, mais la &#171; d&#233;termination &#187; n'est d&#233;duite que des formes d'action, alors revient la discordance entre la forme et le contenu de ces modalit&#233;s d'action. &#171; La base salariale se radicalise et s'autonomise dans ses moyens d'action mais pas dans la signification politique de ces moyens d'action &#187; (idem). Ce n'est pas seulement pour &#171; qu&#233;mander un dialogue &#187; (idem), que le contenu ne s'est pas &#171; radicalis&#233; &#187; au sens attendu par ce texte, mais parce que ce contenu est demeur&#233; tout au long du mouvement &#233;clat&#233;, segment&#233;, corporatiste, donc en contradiction avec la &#171; g&#233;n&#233;ralisation &#187; tant souhait&#233;e et attendue qui est en soi le contenu radical vis&#233; par l'activisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Une br&#232;che est ouverte&lt;/i&gt; &#187;, &#171; &lt;i&gt;cr&#233;er l'&#233;tincelle&lt;/i&gt; &#187;, &#171; &lt;i&gt;cr&#233;er un mouvement dans le mouvement&lt;/i&gt; &#187;, &#171; &lt;i&gt;auto-organisation pour une lutte &#224; long terme&lt;/i&gt; &#187;, &#171; &lt;i&gt;rendre le mouvement permanent&lt;/i&gt; &#187;, &#171; &lt;i&gt;rendre la gr&#232;ve permanente&lt;/i&gt; &#187;, on retrouve &#233;videment le chapelet des formules stupides de l'activisme, mais cela ne doit pas masquer le contenu et la fonction assign&#233;e &#224; ces rodomontades : &#171; A partir de l&#224;, repenser collectivement et par une nouvelle situation de lutte que nous avons-nous-m&#234;mes cr&#233;&#233;e ce mouvement qui ne doit donc plus &#234;tre revendicatif mais offensif. &#187;. Dans le contrepied subi et fait sien par l'activisme et dans le quiproquo qui en r&#233;sulte, il y a apparition symptomatique et fugitive de la lutte revendicative comme pas &#224; franchir au-del&#224; duquel il y a l'action en tant que classe comme limite de la lutte de classe. En effet, dans ce mouvement, la principale le&#231;on serait que &#171; pour les prochains mouvements sociaux, il ne faut &#233;videmment pas s'isoler car au d&#233;part pilot&#233;s par des centrales syndicales r&#233;formistes. &#187; (&lt;i&gt;idem&lt;/i&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'autocritique de l'activisme aboutit &#224; promouvoir ce qui a disparu : la g&#233;n&#233;ralit&#233; latente de la classe et son d&#233;bouch&#233; en tant que perspective r&#233;volutionnaire, c'est-&#224;-dire l'auto-organisation. Mais cette derni&#232;re, devenue id&#233;ologie, a pris acte de sa propre faillite en occultant le sujet qui lui a fait faux bond, elle est devenue &#171; l'auto-organisation des luttes &#187; dont la fonction est de &#171; briser les identit&#233;s sociales fig&#233;es &#187;. Le cercle vicieux de l'activisme r&#233;side alors dans la poursuite de ce dont pr&#233;cis&#233;ment la disparition est la raison d'&#234;tre de son existence. &#171; Les actions se multiplient et se durcissent dans la convergence &#187;, &#171; la base salariale se retrouve orpheline &#187; : l'erreur de la premi&#232;re proposition est n&#233;cessaire pour que l'activisme se pr&#233;sente, dans la seconde, en parents adoptifs de l'orpheline. Le dossier d'adoption est pr&#234;t : &#171; une coordination nationale et autonome dont la premi&#232;re r&#233;union a eu lieu &#224; Tours &#187;, celle-l&#224; m&#234;me dont nous avons d&#233;j&#224; parl&#233;. Les parents adoptifs r&#233;p&#232;tent en mis&#233;rable farce la trag&#233;die des parents biologiques. &#171; Le mouvement des retraites a &#233;t&#233; cr&#233;ateur tout en restant en attente par rapport &#224; des &lt;i&gt;m&#233;canismes massificateurs nostalgiques&lt;/i&gt; (c'est nous qui soulignons) &#187;, lit-on dans le n&#176; 8 de &lt;i&gt;Rebetiko&lt;/i&gt;. On ne peut pas d&#233;nier &#224; l'activisme la conscience que dans ce mouvement s'est jou&#233;e un remake id&#233;al de l'unit&#233; et de l'identit&#233; ouvri&#232;res. Le comique de situation r&#233;side dans le fait qu'il se con&#231;oit et se pr&#233;sente comme la rel&#232;ve d'une disparition qui est cela m&#234;me par quoi il existe : &#171; Si ce morcellement de la classe des sans rien est une ind&#233;niable r&#233;ussite en terme de pouvoir d&#233;mobilisateur, reste n&#233;anmoins la sensation &#233;trange qu'un ouvrier sp&#233;cialis&#233; en CDI et un stagiaire &#224; 400 euros par mois ont rarement &#233;t&#233; aussi proches dans leur r&#244;le de spoli&#233;s chroniques. Imaginer qu'ils puissent avoir des envies communes est une &#233;tape que certains blocages &#233;conomiques ont mis &#224; jour lors de l'&#233;pisode des retraites, quand jeunes et moins jeunes se retrouvaient pour stopper les flux d'homes et marchandises. Trouver les moyens d'accentuer cette convergence des envies serait l'&#233;tape d'apr&#232;s et appelle de nouvelles fa&#231;ons de communiquer au sein m&#234;me du 'mouvement', mais aussi de nouvelles priorit&#233;s d'actions. Par exemple jouir d'un lieu qui fasse office de point d'ancrage para&#238;t essentiel dans le fait de se coordonner localement. Une occupation durable donne &#224; celles et ceux qui ne sont pas cal&#233;s sur le temps du noyau dur l'occasion de pouvoir s'informer et d'agir. Un lieu qui mat&#233;rialise la synchronisation. &#187; (&lt;i&gt;idem&lt;/i&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut toujours poser une unit&#233; a priori de la classe sur la base du fait que tous les prol&#233;taires, productifs ou non, stables ou pr&#233;caires, employ&#233;s ou ch&#244;meurs, etc. , ont &#224; subir le rapport salarial, c'est-&#224;-dire l'exploitation, mais il n'en reste pas moins que cette unit&#233; n'est en rien unifiante, qu'elle n'existe imm&#233;diatement que comme la s&#233;paration de tous les prol&#233;taires entre eux, qu'on se trouve sans cesse face aux situations particuli&#232;res de chaque segment de classe. La situation commune des exploit&#233;s n'est rien d'autre que leur s&#233;paration. Au bout du compte, le rapport salarial ne peut avoir le m&#234;me contenu pour un ouvrier qualifi&#233; des raffineries, un travailleur &#224; statut et pour un ch&#244;meur ou un pr&#233;caire. Le capital s&#233;pare les travailleurs (par le salaire, par la perte de ma&#238;trise sur ce qui est produit et la mani&#232;re dont &#231;a l'est, etc.) &#224; mesure qu'il les rassemble en nombre dans le proc&#232;s productif et c'est de cette mani&#232;re qu'il socialise le travail ; le r&#233;sultat de cette union/division est la soci&#233;t&#233; capitaliste, en ce qu'elle est r&#233;ellement compos&#233;e, de mani&#232;re fonctionnelle, de segments de classes. Le travail capitaliste ne peut devenir force de travail collective (le salaire est individuel), communaut&#233; des travailleurs (socialisme), &lt;i&gt;pas plus que les prol&#233;taires ne peuvent s'unir sur &lt;/i&gt;&lt;i&gt;la base de ce qu'ils sont comme classe&lt;/i&gt;. C'est l&#224; o&#249; l'activisme, pour qui la segmentation n'est qu'une somme d'accidents de la substance commune potentielle ou sous-jacente, se r&#233;v&#232;le &#234;tre un sympt&#244;me de la disparition de l'identit&#233; ouvri&#232;re, et le caract&#232;re &lt;i&gt;toujours formel&lt;/i&gt; de son activit&#233; est une &lt;i&gt;reconnaissance&lt;/i&gt; de cette disparition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question que nous avons &#224; nous poser n'est pas celle de l'unit&#233; a priori, mais de la reconduction ou non de cette s&#233;paration, parce que c'est la question qui se pose dans les luttes lorsqu'elles tendent &#224; se g&#233;n&#233;raliser : c'est la tension m&#234;me &#224; l'unit&#233; qui n'est que le fait de se heurter &#224; la r&#233;alit&#233; de la s&#233;paration. La &#171; communaut&#233; de situation &#187; n'est donn&#233;e que de mani&#232;re abstraite ou g&#233;n&#233;rale dans ce qu'on est dans le capital, elle ne devient une tension r&#233;elle que dans les luttes. Encore faut-il qu'il y ait dans cette lutte la tension &#224; cette unit&#233;, c'est-&#224;-dire une dynamique de remise en cause des segmentations. Cela ne signifie pas l'attente maximaliste de La R&#233;volution, mais la production dans une lutte de l'appartenance de classe comme contrainte ext&#233;rieure, l'apparition m&#234;me fugace d'activit&#233;s d'&#233;cart, c'est-&#224;-dire, &#224; l'int&#233;rieur de la lutte en tant que classe, de pratiques allant &#224; l'encontre m&#234;me de son caract&#232;re revendicatif, d'attaques par les prol&#233;taires de ce qui les d&#233;finit dans leur situation de prol&#233;taires y compris toutes les formes de repr&#233;sentations. Ce n'est qu'ainsi que la segmentation est pos&#233;e comme probl&#232;me, quand elle se confond avec l'appartenance de classe elle-m&#234;me et non quand c'est cette appartenance de classe qui est suppos&#233;e contenir l'unit&#233;. Mais si l'on a consid&#233;r&#233; cette unit&#233; comme une chose a priori, sous-jacente, la solution, le d&#233;passement de cette situation de fragmentation n'est plus que formelle dans la mesure o&#249; son contenu est toujours l&#224; pr&#233;sent comme potentialit&#233;. Cette unit&#233; a priori, certaines pratiques auraient, par leur forme m&#234;me (le blocage, l'appropriation d'un lieu), la facult&#233; (potentielle elle aussi) de la faire devenir effective.