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	<title>Th&#233;orie Communiste</title>
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	<description>Notre &#233;poque est celle o&#249; le prol&#233;tariat, luttant en tant que classe? contre le capital, se remet lui-m&#234;me en cause et porte le d&#233;passement r&#233;volutionnaire de cette soci&#233;t&#233; par la production imm&#233;diate du communisme comme l'abolition de toutes les classes, l'imm&#233;diatet&#233; sociale de l'individu.</description>
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		<title>Th&#233;orie Communiste</title>
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		<title>68 Ann&#233;e Th&#233;orique</title>
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		<dc:subject>S&#233;rie Marseille</dc:subject>
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		<dc:subject>Communisation</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;TH&#201;ORIE COMMUNISTE &lt;br class='autobr' /&gt;
68, ann&#233;e th&#233;orique &#8230;, etc. &lt;br class='autobr' /&gt;
De l'ultragauche &#224; la th&#233;orie de la communisation &lt;br class='autobr' /&gt;
Janvier 2015 &lt;br class='autobr' /&gt;
Nous consid&#232;rerons l'ultragauche comme une chose absolument pass&#233;e. Au travers des luttes de la &#171; p&#233;riode 1968 &#187; &#233;merge par bribes, de fa&#231;on heurt&#233;e, et par des critiques successives, un nouveau paradigme th&#233;orique de la lutte de classe ? et de la distinction de genre, de la r&#233;volution et du communisme que nous qualifions comme celui de la communisation. C'est l'&#233;mergence de (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://theoriecommuniste.org/la-revue/" rel="directory"&gt;La Revue&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://theoriecommuniste.org/mot/serie-marseille" rel="tag"&gt;S&#233;rie Marseille&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://theoriecommuniste.org/mot/autonomie" rel="tag"&gt;Autonomie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://theoriecommuniste.org/mot/communisation" rel="tag"&gt;Communisation&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://theoriecommuniste.org/local/cache-vignettes/L107xH150/68anneetheorique-dce72.jpg?1769360808' class='spip_logo spip_logo_right' width='107' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;TH&#201;ORIE COMMUNISTE&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;68, ann&#233;e th&#233;orique &#8230;, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De l'ultragauche &#224; la th&#233;orie de la communisation&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Janvier 2015&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous consid&#232;rerons l'ultragauche comme une chose absolument pass&#233;e&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#192; plusieurs reprises ce texte de s'inspire plus ou moins librement de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Au travers des luttes de la &#171; p&#233;riode 1968 &#187; &#233;merge par bribes, de fa&#231;on heurt&#233;e, et par des critiques successives, un nouveau paradigme th&#233;orique de la lutte de classe&lt;sup&gt;&lt;a href='https://theoriecommuniste.org/Classes' title=&#034;D&#233;finition&#160;: Les classes ne sont ni des sommes d'individus regroup&#233;s par un int&#233;r&#234;t (&#8230;)&#034;&gt;?&lt;/a&gt;&lt;/sup&gt; et de la distinction de genre, de la r&#233;volution et du communisme que nous qualifions comme celui de la &lt;i&gt;communisation&lt;/i&gt;&lt;i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dans un premier temps, nous aborderons ce concept par touches successives (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;. C'est l'&#233;mergence de ce nouveau paradigme au travers d'un nouveau cycle de luttes et de l'accomplissement de la restructuration du capital amorc&#233;e dans les ann&#233;es 1970 qui est l'objet de cette brochure. Cette restructuration du rapport d'exploitation fut une contre-r&#233;volution qui rendit absolument et d&#233;finitivement caduque la probl&#233;matique des Gauches construite dans la vague r&#233;volutionnaire qui suivit la Premi&#232;re Guerre mondiale.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034; id='RESTRUCTURATION-ET-IDENTITE-OUVRIERE'&gt;
&lt;a id=&#034;__RefHeading___Toc6367_155729733&#034;&gt;&lt;/a&gt;
RESTRUCTURATION ET IDENTITE OUVRIERE&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La restructuration du mode de production capitaliste qui a accompagn&#233; la crise de la fin des ann&#233;es 1960 au d&#233;but des ann&#233;es 1980 a &#233;t&#233; une d&#233;faite ouvri&#232;re, la d&#233;faite de l'identit&#233; ouvri&#232;re, quelles que soient les formes sociales et politiques de son existence (des Partis Communistes &#224; l'autonomie ; de l'&#201;tat socialiste aux Conseils ouvriers)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toutes les caract&#233;ristiques du proc&#232;s de production imm&#233;diat (travail &#224; la cha&#238;ne, coop&#233;ration, production-entretien, travailleur collectif, continuit&#233; du proc&#232;s de production, sous-traitance, segmentation de la force de travail), toutes celles de la reproduction (travail, ch&#244;mage, formation, welfare, famille), toutes celles qui faisaient de la classe une d&#233;termination de la reproduction du capital lui-m&#234;me (service public, bouclage de l'accumulation sur une aire nationale, inflation glissante, &#171; partage des gains de productivit&#233; &#187;), tout ce qui posait le prol&#233;tariat en interlocuteur national socialement et politiquement, tout cela fondait une &lt;i&gt;identit&#233; ouvri&#232;re&lt;/i&gt;, confirm&#233;e &#224; l'int&#233;rieur m&#234;me de la reproduction du mode de production capitaliste, &#224; partir de laquelle se jouait le contr&#244;le sur l'ensemble de la soci&#233;t&#233; comme gestion et h&#233;g&#233;monie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette identit&#233; ouvri&#232;re qui constituait le &lt;i&gt;mouvement ouvrier&lt;/i&gt; et structurait la lutte des classes, y int&#233;grant m&#234;me la division de l'accumulation mondiale avec le &#171; socialisme r&#233;el &#187;, reposait sur &lt;i&gt;la contradiction entre d'une part la cr&#233;ation et le d&#233;veloppement d'une force de travail mise en oeuvre par le capital de fa&#231;on de plus en plus collective et sociale, et d'autre part les formes apparues comme limit&#233;es de l'appropriation par le capital de cette force de travail dans le proc&#232;s de production imm&#233;diat et dans le proc&#232;s de reproduction.&lt;/i&gt; Voil&#224; la situation conflictuelle qui se d&#233;veloppait comme identit&#233; ouvri&#232;re, qui trouvait ses marques et ses modalit&#233;s imm&#233;diates de reconnaissance (sa confirmation) dans la &#171; grande usine &#187;, dans la dichotomie entre emploi et ch&#244;mage, travail et formation, dans la soumission du proc&#232;s de travail &#224; la collection des travailleurs, dans les relations entre salaires, croissance et productivit&#233; &#224; l'int&#233;rieur d'une aire nationale, dans les repr&#233;sentations institutionnelles que tout cela implique, tant dans l'usine qu'au niveau de l'&#201;tat, et &lt;i&gt;last but non least&lt;/i&gt; dans la l&#233;gitimit&#233; et la fiert&#233; sociale et culturelle d'&#234;tre ouvrier. L'identit&#233; ouvri&#232;re &#233;tait le fondement du cycle de luttes s'&#233;tendant durant la premi&#232;re phase de la subsomption r&#233;elle du travail sous le capital, des ann&#233;es 1920 &#224; la fin des ann&#233;es 1960. Il y avait bien autopr&#233;supposition du capital, conform&#233;ment au concept de capital, mais la contradiction entre prol&#233;tariat et capital ne pouvait se situer &#224; ce niveau, en ce qu'il y avait production et confirmation &#224; l'int&#233;rieur m&#234;me de cette autopr&#233;supposition d'une identit&#233; ouvri&#232;re par laquelle se structurait, comme mouvement ouvrier, la lutte de classe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'extraction de plus-value sous son mode relatif, aussi bien au niveau du proc&#232;s de production imm&#233;diat qu'&#224; celui de la reproduction d'ensemble, est le principe de d&#233;veloppement et de mutation de la subsomption r&#233;elle. &#192; ces deux niveaux (production / reproduction) apparaissent, durant la premi&#232;re phase de la subsomption r&#233;elle, les obstacles &#224; la poursuite de l'accumulation telle que l'extraction de plus-value sous son mode relatif avait elle-m&#234;me structur&#233; cette accumulation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'agissait de tout ce qui &#233;tait devenu une entrave &#224; la fluidit&#233; de l'auto pr&#233;supposition du capital&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Le proc&#232;s de production capitaliste reproduit donc de lui&#8211;m&#234;me la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. On trouve d'une part toutes les s&#233;parations, protections, sp&#233;cifications qui se dressent face &#224; la baisse de la valeur de la force de travail, en ce qu'elles emp&#234;chent que toute la classe ouvri&#232;re, mondialement, dans la continuit&#233; de son existence, de sa reproduction et de son &#233;largissement, doive faire face en tant que telle &#224; tout le capital. On trouve d'autre part toutes les contraintes de la circulation, de la rotation, de l'accumulation, qui entravent la transformation du surproduit en plus-value et capital additionnel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec la restructuration achev&#233;e dans les ann&#233;es 1980, la production de plus-value et la reproduction des conditions de cette production co&#239;ncident. C'est la fa&#231;on dont &#233;taient architectur&#233;es d'une part l'int&#233;gration de la reproduction de la force de travail, d'autre part la transformation de la plus-value en capital additionnel et enfin l'accroissement de la plus-value sous son mode relatif dans le proc&#232;s de production imm&#233;diat, qui &#233;taient devenues des entraves &#224; la valorisation sur la base de la plus-value relative.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette non-co&#239;ncidence entre production et reproduction &#233;tait la base de la formation et confirmation dans la reproduction du capital d'une &lt;i&gt;identit&#233; ouvri&#232;re &lt;/i&gt; ; elle &#233;tait l'existence d'un hiatus entre production de plus-value et reproduction du rapport social, hiatus autorisant la concurrence entre deux h&#233;g&#233;monies, deux gestions, deux contr&#244;les de la reproduction. Elle &#233;tait la substance m&#234;me du mouvement ouvrier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ses trois d&#233;terminations d&#233;finitoires (proc&#232;s de travail, int&#233;gration de la reproduction de la force de travail, rapports entre les capitaux sur la base de la p&#233;r&#233;quation du taux de profit) l'extraction de plus-value sous son mode relatif implique la co&#239;ncidence entre production et reproduction et corollairement la coalescence entre la constitution et la reproduction du prol&#233;tariat comme classe d'une part et d'autre part sa contradiction avec le capital.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La contradiction entre le prol&#233;tariat et le capital a alors pour contenu essentiel son propre renouvellement, dans sa contradiction avec le capital qui le d&#233;finit comme classe, le prol&#233;tariat se remet lui-m&#234;me en cause. Cette restructuration comportant cette red&#233;finition de la contradiction entre le prol&#233;tariat et le capital signa la caducit&#233; du programmatisme et la d&#233;faite des luttes de la &#171; p&#233;riode 68 &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034; id='LE-PROGRAMMATISME-ET-SA-CADUCITE'&gt;
&lt;a id=&#034;__RefHeading___Toc6369_155729733&#034;&gt;&lt;/a&gt;
LE PROGRAMMATISME ET SA CADUCITE&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Dans l'&#233;lan de la gr&#232;ve de masse de mai-juin 1968 et, tandis que l'automne chaud italien de 1969 et le soul&#232;vement polonais de d&#233;cembre 1970 succ&#233;daient au printemps fran&#231;ais, que les conflits souvent violents et sans revendications se multipliaient aux &#201;tats-Unis et que toutes les instances de la reproduction de la force de travail et de la n&#233;cessit&#233; du renouvellement de son rapport au capital &#233;taient remise en cause, on pouvait penser que le r&#233;formisme ouvrier, l'emprise des partis communistes et des syndicats sur la classe, et le grand battage gauchiste n'en avaient plus pour longtemps, que toutes ces luttes encore limit&#233;es annon&#231;aient un nouvel &#171; assaut prol&#233;tarien &#187; d&#233;bouchant &#224; court terme sur la lutte finale. Mais les limites des luttes de la p&#233;riode apparaissant &#224; mesure qu'elles se d&#233;veloppaient, des questions d&#233;cisives durent &#234;tre pos&#233;es, portant &#224; la fois sur le bilan des r&#233;volutions pass&#233;es, sur l'analyse des luttes en cours, sur les perspectives de d&#233;veloppement du mode de production capitaliste, et sur la conception g&#233;n&#233;rale du communisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;De notre point de vue actuel&lt;/i&gt;, parce qu'a disparu, dans la restructuration qui a suivi cet assaut, toute affirmation du prol&#233;tariat, on peut aujourd'hui comprendre toute l'action historique du &#171; vieux mouvement ouvrier &#187; et de la &#171; p&#233;riode 68 &#187; sous le concept de &lt;i&gt;programmatisme&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De fa&#231;on g&#233;n&#233;rale, on peut dire que le programmatisme repose sur une pratique et une compr&#233;hension de la lutte des classes dans laquelle une des classes, le prol&#233;tariat, trouve, dans sa situation &#224; lib&#233;rer, les fondements de l'organisation sociale future qui devient un &lt;i&gt;programme &#224; r&#233;aliser&lt;/i&gt;. Dans la lutte des classes entre le prol&#233;tariat et le capital, le prol&#233;tariat est l'&#233;l&#233;ment positif qui fait &#233;clater la contradiction, la r&#233;volution est alors &lt;i&gt;l'affirmation du prol&#233;tariat&lt;/i&gt; : dictature du prol&#233;tariat, conseils ouvriers, lib&#233;ration du travail, p&#233;riode de transition, &#201;tat d&#233;g&#233;n&#233;rescent, autogestion g&#233;n&#233;ralis&#233;e, &#171; soci&#233;t&#233; des producteurs associ&#233;s &#187;, etc. La r&#233;solution de la contradiction est donn&#233;e comme un des termes de la contradiction. Le prol&#233;tariat est alors investi d'une &lt;i&gt;nature r&#233;volutionnaire&lt;/i&gt; qui le fait &#234;tre contradictoire au capital, et qui se module selon des conditions historiques plus ou moins &#171; m&#251;res &#187;. Le programmatisme n'est pas seulement une th&#233;orie, il est avant tout la pratique du prol&#233;tariat dans laquelle la mont&#233;e en puissance de la classe dans le mode de production capitaliste (de la social-d&#233;mocratie au Conseils ouvriers) est positivement le marchepied de la r&#233;volution et du communisme. Il est la pratique du prol&#233;tariat depuis le d&#233;but du XIXe si&#232;cle, jusqu'&#224; la fin des ann&#233;es 1960. Cependant, li&#233; de fa&#231;on essentielle &#224; la p&#233;riode de subsomption formelle du travail sous le capital, il se &#171; d&#233;compose &#187; sous la forme sp&#233;cifique de l'identit&#233; ouvri&#232;re dans la premi&#232;re phase de la subsomption r&#233;elle &#224; partir des ann&#233;es 1920.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec la subsomption formelle dont le mode absolu d'extraction de la plus-value est le fondement, la domination du capital se r&#233;sout en une contrainte au surtravail, sans que le travail lui m&#234;me soit enti&#232;rement sp&#233;cifi&#233; comme travail salari&#233;. En effet la distinction entre le travail cr&#233;ateur de valeur et le travail cr&#233;ateur de plus-value ne s'effectue pas dans le proc&#232;s de production, mais par le premier moment de l'&#233;change (l'achat-vente de la force de travail). Dans le proc&#232;s de production, l'extraction de plus-value sous un mode absolu implique que produire plus de plus-value c'est forc&#233;ment produire plus de valeur (ce qui n'est plus le cas avec l'extraction de plus-value sous son mode relatif). De plus, en subsomption formelle du travail sous le capital, le proc&#232;s de travail n'est pas un proc&#232;s de travail ad&#233;quat au capital, c'est-&#224;-dire, dans lequel l'absorption du travail vivant par le travail mort est le fait du proc&#232;s de travail lui m&#234;me (d&#233;veloppement de la machinerie ) ; les forces sociales du travail (coop&#233;ration, division du travail, science) ne sont pas objectiv&#233;es dans le capital fixe ; la reproduction de la classe n'est pas int&#233;gr&#233;e dans la reproduction sp&#233;cifique du capital (consommation, modes de vie, reproduction sociale de la force de travail). Le capital n'a pas fait sienne, dans son cycle propre, la reproduction collective et sociale des travailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le capital, dans son rapport au travail, se pose lui m&#234;me comme une puissance ext&#233;rieure. La r&#233;volution est alors, pour le prol&#233;tariat, sa propre lib&#233;ration, son affirmation. La lutte de classe a pour contenu l'affirmation du prol&#233;tariat, son &#233;rection en classe dominante, la production d'une p&#233;riode de transition, la formation d'une communaut&#233; ouvri&#232;re fond&#233;e sur le travail productif. Le prol&#233;tariat est d&#233;j&#224;, dans la contradiction qui l'oppose au capital, l'&#233;l&#233;ment positif &#224; d&#233;gager. Le prol&#233;tariat est en effet, alors, &#224; m&#234;me d'opposer au capital ce qu'il est dans le capital, c'est-&#224;-dire de lib&#233;rer de la domination capitaliste sa situation de classe des travailleurs, et de faire du travail la relation sociale entre tous les individus, leur communaut&#233;, de lib&#233;rer le travail productif, de prendre en main les moyens de production, de se lib&#233;rer de l'anarchie marchande capitaliste, de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e. Cela revient &#224; vouloir faire de la valeur, dans sa substance de travail, abstrait, un mode de production. C'est tout ce contenu l&#224;, th&#233;orique et pratique, de la lutte de classe du prol&#233;tariat que nous appelons programmatisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&lt;a id=&#034;__RefHeading___Toc6371_155729733&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Les &#233;checs r&#233;volutionnaires en h&#233;ritage&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est d'une accumulation d'exp&#233;riences toutes marqu&#233;es par l'&#233;chec des r&#233;volutions prol&#233;tariennes pass&#233;es qu'h&#233;ritaient les communistes au d&#233;but des ann&#233;es 1970. Ils h&#233;ritaient en m&#234;me temps d'un syst&#232;me de questions grav&#233; dans le m&#234;me programmatisme qui avait &#233;t&#233; l'&#226;me de ces r&#233;volutions et de leur &#233;chec.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;volution et le communisme ne sont pas des choses connues depuis l'origine du mode de production capitaliste et encore moins une tension humaine &#224; la communaut&#233;, mais une production historique de chaque cycle de luttes ayant scand&#233; l'histoire de ce mode de production et de la lutte des classes. Le communisme n'est pas une norme permettant de juger chaque phase r&#233;volutionnaire selon le degr&#233; o&#249; elle s'en serait approch&#233;e et expliquant son &#233;chec par le fait qu'elle ne l'aurait pas accomplie. La production du communisme comme d&#233;passement du capital est une production historique r&#233;elle de la seule histoire qui existe, celle du mode de production capitaliste, qui n'est rien d'autre que la contradiction entre le prol&#233;tariat et le capital. Lorsqu'&#224; partir de la restructuration du capital et de ce cycle de luttes, le communisme se pr&#233;sente comme communisation, il ne s'agit pas de croire qu'&lt;i&gt;enfin&lt;/i&gt; il se pr&#233;sente maintenant de fa&#231;on r&#233;alisable tel qu'il aurait toujours &#233;t&#233; mais irr&#233;alisable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si nous consid&#233;rons &lt;i&gt;maintenant&lt;/i&gt; que les mouvements r&#233;volutionnaires pass&#233;s ont &#233;t&#233; battus &#224; partir de ce qu'ils &#233;taient, qu'en eux se trouvait leur liaison intime avec leur contre-r&#233;volution, si nous ne refaisons pas l'histoire en supposant que ces r&#233;volutions auraient pu &#234;tre autres, pour autant nous ne consid&#233;rons en elles aucun manque, nous ne leur attribuons pas, en creux, la conscience actuelle qui est pr&#233;cis&#233;ment le r&#233;sultat de leurs &#233;checs et des contre-r&#233;volutions. Les prol&#233;taires russes de 1917, allemands de 1919, espagnols de 1936, fran&#231;ais ou italiens de 1968, ont agi en tant que tels, ils ont men&#233; les mouvements r&#233;volutionnaires ou les r&#233;voltes qui &#233;taient les leurs en toute conscience et dans toutes leurs contradictions. Aucune de leurs actions n'&#233;taient pour eux contingentes, la limite de leur mouvement leur a &#233;t&#233; impos&#233; par la contre-r&#233;volution qu'ils avaient &#224; combattre. Elle n'&#233;tait pas pour eux une limite interne &lt;i&gt;a priori&lt;/i&gt; ind&#233;passable, mais la nature m&#234;me de leur combat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le processus r&#233;volutionnaire d'affirmation de la classe est double. Il est d'une part la mont&#233;e en puissance de la classe dans le mode de production capitaliste et, d'autre part, son affirmation en tant que classe particuli&#232;re et donc la pr&#233;servation de son autonomie. Dans la n&#233;cessit&#233; de ses propres m&#233;diations (partis, syndicats, coop&#233;ratives, mutuelles, parlement...) la r&#233;volution comme affirmation autonome de la classe (existence particuli&#232;re pour elle-m&#234;me face au capital) se perd elle-m&#234;me, non comme r&#233;volution en g&#233;n&#233;ral, mais bien comme affirmation de la classe. Sa mont&#233;e en puissance se confond avec le d&#233;veloppement du capital et contredit ce qui est pourtant &lt;i&gt;son&lt;/i&gt; ach&#232;vement vis&#233; : son affirmation autonome.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cette p&#233;riode r&#233;volutionnaire de l'apr&#232;s Premi&#232;re Guerre, dont les Gauches, dans leur pratique et leur th&#233;orie sont l'expression substantielle, les prol&#233;taires se trouvent pris au pi&#232;ge de cette situation : dans son affirmation autonome, le prol&#233;tariat affronte ce qu'il est dans le capital, ce qu'il est devenu, il affronte sa propre puissance de classe &lt;i&gt;en tant que classe du mode de production capitaliste&lt;/i&gt;. La r&#233;volution comme affirmation de la classe affronte &lt;i&gt;son propre &#233;chec&lt;/i&gt; car la contre-r&#233;volution lui est intrins&#232;quement li&#233;e dans ce qui est sa raison d'&#234;tre (et non parce qu'elle serait une &#171; erreur &#187; ou quelque chose impossible de toute &#233;ternit&#233; capitaliste par rapport &#224; une norme connue, &#224; une d&#233;finition de la r&#233;volution). A partir de ce moment, les partis ouvriers deviennent le contenu de la contre-r&#233;volution au plus pr&#232;s de la r&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec le passage du capital en p&#233;riode de subsomption r&#233;elle du travail sous le capital (fin XIXe / d&#233;but XXe), la mont&#233;e en puissance de la classe, dans laquelle le travail se pose comme essence du capital, se confond avec le d&#233;veloppement m&#234;me du capital. Toutes les organisations qui formalisent cette mont&#233;e en puissance qui, dans le cadre du capitalisme, ne peut que se formaliser organisationnellement, &#224; partir de la premi&#232;re guerre mondiale, peuvent se poser en gestionnaires du capital, elles peuvent devenir en tant que telles la forme aig&#252;e de la contre-r&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;volution, dans les ann&#233;es qui suivent 1917, est toujours affirmation de la classe, Le prol&#233;tariat cherche &#224; lib&#233;rer contre le capital sa puissance sociale existante dans le capital et sur laquelle il calque son organisation et fonde sa pratique r&#233;volutionnaire. Ce qui lui conf&#232;re sa capacit&#233; &#224; promouvoir cette large affirmation qui d&#233;finit &#171; l'&#233;lan r&#233;volutionnaire &#187; de cette p&#233;riode de l'apr&#232;s Guerre devient sa limite. La sp&#233;cificit&#233; de cette p&#233;riode par rapport au programmatisme classique repr&#233;sent&#233; par la social-d&#233;mocratie d'avant 1914 dans toutes ses tendances (mais aussi l'anarchisme et le syndicalisme r&#233;volutionnaire) r&#233;side dans le fait que l'affirmation autonome de la classe contre le capital entre en contradiction avec sa mont&#233;e en puissance &#224; l'int&#233;rieur du capital, parce que cette mont&#233;e en puissance est totalement int&#233;gr&#233;e dans la reproduction du capital. Tragiquement, cette affirmation trouve sa raison d'&#234;tre, son fondement dans cette int&#233;gration. &lt;i&gt;Ce qu'est la classe dans le mode de production capitaliste est la n&#233;gation de son autonomie tout en &#233;tant la raison d'&#234;tre et la force de cette m&#234;me volont&#233; d'affirmation autonome&lt;/i&gt;. Les contre-r&#233;volutions sont prises en charge par les organisations ouvri&#232;res. L'histoire imp&#233;tueuse de l'entre-deux-guerres, de la r&#233;volution russe &#224; la guerre d&#180;Espagne, est celle de la liquidation de cette question.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que le prol&#233;tariat ne puisse et ne veuille plus rester ce qu'il est n'est pas une contradiction interne de sa nature, un donn&#233; de son &#234;tre, mais le fait de son rapport contradictoire au capital dans un mode de production toujours historiquement sp&#233;cifique. C'est le rapport de cette marchandise particuli&#232;re qu'est la force de travail au capital, en tant que rapport d'exploitation, qui est le rapport r&#233;volutionnaire. Pos&#233; ainsi, il est forc&#233;ment une histoire, celle de cette contradiction. Chaque cycle de luttes est historiquement d&#233;fini, aucun n'est le mouvement du communisme en g&#233;n&#233;ral (m&#234;me dans des conditions particuli&#232;res) qui ne fut pas pouss&#233; &#224; terme pour des raisons que l'on serait toujours incapable de produire. Dans tous les cycles de luttes jusqu'&#224; la p&#233;riode actuelle, c'est &#224; la r&#233;volution telle qu'elle existait r&#233;ellement que nous avions affaire. C'est-&#224;-dire comme affirmation du prol&#233;tariat puisant la force et le contenu de son autonomie dans sa condition m&#234;me &#224; l'int&#233;rieur du mode de production capitaliste. Les &#233;checs apparaissent alors pour ce qu'ils sont, des limites inh&#233;rentes, dans la mesure m&#234;me o&#249; la r&#233;volution implique sa contre-r&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&lt;a id=&#034;__RefHeading___Toc6373_155729733&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
La fin d'un cycle de luttes&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que nous pouvons dire maintenant de ces mouvements, nous le disons &lt;i&gt;maintenant&lt;/i&gt;, et si nous disons pourquoi ces mouvements ont &#233;t&#233; battus nous le devons aux combats tels qu'ils ont &#233;t&#233; men&#233;s et &#224; la contre-r&#233;volution qui les a &#233;cras&#233;s (les contre-r&#233;volutions sont aussi et surtout notre rapport aux r&#233;volutions pass&#233;es). &lt;i&gt;Notre analyse est un r&#233;sultat, le r&#233;sultat ne pr&#233;existait pas dans la chose&lt;/i&gt;. Pour nous, maintenant, toute l'importance de ces r&#233;volutions r&#233;side dans ce qui nous appara&#238;t comme leurs contradictions internes, dans leur impossibilit&#233; telle que produite dans les termes m&#234;mes o&#249; ces luttes existaient et &#233;taient v&#233;cues. C'est par tout ce qui pratiquement et th&#233;oriquement est pour nous maintenant l'impossibilit&#233; de la r&#233;volution programmatique que nous nous relions &#224; l'histoire des luttes pass&#233;es et &#224; la continuit&#233; de la production th&#233;orique. C'est pour cela que nous privil&#233;gions ce qui fut souvent des courants marginaux ou des opinions &#171; h&#233;r&#233;tiques &#187;, car en eux c'&#233;tait la critique &lt;i&gt;sur ses propres bases&lt;/i&gt;, inclue en elle, de la r&#233;volution comme affirmation du prol&#233;tariat et lib&#233;ration du travail qui existait et non l'existence potentielle ou embryonnaire de la r&#233;volution telle que maintenant elle se pr&#233;sente. C'est ce qui nous relie &#224; ces mouvements, ce qui en fait notre h&#233;ritage vivant. Nous ne cherchons ni des le&#231;ons, ni des anc&#234;tres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre point d'observation actuel n'est pas un absolu, mais c'est le n&#244;tre aujourd'hui, et c'est le seul que nous avons. Nous ne visons pas &#224; une appr&#233;hension &#233;ternelle du communisme parce que celle-ci n'existe pas. Bien s&#251;r, nous n'avons pas de point de vue autre que la lutte des classes de notre &#233;poque. La production th&#233;orique n'est pas un pi&#233;destal pour observer le monde ; elle est tout au plus la critique de son &#233;poque &lt;i&gt;en elle&lt;/i&gt; et une recomposition &lt;i&gt;pr&#233;sente&lt;/i&gt; de son pass&#233;. Bien s&#251;r que si dans cinquante ans la r&#233;volution n'a pas eu lieu, d'autres analyseront les limites de notre vision actuelle et reprendront une analyse globale des cycles luttes pass&#233;s &#224; partir de celui qui sera alors le leur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, tant que le combat a lieu, ce point de vue et ces luttes sont ce que nous sommes, c'est-&#224;-dire notre force qui deviendra peut-&#234;tre notre limite. Nous savons que si, dans le cycle de luttes actuel, c'est agir en tant que classe qui est la limite m&#234;me de l'activit&#233; de classe du prol&#233;tariat, rien n'est jou&#233; d'avance et que la contradiction sera rude &#224; d&#233;passer, mais nous savons aussi que, pour nous, maintenant, le communisme est l'abolition de toutes les classes et que l&#224; se trouve le d&#233;passement de ce que nous pouvons comprendre comme les limites ant&#233;rieures des luttes de classes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelles conditions faisaient d&#233;faut en 1917 en Russie, en 1918 en Allemagne, en 1936 en Espagne : les objectives ou les subjectives ? Le capitalisme avait-il trouv&#233; apr&#232;s 1945 la voie d'une accumulation sans crises, avait-il &#171; &#233;chapp&#233; &#187; aux contradictions de sa valorisation, ou &#233;tait-il entr&#233; en &#171; d&#233;cadence &#187;, c'est-&#224;-dire dans une crise finale prolong&#233;e d&#233;termin&#233;e par son incapacit&#233; &#224; d&#233;velopper les forces productives et posant l'alternative r&#233;volution prol&#233;tarienne mondiale ou destruction finale de l'humanit&#233; ? En quoi consistait enfin la nouvelle production socialiste et par quelles phases devait passer le fameux &#171; d&#233;p&#233;rissement &#187; de la valeur durant la transition au communisme ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La mont&#233;e en puissance, et surtout le changement de contenu des luttes de classes &#224; la fin des ann&#233;es 1960, ferma le cycle ouvert en 1918-1919 par la victoire de la contre-r&#233;volution en Russie et en Allemagne. Ce cours nouveau des luttes mit du m&#234;me coup en crise la th&#233;orie-programme du prol&#233;tariat et toute sa probl&#233;matique. Il ne s'agissait plus de savoir si la r&#233;volution &#233;tait l'affaire des Conseils ou du Parti. Avec la multiplication des &#233;meutes de ghetto et des gr&#232;ves sauvages, avec la r&#233;volte contre le travail et la marchandise, le retour du prol&#233;tariat sur le devant de la sc&#232;ne historique marquait paradoxalement la fin de son affirmation. &#192; l'Ouest, il n'avait plus l'air aussi d&#233;finitivement int&#233;gr&#233; que l'avaient soutenu les intellectuels modernistes. &#192; l'Est, il luttait de nouveau vigoureusement contre l'exploitation bureaucratique. Mais ni &#224; l'Ouest, ni &#224; l'Est, les prol&#233;taires ne tendaient &#224; construire le pouvoir des Conseils, qui avait &#233;t&#233; cinquante ans plus t&#244;t la forme la plus radicale et basiste de cette affirmation. La gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale sauvage de Mai 1968 en France n'avait pas produit d'organes sp&#233;cifiques de gestion ouvri&#232;re. Durant le long &#171; Mai rampant &#187; italien, les conseils d'usine et de zone, s'ils manifestaient l'auto-organisation de la classe sur ses objectifs propres - tels que la limitation des cadences, la r&#233;duction des &#233;carts cat&#233;goriels de salaire, ou l'&#233;chelle mobile - ne tendaient pas du tout &#224; s'emparer de l'appareil productif que les jeunes prol&#233;taires immigr&#233;s du Sud ne songeaient qu'&#224; fuir. Et m&#234;me la gr&#232;ve insurrectionnelle polonaise de d&#233;cembre 1970 n'avait pas une tendance gestionnaire bien nette, &#224; la diff&#233;rence de ce qui s'&#233;tait produit en 1956 en Hongrie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le prol&#233;tariat multipliait les gr&#232;ves, les sabotages, les pillages, voire fuyait les villes et le travail salari&#233; dans la &#171; vraie vie &#187; des communaut&#233;s ; il donnait ainsi &#224; sa r&#233;volte la forme d'un &#171; communisme utopique &#187;. Ce qui n'avait rien de r&#233;volutionnaire et tout de l'alternative, mais excluait en tout cas toute&lt;i&gt; affirmation&lt;/i&gt; dictatoriale de la classe et toute &lt;i&gt;transition&lt;/i&gt; au communisme, que ce soit sous la forme conseilliste ou sous la forme l&#233;niniste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, on ne pouvait plus penser le d&#233;passement du capital dans les termes d'un quelconque d&#233;p&#233;rissement de la valeur, des classes, et de l'&#201;tat. Des masses de gens comprenaient&lt;i&gt; &lt;/i&gt;intuitivement que le communisme n'&#233;tait ni une nouvelle organisation sociale ni un nouveau mode de production, mais la production de l'imm&#233;diatet&#233; des rapports entre individus singuliers, l'abolition sans transition du capital et de toutes ses classes, prol&#233;tariat inclus. Pourtant la pratique nouvelle du prol&#233;tariat dut achever de bloquer le syst&#232;me des questions du programmatisme avant qu'une v&#233;ritable rupture intervienne dans la th&#233;orie. Le d&#233;passement du programme passa donc&lt;i&gt; d'abord&lt;/i&gt; par la r&#233;affirmation de sa version radicale originelle contre les limites des r&#233;volutions prol&#233;tariennes vaincues, fix&#233;es par la contre-r&#233;volution victorieuse sous les formes du bolchevisme et du r&#233;formisme social-d&#233;mocrate. &lt;i&gt;L'Ultragauche connut une seconde jeunesse&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034; id='L-ULTRAGAUCHE-ET-SA-CONTRADICTION'&gt;
&lt;a id=&#034;__RefHeading___Toc6375_155729733&#034;&gt;&lt;/a&gt;
L'ULTRAGAUCHE ET SA CONTRADICTION&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;On peut appeler ultragauche, toute pratique, organisation, th&#233;orie, qui d&#233;finissent la r&#233;volution comme affirmation du prol&#233;tariat et simultan&#233;ment critiquent et rejettent toutes les m&#233;diations qui sont la mont&#233;e en puissance de la classe &#224; l'int&#233;rieur du mode de production capitaliste (organisations politiques, syndicalisme, parlementarisme&#8230;) par laquelle seulement peut exister cette affirmation. En cela, &lt;i&gt;l'ultragauche est une contradiction en proc&#232;s&lt;/i&gt;. Cette contradiction constitue toute la richesse et l'int&#233;r&#234;t de l'ultragauche. En poursuivant un but dont elle supprime tous les moyens rationnels et pratiques de r&#233;alisation, elle est constamment un probl&#232;me pour elle-m&#234;me. La limite sur laquelle butent sans cesse ses th&#233;oriciens est de conserver un &#234;tre r&#233;volutionnaire du prol&#233;tariat, &#234;tre v&#233;ritable qui doit se r&#233;v&#233;ler, en le s&#233;parant de la classe telle qu'elle existe dans le mode de production capitaliste. D'o&#249; la mystique de l'autonomie / auto-organisation qui doit &#234;tre la r&#233;v&#233;lation de l'&#234;tre v&#233;ritable et &lt;i&gt;toujours l&#224;&lt;/i&gt; de la classe qui va faire exploser, d&#233;passer, la fa&#231;on dont elle existe comme classe de ce mode de production&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Avec le Parti comme &#234;tre invariant de la classe que celle-ci sera contrainte (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ultragauche est l'expression d'une contradiction bien r&#233;elle. Ce qu'est la classe dans le mode de production capitaliste est devenu la n&#233;gation de son autonomie tout en &#233;tant la raison d'&#234;tre et la force de cette m&#234;me volont&#233; d'affirmation autonome. L'affirmation de la classe se heurte, dans cette phase de la subsomption r&#233;elle, &#224; sa limite intrins&#232;que : la mont&#233;e en puissance de la classe, que l'affirmation implique et qui seule l'autorise. La r&#233;volution comme affirmation de la classe se trouve prise dans cette contradiction qu'elle ne peut d&#233;passer. C'est dans ce qui constitue la r&#233;volution elle-m&#234;me, que la contre-r&#233;volution trouve sa force, et la capacit&#233; de l'abattre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pratique r&#233;volutionnaire et sa th&#233;orie persistent &#224; concevoir la r&#233;volution comme affirmation de la classe, mais ne peuvent plus se reconna&#238;tre dans aucune manifestation ou aucun mode d'existence imm&#233;diat de la classe. C'est ce que par une formule f&#233;tiche, &#171; les prol&#233;taires eux-m&#234;mes &#187;, cherche &#224; conjurer l'ultragauche. L'ultragauche d&#233;veloppe un programmatisme &#233;pur&#233; de tout ce qui a trait &#224; la mont&#233;e en puissance de la classe. Elle se r&#233;f&#232;re &#224; une classe telle qu'elle existerait en rupture avec son existence dans la reproduction du capital, et suppose que cette classe est toujours celle qui existe sous toutes les &#171; mystifications &#187; (d&#233;mocratie, partis, syndicats, et toutes les formes de &#171; substitutionnisme &#187;) ; il lui faut une &lt;i&gt;nature r&#233;volutionnaire&lt;/i&gt; de la classe. En tant qu'il serait le mode de r&#233;v&#233;lation de cette &#171; nature &#187;, d'un &#234;tre cach&#233; de la classe, le &lt;i&gt;spontan&#233;isme&lt;/i&gt; s'impose comme un concept central de cette th&#233;orie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le prol&#233;tariat doit se nier comme classe du capital, acqu&#233;rir son autonomie, pour r&#233;aliser ce qu'il est vraiment : la classe du travail social et son organisation. C'est l&#224; que s'enracinent toutes les perspectives de l'ultragauche. Mais, chaque fois qu'un tel mouvement semble se dessiner, la r&#233;alit&#233; impose de voir que ce que le prol&#233;tariat &#171; &lt;i&gt;est vraiment&lt;/i&gt; &#187; est ce qui permet d'exister &#224; ce que l'ultragauche ne comprend que comme des m&#233;diations, des mystifications et des d&#233;tournements. Cette r&#233;alit&#233; s'est constamment impos&#233;e &#224; l'ultragauche, mais sa propre probl&#233;matique lui interdisait de la th&#233;oriser et de la comprendre, mais non d'int&#233;rieurement la subir et de la traduire dans les termes de sa probl&#233;matique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&lt;a id=&#034;__RefHeading___Toc6377_155729733&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
L'auton&#233;gation du prol&#233;tariat : une sortie illusoire de la contradiction&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette critique des modes d'existence de la classe ouvri&#232;re dans le mode de production capitaliste (en tant que force de travail et sous les formes de partis et syndicats) ne peut pas laisser indemne cet &#234;tre m&#234;me comme nature r&#233;volutionnaire qui doit se lib&#233;rer. Toute th&#233;orie de la r&#233;volution comme affirmation du prol&#233;tariat doit poss&#233;der en son fondement une nature r&#233;volutionnaire de la classe, inversement, toute nature r&#233;volutionnaire n'existe que pour se lib&#233;rer Cependant, en effectuant la critique des moyens de la mont&#233;e en puissance de la classe &#224; l'int&#233;rieur du mode de production capitaliste, l'ultragauche supprime toute effectuation possible de cette affirmation, si ce n'est dans une mystique de l'autonomie enfin pure, mystique constamment contredite par la r&#233;alit&#233; historique et l'&#233;volution m&#234;me de l'auto-organisation et des conseils. Prise dans cette contradiction, sans sortir de sa probl&#233;matique, l'ultragauche en arrive &#224; concevoir le prol&#233;tariat comme faisant la r&#233;volution, portant le communisme, en &#233;tant en contradiction avec et en d&#233;truisant tout ce qui fait son existence imm&#233;diate dans cette soci&#233;t&#233; et toutes les formes organisationnelles et toutes les pratiques qui peuvent l'exprimer. Sans sortir de sa probl&#233;matique et de ses impasses, l'ultragauche trouve, comme on le verra, dans l'auton&#233;gation du prol&#233;tariat, sa forme th&#233;orique ultime. Cette th&#233;orie de l'auton&#233;gation se g&#233;n&#233;ralise dans les milieux ultragauches au d&#233;but des ann&#233;es 1970 avant de se r&#233;v&#233;ler a posteriori comme la derni&#232;re &#233;tape avant un d&#233;passement global de la probl&#233;matique. Ce fut dans ce bref espace de temps que l'Internationale Situationniste (I.S) apparut comme le &lt;i&gt;nec plus ultra&lt;/i&gt; de la production th&#233;orique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Red&#233;finir cet &#234;tre r&#233;volutionnaire du prol&#233;tariat fut l'objet m&#234;me du travail th&#233;orique de l'IS. Pour l'IS, il s'agissait toujours de produire l'abolition du capital comme le mouvement, l'affirmation d'un &#234;tre r&#233;volutionnaire du prol&#233;tariat, mais d'un &#234;tre qui maintenant aurait eu pour contenu &lt;i&gt;sa propre n&#233;gation&lt;/i&gt;. Dans la dialectique du capital, c'est-&#224;-dire le mouvement dans lequel il se reproduit dans sa contradiction avec le prol&#233;tariat, celui-ci est pour l'IS &#171; &lt;i&gt;le travail du n&#233;gatif&lt;/i&gt; &#187;, le n&#233;gatif &#224; l'&#339;uvre. C'est ainsi que l'I.S remit en cause toutes les cat&#233;gories du programmatisme, sans sortir de sa probl&#233;matique (cf. dans ce livre l'expos&#233; consacr&#233; &#224; l'IS).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La r&#233;volution n'est pas l'affirmation de la classe telle qu'elle existe &#187; r&#233;p&#232;te l'ultragauche qui, dans sa contradiction constitutive, nous m&#232;ne au point o&#249; on peut la quitter et faire autre chose. A vouloir tenir l'identit&#233; entre l'&#234;tre de la classe dans le capital et son &#234;tre communiste (sans m&#233;diations), l'ultragauche nous conduit au bord du d&#233;passement de sa probl&#233;matique. Il n'y a plus de m&#233;diation entre le prol&#233;tariat et le communisme, mais l'ultragauche pensait cela programmatiquement, c'est-&#224;-dire en n'effectuant pas le saut pratique et th&#233;orique que cette proposition contient en elle-m&#234;me : la n&#233;gation de la classe par elle-m&#234;me dans la r&#233;volution, dans l'abolition du capital. Mais il fallait un nouveau cycle de luttes pour que cela apparaisse comme une situation, comme un rapport du prol&#233;tariat au capital, et non comme l'ultime avatar d'une nature r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est l'affirmation de la classe en elle-m&#234;me, qui constituait la limite de ce cycle, et non quelques modalit&#233;s de sa r&#233;alisation, ou des conditions historiques immatures. En consid&#233;rant l'ultragauche comme une probl&#233;matique, c'est-&#224;-dire comme une totalit&#233;, on s'interdit de consid&#233;rer ses formes th&#233;oriques ou pratique &#171; les plus avanc&#233;es &#187;, c'est-&#224;-dire celles qui d&#233;stabilisent &lt;i&gt;int&#233;rieurement&lt;/i&gt; sa probl&#233;matique, comme le mod&#232;le absolu de la lutte de classe, comme les tenants de la &#171; vraie auto-organisation &#187; ou du communisme invariant et plus ou moins humain, continuent &#224; le faire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&lt;a id=&#034;__RefHeading___Toc6379_155729733&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
La persistance du programmatisme et sa critique en actes&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En confirmant &#224; l'int&#233;rieur de lui m&#234;me une identit&#233; ouvri&#232;re, en int&#233;grant la reproduction du prol&#233;tariat dans son propre cycle, en subsumant sa contradiction avec le prol&#233;tariat comme sa dynamique m&#234;me, le capital fait du travail son propre rival &#224; l'int&#233;rieur de lui-m&#234;me : rapport conflictuel tout &#224; fait diff&#233;rent, il est vrai, de celui du programmatisme de l'&#233;poque classique de la fin du XIXe si&#232;cle (cf. le texte &lt;i&gt;La r&#233;volution prol&#233;tarienne&lt;/i&gt; ajout&#233; &#224; cette seconde &#233;dition). Cette rivalit&#233; est m&#234;me pour le capital la grande faiblesse intrins&#232;que de cette premi&#232;re phase de la subsomption r&#233;elle (allant jusqu'&#224; la scission du cycle mondial de l'accumulation en deux aires rivales), qui &#233;clatera dans la crise de la fin des ann&#233;es 60 / d&#233;but des ann&#233;es 70, sous diverses formes plus ou moins radicales, et que la restructuration qui s'ensuivit a eu pour contenu essentiel d'&#233;liminer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est l&#224; le fondement de la dynamique persistante du programmatisme dans cette premi&#232;re phase de la subsomption r&#233;elle. La relation programmatique classique entre la mont&#233;e en puissance de la classe et son affirmation autonome s'en est trouv&#233;e boulevers&#233;e. Dans un premier temps, entre 1917 et 1939, les termes sont dans une situation de violente conflictualit&#233; tout en s'impliquant. En effet, au moment o&#249; l'affirmation autonome de la classe trouve sa l&#233;gitimit&#233; &lt;i&gt;absolue&lt;/i&gt; dans une mont&#233;e en puissance de la classe &#224; l'int&#233;rieur du capital telle qu'elle est incluse dans celui-ci, elle ne peut qu'affronter cette mont&#233;e en puissance qui est &lt;i&gt;la n&#233;gation de son autonomie&lt;/i&gt;. La violence de ce processus entre 1917 et 1939, &lt;i&gt;&#224; l'int&#233;rieur m&#234;me du prol&#233;tariat&lt;/i&gt;, dans sa contradiction avec le capital, laisse place, apr&#232;s 1945, &#224; une p&#233;riode o&#249; l'affirmation autonome se situe et se consid&#232;re elle-m&#234;me comme &lt;i&gt;ext&#233;rieure&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;diff&#233;rente&lt;/i&gt; de la mont&#233;e en puissance. Mais elle ne peut que se r&#233;f&#233;rer sans cesse &#224; cette mont&#233;e en puissance, car cette derni&#232;re est devenue simple rivalit&#233; (le plus souvent dans le cadre de la revendication de la d&#233;mocratie) &#224; l'int&#233;rieur de la reproduction du capital. C'est la p&#233;riode de la &#171; marginalisation des r&#233;volutionnaires &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toute la probl&#233;matique th&#233;orique de l'ultragauche exprime une situation, un cours de la lutte de classe, dans lesquels la r&#233;volution comme affirmation de la classe ne peut plus se reconna&#238;tre aucune m&#233;diation, ni m&#234;me reconna&#238;tre dans l'existence imm&#233;diate de la classe sa possibilit&#233; d'existence. Mais, demeurant affirmation de la classe, la pratique r&#233;volutionnaire et la th&#233;orie r&#233;volutionnaire ne peuvent reconna&#238;tre cet &#233;vanouissement sans se condamner elles-m&#234;mes. C'est le point extr&#234;me o&#249; pratiquement, comme auto-organisation du prol&#233;tariat, comme rupture de son implication avec le capital et affrontement avec toutes les formes organisationnelles de cette implication - et th&#233;oriquement comme analyse et d&#233;fense de l'autonomie du prol&#233;tariat - , parvient le cycle de luttes qui s'ach&#232;ve au d&#233;but des ann&#233;es 1970.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce mouvement fut bris&#233;, il y eut d&#233;faite ouvri&#232;re. &#171; Mai 68 &#187; est battu, &#171; l'automne chaud &#187; italien (qui dura trois ans) aussi, les vagues de gr&#232;ves sauvages am&#233;ricaines et britanniques &#233;galement, comme le mouvement assembl&#233;iste espagnol, etc., sans oublier toute l'insubordination sociale qui avait gagn&#233; toutes les sph&#232;res de la soci&#233;t&#233;. La d&#233;faite n'a pas l'ampleur de celle de 1917-1936, mais la restructuration en jeu n'est pas non plus de m&#234;me ampleur, on reste dans le m&#234;me mode de subsomption. Ce qui n'emp&#234;che qu'il y ait d&#233;faite et restructuration / contre-r&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cet imm&#233;diat &#171; post-68 &#187; , toutes les impasses de la production th&#233;orique reposaient sur le fait de ne pas concevoir le d&#233;veloppement du capital comme une succession de cycles de luttes posant des stades diff&#233;rents de la contradiction entre le prol&#233;tariat et le capital, mais uniquement comme une accumulation de conditions par rapport &#224; une nature &lt;i&gt;r&#233;volutionnaire du prol&#233;tariat&lt;/i&gt; qui devait se d&#233;gager. En fait, tout &#233;tait d&#233;termin&#233; par l'absence de th&#233;orisation de la restructuration du rapport entre le prol&#233;tariat et le capital. En cons&#233;quence on ne pouvait consid&#233;rer ce qui se passait comme un cycle de luttes s'achevant, mais comme un processus &#224; radicaliser, qui n'aurait pas accompli tous ses possibles, qui n'aurait pas &#233;t&#233;, pour une raison ou une autre (mais toujours ext&#233;rieure au stade de la contradiction), pur et dur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On est alors amen&#233; &#224; privil&#233;gier tel ou tel aspect dans les luttes, &#224; chercher &#224; les radicaliser &#224; partir de l'un de leurs &#233;l&#233;ments, et donc &#224; ne pas consid&#233;rer les termes d'un cycle de luttes comme constituant &lt;i&gt;une totalit&#233;&lt;/i&gt;. Toutefois, si l'on peut faire aujourd'hui cette critique, ce n'est que sur la base du nouveau cycle de luttes. C'est le nouveau cycle de luttes dans son contenu et les possibilit&#233;s qu'il ouvre qui d&#233;limitent les caract&#233;ristiques de l'ancien cycle et le posent comme tel. La compr&#233;hension th&#233;orique d'un cycle dans sa particularit&#233; historique est &#171; r&#233;troactive &#187;, mais ce processus n'est ni formel ni unilat&#233;ral, il est fond&#233; sur le fait qu'un cycle de luttes n'existe qu'en produisant son d&#233;passement de par la situation et la pratique sp&#233;cifique du prol&#233;tariat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la crise de la fin des ann&#233;es 60, alors que les acquis th&#233;oriques issus de l'ultragauche apparaissent de plus en plus comme reposant sur une contradiction dans les termes (affirmation du prol&#233;tariat et critique de toutes les m&#233;diations), la notion d'&lt;i&gt;auton&#233;gation du prol&#233;tariat&lt;/i&gt;&lt;i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Nous reviendrons plus loin sur les conditions d'apparition et les apories de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;commence &#224; &#234;tre formalis&#233;e en tant que telle, comme d&#233;bouch&#233; th&#233;orique de la &#171; critique du travail &#187; qui semble &#234;tre le dernier mot de la critique du programmatisme. Ce n'est pas alors la notion en tant que telle qui importe mais le mouvement pratique de la lutte de classe contre les syndicats, le parlementarisme et la condition salari&#233;e, dans les &#233;meutes, pillages, gr&#232;ves sans revendications, absent&#233;isme, sabotages etc., qui se d&#233;veloppe. D'autant plus qu'&#224; aucun moment dans ce mouvement pratique n'&#233;merge une quelconque organisation ouvri&#232;re. Mais le mouvement ne passant pas &#224; la r&#233;alisation du contenu positif du communisme, la th&#233;orie de l'auton&#233;gation se trouva comme en apesanteur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette implication r&#233;ciproque entre autonomie et auton&#233;gation ne pouvait ni th&#233;oriquement, ni pratiquement, se stabiliser. C'&#233;tait de fa&#231;on flagrante toute l'impossibilit&#233; interne, &#224; partir du rapport n&#233;cessaire entre ses termes, de l'ancien cycle qui devenait manifeste au travers de cette relation. En produisant l'auton&#233;gation comme son d&#233;veloppement final, c'&#233;tait elle-m&#234;me que l'auto-organisation remettait en cause au travers de ce qui demeurait tout de m&#234;me sa substance : la d&#233;fense de la condition prol&#233;tarienne et la prise en charge de la classe par elle-m&#234;me &#224; partir de sa situation sp&#233;cifique dans le mode de production capitaliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La &#171; p&#233;riode 68 &#187; revivifiait la perspective programmatique dans la mesure seulement o&#249; elle en &#233;tait la critique en actes, sa contradiction v&#233;cue, elle en ressuscita les formes les plus radicales et corollairement les impasses les plus productives (l'ultragauche). Dans la &#171; p&#233;riode 68 &#187;, l'ultragauche exprime en une forme &#233;pur&#233;e les limites et les contradictions du cycle de luttes qui s'ach&#232;ve alors.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034; id='LA-PERIODE-68'&gt;
