<?xml
version="1.0" encoding="utf-8"?>
<rss version="2.0" 
	xmlns:dc="http://purl.org/dc/elements/1.1/"
	xmlns:content="http://purl.org/rss/1.0/modules/content/"
	xmlns:atom="http://www.w3.org/2005/Atom"
>

<channel xml:lang="fr">
	<title>Th&#233;orie Communiste</title>
	<link>https://theoriecommuniste.org/</link>
	<description>Notre &#233;poque est celle o&#249; le prol&#233;tariat, luttant en tant que classe? contre le capital, se remet lui-m&#234;me en cause et porte le d&#233;passement r&#233;volutionnaire de cette soci&#233;t&#233; par la production imm&#233;diate du communisme comme l'abolition de toutes les classes, l'imm&#233;diatet&#233; sociale de l'individu.</description>
	<language>fr</language>
	<generator>SPIP - www.spip.net</generator>
	<atom:link href="https://theoriecommuniste.org/spip.php?id_rubrique=2&amp;page=backend" rel="self" type="application/rss+xml" />

	<image>
		<title>Th&#233;orie Communiste</title>
		<url>https://theoriecommuniste.org/local/cache-vignettes/L73xH18/logotcsite2-93a16.svg?1769357628</url>
		<link>https://theoriecommuniste.org/</link>
		<height>18</height>
		<width>73</width>
	</image>



<item xml:lang="fr">
		<title>TC n&#176; 28</title>
		<link>https://theoriecommuniste.org/la-revue/article/tc-no-28</link>
		<guid isPermaLink="true">https://theoriecommuniste.org/la-revue/article/tc-no-28</guid>
		<dc:date>2026-02-15T15:15:48Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>TC</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;La contradiction constitutive du mode de production capitaliste, l'appropriation de surtravail et la plus-value, avec la th&#233;orie de la population qui en d&#233;coule, se diffracte en une multitude de facettes mettant en mouvement et en jeu des classes&lt;sup&gt;&lt;a href='https://theoriecommuniste.org/Classes' title=&#034;D&#233;finition&#160;: Les classes ne sont ni des sommes d'individus regroup&#233;s par un int&#233;r&#234;t (&#8230;)&#034;&gt;?&lt;/a&gt;&lt;/sup&gt; et des cat&#233;gories sociales h&#233;t&#233;rog&#232;nes aux fronti&#232;res et int&#233;r&#234;ts mouvants se cristallisant dans un jeu politique au niveau des &#201;tats ou des blocs &#233;tatiques qui en retour les formalisent et produisent les id&#233;ologies sous lesquelles les contradictions sociales ou de classes, la contradiction de genre, les segmentations raciales op&#232;rent. Les contradictions sociales ou politiques sont toujours des contradictions de classes ou de genre, mais les consid&#233;rer sans la multitude de m&#233;diations qui construisent les secondes en les premi&#232;res c'est ne pas comprendre ces contradictions de classes elles-m&#234;mes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Actuellement, l'agencement des pi&#232;ces r&#233;pond &#224; un puissant r&#233;gisseur : la crise de la mondialisation sous supervision am&#233;ricaine. Quels sont actuellement les &#171; courants absolument diff&#233;rents &#187;, les &#171; int&#233;r&#234;ts de classe h&#233;t&#233;rog&#232;nes &#187;, les &#171; tendances politiques oppos&#233;es &#187;, la &#171; richesse de contenu &#187; et les &#171; combinaisons inattendues &#187; qui affectent &#171; ceux d'en bas &#187; et &#171; ceux d'en haut &#187; ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Ils sont innombrables, intriqu&#233;s et surtout mondiaux. Quelle contradiction conjoncturellement pourrait focaliser ce faisceau ? Quelle peut &#234;tre la dynamique de ces conflits ? Il ne faut ni surestimer, ni sous-estimer les vastes mouvements interclassistes qui, depuis 2010, parcourent le monde. Dans ces mouvements coexistent, s'articulent et entrent en conflits les crises &#233;conomiques, politiques, nationales et internationales. Tout l'avenir tient au type de contradiction, &#224; la classe ou sous-cat&#233;gorie de classe qui coagule et donne sens conflictuellement &#224; l'ensemble. &#192; moins que la guerre absorbe tout le reste&#8230;&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://theoriecommuniste.org/la-revue/" rel="directory"&gt;La Revue&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://theoriecommuniste.org/local/cache-vignettes/L106xH150/tc28-68c28.jpg?1771179020' class='spip_logo spip_logo_right' width='106' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		
		</content:encoded>


		
		<enclosure url="https://theoriecommuniste.org/IMG/pdf/tc28final-a5.pdf" length="3527779" type="application/pdf" />
		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Notes classes moyennes et interclassisme</title>
		<link>https://theoriecommuniste.org/la-revue/Textes-TC-pour-Meeting-et-SIC/Les-classes-moyennes/article/notes-classes-moyennes-et-interclassisme</link>
		<guid isPermaLink="true">https://theoriecommuniste.org/la-revue/Textes-TC-pour-Meeting-et-SIC/Les-classes-moyennes/article/notes-classes-moyennes-et-interclassisme</guid>
		<dc:date>2026-01-04T18:11:01Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>AC</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Poser la question des classes ? moyennes du point de vue de la communisation, ce ne peut &#234;tre se poser seulement la question de leur existence, de leurs origines historiques ou de savoir qui on peut y inclure ou non, &#224; la mani&#232;re de l'historien ou du sociologue. La question des classes moyennes est pour nous aujourd'hui celle de l'interclassisme tel qu'il se produit dans les luttes, d'Ath&#232;nes au Caire, d'Oakland &#224; Barcelone. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le pi&#232;ge serait de poser l'interclassisme comme quelque chose (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://theoriecommuniste.org/la-revue/Textes-TC-pour-Meeting-et-SIC/Les-classes-moyennes/" rel="directory"&gt;Les classes moyennes&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Poser la question des classes&lt;sup&gt;&lt;a href='https://theoriecommuniste.org/Classes' title=&#034;D&#233;finition&#160;: Les classes ne sont ni des sommes d'individus regroup&#233;s par un int&#233;r&#234;t (&#8230;)&#034;&gt;?&lt;/a&gt;&lt;/sup&gt; moyennes du point de vue de la communisation, ce ne peut &#234;tre se poser seulement la question de leur existence, de leurs origines historiques ou de savoir qui on peut y inclure ou non, &#224; la mani&#232;re de l'historien ou du sociologue. La question des classes moyennes est pour nous aujourd'hui celle de l'interclassisme tel qu'il se produit dans les luttes, d'Ath&#232;nes au Caire, d'Oakland &#224; Barcelone.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le pi&#232;ge serait de poser l'interclassisme comme quelque chose qu'il faudrait d&#233;plorer ou encourager, ou comme quelque chose &#224; investir ou orienter (activisme), et donc de poser les classes moyennes comme quelque chose qui serait toujours soit de trop soit qui manquerait dans les luttes (trop d'&#233;meutiers tout seuls, ou trop de fonctionnaires, etc.). Ce serait aussi sym&#233;triquement de poser le prol&#233;tariat dans son union ou non avec les classes moyennes, &#224; la recherche du bon cocktail de classes susceptible de produire le moment r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais alors que sont les classes moyennes ? Une fraction ais&#233;e du salariat, un certain r&#244;le dans la reproduction d'ensemble du capital (les activit&#233;s d'encadrement, par exemple), ou simplement l'ensemble des salari&#233;s touchant un revenu m&#233;dian ? A chaque fois que la question se pose dans ces termes, les classes moyennes sont dissoutes dans le prol&#233;tariat ou l'inverse, et on ne voit plus bien de quel interclassisme on pourrait parler, ou alors on dresse classes moyennes et prol&#233;taires face &#224; face, de part et d'autre d'une fronti&#232;re de classe imaginaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne saurait se contenter de dire que les classes moyennes ne seraient que des prol&#233;taires qui s'ignorent, sur la base du fait qu'elles sont essentiellement compos&#233;es de salari&#233;s, ce qui les ram&#232;nerait &#224; &#234;tre num&#233;riquement &#171; presque tout le monde &#187; (on en reviendrait alors au &#171; 99% &#187; qui de ce point de vue n'est pas si loin de la r&#233;alit&#233; : en effet selon des chiffres du Credoc on arrive &#224; quelque chose comme 80% des salari&#233;s). Mais il ne serait pas plus satisfaisant, au regard des luttes et de la r&#233;alit&#233; de l'interclassisme, de tenter de les consid&#233;rer pour ce qu'elles seraient &#171; en elles-m&#234;mes &#187;, ou seulement dans un rapport d'ext&#233;riorit&#233; au prol&#233;tariat, comme si l'un et l'autre &#233;taient des entit&#233;s s&#233;par&#233;es, et non des &#233;l&#233;ments de la m&#234;me totalit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dire que les luttes actuelles sont interclassistes, ce n'est pas seulement observer que les classes moyennes s'y trouvent m&#234;l&#233;es aux prol&#233;taires, c'est-&#224;-dire objectivement aux plus pauvres (tout le monde descend dans la rue en temps de crise majeure), mais dire et faire appara&#238;tre que la contradiction entre capital et prol&#233;tariat est non seulement la dynamique qui produit toutes les classes du MPC, c'est-&#224;-dire qui produit le capital comme soci&#233;t&#233; capitaliste, mais &#233;galement celle qui conduit &#224; leur dissolution. Consid&#233;rer les classes moyennes &#171; en elles-m&#234;mes &#187; n'a alors aucun sens. Les classes moyennes n'existent qu'en ce qu'elles sont constitutives de ce qu'est le prol&#233;tariat dans sa contradiction au capital. Il ne sert &#224; rien de vouloir les d&#233;crire autrement que comme un moment des luttes, comme un moment de la lutte de classe du prol&#233;tariat, comme un moment de la contradiction en proc&#232;s. Se demander ce qu'elles sont en dehors de ce rapport au prol&#233;tariat ne serait qu'un exercice de sociologie, o&#249; l'on fige les classes dans des couches et des strates dans lesquelles il serait possible d'aller effectuer des pr&#233;l&#232;vements afin d'en conna&#238;tre la composition, pour ensuite les d&#233;crire dans leur infinie complexit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les classes moyennes sont &#233;galement souvent d&#233;finies comme englobant l'ensemble des activit&#233;s non-productives qui permettent &#224; la plus-value d'exister r&#233;ellement, c'est-&#224;-dire socialement. La reproduction d'ensemble du rapport social capitaliste est alors th&#233;oriquement produite comme identique &#224; la valorisation. La production de plus-value ne d&#233;finit d&#232;s lors plus une classe, le prol&#233;tariat, mais l'ensemble de la soci&#233;t&#233; capitaliste, comme monde capitaliste &#171; int&#233;gr&#233; &#187; (au sens o&#249; Debord parlait du &#171; spectaculaire int&#233;gr&#233; &#187;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette mani&#232;re de consid&#233;rer les choses s'appuie sur le fait qu'il est aujourd'hui effectivement tr&#232;s difficile, voire impossible, et en tout cas tr&#232;s fastidieux, de d&#233;terminer &#224; partir de l'activit&#233; individuelle d'un salari&#233; &#224; quel moment il produit de la valeur ou n'en produit pas. Mais rechercher dans l'activit&#233; des prol&#233;taires individuels quels sont les moments o&#249; ils produisent de la plus-value et ceux o&#249; ils reproduisent simplement ses conditions de possibilit&#233; n'offre que peu d'int&#233;r&#234;t et ne change rien au rapport social fondamental qu'est l'exploitation : c'est l'exploitation d'une classe par une autre qui produit la plus-value, et c'est aussi l'exploitation qui d&#233;finit comme classes celle des exploiteurs et celle des exploit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Poser la valorisation comme identique &#224; la reproduction d'ensemble du rapport social capitaliste fait dispara&#238;tre la contradiction comme rapport entre des classes et ce qui les constitue comme classes. La baisse du taux de profit devient une pure question &#233;conomique, nous nous retrouvons en pleine &#171; critique de la valeur &#187;. Lorsque le capital finit par ne plus produire assez de valeur pour reproduire l'ensemble de la soci&#233;t&#233;, c'est alors, dans le meilleur des cas, &#171; l'ensemble de la soci&#233;t&#233; &#187; qui se r&#233;volte. Avec, en premi&#232;re ligne, des classes moyennes &#171; prol&#233;taris&#233;es &#187;, qui finalement reviendraient en leur &#234;tre propre, en leur essence prol&#233;tarienne et donc, imm&#233;diatement, r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette extension du prol&#233;tariat &#224; l'ensemble des salari&#233;s traduit le fait que le prol&#233;tariat productif n'est plus con&#231;u que comme un non-sujet, priv&#233; de son identit&#233; ouvri&#232;re et socialement isol&#233; dans la production. Il ne retrouve une sorte de dignit&#233; ou de potentiel r&#233;volutionnaire que d&#232;s lors qu'il est surnum&#233;raire, et donc hors de la sph&#232;re productive, rejoignant ainsi sa vraie nature de r&#233;volutionnaire ou de r&#233;volt&#233; (l'&#233;meutier potentiel), ou ne retrouve une existence sociale, ne sort de son isolement productif qu'en devenant &#171; presque tout le monde &#187;, classe moyenne &#171; prol&#233;taris&#233;e &#187;. Comme si, hors du programmatisme et de l'identit&#233; de classe confirm&#233;e dans le capital, c'est-&#224;-dire hors de son existence politique comme classe, le prol&#233;tariat perdait toute existence sp&#233;cifique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La notion de classe moyenne comme masque du prol&#233;tariat (les classes moyennes sont des prol&#233;taires qui s'ignorent ou la notion de classe moyenne est un masque id&#233;ologique sur la r&#233;alit&#233; du prol&#233;tariat) est alors le fait d'une th&#233;orisation qui se donne les sujets dont elle a besoin pour ses propres fins. Mais ce qui est alors masqu&#233;, ce sont les probl&#232;mes r&#233;els que pose la segmentation de la classe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut toujours poser une unit&#233; a priori de la classe sur la base du fait que tous les prol&#233;taires, productifs ou non, ont &#224; subir le rapport salarial, c'est-&#224;-dire l'exploitation, mais il n'en reste pas moins que cette unit&#233; n'est en rien unifiante, qu'elle n'existe imm&#233;diatement que comme la s&#233;paration de tous les prol&#233;taires entre eux, qu'on se trouve sans cesse face aux situations particuli&#232;res de chaque segment de classe. La situation commune des exploit&#233;s n'est rien d'autre que leur s&#233;paration. La question que nous avons &#224; nous poser n'est pas celle de l'unit&#233; a priori, mais de la reconduction ou non de cette s&#233;paration, parce que c'est la question qui se pose dans les luttes lorsqu'elles tendent &#224; se g&#233;n&#233;raliser, lorsqu'elles deviennent interclassistes : c'est la tension m&#234;me &#224; l'unit&#233; qui n'est que le fait de se heurter &#224; la r&#233;alit&#233; de la s&#233;paration. La &#171; communaut&#233; de situation &#187; n'est donn&#233;e que de mani&#232;re abstraite ou g&#233;n&#233;rale dans ce qu'on est dans le capital, elle ne devient une tension r&#233;elle que dans les luttes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s lors, il ne s'agit ni de dire &#171; il n'y a de prol&#233;tariat que le prol&#233;tariat productif &#187;, ni &#171; nous sommes tous exploit&#233;s, tous prol&#233;taires &#187;, mais de rep&#233;rer comment existe cette tension &#224; l'unit&#233;, et &#224; travers quels conflits particuliers &#224; l'int&#233;rieur de la classe. Pour donner un exemple tr&#232;s g&#233;n&#233;ral, lors de l'occupation ou du blocage d'un lieu de travail, se retrouvent sur ce lieu &#224; la fois les gens qui y travaillent et des individus qui sont pr&#233;sents seulement pour la lutte. La situation qui se dessine alors est chaque fois diff&#233;rente et d&#233;pend du contenu de la lutte (revendicative ou non, etc.) et de l'activit&#233; des individus qui y prennent part. Le fait que le lieu de travail, m&#234;me bloqu&#233; ou occup&#233;, conserve sa fonction, reste naturellement la premi&#232;re limite de ce type de situation. Cependant, briser l'&#233;tanch&#233;it&#233; sociale d'un lieu de travail, que des salari&#233;s s'y trouvent hors travail et m&#234;l&#233;s &#224; d'autres pour autre chose que le travail, met chacun des participants face &#224; l'&#233;vidence de l'arbitraire de leur r&#244;le social dans le monde capitaliste. Le lieu de travail est alors travers&#233; de rapports sociaux diff&#233;rents de ceux qui lui permettent d'exister comme lieu de travail. Ce qui peut appara&#238;tre alors, pour peu que le conflit tende &#224; se g&#233;n&#233;raliser, c'est la s&#233;paration tant de l'outil productif que du reste de la soci&#233;t&#233;, la s&#233;paration des individus entre eux (la division de la soci&#233;t&#233; en classes) comme la s&#233;paration des individus et de leur propre activit&#233;, c'est-&#224;-dire la condition m&#234;me du rapport social capitaliste. Briser cette s&#233;paration et r&#233;aliser une unit&#233; dans la lutte est le seul moyen de poursuivre la lutte, mais reproduire cette s&#233;paration est au bout du compte la seule mani&#232;re d'&#234;tre ce qu'on est socialement. C'est l&#224; que se situe ce qu'on peut appeler tension &#224; l'unit&#233;, qui n'est le plus souvent qu'&#233;bauch&#233;e et ne peut trouver son effectivit&#233; que dans le processus de communisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'unit&#233; de la classe ne se r&#233;alise pas imm&#233;diatement comme rapport entre des personnes (il ne suffit pas que &#034;les gens se parlent&#034; pour qu'ils d&#233;passent leur appartenance de classe : c'est le mythe assembl&#233;iste), mais dans une activit&#233; contre le capital, c'est-&#224;-dire contre leur propre existence de classe, activit&#233; dans laquelle les individus ne trouvent plus la possibilit&#233; de leur d&#233;finition par les r&#244;les sociaux capitalistes. Ceci ne peut appara&#238;tre que lors de conflits tr&#232;s intenses et tendant &#224; se g&#233;n&#233;raliser &#224; l'ensemble de la soci&#233;t&#233;, et tend toujours &#224; s'&#233;teindre d&#232;s lors que la tension du conflit est retomb&#233;e. La poursuite et l'extension de cette dynamique est un moment de la communisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La recherche d'une unit&#233; de la classe sur la base du revenu, l'assimilation du prol&#233;taire au salari&#233; fait perdre de vue la sp&#233;cificit&#233; des classes dites moyennes dans le MPC, sp&#233;cificit&#233; qui n'existe qu'en fonction du travail productif proprement dit, en raison de la contradiction qu'est la baisse du taux de profit, dans ce qui pousse le capital, dans son d&#233;veloppement historique, ne laissant rien en dehors de lui, &#224; devenir soci&#233;t&#233;. Ce qui est en cause, c'est ce qui se joue dans le d&#233;veloppement de la coop&#233;ration, d'abord entre les travailleurs puis entre les diff&#233;rentes branches de la production capitaliste et la n&#233;cessit&#233; conjointe de la s&#233;paration de leurs activit&#233;s, de la division du travail, et donc du d&#233;veloppement des sph&#232;res de l'encadrement, de la circulation, etc., la segmentation &#233;tant exig&#233;e par le proc&#232;s productif aux fins de valorisation, dans le cours de son d&#233;veloppement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le capital s&#233;pare les travailleurs (par le salaire, par la perte de ma&#238;trise sur ce qui est produit et la mani&#232;re dont &#231;a l'est, etc.) &#224; mesure qu'il les rassemble en nombre dans le proc&#232;s productif et c'est de cette mani&#232;re qu'il socialise le travail ; le r&#233;sultat de cette union/division est la soci&#233;t&#233; capitaliste, en ce qu'elle est r&#233;ellement compos&#233;e, de mani&#232;re fonctionnelle, de segments de classes : les classes dites moyennes, qui apparaissent au cours de ce processus, manifestent ce en quoi le capital est soci&#233;t&#233; capitaliste, mode de production devenu soci&#233;t&#233;. Le travail capitaliste ne peut devenir force de travail collective (le salaire est individuel), communaut&#233; des travailleurs (socialisme), pas plus que les prol&#233;taires ne peuvent s'unir sur la base de ce qu'ils sont comme classe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les classes moyennes sont g&#233;n&#233;r&#233;es par le capital au fil de la croissance de sa composition organique, de sa domination r&#233;elle sur le travail, et ce faisant elles constituent la soci&#233;t&#233; qu'est r&#233;ellement le capital. (Cette soci&#233;t&#233;, qui a pour origine et finalit&#233; la valorisation, devient id&#233;ologiquement pour les classes moyennes la fin propre du capital : le capital qu'elles reproduisent existerait finalement pour les reproduire, elles.) En cela elles ne sont pas comparables aux couches moyennes des autres modes de production ou de la domination formelle, qui existent moins pour que dans le mode de production auquel elles appartiennent. Ce que les autres modes de productions laissaient subsister hors d'eux, tant en termes de savoir que de pratiques, de m&#233;tiers ou de modes d'&#233;change ne peut plus subsister dans la domination r&#233;elle du capital sur le travail. Toute la soci&#233;t&#233; est soci&#233;t&#233; du capital.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'existence des classes moyennes montre que le capital ne se contente pas de reproduire le prol&#233;tariat pour le rapport d'exploitation, mais qu'en subsomption r&#233;elle c'est l'ensemble de la soci&#233;t&#233; comme soci&#233;t&#233; capitaliste qui est son autopr&#233;supposition. Les classes moyennes sont porteuses d'id&#233;ologie et d&#233;tentrices d'une l&#233;gitimit&#233; politique, parce qu'elles vivent le rapport capitaliste dans le f&#233;tichisme de la distribution, o&#249; la valeur de la force de travail devient le (juste) prix du travail. La distribution des revenus devient pour elles r&#233;partition des richesses : c'est en cela &#233;galement qu'elles peuvent devenir un obstacle contre-r&#233;volutionnaire pour le prol&#233;tariat, une des limites de sa propre existence de classe, dont elles sont constitutives. Ce que rencontre alors le prol&#233;tariat dans l'interclassisme, c'est-&#224;-dire dans le rapport conflictuel aux classes moyennes, c'est une des formes id&#233;ologiques de son existence dans le capital : pour le prol&#233;tariat aussi, le salaire est le prix du travail. L'id&#233;ologie de la classe moyenne est objectivation des rapports sociaux capitalistes, elle est le capitalisme vu comme contrat social et non comme rapport social d'exploitation, et cette id&#233;ologie n'est en rien ext&#233;rieure &#224; ce qu'est le prol&#233;tariat, elle est au contraire constitutive du rapport de classes tel qu'il existe r&#233;ellement. Dans la crise actuelle du rapport salarial, c'est aussi cette id&#233;ologie qui entre en crise, et c'est un des enjeux des luttes interclassistes aujourd'hui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'il est n&#233;cessaire, dans les luttes, de critiquer les positions id&#233;ologiques des classes moyennes, cela ne saurait nous faire oublier que cette critique ne saurait se faire au nom ou en r&#233;f&#233;rence &#224; un sujet prol&#233;tarien qui ne serait pas entach&#233; d'id&#233;ologie, d'un pur sujet historique. L'interclassisme n'est pas une ligne de front, et c'est l&#224; tout le probl&#232;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais au bout du compte, le rapport salarial ne peut avoir le m&#234;me contenu pour un ouvrier et pour un professeur, parce que produire des marchandises n'est pas identique &#224; reproduire un rapport social, ou les conditions d'un rapport social (m&#234;me si produire des marchandises est aussi &#231;a). Cependant l'ouvrier et le professeur se retrouvent dans les luttes de fa&#231;on contradictoire, tant&#244;t affirmant l'unit&#233;, tant&#244;t se heurtant &#224; leur s&#233;paration. Et c'est aussi en cela que les divisions de classes sont r&#233;elles autant que mouvantes, et que l'interclassisme reproduit les divisions de classes dans la tension &#224; leur abolition. L'interclassisme est ce conflit aussi bien que cette tension, il est un moment de la r&#233;volution comme communisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question des classes moyennes n'est pas ce en quoi elles sont &#171; moyennes &#187; en termes de revenu (revenu m&#233;dian qui n'est qu'accidentel et entre surtout dans la d&#233;finition de ce qu'elles sont id&#233;ologiquement, ou pour un sociologue du travail), mais doit aussi se poser &#224; partir de ce qu'elles sont effectivement (fonctionnellement) dans le monde du capital. Mais cette approche est probl&#233;matique. Les classes moyennes, comme r&#244;le fonctionnel dans le capital, cela peut-&#234;tre effectivement aussi les salari&#233;s des centres d'appel t&#233;l&#233;phonique pay&#233;s au SMIC. Cela ne signifie pas que ces salari&#233;s ne soient pas aussi des prol&#233;taires, c'est-&#224;-dire qu'ils ne soient pas pris dans la contradiction de classes qui polarise l'ensemble de la soci&#233;t&#233;, mais cela n'implique aucune unit&#233; ou &#171; communaut&#233; de situation &#187; hors des situations de lutte. Les classes moyennes n'ont pas plus une nature contre-r&#233;volutionnaire ou r&#233;formiste que le prol&#233;tariat productif n'a de nature r&#233;volutionnaire. Mais m&#234;me si on suppose des moments de &#171; d&#233;faisance &#187; du social, cette d&#233;faisance ne peut se faire qu'&#224; partir de la situation imm&#233;diate (et contradictoire) des classes telles qu'elles sont dans le capital, de ce qu'elles sont sp&#233;cifiquement amen&#233;es &#224; d&#233;fendre et /ou attaquer, etc. Et c'est l&#224; que &#231;a se complique&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parce qu'on ne peut peut-&#234;tre pas &#233;chapper &#224; la t&#226;che d'avoir &#224; d&#233;crire ce qu'est effectivement la division en classes, telle qu'elle se manifeste &#224; chaque fois dans les luttes, c'est-&#224;-dire d'en indiquer les sp&#233;cificit&#233;s selon la sph&#232;re dans laquelle elle se situe : production, reproduction (les profs, les fonctionnaires, plus g&#233;n&#233;ralement la fonction sp&#233;cifique de l'Etat), circulation, encadrement. Aucune de ces divisions ne saurait &#234;tre indiff&#233;rente dans les luttes, mais aucune ne saurait suffire, dans le cadre d'une lutte interclassiste. Car l'on risque d'entrer dans une logique de classification sans int&#233;r&#234;t du point de vue de la communisation, si l'on perd de vue que toutes ces strates et couches sociales qui d&#233;crivent aussi les classes moyennes ne sont en rien fig&#233;es, mais sont amen&#233;es &#224; se dissoudre dans la contradiction qui est la dynamique m&#234;me du capital, parce qu'elle est contradiction entre des classes, dans laquelle une de ces classes entre constamment en contradiction avec sa propre existence de classe : le prol&#233;tariat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ceci affirm&#233;, il n'en reste pas moins que c'est seulement dans les luttes que m&#232;ne le prol&#233;tariat avec tout ce qu'il est dans et contre le capital, c'est-&#224;-dire aussi avec (et contre) les classes moyennes, que peut &#233;merger la possibilit&#233; du d&#233;passement r&#233;volutionnaire. Et que ce que ces luttes produisent, c'est aussi un brouillage momentan&#233; des s&#233;parations de classes, en attendant de produire leur abolition.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>TC n&#176;27</title>
		<link>https://theoriecommuniste.org/la-revue/article/tc-no27</link>
		<guid isPermaLink="true">https://theoriecommuniste.org/la-revue/article/tc-no27</guid>
		<dc:date>2023-01-31T23:00:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>TC</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;Gilets jaunes : questions th&#233;oriques&lt;br class='autobr' /&gt;
Les classes&lt;sup&gt;&lt;a href='https://theoriecommuniste.org/Classes' title=&#034;D&#233;finition&#160;: Les classes ne sont ni des sommes d'individus regroup&#233;s par un int&#233;r&#234;t (&#8230;)&#034;&gt;?&lt;/a&gt;&lt;/sup&gt; : d&#233;finition ?&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Mouvement r&#233;el &#187; et &#171; formes d'apparition &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
La crise du &#171; travailleur libre &#187; : une contradiction dans la vie quotidienne&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://theoriecommuniste.org/la-revue/" rel="directory"&gt;La Revue&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://theoriecommuniste.org/local/cache-vignettes/L100xH150/tc27-cover-65ac8.png?1769360802' class='spip_logo spip_logo_right' width='100' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Kaddish pour Bernard Lyon&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il aurait certainement d&#233;sapprouv&#233; ce titre, et aurait exig&#233; que j'en change avant m&#234;me de l'avoir lu. Tout aurait pu lui d&#233;plaire, depuis la mention d'une pri&#232;re juive jusqu'&#224; l'id&#233;e m&#234;me d'un hommage tout entier centr&#233; sur une personne, ins&#233;r&#233; dans la revue &lt;i&gt;Th&#233;orie Communiste&lt;/i&gt;, pour lui si importante, et dont il fut un rouage essentiel pendant tant d'ann&#233;es. La r&#233;f&#233;rence pri&#232;re juive m'est venue spontan&#233;ment, un peu par provocation, un peu pour renouer avec un sens de ce sacr&#233; auquel on voudrait avoir renonc&#233;, nous qui sommes r&#233;solument modernes et mat&#233;rialistes. Pourtant, &#224; pied d'&#339;uvre, dans la lumi&#232;re d'un mois de janvier proven&#231;al il y a un an, j'aurais voulu que soit dit quelque chose de rituel cette fois pour nous relier &#224; &lt;i&gt;la tradition de toutes les g&#233;n&#233;rations mortes&lt;/i&gt;, pour nous remettre dans l'histoire face &#224; cette s&#233;pulture o&#249; nous avons d&#233;pos&#233; le corps de notre camarade, de notre ami. Je me permets ce titre, car lui &#233;tait par ailleurs rattach&#233; &#8211; &#224; son corps d&#233;fendant &#8211; &#224; une tradition qui n'&#233;tait pas la n&#244;tre et qu'il ne revendiquait pas : le juda&#239;sme. On ne peut m&#234;me pas affirmer qu'il &#233;tait juif, si la question devait se poser, seulement rappeler comment il y avait r&#233;pondu : pour un rabbin, disait-il, il ne l'&#233;tait tr&#232;s probablement pas ; pour un antis&#233;mite, il avait peu de chance d'y &#233;chapper.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si je veux parler ici de sa tendance &#224; proph&#233;tiser, c'est parce que c'est par ce biais, comme d'autres, que j'ai fait sa connaissance. Un commencement, une gen&#232;se : interloqu&#233; par ses formules lapidaires sur la r&#233;volution ou l'anarchie, s&#233;duit par son envie inlassable de rencontre et de conversation. D&#232;s le d&#233;part, il m'a pos&#233; des questions. J'&#233;tais assez jeune pour n'&#234;tre que convaincu de mon militantisme. Au cours de la conversation, banalement. Des questions sur le communisme, sur l'anarchie, sur l'id&#233;e de l'organisation. En parlant, comme &#231;a, avec des bricoles, on faisait d&#233;j&#224; de la th&#233;orie. Avec un tract devant nous, une tasse de caf&#233;, des dizaines de cigarettes, on parlait de notre pr&#233;sent et de notre histoire. On parlait de lutte de classes&lt;sup&gt;&lt;a href='https://theoriecommuniste.org/Classes' title=&#034;D&#233;finition&#160;: Les classes ne sont ni des sommes d'individus regroup&#233;s par un int&#233;r&#234;t (&#8230;)&#034;&gt;?&lt;/a&gt;&lt;/sup&gt;, parce qu'on avait en commun une id&#233;e un peu fixe et un peu floue. Dans ces discussions, il ne s'appelait pas Bernard Lyon, mais Alain, et il a chang&#233; ma vie. Il n'aurait pas aim&#233; non plus que je dise cela, mais c'est maintenant que je dois le dire (ou me &lt;i&gt;taire &#224; jamais&lt;/i&gt;, probablement).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il a lanc&#233; plusieurs pronostics au cours de toutes ces ann&#233;es o&#249; je l'ai c&#244;toy&#233;, mais finalement il ne faisait que dire &#224; sa fa&#231;on des choses qui nous traversent n&#233;cessairement la t&#234;te quand on s'interroge sur le communisme, sur l'abolition du capitalisme. Je suis assez na&#239;f pour croire que l'id&#233;e du communisme tient aussi de l'espoir. Qu'il y a quelque chose &#224; venir dont on peut caresser l'id&#233;e de multiples fa&#231;ons et qui ne ressemblera certainement &#224; aucune des utopies qu'on aura &#233;chafaud&#233;es dans l'intervalle, mais qu'on ne peut &#233;viter de se repr&#233;senter, encore et encore. Pour certains comme Alain, et nous nous sommes retrouv&#233;s l&#224;, il &lt;i&gt;faut&lt;/i&gt; postuler des dates, des formes, des dynamiques. Peu importe qu'elles soient fausses ; elles nous servent &#224; avancer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parmi ses pouvoirs de divination, deux au moins furent mis &#224; rude &#233;preuve de son vivant : savoir &#8211; mieux que celui-ci &#8211; ce que son interlocuteur s'appr&#234;tait &#224; prononcer, et l'interrompre sans attendre. Bien entendu, ses interjections virulentes ne souffraient pas d'objections, puisqu'en coupant la parole il r&#233;alisait d'un m&#234;me geste sa proph&#233;tie et d&#233;pla&#231;ait du m&#234;me coup la conversation (d&#232;s lors bien plus enflamm&#233;e, on le comprend) vers le sujet qu'il lui imposait. La forme la plus radicale du d&#233;tournement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je n'ai jamais pu dire s'il &#233;tait absolument convaincu de ce qu'il avan&#231;ait. J'ai toujours fait comme si. Comme si chacune de ses affirmations, qui s'abattaient parfois avec la d&#233;licatesse d'une enclume dialectique, pouvait &#234;tre le fruit d'une m&#251;re r&#233;flexion, d'une lointaine pens&#233;e, d'une &#233;vidence encore ressass&#233;e. Pour beaucoup et &#224; juste titre, ces vitup&#233;rations, cette fa&#231;on d'ass&#233;ner paraissaient odieuses. Et pourtant. Il lui fut tellement pardonn&#233;, des saillies et des anath&#232;mes ; il avait aussi quelque chose de d&#233;sarmant. Il exprimait une joie vraie &#224; la rencontre. Il pouvait &#233;tinceler et bavarder sans tr&#234;ve, jusqu'&#224; l'aube, jusqu'&#224; tomber litt&#233;ralement d'&#233;puisement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Son autre don de clairvoyance &#233;tait d'une port&#233;e plus ambitieuse encore et s'adressait au temps long. En se basant sur la succession des cycles &#233;conomiques les plus longs (l'&#233;conomie politique rejoint la magie noire, et Kondratiev chasse Nostradamus), il avait propos&#233; l'horizon 2020 comme date de la catastrophe, d&#233;but de la communisation ou fin du capitalisme, c'est selon. L&#224; encore, difficile de dire la part de la conviction et la conjecture partiellement gratuite, la provocation, la profession de foi, l'impr&#233;cation. Un peu de chaque, sans doute, mais surtout un point de d&#233;part d'infinies discussions. Car parler encore et encore, c'&#233;tait mettre en action la fameuse palabre, dont il avait fait le moteur infini de la d&#233;cision dans un de ses trop rares textes, les &lt;i&gt;Remarques sur le communisme&lt;/i&gt;. La palabre &#224; venir ne devait jamais &#234;tre interrompue. Elle constituait le mode de rencontre entre les individus, si individus il pouvait y avoir, une d&#233;lib&#233;ration jamais arr&#234;t&#233;e par un r&#233;sultat. Une forme de socialisation propre &#224; un monde communis&#233;, qu'il n'aura pas vu. Car l'ann&#233;e 2020 est venue sans apporter ces soul&#232;vements de prol&#233;taires affrontant leur propre condition sur la base de leur appartenance de classe, qui s'&#233;tendant, s'unissant, r&#233;solvant pratiquement leur contradiction th&#233;orique, allaient se r&#233;pandre comme un feu gr&#233;geois&#8230; En lieu de quoi, une pand&#233;mie a refroidi la plan&#232;te. Litt&#233;ralement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parmi ces formules que je l'ai entendu prononcer, il y avait cette id&#233;e que dans le communisme, on ne meurt pas totalement, pas tout entier. Il a &#233;t&#233; le seul avec qui j'ai parl&#233; de ce sens de la mort, de cet aspect transcendant parmi les multiples fa&#231;ons par lesquelles nous essayions de cerner le communisme. Je crois que &#231;a lui faisait tr&#232;s peur et qu'il m&#234;lait &#224; la r&#233;flexion th&#233;orique une inqui&#233;tude toute subjective, une interrogation tr&#232;s profonde sur le sens de l'existence. Si la vie collective devait tout enti&#232;re d&#233;pendre de l'imm&#233;diatet&#233; sociale de l'individu, dire qu'on ne pouvait dispara&#238;tre totalement revenait &#224; penser qu'on vivait pleinement. Je devine l&#224; derri&#232;re une sorte de th&#233;or&#232;me de Bernard Lyon &#224; venir, dont il n'aurait en fait &#233;crit que quelques lemmes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec ce qu'il partageait si volontiers, avec quelques anath&#232;mes et une &#233;nergie de querelleur imp&#233;nitent, il m'a souvent fait rire, &#233;norm&#233;ment agac&#233;, mais surtout il m'a emmen&#233; sur des chemins qui menaient quelque part, &#224; des id&#233;es inattendues &#8211; et il m'a m&#234;me donn&#233; mati&#232;re &#224; r&#234;ver. Pour tout &#231;a, je le remercie, et j'ai &#233;crit ces quelques lignes pour qu'il ne disparaisse pas encore totalement, tant que nous sommes encore l&#224; pour les lire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Julien, Marseille, f&#233;vrier 2023&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une g&#233;n&#233;ration avant celle de Julien, Alain a jou&#233; un r&#244;le semblable dans notre &#233;volution politique. Il nous a aid&#233;, par d'implacables et infatigables discussions, par son &#233;nergie et sa bienveillance, &#224; accoucher de notre communisme 'au-del&#224; de l'Ultra gauche' r&#233;sultant de la fulgurante remise en cause de nos positions en tant que GCL d'Aix en Provence. Philippe, Patrice&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;THEORIE COMMUNISTE N&#176; 27&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;AVANT-PROPOS&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les trois textes qui composent ce n&#176; de &lt;i&gt;Th&#233;orie Communiste&lt;/i&gt; se r&#233;pondent, se compl&#232;tent et parfois m&#234;me se r&#233;p&#232;tent. Nous avons choisi de pr&#233;senter d'abord le texte le plus g&#233;n&#233;ral, &lt;i&gt;Vie quotidienne et luttes des classes&lt;/i&gt;, mais il est &#233;vident que son origine tient en grande partie au soul&#232;vement des &lt;i&gt;Gilets jaunes&lt;/i&gt; dont il est question dans un texte que nous aurions pu placer en t&#234;te, de leurs c&#244;t&#233;s ce sont les &#171; &lt;i&gt;Commentaires sur le n&#176;2 de la revue qu&#233;b&#233;coise&lt;/i&gt; Temps Libre &#187; qui posent les fondements de ce qui aurait pu faire l'unit&#233; de ce n&#176; : &lt;i&gt;la d&#233;finition des classes&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il existe un mouvement g&#233;n&#233;ral &#224; l'&#233;chelle mondiale, celui que le collectif &lt;i&gt;Ahou ahou ahou&lt;/i&gt;, souligne d&#232;s les premi&#232;res lignes de leur livre, &lt;i&gt;La r&#233;volte des Gilets jaunes, histoire d'une lutte de classes&lt;/i&gt; (niet&#233;ditions, 2020) : &#171; Dans le monde capitaliste en crise depuis 2008, on ne compte plus les soul&#232;vements. Apr&#232;s les r&#233;voltes dites 'arabes', la fin des ann&#233;es 2010 a vu la paix sociale &#224; nouveau battue en br&#232;che dans de nombreux pays du globe : Alg&#233;rie, Irak, Soudan, Chili, Liban, Iran, Hongkong, Equateur, Catalogne, etc. Partout des manifestations, des &#233;meutes, des occupations de l'espace urbain. Partout des mouvements sans repr&#233;sentants ni encadrement, o&#249; se m&#234;lent des revendications de dignit&#233; sociale et une contestation des syst&#232;mes politiques. Partout des prol&#233;taires et des classes moyennes en voie de marginalisation qui se c&#244;toient derri&#232;re une volont&#233; commune de 'd&#233;gager' des dirigeants que l'on regarde comme coup&#233;s du 'peuple'. La r&#233;volte des Gilets jaunes participe de ce mouvement mondial. &#187; (Ahou, &lt;i&gt;op. cit&lt;/i&gt;, p. 5). Ajoutons la Turquie, le Mexique avec Oaxaca, la R&#233;union en 2012, le Br&#233;sil en 2013, la Guyane en 2017, la Birmanie/le Myanmar en 2021, le P&#233;rou en 2023, etc. Si des mouvements de nature diff&#233;rente sont amalgam&#233;s, ce sont les contradictions actuelles des luttes des classes, dont &#171; l'interclassisme &#187; n'est qu'un sympt&#244;me, qui les amalgament.