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est exact que dans les blocages des prol&#233;taires divers se sont rencontr&#233;s, mais quel fut le contenu de cette rencontre, sa dynamique. Jamais cette rencontre n'exc&#233;da le contenu g&#233;n&#233;ral de la lutte contre la r&#233;forme des retraites. Mais, le pire ou le meilleur, c'est que &lt;i&gt;Rebetiko&lt;/i&gt; le dit : &#171; La pratique des blocages, parce qu'elle &#233;tait nouvelle, a donc &#233;t&#233; exalt&#233;e sans consid&#233;ration des faiblesses internes du mouvement, celles qui ont permis sa transmutation en nouveau rituel, manipulable &#224; loisir &#187;. La potentialit&#233; de la forme est sauve. Il n'y a pas de potentialit&#233; non actualis&#233;e &#224; cause du contexte, la rencontre n'est rien en elle-m&#234;me, elle peut tr&#232;s bien n'&#234;tre que la fa&#231;on d'ent&#233;riner la segmentation quelle que soit la subjectivit&#233; des activistes qui mettent cette derni&#232;re dans leur poche et leur mouchoir par dessus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et c'est pr&#233;cis&#233;ment ce qu'ils font : &#171; La forme d'une lutte. Son sens. Les deux ont &#233;t&#233; ma&#238;tris&#233;s sans trop de vagues par le syst&#232;me syndical et m&#233;diatique ; c'est la marque du peu de r&#233;sistance et de la vacuit&#233; de ce mouvement. (&#8230;) Il y avait donc un projet de loi durcissant le r&#233;gime des retraites ; des millions de manifestants, des blocages sans compter, de nombreux d&#233;bordements lyc&#233;ens et coll&#233;giens, et quelques gr&#232;ves. Et tout le monde, apr&#232;s avoir failli paralyser le pays, est rentr&#233; &#224; la maison sans avoir rien obtenu, bien encadr&#233; par les syndicats : signe que les forces de d&#233;passement du rituel n'avaient pas trouv&#233; (et peu cherch&#233;) d'expressions pendant et en dehors des actions spectaculaires qui ont &#233;t&#233; men&#233;es. (&#8230;) On a rarement vu un mouvement aussi imposant se couler dans une enveloppe aussi creuse, ventil&#233;e &#224; plaisir par les centrales syndicales. &#187; (&lt;i&gt;idem&lt;/i&gt;). Et pourtant, &#224; la page pr&#233;c&#233;dente : &#171; Ce qu'un tel lieu prolonge (la &#171; Maison de la gr&#232;ve de Rennes &#187;, nda), ce n'est pas le mouvement, mais ce qu'il contenait d&#233;j&#224; de d&#233;passement &#187;. Ah, les miracles de la potentialit&#233; !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En d&#233;crivant ainsi le mouvement, ce n'est pas de celui-ci dont l'activisme parle mais seulement de lui-m&#234;me. &#171; Rituel &#187;, &#171; encadrement &#187; et m&#234;me &#171; d&#233;passement &#187;, tout n'est que forme. Il n'est jamais question d'analyser ce qu'il s'est r&#233;ellement pass&#233;, il suffit &#224; l'activisme de lancer ses d&#233;s et comme cela ne fonctionne pas c'est que le mouvement est &#171; creux &#187;. Mais dans &lt;i&gt;ce&lt;/i&gt; mouvement, le &#171; creux &#187; est en fait tout plein, il d&#233;borde de syndicalisme de base et d'unit&#233; et d'identit&#233; ouvri&#232;res id&#233;ales. A premi&#232;re vue, tout &#233;tait r&#233;uni pour que les d&#233;s composent le carr&#233; d'as de l'unit&#233; de la classe &#224; la base et ce fut un fiasco, &#224; peine une paire de sept. C'est cette paire de sept qui est symptomatique. En disant, comme des enfants d&#233;&#231;us devant le jouet cass&#233;, &#171; le mouvement &#233;tait creux &#187;, c'est autre chose qu'ils disent : l'unit&#233; dont nous sommes la disparition et le r&#234;ve est creuse. &lt;i&gt;L'activisme actuel se vit comme la radicalit&#233; de l'ancien cycle de lutte enfin maintenant possible&lt;/i&gt;, celle de l'identit&#233; ouvri&#232;re et de l'auto-organisation, c'est ainsi que l'activisme nous parle de la r&#233;alit&#233; pr&#233;sente. Il r&#233;pond &#224; la question du pr&#233;sent en r&#233;pondant &#224; celle du pass&#233; et ainsi nous parle de l'actuel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons critiqu&#233; pr&#233;c&#233;demment cette substantialisation de la pratique du blocage et l'investissement d'une pratique par sa potentialit&#233; formelle. Il s'agirait de pousser &#171; la forme blocage jusqu'au bout &#187; (&lt;i&gt;Rebetiko&lt;/i&gt;), de &#171; r&#233;aliser les promesses qu'il porte &#187; (&lt;i&gt;idem&lt;/i&gt;). Nous avons d&#233;j&#224; montr&#233; que le blocage n'est rien en soi, il n'est comme la gr&#232;ve que tel ou tel blocage, il est une pratique dans un mouvement, dans une lutte, son sens et son contenu sont ceux de cette lutte, c'est &#224; partir de cette lutte qu'il faut concevoir les pratiques qui ont &#233;t&#233; les siennes. Le blocage est une pratique particuli&#232;re qui a un sens particulier, non en lui-m&#234;me, non en vertu de sa forme, mais de par la lutte particuli&#232;re dont il est une pratique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-28&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Nous ne parlons pas ici du sommet de ridicule que fut la tentative d'occuper (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-28&#034;&gt;28&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ici, ce sens r&#233;side dans les formes actuelles du salariat, la fin de l'identit&#233; ouvri&#232;re et le syndicalisme de base, le jeu entre l'unit&#233; v&#233;cue comme id&#233;ale de la classe et la segmentation de celle-ci. Le blocage n'a pas &#233;t&#233; &#171; soumis au rythme syndical &#187; (&lt;i&gt;idem&lt;/i&gt;), il &#233;tait, ici et maintenant, dans ce mouvement, syndical. Il ne s'est pas retrouv&#233; limit&#233; par &#171; l'angoisse du vide &#187; (&lt;i&gt;idem&lt;/i&gt;), il n'y avait pas de vide face au blocage, mais un trop plein de revendications cat&#233;gorielles, de radicalisme syndical, d'id&#233;al d'identit&#233; ouvri&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Bloquer l'&#233;conomie peut &#234;tre un bon d&#233;but pour cr&#233;er une situation hors-norme. Mais elle ne pose pas de perspectives en tant que telle. Bloquer l'&#233;conomie pourquoi ? Pour demander son am&#233;lioration ? Pour qu&#233;mander une place en son sein ? Le blocage ne dit rien sur l'&#233;vidente n&#233;cessit&#233; de d&#233;truire, de se passer de l'&#233;conomie. &#187; (&lt;i&gt;Paradoxes en Automne&lt;/i&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;4 ) La critique de l'Economie : une d&#233;sobjectivation paradoxale du capital comme rapport social&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parce qu'il &#233;tait &#233;vident que l'urgence de l'attaque des retraites &#233;tait impos&#233;e par l'imp&#233;ratif de conserver le fameux triple &#171; A &#187; sur le march&#233; mondial des capitaux, le pouvoir et l'&#233;conomie devinrent l'ennemi et, dans cette identit&#233; de l'un et de l'autre, l'&#233;conomie devient elle-m&#234;me pouvoir. Cette identification de l'&#233;conomie et du pouvoir &#233;tait consid&#233;rablement facilit&#233;e par la personnalisation du pouvoir par un individu ridicule et odieux et par le fait que &#171; l'alternative &#187; politique n'&#233;tait incarn&#233;e alors par personne d'autre que le directeur du FMI en