&lt;a id=&#034;__RefHeading___Toc6381_155729733&#034;&gt;&lt;/a&gt;
LA PERIODE 68&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La p&#233;riode de la fin des ann&#233;es 1960 et du d&#233;but des ann&#233;es 1970 fut la p&#233;riode de la premi&#232;re crise et du premier mouvement r&#233;volutionnaire relevant des contradictions et de l'histoire de la subsomption r&#233;elle du travail sous le capital. Mais en raison des caract&#233;ristiques de cette premi&#232;re phase de la subsomption r&#233;elle, nous pouvons dire maintenant que les questions sp&#233;cifiques de la r&#233;volution en subsomption r&#233;elle du travail sous le capital ne furent pratiquement pos&#233;es qu'au travers de la&lt;i&gt; liquidation&lt;/i&gt; du mouvement ouvrier et de tout ce qui pouvait se fonder sur une identit&#233; ouvri&#232;re ouvrant la voie &#224; l'affirmation du prol&#233;tariat comme classe dominante. Ce qui fut entrevu, c'est que le communisme n'est pas un mode de production et que l'abolition du capital ne pouvait &#234;tre que la n&#233;gation des classes et du prol&#233;tariat lui-m&#234;me dans la production de ce qui fut appel&#233; &#224; l'&#233;poque &#171; la communaut&#233; humaine &#187;. Le contenu critique essentiel de Mai 68 et de toute cette p&#233;riode fut de se heurter pratiquement au fait que la r&#233;volution n'est pas une question de gestion, d'&#233;rection du prol&#233;tariat en classe dominante qui g&#233;n&#233;ralise sa situation, universalise le travail comme rapport social et l'&#233;conomie comme objectivit&#233; de la soci&#233;t&#233; en tant que rapport entre les choses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&lt;a id=&#034;__RefHeading___Toc6383_155729733&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Le Mai fran&#231;ais : quand une gr&#232;ve en cache une autre&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En France, les ouvriers ont fui les usines occup&#233;es par les syndicats, les plus jeunes et d'autres ont rejoint la contestation &#233;tudiante. Mai 68 &#233;tait la critique en actes et souvent &#171; avec les pieds &#187; de la r&#233;volution comme mont&#233;e en puissance et affirmation de la classe. Les ouvriers n'ont r&#233;investi les usines qu'au moment de la reprise, souvent pour s'y opposer violemment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Durant le mai 68 fran&#231;ais, la gr&#232;ve bien visible, plus ou moins bien accompagn&#233;e ou m&#234;me contr&#244;l&#233;e par les syndicats, en cache une autre, celle plus difficilement rep&#233;rable de ces ouvriers qui partent en gr&#232;ve plus ou moins spontan&#233;ment dans une relation tr&#232;s ambig&#252;e aux revendications et qui, en masse, disparaissent le temps de la gr&#232;ve et reprennent le travail sans rien avoir obtenu. Ce n'est pas une gr&#232;ve sauvage proprement dite, mais une gr&#232;ve qui se serait comme &#171; d&#233;cal&#233;e ailleurs &#187; des rapports habituels de la conflictualit&#233; des rapports de travail. Dans &lt;i&gt;Le Roman de nos origines&lt;/i&gt;, les r&#233;dacteurs de &lt;i&gt;La Banquise&lt;/i&gt; (n&#176; 2, p. 26) notent tr&#232;s justement : &#171; Bizarrement, alors qu'on parle tant de gestion, on constate que &lt;i&gt;les ouvriers se d&#233;sint&#233;ressent de toute gr&#232;ve gestionnaire&lt;/i&gt;. Abandonner aux syndicats la ma&#238;trise des usines est un signe de faiblesse mais aussi du fait qu'ils ont conscience que &lt;i&gt;le probl&#232;me est ailleurs&lt;/i&gt; (soulign&#233; par nous) &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La plupart des comit&#233;s d'action tentent de promouvoir l'auto-organisation et pourquoi pas la reprise des usines, ils n'agissent qu'au niveau &#171; visible &#187; de la gr&#232;ve et n'ont que tr&#232;s peu d'accroches sur elle, et se trouvent en rapport conflictuel avec la CGT. Les comit&#233;s d'action ne voient que l'activit&#233; syndicale et cherchent &#224; &#171; l'am&#233;liorer &#187; : que les occupations se rejoignent, que les revendications s'unissent. Bien s&#251;r, dans la r&#233;alit&#233;, les choses ne sont pas aussi simples, il y a des ouvriers dans les usines et tous les syndicalistes ne sont pas des bureaucrates. Le besoin de contact est une r&#233;alit&#233;, mais son &#233;chec constant n'est peut-&#234;tre pas le fruit du hasard ou de l'omnipr&#233;sence syndicale. De ce point de vue, les regroupements les plus radicaux comme les CA (Comit&#233;s d'action) de Censier&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;B&#226;timents de l'universit&#233; de Paris.&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ou le Conseil pour le maintien des occupations (CMDO) ne peuvent faire gu&#232;re plus que les autres face &#224; la grande force tranquille de la CGT.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La minorit&#233; radicale, elle, quitte l'entreprise et se retrouve avec d'autres &#233;l&#233;ments minoritaires, en compagnie d'&#233;tudiants, de gauchistes, de r&#233;volutionnaires. Le CMDO&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les membres du premier Conseil d'occupation de la Sorbonne dont le mandat (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; est l'un de ces lieux o&#249; le gauchisme est tenu en lisi&#232;re. Censier en est un autre. (&#8230;) Un peu avant 1968, l'IS, dans le n&#176; 11 de la revue, r&#233;pondait aux ultragauches que les situationnistes ne se souciaient pas de regrouper autour d'eux des ouvriers pour mener une action 'ouvri&#232;re' permanente. Le jour o&#249; il y aurait quelque chose &#224; faire, disait l'IS, les r&#233;volutionnaires seraient avec les ouvriers r&#233;volutionnaires. C'est ce qui se passa. Censier stimula et coordonna l'activit&#233; de minorit&#233;s radicales, sinon r&#233;volutionnaires, dans de nombreuses entreprises. La critique des syndicats, timide au d&#233;but, devint plus virulente &#224; la fin des gr&#232;ves. Les fractions extr&#233;mistes isol&#233;es sur les lieux de travail, trouv&#232;rent l&#224; un point de rencontre. &#187; (&#171; Le Roman de nos origines &#187;, &lt;i&gt;La Banquise&lt;/i&gt; n&#176; 2, 1983, p. 26) Cela n'alla pas plus loin que la critique des syndicats car, poursuit le texte de la Banquise : &#171; Mai 68 ne posa pas la question communiste. Les dons de ravitaillement t&#233;moign&#232;rent d'une solidarit&#233;, non d'un d&#233;but de d&#233;p&#233;rissement de l'&#233;change marchand. La perspective communiste exista dans l'ind&#233;niable assouplissement des rapports imm&#233;diats, la rupture des barri&#232;res sociologiques, la vie sans argent pendant plusieurs semaines, dans le plaisir d'agir ensemble, en un mot dans cette esquisse communautaire qu'on observe &#224; chaque grand mouvement social, m&#234;me non r&#233;volutionnaire (Orwell, en Catalogne, en 1936). Les divers comit&#233;s qui si&#233;geaient &#224; Censier d&#233;battaient naturellement de ce qu'il fallait faire pour aller plus loin. Il n'est pas si fr&#233;quent que de grandes assembl&#233;es comptant de nombreux ouvriers discutent du communisme. Le tract &lt;i&gt;Que faire ?&lt;/i&gt;, r&#233;&#233;dit&#233; et diffus&#233; &#224; une centaine de milliers d'exemplaires, indique ce que le mouvement doit faire pour aller plus loin, ou simplement continuer : prendre un certain nombre de mesures simples mais qui rompent avec la logique capitaliste, afin que la gr&#232;ve d&#233;montre sa capacit&#233; de faire fonctionner &lt;i&gt;autrement&lt;/i&gt; la soci&#233;t&#233; ; r&#233;pondre aux besoins sociaux (ce qui rallierait les h&#233;sitants, la classe moyenne, que la violence &#8211; produit d'un blocage, r&#233;action impuissante devant l'impasse &#8211; inqui&#232;te) par la gratuit&#233; des transports, des soins, de la nourriture, par la gestion collective des centres de distribution, la gr&#232;ve des paiements (loyers, imp&#244;ts, traites) ; et montrer ainsi que la bourgeoisie et l'&#201;tat sont inutiles. Le communisme ne fut pr&#233;sent en 1968 que comme vision. &#187; (&lt;i&gt;Idem&lt;/i&gt;, p. 26 &#8211; 27).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne peut pas chercher la limite d'un mouvement dans ce qu'il n'a pas fait, car non seulement on fait du communisme une r&#233;alit&#233; intemporelle et normative, mais encore on n'explique pas pourquoi il ne l'a pas fait. Ce que &lt;i&gt;La Banquise&lt;/i&gt; appelle &#171; le communisme comme vision &#187; est enti&#232;rement inclus dans la limite interne de la p&#233;riode 68 qui, sur la base de l'identit&#233; ouvri&#232;re, veut la n&#233;gation par elle-m&#234;me de la classe ouvri&#232;re. Rappelons ici ce qui fut l'attente et l'espoir des situationnistes : &#171; Si, dans une seule grande usine, entre le 16 et le 30 mai une assembl&#233;e g&#233;n&#233;rale s'&#233;tait constitu&#233;e en &lt;i&gt;Conseil&lt;/i&gt; d&#233;tenant tous les pouvoirs de d&#233;cision et d'ex&#233;cution, chassant les bureaucrates, organisant son auto-d&#233;fense et appelant les gr&#233;vistes de toutes les entreprises &#224; se mettre en liaison avec elle, ce dernier pas qualitatif franchi e&#251;t pu porter le mouvement tout de suite &#224; la lutte finale dont il a trac&#233; historiquement toutes les directives. &#187; (&lt;i&gt;IS&lt;/i&gt;, n &#176; 12, p. 12).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pris dans ses propres limites historiques sp&#233;cifiques, dans ses propres contradictions, que le mouvement produit cette &#171; vision &#187; et il la produit pr&#233;cis&#233;ment en tant que telle : comme vision. Sa limite ne consiste pas &#224; ne pas avoir accompli cette vision, mais dans ce qui faisait qu'elle existait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces CA veulent &#171; faire passer de la gr&#232;ve passive &#224; la gr&#232;ve active &#187;. Mais qu'aurait pu &#234;tre la gr&#232;ve de mai 68, comme gr&#232;ve active ? On peut pr&#233;senter l'Italie en exemple, comme si les choses y avaient &#233;t&#233; plus &#171; graves &#187;. Ce n'est pas si s&#251;r. En Italie, le mouvement de la fin des ann&#233;es 60 et du d&#233;but des ann&#233;es 70 a &#233;t&#233; plus profond, plus long, plus ample, mais il est demeur&#233; dans les cadres connus de la conflictualit&#233; li&#233;e &#224; &#171; l'ouvrier masse &#187;, de fa&#231;on radicale mais tout de m&#234;me dans ce cadre. En France, nous avons affaire &#224; un objet plus difficilement identifiable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Contrairement &#224; ce qui se passe en Italie entre 1969 et 1972, en France, toutes les tentatives auto-organisatrices restent balbutiantes. C'est m&#234;me &#224; se demander si les syndicats n'ont pas repr&#233;sent&#233; l'auto-organisation pour ce qu'il pouvait encore y avoir &#224; auto-organiser. De fa&#231;on moins &#171; provocatrice &#187;, au-del&#224; des alternatives exclusives &#224; propos de revendication / sans revendication ou sections syndicales de base / spontan&#233;isme, on peut consid&#233;rer qu'auto-organisation et activit&#233; syndicale s'excluent tout autant qu'elles se nourrissent. Ne faudrait-il pas aller chercher l'auto-organisation l&#224; o&#249; on ne la cherche pas c'est-&#224;-dire dans les al&#233;as de l'activit&#233; syndicale ? Dans l'enqu&#234;te de Philippe Gavi intitul&#233;e &lt;i&gt;Les Ouvriers&lt;/i&gt;, publi&#233;e au &lt;i&gt;Mercure de France&lt;/i&gt; (1970), un ouvrier lui-m&#234;me responsable syndical de Rh&#244;ne-Poulenc-Vitry raconte : &#171; Maintenant on entend parler couramment de 'gr&#232;ve sauvage' ou d'organisation spontan&#233;e. C'est faux. Ce sont les militants qui sont &#224; l'origine de la gr&#232;ve qui lui ont donn&#233; sa structure. Ceci dit, si ces militants avaient suivi les orientations de leurs d&#233;l&#233;gations syndicales, il n'y aurait pas eu une telle gr&#232;ve. Th&#233;oriquement la consigne aurait &#233;t&#233; de refuser de participer &#224; des comit&#233;s non syndicaux compos&#233;s d'inorganis&#233;s. On a fait le contraire. On allait bien plus en avant que la F&#233;d&#233;ration. Tout au long de la gr&#232;ve, la F&#233;d&#233;ration a suivi. La base a pu prendre en main sa gr&#232;ve sans que nous soyons de nouveau chefs. Chaque comit&#233; de base a pris en main sa gr&#232;ve. Cela a beaucoup mieux march&#233; que lorsqu'on a voulu organis&#233; cela centralement. (&#8230;) La CGT pensait noyauter la gr&#232;ve en coiffant les comit&#233;s de base avec l'ex&#233;cutif syndical o&#249; elle &#233;tait majoritaire. En fait, &#224; la longue, les comit&#233;s de base vont se renforcer et l'ex&#233;cutif marche &#224; vide. &#187; (op. cit., pp. 312-313)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'auto-organisation n'a pas pu prendre en France cette forme nette et distinguable que l'on rep&#232;re en Italie (mais rapidement r&#233;investie dans l'activit&#233; syndicale), c'est que la massivit&#233; de la gr&#232;ve relevait peut-&#234;tre d'autre chose, informalisable positivement dans les rapports conflictuels classiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 68, en France, la vague de gr&#232;ve s'est impos&#233;e &#224; tous &lt;i&gt;comme une &#233;vidence&lt;/i&gt;. Qu'est-ce qui est &#233;vident dans cette vague de gr&#232;ves ? L'extension des gr&#232;ves bien s&#251;r, mais aussi peut-&#234;tre que&lt;i&gt; cela va de soi&lt;/i&gt; que l'on arr&#234;te de travailler. Et l&#224;, nous ne sommes pas dans ce que l'on entend d'ordinaire par &#171; gr&#232;ve sauvage &#187;. A partir de l&#224;, deux gr&#232;ves coexistent (jusqu'au moment de la reprise du travail qui va les faire se rencontrer) : une gr&#232;ve massive tr&#232;s difficilement d&#233;finissable et une gr&#232;ve en gros syndicale qui n'englobe pas ni ne contr&#244;le la premi&#232;re, mais se superposer &#224; elle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est vrai que les syndicats ont soigneusement lutt&#233; contre l'unit&#233; du mouvement et contre &#171; l'unit&#233; des revendications &#187;, mais la r&#233;daction de ces revendications ne fut, sauf quelques rares exceptions, qu'un pur exercice syndical&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pour tout ce qui concerne les gr&#232;ves en France en mai-juin 1968, voir Bruno (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Les travailleurs non plus n'ont jamais tent&#233; d'unifier la gr&#232;ve et les revendications. Les syndicats n'ont pas lutt&#233; contre l'unit&#233; du mouvement, ils ont plut&#244;t ent&#233;rin&#233; une situation. La gr&#232;ve &#171; visible &#187; en a cach&#233; une autre dont l'unit&#233; ne pouvait pas prendre de forme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'activit&#233; syndicale a principalement consist&#233; &#224; emp&#234;cher la fuite des travailleurs, surtout les OS. Dans la fuite hors de l'usine et le d&#233;bat &#171; ouverture / fermeture &#187;, c'est par un vote avec les pieds que l'usine apparut comme n'&#233;tant plus la base d'une r&#233;organisation ouvri&#232;re de la soci&#233;t&#233;. Il n'y eu aucune activit&#233; autogestionnaire dans aucune entreprise m&#234;me si on en &lt;i&gt;parlait&lt;/i&gt; presque partout. Il y eut une solution de continuit&#233; entre le d&#233;clenchement de la gr&#232;ve et l'occupation, ce furent deux activit&#233;s diff&#233;rentes dans leur nature, la seconde n'&#233;tait pas la suite naturelle de la premi&#232;re ; mais aussi solution de continuit&#233; dans leurs acteurs : ceux qui d&#233;clench&#232;rent les gr&#232;ves ne s'investirent pas majoritairement dans les occupations et ceux qui occup&#232;rent n'&#233;taient pas majoritairement &#224; l'initiative de &lt;i&gt;l'arr&#234;t du travail&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En encadrant, freinant, contr&#244;lant, et prenant la t&#234;te de cette gr&#232;ve &#171; visible &#187;, l'activit&#233; syndicale n'organisa finalement qu'elle-m&#234;me. C'est toute la contradiction de l'&#233;poque qui traverse la classe ouvri&#232;re, l'activit&#233; syndicale se&lt;i&gt; superposant&lt;/i&gt; &#224; &#171; l'autre gr&#232;ve &#187;, ne la brisant qu'en s'y superposant (et parce qu'elle a la possibilit&#233; de s'y superposer) et non en en prenant la t&#234;te et en la contr&#244;lant. C'est au moment de la reprise que la rencontre est devenue momentan&#233;ment conflictuelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si la reprise du travail, contrairement &#224; l'id&#233;e courante et souvent juste qui en fait le moment de l'abattement et de la dispersion, fut, avec son d&#233;clenchement, le moment le plus d&#233;licat, c'est qu'il fut le moment o&#249; &lt;i&gt;la masse&lt;/i&gt; des ouvriers &#171; &#233;vapor&#233;s &#187; durant la gr&#232;ve r&#233;appara&#238;t. C'est &#224; ce moment que sur de nombreux sites, paradoxalement, la gr&#232;ve se durcit. Dans cette &#171; relance de la gr&#232;ve &#187;, une unit&#233; (une synth&#232;se des &#171; deux &#187; gr&#232;ves) peut s'&#233;baucher, dans la mesure o&#249; &#224; Grenelle les syndicats ont jou&#233; gros et ont semble-t-il perdu. Ce moment de la reprise du travail est certainement le moment le plus int&#233;ressant de la gr&#232;ve. Dans la gr&#232;ve de 68, ce moment doit &#234;tre consid&#233;r&#233; comme une phase particuli&#232;re et pas seulement comme l'ach&#232;vement du mouvement qui l'a pr&#233;c&#233;d&#233;. C'est le moment de la rencontre, le moment o&#249; l'on voit que la gr&#232;ve &#171; visible &#187; avait non pas englob&#233; ou contr&#244;l&#233; la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale mais s'&#233;tait superpos&#233;e &#224; elle. Au moment de la reprise, elle doit s'imposer comme la forme unique de cette gr&#232;ve et cela ne va pas de soi. Les tentatives d'unit&#233; prennent &#224; ce moment l&#224; un autre contenu reliant la gr&#232;ve &#171; visible &#187; &#224; &#171; l'autre &#187;. Dans les usines, la participation aux op&#233;rations de d&#233;pouillement des votes de reprise est plus importante que la participation aux occupations. On voit les gens qui s'&#233;taient &#171; &#233;vapor&#233;s &#187; venir demander des comptes. Tout le monde conna&#238;t le petit film &#171; la Reprise du travail aux usines Wonder &#187; : face &#224; une ouvri&#232;re qui hurle son refus de &#171; retourner dans cette taule &#187;, on voit les d&#233;l&#233;gu&#233;s syndicaux mais aussi des gauchistes (certainement des &#171; maos &#187;) chercher &#224; la convaincre de rentrer en lui disant que le combat continuera &#224; l'int&#233;rieur. Personne n'y croit. C'est le moment de peur de S&#233;guy &#224; Billancourt, c'est le moment o&#249; &#224; Peugeot (Sochaux) deux ouvriers sont tu&#233;s par les CRS et l'un de ces derniers jet&#233; dans une cuve d'acide.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ainsi que devenait &#233;vident que la r&#233;volution n'&#233;tait plus l'aboutissement de la mont&#233;e en puissance de la classe &#224; l'int&#233;rieur du mode de production capitaliste, mont&#233;e en puissance s'achevant dans son affirmation en classe dominante, en pouvoir des Conseils ouvriers ou en &#201;tat socialiste. &#171; Mai 68 &#187; ne resta pas dans cette n&#233;gation car le capital en subsomption r&#233;elle du travail sous le capital avait soumis toute la reproduction sociale, tous les aspects de la vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&lt;a id=&#034;__RefHeading___Toc6385_155729733&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Le Mai fran&#231;ais : de la r&#233;volte ouvri&#232;re &#224; la communaut&#233; humaine en passant par l'ali&#233;nation&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;volution ne pouvait plus se limiter &#224; changer les propri&#233;taires des usines, ni m&#234;me se limiter au proc&#232;s de production. En englobant toute la vie quotidienne, la r&#233;volution &#233;tait la n&#233;gation de la condition prol&#233;tarienne et ne pouvait &#234;tre r&#233;volution qu'&#224; cette condition. C'est de cette fa&#231;on que le mouvement de mai posa, dans l'histoire de la lutte de classe, la n&#233;cessit&#233; d'abolir le prol&#233;tariat, mais ce ne fut &lt;i&gt;que de cette fa&#231;on&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;volte ouvri&#232;re contre la condition ouvri&#232;re, r&#233;volte contre tous les aspects de la vie, &#233;tait prise dans un d&#233;chirement. Elle ne pouvait s'exprimer, devenir effective qu'en se retournant contre sa base r&#233;elle, la condition ouvri&#232;re, mais non pour la supprimer, car &lt;i&gt;elle &lt;/i&gt;&lt;i&gt;ne trouvait pas en elle-m&#234;me le rapport au capital qui eut &#233;t&#233; cette suppression&lt;/i&gt;, mais pour s'en &lt;i&gt;s&#233;parer&lt;/i&gt;. D'un c&#244;t&#233;, un mouvement ouvrier fort aux racines encore solides, la confirmation dans le capital d'une identit&#233; ouvri&#232;re, une puissance reconnue de la classe mais une impossibilit&#233; radicale &#224; transformer cette puissance en force autonome et en affirmation r&#233;volutionnaire de la classe du travail, de l'autre, cette impossibilit&#233; &#233;tait &lt;i&gt;positivement&lt;/i&gt; l'extension de la r&#233;volte &#224; toute la reproduction sociale, r&#233;volte au travers de laquelle le prol&#233;tariat se niait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;volution ne pouvait &#234;tre que la n&#233;gation de la condition ouvri&#232;re mais il fallait chercher celle-ci, non dans le rapport du prol&#233;tariat au capital, mais dans l'universalit&#233; de l'ali&#233;nation. Ali&#233;nation &lt;i&gt;universelle&lt;/i&gt; et par l&#224; &lt;i&gt;humaine&lt;/i&gt;, celle-ci se justifiait elle-m&#234;me par la contestation des modes de vie impos&#233;s, de la consommation, de la &#171; prosp&#233;rit&#233; capitaliste &#187;. Cette r&#233;volte contre la condition ouvri&#232;re qui s'&#233;tendait hors du proc&#232;s de travail produisait sa raison d'&#234;tre en dehors d'elle-m&#234;me. Comme universalit&#233; de l'ali&#233;nation, elle s'autonomisait de ses conditions r&#233;elles, elle apparaissait non pas d&#233;couler directement de la situation de l'ouvrier, mais &#234;tre un fait de l'ensemble de la soci&#233;t&#233;, de l' &#171; ali&#233;nation universelle &#187; dont l'ouvrier &#233;tait le r&#233;sum&#233;, la condensation (Marcuse et les th&#233;oriciens de l'Ecole de Francfort devinrent &#224; la mode). Ce n'est pas un hasard si cette r&#233;volte ne devint effective que dans sa rencontre avec la contestation &#233;tudiante. Elle se d&#233;tacha d'elle-m&#234;me, devint &#233;trang&#232;re &#224; elle-m&#234;me et se d&#233;doubla en une r&#233;volte ouvri&#232;re enferm&#233;e dans son impasse et la m&#234;me ayant pris, pour elle-m&#234;me, une forme autonome et myst&#233;rieuse : la r&#233;volte contre tous les aspects de la vie mettant l'ouvrier en lumi&#232;re et en mouvement en tant qu'&#234;tre &lt;i&gt;universel &lt;/i&gt;et par l&#224; &lt;i&gt;humain&lt;/i&gt;. Si cette r&#233;volte contre la &#171; totalit&#233; de la vie &#187; a &#233;t&#233; comprise comme &#171; r&#233;volte humaine &#187;, c'est que &lt;i&gt;l'on ne pouvait alors consid&#233;rer que le prol&#233;tariat puisse aboutir, &#224; partir de sa situation m&#234;me en tant que classe, &#224; autre chose que son affirmation et au mieux &#224; l'impossibilit&#233; de celle-ci&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Durant toute la p&#233;riode de la fin des ann&#233;es 1960 et du d&#233;but des ann&#233;es 1970, en France, en Italie et ailleurs, la remise en cause de l'affirmation du prol&#233;tariat et de la r&#233;volution comme &#233;mancipation du travail, n'a &#233;t&#233; qu'une d&#233;termination interne de cette affirmation et de cette &#233;mancipation. &lt;i&gt;Le mouvement demeurait programmatique y compris dans sa remise en cause&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'enjeu sur la compr&#233;hension de cette p&#233;riode est actuel et il est double : c'est une phase sp&#233;cifique de la lutte de classe qui s'ach&#232;ve et non des pratiques &#233;ternellement ad&#233;quates &#224; ce qu'&lt;i&gt;est&lt;/i&gt; le communisme, mais conjoncturellement inabouties ; les contradictions que le programmatisme d&#233;veloppe &#224; partir de lui-m&#234;me ne sont pas la fin de la lutte de classe et de la r&#233;volution comme pratique de classe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;tach&#233;es du reste du mouvement, les pratiques qui remettent en cause l'affirmation de la classe et l'&#233;mancipation du travail deviennent des &#233;l&#233;ments pr&#233;curseurs d'une perspective &lt;i&gt;aclassiste&lt;/i&gt; de la r&#233;volution. &lt;i&gt;A contrario&lt;/i&gt;, se trouverait ainsi justifi&#233;e l'identification de toute lutte ouvri&#232;re au programmatisme. La critique du programmatisme se confond alors avec un abandon de la r&#233;volution comme action du prol&#233;tariat, c'est-&#224;-dire d'une classe. Le programmatisme devenant identique &#224; l'action ouvri&#232;re et vice versa, toute remise en cause ou manifestation des impasses de la lutte programmatique dans cette p&#233;riode de la fin des ann&#233;es 1960-d&#233;but des ann&#233;es 1970 est assimil&#233;e &#224; un d&#233;passement, &#224; un au-del&#224; de l'action en tant que classe et du simple fait qu'il y ait encore des classes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la &#171; p&#233;riode 68 &#187; la lutte de classe exprime mais ne d&#233;passe pas les limites et les impasses de l'ancien cycle de luttes, celui de l'identit&#233; ouvri&#232;re, de l'autonomie, de l'auto-organisation. &lt;i&gt;L'affirmation de la classe et l'&#233;mancipation du travail &#233;tait le contenu de ces mouvements, ce n'est que dans ce contenu et &#224; partir de lui que l'on peut comprendre sa crise et sa remise en cause&lt;/i&gt;. Rien d'&#233;tonnant alors &#224; ce que l'on ait vu appara&#238;tre une puissante affirmation autonome de la classe mais, ne sachant quoi faire d'elle-m&#234;me, elle n'a pas tranch&#233; durablement avec l'activit&#233; syndicale. En cela, elles diff&#232;rent fondamentalement des actions men&#233;es durant la p&#233;riode des ann&#233;es 1920.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&lt;a id=&#034;__RefHeading___Toc6387_155729733&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Le Mai rampant italien : l'ambig&#252;it&#233; du &#171; vogliamo tutti &#187; &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Italie, les revendications quantitatives des OS font sauter tout l'appareil conceptuel de l'id&#233;ologie ouvri&#232;re du travail. Au moyen de revendications quantitatives sans phrases, c'est tout le dispositif programmatique de la lutte de classe qui est min&#233;, mais non d&#233;pass&#233;. Il est exact que le d&#233;veloppement des luttes italiennes de 1962 &#224; 1975 sont d'une part le fait des franges r&#233;cemment prol&#233;taris&#233;es de la jeunesse, d'individus issus du milieu rural du sud et que c'&#233;tait une r&#233;volte clamant : &#171; &lt;i&gt;vogliamo tutti&lt;/i&gt; &#187;, mais, d'autre part, concr&#232;tement, cela s'exprimait par des revendications touchant &lt;i&gt;tous les aspects du travail&lt;/i&gt;. Ce qui est d&#233;terminant, ce n'est pas seulement l'origine de cette fraction de la classe ouvri&#232;re, mais simultan&#233;ment son arriv&#233;e dans la &#171; grande usine &#187;, dans le quartier ouvrier, etc. Cette immigration &lt;i&gt;interne&lt;/i&gt; s'int&#232;gre (souvent conflictuellement) &#224; une classe ouvri&#232;re structurellement en contrat &#224; dur&#233;e ind&#233;termin&#233; avec un emploi stable. Les syst&#232;mes de protection sociale sont plus ou moins garantis et les syst&#232;mes institutionnels encadrant la force de travail (pour le meilleur et pour le pire) fonctionnent. S'il s'agit d'une remise en cause interne au programmatisme, c'est que ce dernier, dans cette premi&#232;re phase de la subsomption r&#233;elle, est li&#233; &#224; une &#171; classe ouvri&#232;re stable &#187;. Par &#171; classe ouvri&#232;re stable &#187;, nous n'entendons pas le parcours individuel de tel ou tel prol&#233;taire ni m&#234;me de fractions du prol&#233;tariat, mais des structures d'exploitation et de reproduction d&#233;finissant la force de travail. En outre si cette fraction de la classe ouvri&#232;re jeune et venue du sud est importante dans les luttes des ann&#233;es 1960, il ne faut pas pour autant en surestimer l'importance au point d'en faire l'unique et &lt;i&gt;ind&#233;pendant&lt;/i&gt; acteur de ces luttes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les ouvriers peuvent &#171; tout vouloir &#187;, mais &#171; tout vouloir &#187; &lt;i&gt;en tant qu'ouvrier&lt;/i&gt; : g&#233;n&#233;raliser leur condition, &#233;manciper le travail, s'approprier les moyens de production, devenir classe dominante, etc. La classe ouvri&#232;re peut tout vouloir et le programmatisme &#234;tre la forme et le contenu ad&#233;quat de cette affirmation totale d'&#234;tre la soci&#233;t&#233;. Ce qui s'est pass&#233; en Italie (comme en France au m&#234;me moment mais d'une autre mani&#232;re) ne se limite pas &#224; cela, loin de l&#224;, mais &#171; vouloir tout &#187; ce n'est pas automatiquement &#234;tre au-del&#224; du programmatisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les luttes italiennes de la fin des ann&#233;es 1960 et du d&#233;but des ann&#233;es 1970, l'auto-organisation et l'autonomie contiennent leur remise en cause &#224; l'int&#233;rieur d'elles-m&#234;mes avant de se figer et de devenir la simple expression de l'existence du prol&#233;tariat comme limite de sa propre lutte en tant que classe. L'autonomie et l'auto-organisation &#233;taient, sur la base d'une identit&#233; ouvri&#232;re confirm&#233;e &#224; l'int&#233;rieur de la reproduction du capital, la pointe extr&#234;me du cycle de luttes s'achevant dans les ann&#233;es 1970, comportant leur propre critique et remise en cause dans leur manifestation m&#234;me. Cependant, ces critiques et remise en cause ne peuvent &#234;tre d&#233;tach&#233;es de ce dont elles sont la critique et de ce qui est remis en cause.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Entre d'une part, cette frange ouvri&#232;re constitu&#233;e par les jeunes ouvriers lumpenis&#233;s venus du sud et r&#233;put&#233;s imperm&#233;ables aux vieilles traditions ouvri&#232;res et &#224; la valeur du travail et, d'autre part, la classe ouvri&#232;re traditionnelle du nord encore habit&#233;e par l'identit&#233; ouvri&#232;re, c'est l'incompr&#233;hension et la franche hostilit&#233;. C'est exact, mais le tableau r&#233;el est nettement plus complexe ; on ne s'affronte jamais que lorsque l'on s'implique. Les luttes de cette &#171; frange &#187; sont les limites et les impasses de l'identit&#233; ouvri&#232;re. On ne peut s&#233;parer les termes de cette fa&#231;on tranch&#233;e, comme si &#224; l'ancien s'opposait quelque chose de radicalement nouveau, comme si les deux &#233;l&#233;ments &#233;taient &#233;trangers l'un &#224; l'autre de telle sorte que l'un des termes, pris en lui-m&#234;me annoncerait ou serait m&#234;me d&#233;j&#224; de l'ordre de &lt;i&gt;l'au-del&#224; de la &#171; perspective classiste &#187;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les gr&#232;ves annon&#231;ant celles qui eurent lieu durant &#171; l'automne chaud &#187; viennent de loin, ce n'est pas une classe ouvri&#232;re toute novice qui entre sur sc&#232;ne en 1969. Les actions de cette classe ouvri&#232;re sont imbriqu&#233;es &#224; l'int&#233;rieur de la mise en place m&#234;me du fordisme en Italie, dans l'apr&#232;s-seconde guerre mondiale. En 1959, dans l'industrie m&#233;tallurgique et m&#233;canique du Nord, la base se bat pour l'interdiction des heures suppl&#233;mentaires et pour la prise en compte de cette revendication par les syndicats. Durant ce m&#234;me mouvement, les ouvriers imposent aux trois grands syndicats italiens l'organisation de piquets de gr&#232;ve communs. Les mouvements de base contre les heures suppl&#233;mentaires &#233;clatent dans les entreprises du Nord tout au long de l'ann&#233;e 1960. A Turin, d&#232;s 1960, Panzieri&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Raniero Panzieri (Rome, 1921 &#8211; Turin, 9 octobre 1964). Il milite d'abord (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; souligne que des assembl&#233;es de base contestent aux syndicats la direction de la lutte. Par ailleurs, durant l'&#233;t&#233; 1960, des &#233;meutes &#233;clatent en Italie &#224; la suite de l'autorisation donn&#233;e par le gouvernement au MSI (neo-fasciste) de tenir son congr&#232;s &#224; G&#234;nes, la &#171; citadelle ouvri&#232;re &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est la plus jeune g&#233;n&#233;ration d'ouvriers qui est la plus d&#233;termin&#233;e dans ces affrontements. Il faut alors constater que les jeunes ouvriers fra&#238;chement arriv&#233;s du Sud laissent douze d'entre eux morts lors de ces &#233;meutes pour d&#233;fendre une &#171; citadelle ouvri&#232;re &#187;. Si les affrontements sont si violents c'est que comme l'&#233;crit &lt;i&gt;Quaderni Rossi&lt;/i&gt; dans un texte fond&#233; sur des interviews d'ouvriers : &#171; le fascisme &#233;voque le spectre de la domination de classe dans sa forme la plus pure &#187;. Un ouvrier d&#233;clare : &#171; Pour moi le fascisme c'est le patron &#187;. Les &#171; nouveaux ouvriers &#187; que certaines analyses pr&#233;sentent comme &#171; &#233;trangers aux traditions du mouvement ouvrier &#187;, non seulement sont loin de signifier la fin de la lutte de classe, mais encore s'inscrivent &#224; l'int&#233;rieur d'une tradition ouvri&#232;re et d'une identit&#233; ouvri&#232;re qu'ils &lt;i&gt;mettent en crise sans la d&#233;passer&lt;/i&gt;. Aux d&#233;buts des ann&#233;es 1960, les premiers num&#233;ros de &lt;i&gt;Quaderni Rossi&lt;/i&gt; qui tentent de cerner la nouveaut&#233; de ces luttes sont publi&#233;s avec la coop&#233;ration des sections locales &#224; Turin et Milan de la CGIL. Cette classe ouvri&#232;re dite sans tradition n'appara&#238;t pas subitement en 1969, c'est elle que l'on retrouve dans les luttes les plus dures, d&#232;s le milieu des ann&#233;es 1950, dans les usines les plus modernes du nord de l'Italie, o&#249; elle accompagne la mise en place et le fonctionnement du fordisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces nouvelles formes et revendications sont intriqu&#233;es avec les organisations du mouvement ouvrier. C'est &#224; une &lt;i&gt;conf&#233;rence de la f&#233;d&#233;ration turinoise du PSI&lt;/i&gt;, au d&#233;but de 1961, qu'Alquati, qui anime les &lt;i&gt;Quaderni Rossi&lt;/i&gt;, pr&#233;sente &lt;i&gt;L'enqu&#234;te sur FIAT&lt;/i&gt; o&#249; il d&#233;fend l'id&#233;e selon laquelle les ouvriers tendent &#224; passer d'une critique de leur travail individuel &#224; une remise en question de la rationalit&#233; de la division du travail dans l'entreprise consid&#233;r&#233;e dans sa totalit&#233;. Contre l'organisation du travail, les critiques des ouvriers r&#233;v&#232;lent de l'int&#233;r&#234;t pour la question de la gestion ouvri&#232;re, &#171; m&#234;me si ces jeunes ouvriers n'ont jamais entendu cette expression &#187;, conclut-il. Cependant, quand de nouvelles gr&#232;ves sauvages &lt;i&gt;sans revendications&lt;/i&gt; &#233;clatent &#224; la FIAT en 1963, Alquati lui-m&#234;me revient sur ses analyses pr&#233;c&#233;dentes et, contre &lt;i&gt;la CGIL qui d&#233;fend une perspective autogestionnaire&lt;/i&gt;, il soutient qu'une telle perspective est maintenant destin&#233;e &#224; limiter la lutte des ouvriers contre l'organisation du travail en voulant la leur faire prendre en charge, donc en d&#233;fendant la neutralit&#233; de l'organisation de la &#171; grande usine &#187; et des forces productives.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les interrogations d'Alquati ne refl&#232;tent pas qu'une &#233;volution th&#233;orique personnelle (sa critique, &#224; ce moment l&#224;, des th&#232;ses de &lt;i&gt;Socialisme ou Barbarie&lt;/i&gt;), elles sont significatives des contradictions de la lutte de classe dans cette p&#233;riode. Une identit&#233; ouvri&#232;re forte, confirm&#233;e dans la reproduction du capital existe sur la base de la &#171; grande usine &#187;, de l'int&#233;gration de la reproduction de la force de travail dans le cycle propre du capital. Mais, &lt;i&gt;les raisons m&#234;mes qui la font exister lui interdisent imm&#233;diatement tout d&#233;but de r&#233;alisation, de passage &#224; l'effectivit&#233;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne suffit pas d'&#234;tre un jeune prol&#233;taire venu du Sud et lump&#233;nis&#233; pour &#234;tre la critique de la valeur travail et pour &#234;tre dans son action la remise en cause des &#171; valeurs ouvri&#232;res &#187;. Encore faut-il que la p&#233;riode de la lutte de classe soit celle de la crise du programmatisme, sinon une telle chose serait survenue en Lorraine &#224; l'arriv&#233;e des Polonais ou &#224; D&#233;troit &#224; l'arriv&#233;e des Pi&#233;montais. Cela signifie que l'action de cette frange ne peut &#234;tre comprise en elle-m&#234;me, elle n'est pas autor&#233;f&#233;rentielle, elle ne tient pas le sens de son action d'elle-m&#234;me mais de la situation d'ensemble de la lutte de classe dans laquelle elle est immerg&#233;e et dont elle ne fait qu'exprimer les limites et les impasses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le cycle de luttes suivant (le cycle de luttes actuel) n'est pas la victoire de ces &#233;l&#233;ments &#171; radicalement nouveaux &#187; par leur accession &#224; l'ind&#233;pendance. Si l'on peut parler avec raison de l'anti-ouvri&#233;risme de mai 68, on ne peut en parler sans parler simultan&#233;ment de son ouvri&#233;risme et de cet anti-ouvri&#233;risme comme une d&#233;termination interne, une contradiction interne, de &lt;i&gt;cet&lt;/i&gt; ouvri&#233;risme &#224; &lt;i&gt;cette&lt;/i&gt; &#233;poque. Cet anti-ouvri&#233;risme avec, en France, son discours post ou crypto-situ, ou, en Italie, son contenu &#171; transversaliste-alicien &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La revue A/traverso, fond&#233;e &#224; Bologne en 1976, disparait en ao&#251;t 1981 apr&#232;s (&#8230;)&#034; id=&#034;nh10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, dispara&#238;t en m&#234;me temps que ce dont il n'est que la critique comme d&#233;termination interne. Plus fondamentalement, le refus du travail des ann&#233;es 1960 ou du d&#233;but des ann&#233;es 1970 n'est pas le m&#234;me que celui des ann&#233;es 1990 ou 2000. Le premier se r&#233;sout dans l'action revendicative ou une s&#233;paration d'avec la condition ouvri&#232;re, le second est une attaque de tout ce qui d&#233;finit cette condition comme attaque de ce que l'on est. En trente ans, on passe de Bologne 1977 aux &#233;meutes des banlieues fran&#231;aises de 2005 et d'ailleurs...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La remise en cause du cadre hi&#233;rarchique par les revendications &#233;galitaires, le fait de bousculer le rapport entre avant-garde active et masse passive par les cort&#232;ges ouvriers, mais aussi l'affirmation &#171; nous avons tous les m&#234;mes besoins &#187;, ne sont rien d'autre que la lutte revendicative et sa perspective : l'&#233;mancipation du travail. Le livre de Giachetti et Scavino sur les luttes &#224; Turin raconte tout cela, et significativement le titre demeure : &#171; La FIAT &lt;i&gt;aux mains des ouvriers&lt;/i&gt; (c'est nous qui soulignons) &#187; (&#201;d. Les nuits rouges, 2005). Mais, contrairement aux Comit&#233;s de fabrique de 1920, ils n'avaient rien &#224; en faire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'O.S., qu'il soit du Sud ou du Nord de l'Italie, de Biskra ou de Ouarzazate, n'a rien &#224; prendre en charge, n'a rien &#224; g&#233;rer, et ce qui le justifie et le fait encore agir comme membre d'un grand mouvement ouvrier est la n&#233;gation m&#234;me de l'autonomie n&#233;cessaire au moindre d&#233;but de r&#233;alisation d'une quelconque affirmation de lui-m&#234;me en tant qu'ouvrier et d'&#233;mancipation du travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette contradiction interne au cours de la lutte de classe appara&#238;t en Italie d'une fa&#231;on bien concr&#232;te, &#224; partir du milieu des ann&#233;es 1960, dans l'extension des luttes en dehors de l'usine. D'une part, la figure centrale de la classe ouvri&#232;re italienne, celle par qui est structur&#233;e toute la lutte de classe, est celle du Triangle industriel Milan &#8211; Turin &#8211; G&#234;nes et, dans ce Triangle, principalement les ouvriers productifs des grandes entreprises. D'autre part, une telle concentration implique et n'existe que par la socialisation et la massification de la classe ouvri&#232;re au-del&#224; du proc&#232;s de production imm&#233;diat. La lutte ouvri&#232;re c'est aussi la ville, les transports, le logement, toute la vie sociale. En englobant toute la vie quotidienne, la lutte de classe devient un refus de la condition ouvri&#232;re, mais elle n'englobe toute la vie quotidienne &lt;i&gt;qu'&#224; partir de l'usine&lt;/i&gt;, cette extension m&#234;me n'existe que sous le leadership, la tutelle de l'ouvrier de la grande usine : Turin, c'&#233;tait FIAT. Ce mouvement contient en fait une contradiction entre d'une part la figure centrale de l'identit&#233; ouvri&#232;re, encore dominante et structurant la lutte de classe, &#224; partir de laquelle il existe et, d'autre part, la lutte sur l'ensemble de la reproduction qui ne peut alors donner tout ce qu'elle contient, c'est-&#224;-dire la remise en cause de la condition ouvri&#232;re elle-m&#234;me, du fait du premier terme. La lutte sur le salaire est le lieu qui est celui de cette contradiction, l&#224; o&#249; elle devient concr&#232;te. Ce que les &lt;i&gt;operaistes&lt;/i&gt;, dans une probl&#233;matique et une perspective programmatique, ont th&#233;oris&#233; comme &#171; salaire politique &#187; ou &#171; auto-valorisation de la classe ouvri&#232;re &#187; &#233;tait, comme pratique, comme lutte particuli&#232;re, cette contradiction o&#249;, &#224; partir de sa situation m&#234;me comme ouvrier et, &lt;i&gt;&#224; l'int&#233;rieur de celle-ci&lt;/i&gt;, &#233;tait remise en cause sa reproduction en tant que tel. &lt;i&gt;La revendication du pouvoir ouvrier dans l'usine coexiste avec le refus de vivre en dehors comme un ouvrier et d'&#234;tre employ&#233; comme ouvrier dans cette usine m&#234;me&lt;/i&gt;. La lutte de classe se d&#233;veloppe dans cette configuration hautement instable et contradictoire dans laquelle c'est &lt;i&gt;le travail&lt;/i&gt; qui se refuse &#224; fonctionner, dans le capitalisme, comme &lt;i&gt;force de travail&lt;/i&gt;. L'autonomie en est le r&#233;sultat et l'utopie pratique : exister pour soi &lt;i&gt;comme travail&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&lt;a id=&#034;__RefHeading___Toc6389_155729733&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