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question que nous posent ces luttes, sans pr&#233;sumer de la suite, se formule ainsi : comment s'effectue, &#224; partir d'eux-m&#234;mes, la transformation des rapports objectifs de la situation dans les rapports de production en rapports de classes et donc en lutte des classes ? Le travail productif est le point de d&#233;part imp&#233;rieux et incontournable de la d&#233;finition des classes, mais il est seulement &lt;i&gt;un point de d&#233;part&lt;/i&gt;. C'est dans tout un processus que se constituent les classes telles qu'engendr&#233;es par les rapports de production, mais qui ne peuvent en &#234;tre un &lt;i&gt;calque&lt;/i&gt; du fait de toutes les instances au travers desquelles la production est n&#233;cessairement &lt;i&gt;reproduction,&lt;/i&gt; qui n'est pas une &lt;i&gt;r&#233;p&#233;tition&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le capital ne se reproduit comme &lt;i&gt;rapport social&lt;/i&gt; qu'en passant par le moment o&#249; il devient &lt;i&gt;objectivit&#233; &#233;conomique&lt;/i&gt; : toutes les conditions du renouvellement du rapport se trouvent, &#224; la fin de chaque cycle, r&#233;unies comme capital en soi face au travail, les instances politiques, juridiques, id&#233;ologiques, morales, les normes sexuelles et de genre, toutes les institutions sociales et &#233;ducatives, et, toujours pr&#233;sentes en chacune, l'Etat, la force coercitive et r&#233;pressive de la police ou de l'arm&#233;e au besoin, deviennent des moments n&#233;cessaires de la reproduction du rapport &#171; purement &#233;conomique &#187;. Dans cette reproduction, les fonctions &#233;conomiques qui ne sont que la mati&#232;re premi&#232;re des classes sont retravaill&#233;es, hach&#233;es, recompos&#233;es pour constituer ce produit que sont les classes, dont cette &#233;trange chose qu'est le &lt;i&gt;prol&#233;tariat&lt;/i&gt;, ce perp&#233;tuel nom donn&#233; au pari politique de la production th&#233;orique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La &lt;i&gt;vie quotidienne&lt;/i&gt; est devenue le lieu o&#249; se nouent toutes les instances de la &lt;i&gt;reproduction&lt;/i&gt;,&lt;i&gt; &lt;/i&gt;mais aussi le lieu o&#249; toutes ces instances ne se pr&#233;sentent pas dans leur hi&#233;rarchie th&#233;orique et d&#233;terminative entre la &#171; base &#233;conomique &#187; et les &#171; superstructures &#187;. Le monde familier, quotidien, c'est la m&#233;tamorphose n&#233;cessaire des rapports de production en formes d'apparition, la marchandise et son f&#233;tichisme, la subsomption du travail sous le capital, les rapports de distribution, l'autopr&#233;supposition du capital, l'id&#233;ologie sous laquelle op&#232;rent toutes les pratiques, elle inclut les diff&#233;rences de quotidien, de &lt;i&gt;v&#233;cu&lt;/i&gt; comme &lt;i&gt;sujet&lt;/i&gt;, entre les hommes et les femmes, entre les classes. C'est sous les formes ultimes, les plus m&#233;diatis&#233;es, sous des formes o&#249; &#224; la fois la m&#233;diation non seulement est devenue invisible, mais o&#249; s'exprime leur contraire direct, que les figures du capital apparaissent comme les agents r&#233;els et les supports imm&#233;diats de la production et qu'ils s'affrontent. Le &#171; mouvement r&#233;el &#187;, celui que la &#171; science &#187; expose, n'est ni un &#171; au-dessus &#187;, ni un &#171; au-del&#224; &#187;, ni ailleurs que dans les dites &#171; formes d'apparition &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est certain qu'avant les ann&#233;es 1970, les conditions de vie jouaient leur r&#244;le dans les luttes ouvri&#232;res, mais elles &#233;taient comme incluses dans les conditions de travail. Lorsque nous parlons maintenant de vie quotidienne, il ne s'agit plus ni de &#171; la vie en bleu &#187;, ni du m&#233;lange d'exaltation et de d&#233;pression de Debord ou Lefebvre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec la restructuration achev&#233;e dans les ann&#233;es 1980, la production de plus-value et la reproduction des conditions de cette production co&#239;ncident. La contradiction entre le prol&#233;tariat et le capital a alors pour contenu essentiel son propre renouvellement, d'o&#249; l'identit&#233; entre la constitution du prol&#233;tariat comme classe et sa contradiction avec le capital, la lutte en tant que classe devient la limite de la lutte de classe. Cette deuxi&#232;me phase de la subsomption r&#233;elle initi&#233;e dans les ann&#233;es 1970 est elle-m&#234;me entr&#233;e aujourd'hui dans une crise sp&#233;cifique qui unifie crise de suraccumulation et crise de sous-consommation dans une crise du rapport salarial puis de la soci&#233;t&#233; salariale ouverte avec la crise dite des &#171; subprimes &#187; (2007-2008). L'importance de l'effet possible des rapports de distribution sur les rapports de production, et leur capacit&#233; &#224; devenir pr&#233;dominants, est bien sp&#233;cifique &#224; la crise actuelle : crise du rapport salarial, double d&#233;connexion entre la reproduction de la force de travail et la valorisation du capital, crise du zonage mondial et de sa mise en abyme, crise de l'Etat d&#233;nationalis&#233;, identit&#233; crise de suraccumulation et de sous-consommation, asyst&#233;mie de la revendication salariale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans chaque cycle de luttes et m&#234;me dans des moments particuliers d'un m&#234;me cycle, c'est un lieu d&#233;termin&#233; devenant un &#171; &#233;clairage universel &#187; qui assigne &#224; toutes les luttes leur rang et leur importance. Dans cette unit&#233; de la vie quotidienne qui les enveloppe, les luttes en entreprises, sur les lieux du proc&#232;s de production imm&#233;diat, et les luttes portant plus ou moins directement sur la reproduction sont chacune limit&#233;e par leur disjonction. Il est impossible de d&#233;terminer dans quel sens la &#171; jonction &#187; peut se faire, d'autant plus qu'il ne peut s'agir d'une &#171; jonction &#187;, mais &#224; partir de multiples luttes particuli&#232;res de la cr&#233;ation d'une situation absolument nouvelle changeant la donne pour toutes les luttes existantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans la vie quotidienne devenant r&#233;ellement le probl&#232;me, c'est-&#224;-dire &lt;i&gt;se contredisant dans la libert&#233; du sujet comme prol&#233;taire&lt;/i&gt;, pas de communisation, c'est-&#224;-dire le bouleversement de toutes les relations renversant la hi&#233;rarchie des instances (avec et contre l'&#233;conomie comme toujours &#171; in&#233;vitable &#187; derni&#232;re instance), ne r&#233;glant rien par voie de cons&#233;quence de la pourriture qui colle &#224; la peau des prol&#233;taires et les constitue. Pour les &#171; sujets &#187; conscients, libres, ind&#233;pendants etc., partout il y a des r&#232;glements, des codes, des lois, des fiches de paye, une police, des taxes et des imp&#244;ts qui leur disent tous les jours, &#224; chaque moment, dans chacun de leurs actes, qu'ils ne sont pas les sujets que la propre existence de ces r&#232;glements et de ces codes suppose qu'ils sont. On se r&#233;volte alors contre &#171; sa &#187; vie quotidienne en la voulant, comme les Gilets Jaunes, ce qu'elle ne peut pas &#234;tre. On peut apercevoir avec l'&#233;pid&#233;mie de Covid-19 que ce qui &#171; allait de soi &#187;, devenant des injonctions &#233;tatiques, perdait son &#233;vidence routini&#232;re, cette reproduction &#171; semblable &#224; celle des saisons &#187; comme disait Marx. Il appara&#238;t que la vie quotidienne et son sujet renfermaient une contradiction qui n'avait pas le m&#234;me contenu selon les positions de classes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette contradiction dans la vie quotidienne, c'est la crise du &#171; travailleur libre &#187;, celui assign&#233; &#224; prendre en charge librement sa reproduction comme tel. C'est la transformation de la mobilisation, de l'exploitation et de la reproduction de la force de travail : un &#171; r&#233;encastrement &#187; pervers du travail, &lt;i&gt;non pas dans la &#171; soci&#233;t&#233; &#187; mais dans la vie quotidienne&lt;/i&gt;. Une restructuration du mode de production serait une gigantesque transformation des modes de vie : la mobilisation de la force de travail et ses modalit&#233;s d'exploitation bien s&#251;r, mais aussi, de fa&#231;on intriqu&#233;e, l'am&#233;nagement du territoire, les communications, les transports, les modes de consommation et d'alimentation, le logement, l'&#233;ducation, la sant&#233;, le couple et la famille, etc. Une &#171; suppression de la vie quotidienne &#187;, c'est-&#224;-dire une absorption de celle-ci par le travail est un enjeu hautement conflictuel aussi bien comme luttes des classes que pour le mode de production lui-m&#234;me (les deux aspects n'&#233;tant pas &#233;trangers l'un &#224; l'autre).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est la poursuite d'un m&#234;me chemin qui de la r&#233;volution comme &lt;i&gt;communisation&lt;/i&gt; nous m&#232;ne au concept de &lt;i&gt;conjoncture&lt;/i&gt; et ensuite &#224; celui de &lt;i&gt;vie quotidienne&lt;/i&gt; comme la matrice de la conjoncture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;VIE QUOTIDIENNE ET LUTTES DES CLASSES&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;strong&gt;Eloge des &#171; apparences &#187; et de la confusion.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;h.18ww7ytkoygj&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
LA LUTTE DE CLASSE : DE LA PRODUCTION &#192; LA REPRODUCTION&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De la France des &#171; Gilets jaunes &#187; au Chili, en passant par les &#171; Indign&#233;s &#187;, les r&#233;voltes arabes, l'Irak, l'Iran, la Gr&#232;ce, le Liban, la Turquie, Oaxaca au Mexique, la Guadeloupe et la Martinique (2009), Mayotte (2011), La R&#233;union (2012), le Br&#233;sil (2013), la Guyane (2017), tous les mouvement revendicatifs et les gr&#232;ves (principalement quand il s'agit de secteurs ou r&#233;gions o&#249; la classe ouvri&#232;re est majoritairement f&#233;minine), la &lt;i&gt;vie quotidienne&lt;/i&gt; est devenue le lieu et l'enjeu des luttes des classes dans toute leur complexit&#233;, leur confusion, &#224; la fois probl&#232;me, limite et dynamique de leur possible d&#233;passement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la crise de la fin des ann&#233;es 1960, le prol&#233;tariat d&#233;clina, de la fa&#231;on la plus r&#233;formiste &#224; la plus r&#233;volutionnaire, son projet de r&#233;organisation de la soci&#233;t&#233; &#171; sur la base du travail &#187;, qui &#233;tait la r&#233;volution telle qu'elle se pr&#233;sentait alors. Ce mouvement fut bris&#233;, il y eut d&#233;faite ouvri&#232;re. Mai 68 fut battu, l'automne chaud italien (qui dura trois ans) aussi, les vagues de gr&#232;ves sauvages am&#233;ricaines &#233;galement, ainsi que le mouvement assembl&#233;iste espagnol dans les banlieues industrielles de Barcelone et les coordinations de dockers, etc. L'essentiel &#233;tait l&#224; dans les usines &lt;i&gt;et il y est toujours&lt;/i&gt; m&#234;me si ce n'est pas, maintenant, dans la m&#234;me relation avec l'insubordination sociale qui avait gagn&#233; toutes les sph&#232;res de la soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y eut d&#233;faite et restructuration, c'est-&#224;-dire contre-r&#233;volution. On peut m&#234;me parfois dater localement cette d&#233;faite, comme avec la manifestation anti-gr&#233;vistes de la FIAT en 1980, ou la reprise en main patronale et syndicale dans l'automobile en France &#224; la suite des gr&#232;ves violentes et massives de 81-84. La classe capitaliste reprit le pouvoir dans les usines et &lt;i&gt;par-l&#224;&lt;/i&gt; dans l'ensemble de la reproduction sociale. La classe capitaliste brisa tout ce qui confortait une &lt;i&gt;identit&#233; ouvri&#232;re&lt;/i&gt; et l&#233;gitimait le prol&#233;tariat en rival du capital. La restructuration du rapport entre prol&#233;tariat et capital qui s'ensuivit a eu comme cons&#233;quence primordiale de &lt;i&gt;supprimer toute identit&#233; ouvri&#232;re confirm&#233;e dans la reproduction du capital&lt;/i&gt;, ce qui ne signifie absolument pas la disparition des classes, mais une profonde mutation de la lutte des classes au niveau de la reproduction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque nous parlons maintenant de vie quotidienne, il ne s'agit plus de &#171; la vie en bleu &#187; o&#249; toutes les conditions de vie, les lieux, les fr&#233;quentations n'&#233;taient que des d&#233;terminations &lt;i&gt;en cons&#233;quence&lt;/i&gt; de cette identit&#233; ouvri&#232;re dont le centre &#233;tait l'usine et un rapport au capital qui confirmait cette identit&#233; dans toutes ses modalit&#233;s &#171; en bleu &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette mutation de la lutte des classes, nous pouvons la saisir dans les contradictions et les limites de l'ancien cycle de luttes, celui de l'identit&#233; ouvri&#232;re, dans son ach&#232;vement &#224; la fin des ann&#233;es 1960 et au d&#233;but des ann&#233;es 1970. D'un c&#244;t&#233;, une identit&#233; ouvri&#232;re forte, confirm&#233;e dans la reproduction du capital existait sur la base de la &#171; grande usine &#187;, de l'int&#233;gration de la reproduction de la force de travail dans le cycle propre du capital, d'un autre c&#244;t&#233;, les raisons m&#234;mes qui la faisaient exister lui interdisaient imm&#233;diatement tout d&#233;but de r&#233;alisation, de passage &#224; l'effectivit&#233;. L'O.S., qu'il f&#251;t du Sud ou du Nord de l'Italie, ou en France de Biskra ou de Ouarzazate, n'avait rien &#224; prendre en charge, n'avait rien &#224; g&#233;rer et ce qui le justifiait et le faisait encore agir comme membre d'un grand mouvement ouvrier (l'int&#233;gration conflictuelle de la reconnaissance et de la reproduction de la classe ouvri&#232;re dans la reproduction du capital) &#233;tait la n&#233;gation m&#234;me de l'autonomie n&#233;cessaire au moindre d&#233;but de r&#233;alisation d'une quelconque affirmation de lui-m&#234;me en tant qu'ouvrier et d'&#233;mancipation du travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans &lt;i&gt;TC&lt;/i&gt; n&#176; 21 (mars 2007), nous &#233;crivions :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Cette contradiction interne au cours de la lutte de classe appara&#238;t en Italie d'une fa&#231;on bien concr&#232;te, &#224; partir du milieu des ann&#233;es 1960, dans l'extension des luttes en dehors de l'usine. D'une part, la figure centrale de la classe ouvri&#232;re italienne, celle par laquelle est structur&#233;e toute la lutte de classe, est celle du Triangle industriel Milan &#8211; Turin &#8211; G&#234;nes et, dans ce Triangle, principalement les ouvriers productifs des grandes entreprises. D'autre part, une telle concentration implique et n'existe que par la socialisation et la massification de la classe ouvri&#232;re au-del&#224; du proc&#232;s de production imm&#233;diat. La lutte ouvri&#232;re c'est aussi la ville, les transports, le logement, toute la vie sociale. &lt;i&gt;En englobant toute la vie quotidienne, la lutte de classe devenait un refus de la condition ouvri&#232;re, mais elle n'englobait toute la vie quotidienne&lt;/i&gt; &lt;i&gt;qu'&#224; partir de l'usine&lt;/i&gt; [nous soulignons], cette extension m&#234;me n'existait que sous le leadership, la tutelle de l'ouvrier de la grande usine : Turin, c'est FIAT. Ce mouvement contient en fait une contradiction entre, d'une part, la figure centrale de l'identit&#233; ouvri&#232;re, encore dominante et structurant la lutte de classe, &#224; partir de laquelle il existe et, d'autre part, &lt;i&gt;la lutte sur l'ensemble de la reproduction&lt;/i&gt; [idem] qui ne peut alors donner tout ce qu'elle contient, c'est-&#224;-dire &lt;i&gt;la remise en cause de la condition ouvri&#232;re elle-m&#234;me, du fait du premier terme&lt;/i&gt; [idem]. La lutte sur le salaire est le lieu de cette contradiction, l&#224; o&#249; elle devient concr&#232;te. Ce que les op&#233;ra&#239;stes, dans une probl&#233;matique et une perspective programmatique, ont th&#233;oris&#233; comme &#171; salaire politique &#187; ou &#171; autovalorisation de la classe ouvri&#232;re &#187; &#233;tait, comme pratique, comme lutte particuli&#232;re, cette contradiction o&#249;, &#224; partir de sa situation m&#234;me comme ouvrier et, &lt;i&gt;&#224; l'int&#233;rieur de celle-ci&lt;/i&gt;, &#233;tait remise en cause sa reproduction en tant que tel. La revendication du pouvoir&lt;strong&gt; &lt;/strong&gt;ouvrier dans l'usine coexiste avec le refus de vivre en dehors comme un ouvrier et d'&#234;tre employ&#233; comme ouvrier dans cette usine m&#234;me. La lutte de classe se d&#233;veloppe dans cette configuration hautement instable et contradictoire dans laquelle c'est le travail qui se refuse &#224; fonctionner, dans le capitalisme, comme force de travail. L'autonomie en est le r&#233;sultat et l'utopie pratique : exister pour soi comme travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;L'autonomie ne peut &#234;tre que programmatique&lt;/i&gt;, parce qu'elle est par nature l'autonomie &lt;i&gt;ouvri&#232;re&lt;/i&gt;. Le mouvement de 1969 est toujours un mouvement d'affirmation du prol&#233;tariat et d'&#233;mancipation du travail, c'est sa caract&#233;risation dominante, ce n'est que dans cette caract&#233;risation dominante et &#224; partir d'elle que l'on peut comprendre ce qui alors, en elle, est sa remise en cause, son impossibilit&#233;. Ce sont ces m&#234;mes OS qui sabotent et organisent les d&#233;fil&#233;s qui se regroupent dans les CUB comme &#224; Pirelli ou se retrouvent &#224; l'Assembl&#233;e ouvriers-&#233;tudiants de Turin. C'est cette situation qui fait toute l'originalit&#233; et l'importance tant historique que th&#233;orique de cette p&#233;riode. &#187; (p. 37)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ensuite, en 1977, &#224; Bologne et ailleurs en Italie, l'usine n'est plus le centre de la lutte, qui se situe au niveau de la reproduction d'ensemble du rapport social capitaliste, conjointement l'affrontement avec l'Etat s'effectue au-del&#224; d'une probl&#233;matique de prise de pouvoir, cependant le discours est toujours celui d'une perspective d'affirmation ouvri&#232;re comportant sa remise en cause. Au d&#233;but des ann&#233;es 1980, avec le mouvement des &#171; autoconvocations &#187;, les luttes se fracturent entre secteurs &#171; privil&#233;gi&#233;s &#187; et pr&#233;caires, et/ou se perdent dans une critique romantique et &#171; d&#233;sirante &#187; de la vie quotidienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La restructuration des ann&#233;es 1970-1980 fit passer la contradiction entre le prol&#233;tariat et le capital au niveau de sa propre reproduction, en tant que crise de cette relation, la crise de 2008, &#224; son tour, posa la surd&#233;termination des rapports de distribution sur les rapports de production, il s'en est suivi que l'exploitation et la production de valeur qui sont le c&#339;ur du mode de production capitaliste se sont r&#233;pandus et &lt;i&gt;existent&lt;/i&gt; dans la reproduction d'ensemble, globale qu'est la vie quotidienne dans son f&#233;tichisme, ses id&#233;ologies et ses mythes, mais aussi et par l&#224;-m&#234;me dans sa capacit&#233; &#224; remettre en cause toutes les instances du mode de production et avant tout l'&#233;conomie comme d&#233;termination en derni&#232;re instance. &lt;i&gt;Sans cette ultime remise en cause tout mouvement r&#233;volutionnaire implique une restructuration du capital comme sa d&#233;faite.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A partir de ces restructurations et modifications, on comprend la mutation de la relation entre la vie quotidienne et les luttes directement li&#233;es &#224; un lieu de production. Nous reviendrons plus loin (chapitre &lt;i&gt;Vie quotidienne et conjoncture&lt;/i&gt;) sur les probl&#232;mes actuels de la &#171; liaison &#187;&lt;strong&gt; &lt;/strong&gt;entre les luttes &#171; classiques &#187; sur les lieux de production et les luttes globales sur la reproduction et la vie quotidienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors qu'&#224; l'apog&#233;e du cycle de luttes pr&#233;c&#233;dent, &#224; la fin des ann&#233;es 1960, les luttes embl&#233;matiques se d&#233;roulaient chez General Motors, &#224; Renault Billancourt ou &#224; la Fiat, les luttes embl&#233;matiques se fixent aujourd'hui sur l'ensemble de la reproduction. Au risque de forcer par une volont&#233; &#171; th&#233;oriciste &#187; la nature et le sens de la p&#233;riode, il s'agit dans ce bouillon de culture que sont actuellement les luttes des classes d'y discerner la matrice possible d'une r&#233;volution comme communisation. Soit, nous estimons qu'il s'agit d'attendre que les rapports de production remettent tout le monde en place, soit, sachant que le &#171; rappel &#224; l'ordre &#187; des rapports de production ne s'effectue que dans leurs formes d'apparition constituant la vie quotidienne, c'est ce chaos que sont les luttes de classes dans chaque aire nationale ou r&#233;gionale et au niveau mondial qu'il s'agit de d&#233;crypter comme un faible &#233;clat de phare dans le brouillard. Tel est l'enjeu de ce texte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;h.7jxkbf8d4pln&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LA VIE QUOTIDIENNE, REMEDE A LA MALADIE DE MATURITE DE LA THEORIE DE LA COMMUNISATION&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;h.knodkplf90zj&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'exploitation n'est pas une &#233;quation&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis la critique du programmatisme et ses tentatives de d&#233;passement th&#233;orique, la pens&#233;e spontan&#233;e des th&#233;oriciens de la r&#233;volution comporte souvent une sorte de point obscur, un angle mort, quelque chose que leur probl&#233;matique r&#233;sultant de cette critique exclut. Le prol&#233;tariat n'existerait et n'agirait que de par sa constitution et situation dans l'exploitation consid&#233;r&#233;es de la fa&#231;on la plus radicalement abstraite, c'est-&#224;-dire comptable : la retenue d'un surplus de valeur, abstraction faite de toutes les conditions pour qu'existe cette simple &#233;quation que devient la plus-value. L'id&#233;ologie (quelle qu'elle soit) et les pratiques revendicatives et/ou &#171; &#233;meuti&#232;res &#187; op&#233;rant sous une id&#233;ologie ne pourraient &#234;tre que le fait de la petite bourgeoisie ou des classes moyennes (couramment : la politique, la justice, les demandes adress&#233;es &#224; un Etat de droit, les services publics, l'&#233;cologie, etc.). La classe ouvri&#232;re &#171; en tant que telle &#187;, sauf &#224; se laisser entra&#238;ner dans un combat qui n'est pas &lt;i&gt;essentiellement&lt;/i&gt; le sien (ou une r&#233;surgence du programmatisme), en serait comme g&#233;n&#233;tiquement pr&#233;serv&#233;e (sauf quelques prol&#233;taires &#171; &#224; titre individuel &#187;)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir Astarian et Ferro, Le M&#233;nage &#224; trois de la lutte des classes, &#233;d. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Pourtant, elle combattit au nom de la religion, de la morale, du droit, de la libert&#233;, de l'&#233;galit&#233;, mais cela appartiendrait &#224; ses ann&#233;es de formation, &#224; sa &#171; jeunesse &#187;. C'est oublier que, depuis la restructuration des ann&#233;es 1970-1980, le prol&#233;tariat est bien s&#251;r toujours d&#233;fini et m&#251; par cette contradiction qu'est l'exploitation. Si elle ne s'est jamais r&#233;duite &#224; une simple &#233;quation, dans le mode de production tel que restructur&#233;, elle se situe au niveau de la &lt;i&gt;reproduction du rapport&lt;/i&gt; (voir infra). Cela signifie que pour le prol&#233;tariat toute son existence n'est que celle des cat&#233;gories du capital et ces derni&#232;res sont bien loin d'&#234;tre et d'exister sans leurs formes d'apparition et leurs id&#233;ologies. Alors que dans cette &#171; pens&#233;e th&#233;orique &#187; formelle et normative, la classe ouvri&#232;re n'agirait maintenant, en tant que telle, &#171; conform&#233;ment &#224; sa nature &#187;, que dans la mesure o&#249; elle se contenterait de dire &#171; un sou est un sou &#187; ; en dehors de cela point de salut, elle tomberait dans l'id&#233;ologie et, ce faisant, ne serait plus ce qu'elle est conform&#233;ment &#224; son &#234;tre. Comme si, m&#234;me en supposant que &#171; un sou est un sou &#187; d&#233;finisse les &#171; vraies &#187; luttes ouvri&#232;res, cela ne renfermait aucune id&#233;ologie : le prix du travail, les rapports de distribution, la juste reproduction des rapports d'exploitation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Non, la classe ouvri&#232;re s'int&#233;resse aussi, &lt;i&gt;comme tout le monde&lt;/i&gt;, dans toutes sortes de conflits internes et avec les autres classes, et cela fait partie de ses pratiques, au fonctionnement de l'Etat, &#224; la justice, &#224; la fiscalit&#233;, &#224; la corruption des &#233;lites, aux services publics, &#224; l'Etat, aux rapports de genre, au racisme, &#224; l'environnement et, surtout et avant tout, au contenu de son assiette, pas de la m&#234;me fa&#231;on que les autres classes, mais ni plus ni moins. D'autant plus que c'est l&#224;, dans son assiette, que tout s'ach&#232;ve, toute la reproduction, la circulation, l'&#233;quilibre entre les sections I et II, etc.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; &#8230;la production de capital constant ne se fait jamais pour elle-m&#234;me, mais (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Nous reviendrons sur l'identit&#233; entre suraccumulation et sous-consommation dans la crise actuelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut faire du prol&#233;tariat une sorte d'Ovni social et cela fut fait (voir &lt;i&gt;l'Id&#233;ologie allemande&lt;/i&gt; et la &#171; classe universelle &#187; d&#233;j&#224; au-del&#224; des rapports capitalistes &#8211; derni&#232;res pages du &#171; &lt;i&gt;Feuerbach &lt;/i&gt; &#187; ; &lt;i&gt;l'Introduction de 1843&lt;/i&gt; et le prol&#233;tariat comme la &#171; d&#233;composition de la soci&#233;t&#233; &#187;, &#171; la classe qui n'est pas une classe &#187;, ou alors la classe qui n'existe que dans le Parti &#8211; Bordiga, etc.), mais si le prol&#233;tariat est une classe de cette soci&#233;t&#233;, il est &lt;i&gt;absurde&lt;/i&gt; d'envisager son activit&#233; en dehors des formes d'apparition et de toute id&#233;ologie, comme se r&#233;f&#233;rant &lt;i&gt;directement&lt;/i&gt; aux rapports de production et ce jusque dans ce que nous pouvons conjecturer comme activit&#233; r&#233;volutionnaire. Il est &#171; heureux &#187; qu'il en soit ainsi car cela signifie que, dans cette soci&#233;t&#233;, rien d'elle ne sera aboli par &#171; voie de cons&#233;quence &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le prol&#233;tariat n'existe pas d'abord comme tel (exploit&#233;, &#171; sans r&#233;serve &#187;, contradiction entre travail n&#233;cessaire/surtravail, etc.) et seulement ensuite travers&#233; par toutes sortes de &#171; surd&#233;terminations &#187;, comme si, par exemple, le prol&#233;tariat &#233;tait blanc et masculin, ce qui est alors implicitement pr&#233;suppos&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cela nous conduit par exemple &#224; une consid&#233;ration qui peut para&#238;tre si (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#202;tre une classe n'existant que comme rapport au capital, c'est poss&#233;der de fa&#231;on &lt;i&gt;int&#233;rieure&lt;/i&gt; toutes les segmentations et contradictions produites par les cat&#233;gories du mode de production capitaliste. Quand les camarades d'&lt;i&gt;Il lato Cattivo &lt;/i&gt;soulignent de fa&#231;on critique une tendance actuelle &lt;i&gt;&#171; &#224; d&#233;placer le barycentre primordial et irrempla&#231;able de la th&#233;orie elle-m&#234;me de l'exploitation de classe aux antagonismes englob&#233;s, d&#233;pourvus de dynamique propre ... &#187; (texte de pr&#233;sentation d'Il lato cattivo sur le site web Dndf &#8211; Des nouvelles du front), il faut r&#233;pondre que les antagonismes auxquels fait r&#233;f&#233;rence Il lato cattivo ne sont pas des &#171; antagonismes englob&#233;s &#187; dont il faudrait chercher &#171; la dynamique propre &#187;, mais que ces d&#233;terminations sont tout simplement constitutives de l'exploitation. Comment penser l'exploitation de la force de travail sans la distinction entre les hommes et les femmes ou sans la segmentation raciale (m&#234;me si cette derni&#232;re n'est pas appr&#233;hendable au m&#234;me niveau conceptuel, voir TC 26) ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le prol&#233;tariat luttant &#171; en tant que tel &#187; n'est pas un &lt;i&gt;pr&#233;alable&lt;/i&gt; &#224; la r&#233;volution ou, plus pr&#233;cis&#233;ment, &#224; la communisation. C'est une contradiction dans les termes, il y a l&#224; une incoh&#233;rence constitutive entre d'une part l'affirmation de la r&#233;volution comme communisation et, d'autre part, soutenir que cette r&#233;volution n&#233;cessite une recomposition pr&#233;alable de la classe en &#171; acteur collectif &#187;, &#171; agissant en tant que telle &#187; semblable &#224; ce qu'elle &#233;tait quand la r&#233;volution &#233;tait affirmation du prol&#233;tariat et lib&#233;ration du travail : formellement semblable mais avec un contenu autre. La communisation n'est pas un nouveau programme enfin conforme &#224; &#171; l'&#234;tre de la classe &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dans le cours de la lutte r&#233;volutionnaire, l'abolition de l'Etat, de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Consid&#233;rer comme un pr&#233;alable ou une condition la constitution du prol&#233;tariat &#171; en tant que tel &#187;, revient &#224; consid&#233;rer que la communisation n'est pas le d&#233;passement produit d'une situation o&#249;, de multiples fa&#231;ons, lutter en tant que classe est la limite de la lutte de classe mais, au mieux, le nouveau programme ou, au pire, celui qui fut toujours mais, maintenant, enfin r&#233;alisable. C'est dans la confusion d'une &lt;i&gt;conjoncture&lt;/i&gt;, c'est-&#224;-dire le bouleversement de la hi&#233;rarchie d&#233;terminative des instances qui jusque-l&#224; reproduisaient l'&#233;conomie comme d&#233;terminante&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir plus loin &#224; propos du concept de conjoncture.&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ; c'est dans l'intrication de toutes les instances &#224; l'int&#233;rieur de la lutte des classes &lt;i&gt;dont l'interclassisme est le sympt&#244;me&lt;/i&gt;, que le prol&#233;tariat, par son engagement m&#234;me dans ces luttes, produit son appartenance de classe comme contrainte ext&#233;rieure et prend les &#171; mesures &#187; qui absorbent et d&#233;truisent la soci&#233;t&#233;, ce qui, pour le prol&#233;tariat, est la r&#233;alit&#233; en actes de son abolition. &lt;i&gt;Sa lutte &#171; en tant que tel &#187; ne peut pas &#234;tre un pr&#233;alable (m&#234;me th&#233;orique), un d&#233;gagement, mais la pratique de sa disparition&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si on n'a pas produit dans le cycle de luttes actuel le concept et l'importance de la vie quotidienne, on ne peut pas comprendre la pr&#233;gnance de l'interclassisme et les enjeux qu'il comporte. Pour diff&#233;rencier les positions et les pratiques de chaque classe, ce n'est pas d'une &#171; nature essentielle &#187; de chacune qu'il faut partir, mais de la situation globale &lt;i&gt;conceptuellement d&#233;finie&lt;/i&gt; par la contradiction entre le prol&#233;tariat et le capital (travail productif / exploitation / contradiction entre travail n&#233;cessaire et surtravail / le capital comme contradiction en proc&#232;s) qui, dans un moment et une crise particuliers, donne sens et informe la position objective de chaque classe, &lt;i&gt;position objective qui, &#171; en soi &#187;, n'est qu'une mati&#232;re premi&#232;re&lt;/i&gt;. Le probl&#232;me n'est pas en soi &#171; l'interclassisme &#187; des luttes mais le niveau et le proc&#232;s historiquement sp&#233;cifique de constitution des contradictions qui, &#224; l'int&#233;rieur du mode de production capitaliste, dans sa crise pr&#233;sente, le produit. L'interclassisme n'est pas le probl&#232;me, celui-ci r&#233;side dans la d&#233;finition de la situation qui le produit et, alors, dans l'&#233;valuation des dynamiques de cette situation. Les contradictions n'existent que sp&#233;cifiquement d&#233;finies dans l'histoire du mode de production capitaliste (nous revenons sur la question de l'interclassisme dans le texte sur les Gilets jaunes dans ce n&#176; de &lt;i&gt;TC&lt;/i&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut toujours en revenir &#224; la critique de cette affirmation catastrophique de Marx dans &lt;i&gt;La Sainte Famille&lt;/i&gt; : &#171; Il ne s'agit pas de savoir quel but tel ou tel prol&#233;taire, ou m&#234;me le prol&#233;tariat tout entier, se &lt;i&gt;repr&#233;sente&lt;/i&gt; momentan&#233;ment. Il s'agit de savoir &lt;i&gt;ce que&lt;/i&gt; le prol&#233;tariat &lt;i&gt;est&lt;/i&gt; et ce qu'il sera oblig&#233; de faire, conform&#233;ment &#224; cet &lt;i&gt;&#234;tre&lt;/i&gt;. &#187; (&lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;, &#233;d. Sociales, p. 48.). Le d&#233;passement r&#233;volutionnaire du mode de production capitaliste est un &lt;i&gt;d&#233;passement produit&lt;/i&gt;, une sorte de point historique inconnu, une &lt;i&gt;conjoncture&lt;/i&gt;, m&#234;me si cela n'est pas fortuit en regard de ce qu'est le capital comme contradiction en proc&#232;s. Consid&#233;rer le cours des choses sur la base du Marx de &lt;i&gt;La Sainte Famille&lt;/i&gt; ne pourrait que nous conforter dans un normativisme bien tranquille : la situation est telle, mais nous savons que ce n'est qu'une &#171; disharmonie &#187; momentan&#233;e, cela parce que l'avenir nous appartient, mais, surtout, parce que, &lt;i&gt;d&#232;s maintenant&lt;/i&gt;, ce qu'il se passe, c'est-&#224;-dire ce que fait le prol&#233;tariat, ne correspond pas &#224; l'&#234;tre que nous (&#171; La Th&#233;orie &#187;) nous connaissons, en quelque sorte ce n'est pas &#171; rationnel &#187; et donc &#224; peine &#171; r&#233;el &#187;. Selon les occasions, les prol&#233;taires ne seraient l&#224; qu'anecdotiquement, &#171; &#224; titre individuel &#187; et non &#171; en tant que tels &#187;, c'est-&#224;-dire tels que nous savons (c'est-&#224;-dire que &#171; La Th&#233;orie &#187; sait), qu'ils doivent &#234;tre conform&#233;ment &#224; leur &#234;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;faut principal de ce n&#233;o-programmatisme&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Actuellement, notre petit milieu de production th&#233;orique semble se scinder (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; est de concevoir toute la p&#233;riode qui s'ach&#232;ve (le mode de production tel que restructur&#233; dans les ann&#233;es 1970-1980) de fa&#231;on n&#233;gative, c'est-&#224;-dire comme disparition des caract&#233;ristiques pr&#233;c&#233;dentes (celles du fordisme, pour simplifier) et non pas comme ayant produit de nouveaux types de contradictions, un peu comme un long processus d'essoufflement des d&#233;terminations pr&#233;c&#233;dentes. De ce fait le contenu des luttes de ce cycle serait avant tout une r&#233;action &#224; cet essoufflement. Nous perdrions alors quelques caract&#233;ristiques majeures de ce cycle de luttes : la contradiction entre les classes au niveau de la reproduction du rapport ; aucun rapport &#224; soi du prol&#233;tariat confirm&#233; dans la reproduction du capital ; &#234;tre en contradiction avec le capital c'est &#234;tre en contradiction avec sa propre existence comme classe dans sa situation de classe ; les pratiques d'&#171; &#233;cart &#187; et &#171; l'asyst&#233;mie de la revendication salariale &#187; et, de fa&#231;on synth&#233;tique : le fait n&#233;cessaire de lutter en tant que classe comme la limite de la lutte de classe (cf. &lt;i&gt;TC&lt;/i&gt; 20). Consid&#233;rer que les luttes actuelles sont dans leur forme et contenu le r&#233;sultat de ce qu'avec l'&#233;rosion du fordisme &#171; &#231;a va mal &#187; et &#171; de plus en plus mal &#187;, c'est affirmer que rien ne change, ni les acteurs, ni la contradiction qui les relie et les d&#233;finit, seul le d&#233;cor, les circonstances, se modifient et peuvent &#233;gratigner leur int&#233;grit&#233; essentielle. Tout comme le mode de production, la lutte des classes consiste dans le changement, dans l'histoire&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; La mati&#232;re &#233;ternelle, imp&#233;rissable n'est r&#233;elle ou n'a d'existence (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &lt;i&gt;C'est la contradiction qui est, en elle-m&#234;me, historique et non pas parce qu'affect&#233;e par des circonstances&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;h.pbjqvlahwdph&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;D'une vie quotidienne &#224; l'autre&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est pas seulement &#224; la fin des ann&#233;es 1950 (la premi&#232;re &#233;dition de la &lt;i&gt;Critique de la vie quotidienne&lt;/i&gt; de Lefebvre date de 1958) et dans les ann&#233;es 1960 que l'on se met &#224; parler de vie quotidienne. C'est au tournant du XXe., en Europe occidentale (philosophiquement avec la ph&#233;nom&#233;nologie) et aux Etats-Unis (avec les sociologues de Chicago) : quand se fortifie le passage du mode de production capitaliste en subsomption r&#233;elle avec l'int&#233;gration de la reproduction de la force de travail dans le cycle propre du capital, quand se connectent la &#171; petite circulation &#187;, celle du salaire comme reproduction de la &#171; race des travailleurs &#187; et la &#171; grande &#187;, celle de la reproduction des &#233;l&#233;ments du capital constant et du capital variable (qui finalement retourne dans la poche de la classe capitaliste), c'est alors que se forge le concept de &#171; vie quotidienne &#187;. Une r&#233;alit&#233; nouvelle a alors pris corps, entretenant des rapports compliqu&#233;s avec les luttes des classes&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Bien s&#251;r, dans La Situation des classes laborieuses en Angleterre, Engels (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autour des ann&#233;es 68, le quotidien appara&#238;t comme le lieu de &#171; l'ali&#233;nation universelle &#187; et le lieu o&#249; elle peut &#234;tre renvers&#233;e. A posteriori, nous pouvons dire que dans la critique situationniste de la vie quotidienne, c'est de la crise et de la critique du programmatisme dont il s'agissait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La r&#233;volution ne pouvait &#234;tre que la n&#233;gation de la condition ouvri&#232;re mais il fallait chercher celle-ci, non dans le rapport du prol&#233;tariat au capital, mais dans l'universalit&#233; de l'ali&#233;nation. Ali&#233;nation &lt;i&gt;universelle&lt;/i&gt; et par l&#224; &lt;i&gt;humaine&lt;/i&gt;, celle-ci se justifiait elle-m&#234;me par la contestation des modes de vie impos&#233;s, de la consommation, de la 'prosp&#233;rit&#233; capitaliste'. Cette r&#233;volte contre la condition ouvri&#232;re qui s'&#233;tendait hors du proc&#232;s de travail produisait sa raison d'&#234;tre en dehors d'elle-m&#234;me. Comme universalit&#233; de l'ali&#233;nation, elle s'autonomisait de ses conditions r&#233;elles, elle apparaissait non pas d&#233;couler directement de la situation de l'ouvrier, mais &#234;tre un fait de l'ensemble de la soci&#233;t&#233;, de l'&#171; ali&#233;nation universelle &#187; dont l'ouvrier &#233;tait le r&#233;sum&#233;, la condensation (Marcuse et les th&#233;oriciens de l'Ecole de Francfort devinrent &#224; la mode). Ce n'est pas un hasard si cette r&#233;volte ne devint effective que dans sa rencontre avec la contestation &#233;tudiante. Elle se d&#233;tacha d'elle-m&#234;me, devint &#233;trang&#232;re &#224; elle-m&#234;me et se d&#233;doubla en une r&#233;volte ouvri&#232;re enferm&#233;e dans son impasse et la m&#234;me ayant pris, pour elle-m&#234;me, une forme autonome et myst&#233;rieuse : la r&#233;volte contre tous les aspects de la vie mettant l'ouvrier en lumi&#232;re et en mouvement en tant qu'&#234;tre &lt;i&gt;universel &lt;/i&gt;et par l&#224; &lt;i&gt;humain&lt;/i&gt;. Si cette r&#233;volte contre la 'totalit&#233; de la vie' a &#233;t&#233; comprise comme 'r&#233;volte humaine', c'est que &lt;i&gt;l'on ne pouvait alors consid&#233;rer que le prol&#233;tariat puisse aboutir, &#224; partir de sa situation m&#234;me en tant que classe, &#224; autre chose que son affirmation et au mieux &#224; l'impossibilit&#233; de celle-ci&lt;/i&gt;. &#187; (cf. Th&#233;orie Communiste, &lt;i&gt;68, ann&#233;e th&#233;orique...etc.