personne (Dominique Strauss-Kahn). La Gr&#232;ce venait de faire les frais d'une d&#233;gradation de sa note infligeant &#224; ses prol&#233;taires une attaque des salaires qui les laissait litt&#233;ralement sur le carreau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la foul&#233;e, le socialiste Papandr&#233;ou qui s'appr&#234;tait &#224; &#171; s'adresser au peuple &#187; par r&#233;f&#233;rendum est d&#233;barqu&#233; par le FMI au profit d'un gouvernement socialiste&#8211;lib&#233;ral de quasi union nationale &#224; participation d'extr&#234;me droite dirig&#233; par un euro-banquier socialiste, mais sans le Parti Communiste ( laissant ainsi en place un cadre pour contr&#244;ler plus ou moins la vague d'opposition prol&#233;taire qui monte, comme on l'a vu le 19 novembre 2011, avec les affrontements entre les manifestants et le PC d&#233;fendant l'Assembl&#233;e parlementaire unique). Simultan&#233;ment, en Italie, un chef de gouvernement lib&#233;ral us&#233; jusqu'&#224; la corde et devenu inapte &#224; imposer toute d&#233;cision d'attaque contre le salariat comme une n&#233;cessit&#233; objective et non perverse de l'&#233;conomie est lui aussi renvers&#233; par une r&#233;volution de palais t&#233;l&#233;command&#233;e depuis Bruxelles, Berlin et Paris qui met en place un autre euro-banquier. En Espagne, Zapatero sent le vent du boulet et avance des &#233;lections d&#233;j&#224; perdues. L'&#233;conomie avait des visages, non seulement Sarkozy et sa clique, mais aussi les &#171; riches &#187;, les PDG, les DRH, les actionnaires. Des personnes portant des noms bien concrets : Bouygues, Lagard&#232;re, Bettencourt, etc. Le capitalisme avait perdu son image de corps social opaque, inconnu, contre lequel on ne peut rien. Cependant, si le capital avait des visages, ces visages n'&#233;taient pas saisis comme des masques. M&#234;me si le capital est n&#233;cessairement le capitaliste, le capital n'est pas une puissance personnelle, c'est une puissance sociale, &#234;tre capitaliste c'est occuper non seulement une position purement personnelle, mais encore une position sociale dans la production. En s'arr&#234;tant &#224; la personnalisation, la d&#233;sobjectivation r&#233;active elle-m&#234;me l'objectivit&#233; &#224; un autre niveau. En amalgamant le capital au capitaliste, c'est l'agent, devenu sujet et personne, qui incarne la r&#233;alit&#233; objective du capital.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette assimilation du pouvoir &#224; l'&#233;conomie et donc la d&#233;finition de l'&#233;conomie comme pouvoir (prouv&#233;e depuis au-del&#224; de toute esp&#233;rance avec la mise en place directe de fond&#233;s-de-pouvoir de la Banque Centrale Europ&#233;enne &#224; la t&#234;te des gouvernements) est diff&#233;rente de la &#171; dictature des march&#233;s &#187; sur les politiques d'Etat que le D&#233;mocratisme Radical d&#233;non&#231;ait. Cette assimilation ne permet plus d'imaginer aucune politique autre, on ne peut que se d&#233;fendre ici et maintenant contre les attaques. Pour reprendre la formule f&#233;tiche de Margareth Thatcher : &lt;i&gt;There is no alternative&lt;/i&gt;. Face &#224; l'&#233;conomie comme dictature de classe, face cette fatalit&#233; qui apr&#232;s deux ans de &#171; travail &#187; de la crise nous broie, en nous faisant mal vivre, il y a eu une &#224; rage de saisir la situation pour se battre, la volont&#233; d'affirmer le refus de ce qui nous tombe dessus, la volont&#233; d'&#234;tre ensemble pour affirmer ce refus en tant que travailleurs posant un rapport global contre ces attaques de l'&#233;conomie et de son Etat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette assimilation entre &#233;conomie et pouvoir et sa d&#233;clinaison en tant que conception de l'&#233;conomie comme pouvoir de classe, comme LE pouvoir de classe m&#234;me - quand ce pouvoir n'est plus con&#231;u comme pouvant changer de nature ou d'orientation - est une d&#233;sobjectivation paradoxale de l'&#233;conomie. Il n'est m&#234;me plus vraiment besoin de la qualifier d'&#233;conomie &lt;i&gt;capitaliste&lt;/i&gt;, elle est imm&#233;diatement rapport de classe, exploitation sans cesse aggrav&#233;e, oppression et m&#233;pris. Toutefois cette d&#233;sobjectivation est aussi une substantialisation de l'&#233;conomie qui prend au pied de la lettre, pour argent comptant, l'autonomisation des rapports sociaux comme &#233;conomie. Une v&#233;ritable d&#233;sobjectivation de l'&#233;conomie s'opposerait &#224; l'&#233;conomie en disant, de fait, &#171; nous sommes l'&#233;conomie &#187; autrement dit : &#171; Cette crise c'est la n&#244;tre &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;sign&#233;e comme telle, l'&#233;conomie imposerait ses lois au reste de la reproduction sociale, allant m&#234;me jusqu'&#224; la compromettre. L'&#233;conomie n'est que la fa&#231;on dont se donne la reproduction du capital dans son autopr&#233;supposition. Le principal r&#233;sultat de la production capitaliste n'est pas la production d'objets, ni m&#234;me de marchandises, ni m&#234;me de plus-value ou de profit, mais la reproduction de classes contradictoires. L'&#233;conomie comme domaine particulier de la reproduction n'est qu'une &#171; apparence &#187;. Cela aboutit &#224; poser d'un c&#244;t&#233; la production (l'&#233;conomie), et de l'autre la reproduction des classes (la domination). La critique de l'&#233;conomie aboutit paradoxalement &#224; n'&#234;tre qu'une critique de l'autonomisation comme &#233;conomie de la reproduction des rapports sociaux capitalistes qui aurait pris au pied de la lettre cette autonomisation. Elle se veut la critique de cette autonomisation sans l'avoir comprise comme autonomisation de la reproduction du capital comme rapport social.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais l'&#233;conomie est &#224; la fois une apparence et une r&#233;alit&#233;. C'est pourquoi la critique de l'&#233;conomie, peut &#234;tre &#224; la fois la critique d'une apparence autonomis&#233;e de la reproduction des rapports sociaux capitalistes, et la critique d'une r&#233;alit&#233;. C'est ce qui permet &#224; la critique de l'&#233;conomie d'approcher, bien que dans les termes de &#171; l'apparence &#187;, le d&#233;passement de cette soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est parce qu'&#224; l'issue de chaque cycle productif toutes les conditions de la reproduction apparaissent du c&#244;t&#233; du capital, dans la reproduction du face &#224; face du capital en soi et de la force de travail, que ces conditions de la reproduction de l'ensemble du rapport prennent la forme de l'&#233;conomie et que la reproduction de la soci&#233;t&#233; se formule comme lois &#233;conomiques. La critique de l'objectivisme et la critique de l'&#233;conomie vont de pair. L'&#233;conomie est le rapport entre l'objectivation des conditions de la production face au travail et le travail dans sa subjectivit&#233;, c'est-&#224;-dire s&#233;par&#233; de toutes ses conditions. C'est le capital comme rapport social (incluant les propres forces sociales du travail) qui, se pr&#233;supposant, se pr&#233;sente comme objet face au travail. L'&#233;conomie est alors un ensemble de conditions objectives r&#233;gissant l'accroissement de la richesse sous forme de capital, ensemble de lois r&#233;gissant le processus de la valeur se valorisant, de la valeur en proc&#232;s. En tant que tel (cet ensemble), &lt;i&gt;l'&#233;conomie est une r&#233;alit&#233; et l'objectivit&#233; de ses lois &#233;galement&lt;/i&gt;. C'est le monde r&#233;ifi&#233; dans lequel nous &#233;voluons quotidiennement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est le rapport du capital, en ce qu'il est s&#233;paration du travail et de ses conditions, en ce qu'il est exploitation, c'est-&#224;-dire rapport entre des classes, qui d&#233;termine sa reproduction comme r&#233;gie par des lois objectives, elles-m&#234;mes exprimant le fonctionnement d'un monde r&#233;ifi&#233;. Dans l'exploitation, les conditions de la reproduction du rapport apparaissent toujours comme volont&#233; &#233;trang&#232;re au travail, comme n&#233;cessit&#233; inscrite dans l'existence du capital, comme chose, comme capital en soi face au travail