En Italie, Espagne et ailleurs, l'auto-organisation et ses impasses&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La lutte de classe &lt;i&gt;exprime&lt;/i&gt; mais ne d&#233;passe pas les limites et les impasses de l'ancien cycle de lutte, celui de l'identit&#233; ouvri&#232;re, de l'autonomie, de l'auto-organisation. &lt;i&gt;Le &#171; refus du travail &#187; et &#171; l'auto-n&#233;gation du prol&#233;tariat &#187;&lt;/i&gt; (voir plus loin)&lt;i&gt; furent les ultimes appellations id&#233;ologiques de ces limites&lt;/i&gt;. Il faut voir l'intrication entre les luttes d'OS en Italie et les Comit&#233; Unitaires de Base (CUB) qui naissent dans ces luttes et sont impuls&#233;s par elles. Grisoni et Portelli dans leur livre &lt;i&gt;Luttes ouvri&#232;res en Italie de 1960 &#224; 1976&lt;/i&gt; (&#201;d. Aubier-Montaigne) r&#233;sument ainsi les choses : &#171; La formulation est malheureuse nous ne devrions pas titrer &lt;i&gt;nouvelles formes de lutte&lt;/i&gt;, mais nouveaux organes de lutte. En effet, les formes de lutte en 68-69 d&#233;pendent &#233;troitement de l'apparition d'organes ouvriers autonomes qui ont permis le d&#233;veloppement de nouveaux types de lutte. L'auto-organisation ouvri&#232;re (puis populaire) sera le trait saillant et d&#233;cisif de cette p&#233;riode. Autour de lui se distribue l'ensemble de la nouveaut&#233; politique en mati&#232;re d'intervention, de gestion, et d'action directe. A travers 'l'automne chaud' et les mois qui le pr&#233;c&#233;d&#232;rent, s'est affirm&#233;e, confirm&#233;e et renforc&#233;e l'autonomie ouvri&#232;re, c'est-&#224;-dire la capacit&#233; des travailleurs &#224; &#233;laborer leurs propres revendications, d'une part, et de l'autre, &#224; inventer, g&#233;rer, et organiser leurs propres modes d'intervention. La suite montrera que cette capacit&#233; a &#233;t&#233;, pour l'essentiel, &lt;i&gt;r&#233;cup&#233;r&#233;e par les organisations traditionnelles et utilis&#233;e pour leur compte comme force dynamique de transformation&lt;/i&gt; (soulign&#233; par nous). &#187; (&lt;i&gt;op&lt;/i&gt;. &lt;i&gt;cit&lt;/i&gt;., p.127). A propos des CUB, les auteurs poursuivent : &#171; Les CUB seront certainement la structure la plus originale en la mati&#232;re. Ils se sont d&#233;velopp&#233;s dans de nombreuses usines et ont acquis un solide enracinement ouvrier, pr&#233;figurant peut-&#234;tre, aux yeux des travailleurs, les premiers germes de la mise en &#339;uvre d'un pouvoir qu'ils avaient conscience de poss&#233;der mais n'avaient jamais pu exercer. &#187; (&lt;i&gt;idem&lt;/i&gt;, p.130).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, les secteurs ouvriers en lutte ont &#233;t&#233; incapables de cr&#233;er une assembl&#233;e unitaire et le mouvement a &#233;t&#233; r&#233;cup&#233;r&#233; par la CGIL et ses &#171; comit&#233;s d'atelier &#187;. L'&#233;chec ne tient pas &#224; un probl&#232;me ou &#224; un manque d'organisation, mais au fait que cette organisation ne d&#233;passe pas le processus d'affirmation ouvri&#232;re et en cela, dans cette fin des ann&#233;es 1960, &#224; la diff&#233;rence des ann&#233;es 1920, il implique &lt;i&gt;de lui-m&#234;me&lt;/i&gt; sa &#171; r&#233;cup&#233;ration &#187;. En effet, depuis les ann&#233;es 1920, la subsomption r&#233;elle est pass&#233;e par l&#224;. Si l'autonomie ne parvient pas au bout d'elle-m&#234;me, ne serait-ce qu'organisationnellement, c'est &#224; son contenu qu'elle le doit. Le probl&#232;me g&#233;n&#233;ral de cette p&#233;riode, &#224; la diff&#233;rence des ann&#233;es 1920, est pr&#233;cis&#233;ment dans le fait que, de par son contenu, l'autonomie implique sa r&#233;cup&#233;ration et qu'opposer la &#171; vraie &#187; autonomie &#224; l'autonomie &#171; r&#233;cup&#233;r&#233;e &#187; ne m&#232;ne &#224; rien. Le mouvement dit des &#171; autoconvocations &#187; en Italie en 1984 montre pr&#233;cis&#233;ment la scl&#233;rose de l'autonomie dans la d&#233;fense d'une &#171; composition de classe &#187; que la restructuration a d&#233;j&#224; largement boulevers&#233;e&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Durant l'hiver 1983-1984, un mouvement de gr&#232;ves spontan&#233;es impuls&#233;es par la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A la fin des ann&#233;es 1970, la persistance de l'appellation &lt;i&gt;Autonomie&lt;/i&gt; n'indique plus que le d&#233;calage entre la repr&#233;sentation id&#233;ologique et le niveau r&#233;ellement atteint par le mouvement. A Bologne, et ailleurs en Italie en 1977, l'usine n'est plus le centre de la lutte qui se situe au niveau de la reproduction d'ensemble du rapport social capitaliste. L'affrontement avec l'&#201;tat s'effectue au-del&#224; d'une probl&#233;matique de prise de pouvoir. Cependant, le discours est toujours celui d'une perspective d'affirmation ouvri&#232;re comportant sa remise en cause. Le mouvement se fracture entre secteurs &#171; privil&#233;gi&#233;s &#187; et pr&#233;caires, et se perd dans la critique de la vie quotidienne. Dans les ann&#233;es qui suivent, partout, l'auto-organisation devient purement et simplement une limite incontournable et n&#233;cessaire de la lutte de classe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;L'autonomie ne peut &#234;tre que programmatique&lt;/i&gt;, parce qu'elle est par nature l'autonomie &lt;i&gt;ouvri&#232;re&lt;/i&gt;. &lt;i&gt;Le mouvement de 1969 est toujours un mouvement d'affirmation du prol&#233;tariat et d'&#233;mancipation du travail. C'est sa caract&#233;risation dominante, ce n'est que dans cette caract&#233;risation dominante et &#224; partir d'elle que l'on peut comprendre ce qui alors en elle est sa remise en cause, son impossibilit&#233;&lt;/i&gt;. Ce sont ces m&#234;mes OS qui sabotent et organisent les d&#233;fil&#233;s qui se regroupent dans les CUB comme &#224; Pirelli ou se retrouvent &#224; l'Assembl&#233;e ouvriers-&#233;tudiants de Turin. C'est cette situation qui fait toute l'originalit&#233; et l'importance tant historique que th&#233;orique de cette p&#233;riode.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est le capital qui a g&#233;n&#233;ralis&#233; la condition de prol&#233;taire et ce dernier n'a rien &#224; lib&#233;rer, rien &#224; g&#233;rer, rien &#224; prendre en charge. Cependant, dans le m&#234;me mouvement, &lt;i&gt;dans sa reproduction&lt;/i&gt;, le capital lui conf&#232;re une existence pour lui-m&#234;me bien rep&#233;rable comme force collective et sociale l&#233;gitim&#233;e par la reproduction m&#234;me du capital &#224; lui contester la d&#233;finition de la soci&#233;t&#233;. L&#224; est, dans ses propres termes, l'impossibilit&#233; du programmatisme dans cette &#233;poque : ses vell&#233;it&#233;s d'existence, sa liaison essentielle avec le syndicalisme. Son &#233;chec existe dans sa condition d'existence. Durant toute cette p&#233;riode le programmatisme et sa critique sont intriqu&#233;s. Ce n'est qu'&#224; la condition que la contradiction entre le prol&#233;tariat et le capital comporte la production et reproduction d'une identit&#233; ouvri&#232;re que le capital lui-m&#234;me produit et confirme, dans sa propre reproduction, que la lutte du prol&#233;tariat peut avoir pour contenu, dans sa contradiction avec le capital en subsomption r&#233;elle, sa propre affirmation et l'&#233;mancipation du travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme nous l'avons vu, le principe de l'autonomie ouvri&#232;re, d&#233;fendu par la Gauche germano-hollandaise depuis les ann&#233;es 1920, tant comme pratique que comme th&#233;orie, est une crise de l'affirmation du prol&#233;tariat, disons une crise du programmatisme classique. En effet, dans l'autonomie, le processus r&#233;volutionnaire se situe en opposition, en rupture, avec toutes les m&#233;diations menant de la classe telle qu'elle est dans le mode de production capitaliste &#224; la r&#233;volution par transcroissance, mont&#233;e en puissance de la classe dans ce mode de production. Dans la dynamique autonome, la r&#233;volution r&#233;side dans toutes les pratiques du prol&#233;tariat pouvant manifester une rupture avec l'int&#233;gration et la d&#233;fense de sa condition &#224; l'int&#233;rieur de la reproduction du capital. Comme on le verra plus loin, l'auto-n&#233;gation du prol&#233;tariat ou &#224; l'extr&#234;me l'abandon de toute perspective classiste sont alors l'aboutissement id&#233;ologique de cette rupture, l'aboutissement de l'autonomie et de l'auto-organisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme l'avait annonc&#233; le mouvement des autoconvocations en Italie, en France, &#224; partir des coordinations cheminotes de 1986, l'auto-organisation devient la forme dominante de toutes les luttes, elle n'est plus rupture d'avec toutes les m&#233;diations par lesquelles la classe serait une classe du mode de production (rupture lib&#233;rant sa nature r&#233;volutionnaire), elle n'est plus qu'une forme radicale du syndicalisme. Toute lutte revendicative de quelque ampleur ou de quelque intensit&#233; est maintenant auto-organis&#233;e et autonome. Auto-organisation et autonomie sont devenues un simple moment du syndicalisme. L'auto-organisation et l'autonomie sont l'ultime id&#233;ologie programmatique sous laquelle op&#232;re une sorte de syndicalisme radical &#224; laquelle se r&#233;sume au mieux la plupart des th&#233;ories et pratiques r&#233;volutionnaires en circulation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De m&#234;me en Pologne, durant les &#233;meutes et gr&#232;ves de 1970, il n'existe aucune tentative gestionnaire. En revanche, en 1979 / 1980, apparaissent quelques balbutiements de volont&#233; de gestion ouvri&#232;re ou de &#171; contr&#244;le ouvrier &#187; et, dans &lt;i&gt;Solidarit&#233;&lt;/i&gt;, se forme une tendance dite &#171; autogestionnaire &#187; qui se scinde elle-m&#234;me en gauchistes et majoritaires. Les premiers amen&#233;s par Staniszki sont pour l'auto-organisation &#224; la base et font de la propagande sur le th&#232;me de l'autogestion. Les seconds, men&#233;s par Milewski, d&#233;veloppent le th&#232;me des &#171; travailleurs g&#233;rants &#187; (et non pas propri&#233;taires), contre la nomenklatura, ils sont pour l'autogestion de toutes les activit&#233;s sociales &lt;i&gt;sur la base des organisations syndicales&lt;/i&gt;. Une telle perspective trouve naturellement sa place &lt;i&gt;&#224; l'int&#233;rieur du syndicat&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec le mouvement des Assembl&#233;es en Espagne (1976-1977-1978), on peut dire que l&#224; aussi le mouvement autonome des travailleurs et l'auto-organisation se placent imm&#233;diatement en articulation avec le probl&#232;me de la place et de l'organisation du syndicalisme, m&#234;me s'il s'agit de la CNT (qui conna&#238;t &#224; ce moment l&#224; son grand d&#233;bat sur &#171; syndicat de masse &#187; ou &#171; syndicat d'action directe &#187;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A La Roca, c'est sur la question de la repr&#233;sentativit&#233; des d&#233;l&#233;gu&#233;s que le conflit &#233;clate. Le patronat refuse de reconna&#238;tre la repr&#233;sentativit&#233; des d&#233;l&#233;gu&#233;s &#233;lus en Assembl&#233;e qui avaient exig&#233; que tous les d&#233;l&#233;gu&#233;s d&#233;missionnent de leurs responsabilit&#233;s dans le syndicat officiel. Mais, apr&#232;s 95 jours de gr&#232;ve et l'&#233;chec des tentatives de cr&#233;er une &#171; solidarit&#233; active &#187;, La Roca demeurait une exception au c&#339;ur du Bajo Llobregat o&#249; vivait et travaillait un prol&#233;tariat respectueux de la strat&#233;gie syndicale du courant majoritaire des Commissions Ouvri&#232;res. Cette articulation avec le syndicalisme ne doit pas faire dispara&#238;tre le fait que le mouvement auto-organis&#233; des Assembl&#233;es s'est tr&#232;s souvent d&#233;velopp&#233; dans une nette confrontation avec les syndicats. Cependant si l'on regarde &#224; La Roca ou &#224; Vitoria le contenu de l'affrontement entre mouvement auto-organis&#233; et syndicats, on s'aper&#231;oit qu'il porte sur l'extension de la gr&#232;ve, sur sa &#171; popularisation &#187;. On retrouve le m&#234;me rapport dans la gr&#232;ve de la m&#233;tallurgie &#224; Sabadell : confront&#233;s &#224; l'initiative de la base ouvri&#232;re, les syndicats acceptent le recours &#224; l'Assembl&#233;e. Mais, en m&#234;me temps, ils r&#233;ussissent &#224; pr&#233;server l'autonomie bureaucratique des organes dirigeants de la gr&#232;ve (Assembl&#233;e de d&#233;l&#233;gu&#233;s) par rapport &#224; cette masse d'ouvriers militants. Il n'y avait pas un r&#233;el contr&#244;le de la base ouvri&#232;re sur l'Assembl&#233;e des d&#233;l&#233;gu&#233;s et sur la Commission repr&#233;sentative charg&#233;e de n&#233;gocier. Cette s&#233;paration et l'incapacit&#233; des travailleurs &#224; la surmonter en assurant eux-m&#234;mes la direction de la lutte permirent aux CCOO et &#224; l'USO de s'opposer aux appels &#224; la g&#233;n&#233;ralisation de la gr&#232;ve et de condamner la formation de piquets de gr&#232;ve.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'articulation imm&#233;diate du mouvement des assembl&#233;es lui-m&#234;me avec les syndicats n'est que le corollaire de la propre faiblesse de ses enjeux en tant que mouvement d'auto-organisation ouvri&#232;re. En 1978, les &#233;lections syndicales permirent de combler le vide laiss&#233; dans les usines par la dislocation des syndicats verticaux (franquistes). Ce qui &#233;claire a posteriori le mouvement des Assembl&#233;es lui-m&#234;me en tant que moment particulier de cette recomposition syndicale qui accompagne tout le mouvement. L'ensemble du mouvement des Assembl&#233;es se trouve confront&#233; &#224; une reprise en main syndicale (y compris de la part de la CNT qui &#233;limine ses &#171; conseillistes &#187; et autres &#171; spontan&#233;istes &#187;) car il s'est lui-m&#234;me, en pratique, constamment articul&#233; avec le probl&#232;me syndical en Espagne, dans la p&#233;riode 1976 / 1977. Contrairement aux apparences, l'auto-organisation, en tant que forme et contenu des luttes, fut extr&#234;mement faible. Le mouvement des Assembl&#233;es s'est constamment pos&#233; pratiquement le probl&#232;me du syndicalisme et non de l'autonomie par rapport aux syndicats, laissant les mains libres aux syndicats pour n&#233;gocier, ou pour agir quand l'usine est trop grande. Il para&#238;t &#233;vident en Espagne que l'appartenance de l'auto-organisation &lt;i&gt;comme perspective r&#233;volutionnaire&lt;/i&gt; &#224; une &#233;poque r&#233;volue ne laisse plus &#224; ses partisans le choix qu'entre la r&#233;cup&#233;ration manipulatrice (CNT) ou l'incantation (groupe &lt;i&gt;Bicicleta&lt;/i&gt; de Madrid ou &lt;i&gt;Autonomie ouvri&#232;re&lt;/i&gt; de Vigo).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La lutte de Vitoria (janvier-mars1976) est de nature l&#233;g&#232;rement diff&#233;rente. &#171; Vitoria a &#233;t&#233; dans ces mois de janvier &#224; mars 1976, une grande &#233;cole d'unit&#233; et de solidarit&#233; ouvri&#232;re, mais surtout, Vitoria a repr&#233;sent&#233; pour le reste de la classe travailleuse un mouvement qui a apport&#233; des id&#233;es nouvelles dans les sch&#233;mas d'organisation (&#8230;) dans le contenu politique des luttes ouvri&#232;res ; (&#8230;) les structures politiques qui sont apparues ici d&#233;passaient les projets orthodoxes du syndicalisme traditionnel. L'assembl&#233;e ouvri&#232;re &#233;lit ses repr&#233;sentants et peut les r&#233;voquer (&#8230;). La lutte y fut essentiellement politique : la classe ouvri&#232;re en fut consciente et elle a pos&#233; un rapport de pouvoir &#224; pouvoir. Peu apr&#232;s que les conflits eussent commenc&#233;, les positions strictement &#233;conomique &#233;taient d&#233;j&#224; d&#233;pass&#233;es (&#8230;) On est all&#233; jusqu'&#224; refuser des solutions particuli&#232;res pour chaque usine. Des Assembl&#233;es d'usine se tenaient dans les &#233;glises et dans les quartiers ouvriers ; des Assembl&#233;es de femmes et de quartiers prolif&#233;raient aussi. A un moment donn&#233;, on est arriv&#233; &#224; une situation o&#249; tout le peuple &#233;tait organis&#233; en Assembl&#233;es, dans une d&#233;mocratie de type totalement diff&#233;rent de la d&#233;mocratie bourgeoise formelle. (&#8230;) Il fut cr&#233;&#233; un &#233;norme r&#233;seau d'organisations de base &#8211; Assembl&#233;es d'usines, interentreprises, groupes de femmes, r&#233;unions de quartiers&#8230;, etc. &#8211; le tout embrassant l'ensemble de la vie sociale dans une ville moderne (&#8230;) Le processus d&#233;clenchant finalement la r&#233;pression brutale de l'&#201;tat capitaliste (quatre morts, plusieurs bless&#233;s, innombrables arrestations et licenciements). &#187; (&lt;i&gt;Spartacus&lt;/i&gt;, n&#176; 7). Dans le cas de la lutte de Vitoria, on est bien dans le cadre de l'auto-organisation ouvri&#232;re qui irrigue l'ensemble de la soci&#233;t&#233;. Mais si elle ne se d&#233;passe pas en tant que telle, l'auto-organisation &lt;i&gt;ouvri&#232;re&lt;/i&gt;, qui pose la question du pouvoir et de la reproduction d'ensemble du rapport social, se trouve renvoy&#233;e &#224; une existence de pouvoir alternatif. La g&#233;n&#233;ralisation de l'auto-organisation ouvri&#232;re devient pouvoir alternatif particulier et ne peut &#234;tre qu'irr&#233;m&#233;diablement battue. La lutte de Vitoria montre le moment du point de bascule entre l'auto-organisation avec son &#233;chec n&#233;cessaire et son d&#233;passement en mesures communisatrices. Il ne peut plus y avoir de perspective sociale ouvri&#232;re de &#171; double pouvoir &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au Portugal en 1974, si les luttes ouvri&#232;res et paysannes n'ont jamais remis en cause la circulation de l'argent, ni l'existence et le r&#244;le de l'&#201;tat (au contraire, les salari&#233;s se tournaient vers lui), les r&#233;cup&#233;rations d'entreprises furent tr&#232;s nombreuses, le plus souvent dans des industries pauvres, de technologie simple, employant une main-d'&#339;uvre peu qualifi&#233;e. En g&#233;n&#233;ral, ces occupations r&#233;pondaient &#224; une d&#233;claration de faillite, r&#233;elle ou fictive, &#224; la fermeture de l'entreprise par son propri&#233;taire. Cela ne signifie pas que ces mouvements sont sans importance ou qu'ils appartiennent au pass&#233;, comme le montre l'Argentine au d&#233;but des ann&#233;es 2000. Il ne s'agit pas d'invoquer la limite de ces mouvements en disant qu'ils n'ont pas aboli l'&#233;change et l'argent, on ne peut pas leur reprocher de ne pas faire ce qu'ils ne peuvent pas, par nature, faire. Comme ailleurs, le trait essentiel est bien, pour ces mouvements de se tourner imm&#233;diatement vers l'&#201;tat qui les &#233;limine plus ou moins pacifiquement d&#232;s qu'il s'est &#224; nouveau stabilis&#233;. C'est l&#224; que se situe l'essentiel de l'impossibilit&#233; de ces mouvements et de la manifestation de leurs limites si on les compare avec les ann&#233;es 1920 ou m&#234;me avec l'Espagne de 1936 / 1937. Ce type de mouvement peut toujours &#234;tre pr&#233;sent tout au long de la p&#233;riode actuelle mais ils ont irr&#233;m&#233;diablement perdu leur &#171; nature &#187; de perspective r&#233;volutionnaire. De m&#234;me, en Argentine, en 2002, les ouvriers sont rest&#233;s des ouvriers, les entreprises des entreprises, les marchandises des marchandises, &lt;i&gt;etc&lt;/i&gt;. M&#234;me &#171; r&#233;alis&#233; &#187;, le mythe de l'autogestion g&#233;n&#233;ralis&#233;e ayant &#171; aboli l'&#201;tat et la domination de la classe capitaliste &#187; ne serait toujours que la gestion des entreprises - de toutes les entreprises - et de leur liaison, de leurs &#233;changes, d'o&#249; rena&#238;traient la valeur et l'&#201;tat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis les ann&#233;es 68, et encore plus maintenant, il ne s'agit pas de dire que l'auto-organisation ou m&#234;me les tentatives de gestion ouvri&#232;re n'existent plus, mais il importe de faire ressortir des luttes de classe &lt;i&gt;telles qu'elles sont&lt;/i&gt; que l'autonomie et l'auto-organisation sont le premier acte de la r&#233;volution, mais que la suite s'effectue contre elles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'autonomie, comme perspective r&#233;volutionnaire se r&#233;alisant au travers de l'auto-organisation, est paradoxalement ins&#233;parable d'une classe ouvri&#232;re stable, bien rep&#233;rable &#224; la surface m&#234;me de la reproduction du capital, confort&#233;e dans ses limites et sa d&#233;finition par cette reproduction et reconnue en elle comme un interlocuteur l&#233;gitime. Elle est la pratique, la th&#233;orie et le projet r&#233;volutionnaires de l'&#233;poque du &#171; fordisme &#187;. Son sujet est l'ouvrier et elle suppose que la r&#233;volution communiste est sa lib&#233;ration, celle du travail productif. Elle suppose que les luttes revendicatives sont le marchepied de la r&#233;volution et qu'&#224; l'int&#233;rieur du rapport d'exploitation le capital reproduise et confirme une identit&#233; ouvri&#232;re. Tout cela a perdu tout fondement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne peut parler d'autonomie que si la classe ouvri&#232;re est capable de se rapporter &#224; elle-m&#234;me contre le capital et de trouver dans ce rapport &#224; soi les bases et la capacit&#233; de son affirmation comme classe dominante. L'autonomie suppose que la d&#233;finition de la classe ouvri&#232;re n'est pas un rapport mais lui est inh&#233;rente. Il s'agissait de la &lt;i&gt;formalisation de ce que l'on est dans la soci&#233;t&#233; actuelle comme base de la soci&#233;t&#233; nouvelle &#224; construire en tant que lib&#233;ration de ce que l'on est.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De la fin de la Premi&#232;re Guerre mondiale jusqu'au d&#233;but des ann&#233;es 1970, l'autonomie et l'auto-organisation n'&#233;taient pas simplement la gr&#232;ve sauvage et un rapport plus ou moins conflictuel avec les syndicats. L'autonomie &#233;tait le projet d'un processus r&#233;volutionnaire allant de l'auto-organisation &#224; l'affirmation du prol&#233;tariat comme classe dominante de la soci&#233;t&#233;, au travers de la lib&#233;ration et de l'affirmation du travail comme organisation de la soci&#233;t&#233;. En d&#233;gageant la &#171; v&#233;ritable situation &#187; de la classe ouvri&#232;re de son int&#233;gration dans le mode production capitaliste, repr&#233;sent&#233;e par toutes les institutions politiques et syndicales, l'autonomie &#233;tait la r&#233;volution en marche, la r&#233;volution &lt;i&gt;potentielle&lt;/i&gt;. Si cela &#233;tait explicitement le propos de l'ultragauche, ce n'&#233;tait pas qu'une id&#233;ologie. L'ultragauche, les forces syndicales, les grands partis communistes, les puissantes socil-d&#233;mocraties ont appartenu au &lt;i&gt;m&#234;me monde,&lt;/i&gt; celui du mouvement ouvrier, de la r&#233;volution comme affirmation de la classe. L'affirmation de l'&#234;tre v&#233;ritablement r&#233;volutionnaire qui se manifestait dans l'autonomie n'aurait pu avoir le moindre d&#233;but de r&#233;alit&#233; s'il n'avait pas &#233;t&#233; le &#171; bon c&#244;t&#233; d&#233;sali&#233;n&#233; &#187; de la m&#234;me r&#233;alit&#233; qui vivait dans un puissant mouvement ouvrier &#171; encadrant &#187; la classe. Le mouvement ouvrier &#233;tait lui aussi la garantie de l'ind&#233;pendance de la classe pr&#234;te &#224; r&#233;organiser le monde &#224; son image, il suffisait de r&#233;v&#233;ler &#224; cette puissance sa v&#233;ritable nature, en la d&#233;bureaucratisant, en la d&#233;sali&#233;nant. Il n'&#233;tait pas rare que les ouvriers passent de la constitution, n&#233;cessairement &#233;ph&#233;m&#232;re, d'organisations autonomes de luttes &#224; l'univers parall&#232;le du stalinisme triomphant ou, en Europe du Nord, dans le giron de puissants syndicats. Autonomie et mouvement ouvrier se nourrissaient et se confortaient mutuellement. Le dirigeant stalinien &#233;tait peut-&#234;tre &#171; le pendant ouvrier du patron de droit divin &#187;, mais il &#233;tait aussi le pendant &lt;i&gt;institutionnel&lt;/i&gt; de l'autonomie. &lt;i&gt;L'auto-organisation comme th&#233;orie r&#233;volutionnaire avait un sens dans les conditions exactement &lt;/i&gt;&lt;i&gt;identiques &#224; celles qui structuraient le &#171; vieux mouvement ouvrier &#187;&lt;/i&gt;. L'auto-organisation c'est la lutte auto-organis&#233;e &lt;i&gt;acvec son prolongement n&#233;cessaire &lt;/i&gt;l'auto-organisation des producteurs, en un mot le travail lib&#233;r&#233;, en un mot encore, la valeur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien au contraire, actuellement, dans chacune de ses luttes, le prol&#233;tariat voit son existence comme classe s'objectiver dans la reproduction du capital comme quelque chose qui lui est &#233;tranger et que, dans sa lutte, il peut &#234;tre amen&#233; &#224; remettre en cause. Dans l'activit&#233; du prol&#233;tariat, &#234;tre une classe devient une contrainte ext&#233;rieure objectiv&#233;e dans le capital : &#234;tre une classe devient l'obstacle que sa lutte en tant que classe doit franchir. Cet obstacle poss&#232;de une r&#233;alit&#233; claire et facilement rep&#233;rable, c'est &lt;i&gt;l'auto-organisation&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;l'autonomie&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne peut parler d'autonomie que si la classe ouvri&#232;re est capable de se rapporter &#224; elle-m&#234;me contre le capital et de trouver dans ce rapport &#224; soi les bases et la capacit&#233; de son affirmation comme classe dominante. L'autonomie suppose que la d&#233;finition de la classe ouvri&#232;re n'est pas un rapport mais lui est inh&#233;rente. Il s'agissait de la &lt;i&gt;formalisation de ce que l'on est dans la soci&#233;t&#233; actuelle comme base de la soci&#233;t&#233; nouvelle &#224; construire en tant que lib&#233;ration de ce que l'on est&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034; id='L-OBSOLESCENCE-DE-L-ULTRAGAUCHE-ET-LE-COURS-CHAOTIQUE-DES-RUPTURES-THEORIQUES'&gt;
&lt;a id=&#034;__RefHeading___Toc6391_155729733&#034;&gt;&lt;/a&gt;
L'OBSOLESCENCE DE L'ULTRAGAUCHE ET LE COURS CHAOTIQUE DES RUPTURES TH&#201;ORIQUES&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le mouvement de 1968 en France a tout contest&#233; sans aller au-del&#224; de l'exigence du &#171; pouvoir aux travailleurs &#187;. Les vieux slogans de la gestion ouvri&#232;re ont ressurgi, m&#234;l&#233;s &#224; ceux plus modernes des &#171; situs &#187; qui, dans une expression parfaite de la situation, exaltaient &lt;i&gt;&#224; la fois&lt;/i&gt; le pouvoir ouvrier et le refus du travail ! Les gr&#232;ves sauvages se sont ensuite multipli&#233;es dans plusieurs pays d&#233;velopp&#233;s. Mais la tendance gestionnaire d'autres gr&#232;ves, celles-l&#224; bien encadr&#233;es par les syndicats (comme celle de Lip&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le 17 avril 1973, les ouvriers de l'entreprise d'horlogerie Lip &#224; Besan&#231;on (&#8230;)&#034; id=&#034;nh12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;), indiquait &#224; l'&#233;vidence la n&#233;cessit&#233; d'une clarification du contenu de la r&#233;volution. La propagande autogestionnaire ou conseilliste &#233;tait plus que jamais &#224; c&#244;t&#233; de la question. L'autogestion rassemble tous les travailleurs comme salari&#233;s et reproduit donc toutes les cat&#233;gories du capital, celui-ci est mat&#233;rialis&#233; dans les structures de la machinerie, dans l'habitat, dans les familles &#233;triqu&#233;es, etc. Une autogestion g&#233;n&#233;ralis&#233;e signifierait donc une acceptation g&#233;n&#233;ralis&#233;e du capitalisme. Il apparait que c'&#233;tait l'&#233;conomie qu'il s'agissait de d&#233;truire, on commen&#231;a &#224; parler de communisation qui si elle ne se fait pas en un jour, d&#232;s le d&#233;but est la prise de mesures communistes irr&#233;versibles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme on l'a vu, la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale de Mai n'a pas cr&#233;&#233; d'organes sp&#233;cifiques ressemblant m&#234;me de loin &#224; cette mythique &#171; forme enfin trouv&#233;e de l'&#233;mancipation du prol&#233;tariat &#187; : elle n'a cr&#233;&#233; ni des organes communaux, ni des organes d'entreprise de sa dictature. De plus, les gr&#232;ves sauvages, parfois sans revendications, qui se multipliaient aux &#201;tats-Unis et en Europe occidentale ne manifestaient pas une tendance bien nette des travailleurs &#224; prendre en mains la production. Sous la subsomption r&#233;elle du capital dispara&#238;t toute perspective autogestionnaire. La conscience d'ouvrier ou de producteur de valeurs d'usage disparait sous la conscience de prol&#233;taire ou de producteur de plus-value. La r&#233;alit&#233; historique des conseils &#233;tait devenue id&#233;ologie dans l'interpr&#233;tation conseilliste faisant de l'organisation des travailleurs dans et &#224; partir de l'entreprise la destruction des rapports de production capitalistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les conseillistes continuaient pourtant &#224; opposer la gestion ouvri&#232;re &#224; la gestion capitaliste, sans se demander si ces deux formes si oppos&#233;es en apparence n'ont pas en r&#233;alit&#233; le m&#234;me contenu : la non-abolition du travail salari&#233;, de l'&#233;change, et de la m&#233;diation politique, c'est-&#224;-dire la reproduction du rapport d'exploitation. Pour eux, l'autonomie des luttes ouvri&#232;res, l'auto-organisation des travailleurs en dehors des syndicats et contre eux, &#233;tait le crit&#232;re suffisant pour d&#233;cider si les luttes allaient ou non dans le bon sens : celui de l'arrachement &#224; la classe capitaliste de l'appareil productif et de la mise en place, &#224; travers la construction du pouvoir international des Conseils, de la gestion ouvri&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Il fallut donc reprendre toutes ces questions &#224; la base&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pannekoek et tous les th&#233;oriciens de r&#233;f&#233;rence de l'Ultragauche avaient substitu&#233; &#224; l'encadrement du prol&#233;tariat par le parti son auto-&#233;ducation dans la lutte historique, r&#233;duisant ainsi le processus de caducit&#233; de la valeur, la contradiction en proc&#232;s qu'est le d&#233;veloppement du capital, &#224; une accumulation d'exp&#233;riences du prol&#233;tariat se rapprochant tant&#244;t &#224; petits pas et tant&#244;ts par bonds de son essence r&#233;volutionnaire postul&#233;e. Malgr&#233; cette opposition constante des conseillistes &#224; la conception l&#233;niniste du parti, leur perspective restait &#233;galement programmatique, puisqu'il y avait toujours une nature r&#233;volutionnaire du prol&#233;tariat ainsi qu'une reprise prol&#233;tarienne du d&#233;veloppement et des cat&#233;gories du capital.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, ce d&#233;gagement des apories de l'ultragauche qui commence, en France, dans la foul&#233;e de Mai 68 reprend la formule &#233;sot&#233;rique de Marx affirmant que &#171; le prol&#233;tariat est r&#233;volutionnaire ou n'est rien &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cette formule est abondamment reprise en dehors de son contexte pour dire (&#8230;)&#034; id=&#034;nh13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Le &lt;i&gt;prol&#233;tariat&lt;/i&gt; se manifestant seulement dans les moments de possible rupture &#233;tait distingu&#233;, dans une solution de continuit&#233;, de la force de travail ou de la &lt;i&gt;classe ouvri&#232;re&lt;/i&gt; normalement soumise au capital. C'est au travers d'une cascade de probl&#232;mes th&#233;oriques, chaque solution se r&#233;v&#233;lant &#234;tre une nouvelle question qu'&#233;mergea pleinement la th&#233;orie de la r&#233;volution comme communisation, c'est-&#224;-dire autrement que &lt;i&gt;le projet ahistorique et normatif qu'elle fut d'abord &lt;/i&gt;(la vraie nature enfin r&#233;v&#233;l&#233;e de la r&#233;volution et du communisme).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&lt;a id=&#034;__RefHeading___Toc6393_155729733&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Communisme par impossibilit&#233; et humanisme&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&lt;a id=&#034;__RefHeading___Toc5144_1157974120&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
(classe ouvri&#232;re et prol&#233;tariat)&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la d&#233;composition de tout ce cycle historique pour lequel la r&#233;volution &#233;tait la mont&#233;e en puissance de la classe ouvri&#232;re et son affirmation comme classe dominante, s'imposait comme une &#233;vidence que la r&#233;volution devait &#234;tre l'abolition de toutes les classes, c'est-&#224;-dire fondamentalement la n&#233;gation du prol&#233;tariat par lui-m&#234;me. Mais, l'impossibilit&#233; du programmatisme a d'abord &#233;t&#233; imm&#233;diatement et spontan&#233;ment identifi&#233;e avec l'abolition du capital et de toutes les classes. Les manifestations de l'impossibilit&#233; de l'affirmation devenaient &lt;i&gt;ipso facto&lt;/i&gt; la r&#233;volution comme d&#233;passement de toutes les classes. Le communisme n'&#233;tait plus qu'une &#171; solution &#187; par impossibilit&#233; : impossibilit&#233; de l'affirmation du prol&#233;tariat identifi&#233;e imm&#233;diatement &#224; la n&#233;gation du prol&#233;tariat par lui-m&#234;me ; impossibilit&#233; pour le capital &#224; se d&#233;barrasser de la valeur identifi&#233;e imm&#233;diatement &#224; la capacit&#233; du prol&#233;tariat &#224; le faire. Dans ce dispositif th&#233;orique, quand il s'agissait de la classe ouvri&#232;re, il ne pouvait &#234;tre question de r&#233;volution et quand il s'agissait de r&#233;volution, il ne pouvait &#234;tre question de la classe ouvri&#232;re, d'o&#249; la &#171; trouvaille th&#233;orique &#187; de la classe ouvri&#232;re &lt;i&gt;et&lt;/i&gt; du prol&#233;tariat, consistant &#224; opposer classe ouvri&#232;re (capital variable) et prol&#233;tariat (irreproductibilit&#233; r&#233;volutionnaire). Une fois distingu&#233; et m&#234;me oppos&#233; ce qui fait du prol&#233;tariat une classe de ce mode de production et ce qui en fait une classe r&#233;volutionnaire, la th&#233;orie de la r&#233;volution ne pouvait devenir qu'une phras&#233;ologie. Dans cette construction conceptuelle, le prol&#233;tariat se trouvant &#234;tre un &lt;i&gt;concept vide&lt;/i&gt;, l'humanisme est venu le remplir pour que le syst&#232;me jusque l&#224; fonctionnant &#224; l'impossibilit&#233; retrouve une positivit&#233;. La question, jamais r&#233;solue car insoluble, &#233;tait alors de savoir quelle est cette essence humaine s'incarnant dans la situation de classe. La construction avouait elle-m&#234;me son blocage par l'affirmation de son incapacit&#233; &#224; parler dans le pr&#233;sent et l'existant de la r&#233;volution : le pr&#233;sent et la r&#233;volution se trouvaient dans une situation logique d'exclusion r&#233;ciproque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ce qui concerne le probl&#232;me du &lt;i&gt;contenu de la r&#233;volution&lt;/i&gt;, cette critique du conseillisme montrait bien qu'il ne s'agissait pas d'opposer la gestion ouvri&#232;re &#224; la gestion bureaucratique mais de s'attaquer, pour &#233;craser les forces de la contre-r&#233;volution, aux rapports de production capitalistes : au travail salari&#233;, &#224; l'&#233;change marchand, &#224; la division en secteurs et entreprises. La r&#233;volution restait en derni&#232;re analyse affirmation subjective de l'essence r&#233;volutionnaire de la classe ou &lt;i&gt;saut du prol&#233;tariat hors de son existence dans le capital&lt;/i&gt;. La r&#233;volution comme communisation n'&#233;tait pas ancr&#233;e dans les limites et les contradictions internes de la lutte des classes parce qu'elle n'&#233;tait pas le simple produit du d&#233;veloppement de la contradiction qu'est l'exploitation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour sortir de l&#224;, il fallait reconna&#238;tre, voir, ce qui se passait : la restructuration du mode de production capitaliste, c'est-&#224;-dire de l'exploitation, de la contradiction entre le prol&#233;tariat et le capital, la formation d'un nouveau cycle de luttes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Il fallait rouvrir l'histoire&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il fallait r&#233;cuser toute nature r&#233;volutionnaire du prol&#233;tariat, toute dialectique r&#233;volutionnaire transhistorique s'incarnant dans cette nature : les deux mamelles de l'id&#233;ologie humaniste. Il s'agissait de tout ramener &#224; l'exploitation comme contradiction historique d&#233;termin&#233;e et &#224; l'implication r&#233;ciproque entre le prol&#233;tariat et le capital. A cette unique condition, la question de la relation des luttes actuelles &#224; la r&#233;volution pouvait redevenir une question ouverte, c'est-&#224;-dire non t&#233;l&#233;ologique. Elle n'&#233;tait subsum&#233;e sous aucune autre, elle &#233;tait&lt;i&gt; &lt;/i&gt;trait&#233;e&lt;i&gt; dans ses propres termes imm&#233;diats&lt;/i&gt; ; son occultation par la nature r&#233;volutionnaire de la classe &#233;tait supprim&#233;e ainsi que l'analyse th&#233;orique comme suite de jugements port&#233;s de fa&#231;on normative sur la lutte des classes telle qu'elle est au nom des potentialit&#233;s qui seraient contenues dans cette nature. Dans ce cas de figure, la question est r&#233;solue parce qu'on a tout fait pour qu'elle ne se pose pas. Il suffit d'attendre que, dans ces oscillations, au travers de ses avanc&#233;es et de ses &#233;checs, la lutte du prol&#233;tariat co&#239;ncide avec son &lt;i&gt;mod&#232;le&lt;/i&gt;, lui-m&#234;me conforme &#224; cette nature (ce qui a force d'essayer ne saurait manquer de se produire).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette critique humaniste du conseillisme refusait toute apologie du prol&#233;tariat &#171; tel qu'il est &#187;, c'est-&#224;-dire toute politique de d&#233;fense de la condition ouvri&#232;re, d'autre part, elle affirmait que le communisme n'est pas la ma&#238;trise prol&#233;tarienne du d&#233;veloppement capitaliste, mais la suppression du salariat, de l'&#233;change, et de l'&#201;tat, la suppression de toutes les classes. Cependant, cette critique conservait bien des traits du programmatisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le prol&#233;tariat, dans son nouvel &#171; assaut &#187;, ne tendait pas &#224; g&#233;rer la soci&#233;t&#233; capitaliste, mais pas plus &#224; &#171; prendre des mesures communistes irr&#233;versibles &#187;. C'est parce que la situation &#233;tait &lt;i&gt;en pratique&lt;/i&gt; paradoxale, qu'elle produisait une &lt;i&gt;th&#233;orie&lt;/i&gt; paradoxale : un &lt;i&gt;n&#233;o-programmatisme impossible&lt;/i&gt;, o&#249; la r&#233;volution &#233;tait cens&#233;e s'accomplir en deux temps. Tout d'abord le &lt;i&gt;prol&#233;tariat&lt;/i&gt; &#8211; l'incarnation n&#233;gative de l'humanit&#233; communiste future &#8211; se s&#233;pare de la classe ouvri&#232;re qui n'est que la fraction variable du capital et m&#234;me, &#224; la limite, une classe contre-r&#233;volutionnaire. Comme n&#233;gatif de l'humanit&#233;, le prol&#233;tariat peut seulement commencer &#224; s'attaquer aux rapports sociaux capitalistes, il ne peut fonder la communaut&#233; humaine. Il faut donc, dans un second temps que, dans la crise, se forme &#224; partir de cette classe encore limit&#233;e, encore particuli&#232;re, une &#171; classe universelle &#187; identique &#224; &lt;i&gt;l'humanit&#233;&lt;/i&gt;, donc enfin positivement communiste. Le probl&#232;me de cette &#171; solution &#187;, c'est que l'ajout d'une &#233;tape suppl&#233;mentaire entre la crise r&#233;volutionnaire et son d&#233;nouement ne nous fait pas sortir de l'impasse du programme. Elle nous y enferme, par le d&#233;tour d'une surench&#232;re sp&#233;culative qui atteint son apog&#233;e et son blocage dans l'investissement de l'auton&#233;gation par l'humanisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&lt;a id=&#034;__RefHeading___Toc6395_155729733&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Auton&#233;gation et humanisme&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque c'est dans la critique de tout ce qui &#171; l'articule &#187; comme classe du mode de production capitaliste que, dans la vision conseilliste et auto-organisationnelle, le prol&#233;tariat se pose comme classe r&#233;volutionnaire, le vers est d&#233;j&#224; dans le fruit. Il en sortit, au d&#233;but des ann&#233;es 70, sous la forme de l'id&#233;ologie de l'auton&#233;gation du prol&#233;tariat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Durant la &#171; p&#233;riode 68 &#187;, la liaison des pratiques imm&#233;diates du prol&#233;tariat avec la r&#233;volution au travers de tout ce qui &#233;tait rupture d'avec les m&#233;diations politiques et syndicales exprimant l'int&#233;gration de sa d&#233;fense et de sa reproduction dans le cycle propre du capital, s'est trouv&#233;e investie, comme contenu, par son d&#233;bouch&#233; logique, mais simultan&#233;ment contradictoire : &lt;i&gt;l'auton&#233;gation du prol&#233;tariat&lt;/i&gt;. Cette jonction, en tant que telle, se voulait d&#233;passement de toutes les cat&#233;gories sociales pr&#233;&#233;tablies. Elle embrassait l'ensemble de la reproduction sociale et contenait la critique de toutes les formes d'ali&#233;nation. Le paroxysme de cette probl&#233;matique fut atteint lorsque, comme les situationnistes en 1968-1969, on chercha &#224; concilier conseillisme, autogestion g&#233;n&#233;ralis&#233;e et auton&#233;gation du prol&#233;tariat. Mai 68, c'est le moment de l'ancien cycle de luttes o&#249; les termes de la contradiction interne de ce cycle sont parvenus &#224; leur point de rencontre maximum, ce qui a fait la force paradoxale et la joie m&#234;me de ce moment : &lt;i&gt;s'affirmer en niant sa situation dans le mode de production capitaliste&lt;/i&gt;. L'auto-organisation et l'auton&#233;gation du prol&#233;tariat ont alors &#233;t&#233; les expressions conceptuelles de cette impossibilit&#233; de la r&#233;volution dans les termes m&#234;mes o&#249; elle se posait, et non comme rapport &#224; une norme de la vraie r&#233;volution ou, pire, &#224; des conditions immatures. C'&#233;tait l&#224; l'impossibilit&#233; de la r&#233;volution exprim&#233;e &lt;i&gt;dans ses propres termes historiques sp&#233;cifiques&lt;/i&gt;. Le point de rencontre maximum de ces termes a pu &#234;tre le contenu d'un mouvement social, &#224; l'int&#233;rieur duquel ces deux aspects corollaires de l'ancien cycle ont &lt;i&gt;&#233;ph&#233;m&#232;rement&lt;/i&gt; coexist&#233;s et pu s'interp&#233;n&#233;trer, mais dans une implication r&#233;ciproque d&#233;finissant une unit&#233; contradictoire dans laquelle chacun est la limite de l'autre, et par l&#224; signifie l'impossibilit&#233; globale de la r&#233;volution dans ce cycle. Ce fut la fugace beaut&#233; de cette p&#233;riode : le &#171; pouvoir ouvrier &#187; et le &#171; refus du travail &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La n&#233;gation du prol&#233;tariat par lui-m&#234;me fut momentan&#233;ment la &#171; solution &#187; apport&#233;e aux apories de l'ancien cycle de luttes. Avec le passage du capital en subsomption r&#233;elle, le probl&#232;me de la d&#233;finition du prol&#233;tariat comme classe r&#233;volutionnaire s'&#233;tait consid&#233;rablement obscurci du fait que la reproduction et la d&#233;fense de la condition prol&#233;tarienne &#233;taient int&#233;gr&#233;es dans la reproduction du capital. D&#232;s les ann&#233;es 1920, il fallut alors reconna&#238;tre que l'on ne pouvait plus passer directement de ce que la classe est dans la soci&#233;t&#233; capitaliste &#224; la r&#233;volution. Cette transformation a d&#233;bouch&#233; sur une critique pratique de la relation pouvant relier, &lt;i&gt;au travers d'un processus continu&lt;/i&gt; , d'un c&#244;t&#233; la classe d&#233;finie dans le capital et, d'un autre c&#244;t&#233;, la r&#233;volution, critique qu'exprim&#232;rent dans les ann&#233;es 20 les positions les plus radicales de la Gauche germano-hollandaise ou de la Gauche italienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est dans cette critique que s'enracine la notion d'auton&#233;gation du prol&#233;tariat ; elle exprime dans l'ancien cycle de luttes cette impossibilit&#233; d'un processus continu menant de la d&#233;fense de la condition prol&#233;tarienne &#224; la r&#233;volution. Face &#224; cette situation dans laquelle la d&#233;fense de la condition ouvri&#232;re n'est plus, dans le processus d'un cycle de luttes, l'antichambre de la r&#233;volution, il &#233;tait devenu commode d'opposer la situation de classe qui d&#233;finit le prol&#233;tariat dans le mode de production capitaliste &#224; sa v&#233;ritable nature r&#233;volutionnaire qui n'existerait et n'appara&#238;trait qu'en rupture avec son existence et son action de classe sp&#233;cifique du mode de production, v&#233;ritable nature que sa reproduction de classe masquerait. D'autant plus que la seule liaison pouvant alors exister entre la pratique imm&#233;diate de la classe dans le mode de production capitaliste et la r&#233;volution r&#233;sidait dans toutes les pratiques pouvant manifester la rupture avec l'int&#233;gration de sa d&#233;fense et de sa reproduction : la conqu&#234;te de son autonomie. &lt;i&gt;L'auton&#233;gation du prol&#233;tariat fut alors l'aboutissement et le corollaire paradoxal de l'autonomie, de l'auto-organisation&lt;/i&gt;. Ce n'&#233;tait qu'en s'opposant &#224; ce qui pouvait le d&#233;finir comme classe du mode de production capitaliste que le prol&#233;tariat pouvait &#234;tre r&#233;volutionnaire. Naturellement, le &#171; refus du travail &#187;, les &#233;meutes, les pillages, les gr&#232;ves sans revendication, devenaient l'activit&#233; par excellence sur laquelle pouvait se fonder cette auton&#233;gation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette conception de la r&#233;volution comme auton&#233;gation du prol&#233;tariat se d&#233;pouillant de son caract&#232;re de classe du mode de production capitaliste s'accompagne d'une incompr&#233;hension totale de la contradiction entre le prol&#233;tariat et le capital. On ne saisit pas que c'est de par ce qui en fait une classe de la soci&#233;t&#233; capitaliste, l'exploitation, que le prol&#233;tariat est une classe r&#233;volutionnaire ; on n'identifie pas le d&#233;veloppement du capital au cours de la contradiction. On en revient toujours &#224; opposer une nature r&#233;volutionnaire du prol&#233;tariat &#224; un d&#233;veloppement du capital qui n'aurait de signification historique que comme accumulation de conditions. L'auton&#233;gation fonctionne en faisant de la dynamique du rapport contradictoire entre les classes une &lt;i&gt;contradiction interne&lt;/i&gt; &#224; l'un de ses termes, le prol&#233;tariat. Cette contradiction interne c'est le plus souvent la &lt;i&gt;dimension humaine&lt;/i&gt; du prol&#233;tariat qui, oppos&#233;e &#224; sa situation de classe r&#233;duite &#224; &#234;tre du &#171; capital variable &#187;, devient la d&#233;termination &#224; laquelle se r&#233;f&#232;re le &#171; refus du travail &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En investissant le prol&#233;tariat d'une dimension humaine, l'abolition des classes est pos&#233;e comme existant &#224; l'&#233;tat latent dans celui-ci. Si le prol&#233;tariat peut abolir les classes durant la r&#233;volution c'est parce qu'en lui-m&#234;me il &#233;tait d&#233;j&#224; l'abolition des classes, cette fameuse &#171; classe qui n'en est pas une &#187;...&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La th&#232;se selon laquelle le prol&#233;tariat est &#171; une classe de cette soci&#233;t&#233; qui (&#8230;)&#034; id=&#034;nh14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; On voit bien ici la diff&#233;rence entre le programme classique et l'auton&#233;gation comme concept final de l'ancien cycle, comme sa fin th&#233;orique : pour le premier la dimension humaine du prol&#233;tariat est ins&#233;parable de son appartenance de classe, c'est l'humanit&#233; du travail productif ; pour la seconde elle en est radicalement s&#233;par&#233;e, s&#233;paration qui va jusqu'&#224; la contradiction et au d&#233;passement de l'un par l'autre. Le prol&#233;tariat nierait sa position de classe, se r&#233;v&#232;lerait comme humain et alors serait r&#233;volutionnaire. En fait, la classe n'est plus alors que le d&#233;positaire &lt;i&gt;enfin ad&#233;quat&lt;/i&gt; d'une dynamique pr&#233;sidant depuis la nuit des temps au d&#233;roulement de l'histoire comme &#171; tension &#224; la communaut&#233; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'appartenance de classe devient une simple liaison qui fonctionne quand la soci&#233;t&#233; se reproduit, qui se brise quand il y a crise laissant la voie libre &#224; l'individu humain qui sommeille dans chaque prol&#233;taire. En fait il y a l&#224; une totale incapacit&#233; &#224; concevoir l'action du prol&#233;tariat en tant que classe d&#233;finie par le mode de production capitaliste autrement que comme affirmation d'elle-m&#234;me et &#224; concevoir la reproduction du capital comme une contradiction, et non une occultation de la contradiction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; la fin des ann&#233;es1970 et au d&#233;but des ann&#233;es 1980, la restructuration du rapport entre le prol&#233;tariat et le capital a r&#233;solu et d&#233;pass&#233; la situation exprim&#233;e de la fa&#231;on la plus radicale dans ces concepts. En donnant une autre r&#233;ponse &#224; la question centrale de la th&#233;orie du communisme (&#171; comment le prol&#233;tariat agissant strictement en tant que classe peut-il produire l'abolition du capital et des classes ? &#187;), le nouveau cycle de luttes d&#233;passe les apories du programmatisme, c'est-&#224;-dire les contradictions tournant autour de la r&#233;volution comme affirmation de la classe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme toute id&#233;ologie cette &#171; dimension humaine &#187; r&#233;pond sur un autre registre, en la d&#233;pla&#231;ant, &#224; une question pos&#233;e par l'&#233;poque. Elle est li&#233;e &#224; la sp&#233;cificit&#233; de l'exploitation en subsomption r&#233;elle, sp&#233;cificit&#233; &#224; travers laquelle l'appropriation du travail devient le fait du proc&#232;s de production lui-m&#234;me. C'est l'activit&#233; m&#234;me du travailleur qui s'oppose directement &#224; lui et non plus simplement son activit&#233; en ce qu'elle se concr&#233;tise dans un produit qui est la propri&#233;t&#233; du capital (comme c'est le cas en subsomption formelle). De ce fait l'opposition &#224; l'exploitation, &#224; l'ali&#233;nation, devient refus de ce qui est l'activit&#233; imm&#233;diate du travailleur dans le proc&#232;s de production, refus qui peut s'exprimer au profit d'une &#171; dimension humaine &#187; de &#171; l'individu prol&#233;taire &#187;, dimension que ce dernier manifeste au travers d'un &#171; refus du travail &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est en ce sens que ces deux notions, li&#233;es entre elles, l'auton&#233;gation et le &#171; refus du travail &#187;, cherchent &#224; r&#233;soudre th&#233;oriquement les impasses de la lutte programmatique, sans toutefois produire une probl&#233;matique nouvelle de la lutte de classe qui serait non-programmatique. Ces notions, face &#224; l'incompr&#233;hension du fait que c'est ce qui fait du prol&#233;tariat une classe de la soci&#233;t&#233; capitaliste qui en fait une classe r&#233;volutionnaire, introduisent une autre contradiction que l'exploitation, une dimension humaine au nom de laquelle serait refus&#233; le travail. La notion d'auton&#233;gation et le &#171; refus du travail &#187; (formalisation id&#233;ologique de pratiques bien r&#233;elles de la contradiction entre le prol&#233;tariat et le capital en subsomption r&#233;elle du travail sous le capital) sont venus momentan&#233;ment r&#233;soudre les probl&#232;mes th&#233;oriques dans lesquels s'enfermait le cycle de luttes qui s'achevait. D&#233;passer th&#233;oriquement cette situation consiste en une vision historique de la r&#233;volution et du communisme au travers des cycles de luttes dont les &#233;checs ne peuvent &#234;tre expliqu&#233;s &#224; partir d'une norme de la r&#233;volution, mais, pour chaque cycle, dans ses propres termes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&lt;a id=&#034;__RefHeading___Toc6397_155729733&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
L'auton&#233;gation et le refus du travail avant leur&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&lt;a id=&#034;__RefHeading___Toc5146_1157974120&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