&lt;/i&gt;, brochure 2015)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La critique de la vie quotidienne &#233;tait dans la th&#233;orie situationniste le point discriminant entre le &#171; mouvement ouvrier classique &#187; et &#171; le nouveau mouvement r&#233;volutionnaire &#187;, celui qui adopte &#171; le point de vue de la critique de la totalit&#233; &#187;. Une r&#233;volution qui ne se situerait pas au niveau de la vie quotidienne ne pouvait que cr&#233;er un nouveau &#171; pouvoir s&#233;par&#233; &#187;. Ce que ce point de vue de la vie quotidienne annon&#231;ait, c'&#233;tait la conception de la r&#233;volution comme communisation imm&#233;diate de la soci&#233;t&#233;. La critique de la &#171; politique s&#233;par&#233;e &#187; avait &#233;galement pour contenu la critique et l'abolition du travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La construction libre de tout l'espace-temps de la vie individuelle est une revendication qu'il faudra d&#233;fendre contre toutes sortes de r&#234;ves d'harmonie des candidats managers du prochain am&#233;nagement social. &#187; (&lt;i&gt;IS&lt;/i&gt; n&#176;6, p. 4). La vie quotidienne comme centre du projet r&#233;volutionnaire ne pouvait &#234;tre rien moins que la suppression du travail, de m&#234;me que la suppression du prol&#233;tariat, car elle est le point de vue de la totalit&#233;, l&#224; o&#249; aucun aspect de la r&#233;alit&#233; ne peut &#234;tre isol&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, consid&#233;rer la vie quotidienne comme un &lt;i&gt;v&#233;cu imm&#233;diat&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dans La Soci&#233;t&#233; du spectacle il existe constamment un substrat (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, comme la v&#233;rit&#233; cach&#233;e&lt;strong&gt; &lt;/strong&gt;des rapports de production fut ce que nous pouvons maintenant consid&#233;rer comme &#171; l'erreur &#187; de Lefebvre et Debord (Kosik est beaucoup plus prudent&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pour Kosik, prendre le quotidien pour base et point de d&#233;part c'est accepter (&#8230;)&#034; id=&#034;nh10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;). Comme Debord, Lefebvre consid&#232;re historiquement la vie quotidienne mais ne la consid&#232;re pas comme une construction historique en elle-m&#234;me et, surtout, comme &lt;i&gt;le r&#233;sultat de toutes les m&#233;tamorphoses des rapports de production dans leurs formes de manifestation&lt;/i&gt;, comme ce monde magique dans lequel nous &#233;voluons tous les jours : la &#171; religion de la vie quotidienne &#187; (Marx, &lt;i&gt;Le Capital&lt;/i&gt;, t. 8, p. 208)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les avant gardes artistiques (Nadja), la litt&#233;rature avec Kafka, Joyce, puis (&#8230;)&#034; id=&#034;nh11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. C'est le point discriminant de la th&#232;se d&#233;fendue ici par rapport aux conceptions similaires de Debord et Lefebvre. Le &#171; directement v&#233;cu &#187; qui se serait &#171; &#233;loign&#233; &#187; que l'on trouve dans les deux premi&#232;res th&#232;ses de &lt;i&gt;La Soci&#233;t&#233; du spectacle&lt;/i&gt; n'a jamais exist&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Th&#232;se 1 :&#171; Toute la vie des soci&#233;t&#233;s dans lesquelles r&#232;gnent les conditions (&#8230;)&#034; id=&#034;nh12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s une longue &#233;clipse, comme nous allons chercher &#224; le montrer, la vie quotidienne est de retour. Ce retour est sp&#233;cifique &#224; la nature du mode de production tel qu'issu de la restructuration des ann&#233;es 1970-1980 et de sa crise depuis 2008. Toutes les contradictions se cristallisent au niveau de cette &lt;i&gt;reproduction&lt;/i&gt; qu'est la vie quotidienne. Mais, aucun concept, aucune puret&#233;, aucune v&#233;rit&#233; ne se cachent plus sous les formes de manifestation, l'id&#233;ologie et le f&#233;tichisme, car c'est l&#224; que les luttes de classes se constituent et se d&#233;roulent. Plus de plage sous les pav&#233;s, plus de &lt;i&gt;r&#233;alit&#233;&lt;/i&gt; conceptuelle sous les apparences. C'est l&#224;, &#224; 50 ans d'intervalle, depuis les pr&#233;mices d'un cycle de luttes jusqu'&#224; son possible ach&#232;vement (insurrection/r&#233;volution ou restructuration), l'&#233;norme diff&#233;rence avec les analyses fondatrices de Debord et Lefebvre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme nous l'exposons dans le chapitre suivant, tout se joue maintenant et pour l'instant comme crise du rapport de l'Etat &#224; sa soci&#233;t&#233;, crise de la reproduction de tous les rapports sociaux, &lt;i&gt;et tout le monde y joue&lt;/i&gt;. Il y a une &#233;troite combinaison entre l'identit&#233; de la crise dans sa sp&#233;cificit&#233; comme suraccumulation et sous-consommation, la crise du rapport salarial, celle de la mondialisation, la crise de la soci&#233;t&#233; salariale, celle de l&#233;gitimit&#233; et de reconnaissance de l'Etat d&#233;nationalis&#233;, et enfin l'interclassisme, la citoyennet&#233; et la politique. Ce n'est que depuis 2007-2008, avec la crise de cette phase du capital et de son Etat, plus pr&#233;cis&#233;ment avec son devenir, dans les ann&#233;es 2010, comme crise de la soci&#233;t&#233; salariale et de l'Etat d&#233;nationalis&#233; que la vie quotidienne comme lieu et enjeu de la lutte des classes appara&#238;t dans un lien complexe et n&#233;cessaire avec les luttes en entreprises sur la production.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;h.dzyaz0v0auye&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
POURQUOI LA VIE QUOTIDIENNE MAINTENANT ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;h.ciu4ku3acj9b&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans la crise actuelle, pour parvenir sp&#233;cifiquement &#224; comprendre la vie quotidienne comme maintenant lieu de la lutte des classes, il faut passer au pr&#233;alable par quelques points fondamentaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La sp&#233;cificit&#233; historique des crises&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si toutes les crises ont la m&#234;me gen&#232;se et la m&#234;me r&#233;solution (suraccumulation du capital ; d&#233;valorisation / reprise de la valorisation), il n'y a pas une r&#233;alit&#233; de la crise qui serait la suraccumulation du capital et des manifestations parcellaires et illusoires de celle-ci comme, par exemple, l'impossibilit&#233; de r&#233;aliser les marchandises, la p&#233;nurie de cr&#233;dit, l'effondrement mon&#233;taire, etc. Les crises peuvent &#234;tre commerciales, financi&#232;res etc... et s'&#233;tendre d'une sph&#232;re &#224; l'autre. La suraccumulation n'a d'existence effective que dans &lt;i&gt;telle ou telle&lt;/i&gt; crise : commerciale, financi&#232;re, mon&#233;taire, etc., telle qu'elle existe de fa&#231;on historiquement sp&#233;cifi&#233;e et produite. C'est pr&#233;cis&#233;ment parce que l'on peut r&#233;duire toutes les crises &#224; la forme conceptuelle de la suraccumulation du capital et de la baisse tendancielle du taux de profit et parce que cette abstraction est la contradiction en proc&#232;s du surtravail et du travail n&#233;cessaire qu'elles se diff&#233;rencient parce qu'elles sont toutes et toujours une lutte des classes, non comme effet (ou pire &#171; cons&#233;quence de ce que &lt;i&gt;&#231;a va mal&lt;/i&gt; &#187;) mais parce que les crises d&#233;finies comme baisse tendancielle du taux de profit et suraccumulation sont, en-de&#231;&#224; et fondamentalement des luttes de classes. Les crises n'existent concr&#232;tement que dans des formes sp&#233;cifiques et ne se d&#233;roulent, comme lutte des classes, que dans ces formes sp&#233;cifiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut consid&#233;rer que toutes sortes de circonstances peuvent produire un effet de cliquet au niveau de la circulation du capital prise ici comme englobant la continuit&#233; entre production et circulation, il n'y a jamais par nature m&#234;me de la chose, parce qu'elle est le mouvement de la reproduction d'ensemble du rapport entre travail et capital, apparition pure de la suraccumulation du capital et de la baisse du taux de profit. &lt;i&gt;Selon le d&#233;veloppement ant&#233;rieur du mode de production, dans la reproduction, il y a toujours un maillon faible qui c&#232;de en premier, donnant &#224; l'ensemble sa coloration sp&#233;cifique&lt;/i&gt;. Nous verrons plus loin que pour la crise initi&#233;e en 2008, cet effet de cliquet est apparu dans l'identit&#233; entre crise de suraccumulation et de sous-consommation au niveau de la consommation et de la reproduction d'ensemble comme vie quotidienne, du fait de toute la dynamique ant&#233;rieure de l'accumulation qui, au niveau mondial, avait d&#233;connect&#233; la valorisation du capital et la reproduction de la force de travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;h.wzvqtfugbsw7&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La subsomption r&#233;elle du travail sous le capital a une histoire&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La crise/restructuration des ann&#233;es 1970-1980 marque le passage &#224; une deuxi&#232;me phase de la subsomption r&#233;elle. La subsomption r&#233;elle a une histoire parce qu'elle a un principe dynamique qui la forme, la fait &#233;voluer, pose certaines formes du proc&#232;s de valorisation ou de circulation comme des entraves et les transforme. La plus-value relative, qui affecte le proc&#232;s de travail et &lt;i&gt;toutes les combinaisons sociales du rapport entre le prol&#233;tariat et le capital&lt;/i&gt; et cons&#233;quemment des capitaux entre eux, est ce qui permet de poser une continuit&#233; entre les phases de la subsomption r&#233;elle et leur transformation. L'extraction de plus-value relative affecte toutes les combinaisons sociales, du proc&#232;s de travail aux formes politiques de la repr&#233;sentation ouvri&#232;re, en passant par l'int&#233;gration de sa reproduction dans le cycle propre du capital, le r&#244;le du syst&#232;me du cr&#233;dit, la constitution d'un march&#233; mondial sp&#233;cifiquement capitaliste (pas seulement capitaliste marchand), la subordination de la science : le mode de production capitaliste &#171; appara&#238;t v&#233;ritablement comme un mode de production &lt;i&gt;sui generis&lt;/i&gt;&#8230; &#187; (Marx, &lt;i&gt;6&lt;/i&gt;&lt;i&gt;&#232;me&lt;/i&gt;&lt;i&gt; chapitre&lt;/i&gt;, &#233;d. 10/18, p. 218).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Dans la soci&#233;t&#233; bourgeoise achev&#233;e, chaque rapport &#233;conomique en suppose un autre sous sa forme bourgeoise et &#233;conomique, l'un conditionnant l'autre, comme c'est le cas de tout syst&#232;me organique. Ce syst&#232;me organique lui-m&#234;me dans son ensemble, a ses pr&#233;suppositions propres, et son d&#233;veloppement total implique qu'il se subordonne tous les &#233;l&#233;ments constitutifs de la soci&#233;t&#233; &lt;i&gt;ou qu'il cr&#233;e &#224; partir de lui-m&#234;me les organes qui lui font encore d&#233;faut&lt;/i&gt; [nous soulignons]. C'est ainsi qu'il devient historiquement une totalit&#233;. &#187; (Marx, &lt;i&gt;Fondements&lt;/i&gt; &#8230;, &#233;d. Anthropos, t. 1, p. 226).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La subsomption r&#233;elle du travail (donc de la soci&#233;t&#233;) sous le capital est par nature &lt;i&gt;toujours inachev&#233;e&lt;/i&gt;. Il est dans la nature de la subsomption r&#233;elle d'atteindre des points de rupture car elle surd&#233;termine les crises du capital comme &lt;i&gt;inach&#232;vement de la soci&#233;t&#233; capitaliste&lt;/i&gt;. Il est important de poser ce fondement g&#233;n&#233;ral de la subsomption r&#233;elle pour comprendre comment, dans certaines circonstances historiques, la lutte de classes, produite par mais non calque de la contradiction qu'est l'exploitation, peut se cristalliser comme vie quotidienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;h.qlgtoqoc4z0f&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La restructuration des ann&#233;es 1970-1980&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La restructuration qui a accompagn&#233; la crise de la fin des ann&#233;es 1960 jusqu'aux ann&#233;es 1980, a &#233;t&#233; une d&#233;faite ouvri&#232;re, la d&#233;faite de l'identit&#233; ouvri&#232;re, quelles que soient les formes sociales et politiques de son existence (des Partis communistes &#224; l'autonomie ; de l'Etat socialiste aux Conseils ouvriers). Cette identit&#233; reposait dans sa totalit&#233; sur la contradiction qui se d&#233;veloppe dans la premi&#232;re phase de la subsomption r&#233;elle (des ann&#233;es 1920 aux ann&#233;es 1960) entre d'une part la cr&#233;ation et le d&#233;veloppement d'une force de travail mise en &#339;uvre par le capital de fa&#231;on de plus en plus collective et sociale, et d'autre part les formes de l'appropriation par le capital de cette force de travail, dans le proc&#232;s de production imm&#233;diat, et dans le proc&#232;s de reproduction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'agissait dans cette restructuration d'abolir tout ce qui &#233;tait devenu une entrave &#224; la fluidit&#233; de l'auto-pr&#233;supposition du capital. Avec la restructuration achev&#233;e dans les ann&#233;es 1980, la production de plus-value et la reproduction des conditions de cette production co&#239;ncident. La contradiction entre le prol&#233;tariat et le capital a alors pour contenu essentiel son propre renouvellement, d'o&#249; l'identit&#233; entre la constitution du prol&#233;tariat comme classe et sa contradiction avec le capital. La phase ouverte dans les ann&#233;es 1970 est elle-m&#234;me entr&#233;e aujourd'hui dans une crise sp&#233;cifique qui unifie crise de suraccumulation et crise de sous-consommation dans une crise du rapport salarial ouverte avec la crise dite des &#171; subprimes &#187; (2007-2008).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;h.b5ubtkgs399j&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Trois d&#233;terminations de la restructuration des ann&#233;es 1970-1980&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces trois d&#233;terminations sont importantes pour comprendre la suite, c'est-&#224;-dire la caract&#233;risation de classe de la crise &#224; partir de 2007-2008 :&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt;la double d&#233;connexion entre la reproduction de la force de travail et la valorisation du capital avec son corollaire et son effectivit&#233; : la mondialisation comme zonage de l'accumulation &#224; tous les niveaux d'&#233;chelle.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt;l'achat global de la force de travail par le capital.&lt;/li&gt;&lt;li&gt;L'asyst&#233;mie de la revendication salariale.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt;La double d&#233;connexion&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans le capitalisme restructur&#233; (dont nous connaissons actuellement la crise), la reproduction de la force de travail a &#233;t&#233; l'objet d'une &lt;i&gt;double d&#233;connexion&lt;/i&gt;. D'une part d&#233;connexion entre valorisation du capital et reproduction de la force de travail, d'autre part, d&#233;connexion entre la consommation et le salaire comme revenu.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;Pour la premi&#232;re d&#233;connexion : elle appara&#238;t d'abord comme un zonage g&#233;ographique du mode de production capitaliste : des hypercentres capitalistes ; des zones secondes avec des activit&#233;s n&#233;cessitant des technologies interm&#233;diaires, regroupant la logistique et la diffusion commerciale, zones &#224; la limitation floue avec les p&#233;riph&#233;ries consacr&#233;es aux activit&#233;s de montages souvent en sous-traitance ; enfin, zones de crises et &#171; poubelles sociales &#187; dans lesquelles prosp&#232;re tout une &#233;conomie informelle sur des produits l&#233;gaux ou non (parfois strat&#233;giques). Si la valorisation du capital est unifi&#233;e au travers de ce zonage, il n'en est pas de m&#234;me de la reproduction de la force de travail. Ce zonage se doit d'&#234;tre une mise en abyme : chaque niveau d'&#233;chelle, du monde au quartier, reproduit cette tripartition. La disjonction est totale entre la valorisation mondiale unifi&#233;e du capital et la reproduction de la force de travail ad&#233;quate &#224; cette valorisation. Entre les deux, la relation r&#233;ciproque de stricte &#233;quivalence entre production de masse et modalit&#233;s de la reproduction de la force de travail, qui, dans les pays centraux, d&#233;finissait le fordisme, a disparu&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le r&#233;sultat de cette expansion mondiale du mode de production capitaliste (&#8230;)&#034; id=&#034;nh13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La rupture d'une relation n&#233;cessaire entre valorisation du capital et reproduction de la force de travail brise les aires de reproduction coh&#233;rente dans leur d&#233;limitation r&#233;gionale ou m&#234;me nationale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce zonage est entr&#233; en crise, il tend &#224; devenir contre-productif. L'identit&#233;, dans la crise actuelle, entre crise de suraccumulation et de sous-consommation (voir plus loin) signifie que la d&#233;connexion entre valorisation du capital et reproduction de la force de travail est devenue un probl&#232;me. Dans cette identit&#233; de la crise, la d&#233;connexion qui &#233;tait fonctionnelle &#224; une phase du mode de production devient contradictoire &#224; sa propre poursuite. Cette d&#233;connexion &#233;tait un syst&#232;me mondial faisant des Etats-Unis le consommateur en dernier ressort. Toute la g&#233;ographie de la reproduction mondiale du capital et son zonage en abyme se d&#233;lite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour la seconde d&#233;connexion : l'endettement de plus en plus &#233;lev&#233;, favoris&#233; par une politique de taux d'int&#233;r&#234;t bas, permet que les d&#233;penses des &#171; m&#233;nages &#187; augmentent plus vite que leurs revenus. Un tel syst&#232;me de relations entre revenu et consommation est fond&#233; sur d'&#233;normes diff&#233;renciations salariales et les renforce, mais les pauvres ne sont pas oubli&#233;s, comme nous l'a montr&#233; la crise des &lt;i&gt;subprimes&lt;/i&gt; et l'indique la mont&#233;e du surendettement dans tous les pays. Dans la succession des crises financi&#232;res qui, depuis une vingtaine d'ann&#233;es, r&#233;gulent le mode de valorisation actuel du capital, la crise des &lt;i&gt;subprimes&lt;/i&gt; est la premi&#232;re &#224; avoir pour point de d&#233;part non pas des actifs financiers se r&#233;f&#233;rant &#224; des investissements en capital, mais &#224; la consommation des m&#233;nages et plus pr&#233;cis&#233;ment des m&#233;nages les plus pauvres. Toute &#171; sortie de crise &#187; implique une d&#233;valorisation massive de capital et un rel&#232;vement du taux d'exploitation, ce dernier se traduisant entre autres par une compression du salaire. &lt;i&gt;Dans la pr&#233;sente crise, cette compression du salaire &#233;tait d&#233;j&#224; structurellement incluse dans la phase qui l'a pr&#233;c&#233;d&#233;e, c'est pour cela que pour d&#233;signer sp&#233;cifiquement cette crise nous parlerons de crise du rapport salarial&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;b)&lt;/i&gt; Achat global de la force de travail&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mondialement, la classe capitaliste pr&#233;suppose comme &#224; disposition une totalit&#233; de force de travail soit, dans les pays centraux, par son achat global, soit, dans les p&#233;riph&#233;ries, par la destruction toujours &#224; r&#233;p&#233;ter de tout lien entre l'individu et ses moyens de travail et reproduction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les pays centraux, la force de travail est alors pr&#233;suppos&#233;e comme propri&#233;t&#233; du capital, non seulement formellement (le travailleur a toujours appartenu &#224; toute la classe capitaliste avant de se vendre &#224; tel ou tel capital), mais r&#233;ellement en ce que le capital paie, par l'interm&#233;diaire de l'Etat ou d'organismes paritaires, et de plus en plus d'organismes priv&#233;s dont c'est la fonction, sa reproduction individuelle &lt;i&gt;en dehors m&#234;me de sa consommation imm&#233;diate qui pour chaque force de travail est accidentelle&lt;/i&gt;. Quitte &#224; ce que la valeur de cette reproduction soit compl&#233;t&#233;e selon l'usage qu'en fait tel ou tel capitaliste. Le salaire devient non le paiement d'une force individuelle &#224; partir d'elle-m&#234;me, mais une quote-part de la valeur g&#233;n&#233;rale de la force de travail disponible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce syst&#232;me, les Etats des p&#233;riph&#233;ries assurent, par leurs d&#233;penses sociales (modestes) et en infrastructures, ou directement par la coercition, la disponibilit&#233; de la main-d'&#339;uvre pour les cha&#238;nes de valeur des firmes transnationales et leur immense syst&#232;me de sous-traitance. L'&#233;migration et son corollaire les &#171; remises &#187;, de m&#234;me que le commerce dit de &#171; norias &#187;, huilent le syst&#232;me assurant la reproduction d&#233;pendante de soci&#233;t&#233;s d&#233;structur&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A partir des aires centrales, c'est la force de travail mondiale qui est &lt;i&gt;mobilis&#233;e&lt;/i&gt;, le dispositif de l'achat global s'&#233;tend &lt;i&gt;en se diff&#233;renciant&lt;/i&gt; &#224; l'ensemble du monde jusqu'&#224; d&#233;terminer ceux qui doivent plus ou moins survivre tout en participant et assurant la mise en valeur des secteurs &#171; formels &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;c)&lt;/i&gt; L'ill&#233;gitimit&#233; ou l'asyst&#233;mie de la revendication salariale&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la relation salaire / profit / investissement / consommation, le salaire n'est plus un &#233;l&#233;ment de la r&#233;gulation d'ensemble du capitalisme ; il y a d&#233;connexion entre reproduction de la force de travail et valorisation du capital, et d&#233;connexion entre revenu et consommation ; la segmentation de la force de travail devient fonctionnelle &#224; ce r&#233;gime des salaires. On peut ajouter qu'aucune r&#233;surrection des relations salariales telles qu'elles &#233;taient dans les aires centrales du capital ne verra le jour dans le d&#233;veloppement du salariat dans les pays actuellement dits &#171; &#233;mergents &#187;. Dans le cours le plus trivial de la revendication salariale, le prol&#233;tariat voit son existence comme classe s'objectiver comme quelque chose qui lui est &#233;tranger dans la mesure o&#249; le rapport capitaliste lui-m&#234;me le pose &lt;i&gt;en son sein&lt;/i&gt; comme &lt;i&gt;un &#233;tranger&lt;/i&gt;. Bien s&#251;r, le partage de la journ&#233;e de travail entre travail n&#233;cessaire et surtravail est toujours d&#233;finitoire de la lutte des classes. Mais, maintenant, dans la lutte sur ce partage c'est paradoxalement dans ce qui d&#233;finit le prol&#233;tariat, au plus profond de lui-m&#234;me, comme une classe de ce mode de production et rien que cela, qu'appara&#238;t pratiquement et conflictuellement, dans le rapport m&#234;me au capital qui le d&#233;finit comme classe, que son existence de classe devient la limite de sa propre lutte en tant que classe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;h.kbeuv7unw4oz&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La crise actuelle comme identit&#233; entre suraccumulation et sous consommation&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s &#234;tre pass&#233; par ces trois d&#233;terminations du rapport d'exploitation tel qu'issu de la restructuration des ann&#233;es 1970-1980 et la d&#233;finition contradictoire de la revendication salariale (et du mode d'existence m&#234;me du salaire), nous pouvons en arriver &#224; la caract&#233;risation de la sp&#233;cificit&#233; historique de la crise de 2007-2008. Nous la qualifions comme identit&#233; de la suraccumulation et de la sous-consommation et par l&#224; comme crise du rapport salarial&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;En ce qui concerne la th&#233;orie des crises, le marxisme s'est scind&#233; en deux (&#8230;)&#034; id=&#034;nh14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La crise actuelle a &#233;clat&#233; parce que des prol&#233;taires n'ont plus pu payer leurs cr&#233;dits. Elle a &#233;clat&#233; de par le rapport salarial m&#234;me qui fondait la financiarisation de l'&#233;conomie capitaliste : compression des salaires n&#233;cessaire &#224; la &#171; cr&#233;ation de valeur &#187; ; concurrence mondiale de la main-d'&#339;uvre. C'est le rapport salarial qui est maintenant au c&#339;ur de la crise actuelle. La crise actuelle est le d&#233;but de la phase de renversement des d&#233;terminations et de la dynamique du capitalisme tel qu'il &#233;tait sorti de la restructuration des ann&#233;es 1970-1980. Ce qui &#233;clate maintenant et se retourne en entraves et vecteurs de la baisse tendancielle du taux de profit, c'est pr&#233;cis&#233;ment ce qui avait fait la dynamique du syst&#232;me (l'intrication de la financiarisation du capital productif et de la double d&#233;connexion de la reproduction de la force de travail).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les prol&#233;taires ne consomment jamais une partie de la plus-value, comme le sous-entendent les th&#233;ories sous-consommationnistes qui opposent la baisse ou la stagnation des salaires &#224; la r&#233;alisation de la plus-value croissante qui en est le r&#233;sultat. Le secret r&#233;side dans la trop grande transformation de la plus-value en capital constant par laquelle la production augmente en masse, alors que le taux de profit baisse tendanciellement, ainsi que la capacit&#233; de consommation de la soci&#233;t&#233;. &#171; On produit p&#233;riodiquement trop de moyens de travail et de subsistances pour pouvoir les faire fonctionner comme moyens d'exploitation des ouvriers &#224; un certain taux de profit. On produit trop de marchandises pour pouvoir r&#233;aliser et reconvertir en capital neuf la valeur et la plus-value qu'elles rec&#232;lent &lt;i&gt;dans les conditions de distribution et de consommation impliqu&#233;es par la production capitaliste&lt;/i&gt; [soulign&#233; par nous], c'est-&#224;-dire pour accomplir ce proc&#232;s sans explosions se r&#233;p&#233;tant sans cesse. &#187; (&lt;i&gt;Le Capital&lt;/i&gt;, t. 6, &#233;d. Sociales, p. 270).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La consommation ouvri&#232;re est bloqu&#233;e, par rapport &#224; la production croissante, parce que trop de plus-value a &#233;t&#233; transform&#233; en capital constant proportionnellement &#224; sa transformation en force de travail suppl&#233;mentaire ou en croissance des revenus (en fin de compte la production de moyens de production ne peut jamais qu'&#234;tre au service de la consommation finale) ; trop de plus-value a &#233;t&#233; transform&#233;e en capital constant parce que le but de la production capitaliste est la production maximale de plus-value et la r&#233;duction relative de la consommation ouvri&#232;re. Cette r&#233;duction bloque alors la reproduction du capital. La transformation d'une plus-value accrue en capital additionnel est simultan&#233;ment bloqu&#233;e, d'une part, par la faiblesse du degr&#233; d'augmentation de l'exploitation qui pourrait en r&#233;sulter et, d'autre part, par le degr&#233; d&#233;j&#224; atteint de la r&#233;duction de la consommation ouvri&#232;re qui ne pourrait se poursuivre que par une acc&#233;l&#233;ration de la transformation de plus-value en capital.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pour un expos&#233; critique des th&#232;ses de Paul Mattick, voir Too much monkey (&#8230;)&#034; id=&#034;nh15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est une crise du rapport salarial : comme capacit&#233; de valorisation du capital, et, corollairement, comme capacit&#233; de reproduction de la classe ouvri&#232;re. C'est pour ne pas laisser les formes d'apparition au bord du chemin et pour sp&#233;cifiquement d&#233;signer la crise actuelle qu'il est n&#233;cessaire d'unifier la th&#233;orie des crises. Il s'agit d'une crise o&#249; s'affirme l'identit&#233; de la suraccumulation et de la sous-consommation, crise du rapport salarial et de l'implication r&#233;ciproque entre le travail et le capital. Si, dans cette crise, le prol&#233;tariat se trouve confront&#233; contre et dans le mode de production capitaliste &#224; ses propres existence et action en tant que classe comme limite &#224; d&#233;passer, cette m&#234;me crise du rapport salarial devient crise de la soci&#233;t&#233; salariale et de la l&#233;gitimit&#233; de l'Etat. C'est ainsi que, dans la confusion, elle s'ouvre &#224; la vie quotidienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;h.q0a9irsgoo4v&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;DE LA CRISE DU RAPPORT SALARIAL A CELLE DE LA SOCIETE SALARIALE ET A LA VIE QUOTIDIENNE&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;h.yp11nqibz0d2&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La soci&#233;t&#233; salariale&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au d&#233;but des ann&#233;es 2010, quelque chose bascule. La crise de la dette publique entra&#238;ne dans tous les pays centraux une accentuation des mesures d'aust&#233;rit&#233;, la pression fiscale se renforce, l'ascension sociale par les &#233;tudes devient un leurre surann&#233;, le ch&#244;mage et la pr&#233;carit&#233; se d&#233;veloppent, tout cela touchant aussi des cat&#233;gories jusque-l&#224; plus ou moins &#233;pargn&#233;es : les classes moyennes. Le champ de la lutte des classes s'&#233;largit du &lt;i&gt;rapport salarial&lt;/i&gt; &#224; la &lt;i&gt;soci&#233;t&#233; salariale&lt;/i&gt;. La soci&#233;t&#233; salariale c'est un continuum de positions et de comp&#233;tences dans lequel les rapports de production capitalistes ne sont v&#233;cus que comme des &lt;i&gt;rapports de distribution&lt;/i&gt; et au niveau des formes d'apparition (voir plus loin). L'exploitation devient un partage injuste des richesses et les classes sociales le rapport entre riches et pauvres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les formes de la distribution s'autonomisent comme objet de la lutte de classe, un tel point de vue est naturel dans la soci&#233;t&#233; capitaliste et se trouve en outre confort&#233; par les formes socialis&#233;es du salaire. Dans les formes socialis&#233;es du salariat, c'est pour l'ensemble de la soci&#233;t&#233; qu'il appara&#238;t que la distribution pr&#233;c&#232;de la production. En &#233;rigeant la distribution en p&#244;le absolu de la soci&#233;t&#233;, c'est-&#224;-dire celui qui en d&#233;termine toutes les divisions et les luttes, on se condamne &#224; en accepter toutes les lois, car on a pris ce qui n'est que &#171; l'envers de la production &#187; pour l'ensemble des rapports sociaux capitalistes. La soci&#233;t&#233; salariale, c'est l'existence de cet &#171; envers &#187; devenue &#171; l'ensemble des rapports sociaux &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;h.oiblddfea56r&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Rapports de production / rapports de distribution : d&#233;l&#233;gitimation de l'Etat&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Partout, avec la soci&#233;t&#233; salariale, il s'agit de &lt;i&gt;politique&lt;/i&gt; et de &lt;i&gt;distribution&lt;/i&gt;. Comme &lt;i&gt;prix du travail&lt;/i&gt;, le salaire en appelle &#224; l'injustice de la &lt;i&gt;distribution&lt;/i&gt;, c'est normal. L'injustice de la distribution a un responsable qui a &#171; failli &#224; sa mission &#187; : &lt;i&gt;l'Etat&lt;/i&gt;. Quand la crise du rapport salarial devient un mouvement interclassiste comme crise de la soci&#233;t&#233; salariale, cette derni&#232;re est une d&#233;l&#233;gitimation du politique d&#233;nonc&#233; au nom d'une vraie politique &lt;i&gt;nationale&lt;/i&gt;. L'enjeu qui est partout pos&#233; au c&#339;ur des luttes de cette s&#233;quence de la crise est celui de la l&#233;gitimit&#233; de l'Etat vis-&#224;-vis de &lt;i&gt;sa soci&#233;t&#233;&lt;/i&gt;. Les transformations du march&#233; du travail, des modalit&#233;s de mobilisation et d'exploitation de la force de travail, les formes de la mondialisation dans la double d&#233;connexion que nous avons &#233;voqu&#233;e caract&#233;risant le mode de production capitaliste tel qu'il est maintenant entr&#233; en crise, ont &#233;galement &#233;t&#233; une restructuration de l'Etat. Restructuration que l'on peut, &#224; la suite de Saskia Sassen (&lt;i&gt;La Globalisation, une Sociologie&lt;/i&gt;, &#233;d. Gallimard, et &lt;i&gt;Critique de l'Etat&lt;/i&gt;, &#233;d. Le Monde diplomatique&lt;i&gt;)&lt;/i&gt;, qualifier de &#171; &lt;i&gt;d&#233;nationalisation de l'Etat&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce processus de d&#233;nationalisation institutionnelle au sein de l'Etat national signifie une tension entre d'une part l'ancrage de la globalisation dans les institutions et les territoires nationaux et, d'autre part, un syst&#232;me de droit et d'administration qui avait mis en place l'autorit&#233; exclusive nationale et territoriale de l'Etat national. Les structures du global investissent et d&#233;nationalisent en partie ce qui a &#233;t&#233; historiquement con&#231;u et institutionnalis&#233; comme national. La d&#233;nationalisation des capacit&#233;s &#233;tatiques est une insertion de projets globaux dans les Etats-nations (politiques mon&#233;taires, commerciales, fiscales, de protection sociale ou environnementale). A l'inverse de la &#171; d&#233;nationalisation &#187; les politiques keyn&#233;siennes &#233;taient une illustration de ce que Sassen appelle &#171; &lt;i&gt;le national int&#233;gr&#233;&lt;/i&gt; &#187; : combinaison d'&#233;conomie nationale, de consommation nationale, de formation et &#233;ducation de main-d'&#339;uvre nationale et ma&#238;trise de la monnaie et du cr&#233;dit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la crise de la soci&#233;t&#233; salariale, les luttes qui se d&#233;roulent alors autour de la distribution d&#233;signent l'Etat comme le responsable de l'injustice. Cet Etat, c'est &lt;i&gt;l'Etat d&#233;nationalis&#233;&lt;/i&gt;, l'Etat de la double d&#233;connexion, travers&#233; par et agent de la mondialisation. M&#234;me si cela caract&#233;rise en premier lieu les Etats centraux, cela affecte, dans le cadre de leurs caract&#233;ristiques, les pays &#171; p&#233;riph&#233;riques &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;h.nxyz5clt1amh&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Diversit&#233; de la conjugaison de tous ces &#233;l&#233;ments&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut consid&#233;rer le moment actuel des luttes de classes comme simultan&#233;ment unifi&#233; dans son principe et selon le m&#234;me principe absolument divers. Mondialement, la situation actuelle est le r&#233;sultat diversifi&#233; du faisceau des &#233;l&#233;ments &#233;nonc&#233;s selon leur pr&#233;gnance et leur densit&#233; : dictature de la subsomption r&#233;elle sur la soci&#233;t&#233;, profondeur de la crise dans son identit&#233; (suraccumulation / sous-consommation), d&#233;nationalisation et d&#233;l&#233;gitimation de l'Etat, asyst&#233;mie de la revendication, zonage de la mondialisation, d&#233;connexions de la force de travail. Les luttes de classes se jouent dans le &#171; dosage &#187;, les modalit&#233;s sp&#233;cifiques r&#233;gionales, nationales, locales, d'articulation et de hi&#233;rarchie de ces &#233;l&#233;ments, parce que la mondialisation est un syst&#232;me &#224; d&#233;veloppement in&#233;gal de mobilisation et d'exploitation de la force de travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La &lt;i&gt;vie quotidienne &lt;/i&gt;est alors le lieu o&#249; se nouent toutes les instances de la &lt;i&gt;reproduction&lt;/i&gt;,&lt;i&gt; &lt;/i&gt;mais aussi le lieu o&#249; toutes ces instances ne se pr&#233;sentent pas dans leur hi&#233;rarchie th&#233;orique et d&#233;terminative entre la &#171; base &#233;conomique &#187; et les &#171; superstructures &#187;. Les &#171; surd&#233;terminations &#187; sont la chair de la vie quotidienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En r&#233;sum&#233;, la contradiction entre le prol&#233;tariat et le capital s'est nou&#233;e, dans les ann&#233;es 1970-1980, au niveau de la reproduction et de l'autopr&#233;supposition du rapport entre les classes. La configuration de la subsomption r&#233;elle s'est alors d&#233;velopp&#233;e comme mondialisation dont la v&#233;rit&#233; ne r&#233;side pas dans la simple consid&#233;ration de l'extension g&#233;ographique du mode de production, mais dans la construction m&#234;me de cette extension qu'anime la double d&#233;connexion entre la reproduction de la force de travail et la valorisation du capital. C'est l&#224; que se situe le passage &#224; la vie quotidienne, c'est-&#224;-dire dans la s&#233;paration entre d'une part la valorisation et l'accumulation du capital et, d'autre part, la &lt;i&gt;d&#233;mocratie sociale&lt;/i&gt; (welfare, organes de la soci&#233;t&#233; civile, participation politique) qui souvent, pour le meilleur ou pour le pire met en forme les luttes se cristallisant dans la vie quotidienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La crise actuelle, comme crise de la double d&#233;connexion entre la reproduction de la force de travail et la valorisation du capital, comme crise du zonage mondial et de la mise en abyme qui lui est li&#233;e ; comme asyst&#233;mie de la revendication salariale ; comme identit&#233; de la crise de suraccumulation et de sous-consommation, est, pour l'heure, une crise du rapport salarial tant comme capacit&#233; de valorisation du capital que r&#233;ciproquement comme capacit&#233; de reproduction de la classe ouvri&#232;re. De crise du rapport salarial, elle est devenue crise de la soci&#233;t&#233; salariale avec les effets possibles d'une surd&#233;termination des rapports de production par les rapports de distribution, surd&#233;termination s'articulant sur les m&#233;tamorphoses n&#233;cessaires des rapports de production dans leur reproduction (voir plus loin).