et comme n&#233;cessit&#233; de son accumulation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La critique du mode de production capitaliste comme &#233;conomie s'oppose &#224; une &#171; apparence &#187; non critiqu&#233;e de ce mode de production, mais cette apparence est simultan&#233;ment une r&#233;alit&#233; quotidienne de celui-ci, c'est pour cela que cette &#171; erreur &#187; est &#171; un moment du vrai &#187; La v&#233;ritable critique de l'&#233;conomie part du fait que de fa&#231;on essentielle le mode de production capitaliste se constitue comme exploitation, c'est-&#224;-dire comme contradiction entre le prol&#233;tariat et le capital, en tant que lutte des classes dont l'&#233;conomie est un moment constitutif. Il en r&#233;sulte la critique de l'&#233;conomie non comme un rejet de celle-ci en tant que non-existante ou comme condamnation, mais comme interrogation sur son contenu, son origine, ses conditions d'existence et par voie de cons&#233;quence sur son d&#233;passement. La critique du concept d'&#233;conomie, qui int&#232;gre dans le concept ses propres conditions d'existence, &#233;vite pr&#233;cis&#233;ment de poser son d&#233;passement comme une opposition &#224; l'&#233;conomie. La r&#233;alit&#233; de l'&#233;conomie (sa raison d'&#234;tre), est en dehors d'elle, l'&#233;conomie est un attribut du rapport d'exploitation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, se contenter de &#171; d&#233;noncer l'erreur &#187; ne m&#232;ne &#224; rien. Ce qui importe c'est de consid&#233;rer la lutte de classes dans son histoire et non &#224; partir d'une norme, d'en consid&#233;rer tous ses moments comme n&#233;cessaires et comme des moments de la production de son propre d&#233;passement. La formule de Hegel sur le faux comme moment du vrai ne doit pas &#234;tre utilis&#233;e comme un enjolivement du discours th&#233;orique, mais comme la compr&#233;hension de la &lt;i&gt;r&#233;alit&#233;&lt;/i&gt; du cours historique de la lutte de classe. Si la d&#233;signation de l'&#233;conomie comme ennemi et sa critique existent dans la lutte de classe, c'est l&#224; qu'il faut les d&#233;busquer et les d&#233;crire et consid&#233;rer cela comme la situation pr&#233;sente, r&#233;elle, de cette lutte. &#171; En critiquant n&#233;gativement, on se donne des airs distingu&#233;s et on survole d&#233;daigneusement la chose sans y avoir p&#233;n&#233;tr&#233;, c'est-&#224;-dire sans l'avoir saisie elle-m&#234;me, sans avoir saisi ce qu'il y a de positif en elle. Certes, la critique peut &#234;tre fond&#233;e, mais il est plus facile de d&#233;couvrir les d&#233;fauts que de trouver la substance... &#187; (Hegel, &lt;i&gt;La raison dans l'histoire&lt;/i&gt;, Ed 10 / 18, p. 99).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pratique des blocages a &#233;t&#233; &#233;troitement connect&#233;e &#224; cette d&#233;sobjectivation paradoxale de l'&#233;conomie qui en faisait un pouvoir de classe tout en l'ent&#233;rinant comme objectivit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; L'id&#233;e du blocage d&#233;coule de la compr&#233;hension que l'on a de ce qu'est aujourd'hui l'&#233;conomie capitaliste. Elle s'attaque &#224; la circulation des marchandises mais laisse en suspend la question de la production. (&#8230;) La th&#233;orie qui d&#233;fend que s'attaquer au flux soit suffisant pour d&#233;sorganiser, partiellement ou d&#233;finitivement, le capitalisme (ou la soci&#233;t&#233; pour ceux qui ne prononcent m&#234;me pas le mot de capital) a &#233;t&#233; r&#233;fut&#233;e par les faits. La dynamique et l'organisation du capital ne d&#233;pendent pas d'un centre avec des p&#233;riph&#233;ries plus ou moins tentaculaires. Le capital est dot&#233; de multiples centres n&#233;vralgiques. Si l'on ne coupe un, il est soit remplac&#233;, soit contourn&#233;. (&#8230;) Cette th&#233;orie omet le fait que le capitalisme est avant tout un rapport social. Et que c'est de ce point de vue que le capital doit &#234;tre attaqu&#233;. &#187; (&lt;i&gt;Paradoxes en automne&lt;/i&gt;). Ce n'est pas pareil d'emp&#234;cher les trains de rouler et d'arr&#234;ter de les conduire, d'emp&#234;cher momentan&#233;ment les gens d'aller au travail et de d&#233;cider massivement d'arr&#234;ter le travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les blocages, c'est l'&#233;conomie qui est vis&#233;e (jusque dans la d&#233;claration du d&#233;l&#233;gu&#233; CGT de Peugeot Mulhouse, &lt;i&gt;cf. supra&lt;/i&gt;), l'&#233;conomie-pouvoir, mais aussi et simultan&#233;ment l'&#233;conomie-f&#233;tiche : une critique de l'autonomisation comme &#233;conomie de la reproduction des rapports sociaux capitalistes qui a pris au pied de la lettre cette autonomisation. Contre l'&#233;conomie, &#171; c'est nous la vraie soci&#233;t&#233; &#187;, semblent dire les manifestants. &#171; On ne paiera pas leur crise &#187;, tr&#232;s bien, mais cette crise est la n&#244;tre, c'est le pas qui n'est pas franchi par cette &#171; d&#233;sobjectivation &#187; qui a conserv&#233; pour le critiquer le f&#233;tichisme de l'&#233;conomie. En s'attaquant principalement &#224; la circulation, les blocages ont confirm&#233; cette appr&#233;hension de l'&#233;conomie comme un &#233;tat de fait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La strat&#233;gie du blocage part d'une id&#233;e juste : le capital est valeur en proc&#232;s, c'est-&#224;-dire que la valeur ne s'y perd jamais en passant de la forme argent &#224; la forme marchandise, de la production &#224; l'&#233;change, de l'&#233;change &#224; la consommation (s'il s'agit de la consommation productive d&#233;finissant le capital). Cette strat&#233;gie consid&#232;re que le capital est un flux, une production fond&#233;e sur l'&#233;change, que circulation et production sont chacun un moment l'un de l'autre et s'incluent r&#233;ciproquement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut alors distinguer deux acceptions de l'&#233;change (de la circulation) : d'une part, l'&#233;change comme moment particulier du proc&#232;s de reproduction, qui alors alterne avec la phase de production, d'autre part, l'&#233;change comme forme du proc&#232;s de reproduction, comme par exemple dans des expressions comme &#171; la production fond&#233;e sur l'&#233;change &#187;. Dans le mode de production capitaliste, &#224; la diff&#233;rence de la circulation simple, les &#233;l&#233;ments que la circulation m&#233;diatise ne lui sont plus ext&#233;rieurs mais ses pr&#233;suppositions et son r&#233;sultat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'on en revient &#224; la strat&#233;gie du blocage, on s'aper&#231;oit que, de son fondement juste en th&#233;orie, elle glisse vers plusieurs amalgames. Tout d'abord l'amalgame entre circulation et transports : la circulation n'a pas le m&#234;me sens pour le capital et pour la gendarmerie. L'amalgame entre d'une part, la circulation comme moment particulier du proc&#232;s de reproduction, qui alors alterne avec la phase de production et, d'autre part, la circulation comme forme g&#233;n&#233;rale du proc&#232;s de reproduction. Il n'en reste pas moins que les marchandises et la force de travail doivent mat&#233;riellement se d&#233;placer d'un point &#224; un autre (l'&#233;change, au sens strictement &#233;conomique, dans le mode de production capitaliste, est &#233;tranger &#224; cette question) et que cela est indispensable &#224; la reproduction du capital. En fait, la strat&#233;gie du blocage se produit un fondement th&#233;orique dans la th&#233;orie du capital comme circulation qui ne correspond pas &#224; la pratique effective qu'elle est. Cela n'est pas tr&#232;s g&#234;nant tant que l'on parle d'action, cela le devient quand sur ces amalgames se greffent des th&#233;ories sur la d&#233;finition du travail productif et de la valeur. Si l'on veut consid&#233;rer le blocage de la circulation (sens de la gendarmerie) comme entrave &#224; la production de valeur, il faut dire qu'il ne s'agit pas d'un blocage de la circulation mais de la production au sens o&#249; les transports sont un prolongement du proc&#232;s imm&#233;diat de production. Rien n'est plus faux que cette affirmation que l'on peut lire dans &lt;i&gt;Rebetiko&lt;/i&gt; : &#171; Le blocage c'est la prise de conscience qu'arr&#234;ter la machine c'est plus une question de circulation que de production. Cela peut sembler anodin, ou ne relever que d'une question pratique, mais ce d&#233;placement du centre n&#233;vralgique de la lutte de l'int&#233;rieur de l'usine au rond-point le plus proche, c'est la n&#233;gation pure et simple de la base th&#233;orique du mouvement ouvrier ! &#187;. La strat&#233;gie dite du &#171; blocage de la circulation &#187; n&#233;cessite une analyse sp&#233;cifique des raisons de son extension, mais ne n&#233;cessite ni ne justifie aucun &lt;i&gt;aggiornamento&lt;/i&gt; th&#233;orique. La disparition du mouvement ouvrier ne tient pas &#224; la victoire du rond-point sur l'usine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les blocages, toujours dits &#171; de l'&#233;conomie &#187; et non du capitalisme, &#233;taient &#233;galement, dans ce mouvement&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-29&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cela ne pr&#233;sume pas de ce qu'ils pourraient &#234;tre par ailleurs.