d&#233;veloppement humaniste : une forme simple, l'op&#233;raisme&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La notion d'auton&#233;gation a elle-m&#234;me une &#171; histoire &#187; qui parcourt la fin de l'ancien cycle. Elle n'a pas d&#233;bouch&#233; &lt;i&gt;imm&#233;diatement&lt;/i&gt; sur la recherche d'une contradiction interne au prol&#233;tariat et sur un humanisme th&#233;orique. De la fin des ann&#233;es 1960 au milieu des ann&#233;es 1970, toutes les actions par lesquelles le prol&#233;tariat manifestait le refus de sa condition ainsi que les impasses de l'auto-organisation, toutes les actions dans lesquelles apparaissaient la critique du communisme comme gestion, la dissolution des axes majeurs de l'ancien cycle de luttes en quotidiennisme ou marginalisme, la reprise de l'autogestion par les syndicats, &#233;taient comprises de fa&#231;on positive comme la preuve que le prol&#233;tariat ne peut que se nier. Tous ces mouvements, dans lesquels l'ancien cycle se dissolvait, conservaient, de par ce dont a contrario ils r&#233;v&#233;laient la n&#233;cessit&#233; (n&#233;gation de la classe), une dynamique sur laquelle cette n&#233;gation pouvait chercher &#224; se fonder de fa&#231;on critique. La critique de l'auto-organisation, de la lib&#233;ration du travail, de l'id&#233;ologie gestionnaire, &#233;tait la preuve et le fondement de la n&#233;cessit&#233; de la n&#233;gation du prol&#233;tariat et m&#234;me en &#233;tait promue comme le proc&#232;s pratique. Les limites et les impasses de l'ancien cycle &#233;taient comprises positivement comme contenant de fait la n&#233;gation du prol&#233;tariat. On ne pouvait alors comprendre que l'auton&#233;gation du prol&#233;tariat n'&#233;tait que la th&#233;orie de l'&#233;chec d'un cycle de luttes. C'&#233;tait l'&#233;poque des revues comme &lt;i&gt;N&#233;gation&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Intervention Communiste&lt;/i&gt;, le &lt;i&gt;Bulletin Communiste&lt;/i&gt;, le &lt;i&gt;Mouvement Communiste&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Maturation Communiste&lt;/i&gt;, et de la premi&#232;re s&#233;rie d'&lt;i&gt;Invariance&lt;/i&gt;&lt;i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pour les textes principaux de ces revues, voir Rupture dans la th&#233;orie de la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;. Mais c'est l'Autonomie italienne, &#224; la fin des ann&#233;es 1960 et au d&#233;but des ann&#233;es 1970, qui a le mieux exprim&#233; ce mouvement Le travail th&#233;orique des revues que nous venons de citer annon&#231;ant d&#233;j&#224; l'&#233;tape suivante de ce concept, d&#233;j&#224; &#233;voqu&#233;e comme humanisme th&#233;orique. Nous utiliserons comme expression de ce moment th&#233;orique un texte de Negri, &lt;i&gt;Les ouvriers contre l'&#201;tat, refus du travail&lt;/i&gt;, publi&#233; en France par &lt;i&gt;Mat&#233;riaux pour l'intervention&lt;/i&gt; en 1973.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&lt;a id=&#034;__RefHeading___Toc6399_155729733&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
L'op&#233;ra&#239;sme : refus du travail et autonomie&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec l'op&#233;ra&#239;sme, dans ce d&#233;but des ann&#233;es 70, la &#171; critique du travail &#187; se situe dans une perspective d'autonomie de la classe ouvri&#232;re, ce qui s'inscrit dans l'ambivalence de toute la p&#233;riode vis-&#224;-vis du programmatisme. Dans cette perspective, le refus du travail n'est que l'envers de l'importance du travail et de la classe ouvri&#232;re telle qu'elle &#233;tait d&#233;finie et confirm&#233;e dans cette premi&#232;re phase de la subsomption r&#233;elle. Le refus du travail n'est que le renversement comme utilisation ouvri&#232;re contre le capital de sa propre importance : importance technique et politique. Avec pour cible le &#171; compromis keyn&#233;sien &#187;, la strat&#233;gie de &#171; refus du travail &#187; est la preuve de cette importance du travail et de l'identit&#233; ouvri&#232;re confirm&#233;e dans l'autopr&#233;supposition du capital et retourn&#233;e contre elle. Il ne s'agit pas seulement d'une atmosph&#232;re de plein-emploi qui se retournerait contre la classe capitaliste, comme arme entre les mains du prol&#233;tariat. C'est la place que la reproduction du capital avait d&#233;finie au travail dans sa propre reproduction qui d&#233;finit la capacit&#233; pour le prol&#233;tariat &#224; faire de cette place une arme contre le capital. Le &#171; refus du travail &#187; est alors l'envers de la place du travail dans le proc&#232;s de valorisation&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Nous verrons plus loin que sur cette base, Reeve et son &#171; adversaire &#187;, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La conception opera&#239;ste consid&#232;re la lutte des classes comme l'affrontement de deux strat&#233;gies, sans produire explicitement l'implication r&#233;ciproque entre les classes comme d&#233;finitoire de leur contradiction. L'op&#233;ra&#239;sme ne fait que renverser l'objectivisme, sans le d&#233;passer. Ajouter, comme le fait Negri, un c&#244;t&#233; subjectif comme &#171; l'auto-valorisation &#187; ouvri&#232;re, ne fait qu'ajouter une d&#233;termination suppl&#233;mentaire dans le rapport entre prol&#233;tariat et capital, mais cela ne change pas la conception de ce rapport. On a une somme de d&#233;terminations et on pense, par l&#224;, avoir atteint la totalit&#233; du rapport. Mais on n'a pas d&#233;sobjectiv&#233; ce rapport ; on n'a fait qu'ajouter une d&#233;termination subjective face &#224; l'objectivit&#233;. Cela n'avance pas &#224; grand-chose de d&#233;clarer &#171; tout est lutte des classes &#187;. Il faut saisir l'objectivit&#233; et l'&#233;conomie comme un moment n&#233;cessaire dans la reproduction de la contradiction entre le capital et le prol&#233;tariat. La v&#233;ritable critique de l'objectivisme est une d&#233;construction de l'objectivit&#233; et une reconstruction de celle-ci comme &#233;conomie, en tant que moment n&#233;cessaire du rapport entre les classes, et non &lt;i&gt;l'objectivit&#233; simplement vue d'un autre point de vue&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour l'op&#233;ra&#239;sme, si l'on peut qualifier la lutte ouvri&#232;re de cette &#233;poque de &#171; refus du travail &#187;, c'est pour une double raison. D'une part, la lutte sort de la &#171; vieille &#187; probl&#233;matique du mouvement ouvrier de la lutte pour le salaire comme lutte se r&#233;f&#233;rant &#224; la &#171; valeur du travail &#187;, forme n&#233;cessaire rev&#234;tue par le salaire. Il s'ensuit que la lutte &lt;i&gt;pour&lt;/i&gt; le salaire devient une lutte &lt;i&gt;sur&lt;/i&gt; le salaire, elle perd sa fonction dynamique dans la reproduction et le d&#233;veloppement du capital, elle brise alors ce que les op&#233;ra&#239;stes appellent &#171; le plan &#187;. D'autre part, l'ouvrier de la cha&#238;ne se reconna&#238;t comme &#233;tranger &#224; l'usine, comme n'&#233;tant pas &#171; le producteur &#187;, c'est le renversement politique d'une d&#233;faite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ce qui concerne le premier point : &#171; La reprise par la classe ouvri&#232;re du terrain salarial choisi par les patrons au d&#233;but du si&#232;cle, la reprise aussi de l'attaque contre la qualification - mais une attaque con&#231;ue cette fois ci comme exigence du droit au revenu, au salaire d&#233;tach&#233; de la productivit&#233; - a entra&#238;n&#233; la lutte par tous les moyens, contre la valeur du travail, de ce travail abstrait que la compr&#233;hension ouvri&#232;re peut d&#233;sormais saisir dans toute sa clart&#233; et dans toute sa nudit&#233;. C'est cela le sentiment pr&#233;cis de l'ouvrier qui lutte en dehors du syndicat : s'il lutte en dehors du syndicat, &lt;i&gt;c'est parce qu'il lutte en dehors du d&#233;veloppement&lt;/i&gt;, parce qu'il manifeste ainsi sa propre &#233;tranget&#233;, son d&#233;sint&#233;r&#234;t aussi bien pour le processus productif que pour les n&#233;cessit&#233;s du d&#233;veloppement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Interpr&#233;ter autrement les luttes sur le salaire signifie &#234;tre dans l'impossibilit&#233; d'expliquer la donn&#233;e fondamentale de ces luttes : l'autonomie. Si les ouvriers luttaient sur le salaire sans mettre en question le d&#233;veloppement, sans vouloir casser la valeur du travail et les cat&#233;gories, ils l'auraient fait dans la cage dor&#233;e des syndicats. Et ici personne ne doit nourrir d'illusions vell&#233;itaires : &#224; l'int&#233;rieur de la n&#233;gociation syndicale pour des objectifs compatibles avec le d&#233;veloppement, les ouvriers savent par exp&#233;rience qu'il est possible de gagner. Mais c'est justement parce que les luttes sont contre ce type de 'victoires temporaires' et ne doivent plus &#234;tre encore une fois l'&#233;l&#233;ment moteur du d&#233;veloppement capitaliste, parce que les ouvriers ont reconnu qu'ils avaient des int&#233;r&#234;ts &#224; part, bien &#224; eux, que l'insubordination autonome et partisane des ouvriers saute &#224; la gorge de la soci&#233;t&#233; capitaliste. &#187; (op cit, p 65).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ces luttes, telles que les op&#233;ra&#239;stes les analysent, le &#171; travail &#187; se d&#233;finit, &#224; l'int&#233;rieur de la &#171; lutte sur le salaire &#187;, comme ce qui est refus&#233;. Le travail est ce qui a une valeur dans le salaire. L'ouvrier casse la &#171; mystification &#187; de la &#171; valeur du travail &#187; ; il revendique sa reproduction en dehors de toute r&#233;f&#233;rence au d&#233;veloppement du capital (&#171; le plan &#187;, dont la lutte &lt;i&gt;pour&lt;/i&gt; le salaire fait partie), &#224; partir de ses besoins. C'est en cela que, pour Negri, le &#171; salaire garanti &#187; est un &#171; refus du travail &#187;. Les conflits programm&#233;s entre &#201;tat et syndicats ne parviennent plus &#224; canaliser les besoins mat&#233;riels de la classe ouvri&#232;re dans une adh&#233;sion quelconque aux imp&#233;ratifs du d&#233;veloppement. Dans les luttes salariales, la classe ouvri&#232;re refuse alors de se d&#233;finir dans le cadre du travail, c'est-&#224;-dire de quelque chose qui n'existe que d&#233;fini par le capital comme ce qui a une valeur dans le salaire. Les besoins ouvriers ne sont pas n&#233;gociables et l'arme salariale d&#233;finit les contours concrets de l'autonomie ouvri&#232;re comme un refus du travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ce qui concerne le second point : &#171; A travers la r&#233;duction du travail vivant, sa substitution par des machines, l'introduction croissante de techniques productives automatiques qui absorbent la fonction productive, s'ouvre au moins la possibilit&#233; de subvertir radicalement le rapport entre travail et capital : c'est-&#224;-dire l'abolition du travail. &#187; (op cit, p 103). Dans ce processus il s'agit bien de refus du travail, jamais les op&#233;ra&#239;stes ne comprennent le d&#233;veloppement du capital fixe et l'inessentialisation du travail comme le d&#233;veloppement objectif de conditions offrant d'elles-m&#234;mes l'abolition du travail. Il s'agit de voir &#171; le niveau de composition organique du capital, les niveaux technologiques, non pas comme des entit&#233;s ne d&#233;pendant de rien d'autre, mais comme des r&#233;ponses faites par le capital &#224; des mouvements offensifs des ouvriers contre le travail. C'est voir toujours la classe ouvri&#232;re comme une force offensive, et le capital comme force de r&#233;sistance qui se d&#233;fend contre cette attaque. C'est Marx lui-m&#234;me qui a d&#233;fini ce bouleversement strat&#233;gique des rapports de production capitaliste. Bouleversement, parce que c'est &lt;i&gt;du c&#244;t&#233; ouvrier&lt;/i&gt; qu'est faite l'analyse du d&#233;veloppement capitaliste ; et bouleversement strat&#233;gique parce que l'ouvrier y est consid&#233;r&#233; comme la cause du d&#233;veloppement capitaliste, et des crises. &#187; (&lt;i&gt;ibid&lt;/i&gt;). Cette lutte offensive du prol&#233;tariat qui est la dynamique du d&#233;veloppement capitaliste, son principe actuel c'est le refus du travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&lt;a id=&#034;__RefHeading___Toc6401_155729733&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
L'op&#233;ra&#239;sme, expression d'un moment paradoxal&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les op&#233;ra&#239;stes renversent l'analyse classique (que l'on trouve chez Marx) selon laquelle c'est le travailleur qui est &#171; donneur de travail &#187;. Pour Negri, la terminologie courante est la bonne : c'est le capital qui est &#171; donneur de travail &#187; et l'ouvrier est &#171; donneur de capital &#187;. Toutes les conditions de la production sont au d&#233;part du capital en soi, du capital mort, qui pour se d&#233;ployer comme rapport social de production a besoin de se soumettre la force de travail ; c'est l'ouvrier qui, devenu activit&#233; et sujet du capital, &#171; donne du capital &#187; : &#171; Le capital est une fonction de la classe ouvri&#232;re &#187; (&lt;i&gt;ibid&lt;/i&gt;). Le capital quant &#224; lui, la seule chose qu'il donne c'est le travail, c'est lui qui transforme de la force de travail en travail : le travail est le r&#233;sultat de cette transformation. C'est dans le capital que se trouvent les conditions du travail et la nature du travail c'est le despotisme du capital sur le travail vivant. &#171; L'ouvrier ne peut pas &#234;tre du travail s'il n'a pas contre lui le capitaliste &#187; (&lt;i&gt;ibid&lt;/i&gt;). Dans l'augmentation de la composition organique que le capital est contraint d'effectuer sous la pouss&#233;e offensive ouvri&#232;re, le prol&#233;tariat le remet en cause comme &#171; donneur de travail &#187; et se remet en cause lui-m&#234;me comme vendeur de cette force de travail dont le destin est de devenir travail. Que les op&#233;ra&#239;stes confondent ici l'achat-vente de la force de travail avec la subsomption du travail sous le capital, qu'ils confondent l'implication r&#233;ciproque de deux termes avec une jonglerie &#171; dialectique &#187; (ma m&#232;re n'est ma m&#232;re que par mon p&#232;re, mon p&#232;re n'est mon p&#232;re que par ma m&#232;re, donc ma m&#232;re est mon p&#232;re et mon p&#232;re est ma m&#232;re) n'a pas grande importance pour ce qui nous int&#233;resse. Ce qui nous int&#233;resse ici ce n'est pas la critique de l'op&#233;ra&#239;sme comme &#171; th&#233;orie fausse &#187;, mais sa coh&#233;rence id&#233;ologique comme expression d'une p&#233;riode.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que l'id&#233;ologie du &#171; refus du travail &#187; tente de cerner et de d&#233;finir, dans cette phase finale de l'ancien cycle de luttes, c'est &lt;i&gt;un programmatisme paradoxal&lt;/i&gt; dans lequel l'affirmation la plus puissante de la classe ouvri&#232;re contre le capital &#233;quivaut &#224; l'abolition de ce qu'elle est. Il s'agit, sans sortir de la probl&#233;matique du programmatisme, de sortir de ses impasses. Le capital devient une fonction de la classe ouvri&#232;re. Le capitaliste est par l&#224; le v&#233;ritable &#171; donneur de travail &#187;. Le &#171; refus du travail &#187; est l'abolition du capital et de la classe ouvri&#232;re. &#171; Sabotages, ralentissements collectifs et non-collaboration au travail (formes de lutte souterraine), absent&#233;isme et mobilit&#233; ouvri&#232;re (formes de fuite vis-&#224;-vis du travail) montrent peut-&#234;tre mieux que les luttes ouvri&#232;res de masse (...) le caract&#232;re totalement &#233;tranger de l'ouvrier vis-&#224;-vis de son travail. &#187; (&lt;i&gt;idem&lt;/i&gt;, p. 106).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que dans ces luttes s'expriment un refus et un d&#233;go&#251;t du travail, cela est &#233;vident, mais cela est diff&#233;rent de leur formalisation comme &#171; refus du travail &#187;. Leur formalisation comme &#171; refus du travail &#187; vise &#224; construire une id&#233;ologie destin&#233;e &#224; r&#233;soudre l'impasse de la r&#233;volution comme affirmation de la classe tout en conservant sa probl&#233;matique. &#171; En 62 en Belgique, 63 en France, 64 en Italie, 67 en Allemagne, dans toute l'Europe en 68-69, les luttes ont provoqu&#233; une formidable pouss&#233;e des salaires. Cette pression ouvri&#232;re s'est exerc&#233;e sur le salaire quantitatif, le salaire mon&#233;taire et, &#224; l'enseigne de la spontan&#233;it&#233; des ann&#233;es 60, les ouvriers n'ont pas perdu leur temps pour 'qualifier politiquement' les diff&#233;rents aspects du salaire. Ils ont d&#233;pass&#233; d'un seul coup la notion du salaire comme reproduction de la force de travail pour saisir imm&#233;diatement le salaire comme co&#251;t politique du travail et comme revenu. Dans les pays &#224; capitalisme m&#251;r, cette phase de la lutte a vu les ouvriers utiliser l'arme du salaire en &lt;i&gt;affirmant leur domination sur le processus de production de la plus-value&lt;/i&gt; (soulign&#233; par nous), en exer&#231;ant une pression de masse &lt;i&gt;sur et dans le d&#233;veloppement&lt;/i&gt; (soulign&#233; par nous). Il faut remarquer qu'il ne s'agit plus de luttes &lt;i&gt;pour&lt;/i&gt; le salaire mais &lt;i&gt;sur&lt;/i&gt; le salaire, sur le terrain salarial compris comme un moment tr&#232;s concret dans la concurrence ouvriers-capital sur le plan du travail. &#187; (&lt;i&gt;idem&lt;/i&gt;, p. 71). De ses luttes na&#238;t la n&#233;cessit&#233; du pouvoir ouvrier : 'Pouvoir d'abord dans le cycle capitaliste de d&#233;veloppement pour exp&#233;rimenter et construire le terrain du pouvoir ouvrier tout court. Ce pouvoir ouvrier commence l&#224; o&#249; finit le chantage du salaire, l&#224; o&#249; l'obligation 'socialiste' du travail comme unique 'libert&#233;' ouvri&#232;re fait place &#224; la dictature des prol&#233;taires sur le travail utile et n&#233;cessaire. &#187; (&lt;i&gt;idem&lt;/i&gt;, p 72).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&lt;a id=&#034;__RefHeading___Toc6403_155729733&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
L'op&#233;ra&#239;sme : du refus du travail au pouvoir ouvrier comme travail social &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Refus du travail dans l'usine (l'usine dans ses formes concr&#232;tes est un rapport social, celui de la domination et du commandement du travail mort sur le travail vivant et de son absorption, n d a ), blocage du d&#233;veloppement capitaliste, appropriation imm&#233;diate de la richesse sociale dans la soci&#233;t&#233; &#224; travers la lutte &lt;i&gt;sur&lt;/i&gt; le salaire, le logement, les transports, la nourriture, tels sont les axes d'un travail d'organisation ouvri&#232;re qui liquidera l'obstacle institutionnel que repr&#233;sentent le mouvement ouvrier officiel et le &lt;i&gt;socialisme&lt;/i&gt;. &#187; (&lt;i&gt;idem&lt;/i&gt;, 104). A travers la liquidation de ce &#171; mouvement ouvrier officiel &#187; et de ce &#171; socialisme &#187;, dans la th&#233;orie opera&#239;ste, c'est tout bonnement la classe ouvri&#232;re qui se liquiderait elle-m&#234;me, &lt;i&gt;parce qu'elle n'est pas con&#231;ue comme diff&#233;rente de cette identit&#233; ouvri&#232;re&lt;/i&gt; qui a structur&#233; tout l'ancien cycle de luttes. Elle se liquiderait elle-m&#234;me en s'affirmant comme &lt;i&gt;travail social &lt;/i&gt; ; et l'on retrouve l&#224; le programmatisme paradoxal de l'op&#233;ra&#239;sme en tant qu'id&#233;ologie des luttes de la fin de l'ancien cycle, formalis&#233;e comme &#171; refus du travail &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour les luttes ouvri&#232;res, le grand danger serait de prendre la voie &#171; socialiste &#187; de la &#171; juste &#233;valuation de chaque travail &#187;, car, l&#224;, on reviendrait en-de&#231;&#224; du point de d&#233;part fourni par le d&#233;veloppement capitaliste lui-m&#234;me. &#171; Dans un cycle de d&#233;veloppement capitaliste, o&#249; il appara&#238;t de plus en plus clairement que si le salaire doit &#224; tout prix &#234;tre li&#233; &#224; la productivit&#233;, celle-ci tend &#224; &#234;tre comprise comme productivit&#233; moyenne nationale, et non pas comme celle de chaque travail en soi ; &#224; partir de ce niveau d'acceptation capitaliste du travail comme travail social, s'ouvre et s'est ouvert, pour la classe ouvri&#232;re, un &#233;norme espace politique d'intervention, pour la recomposition et la massification d'objectifs qui se retournent contre le plan du d&#233;veloppement : augmentations &#233;gales pour tous, tous les objectifs sur les salaires et les horaires r&#233;sum&#233;s par le salaire politique, c'est-&#224;-dire en fin de compte &lt;i&gt;la possibilit&#233; de renverser le travail abstrait contre le d&#233;veloppement du capital &lt;/i&gt;(soulign&#233; par nous), dans un salaire d&#233;gag&#233; de la productivit&#233;. (...) Ce que le capital d&#233;velopp&#233; a &#233;t&#233; capable d'assimiler, ce que la classe a tr&#232;s bien compris et utilis&#233;, seuls les planificateurs socialistes, les syndicalistes et les politiciens de la tradition ouvri&#232;re ne l'ont pas compris. Ils sont rest&#233;s seuls, en compagnie d'une science capitaliste de mauvaise foi, &#224; croire qu'ils pouvaient mesurer 'la valeur du travail', ce qui les oblige &#224; chercher un juste prix pour chaque activit&#233; dans laquelle se consomme la force de travail. (...). Pour qui regarde le rapport productif bien en face, comme le font la classe et le capital, et pas de biais, comme c'est le cas pour les id&#233;ologues, il est d&#233;sormais clair que le travail vivant consomm&#233; dans le proc&#232;s productif ne 'fait' ni des voitures, ni des g&#226;teaux, ni des chaussures, ni des brosses &#224; dents, mais fait du &lt;i&gt;travail&lt;/i&gt;. Le travail social dans sa g&#233;n&#233;ralit&#233;, dans sa mobilit&#233; extr&#234;me, chaque marchandise sp&#233;cifique n'&#233;tant que le produit du travail social global, est aussi marchandise g&#233;n&#233;rique dans la compr&#233;hension de l'ouvrier qui le voit comme richesse sociale dans son ensemble, richesse sociale et aussi somme d'app&#233;tits &#224; satisfaire, et non plus comme travail d&#233;termin&#233;. &#187; (&lt;i&gt;idem&lt;/i&gt;, p.76).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Paradoxalement, l'affirmation opera&#239;ste du travail social demeure dans le programmatisme car le travail social n'est pas une d&#233;termination du travail pour lui-m&#234;me, une d&#233;termination qui pourrait lui appartenir en propre et que la classe ouvri&#232;re pourrait r&#233;v&#233;ler &#224; partir d'elle-m&#234;me et mettre en &#339;uvre. Les forces sociales du travail n'existent qu'objectiv&#233;es dans le capital et dans le processus m&#234;me de cette objectivation (cf. Marx, &lt;i&gt;Le Capital&lt;/i&gt;, Livre I, quatri&#232;me section, chapitre XIII, &lt;i&gt;La coop&#233;ration&lt;/i&gt;). En outre, on pourrait &#233;galement remarquer que d&#233;j&#224; dans &#171; l'&#201;tat-plan &#187; une partie consid&#233;rable du salaire est &#171; socialis&#233;e &#187;. Ce sont l&#224; des erreurs th&#233;oriques ou historiques, mais ce qui importe avant tout c'est que, pour se boucler, l'id&#233;ologie du &#171; refus du travail &#187; devient &lt;i&gt;affirmation ouvri&#232;re du travail social&lt;/i&gt;. En cela, elle r&#233;v&#232;le bien sa nature programmatique profonde et son appartenance &#224; l'ancien cycle de luttes dont elle suit et exprime les manifestations ultimes. Le &#171; refus du travail &#187;, en &#233;tant l'affirmation du travail social, mettrait alors &#224; jour quelque chose que le capital, devenu&lt;i&gt; mystification&lt;/i&gt;, chercherait &#224; cacher. Le travail social serait le d&#233;passement du capital car celui-ci ne peut conna&#238;tre que le travail d&#233;fini comme ce qui a une valeur. Or, dans le travail social, la &#171; valeur du travail &#187; dispara&#238;t. &#171; Faire travailler &#187; serait donc devenu une &#171; n&#233;cessit&#233; politique &#187;. &#171; Le salaire, le voil&#224; encore comme prix politique n&#233;goci&#233;, assum&#233; au niveau des organes de planification, pour la perp&#233;tuation du Capital devenu lui aussi id&#233;ologie en tant que cristallisation d'un mode productif et distributif d&#233;pass&#233; qui n'est plus li&#233; mat&#233;riellement au rapport r&#233;el de production, mais qui est pure et simple fa&#231;ade administrative cachant la n&#233;cessit&#233; de faire travailler pour &#233;viter la fin du syst&#232;me. &#187; (&lt;i&gt;idem&lt;/i&gt;, p. 77).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le refus du travail devient, &#224; la fois, la r&#233;v&#233;lation de ce que le capital n'est plus li&#233; au rapport r&#233;el de production, en ce que celui-ci a maintenant pour fondement le travail social, et la volont&#233; de faire payer au capital le maximum pour &#171; entretenir la mystification &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Si ce n'est le contexte des luttes, ce qui est essentiel, les th&#232;ses (&#8230;)&#034; id=&#034;nh17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Il est remarquable de voir combien cette &lt;i&gt;id&#233;ologie&lt;/i&gt; du &#171; refus du travail &#187; colle &#224; la &lt;i&gt;r&#233;alit&#233;&lt;/i&gt; des luttes de refus du travail dans cette &#233;poque. Elle en exprime toute l'appartenance &#224; l'ancien cycle de luttes et ses limites, dans le m&#234;me mouvement o&#249; en tant qu'id&#233;ologie elle cherche &#224; les construire comme d&#233;passement de ce cycle. En posant ce qui fait du capital une contradiction en proc&#232;s comme quelque chose de r&#233;alis&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb18&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ce que les &#171; Brigadistes &#187; critiqueront &#224; juste titre dans l'op&#233;ra&#239;sme, dans (&#8230;)&#034; id=&#034;nh18&#034;&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, l'affirmation du travail social reprend bien la probl&#233;matique g&#233;n&#233;rale du programmatisme mais pour lui faire produire la n&#233;gation de la classe par elle-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La classe ouvri&#232;re affirme sa puissance acquise dans le d&#233;veloppement capitaliste (et surtout cette identit&#233; ouvri&#232;re que la reproduction du capital avait confirm&#233;e &#224; l'int&#233;rieur d'elle-m&#234;me) non en s'emparant des moyens de production, en g&#233;n&#233;ralisant sa condition, en d&#233;veloppant la valeur comme un mode de production, mais en &#171; refusant de produire le capital &#187;. Cela aurait pu &#234;tre la &#171; r&#233;volution &#187; si, premi&#232;rement, &#224; ce refus du travail n'avait pas pu r&#233;pondre une restructuration du capital qui fit de la mobilit&#233;, de la pr&#233;carisation, des d&#233;localisations de la flexibilit&#233; et du ch&#244;mage la mise en forme m&#234;me de la classe ouvri&#232;re vis-&#224;-vis du capital ; et si, deuxi&#232;mement, ces luttes de refus du travail n'avaient pas eu pour fondement &lt;i&gt;la m&#234;me&lt;/i&gt; &lt;i&gt;identit&#233; ouvri&#232;re&lt;/i&gt; (retourn&#233;e contre le capital mais non d&#233;pass&#233;e) que celle qui fondait &#171; le mouvement ouvrier officiel &#187;. Ces luttes n'&#233;taient par l&#224; que l'expression pratique des limites d'un cycle de luttes dont la dynamique essentielle &#233;tait en dehors d'elles dans ce &#171; mouvement ouvrier &#187; et dans l'auto-organisation, ces luttes n'&#233;taient que l'expression de l'&#233;chec de ce &#171; mouvement ouvrier &#187;, des impasses de ce cycle, elles faisaient partie du m&#234;me monde. Elles n'&#233;taient pas une nouvelle phase de la lutte de classes, mais la fin de l'ancienne ; ce que confirma la restructuration en d&#233;truisant &#171; le mouvement ouvrier officiel &#187; et simultan&#233;ment en les absorbant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&lt;a id=&#034;__RefHeading___Toc6405_155729733&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
L'auton&#233;gation et le refus du travail : des concepts de transition &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Concepts finaux de l'ancien cycle de luttes, le &#171; refus du travail &#187; et l'auton&#233;gation du prol&#233;tariat sont &#233;galement des concepts de transition entre deux cycles. Nous avons &#233;voqu&#233; en note la pol&#233;mique entre Charles Reeve et John Zerzan dans la seconde moiti&#233; des ann&#233;es 1970. Il faut nous y arr&#234;ter un peu plus longuement, car si la critique de l'op&#233;ra&#239;sme nous montre ces concepts comme tentative de r&#233;solution des impasses dans lesquelles s'est achev&#233; l'ancien cycle de luttes, cette pol&#233;mique nous montre, plus pr&#233;cis&#233;ment encore que l'op&#233;ra&#239;sme, ces concepts comme transition vers une tentative de compr&#233;hension non-programmatique de la lutte de classes et pose la n&#233;cessit&#233; de cette nouvelle compr&#233;hension.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans son texte &lt;i&gt;Un conflit d&#233;cisif, les organisations syndicales combattent la r&#233;volte contre le travail&lt;/i&gt; (publi&#233; en 1974 aux &#201;tats-Unis, puis, en fran&#231;ais, par &lt;i&gt;Echanges&lt;/i&gt;, d&#233;cembre 1975), John Zerzan met en &#233;vidence des faits nouveaux de la lutte de la classe ouvri&#232;re aux &#201;tats-Unis, nouveaux de par leur caract&#232;re massif et la signification qu'ils acqui&#232;rent dans cette phase du d&#233;veloppement capitaliste. Ces formes nouvelles de luttes se manifestent le plus souvent dans l'absent&#233;isme, le sabotage, le &lt;i&gt;turn over&lt;/i&gt;, le ch&#244;mage volontaire, etc. La critique que nous faisons ici ne porte ni sur la r&#233;alit&#233; de ces faits, ni sur leur importance en tant que formes de luttes de la classe ouvri&#232;re aux &#201;tats-Unis et dans tous les pays d&#233;velopp&#233;s d'Europe, mais sur leur construction en une id&#233;ologie du &#171; refus du travail &#187;, qui, tout en ne sortant pas des probl&#233;matiques de l'ancien cycle de luttes (auto-organisation, affirmation ouvri&#232;re, envers de la confirmation d'une identit&#233; ouvri&#232;re dans la reproduction du capital &#8230;), tente de produire une sortie de son impasse pratique et th&#233;orique essentielle : la r&#233;volution comme affirmation de la classe ouvri&#232;re ou du prol&#233;tariat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces formes de luttes ont marqu&#233; l'apog&#233;e de l'ancien cycle, en ce que par ces luttes la classe ouvri&#232;re a retourn&#233; contre le capital (comme le disaient les op&#233;ra&#239;stes) les caract&#233;ristiques m&#234;mes de sa d&#233;faite du d&#233;but du si&#232;cle : son int&#233;gration dans la reproduction propre du capital, la transformation du proc&#232;s de travail en proc&#232;s de production conforme au capital, la totale d&#233;finition du travail comme travail salari&#233;, etc. Le sabotage, l'absent&#233;isme etc., n'ont pas de signification en eux-m&#234;mes, sortis de la p&#233;riode de lutte et de la phase de d&#233;veloppement du capital dans lesquels ils se d&#233;roulent : le tisserand anglais du d&#233;but du XIXe si&#232;cle n'est pas l'ouvrier am&#233;ricain de la General Motors des ann&#233;es 1970. Le sabotage n'a pas de signification en soi. Au d&#233;but des ann&#233;es 1970, l'id&#233;ologie du &#171; refus du travail &#187;, au lieu de comprendre ces luttes comme le point le plus haut de l'ancien cycle et simultan&#233;ment, de par leurs formes m&#234;mes, comme la manifestation de la caducit&#233; de cette p&#233;riode de lutte inaugur&#233;e dans l'imm&#233;diat apr&#232;s-premi&#232;re-guerre mondiale, a eu pour contenu de chercher &#224; les int&#233;grer dans la probl&#233;matique m&#234;me de cet ancien cycle, tout en cherchant &#224; y voir enfin les fondements de sa &#171; r&#233;ussite &#187; possible. Cela &#233;tait bien instable comme id&#233;ologie, et elle a fait long feu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'on s'attache &#224; la d&#233;marche du texte de Zerzan, qui constitue dans tous les d&#233;bats internes &#224; cette id&#233;ologie la r&#233;f&#233;rence constante et incontournable, on s'aper&#231;oit qu'avant m&#234;me de montrer le caract&#232;re r&#233;el et massif des faits sur lesquels il se fonde, il s'empresse de les cadrer dans la probl&#233;matique de l'affirmation de la classe ouvri&#232;re prenant en main son destin, prenant le contr&#244;le des moyens des productions (ce qui demande tout de m&#234;me une assez grande maitrise de la &#171; dialectique &#187;). &#171; Quant aux formes plus directes d'opposition &#224; ce monde du travail ali&#233;nant qui &#233;chappe au contr&#244;le des travailleurs, on tombe sur l'exp&#233;rience remarquable que fit Bill Watson (il s'agit de l'auteur du texte &lt;i&gt;Contre-planning dans l'atelier&lt;/i&gt;, publi&#233; en fran&#231;ais par &lt;i&gt;Information et Correspondance Ouvri&#232;re&lt;/i&gt;, n&#176; 115-116, mars-avril 1972, n d a) dans une usine d'automobiles pr&#232;s de Detroit. La pratique des ouvriers &#233;tait nettement &#171; post-syndicale &#187;. En 1968, Watson a vu des efforts syst&#233;matiquement planifi&#233;s des ouvriers pour substituer leurs plans de production et leurs m&#233;thodes &#224; celles des dirigeants de l'usine. Il qualifie de 'ph&#233;nom&#232;ne normal' ce comportement qui r&#233;pond au refus de la direction et de l'UAW (syndicat de l'automobile, n d a) d'&#233;couter les propositions des ouvriers pour des modifications et des am&#233;liorations des produits. &#187; (Zerzan, &lt;i&gt;op. cit&lt;/i&gt;., p.4). Singuli&#232;re conception du &#171; refus du travail &#187; et de la condition ouvri&#232;re. Conception qui sera la conclusion m&#234;me du texte : &#171; Il reste douteux qu'une participation bidon puisse adoucir l'ali&#233;nation ouvri&#232;re. Plus vraisemblablement elle ne fera que la renforcer et rendre encore plus claire la v&#233;ritable nature des relations syndicats-patronat qui dureront toujours. Il est plus que probable que les institutions traditionnelles des syndicats comme la couche de professionnels r&#233;tribu&#233;s, de permanents et de d&#233;l&#233;gu&#233;s, le monopole de la syndicalisation garanti par le patronat, et m&#234;me les accords collectifs en g&#233;n&#233;ral, seront de plus en plus remis en question au fur et &#224; mesure que &lt;i&gt;les travailleurs continuent &#224; se battre pour faire passer en leurs mains le contr&#244;le de leur vie de travailleurs&lt;/i&gt; (soulign&#233; par nous) &#187;. (&lt;i&gt;op. cit&lt;/i&gt;., p 23).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces luttes sont l'apog&#233;e et la caducit&#233; de cet ancien cycle. L'apog&#233;e en ce que c'est le fondement m&#234;me de ce cycle que la classe retourne contre le capital ; la caducit&#233; en ce que ces luttes signifient l'inanit&#233; devenue historiquement incontournable de s&#233;parer le travailleur salari&#233;, le prol&#233;taire, et le producteur, l'inanit&#233; de concevoir la r&#233;volution comme la prise de contr&#244;le par les travailleurs de ce qui les d&#233;finit comme travailleurs (on parle bien de contr&#244;le et non d'abolition) : de l'entreprise, de la division du travail, de l'&#233;change, du proc&#232;s de travail. Au lieu de voir l'apog&#233;e et la caducit&#233; simultan&#233;es d'un cycle de luttes, on n'y voit que l'apog&#233;e. &#171; Le refus du travail &#187;, c'est-&#224;-dire la construction id&#233;ologique de pratiques r&#233;elles, n'est pas le refus de la condition ouvri&#232;re, puisqu'il s'agit pour les ouvriers de prendre en mains leurs conditions d'existence, mais le refus de son &lt;i&gt;institutionnalisation&lt;/i&gt;, comme si les deux pouvaient &#234;tre s&#233;par&#233;es. On ne peut pas plus imaginer une classe ouvri&#232;re sans capital, que, pour la m&#234;me raison, une classe ouvri&#232;re sans formes institutionnelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Le &#171; refus du travail &#187; apparaissait comme la forme enfin trouv&#233;e qui va s&#233;parer l'affirmation du travail de ce qui lui colle &#224; la peau en subsomption r&#233;elle du travail sous le capital : toutes les formes de son institutionnalisation&lt;/i&gt;. C'est le vieux probl&#232;me de ce cycle de luttes qui, pendant un demi-si&#232;cle, avait constitu&#233; la substance du conseillisme et de l'ultragauche et m&#234;me de tout ce qui avait voulu se situer &#171; &#224; gauche des partis communistes &#187;, qui semblait ainsi r&#233;solu. Seuls les courants issus de l'ultragauche et du conseillisme pouvaient cependant pousser le probl&#232;me suffisamment loin pour voir toute l'importance du refus du travail, m&#234;me s'ils restaient englu&#233;s dans leur conception de base. En effet, comme nous l'avons affirm&#233; en ouverture de cette pr&#233;face : &#171; on peut appeler ultragauche, toute pratique, organisation, th&#233;orie, qui posent la r&#233;volution comme affirmation du prol&#233;tariat, en consid&#233;rant cette affirmation comme critique et n&#233;gation de tout ce qui d&#233;finit le prol&#233;tariat dans son implication avec le capital. En cela toute l'histoire de l'ultragauche est une contradiction en proc&#232;s. &#187; Le refus du travail, non pas les pratiques en question, mais comme id&#233;ologie donnant son propre sens &#224; ces pratiques, apparaissait, sans sortir de la probl&#233;matique, comme la solution enfin trouv&#233;e &#224; cette contradiction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, Zerzan peut sans se contredire enfoncer le clou du &#171; m&#233;pris du travail quasi unanime &#187; (idem, p. 7). Ce qu'il tient l&#224; (et c'est ce qui lui importe) c'est la s&#233;paration de l'affirmation de la classe ouvri&#232;re avec toutes ses formes institutionnelles et en premier lieu les syndicats car : &#171; Cette r&#233;volte (contre le travail, n d a) est n&#233;cessairement de nature antisyndicale &#187;. On d&#233;passe m&#234;me la forme de la &#171; gr&#232;ve &#187; qui n'est elle-m&#234;me, bien souvent qu'une institution (idem, p. 29). Cela est exact (et comme le montre Zerzan, les syndicats ne s'y trompent pas, ni les gauchistes de l'&#233;poque), mais l'impossibilit&#233; de l'affirmation de la classe ouvri&#232;re tient &#224; &lt;i&gt;l'implication r&#233;ciproque entre le prol&#233;tariat et le capital&lt;/i&gt;, dont les formes institutionnalis&#233;es ne sont qu'une d&#233;termination et non &#224; ces formes. En ayant enfin trouv&#233;, dans le &#171; refus du travail &#187;, les luttes qui ne peuvent que rompre avec les formes institutionnalis&#233;es de cette implication r&#233;ciproque, avec lesquelles celle-ci a &#233;t&#233; confondue, la classe va enfin pouvoir s'affirmer dans une rupture totale avec ce qui la lie au capital. &lt;i&gt;L'ultragauche s'ach&#232;ve&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si, apr&#232;s avoir parl&#233; de gestion du proc&#232;s de travail dans l'entreprise, il est question du &#171; m&#233;pris du travail &#187;, ce n'est pas seulement que la mat&#233;rialit&#233; de ces luttes, ce qui se passe, ne peut pas ne pas s'imposer &#224; tout observateur, mais encore faut-il &#224; l'id&#233;ologie du &#171; refus du travail &#187; tenir les deux bouts : placer ces luttes dans la probl&#233;matique de la &#171; ma&#238;trise par la classe ouvri&#232;re de ses conditions d'existence &#187; &lt;i&gt;et&lt;/i&gt;, simultan&#233;ment ,en faire la r&#233;solution de tous les impasses de cette probl&#233;matique. Le &#171; refus du travail &#187; permettra cette prouesse, non en tant que pur et simple &#171; m&#233;pris du travail &#187;, mais parce qu'en lui on aura unifi&#233; la rupture avec toutes les m&#233;diations de l'implication r&#233;ciproque entre le prol&#233;tariat et le capital &lt;i&gt;et&lt;/i&gt; la volont&#233; de la classe ouvri&#232;re de &#171; ma&#238;triser ses conditions d'existence &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'agit bien, pour l'id&#233;ologie du &#171; refus du travail &#187;, d'un &lt;i&gt;processus r&#233;volutionnaire&lt;/i&gt; qui s'ouvre, et pas seulement de luttes quotidiennes, ou plut&#244;t d'un processus r&#233;volutionnaire qui s'ouvre &lt;i&gt;dans ces luttes quotidiennes&lt;/i&gt;. On peut alors jouer une version &lt;i&gt;hard&lt;/i&gt; de la chanson de la &#171; ma&#238;trise des conditions d'existence &#187;, sur l'air d'une marche r&#233;volutionnaire : gr&#226;ce au &#171; refus du travail &#187; les ouvriers vont &#171; &lt;i&gt;redevenir&lt;/i&gt; les &lt;i&gt;artisans &lt;/i&gt;(soulign&#233; par nous) de leur travail &#187; (Zerzan, idem, p 30).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec le refus du travail et toutes les luttes que l'on peut y rattacher, toutes celles o&#249; l'ouvrier, &#171; agit &#224; partir de ce qu'il d&#233;sire par soi-m&#234;me et pour soi-m&#234;me &#187;, c'est dans la forme m&#234;me des luttes que l'institutionnalisation, les m&#233;diations &#224; nier pour parvenir &#224; une affirmation &#171; vraie &#187; de la classe ouvri&#232;re, sont critiqu&#233;es et enfin ni&#233;es. Dans le refus du travail, la &#171; lutte de classe est plus forte et plus vivace, mais plus insaisissable selon les crit&#232;res traditionnels &#187; (Henri Simon, postface au texte de Zerzan). La constatation est parfaitement pertinente, mais c'est dans le cadre g&#233;n&#233;ral de l'id&#233;ologie construite comme &#171; critique du travail &#187; qu'il faut la comprendre. Cette lutte de classe, &#171; plus vivace &#187; mais &#171; plus insaisissable &#187;, c'est la rupture, comme forme de la lutte, d'avec toutes les m&#233;diations de l'affirmation de la classe. Ainsi, dans cette id&#233;ologie, se construisent toutes les d&#233;terminations n&#233;cessaires pour qu'elle soit, pour elle-m&#234;me, l'affirmation enfin possible de la classe ouvri&#232;re et du travail. L'id&#233;ologie du &#171; refus du travail &#187; r&#233;ussit le tour de force &#8211; si l'on consid&#232;re son appellation - de se pr&#233;senter comme l'affirmation enfin possible du travail contre le capital.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette id&#233;ologie n'&#233;tait pas que la simple interpr&#233;tation d'un ensemble de luttes pr&#233;sentant des caract&#233;ristiques communes. Cet ensemble fut construit id&#233;ologiquement, avec les d&#233;terminations que nous avons analys&#233;es (la rupture avec toutes les m&#233;diations de l'affirmation de la classe), pour &#234;tre la r&#233;solution des impasses du programmatisme et, plus sp&#233;cifiquement, de l'ultragauche. Elle se devait, en tant que cette r&#233;solution, d'&#234;tre une id&#233;ologie de la r&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La critique de Charles Reeve contre le texte de Zerzan et contre tous les commentaires qui s'ensuivirent est, sur de nombreux points, d&#233;risoire (Revue 'Spartacus', juillet-ao&#251;t 1976). Le premier point de cette critique porte sur le fait que le refus du travail n'est pas une nouveaut&#233;. Elle se r&#233;f&#232;re &#224; une ph&#233;nom&#233;nologie de la lutte de classe pour laquelle, paradoxalement, le ph&#233;nom&#232;ne contiendrait et permettrait de conna&#238;tre imm&#233;diatement son essence, en dehors de son contexte historique. Le second point portant sur la s&#233;paration entre action collective et action individuelle (que serait le refus du travail), quant &#224; lui, ne tient &#233;videmment pas la route quand il s'agit de luttes anti-travail de l'ampleur de cette p&#233;riode. Le troisi&#232;me point pr&#233;sentant le refus du travail comme l'id&#233;ologie par excellence de la bourgeoisie frise le ridicule quand il s'agit de pratiques massives d'O.S. L'exhortation r&#233;p&#233;t&#233;e de fa&#231;on incantatoire &#224; &#171; l'affrontement ouvert, collectif et conscient contre le capitalisme &#187; tient lieu de toute analyse de la p&#233;riode de la lutte de classe : il y a une norme et les ouvriers n'ont plus qu'&#224; la rejoindre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelques arguments ont plus de poids parce qu'en fait ils mettent en &#233;vidence l'enjeu essentiel de l'id&#233;ologie du &#171; refus du travail &#187;. Reeve dit en substance &#224; ses adversaires : &#171; vous sciez la branche sur laquelle, vous et moi, nous sommes assis &#187;. &#171; Quand on constate, comme le fait Zerzan, que les travailleurs ont aujourd'hui tendance dans les luttes &#224; vouloir prendre le contr&#244;le des forces productives, alors on a du mal &#224; se faire &#224; l'id&#233;e selon laquelle le 'refus du travail' et le sabotage sont les formes 'd&#233;cisives' de la lutte r&#233;volutionnaire moderne ! En effet c'est seulement de la lutte collective que peuvent na&#238;tre ces nouvelles tendances &#224; la &lt;i&gt;r&#233;appropriation par les travailleurs du pouvoir sur l'appareil productif&lt;/i&gt; &#187;&lt;i&gt; &lt;/i&gt;(Reeve, op. cit.). De Zerzan &#224; Reeve l'objectif est le m&#234;me : la prise de contr&#244;le par les travailleurs de l'appareil productif (il n'y a qu'en famille que l'on se dispute et s'insulte aussi bien). Et Reeve de rajouter : lorsque les travailleurs entament, comme &#224; Lip, cette r&#233;appropriation, les plus ardents z&#233;lateurs du &#171; refus du travail &#187; font la grimace. Reeve voudrait, en cette fin d'un cycle de luttes, le programmatisme sans ses impasses : l'affirmation autonome du prol&#233;tariat doit passer par sa mont&#233;e en puissance dans le mode de production capitaliste, par sa d&#233;finition dans les m&#233;diations de l'implication r&#233;ciproque. C'est cette contradiction et les impasses qui s'ensuivent qu'avait tent&#233; de r&#233;soudre l'id&#233;ologie du &#171; refus du travail &#187;. Il s'agit, pour Reeve, de toujours pr&#244;ner la r&#233;volution comme r&#233;organisation de la production, comme mise au travail g&#233;n&#233;rale de la soci&#233;t&#233;, comme g&#233;n&#233;ralisation de la condition prol&#233;tarienne, &lt;i&gt;comme si de rien n'&#233;tait&lt;/i&gt;. La hargne de sa critique est due &#224; la haine contre ces inconscients qui, en voyant dans le &#171; refus du travail &#187; la solution des impasses du programmatisme, ne s'aper&#231;oivent pas qu'ils ont ouvert, au niveau th&#233;orique, la bo&#238;te de Pandore.