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il nous faut ajouter ici une nouvelle d&#233;termination de cette crise qui r&#233;sulte des caract&#233;ristiques pr&#233;c&#233;demment &#233;nonc&#233;es. Revenons au Livre II du &lt;i&gt;Capital&lt;/i&gt; &#171; Le proc&#232;s de la circulation du capital &#187;. Entre la d&#233;couverte exalt&#233;e de la m&#233;canique de l'exploitation dans le Livre I et le d&#233;voilement dans leur v&#233;rit&#233; de toutes les formes de la reproduction du mode de production dans le Livre III, le Livre II est souvent n&#233;glig&#233; parce que souvent r&#233;barbatif. Le proc&#232;s cyclique du capital peut &#234;tre d&#233;compos&#233; et repr&#233;sent&#233; par trois figures : le cycle du capital argent, le cycle du capital productif, le cycle du capital marchandise. &#171; Dans un cycle en rotation permanente, chaque point est &#224; la fois point de d&#233;part et point de retour. Si nous interrompons la rotation, tous les points de d&#233;part ne sont pas des points de retour. [&#8230;] La reproduction du capital sous chacune de ses formes et &#224; chacun de ses stades est aussi ininterrompue que les m&#233;tamorphoses de ces formes et leur d&#233;roulement successif &#224; travers les trois stades. Le cycle total est donc ici l'unit&#233; effective de ses trois formes. [&#8230;] Le cycle total se pr&#233;sente, pour chaque forme fonctionnelle du capital&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Il n'est pas sans importance de rappeler que, dans le Livre III, chacune de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, comme &#233;tant son cycle sp&#233;cifique, et le fait est que chacun de ces cycles conditionne la continuit&#233; du proc&#232;s total. La rotation d'une forme fonctionnelle conditionne l'autre. Il est indispensable pour le proc&#232;s de production total, en particulier pour le capital social, qu'il soit en m&#234;me temps proc&#232;s de reproduction, et par cons&#233;quent cycle de chacun de ses moments. [&#8230;] Les formes sont donc des formes fluides, et leur simultan&#233;it&#233; est l'&#339;uvre de leur succession. &#187; (Marx, &lt;i&gt;Le Capital&lt;/i&gt;, &#233;d. Sociales 1960, t. 4, pp. 93-96). La crise actuelle, r&#233;sultant de la restructuration des ann&#233;es 1970-1980, est une s&#233;rie de discordance dans ce processus. Son existence duelle de crise de suraccumulation et de sous-consommation, la double d&#233;connexion, l'asyst&#233;mie de la revendication salariale, la mise en abyme de la mondialisation, la financiarisation du capital productif ont amen&#233; &#224; une rupture entre les rythmes de chacune de ces figures du proc&#232;s cyclique. Les trois rythmes du capital deviennent incompatibles entre eux, la crise est une &#171; arythmie &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pour l'analyse de toutes les discordances induites par cette &#171; arythmie &#187;, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Dans &lt;i&gt;TC&lt;/i&gt; 22 (&lt;i&gt;Too much monkey business&lt;/i&gt;), puis dans &lt;i&gt;TC&lt;/i&gt; &lt;i&gt;23&lt;/i&gt; (&lt;i&gt;Lectures de la crise&lt;/i&gt;), c'est dans le caract&#232;re duel de la crise et la double d&#233;connexion que pointe l'origine de cette &#171; arythmie &#187; dans laquelle se d&#233;terminent les effets de cliquet que nous &#233;voquions pr&#233;c&#233;demment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'int&#233;r&#234;t, pour notre propos, de cette analyse en termes d' &#171; arythmie &#187; des figures du cycle total du capital est de pr&#233;senter la crise &lt;i&gt;imm&#233;diatement&lt;/i&gt; comme une crise de la reproduction g&#233;n&#233;rale de la soci&#233;t&#233; capitaliste impliquant, non par voie de cons&#233;quence mais en eux-m&#234;mes, tous les niveaux de cette reproduction, en la bouleversant. C'est une sorte de d&#233;r&#232;glement de la reproduction et la question est alors celle de la r&#233;organisation ou non des &#233;l&#233;ments dans leur relation et ordre convenus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toutes ces caract&#233;ristiques de la crise ne sont pas des circonstances colorant une contradiction invariante comme la baisse du taux de profit. Ce dernier point fait de la relation entre rapports de distribution et rapports de production (d'o&#249; l'articulation entre f&#233;tichisme, id&#233;ologie, sujet et vie quotidienne) une d&#233;termination sp&#233;cifique dans la crise actuelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;h.mfxrmb1q5ppn&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Rapports de production et rapports de distribution&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;{{}}&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les rapports de distribution c'est la relation f&#233;tichiste des revenus &#224; leur source comme facteur autonome, cette relation est inh&#233;rente au mode de production et aux rapports de production. Relation f&#233;tichiste en ce qu'elle lie le travail &#224; une certaine fraction de la valeur produite, alors que le travail (producteur de valeur, substance de la valeur) cr&#233;e tout autant les autres fractions de la valeur distribu&#233;e (profit, int&#233;r&#234;t, rente). Qu'est-ce que le travail salari&#233; comme &lt;i&gt;rapport de production&lt;/i&gt; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Ainsi, tandis que l'ouvrier reproduit ses produits comme capital, le capitaliste reproduit l'ouvrier comme salari&#233;, c'est-&#224;-dire comme vendeur de son propre travail. Le rapport entre simples vendeurs de marchandises impliquerait qu'ils &#233;changent &lt;i&gt;leurs&lt;/i&gt; &lt;i&gt;propres &lt;/i&gt;travaux incorpor&#233;s dans des valeurs d'usage diff&#233;rentes. L'achat-vente de la force de travail, comme r&#233;sultat constant de la production capitaliste implique, au contraire, que l'ouvrier rach&#232;te constamment une fraction de son propre produit, en &#233;change de son travail vivant. C'est ainsi que &lt;i&gt;s'&#233;vanouit&lt;/i&gt; l'apparence du simple &lt;i&gt;rapport&lt;/i&gt; entre &lt;i&gt;possesseurs de marchandises&lt;/i&gt; ; l'acte constant d'achat-vente de la force de travail et la perp&#233;tuelle confrontation de la marchandise produite par l'ouvrier et de lui-m&#234;me comme acheteur de sa capacit&#233; de travail et comme capital variable ne sont que des formes qui m&#233;diatisent son assujettissement au capital, le travail vivant n'&#233;tant qu'un simple moyen de conservation et d'accroissement du travail &lt;i&gt;objectiv&#233;&lt;/i&gt;, devenu autonome face &#224; lui. La forme de m&#233;diation inh&#233;rente au mode de production capitaliste sert donc &#224; perp&#233;tuer le rapport entre le capital qui ach&#232;te le travail, et l'ouvrier qui le vend. [...] Elle &lt;i&gt;masque&lt;/i&gt; sous le simple rapport mon&#233;taire, la transaction v&#233;ritable et la d&#233;pendance perp&#233;tu&#233;e gr&#226;ce &#224; la m&#233;diation de l'acte vente-achat qui se renouvelle constamment. Ce rapport reproduit sans cesse, non seulement les conditions de ce trafic, mais encore ses r&#233;sultats, &#224; savoir ce que l'un ach&#232;te et ce que l'autre vend. Le perp&#233;tuel renouvellement de ce rapport &lt;i&gt;d'achat-vente&lt;/i&gt; ne fait que m&#233;diatiser la continuit&#233; du rapport sp&#233;cifique de d&#233;pendance, en lui donnant l'apparence &lt;i&gt;mystificatrice&lt;/i&gt; d'une transaction, d'un contrat entre &lt;i&gt;possesseurs de&lt;/i&gt; &lt;i&gt;marchandises&lt;/i&gt; dot&#233;s de droits &#233;gaux et pareillement libres l'un en face de l'autre. Ainsi, le rapport initial devient lui-m&#234;me un moment immanent de la domination du travail vivant par le travail objectiv&#233; qui s'est instaur&#233;e avec la production capitaliste &#187; (Marx, &lt;i&gt;Chapitre in&#233;dit&lt;/i&gt;, &#233;d. 10/18, pp. 262-263).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;{{}}En bref, ce n'est pas en tant qu'&#233;changistes que prol&#233;taires et capitalistes se font face, mais en tant que p&#244;les d'un rapport social, en tant que classes. Si on relie, comme cela se passe dans les rapports de distribution, le travail au salaire, il est alors tout aussi l&#233;gitime de lier capital et profit ou int&#233;r&#234;t, terre et rente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela a de grandes cons&#233;quences en ce qui concerne la compr&#233;hension et le cours r&#233;el de la lutte des classes, mais cela ne la masque pas, c'est non seulement son existence de tous les jours mais le terrain de son d&#233;passement comme &#171; existence de tous les jours &#187;. La lutte des classes, comme lutte entre&lt;i&gt; &#171; propri&#233;taires d'une source de revenu &#187;&lt;/i&gt;, conforte&lt;i&gt; &lt;/i&gt;l'illusion de la distribution, les agents de la production en sont &lt;i&gt;prisonniers,&lt;/i&gt; ajoute Marx. Il est exact que ce sont toujours les rapports de distribution qui sont au-devant, en premier, parce que les individus partent toujours de leur existence, de leur vie quotidienne, de leurs revenus, c'est-&#224;-dire des rapports de distribution, du f&#233;tichisme v&#233;cu comme un &#171; destin &#187;. Mais &lt;i&gt;les rapports de production ne sont pas tr&#232;s loin&lt;/i&gt; de cela. Il y a jeu et non dichotomie entre rapports de production et rapports de distribution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les int&#233;r&#234;ts particuliers poursuivis par chaque classe n'existent que dans leur modulation &#224; l'int&#233;rieur de la configuration g&#233;n&#233;rale de la contradiction &#224; un moment particulier. Dans l'intrication de tous les niveaux de la reproduction &lt;i&gt;dont l'interclassisme est un sympt&#244;me&lt;/i&gt;, les mouvements sociaux qui, sur la base du salaire comme rapport de distribution, se cristallisent maintenant sur la l&#233;gitimit&#233; de l'Etat vis-&#224;-vis de sa soci&#233;t&#233;, d&#233;signent simultan&#233;ment le salaire comme prix du travail, forme de r&#233;partition, et, de par la m&#234;me g&#233;n&#233;ralit&#233;, tous les revenus comme d&#233;pendants du travail, ceux du profit, de l'int&#233;r&#234;t, de la rente. Le salaire comme &lt;i&gt;prix du travail&lt;/i&gt; peut d&#233;signer alors dans une lutte ce qu'il cache : le salaire comme &lt;i&gt;valeur de la force de travail&lt;/i&gt;, travail n&#233;cessaire, et tous les autres revenus comme formes transform&#233;es du surtravail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet : &#171; Le produit se divise d'une part en capital et d'autre part en revenus. L'un de ces revenus, le salaire, ne prend jamais la forme de revenu, revenu de l'ouvrier, qu'apr&#232;s avoir &lt;i&gt;affront&#233;&lt;/i&gt; [soulign&#233; par nous] ce m&#234;me ouvrier sous &lt;i&gt;forme de capital&lt;/i&gt; [soulign&#233; dans le texte]. La confrontation des moyens de travail cr&#233;&#233;s et des produits du travail en g&#233;n&#233;ral en tant que capital avec les producteurs directs implique d'embl&#233;e un certain caract&#232;re social des moyens mat&#233;riels du travail par rapport aux ouvriers qui, dans la production elle-m&#234;me, se trouvent ainsi plac&#233;s dans un rapport d&#233;fini avec les possesseurs de ces moyens de travail et avec les autres ouvriers. &#187; (&lt;i&gt;Le Capital&lt;/i&gt;, &#233;d. Sociales, t. 8, p. 253). Que signifie &#171; qu'apr&#232;s avoir &lt;i&gt;affront&#233;&lt;/i&gt; ce m&#234;me ouvrier sous &lt;i&gt;forme de capital&lt;/i&gt; &#187; ? Cela signifie que la valeur produite comme &#233;quivalent du salaire fait face &#224; l'ouvrier comme capital &lt;i&gt;variable&lt;/i&gt;, c'est-&#224;-dire est une quantit&#233; de valeur changeante du fait de l'achat de la force de travail, c'est-&#224;-dire assignation &#224; la production de plus-value, donc rapports de production. Nous avons l&#224; le fondement m&#234;me par lequel les rapports de distribution peuvent d&#233;signer les rapports de production, et comment cette d&#233;signation distingue des positions de classe diff&#233;rentes &#224; l'int&#233;rieur d'un mouvement qui, sur la base de la distribution, peut &#234;tre commun.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le cadre sp&#233;cifique de la restructuration des ann&#233;es 1970-1980 puis, maintenant, de sa crise, les rapports de distribution &lt;i&gt;sont devenus dominants en tant que surd&#233;termination n&#233;cessaire des rapports de production&lt;/i&gt;. Si c'est par l&#224; que la vie quotidienne est devenue le lieu et l'enjeu confus de la lutte des classes, il ne faut pas attendre l'&#233;mergence de la derni&#232;re instance qui remettrait tout en ordre. C'est dans cette confusion des luttes et la multiplicit&#233; des contradictions qui s'y nouent qu'il faut penser la possibilit&#233; de la r&#233;volution comme communisation ; non comme un pis-aller mais comme &lt;i&gt;son opportunit&#233; m&#234;me&lt;/i&gt;. Les rapports de production et les rapports de distribution ne sont pas des instances exclusives l'une de l'autre. Si les classes et les d&#233;terminations de leurs luttes prennent racines dans les rapports de production, elles sont loin d'en &#234;tre le calque. Il ne faut jamais confondre les deux aspects du concept d'&#233;conomie : d'une part, comme objectivit&#233; &#224; reproduire et, d'autre part, comme rapports de production et par l&#224; de reproduction de cette objectivit&#233;. Toute la lutte des classes (c'est-&#224;-dire leur constitution) se d&#233;roule dans la relation et la dynamique incluses dans cette dualit&#233; de l'&#233;conomie. &lt;i&gt;C'est l&#224; que la vie quotidienne peut maintenant, dans ce moment historique particulier, devenir le lieu et l'enjeu de la lutte des classes&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est &#224; partir du jeu entre rapports de production et rapports de distribution (o&#249; l'on retrouve la reproduction, le f&#233;tichisme, l'id&#233;ologie, le sujet, etc.) que l'on peut d&#233;terminer en quoi la vie quotidienne est le lieu o&#249; se nouent les contradictions de classes et de genre sous l'ensemble de leurs d&#233;terminations et de leurs formes d'apparition dont chacune est alors trait&#233;e sp&#233;cifiquement. C'est ainsi que les hommes, les femmes, les prol&#233;taires, comme sujets id&#233;ologiques&lt;strong&gt; &lt;/strong&gt;(&#171; sujets id&#233;ologiques &#187;, presqu'un pl&#233;onasme)&lt;strong&gt;, &lt;/strong&gt;peuvent se d&#233;barrasser de toute la pourriture qui leur colle &#224; la peau et les constitue comme tels.&lt;strong&gt; &lt;/strong&gt;Les rapports de production sont conserv&#233;s et d&#233;sign&#233;s par les rapports de distribution, mais tels que ces derniers, tout en en d&#233;pendant, les travaillent et les configurent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; En fait, les rapports et modes de distribution sont tout bonnement &lt;i&gt;l'envers des agents de la production&lt;/i&gt; : l'individu qui contribue &#224; la production par son travail salari&#233; participe sous le mode du salaire &#224; la distribution des produits cr&#233;&#233;s dans la production. La structure de la distribution est enti&#232;rement d&#233;termin&#233;e par celle de la production. &#187; (Marx, &lt;i&gt;Fondements de la critique de l'&#233;conomie politique&lt;/i&gt;, &#233;d. Anthropos, t. 1, pp. 24-25). Mais, il ne s'agit pas de confondre les deux. Actuellement, dans la vie quotidienne, les formes de la distribution s'autonomisent des rapports de production comme objet de la lutte de classe, jusque dans les niveaux et modalit&#233;s de la consommation qui, dans leur sp&#233;cificit&#233;, les &lt;i&gt;reproduisent&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb18&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Ainsi, l'appropriation finale par les individus dans le proc&#232;s de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh18&#034;&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. La consommation reproduit l'individu sous une forme d&#233;termin&#233;e &#171; non seulement en tant qu'organisme imm&#233;diat, mais dans des rapports sociaux d&#233;termin&#233;s. &#187; (Marx, &lt;i&gt;Fondements&lt;/i&gt; &#8230;, &#233;d. Anthropos, t. 2, note p. 235).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est au travers de la relation entre rapports de production et rapports de distribution, sous la domination des rapports de distribution, que la question de l'Etat, de la nation et de la citoyennet&#233; est pos&#233;e &#224; l'int&#233;rieur de la vie quotidienne. On pourrait prendre l'exemple grec pour montrer comment se sont connect&#233;es lutte des classes, politique, vie quotidienne et citoyennet&#233; dans les &#171; Assembl&#233;es de quartier &#187; (cf. Th&#233;o Cosme, &lt;i&gt;La cigarette sans cravate, Syriza, la dette, le boutiquier et les luttes de classes en Gr&#232;ce&lt;/i&gt;, &#233;d. Senonevero, 2016).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La nationalisation des luttes marque la &#171; s&#233;quence particuli&#232;re &#187; qui s'ouvre dans les ann&#233;es 2010 quand le champ de la lutte des classes s'&#233;largit de la crise du rapport salarial &#224; celle de la soci&#233;t&#233; salariale. Partout, il ne s'agit plus que de politique et de distribution. Face &#224; un Etat qui a &#171; failli &#224; sa mission &#187;, il s'agit de restaurer une vraie politique nationale ; la citoyennet&#233; devient le drapeau et l'id&#233;ologie sous lesquels les diff&#233;rentes classes m&#232;nent leurs luttes, parfois ensemble et non sans conflits. Mais, si la citoyennet&#233; est une abstraction, elle est une id&#233;ologie sous laquelle op&#232;rent des pratiques relatives &#224; des enjeux bien concrets et imm&#233;diats, ceux de la vie quotidienne, elle r&#233;f&#232;re &#224; des contenus pr&#233;cis : plein emploi, famille, ordre-proximit&#233;-s&#233;curit&#233;, travail, &#233;ducation, sant&#233;, appartenance locale et nation. L'apparition de la figure universelle du citoyen est ins&#233;parable de la s&#233;paration du travailleur et de ses conditions par laquelle la communaut&#233; acquiert dans l'Etat une existence ind&#233;pendante. La &#171; vie politique &#187; fait partie de la vie quotidienne et l'existence ind&#233;pendante de la communaut&#233; est absolument corollaire de son pendant : l'individu comme sujet&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb19&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Si ce processus d'accession de l'individu &#224; l'&#171; universalit&#233; &#187; semble aller (&#8230;)&#034; id=&#034;nh19&#034;&gt;19&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. La lutte des classes c'est, au jour le jour, le rapport constamment &#224; reproduire du travailleur &#224; ses conditions de reproduction&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;h.crju138my17y&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vie quotidienne et conjoncture (retour sur les luttes de la production &#224; la reproduction)&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour concevoir actuellement la vie quotidienne comme le lieu de cristallisation des luttes de classes il faut partir de la sp&#233;cificit&#233; de la situation pr&#233;sente : la restructuration des ann&#233;es 1970-1980, la fin de l'identit&#233; ouvri&#232;re qui change compl&#232;tement le rapport &#224; la vie quotidienne&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb20&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir &#224; ce sujet, principalement en ce qui concerne la rupture (&#8230;)&#034; id=&#034;nh20&#034;&gt;20&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, la sp&#233;cificit&#233; de la crise depuis 2008, la crise du rapport salarial devenant &#171; crise de la soci&#233;t&#233; salariale &#187;, la double d&#233;connexion, la particularit&#233; de &#171; revendiquer pour le salaire &#187;, devenu une sorte de tabou.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;conomie (forme transform&#233;e/objectiv&#233;e des rapports de production) est le concept g&#233;n&#233;ral de l'autonomisation de toutes les conditions de la production et de la reproduction, l'&#233;conomie n'existe alors qu'en relation et poss&#233;dant son corollaire (son autre), la vie quotidienne. Du fait que la contradiction entre le prol&#233;tariat et le capital se situe au niveau de la reproduction et que la crise de cette phase de la subsomption r&#233;elle est une identit&#233; entre suraccumulation et sous-consommation, la d&#233;termination de l'un par l'autre (de la vie quotidienne par l'&#233;conomie) devient le contenu d'une configuration de la lutte des classes qui inverse la relation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Maintenant, la synth&#232;se des dynamiques &#224; l'&#339;uvre se situe pr&#233;cis&#233;ment dans ce &lt;i&gt;point de rupture&lt;/i&gt; consistant pour le prol&#233;tariat dans sa contradiction avec le capital &#224; franchir ce &#171; plancher de verre &#187; que constitue la production pour les mouvements sociaux se constituant au niveau de la reproduction et, pour les luttes revendicatives, aussi violentes qu'elles puissent &#234;tre, &#224; d&#233;passer leur caract&#232;re revendicatif, &#224; franchir un &#171; plafond de verre &#187;. Pour une lutte revendicative se d&#233;passer en tant que telle, c'est situer la contradiction entre les classes &lt;i&gt;au niveau de sa reproduction&lt;/i&gt;. Il est vrai que le principal r&#233;sultat du proc&#232;s de production c'est le renouvellement de la s&#233;paration du travail et du capital. Mais cela ne va pas sans inclure l'existence de la circulation et de l'&#233;change et l'activit&#233; de &lt;i&gt;toutes les instances du mode de production&lt;/i&gt; dont l'Etat. De fa&#231;on un peu provocatrice, on pourrait &#233;crire que le prol&#233;tariat doit perdre sa puret&#233; pour se nier. C'est ainsi, &lt;i&gt;&#224; partir du proc&#232;s de production mais dans des pratiques qui l'exc&#232;dent&lt;/i&gt;, c'est-&#224;-dire dans la vie quotidienne avec toutes ses &#171; ambig&#252;it&#233;s &#187;, qu'est pos&#233;e et reconnue pratiquement l'appartenance de classe comme une contrainte ext&#233;rieure impos&#233;e par le capital, &lt;i&gt;c'est-&#224;-dire impos&#233;e comme reproduction&lt;/i&gt;. Il est impossible de d&#233;terminer dans quel sens la &#171; jonction &#187; peut se faire, d'autant plus qu'il ne peut s'agir de &#171; jonction &#187;, mais &#224; partir de multiples luttes particuli&#232;res de la cr&#233;ation d'une situation absolument nouvelle changeant la donne pour toutes les luttes existantes. Pour l'instant, au Br&#233;sil, en Iran, en Turquie, au Chili, en France, etc., nous n'avons que des balbutiements de la chose.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si le franchissement du plancher et/ou du plafond de verre est la synth&#232;se possible des dynamiques de cette p&#233;riode, elle n'a rien d'une in&#233;vitable n&#233;cessit&#233;, si ce n'est qu'elle est aussi le moment de la d&#233;cision pour la classe capitaliste, le moment o&#249; se coagulent pour faire sens les divers possibles d'une restructuration existant jusque-l&#224; comme des lin&#233;aments incoh&#233;rents pris dans le mouvement g&#233;n&#233;ral dominant qui est celui de l'exacerbation des caract&#233;ristiques de la p&#233;riode s'achevant, cela comme dans la phase initiale de chaque crise. Cette synth&#232;se n'est pas la d&#233;termination g&#233;n&#233;rale de &#171; La R&#233;volution &#187;, mais une possibilit&#233; sp&#233;cifique de d&#233;passement d'un rapport d'exploitation historiquement particularis&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, d&#233;j&#224;, en Chine, en Inde, au Bangladesh, on voit le d&#233;bordement&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb21&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Nous empruntons ce terme de &#171; d&#233;bordement &#187; &#224; Michel Kokoreff, La Diagonale (&#8230;)&#034; id=&#034;nh21&#034;&gt;21&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; de ce que, faute de mieux, nous appelons les luttes &#171; classiques &#187; vers l'ensemble des conditions de la reproduction, qu'elles soient politiques, urbaines, environnementales, ou familiales, ou qu'elles articulent &#224; la sph&#232;re de la production sp&#233;cifiquement capitaliste des modalit&#233;s de reproduction h&#233;rit&#233;es de situations ant&#233;rieures et red&#233;finies dans le mode de production dominant au travers de multiples modes de rotation de la main-d'&#339;uvre, en g&#233;n&#233;ral f&#233;minine, comme, entre autres, en Indon&#233;sie ou au Mexique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut avancer l'hypoth&#232;se que la Chine, l'Asie du sud et du sud-est ou l'Am&#233;rique latine concentrent au mieux les ingr&#233;dients de la fusion : importance des luttes ouvri&#232;res prises entre l'asyst&#233;mie de la revendication salariale et son caract&#232;re intenable ; ampleur des mouvements sociopolitiques, situation charni&#232;re pour faire basculer et rendre totalement inop&#233;rante le zonage de la mondialisation, importance des mouvements de la petite paysannerie, &#233;tranglement des classes moyennes suite &#224; un bref moment d'euphorie pour elles. Il ne s'agit pas de dire que ces r&#233;gions sont d'ores et d&#233;j&#224; ou deviendront le c&#339;ur de la r&#233;volution, mais que leurs caract&#233;ristiques tant internes que dans le capitalisme mondial en font le &#171; maillon faible &#187; de ce monde. Comme l'&#233;crivait L&#233;nine une r&#233;volution ne devient possible que lorsque toutes les classes de la soci&#233;t&#233; sont mises en mouvement, y compris la classe dominante qui ne peut plus exploiter et assurer sa domination &#171; comme avant &#187;, avec toutes les confusions et les conflits que cela implique&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pris individuellement, on peut dire qu'aucun des &#233;l&#233;ments &#233;nonc&#233;s n'est nouveau. Mais ce qui importe et diff&#233;rencie les luttes actuelles c'est la conjonction, la r&#233;p&#233;tition, c'est-&#224;-dire la coagulation de ces &#233;l&#233;ments pour d&#233;finir &lt;i&gt;un autre niveau des luttes&lt;/i&gt;. Quand la gr&#232;ve du Joint Fran&#231;ais mobilise la Bretagne en 1971 (paysans, petits commer&#231;ants et artisans), le c&#339;ur du r&#233;acteur est l'usine, comme &#224; Lip, &#224; Besan&#231;on en 1973 ; quand &#224; Harlan County, en 1973-1974, tout un district des Appalaches est en s&#233;cession arm&#233;e, ce sont les mines et les fonderies qui sont au c&#339;ur, en 1980, de m&#234;me en Lorraine en 1980-1981, &#224; Chooz dans les Ardennes fran&#231;aise (la pointe de Givet), la chose est l&#233;g&#232;rement diff&#233;rente : ce sont les ouvriers des aci&#233;ries et de la fonderie de cuivre qui occupent le territoire, avec une forte participation f&#233;minine, contre la construction d'une centrale nucl&#233;aire. Aujourd'hui c'est la conjonction des contradictions &#224; tous les niveaux et dans toutes les instances de la reproduction qui constitue la lutte de classe imm&#233;diatement au niveau de la reproduction comme ensemble du rapport entre prol&#233;tariat et capital. Cela dans une disjonction avec les luttes en entreprises qui ne tient pas seulement &#224; un interclassisme mis &#224; toutes les sauces, mais aux structures m&#234;mes de la reproduction des contradictions de classes de l'exploitation. Cependant, les ouvriers et m&#234;me les &#233;nigmatiques &#171; prol&#233;taires &#187; y participent, ils sont l&#224; en masse. Qui va les renvoyer dans leurs usines afin qu'ils y luttent enfin en tant que tels, ou les mettre dans la rue en tant que classe qui (un jour ou l'autre) ne pourra agir que selon sa nature ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si nous pouvons apercevoir des annonces de ces &#171; d&#233;bordements &#187; au Chili, au Soudan, en Bi&#233;lorussie (o&#249; le mouvement d&#233;mocratique a &#233;t&#233; largement ouvrier jusqu'&#224; l'investissement des usines par les polices et autres milices), en Indon&#233;sie, ou au Liban dans le cours des gr&#232;ves des travailleurs migrants (mai 2020), c'est l'&#233;norme insurrection ouvri&#232;re en Birmanie/au Myanmar suite au coup d'Etat militaire qui pourrait nous en fournir actuellement le meilleur exemple.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un immense mouvement de &#171; d&#233;sob&#233;issance civile &#187; (les services et les banques sont bloqu&#233;s, l'arm&#233;e doit investir les h&#244;pitaux pour briser la r&#233;sistance des personnels et emp&#234;cher les soins aux bless&#233;s), les ouvriers, principalement du secteur textile tenu par des entreprises chinoises et les conglom&#233;rats &#233;conomiques de l'arm&#233;e, se mettent massivement en gr&#232;ve. Des dizaines d'usines sont incendi&#233;es : &#171; &#224; chaque mort une usine br&#251;le &#187;, tel est le mot d'ordre des ouvriers (&#224; 80 % des ouvri&#232;res). L'insurrection d&#233;bute en mars 2021, en avril on compte plus de 600 morts. C'est tout un syst&#232;me de reproduction sociale &lt;i&gt;y compris politique&lt;/i&gt; qui est attaqu&#233;. Nombre de travailleurs ne pouvant plus payer leur loyer (comme dans l'immense bidonville Hlaing Tar Yar&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb22&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sur la commune de Yanlong en banlieue de Rangoun.&#034; id=&#034;nh22&#034;&gt;22&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; regroupant 700 000 personnes, essentiellement des migrant.es. int&#233;rieur.es), il s'ensuit un exode massif depuis les centres industriels vers les villages. Ce qu'il s'est pass&#233; au printemps 2021 au Myanmar est certainement une des luttes les plus embl&#233;matiques de notre p&#233;riode.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien que les objectifs soient actuellement de moins en moins &#171; particuliers &#187;, aucun affrontement ne peut aboutir seulement sur ses objectifs propres (en dehors m&#234;me d'une insurrection r&#233;volutionnaire) sans un arr&#234;t ou un blocage massif de la production, au sens propre et figur&#233; il faut mettre &#224; la classe capitaliste le couteau sous la gorge. Mais c'est la vie quotidienne, avec toute sa confusion et ses al&#233;as qui est destin&#233;e, dans la situation pr&#233;sente, &#224; &#234;tre l'&#233;l&#233;ment subsumant la distinction dans une jonction qui ne laissera aucun de ses termes identiques &#224; ce qu'il &#233;tait. Si nous parlons de jonction ou d'unit&#233;, l'inconv&#233;nient r&#233;side en ce que les termes d&#233;signent ce qu'ils sont en dehors de leur unit&#233;, dans leur unit&#233; ils n'ont donc plus le sens que leur expression &#233;nonce (voir Hegel, &lt;i&gt;Ph&#233;nom&#233;nologie de l'Esprit&lt;/i&gt;, &#233;d. Aubier-Montaigne, t. 1, p. 35).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En parlant de &#171; jonction &#187; n&#233;cessaire et probl&#233;matique, nous ne partageons pas totalement l'analyse avanc&#233;e par des camarades chiliens d'&lt;i&gt;Agitaci&#243;n inmanente &lt;/i&gt;(texte relay&#233; en France sur le site &lt;i&gt;Agitationautonome&lt;/i&gt;) qui s&#233;parent et hi&#233;rarchisent les termes comme s'il s'agissait d'une pure et simple chronologie : &#171; Aujourd'hui les luttes du prol&#233;tariat mondial prennent moins la forme de luttes revendicatives pour la hausse des salaires que la forme &lt;i&gt;plus radicale&lt;/i&gt; [nous soulignons] de luttes pour la dignit&#233;, significatives de la crise de la soci&#233;t&#233; salariale, et nous devons d'urgence en rendre compte &#8230; &#187; (octobre 2019).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il devient de plus en plus &#233;vident que l'exploitation n'est pas la pure affaire comptable telle qu'elle appara&#238;t dans le cours de la d&#233;duction logique du&lt;i&gt; Capital&lt;/i&gt;. L'exploitation d&#233;finissant les classes, ce sont les trois moments constituant le rapport d'exploitation (achat-vente de la force de travail / subsomption du travail sous le capital / transformation de la plus-value en capital additionnel) et leur reproduction impliquant toutes les instances du mode de production, transformant le rapport en n&#233;cessit&#233; objective. C'est en cela que, dans une certaine conjoncture, historiquement sp&#233;cifique, de crise du mode de production, celle actuelle, la vie quotidienne peut devenir le lieu de la lutte des classes, avec tous les probl&#232;mes que cela contient : id&#233;ologie, interclassisme, multiplication des conflits dans toutes les instances de la reproduction, etc. Mais aussi toute la confusion tr&#232;s productive du renversement de la hi&#233;rarchie des instances, de la mise en question de l'&#233;conomie. C'est la rupture, le d&#233;sordre qui sont productifs et non la simple continuation / r&#233;solution des contradictions telles qu'existantes. Les contradictions ne sont d&#233;pass&#233;es que si elles sont boulevers&#233;es dans leur forme et leur cours, que si elles se retournent contre elles-m&#234;mes, supprimant alors, &#224; partir d'elles, leurs propres termes : une conjoncture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une conjoncture est cette situation propre aux p&#233;riodes de crises o&#249; le mouvement du capital comme contradiction en proc&#232;s n'est plus une seule contradiction (entre les classes ou entre les genres) ni m&#234;me l'unit&#233; simple et homog&#232;ne des deux, c'est-&#224;-dire que le capital comme contradiction en proc&#232;s ne s'impose plus comme le sens toujours d&#233;j&#224; l&#224; de chacune de ses propres formes d'apparition. Une conjoncture est ce moment historique o&#249; la contradiction entre les classes, et celle entre les hommes et les femmes sont prises comme objets de transformation dans la multiplicit&#233; des contradictions, des divisions de genres et des segmentations de classe qui jouent conflictuellement entre elles. Les contradictions se recomposent, s'unissent en une &lt;i&gt;unit&#233; de rupture&lt;/i&gt;, la pratique r&#233;volutionnaire, les mesures communisatrices, bouleversent la hi&#233;rarchie des instances du mode de production par laquelle sa reproduction &#233;tait le sens immanent de chacune. Au-del&#224; de cette immanence, de cette autopr&#233;supposition qui contient et n&#233;cessite la hi&#233;rarchie &#233;tablie des instances, il y a &lt;i&gt;de&lt;/i&gt; &lt;i&gt;l'impr&#233;visible et de l'&#233;v&#233;nement&lt;/i&gt;. La conjoncture est la m&#233;canique, les rouages intimes, du saut qualitatif en laquelle se brise la r&#233;p&#233;tition du mode de production.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s lors, ce sont tous les rapports sociaux, leur hi&#233;rarchie et la distinction des sph&#232;res publiques et priv&#233;es qui sont attaqu&#233;s. Ce bouleversement de la hi&#233;rarchie des instances du mode de production par laquelle il s'autopr&#233;supposait et qui faisait de la production la d&#233;termination en derni&#232;re instance, est pr&#233;cis&#233;ment ce qui d&#233;finit une conjoncture r&#233;volutionnaire&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb23&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Non seulement la r&#233;volution n'est pas le r&#233;sultat de la transcroissance de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh23&#034;&gt;23&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Dans le m&#234;me temps, ce sont les n&#233;cessit&#233;s de la lutte qui structurent les activit&#233;s entre elles. La communisation n'a pas pour objet imm&#233;diat de construire une &#171; soci&#233;t&#233; communiste &#187;, mais elle cr&#233;e comme outil de lutte des rapports communistes entre les individus&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb24&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. TC 25, Communisation / communisme / valeur, p. 163.&#034; id=&#034;nh24&#034;&gt;24&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les luttes de classes actuelles sont l'intrication de tous les niveaux de la reproduction sociale, parce que c'est l&#224;, c'est-&#224;-dire dans la reproduction comme quotidiennet&#233;, que la contradiction, sp&#233;cifiquement celle de l'exploitation, maintenant existe. Il faut faire avec, c'est &#171; dangereux &#187;, mais c'est tant mieux. Une classe r&#233;volutionnaire est une classe qui, dans une phase historique critique, entretient &#224; partir de sa situation particuli&#232;re, une relation avec la soci&#233;t&#233; dans son entier. La particularit&#233; de la situation actuelle r&#233;side en ce que cette relation &#224; partir de sa situation particuli&#232;re avec la soci&#233;t&#233; dans son entier est maintenant la remise en cause de sa propre situation particuli&#232;re. C'est exactement le probl&#232;me maintenant du prol&#233;tariat dans un processus r&#233;volutionnaire comme relation avec la soci&#233;t&#233; dans son entier. Il y a la contradiction entre les hommes et les femmes qui ne se r&#233;glera pas comme par miracle mais devra exister comme telle, sp&#233;cifiquement, pour qu'il y ait r&#233;volution et abolition de toutes les cat&#233;gories de ce mode de production dont cette contradiction est constitutive et non &#171; adjacente &#187;. Il y a toutes les fractures &#224; l'int&#233;rieur du prol&#233;tariat, sa racialisation, il y a les classes moyennes salari&#233;es, il y a cette masse &#233;norme de petits paysans, de travailleurs et petits &#171; patrons &#187; de l'&#233;conomie informelle, qui ne vivent pas l'exploitation et leur rapport au capital comme un rapport de production, mais comme un rapport d'&#233;change in&#233;gal, toujours fantasmatiquement n&#233;gociable. Masse qui, au nom de la propri&#233;t&#233;, de la &#171; terre &#187; et du commerce, repr&#233;sente une &#233;norme r&#233;serve mobilisable contre toute mesure communiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est en devenant la &#171; soci&#233;t&#233; &#187; que le prol&#233;tariat abolit le mode de production capitaliste et se nie. Devenir la soci&#233;t&#233;, c'est, pour lui, absorber et dissoudre les autres cat&#233;gories et classes sociales par l'emparement des moyens de production et de reproduction, par l'abolition de l'&#233;change dans la continuit&#233; des activit&#233;s de production et autres, c'est alors sa propre dissolution. Mais cela ne peut se faire sans conflits avec la classe moyenne, sans relations confuses et difficiles &#224; concevoir avec cette &#233;norme masse de &#171; pauvres &#187; mondiaux exploit&#233;s dans l'&#233;change, sans affrontements entre prol&#233;taires, sans violences entre hommes et femmes. Tous les comptes devront &#234;tre r&#233;gl&#233;s, ce r&#232;glement de comptes n'est ni une cons&#233;quence, ni une condition de la r&#233;volution, c'est &lt;i&gt;son cours n&#233;cessaire&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb25&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; La pratique insurrectionnelle, interindividuelle, des prol&#233;taires dissout (&#8230;)&#034; id=&#034;nh25&#034;&gt;25&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Actuellement, c'est en impliquant toutes les relations sociales jusque dans leurs formes id&#233;ologiques les plus imm&#233;diates que le prol&#233;tariat, &#224; partir de sa situation particuli&#232;re, peut se nier en devenant la &#171; soci&#233;t&#233; &#187;. Cette &#171; n&#233;gation &#187;, c'est une lutte contre la classe capitaliste, dont le contenu est une lutte, pour lui, contre sa propre reproduction, c'est alors un maelstr&#246;m de contradictions et d'affrontements internes. Pour que ces choses-l&#224; arrivent, il ne suffit pas que les &#171; choses aillent mal et de plus en plus mal &#187;, &lt;i&gt;il faut un certain niveau, une certaine existence sp&#233;cifique de la contradiction entre le prol&#233;tariat et le capital, une certaine sp&#233;cificit&#233; de la crise de leur reproduction r&#233;ciproque&lt;/i&gt;. Il faut que la production et la reproduction soient amalgam&#233;es dans ce qui a &#233;t&#233; construit comme vie quotidienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, &#224; la diff&#233;rence de Debord ou de Lefebvre, il faut &#171; relativiser &#187; : dans la vie quotidienne ce n'est pas le &#171; vrai &#187; qui enfin appara&#238;t. Oui, &#171; la totalit&#233; est mise en jeu &#187; mais &lt;i&gt;comme vie quotidienne&lt;/i&gt;, c'est-&#224;-dire dans l'id&#233;ologie, dans une relation r&#233;volutionnaire &#224; construire aux rapports de production dans leur emparement, avec des individus agissant comme &#171; sujets &#187;, etc. Dans la vie quotidienne, justement parce qu'elle est la mise en relation de la production et de la reproduction, il y a non pas la totalit&#233; mais &lt;i&gt;le rapport &#224; une totalit&#233; &#224; construire&lt;/i&gt;, il y a en outre, de par son contenu id&#233;ologique, le bouleversement de la hi&#233;rarchie des instances (c'est le bon c&#244;t&#233; de l'id&#233;ologie, si l'on peut dire). La situation de classe et encore moins la &#171; catastrophe &#233;conomique &#187; ne contiennent aucun d&#233;terminisme. Le prol&#233;tariat se construit lui-m&#234;me comme classe r&#233;volutionnaire-communisatrice contre l'&#233;conomie, contre ses propres causes. Mais ce n'est que l&#224;-dedans que &#171; des choses &#187; peuvent se passer, dans ce bouillon de culture o&#249; s'agr&#232;gent et se soudent ensemble des forces chaotiques. La puret&#233; des contradictions, c'est la continuation de l'&#233;conomie comme solution, continuit&#233; de la hi&#233;rarchie d&#233;terminative des instances, c'est, dans une crise, la contre-r&#233;volution au plus pr&#232;s de la r&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La vie quotidienne, parce qu'ensemble des formes d'apparition et parce qu'elle est englu&#233;e dans toute cette construction id&#233;ologique qui la constitue, est le terrain r&#233;volutionnaire de ce cycle de luttes et de son d&#233;passement : l&#224; o&#249; la conjoncture peut devenir &#171; unit&#233; de rupture &#187; (L&#233;nine, &lt;i&gt;Lettres de loin&lt;/i&gt;, mars 1917).