&#034; id=&#034;nh2-29&#034;&gt;29&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, des pratiques ad&#233;quates &#224; cette d&#233;sobjectivation paradoxale de l'&#233;conomie qui la d&#233;signe comme pouvoir en m&#234;me temps qu'elle en ent&#233;rine l'existence comme autonomisation des rapports sociaux. En devenant synonyme de l'&#233;conomie, la circulation fait de l'&#233;conomie une puissance &#233;trang&#232;re dominant la soci&#233;t&#233;, les rapports sociaux de production prennent cette forme globale qui enveloppe tout le monde et domine tous les individus. Dans cette d&#233;sobjectivation paradoxale, l'&#233;conomie devient l'ennemi intime de l'autonomie. Economie et autonomie fonctionne en bin&#244;me. D'autant plus quand l'&#233;conomie a pris le visage de la circulation, elle est cette puissance qui s'oppose &#224; tout un chacun comme la n&#233;gation de son autonomie. Entre blocage, &#233;conomie et autonomie quelque chose dans les pratiques du mouvement et son id&#233;ologie (pas seulement dans l'activisme) s'est mis en boucle. D'un c&#244;t&#233; &#171; nos besoins &#187;, de l'autre, non pas le capitalisme mais l'&#233;conomie, non pas la valorisation du capital mais la circulation de la valeur et la marchandise, non pas des rapports sociaux qui nous dominent &lt;i&gt;et nous d&#233;finissent&lt;/i&gt;, mais seulement nous contraignent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Ce glissement de la figure du gr&#233;viste qui passe du sujet 'travailleur' au non-sujet 'n'importe qui' s'op&#232;re dans le blocage, on le retrouve pour la figure de l'ennemi. Entre le 'bloquer l'&#233;conomie, c'est s'attaquer aux int&#233;r&#234;ts du patronat' et le 'bloquer l'&#233;conomie, c'est foutre le bordel pour saper l'autorit&#233; des gouvernants', deux conceptions de l'&#233;conomie, une comme science de l'exploitation, l'autre comme science du gouvernement ; la m&#234;me barricade pour deux affrontements. Ce n'est plus seulement une classe contre une autre qui r&#232;gle ses comptes, ce sont les rouages d'une grosse machine absurde qui se changent en grain de sable. &#187; (&lt;i&gt;Rebetiko&lt;/i&gt;, n&#176; 8). On aurait tort de ne voir l&#224; que logorrh&#233;e activiste et non la limite contenue dans le caract&#232;re paradoxal de la d&#233;sobjectivation des rapports sociaux qui a eu lieu sous la d&#233;signation de l'&#233;conomie comme adversaire et son attaque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le caract&#232;re paradoxal de la d&#233;sobjectivation, sous le nom d'&#233;conomie, du capital comme rapport social de production entre des classes s'est condens&#233; dans l'&#233;conomie comme pouvoir, ce qui a conf&#233;r&#233; &#224; cette lutte contre la r&#233;forme des retraites un caract&#232;re &#224; la fois politique et de critique de la politique : &#171; nous ne sommes pas repr&#233;sent&#233;s &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;sobjectivation paradoxale et repr&#233;sentation politique{{}}&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La disparition de la confirmation de l'identit&#233; ouvri&#232;re &#224; l'int&#233;rieur de la reproduction du capital, et par l&#224; de sa repr&#233;sentation politique social-d&#233;mocrate et / ou communiste, a totalement d&#233;stabilis&#233; l'ensemble du fonctionnement politique de l'Etat d&#233;mocratique. Celui-ci reconna&#238;t et suppose un clivage social r&#233;el &lt;i&gt;et&lt;/i&gt; sa pacification dans la soci&#233;t&#233; civile et la vie politique. La forme et le contenu actuels de la contradiction entre le prol&#233;tariat et le capital, les modalit&#233;s de l'exploitation, ont remis en cause la &lt;i&gt;repr&#233;sentation&lt;/i&gt; politique dans l'Etat de la division de la soci&#233;t&#233; en classes. Cette ind&#233;pendance de la vie collective inh&#233;rente &#224; l'Etat lui-m&#234;me appara&#238;t maintenant comme coup&#233;e de ce qui la produit et la justifiait comme&lt;i&gt; allant de soi &lt;/i&gt; : la division conflictuelle de cette communaut&#233; en classes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Etat d&#233;mocratique est la pacification d'un clivage social que la d&#233;mocratie reconna&#238;t comme r&#233;el au moment o&#249; elle en est la repr&#233;sentation comme affrontement entre citoyens. La d&#233;mocratie est la reconnaissance du caract&#232;re irr&#233;ductiblement conflictuel de la &#171; communaut&#233; nationale &#187;, de ce point de vue la reconnaissance de la classe ouvri&#232;re a &#233;t&#233; historiquement au c&#339;ur de la construction de la d&#233;mocratie, elle en fut m&#234;me le moteur et le crit&#232;re. La social-d&#233;mocratie et les partis communistes (fr&#232;res ennemis) constituaient la forme dominante de la repr&#233;sentation politique inh&#233;rente &#224; l'identit&#233; ouvri&#232;re. Comme expression politique, la social-d&#233;mocratie se caract&#233;risait par trois points : la constitution d'un parti de masse, une sorte de contre-soci&#233;t&#233; (ce point l&#224; ne fut jamais effectif en France) ; un projet de r&#233;forme de la propri&#233;t&#233; en &#171; propri&#233;t&#233; sociale &#187; ; la protection sociale. Le premier point est devenu caduc dans l'entre-deux-guerres, le deuxi&#232;me s'est alors limit&#233; &#224; un effet oratoire dans la pr&#233;sentation des programmes avant d'&#234;tre officiellement abandonn&#233;, ne restait que le troisi&#232;me. Le keyn&#233;sianisme interne, en possible situation de compromis avec un lib&#233;ralisme externe de plus en plus important, &#233;tait devenu la politique naturelle de l'identit&#233; ouvri&#232;re jusqu'&#224; ce que toutes les caract&#233;ristiques de la restructuration actuelle en aient fait dispara&#238;tre la possibilit&#233; : co&#251;t budg&#233;taire des programmes sociaux, mont&#233;e du ch&#244;mage, pr&#233;carisation de la force de travail, d&#233;centralisation des relations professionnelles, autonomisation des march&#233;s financiers, concurrence internationale. C'est-&#224;-dire fondamentalement la modification du rapport d'exploitation. Quelle que soit la nouvelle configuration &#171; social-d&#233;mocrate &#187;, elle ne sera plus la repr&#233;sentation de l'identit&#233; ouvri&#232;re mais un accompagnement l&#233;gal ou contractuel de la restructuration et la d&#233;stabilisation g&#233;n&#233;rale du fonctionnement de l'Etat d&#233;mocratique, que cette disparition implique, perdurera.