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, si l'on reste &#224; l'int&#233;rieur de la probl&#233;matique de l'affirmation de la classe, la principale critique de Reeve consiste &#224; souligner que ces formes de luttes sont conjoncturelles. &#171; Avec les transformations du capitalisme, avec la fin du capitalisme lib&#233;ral et le d&#233;veloppement de la forme moderne d'intervention &#233;tatique, le mouvement syndical gagne une nouvelle fonction, celle de g&#233;rer les 'avantages sociaux' permis par ce nouveau d&#233;veloppement. La violence du travail salari&#233; augmente en m&#234;me temps que l'int&#233;gration des travailleurs par la mise en place de ces syst&#232;mes de s&#233;curit&#233; sociale, d'aides publiques diverses. Tout cela avec le but de rendre moins conflictuel le processus de reproduction de la force de travail. Mais ces syst&#232;mes d'aide sociale - 'le salaire social', comme on l'a appel&#233; - permettent aussi aux travailleurs de nouvelles possibilit&#233;s de r&#233;sistance au travail. L'absent&#233;isme, l'utilisation des allocations de ch&#244;mage, apparaissent alors &#224; un nombre croissant de travailleurs comme des possibilit&#233;s nouvelles de r&#233;sistance &#224; utiliser. Le syst&#232;me le permet tant que l'accumulation capitaliste se poursuit sans &#224;-coups car cette forme de r&#233;sistance est aussi pour lui un moindre mal. (...) Une fois r&#233;duites les possibilit&#233;s d'utilisation de ces 'avantages sociaux', on verra s'&#233;crouler le mythe de l'absent&#233;isme comme forme de lutte radicale, de la m&#234;me fa&#231;on que d&#233;j&#224; aujourd'hui le mot d'ordre 'refus du travail' s'effondre devant le d&#233;veloppement du ch&#244;mage.' (&lt;i&gt;idem&lt;/i&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Face &#224; cette redoutable attaque, les d&#233;fenseurs du &#171; refus du travail &#187; multiplient les exemples montrant que ces luttes se d&#233;veloppent souvent dans des branches industrielles en crise et / ou des r&#233;gions o&#249; le taux de ch&#244;mage est d&#233;j&#224; tr&#232;s &#233;lev&#233;. Cependant, quelques ann&#233;es apr&#232;s, Reeve appara&#238;tra comme ayant eu finalement raison, ce qu'&lt;i&gt;Echanges&lt;/i&gt; m&#234;me reconna&#238;t seize ans apr&#232;s dans son num&#233;ro 78, p 14 : &#171; Depuis quelque temps, nous pensions reprendre ces textes (de la brochure &lt;i&gt;Le refus du travail&lt;/i&gt;, nda), non pour les mettre &#224; jour mais pour y int&#233;grer les cons&#233;quences de la pr&#233;sente situation de crise du capital sur des attitudes ouvri&#232;res qui paraissaient li&#233;es &#224; la p&#233;riode d'expansion et de plein emploi &#187;. Bien s&#251;r le texte qui suit alors, traduit de la publication am&#233;ricaine &lt;i&gt;Collective Action Notes&lt;/i&gt;, n'est pas une capitulation en rase campagne. La lutte continue mais d&#233;fensive et &#224; un &#171; micro niveau &#187; Ce qui a disparu, c'est son interpr&#233;tation triomphaliste comme &#171; le processus d&#233;j&#224; engag&#233; de la destruction du capitalisme et de la production du communisme &#187;, parce que, finalement, ce qui maintenant ne peut plus &#234;tre dit c'est que la r&#233;volution est la ma&#238;trise par le prol&#233;tariat de ses conditions d'existence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Penser que Reeve ait eu raison est d&#251; &#224; une illusion d'optique. Reeve et ses adversaires ne prennent les choses que d'un point de vue quantitatif. Ce qui mettra un terme aux luttes de &#171; refus du travail &#187; c'est la d&#233;faite globale de l'ancien cycle et la restructuration du capital, c'est-&#224;-dire les transformations structurelles, qualitatives, du rapport entre travail et capital et les nouvelles modalit&#233;s d'exploitation de la force de travail. Ce n'est pas, quantitativement, en elle-m&#234;me, la mont&#233;e du ch&#244;mage qui met un terme &#224; ces luttes (comme le montrent bien les exemples avanc&#233;s par &lt;i&gt;Echanges&lt;/i&gt; en r&#233;ponse &#224; Reeve), mais les modifications du rapport entre ch&#244;mage et activit&#233;, la destruction de l'identit&#233; ouvri&#232;re dont finalement les luttes de refus du travail &#233;taient une des manifestations. Ce n'est pas un hasard si c'est en Angleterre, o&#249; celle-ci &#233;tait particuli&#232;rement vivace, que le mouvement de refus du travail put se poursuivre de fa&#231;on puissante malgr&#233; la mont&#233;e du ch&#244;mage, cela justement parce que la restructuration, jusqu'aux &#171; ann&#233;es Thatcher &#187;, avait &#233;norm&#233;ment de mal &#224; se frayer un passage. La situation se renverse au moment o&#249; la sous-traitance, l'int&#233;rim, le ch&#244;mage ou la &lt;i&gt;casa integrazione&lt;/i&gt;, deviennent &lt;i&gt;la forme normale&lt;/i&gt; d'utilisation de la classe ouvri&#232;re. C'est cette d&#233;faite que les luttes de ch&#244;meurs et pr&#233;caires ont commenc&#233; &#224; retourner contre le capital au tournant des ann&#233;es 1990-2000. Mais alors nous avions chang&#233; de cycle de luttes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&lt;a id=&#034;__RefHeading___Toc6407_155729733&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Le refus du travail : vers le d&#233;passement du programmatisme&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'id&#233;ologie du &#171; refus du travail &#187; non seulement s'inscrivait comme id&#233;ologie finale de l'ancien cycle de luttes, mais encore elle &#233;tait une id&#233;ologie de transition entre deux cycles de luttes. Le &#171; refus du travail &#187;, en effet, s'il appartient &#224; la probl&#233;matique de l'ancien cycle, est amen&#233;, en tant que concept th&#233;orique rendant compte d'une situation de la lutte de classes, &#224; la faire &#233;clater (ce que Reeve avait parfaitement pressenti dans sa hargne &#224; lui faire barrage). Le &#171; refus du travail &#187; ne peut rester dans la probl&#233;matique de l'affirmation de la classe ouvri&#232;re, de la prise en main par celle-ci de ses moyens d'existence. Essayer de faire coexister les deux ne r&#233;sultait pas d'une incoh&#233;rence mentale, mais d'une &#171; n&#233;cessit&#233; logique &#187; &#224; l'int&#233;rieur de cette probl&#233;matique m&#234;me. Cependant, tout cela &#233;tait bien instable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;j&#224;, dans le n&#176;118 d'ICO (juin 1972), un texte non-sign&#233; (&#233;manant d'un des futurs fondateurs de la revue &lt;i&gt;N&#233;gation&lt;/i&gt;) r&#233;alisait une critique syst&#233;matique de la compr&#233;hension gestionnaire du refus du travail, c'est-&#224;-dire de son incoh&#233;rence fondamentale. Ce texte, &lt;i&gt;Contre interpr&#233;tation du contre-planning dans l'atelier&lt;/i&gt;, r&#233;pondait &#224; celui de Watson (&lt;i&gt;Contre-planning dans l'atelier&lt;/i&gt;) sur lequel Zerzan allait un peu plus tard fonder en grande partie son analyse &#171; paradoxale &#187; du refus du travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette critique est th&#233;oriquement fondatrice Elle pose les bases de l'analyse du refus du travail comme fondement pratique de la th&#233;orie de l'auton&#233;gation du prol&#233;tariat. &#171; Ce caract&#232;re sacr&#233; du travail chez les conseillistes repose sur la croyance (&#224; la vie dr&#244;lement dure) qu'il y aurait d'un c&#244;t&#233; le travail des producteurs des richesses sociales et de l'autre le travail producteur de marchandises plus-value et donc de la richesse capitaliste. (...) L'existence de chaque entreprise correspond aux exigences internes de ce mode de production (valorisation-concurrence) et ne peut survivre &#224; sa destruction. Autog&#233;rer les entreprises revient &#224; autog&#233;rer la production capitaliste et ce n'est pas la bonne volont&#233; de faire autrement qui peut y changer quelque chose. (...). A la conscience de producteur (des richesses sociales) a succ&#233;d&#233; la conscience de prol&#233;taire (producteurs de la plus-value) et le contenu des luttes, au-del&#224; de leurs causes semblables, s'est transform&#233; : de gestionnaires et &lt;i&gt;positives&lt;/i&gt;, elles sont devenues de plus en plus destructrices, purement &lt;i&gt;n&#233;gatives&lt;/i&gt; ; c'est ce qui explique leur manque de perspectives au-del&#224; de l'espace-temps d'une gr&#232;ve, car leur seule issue serait l'autosuppression du prol&#233;tariat, et donc la destruction du capital. &#187; (op. cit.). La critique faisait ressortir la parent&#233; profonde existant entre le l&#233;ninisme du gauchisme et le conseillisme autogestionnaire : &#171; l'un et l'autre exaltent le prol&#233;tariat &lt;i&gt;en tant que prol&#233;tariat&lt;/i&gt;, ils l'exhortent &#224; prendre le pouvoir des mains de la bourgeoisie. Pour les uns c'est le pouvoir politique, pour les autres c'est le pouvoir &#233;conomique ; ils sont en fait indissolublement li&#233;s au-del&#224; de leurs fausses oppositions id&#233;ologiques. &#187; (idem). Et le texte concluait : &#171; L'auton&#233;gation du prol&#233;tariat est le juste contraire de la n&#233;gation du genre humain... &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De son c&#244;t&#233;, dans le cours m&#234;me de la pol&#233;mique avec Reeve, Peter Rachleff (dans la revue &lt;i&gt;Fifth Estate&lt;/i&gt;, f&#233;vrier 1977) prenant la d&#233;fense de Zerzan, d&#233;truit en fait toute son interpr&#233;tation et sort le &#171; refus du travail &#187; de la probl&#233;matique d'affirmation de la classe dans laquelle Zerzan l'avait enferm&#233;e. &#171; C'est ici que Reeve est pris au pi&#232;ge par des conceptions hors du temps. Car ces luttes collectives ne peuvent se d&#233;velopper &#224; partir de la suppression des d&#233;sirs personnels 'priv&#233;s', de la soumission de l'individu &#224; la collectivit&#233;, mais sont le produit d'une fusion nouvelle des besoins et des d&#233;sirs individuels et collectifs, &lt;i&gt;l'auto-abolition du prol&#233;tariat &lt;/i&gt;(soulign&#233; par nous). La lutte contre le travail est &#224; la fois individuelle et collective et ces deux aspects se renforcent mutuellement l'un l'autre. Le refus individuel d'&#234;tre un travailleur salari&#233; est li&#233; au combat du prol&#233;tariat pour se lib&#233;rer lui-m&#234;me des contraintes de sa position sociale. Pour bien voir ceci, nous devons rompre avec les conceptions traditionnelles de la lutte de classes qui d&#233;finissent son but comme &#233;tant la dictature du prol&#233;tariat. Toute cette conception est fausse. L'objectif des luttes de classe actuelles, le r&#233;sultat qu'elles pr&#233;figurent c'est l'abolition du prol&#233;tariat, la destruction du capital sous tous ces aspects. (...) Aujourd'hui, il n'est plus d&#233;sirable, ni m&#234;me imaginable de viser le contr&#244;le de l'appareil tel qu'il existe et de le g&#233;rer dans notre int&#233;r&#234;t. Le capital a &#233;tendu ses tentacules &#224; l'activit&#233; m&#234;me, &#224; la nature du travail. (in &lt;i&gt;Le refus du travail&lt;/i&gt;, p 27-28). Dans les positions d&#233;fendues par Rachleff prend forme le concept d'auton&#233;gation du prol&#233;tariat d&#233;j&#224; &#224; l'&#339;uvre en France dans des revues comme &lt;i&gt;N&#233;gation&lt;/i&gt; ou &lt;i&gt;Intervention Communiste&lt;/i&gt;. Fond&#233; sur le refus du travail, ce concept compl&#232;te celui-ci et lui donne toute sa coh&#233;rence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tr&#232;s vite la &#171; solution &#187; r&#233;sum&#233;e dans la formule de &lt;i&gt;l'auton&#233;gation du prol&#233;tariat&lt;/i&gt; entra &#224; son tour &lt;i&gt;en crise&lt;/i&gt;. En effet, si la r&#233;volte contre le travail marque la fin de l'affirmation du prol&#233;tariat, elle n'est pas en tant que telle production de la situation r&#233;volutionnaire. Les prol&#233;taires qui sabotent expriment leur ras-le-bol de l'intensification de l'exploitation, et sentent bien que rien de la vie qu'on a perdu dans la production des marchandises ne peut se retrouver dans leur consommation. Leur r&#233;volte n'impliquait pourtant pas la destruction prochaine du capital, car elle s'inscrivait dans l'&#233;puisement d'un r&#233;gime d'exploitation &#8211; et donc d'accumulation &#8211; qu'avait g&#233;n&#233;ralis&#233; &#224; partir des &#201;tats-Unis la sanglante restructuration de la Seconde Guerre mondiale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cette phase critique de la fin de l'ancien cycle de luttes, o&#249; la restructuration du capital est &#224; la fois &lt;i&gt;n&#233;cessaire &lt;/i&gt;et &lt;i&gt;dilu&#233;e-report&#233;e&lt;/i&gt;, l'auton&#233;gation du prol&#233;tariat est un concept &#224; la fois&lt;i&gt; in&#233;vitable&lt;/i&gt; et&lt;i&gt; impossible&lt;/i&gt;. S'il donne sens au refus du travail et ach&#232;ve de liquider le programme ouvrier, il ne r&#233;sout pas le probl&#232;me de la communisation. Au contraire, il le transpose sur un plan sp&#233;culatif o&#249; il devient tout &#224; fait insoluble. Sur ce plan, quels que soient les raffinements de l'analyse, la contradiction capital / prol&#233;tariat se r&#233;duit &#224; une opposition simple, ext&#233;rieure, entre la valeur en proc&#232;s et l'homme ou le travail vivant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une telle conception fait du prol&#233;tariat le sujet et l'objet de la r&#233;volution, qui devient une op&#233;ration du prol&#233;tariat sur lui-m&#234;me. La conclusion logique est qu'il doit d'abord &lt;i&gt;se d&#233;gager&lt;/i&gt; des rapports de production capitalistes pour ensuite les &lt;i&gt;d&#233;truire&lt;/i&gt;. N&#233;gatif de l'humanit&#233; communisatrice, il se forme sur la base du d&#233;veloppement et de la crise du capital, mais &lt;i&gt;n'appartient pas&lt;/i&gt; &#224; la soci&#233;t&#233; du capital. Une telle conclusion est plus facile &#224; critiquer quarante ans apr&#232;s, parce que la restructuration est pass&#233;e par l&#224;, mais elle paraissait &#233;vidente dans la situation de l'&#233;poque. Car, dans le m&#234;me mouvement o&#249; le refus du travail faiblit dans les usines, la contestation de &lt;i&gt;l'ali&#233;nation&lt;/i&gt; capitaliste gagne toutes les institutions participant &#224; sa reproduction. De l'&#233;cole &#224; la prison en passant par l'h&#244;pital psychiatrique, et sans oublier la famille, c'est l'ensemble de ces organes de reproduction du rapport d'exploitation qui est contest&#233;. Le capital est de moins en moins contest&#233; comme exploitation et de plus en plus comme pure &lt;i&gt;oppression&lt;/i&gt; ou &lt;i&gt;destruction&lt;/i&gt;. On glisse de la notion de r&#233;volution &#224; celle de &lt;i&gt;subversion&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La th&#233;orie &#171; subversive &#187; attaque la contre-r&#233;volution en la d&#233;connectant de la contradiction qui la forme. En s'en tenant &#224; une d&#233;nonciation illusoire de &#171; man&#339;uvres &#187; politiques et de &#171; mystifications &#187; id&#233;ologiques, elle s&#233;pare les r&#233;volutionnaires (notion qui nait de cette s&#233;paration) et le mouvement communiste et r&#233;duit la th&#233;orie &#224; un programme &#224; diffuser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, appara&#238;t imm&#233;diatement toute la limite de ce concept dans la mesure o&#249; il n'est qu'un n&#233;gatif : l'expression imm&#233;diate de &lt;i&gt;l'impossibilit&#233;&lt;/i&gt; de l'affirmation du travail. Pour pouvoir produire la r&#233;volution et le communisme, comme on l'a d&#233;j&#224; entrevu, la constitution d'un &lt;i&gt;humanisme th&#233;orique&lt;/i&gt;, c'est-&#224;-dire d'une essence humaine que l'on distingue, dans le prol&#233;tariat, de son strict rapport contradictoire avec le capital, se chargera de fournir &#224; ce concept son contenu propre. Sous le prol&#233;taire, le sujet de la r&#233;volution c'est l'Homme avec ses besoins et ses d&#233;sirs, sa socialit&#233; en tant qu'&#234;tre g&#233;n&#233;rique. On arrive alors, de fa&#231;on coh&#233;rente, au bout de la &#171; conception traditionnelle &#187; On montre son impasse, mais celle-ci n'est pas d&#233;pass&#233;e. Quand on tient la lutte de classe, on ne tient plus la r&#233;volution, quand on tient la r&#233;volution, on ne tient plus la lutte de classe. La r&#233;volution demeure le processus d'une affirmation, celle de la nature humaine sous le prol&#233;taire. C'est ce concept d'auton&#233;gation du prol&#233;tariat, li&#233; &#224; la &#171; critique du travail &#187;, qui sera charg&#233; du d&#233;passement de la &#171; conception traditionnelle &#187;, mais il est lui-m&#234;me une sorte de concept &#171; demi-solde &#187; : li&#233; &#224; une probl&#233;matique ant&#233;rieure, on lui demande d'en formuler une nouvelle. Cette nouvelle probl&#233;matique n'est alors qu'une solution aux anciens probl&#232;mes. Ce n'&#233;tait pas dans les solutions apport&#233;es que r&#233;sidait l'impasse, mais dans la question elle-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec l'&lt;i&gt;auton&#233;gation du prol&#233;tariat&lt;/i&gt;, la contradiction entre le prol&#233;tariat et le capital devient l'essence contradictoire du prol&#233;tariat : il s'abolit &lt;i&gt;et donc &lt;/i&gt;abolit le capital. Il est simultan&#233;ment le travail et sa subsomption sous le capital, travail vivant et travail mort. C'est la contradiction entre le prol&#233;tariat et le capital que l'on retrouve comme &#171; essence du prol&#233;tariat &#187;. Il semblerait, de prime abord, que ce soit le capital qui ait disparu mais, en fait, c'est bel et bien le prol&#233;tariat. Sous son nom, c'est simplement le d&#233;veloppement contradictoire du mode de production capitaliste que l'on retrouve. Le proc&#232;s de l'exploitation est devenu l'essence d'un de ses termes, le prol&#233;tariat. Il devient alors un monstre conceptuel. Il est, en lui-m&#234;me, dans son existence, la propre impossibilit&#233; de cette existence. Impossibilit&#233; de son existence en tant que classe, mais simultan&#233;ment synth&#232;se, totalit&#233; du mode de production. Il n'est alors que le nom que l'on donne au cours contradictoire des cat&#233;gories &#233;conomiques du capital, devenues manifestations d'un sujet transcendantal, l'homme en tant qu'&#234;tre g&#233;n&#233;rique, qui, jamais, ne se confond avec aucune r&#233;alit&#233; de son &#339;uvre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La th&#233;orisation de la r&#233;volution comme auton&#233;gation du prol&#233;tariat fut &lt;i&gt;le point de d&#233;part&lt;/i&gt; de la compr&#233;hension de la r&#233;volution dans la subsomption r&#233;elle du travail sous le capital et de toute critique du programmatisme Elle fut, &#224; la fin des ann&#233;es 60, la marque profonde et &lt;i&gt;d&#233;cisive&lt;/i&gt; de la grande transformation de la th&#233;orie de la r&#233;volution communiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant &#224; partir de la fin des ann&#233;es 1970, la restructuration du rapport d'exploitation, en tant que mise en forme coh&#233;rente des &#233;l&#233;ments &#233;pars &#233;gren&#233;s en r&#233;ponse aux luttes, imposait &#224; nouveau, non th&#233;oriquement, mais de fait, une solution de continuit&#233; entre les luttes imm&#233;diates et la r&#233;volution. Tandis que disparaissaient toutes ces luttes li&#233;es au refus du travail, dans lesquelles l'ultragauche avait vu la solution de ses impasses, les luttes les plus dures, comme en France, dans la sid&#233;rurgie et peu de temps apr&#232;s dans l'automobile, si elles pouvaient s'opposer aux syndicats, ne faisaient cependant que r&#233;clamer la d&#233;fense de l'emploi. L'auton&#233;gation du prol&#233;tariat ne pouvait plus appara&#238;tre comme l'aboutissement naturel de son impossibilit&#233; &#224; s'affirmer ou comme l'affirmation d'un &#233;l&#233;ment d&#233;velopp&#233; dans le mode de production capitaliste et le remettant en cause, comme l'&#233;tait le &#171; travail social &#187; pour les op&#233;ra&#239;stes. D'un c&#244;t&#233;, on ne parvenait plus &#224; donner un sens aux pratiques imm&#233;diates ; de l'autre, on faisait de la possibilit&#233; de la r&#233;volution le r&#233;sultat d'une contradiction interne au prol&#233;tariat dont l'&#233;l&#233;ment r&#233;volutionnaire, l'humanit&#233; aurait &#233;t&#233; justement ce que masque sa d&#233;finition comme classe en implication r&#233;ciproque avec le capital. L'auton&#233;gation et le &#171; refus du travail &#187; &#233;taient devenus purement et simplement un humanisme th&#233;orique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au lieu d'une contradiction historique entre classes, certains, comme les r&#233;dacteurs de la revue &lt;i&gt;La Banquise&lt;/i&gt;, th&#233;oris&#232;rent un conflit entre deux essences, ou plut&#244;t entre le positif (l'homme-prol&#233;taire) et le n&#233;gatif de la m&#234;me essence (le monstre ou le non-homme capital). La question &#233;tait alors de savoir comment la &#171; tension confuse vers le communisme &#187; allait pouvoir se r&#233;aliser, comment l'homme valait pouvoir enfin supprimer le non-homme. Ceci parce qu'on avait d'abord con&#231;u le rapport capital / prol&#233;tariat comme une &lt;i&gt;condition prol&#233;tarienne&lt;/i&gt; venant se &lt;i&gt;surajouter&lt;/i&gt; au fait d'&#234;tre homme, comme simple &lt;i&gt;corset &lt;/i&gt;de l'essence humaine. Or, c'est la situation m&#234;me de prol&#233;taire qui fait que le prol&#233;taire ne veut pas le rester, c'est cette situation m&#234;me qui d&#233;finit l'humain et l'inhumain. La r&#233;volte contre le capital et sa propre situation ne renvoie pas pour le prol&#233;taire &#224; une diff&#233;renciation entre ce qu'il serait dans son rapport au capital et ce qu'il serait en tant que personne, pour lui-m&#234;me. Car si la seule marchandise qu'il ait &#224; vendre, sa force de travail, fait corps avec lui, si dans le mouvement m&#234;me o&#249; elle ne lui appartient plus, il ne s'appartient plus, alors il n'y a plus aucune essence ou nature humaine, &lt;i&gt;aucune positivit&#233; ou ext&#233;riorit&#233;&lt;/i&gt; de son &#234;tre qu'il puisse opposer au &#171; monstre capital &#187;. Il ne s'agit plus que de deux moments ins&#233;parables de son rapport au capital : l'achat-vente de la force de travail ; la subsomption du travail sous le capital. Apr&#232;s un tr&#232;s long silence, n'ayant toujours rien vu de la restructuration, Dauv&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb19&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;R&#233;dacteur principal de La Banquise&#034; id=&#034;nh19&#034;&gt;19&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; r&#233;apparut avec les publications du bulletin &lt;i&gt;Trop Loin&lt;/i&gt; pour nous dire qu'il &#171; fallait attendre &#187; pour enfin r&#233;ussir ce qui avait &#233;t&#233; &#233;bauch&#233; en mai 68.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034; id='DYNAMIQUE-DU-CYCLE-DE-LUTTE-PRESENT-ECARTS-ET-ENCORE-L-HUMANITE'&gt;
&lt;a id=&#034;__RefHeading___Toc6409_155729733&#034;&gt;&lt;/a&gt;
DYNAMIQUE DU CYCLE DE LUTTE PR&#201;SENT : &#201;CARTS ET ENCORE L'HUMANIT&#201;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Il nous faut encore comprendre le constant regain, depuis la fin des ann&#233;es 1960 jusqu'&#224; aujourd'hui, de ce communisme philosophique qui en appelle &#224; l'Homme et au Genre et qui avait caract&#233;ris&#233; toute la production th&#233;orique communiste dans la premi&#232;re moiti&#233; des ann&#233;es 1840. Pourquoi, constamment, dans la production th&#233;orique actuelle, voit-on r&#233;appara&#238;tre la r&#233;volution communiste comme abolition de ce qui m&#233;diatise et s&#233;pare les hommes de leur vraie nature de Communaut&#233;, d'Homme, d'&#234;tre g&#233;n&#233;rique, c'est-&#224;-dire sous une forme qui singe la fin de la philosophie classique allemande ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme nous l'avons vu, la r&#233;ponse se trouve bien s&#251;r dans le moment o&#249; s'ach&#232;ve le cycle de luttes pr&#233;c&#233;dent et o&#249; prend naissance le cycle de lutte actuel, c'est-&#224;-dire au tournant de la fin des ann&#233;es 1960 et du d&#233;but des ann&#233;es 1970 : la &#171; p&#233;riode 68 &#187;. Mais la r&#233;ponse ne se trouve pas que l&#224; o&#249; elle est la plus &#233;vidente. En effet, si, au d&#233;but des ann&#233;es 70, toute la &#171; th&#233;orie radicale &#187; (ainsi qu'elle se baptisait &#224; l'&#233;poque) s'est mise au &#171; jeune Marx &#187; comme l'on se &#171; mettrait au vert &#187; au sortir de l'usine, et si tous ses tenants sont devenus feuerbachiens, cela n'explique pas totalement pourquoi, &lt;i&gt;quarante&lt;/i&gt;&lt;i&gt; apr&#232;s&lt;/i&gt;, l'Homme est toujours l&#224; comme le suppl&#233;ment d'&#226;me, le suppl&#233;ment de radicalit&#233; que devrait comporter la lutte de classe pour &#234;tre ce qu'elle doit &#234;tre, pour &#234;tre r&#233;volutionnaire. La r&#233;ponse n'est pas que dans l'origine, la faillite du programmatisme, mais aussi dans la structure et le d&#233;roulement m&#234;me du cycle de lutte actuel. Disons-le tout de suite, c'est la conception, n&#233;cessaire actuellement, de la r&#233;volution comme communisation qui contient le regain constant et l'apparente l&#233;gitimit&#233; des niaiseries feuerbachiennes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tous ceux qui, dans cette phase d'effondrement du programmatisme, tentaient de r&#233;fl&#233;chir &#224; ce que pouvait &#234;tre le d&#233;passement communiste de cette soci&#233;t&#233;, se trouvaient confront&#233;s &#224; cette &#233;vidence massive qui &#233;tait le crit&#232;re essentiel de cette p&#233;riode : la fin d'une p&#233;riode historique de la r&#233;volution et du communisme comme affirmation du prol&#233;tariat. C'est cette situation sociale qui produisit la relecture de Marx &#224; partir des &#171; &#339;uvres de jeunesse &#187; cens&#233;es fournir une th&#233;orie r&#233;volutionnaire au-del&#224; du programmatisme prol&#233;tarien parce qu'en-de&#231;&#224;. On conservait la classe ouvri&#232;re &#224; condition que sa r&#233;volte soit &#233;thique et / ou humaine, on conservait les contradictions sp&#233;cifiques du mode de production capitaliste &#224; condition qu'elles soient un moment du cours historique de l'auto-ali&#233;nation de l'Homme pr&#233;parant son retour en lui-m&#234;me (on avait remplac&#233; le &#171; pue-la-sueur &#187; par l'Homme, mais on n'avait pas chang&#233; la probl&#233;matique qui restait celle de &#171; l'&lt;i&gt;Aufhebung&lt;/i&gt; &#187;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Face &#224; l'effondrement du programmatisme, la r&#233;volution ne pouvait donc &#234;tre que la n&#233;gation du prol&#233;tariat par lui-m&#234;me. Comment cela &#233;tait-il alors possible pour cette classe de d&#233;passer sa simple d&#233;fense comme classe ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une premi&#232;re solution semblait couler de source : c'&#233;tait la tendance, comprise comme irr&#233;pressible car inh&#233;rente &#224; l'essence de l'homme, &#224; assurer le triomphe de ce qui est commun aux hommes, leur &#234;tre ensemble, leur essence communautaire, le &lt;i&gt;Genre&lt;/i&gt;. Tendance qui avait enfin trouv&#233; son porteur ad&#233;quat dans le prol&#233;tariat. Cette r&#233;ponse n'&#233;tait pas une &#171; trouvaille &#187; qui, en tant que telle, aurait pu &#234;tre autre ; elle &#233;tait contenue dans le proc&#232;s de faillite m&#234;me de l'auto-organisation et de la r&#233;volution d&#233;finie comme dynamique de l'autonomie prol&#233;tarienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais si l'humanisme th&#233;orique est &lt;i&gt;toujours pr&#233;sent&lt;/i&gt; dans le cycle de luttes qui fut alors inaugur&#233;, c'est que la lutte de classe est confront&#233;e &#224; un probl&#232;me redoutable : agir en tant que classe est devenu, pour le prol&#233;tariat, la limite de son action en tant que classe. Au lieu d'&#234;tre simplement attentif au cours de la lutte de classe pour y saisir comment ce probl&#232;me est pos&#233; et comment s'y annonce sa r&#233;solution, il est beaucoup plus ais&#233; d'en trouver la solution &lt;i&gt;a priori&lt;/i&gt;. La lutte de classe du prol&#233;tariat, dans sa manifestation imm&#233;diate comme classe du mode de production capitaliste, ne pourrait sortir de la dialectique de son implication r&#233;ciproque avec le capital. Il faudrait donc une intervention autre, une pr&#233;sence autre dans les luttes. Cette intervention, cette pr&#233;sence, c'est l'increvable Humanit&#233;. Nous reconnaissons notre vieille ennemie, l'Humanit&#233;, qui sait si bien renaitre de ses cendres, car &lt;i&gt;elle na&#238;t de la question m&#234;me qui structure chaque cycle de luttes&lt;/i&gt; : comment une classe peut-elle abolir les classes ? Elle na&#238;t de l'apparente aporie &#224; laquelle la lutte de classe est confront&#233;e, elle en na&#238;t et se pr&#233;sente comme la solution, chaque fois changeante, qui &#233;limine le probl&#232;me &#224; partir de lui-m&#234;me. Cette r&#233;surrection sera dans le programmatisme l'humanit&#233; du Travail, dans la crise du programmatisme, l'humanit&#233; du &#171; refus du travail &#187;, dans l'abandon des classes, l'humanit&#233; de l'Humanit&#233;, et, maintenant, l'humanit&#233; de la remise en cause par le prol&#233;tariat de son existence comme classe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le cycle de luttes actuel, &#224; la suite de la restructuration du capital, la contradiction entre le prol&#233;tariat et le capital se situe au niveau de la reproduction d'ensemble donc de la reproduction r&#233;ciproque des classes. Cette contradiction ne comporte plus aucune confirmation du prol&#233;tariat pour lui-m&#234;me. C'est la fin de ce que nous appelons le programmatisme, de l'identit&#233; ouvri&#232;re et de ce que d'autres nomment, de fa&#231;on simplement descriptive, le &#171; vieux mouvement ouvrier &#187;. Dans cette structure de la contradiction, le prol&#233;tariat est &#224; m&#234;me, dans sa contradiction avec le capital qui est implication r&#233;ciproque avec lui (l'exploitation), de se remettre lui-m&#234;me en cause comme classe. Il en r&#233;sulte que l'abolition du capital est sa propre abolition, abolition de toutes les classes et communisation de la soci&#233;t&#233;. Cependant, la dynamique r&#233;volutionnaire (communiste) de ce cycle comporte imm&#233;diatement, de fa&#231;on inh&#233;rente &#224; elle, comme sa limite, ce par quoi elle n'existerait m&#234;me pas : le prol&#233;tariat produit toute son existence en tant que classe dans le capital et non plus dans un rapport &#224; soi-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La dynamique de ce cycle de luttes ne peut &#234;tre qu'interne &#224; ce qui en constitue la limite : agir en tant que classe. C'est cette identit&#233; entre dynamique et limite du cycle de luttes actuel qui ressuscite l'humanit&#233;. En effet, cette identit&#233; n'est pas imm&#233;diate ; il y a, dans le cours des luttes actuelles, des pratiques qui sont la production d'un &lt;i&gt;&#233;cart&lt;/i&gt; &#224; l'int&#233;rieur de l'action en tant que classe. Agir en tant que classe c'est actuellement d'une part n'avoir pour horizon que le capital et les cat&#233;gories de sa reproduction, d'autre part, c'est, pour la m&#234;me raison, &#234;tre en contradiction avec sa propre reproduction de classe, la remettre en cause. Il s'agit des deux faces de la m&#234;me action en tant que classe. Ce conflit, cet &lt;i&gt;&#233;cart&lt;/i&gt; dans l'action de la classe (se reproduire comme classe de ce mode de production / se remettre en cause) existe dans le cours de la plupart des conflits. La d&#233;faite est le r&#233;tablissement de l'identit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La remise en cause par le prol&#233;tariat de son existence comme classe est interne &#224; celle-ci et &#224; sa lutte comme classe, interne &#224; ce qui est la limite des luttes de ce cycle. Dans cette situation, le cycle actuel est une tension constante entre, d'une part, l'autonomisation de sa dynamique (rep&#233;rable dans l'activisme et le mouvement d'action directe), c'est-&#224;-dire la remise en cause par le prol&#233;tariat de sa propre existence comme classe, et, d'autre part, la reconnaissance de son existence toute enti&#232;re dans les cat&#233;gories du capital (le citoyennisme ou d&#233;mocratisme radical, mais aussi l'id&#233;ologie &#171; droiti&#232;re &#187; et nationale sous laquelle op&#232;re de plus en plus dans le monde occidental, mais pas seulement, la lutte de classe). L'autonomisation de la dynamique, c'est consid&#233;rer que l'appartenance de classe est pratiquement d&#233;j&#224; d&#233;pass&#233;e dans certains aspects de la lutte de classe ou que la r&#233;volution sera le fait de prol&#233;taires ayant d&#233;j&#224; abandonn&#233; leurs vieux habits de prol&#233;taires. C'est ainsi que dans le cycle de luttes actuel est ressuscit&#233;e l'humanit&#233;. Un cycle de luttes qui annonce l'abolition de toutes les classes est in&#233;vitablement th&#233;oris&#233; comme comportant d&#233;j&#224; en son sein, potentiellement, le d&#233;passement des classes ou alors dont le d&#233;passement ne peut s'effectuer que par un abandon &lt;i&gt;pr&#233;alable&lt;/i&gt; par le prol&#233;tariat de son existence comme classe, abandon pr&#233;alable dont la possibilit&#233; est son humanit&#233;. Une th&#233;orie de la r&#233;volution communiste comme communisation inclut, comme une d&#233;rive n&#233;cessaire, son expression comme r&#233;volution humaine, d&#233;rive elle-m&#234;me ancr&#233;e dans l'enjeu actuel de la lutte de classe : la remise en cause par le prol&#233;tariat de son existence comme classe dans sa propre action de classe.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034; id='DE-LA-CRITIQUE-DU-PROGRAMMATISME-A-L-EVAPORATION-DE-L-EXPLOITATION-nbsp'&gt;
&lt;a id=&#034;__RefHeading___Toc6411_155729733&#034;&gt;&lt;/a&gt;
DE LA CRITIQUE DU PROGRAMMATISME &#192; L'&#201;VAPORATION DE L'EXPLOITATION : &#171; CRITIQUE DE LA VALEUR &#187; ET &#171; DIALECTIQUE SYST&#201;MATIQUE &#187; &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&lt;a id=&#034;__RefHeading___Toc6413_155729733&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Une bien abstraite exploitation&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Face au m&#234;me effondrement pratique du programmatisme, apparut un autre type de solutions que th&#233;oris&#232;rent en Allemagne l'&#233;cole connue sous le nom de &#171; Critique de la valeur &#187;, mais aussi Postone aux &#201;tats-Unis (&lt;i&gt;Temps, travail et domination sociale&lt;/i&gt;), Chris Arthur en Grande Bretagne (&lt;i&gt;The new dialectic and Marx's Capital&lt;/i&gt;, non traduit en Fran&#231;ais) et, plus r&#233;cemment, la revue anglo-am&#233;ricaine &lt;i&gt;Endnotes&lt;/i&gt;. On d&#233;passe l'effondrement en supprimant la lutte des classes et &#171; l'Homme &#187; n'est jamais bien loin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s le d&#233;but des ann&#233;es 1970, la critique du programmatisme a cherch&#233; son fondement th&#233;orique abstrait dans une reprise de la critique de la valeur. En refondant la th&#233;orie de la r&#233;volution sur l'analyse de la valeur, on affirmait que le travail n'est pas une activit&#233; ext&#233;rieure au capital et donc quelque chose &#224; lib&#233;rer. Le travail &#233;tait justement pos&#233; comme le fondement et une d&#233;termination int&#233;rieure de la valeur. De l'existence m&#234;me de la valeur d&#233;coulait qu'aucune lib&#233;ration du travail n'&#233;tait possible. Cependant, &#224; en rester l&#224;, le capital n'&#233;tait que la forme d&#233;velopp&#233;e de la valeur, c'&#233;tait l'exploitation comme contradiction entre le prol&#233;tariat et le capital qui s'&#233;vanouissait, r&#233;duite &#224; ne plus &#234;tre que &lt;i&gt;l'ombre port&#233;e&lt;/i&gt; des contradictions de la valeur. Soit la lutte des classes avait disparu, soit elle n'&#233;tait plus qu'un avatar al&#233;atoire des aventures solipsistes de la valeur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le probl&#232;me g&#233;n&#233;ral de toute cette approche de la critique de la lib&#233;ration du travail c'est de faire dispara&#238;tre le concept de mode de production sous celui de valeur, de ne faire du mode de production capitaliste qu'une &lt;i&gt;extension logique&lt;/i&gt; de la valeur. Outre les objections m&#233;thodologiques que l'on peut faire &#224; ce proc&#233;d&#233; (syst&#233;matisme h&#233;g&#233;lien, r&#233;troaction, t&#233;l&#233;ologie, m&#233;taphysique du passage de la n&#233;cessit&#233; logique &#224; l'existence n&#233;cessaire&#8230;), plus directement, en ce qui concerne la conception de la lutte des classes, en faisant dispara&#238;tre le concept de mode de production sous celui de valeur, le mode de production n'est plus qu'une &lt;i&gt;rencontre d'&#233;changistes&lt;/i&gt;. &#171; L'&#233;change &#187; de la force de travail est r&#233;duit &#224; un &#233;change, certes tr&#232;s particulier, mais &#233;change tout de m&#234;me. Si bien que l'ensemble de la contradiction entre des classes qu'est l'exploitation peut &#234;tre subsum&#233; en tant que contradiction sous les cat&#233;gories qui font, avec la valeur, de l'&#233;change de la force de travail, une ali&#233;nation marchande. L'ali&#233;nation marchande r&#233;sumerait ce qu'est l'exploitation comme contradiction, un simple proc&#232;s d'abstraction du travail dans lequel la sp&#233;cificit&#233; de l'extraction de &lt;i&gt;plus-value&lt;/i&gt; a disparu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne passe pas, par simple voie dialectique, de l'&#233;change g&#233;n&#233;ralis&#233; de marchandises au &lt;i&gt;rapport de classes&lt;/i&gt; qu'est l'&#233;change de la force de travail. Il y a h&#233;t&#233;ronomie entre les &#233;l&#233;ments en jeu. Le processus dialectique des formes de la valeur s'arr&#234;te &#224; la monnaie et &#224; la &#171; contradiction du tr&#233;sor &#187;. De la monnaie on ne passe pas par le m&#234;me jeu des incompl&#233;tudes h&#233;g&#233;liennes au capital. Ce jeu s'arr&#234;te avec la &#171; rencontre &#187; de &#171; l'homme aux &#233;cus &#187; et du &#171; travailleur libre &#187;,.Cette &#171; rencontre &#187;, ce jeu ne peut la produire (sinon &#171; Rome et Byzance auraient termin&#233; leur histoire avec le mode de production capitaliste &#187;), sauf &#224; penser que la valeur s'empare du travail de par une n&#233;cessit&#233; formelle et t&#233;l&#233;ologique de son concept.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'exploitation n'est plus qu'un moment de la dialectique immanente de la forme valeur. Cette exploitation doit n&#233;cessairement advenir de par cette forme Ainsi le mode de production capitaliste n'est que la valeur sous un autre nom, la valeur totalement d&#233;velopp&#233;e. Dans un certain sens, c'est exact, mais cela ne tient pas &#224; une dialectique immanente de la valeur mais au fait qu'il est le mode de production fond&#233; sur l'achat-vente de la force de travail, c'est ainsi qu'il devient la forme d&#233;velopp&#233;e (&#171; totale &#187; si on veut) de la valeur, et non l'inverse. Quand la valeur devient capital et existerait alors &#171; r&#233;ellement &#187; comme valeur (valeur accomplie), elle existe selon &lt;i&gt;les cat&#233;gories sp&#233;cifiques du capital&lt;/i&gt;. Il faut non seulement consid&#233;rer le capital comme la valeur enti&#232;rement d&#233;velopp&#233;e (donc existante), mais aussi, et en cons&#233;quence, que la valeur devenue capital ce sont &lt;i&gt;les cat&#233;gories propres et les contradictions du capital&lt;/i&gt; : le travail productif, les d&#233;terminations de l'&#233;change, l'exploitation du travail, la baisse du taux de profit, le partage de la journ&#233;e de travail en travail n&#233;cessaire et surtravail, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au contraire, cette approche qui veut se d&#233;barrasser radicalement de l'affirmation du travail cherche &#224; r&#233;aliser l'impossible : &lt;i&gt;d&#233;duire&lt;/i&gt; l'exploitation de la forme valeur. Mais alors l'exploitation n'est plus que le processus d'abstraction du travail qu'est la forme valeur La trivialit&#233; sordide du partage de la journ&#233;e de travail entre travail n&#233;cessaire et surtravail, pr&#233;cis&#233;ment parce que trop triviale et inh&#233;rente &#224; l'imm&#233;diatet&#233; des luttes ouvri&#232;res, a disparu au profit d'une vaste ali&#233;nation o&#249; tous les individus sont gris. Il est dans la nature du rapport d'exploitation, au sens le plus strict de partage de la journ&#233;e de travail, d'effacer la distinction entre travail n&#233;cessaire et surtravail, de faire que toute la production comme valeur se dresse face au travail, &lt;i&gt;mais l&#224; n'est pas la contradiction&lt;/i&gt;&lt;i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb20&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pour autant que l'on n'a pas renvoy&#233; la contradiction entre le prol&#233;tariat (&#8230;)&#034; id=&#034;nh20&#034;&gt;20&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;. A moins de consid&#233;rer le salaire comme prix du travail comme le rapport r&#233;el et non comme une forme de manifestation n&#233;cessaire du salaire comme rapport de production (valeur de la force de travail).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; L'exploitation &#187; n'est trait&#233;e que sous le registre du &#171; d&#233;veloppement de la valeur &#187;, comme une forme g&#233;n&#233;rale, d&#233;velopp&#233;e, de l'ali&#233;nation marchande. Avec la valeur, on ne peut aller plus loin que la critique d'une forme &#171; pervertie &#187; des &#171; relations sociales humaines &#187;. L'ironie involontaire de cette d&#233;marche est de faire ressurgir sous une forme plus ou moins humaniste ce dont on avait voulu se d&#233;barrasser : quelque chose &#224; lib&#233;rer. Le prol&#233;taire n'est alors qu'un &#233;changiste qui se fait particuli&#232;rement grug&#233;. O&#249; sont les classes ? La lutte de classe est priv&#233;e de sa force primordiale qui est sa trivialit&#233;, sa mat&#233;rialit&#233; sordide.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tant que l'on produit la forme-capital en continuit&#233; dialectique avec les formes de la valeur, comme un mouvement inh&#233;rent &#224; ces formes, l'absorption du travail, l'existence de l'ouvrier, prennent place dans une probl&#233;matique qui demeure celle de la valeur : la probl&#233;matique de l'ali&#233;nation comme &lt;i&gt;abstraction g&#233;n&#233;rale du travail&lt;/i&gt;. L'exploitation dans toute sa trivialit&#233;, le partage de la journ&#233;e de travail, l'extorsion de surtravail ne sont plus l'essentiel de la contradiction &#224; l'int&#233;rieur du mode de production capitaliste mais une d&#233;termination envelopp&#233;e dans &lt;i&gt;l'abstraction du travail&lt;/i&gt; qui est devenue la vraie &#171; contradiction &#187;. Tout est si bien boucl&#233; dans le syst&#233;matisme de la valeur que lorsqu'il faut bien en arriver au d&#233;passement de cette situation, ce que l'on avait voulu refouler fait perversement retour. La r&#233;ponse est une vague th&#233;orie humano-prol&#233;tarienne appuy&#233;e sur un vague concept de travail vivant exc&#233;dant toujours, parce qu'elle est activit&#233; humaine, son appropriation par le capital (Chris Arthur) ; une vague perspective r&#233;volutionnaire vaguement gauchiste, un peu autogestionnaire et beaucoup d&#233;mocratique (Postone) ; un mouvement sapant ses propres bases et s'&#233;croulant de lui-m&#234;me &#224; condition que les prol&#233;taires ne s'en m&#234;lent pas (la &#171; Critique de la valeur &#187;) ; une contradiction logique interne &#224; la valeur, cause des &#171; malheurs du temps &#187; et des &#171; d&#233;sagr&#233;ments sociaux &#187; s'incarnant dans divers agents et divers antagonismes (&lt;i&gt;Endnotes&lt;/i&gt;). Il est toujours surprenant de voir coexister une d&#233;bauche de finesses th&#233;oriques sans enjeux explicites avec des consid&#233;rations d'une banalit&#233; totale quand les enjeux sont l&#224; et, cerise sur le g&#226;teau, de voir r&#233;apparaitre implicitement une activit&#233;, une humanit&#233;, des rapports sociaux &#224; &#171; lib&#233;rer &#187;, qui seuls peuvent d&#233;stabiliser une &#171; contradiction &#187; si bien boucl&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la p&#233;riode actuelle de la lutte de classe, la permanence de l'humanisme r&#233;sulte toujours d'une compr&#233;hension qui fait que la lutte de classe du prol&#233;tariat, dans sa manifestation imm&#233;diate comme classe du mode de production capitaliste, est pos&#233;e comme ne pouvant sortir de son implication r&#233;ciproque avec le capital. De fa&#231;on plus ou moins explicite il faut toujours un petit plus. Nous sommes l&#224; dans une critique du programmatisme devenue folle en ce que cette critique accepte tous les termes de la probl&#233;matique qu'elle critique et se contente de dire : &#171; non, cela n'est pas possible &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le probl&#232;me qui mine toutes ces conceptions qui se sont d&#233;barrass&#233;es de l'affirmation du travail au prix de l'abandon de l'exploitation comme contradiction entre le prol&#233;tariat et le capital est celui de la relation des contradictions de la valeur avec la lutte des classes. Ce ne sont que des th&#233;ories de &lt;i&gt;l'impossibilit&#233; du programmatisme&lt;/i&gt;. Ce n'est que cela mais elles ne le savent pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&lt;a id=&#034;__RefHeading___Toc6415_155729733&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Au-del&#224; du programmatisme ou au-del&#224; de la lutte des classes ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces types de th&#233;orisation sont des moments (pas forc&#233;ment n&#233;cessaires, mais li&#233;s &#224; elle) de la th&#233;orie de la communisation. C'est un d&#233;passement devenu fou du programmatisme, c'est-&#224;-dire fonctionnant pour lui-m&#234;me, ayant oubli&#233; son objet ou ne l'ayant pas d&#233;fini, &#233;tant devenu autonome dans ses objectifs. Les outils th&#233;oriques d&#233;velopp&#233;s pour d&#233;passer le programmatisme sont devenus leur propre raison d'&#234;tre : valeur, implication r&#233;ciproque, critique de la transcroissance des luttes revendicatives, auto-organisation et autonomie, etc. Ces outils de critique du programmatisme deviennent leur propre objet, sont d&#233;velopp&#233;s en eux-m&#234;mes et non comme outils-critiques de passage d'un rapport de classe &#224; un autre. D'o&#249; une d&#233;bauche de th&#233;orie qui accompagne une absence d'enjeux (si ce n'est interne &#224; l'autoreproduction de la pens&#233;e universitaire).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'exploitation ne peut exister que dans la transformation (transposition) du travail vivant en valeur, un tel proc&#232;s n'en rend pas compte exhaustivement. On retrouve le probl&#232;me fondamental de ce &#171; d&#233;passement du programmatisme &#187; : dire que la valeur n'&lt;i&gt;est&lt;/i&gt; qu'en tant que capital ne signifie rien d'autre que le capital c'est la valeur, &lt;i&gt;en &lt;/i&gt;&lt;i&gt;tant que capital&lt;/i&gt; n'apporte rien. Renvoyer la totalit&#233; des rapports sociaux capitalistes &#224; la valeur, c'est subsumer la contradiction entre les classes (l'exploitation) sous les contradictions de la marchandise ; c'est faire de l'&#233;change et de ses abstractions, m&#234;me &#171; logiquement d&#233;velopp&#233;s &#187; comme &#171; exploitation &#187;, le contenu de la contradiction entre prol&#233;tariat et capital ; c'est faire disparaitre cette contradiction dans le magma du processus d'abstraction de toute activit&#233;, c'est-&#224;-dire de &#171; l'activit&#233; humaine &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le syst&#232;me est si bien boucl&#233; pour se d&#233;barrasser de l'affirmation du travail que la lutte des classes n'est plus qu'une autod&#233;termination de la totalit&#233; du capital ramen&#233; &#224; une d&#233;duction logique de la forme-valeur. La lutte des classes n'est plus que le lieu o&#249;, entre autres, la (ou les) contradiction(s) logique(s) de la valeur se manifeste(ent). La lutte des classes n'est plus une contradiction dans ses propres termes mais la &lt;i&gt;repr&#233;sentation&lt;/i&gt; de contradictions exprim&#233;es dans les termes de la valeur. Le probl&#232;me c'est que cette contradiction interne de la totalit&#233; (la valeur) est, &lt;i&gt;en tant que telle&lt;/i&gt;, close sur elle-m&#234;me. Elle ne peut &#234;tre une contradiction pour elle-m&#234;me, c'est-&#224;-dire un mouvement incluant sa remise en cause. Il lui faut, premi&#232;rement, un &#233;l&#233;ment qui l'exc&#232;de (le travail comme activit&#233; humaine ou des rapports sociaux que la valeur absorbe et pervertit) et, deuxi&#232;mement, il lui faut s'incarner dans des &#233;l&#233;ments autres (les classes et toutes sortes de termes &#171; antagoniques &#187;) que les siens propres (la valeur d'usage et la valeur d'&#233;change) pour que cette contradiction de la totalit&#233; sorte de la logique et devienne une remise en cause d'elle-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour se d&#233;barrasser de l'affirmation du travail, on s'est d&#233;barrass&#233; de la contradiction entre le prol&#233;tariat et le capital, de la lutte des classes. On n'a pas d&#233;pass&#233; le programmatisme, on l'a seulement d&#233;clar&#233; impossible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne l'a pas d&#233;pass&#233; parce qu'on ne l'a pas compris en lui-m&#234;me comme une forme historique du rapport d'exploitation dans laquelle la vis&#233;e r&#233;volutionnaire du prol&#233;tariat &#233;tait impossible &lt;i&gt;dans ses propres termes programmatiques&lt;/i&gt;, mais comme une &lt;i&gt;incongruit&#233; logique&lt;/i&gt;. Toute cette th&#233;orie qui se qualifie de &#171; th&#233;orie de la forme valeur &#187;, pour laquelle l'exploitation est le devenir abstrait du travail, c'est-&#224;-dire l'ali&#233;nation, est un plaidoyer &lt;i&gt;pro domo&lt;/i&gt; des middle class intello malheureuses dans ce monde. Il peut y avoir production de valeur sans &#234;tre production de plus-value, c'est le cas, dans le monde, de centaines de millions de paysans et d'artisans, mais ce n'est pas d'eux dont parle la &#171; th&#233;orie de la forme valeur &#187;, mais des classes moyennes pour lesquelles la valeur c'est vivre (mal et malheureux) dans l'&#233;change et la marchandise. La &#171; th&#233;orie de la forme valeur &#187;, c'est l'univers du travail improductif, c'est-&#224;-dire &lt;i&gt;improductif de plus-value&lt;/i&gt;, &#233;tendue &#224; l'ensemble des rapports sociaux. Elle est &#224; cette chose profane son aur&#233;ole, son point d'honneur spiritualiste, son compl&#233;ment solennel. C'est la conclusion &#171; radicale &#187; et &lt;i&gt;soulag&#233;e&lt;/i&gt; de la fin de l'identit&#233; ouvri&#232;re. Dans ce discours, les furtives apparitions du terme de classe sont, &#224; br&#232;ve &#233;ch&#233;ance, appel&#233;es &#224; s'estomper dans le lointain du &#171; marxisme traditionnel &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb21&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;On peut trouver une critique de la th&#233;orie de la forme-valeur proche de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh21&#034;&gt;21&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;passer le programmatisme c'est en revenir &#224; l'exploitation, le rapport &lt;i&gt;capitaliste&lt;/i&gt; fondamental.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&lt;a id=&#034;__RefHeading___Toc6417_155729733&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Retour sur l'exploitation&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A travers la baisse du taux de profit, l'exploitation est &lt;i&gt;un proc&#232;s constamment en contradiction avec sa propre reproduction&lt;/i&gt; : le mouvement qu'est l'exploitation est une contradiction pour les rapports sociaux de production dont elle est le contenu et le mouvement. C'est le mode m&#234;me selon lequel le travail existe socialement, la valorisation, qui est la contradiction entre le prol&#233;tariat et le capital. D&#233;fini par l'exploitation, le prol&#233;tariat est en contradiction avec l'existence sociale n&#233;cessaire de son travail comme capital, c'est-&#224;-dire valeur autonomis&#233;e et ne le demeurant qu'en se valorisant : &lt;i&gt;la baisse du taux de profit est une contradiction entre les classes&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'exploitation est une contradiction qui remet en cause ce dont elle est la dynamique, c'est-&#224;-dire qu'elle est une contradiction pour les rapports sociaux de production dont elle est le mouvement. L'exploitation est ce dr&#244;le de jeu o&#249; c'est toujours le m&#234;me qui gagne (parce qu'elle est subsomption), en m&#234;me temps et, pour la m&#234;me raison, &lt;i&gt;c'est un jeu en contradiction avec sa r&#232;gle et une tension &#224; l'abolition de cette r&#232;gle&lt;/i&gt;. Cela signifie que le mode de production capitaliste, l'objet comme totalit&#233;, est en contradiction avec lui-m&#234;me &lt;i&gt;dans la contradiction de ses &#233;l&#233;ments&lt;/i&gt; parce que cette contradiction &#224; l'autre est, pour chaque &#233;l&#233;ment, une contradiction &#224; soi m&#234;me, dans la mesure o&#249; l'autre est &lt;i&gt;son&lt;/i&gt; autre. C'est pr&#233;cis&#233;ment cela qui disparait dans la r&#233;duction du mode de production capitaliste &#224; la valeur. Dans la contradiction qu'est l'exploitation, le prol&#233;tariat est constamment en contradiction avec sa propre d&#233;finition comme classe car la n&#233;cessit&#233; de sa reproduction est quelque chose qu'il trouve face &#224; lui repr&#233;sent&#233;e par le capital, c'est dire qu'il ne trouve jamais sa confirmation dans la reproduction du rapport social dont il est pourtant un p&#244;le n&#233;cessaire (subsomption). Dans cette contradiction qu'est l'exploitation, c'est alors dans son aspect non sym&#233;trique (l'exploitation est subsomption du travail sous le capital) que se trouve la dynamique de son d&#233;passement. Quand on d&#233;finit l'exploitation comme une contradiction pour elle-m&#234;me (baisse tendancielle du taux de profit : le prol&#233;taire est toujours n&#233;cessaire et toujours de trop), on d&#233;finit la situation et l'activit&#233; r&#233;volutionnaires du prol&#233;tariat. &lt;i&gt;C'est dans la situation et l'activit&#233; d'un de ses p&#244;les que la contradiction est contradictoire pour elle-m&#234;me&lt;/i&gt;.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb22&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sur cette analyse de l'exploitation comme contradiction, cf. &#171; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh22&#034;&gt;22&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est au travers de toutes les impasses th&#233;oriques engendr&#233;es par les constructions sp&#233;culatives li&#233;es &#224; l'auton&#233;gation du prol&#233;tariat, &#224; l'humanisme th&#233;orique, &#224; la dilution de la contradiction entre le prol&#233;tariat et le capital dans l'arc historique de l'ali&#233;nation, etc., qu'a &#233;merg&#233; et pris forme la question d&#233;cisive : &lt;i&gt;quel peut et doit &#234;tre apr&#232;s 1968 le contenu de la r&#233;volution&lt;/i&gt; ? Et sa r&#233;ponse : la r&#233;volution ne peut &#234;tre que la communisation &lt;i&gt;imm&#233;diate&lt;/i&gt; de la soci&#233;t&#233;, toute &#171; transition socialiste au communisme &#187; ne peut &#234;tre qu'une nouvelle contre-r&#233;volution capitaliste.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034; id='THEORIE-DE-LA-COMMUNISATION'&gt;