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Croire que la r&#233;volution sociale soit &lt;i&gt;concevable&lt;/i&gt; sans insurrections des petites nations dans les colonies et en Europe, sans explosions r&#233;volutionnaires d'une partie de la petite bourgeoisie &lt;i&gt;avec tous ses pr&#233;jug&#233;s,&lt;/i&gt; sans mouvement des masses prol&#233;tariennes et semi-prol&#233;tariennes politiquement inconscientes contre le joug seigneurial, cl&#233;rical, monarchique, national, etc., &#8212; c'est &lt;i&gt;r&#233;pudier la r&#233;volution sociale&lt;/i&gt;. C'est s'imaginer qu'une arm&#233;e prendra position en un lieu donn&#233; et dira : 'Nous sommes pour le socialisme', et qu'une autre, en un autre lieu, dira : 'Nous sommes pour l'imp&#233;rialisme', et que ce sera alors la r&#233;volution sociale ! [&#8230;] Quiconque attend une r&#233;volution sociale 'pure' ne vivra &lt;i&gt;jamais&lt;/i&gt; assez longtemps pour la voir. Il n'est qu'un r&#233;volutionnaire en paroles qui ne comprend rien &#224; ce qu'est une v&#233;ritable r&#233;volution. [&#8230;] La r&#233;volution socialiste en Europe &lt;i&gt;ne peut pas &#234;tre&lt;/i&gt; autre chose que l'explosion de la lutte de masse des opprim&#233;s et m&#233;contents de toute esp&#232;ce. Des &#233;l&#233;ments de la petite bourgeoisie et des ouvriers arri&#233;r&#233;s y participeront in&#233;vitablement &#8211; sans cette participation, la lutte &lt;i&gt;de masse n'est pas&lt;/i&gt; possible, &lt;i&gt;aucune&lt;/i&gt; r&#233;volution n'est possible &#8211; et, tout aussi in&#233;vitablement, ils apporteront au mouvement leurs pr&#233;jug&#233;s, leurs fantaisies r&#233;actionnaires, leurs faiblesses et leurs erreurs. Mais, &lt;i&gt;objectivement&lt;/i&gt;, ils s'attaqueront au &lt;i&gt;capital&lt;/i&gt;, et l'avant-garde consciente de la r&#233;volution, le prol&#233;tariat avanc&#233;, qui exprimera cette v&#233;rit&#233; objective d'une lutte de masse disparate, discordante, bigarr&#233;e, &#224; premi&#232;re vue sans unit&#233;, pourra l'unir et l'orienter, conqu&#233;rir le pouvoir, &#8230; &#187; (L&#233;nine, &lt;i&gt;Bilan d'une discussion sur le droit des nations &#224; disposer d'elles-m&#234;mes&lt;/i&gt; &#8211; juillet 1916 &#8212;, &#338;uvres, &#233;d. Sociales, 1976, t. 22, pp. 383-384). Bien s&#251;r, le texte de L&#233;nine est politiquement dat&#233; et se poursuit sur les mesures programmatiques de la prise du pouvoir et de l'affirmation du prol&#233;tariat ; il n'emp&#234;che que, moyennant quelques mises &#224; jour des termes, on peut dire maintenant que c'est en se nouant dans la vie quotidienne, de par les sp&#233;cificit&#233;s de la subsomption r&#233;elle, de la restructuration des ann&#233;es 1970-1980 et de la crise actuelle, que les contradictions de ce cycle de luttes bouleversent, pour le meilleur et parfois le pire la &#171; d&#233;termination en derni&#232;re instance &#187; et qu'une r&#233;volution sociale, comme le dirait L&#233;nine, est une lutte &#171; disparate &#187; &#171; discordante &#187; et &#171; bigarr&#233;e &#187;. Ajoutons que maintenant la &#171; discordance &#187; et les &#171; bigarrures &#187; de la lutte sont une &#171; attaque objective &#187; qui se d&#233;roule comme et produit une d&#233;sobjectivation de la reproduction sociale. La reproduction du face-&#224;-face de l'ouvrier et du capital implique la constante transformation du capital comme rapport social en existence &lt;i&gt;objective&lt;/i&gt; du capital face &#224; l'ouvrier comme concentration face &#224; lui de toutes les conditions de la reproduction (l'&#233;conomie). Cette transformation du rapport social en objectivit&#233;, c'est son autopr&#233;supposition, mais celle-ci implique l'activit&#233; de toutes les instances non directement &#233;conomiques du mode de production. C'est l&#224; o&#249; les &#171; discordances &#187; et les &#171; bigarrures &#187; renversant la hi&#233;rarchie d&#233;terminative des instances peuvent &#234;tre une d&#233;sobjectivation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand le prol&#233;tariat entre en contradiction avec le caract&#232;re social de son activit&#233; objectiv&#233;e face &#224; lui, c'est de sa propre activit&#233; vivante de valorisation du capital dont il s'agit dans cette force sociale objectiv&#233;e. Cela, dans le cycle actuel, ne peut prendre la forme d'une &lt;i&gt;r&#233;appropriation&lt;/i&gt;, car la contradiction n'est telle (contradiction) qu'en int&#233;grant le moment de l'accumulation, c'est-&#224;-dire de la reproduction du rapport dans laquelle le rapport renouvel&#233; entre le travail et le capital est en lui-m&#234;me sa remise en cause. Il fallait la faillite de toute identit&#233; ouvri&#232;re confirm&#233;e dans la reproduction du capital, il fallait que par-l&#224; la contradiction entre les classes se situe au niveau de leur reproduction, pour que le renouvellement du rapport soit pos&#233;, dans la baisse du taux de profit, comme le mouvement de sa caducit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la r&#233;volution communiste si l'on peut parler d'appropriation de la richesse, il s'agit d'un emparement qui bouleverse cette &#171; richesse &#187; car il n'y a pas r&#233;appropriation mais abolition de l'objectivit&#233; de la richesse, de la d&#233;termination sociale contradictoire du capital. Il s'agit d'une d&#233;sobjectivation pratique du monde dans lequel se meut l'activit&#233; humaine ; une d&#233;sobjectivation de tout le travail social accumul&#233; dans le capital, en ce que celui-ci, comme rapport social, est n&#233;cessairement objet. Il fallait le capital pour produire ces notions extravagantes d'activit&#233; en soi, et de produits en soi, ou conditions de l'activit&#233;. Il fallait le capital pour poser leur rencontre comme ayant pour pr&#233;alable, et r&#233;sultat, l'objectivit&#233;, contrainte latente &#224; sa reproduction, forme &#224; reproduire du rapport social, et faire de cette rencontre m&#234;me le mouvement de l'objectivit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la r&#233;volution, l'accumulation du travail social perd la d&#233;termination sociale contradictoire du capital, c'est-&#224;-dire perd son caract&#232;re d'objectivit&#233;. L'activit&#233; comme sujet, le produit comme objet, perdent leur d&#233;termination sociale antith&#233;tique de travail et de capital et leur s&#233;paration, pr&#233;supposant leur rencontre et en r&#233;sultant tout aussi constamment. Comme rapport social &#224; reproduire, le capital est n&#233;cessairement objet (capital latent, capital en soi, capital fixe), face au travail. La d&#233;sobjectivation pratique du monde des produits de l'activit&#233; sociale ant&#233;rieure, c'est l'abolition de leur d&#233;termination sociale contradictoire face au travail salari&#233;, et de la d&#233;termination sociale contradictoire de l'activit&#233; comme sujet en soi, en tant que travail salari&#233;. L'objectivit&#233; et la subjectivit&#233; sont abolies dans ce qui les d&#233;finit comme objectivit&#233; et subjectivit&#233; : la contrainte &#224; &#234;tre reproduites dans leur s&#233;paration. S&#233;paration qui, comme pr&#233;alable et r&#233;sultat, d&#233;finit le capital comme objectivit&#233; et le travail salari&#233; comme subjectivit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est en &#233;tant parvenu, au travers de la situation actuelle de la lutte des classes, &#224; la possibilit&#233; de ce bouleversement de la &#171; derni&#232;re instance &#187; que nous pouvons proposer maintenant (apr&#232;s l'avoir fait de fa&#231;on impressionniste) une d&#233;finition de la vie quotidienne et de son processus de constitution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;h.el166rld555j&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;VIE QUOTIDIENNE : FORMES D'APPARITION, AUTOPRESUPPOSITION, PRODUCTION DES SUJETS&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous appellerons vie quotidienne l'ensemble des activit&#233;s par lesquelles le travailleur se met en relation, de fa&#231;on r&#233;guli&#232;re et pr&#233;visible, avec ses conditions aussi bien de travail (les moyens de production) que de consommation, &#224; partir du moment o&#249; ces activit&#233;s ne sont plus pr&#233;suppos&#233;es par l'appartenance pr&#233;alable du travailleur &#224; une communaut&#233; et o&#249; le travail n'est plus, pour le travailleur, qu'une activit&#233; particuli&#232;re dans la division du travail et isol&#233;e de ses forces sociales, sans pr&#233;supposition et toujours &#224; renouveler. La vie quotidienne est la routine de cette mise en relation en ce qu'elle est constitu&#233;e par l'ensemble des &lt;i&gt;formes d'apparition&lt;/i&gt; des rapports de production comme &lt;i&gt;v&#233;cu&lt;/i&gt; par l'activit&#233; d'un &lt;i&gt;sujet&lt;/i&gt;. Trois termes probl&#233;matiques : &#171; formes d'apparition &#187; ; &#171; v&#233;cu &#187; ; &#171; sujet &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;h.yq9aweshgnif&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Travail et vie quotidienne (travail salari&#233; et capital)&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; On pouvait lire, dans &lt;i&gt;Le Monde Libertaire&lt;/i&gt; de d&#233;cembre 1964 : 'L'IS, incontestablement, est en pointe dans la critique r&#233;volutionnaire de la vie quotidienne. Un domaine, cependant, qui est loin d'avoir perdu son importance, lui &#233;chappe : le travail.' Cependant, nous croyons n'avoir &#224; peu pr&#232;s jamais trait&#233; d'autre probl&#232;me que celui du travail &#224; notre &#233;poque ; ses conditions, ses contradictions, ses r&#233;sultats. L'erreur du &lt;i&gt;Monde Libertaire&lt;/i&gt; provient peut-&#234;tre des habitudes de la pens&#233;e non-dialectique, qui isole un aspect de la r&#233;alit&#233; sur le terrain qu'il est convenu de lui reconna&#238;tre, et ainsi ne peut le traiter que conventionnellement.' (&lt;i&gt;IS&lt;/i&gt; 10, p. 67).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question de savoir si le travail en tant que travail salari&#233; (donc rapport de production, ou m&#234;me rapport de distribution), est inclus dans la vie quotidienne comme un &#233;l&#233;ment comme les autres (famille, consommation, habitat, etc.), ou &#224; un autre niveau, est insoluble tant qu'elle est mal pos&#233;e. En fait, d&#232;s que l'on parle de vie quotidienne on ne parle plus du travail salari&#233; comme rapport de production mais comme d'une activit&#233; nivel&#233;e avec les autres et comme simple source individuelle de revenus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le syst&#232;me de production capitaliste se distingue du mode de production fond&#233; sur l'esclavage en ceci, notamment, que la valeur (ou le prix) de la force de travail s'y pr&#233;sente comme valeur (prix) du travail lui-m&#234;me, comme salaire. La portion de valeur variable de l'avance de capital y appara&#238;t donc comme un capital d&#233;pens&#233; en salaire, comme une valeur-capital payant la valeur (ou prix) de tout le travail d&#233;pens&#233; dans la production. [&#8230;] C'est parce que le prix de la force de travail appara&#238;t &#224; l'un des p&#244;les sous la forme modifi&#233;e du salaire, qu'au p&#244;le oppos&#233; la plus-value appara&#238;t sous la forme modifi&#233;e du profit. &#187; (Marx, &lt;i&gt;Le Capital&lt;/i&gt;, &#233;d. Sociales, t. 6, pp. 51 et 56).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les luttes dans les entreprises, celles qu'on peut qualifier comme se d&#233;roulant dans le proc&#232;s de production imm&#233;diat, l&#224; o&#249; les choses &lt;i&gt;paraissent&lt;/i&gt; encore simples en ce que le rapport d'exploitation &lt;i&gt;para&#238;t&lt;/i&gt; tr&#232;s compr&#233;hensible et impossible &#224; m&#233;conna&#238;tre (&lt;i&gt;Th&#233;ories sur la plus-value&lt;/i&gt;, &#233;d.Sociales, t.3, pp.568-569) font partie de la vie quotidienne. Cette derni&#232;re est fondamentalement issue de la reproduction incluant la production comme un de ses moments, en cela ces luttes n'&#233;chappent pas &#224; la m&#233;tamorphose des rapports de production et ce qui semble appara&#238;tre en clair n'est qu'un moment th&#233;orique. Elles sont prisonni&#232;res de la loi de la valeur et du salaire comme prix du travail : les agents de la production, quels qu'ils soient, agissent et luttent entre eux comme &#171; propri&#233;taires d'une source de revenu (le travail, le capital, la terre), les agents de la production en sont prisonniers &#187; (&lt;i&gt;Le Capital&lt;/i&gt;, &#233;d. Sociales, t.8, p.242). La lutte de classe dans son existence la plus triviale, dans le cadre du travail &#224; l'int&#233;rieur du proc&#232;s de production &lt;i&gt;imm&#233;diat&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb26&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dans ce que Marx d&#233;signe ainsi comme unit&#233; du proc&#232;s de travail et du proc&#232;s (&#8230;)&#034; id=&#034;nh26&#034;&gt;26&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; existe dans les &#171; illusions de la distribution &#187; et les conforte. Les luttes en entreprises, sur les lieux de travail et de production (ou de circulation, etc.), s'inscrivent dans la vie quotidienne en ce qu'elles ne sont pas &#233;trang&#232;res aux m&#233;tamorphoses des rapports de production. Non seulement, comme nous l'&#233;crivions, &#171; le travail tel qu'il est dans la vie quotidienne c'est tel qu'elle le d&#233;finit &#187;, mais encore c'est &#233;galement tel qu'il se d&#233;finit lui-m&#234;me comme &#171; source de revenu &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pris dans son concept, le principal r&#233;sultat du proc&#232;s de production capitaliste a toujours &#233;t&#233; le renouvellement du rapport entre le travail et ses conditions : autrement dit il est un proc&#232;s d'autopr&#233;supposition. On peut soutenir que la contradiction entre les classes (l'exploitation) s'est toujours situ&#233;e au niveau de la reproduction, mais la reproduction construisait et confirmait en elle-m&#234;me, dans le programmatisme classique ou ensuite avec l'identit&#233; ouvri&#232;re, la plus ou moins grande &#171; ind&#233;pendance &#187; et rapport &#224; eux-m&#234;mes de la classe ouvri&#232;re et du travail structurant ainsi les cycles de luttes ant&#233;rieurs &#224; la restructuration des ann&#233;es 1970-1980. A la suite de celle-ci, la contradiction entre le prol&#233;tariat et le capital a alors d&#233;fini comme son contenu essentiel son propre renouvellement. C'est en unifiant crise de suraccumulation et crise de sous-consommation dans une crise du rapport salarial devenant crise de la soci&#233;t&#233; salariale (voir plus haut) que la crise amorc&#233;e en 2008 de cette seconde phase de la subsomption r&#233;elle (o&#249; la contradiction avait pour contenu son renouvellement) a fait de la vie quotidienne le lieu de la lutte des classes. La vie quotidienne existait mais elle n'&#233;tait pas ce lieu (si ce n'est dans les visions n&#233;cessairement humanistes &#224; l'&#233;poque produites par Lefebvre ou Debord).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la vie quotidienne, toutes les activit&#233;s sont substantiellement au m&#234;me niveau, &#233;quivalentes, et circonstantiellement pr&#233;valentes &#224; un moment donn&#233; de la vie quotidienne d'un sujet. Quand on envisage le travail dans la vie quotidienne, ce n'est plus le travail producteur de valeur, comme rapport de production, c'est le travail salari&#233;, c'est-&#224;-dire le travail intrins&#232;quement li&#233; &#224; un revenu, c'est le&lt;i&gt; travail-revenu&lt;/i&gt;. Le travail fait partie de la vie quotidienne parce qu'on est dans la vie quotidienne et que c'est d'elle dont il s'agit, le travail tel qu'il est dans la vie quotidienne c'est tel qu'elle le d&#233;finit. On peut sp&#233;cifier cette pr&#233;sence du travail dans la vie quotidienne comme source de revenus, comme, par-l&#224;, une obligation et comme, dans sa singularit&#233;, un accident de la division sociale du travail : la coh&#233;rence de la division demeure une chose ext&#233;rieure et qui semble accidentelle aux individus qui s'affrontent sur le march&#233;, ou sont r&#233;unis dans la &lt;i&gt;coop&#233;ration&lt;/i&gt; o&#249; ils ne s'appartiennent plus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout cela peut se d&#233;duire du travail salari&#233; comme rapport de production, mais paradoxalement (un paradoxe que nous allons expliquer par leurs m&#233;tamorphoses n&#233;cessaires) les rapports de production ne sont pas existant dans la vie quotidienne &lt;i&gt;tels qu'eux-m&#234;mes la produisent&lt;/i&gt;. L' &#171; essence &#187; de la lutte des classes ce sont bien les rapports de production mais tels que &lt;i&gt;d&#233;velopp&#233;s&lt;/i&gt; dans leurs formes d'apparition. L'essence (substance comme aurait dit Spinoza) n'est jamais que la somme et le rapport de ses attributs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En d'autres termes, le travail d&#233;termine l'existence de la vie quotidienne au moment o&#249; il devient activit&#233; s&#233;par&#233;e, c'est-&#224;-dire au moment o&#249; appara&#238;t un ensemble d'activit&#233;s par lesquelles le travailleur devra reproduire sa relation &#224; ses conditions de reproduction ; en outre, le travail salari&#233; produit et contient la distinction entre public et priv&#233;. &lt;i&gt;Le travail fait partie de la vie quotidienne comme activit&#233; de l'individu&lt;/i&gt; face &#224; son existence sociale qui lui &#233;chappe : coop&#233;ration ; valeur ; capital ; argent. Par l&#224; m&#234;me, parce que la constituant, le travail s'en distingue et appara&#238;t en m&#234;me temps comme activit&#233; ext&#233;rieure &#224; la vie quotidienne. Mais pour que cette distinction, cette s&#233;paration, op&#232;re il faut toute une histoire, une &#233;volution dans le proc&#232;s de travail imm&#233;diat et dans l'insertion de la reproduction du travailleur dans la reproduction du capital.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Avec le d&#233;veloppement de la &lt;i&gt;soumission r&#233;elle du travail au capital&lt;/i&gt; ou &lt;i&gt;mode de&lt;/i&gt; &lt;i&gt;production sp&#233;cifiquement capitaliste&lt;/i&gt;, le v&#233;ritable agent du proc&#232;s de travail total n'est plus le travailleur individuel, mais une force de travail se combinant toujours plus socialement. &#187; (Marx, &lt;i&gt;Un chapitre in&#233;dit du capital&lt;/i&gt;, &#233;d. 10/18, p. 226). Cependant ce n'est pas l'ensemble de la force de travail engag&#233;e dans le proc&#232;s de production qui devient &#171; travailleur social &#187;, c'est &lt;i&gt;le capital&lt;/i&gt; &#224; partir du moment o&#249; il absorbe la valeur d'usage de la force de travail. Les forces sociales du travail n'existent jamais pour les travailleurs eux-m&#234;mes, elles ne sont pas une d&#233;termination des travailleurs, qu'ils soient consid&#233;r&#233;s individuellement, ou m&#234;me comme collectivit&#233; de travail. Contrairement &#224; certaines variantes de la th&#233;orie op&#233;ra&#239;ste, ultime et paradoxale forme du programmatisme, le &#171; travailleur social &#187; n'existe pas pour lui-m&#234;me mais comme forme du capital, il n'est pas une caract&#233;ristique propre du travail face au capital. Si le travail social semble r&#233;alis&#233;, c'est dans la coop&#233;ration, mais l&#224;, les travailleurs ont cess&#233; de s'appartenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La coop&#233;ration d'ouvriers salari&#233;s n'est qu'un simple effet du capital qui les occupe simultan&#233;ment. Le lien entre leurs fonctions individuelles et leur unit&#233; comme corps productif se trouve en dehors d'eux dans le capital qui les r&#233;unit et les retient. &#187; (&lt;i&gt;Le Capital&lt;/i&gt;, &#233;d. Sociales, t. 2, p. 24). Nous voil&#224; au c&#339;ur du probl&#232;me : la force productive que les travailleurs d&#233;ploient en fonctionnant comme travailleur collectif, ou m&#234;me les forces sociales du travail dont parle Marx dans les &lt;i&gt;Grundrisse&lt;/i&gt; sont force productive &lt;i&gt;du capital&lt;/i&gt;. Face au capital les travailleurs ne sont jamais travailleur collectif ou force sociale de travail. &#171; L'ouvrier est propri&#233;taire de sa force de travail tant qu'il en d&#233;bat le prix de vente avec le capitaliste, et il ne peut vendre que ce qu'il poss&#232;de, sa force individuelle. Ce rapport ne se trouve en rien modifi&#233;, parce que le capitaliste ach&#232;te cent forces de travail au lieu d'une, ou passe contrat non avec un, mais avec cent ouvriers ind&#233;pendants les uns des autres et qu'il pourrait employer sans les faire coop&#233;rer. Le capitaliste paye donc &#224; chacun des cent ouvriers sa force de travail ind&#233;pendante, mais il ne paye pas la force combin&#233;e de la centaine. Comme personnes ind&#233;pendantes, les ouvriers sont des individus isol&#233;s qui entrent en rapport avec le m&#234;me capital mais non entre eux. Leur coop&#233;ration ne commence que dans le proc&#232;s de travail ; mais l&#224; ils ont d&#233;j&#224; cess&#233; de s'appartenir. D&#232;s qu'ils y entrent, ils sont incorpor&#233;s au capital. En tant qu'ils coop&#232;rent, qu'ils forment les membres d'un organisme actif, ils ne sont m&#234;me qu'un mode particulier d'existence du capital. &#187; (&lt;i&gt;idem&lt;/i&gt;, p. 25). Le travail fait toujours face au capital en tant que travail des ouvriers individuels, et cela quelles que soient les combinaisons sociales dans lesquelles ces ouvriers entrent dans le proc&#232;s de production : &#171; Tandis que le capital s'oppose, comme force sociale du travail, aux ouvriers, le travail productif, lui, se manifeste toujours face au capital comme travail des ouvriers &lt;i&gt;individuels&lt;/i&gt;. &#187; (&lt;i&gt;Un chapitre in&#233;dit du Capital&lt;/i&gt;, &#233;d. 10/18, p. 254). Reprenant le m&#234;me passage dans les &lt;i&gt;Th&#233;ories sur la plus-value&lt;/i&gt; (&#233;d. Sociales, t. 1, p. 461), Marx ajoute : &#171; En tant qu'il produit de la &lt;i&gt;valeur&lt;/i&gt;, le travail reste donc toujours travail de l'&lt;i&gt;individu&lt;/i&gt; qui n'est exprim&#233; qu'en &lt;i&gt;g&#233;n&#233;ral&lt;/i&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le caract&#232;re social du travail et le travailleur social n'existent qu'en s'objectivant dans le capital et comme proc&#232;s de cette objectivation, ce caract&#232;re social n'est m&#234;me pas une latence dans le travailleur individuel dont le capital s'emparerait, il est produit et n'existe que dans son objectivation que comme &#233;l&#233;ment, force du capital. Ce caract&#232;re social ne peut donc jamais &#234;tre une qualit&#233; inh&#233;rente au travailleur individuel ni m&#234;me &#224; leur somme ; quand il existe les travailleurs ont cess&#233; de s'appartenir. En tant que producteur de valeur, le prol&#233;taire ne produit aucune marchandise particuli&#232;re qu'il porte au march&#233;, en tant que telle, comme producteur ind&#233;pendant ; il n'est producteur de valeur qu'en ne s'appartenant plus, c'est-&#224;-dire quand il est devenu un &#233;l&#233;ment de l'autovalorisation du capital. Le travail imm&#233;diat, en tant que tel (travail devant valoriser le capital) est promu au rang de travail social mais ce travail social n'est plus travail de l'ouvrier mais activit&#233; du capital.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le caract&#232;re social acquis par ce travail que le capital met en &#339;uvre, n'est donc pas une propri&#233;t&#233;, une caract&#233;ristique propre du travail en lui-m&#234;me face au capital. C'est dans le capital fixe que s'objective ce caract&#232;re social, le prol&#233;tariat ne trouve rien en lui-m&#234;me (s&#233;par&#233; de son rapport au capital) qui fasse &#233;clater le capital et qui soit, inh&#233;rent &#224; lui, ce caract&#232;re social du travail. La socialit&#233; du travail mis en &#339;uvre n'existe que dans le rapport contradictoire au capital dans lequel elle est objectiv&#233;e et par ce rapport seulement : &#171; Tout ce d&#233;veloppement de la force productive du travail &lt;i&gt;socialis&#233;&lt;/i&gt;, de m&#234;me que l'&lt;i&gt;application au proc&#232;s de production imm&#233;diat de la science&lt;/i&gt;, ce produit &lt;i&gt;g&#233;n&#233;ral&lt;/i&gt; du d&#233;veloppement social, s'opposent au travail plus ou moins isol&#233; et dispers&#233; de l'individu particulier, et ce, d'autant que tout se pr&#233;sente directement comme &lt;i&gt;force productive du&lt;/i&gt; &lt;i&gt;capital&lt;/i&gt;, et non comme force productive du travail, que ce soit celle du travailleur isol&#233;, des travailleurs associ&#233;s dans le proc&#232;s de production, ou m&#234;me d'une force productive du travail qui s'identifierait au capital &#187; (&lt;i&gt;Un chapitre in&#233;dit du Capital&lt;/i&gt;, p. 200).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si le travail fait partie de la vie quotidienne, il y tient une place particuli&#232;re : conditionnant toutes les autres activit&#233;s comme &#233;tant la vie quotidienne par excellence, il se retrouve, par-l&#224;, comme un de ses &#233;l&#233;ments. Mais, en tant qu'&#233;l&#233;ment de la vie quotidienne, il existe, comme travail &lt;i&gt;du travailleur&lt;/i&gt;, seulement &lt;i&gt;sous son aspect particulier d'activit&#233; individuelle&lt;/i&gt;. Cette place si particuli&#232;re du travail dans la vie quotidienne tient &#224; son r&#244;le de m&#233;diation entre l'individu isol&#233; (isol&#233; seulement en soci&#233;t&#233; &#8211; Marx, &lt;i&gt;Introduction de 1857&lt;/i&gt;) et tous les caract&#232;res sociaux de son activit&#233; et de son existence qui se dressent face &#224; lui et dont lui-m&#234;me comme &#171; individu isol&#233; &#187; est le produit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'abstraction des forces sociales du travail et la s&#233;paration de la majorit&#233; des individus d'avec les forces productives sous leur aspect mat&#233;riel, comme telles n'appartiennent qu'au mode de production capitaliste et, inversement, l'abstraction de la vie quotidienne comme &#171; vie priv&#233;e &#187; n'appartient qu'&#224; ce mode de production. Le capital faisant des activit&#233;s composant la vie quotidienne de simples affaires priv&#233;es a invent&#233; la vie quotidienne, c'est-&#224;-dire quelque chose &lt;i&gt;apparemment&lt;/i&gt; sans importance dans la vie productive. Toutes ces activit&#233;s, de par leur s&#233;paration du travail sont devenues autres. Si nous consid&#233;rons (voir plus loin) que c'est sur cette s&#233;paration et son abolition que peut se jouer maintenant une restructuration du mode de production, c'est une gigantesque transformation des modes de vie qui est alors en jeu : la mobilisation de la force de travail et ses modalit&#233;s d'exploitation bien s&#251;r, mais aussi, de fa&#231;on intriqu&#233;e, l'am&#233;nagement du territoire, les transports, les modes de consommation et d'alimentation, le logement, les communications, le couple et la famille, etc. Quand le travail, dans le mode de production capitaliste, fait partie de la vie quotidienne seulement dans la mesure o&#249; il existe en contraste avec elle, une &#171; suppression de la vie quotidienne &#187;, c'est-&#224;-dire une absorption de celle-ci par le travail est un enjeu hautement conflictuel aussi bien comme lutte des classes que pour le mode de production lui-m&#234;me (les deux aspects n'&#233;tant pas &#233;trangers l'un &#224; l'autre). Les transformations du march&#233; du travail par lesquelles chacun doit devenir un petit entrepreneur de lui-m&#234;me ne sont que de p&#226;les esquisses de l'enjeu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;La vie quotidienne na&#238;t d'une double s&#233;paration : du travailleur d'avec ses conditions et concurremment du travail construit comme activit&#233; individuelle parce que s&#233;par&#233; d'avec son caract&#232;re &lt;/i&gt;&lt;i&gt;social&lt;/i&gt;, le travail ne rev&#234;tant pour le travailleur que ses caract&#233;ristiques (en regard du caract&#232;re social qui lui &#233;chappe) relevant d'individus isol&#233;s (en soci&#233;t&#233;). Le travail de l'individu, s&#233;par&#233; de ses formes sociales, fait partie de la vie quotidienne : &#171; Le travail productif (de valeur) continue [avec le d&#233;veloppement de la 'force de nature sociale du travail', nda] de faire face au capital comme travail des &lt;i&gt;ouvriers individuels&lt;/i&gt;, quelles que soient les combinaisons sociales dans lesquelles ces ouvriers entrent dans le proc&#232;s de production. &#187; (Marx, &lt;i&gt;Un Chapitre in&#233;dit du Capital&lt;/i&gt;, &#233;d. 10/18, p. 254).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;h.u62xgq1y6l5d&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Des rapports de production &#224; leurs formes d'apparition&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La vie quotidienne, cet ensemble d'activit&#233;s routini&#232;res, para&#238;t au premier coup d'&#339;il quelque chose de trivial et qui se comprend de soi-m&#234;me : &#171; ouvrir une porte, prendre un verre &#187; comme dit Debord dans sa conf&#233;rence sur la vie quotidienne (&lt;i&gt;IS&lt;/i&gt; n&#176;6). C'est au contraire une chose tr&#232;s complexe, pleine de subtilit&#233;s m&#233;taphysiques et d'arguties th&#233;ologiques. D'o&#249; provient le caract&#232;re &#233;nigmatique de ces activit&#233;s &#224; premi&#232;re vue si simples, n&#233;cessaires et &#171; naturelles &#187; ? Evidemment de leur gen&#232;se et de leur forme elles-m&#234;mes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La valeur de la force de travail devient prix du travail et salaire, la valeur devient prix de production, les prix de production r&#233;sultent d'une p&#233;r&#233;quation des taux de profit (Marx, &lt;i&gt;Th&#233;orie sur la plus-value&lt;/i&gt;, &#233;d. Sociales, t. III, p. 569), le capital lui-m&#234;me quant au profit se divise en salaire du capitaliste et int&#233;r&#234;t, il se subdivise dans sa reproduction en capital financier, commercial, industriel (&lt;i&gt;idem&lt;/i&gt;, p. 573 &#8211; le proc&#232;s de circulation se cristallise en tant que propri&#233;t&#233;s de sortes d&#233;termin&#233;es de capital : industriel, commercial, financier), etc. La valeur produite et reproduite (profit, travail n&#233;cessaire, - plus-value sous toutes ses formes - renouvellement du capital constant), se divise en revenus et &#171; capital &#187; r&#233;sultant des &#233;l&#233;ments du proc&#232;s de production qui, comme choses, sont subjectiv&#233;s. Le processus d'&#171; inversion &#187; constamment pr&#233;sent dans &lt;i&gt;Le Capital&lt;/i&gt; diff&#232;re de l'ali&#233;nation d'un sujet primordial comme celui des &lt;i&gt;Manuscrits de 1844&lt;/i&gt;. Cette inversion c'est l'objectivation des individus, c'est l'envers de la subjectivation des choses, c'est le &#171; monde magique &#187; dans lequel &#171; l'interpellation id&#233;ologique &#187; constitue les &#171; supports &#187; en &lt;i&gt;sujets&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb27&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le fondement de l'id&#233;ologie c'est l'interpellation de chaque individu tel (&#8230;)&#034; id=&#034;nh27&#034;&gt;27&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Dans toute cette s&#233;rie des m&#233;tamorphoses qui vont de la &#171; forme nucl&#233;aire &#187; du capital comme rapport social (&#171; appropriation du travail non pay&#233; d'autrui &#187;) &#224; la &#171; forme d&#233;velopp&#233;e &#187; (la vie quotidienne), les m&#233;tamorphoses affectant les rapports de production sont simultan&#233;es et qui plus est connexes (se d&#233;terminant les unes les autres).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le fondement (raison d'&#234;tre de toutes les m&#233;tamorphoses) c'est la production, n&#233;cessairement &lt;i&gt;reproduction&lt;/i&gt;, devenant autopr&#233;supposition (formes d'apparition, f&#233;tichisme, id&#233;ologie, naturalisation, sujets), tout s'encha&#238;ne &#224; partir de l&#224;. La reproduction n'est pas la suite de la vie de chaque capital individuel, mais une donn&#233;e de la production dans la mesure o&#249; elle suppose la synchronisation des capitaux et les rapports sociaux comme inh&#233;rents aux choses : &#171; Les d&#233;terminations r&#233;sultant du proc&#232;s de circulation se cristallisent en tant que propri&#233;t&#233;s de sortes d&#233;termin&#233;es de capital, capital fixe, circulant etc., et apparaissent ainsi comme des propri&#233;t&#233;s donn&#233;es, qui sont le lot de marchandises d&#233;termin&#233;es du fait de leur mat&#233;rialit&#233;. &#187; (Marx, &lt;i&gt;Th&#233;ories sur la plus-value&lt;/i&gt;, &#233;d. Sociales, t. 3, p. 573)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;On peut sch&#233;matiquement repr&#233;senter le mouvement g&#233;n&#233;ral de la fa&#231;on suivante&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La vie quotidienne c'est : rapports de production =&gt; reproduction qui n'est pas r&#233;p&#233;tition =&gt; rapports de distribution =&gt; autopr&#233;supposition =&gt; toutes les formes d'apparition =&gt; les formes s'autonomisent =&gt; rapport aux rapports de production =&gt; id&#233;ologie =&gt; sujet (ph&#233;nom&#233;nologie) =&gt; vie quotidienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est aussi et surtout dans tout ce processus &lt;i&gt;logique&lt;/i&gt; que se constituent les classes telles qu'engendr&#233;es par les rapports de production, mais qui ne peuvent en &#234;tre un calque du fait de toutes les instances au travers desquelles la production est n&#233;cessairement reproduction (voir plus loin).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Bref commentaire du sch&#233;ma&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La vie quotidienne est toujours d&#233;crite, jamais d&#233;finie, jamais cern&#233;e comme concept (si c'en est un). On a des &#233;l&#233;ments : la r&#233;p&#233;tition, la reproduction, l'opposition aux instances sup&#233;rieures : id&#233;ologie, politique et m&#234;me &#233;conomie dans son objectivit&#233; qui fait toujours face aux individus, quelle que soit leur appartenance de classe, comme destin et in&#233;luctabilit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La reproduction n'est pas &lt;i&gt;innocemment&lt;/i&gt; (sans transformation) la r&#233;p&#233;tition de la production, la transformation de la plus-value en profit n'est pas un recommencement. La reproduction n'est pas une simple r&#233;p&#233;tition, elle a ses lois propres, jusqu'au f&#233;tichisme. Mais s'il s'agit d'une reproduction et r&#233;p&#233;tition de rapports sociaux, comment cette r&#233;p&#233;titiTHEORIE COMMUNISTE N&#176; 27&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;AVANT-PROPOS&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les trois textes qui composent ce n&#176; de Th&#233;orie Communiste se r&#233;pondent, se compl&#232;tent et parfois m&#234;me se r&#233;p&#232;tent. Nous avons choisi de pr&#233;senter d'abord le texte le plus g&#233;n&#233;ral, Vie quotidienne et luttes des classes, mais il est &#233;vident que son origine tient en grande partie au soul&#232;vement des Gilets jaunes dont il est question dans un texte que nous aurions pu placer en t&#234;te, de leurs c&#244;t&#233;s ce sont les &#171; Commentaires sur le n&#176;2 de la revue qu&#233;b&#233;coise Temps Libre &#187; qui posent les fondements de ce qui aurait pu faire l'unit&#233; de ce n&#176; : la d&#233;finition des classes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il existe un mouvement g&#233;n&#233;ral &#224; l'&#233;chelle mondiale, celui que le collectif Ahou ahou ahou, souligne d&#232;s les premi&#232;res lignes de leur livre, La r&#233;volte des Gilets jaunes, histoire d'une lutte de classes (niet&#233;ditions, 2020) : &#171; Dans le monde capitaliste en crise depuis 2008, on ne compte plus les soul&#232;vements. Apr&#232;s les r&#233;voltes dites 'arabes', la fin des ann&#233;es 2010 a vu la paix sociale &#224; nouveau battue en br&#232;che dans de nombreux pays du globe : Alg&#233;rie, Irak, Soudan, Chili, Liban, Iran, Hongkong, Equateur, Catalogne, etc. Partout des manifestations, des &#233;meutes, des occupations de l'espace urbain. Partout des mouvements sans repr&#233;sentants ni encadrement, o&#249; se m&#234;lent des revendications de dignit&#233; sociale et une contestation des syst&#232;mes politiques. Partout des prol&#233;taires et des classes moyennes en voie de marginalisation qui se c&#244;toient derri&#232;re une volont&#233; commune de 'd&#233;gager' des dirigeants que l'on regarde comme coup&#233;s du 'peuple'. La r&#233;volte des Gilets jaunes participe de ce mouvement mondial. &#187; (Ahou, op. cit, p. 5). Ajoutons la Turquie, le Mexique avec Oaxaca, la R&#233;union en 2012, le Br&#233;sil en 2013, la Guyane en 2017, la Birmanie/le Myanmar en 2021, le P&#233;rou en 2023, etc. Si des mouvements de nature diff&#233;rente sont amalgam&#233;s, ce sont les contradictions actuelles des luttes des classes, dont &#171; l'interclassisme &#187; n'est qu'un sympt&#244;me, qui les amalgament.