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La &lt;i&gt;repr&#233;sentation&lt;/i&gt; pacifi&#233;e en &#171; volont&#233; g&#233;n&#233;rale &#187; d'une soci&#233;t&#233; reconnue comme n&#233;cessairement conflictuelle (c'est l&#224; toute la force de la d&#233;mocratie) est un travail et non un reflet&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-30&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Nous avons l&#224; tout le conflit interne que la d&#233;mocratie entretient avec (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-30&#034;&gt;30&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. C'est-&#224;-dire que dans le fonctionnement d&#233;mocratique de l'Etat, la r&#233;ification et le f&#233;tichisme sont des &lt;i&gt;activit&#233;s&lt;/i&gt;, c'est la politique comme partis, d&#233;bats, d&#233;lib&#233;rations, rapports de force dans la sph&#232;re sp&#233;cifique de la soci&#233;t&#233; civile, d&#233;cisions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si, partout, la d&#233;mocratie semble inexorablement devenir populiste, c'est parce que ce travail de repr&#233;sentation est en crise. Pr&#233;cisons : les classes existent, l'Etat existe, la classe capitaliste est la classe dominante, le f&#233;tichisme de la marchandise doubl&#233; du f&#233;tichisme sp&#233;cifique du capital accomplissent toujours leur &#339;uvre. Dans la mesure o&#249; l'int&#233;r&#234;t propre de la classe dominante passe par l'Etat, il doit acqu&#233;rir la forme d'un int&#233;r&#234;t universel, d'une volont&#233; g&#233;n&#233;rale. Quand nous disons que toute classe dominante doit &#171; repr&#233;senter son int&#233;r&#234;t propre comme &#233;tant l'int&#233;r&#234;t universel &#187; (Marx,&lt;i&gt; Id&#233;ologie allemande&lt;/i&gt;, Ed. Sociales, p. 62), il ne s'agit pas d'une supercherie, d'un pi&#232;ge tendu aux classes domin&#233;es, d'une man&#339;uvre qui pourrait &#234;tre comme ne pas &#234;tre. L'int&#233;r&#234;t &lt;i&gt;collectif&lt;/i&gt; (exprimant la d&#233;pendance r&#233;elle r&#233;ciproque des classes) qui dans une soci&#233;t&#233; de classes est l'int&#233;r&#234;t &lt;i&gt;particulier&lt;/i&gt; de la classe dominante prend, en qualit&#233; d'Etat, une forme, premi&#232;rement, ind&#233;pendante de l'int&#233;r&#234;t particulier de la classe dominante elle-m&#234;me parce qu'il n'est imm&#233;diatement qu'un int&#233;r&#234;t particulier face &#224; d'autres et, deuxi&#232;mement, ind&#233;pendante de la simple d&#233;pendance r&#233;elle entre les classes parce que cette m&#233;diation du collectif nie sa particularit&#233;, il devient un int&#233;r&#234;t &lt;i&gt;universel&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'int&#233;r&#234;t particulier de la classe dominante ne peut se r&#233;aliser comme int&#233;r&#234;t particulier que comme int&#233;r&#234;t universel, en qualit&#233; d'Etat. Il lui faut sortir de sa particularit&#233;, l'Etat doit &#234;tre s&#233;par&#233; de la lutte des classes pour &#234;tre au mieux l'Etat de la classe dominante, la bourgeoisie c&#233;l&#232;bre comme ses grands hommes politiques ceux qui lui donn&#232;rent souvent du fil &#224; retordre. Le travail politique de repr&#233;sentation est cette sortie de la particularit&#233;. Par n&#233;cessit&#233; un tel travail n'est possible que dans la mesure o&#249; plusieurs int&#233;r&#234;ts particuliers sont susceptibles de se faire valoir dans la sph&#232;re de l'universel (une particularit&#233; unique, en rapport seulement avec elle-m&#234;me, ne peut pas sortir d'elle-m&#234;me, elle n'est rien) ; m&#234;me si le vainqueur est forc&#233;ment connu d'avance, il est dans la nature des int&#233;r&#234;ts particuliers de devenir ind&#233;pendants d'eux-m&#234;mes et de concourir (leur propre poursuite implique pour eux d'appara&#238;tre comme un int&#233;r&#234;t &#171; universel &#187; sp&#233;cial et particulier parce que face &#224; un autre).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le probl&#232;me de la d&#233;mocratie est actuellement de ne plus conna&#238;tre qu'une seule de ces particularit&#233;s aptes &#224; concourir, la disparition de l'identit&#233; ouvri&#232;re et de sa repr&#233;sentation a entra&#238;n&#233; toutes les autres dans son naufrage. Or, seule, cette particularit&#233; n'est rien, rien en tant que faire valoir universel. Avec la disparition de l'identit&#233; ouvri&#232;re et la faillite de sa repr&#233;sentation, la bourgeoisie joue son universalit&#233;. Trivialement : plus personne n'y croit ; tellement que les &#171; scandales &#187; qui, sous la troisi&#232;me R&#233;publique, jusque dans l'entre-deux-guerres, pouvaient &#233;branler le fonctionnement d&#233;mocratique de l'Etat, ne sont plus qu'objets de m&#233;pris car consid&#233;r&#233;s comme l'ordinaire de la politique. C'est grave pour la bourgeoisie, non pas seulement parce que le leurre ne fonctionnerait plus (ce qui n'est pas n&#233;gligeable), mais surtout parce que &lt;i&gt;tant que le leurre fonctionne cela signifie qu'il n'en est pas un&lt;/i&gt; et que la bourgeoisie appara&#238;t en r&#233;alit&#233; comme la classe de l'universel, que son int&#233;r&#234;t propre se construit r&#233;ellement dans l'opposition entre les classes et par elle comme l'int&#233;r&#234;t g&#233;n&#233;ral en tant qu'Etat. Ce qui nous renvoie &#224; la question du statut actuel de la domination et de l'oppression dans l'exploitation et l'autopr&#233;supposition du capital, c'est-&#224;-dire ce qui &#233;tait au c&#339;ur de la d&#233;sobjectivation paradoxale que nous avons expos&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le fonctionnement d&#233;mocratique se scinde alors en une hypertrophie institutionnelle ind&#233;pendante de tout travail de repr&#233;sentation (cours constitutionnelle, cours des comptes, conseil d'Etat, banques centrales, toutes les autorit&#233;s ind&#233;pendantes de r&#233;gulation &#233;conomique au niveau national, europ&#233;en ou international) et une &#171; repr&#233;sentation &#187; vitaliste populiste et al&#233;atoire des int&#233;r&#234;ts particuliers. Le vitalisme populiste, c'est l'hostilit&#233; &#224; tout ce qui peut faire &#233;cran entre le peuple et ceux qui sont cens&#233;s l'incarner au pouvoir. L'al&#233;atoire de la repr&#233;sentation r&#233;side dans le fait qu'en se &#171; d&#233;sociologisant &#187; la repr&#233;sentation formalise des th&#232;mes transversaux (s&#233;curit&#233;, questions &#171; soci&#233;tales &#187;, environnement, immigration, &#171; qualit&#233; &#187; du personnel politique...) polarisant les votes de fa&#231;on impr&#233;visible et surtout &lt;i&gt;accidentelle&lt;/i&gt;. La repr&#233;sentation et tout son proc&#232;s de constitution est elle-m&#234;me affect&#233;e en proclamant comme sa r&#232;gle : &#171; puisque je suis &#233;lu, je suis la volont&#233; g&#233;n&#233;rale &#187;. La l&#233;gitimit&#233; d&#233;mocratique est devenue un statut acquis une fois pour toutes attach&#233;e &#224; une personne&#8230;pour la dur&#233;e d'un mandat, et plus une qualit&#233; qui se construit en permanence. Avec la fin de l'identit&#233; ouvri&#232;re et la faillite de sa repr&#233;sentation, la l&#233;gitimit&#233; &#233;lectorale a absorb&#233; toutes les autres formes de repr&#233;sentation qui sont d&#233;valoris&#233;es du point de vue m&#234;me de la repr&#233;sentation d&#233;mocratique (les syndicats ou cette repr&#233;sentation diffuse qu'est, pour la d&#233;mocratie, la manifestation), c'est alors toute la repr&#233;sentation d&#233;mocratique comme processus permanent qui se contredit elle-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Allez, disons cela d'une fa&#231;on triviale : l'ill&#233;gitimit&#233; de la revendication d&#233;bouche sur un ras-le-bol qui d&#233;l&#233;gitime le syst&#232;me d&#233;mocratique, la repr&#233;sentation ne veut plus rien dire quand la politique n'a plus pour objectif que de ne pas perdre le triple A.