&lt;a id=&#034;__RefHeading___Toc6419_155729733&#034;&gt;&lt;/a&gt;
TH&#201;ORIE DE LA COMMUNISATION&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Avec la th&#233;orie de la communisation, il ne s'agissait plus de bricoler de nouvelles r&#233;ponses &#224; partir du m&#234;me fondement th&#233;orique des Gauches. On sortait de ce fondement et de son aporie constitutive : d'une part, le maintien du but comme affirmation de la classe avec toutes les probl&#233;matiques qui vont avec et, d'autre part, la critique de toutes les m&#233;diations qui sont r&#233;ellement la mont&#233;e en puissance de la classe, par lesquelles seulement, la r&#233;alisation de ce but est possible. Mais, la question et sa r&#233;ponse pouvaient &#233;merger, d&#233;barrass&#233;es de toute leur gangue sp&#233;culative, &#224; condition de r&#233;pondre &#224; une autre question : celle de la &lt;i&gt;restructuration&lt;/i&gt; du rapport d'exploitation capitaliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&lt;a id=&#034;__RefHeading___Toc6421_155729733&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
La restructuration : une activit&#233; de la classe capitaliste &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; partir de 1974-75, le rapport de forces s'inverse. D'une part, la contre-r&#233;volution n'est plus du tout dilu&#233;e ni diff&#233;r&#233;e : dans toutes les aires centrales, c'est le d&#233;but des grandes vagues de licenciements, de la d&#233;localisation d'une part importante de la production industrielle vers les pays &#233;mergents, de la pr&#233;carisation g&#233;n&#233;ralis&#233;e du travail salari&#233;, des restrictions l&#233;gales &#224; l'immigration, des plans d'aust&#233;rit&#233;. Le tout syst&#233;matis&#233; dans la pr&#233;dominance du capital financier ordonnant toutes les politiques de sortie de crise. D'autre part, la r&#233;volte prol&#233;tarienne n'est nullement d&#233;vi&#233;e de son but, mais battue sur ses limites : dans les entreprises, o&#249; la r&#233;organisation du travail liquide les &#171; forteresses ouvri&#232;res &#187;, comme en dehors avec l'attaque des conditions de la reproduction. Le f&#233;minisme ou l'&#233;cologie qui avait signifi&#233; de fa&#231;on critique, dans leur existence et leurs activit&#233;s, le caract&#232;re programmatique de la lutte de classe, s'institutionnalisent. En Europe, o&#249; le mouvement avait &#233;t&#233; le plus fort, la contre-attaque de la classe capitaliste est nette : stabilisation d&#233;mocratique au Portugal, en Espagne, en Gr&#232;ce ; reprise en mains syndicale et criminalisation de l'Autonomie en Italie ; r&#233;duction drastique des vieilles r&#233;gions et branches industrielles en France et en Grande-Bretagne ; autolimitation syndicale puis r&#233;pression militaire des luttes en Pologne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dit de fa&#231;on un peu abrupte et exag&#233;r&#233;e : le capital &#171; reprend le pouvoir &#187; dans les usines et dans l'ensemble de la reproduction sociale. On peut m&#234;me parfois dater cette d&#233;faite comme avec la manifestation anti-gr&#233;vistes de la F.I.A.T en 1980, ou la reprise en main patronale et syndicale dans l'automobile en France &#224; la suite des gr&#232;ves dures et massives de 1981-1984. Cette reprise en main n'est naturellement pas un retour &#224; la situation ant&#233;rieure. La classe capitaliste brise tout ce qui confortait cette &lt;i&gt;identit&#233; ouvri&#232;re&lt;/i&gt; et l&#233;gitimait le prol&#233;tariat en rival du capital, c'est &lt;i&gt;la d&#233;finition m&#234;me de la restructuration&lt;/i&gt; (comme nous l'avons vu au d&#233;but de ce texte). La disparition de l'identit&#233; ouvri&#232;re n'est pas le simple effet d'une contre-r&#233;volution apr&#232;s laquelle les choses r&#233;apparaissent m&#234;me si c'est sous une &lt;i&gt;forme&lt;/i&gt; diff&#233;rente ; une contre-r&#233;volution se d&#233;finit comme une transformation structurelle du rapport d'exploitation. La lutte de classe pourra s'&#233;tendre, s'approfondir ; l'identit&#233; ouvri&#232;re ne reviendra pas et avec elle l'auto-organisation et l'autonomie comme perspective r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A la puissance des luttes de la fin des ann&#233;es 1960 et du d&#233;but des ann&#233;es 1970, &#224; cette capacit&#233; &#224; imposer des compromis forts et une rigidit&#233; du proc&#232;s de production, ne pouvait que correspondre une initiative de la classe capitaliste. La riposte capitaliste a &#233;t&#233; rapide et violente, radicale dans la mesure o&#249; elle a investi tout le champ de la production et de la reproduction. La classe capitaliste allait de l'avant impitoyablement. C'est ainsi qu'au moment m&#234;me o&#249; le prol&#233;tariat avait r&#233;ussi &#224; arracher les &#171; compromis &#187; les plus avantageux (d&#233;but des ann&#233;es 70 et non durant les ann&#233;es canoniques du &#171; compromis fordiste &#187;), le capital s'employait &#224; les vider de leur contenu, &#224; remodeler le proc&#232;s de travail, les modalit&#233;s d'embauche, les conditions de la reproduction sociale. Il cr&#233;ait un nouveau contexte dans lequel ces &#171; compromis &#187; &#233;taient d&#233;sormais inutiles, entra&#238;nant de nouvelles modalit&#233;s de l'exploitation de la classe ouvri&#232;re. C'&#233;tait une r&#233;ponse homog&#232;ne aux revendications du prol&#233;tariat. La classe capitaliste le battait sur ce nouveau terrain. Pendant ces vingt-cinq derni&#232;res ann&#233;es, la classe capitaliste a agi mondialement de mani&#232;re coh&#233;rente non seulement pour vider les &#171; compromis &#187; de tout contenu, mais aussi pour &#233;liminer la forme m&#234;me du &#171; compromis &#187;. Le march&#233; contre l'institution, la fragmentation et l'individualisation du proc&#232;s de travail contre tout sujet collectif, le lib&#233;ralisme contre le &lt;i&gt;Welfare state&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&lt;a id=&#034;__RefHeading___Toc6423_155729733&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
La restructuration : modification structurelle de la contradiction entre les classes et de sa dynamique&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La restructuration a rendu le proc&#232;s de valorisation fond&#233; sur le mode relatif d'extraction de la plus-value ad&#233;quat &#224; ses conditions et fait dispara&#238;tre toute identit&#233; ouvri&#232;re. &#192; travers ses trois moments &#8211; l'achat-vente de la force de travail, la production de plus-value, et son accumulation &#8211; l'exploitation est devenue bien plus &#171; flexible &#187;. En attaquant de mani&#232;re prolong&#233;e les salaires directs et indirects, en supprimant toute s&#233;paration rigide entre emploi et ch&#244;mage, en annualisant le temps de travail et multipliant les journ&#233;es individuelles simultan&#233;es dans la journ&#233;e sociale, et pour finir en dissolvant les aires d'accumulation encore autonomes de l'ex-bloc communiste et du tiers monde, la classe capitaliste a d&#233;pass&#233; les limites de l'ancien cycle de luttes. Elle a r&#233;tabli un taux de profit moyen ad&#233;quat &#224; l'accumulation d'un capital &#224; la fois &#233;largi et concentr&#233; et, par l&#224; m&#234;me, restructur&#233; la contradiction qui l'oppose au prol&#233;tariat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est pas un d&#233;cor qui change, d&#233;cor modifi&#233; dans lequel les acteurs, demeur&#233;s identiques en eux-m&#234;mes, continueraient &#224; jouer la m&#234;me pi&#232;ce de l'auto-organisation, de l'autonomie, de la lib&#233;ration du travail, de l'affirmation du prol&#233;tariat, bref du programmatisme en faisant seulement attention de s'adapter au nouveau d&#233;cor. La restructuration est une &lt;i&gt;restructuration de la contradiction entre les classes&lt;/i&gt; : la structure, le contenu de la lutte de classe, la production de son d&#233;passement sont alors modifi&#233;s. Il existe une fa&#231;on de masquer cela consistant &#224; multiplier les &#171; restructurations &#187; afin de perp&#233;tuer les anciennes conceptions. On reconnait toutes sortes de restructurations pour mieux nier &lt;i&gt;la restructuration&lt;/i&gt; au singulier comme nouvelle configuration de la contradiction &lt;i&gt;des classes&lt;/i&gt;. Tout se restructure mais rien ne change. De la sorte, on peut demeurer dans la vieille question de savoir si et dans quelle mesure le prol&#233;tariat peut dans chaque situation concr&#232;te exprimer sa vraie &lt;i&gt;nature &lt;/i&gt;communiste. Il y a bien &lt;i&gt;transformation&lt;/i&gt; de la perspective programmatique &#8211; reconnaissance ambigu&#235; de la restructuration capitaliste et de la disparition de toute affirmation du prol&#233;tariat &#8211; mais &lt;i&gt;pas rupture&lt;/i&gt;, en ce sens qu'aucune autre conception coh&#233;rente du processus r&#233;volutionnaire n'est produite. Tout se restructure : entreprises, proc&#232;s de travail dans la production et les transports, circulation du capital, syst&#232;mes sociaux, &#201;tats, classes, cycle mondial, &lt;i&gt;etc&lt;/i&gt;. En l'absence de synth&#232;se, multiplier &lt;i&gt;les&lt;/i&gt; restructurations en arrive &#224; occulter &lt;i&gt;la&lt;/i&gt; restructuration de la valorisation du capital, c'est-&#224;-dire de l'exploitation, c'est-&#224;-dire de la contradiction entre le prol&#233;tariat et le capital.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A la fin des ann&#233;es 1960 / d&#233;but des ann&#233;es 1970, toute une p&#233;riode historique dans laquelle, de diverses mani&#232;res, la r&#233;volution avait &#233;t&#233;, tant th&#233;oriquement que pratiquement, l'affirmation du prol&#233;tariat, son &#233;rection en classe dominante, la lib&#233;ration du travail, l'instauration d'une p&#233;riode de transition, entre en crise et s'ach&#232;ve. C'est dans cette crise, au travers d'un cheminement th&#233;orique chaotique, qu'apparut le concept de communisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cette crise, critiquer toutes les m&#233;diations de l'existence du prol&#233;tariat dans le mode de production capitaliste (parti de masse, syndicat, parlementarisme), critiquer des formes organisationnelles comme le parti ou l'avant-garde, des id&#233;ologies comme le l&#233;ninisme, des pratiques comme le militantisme et toutes ses variantes, tout cela apparut comme sans objet si ce n'&#233;tait pas la r&#233;volution comme affirmation du prol&#233;tariat que l'on mettait en jeu. Que celle-ci soit l'&#201;tat socialiste ou la g&#233;n&#233;ralisation des conseils ouvriers. Comme on l'a vu pr&#233;c&#233;demment avec le concept d'&#233;cart, &lt;i&gt;c'est&lt;/i&gt; &lt;i&gt;la lutte en tant que classe qui est, &#224; l'int&#233;rieur d'elle-m&#234;me, devenue le probl&#232;me&lt;/i&gt;, sa propre limite. Par l&#224;, elle annonce et produit comme son d&#233;passement la r&#233;volution comme communisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis, dans le cours contradictoire du mode de production capitaliste, l'affirmation du prol&#233;tariat, la lib&#233;ration du travail, ont perdu tout sens et tout contenu. Il n'existe plus d'&lt;i&gt;identit&#233; ouvri&#232;re&lt;/i&gt; propre face au capital et confirm&#233;e par lui. C'est la dynamique r&#233;volutionnaire des luttes de notre &#233;poque qui montrent le refus actif - contre le capital - de la condition prol&#233;tarienne, y compris au sein de l'auto-organisation ou de manifestations &#233;ph&#233;m&#232;res et limit&#233;es d'autogestion. La lutte du prol&#233;tariat contre le capital contient la contradiction &#224; sa propre existence de classe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&lt;a id=&#034;__RefHeading___Toc6495_155729733&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
La communisation : d&#233;passement produit du cycle de luttes actuel&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; moins d'en rester &#224; l'identification de la r&#233;volution comme communisation avec l'impossibilit&#233; du programmatisme, d'en demeurer au &#171; communisme par impossibilit&#233; &#187;, &#224; la &#171; tendance humaine &#187;, &#224; la recherche de l'autonomie enfin radicale telle qu'en elle-m&#234;me dans son concept ou &#224; la &#171; critique du travail &#187; et &#224; son &#171; refus &#187;, la th&#233;orie de la communisation qui cherchait &#224; se d&#233;gager de tout cela a &#233;t&#233; longtemps une production d&#233;ductive. C'est au milieu des ann&#233;es 1990 que, sans jamais perdre ce caract&#232;re d&#233;ductif, elle acquiert une pertinence inductive. Elle peut dire alors : c'est dans les luttes pr&#233;sentes que j'existe et par elles que je suis possible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ces luttes, il ne s'agit pas, le plus souvent, de d&#233;clarations fracassantes ou d'actions &#171; radicales &#187;, cela peut n'&#234;tre que toutes les pratiques de &#171; fuite &#187; ou de d&#233;n&#233;gation des prol&#233;taires vis-&#224;-vis de leur propre condition. Dans les gr&#232;ves actuelles sur les licenciements, souvent et de plus en plus, les ouvriers ne revendiquent plus le maintien de l'emploi, mais des indemnit&#233;s cons&#233;quentes. &lt;i&gt;Contre le capital, le travail est sans avenir. &lt;/i&gt;C'est l'inessentialisation du travail qui devient l'activit&#233; m&#234;me du prol&#233;tariat, tant de fa&#231;on tragique dans ses luttes sans perspectives imm&#233;diates (suicidaires), que comme revendication de cette inessentialisation comme dans la lutte des ch&#244;meurs et pr&#233;caires de l'hiver 1998 en France.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le ch&#244;mage n'est plus cet &#224;-c&#244;t&#233; de l'emploi nettement s&#233;par&#233;. La segmentation de la force de travail, la flexibilit&#233;, la sous-traitance, la mobilit&#233;, le temps partiel, la formation, les stages, le travail au noir, ont rendu floues toutes les s&#233;parations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le mouvement fran&#231;ais de 1998, et plus g&#233;n&#233;ralement dans les luttes de ch&#244;meurs de ce cycle de luttes &lt;i&gt;c'est la d&#233;finition des ch&#244;meurs qui se veut le point de d&#233;part de la reformulation de l'emploi salari&#233;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En France, les salari&#233;s licenci&#233;s de Moulines mettant le feu &#224; un b&#226;timent de l'usine s'inscrivent &#233;galement dans la dynamique de ce cycle de luttes qui fait, pour le prol&#233;tariat de sa propre existence comme classe, la limite de son action de classe. De m&#234;me en 2006, &#224; Savar, 50 km au nord de Dacca, au Bangladesh, suite &#224; trois mois d'arri&#233;r&#233;s de salaire, deux usines sont incendi&#233;es et cent autres mises &#224; sac. En Alg&#233;rie, la moindre revendication salariale tourne &#224; l'&#233;meute, les formes de repr&#233;sentation sont rejet&#233;es sans que s'en forment de nouvelles et ce sont toutes les conditions de vie et de reproduction du prol&#233;tariat qui sont en jeu au-del&#224; des protagonistes imm&#233;diats de la gr&#232;ve et de la revendication.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Chine, en Inde, on ne passera pas de la multiplication des actions revendicatives multiformes, touchant tous les aspects de la vie et de la reproduction de la classe ouvri&#232;re &#224; un vaste &lt;i&gt;mouvement ouvrier &lt;/i&gt;. Ces actions revendicatives tournent souvent &#171; paradoxalement &#187; &#224; la destruction des conditions de travail, c'est-&#224;-dire de leur propre raison d'&#234;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Argentine, on s'est auto-organis&#233; comme ch&#244;meurs de Mosconi, ouvri&#232;res de Bruckman, habitants de bidonvilles&#8230;, mais ce faisant quand on s'auto-organisait, on se heurtait imm&#233;diatement &#224; ce que l'on &#233;tait qui, dans la lutte, devenait ce qui devait &#234;tre d&#233;pass&#233; et qui a &#233;t&#233; vu comme &#233;tant &#224; d&#233;passer dans les modalit&#233;s pratiques de ces auto-organisations. Le prol&#233;tariat ne peut trouver en lui-m&#234;me la capacit&#233; de cr&#233;er d'autres rapports interindividuels sans renverser et nier ce qu'il est dans cette soci&#233;t&#233;, c'est-&#224;-dire sans entrer en contradiction avec l'autonomie et sa dynamique. En Argentine, par la f&#231;on dont &#233;t&#233; mises en &#339;uvre les activit&#233;s productives, dans les modalit&#233;s effectives de leur r&#233;alisation, ce sont les d&#233;terminations du prol&#233;tariat comme classe de cette soci&#233;t&#233; qui ont &#233;t&#233; effectivement bouscul&#233;es (propri&#233;t&#233;, &#233;change, division du travail, rapport entre hommes et femmes&#8230;). C'est ainsi que la r&#233;volution comme communisation devient cr&#233;dible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En France, en novembre 2005, dans les banlieues, les &#233;meutiers n'ont rien revendiqu&#233;, ils ont attaqu&#233; leur propre condiiton, ils ont pris pour cibles tout ce qui les produit et les d&#233;finit. Les &#233;meutiers r&#233;v&#233;l&#232;rent et attaqu&#232;rent &lt;i&gt;la situation de prol&#233;taire maintenant &lt;/i&gt; : cette force de travail mondialement pr&#233;caris&#233;e. Ce qui rendit imm&#233;diatement caduc, dans le moment m&#234;me o&#249; une telle revendication aurait pu &#234;tre prononc&#233;e, de vouloir &#234;tre un &#171; prol&#233;taire ordinaire &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trois mois apr&#232;s (au printemps 2006), toujours en France, entant que mouvement revendicatif, le mouvement &#233;tudiant anti-CPE&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb23&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le CPE (Contrat Premi&#232;re Embauche) &#233;tait un type de contrat de travail (&#8230;)&#034; id=&#034;nh23&#034;&gt;23&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;ne pouvait se comprendre lui-m&#234;me qu'en devenant le mouvement g&#233;n&#233;ral des pr&#233;caires, mais alors soit il se sabordait lui-m&#234;me dans sa sp&#233;cificit&#233;, soit il ne pouvait qu'&#234;tre amen&#233; &#224; se heurter plus ou moins violemment &#224; tous ceux qui, dans les &#233;meutes de novembre 2005, avaient montr&#233; que revendiquer d'&#234;tre un &#171; prol&#233;taire ordinaire &#187; &#233;tait caduc. Faire aboutir la revendication par son &#233;largissement sabotait la revendication. La lutte anti-CPE a &#233;t&#233; un &lt;i&gt;mouvement revendicatif dont la satisfaction de la revendication &#233;tait inacceptable pour lui-m&#234;me en tant que mouvement revendicatif.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les &#233;meutes en Gr&#232;ce, en d&#233;cembre 2008, le prol&#233;tariat ne revendique rien et se consid&#232;re contre le capital comme le fondement d'aucune alternative.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 2009, en Guadeloupe, l'importance du ch&#244;mage et de la part de la population vivant de &#171; revenus d'assistance &#187; ou d'une &#233;conomie souterraine fait que revendiquer pour le salaire est une contradiction dans les termes. Cette contradiction a structur&#233; le cours des &#233;v&#233;nements entre un LKP centr&#233; sur les travailleurs stables (essentiellement la fonction publique) mais cherchant par la multiplication et l'infinie diversit&#233; des revendications &#224; faire tenir ensemble les termes de cette contradiction et l'absurdit&#233;, pour la majorit&#233; des personnes engag&#233;es sur les barrages, dans les pillages et les attaques de b&#226;timents publics, de la revendication salariale centrale. La revendication a &#233;t&#233; d&#233;stabilis&#233;e dans le cours m&#234;me de la lutte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De fa&#231;on g&#233;n&#233;rale, avec l'&#233;clatement de la crise actuelle, il y a pr&#233;sentement dans la revendication salariale une dynamique qu'elle ne pouvait avoir pr&#233;c&#233;demment. Dynamique &lt;i&gt;interne&lt;/i&gt; qui lui est donn&#233;e par l'&lt;i&gt;ensemble&lt;/i&gt; de la relation entre prol&#233;tariat et capital dasn le mode de production capitaliste tel qu'il est sorti de la restructuration et tel que maintenant il entre en crise. La revendication salariale a chang&#233; de signification. Le &#171; partage des richesses &#187; de question essentiellement conflictuelle dans le mode production capitaliste eszt devenu, en outre, tabou. C'est paradoxalement dans ce qui d&#233;finit le prol&#233;tariat, au plus profond de lui-m&#234;me, comme une classe de ce mode de production &lt;i&gt;et rien que cela&lt;/i&gt;, qu'appara&#238;t pratiquement et conflictuellement que son existence de classe devient pour le prol&#233;tariat la limite de sa propre lutte en tant que classe. C'est l&#224; le caract&#232;re central &lt;i&gt;actuel&lt;/i&gt; de la revendication salariale dans la lutte des classes. Dans le cours le plus trivial de la revendication salariale, le prol&#233;tariat voit son existence comme classe s'objectiver comme quelque chose qui lui est &#233;tranger dans la mesure o&#249; le rapport capitaliste lui-m&#234;me le pose &lt;i&gt;en son sein&lt;/i&gt; comme &lt;i&gt;un &#233;tranger&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que la r&#233;volution soit l'abolition de toutes les classes existe comme un fait actuel en ce que &lt;i&gt;l'action en tant que classe du prol&#233;tariat est, pour elle-m&#234;me, une limite&lt;/i&gt;. Cette abolition n'est pas un but que l'on se propose, une d&#233;finition de la r&#233;volution comme une norme &#224; atteindre, mais un contenu actuel dans ce qu'est la lutte de classe m&#234;me. C'est le &#171; terrible pas &#224; franchir &#187; dans la compr&#233;hension th&#233;orique et la pratique des luttes actuelles. Produire l'appartenance de classe comme contrainte ext&#233;rieure c'est, pour le prol&#233;tariat, entrer en conflit avec sa situation ant&#233;rieure, ce n'est pas une &#171; lib&#233;ration &#187;, ce n'est pas une &#171; autonomie &#187;. Le prol&#233;tariat trouve, dans ce qu'il est contre le capital, la capacit&#233; de communiser la soci&#233;t&#233; au moment o&#249; il traite sa propre nature de classe comme ext&#233;rioris&#233;e dans le capital. Avec la production de l'appartenance de classe comme contrainte ext&#233;rieure, on peut, &#224; partir des luttes actuelles, comprendre &lt;i&gt;le point de bascule de la lutte de classe&lt;/i&gt;, son d&#233;passement, comme un d&#233;passement produit &lt;i&gt;du cycle de luttes actuel&lt;/i&gt; : la classe dans sa lutte contre le capital se retourne contre elle-m&#234;me, c'est-&#224;-dire qu'elle traite sa propre existence, tout ce qui la d&#233;finit dans son rapport au capital (et elle n'est que ce rapport), comme limite de son action.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le cours de la lutte r&#233;volutionnaire, l'abolition de l'&#201;tat, de l'&#233;change, de la division du travail, de toute forme de propri&#233;t&#233;, l'extension de la gratuit&#233; comme unification de l'activit&#233; humaine, c'est-&#224;-dire l'abolition des classes, des sph&#232;res priv&#233;es et publiques, sont des &#171; mesures &#187; abolissant le capital et les cat&#233;gories d'hommes et de femmes, impos&#233;es par les n&#233;cessit&#233;s m&#234;mes de la lutte contre la classe capitaliste et la domination masculine. La r&#233;volution est communisation, elle n'a pas le communisme comme projet et r&#233;sultat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On n'abolit pas le capital pour le communisme mais par le communisme, plus pr&#233;cis&#233;ment par sa production. En effet, les mesures communistes doivent &#234;tre distingu&#233;es du communisme : ce ne sont pas des embryons de communisme, c'est sa production. Ce n'est pas une p&#233;riode de transition, c'est la r&#233;volution. La communisation n'est que &lt;i&gt;la production communiste du communisme&lt;/i&gt;. La lutte contre le capital est bien ce qui diff&#233;rencie les mesures communistes du communisme. L'activit&#233; r&#233;volutionnaire du prol&#233;tariat a toujours pour contenu de m&#233;dier l'abolition du capital par son rapport au capital ; la communisation n'est pas la branche d'une alternative en concurrence avec la reproduction du mode de production capitaliste mais sa contradiction interne et son d&#233;passement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'abolition du capital, c'est-&#224;-dire la r&#233;volution et la production du communisme, est imm&#233;diatement abolition des classes et donc du prol&#233;tariat, dans la communisation de la soci&#233;t&#233; qui est ainsi abolie comme communaut&#233; s&#233;par&#233;e de ses membres. Les prol&#233;taires abolissent le capital en produisant contre lui une communaut&#233; imm&#233;diate &#224; ses membres. Ils transforment leurs rapports sociaux en relations imm&#233;diates entre individus. Relations entre individus singuliers qui ne sont plus chacun l'incarnation d'une cat&#233;gorie sociale, &lt;i&gt;y compris les cat&#233;gories suppos&#233;es naturelles comme les sexes sociaux de femme et d'homme&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&lt;a id=&#034;__RefHeading___Toc6425_155729733&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
La communisation : une th&#233;orie en chantier&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si la pratique r&#233;volutionnaire est la co&#239;ncidence du changement des circonstances et de l'activit&#233; humaine ou autochangement (cf., Marx, &lt;i&gt;Th&#232;ses sur Feuerbach&lt;/i&gt;), alors la question de la distinction de genre, de la construction des cat&#233;gories d'homme et de femme, la question de la lutte des femmes, depuis la fin des ann&#233;es 1960, dessinaient un angle mort de la th&#233;orie de la communisation : quelque chose que tout le travail th&#233;orique de d&#233;passement du programmatisme avait, au mieux, plus ou moins consciemment ignor&#233;, au pire, volontairement rejet&#233; comme hors de propos.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour sauver de son naufrage programmatique la contradiction entre le prol&#233;tariat et le capital comme dynamique r&#233;volutionnaire du mode de production capitaliste, il ne fallait rien admettre qui aurait pu apparaitre comme une concession &#224; la centralit&#233; unique de la lutte des classes. Pour que les choses bougent, il fallut que la g&#233;n&#233;ration de Mo&#239;se, sortie de l'Egypte du programmatisme, se fasse bousculer par une nouvelle pour laquelle les conditions actuelles de luttes existaient comme une &#233;vidence en soi et non en constante r&#233;f&#233;rence &#224; la situation ant&#233;rieure. La production th&#233;orique poss&#232;de une relative autonomie avec ses codes, ses d&#233;terminations et la pesanteur de ses agents, si ce n'est de ses institutions et, comme n'importe quelle activit&#233;, le poids de son caract&#232;re sexu&#233; que son contenu programmatique ne pouvait que renforcer. Il est pourtant &#233;vident que, si ceux qui au d&#233;but des ann&#233;es 1970 amorc&#232;rent la critique du programmatisme avaient consid&#233;r&#233; les luttes ou gr&#232;ves sp&#233;cifiquement f&#233;minines et les caract&#233;ristiques propres de l'activit&#233; des femmes dans les luttes r&#233;volutionnaires depuis la r&#233;volution fran&#231;aise ou la r&#233;volution anglaise, ils auraient &#233;t&#233; &#171; surpris &#187; d'y d&#233;couvrir, en actes, les contradictions et les impasses du programmatisme. Une &#233;tude m&#233;ticuleuse des mouvements r&#233;volutionnaires aurait r&#233;v&#233;l&#233; que l'activit&#233; des femmes dans ces mouvements participait de l'impossibilit&#233; du programmatisme dans ses propres termes, de ses contradictions et de son d&#233;passement. Qui plus est, la vague du f&#233;minisme moderne dans les ann&#233;es 60 / 70 &#233;tait dans ses pratiques et ses productions th&#233;oriques, de fait, la critique du mouvement ouvrier et de l'affirmation du travail. &lt;i&gt;En d&#233;veloppant ses propres th&#232;mes&lt;/i&gt;, ce f&#233;minisme signifiait au programmatisme qu'il &#233;tait arriv&#233; en bout de course.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Paradoxalement, cette position &#171; pure et dure &#187; en revenait &#224; ne pas aller au bout de la critique du programmatisme et de son d&#233;passement en tant que th&#233;orie de la communisation comme production de l'imm&#233;diatet&#233; sociale de l'individu, cela sur deux points fondamentaux li&#233;s entre eux : la critique de la distinction de genre qui reformule les fondements m&#234;mes de la critique du travail ; la pratique r&#233;volutionnaire comme abolition des classes et du genre et autotransformation des individus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&lt;a id=&#034;__RefHeading___Toc6427_155729733&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Le travail, le surtravail, la population et les femmes&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&lt;a id=&#034;__RefHeading___Toc6497_155729733&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Contradiction de genre et contradiction de classes&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans tous les modes de production jusqu'au capital inclus o&#249; la chose devient une contradiction, la source principale du surtravail est bien s&#251;r le travail ce qui signifie l'augmentation de la population&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb24&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Nous conseillons &#224; ceux qui verraient l&#224; une construction conceptuelle (&#8230;)&#034; id=&#034;nh24&#034;&gt;24&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Le surtravail ne tient pas &#224; une suppos&#233;e surproductivit&#233; du travail, son existence est un ph&#233;nom&#232;ne purement social, elle suppose le travail et la population, cr&#233;e la distinction de genre et la pertinence sociale de cette distinction sur un mode sexuel et &lt;i&gt;naturalis&#233;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Partir de la reproduction (biologique) et de la place sp&#233;cifique des femmes dans cette reproduction c'est pr&#233;supposer comme donn&#233; ce qui est le r&#233;sultat d'un processus social. Le point de d&#233;part est ce qui rend cette place sp&#233;cifique comme construction et diff&#233;renciation sociales : la population comme force productive dans tous les modes de production jusqu'&#224; aujourd'hui. En effet, poss&#233;der un ut&#233;rus ne signifie pas &#171; faire des enfants &#187;. Pour passer de l'un &#224; l'autre, il faut tout un dispositif social d'appropriation et de mise en situation (de mise en fonction) de &#171; faire des enfants &#187;, dispositif par lequel les femmes existent. Poss&#233;der un ut&#233;rus est une &lt;i&gt;caract&#233;ristique&lt;/i&gt; anatomique et non d&#233;j&#224; une &lt;i&gt;distinction&lt;/i&gt;, mais &#171; faire des enfants &#187; est une distinction sociale qui fait de la &lt;i&gt;caract&#233;ristique&lt;/i&gt; anatomique une &lt;i&gt;distinction naturelle&lt;/i&gt;. Il est dans l'ordre de cette construction sociale, de ce dispositif de contrainte, de toujours renvoyer ce qui est socialement construit, les femmes, &#224; la biologie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'augmentation de la population comme principale force productive se meut dans des contradictions dans tous les modes de production, mais le mode de production capitaliste est le premier dont le probl&#232;me avec la population et le travail est intrins&#232;que &#224; sa dynamique et non une rupture de celle-ci la r&#233;g&#233;n&#233;rant : l'alternance du monde plein et du monde vide du syst&#232;me f&#233;odal ; l'essaimage colonial antique ; les diff&#233;rents types de solution &#224; la pression sur le milieu des &#171; communaut&#233;s primitives &#187; ; les fronts pionniers du mode de production asiatique. Par son rapport au travail, le capital est une &lt;i&gt;contradiction en proc&#232;s&lt;/i&gt; : le travail et la population ont toujours &#233;t&#233; pour lui n&#233;cessaires et toujours de trop, toujours un probl&#232;me interne &#224; sa propre accumulation, c'est-&#224;-dire &#224; sa propre existence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pas de surtravail, sans travail, c'est-&#224;-dire sans population comme principale force productive. L&#224; o&#249; nous avons exploitation, nous avons la cr&#233;ation des cat&#233;gories femme et homme, leur &lt;i&gt;naturalisation&lt;/i&gt; inh&#233;rente &#224; l'objet m&#234;me de leur construction (la population), et par l&#224; l'appropriation de toutes les femmes par tous les hommes. On ne peut construire le concept d'exploitation, sans le travail, sans la population. De la forme fondamentale du mode de production capitaliste qui est l'appropriation du travail on d&#233;duit deux contradictions : de genre, de classes. La construction simultan&#233;e et interd&#233;pendante des contradictions de genre et de classes introduit les clivages de chacune de ces cat&#233;gories dans l'autre. Inextricable, l'exp&#233;rience est toujours impure. Mais, il ne suffit pas de dire qu'aucune exp&#233;rience ni aucun sujet n'est pur, comme une constatation. C'est cette &#171; impuret&#233; &#187; qu'il faut fouiller et construire dans son intimit&#233;. Dans l'existence m&#234;me du surtravail, la contradiction entre le prol&#233;tariat et le capital suppose celle entre les hommes et les femmes, de m&#234;me que celle-ci suppose la premi&#232;re. &lt;i&gt;Aucune des deux contradictions n'est telle sans l'existence conjointe de l'autre&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est du surtravail que viennent les hommes et les femmes, leur distinction donc leur contradiction ; c'est du m&#234;me surtravail que viennent les classes et leur contradiction. L'existence du travail et donc du surtravail, c'est l'existence de deux contradictions. Chacune a dans l'autre non seulement sa condition mais encore ce qui la fait &#234;tre une &lt;i&gt;contradiction&lt;/i&gt;, c'est-&#224;-dire un proc&#232;s remettant en cause ses propres termes dans leur rapport.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Entre le prol&#233;tariat et le capital&lt;/i&gt;, c'est l'existence m&#234;me du travail et de la population comme force productive (la cr&#233;ation et l'appropriation des femmes comme cat&#233;gorie naturelle) qui est, dans les termes du rapport, ce devenir du rapport conflictuel en contradiction : le travail comme unique mesure et source de la richesse. C'est la d&#233;finition des femmes c'est-&#224;-dire la contradiction entre les hommes et les femmes (la d&#233;finition est en elle-m&#234;me la contradiction) qui se joue sur le travail. Par l&#224;, la lutte des classes a pour dynamique et objectif l'abolition des classes et non un simple d&#233;placement du curseur entre travail n&#233;cessaire et surtravail sur la ligne de la journ&#233;e de travail. Le contenu de l'appropriation des femmes, c'est la contradiction qu'est le travail comme unique mesure et source de la richesse. C'est par l&#224; que la division de la journ&#233;e de travail en travail n&#233;cessaire et surtravail est abolie comme n&#233;cessit&#233; et, par l&#224;-m&#234;me, l'existence de quelque chose comme la &#171; journ&#233;e de travail &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Entre les hommes et les femmes&lt;/i&gt;, c'est l'existence du surtravail et de sa relation au travail n&#233;cessaire (la contradiction entre les classes) qui est la production du rapport d'appropriation comme contradiction. Le surtravail et sa relation au travail n&#233;cessaire font que le conflit entre hommes et femmes a pour dynamique et objectif l'abolition des conditions inh&#233;rentes &#224; l'individualit&#233; que sont &#234;tre une femme ou un homme, ce qui est le capital comme contradiction en proc&#232;s. Autrement dit : cette contradiction entre surtravail et travail n&#233;cessaire est celle par laquelle la population comme principale force productive (la distinction de genres) est abolie comme n&#233;cessit&#233;. Sans cette contradiction entre surtravail et travail n&#233;cessaire, le rapport entre hommes et femmes serait une simple opposition sans dynamique. Ce n'est qu'avec le mode de production capitaliste que cette opposition, ce refus par les femmes de leur situation, devient une contradiction. La population comme principale force productive (la population et la productivit&#233; du travail comme synth&#232;se des forces productives) c'est-&#224;-dire le travail comme probl&#232;me dans le mode de production capitaliste est la dynamique propre de l'appropriation des femmes qui en fait une contradiction entre les hommes et les femmes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quatre &#233;l&#233;ments, deux contradictions, une seule dynamique, celle du capital comme contradiction en proc&#232;s qui ne se d&#233;compose pas, qui ne s'autod&#233;termine pas comme contradiction entre les classes et contradiction entre les hommes et les femmes mais qui est construite par ces deux contradictions&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb25&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Le surtravail des grandes masses a cess&#233; d'&#234;tre la condition du (&#8230;)&#034; id=&#034;nh25&#034;&gt;25&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Le capital comme contradiction en proc&#232;s est l'unit&#233; dynamique que les contradictions de classes et de genres construisent. La contradiction entre femmes et hommes est, elle-m&#234;me, une autre contradiction que celle entre prol&#233;tariat et capital. La forme fondamentale de ce mode de production (l'appropriation du travail d'autrui &#8211; &#224; distinguer de l'appropriation de son produit) ce sont ces deux contradictions &lt;i&gt;et seulement elles deux&lt;/i&gt;. Pas de surtravail sans travail, pas de travail sans population comme principale force productive, pas de population comme force productive sans la production des cat&#233;gories hommes et femmes. L'existence de &lt;i&gt;la population comme principale force productive&lt;/i&gt; n'est pas plus un rapport naturel que n'importe quel autre rapport de production.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;finies par la &lt;i&gt;naturalisation&lt;/i&gt; de leur appropriation, les femmes sont en contradiction avec la production &lt;i&gt;sociale&lt;/i&gt; n&#233;cessaire de leur existence comme appropriation. Produites comme productrices de la principale force productive &lt;i&gt;par leur appropriation&lt;/i&gt;, celle-ci est &#224; la fois &lt;i&gt;n&#233;cessaire&lt;/i&gt; parce que devant se fonder &lt;i&gt;en nature&lt;/i&gt; du fait m&#234;me que ce qui est appropri&#233; d&#233;fini la personne et se confond avec elle, et &lt;i&gt;contingente&lt;/i&gt; du fait des contradictions, dans le MPC, de cette principale force productive et des conditions historiques de la reproduction de la force de travail. En tant que proc&#232;s contradictoire dans le MPC, la population est alors la contradiction interne de cette appropriation comme &lt;i&gt;naturalisation&lt;/i&gt; n&#233;cessaire d'un &lt;i&gt;processus social&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autrement dit, les femmes sont constamment en contradiction avec leur propre d&#233;finition comme sexe et nature, car la n&#233;cessit&#233; de leur reproduction en tant que telles (sexe et nature) est quelque chose qu'elles trouvent face &#224; elles dans l'appropriation sociale, &#233;conomiques, id&#233;ologique, historique, par les hommes. Ce n'est pas une question de conscience (bien que&#8230;) mais de structure du rapport (pr&#233;cisons &#8211; on ne sait jamais - : cela n'a rien &#224; voir avec le &#171; performatisme &lt;i&gt;queer&lt;/i&gt;) : elles ne trouvent jamais leur confirmation (en tant que groupe naturel) dans la reproduction du rapport avec les hommes dans lequel cette &#171; n&#233;cessit&#233; naturelle &#187; &#224; laquelle elles sont r&#233;duites est toujours le produit d'un rapport social et historique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&lt;a id=&#034;__RefHeading___Toc6499_155729733&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#202;tre femme est apparu comme une contradiction&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La contradiction entre hommes et femmes ne fait pas irruption dans la contradiction de classe, elle la module constamment, de m&#234;me que l'exploitation module constamment la contradiction entre hommes et femmes. Leur intrication constitue une succession de configurations historiques de la lutte des classes, ainsi que de la contradiction entre hommes et femmes, elle d&#233;finit chaque cycle de luttes. La r&#233;volution n'est pas &#171; suspendue &#224; l'abolition des genres &#187;, ni &#171; ne pourra &#233;chapper &#224; leur d&#233;passement &#187;, car c'est l'une et l'autre dans leur mouvement sp&#233;cifique et se d&#233;terminant r&#233;ciproquement comme contradiction qui construisent le capital comme contradiction en proc&#232;s. Ce n'est pas un hasard si, dans tous les moments r&#233;volutionnaires, les deux contradictions se sont toujours jointes, entrecrois&#233;es, confort&#233;es et le plus souvent confront&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est parce que le capital est, de par son rapport au travail, une contradiction en proc&#232;s que le travail a pu &#234;tre le fondement de la perspective r&#233;volutionnaire du programmatisme : le travail, dans sa contradiction avec le capital, &#233;tait l'&#233;l&#233;ment &#224; lib&#233;rer de la contrainte et de la domination capitalistes. La r&#233;volution programmatique ne pouvait alors que renvoyer l'abolition de la distinction de genre aux calendes grecques, tandis qu'inversement la place et la lutte des femmes dans ces mouvements r&#233;volutionnaires signifiaient l'impossibilit&#233; du programmatisme dans ses propres termes de &#171; lib&#233;ration du travail &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Tant que la contradiction n'est pas apparue, les conditions, dans lesquelles les individus entrent en relation entre eux sont des conditions inh&#233;rentes &#224; leur individualit&#233;, elles ne sont nullement ext&#233;rieures et seules, elles permettent &#224; ces individus d&#233;termin&#233;s et existant dans des conditions d&#233;termin&#233;es de produire leur vie mat&#233;rielle et tout ce qui en d&#233;coule &lt;i&gt;ce sont donc des conditions de leur manifestation actives de soi et elles sont produites par cette manifestation de soi&lt;/i&gt;. En cons&#233;quence, tant que la contradiction n'est pas encore intervenue, les conditions d&#233;termin&#233;es, dans lesquelles les individus produisent &lt;i&gt;correspondent donc &#224; leur limitation effective, &#224; leur existence born&#233;e&lt;/i&gt;, dont le caract&#232;re limit&#233; ne se r&#233;v&#232;le qu'avec l'apparition de la contradiction et existe de ce fait pour la g&#233;n&#233;ration post&#233;rieure. Alors cette condition appara&#238;t comme une entrave accidentelle, alors on attribue &#224; l'&#233;poque ant&#233;rieure la conscience qu'elle &#233;tait une entrave. &#187; (Marx, &lt;i&gt;l'Id&#233;ologie allemande&lt;/i&gt;, &#201;d. Sociales 1968, p. 98).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la phase actuelle du mode de production capitaliste, avec la faillite du programmatisme, &#171; la contradiction est apparue &#187; : le travail et la population ont perdu tout contenu de revendication et d'affirmation contraire au capital. La crise de la premi&#232;re phase de la subsomption r&#233;elle du travail sous le capital en signant la caducit&#233; du programmatisme, c'est-&#224;-dire la caducit&#233; de la r&#233;volution comme lib&#233;ration du travail, non seulement, comme on l'a longuement vu, modifie la dynamique et la perspective de la contradiction entre les classes, mais encore, celles de la contradiction entre les hommes et les femmes dont le fondement est sp&#233;cifiquement la reproduction. Quand le travail et la population comme principales forces productives (celles qui les r&#233;sument toutes) deviennent, en tant que puissance r&#233;volutionnaire, un probl&#232;me pour eux-m&#234;mes, le fait m&#234;me d'&#234;tre femme peut alors &#234;tre pos&#233; comme objet de la lutte des femmes. Etre &#171; femme &#187; n'est plus pour les individus une condition inh&#233;rente &#224; leur individualit&#233;, c'est une condition ext&#233;rieure. Cela signifie qu'&#234;tre une femme est apparue comme contradiction La sp&#233;cificit&#233; de la p&#233;riode o&#249; co&#239;ncident la fin du programmatisme et la vague f&#233;ministe de la fin des ann&#233;es 1960 est d'avoir conf&#233;r&#233; comme contenu essentiel et probl&#233;matique &#224; la contradiction entre les hommes et les femmes &lt;i&gt;l'existence naturelle du corps f&#233;minin&lt;/i&gt;, le sexe et la sexualit&#233; comme d&#233;finition des femmes. La revendication des droits, de l'ind&#233;pendance et de l'&#233;galit&#233; en s'intriquant avec la question du corps produit et rencontre dans le fait d'&#234;tre femme sa propre limite, car le sujet au nom duquel la libert&#233; et l'&#233;galit&#233; sont revendiqu&#233;es est en soi, dans son existence corporelle m&#234;me comme distinction, la raison d'&#234;tre de la domination et de l'in&#233;galit&#233;. &#171; Etre femme &#187;, objet de la lutte et enjeu, est ce qui ne va plus de soi. Le genre se met &#224; pr&#233;c&#233;der le sexe. C'est la &#171; nature &#187; qui est mise en jeu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'abolition de la distinction de genre est une n&#233;cessit&#233; du point de vue de la &#171; r&#233;ussite &#187; de la communisation, ce n'est pas au nom de l'abolition de toutes les m&#233;diations ce n'est pas parce que la r&#233;volution serait &#171; suspendue &#187; &#224; la n&#233;cessit&#233; de cette abolition. Prendre les choses ainsi rel&#232;ve d'une d&#233;marche t&#233;l&#233;ologique et normative. C'est dans son caract&#232;re concret, imm&#233;diat, que cette contradiction entre hommes et femmes s'impose dans la r&#233;ussite de la communisation contre ce que ce rapport implique de violence, d'invisibilisation, d'assignation &#224; une place de subordination. Si l'abolition de la distinction de genre s'impose comme une n&#233;cessit&#233; de la communisation, c'est que la contradiction qui d&#233;finit les femmes existe dans la vie courante, et c'est de cette situation, de cette contradiction, dont nous partons pour parler de la n&#233;cessit&#233; de l'abolition des genres. Travail domestique, place dans la division du travail, modalit&#233;s d'insertion dans le proc&#232;s imm&#233;diat de production, formes &#171; atypiques &#187; du salariat, violence quotidienne dans la conjugalit&#233;, famille, n&#233;gation et appropriation de la sexualit&#233; f&#233;minine, le viol et / ou sa menace, sont les divers fronts o&#249; se jouent la contradiction entre les hommes et les femmes, contradiction qui a pour contenu leur d&#233;finition et assignation contrainte (aucun de ces &#233;l&#233;ments n'est fortuit). Tous ces fronts sont les lieux d'une lutte permanente opposant deux cat&#233;gories de la soci&#233;t&#233; form&#233;es comme naturelles et d&#233;construites comme telles par les femmes dans leur lutte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'abolition du genre c'est l'abolition de la capacit&#233; reproductive comme distinction naturalis&#233;e. Il y aura effectivement des individus qui tomberont enceinte et des individus qui ne tomberont pas enceinte (bien qu'on peut supposer que la sexualit&#233; &#224; risque de grossesse en aura pris un bon coup au passage), des gens qui porteront des enfants et d'autres pas (ce qui pourrait bien &#234;tre diff&#233;rent de tomber enceinte), mais en aucun cas cette diversit&#233; ne peut engendrer une &lt;i&gt;distinction&lt;/i&gt; si la contradiction hommes/femmes n'est plus et si, en cons&#233;quence, il n'existe plus ni hommes ni femmes. C'est-&#224;-dire si la reproduction n'a plus un statut d'instance d&#233;terminante de classification. Cette h&#233;t&#233;rog&#233;n&#233;it&#233; de situation ne recouvrant plus aucun enjeu du c&#244;t&#233; de la population et de la reproduction de l'organisation sociale, ne portera donc aucune distinction entre certains et d'autres &lt;i&gt;sur cette base&lt;/i&gt;. Si l'on consid&#232;re la partition de l'humanit&#233; sur la base de la reproduction comme une pure construction sociale (les cat&#233;gories de population et de travail sont des cat&#233;gories &#233;conomiques historiques), les caract&#233;ristiques anatomiques sexuelles deviennent des caract&#233;ristiques physiques que seul un rapport social unifie comme sexe et auxquelles seul il donne un sens de distinction et de partition&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&lt;a id=&#034;__RefHeading___Toc6429_155729733&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