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question que nous posent ces luttes, sans pr&#233;sumer de la suite, se formule ainsi : comment s'effectue, &#224; partir d'eux-m&#234;mes, la transformation des rapports objectifs de la situation dans les rapports de production en rapports de classes et donc en lutte des classes ? Le travail productif est le point de d&#233;part imp&#233;rieux et incontournable de la d&#233;finition des classes, mais il est seulement un point de d&#233;part. C'est dans tout un processus que se constituent les classes telles qu'engendr&#233;es par les rapports de production, mais qui ne peuvent en &#234;tre un calque du fait de toutes les instances au travers desquelles la production est n&#233;cessairement reproduction, qui n'est pas une r&#233;p&#233;tition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le capital ne se reproduit comme rapport social qu'en passant par le moment o&#249; il devient objectivit&#233; &#233;conomique : toutes les conditions du renouvellement du rapport se trouvent, &#224; la fin de chaque cycle, r&#233;unies comme capital en soi face au travail, les instances politiques, juridiques, id&#233;ologiques, morales, les normes sexuelles et de genre, toutes les institutions sociales et &#233;ducatives, et, toujours pr&#233;sentes en chacune, l'Etat, la force coercitive et r&#233;pressive de la police ou de l'arm&#233;e au besoin, deviennent des moments n&#233;cessaires de la reproduction du rapport &#171; purement &#233;conomique &#187;. Dans cette reproduction, les fonctions &#233;conomiques qui ne sont que la mati&#232;re premi&#232;re des classes sont retravaill&#233;es, hach&#233;es, recompos&#233;es pour constituer ce produit que sont les classes, dont cette &#233;trange chose qu'est le prol&#233;tariat, ce perp&#233;tuel nom donn&#233; au pari politique de la production th&#233;orique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La vie quotidienne est devenue le lieu o&#249; se nouent toutes les instances de la reproduction, mais aussi le lieu o&#249; toutes ces instances ne se pr&#233;sentent pas dans leur hi&#233;rarchie th&#233;orique et d&#233;terminative entre la &#171; base &#233;conomique &#187; et les &#171; superstructures &#187;. Le monde familier, quotidien, c'est la m&#233;tamorphose n&#233;cessaire des rapports de production en formes d'apparition, la marchandise et son f&#233;tichisme, la subsomption du travail sous le capital, les rapports de distribution, l'autopr&#233;supposition du capital, l'id&#233;ologie sous laquelle op&#232;rent toutes les pratiques, elle inclut les diff&#233;rences de quotidien, de v&#233;cu comme sujet, entre les hommes et les femmes, entre les classes. C'est sous les formes ultimes, les plus m&#233;diatis&#233;es, sous des formes o&#249; &#224; la fois la m&#233;diation non seulement est devenue invisible, mais o&#249; s'exprime leur contraire direct, que les figures du capital apparaissent comme les agents r&#233;els et les supports imm&#233;diats de la production et qu'ils s'affrontent. Le &#171; mouvement r&#233;el &#187;, celui que la &#171; science &#187; expose, n'est ni un &#171; au-dessus &#187;, ni un &#171; au-del&#224; &#187;, ni ailleurs que dans les dites &#171; formes d'apparition &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est certain qu'avant les ann&#233;es 1970, les conditions de vie jouaient leur r&#244;le dans les luttes ouvri&#232;res, mais elles &#233;taient comme incluses dans les conditions de travail. Lorsque nous parlons maintenant de vie quotidienne, il ne s'agit plus ni de &#171; la vie en bleu &#187;, ni du m&#233;lange d'exaltation et de d&#233;pression de Debord ou Lefebvre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec la restructuration achev&#233;e dans les ann&#233;es 1980, la production de plus-value et la reproduction des conditions de cette production co&#239;ncident. La contradiction entre le prol&#233;tariat et le capital a alors pour contenu essentiel son propre renouvellement, d'o&#249; l'identit&#233; entre la constitution du prol&#233;tariat comme classe et sa contradiction avec le capital, la lutte en tant que classe devient la limite de la lutte de classe. Cette deuxi&#232;me phase de la subsomption r&#233;elle initi&#233;e dans les ann&#233;es 1970 est elle-m&#234;me entr&#233;e aujourd'hui dans une crise sp&#233;cifique qui unifie crise de suraccumulation et crise de sous-consommation dans une crise du rapport salarial puis de la soci&#233;t&#233; salariale ouverte avec la crise dite des &#171; subprimes &#187; (2007-2008). L'importance de l'effet possible des rapports de distribution sur les rapports de production, et leur capacit&#233; &#224; devenir pr&#233;dominants, est bien sp&#233;cifique &#224; la crise actuelle : crise du rapport salarial, double d&#233;connexion entre la reproduction de la force de travail et la valorisation du capital, crise du zonage mondial et de sa mise en abyme, crise de l'Etat d&#233;nationalis&#233;, identit&#233; crise de suraccumulation et de sous-consommation, asyst&#233;mie de la revendication salariale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans chaque cycle de luttes et m&#234;me dans des moments particuliers d'un m&#234;me cycle, c'est un lieu d&#233;termin&#233; devenant un &#171; &#233;clairage universel &#187; qui assigne &#224; toutes les luttes leur rang et leur importance. Dans cette unit&#233; de la vie quotidienne qui les enveloppe, les luttes en entreprises, sur les lieux du proc&#232;s de production imm&#233;diat, et les luttes portant plus ou moins directement sur la reproduction sont chacune limit&#233;e par leur disjonction. Il est impossible de d&#233;terminer dans quel sens la &#171; jonction &#187; peut se faire, d'autant plus qu'il ne peut s'agir d'une &#171; jonction &#187;, mais &#224; partir de multiples luttes particuli&#232;res de la cr&#233;ation d'une situation absolument nouvelle changeant la donne pour toutes les luttes existantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans la vie quotidienne devenant r&#233;ellement le probl&#232;me, c'est-&#224;-dire se contredisant dans la libert&#233; du sujet comme prol&#233;taire, pas de communisation, c'est-&#224;-dire le bouleversement de toutes les relations renversant la hi&#233;rarchie des instances (avec et contre l'&#233;conomie comme toujours &#171; in&#233;vitable &#187; derni&#232;re instance), ne r&#233;glant rien par voie de cons&#233;quence de la pourriture qui colle &#224; la peau des prol&#233;taires et les constitue. Pour les &#171; sujets &#187; conscients, libres, ind&#233;pendants etc., partout il y a des r&#232;glements, des codes, des lois, des fiches de paye, une police, des taxes et des imp&#244;ts qui leur disent tous les jours, &#224; chaque moment, dans chacun de leurs actes, qu'ils ne sont pas les sujets que la propre existence de ces r&#232;glements et de ces codes suppose qu'ils sont. On se r&#233;volte alors contre &#171; sa &#187; vie quotidienne en la voulant, comme les Gilets Jaunes, ce qu'elle ne peut pas &#234;tre. On peut apercevoir avec l'&#233;pid&#233;mie de Covid-19 que ce qui &#171; allait de soi &#187;, devenant des injonctions &#233;tatiques, perdait son &#233;vidence routini&#232;re, cette reproduction &#171; semblable &#224; celle des saisons &#187; comme disait Marx. Il appara&#238;t que la vie quotidienne et son sujet renfermaient une contradiction qui n'avait pas le m&#234;me contenu selon les positions de classes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette contradiction dans la vie quotidienne, c'est la crise du &#171; travailleur libre &#187;, celui assign&#233; &#224; prendre en charge librement sa reproduction comme tel. C'est la transformation de la mobilisation, de l'exploitation et de la reproduction de la force de travail : un &#171; r&#233;encastrement &#187; pervers du travail, non pas dans la &#171; soci&#233;t&#233; &#187; mais dans la vie quotidienne. Une restructuration du mode de production serait une gigantesque transformation des modes de vie : la mobilisation de la force de travail et ses modalit&#233;s d'exploitation bien s&#251;r, mais aussi, de fa&#231;on intriqu&#233;e, l'am&#233;nagement du territoire, les communications, les transports, les modes de consommation et d'alimentation, le logement, l'&#233;ducation, la sant&#233;, le couple et la famille, etc. Une &#171; suppression de la vie quotidienne &#187;, c'est-&#224;-dire une absorption de celle-ci par le travail est un enjeu hautement conflictuel aussi bien comme luttes des classes que pour le mode de production lui-m&#234;me (les deux aspects n'&#233;tant pas &#233;trangers l'un &#224; l'autre).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est la poursuite d'un m&#234;me chemin qui de la r&#233;volution comme communisation nous m&#232;ne au concept de conjoncture et ensuite &#224; celui de vie quotidienne comme la matrice de la conjoncture.on devient-elle &#171; vie quotidienne &#187; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut dire que la vie quotidienne c'est la transformation (production) en &lt;i&gt;ensemble&lt;/i&gt; d'une &lt;i&gt;somme&lt;/i&gt; de rapports sociaux par la construction des &lt;i&gt;sujets&lt;/i&gt;. Rapports sociaux de classes et de genre : travail, type de revenu (leur r&#233;gularit&#233;), famille, habitat (rente fonci&#232;re), besoins, loisirs, &#233;ducation, sant&#233;. Qu'est-ce que le concept de vie quotidienne ajoute &#224; cette somme ? Comment la somme devient-elle &lt;i&gt;ensemble&lt;/i&gt;, c'est-&#224;-dire &lt;i&gt;vie quotidienne&lt;/i&gt; ? Elle est leur conjonction sur des individus produits comme sujets, c'est par l&#224; que la somme devient ensemble. C'est &lt;i&gt;la vie&lt;/i&gt; de ces sujets. La vie quotidienne est cette conjonction de rapports sociaux construisant des sujets &lt;i&gt;dans leur reproduction&lt;/i&gt;. Mais, attention, la reproduction n'est pas r&#233;p&#233;tition de l'identique, elle a ses lois et ses d&#233;terminations propres (f&#233;tichisme, autopr&#233;supposition, &#171; le monde dans lequel on se meut &#224; l'aise &#187;, pas forc&#233;ment avec plaisir, mais c'est celui dans lequel on agit avec les codes connus et reconnus), ce n'est qu'ainsi qu'elle se coagule sur les individus promus (interpell&#233;s) en sujets. Ces rapports sociaux les construisant comme sujets deviennent face &#224; ces sujets des objets de fa&#231;on diff&#233;rente selon leur mode d'interpellation aff&#233;rant &#224; leur position sociale. Cette situation et activit&#233; des sujets face aux rapports qui &lt;i&gt;les constituant&lt;/i&gt; apparaissent comme objet, c'est la vie quotidienne, totalement d&#233;termin&#233;e et tout aussi totalement espace de leur existence personnelle face aux rapports sociaux dont leur propre personne est le r&#233;sultat. Il n'y a pas de vie quotidienne avant le capital et la g&#233;n&#233;ralisation du salariat, avant la reproduction ind&#233;pendante du travailleur &lt;i&gt;libre&lt;/i&gt; et, plus sp&#233;cifiquement, la conjonction, en subsomption r&#233;elle, de la petite et de la grande circulation. La vie quotidienne est alors inscrite dans un antagonisme interne au mode de production capitaliste entre son autopr&#233;supposition, la reproduction de son rapport fondamental et la r&#233;volution constante des conditions de cette m&#234;me reproduction. Il y a de ce fait toujours dans la vie quotidienne une inertie r&#233;siduelle, &#224; la source d'une opposition v&#233;cue &#224; la modernit&#233; avec ses innovations et son &lt;i&gt;avenir&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quelques questions sur le sch&#233;ma&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le sch&#233;ma pr&#233;sent&#233; ci-dessus, trois moments demandent de plus amples explications : la notion de sujet dans son rapport &#224; l'id&#233;ologie ; la r&#233;f&#233;rence &#224; l'approche ph&#233;nom&#233;nologique de ce dit sujet et enfin, fondamentalement, la relation entre mouvement r&#233;el et formes d'apparition. Les quatre premiers moments du sch&#233;ma sont, quant &#224; eux, largement explicit&#233;s par Marx dans les &lt;i&gt;Grundrisse&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Le Capital&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;Les Th&#233;ories sur la plus-value&lt;/i&gt; dont nous faisons d'amples citations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;h.7xoh7lgxeznv&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;De l'id&#233;ologie au sujet et retour&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si nous nous &#233;tendons assez longuement sur cette question de la nature de l'id&#233;ologie, c'est que c'est la question de la gen&#232;se du sujet qui est en jeu, question essentielle pour la d&#233;finition de la vie quotidienne, de ses contradictions et de ses enjeux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la question de la gen&#232;se du sujet se trouve celle de la m&#233;tamorphose des rapports de production en vie quotidienne. Dans la n&#233;cessit&#233; de l'id&#233;ologie se trouve la production du sujet, ma&#238;tre d'&#339;uvre de la vie quotidienne. Au risque d'une tautologie que nous allons chercher &#224; d&#233;passer, il y a id&#233;ologie par l'interpellation des individus en sujets et sujets par l'interpellation de l'id&#233;ologie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si nous laissons de c&#244;t&#233; la manipulation intentionnelle des populations et la propagande qui existent bel et bien mais ne sont que l'&#233;cume de l'id&#233;ologie, l'interpr&#233;tation la plus courante de l'id&#233;ologie est celle de Feuerbach, reprise mot pour mot par Marx dans ses &#171; &#338;uvres de Jeunesse &#187; et que l'on retrouve chez Luk&#225;cs, Kosik, jusque chez Isabelle Garo (&lt;i&gt;L'id&#233;ologie ou la &lt;/i&gt;&lt;strong&gt;VIE QUOTIDIENNE ET LUTTES DES CLASSES&lt;/strong&gt;&lt;i&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;/i&gt;&lt;strong&gt;Eloge des &#171; apparences &#187; et de la confusion.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;h.18ww7ytkoygj Copy 1&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
LA LUTTE DE CLASSE : DE LA PRODUCTION &#192; LA REPRODUCTION&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De la France des &#171; Gilets jaunes &#187; au Chili, en passant par les &#171; Indign&#233;s &#187;, les r&#233;voltes arabes, l'Irak, l'Iran, la Gr&#232;ce, le Liban, la Turquie, Oaxaca au Mexique, la Guadeloupe et la Martinique (2009), Mayotte (2011), La R&#233;union (2012), le Br&#233;sil (2013), la Guyane (2017), tous les mouvement revendicatifs et les gr&#232;ves (principalement quand il s'agit de secteurs ou r&#233;gions o&#249; la classe ouvri&#232;re est majoritairement f&#233;minine), la &lt;i&gt;vie quotidienne&lt;/i&gt; est devenue le lieu et l'enjeu des luttes des classes dans toute leur complexit&#233;, leur confusion, &#224; la fois probl&#232;me, limite et dynamique de leur possible d&#233;passement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la crise de la fin des ann&#233;es 1960, le prol&#233;tariat d&#233;clina, de la fa&#231;on la plus r&#233;formiste &#224; la plus r&#233;volutionnaire, son projet de r&#233;organisation de la soci&#233;t&#233; &#171; sur la base du travail &#187;, qui &#233;tait la r&#233;volution telle qu'elle se pr&#233;sentait alors. Ce mouvement fut bris&#233;, il y eut d&#233;faite ouvri&#232;re. Mai 68 fut battu, l'automne chaud italien (qui dura trois ans) aussi, les vagues de gr&#232;ves sauvages am&#233;ricaines &#233;galement, ainsi que le mouvement assembl&#233;iste espagnol dans les banlieues industrielles de Barcelone et les coordinations de dockers, etc. L'essentiel &#233;tait l&#224; dans les usines &lt;i&gt;et il y est toujours&lt;/i&gt; m&#234;me si ce n'est pas, maintenant, dans la m&#234;me relation avec l'insubordination sociale qui avait gagn&#233; toutes les sph&#232;res de la soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y eut d&#233;faite et restructuration, c'est-&#224;-dire contre-r&#233;volution. On peut m&#234;me parfois dater localement cette d&#233;faite, comme avec la manifestation anti-gr&#233;vistes de la FIAT en 1980, ou la reprise en main patronale et syndicale dans l'automobile en France &#224; la suite des gr&#232;ves violentes et massives de 81-84. La classe capitaliste reprit le pouvoir dans les usines et &lt;i&gt;par-l&#224;&lt;/i&gt; dans l'ensemble de la reproduction sociale. La classe capitaliste brisa tout ce qui confortait une &lt;i&gt;identit&#233; ouvri&#232;re&lt;/i&gt; et l&#233;gitimait le prol&#233;tariat en rival du capital. La restructuration du rapport entre prol&#233;tariat et capital qui s'ensuivit a eu comme cons&#233;quence primordiale de &lt;i&gt;supprimer toute identit&#233; ouvri&#232;re confirm&#233;e dans la reproduction du capital&lt;/i&gt;, ce qui ne signifie absolument pas la disparition des classes, mais une profonde mutation de la lutte des classes au niveau de la reproduction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque nous parlons maintenant de vie quotidienne, il ne s'agit plus de &#171; la vie en bleu &#187; o&#249; toutes les conditions de vie, les lieux, les fr&#233;quentations n'&#233;taient que des d&#233;terminations &lt;i&gt;en cons&#233;quence&lt;/i&gt; de cette identit&#233; ouvri&#232;re dont le centre &#233;tait l'usine et un rapport au capital qui confirmait cette identit&#233; dans toutes ses modalit&#233;s &#171; en bleu &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette mutation de la lutte des classes, nous pouvons la saisir dans les contradictions et les limites de l'ancien cycle de luttes, celui de l'identit&#233; ouvri&#232;re, dans son ach&#232;vement &#224; la fin des ann&#233;es 1960 et au d&#233;but des ann&#233;es 1970. D'un c&#244;t&#233;, une identit&#233; ouvri&#232;re forte, confirm&#233;e dans la reproduction du capital existait sur la base de la &#171; grande usine &#187;, de l'int&#233;gration de la reproduction de la force de travail dans le cycle propre du capital, d'un autre c&#244;t&#233;, les raisons m&#234;mes qui la faisaient exister lui interdisaient imm&#233;diatement tout d&#233;but de r&#233;alisation, de passage &#224; l'effectivit&#233;. L'O.S., qu'il f&#251;t du Sud ou du Nord de l'Italie, ou en France de Biskra ou de Ouarzazate, n'avait rien &#224; prendre en charge, n'avait rien &#224; g&#233;rer et ce qui le justifiait et le faisait encore agir comme membre d'un grand mouvement ouvrier (l'int&#233;gration conflictuelle de la reconnaissance et de la reproduction de la classe ouvri&#232;re dans la reproduction du capital) &#233;tait la n&#233;gation m&#234;me de l'autonomie n&#233;cessaire au moindre d&#233;but de r&#233;alisation d'une quelconque affirmation de lui-m&#234;me en tant qu'ouvrier et d'&#233;mancipation du travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans &lt;i&gt;TC&lt;/i&gt; n&#176; 21 (mars 2007), nous &#233;crivions :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Cette contradiction interne au cours de la lutte de classe appara&#238;t en Italie d'une fa&#231;on bien concr&#232;te, &#224; partir du milieu des ann&#233;es 1960, dans l'extension des luttes en dehors de l'usine. D'une part, la figure centrale de la classe ouvri&#232;re italienne, celle par laquelle est structur&#233;e toute la lutte de classe, est celle du Triangle industriel Milan &#8211; Turin &#8211; G&#234;nes et, dans ce Triangle, principalement les ouvriers productifs des grandes entreprises. D'autre part, une telle concentration implique et n'existe que par la socialisation et la massification de la classe ouvri&#232;re au-del&#224; du proc&#232;s de production imm&#233;diat. La lutte ouvri&#232;re c'est aussi la ville, les transports, le logement, toute la vie sociale. &lt;i&gt;En englobant toute la vie quotidienne, la lutte de classe devenait un refus de la condition ouvri&#232;re, mais elle n'englobait toute la vie quotidienne&lt;/i&gt; &lt;i&gt;qu'&#224; partir de l'usine&lt;/i&gt; [nous soulignons], cette extension m&#234;me n'existait que sous le leadership, la tutelle de l'ouvrier de la grande usine : Turin, c'est FIAT. Ce mouvement contient en fait une contradiction entre, d'une part, la figure centrale de l'identit&#233; ouvri&#232;re, encore dominante et structurant la lutte de classe, &#224; partir de laquelle il existe et, d'autre part, &lt;i&gt;la lutte sur l'ensemble de la reproduction&lt;/i&gt; [idem] qui ne peut alors donner tout ce qu'elle contient, c'est-&#224;-dire &lt;i&gt;la remise en cause de la condition ouvri&#232;re elle-m&#234;me, du fait du premier terme&lt;/i&gt; [idem]. La lutte sur le salaire est le lieu de cette contradiction, l&#224; o&#249; elle devient concr&#232;te. Ce que les op&#233;ra&#239;stes, dans une probl&#233;matique et une perspective programmatique, ont th&#233;oris&#233; comme &#171; salaire politique &#187; ou &#171; autovalorisation de la classe ouvri&#232;re &#187; &#233;tait, comme pratique, comme lutte particuli&#232;re, cette contradiction o&#249;, &#224; partir de sa situation m&#234;me comme ouvrier et, &lt;i&gt;&#224; l'int&#233;rieur de celle-ci&lt;/i&gt;, &#233;tait remise en cause sa reproduction en tant que tel. La revendication du pouvoir&lt;strong&gt; &lt;/strong&gt;ouvrier dans l'usine coexiste avec le refus de vivre en dehors comme un ouvrier et d'&#234;tre employ&#233; comme ouvrier dans cette usine m&#234;me. La lutte de classe se d&#233;veloppe dans cette configuration hautement instable et contradictoire dans laquelle c'est le travail qui se refuse &#224; fonctionner, dans le capitalisme, comme force de travail. L'autonomie en est le r&#233;sultat et l'utopie pratique : exister pour soi comme travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;L'autonomie ne peut &#234;tre que programmatique&lt;/i&gt;, parce qu'elle est par nature l'autonomie &lt;i&gt;ouvri&#232;re&lt;/i&gt;. Le mouvement de 1969 est toujours un mouvement d'affirmation du prol&#233;tariat et d'&#233;mancipation du travail, c'est sa caract&#233;risation dominante, ce n'est que dans cette caract&#233;risation dominante et &#224; partir d'elle que l'on peut comprendre ce qui alors, en elle, est sa remise en cause, son impossibilit&#233;. Ce sont ces m&#234;mes OS qui sabotent et organisent les d&#233;fil&#233;s qui se regroupent dans les CUB comme &#224; Pirelli ou se retrouvent &#224; l'Assembl&#233;e ouvriers-&#233;tudiants de Turin. C'est cette situation qui fait toute l'originalit&#233; et l'importance tant historique que th&#233;orique de cette p&#233;riode. &#187; (p. 37)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ensuite, en 1977, &#224; Bologne et ailleurs en Italie, l'usine n'est plus le centre de la lutte, qui se situe au niveau de la reproduction d'ensemble du rapport social capitaliste, conjointement l'affrontement avec l'Etat s'effectue au-del&#224; d'une probl&#233;matique de prise de pouvoir, cependant le discours est toujours celui d'une perspective d'affirmation ouvri&#232;re comportant sa remise en cause. Au d&#233;but des ann&#233;es 1980, avec le mouvement des &#171; autoconvocations &#187;, les luttes se fracturent entre secteurs &#171; privil&#233;gi&#233;s &#187; et pr&#233;caires, et/ou se perdent dans une critique romantique et &#171; d&#233;sirante &#187; de la vie quotidienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La restructuration des ann&#233;es 1970-1980 fit passer la contradiction entre le prol&#233;tariat et le capital au niveau de sa propre reproduction, en tant que crise de cette relation, la crise de 2008, &#224; son tour, posa la surd&#233;termination des rapports de distribution sur les rapports de production, il s'en est suivi que l'exploitation et la production de valeur qui sont le c&#339;ur du mode de production capitaliste se sont r&#233;pandus et &lt;i&gt;existent&lt;/i&gt; dans la reproduction d'ensemble, globale qu'est la vie quotidienne dans son f&#233;tichisme, ses id&#233;ologies et ses mythes, mais aussi et par l&#224;-m&#234;me dans sa capacit&#233; &#224; remettre en cause toutes les instances du mode de production et avant tout l'&#233;conomie comme d&#233;termination en derni&#232;re instance. &lt;i&gt;Sans cette ultime remise en cause tout mouvement r&#233;volutionnaire implique une restructuration du capital comme sa d&#233;faite.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A partir de ces restructurations et modifications, on comprend la mutation de la relation entre la vie quotidienne et les luttes directement li&#233;es &#224; un lieu de production. Nous reviendrons plus loin (chapitre &lt;i&gt;Vie quotidienne et conjoncture&lt;/i&gt;) sur les probl&#232;mes actuels de la &#171; liaison &#187;&lt;strong&gt; &lt;/strong&gt;entre les luttes &#171; classiques &#187; sur les lieux de production et les luttes globales sur la reproduction et la vie quotidienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors qu'&#224; l'apog&#233;e du cycle de luttes pr&#233;c&#233;dent, &#224; la fin des ann&#233;es 1960, les luttes embl&#233;matiques se d&#233;roulaient chez General Motors, &#224; Renault Billancourt ou &#224; la Fiat, les luttes embl&#233;matiques se fixent aujourd'hui sur l'ensemble de la reproduction. Au risque de forcer par une volont&#233; &#171; th&#233;oriciste &#187; la nature et le sens de la p&#233;riode, il s'agit dans ce bouillon de culture que sont actuellement les luttes des classes d'y discerner la matrice possible d'une r&#233;volution comme communisation. Soit, nous estimons qu'il s'agit d'attendre que les rapports de production remettent tout le monde en place, soit, sachant que le &#171; rappel &#224; l'ordre &#187; des rapports de production ne s'effectue que dans leurs formes d'apparition constituant la vie quotidienne, c'est ce chaos que sont les luttes de classes dans chaque aire nationale ou r&#233;gionale et au niveau mondial qu'il s'agit de d&#233;crypter comme un faible &#233;clat de phare dans le brouillard. Tel est l'enjeu de ce texte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;h.7jxkbf8d4pln Copy 1&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LA VIE QUOTIDIENNE, REMEDE A LA MALADIE DE MATURITE DE LA THEORIE DE LA COMMUNISATION&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;h.knodkplf90zj Copy 1&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'exploitation n'est pas une &#233;quation&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis la critique du programmatisme et ses tentatives de d&#233;passement th&#233;orique, la pens&#233;e spontan&#233;e des th&#233;oriciens de la r&#233;volution comporte souvent une sorte de point obscur, un angle mort, quelque chose que leur probl&#233;matique r&#233;sultant de cette critique exclut. Le prol&#233;tariat n'existerait et n'agirait que de par sa constitution et situation dans l'exploitation consid&#233;r&#233;es de la fa&#231;on la plus radicalement abstraite, c'est-&#224;-dire comptable : la retenue d'un surplus de valeur, abstraction faite de toutes les conditions pour qu'existe cette simple &#233;quation que devient la plus-value. L'id&#233;ologie (quelle qu'elle soit) et les pratiques revendicatives et/ou &#171; &#233;meuti&#232;res &#187; op&#233;rant sous une id&#233;ologie ne pourraient &#234;tre que le fait de la petite bourgeoisie ou des classes moyennes (couramment : la politique, la justice, les demandes adress&#233;es &#224; un Etat de droit, les services publics, l'&#233;cologie, etc.). La classe ouvri&#232;re &#171; en tant que telle &#187;, sauf &#224; se laisser entra&#238;ner dans un combat qui n'est pas &lt;i&gt;essentiellement&lt;/i&gt; le sien (ou une r&#233;surgence du programmatisme), en serait comme g&#233;n&#233;tiquement pr&#233;serv&#233;e (sauf quelques prol&#233;taires &#171; &#224; titre individuel &#187;)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb28&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir Astarian et Ferro, Le M&#233;nage &#224; trois de la lutte des classes, &#233;d. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh28&#034;&gt;28&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Pourtant, elle combattit au nom de la religion, de la morale, du droit, de la libert&#233;, de l'&#233;galit&#233;, mais cela appartiendrait &#224; ses ann&#233;es de formation, &#224; sa &#171; jeunesse &#187;. C'est oublier que, depuis la restructuration des ann&#233;es 1970-1980, le prol&#233;tariat est bien s&#251;r toujours d&#233;fini et m&#251; par cette contradiction qu'est l'exploitation. Si elle ne s'est jamais r&#233;duite &#224; une simple &#233;quation, dans le mode de production tel que restructur&#233;, elle se situe au niveau de la &lt;i&gt;reproduction du rapport&lt;/i&gt; (voir infra). Cela signifie que pour le prol&#233;tariat toute son existence n'est que celle des cat&#233;gories du capital et ces derni&#232;res sont bien loin d'&#234;tre et d'exister sans leurs formes d'apparition et leurs id&#233;ologies. Alors que dans cette &#171; pens&#233;e th&#233;orique &#187; formelle et normative, la classe ouvri&#232;re n'agirait maintenant, en tant que telle, &#171; conform&#233;ment &#224; sa nature &#187;, que dans la mesure o&#249; elle se contenterait de dire &#171; un sou est un sou &#187; ; en dehors de cela point de salut, elle tomberait dans l'id&#233;ologie et, ce faisant, ne serait plus ce qu'elle est conform&#233;ment &#224; son &#234;tre. Comme si, m&#234;me en supposant que &#171; un sou est un sou &#187; d&#233;finisse les &#171; vraies &#187; luttes ouvri&#232;res, cela ne renfermait aucune id&#233;ologie : le prix du travail, les rapports de distribution, la juste reproduction des rapports d'exploitation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Non, la classe ouvri&#232;re s'int&#233;resse aussi, &lt;i&gt;comme tout le monde&lt;/i&gt;, dans toutes sortes de conflits internes et avec les autres classes, et cela fait partie de ses pratiques, au fonctionnement de l'Etat, &#224; la justice, &#224; la fiscalit&#233;, &#224; la corruption des &#233;lites, aux services publics, &#224; l'Etat, aux rapports de genre, au racisme, &#224; l'environnement et, surtout et avant tout, au contenu de son assiette, pas de la m&#234;me fa&#231;on que les autres classes, mais ni plus ni moins. D'autant plus que c'est l&#224;, dans son assiette, que tout s'ach&#232;ve, toute la reproduction, la circulation, l'&#233;quilibre entre les sections I et II, etc.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb29&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; &#8230;la production de capital constant ne se fait jamais pour elle-m&#234;me, mais (&#8230;)&#034; id=&#034;nh29&#034;&gt;29&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Nous reviendrons sur l'identit&#233; entre suraccumulation et sous-consommation dans la crise actuelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut faire du prol&#233;tariat une sorte d'Ovni social et cela fut fait (voir &lt;i&gt;l'Id&#233;ologie allemande&lt;/i&gt; et la &#171; classe universelle &#187; d&#233;j&#224; au-del&#224; des rapports capitalistes &#8211; derni&#232;res pages du &#171; &lt;i&gt;Feuerbach &lt;/i&gt; &#187; ; &lt;i&gt;l'Introduction de 1843&lt;/i&gt; et le prol&#233;tariat comme la &#171; d&#233;composition de la soci&#233;t&#233; &#187;, &#171; la classe qui n'est pas une classe &#187;, ou alors la classe qui n'existe que dans le Parti &#8211; Bordiga, etc.), mais si le prol&#233;tariat est une classe de cette soci&#233;t&#233;, il est &lt;i&gt;absurde&lt;/i&gt; d'envisager son activit&#233; en dehors des formes d'apparition et de toute id&#233;ologie, comme se r&#233;f&#233;rant &lt;i&gt;directement&lt;/i&gt; aux rapports de production et ce jusque dans ce que nous pouvons conjecturer comme activit&#233; r&#233;volutionnaire. Il est &#171; heureux &#187; qu'il en soit ainsi car cela signifie que, dans cette soci&#233;t&#233;, rien d'elle ne sera aboli par &#171; voie de cons&#233;quence &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le prol&#233;tariat n'existe pas d'abord comme tel (exploit&#233;, &#171; sans r&#233;serve &#187;, contradiction entre travail n&#233;cessaire/surtravail, etc.) et seulement ensuite travers&#233; par toutes sortes de &#171; surd&#233;terminations &#187;, comme si, par exemple, le prol&#233;tariat &#233;tait blanc et masculin, ce qui est alors implicitement pr&#233;suppos&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb30&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cela nous conduit par exemple &#224; une consid&#233;ration qui peut para&#238;tre si (&#8230;)&#034; id=&#034;nh30&#034;&gt;30&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#202;tre une classe n'existant que comme rapport au capital, c'est poss&#233;der de fa&#231;on &lt;i&gt;int&#233;rieure&lt;/i&gt; toutes les segmentations et contradictions produites par les cat&#233;gories du mode de production capitaliste. Quand les camarades d'&lt;i&gt;Il lato Cattivo &lt;/i&gt;soulignent de fa&#231;on critique une tendance actuelle &lt;i&gt;&#171; &#224; d&#233;placer le barycentre primordial et irrempla&#231;able de la th&#233;orie elle-m&#234;me de l'exploitation de classe aux antagonismes englob&#233;s, d&#233;pourvus de dynamique propre ... &#187; (texte de pr&#233;sentation d'Il lato cattivo sur le site web Dndf &#8211; Des nouvelles du front), il faut r&#233;pondre que les antagonismes auxquels fait r&#233;f&#233;rence Il lato cattivo ne sont pas des &#171; antagonismes englob&#233;s &#187; dont il faudrait chercher &#171; la dynamique propre &#187;, mais que ces d&#233;terminations sont tout simplement constitutives de l'exploitation. Comment penser l'exploitation de la force de travail sans la distinction entre les hommes et les femmes ou sans la segmentation raciale (m&#234;me si cette derni&#232;re n'est pas appr&#233;hendable au m&#234;me niveau conceptuel, voir TC 26) ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le prol&#233;tariat luttant &#171; en tant que tel &#187; n'est pas un &lt;i&gt;pr&#233;alable&lt;/i&gt; &#224; la r&#233;volution ou, plus pr&#233;cis&#233;ment, &#224; la communisation. C'est une contradiction dans les termes, il y a l&#224; une incoh&#233;rence constitutive entre d'une part l'affirmation de la r&#233;volution comme communisation et, d'autre part, soutenir que cette r&#233;volution n&#233;cessite une recomposition pr&#233;alable de la classe en &#171; acteur collectif &#187;, &#171; agissant en tant que telle &#187; semblable &#224; ce qu'elle &#233;tait quand la r&#233;volution &#233;tait affirmation du prol&#233;tariat et lib&#233;ration du travail : formellement semblable mais avec un contenu autre. La communisation n'est pas un nouveau programme enfin conforme &#224; &#171; l'&#234;tre de la classe &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb31&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dans le cours de la lutte r&#233;volutionnaire, l'abolition de l'Etat, de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh31&#034;&gt;31&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Consid&#233;rer comme un pr&#233;alable ou une condition la constitution du prol&#233;tariat &#171; en tant que tel &#187;, revient &#224; consid&#233;rer que la communisation n'est pas le d&#233;passement produit d'une situation o&#249;, de multiples fa&#231;ons, lutter en tant que classe est la limite de la lutte de classe mais, au mieux, le nouveau programme ou, au pire, celui qui fut toujours mais, maintenant, enfin r&#233;alisable. C'est dans la confusion d'une &lt;i&gt;conjoncture&lt;/i&gt;, c'est-&#224;-dire le bouleversement de la hi&#233;rarchie d&#233;terminative des instances qui jusque-l&#224; reproduisaient l'&#233;conomie comme d&#233;terminante&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb32&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir plus loin &#224; propos du concept de conjoncture.&#034; id=&#034;nh32&#034;&gt;32&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ; c'est dans l'intrication de toutes les instances &#224; l'int&#233;rieur de la lutte des classes &lt;i&gt;dont l'interclassisme est le sympt&#244;me&lt;/i&gt;, que le prol&#233;tariat, par son engagement m&#234;me dans ces luttes, produit son appartenance de classe comme contrainte ext&#233;rieure et prend les &#171; mesures &#187; qui absorbent et d&#233;truisent la soci&#233;t&#233;, ce qui, pour le prol&#233;tariat, est la r&#233;alit&#233; en actes de son abolition. &lt;i&gt;Sa lutte &#171; en tant que tel &#187; ne peut pas &#234;tre un pr&#233;alable (m&#234;me th&#233;orique), un d&#233;gagement, mais la pratique de sa disparition&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si on n'a pas produit dans le cycle de luttes actuel le concept et l'importance de la vie quotidienne, on ne peut pas comprendre la pr&#233;gnance de l'interclassisme et les enjeux qu'il comporte. Pour diff&#233;rencier les positions et les pratiques de chaque classe, ce n'est pas d'une &#171; nature essentielle &#187; de chacune qu'il faut partir, mais de la situation globale &lt;i&gt;conceptuellement d&#233;finie&lt;/i&gt; par la contradiction entre le prol&#233;tariat et le capital (travail productif / exploitation / contradiction entre travail n&#233;cessaire et surtravail / le capital comme contradiction en proc&#232;s) qui, dans un moment et une crise particuliers, donne sens et informe la position objective de chaque classe, &lt;i&gt;position objective qui, &#171; en soi &#187;, n'est qu'une mati&#232;re premi&#232;re&lt;/i&gt;. Le probl&#232;me n'est pas en soi &#171; l'interclassisme &#187; des luttes mais le niveau et le proc&#232;s historiquement sp&#233;cifique de constitution des contradictions qui, &#224; l'int&#233;rieur du mode de production capitaliste, dans sa crise pr&#233;sente, le produit. L'interclassisme n'est pas le probl&#232;me, celui-ci r&#233;side dans la d&#233;finition de la situation qui le produit et, alors, dans l'&#233;valuation des dynamiques de cette situation. Les contradictions n'existent que sp&#233;cifiquement d&#233;finies dans l'histoire du mode de production capitaliste (nous revenons sur la question de l'interclassisme dans le texte sur les Gilets jaunes dans ce n&#176; de &lt;i&gt;TC&lt;/i&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut toujours en revenir &#224; la critique de cette affirmation catastrophique de Marx dans &lt;i&gt;La Sainte Famille&lt;/i&gt; : &#171; Il ne s'agit pas de savoir quel but tel ou tel prol&#233;taire, ou m&#234;me le prol&#233;tariat tout entier, se &lt;i&gt;repr&#233;sente&lt;/i&gt; momentan&#233;ment. Il s'agit de savoir &lt;i&gt;ce que&lt;/i&gt; le prol&#233;tariat &lt;i&gt;est&lt;/i&gt; et ce qu'il sera oblig&#233; de faire, conform&#233;ment &#224; cet &lt;i&gt;&#234;tre&lt;/i&gt;. &#187; (&lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;, &#233;d. Sociales, p. 48.). Le d&#233;passement r&#233;volutionnaire du mode de production capitaliste est un &lt;i&gt;d&#233;passement produit&lt;/i&gt;, une sorte de point historique inconnu, une &lt;i&gt;conjoncture&lt;/i&gt;, m&#234;me si cela n'est pas fortuit en regard de ce qu'est le capital comme contradiction en proc&#232;s. Consid&#233;rer le cours des choses sur la base du Marx de &lt;i&gt;La Sainte Famille&lt;/i&gt; ne pourrait que nous conforter dans un normativisme bien tranquille : la situation est telle, mais nous savons que ce n'est qu'une &#171; disharmonie &#187; momentan&#233;e, cela parce que l'avenir nous appartient, mais, surtout, parce que, &lt;i&gt;d&#232;s maintenant&lt;/i&gt;, ce qu'il se passe, c'est-&#224;-dire ce que fait le prol&#233;tariat, ne correspond pas &#224; l'&#234;tre que nous (&#171; La Th&#233;orie &#187;) nous connaissons, en quelque sorte ce n'est pas &#171; rationnel &#187; et donc &#224; peine &#171; r&#233;el &#187;. Selon les occasions, les prol&#233;taires ne seraient l&#224; qu'anecdotiquement, &#171; &#224; titre individuel &#187; et non &#171; en tant que tels &#187;, c'est-&#224;-dire tels que nous savons (c'est-&#224;-dire que &#171; La Th&#233;orie &#187; sait), qu'ils doivent &#234;tre conform&#233;ment &#224; leur &#234;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;faut principal de ce n&#233;o-programmatisme&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb33&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Actuellement, notre petit milieu de production th&#233;orique semble se scinder (&#8230;)&#034; id=&#034;nh33&#034;&gt;33&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; est de concevoir toute la p&#233;riode qui s'ach&#232;ve (le mode de production tel que restructur&#233; dans les ann&#233;es 1970-1980) de fa&#231;on n&#233;gative, c'est-&#224;-dire comme disparition des caract&#233;ristiques pr&#233;c&#233;dentes (celles du fordisme, pour simplifier) et non pas comme ayant produit de nouveaux types de contradictions, un peu comme un long processus d'essoufflement des d&#233;terminations pr&#233;c&#233;dentes. De ce fait le contenu des luttes de ce cycle serait avant tout une r&#233;action &#224; cet essoufflement. Nous perdrions alors quelques caract&#233;ristiques majeures de ce cycle de luttes : la contradiction entre les THEORIE COMMUNISTE N&#176; 27&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;AVANT-PROPOS&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les trois textes qui composent ce n&#176; de Th&#233;orie Communiste se r&#233;pondent, se compl&#232;tent et parfois m&#234;me se r&#233;p&#232;tent. Nous avons choisi de pr&#233;senter d'abord le texte le plus g&#233;n&#233;ral, Vie quotidienne et luttes des classes, mais il est &#233;vident que son origine tient en grande partie au soul&#232;vement des Gilets jaunes dont il est question dans un texte que nous aurions pu placer en t&#234;te, de leurs c&#244;t&#233;s ce sont les &#171; Commentaires sur le n&#176;2 de la revue qu&#233;b&#233;coise Temps Libre &#187; qui posent les fondements de ce qui aurait pu faire l'unit&#233; de ce n&#176; : la d&#233;finition des classes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il existe un mouvement g&#233;n&#233;ral &#224; l'&#233;chelle mondiale, celui que le collectif Ahou ahou ahou, souligne d&#232;s les premi&#232;res lignes de leur livre, La r&#233;volte des Gilets jaunes, histoire d'une lutte de classes (niet&#233;ditions, 2020) : &#171; Dans le monde capitaliste en crise depuis 2008, on ne compte plus les soul&#232;vements. Apr&#232;s les r&#233;voltes dites 'arabes', la fin des ann&#233;es 2010 a vu la paix sociale &#224; nouveau battue en br&#232;che dans de nombreux pays du globe : Alg&#233;rie, Irak, Soudan, Chili, Liban, Iran, Hongkong, Equateur, Catalogne, etc. Partout des manifestations, des &#233;meutes, des occupations de l'espace urbain. Partout des mouvements sans repr&#233;sentants ni encadrement, o&#249; se m&#234;lent des revendications de dignit&#233; sociale et une contestation des syst&#232;mes politiques. Partout des prol&#233;taires et des classes moyennes en voie de marginalisation qui se c&#244;toient derri&#232;re une volont&#233; commune de 'd&#233;gager' des dirigeants que l'on regarde comme coup&#233;s du 'peuple'. La r&#233;volte des Gilets jaunes participe de ce mouvement mondial. &#187; (Ahou, op. cit, p. 5). Ajoutons la Turquie, le Mexique avec Oaxaca, la R&#233;union en 2012, le Br&#233;sil en 2013, la Guyane en 2017, la Birmanie/le Myanmar en 2021, le P&#233;rou en 2023, etc. Si des mouvements de nature diff&#233;rente sont amalgam&#233;s, ce sont les contradictions actuelles des luttes des classes, dont &#171; l'interclassisme &#187; n'est qu'un sympt&#244;me, qui les amalgament.