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En conclusion&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ces luttes contre la r&#233;forme des retraites durant l'automne 2010 en France, au-del&#224; de leur caract&#232;re diffus, divers et segment&#233;, de la pluralit&#233; de formes de luttes plus ou moins compl&#233;mentaires et oppos&#233;es, une coh&#233;rence s'est mise en place. Entre l'ill&#233;gitimit&#233; de la revendication, la manifestation d'une identit&#233; ouvri&#232;re id&#233;ale, le syndicalisme de base, le r&#244;le qu'y a jou&#233; l'activisme, la d&#233;sobjectivation paradoxale comme &#233;conomie du capital comme rapport social, la conscience sur le moment que le syst&#232;me politique ne repr&#233;sente plus rien, c'est non seulement &#224; l'implosion de l'identit&#233; ouvri&#232;re &#224; laquelle nous avons assist&#233; et particip&#233;, mais encore &#224; l'action de l'appartenance de classe, dans la lutte de classe, comme sa limite. Cette limite du cycle de luttes actuel &#233;tait l&#224;, pr&#233;sente dans sa sp&#233;cificit&#233;, aussi bien dans l'ill&#233;gitimit&#233; connue de la revendication que dans la col&#232;re vis-&#224;-vis de la repr&#233;sentation politique, mais aussi dans ce syndicalisme de base qui a vivifi&#233; tout du long ce mouvement. Ce syndicalisme en m&#234;me temps qu'il &#233;tait le socle sur lequel pouvait se r&#234;ver l'unit&#233; et l'identit&#233; ouvri&#232;res que la particularit&#233; des secteurs en pointe dans la lutte rendait cr&#233;dibles &#233;tait, dans les faits, la caducit&#233; de l'une et de l'autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce mouvement, le premier, dans la longue s&#233;rie, en France, des mouvements de luttes depuis 1995, post&#233;rieur aux d&#233;buts de la crise de cette phase d'accumulation du capital a ouvert trois questions. La premi&#232;re : celle de la segmentation du prol&#233;tariat qui ne peut plus &#234;tre consid&#233;r&#233;e comme l'addition d'accidents d'une unit&#233; essentielle et potentielle mais seulement comme d&#233;finitoire du prol&#233;tariat. La seconde est celle du d&#233;passement du caract&#232;re n&#233;cessairement revendicatif de la lutte de classe, c'est-&#224;-dire du d&#233;passement de la lutte en tant que classe dans la lutte de classe. Dans le mariage entre syndicalisme de base et unit&#233; / identit&#233; id&#233;ales, les deux questions se sont jointes et sont maintenant r&#233;unies. La troisi&#232;me, plus g&#233;n&#233;rale, est alors celle de la d&#233;finition des classes et du prol&#233;tariat en particulier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais encore, id&#233;ologie de l'identit&#233; ouvri&#232;re, luttes pour des int&#233;r&#234;ts imm&#233;diats, d&#233;sobjectivation du rapport social d'exploitation, repr&#233;sentation politique : toutes les instances du mode de production capitaliste qui composent la lutte des classes se sont mises &#224; jouer entre elles et &#224; se jouer de leur assignation et leur relation de d&#233;termination convenues. Il y aura de l'id&#233;ologie, de l'&#233;conomie, du sexe, du social, du soci&#233;tal, de la politique dans un mouvement r&#233;volutionnaire et le d&#233;passement de tout cela passera, dans le cours de la lutte, par le bouleversement des hi&#233;rarchies et d&#233;terminations entre toutes ces instance du mode de production par la fixit&#233; desquelles il s'autopr&#233;suppose. C'est alors une ultime question qui appara&#238;t : celle de la d&#233;finition comme &lt;i&gt;conjoncture&lt;/i&gt; d'une situation r&#233;volutionnaire ou plus modestement d'une situation de conflits de classes aig&#252;e et g&#233;n&#233;ralis&#233;e.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;La disparition de l'identit&#233; ouvri&#232;re confirm&#233;e dans la reproduction du capital est corollairement la disparition de la l&#233;gitimit&#233; de la revendication. Par l&#233;gitimit&#233; nous n'entendons aucune reconnaissance juridique ou morale, ni l'absence de conflit, mais le fait de faire syst&#232;me dans l'implication r&#233;ciproque entre prol&#233;tariat et capital. Nous pourrions plus justement employer le terme d'asyst&#233;mie, mais c'est tr&#232;s laid.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;On aura reconnu une libre adaptation d'un paragraphe des premi&#232;res pages du &lt;i&gt;Dix-huit brumaire de Louis Bonaparte&lt;/i&gt; (Marx).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Au moment des faits, Nicolas Sarkozy &#233;tait Pr&#233;sident de la r&#233;publique et Eric Woerth, Ministre du travail et des affaires sociales.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir : &lt;i&gt;La restructuration telle qu'en elle-m&#234;me&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;Revendiquer pour le salair&lt;/i&gt;e TC 22.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Nous entendons par programmatisme ce contenu de la lutte de classe&lt;sup&gt;&lt;a href='https://theoriecommuniste.org/Classes' title=&#034;D&#233;finition&#160;: Les classes ne sont ni des sommes d'individus regroup&#233;s par un int&#233;r&#234;t (&#8230;)&#034;&gt;?&lt;/a&gt;&lt;/sup&gt; aujourd'hui d&#233;pass&#233; qui, de la mont&#233;e en puissance de la classe dans le mode de production capitaliste, allait &#224; l'affirmation du prol&#233;tariat comme classe dominante dans la lib&#233;ration du travail.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ces deux paragraphes sont librement repris de la brochure &lt;i&gt;Paradoxes en automne&lt;/i&gt; (sur le net).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;En juillet 2010, selon P&#244;le emploi, les jeunes de moins de 25 ans qui recherchaient un travail depuis un an au moins avait augment&#233; de 72 % en deux ans. C'&#233;taient 109 000 jeunes qui &#233;taient dans cette situation.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;La liste est longue des formules imagin&#233;es pour faciliter l'insertion des jeunes depuis les travaux d'utilit&#233; collective imagin&#233;s par la gauche en 1984 (les pr&#233;retraites, quant &#224; elles, n&#233;es en 1974 dans la sid&#233;rurgie se g&#233;n&#233;ralisent au d&#233;but des ann&#233;es 1980).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ce texte a &#233;t&#233; r&#233;dig&#233; le 24 novembre alors que le mouvement &#233;tait mort.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Autre fa&#231;on d'arrondir les fins de mois, pendant longtemps, les champions de p&#233;tanque marseillais &#233;taient en majorit&#233; des municipaux, &#224; la benne ou cantonniers.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;C'est l'appellation populaire des &#233;boueurs &#224; Marseille.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Journal alternatif mensuel de contre-informations con&#231;u et &#233;dit&#233; &#224; Marseille.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Gaston Deferre, maire socialiste de Marseille de 1953 &#224; 1986.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Non seulement ce n'est pas comparable, mais cela n'a strictement rien &#224; voir. Les coordinations &#233;taient le regroupement sur la base d'une profession commune. En ne se r&#233;f&#233;rant qu'aux ann&#233;es 1980 et &#224; 1995, les AG interpro de 2003 sont oubli&#233;es et cela donne le sentiment que les AG de 2010 sont une nouveaut&#233; caract&#233;ristique de ce mouvement. Quant &#224; la radicalisation &#187; que voient dans les AG de 2010, les auteurs de la brochure, toute leur description montre le contraire. Elles n'&#233;taient ni plus ni moins radicales que ce qu'&#233;taient le reste du mouvement dans lequel elles s'inscrivaient, elles permettaient de ratisser plus large pour r&#233;aliser quelques actions contr&#244;l&#233;es par les syndicats et r&#233;pondant &#224; leurs directives. Nous verrons plus loin que c'est une erreur souvent commise de consid&#233;rer que l'action syndicale se limite &#224; la manif &#171; tra&#238;ne-savates &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut voir tout au long de la brochure publi&#233;e par Incendo un constant va-et vient entre quelques formules incantatoires (&#171; actions visant au blocage de l'&#233;conomie &#187; ; &#171; &#8230;un signe de radicalisation dans les violences &#187; ; &#171; AG autonomes &#187;, etc.) et le r&#233;cit des &#233;v&#233;nements venant pour le moins marginaliser, comme les auteurs le reconnaissent eux-m&#234;mes, ces formules. Bien qu'assez peu marqu&#233; dans cette brochure du fait de la lucidit&#233; et de l'extr&#234;me honn&#234;tet&#233; des r&#233;cits, il y a l&#224; un trait de l'activisme qui voit toujours dans un mouvement quelques caract&#233;ristiques qui seraient comme en attente, comme des potentialit&#233;s non accomplies, ces caract&#233;ristiques sont le plus souvent des formes ou des types d'actions faisant partie du r&#233;pertoire des propres activit&#233;s de l'activisme. L'activisme s'imagine lui-m&#234;me comme &#233;tant &#171; l'activit&#233; &#187; s'opposant &#224; la &#171; passivit&#233; &#187; ou &#224; &#171; l'attente &#187;, alors qu'il n'est qu'une construction particuli&#232;re de ce qu'est non pas &#171; l'activit&#233; &#187; mais de ce que sont les activit&#233;s. (nda)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Il n'y a jamais eu la moindre vell&#233;it&#233; dans ce sens, la supposition permanente d'une telle chose fait partie du r&#233;pertoire militant (nda)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ce qui s'est r&#233;v&#233;l&#233; compl&#232;tement faux (nda).