La pratique r&#233;volutionnaire : autotransformation des individualit&#233;s&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Construire et critiquer la distinction de genre, c'&#233;tait approfondir la conception de la pratique r&#233;volutionnaire comme co&#239;ncidence de la transformation des circonstances et autotransformation des individualit&#233;s&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec l'effondrement du programmatisme, la contradiction &#171; &lt;i&gt;est apparue&lt;/i&gt; &#187; : celle de la population comme principale force productive, celle de la r&#233;volution comme lib&#233;ration de ce que l'on est en tant que prol&#233;taire. Mais il est impossible d'y &#233;chapper sans une abolition de ce mode de production. Ce mode de production pr&#233;pare en son sein, une contradiction entre les classes et une contradiction entre les hommes et les femmes qui ne pourra &#233;chapper &#224; la question, pour chacun, des &#171; conditions inh&#233;rentes &#224; son individualit&#233; &#187;, question d&#233;termin&#233;e par cette &#171; contradiction apparue &#187; qui touche aussi bien les femmes que les prol&#233;taires. Le rapport entre surtravail et travail n&#233;cessaire fait apparaitre comme contradiction &#224; elle-m&#234;me la distinction de genre, c'est-&#224;-dire la population comme principale force productive, de m&#234;me que la distinction de genre fait apparaitre ce rapport comme une contradiction. Ce rapport de construction r&#233;ciproque des distinctions en contradictions, c'est le capital comme contradiction en proc&#232;s : &#171; Le surtravail des grandes masses a cess&#233; d'&#234;tre la condition du d&#233;veloppement de la richesse g&#233;n&#233;rale. (&#8230;) Le capital est une contradiction en proc&#232;s : d'une part, il pousse &#224; la r&#233;duction du temps de travail &#224; un minimum, et d'autre part il pose le temps de travail comme la seule source et la seule mesure de la richesse &#187; (Marx, &lt;i&gt;Fondements de la critique de l'&#233;conomie politique&lt;/i&gt;, &#201;d. Anthropos, p.222).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'y a que dans le mode de production capitaliste que la lutte des femmes contre leur situation peut int&#233;grer la critique du fait m&#234;me d'&#234;tre femme. La question de l'individualit&#233;, c'est-&#224;-dire de l'insatisfaction vis-&#224;-vis de soi, n'est pas l'apanage d'une situation r&#233;volutionnaire, elle est inh&#233;rente au mode de production capitaliste. Individu et classe, individu et genre ne s'opposent pas de fa&#231;on ext&#233;rieure comme si l'individu &#233;tait ce qui faisait exploser la g&#233;n&#233;ralit&#233; qui le subsume, mais ces g&#233;n&#233;ralit&#233;s peuvent devenir des contraintes ext&#233;rieures. La &#171; pratique r&#233;volutionnaire &#187;, telle que d&#233;finie dans les th&#232;ses sur Feuerbach&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb26&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; La co&#239;ncidence du changement des circonstances et de l'activit&#233; humaine ou (&#8230;)&#034; id=&#034;nh26&#034;&gt;26&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, n'est pas un simple aboutissement au moment de &lt;i&gt;La&lt;/i&gt; R&#233;volution. &lt;i&gt;L'insatisfaction, vis-&#224;-vis d'eux-m&#234;mes, des individus, existant comme sujets convoqu&#233;s, est une d&#233;termination inh&#233;rente &#224; la lutte de classe et &#224; la distinction de genre.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec le capital nous somme pass&#233;s de l'individu objectif &#224; l'individu contingent. La formule qui se supprime elle-m&#234;me selon laquelle &#171; l'essence de l'homme c'est l'ensemble de ses rapports sociaux &#187; (&lt;i&gt;Th&#232;ses sur Feuerbach&lt;/i&gt;)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb27&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cette d&#233;finition de &#171; l'essence de l'homme &#187; supprime ce qu'elle est cens&#233;e (&#8230;)&#034; id=&#034;nh27&#034;&gt;27&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; en cache une autre : pour chaque individu &#234;tre l'ensemble de ses rapports sociaux est une contradiction du fait m&#234;me de ces rapports sociaux dont la contingence est pour chacun la forme de leur n&#233;cessit&#233;. Mais la contingence est pr&#233;cis&#233;ment ce qui n'est pas contingent mais structurel. Si la contingence &#233;tait contingente, elle pourrait &#234;tre comme ne pas &#234;tre. Or, dans le mode de production capitaliste, la contingence est la d&#233;finition &#171; int&#233;rieure &#187; m&#234;me de l'individu dans son rapport &#224; la soci&#233;t&#233; et au monde. C'est par cette contingence, dans le mode de production capitaliste, de toutes les d&#233;finitions sociales et pour l'individu de &lt;i&gt;son&lt;/i&gt; monde que la n&#233;gation du capitalisme est la production du communisme. Chaque individu est intrins&#232;quement &#171; insatisfait de lui-m&#234;me &#187; (&#171; ne veut pas rester ce qu'il est &#187;) pour reprendre l'expression de Marx dans &lt;i&gt;L'Id&#233;ologie Allemande&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Stirner croit ici que les prol&#233;taires communistes qui r&#233;volutionnent la soci&#233;t&#233; et &#233;tablissent les rapports de production et les formes des relations sur une base nouvelle, c'est-&#224;-dire sur eux-m&#234;mes, en tant qu'hommes nouveaux, sur leur nouveau mode de vie, restent 'ceux qu'ils &#233;taient dans le pass&#233;'. La propagande inlassable que font les prol&#233;taires, les discussions qu'ils organisent entre eux quotidiennement, prouvent &#224; suffisance &lt;i&gt;combien peu eux-m&#234;mes veulent rester 'ceux qu'ils &#233;taient'&lt;/i&gt; (soulign&#233; par nous), et combien d'une mani&#232;re g&#233;n&#233;rale, ils souhaitent que les hommes ne restent pas 'ceux qu'ils &#233;taient'. Ils ne resteraient 'ceux qu'ils &#233;taient dans le pass&#233;' que si, avec saint Sancho, ils 'cherchaient la faute en eux-m&#234;mes' ; mais ils savent trop bien que c'est seulement lorsque les conditions seront modifi&#233;es qu'ils cesseront d'&#234;tre 'ceux qu'ils &#233;taient' et c'est pourquoi ils sont d&#233;cid&#233;s &#224; modifier ces conditions &#224; la premi&#232;re occasion. Dans l'activit&#233; r&#233;volutionnaire, se changer soi-m&#234;me et changer ces conditions co&#239;ncident. &#187; (&lt;i&gt;L'Id&#233;ologie Allemande&lt;/i&gt;, p.242).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La derni&#232;re phrase r&#233;p&#232;te &#224; l'identique la formule des &lt;i&gt;Th&#232;ses sur Feuerbach&lt;/i&gt; sur la co&#239;ncidence du changement des circonstances et de l'activit&#233; humaine. Dans un passage moins connu de &lt;i&gt;l'Id&#233;ologie allemande&lt;/i&gt;, &#224; propos de &#171; la phrase de Saint Simon relative au libre d&#233;veloppement des dispositions naturelles des individus &#187;, Marx commente : &#171; Son expression exacte (de cette phrase, nda), c'est cette absurdit&#233; selon laquelle les individus qui forment la soci&#233;t&#233; veulent conserver leur individualit&#233;, rester ce qu'ils sont, tout en exigeant de la soci&#233;t&#233; une transformation qui ne peut &#233;maner que de leur propre transformation. &#187; (&lt;i&gt;L'Id&#233;ologie Allemande&lt;/i&gt;, p.525). Le th&#232;me est r&#233;current dans &lt;i&gt;l'Id&#233;ologie allemande&lt;/i&gt;, c'est le c&#339;ur de la conception de l'auto-&#233;mancipation du prol&#233;tariat : les prol&#233;taires, agissant en tant que classe, abolissant leurs propres conditions d'existence qui les d&#233;finissent, se transforment eux-m&#234;mes. Ils ne font que partir de leur condition existante dans &lt;i&gt;cette&lt;/i&gt; soci&#233;t&#233; pour l'abolir et non pour &#171; d&#233;velopper librement &#187; leur individualit&#233; existante (ou sous-jacente).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En elle-m&#234;me, la co&#239;ncidence du changement de soi et du changement des conditions, c'est-&#224;-dire la pratique r&#233;volutionnaire comme autotransformation, est en soi une red&#233;finition structurelle du moment r&#233;volutionnaire. Le changement de contenu de la r&#233;volution qui fait suite &#224; la fin du programmatisme (la pratique r&#233;volutionnaire comme insatisfaction vis-&#224;-vis de soi) est une modification de la m&#233;canique du d&#233;passement du mode de production capitaliste. Le contenu est une forme nouvelle de la situation r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le programmatisme, en tant que th&#233;orie et pratique historiquement d&#233;finies de la lutte des classes, &#233;tait le d&#233;passement du capital comme contradiction en proc&#232;s par la &lt;i&gt;lib&#233;ration&lt;/i&gt; du travail, l'&lt;i&gt;affirmation&lt;/i&gt; du prol&#233;tariat et l'&lt;i&gt;&#233;mancipation&lt;/i&gt; des femmes en tant que naturellement m&#232;res et librement travailleuses. La r&#233;solution de la contradiction entre les hommes et les femmes &#233;tait r&#233;ellement &#233;vacu&#233;e vers un avenir post r&#233;volutionnaire et ind&#233;fini par la configuration de la contradiction entre les classes mais aussi par celle de la contradiction entre les genres, car le travail demeurait plus que jamais la principale force productive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, la th&#233;orie de la r&#233;volution communiste a pu longtemps se contenter de la &lt;i&gt;seule&lt;/i&gt; contradiction entre le prol&#233;tariat et le capital. Cette seule contradiction, parce qu'elle se r&#233;solvait par la victoire d'un de ses termes et la lib&#233;ration des individus, il suffisait de la saisir et de l'&#233;noncer dans sa &lt;i&gt;forme simple&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;homog&#232;ne&lt;/i&gt;, laissant comme circonstances accidentelles et ph&#233;nom&#232;nes les formes multiples, diverses, imm&#233;diates de son existence par lesquelles &lt;i&gt;elle se distribue&lt;/i&gt; dans de multiples existences du rapport d'exploitation (elle n'existe que dans cette distribution) et les multiples niveaux de ses formes d'apparition dans les diverses instances du mode de production. Cela suffisait pour rendre compte du devenir contradictoire du mode de production capitaliste et du mouvement de son abolition. Nous n'avions pas besoin d'autre chose.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout &#233;tait simple : le capital &#233;tait une contradiction en proc&#232;s et cette contradiction &#233;tait l'essence de tout, elle avait une forme simple et homog&#232;ne, comprenait tout, expliquait tout, mais&#8230; comme une avalanche emporte tout sur son passage. Tout le reste n'&#233;tait que ph&#233;nom&#232;nes et accidents, contingences. Aupr&#232;s de l'&#233;conomie toutes les autres instances du mode de production capitaliste ne faisaient que de la figuration. La segmentation m&#234;me du prol&#233;tariat, la multiplicit&#233; des contradictions dans lesquelles &#233;taient engag&#233;s ces segments, la contradiction entre les hommes et les femmes, les autres classes entra&#238;n&#233;es dans la lutte avec leurs propres objectifs, n'&#233;taient que les ombres projet&#233;es au fond de la caverne par la r&#233;alit&#233; substantielle toujours d&#233;j&#224; l&#224; de l'unit&#233; de la classe et du devenir du capital. Poser la contradiction, c'&#233;tait &lt;i&gt;ipso facto&lt;/i&gt; saisir le proc&#232;s de son abolition et la production de son d&#233;passement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La n&#233;cessaire red&#233;finition du capital comme contradiction en proc&#232;s &lt;i&gt;indiquait&lt;/i&gt; cependant la r&#233;ponse &#224; une question qui avait le seul d&#233;faut de ne pas avoir &#233;t&#233; pos&#233;e. D&#232;s que l'on consid&#232;re le capital en tant que contradiction en proc&#232;s comme la construction de deux contradictions qui, bien que conjointes, ne se confondent pas, on d&#233;signe une situation r&#233;volutionnaire ou de crise comme une &lt;i&gt;conjoncture&lt;/i&gt;. Dans une sorte de quiproquo, en r&#233;pondant &#224; la question de la nature du capital comme contradiction en proc&#232;s et de son d&#233;passement come autotransformation des individus, nous indiquions dans notre r&#233;ponse la pr&#233;sence d'une autre question : celle de la m&#233;canique de ce d&#233;passement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&lt;a id=&#034;__RefHeading___Toc6431_155729733&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
La r&#233;volution comme conjoncture&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si nous savons que le capital comme contradiction en proc&#232;s est une &#171; tension &#224; l'abolition de la r&#232;gle &#187; (cf. supra), cette tension ne nous donne que la possibilit&#233; ou m&#234;me la n&#233;cessit&#233; du d&#233;passement mais ne nous dit pas ce qu'il est. Nous savons aussi que le pas que la lutte de classe et celle des femmes doivent franchir (la production de l'appartenance de classe et de la distinction de genre comme contrainte ext&#233;rieure) est pr&#233;cis&#233;ment le contenu de ce qu'est le d&#233;passement, mais ce contenu ne nous dit pas comment la &#171; tension &#187; devient en lui une r&#233;alit&#233; &lt;i&gt;effective&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;efficace&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Non seulement la r&#233;volution n'est pas le r&#233;sultat de la transcroissance de la mont&#233;e en puissance de la classe, la victoire et l'affirmation de sa situation dans le mode de production capitaliste, mais encore, le contenu de ce saut qualitatif est de se retourner contre ce qui l'a produit. Ce retournement c'est le bouleversement de la hi&#233;rarchie des instances du mode de production qui est la m&#233;canique de son autopr&#233;supposition. Toutes les causalit&#233;s et l'ordonnance &lt;i&gt;normale&lt;/i&gt; des instances du mode de production (&#233;conomie, relations de genre, droit, politique, id&#233;ologie&#8230;) concourant dans cette normalit&#233; &#224; sa reproduction se trouvent min&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La th&#233;orie de la r&#233;volution comme communisation n'est pas une affirmation prospective, elle n'est pas en cours dans quelque pratique actuelle que ce soit, mais elle trouve son origine dans le pr&#233;sent de l'appartenance de classe comme limite de la lutte en tant que classe, et le pr&#233;sent de la contradiction entre hommes et femmes qui remet en cause leur d&#233;finition. Le paradigme th&#233;orique du cours d'une contradiction simple et homog&#232;ne parce que se r&#233;solvant dans la victoire d'un de ses termes est frapp&#233; d'obsolescence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sous l'effet de la red&#233;finition du capital comme contradiction en proc&#232;s apparait une nouvelle question. Comment la structure contradictoire du mode de production capitaliste, cette &#171; tension &#224; l'abolition de sa r&#232;gle &#187;, se transforme-t-elle en situation r&#233;volutionnaire ? Evidemment la question n'est pas de savoir quand et o&#249; une telle chose advient, mais quelle est la nature de cette transformation, non pas ce qui la produit (d&#233;j&#224; cern&#233; dans cette tension &#224; l'abolition de sa r&#232;gle qu'est le jeu du capital comme contradiction en proc&#232;s) mais &lt;i&gt;la nature de ce qui est produit&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&lt;a id=&#034;__RefHeading___Toc6501_155729733&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Unit&#233; de la contradiction et formes d'apparition&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La nature de ce qui est produit est une &lt;i&gt;conjoncture&lt;/i&gt;, un &lt;i&gt;moment actuel&lt;/i&gt;. C'est-&#224;-dire cette situation &lt;i&gt;propre aux p&#233;riodes de crises&lt;/i&gt; o&#249; le mouvement du capital comme contradiction en proc&#232;s n'est plus une seule contradiction (entre les classes), ni m&#234;me l'unit&#233; simple et homog&#232;ne de deux contradictions (entre les classes ; entre les hommes et les femmes), mais le moment o&#249; le capital comme contradiction en proc&#232;s ne s'impose plus comme &lt;i&gt;le sens toujours d&#233;j&#224; l&#224; de chacune de ses propres formes d'apparition&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb28&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Il faut comprendre que le capital comme contradiction en proc&#232;s est le (&#8230;)&#034; id=&#034;nh28&#034;&gt;28&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;La Contradiction &lt;/i&gt;qu'est&lt;i&gt; &lt;/i&gt;le capital comme contradiction en proc&#232;s, unit&#233; dynamique des contradictions de classes et de genre est &lt;i&gt;une&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;essentielle&lt;/i&gt;, mais d&#233;j&#224; sa d&#233;finition m&#234;me, sa construction, indique que, dans son &lt;i&gt;efficacit&#233; historique&lt;/i&gt;, elle n'existe que dans toutes ses &lt;i&gt;formes de manifestations&lt;/i&gt;. Aucune de ses formes, politiques, juridiques, relations internationales, id&#233;ologiques, etc., aucune des formes de relations entre les instances fonctionnelles du capital (capital industriel, capital financier, capital marchand), aucune des formes particuli&#232;res dont elle affecte chaque fraction du prol&#233;tariat et les assignations de genres, et par lesquelles elle se r&#233;fracte &#224; tous les niveaux du mode de production - r&#233;fractions qui sont sa condition m&#234;me d'existence-, aucune n'est un pur ph&#233;nom&#232;ne sans lequel &lt;i&gt;La Contradiction&lt;/i&gt; pourrait tout aussi bien exister. Les conditions imm&#233;diatement existantes sont ses conditions d'existence. Elle ne produit pas son d&#233;passement, sa n&#233;gation, la trop fameuse n&#233;gation de la n&#233;gation, aussi &#171; in&#233;luctable que les lois de la nature &#187; (et de la dialectique&#8230;) comme un &lt;i&gt;devoir &#234;tre&lt;/i&gt; du simple fait que &lt;i&gt;La Contradiction&lt;/i&gt; est pos&#233;e. Dynamique des contradictions de classes et de genre, c'est dans toutes les formes dans lesquelles elle existe r&#233;ellement, dans leur combinaison &#224; un moment donn&#233;, dans une &lt;i&gt;conjoncture&lt;/i&gt;, qu'elle devient situation r&#233;volutionnaire. En tant que telle, elle n'est qu'un concept.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le proc&#232;s contradictoire fondamental est actif dans toutes les contradictions &#224; l'int&#233;rieur des formes d'apparition, et il serait absurde et &lt;i&gt;id&#233;aliste&lt;/i&gt; de pr&#233;tendre que ces contradictions et leur fusion dans une conjoncture qui est une unit&#233; de rupture n'en soient que le &lt;i&gt;pur ph&#233;nom&#232;ne&lt;/i&gt;. Toutes ces contradictions, &lt;i&gt;si&lt;/i&gt; elles se fondent pour former une unit&#233;, une conjoncture r&#233;volutionnaire, ne s'&#233;vanouissent pas comme de purs ph&#233;nom&#232;nes dans l'unit&#233; int&#233;rieure d'un proc&#232;s contradictoire simple. L'unit&#233; qu'elles constituent dans cette fusion qu'est la rupture r&#233;volutionnaire, elles la constituent &lt;i&gt;&#224; partir de ce qu'elles sont en propre&lt;/i&gt;, de leur efficacit&#233; propre, &#224; leur niveau. En constituant cette unit&#233;, elles reconstituent et accomplissent bien l'unit&#233; fondamentale qui les anime, mais, ce faisant, elles indiquent aussi la nature de cette contradiction : elle est ins&#233;parable de la soci&#233;t&#233; toute enti&#232;re, ins&#233;parable de ses conditions imm&#233;diates d'existence. Elle est elle-m&#234;me int&#233;rieurement affect&#233;e par ces conditions qui sont ses &lt;i&gt;conditions d'existence&lt;/i&gt;, c'est-&#224;-dire, plus imm&#233;diatement encore, les &lt;i&gt;conditions existantes&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Etre int&#233;rieurement affect&#233;e, c'est, pour l'unit&#233;, &#234;tre toujours une structure hi&#233;rarchis&#233;e (et non un ensemble dans lequel un principe unique se diffuse de fa&#231;on uniforme et restant toujours semblable &#224; lui-m&#234;me : la nature en Egypte, la politique en Gr&#232;ce, la loi &#224; Rome, la religion au Moyen-&#226;ge, l'&#233;conomie dans les temps modernes et contemporains, etc.) avec une instance d&#233;terminante, parfois &#233;galement dominante, des instances dominantes d&#233;sign&#233;es par la pr&#233;c&#233;dente, des permutations hi&#233;rarchiques, etc. C'est dans la hi&#233;rarchie, dans le caract&#232;re d&#233;terminant et / ou dominant de tel ou tel niveau du mode de production, dans la d&#233;signation des dominantes, que &lt;i&gt;l'unit&#233;&lt;/i&gt; existe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans une note du &lt;i&gt;Capital&lt;/i&gt;, Marx signale la distinction &#224; faire entre la d&#233;termination &#233;conomique et le &#171; r&#244;le principal &#187; d'une instance du mode de production en tant qu'instance dominante : &#171; Ce qui est clair, c'est que ni le premier (le moyen-&#226;ge) ne pouvait vivre du catholicisme, ni la seconde (Ath&#232;nes et Rome) de la politique. Les conditions &#233;conomique d'alors expliquent au contraire pourquoi l&#224; le catholicisme et ici la politique jouaient &lt;i&gt;le r&#244;le principal &lt;/i&gt;(soulign&#233; par nous) &#187; (Marx, &lt;i&gt;Le Capital&lt;/i&gt;, &#201;d. Sociales, t. 1, p. 93).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une telle distinction, au premier abord, semble disparaitre avec le capital : &#171; Dans tous les &#233;tats de la soci&#233;t&#233;, la classe (ou les classes) qui r&#232;gne est toujours celle qui tient les conditions objectives du travail (&#8230;) ; et la classe qui sert, ou qui, en tant que puissance de travail, est elle-m&#234;me la possession des propri&#233;taires (esclavage), est toujours celle qui ne dispose que de sa puissance de travail (m&#234;me s'il semble comme par exemple aux Indes, en Egypte, etc. qu'elle poss&#232;de la terre dont le roi ou une caste, etc. sont cependant les propri&#233;taires&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb29&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les id&#233;ologues qui nous bassinent avec l'id&#233;alisation des &#171; commons &#187; ne (&#8230;)&#034; id=&#034;nh29&#034;&gt;29&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;). Mais tous ces rapports se distinguent du capital par le fait que le rapport est enjoliv&#233;, qu'il appara&#238;t comme rapport des ma&#238;tres aux valets, des hommes aux esclaves, des demi-dieux aux mortels ordinaires, etc. (&#8230;) ces seulement dans le capital que ce rapport est d&#233;pouill&#233; de tous ces aspects politiques, religieux et autres enjolivements id&#233;els. (&#8230;) Le rapport appara&#238;t donc dans sa puret&#233; comme simple rapport de production : rapport purement &#233;conomique. &#187; (Marx, &lt;i&gt;Manuscrits de 1861 &#8211; 1863&lt;/i&gt;, &#201;d. Sociales, p. 138 &#8211; 139). En fait, la distinction ne disparait pas, elle est construite sur la base nouvelle de sa &#171; puret&#233; &#187; : &#171; Mais, dans la mesure o&#249; des rapports de domination se red&#233;veloppent sur cette base, on sait qu'ils ne proviennent que du rapport dans lequel l'acheteur, le repr&#233;sentant des conditions de travail, se pr&#233;sente face au vendeur, au possesseur de la force de travail. &#187; (&lt;i&gt;ibid&lt;/i&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les modes de production ant&#233;rieurs au capital le travail que le producteur effectue pour sa propre reproduction et l'extraction de surtravail ne co&#239;ncident pas &#224; l'int&#233;rieur d'un m&#234;me proc&#232;s de travail. Il y a disjonction (spatiale / temporelle) du temps de travail en temps de travail n&#233;cessaire et surtravail. Dans ces modes de production, le travailleur est un &lt;i&gt;individu particulier&lt;/i&gt;, c'est-&#224;-dire dont l'appartenance &#224; une communaut&#233; quelconque pr&#233;suppose l'effectuation de son activit&#233;. &lt;i&gt;L&lt;/i&gt;&lt;i&gt;'exploitation ne peut &#234;tre effective, ne peut se r&#233;aliser, sans &#234;tre domination&lt;/i&gt;. Ce n'est pas &#224; ce niveau l&#224; que la domination intervient dans le mode de production capitaliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant des rapports de domination peuvent se &#171; red&#233;velopper &#187; sur la base de l'exploitation capitaliste. Cela de deux fa&#231;ons. Premi&#232;rement, &#224; partir et dans le proc&#232;s de travail lui-m&#234;me. Nous avons ici affaire &#224; l'arm&#233;e de surveillants que le capitaliste emploie et &#224; l'organisation mat&#233;rielle du proc&#232;s de travail. L&#224;, n'intervient aucune autre instance du mode de production que le rapport purement &#233;conomique par lequel le travailleur a c&#233;d&#233; l'utilisation de sa force de travail &#224; son acheteur. Deuxi&#232;mement, dans la mani&#232;re dont s'articule les trois moments de l'exploitation : face &#224; face de la force de travail et du capital en tant que capital potentiel ; subsomption du travail sous le capital ; transformation de la plus-value en capital additionnel. L'exploitation dans l'unit&#233; de ses trois moments conna&#238;t des ruptures et, principalement au niveau du troisi&#232;me moment (la transformation du surproduit en plus-value et de la plus-value en capital additionnel), peuvent alors se d&#233;velopper &lt;i&gt;des pratiques qui pour elles-m&#234;mes semblent s'autonomiser des autres moments&lt;/i&gt; &lt;i&gt;de l'exploitation&lt;/i&gt;, ne plus avoir de rapport avec eux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le capital a par rapport &#224; la totalit&#233; une position diff&#233;rente de celle du prol&#233;tariat, position qui r&#233;sulte du contenu m&#234;me de l'exploitation (subsomption). Il est l'agent de la reproduction g&#233;n&#233;rale, c'est par l&#224; que cette reproduction appara&#238;t comme &lt;i&gt;oppression&lt;/i&gt;. En m&#234;me temps que le capital se constitue non plus comme rapport social mais comme objectivit&#233; &#233;conomique (toutes les conditions du renouvellement du rapport se trouvent, &#224; la fin de chaque cycle, r&#233;unies comme capital en soi face au travail), les instances politiques, juridiques, id&#233;ologiques, morales, toutes les institutions sociales et &#233;ducatives, deviennent des moments n&#233;cessaires de la reproduction du rapport &#171; purement &#233;conomique &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si le prol&#233;tariat implique le capital, c'est qu'il est &lt;i&gt;mis sans cesse par celui-ci en situation de l'impliquer&lt;/i&gt;. Le caract&#232;re interne &#171; jamais acquis &#187; de l'autopr&#233;supposition qui tient &#224; la baisse tendancielle du taux de profit a pour contenu cette mise en situation du prol&#233;tariat, comme devant l'impliquer, par le capital. On ne peut donc se contenter de dire que le prol&#233;tariat implique le capital et que, inversement, le capital implique le prol&#233;tariat. A cause de son contenu m&#234;me, cette implication n'a pas, dans les deux sens, la m&#234;me &#171; forme &#187;. Ainsi le prol&#233;tariat est en quelque sorte doublement impliqu&#233; par le capital. Dans un premier temps, comme seule valeur d'usage qui puisse lui faire face (cr&#233;atrice de valeur et de plus de valeur que ne co&#251;te la reproduction de la force de travail), &#224; ce niveau, lui-m&#234;me implique r&#233;ciproquement et sym&#233;triquement le capital ; mais, dans un deuxi&#232;me temps, (la s&#233;paration des deux temps n'est qu'une commodit&#233; de l'expos&#233;) il n'est dans cette situation o&#249; il implique le capital que pos&#233; (m&#233;diatis&#233;) par le capital lui-m&#234;me. C'est l&#224; que se &#171; red&#233;veloppent &#187; l'oppression et la domination comme l'objet m&#234;me, la raison d'&#234;tre, de toutes les instances non &#171; purement &#233;conomiques &#187; du mode de production.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'autopr&#233;supposition du capital remet chacun &#224; sa place, c'est qu'elle implique &#224; l'int&#233;rieur d'elle-m&#234;me l'&#201;tat, l'activit&#233; de la classe capitaliste, toutes les organisations coercitives de reproduction sociale. Elle implique la mise en friche de certains capitaux et de certaines fractions de la force de travail, la r&#233;organisation de son aire, le d&#233;placement g&#233;ographique de la force de travail, l'&#233;limination de certaines couches sociales. Ce qui revient souvent &#224; la n&#233;cessit&#233; de recr&#233;er les conditions dans lesquelles la force de travail est &#224; m&#234;me de valoriser le capital. Tout cela renvoie bien s&#251;r &#224; des choses connues comme toutes les politiques directes de contr&#244;le des &#171; pauvres &#187; (sans que le terme de &#171; pauvre &#187; fasse dispara&#238;tre l'organisation de classes de la soci&#233;t&#233;) et de la mise au travail forc&#233;. Il faut situer ces interventions &lt;i&gt;dans l'autopr&#233;supposition du capital&lt;/i&gt; et non comme des instruments l&#233;g&#232;rement ext&#233;rieurs. Cela permet de comprendre ces interventions et, principalement celles de l'&#201;tat, en dehors de toute analyse instrumentaliste de celui-ci. C'est l&#224; que l'on peut retrouver le rapport d'exploitation comme rapport de domination comme activit&#233; politique, id&#233;ologique, polici&#232;re, morale, etc., tant comme activit&#233; de la classe capitaliste que comme activit&#233; du prol&#233;tariat en tant que lutte contre cette domination.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'appropriation des femmes en tant que productrices de la population comme principale force productive fait partie du rapport purement &#233;conomique, en tant que cette production se distingue du proc&#232;s de travail proprement dit, elle tombe sous un de ces rapports dont Marx dit qu'ils &#171; enjolivent &#187; la production de surtravail. Ce rapport de domination, on peut le nommer &#171; patriarcat &#187; &#224; condition de ne pas tomber dans &lt;i&gt;l'illusion anthropologique d'une histoire du patriarcat&lt;/i&gt;. Parce que le porteur de la force de travail est une personne, c'est-&#224;-dire un &#233;changiste, la production de force de travail (population) ne peut &#234;tre un processus industriel qui r&#233;duirait le travailleur &#224; une condition objective de la production. Cette production particuli&#232;re passe par toutes sortes de rapports sp&#233;cifiques de domination : culturels, institutionnels, sentimentaux, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le &lt;i&gt;travail domestique,&lt;/i&gt; dans la mesure o&#249; il se situe &#233;galement dans cette disjonction entre le proc&#232;s de travail et l'extraction de surtravail, n&#233;cessite un rapport de domination des hommes sur les femmes qui est celui de la s&#233;paration, dans le mode de production capitaliste, du public et du priv&#233;, s&#233;paration qui accompagne l'appropriation de la personne. L'insertion du travail domestique dans la relation entre travail n&#233;cessaire et surtravail fait qu'il ne peut &#234;tre une d&#233;termination du niveau de surtravail (du partage de la journ&#233;e de travail) sans &#234;tre pris dans un rapport de domination. Le rapport domestique est inclus dans le salaire qui est la reproduction de la force de travail et de la &#171; race des travailleurs &#187;. De par la disjonction entre le proc&#232;s de travail dans lequel est consomm&#233;e productivement la force de travail et cette modalit&#233; de d&#233;termination du surtravail que repr&#233;sente le travail domestique, son effet ne peut &#234;tre accapar&#233; par le capitaliste &lt;i&gt;sans un rapport de domination&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le surtravail se trouvent dissimul&#233;es deux contradictions : entre prol&#233;taires et capitalistes et entre hommes et femmes, dont les termes ne se recouvrent pas et qui renvoie &#224; des ordres sociaux diff&#233;rents : une distinction de classes et une distinction de genre. La distinction de classes entre prol&#233;tariat et capital (l'exploitation) contient l'appropriation des femmes et de leur activit&#233; par tous les hommes mais le rapport entre hommes et femmes n'est pas r&#233;ductible &#224; la contradiction entre les classes. Les hommes n'agissent pas en contremaitres pour le compte du vrai patron, le capitaliste. Ils agissent pour leur propre compte parce qu'ils sont hommes. &lt;i&gt;La domination masculine ne m&#233;diatise pas l'exploitation capitaliste&lt;/i&gt;. Si cette domination d&#233;termine le surtravail c'est que surtravail et domination masculine, appropriation des femmes et de leur activit&#233;, sont donn&#233;s simultan&#233;ment, &lt;i&gt;appartiennent au m&#234;me concept de surtravail&lt;/i&gt;. Le rapport domestique est inclus dans le salaire qui est la reproduction de la force de travail et de la &#171; race des travailleurs &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, pour continuer &#224; cerner comment le &#171; rapport purement &#233;conomique &#187; entre le propri&#233;taire des conditions objectives de travail et le possesseur de la force de travail, bien que ne n&#233;cessitant aucun &#171; enjolivement &#187;, &#171; red&#233;veloppe &lt;i&gt;sur cette base&lt;/i&gt; (soulign&#233; par nous) &#187; des rapports de domination relevant de toutes sortes d'instances du mode de production, il faut consid&#233;rer que &lt;i&gt;l'&#233;conomie comme d&#233;termination se distingue de l'&#233;conomie comme instance dominante&lt;/i&gt;. Quand nous disons que, contrairement par exemple au moyen-&#226;ge, l'&#233;conomie est &#224; la fois ce qui d&#233;termine la dominante et cette dominante elle-m&#234;me, il faut voir que, sous le m&#234;me terme d' &#171; &#233;conomie &#187; il ne s'agit pas, dans l'un et l'autre cas, de la m&#234;me r&#233;alit&#233;. En tant que d&#233;termination, il s'agit de l'&#233;conomie comme ensemble de rapports sociaux de production ; en tant que dominante, il s'agit de l'&#233;conomie comme objectivit&#233;. Dans cette distorsion m&#234;me entre la d&#233;termination et la dominante r&#233;side la n&#233;cessit&#233; de toutes les instances que nous avons &#233;voqu&#233;es comme n&#233;cessaires pour toujours &lt;i&gt;transformer la premi&#232;re en la seconde&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si cette diff&#233;rence est intrins&#232;que au mode de production capitaliste, et poss&#232;de dans le devenir n&#233;cessairement objectif du rapport social une existence bien r&#233;elle, il faut attendre la fin du XIX&#232; si&#232;cle pour qu'elle devienne manifeste dans l'id&#233;ologie. Alors qu'Adam Smith fondait l'&#233;conomie politique en croyant &#233;crire un trait&#233; de morale, la &#171; r&#233;volution marginaliste &#187; isole l'action &#233;conomique de son imbrication sociale, elle abandonne la pr&#233;tention de l'&#233;conomie politique d'&#234;tre une &#171; th&#233;orie sociale &#187; pour s'adonner aux mod&#232;les math&#233;matiques. Au m&#234;me moment s'ouvre un nouvel espace id&#233;ologique, celui de la &lt;i&gt;sociologie&lt;/i&gt; destin&#233;e &#224; &#233;tudier les actions sociales et leurs cons&#233;quences quand ces actions sont orient&#233;es vers des buts non explicitement &#233;conomiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il &#233;tait n&#233;cessaire de montrer que le capital, ce &#171; pur rapport &#233;conomique &#187;, &#224; partir de lui-m&#234;me, &#171; sur sa propre base &#187;, &lt;i&gt;n'en est jamais un&lt;/i&gt;, pour comprendre comment ce que nous appelons conjoncture, comme &lt;i&gt;crise de l'autopr&#233;supposition du capital&lt;/i&gt;, passe toujours par la d&#233;signation d'une instance dominante (changeante). C'est-&#224;-dire qu'il &#233;tait n&#233;cessaire de d&#233;finir le statut th&#233;orique des formes d'apparition du capital comme contradiction en proc&#232;s. Au cours de la lutte de classe, selon les r&#233;sultats momentan&#233;s et &#224; d&#233;passer qui apparaissent, selon les aspects changeants des rapports de forces, selon les &#171; acquis &#187; o&#249; pourra se scl&#233;roser la communisation, ces formes d'apparition comme dominante changent, les contradictions permutent de place dans la totalit&#233;. C'est alors l&#224;, sur ce qui est momentan&#233;ment le point nodal, qu'il faut tirer pour continuer &#224; d&#233;membrer l'ordre existant. Mais si les dominantes permutent (politique, &#233;conomique, id&#233;ologique, polarisation des contradictions sur telle ou telle lutte de telle ou telle fractions du prol&#233;tariat, &#8230;), jamais la conjoncture n'est un pluralisme de d&#233;terminations s'additionnant et indiff&#233;rentes entre elles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce conditionnement d'existence des contradictions les unes par les autres ne tombe pas dans la circularit&#233;, n'annule pas la totalit&#233; comme structure &#224; d&#233;terminante ni dans un &#233;clectisme facile et additif, ni dans une interconstruction &lt;i&gt;indiff&#233;renci&#233;e&lt;/i&gt;. Ce conditionnement est, &#224; l'int&#233;rieur m&#234;me de la r&#233;alit&#233; des conditions d'existence de chaque contradiction, la manifestation de cette structure &#224; d&#233;terminante (c'est la grande diff&#233;rence avec la totalit&#233; h&#233;g&#233;lienne) qui fait l'unit&#233; du tout. Par l&#224; il est th&#233;oriquement permis de parler de conditions et d'instance dominante dans un moment particulier sans tomber dans l'empirisme ou l'irrationalit&#233; du &#171; c'est ainsi &#187; et du &#171; hasard &#187;. Les conditions sont l'existence r&#233;elle (concr&#232;te, actuelle) des contradictions constituant le tout parce que c'est fondamentalement la contradiction dans son sens essentiel qui leur assigne ce r&#244;le, non comme un pur ph&#233;nom&#232;ne &#224; c&#244;t&#233; d'elle, sans lequel elle pourrait tout autant &#234;tre, mais comme ses conditions d'existence m&#234;me. On parle des &lt;i&gt;conditions d'existence&lt;/i&gt; du tout en parlant des &lt;i&gt;conditions existantes&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&lt;a id=&#034;__RefHeading___Toc6503_155729733&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Conjoncture : une m&#233;canique de la crise de l'autopr&#233;supposition du capital&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que nous entendons alors par conjoncture n'est pas la rencontre des deux contradictions que nous avons expos&#233;es. Elles ne se rencontrent jamais parce qu'elles sont toujours d&#233;j&#224; conjointes. C'est la multiplicit&#233; des formes d'apparition de cette unit&#233; &#224; tous les niveaux du mode de production qui d&#233;finit une conjoncture et plus pr&#233;cis&#233;ment la cristallisation dans une instance du mode de production des contradictions multiples qui d&#233;signent (momentan&#233;ment) cette instance comme dominante. C'est dans cette cristallisation que la conjoncture est aussi &lt;i&gt;unit&#233; de rupture&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le concept de conjoncture est n&#233;cessaire &#224; une th&#233;orie de la r&#233;volution comme communisation. En effet, la r&#233;volution n'est pas simplement une rupture, mais une rupture &lt;i&gt;contre ce qui la produit&lt;/i&gt;, ce que l'on peut aussi dire sous la forme de l'autotransformation du sujet ou encore, comme dit Marx dans &lt;i&gt;l'Id&#233;ologie allemande &lt;/i&gt; : &#171; seule une r&#233;volution permettra &#224; la classe qui renverse l'autre de balayer toute la pourriture du vieux monde qui lui colle &#224; la peau &#187; (op. cit., &#201;d. Sociales, p. 68). La conjoncture est inh&#233;rente &#224; la r&#233;volution comme communisation : autotransformation des individus dans les contradictions de classes et de genre. Toutes les manifestations de l'existence sociale, c'est-&#224;-dire pour chaque individu &#171; les conditions inh&#233;rentes &#224; son individualit&#233; &#187; (&lt;i&gt;idem, &lt;/i&gt;p. 98),&lt;i&gt; &lt;/i&gt;sortent de leur rapport hi&#233;rarchis&#233; du mode de production et se recombinent &#8211; de fa&#231;on mouvante car cr&#233;ant des situations nouvelles - dans leur relation de d&#233;termination et de dominance. Ces manifestations deviennent ainsi objet de contradictions et de luttes dans leur sp&#233;cificit&#233;, et non comme effet et manifestation d'une contradiction fondamentale par laquelle ces manifestations ne seraient supprim&#233;es qu'&#171; en cons&#233;quence &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb30&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cela peut &#234;tre la famille comme la s&#233;paration entre la ville et la campagne.&#034; id=&#034;nh30&#034;&gt;30&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand, &#224; l'issue du cycle de luttes actuel, lutter en tant que classe est la limite de la lutte de classe, la r&#233;volution devient une lutte contre ce qui l'a produite. Toute l'architecture du mode de production, la distribution de ses instances et de ses niveaux se trouvent entra&#238;n&#233;es dans un processus de bouleversement de la normalit&#233; / fatalit&#233; de sa reproduction d&#233;finie par la hi&#233;rarchie d&#233;terminative des instances du mode de production. C'est parce qu'elle est ce bouleversement et seulement si elle l'accomplit que la r&#233;volution est ce moment o&#249; les prol&#233;taires se d&#233;barrassent de toute la pourriture du vieux monde qui leur colle &#224; la peau, tout comme les hommes et les femmes de ce qui constitue leur individualit&#233;. Il ne s'agit pas d'une cons&#233;quence mais du mouvement concret de la r&#233;volution o&#249; toutes les instances du mode de production (id&#233;ologie, droit, politique, nationalit&#233;, &#233;conomie, genres, etc.) peuvent &#234;tre tour &#224; tour la focalisation dominante de l'ensemble des contradictions. Changer les circonstances et se changer soi-m&#234;me co&#239;ncident : c'est la r&#233;volution&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb31&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; La co&#239;ncidence du changement des circonstances et de l'activit&#233; humaine ou (&#8230;)&#034; id=&#034;nh31&#034;&gt;31&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. On peut ajouter &#224; la proposition d'Althusser selon laquelle &#171; l'heure solitaire de la d&#233;termination en derni&#232;re instance &#8211; l'&#233;conomie - ne sonne jamais &#187;, &lt;i&gt;qu'il n'est pas dans la nature de la r&#233;volution de la faire sonner&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous retrouvons ce qui fait fondamentalement du concept de conjoncture un concept n&#233;cessaire de la th&#233;orie de la r&#233;volution : le bouleversement de la hi&#233;rarchie d&#233;terminative des instances du mode de production. Une conjoncture d&#233;signe le m&#233;canisme m&#234;me d'une crise comme crise de l'autopr&#233;supposition du capital et la r&#233;volution comme d&#233;passement produit du cours ant&#233;rieur des contradictions de classes et de genres, une rupture contre ce qui l'a produite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est &#233;galement la question de l'unit&#233; du prol&#233;tariat, inh&#233;rente &#224; la r&#233;volution comme communisation, qui est en jeu dans le concept de conjoncture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&lt;a id=&#034;__RefHeading___Toc6505_155729733&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Conjoncture et communisation&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les contradictions qui opposent les classes moyennes, les ch&#244;meurs et pr&#233;caires, les masses exc&#233;dentaires des p&#233;riph&#233;ries ou des banlieues, le &#171; c&#339;ur stable &#187; de la classe ouvri&#232;re, les ouvriers employ&#233;s mais constamment menac&#233;s, etc., au capital, &#224; sa reproduction, &#224; l'exploitation, &#224; l'aust&#233;rit&#233;, &#224; la mis&#232;re, etc. ne sont pas identiques entre elles et encore moins &#224; la contradiction entre les femmes et les hommes. L'unit&#233; en tant que classe de ceux et celles qui n'ont que la vente de leur force de travail pour vivre est quelque chose que les prol&#233;taires trouvent et affrontent comme objectiv&#233; face &#224; eux dans le capital. Pour eux-m&#234;mes, cette d&#233;finition n'est que leur s&#233;paration. De m&#234;me, la classe capitaliste n'est pas un bloc unique et homog&#232;ne, ni les nations ou ensemble r&#233;gionaux structurant le cours mondial de la valorisation du capital. Il serait m&#234;me d'une simplification extr&#234;me que de consid&#233;rer que ces deux ensembles de contradictions (celles internes &#224; &#171; ceux d'en haut &#187;, celles internes &#224; &#171; ceux d'en bas &#187;) ne s'interp&#233;n&#232;trent pas, que le prol&#233;taire br&#233;silien est &#233;tranger au conflit que son capitalisme &#233;mergent entretient avec les &#201;tats-Unis et les &#171; vieux centres du capital &#187; et que les hommes contre les femmes ne puissent &#234;tre &#233;galement des prol&#233;taires contre l'exploitation capitaliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'unit&#233; du prol&#233;tariat et de sa contradiction avec le capital &#233;tait inh&#233;rente &#224; la r&#233;volution comme affirmation du prol&#233;tariat, &#224; son &#233;rection en classe dominante g&#233;n&#233;ralisant sa condition (avant de l'abolir&#8230;) et &#224; la lib&#233;ration des femmes en tant que telles. Le caract&#232;re diffus, segment&#233;, &#233;clat&#233;, corporatif des conflits, c'est le lot n&#233;cessaire d'une contradiction entre les classes et d'une contradiction entre les genres qui se situent au niveau de la reproduction du capital. Un conflit particulier, de par ses caract&#233;ristiques, par les conditions dans lesquelles il se d&#233;roule, par la p&#233;riode dans laquelle il appara&#238;t, &lt;i&gt;quelle que soit sa position dans les instances du mode de production&lt;/i&gt;, peut se trouver en situation de polariser l'ensemble de cette conflictualit&#233; qui, jusque l&#224;, apparaissait comme irr&#233;ductiblement diverse et diffuse. C'est la &lt;i&gt;conjoncture comme unit&#233; de rupture&lt;/i&gt;. Ce qui se joue alors c'est que, pour s'unir, les ouvriers doivent briser le rapport salarial par lequel le capital les &#171; rassemble &#187; et que si, pour &#234;tre une classe r&#233;volutionnaire, le prol&#233;tariat doit s'unir, il ne peut maintenant s'unir qu'en d&#233;truisant les conditions de sa propre existence comme classe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La dictature du mouvement social de communisation est le processus d'int&#233;gration de l'humanit&#233; au prol&#233;tariat en train de dispara&#238;tre. La stricte d&#233;limitation du prol&#233;tariat par rapport aux autres couches, sa lutte contre toute production marchande sont en m&#234;me temps un processus qui &lt;i&gt;contraint&lt;/i&gt; les couches de la petite bourgeoisie salari&#233;e, de la &#171; classe de l'encadrement social &#187; &#224; rejoindre la classe communisatrice. Elle est donc d&#233;finition, exclusion et, en m&#234;me temps, d&#233;marcation et ouverture, effacement des fronti&#232;res et d&#233;p&#233;rissement des classes. Ce n'est pas l&#224; un paradoxe mais la r&#233;alit&#233; du mouvement o&#249; le prol&#233;tariat se d&#233;finit dans la pratique comme le mouvement de constitution de la communaut&#233; humaine, et ce mouvement est celui o&#249; se d&#233;font toutes les relations fixes et hi&#233;rarchis&#233;es qui d&#233;finissaient la reproduction du mode de production, son autopr&#233;supposition. Comment utiliser la production comme arme si elle est toujours ce qui d&#233;finit toutes les autres formes et niveaux de relations entre les individus et si elle-m&#234;me existe comme secteur particulier de la vie sociale ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toutes les contradictions se recomposent, s'unissent en une &lt;i&gt;unit&#233; de rupture&lt;/i&gt;. La pratique r&#233;volutionnaire, les mesures communisatrices, bouleversent la hi&#233;rarchie des instances du mode de production par laquelle sa reproduction &#233;tait le sens immanent de chacune. Au-del&#224; de cette immanence, de cette autopr&#233;supposition qui contient et n&#233;cessite la hi&#233;rarchie &#233;tablie des instances, il y a de l'al&#233;atoire et de l'&#233;v&#233;nement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une conjoncture est &#224; la fois une &lt;i&gt;rencontre&lt;/i&gt; et une &lt;i&gt;d&#233;faisance&lt;/i&gt;. Elle est &lt;i&gt;d&#233;faisance&lt;/i&gt; de la totalit&#233; sociale qui jusque l&#224; unissait toutes les instances d'une formation sociale (politique, &#233;conomique, sociale, culturelle, id&#233;ologique) ; elle est d&#233;faisance de la reproduction des contradictions formant l'unit&#233; de cette totalit&#233;. C'est pourquoi il y a de l'al&#233;atoire, de la rencontre, des choses de l'ordre de l'&#233;v&#233;nement dans une conjoncture : un d&#233;nouement qui se produit et se reconna&#238;t dans l'accidentel de telle ou telle pratique. Elle est le moment o&#249; peut s'exercer la puissance de faire de &#171; ce qui est &#187; plus que ce qu'il contient, de &lt;i&gt;cr&#233;er&lt;/i&gt; en dehors des enchainements m&#233;canistes de la causalit&#233; ou de la t&#233;l&#233;ologie du finalisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une conjoncture est aussi une &lt;i&gt;rencontre&lt;/i&gt; de contradictions qui avaient leur propre cours, leur propre temporalit&#233; et n'entretenaient entre elles que des relations d'interactions : luttes ouvri&#232;res, luttes &#233;tudiantes, luttes des femmes, conflits politiques &#224; l'int&#233;rieur de l'&#201;tat, conflits dans la classe capitaliste, cours mondial du capital, inscription des contradictions de ce cours mondial dans les conditions propres d'une aire nationale, id&#233;ologies dans lesquelles les individus menaient leurs luttes. La &lt;i&gt;conjoncture&lt;/i&gt; est le moment de ce carambolage des contradictions, mais ce carambolage &lt;i&gt;prend forme&lt;/i&gt; selon la d&#233;termination dominante que &lt;i&gt;d&#233;signe&lt;/i&gt; la crise qui se d&#233;roule dans les rapports de production, dans les modalit&#233;s de l'exploitation. &lt;i&gt;La conjoncture est une crise de la d&#233;termination autoreproductrice des &lt;/i&gt;&lt;i&gt;rapports de production, d&#233;termination qui se d&#233;finit par une hi&#233;rarchisation &#233;tablie et fixe des instances du mode de production&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un mode de production, toutes les instances qui le composent ne vivent pas au m&#234;me rythme. Elles occupent une r&#233;gion dans la structure globale du mode de production qui leur assure leur statut et leur efficacit&#233; de par la place sp&#233;cifique assign&#233;e &#224; une de ces instances (ni monade, ni totalit&#233; significative). Une conjoncture est une crise de cette assignation. Elle peut donc &#234;tre une &lt;i&gt;variation de la dominance&lt;/i&gt; (politique, id&#233;ologique, rapports internationaux&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb32&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Que l'on pense &#224; la Commune de Paris en 1871 ou &#224; la prise des Tuileries le (&#8230;)&#034; id=&#034;nh32&#034;&gt;32&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;) &#224; l'int&#233;rieur de la structure globale du mode de production sur la base de la d&#233;termination par les rapports de production.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est, dans la crise de la reproduction, ce d&#233;placement des instances comme dominantes et d&#233;terminations qui est &lt;i&gt;le comment&lt;/i&gt;, la m&#233;canique, de la tension &#224; l'abolition de la r&#232;gle devenant la r&#233;alit&#233; effective de la remise en cause de l'appartenance de classe et de l'assignation de genre. C'est ainsi que le capital comme contradiction en proc&#232;s n'est plus cet automatisme simple et homog&#232;ne se r&#233;solvant toujours en lui-m&#234;me. Quand l'unit&#233; se d&#233;fait (du fait des rapports de production qui sont la d&#233;termination), cela signifie que l'assignation de toutes les instances du mode de production est en crise, il se produit alors un jeu de dominante d&#233;sign&#233;e dans lequel rien n'est fixe : le mistigri circule. Une conjoncture c'est l'effectivit&#233; du jeu qui abolit sa r&#232;gle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La conjoncture est un moment de crise qui bouleverse la hi&#233;rarchie des instances qui fixait &#224; chacune son essence et son r&#244;le, et d&#233;finissait le sens univoque de leurs rapports. Les r&#244;les sont &#233;chang&#233;s &#171; selon les circonstances &#187;. La contradiction-d&#233;terminante-en-derni&#232;re-instance ne peut &#234;tre identifi&#233;s &#224; jamais avec le &lt;i&gt;r&#244;le&lt;/i&gt; de contradiction dominante. Tel ou tel &#171; aspect &#187; (forces de production, &#233;conomie, pratique&#8230;) ne peut &#233;galement &#234;tre assimil&#233; &#224; jamais avec le &lt;i&gt;r&#244;le&lt;/i&gt; principal, et tel autre &#171; aspect &#187; (rapports de production, politique, id&#233;ologie, th&#233;orie&#8230;) avec le &lt;i&gt;r&#244;le&lt;/i&gt; secondaire. La d&#233;termination en derni&#232;re instance par l'&#233;conomie s'exerce justement, dans l'histoire r&#233;elle, dans les permutations de premier r&#244;le entre l'&#233;conomie, la politique, l'id&#233;ologie, etc. Nous avons indiqu&#233; que cela est d&#233;j&#224; contenu dans ce qu'est l'&#233;conomie elle-m&#234;me dans le mode de production capitaliste&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb33&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La critique des rapports sociaux capitalistes comme &#233;conomie prend au pied (&#8230;)&#034; id=&#034;nh33&#034;&gt;33&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette fixit&#233; de la hi&#233;rarchie entre les instances du mode de production capitaliste construit une existence lin&#233;aire du temps, un lien de causalit&#233; qui relie les &#233;v&#233;nements de fa&#231;on successive dans une temporalit&#233; purement quantitative. C'est le donn&#233;, ce qui est l&#224;. La conjoncture est la crise que porte en elle cette temporalit&#233; de l'autopr&#233;supposition du capital, moment de rupture contre le continuum de la temporalit&#233; homog&#232;ne et quantitative, bouleversement de la hi&#233;rarchie des instances et de la d&#233;termination &#233;conomique, discontinuit&#233; du processus historique : conjoncture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La conjoncture est la m&#233;canique, les rouages intimes, du saut qualitatif en lequel se brise la r&#233;p&#233;tition du mode de production. Ce concept de conjoncture est devenu n&#233;cessaire &#224; la th&#233;orie des contradictions de classes et de genres comme th&#233;orie de la r&#233;volution et du communisme. La conjoncture est avant tout un changement de temporalit&#233;, une sortie du r&#233;p&#233;titif, la porte &#233;troite, vite referm&#233;e, par laquelle peut arriver un autre monde. La conjoncture est la pratique consciente que c'est &lt;i&gt;maintenant&lt;/i&gt; que cela se joue, aussi bien l'h&#233;ritage du pass&#233; que la construction de l'avenir. Elle est un pr&#233;sent, le moment du &lt;i&gt;&#224; pr&#233;sent&lt;/i&gt;. La pratique qui est la saisie de ce moment est id&#233;ologique.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034; id='EN-CONCLUSION-LA-REVOLUTION-SERA-IDEOLOGIE'&gt;