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question que nous posent ces luttes, sans pr&#233;sumer de la suite, se formule ainsi : comment s'effectue, &#224; partir d'eux-m&#234;mes, la transformation des rapports objectifs de la situation dans les rapports de production en rapports de classes et donc en lutte des classes ? Le travail productif est le point de d&#233;part imp&#233;rieux et incontournable de la d&#233;finition des classes, mais il est seulement un point de d&#233;part. C'est dans tout un processus que se constituent les classes telles qu'engendr&#233;es par les rapports de production, mais qui ne peuvent en &#234;tre un calque du fait de toutes les instances au travers desquelles la production est n&#233;cessairement reproduction, qui n'est pas une r&#233;p&#233;tition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le capital ne se reproduit comme rapport social qu'en passant par le moment o&#249; il devient objectivit&#233; &#233;conomique : toutes les conditions du renouvellement du rapport se trouvent, &#224; la fin de chaque cycle, r&#233;unies comme capital en soi face au travail, les instances politiques, juridiques, id&#233;ologiques, morales, les normes sexuelles et de genre, toutes les institutions sociales et &#233;ducatives, et, toujours pr&#233;sentes en chacune, l'Etat, la force coercitive et r&#233;pressive de la police ou de l'arm&#233;e au besoin, deviennent des moments n&#233;cessaires de la reproduction du rapport &#171; purement &#233;conomique &#187;. Dans cette reproduction, les fonctions &#233;conomiques qui ne sont que la mati&#232;re premi&#232;re des classes sont retravaill&#233;es, hach&#233;es, recompos&#233;es pour constituer ce produit que sont les classes, dont cette &#233;trange chose qu'est le prol&#233;tariat, ce perp&#233;tuel nom donn&#233; au pari politique de la production th&#233;orique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La vie quotidienne est devenue le lieu o&#249; se nouent toutes les instances de la reproduction, mais aussi le lieu o&#249; toutes ces instances ne se pr&#233;sentent pas dans leur hi&#233;rarchie th&#233;orique et d&#233;terminative entre la &#171; base &#233;conomique &#187; et les &#171; superstructures &#187;. Le monde familier, quotidien, c'est la m&#233;tamorphose n&#233;cessaire des rapports de production en formes d'apparition, la marchandise et son f&#233;tichisme, la subsomption du travail sous le capital, les rapports de distribution, l'autopr&#233;supposition du capital, l'id&#233;ologie sous laquelle op&#232;rent toutes les pratiques, elle inclut les diff&#233;rences de quotidien, de v&#233;cu comme sujet, entre les hommes et les femmes, entre les classes. C'est sous les formes ultimes, les plus m&#233;diatis&#233;es, sous des formes o&#249; &#224; la fois la m&#233;diation non seulement est devenue invisible, mais o&#249; s'exprime leur contraire direct, que les figures du capital apparaissent comme les agents r&#233;els et les supports imm&#233;diats de la production et qu'ils s'affrontent. Le &#171; mouvement r&#233;el &#187;, celui que la &#171; science &#187; expose, n'est ni un &#171; au-dessus &#187;, ni un &#171; au-del&#224; &#187;, ni ailleurs que dans les dites &#171; formes d'apparition &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est certain qu'avant les ann&#233;es 1970, les conditions de vie jouaient leur r&#244;le dans les luttes ouvri&#232;res, mais elles &#233;taient comme incluses dans les conditions de travail. Lorsque nous parlons maintenant de vie quotidienne, il ne s'agit plus ni de &#171; la vie en bleu &#187;, ni du m&#233;lange d'exaltation et de d&#233;pression de Debord ou Lefebvre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec la restructuration achev&#233;e dans les ann&#233;es 1980, la production de plus-value et la reproduction des conditions de cette production co&#239;ncident. La contradiction entre le prol&#233;tariat et le capital a alors pour contenu essentiel son propre renouvellement, d'o&#249; l'identit&#233; entre la constitution du prol&#233;tariat comme classe et sa contradiction avec le capital, la lutte en tant que classe devient la limite de la lutte de classe. Cette deuxi&#232;me phase de la subsomption r&#233;elle initi&#233;e dans les ann&#233;es 1970 est elle-m&#234;me entr&#233;e aujourd'hui dans une crise sp&#233;cifique qui unifie crise de suraccumulation et crise de sous-consommation dans une crise du rapport salarial puis de la soci&#233;t&#233; salariale ouverte avec la crise dite des &#171; subprimes &#187; (2007-2008). L'importance de l'effet possible des rapports de distribution sur les rapports de production, et leur capacit&#233; &#224; devenir pr&#233;dominants, est bien sp&#233;cifique &#224; la crise actuelle : crise du rapport salarial, double d&#233;connexion entre la reproduction de la force de travail et la valorisation du capital, crise du zonage mondial et de sa mise en abyme, crise de l'Etat d&#233;nationalis&#233;, identit&#233; crise de suraccumulation et de sous-consommation, asyst&#233;mie de la revendication salariale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans chaque cycle de luttes et m&#234;me dans des moments particuliers d'un m&#234;me cycle, c'est un lieu d&#233;termin&#233; devenant un &#171; &#233;clairage universel &#187; qui assigne &#224; toutes les luttes leur rang et leur importance. Dans cette unit&#233; de la vie quotidienne qui les enveloppe, les luttes en entreprises, sur les lieux du proc&#232;s de production imm&#233;diat, et les luttes portant plus ou moins directement sur la reproduction sont chacune limit&#233;e par leur disjonction. Il est impossible de d&#233;terminer dans quel sens la &#171; jonction &#187; peut se faire, d'autant plus qu'il ne peut s'agir d'une &#171; jonction &#187;, mais &#224; partir de multiples luttes particuli&#232;res de la cr&#233;ation d'une situation absolument nouvelle changeant la donne pour toutes les luttes existantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans la vie quotidienne devenant r&#233;ellement le probl&#232;me, c'est-&#224;-dire se contredisant dans la libert&#233; du sujet comme prol&#233;taire, pas de communisation, c'est-&#224;-dire le bouleversement de toutes les relations renversant la hi&#233;rarchie des instances (avec et contre l'&#233;conomie comme toujours &#171; in&#233;vitable &#187; derni&#232;re instance), ne r&#233;glant rien par voie de cons&#233;quence de la pourriture qui colle &#224; la peau des prol&#233;taires et les constitue. Pour les &#171; sujets &#187; conscients, libres, ind&#233;pendants etc., partout il y a des r&#232;glements, des codes, des lois, des fiches de paye, une police, des taxes et des imp&#244;ts qui leur disent tous les jours, &#224; chaque moment, dans chacun de leurs actes, qu'ils ne sont pas les sujets que la propre existence de ces r&#232;glements et de ces codes suppose qu'ils sont. On se r&#233;volte alors contre &#171; sa &#187; vie quotidienne en la voulant, comme les Gilets Jaunes, ce qu'elle ne peut pas &#234;tre. On peut apercevoir avec l'&#233;pid&#233;mie de Covid-19 que ce qui &#171; allait de soi &#187;, devenant des injonctions &#233;tatiques, perdait son &#233;vidence routini&#232;re, cette reproduction &#171; semblable &#224; celle des saisons &#187; comme disait Marx. Il appara&#238;t que la vie quotidienne et son sujet renfermaient une contradiction qui n'avait pas le m&#234;me contenu selon les positions de classes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette contradiction dans la vie quotidienne, c'est la crise du &#171; travailleur libre &#187;, celui assign&#233; &#224; prendre en charge librement sa reproduction comme tel. C'est la transformation de la mobilisation, de l'exploitation et de la reproduction de la force de travail : un &#171; r&#233;encastrement &#187; pervers du travail, non pas dans la &#171; soci&#233;t&#233; &#187; mais dans la vie quotidienne. Une restructuration du mode de production serait une gigantesque transformation des modes de vie : la mobilisation de la force de travail et ses modalit&#233;s d'exploitation bien s&#251;r, mais aussi, de fa&#231;on intriqu&#233;e, l'am&#233;nagement du territoire, les communications, les transports, les modes de consommation et d'alimentation, le logement, l'&#233;ducation, la sant&#233;, le couple et la famille, etc. Une &#171; suppression de la vie quotidienne &#187;, c'est-&#224;-dire une absorption de celle-ci par le travail est un enjeu hautement conflictuel aussi bien comme luttes des classes que pour le mode de production lui-m&#234;me (les deux aspects n'&#233;tant pas &#233;trangers l'un &#224; l'autre).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est la poursuite d'un m&#234;me chemin qui de la r&#233;volution comme communisation nous m&#232;ne au concept de conjoncture et ensuite &#224; celui de vie quotidienne comme la matrice de la conjoncture.classes au niveau de la reproduction du rapport ; aucun rapport &#224; soi du prol&#233;tariat confirm&#233; dans la reproduction du capital ; &#234;tre en contradiction avec le capital c'est &#234;tre en contradiction avec sa propre existence comme classe dans sa situation de classe ; les pratiques d'&#171; &#233;cart &#187; et &#171; l'asyst&#233;mie de la revendication salariale &#187; et, de fa&#231;on synth&#233;tique : le fait n&#233;cessaire de lutter en tant que classe comme la limite de la lutte de classe (cf. &lt;i&gt;TC&lt;/i&gt; 20). Consid&#233;rer que les luttes actuelles sont dans leur forme et contenu le r&#233;sultat de ce qu'avec l'&#233;rosion du fordisme &#171; &#231;a va mal &#187; et &#171; de plus en plus mal &#187;, c'est affirmer que rien ne change, ni les acteurs, ni la contradiction qui les relie et les d&#233;finit, seul le d&#233;cor, les circonstances, se modifient et peuvent &#233;gratigner leur int&#233;grit&#233; essentielle. Tout comme le mode de production, la lutte des classes consiste dans le changement, dans l'histoire&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb34&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; La mati&#232;re &#233;ternelle, imp&#233;rissable n'est r&#233;elle ou n'a d'existence (&#8230;)&#034; id=&#034;nh34&#034;&gt;34&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &lt;i&gt;C'est la contradiction qui est, en elle-m&#234;me, historique et non pas parce qu'affect&#233;e par des circonstances&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;h.pbjqvlahwdph Copy 1&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;D'une vie quotidienne &#224; l'autre&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est pas seulement &#224; la fin des ann&#233;es 1950 (la premi&#232;re &#233;dition de la &lt;i&gt;Critique de la vie quotidienne&lt;/i&gt; de Lefebvre date de 1958) et dans les ann&#233;es 1960 que l'on se met &#224; parler de vie quotidienne. C'est au tournant du XXe., en Europe occidentale (philosophiquement avec la ph&#233;nom&#233;nologie) et aux Etats-Unis (avec les sociologues de Chicago) : quand se fortifie le passage du mode de production capitaliste en subsomption r&#233;elle avec l'int&#233;gration de la reproduction de la force de travail dans le cycle propre du capital, quand se connectent la &#171; petite circulation &#187;, celle du salaire comme reproduction de la &#171; race des travailleurs &#187; et la &#171; grande &#187;, celle de la reproduction des &#233;l&#233;ments du capital constant et du capital variable (qui finalement retourne dans la poche de la classe capitaliste), c'est alors que se forge le concept de &#171; vie quotidienne &#187;. Une r&#233;alit&#233; nouvelle a alors pris corps, entretenant des rapports compliqu&#233;s avec les luttes des classes&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb35&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Bien s&#251;r, dans La Situation des classes laborieuses en Angleterre, Engels (&#8230;)&#034; id=&#034;nh35&#034;&gt;35&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autour des ann&#233;es 68, le quotidien appara&#238;t comme le lieu de &#171; l'ali&#233;nation universelle &#187; et le lieu o&#249; elle peut &#234;tre renvers&#233;e. A posteriori, nous pouvons dire que dans la critique situationniste de la vie quotidienne, c'est de la crise et de la critique du programmatisme dont il s'agissait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La r&#233;volution ne pouvait &#234;tre que la n&#233;gation de la condition ouvri&#232;re mais il fallait chercher celle-ci, non dans le rapport du prol&#233;tariat au capital, mais dans l'universalit&#233; de l'ali&#233;nation. Ali&#233;nation &lt;i&gt;universelle&lt;/i&gt; et par l&#224; &lt;i&gt;humaine&lt;/i&gt;, celle-ci se justifiait elle-m&#234;me par la contestation des modes de vie impos&#233;s, de la consommation, de la 'prosp&#233;rit&#233; capitaliste'. Cette r&#233;volte contre la condition ouvri&#232;re qui s'&#233;tendait hors du proc&#232;s de travail produisait sa raison d'&#234;tre en dehors d'elle-m&#234;me. Comme universalit&#233; de l'ali&#233;nation, elle s'autonomisait de ses conditions r&#233;elles, elle apparaissait non pas d&#233;couler directement de la situation de l'ouvrier, mais &#234;tre un fait de l'ensemble de la soci&#233;t&#233;, de l'&#171; ali&#233;nation universelle &#187; dont l'ouvrier &#233;tait le r&#233;sum&#233;, la condensation (Marcuse et les th&#233;oriciens de l'Ecole de Francfort devinrent &#224; la mode). Ce n'est pas un hasard si cette r&#233;volte ne devint effective que dans sa rencontre avec la contestation &#233;tudiante. Elle se d&#233;tacha d'elle-m&#234;me, devint &#233;trang&#232;re &#224; elle-m&#234;me et se d&#233;doubla en une r&#233;volte ouvri&#232;re enferm&#233;e dans son impasse et la m&#234;me ayant pris, pour elle-m&#234;me, une forme autonome et myst&#233;rieuse : la r&#233;volte contre tous les aspects de la vie mettant l'ouvrier en lumi&#232;re et en mouvement en tant qu'&#234;tre &lt;i&gt;universel &lt;/i&gt;et par l&#224; &lt;i&gt;humain&lt;/i&gt;. Si cette r&#233;volte contre la 'totalit&#233; de la vie' a &#233;t&#233; comprise comme 'r&#233;volte humaine', c'est que &lt;i&gt;l'on ne pouvait alors consid&#233;rer que le prol&#233;tariat puisse aboutir, &#224; partir de sa situation m&#234;me en tant que classe, &#224; autre chose que son affirmation et au mieux &#224; l'impossibilit&#233; de celle-ci&lt;/i&gt;. &#187; (cf. Th&#233;orie Communiste, &lt;i&gt;68, ann&#233;e th&#233;orique...etc.&lt;/i&gt;, brochure 2015)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La critique de la vie quotidienne &#233;tait dans la th&#233;orie situationniste le point discriminant entre le &#171; mouvement ouvrier classique &#187; et &#171; le nouveau mouvement r&#233;volutionnaire &#187;, celui qui adopte &#171; le point de vue de la critique de la totalit&#233; &#187;. Une r&#233;volution qui ne se situerait pas au niveau de la vie quotidienne ne pouvait que cr&#233;er un nouveau &#171; pouvoir s&#233;par&#233; &#187;. Ce que ce point de vue de la vie quotidienne annon&#231;ait, c'&#233;tait la conception de la r&#233;volution comme communisation imm&#233;diate de la soci&#233;t&#233;. La critique de la &#171; politique s&#233;par&#233;e &#187; avait &#233;galement pour contenu la critique et l'abolition du travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La construction libre de tout l'espace-temps de la vie individuelle est une revendication qu'il faudra d&#233;fendre contre toutes sortes de r&#234;ves d'harmonie des candidats managers du prochain am&#233;nagement social. &#187; (&lt;i&gt;IS&lt;/i&gt; n&#176;6, p. 4). La vie quotidienne comme centre du projet r&#233;volutionnaire ne pouvait &#234;tre rien moins que la suppression du travail, de m&#234;me que la suppression du prol&#233;tariat, car elle est le point de vue de la totalit&#233;, l&#224; o&#249; aucun aspect de la r&#233;alit&#233; ne peut &#234;tre isol&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, consid&#233;rer la vie quotidienne comme un &lt;i&gt;v&#233;cu imm&#233;diat&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb36&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dans La Soci&#233;t&#233; du spectacle il existe constamment un substrat (&#8230;)&#034; id=&#034;nh36&#034;&gt;36&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, comme la v&#233;rit&#233; cach&#233;e&lt;strong&gt; &lt;/strong&gt;des rapports de production fut ce que nous pouvons maintenant consid&#233;rer comme &#171; l'erreur &#187; de Lefebvre et Debord (Kosik est beaucoup plus prudent&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb37&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pour Kosik, prendre le quotidien pour base et point de d&#233;part c'est accepter (&#8230;)&#034; id=&#034;nh37&#034;&gt;37&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;). Comme Debord, Lefebvre consid&#232;re historiquement la vie quotidienne mais ne la consid&#232;re pas comme une construction historique en elle-m&#234;me et, surtout, comme &lt;i&gt;le r&#233;sultat de toutes les m&#233;tamorphoses des rapports de production dans leurs formes de manifestation&lt;/i&gt;, comme ce monde magique dans lequel nous &#233;voluons tous les jours : la &#171; religion de la vie quotidienne &#187; (Marx, &lt;i&gt;Le Capital&lt;/i&gt;, t. 8, p. 208)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb38&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les avant gardes artistiques (Nadja), la litt&#233;rature avec Kafka, Joyce, puis (&#8230;)&#034; id=&#034;nh38&#034;&gt;38&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. C'est le point discriminant de la th&#232;se d&#233;fendue ici par rapport aux conceptions similaires de Debord et Lefebvre. Le &#171; directement v&#233;cu &#187; qui se serait &#171; &#233;loign&#233; &#187; que l'on trouve dans les deux premi&#232;res th&#232;ses de &lt;i&gt;La Soci&#233;t&#233; du spectacle&lt;/i&gt; n'a jamais exist&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb39&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Th&#232;se 1 :&#171; Toute la vie des soci&#233;t&#233;s dans lesquelles r&#232;gnent les conditions (&#8230;)&#034; id=&#034;nh39&#034;&gt;39&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s une longue &#233;clipse, comme nous allons chercher &#224; le montrer, la vie quotidienne est de retour. Ce retour est sp&#233;cifique &#224; la nature du mode de production tel qu'issu de la restructuration des ann&#233;es 1970-1980 et de sa crise depuis 2008. Toutes les contradictions se cristallisent au niveau de cette &lt;i&gt;reproduction&lt;/i&gt; qu'est la vie quotidienne. Mais, aucun concept, aucune puret&#233;, aucune v&#233;rit&#233; ne se cachent plus sous les formes de manifestation, l'id&#233;ologie et le f&#233;tichisme, car c'est l&#224; que les luttes de classes se constituent et se d&#233;roulent. Plus de plage sous les pav&#233;s, plus de &lt;i&gt;r&#233;alit&#233;&lt;/i&gt; conceptuelle sous les apparences. C'est l&#224;, &#224; 50 ans d'intervalle, depuis les pr&#233;mices d'un cycle de luttes jusqu'&#224; son possible ach&#232;vement (insurrection/r&#233;volution ou restructuration), l'&#233;norme diff&#233;rence avec les analyses fondatrices de Debord et Lefebvre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme nous l'exposons dans le chapitre suivant, tout se joue maintenant et pour l'instant comme crise du rapport de l'Etat &#224; sa soci&#233;t&#233;, crise de la reproduction de tous les rapports sociaux, &lt;i&gt;et tout le monde y joue&lt;/i&gt;. Il y a une &#233;troite combinaison entre l'identit&#233; de la crise dans sa sp&#233;cificit&#233; comme suraccumulation et sous-consommation, la crise du rapport salarial, celle de la mondialisation, la crise de la soci&#233;t&#233; salariale, celle de l&#233;gitimit&#233; et de reconnaissance de l'Etat d&#233;nationalis&#233;, et enfin l'interclassisme, la citoyennet&#233; et la politique. Ce n'est que depuis 2007-2008, avec la crise de cette phase du capital et de son Etat, plus pr&#233;cis&#233;ment avec son devenir, dans les ann&#233;es 2010, comme crise de la soci&#233;t&#233; salariale et de l'Etat d&#233;nationalis&#233; que la vie quotidienne comme lieu et enjeu de la lutte des classes appara&#238;t dans un lien complexe et n&#233;cessaire avec les luttes en entreprises sur la production.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;h.dzyaz0v0auye Copy 1&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
POURQUOI LA VIE QUOTIDIENNE MAINTENANT ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;h.ciu4ku3acj9b Copy 1&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans la crise actuelle, pour parvenir sp&#233;cifiquement &#224; comprendre la vie quotidienne comme maintenant lieu de la lutte des classes, il faut passer au pr&#233;alable par quelques points fondamentaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La sp&#233;cificit&#233; historique des crises&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si toutes les crises ont la m&#234;me gen&#232;se et la m&#234;me r&#233;solution (suraccumulation du capital ; d&#233;valorisation / reprise de la valorisation), il n'y a pas une r&#233;alit&#233; de la crise qui serait la suraccumulation du capital et des manifestations parcellaires et illusoires de celle-ci comme, par exemple, l'impossibilit&#233; de r&#233;aliser les marchandises, la p&#233;nurie de cr&#233;dit, l'effondrement mon&#233;taire, etc. Les crises peuvent &#234;tre commerciales, financi&#232;res etc... et s'&#233;tendre d'une sph&#232;re &#224; l'autre. La suraccumulation n'a d'existence effective que dans &lt;i&gt;telle ou telle&lt;/i&gt; crise : commerciale, financi&#232;re, mon&#233;taire, etc., telle qu'elle existe de fa&#231;on historiquement sp&#233;cifi&#233;e et produite. C'est pr&#233;cis&#233;ment parce que l'on peut r&#233;duire toutes les crises &#224; la forme conceptuelle de la suraccumulation du capital et de la baisse tendancielle du taux de profit et parce que cette abstraction est la contradiction en proc&#232;s du surtravail et du travail n&#233;cessaire qu'elles se diff&#233;rencient parce qu'elles sont toutes et toujours une lutte des classes, non comme effet (ou pire &#171; cons&#233;quence de ce que &lt;i&gt;&#231;a va mal&lt;/i&gt; &#187;) mais parce que les crises d&#233;finies comme baisse tendancielle du taux de profit et suraccumulation sont, en-de&#231;&#224; et fondamentalement des luttes de classes. Les crises n'existent concr&#232;tement que dans des formes sp&#233;cifiques et ne se d&#233;roulent, comme lutte des classes, que dans ces formes sp&#233;cifiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut consid&#233;rer que toutes sortes de circonstances peuvent produire un effet de cliquet au niveau de la circulation du capital prise ici comme englobant la continuit&#233; entre production et circulation, il n'y a jamais par nature m&#234;me de la chose, parce qu'elle est le mouvement de la reproduction d'ensemble du rapport entre travail et capital, apparition pure de la suraccumulation du capital et de la baisse du taux de profit. &lt;i&gt;Selon le d&#233;veloppement ant&#233;rieur du mode de production, dans la reproduction, il y a toujours un maillon faible qui c&#232;de en premier, donnant &#224; l'ensemble sa coloration sp&#233;cifique&lt;/i&gt;. Nous verrons plus loin que pour la crise initi&#233;e en 2008, cet effet de cliquet est apparu dans l'identit&#233; entre crise de suraccumulation et de sous-consommation au niveau de la consommation et de la reproduction d'ensemble comme vie quotidienne, du fait de toute la dynamique ant&#233;rieure de l'accumulation qui, au niveau mondial, avait d&#233;connect&#233; la valorisation du capital et la reproduction de la force de travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;h.wzvqtfugbsw7 Copy 1&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La subsomption r&#233;elle du travail sous le capital a une histoire&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La crise/restructuration des ann&#233;es 1970-1980 marque le passage &#224; une deuxi&#232;me phase de la subsomption r&#233;elle. La subsomption r&#233;elle a une histoire parce qu'elle a un principe dynamique qui la forme, la fait &#233;voluer, pose certaines formes du proc&#232;s de valorisation ou de circulation comme des entraves et les transforme. La plus-value relative, qui affecte le proc&#232;s de travail et &lt;i&gt;toutes les combinaisons sociales du rapport entre le prol&#233;tariat et le capital&lt;/i&gt; et cons&#233;quemment des capitaux entre eux, est ce qui permet de poser une continuit&#233; entre les phases de la subsomption r&#233;elle et leur transformation. L'extraction de plus-value relative affecte toutes les combinaisons sociales, du proc&#232;s de travail aux formes politiques de la repr&#233;sentation ouvri&#232;re, en passant par l'int&#233;gration de sa reproduction dans le cycle propre du capital, le r&#244;le du syst&#232;me du cr&#233;dit, la constitution d'un march&#233; mondial sp&#233;cifiquement capitaliste (pas seulement capitaliste marchand), la subordination de la science : le mode de production capitaliste &#171; appara&#238;t v&#233;ritablement comme un mode de production &lt;i&gt;sui generis&lt;/i&gt;&#8230; &#187; (Marx, &lt;i&gt;6&lt;/i&gt;&lt;i&gt;&#232;me&lt;/i&gt;&lt;i&gt; chapitre&lt;/i&gt;, &#233;d. 10/18, p. 218).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Dans la soci&#233;t&#233; bourgeoise achev&#233;e, chaque rapport &#233;conomique en suppose un autre sous sa forme bourgeoise et &#233;conomique, l'un conditionnant l'autre, comme c'est le cas de tout syst&#232;me organique. Ce syst&#232;me organique lui-m&#234;me dans son ensemble, a ses pr&#233;suppositions propres, et son d&#233;veloppement total implique qu'il se subordonne tous les &#233;l&#233;ments constitutifs de la soci&#233;t&#233; &lt;i&gt;ou qu'il cr&#233;e &#224; partir de lui-m&#234;me les organes qui lui font encore d&#233;faut&lt;/i&gt; [nous soulignons]. C'est ainsi qu'il devient historiquement une totalit&#233;. &#187; (Marx, &lt;i&gt;Fondements&lt;/i&gt; &#8230;, &#233;d. Anthropos, t. 1, p. 226).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La subsomption r&#233;elle du travail (donc de la soci&#233;t&#233;) sous le capital est par nature &lt;i&gt;toujours inachev&#233;e&lt;/i&gt;. Il est dans la nature de la subsomption r&#233;elle d'atteindre des points de rupture car elle surd&#233;termine les crises du capital comme &lt;i&gt;inach&#232;vement de la soci&#233;t&#233; capitaliste&lt;/i&gt;. Il est important de poser ce fondement g&#233;n&#233;ral de la subsomption r&#233;elle pour comprendre comment, dans certaines circonstances historiques, la lutte de classes, produite par mais non calque de la contradiction qu'est l'exploitation, peut se cristalliser comme vie quotidienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;h.qlgtoqoc4z0f Copy 1&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La restructuration des ann&#233;es 1970-1980&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La restructuration qui a accompagn&#233; la crise de la fin des ann&#233;es 1960 jusqu'aux ann&#233;es 1980, a &#233;t&#233; une d&#233;faite ouvri&#232;re, la d&#233;faite de l'identit&#233; ouvri&#232;re, quelles que soient les formes sociales et politiques de son existence (des Partis communistes &#224; l'autonomie ; de l'Etat socialiste aux Conseils ouvriers). Cette identit&#233; reposait dans sa totalit&#233; sur la contradiction qui se d&#233;veloppe dans la premi&#232;re phase de la subsomption r&#233;elle (des ann&#233;es 1920 aux ann&#233;es 1960) entre d'une part la cr&#233;ation et le d&#233;veloppement d'une force de travail mise en &#339;uvre par le capital de fa&#231;on de plus en plus collective et sociale, et d'autre part les formes de l'appropriation par le capital de cette force de travail, dans le proc&#232;s de production imm&#233;diat, et dans le proc&#232;s de reproduction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'agissait dans cette restructuration d'abolir tout ce qui &#233;tait devenu une entrave &#224; la fluidit&#233; de l'auto-pr&#233;supposition du capital. Avec la restructuration achev&#233;e dans les ann&#233;es 1980, la production de plus-value et la reproduction des conditions de cette production co&#239;ncident. La contradiction entre le prol&#233;tariat et le capital a alors pour contenu essentiel son propre renouvellement, d'o&#249; l'identit&#233; entre la constitution du prol&#233;tariat comme classe et sa contradiction avec le capital. La phase ouverte dans les ann&#233;es 1970 est elle-m&#234;me entr&#233;e aujourd'hui dans une crise sp&#233;cifique qui unifie crise de suraccumulation et crise de sous-consommation dans une crise du rapport salarial ouverte avec la crise dite des &#171; subprimes &#187; (2007-2008).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;h.b5ubtkgs399j Copy 1&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Trois d&#233;terminations de la restructuration des ann&#233;es 1970-1980&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces trois d&#233;terminations sont importantes pour comprendre la suite, c'est-&#224;-dire la caract&#233;risation de classe de la crise &#224; partir de 2007-2008 :&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt;la double d&#233;connexion entre la reproduction de la force de travail et la valorisation du capital avec son corollaire et son effectivit&#233; : la mondialisation comme zonage de l'accumulation &#224; tous les niveaux d'&#233;chelle.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt;l'achat global de la force de travail par le capital.&lt;/li&gt;&lt;li&gt;L'asyst&#233;mie de la revendication salariale.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt;La double d&#233;connexion&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans le capitalisme restructur&#233; (dont nous connaissons actuellement la crise), la reproduction de la force de travail a &#233;t&#233; l'objet d'une &lt;i&gt;double d&#233;connexion&lt;/i&gt;. D'une part d&#233;connexion entre valorisation du capital et reproduction de la force de travail, d'autre part, d&#233;connexion entre la consommation et le salaire comme revenu.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;Pour la premi&#232;re d&#233;connexion : elle appara&#238;t d'abord comme un zonage g&#233;ographique du mode de production capitaliste : des hypercentres capitalistes ; des zones secondes avec des activit&#233;s n&#233;cessitant des technologies interm&#233;diaires, regroupant la logistique et la diffusion commerciale, zones &#224; la limitation floue avec les p&#233;riph&#233;ries consacr&#233;es aux activit&#233;s de montages souvent en sous-traitance ; enfin, zones de crises et &#171; poubelles sociales &#187; dans lesquelles prosp&#232;re tout une &#233;conomie informelle sur des produits l&#233;gaux ou non (parfois strat&#233;giques). Si la valorisation du capital est unifi&#233;e au travers de ce zonage, il n'en est pas de m&#234;me de la reproduction de la force de travail. Ce zonage se doit d'&#234;tre une mise en abyme : chaque niveau d'&#233;chelle, du monde au quartier, reproduit cette tripartition. La disjonction est totale entre la valorisation mondiale unifi&#233;e du capital et la reproduction de la force de travail ad&#233;quate &#224; cette valorisation. Entre les deux, la relation r&#233;ciproque de stricte &#233;quivalence entre production de masse et modalit&#233;s de la reproduction de la force de travail, qui, dans les pays centraux, d&#233;finissait le fordisme, a disparu&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb40&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le r&#233;sultat de cette expansion mondiale du mode de production capitaliste (&#8230;)&#034; id=&#034;nh40&#034;&gt;40&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La rupture d'une relation n&#233;cessaire entre valorisation du capital et reproduction de la force de travail brise les aires de reproduction coh&#233;rente dans leur d&#233;limitation r&#233;gionale ou m&#234;me nationale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce zonage est entr&#233; en crise, il tend &#224; devenir contre-productif. L'identit&#233;, dans la crise actuelle, entre crise de suraccumulation et de sous-consommation (voir plus loin) signifie que la d&#233;connexion entre valorisation du capital et reproduction de la force de travail est devenue un probl&#232;me. Dans cette identit&#233; de la crise, la d&#233;connexion qui &#233;tait fonctionnelle &#224; une phase du mode de production devient contradictoire &#224; sa propre poursuite. Cette d&#233;connexion &#233;tait un syst&#232;me mondial faisant des Etats-Unis le consommateur en dernier ressort. Toute la g&#233;ographie de la reproduction mondiale du capital et son zonage en abyme se d&#233;lite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour la seconde d&#233;connexion : l'endettement de plus en plus &#233;lev&#233;, favoris&#233; par une politique de taux d'int&#233;r&#234;t bas, permet que les d&#233;penses des &#171; m&#233;nages &#187; augmentent plus vite que leurs revenus. Un tel syst&#232;me de relations entre revenu et consommation est fond&#233; sur d'&#233;normes diff&#233;renciations salariales et les renforce, mais les pauvres ne sont pas oubli&#233;s, comme nous l'a montr&#233; la crise des &lt;i&gt;subprimes&lt;/i&gt; et l'indique la mont&#233;e du surendettement dans tous les pays. Dans la succession des crises financi&#232;res qui, depuis une vingtaine d'ann&#233;es, r&#233;gulent le mode de valorisation actuel du capital, la crise des &lt;i&gt;subprimes&lt;/i&gt; est la premi&#232;re &#224; avoir pour point de d&#233;part non pas des actifs financiers se r&#233;f&#233;rant &#224; des investissements en capital, mais &#224; la consommation des m&#233;nages et plus pr&#233;cis&#233;ment des m&#233;nages les plus pauvres. Toute &#171; sortie de crise &#187; implique une d&#233;valorisation massive de capital et un rel&#232;vement du taux d'exploitation, ce dernier se traduisant entre autres par une compression du salaire. &lt;i&gt;Dans la pr&#233;sente crise, cette compression du salaire &#233;tait d&#233;j&#224; structurellement incluse dans la phase qui l'a pr&#233;c&#233;d&#233;e, c'est pour cela que pour d&#233;signer sp&#233;cifiquement cette crise nous parlerons de crise du rapport salarial&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;b)&lt;/i&gt; Achat global de la force de travail&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mondialement, la classe capitaliste pr&#233;suppose comme &#224; disposition une totalit&#233; de force de travail soit, dans les pays centraux, par son achat global, soit, dans les p&#233;riph&#233;ries, par la destruction toujours &#224; r&#233;p&#233;ter de tout lien entre l'individu et ses moyens de travail et reproduction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les pays centraux, la force de travail est alors pr&#233;suppos&#233;e comme propri&#233;t&#233; du capital, non seulement formellement (le travailleur a toujours appartenu &#224; toute la classe capitaliste avant de se vendre &#224; tel ou tel capital), mais r&#233;ellement en ce que le capital paie, par l'interm&#233;diaire de l'Etat ou d'organismes paritaires, et de plus en plus d'organismes priv&#233;s dont c'est la fonction, sa reproduction individuelle &lt;i&gt;en dehors m&#234;me de sa consommation imm&#233;diate qui pour chaque force de travail est accidentelle&lt;/i&gt;. Quitte &#224; ce que la valeur de cette reproduction soit compl&#233;t&#233;e selon l'usage qu'en fait tel ou tel capitaliste. Le salaire devient non le paiement d'une force individuelle &#224; partir d'elle-m&#234;me, mais une quote-part de la valeur g&#233;n&#233;rale de la force de travail disponible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce syst&#232;me, les Etats des p&#233;riph&#233;ries assurent, par leurs d&#233;penses sociales (modestes) et en infrastructures, ou directement par la coercition, la disponibilit&#233; de la main-d'&#339;uvre pour les cha&#238;nes de valeur des firmes transnationales et leur immense syst&#232;me de sous-traitance. L'&#233;migration et son corollaire les &#171; remises &#187;, de m&#234;me que le commerce dit de &#171; norias &#187;, huilent le syst&#232;me assurant la reproduction d&#233;pendante de soci&#233;t&#233;s d&#233;structur&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A partir des aires centrales, c'est la force de travail mondiale qui est &lt;i&gt;mobilis&#233;e&lt;/i&gt;, le dispositif de l'achat global s'&#233;tend &lt;i&gt;en se diff&#233;renciant&lt;/i&gt; &#224; l'ensemble du monde jusqu'&#224; d&#233;terminer ceux qui doivent plus ou moins survivre tout en participant et assurant la mise en valeur des secteurs &#171; formels &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;c)&lt;/i&gt; L'ill&#233;gitimit&#233; ou l'asyst&#233;mie de la revendication salariale&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la relation salaire / profit / investissement / consommation, le salaire n'est plus un &#233;l&#233;ment de la r&#233;gulation d'ensemble du capitalisme ; il y a d&#233;connexion entre reproduction de la force de travail et valorisation du capital, et d&#233;connexion entre revenu et consommation ; la segmentation de la force de travail devient fonctionnelle &#224; ce r&#233;gime des salaires. On peut ajouter qu'aucune r&#233;surrection des relations salariales telles qu'elles &#233;taient dans les aires centrales du capital ne verra le jour dans le d&#233;veloppement du salariat dans les pays actuellement dits &#171; &#233;mergents &#187;. Dans le cours le plus trivial de la revendication salariale, le prol&#233;tariat voit son existence comme classe s'objectiver comme quelque chose qui lui est &#233;tranger dans la mesure o&#249; le rapport capitaliste lui-m&#234;me le pose &lt;i&gt;en son sein&lt;/i&gt; comme &lt;i&gt;un &#233;tranger&lt;/i&gt;. Bien s&#251;r, le partage de la journ&#233;e de travail entre travail n&#233;cessaire et surtravail est toujours d&#233;finitoire de la lutte des classes. Mais, maintenant, dans la lutte sur ce partage c'est paradoxalement dans ce qui d&#233;finit le prol&#233;tariat, au plus profond de lui-m&#234;me, comme une classe de ce mode de production et rien que cela, qu'appara&#238;t pratiquement et conflictuellement, dans le rapport m&#234;me au capital qui le d&#233;finit comme classe, que son existence de classe devient la limite de sa propre lutte en tant que classe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;h.kbeuv7unw4oz Copy 1&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La crise actuelle comme identit&#233; entre suraccumulation et sous consommation&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s &#234;tre pass&#233; par ces trois d&#233;terminations du rapport d'exploitation tel qu'issu de la restructuration des ann&#233;es 1970-1980 et la d&#233;finition contradictoire de la revendication salariale (et du mode d'existence m&#234;me du salaire), nous pouvons en arriver &#224; la caract&#233;risation de la sp&#233;cificit&#233; historique de la crise de 2007-2008. Nous la qualifions comme identit&#233; de la suraccumulation et de la sous-consommation et par l&#224; comme crise du rapport salarial&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb41&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;En ce qui concerne la th&#233;orie des crises, le marxisme s'est scind&#233; en deux (&#8230;)&#034; id=&#034;nh41&#034;&gt;41&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La crise actuelle a &#233;clat&#233; parce que des prol&#233;taires n'ont plus pu payer leurs cr&#233;dits. Elle a &#233;clat&#233; de par le rapport salarial m&#234;me qui fondait la financiarisation de l'&#233;conomie capitaliste : compression des salaires n&#233;cessaire &#224; la &#171; cr&#233;ation de valeur &#187; ; concurrence mondiale de la main-d'&#339;uvre. C'est le rapport salarial qui est maintenant au c&#339;ur de la crise actuelle. La crise actuelle est le d&#233;but de la phase de renversement des d&#233;terminations et de la dynamique du capitalisme tel qu'il &#233;tait sorti de la restructuration des ann&#233;es 1970-1980. Ce qui &#233;clate maintenant et se retourne en entraves et vecteurs de la baisse tendancielle du taux de profit, c'est pr&#233;cis&#233;ment ce qui avait fait la dynamique du syst&#232;me (l'intrication de la financiarisation du capital productif et de la double d&#233;connexion de la reproduction de la force de travail).