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Mais, elles ne le font pas, car rien dans toutes ces activit&#233;s n'outrepasse leur action et leur perspective, hormis les discours qui les racontent (nda).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-18&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-18&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Liaisons&lt;/i&gt; &#233;tait un bulletin conseilliste qui s'&#233;tait d&#233;marqu&#233; d'&lt;i&gt;Echanges&lt;/i&gt; sur la question de l'intervention.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-19&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-19&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;19&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;On peut &#233;galement ajouter &#224; la critique de l'analyse tr&#232;s int&#233;ressante mais un peu complotiste de Peter Vener que les activit&#233;s syndicales dont il parle s'inscrivent aussi &#224; l'int&#233;rieur de vifs conflits entre la direction de la CGT et les f&#233;d&#233;rations les plus dures, les cheminots et la chimie.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-20&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-20&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;20&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;A la CGT, les contradictions entre la ligne Thibaut et les f&#233;d&#233;rations les plus dures ne sont pas devenues explosives ; SUD n'a pas convaincu les salari&#233;s de la n&#233;cessit&#233; de ce qu'elle appelait un &#171; affrontement central avec l'Etat &#187;, mais elle a jou&#233; jusqu'au bout la &#171; radicalit&#233; &#187;, tout en pr&#233;servant sa place dans l'intersyndicale. En revanche, FO n'a su faire ni l'un, ni l'autre et la CFDT qui veut incarner un certain r&#233;formisme n'a aucun r&#233;sultat &#224; pr&#233;senter. Au-del&#224; de ces diff&#233;rences, la fin du mouvement renvoie chaque organisation &#224; la question des limites du syndicalisme quand la revendication est asyst&#233;mique et que le d&#233;bouch&#233; politique de la repr&#233;sentation ouvri&#232;re a disparu.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-21&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-21&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-21&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;21&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cela peut m&#234;me &#234;tre parfois une somme alg&#233;brique : qu'aurait signifi&#233;, &#224; Marseille, le soutien aux gr&#233;vistes des bassins Ouest et le lendemain celui aux gr&#233;vistes des bassins Est dont les int&#233;r&#234;ts &#233;taient antagoniques.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-22&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-22&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-22&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;22&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cette th&#232;se de la dissociation est d&#233;fendue dans le texte de L&#233;on de Mattis : &lt;i&gt;Gr&#232;ve Vs Blocage&lt;/i&gt; (Blog de L&#233;on de Mattis)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-23&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-23&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-23&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;23&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Toute la vie des soci&#233;t&#233;s dans laquelle r&#232;gnent les conditions modernes de production s'annonce comme une immense accumulation de &lt;i&gt;spectacles&lt;/i&gt;. &lt;i&gt;Tout ce qui &#233;tait directement v&#233;cu s'est &#233;loign&#233; dans une repr&#233;sentation&lt;/i&gt; (c'est nous qui soulignons). &#187; (Guy Debord, &lt;i&gt;La Soci&#233;t&#233; du spectacle&lt;/i&gt;, th&#232;se 1)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-24&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-24&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-24&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;24&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;L'identit&#233; ouvri&#232;re n'&#233;tait pas elle aussi une donn&#233;e objective, mais une pratique ouvri&#232;re dans un certain rapport au capital. Elle n'&#233;tait pas un donn&#233; englobant de fait et de soi toute la classe, elle s'&#233;tait constitu&#233; en excluant ou tout au moins dans des rapports complexes et conflictuels d'int&#233;gration avec, par exemple, les travailleurs immigr&#233;s et avec les femmes. L'identit&#233; ouvri&#232;re est une construction sociale de la classe ouvri&#232;re, un mouvement dans lequel elle s'auto-construit.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-25&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-25&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-25&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;25&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pour une liste de ces manifestations et des affrontements, voir bulletin AFP du 18 octobre fin de journ&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-26&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-26&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-26&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;26&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Le m&#234;me jour, la police organisait un p&#233;rim&#232;tre de d&#233;viation du trafic autour du sit-in, rue de Rivoli, de 150 lyc&#233;ens d'Henri IV.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-27&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-27&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-27&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;27&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Il semblerait que le mouvement &#224; Rennes ait &#233;t&#233; parfois une exception.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-28&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-28&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-28&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;28&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Nous ne parlons pas ici du sommet de ridicule que fut la tentative d'occuper l'Op&#233;ra Bastille, rebaptis&#233; pour les besoins de l'id&#233;ologie : &#171; raffinerie culturelle de luxe &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-29&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-29&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-29&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;29&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cela ne pr&#233;sume pas de ce qu'ils pourraient &#234;tre par ailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-30&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-30&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-30&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;30&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Nous avons l&#224; tout le conflit interne que la d&#233;mocratie entretient avec elle-m&#234;me sous le nom de populisme. Dans le cadre de la d&#233;mocratie, le populisme est stigmatis&#233; comme vision primitive de la volont&#233; g&#233;n&#233;rale qui serait en permanence &#233;touff&#233;e par les &#233;lites, &#233;touff&#233;e par les appareils, &#233;touff&#233;e par les partis, &#233;touff&#233;e par les institutions, la volont&#233; commune serait donn&#233;e, un point de d&#233;part. Ce qui est appel&#233; populisme est un conflit interne &#224; la d&#233;mocratie en ce qu'il affirme un &#171; d&#233;j&#224; l&#224; &#187; de la volont&#233; g&#233;n&#233;rale, contrairement &#224; sa construction dans le d&#233;bat, la d&#233;lib&#233;ration et la repr&#233;sentation.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>



</channel>

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