&lt;a id=&#034;__RefHeading___Toc6433_155729733&#034;&gt;&lt;/a&gt;
EN CONCLUSION : LA R&#201;VOLUTION SERA ID&#201;OLOGIE&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;On ne peut aborder concr&#232;tement et envisager de comprendre une rupture r&#233;volutionnaire &#224; partir d'une certaine id&#233;e abstraite et assez rassurante d'un sch&#233;ma dialectique contradictoire &#233;pur&#233;, simple, se r&#233;solvant du seul fait de son existence : la &#171; belle &#187; contradiction en proc&#232;s. Ce proc&#232;s n'est jamais simple, il est toujours sp&#233;cifi&#233; par les formes et les circonstances historiques concr&#232;tes dans lesquelles toujours, par d&#233;finition, il s'exerce. L'exception est toujours la r&#232;gle, jamais le fondement &#233;conomique ne joue &#224; l'&#233;tat pur. On peut m&#234;me aller, avec Marx, jusqu'&#224; dire : &#171; Alors s'ouvre une &#233;poque de r&#233;volution sociale. Le changement dans la base &#233;conomique bouleverse plus ou moins rapidement toute l'&#233;norme superstructure. Lorsqu'on consid&#232;re de tels bouleversements, il faut toujours distinguer entre le bouleversement mat&#233;riel &#8211; qu'on peut constater d'une mani&#232;re scientifiquement rigoureuse &#8211; des conditions de production &#233;conomiques et les formes juridiques, politiques, religieuses, artistiques ou philosophiques, bref, &lt;i&gt;les formes id&#233;ologiques sous lesquelles les hommes prennent conscience de ce conflit et le m&#232;nent jusqu'au bout&lt;/i&gt;. (soulign&#233; par nous) &#187; (Marx, &lt;i&gt;Pr&#233;face de 1859&lt;/i&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Etrange tout de m&#234;me ces&lt;i&gt; &#171; &lt;/i&gt;formes id&#233;ologiques sous lesquelles les hommes prennent conscience de ce conflit (une r&#233;volution) et le m&#232;nent jusqu'au bout&lt;i&gt; &#187;&lt;/i&gt;. Et ce n'est pas de la r&#233;volution bourgeoise dont il s'agit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s avoir expos&#233; les grandes articulations de ce qui deviendra les Livres II et III du Capital, Marx conclut une lettre &#224; Engels dat&#233;e du 30 avril 1868 de la fa&#231;on suivante : &#171; En conclusion, nous en arrivons aux &lt;i&gt;formes de manifestation&lt;/i&gt; (soulign&#233; dans le texte) qui servent de point de d&#233;part dans la conception vulgaire : la rente venant de la terre ; le profit (int&#233;r&#234;t), du capital ; les salaires, du travail (la fameuse &#171; formule trinitaire &#187; - le f&#233;tichisme propre au capital - expos&#233;e &#224; la fin du Livre III, nda). (&#8230;) Finalement, ces trois &#233;l&#233;ments (salaires, rente, profit (int&#233;r&#234;t) constituent les sources de revenus des trois classes des propri&#233;taires fonciers, des capitalistes et des travailleurs salari&#233;s, nous avons la lutte de classe, comme la conclusion dans laquelle le mouvement et l'analyse de toute cette merde se r&#233;sout. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est un fait remarquable que Marx passe aux classes et &#224; la lutte de classe &lt;i&gt;&#224; partir des formes de manifestation&lt;/i&gt; apr&#232;s avoir consacr&#233; des milliers de pages &#224; montrer qu'elles n'&#233;taient pas l'essence, le concret de pens&#233;e, du mode de production capitaliste. C'est que les formes de manifestations ne sont pas des ph&#233;nom&#232;nes que l'on pourrait &#233;carter pour trouver dans l'essence la v&#233;rit&#233; de ce qui est et celle des pratiques justes&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb34&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Les cat&#233;gories de l'&#233;conomie bourgeoise sont des formes de l'intellect qui (&#8230;)&#034; id=&#034;nh34&#034;&gt;34&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Nous pouvons par l&#224; avancer un peu dans la compr&#233;hension de ces &#171; formes id&#233;ologiques sous lesquelles les hommes prennent conscience du conflit et le m&#232;nent jusqu'au bout &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'id&#233;ologie est la fa&#231;on dont les hommes (et les femmes&#8230;) vivent leurs rapports &#224; leurs conditions d'existence comme objectives face &#224; eux comme sujets, en ce sens l'id&#233;ologie n'est pas tant un reflet d&#233;form&#233; dans la conscience de la r&#233;alit&#233;, mais un ensemble de &lt;i&gt;solutions pratiques&lt;/i&gt; r&#233;solvant en la justifiant et l'ent&#233;rinant cette s&#233;paration de la r&#233;alit&#233; en objet et en sujet. Que les individus assument ou s'insurgent contre les t&#226;ches prescrites par les diverses instances du mode de production, ce rapport est une exp&#233;rience qui n'est pas tant un objet de connaissance qu'une reconnaissance qui, comme toute exp&#233;rience, est de l'ordre de l'&#233;vidence. Les repr&#233;sentations id&#233;ologiques sont efficaces parce qu'elles renvoient aux individus une image vraisemblable et une explication cr&#233;dible de ce qu'ils sont et de ce qu'ils vivent et sont constitutives de la &lt;i&gt;r&#233;alit&#233;&lt;/i&gt; de leurs luttes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;alit&#233; appara&#238;t d'elle-m&#234;me comme &lt;i&gt;pr&#233;suppos&#233;e et se pr&#233;supposant&lt;/i&gt;, c'est-&#224;-dire comme&lt;i&gt; monde,&lt;/i&gt; comme &lt;i&gt;objet&lt;/i&gt;, face &#224; l'activit&#233; qui, face au monde, d&#233;finit le sujet. Le d&#233;faut principal de tous les mat&#233;rialismes critiqu&#233; par Marx dans la premi&#232;re th&#232;se sur Feuerbach n'est pas seulement une erreur th&#233;orique, il est l'expression de la vie de tous les jours&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb35&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Le d&#233;faut principal, jusqu'ici, de tous les mat&#233;rialismes (y compris celui (&#8230;)&#034; id=&#034;nh35&#034;&gt;35&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Quand nous parlons de &#171; l'essence du mode de production capitaliste &#187; ou de sa &#171; forme fondamentale &#187;, l'essence n'est pas ailleurs que dans les formes d'apparition mais elle ne leur correspond pas parce que les effets de la structure du tout (le mode de production) ne peuvent &#234;tre l'existence m&#234;me de la structure qu'&#224; la condition d'en &#234;tre l'inversion au travers de ses effets. C'est &lt;i&gt;la r&#233;alit&#233;&lt;/i&gt; de l'&lt;i&gt;id&#233;ologie&lt;/i&gt;. En bref, l'id&#233;ologie c'est la vie quotidienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette d&#233;finition de l'id&#233;ologie int&#232;gre ce que l'on con&#231;oit habituellement comme id&#233;ologies en tant que probl&#233;matiques intellectuelles. M&#234;me dans ce sens, l'id&#233;ologie n'est pas un leurre, un masque, un ensemble d'id&#233;es fausses. On sait bien que, dans ce sens, l'id&#233;ologie est d&#233;pendante de l'&#234;tre social mais cette d&#233;pendance implique son autonomisation, c'est la puissance paradoxale des id&#233;es. La th&#233;orie de l'id&#233;ologie n'est pas une th&#233;orie de la &#171; conscience de classe &#187; mais une th&#233;orie de classe de la conscience. La division entre travail mat&#233;riel et travail intellectuel traverse toutes les soci&#233;t&#233;s de classes et tous les individus, si l'id&#233;ologie existe toujours dans les formes de l'abstraction et de l'universel c'est de par cette division qui pla&#231;ant le travail intellectuel du c&#244;t&#233; de la classe dominante donne &#224; ce que produit ce travail la forme de l'universel que rev&#234;t toute domination de classe. La puissance paradoxale des id&#233;es et de leur universalit&#233;, cette inversion des repr&#233;sentations et de leurs fondements est parall&#232;le &#224; l'inversion r&#233;elle qui pr&#233;side &#224; l'organisation de la production, l'exploitation de la classe des producteurs entraine que la production de la vie mat&#233;rielle est r&#233;ellement invers&#233;e, &#224; l'int&#233;rieur d'elle-m&#234;me, dans la production m&#234;me de la vie mat&#233;rielle. S'il est exact que &#171; ce n'est pas la conscience qui d&#233;termine la vie mais la vie qui d&#233;termine la conscience &#187;, il n'en est pas moins vrai que &lt;i&gt;c'est la vie qui &#171; fait croire &#187; que c'est la conscience&lt;/i&gt;. Les repr&#233;sentations bourgeoises sont des id&#233;ologies, et des id&#233;ologies tout &#224; fait fonctionnelles et elles deviennent des institutions tout &#224; fait r&#233;elles. La justice, le droit, la libert&#233;, l'&#233;galit&#233; sont des id&#233;ologies, mais lourdement mat&#233;rielles quand on se retrouve devant un tribunal, en prison ou dans un bureau de vote. La bourgeoisie, dit le &lt;i&gt;Manifeste&lt;/i&gt;, a fa&#231;onn&#233; un monde &#224; son &lt;i&gt;image&lt;/i&gt;, mais l'image est alors la chose : la production d'id&#233;ologie est partie prenante de la production et des conditions de la vie mat&#233;rielle. Les repr&#233;sentations ne sont pas un doublet plus ou moins inad&#233;quat de la r&#233;alit&#233; mais des instances actives de cette r&#233;alit&#233; qui en assurent la reproduction &lt;i&gt;et en permettent la transformation&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'id&#233;ologie circule partout dans la soci&#233;t&#233;, elle n'est pas l'apanage de quelques activit&#233;s sp&#233;cialis&#233;es &#171; haut de gamme &#187;. Le rapport de la classe exploit&#233;e au proc&#232;s de production est lui aussi de nature id&#233;ologique, ce rapport ne pouvant &#234;tre identique &#224; celui de la classe dominante, il semble au premier abord que nous ayons affaire &#224; l'affrontement de deux id&#233;ologies. Au premier abord cela est vrai. Cette &#171; seconde &#187; id&#233;ologie est critique, subversive m&#234;me, mais seulement dans la mesure o&#249; elle est le langage de la revendication, de la critique et de l'affirmation de cette classe &lt;i&gt;dans le miroir que lui tend la classe dominante&lt;/i&gt;. L'id&#233;ologie est toujours l'id&#233;ologie de la classe dominante parce que l'int&#233;r&#234;t particulier de la classe dominante est le seul int&#233;r&#234;t particulier &#224; pouvoir &lt;i&gt;objectivement&lt;/i&gt; se produire comme universel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'en est-il alors de la pratique r&#233;volutionnaire comme communisation ? Elle est production du nouveau non comme d&#233;veloppement ou victoire d'un terme pr&#233;existant dans la contradiction, ou r&#233;tablissement d'une unit&#233; ant&#233;rieure (n&#233;gation de la n&#233;gation), mais comme suppression d&#233;termin&#233;e de l'ancien et suppression, dans cette suppression, du sujet qui supprime. Si, dans ce moment ultime, le rapport d'implication r&#233;ciproque contradictoire entre le prol&#233;tariat et le capital et la contradiction hommes / femmes demeurent d&#233;terminants (dans leur existence conjointe du capital comme contradiction en proc&#232;s), dans ces circonstances bien particuli&#232;res (celle de la conjoncture), ils d&#233;signent l'id&#233;ologie comme lieu de la contradiction dominante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans son mouvement, dans les formes qu'elle prend et abandonne, la lutte r&#233;volutionnaire se critique elle-m&#234;me. C'est parce que cette lutte, jusqu'&#224; son terme, est scind&#233;e entre d'une part, ce qui demeure un mouvement objectif qui n'est pas une illusion, les contradictions du mode de production capitaliste, et, d'autre part, dans cette objectivit&#233;, la pratique de son abolition qui le d&#233;sobjective, qu'elle demeure structurellement id&#233;ologique. Elle vit de la s&#233;paration de l'objet et du sujet. C'est parce que la dissolution de l'objectivit&#233; constitue un &lt;i&gt;sujet&lt;/i&gt; en tant que tel, et qui se consid&#232;re ainsi, que l'id&#233;ologie (invention, libert&#233;, projet et projection) est inh&#233;rente &#224; sa d&#233;finition et son action&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb36&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Il faut cependant &#234;tre tr&#232;s vigilant au statut accord&#233; &#224; cette distinction (&#8230;)&#034; id=&#034;nh36&#034;&gt;36&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N'ayant aucune base objective d&#233;velopp&#233;e pr&#233;c&#233;demment, le communisme est une production prise dans la contradiction d'un rapport contradictoire objectif dont le d&#233;passement doit se produire alors comme la formalisation consciente et volontaire d'un projet car le proc&#232;s de la r&#233;volution r&#233;cuse toujours son &#233;tat pr&#233;sent comme &#233;tant son aboutissement. Projet &lt;i&gt;id&#233;ologique&lt;/i&gt; car il r&#233;cuse son fondement objectif &lt;i&gt;dans son &#233;tat pr&#233;sent&lt;/i&gt; comme &#233;tant sa raison d'&#234;tre, il place le futur, &lt;i&gt;le devoir-&#234;tre&lt;/i&gt;, comme compr&#233;hension du pr&#233;sent et comme pratique dans le moment actuel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la r&#233;volution communiste, toutes les configurations sociales (les formes qui faisaient soci&#233;t&#233;) se mettent &#224; tomber dans le vide et m&#234;me des situations ant&#233;rieures, des contradictions que l'on croyait d&#233;pass&#233;es, relevant de modes de production ant&#233;rieurs au mode de production capitaliste resurgissent. Nous en sommes actuellement &#224; augurer la possible survenue dans la crise, du fait des caract&#233;ristiques du cycle de luttes et de la nature historique sp&#233;cifique de cette crise, de pratiques constituant une &lt;i&gt;conjoncture&lt;/i&gt; r&#233;volutionnaire. La conjoncture r&#233;volutionnaire c'est la transgression interne des lois de reproduction du mode de production, parce que les lois qui m&#232;nent le d&#233;veloppement du mode de production capitaliste n'ont de finalit&#233; &lt;i&gt;que du point de vue d'un acteur int&#233;rieur &#224; ces lois&lt;/i&gt;&lt;i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb37&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;C'est en tant qu'il est pratique du prol&#233;tariat que le jeu abolit sa r&#232;gle, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh37&#034;&gt;37&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;. Cette finalit&#233; c'est l'action d'un sujet face &#224; ces lois, elle est produite dans la s&#233;paration du sujet et de l'objet, elle est pratiquement une id&#233;ologie. Les lois qui m&#232;nent le capitalisme &#224; sa perte ne produisent pas un id&#233;al dont on attend la venue avec fatalisme, cette finalit&#233; est une organisation immanente de la lutte des classes que les luttes du prol&#233;tariat peuvent &lt;i&gt;pratiquement&lt;/i&gt; d&#233;chiffrer. Ce d&#233;chiffrement est une organisation pratique des luttes selon les cibles et les enjeux de la cristallisation mouvante des dominantes, de leur relation et autonomie vis-&#224;-vis de la d&#233;termination des rapports de production, c'est une conjoncture r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Il y a de l'al&#233;atoire, de la rencontre, des choses de l'ordre de l'&#233;v&#233;nement dans une conjoncture : un d&#233;nouement qui se produit et se reconna&#238;t dans l'accidentel de telle ou telle pratique. Ainsi une conjoncture se pr&#233;sente comme ce qui arrive dans la mesure o&#249; 'ce qui arrive' forme la condition particuli&#232;re de ne pas savoir 'ce qui peut arriver', elle est le moment o&#249; peut s'exercer la puissance de faire de 'ce qui est' plus que ce qu'il contient, de &lt;i&gt;cr&#233;er&lt;/i&gt; en dehors des enchainements m&#233;canistes de la causalit&#233; ou de la t&#233;l&#233;ologie du finalisme. &#187; &#233;crivions-nous pr&#233;c&#233;demment. Cette puissance est projet, elle est id&#233;ologie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans l'objectivit&#233; du processus r&#233;volutionnaire, le communisme est projet, c'est la forme id&#233;ologique du combat dans laquelle il est men&#233; jusqu'au bout.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#192; plusieurs reprises ce texte de s'inspire plus ou moins librement de Fran&#231;ois Danel, &lt;i&gt;Production de la rupture&lt;/i&gt;, pr&#233;face &#224; &lt;i&gt;Rupture dans la th&#233;orie de la r&#233;volution, Texte&lt;/i&gt;&lt;i&gt;s&lt;/i&gt;&lt;i&gt; 1965 &#8211; 1975&lt;/i&gt;, &#201;d. Senonevero, 2003.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Dans un premier temps, nous aborderons ce concept par touches successives selon les al&#233;as du d&#233;passement de la probl&#233;matique de l'ultragauche, puis de fa&#231;on plus synth&#233;tique dans la derni&#232;re partie de cette introduction. Pr&#233;cisons cependant tr&#232;s bri&#232;vement tout de suite de quoi il s'agit : dans le cours de la lutte r&#233;volutionnaire, l'abolition de l'&#201;tat, de l'&#233;change, de la division du travail, de toute forme de propri&#233;t&#233;, l'extension de la gratuit&#233; comme unification de l'activit&#233; humaine, c'est-&#224;-dire l'abolition des classes&lt;sup&gt;&lt;a href='https://theoriecommuniste.org/Classes' title=&#034;D&#233;finition&#160;: Les classes ne sont ni des sommes d'individus regroup&#233;s par un int&#233;r&#234;t (&#8230;)&#034;&gt;?&lt;/a&gt;&lt;/sup&gt;, des sph&#232;res priv&#233;es et publiques, des cat&#233;gories d'hommes et de femmes, sont des &#171; mesures &#187; abolissant le capital, impos&#233;es par les n&#233;cessit&#233;s m&#234;mes de la lutte contre la classe capitaliste, dans un cycle de luttes sp&#233;cifiquement d&#233;fini. La r&#233;volution est communisation, elle n'a pas le communisme comme projet et r&#233;sultat. On n'abolit pas le capital pour le communisme mais par le communisme, plus pr&#233;cis&#233;ment par sa production.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Le proc&#232;s de production capitaliste reproduit donc de lui&#8211;m&#234;me la s&#233;paration entre travailleur et conditions du travail. Il reproduit et &#233;ternise par cela m&#234;me les conditions qui forcent l'ouvrier &#224; se vendre pour vivre, et mettent le capitaliste en &#233;tat de l'acheter pour s'enrichir. Ce n'est plus le hasard qui les place en face l'un de l'autre sur le march&#233; comme vendeur et acheteur. C'est le double moulinet du proc&#232;s lui-m&#234;me, qui rejette toujours le premier sur le march&#233; comme vendeur de sa force de travail et transforme son produit toujours en moyen d'achat pour le second. Le travailleur appartient en fait &#224; la classe capitaliste, avant de se vendre &#224; un capitaliste individuel. Sa servitude &#233;conomique est moyenn&#233;e et, en m&#234;me temps, dissimul&#233;e par le renouvellement p&#233;riodique de cet acte de vente, par la fiction du libre contrat, par le changement des ma&#238;tres individuels et par les oscillations des prix de march&#233; du travail. Le proc&#232;s de production capitaliste consid&#233;r&#233; dans sa continuit&#233;, ou comme reproduction, ne produit donc pas seulement marchandise, ni seulement plus-value ; il produit et &#233;ternise le rapport social entre capitaliste et salari&#233;. &#187; (Marx, &lt;i&gt;Le Capital&lt;/i&gt;, &#201;d.Sociales, t.3, pp. 19-20)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Avec le Parti comme &#234;tre invariant de la classe que celle-ci sera contrainte de reconna&#238;tre un jour comme sien, la Gauche italienne donne une autre r&#233;ponse &#224; la m&#234;me question.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Nous reviendrons plus loin sur les conditions d'apparition et les apories de cette notion.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;B&#226;timents de l'universit&#233; de Paris.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Les membres du premier Conseil d'occupation de la Sorbonne dont le mandat n'est pas renouvel&#233; &#224; la suite de l'Assembl&#233;e g&#233;n&#233;rale du 17 mai 1968 manipul&#233;e par l'UNEF et tous les groupes gauchistes quittent la Sorbonne et fonde le CMDO. &#171; Le Conseil pour le maintien des occupations(CMDO) fit de son mieux pendant la suite d'une crise &#224; laquelle, d&#232;s que la gr&#232;ve fut g&#233;n&#233;rale et s'immobilisa dans la d&#233;fensive, &lt;i&gt;aucun groupe r&#233;volutionnaire organis&#233; existant alors n'avait d'ailleurs plus les moyens d'apporter une contribution notable&lt;/i&gt; (soulign&#233; par nous). R&#233;unissant les situationnistes, les Enrag&#233;s, et de trente &#224; soixante autres r&#233;volutionnaires conseillistes (dont moins d'un dixi&#232;me peuvent &#234;tre compt&#233;s comme &#233;tudiants), le CMDO assura un grand nombre de liaisons en France et en dehors, s'employant particuli&#232;rement vers la fin du mouvement, &#224; en faire conna&#238;tre la signification aux r&#233;volutionnaires d'autres pays, qui ne pouvaient manquer de s'en inspirer. (&#8230;) Le CMDO qui n'avait &#233;t&#233; dirig&#233; ni embrigad&#233; pour le futur par personne convint de se dissoudre le 15 juin&#8230; &#187; (IS, n&#176; 12, septembre 1969, p. 25)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pour tout ce qui concerne les gr&#232;ves en France en mai-juin 1968, voir Bruno Astarian, &lt;i&gt;Les gr&#232;ves en France en mai-juin 1968&lt;/i&gt; (Brochure publi&#233;e par &lt;i&gt;Echanges et Mouvement&lt;/i&gt;, 2003).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Raniero Panzieri (Rome, 1921 &#8211; Turin, 9 octobre 1964). Il milite d'abord dans les rangs dans les rangs du Parti Socialiste italien dont il devient en 1953 membre du Comit&#233; Central, puis en 1957, codirecteur de la revue th&#233;orique &lt;i&gt;Mondo Operaio&lt;/i&gt; , (Monde Ouvrier), dont il fait un forum de discussion pour la gauche du parti. Pendant cette p&#233;riode, il traduit le &lt;i&gt;Capital&lt;/i&gt; de Marx.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au congr&#233;s de 1959 du Parti Socialiste italien, il s'oppose &#224; la ligne d'accord gouvernemental avec la D&#233;mocratie Chr&#233;tienne. Cela lui vaut d'&#234;tre exclu du parti.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'installe alors &#224; Turin, o&#249; il travaille pour la maison d'&#233;dition Einaudi, et se lie &#224; plusieurs groupes de syndicalistes, de socialistes, et de communistes dissidents. Sous l'inspiration du groupe fran&#231;ais Socialisme ou Barbarie, il fonde avec Mario Tronti, Romano Alquati, Daniel Montaldi, la revue &lt;i&gt;Quaderni Rossi&lt;/i&gt; (Cahiers Rouges). Les premiers num&#233;ros de la revue, qui s'attachent &#224; explorer la vie r&#233;elle des usines et le rapport de l'ouvrier &#224; la production, ont un impact profond en milieu syndical, tant ils d&#233;tonnent avec la prose habituelle des socialistes et communistes. Les gr&#232;ves sauvages sont consid&#233;r&#233;es comme un mode ad&#233;quat de contester le plan de modernisation n&#233;ocapitaliste. Mario Tronti se s&#233;pare de la revue en 1963 pour fonder &lt;i&gt;Classe Operaia&lt;/i&gt;. Panzieri est un des fondateurs de l'op&#233;ra&#239;sme. (source Wikipedia)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;La revue A/traverso, fond&#233;e &#224; Bologne en 1976, disparait en ao&#251;t 1981 apr&#232;s 14 num&#233;ros. Les membres de ce collectif dont le principal th&#233;oricien est Franco Berardi, connu sous le nom de &#171; Bifo &#187; constituent le noyau r&#233;dactionnel de Radio Alice. Cette premi&#232;re radio libre en Italie &#233;met &#224; partir de Bologne du 9 f&#233;vrier 1976 au 12 mars 1977, ferm&#233;e par les carabiniers. Les &#233;missions de Radio Alice couvre une multitude de sujets : luttes ouvri&#232;res, po&#233;sie, le&#231;ons de yoga, analyses politiques, d&#233;clarations d'amour, recettes de cuisine&#8230; Pour les animateurs de &lt;i&gt;A/traverso&lt;/i&gt; et de Radio Alice, le point central de leur action et de leur th&#233;orie se situe dans les relations entre les technologies de la communication et les mouvements sociaux. Il s'agit de montrer comment la subjectivit&#233; et le d&#233;sir sont asservis dans le syst&#232;me capitaliste et d'&#233;laborer un langage r&#233;volutionnaire capable d'interrompre et de subvertir le flux de la communication traditionnelle. Ils se d&#233;signent eux-m&#234;mes comme &#171; maodadaistes &#187;. Dans un texte publi&#233; dans &lt;i&gt;L'Espresso&lt;/i&gt; du 24 avril 1977, Bifo &#233;crit : &#171; On semble aujourd'hui pouvoir red&#233;couvrir ce projet ; traduisons : inscription du corps et de ses besoins dans le texte, circulation du texte, r&#233;inscription de ce texte dans la conscience et l'action collectives, recoupement de la transformation linguistique et culturelle des diverses attitudes de refus. Mais attention : on risque de ramener ce recoupement &#224; un fait purement s&#233;miologique. (&#8230;) C'est oublier que, sous cette violation de la norme et cette transformation des gestes et du langage, il y a un sujet collectif pratique qui produit des comportements et des signes capables de briser les codes d'interpr&#233;tation, pr&#233;cis&#233;ment parce que la pratique sociale de ce sujet est capable de briser le code de la prestation du temps de vie &#224; une soci&#233;t&#233; d'exploitation. &#187; (op. cit., in &lt;i&gt;Italie 77, le &#171; Mouvement &#187; et les intellectuels&lt;/i&gt;, documents rassembl&#233;s par Fabrizio Calvi, &#201;d. Le Seuil 1977). Apr&#232;s une accusation de la justice italienne pour &#171; obsc&#233;nit&#233;s &#187;, Radio Alice et le collectif A/traverso r&#233;pondent dans un texte commun : &#171; Le corps, la sexualit&#233;, le d&#233;sir de dormir le matin, se lib&#233;rer du travail, la possibilit&#233; d'&#234;tre boulevers&#233;, de se rendre soi-m&#234;me improductif et de s'ouvrir &#224; une communication tactile et sans code, tout cela a &#233;t&#233; depuis des si&#232;cles cach&#233;, enfoui, refus&#233;, inexprim&#233; ; &lt;i&gt;Vade Retro Satanas&lt;/i&gt;. Le chantage &#224; la pauvret&#233;, la discipline du travail, l'ordre hi&#233;rarchique, le sacrifice, la patrie, la famille, l'int&#233;r&#234;t g&#233;n&#233;ral, le chantage socialiste, la participation : tout cela a &#233;touff&#233; la voix du corps. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Radio Alice et A/traverso sont ins&#233;rables des luttes et affrontements qui couvrent toute l'ann&#233;e 1977 : gr&#232;ves sauvages, manifestation violentes avec bless&#233;s et morts par balles, actions des Brigades Rouges, &#171; Rondes prol&#233;tariennes &#187; qui attaquent des entreprises fond&#233;es sur le travail au noir, r&#233;voltes de prisons, autor&#233;ductions, manifestations f&#233;ministes contre le refus d'une loi sur l'avortement, commandos f&#233;minins contre le travail au noir, etc. En Mars 1977, l'agitation culmine pr&#233;cis&#233;ment &#224; Bologne o&#249; l'arm&#233;e quadrille la ville avec des blind&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Durant l'hiver 1983-1984, un mouvement de gr&#232;ves spontan&#233;es impuls&#233;es par la convocation &#224; des assembl&#233;es de travailleurs lanc&#233;e par les conseils d'usine et non par les syndicats (la CGIL reprend rapidement la t&#234;te du mouvement) s'oppose aux modifications d'application de l'&#233;chelle mobile des salaires. &#171; Dans son ensemble, le mouvement est l'expression de secteurs ouvriers prot&#233;g&#233;s et la structure des conseils est per&#231;ue comme repr&#233;sentant le corps sain de la classe ouvri&#232;re &#187;, &#233;crit &#224; l'&#233;poque la revue Collegamenti-Woobly dans son n&#176; 13 (f&#233;vrier-mars 1984).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Le 17 avril 1973, les ouvriers de l'entreprise d'horlogerie Lip &#224; Besan&#231;on entament une gr&#232;ve pour protester contre la fermeture de leur usine. Refusant le d&#233;p&#244;t de bilan, ils d&#233;cident alors d'occuper l'usine &#224; partir du 18 juin 1973 sous la direction de la CFDT et dans une moindre mesure de la CGT, minoritaire et plus r&#233;ticente vis-&#224;-vis de ce type d'action. Ils commencent &#224; commercialiser les stocks existants et continuent l'assemblage &#224; partir des pi&#232;ces &#224; disposition. Il semblerait qu'il n'y eut jamais r&#233;ellement de production. Quoi qu'il en soit, cette &#171; autogestion &#187; rend le conflit tr&#232;s populaire. Le 14 ao&#251;t, le gouvernement fait &#233;vacuer l'usine par la force, il s'ensuit le 29 septembre une manifestation de soutien r&#233;unissant dans les rues de Besan&#231;on plus de100 000 personnes. C'est l'apog&#233;e du mouvement. Apr&#232;s quelques tentatives de m&#233;diations et de reprises qui &#233;chouent rapidement, le 3 mai 1976, l'entreprise est mise en liquidation.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cette formule est abondamment reprise en dehors de son contexte pour dire tout et n'importe quoi. Elle est extraite d'une lettre &#224; Schweitzer (successeur de Lassalle &#224; la t&#234;te de l'Association g&#233;n&#233;rale des travailleurs allemands) du 13 f&#233;vrier 1865 dans laquelle Marx s'oppose &#224; l'attente par les ouvriers de r&#233;formes venant de l'&#201;tat, soutenant que, dans ce cas, le prol&#233;tariat ne serait plus rien. Marx y d&#233;fend ce qui fait l'essence m&#234;me du programmatisme : l'unit&#233; de la mont&#233;e en puissance de la classe et de son action autonome (cf. dans cet ouvrage, le texte : &lt;i&gt;La R&#233;volution prol&#233;tarienne&lt;/i&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;La th&#232;se selon laquelle le prol&#233;tariat est &#171; une classe de cette soci&#233;t&#233; qui n'est pas une classe de cette soci&#233;t&#233; &#187; (Marx, &lt;i&gt;Introduction&lt;/i&gt; de 1843) est enti&#232;rement tributaire d'une probl&#233;matique qui fait du prol&#233;tariat l'humanit&#233; vraie potentielle ou virtuelle. Le prol&#233;taire de l'Introduction de 1843 nous renvoie &#224; l'humanisme de Feuerbach. Il faut toujours faire attention aux formules un peu trop ronflantes.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pour les textes principaux de ces revues, voir &lt;i&gt;Rupture dans la th&#233;orie de la r&#233;volution, Textes 1965 &#8211; 1975&lt;/i&gt;. Pr&#233;sentation de Fran&#231;ois Danel, &#201;d. Senonevero.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Nous verrons plus loin que sur cette base, Reeve et son &#171; adversaire &#187;, Zerzan, ont &#171; raison &#187; tous les deux, dans la mesure o&#249; ils demeurent l'un et l'autre dans la probl&#233;matique de l'ancien cycle de luttes, en se fondant l'un sur l'aspect quantitatif de cette place du travail, l'autre sur sa situation qualitative dans la reproduction, l'identit&#233; ouvri&#232;re confirm&#233;e dans la reproduction du capital.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Si ce n'est le contexte des luttes, ce qui est essentiel, les th&#232;ses actuelles de Negri sont-elles si &#233;loign&#233;es de ce qu'il &#233;crivait voici quarante ans ?&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb18&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh18&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 18&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ce que les &#171; Brigadistes &#187; critiqueront &#224; juste titre dans l'op&#233;ra&#239;sme, dans leur texte &lt;i&gt;L'abeille et le communisme&lt;/i&gt; in Correspondances internationales, 1983.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb19&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh19&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 19&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;19&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;R&#233;dacteur principal de &lt;i&gt;La Banquise&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb20&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh20&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 20&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;20&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pour autant que l'on n'a pas renvoy&#233; la contradiction entre le prol&#233;tariat et le capital au mus&#233;e des antiquit&#233;s du &#171; marxisme traditionnel &#187; comme le fait &lt;i&gt;Endnotes&lt;/i&gt; dans son &#233;ditorial du n&#176;3. Il y a comme une folie th&#233;oricienne &#224; ranger le rapport entre prol&#233;tariat et capital qui est la vie m&#234;me du mode de production capitaliste comme accumulation au m&#234;me rang que les antagonismes culturels ou les diff&#233;rents types de sexualit&#233;. Tout cela n'&#233;tant que des &#171; formes de r&#233;alisation &#187; de la si chic et pure contradiction entre la valeur d'usage et la valeur d'&#233;change.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb21&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh21&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 21&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;21&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;On peut trouver une critique de la th&#233;orie de la forme-valeur proche de celle que nous faisons ici dans le texte de Gilles Dauv&#233;, &lt;i&gt;La boulang&#232;re et le th&#233;oricien&lt;/i&gt;, sur le blog &#171; Douter de tout&#8230;pour tenir l'essentiel &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb22&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh22&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 22&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;22&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sur cette analyse de l'exploitation comme contradiction, cf. &#171; L'exploitation, d&#233;finition d'une contradiction &#187;, &lt;i&gt;Th&#233;orie Communiste &lt;/i&gt;no22&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb23&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh23&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 23&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;23&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Le CPE (Contrat Premi&#232;re Embauche) &#233;tait un type de contrat de travail r&#233;duisant le salaire et la protection sociale. Bien que vot&#233; par le parlement, &#224; la suite d'un vaste mouvement de protestation, le projet fut abandonn&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb24&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh24&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 24&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;24&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Nous conseillons &#224; ceux qui verraient l&#224; une construction conceptuelle transhistorique la relecture de la premi&#232;re phrase du chapitre I du &lt;i&gt;Manifeste&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb25&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh25&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 25&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;25&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Le surtravail des grandes masses a cess&#233; d'&#234;tre la condition du d&#233;veloppement de la richesse g&#233;n&#233;rale.[&#8230;] Le capital est une contradiction en proc&#233;s : d'une part, il pousse &#224; la r&#233;duction du temps de travail &#224; un minimum, et d'autre part il pose le temps de travail comme la seule source et la seule mesure de la richesse &#187; (Marx, &lt;i&gt;Fondements de la critique de l'&#233;conomie politique, &lt;/i&gt;&#201;d. Anthropos, p.222)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb26&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh26&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 26&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;26&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; La co&#239;ncidence du changement des circonstances et de l'activit&#233; humaine ou autochangement ne peut &#234;tre saisie et rationnellement comprise que comme pratique r&#233;volutionnaire &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb27&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh27&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 27&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;27&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cette d&#233;finition de &#171; l'essence de l'homme &#187; supprime ce qu'elle est cens&#233;e d&#233;finir.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb28&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh28&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 28&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;28&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Il faut comprendre que le capital comme contradiction en proc&#232;s est le fondement de toute capacit&#233; du capital &#224; &#234;tre contre-r&#233;volution. En effet, par l&#224;, le mode de production capitaliste est une r&#233;ponse ad&#233;quate &#224; une pratique r&#233;volutionnaire en perp&#233;tuant la loi de la valeur dans la dynamique m&#234;me de sa caducit&#233; et m&#234;me faisant de celle-ci la condition de cette perp&#233;tuation.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb29&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh29&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 29&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;29&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Les id&#233;ologues qui nous bassinent avec l'id&#233;alisation des &#171; &lt;i&gt;commons&lt;/i&gt; &#187; ne font qu'id&#233;aliser la servitude.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb30&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh30&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 30&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;30&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cela peut &#234;tre la famille comme la s&#233;paration entre la ville et la campagne.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb31&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh31&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 31&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;31&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; La co&#239;ncidence du changement des circonstances et de l'activit&#233; humaine ou autochangement ne peut &#234;tre saisie et rationnellement comprise que comme pratique r&#233;volutionnaire. &#187; (Marx, &lt;i&gt;Th&#232;ses sur Feuerbach&lt;/i&gt;)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb32&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh32&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 32&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;32&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Que l'on pense &#224; la Commune de Paris en 1871 ou &#224; la prise des Tuileries le 10 ao&#251;t 1792.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb33&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh33&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 33&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;33&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;La critique des rapports sociaux capitalistes comme &#233;conomie prend au pied de la lettre leur autonomisation comme &#233;conomie. Un rapport social, le capital, se pr&#233;sente comme objet, et cet objet comme pr&#233;supposition de la reproduction du rapport social. La critique du concept d'&#233;conomie, qui int&#232;gre dans le concept les propres conditions d'existence de l'&#233;conomie, &#233;vite pr&#233;cis&#233;ment de poser le d&#233;passement de l'&#233;conomie comme une opposition &#224; l'&#233;conomie, parce que la r&#233;alit&#233; de l'&#233;conomie (sa raison d'&#234;tre) est en dehors d'elle. L'&#233;conomie est un attribut du rapport d'exploitation.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb34&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh34&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 34&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;34&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Les cat&#233;gories de l'&#233;conomie bourgeoise sont des formes de l'intellect qui ont une v&#233;rit&#233; objective en tant qu'elles refl&#232;tent des rapports sociaux r&#233;els &#187; (Marx, &lt;i&gt;Le Capital&lt;/i&gt;, &#201;d. Sociales, t. 1, p. 88)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb35&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh35&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 35&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;35&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Le d&#233;faut principal, jusqu'ici, de tous les mat&#233;rialismes (y compris celui de Feuerbach) est que l'objet, la r&#233;alit&#233; effective, la sensibilit&#233;, n'est saisi que sous la forme de l'&lt;i&gt;objet ou de l'intuition &lt;/i&gt; ; mais non pas comme &lt;i&gt;activit&#233; sensiblement humaine&lt;/i&gt;, comme &lt;i&gt;pratique&lt;/i&gt;, non pas de fa&#231;on subjective &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb36&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh36&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 36&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;36&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Il faut cependant &#234;tre tr&#232;s vigilant au statut accord&#233; &#224; cette distinction entre sujet et objet, aucun des deux ne tient son existence de lui-m&#234;me ou m&#234;me de leur r&#233;ciprocit&#233;. En effet, la lutte du prol&#233;tariat et m&#234;me la r&#233;volution ne sont pas l'irruption d'une subjectivit&#233; (plus ou moins libre, plus ou moins d&#233;termin&#233;e) mais un moment du rapport du mode de production capitaliste &#224; lui-m&#234;me &#224; l'int&#233;rieur de lui-m&#234;me, ceux qui voit l&#224; de l'objectivisme oublient seulement que le prol&#233;tariat est une classe du mode de production capitaliste et que celui-ci est lutte des classes. On ne peut isoler la question du rapport entre la situation objective et la subjectivit&#233; de l'auto-contradiction du mode de production capitaliste. Le sujet et l'objet dont nous parlons ici sont des moments de cette auto-contradiction qui dans son unit&#233; passe par ces deux phases oppos&#233;es (unit&#233; de moments promus &#224; l'autonomie).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb37&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh37&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 37&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;37&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;C'est en tant qu'il est pratique du prol&#233;tariat que le jeu abolit sa r&#232;gle, &lt;i&gt;cf. supra&lt;/i&gt; : &#171; Quand nous disons que l'exploitation est une contradiction pour elle-m&#234;me nous d&#233;finissons la situation et l'activit&#233; r&#233;volutionnaire du prol&#233;tariat. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
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