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les prol&#233;taires ne consomment jamais une partie de la plus-value, comme le sous-entendent les th&#233;ories sous-consommationnistes qui opposent la baisse ou la stagnation des salaires &#224; la r&#233;alisation de la plus-value croissante qui en est le r&#233;sultat. Le secret r&#233;side dans la trop grande transformation de la plus-value en capital constant par laquelle la production augmente en masse, alors que le taux de profit baisse tendanciellement, ainsi que la capacit&#233; de consommation de la soci&#233;t&#233;. &#171; On produit p&#233;riodiquement trop de moyens de travail et de subsistances pour pouvoir les faire fonctionner comme moyens d'exploitation des ouvriers &#224; un certain taux de profit. On produit trop de marchandises pour pouvoir r&#233;aliser et reconvertir en capital neuf la valeur et la plus-value qu'elles rec&#232;lent &lt;i&gt;dans les conditions de distribution et de consommation impliqu&#233;es par la production capitaliste&lt;/i&gt; [soulign&#233; par nous], c'est-&#224;-dire pour accomplir ce proc&#232;s sans explosions se r&#233;p&#233;tant sans cesse. &#187; (&lt;i&gt;Le Capital&lt;/i&gt;, t. 6, &#233;d. Sociales, p. 270).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La consommation ouvri&#232;re est bloqu&#233;e, par rapport &#224; la production croissante, parce que trop de plus-value a &#233;t&#233; transform&#233; en capital constant proportionnellement &#224; sa transformation en force de travail suppl&#233;mentaire ou en croissance des revenus (en fin de compte la production de moyens de production ne peut jamais qu'&#234;tre au service de la consommation finale) ; trop de plus-value a &#233;t&#233; transform&#233;e en capital constant parce que le but de la production capitaliste est la production maximale de plus-value et la r&#233;duction relative de la consommation ouvri&#232;re. Cette r&#233;duction bloque alors la reproduction du capital. La transformation d'une plus-value accrue en capital additionnel est simultan&#233;ment bloqu&#233;e, d'une part, par la faiblesse du degr&#233; d'augmentation de l'exploitation qui pourrait en r&#233;sulter et, d'autre part, par le degr&#233; d&#233;j&#224; atteint de la r&#233;duction de la consommation ouvri&#232;re qui ne pourrait se poursuivre que par une acc&#233;l&#233;ration de la transformation de plus-value en capital.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb42&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pour un expos&#233; critique des th&#232;ses de Paul Mattick, voir Too much monkey (&#8230;)&#034; id=&#034;nh42&#034;&gt;42&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est une crise du rapport salarial : comme capacit&#233; de valorisation du capital, et, corollairement, comme capacit&#233; de reproduction de la classe ouvri&#232;re. C'est pour ne pas laisser les formes d'apparition au bord du chemin et pour sp&#233;cifiquement d&#233;signer la crise actuelle qu'il est n&#233;cessaire d'unifier la th&#233;orie des crises. Il s'agit d'une crise o&#249; s'affirme l'identit&#233; de la suraccumulation et de la sous-consommation, crise du rapport salarial et de l'implication r&#233;ciproque entre le travail et le capital. Si, dans cette crise, le prol&#233;tariat se trouve confront&#233; contre et dans le mode de production capitaliste &#224; ses propres existence et action en tant que classe comme limite &#224; d&#233;passer, cette m&#234;me crise du rapport salarial devient crise de la soci&#233;t&#233; salariale et de la l&#233;gitimit&#233; de l'Etat. C'est ainsi que, dans la confusion, elle s'ouvre &#224; la vie quotidienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;h.q0a9irsgoo4v Copy 1&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;DE LA CRISE DU RAPPORT SALARIAL A CELLE DE LA SOCIETE SALARIALE ET A LA VIE QUOTIDIENNE&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;h.yp11nqibz0d2 Copy 1&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La soci&#233;t&#233; salariale&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au d&#233;but des ann&#233;es 2010, quelque chose bascule. La crise de la dette publique entra&#238;ne dans tous les pays centraux une accentuation des mesures d'aust&#233;rit&#233;, la pression fiscale se renforce, l'ascension sociale par les &#233;tudes devient un leurre surann&#233;, le ch&#244;mage et la pr&#233;carit&#233; se d&#233;veloppent, tout cela touchant aussi des cat&#233;gories jusque-l&#224; plus ou moins &#233;pargn&#233;es : les classes moyennes. Le champ de la lutte des classes s'&#233;largit du &lt;i&gt;rapport salarial&lt;/i&gt; &#224; la &lt;i&gt;soci&#233;t&#233; salariale&lt;/i&gt;. La soci&#233;t&#233; salariale c'est un continuum de positions et de comp&#233;tences dans lequel les rapports de production capitalistes ne sont v&#233;cus que comme des &lt;i&gt;rapports de distribution&lt;/i&gt; et au niveau des formes d'apparition (voir plus loin). L'exploitation devient un partage injuste des richesses et les classes sociales le rapport entre riches et pauvres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les formes de la distribution s'autonomisent comme objet de la lutte de classe, un tel point de vue est naturel dans la soci&#233;t&#233; capitaliste et se trouve en outre confort&#233; par les formes socialis&#233;es du salaire. Dans les formes socialis&#233;es du salariat, c'est pour l'ensemble de la soci&#233;t&#233; qu'il appara&#238;t que la distribution pr&#233;c&#232;de la production. En &#233;rigeant la distribution en p&#244;le absolu de la soci&#233;t&#233;, c'est-&#224;-dire celui qui en d&#233;termine toutes les divisions et les luttes, on se condamne &#224; en accepter toutes les lois, car on a pris ce qui n'est que &#171; l'envers de la production &#187; pour l'ensemble des rapports sociaux capitalistes. La soci&#233;t&#233; salariale, c'est l'existence de cet &#171; envers &#187; devenue &#171; l'ensemble des rapports sociaux &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;h.oiblddfea56r Copy 1&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Rapports de production / rapports de distribution : d&#233;l&#233;gitimation de l'Etat&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Partout, avec la soci&#233;t&#233; salariale, il s'agit de &lt;i&gt;politique&lt;/i&gt; et de &lt;i&gt;distribution&lt;/i&gt;. Comme &lt;i&gt;prix du travail&lt;/i&gt;, le salaire en appelle &#224; l'injustice de la &lt;i&gt;distribution&lt;/i&gt;, c'est normal. L'injustice de la distribution a un responsable qui a &#171; failli &#224; sa mission &#187; : &lt;i&gt;l'Etat&lt;/i&gt;. Quand la crise du rapport salarial devient un mouvement interclassiste comme crise de la soci&#233;t&#233; salariale, cette derni&#232;re est une d&#233;l&#233;gitimation du politique d&#233;nonc&#233; au nom d'une vraie politique &lt;i&gt;nationale&lt;/i&gt;. L'enjeu qui est partout pos&#233; au c&#339;ur des luttes de cette s&#233;quence de la crise est celui de la l&#233;gitimit&#233; de l'Etat vis-&#224;-vis de &lt;i&gt;sa soci&#233;t&#233;&lt;/i&gt;. Les transformations du march&#233; du travail, des modalit&#233;s de mobilisation et d'exploitation de la force de travail, les formes de la mondialisation dans la double d&#233;connexion que nous avons &#233;voqu&#233;e caract&#233;risant le mode de production capitaliste tel qu'il est maintenant entr&#233; en crise, ont &#233;galement &#233;t&#233; une restructuration de l'Etat. Restructuration que l'on peut, &#224; la suite de Saskia Sassen (&lt;i&gt;La Globalisation, une Sociologie&lt;/i&gt;, &#233;d. Gallimard, et &lt;i&gt;Critique de l'Etat&lt;/i&gt;, &#233;d. Le Monde diplomatique&lt;i&gt;)&lt;/i&gt;, qualifier de &#171; &lt;i&gt;d&#233;nationalisation de l'Etat&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce processus de d&#233;nationalisation institutionnelle au sein de l'Etat national signifie une tension entre d'une part l'ancrage de la globalisation dans les institutions et les territoires nationaux et, d'autre part, un syst&#232;me de droit et d'administration qui avait mis en place l'autorit&#233; exclusive nationale et territoriale de l'Etat national. Les structures du global investissent et d&#233;nationalisent en partie ce qui a &#233;t&#233; historiquement con&#231;u et institutionnalis&#233; comme national. La d&#233;nationalisation des capacit&#233;s &#233;tatiques est une insertion de projets globaux dans les Etats-nations (politiques mon&#233;taires, commerciales, fiscales, de protection sociale ou environnementale). A l'inverse de la &#171; d&#233;nationalisation &#187; les politiques keyn&#233;siennes &#233;taient une illustration de ce que Sassen appelle &#171; &lt;i&gt;le national int&#233;gr&#233;&lt;/i&gt; &#187; : combinaison d'&#233;conomie nationale, de consommation nationale, de formation et &#233;ducation de main-d'&#339;uvre nationale et ma&#238;trise de la monnaie et du cr&#233;dit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la crise de la soci&#233;t&#233; salariale, les luttes qui se d&#233;roulent alors autour de la distribution d&#233;signent l'Etat comme le responsable de l'injustice. Cet Etat, c'est &lt;i&gt;l'Etat d&#233;nationalis&#233;&lt;/i&gt;, l'Etat de la double d&#233;connexion, travers&#233; par et agent de la mondialisation. M&#234;me si cela caract&#233;rise en premier lieu les Etats centraux, cela affecte, dans le cadre de leurs caract&#233;ristiques, les pays &#171; p&#233;riph&#233;riques &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;h.nxyz5clt1amh Copy 1&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Diversit&#233; de la conjugaison de tous ces &#233;l&#233;ments&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut consid&#233;rer le moment actuel des luttes de classes comme simultan&#233;ment unifi&#233; dans son principe et selon le m&#234;me principe absolument divers. Mondialement, la situation actuelle est le r&#233;sultat diversifi&#233; du faisceau des &#233;l&#233;ments &#233;nonc&#233;s selon leur pr&#233;gnance et leur densit&#233; : dictature de la subsomption r&#233;elle sur la soci&#233;t&#233;, profondeur de la crise dans son identit&#233; (suraccumulation / sous-consommation), d&#233;nationalisation et d&#233;l&#233;gitimation de l'Etat, asyst&#233;mie de la revendication, zonage de la mondialisation, d&#233;connexions de la force de travail. Les luttes de classes se jouent dans le &#171; dosage &#187;, les modalit&#233;s sp&#233;cifiques r&#233;gionales, nationales, locales, d'articulation et de hi&#233;rarchie de ces &#233;l&#233;ments, parce que la mondialisation est un syst&#232;me &#224; d&#233;veloppement in&#233;gal de mobilisation et d'exploitation de la force de travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La &lt;i&gt;vie quotidienne &lt;/i&gt;est alors le lieu o&#249; se nouent toutes les instances de la &lt;i&gt;reproduction&lt;/i&gt;,&lt;i&gt; &lt;/i&gt;mais aussi le lieu o&#249; toutes ces instances ne se pr&#233;sentent pas dans leur hi&#233;rarchie th&#233;orique et d&#233;terminative entre la &#171; base &#233;conomique &#187; et les &#171; superstructures &#187;. Les &#171; surd&#233;terminations &#187; sont la chair de la vie quotidienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En r&#233;sum&#233;, la contradiction entre le prol&#233;tariat et le capital s'est nou&#233;e, dans les ann&#233;es 1970-1980, au niveau de la reproduction et de l'autopr&#233;supposition du rapport entre les classes. La configuration de la subsomption r&#233;elle s'est alors d&#233;velopp&#233;e comme mondialisation dont la v&#233;rit&#233; ne r&#233;side pas dans la simple consid&#233;ration de l'extension g&#233;ographique du mode de production, mais dans la construction m&#234;me de cette extension qu'anime la double d&#233;connexion entre la reproduction de la force de travail et la valorisation du capital. C'est l&#224; que se situe le passage &#224; la vie quotidienne, c'est-&#224;-dire dans la s&#233;paration entre d'une part la valorisation et l'accumulation du capital et, d'autre part, la &lt;i&gt;d&#233;mocratie sociale&lt;/i&gt; (welfare, organes de la soci&#233;t&#233; civile, participation politique) qui souvent, pour le meilleur ou pour le pire met en forme les luttes se cristallisant dans la vie quotidienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La crise actuelle, comme crise de la double d&#233;connexion entre la reproduction de la force de travail et la valorisation du capital, comme crise du zonage mondial et de la mise en abyme qui lui est li&#233;e ; comme asyst&#233;mie de la revendication salariale ; comme identit&#233; de la crise de suraccumulation et de sous-consommation, est, pour l'heure, une crise du rapport salarial tant comme capacit&#233; de valorisation du capital que r&#233;ciproquement comme capacit&#233; de reproduction de la classe ouvri&#232;re. De crise du rapport salarial, elle est devenue crise de la soci&#233;t&#233; salariale avec les effets possibles d'une surd&#233;termination des rapports de production par les rapports de distribution, surd&#233;termination s'articulant sur les m&#233;tamorphoses n&#233;cessaires des rapports de production dans leur reproduction (voir plus loin).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il nous faut ajouter ici une nouvelle d&#233;termination de cette crise qui r&#233;sulte des caract&#233;ristiques pr&#233;c&#233;demment &#233;nonc&#233;es. Revenons au Livre II du &lt;i&gt;Capital&lt;/i&gt; &#171; Le proc&#232;s de la circulation du capital &#187;. Entre la d&#233;couverte exalt&#233;e de la m&#233;canique de l'exploitation dans le Livre I et le d&#233;voilement dans leur v&#233;rit&#233; de toutes les formes de la reproduction du mode de production dans le Livre III, le Livre II est souvent n&#233;glig&#233; parce que souvent r&#233;barbatif. Le proc&#232;s cyclique du capital peut &#234;tre d&#233;compos&#233; et repr&#233;sent&#233; par trois figures : le cycle du capital argent, le cycle du capital productif, le cycle du capital marchandise. &#171; Dans un cycle en rotation permanente, chaque point est &#224; la fois point de d&#233;part et point de retour. Si nous interrompons la rotation, tous les points de d&#233;part ne sont pas des points de retour. [&#8230;] La reproduction du capital sous chacune de ses formes et &#224; chacun de ses stades est aussi ininterrompue que les m&#233;tamorphoses de ces formes et leur d&#233;roulement successif &#224; travers les trois stades. Le cycle total est donc ici l'unit&#233; effective de ses trois formes. [&#8230;] Le cycle total se pr&#233;sente, pour chaque forme fonctionnelle du capital&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb43&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Il n'est pas sans importance de rappeler que, dans le Livre III, chacune de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh43&#034;&gt;43&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, comme &#233;tant son cycle sp&#233;cifique, et le fait est que chacun de ces cycles conditionne la continuit&#233; du proc&#232;s total. La rotation d'une forme fonctionnelle conditionne l'autre. Il est indispensable pour le proc&#232;s de production total, en particulier pour le capital social, qu'il soit en m&#234;me temps proc&#232;s de reproduction, et par cons&#233;quent cycle de chacun de ses moments. [&#8230;] Les formes sont donc des formes fluides, et leur simultan&#233;it&#233; est l'&#339;uvre de leur succession. &#187; (Marx, &lt;i&gt;Le Capital&lt;/i&gt;, &#233;d. Sociales 1960, t. 4, pp. 93-96). La crise actuelle, r&#233;sultant de la restructuration des ann&#233;es 1970-1980, est une s&#233;rie de discordance dans ce processus. Son existence duelle de crise de suraccumulation et de sous-consommation, la double d&#233;connexion, l'asyst&#233;mie de la revendication salariale, la mise en abyme de la mondialisation, la financiarisation du capital productif ont amen&#233; &#224; une rupture entre les rythmes de chacune de ces figures du proc&#232;s cyclique. Les trois rythmes du capital deviennent incompatibles entre eux, la crise est une &#171; arythmie &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb44&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pour l'analyse de toutes les discordances induites par cette &#171; arythmie &#187;, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh44&#034;&gt;44&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Dans &lt;i&gt;TC&lt;/i&gt; 22 (&lt;i&gt;Too much monkey business&lt;/i&gt;), puis dans &lt;i&gt;TC&lt;/i&gt; &lt;i&gt;23&lt;/i&gt; (&lt;i&gt;Lectures de la crise&lt;/i&gt;), c'est dans le caract&#232;re duel de la crise et la double d&#233;connexion que pointe l'origine de cette &#171; arythmie &#187; dans laquelle se d&#233;terminent les effets de cliquet que nous &#233;voquions pr&#233;c&#233;demment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'int&#233;r&#234;t, pour notre propos, de cette analyse en termes d' &#171; arythmie &#187; des figures du cycle total du capital est de pr&#233;senter la crise &lt;i&gt;imm&#233;diatement&lt;/i&gt; comme une crise de la reproduction g&#233;n&#233;rale de la soci&#233;t&#233; capitaliste impliquant, non par voie de cons&#233;quence mais en eux-m&#234;mes, tous les niveaux de cette reproduction, en la bouleversant. C'est une sorte de d&#233;r&#232;glement de la reproduction et la question est alors celle de la r&#233;organisation ou non des &#233;l&#233;ments dans leur relation et ordre convenus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toutes ces caract&#233;ristiques de la crise ne sont pas des circonstances colorant une contradiction invariante comme la baisse du taux de profit. Ce dernier point fait de la relation entre rapports de distribution et rapports de production (d'o&#249; l'articulation entre f&#233;tichisme, id&#233;ologie, sujet et vie quotidienne) une d&#233;termination sp&#233;cifique dans la crise actuelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;h.mfxrmb1q5ppn Copy 1&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Rapports de production et rapports de distribution&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;{{}}&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les rapports de distribution c'est la relation f&#233;tichiste des revenus &#224; leur source comme facteur autonome, cette relation est inh&#233;rente au mode de production et aux rapports de production. Relation f&#233;tichiste en ce qu'elle lie le travail &#224; une certaine fraction de la valeur produite, alors que le travail (producteur de valeur, substance de la valeur) cr&#233;e tout autant les autres fractions de la valeur distribu&#233;e (profit, int&#233;r&#234;t, rente). Qu'est-ce que le travail salari&#233; comme &lt;i&gt;rapport de production&lt;/i&gt; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Ainsi, tandis que l'ouvrier reproduit ses produits comme capital, le capitaliste reproduit l'ouvrier comme salari&#233;, c'est-&#224;-dire comme vendeur de son propre travail. Le rapport entre simples vendeurs de marchandises impliquerait qu'ils &#233;changent &lt;i&gt;leurs&lt;/i&gt; &lt;i&gt;propres &lt;/i&gt;travaux incorpor&#233;s dans des valeurs d'usage diff&#233;rentes. L'achat-vente de la force de travail, comme r&#233;sultat constant de la production capitaliste implique, au contraire, que l'ouvrier rach&#232;te constamment une fraction de son propre produit, en &#233;change de son travail vivant. C'est ainsi que &lt;i&gt;s'&#233;vanouit&lt;/i&gt; l'apparence du simple &lt;i&gt;rapport&lt;/i&gt; entre &lt;i&gt;possesseurs de marchandises&lt;/i&gt; ; l'acte constant d'achat-vente de la force de travail et la perp&#233;tuelle confrontation de la marchandise produite par l'ouvrier et de lui-m&#234;me comme acheteur de sa capacit&#233; de travail et comme capital variable ne sont que des formes qui m&#233;diatisent son assujettissement au capital, le travail vivant n'&#233;tant qu'un simple moyen de conservation et d'accroissement du travail &lt;i&gt;objectiv&#233;&lt;/i&gt;, devenu autonome face &#224; lui. La forme de m&#233;diation inh&#233;rente au mode de production capitaliste sert donc &#224; perp&#233;tuer le rapport entre le capital qui ach&#232;te le travail, et l'ouvrier qui le vend. [...] Elle &lt;i&gt;masque&lt;/i&gt; sous le simple rapport mon&#233;taire, la transaction v&#233;ritable et la d&#233;pendance perp&#233;tu&#233;e gr&#226;ce &#224; la m&#233;diation de l'acte vente-achat qui se renouvelle constamment. Ce rapport reproduit sans cesse, non seulement les conditions de ce trafic, mais encore ses r&#233;sultats, &#224; savoir ce que l'un ach&#232;te et ce que l'autre vend. Le perp&#233;tuel renouvellement de ce rapport &lt;i&gt;d'achat-vente&lt;/i&gt; ne fait que m&#233;diatiser la continuit&#233; du rapport sp&#233;cifique de d&#233;pendance, en lui donnant l'apparence &lt;i&gt;mystificatrice&lt;/i&gt; d'une transaction, d'un contrat entre &lt;i&gt;possesseurs de&lt;/i&gt; &lt;i&gt;marchandises&lt;/i&gt; dot&#233;s de droits &#233;gaux et pareillement libres l'un en face de l'autre. Ainsi, le rapport initial devient lui-m&#234;me un moment immanent de la domination du travail vivant par le travail objectiv&#233; qui s'est instaur&#233;e avec la production capitaliste &#187; (Marx, &lt;i&gt;Chapitre in&#233;dit&lt;/i&gt;, &#233;d. 10/18, pp. 262-263).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;{{}}En bref, ce n'est pas en tant qu'&#233;changistes que prol&#233;taires et capitalistes se font face, mais en tant que p&#244;les d'un rapport social, en tant que classes. Si on relie, comme cela se passe dans les rapports de distribution, le travail au salaire, il est alors tout aussi l&#233;gitime de lier capital et profit ou int&#233;r&#234;t, terre et rente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela a de grandes cons&#233;quences en ce qui concerne la compr&#233;hension et le cours r&#233;el de la lutte des classes, mais cela ne la masque pas, c'est non seulement son existence de tous les jours mais le terrain de son d&#233;passement comme &#171; existence de tous les jours &#187;. La lutte des classes, comme lutte entre&lt;i&gt; &#171; propri&#233;taires d'une source de revenu &#187;&lt;/i&gt;, conforte&lt;i&gt; &lt;/i&gt;l'illusion de la distribution, les agents de la production en sont &lt;i&gt;prisonniers,&lt;/i&gt; ajoute Marx. Il est exact que ce sont toujours les rapports de distribution qui sont au-devant, en premier, parce que les individus partent toujours de leur existence, de leur vie quotidienne, de leurs revenus, c'est-&#224;-dire des rapports de distribution, du f&#233;tichisme v&#233;cu comme un &#171; destin &#187;. Mais &lt;i&gt;les rapports de production ne sont pas tr&#232;s loin&lt;/i&gt; de cela. Il y a jeu et non dichotomie entre rapports de production et rapports de distribution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les int&#233;r&#234;ts particuliers poursuivis par chaque classe n'existent que dans leur modulation &#224; l'int&#233;rieur de la configuration g&#233;n&#233;rale de la contradiction &#224; un moment particulier. Dans l'intrication de tous les niveaux de la reproduction &lt;i&gt;dont l'interclassisme est un sympt&#244;me&lt;/i&gt;, les mouvements sociaux qui, sur la base du salaire comme rapport de distribution, se cristallisent maintenant sur la l&#233;gitimit&#233; de l'Etat vis-&#224;-vis de sa soci&#233;t&#233;, d&#233;signent simultan&#233;ment le salaire comme prix du travail, forme de r&#233;partition, et, de par la m&#234;me g&#233;n&#233;ralit&#233;, tous les revenus comme d&#233;pendants du travail, ceux du profit, de l'int&#233;r&#234;t, de la rente. Le salaire comme &lt;i&gt;prix du travail&lt;/i&gt; peut d&#233;signer alors dans une lutte ce qu'il cache : le salaire comme &lt;i&gt;valeur de la force de travail&lt;/i&gt;, travail n&#233;cessaire, et tous les autres revenus comme formes transform&#233;es du surtravail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet : &#171; Le produit se divise d'une part en capital et d'autre part en revenus. L'un de ces revenus, le salaire, ne prend jamais la forme de revenu, revenu de l'ouvrier, qu'apr&#232;s avoir &lt;i&gt;affront&#233;&lt;/i&gt; [soulign&#233; par nous] ce m&#234;me ouvrier sous &lt;i&gt;forme de capital&lt;/i&gt; [soulign&#233; dans le texte]. La confrontation des moyens de travail cr&#233;&#233;s et des produits du travail en g&#233;n&#233;ral en tant que capital avec les producteurs directs implique d'embl&#233;e un certain caract&#232;re social des moyens mat&#233;riels du travail par rapport aux ouvriers qui, dans la production elle-m&#234;me, se trouvent ainsi plac&#233;s dans un rapport d&#233;fini avec les possesseurs de ces moyens de travail et avec les autres ouvriers. &#187; (&lt;i&gt;Le Capital&lt;/i&gt;, &#233;d. Sociales, t. 8, p. 253). Que signifie &#171; qu'apr&#232;s avoir &lt;i&gt;affront&#233;&lt;/i&gt; ce m&#234;me ouvrier sous &lt;i&gt;forme de capital&lt;/i&gt; &#187; ? Cela signifie que la valeur produite comme &#233;quivalent du salaire fait face &#224; l'ouvrier comme capital &lt;i&gt;variable&lt;/i&gt;, c'est-&#224;-dire est une quantit&#233; de valeur changeante du fait de l'achat de la force de travail, c'est-&#224;-dire assignation &#224; la production de plus-value, donc rapports de production. Nous avons l&#224; le fondement m&#234;me par lequel les rapports de distribution peuvent d&#233;signer les rapports de production, et comment cette d&#233;signation distingue des positions de classe diff&#233;rentes &#224; l'int&#233;rieur d'un mouvement qui, sur la base de la distribution, peut &#234;tre commun.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le cadre sp&#233;cifique de la restructuration des ann&#233;es 1970-1980 puis, maintenant, de sa crise, les rapports de distribution &lt;i&gt;sont devenus dominants en tant que surd&#233;termination n&#233;cessaire des rapports de production&lt;/i&gt;. Si c'est par l&#224; que la vie quotidienne est devenue le lieu et l'enjeu confus de la lutte des classes, il ne faut pas attendre l'&#233;mergence de la derni&#232;re instance qui remettrait tout en ordre. C'est dans cette confusion des luttes et la multiplicit&#233; des contradictions qui s'y nouent qu'il faut penser la possibilit&#233; de la r&#233;volution comme communisation ; non comme un pis-aller mais comme &lt;i&gt;son opportunit&#233; m&#234;me&lt;/i&gt;. Les rapports de production et les rapports de distribution ne sont pas des instances exclusives l'une de l'autre. Si les classes et les d&#233;terminations de leurs luttes prennent racines dans les rapports de production, elles sont loin d'en &#234;tre le calque. Il ne faut jamais confondre les deux aspects du concept d'&#233;conomie : d'une part, comme objectivit&#233; &#224; reproduire et, d'autre part, comme rapports de production et par l&#224; de reproduction de cette objectivit&#233;. Toute la lutte des classes (c'est-&#224;-dire leur constitution) se d&#233;roule dans la relation et la dynamique incluses dans cette dualit&#233; de l'&#233;conomie. &lt;i&gt;C'est l&#224; que la vie quotidienne peut maintenant, dans ce moment historique particulier, devenir le lieu et l'enjeu de la lutte des classes&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est &#224; partir du jeu entre rapports de production et rapports de distribution (o&#249; l'on retrouve la reproduction, le f&#233;tichisme, l'id&#233;ologie, le sujet, etc.) que l'on peut d&#233;terminer en quoi la vie quotidienne est le lieu o&#249; se nouent les contradictions de classes et de genre sous l'ensemble de leurs d&#233;terminations et de leurs formes d'apparition dont chacune est alors trait&#233;e sp&#233;cifiquement. C'est ainsi que les hommes, les femmes, les prol&#233;taires, comme sujets id&#233;ologiques&lt;strong&gt; &lt;/strong&gt;(&#171; sujets id&#233;ologiques &#187;, presqu'un pl&#233;onasme)&lt;strong&gt;, &lt;/strong&gt;peuvent se d&#233;barrasser de toute la pourriture qui leur colle &#224; la peau et les constitue comme tels.&lt;strong&gt; &lt;/strong&gt;Les rapports de production sont conserv&#233;s et d&#233;sign&#233;s par les rapports de distribution, mais tels que ces derniers, tout en en d&#233;pendant, les travaillent et les configurent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; En fait, les rapports et modes de distribution sont tout bonnement &lt;i&gt;l'envers des agents de la production&lt;/i&gt; : l'individu qui contribue &#224; la production par son travail salari&#233; participe sous le mode du salaire &#224; la distribution des produits cr&#233;&#233;s dans la production. La structure de la distribution est enti&#232;rement d&#233;termin&#233;e par celle de la production. &#187; (Marx, &lt;i&gt;Fondements de la critique de l'&#233;conomie politique&lt;/i&gt;, &#233;d. Anthropos, t. 1, pp. 24-25). Mais, il ne s'agit pas de confondre les deux. Actuellement, dans la vie quotidienne, les formes de la distribution s'autonomisent des rapports de production comme objet de la lutte de classe, jusque dans les niveaux et modalit&#233;s de la consommation qui, dans leur sp&#233;cificit&#233;, les &lt;i&gt;reproduisent&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb45&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Ainsi, l'appropriation finale par les individus dans le proc&#232;s de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh45&#034;&gt;45&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. La consommation reproduit l'individu sous une forme d&#233;termin&#233;e &#171; non seulement en tant qu'organisme imm&#233;diat, mais dans des rapports sociaux d&#233;termin&#233;s. &#187; (Marx, &lt;i&gt;Fondements&lt;/i&gt; &#8230;, &#233;d. Anthropos, t. 2, note p. 235).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est au travers de la relation entre rapports de production et rapports de distribution, sous la domination des rapports de distribution, que la question de l'Etat, de la nation et de la citoyennet&#233; est pos&#233;e &#224; l'int&#233;rieur de la vie quotidienne. On pourrait prendre l'exemple grec pour montrer comment se sont connect&#233;es lutte des classes, politique, vie quotidienne et citoyennet&#233; dans les &#171; Assembl&#233;es de quartier &#187; (cf. Th&#233;o Cosme, &lt;i&gt;La cigarette sans cravate, Syriza, la dette, le boutiquier et les luttes de classes en Gr&#232;ce&lt;/i&gt;, &#233;d. Senonevero, 2016).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La nationalisation des luttes marque la &#171; s&#233;quence particuli&#232;re &#187; qui s'ouvre dans les ann&#233;es 2010 quand le champ de la lutte des classes s'&#233;largit de la crise du rapport salarial &#224; celle de la soci&#233;t&#233; salariale. Partout, il ne s'agit plus que de politique et de distribution. Face &#224; un Etat qui a &#171; failli &#224; sa mission &#187;, il s'agit de restaurer une vraie politique nationale ; la citoyennet&#233; devient le drapeau et l'id&#233;ologie sous lesquels les diff&#233;rentes classes m&#232;nent leurs luttes, parfois ensemble et non sans conflits. Mais, si la citoyennet&#233; est une abstraction, elle est une id&#233;ologie sous laquelle op&#232;rent des pratiques relatives &#224; des enjeux bien concrets et imm&#233;diats, ceux de la vie quotidienne, elle r&#233;f&#232;re &#224; des contenus pr&#233;cis : plein emploi, famille, ordre-proximit&#233;-s&#233;curit&#233;, travail, &#233;ducation, sant&#233;, appartenance locale et nation. L'apparition de la figure universelle du citoyen est ins&#233;parable de la s&#233;paration du travailleur et de ses conditions par laquelle la communaut&#233; acquiert dans l'Etat une existence ind&#233;pendante. La &#171; vie politique &#187; fait partie de la vie quotidienne et l'existence ind&#233;pendante de la communaut&#233; est absolument corollaire de son pendant : l'individu comme sujet&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb46&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Si ce processus d'accession de l'individu &#224; l'&#171; universalit&#233; &#187; semble aller (&#8230;)&#034; id=&#034;nh46&#034;&gt;46&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. La lutte des classes c'est, au jour le jour, le rapport constamment &#224; reproduire du travailleur &#224; ses conditions de reproduction&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;h.crju138my17y Copy 1&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vie quotidienne et conjoncture (retour sur les luttes de la production &#224; la reproduction)&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour concevoir actuellement la vie quotidienne comme le lieu de cristallisation des luttes de classes il faut partir de la sp&#233;cificit&#233; de la situation pr&#233;sente : la restructuration des ann&#233;es 1970-1980, la fin de l'identit&#233; ouvri&#232;re qui change compl&#232;tement le rapport &#224; la vie quotidienne&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb47&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir &#224; ce sujet, principalement en ce qui concerne la rupture (&#8230;)&#034; id=&#034;nh47&#034;&gt;47&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, la sp&#233;cificit&#233; de la crise depuis 2008, la crise du rapport salarial devenant &#171; crise de la soci&#233;t&#233; salariale &#187;, la double d&#233;connexion, la particularit&#233; de &#171; revendiquer pour le salaire &#187;, devenu une sorte de tabou.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;conomie (forme transform&#233;e/objectiv&#233;e des rapports de production) est le concept g&#233;n&#233;ral de l'autonomisation de toutes les conditions de la production et de la reproduction, l'&#233;conomie n'existe alors qu'en relation et poss&#233;dant son corollaire (son autre), la vie quotidienne. Du fait que la contradiction entre le prol&#233;tariat et le capital se situe au niveau de la reproduction et que la crise de cette phase de la subsomption r&#233;elle est une identit&#233; entre suraccumulation et sous-consommation, la d&#233;termination de l'un par l'autre (de la vie quotidienne par l'&#233;conomie) devient le contenu d'une configuration de la lutte des classes qui inverse la relation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Maintenant, la synth&#232;se des dynamiques &#224; l'&#339;uvre se situe pr&#233;cis&#233;ment dans ce &lt;i&gt;point de rupture&lt;/i&gt; consistant pour le prol&#233;tariat dans sa contradiction avec le capital &#224; franchir ce &#171; plancher de verre &#187; que constitue la production pour les mouvements sociaux se constituant au niveau de la reproduction et, pour les luttes revendicatives, aussi violentes qu'elles puissent &#234;tre, &#224; d&#233;passer leur caract&#232;re revendicatif, &#224; franchir un &#171; plafond de verre &#187;. Pour une lutte revendicative se d&#233;passer en tant que telle, c'est situer la contradiction entre les classes &lt;i&gt;au niveau de sa reproduction&lt;/i&gt;. Il est vrai que le principal r&#233;sultat du proc&#232;s de production c'est le renouvellement de la s&#233;paration du travail et du capital. Mais cela ne va pas sans inclure l'existence de la circulation et de l'&#233;change et l'activit&#233; de &lt;i&gt;toutes les instances du mode de production&lt;/i&gt; dont l'Etat. De fa&#231;on un peu provocatrice, on pourrait &#233;crire que le prol&#233;tariat doit perdre sa puret&#233; pour se nier. C'est ainsi, &lt;i&gt;&#224; partir du proc&#232;s de production mais dans des pratiques qui l'exc&#232;dent&lt;/i&gt;, c'est-&#224;-dire dans la vie quotidienne avec toutes ses &#171; ambig&#252;it&#233;s &#187;, qu'est pos&#233;e et reconnue pratiquement l'appartenance de classe comme une contrainte ext&#233;rieure impos&#233;e par le capital, &lt;i&gt;c'est-&#224;-dire impos&#233;e comme reproduction&lt;/i&gt;. Il est impossible de d&#233;terminer dans quel sens la &#171; jonction &#187; peut se faire, d'autant plus qu'il ne peut s'agir de &#171; jonction &#187;, mais &#224; partir de multiples luttes particuli&#232;res de la cr&#233;ation d'une situation absolument nouvelle changeant la donne pour toutes les luttes existantes. Pour l'instant, au Br&#233;sil, en Iran, en Turquie, au Chili, en France, etc., nous n'avons que des balbutiements de la chose.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si le franchissement du plancher et/ou du plafond de verre est la synth&#232;se possible des dynamiques de cette p&#233;riode, elle n'a rien d'une in&#233;vitable n&#233;cessit&#233;, si ce n'est qu'elle est aussi le moment de la d&#233;cision pour la classe capitaliste, le moment o&#249; se coagulent pour faire sens les divers possibles d'une restructuration existant jusque-l&#224; comme des lin&#233;aments incoh&#233;rents pris dans le mouvement g&#233;n&#233;ral dominant qui est celui de l'exacerbation des caract&#233;ristiques de la p&#233;riode s'achevant, cela comme dans la phase initiale de chaque crise. Cette synth&#232;se n'est pas la d&#233;termination g&#233;n&#233;rale de &#171; La R&#233;volution &#187;, mais une possibilit&#233; sp&#233;cifique de d&#233;passement d'un rapport d'exploitation historiquement particularis&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, d&#233;j&#224;, en Chine, en Inde, au Bangladesh, on voit le d&#233;bordement&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb48&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Nous empruntons ce terme de &#171; d&#233;bordement &#187; &#224; Michel Kokoreff, La Diagonale (&#8230;)&#034; id=&#034;nh48&#034;&gt;48&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; de ce que, faute de mieux, nous appelons les luttes &#171; classiques &#187; vers l'ensemble des conditions de la reproduction, qu'elles soient politiques, urbaines, environnementales, ou familiales, ou qu'elles articulent &#224; la sph&#232;re de la production sp&#233;cifiquement capitaliste des modalit&#233;s de reproduction h&#233;rit&#233;es de situations ant&#233;rieures et red&#233;finies dans le mode de production dominant au travers de multiples modes de rotation de la main-d'&#339;uvre, en g&#233;n&#233;ral f&#233;minine, comme, entre autres, en Indon&#233;sie ou au Mexique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut avancer l'hypoth&#232;se que la Chine, l'Asie du sud et du sud-est ou l'Am&#233;rique latine concentrent au mieux les ingr&#233;dients de la fusion : importance des luttes ouvri&#232;res prises entre l'asyst&#233;mie de la revendication salariale et son caract&#232;re intenable ; ampleur des mouvements sociopolitiques, situation charni&#232;re pour faire basculer et rendre totalement inop&#233;rante le zonage de la mondialisation, importance des mouvements de la petite paysannerie, &#233;tranglement des classes moyennes suite &#224; un bref moment d'euphorie pour elles. Il ne s'agit pas de dire que ces r&#233;gions sont d'ores et d&#233;j&#224; ou deviendront le c&#339;ur de la r&#233;volution, mais que leurs caract&#233;ristiques tant internes que dans le capitalisme mondial en font le &#171; maillon faible &#187; de ce monde. Comme l'&#233;crivait L&#233;nine une r&#233;volution ne devient possible que lorsque toutes les classes de la soci&#233;t&#233; sont mises en mouvement, y compris la classe dominante qui ne peut plus exploiter et assurer sa domination &#171; comme avant &#187;, avec toutes les confusions et les conflits que cela implique&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pris individuellement, on peut dire qu'aucun des &#233;l&#233;ments &#233;nonc&#233;s n'est nouveau. Mais ce qui importe et diff&#233;rencie les luttes actuelles c'est la conjonction, la r&#233;p&#233;tition, c'est-&#224;-dire la coagulation de ces &#233;l&#233;ments pour d&#233;finir &lt;i&gt;un autre niveau des luttes&lt;/i&gt;. Quand la gr&#232;ve du Joint Fran&#231;ais mobilise la Bretagne en 1971 (paysans, petits commer&#231;ants et artisans), le c&#339;ur du r&#233;acteur est l'usine, comme &#224; Lip, &#224; Besan&#231;on en 1973 ; quand &#224; Harlan County, en 1973-1974, tout un district des Appalaches est en s&#233;cession arm&#233;e, ce sont les mines et les fonderies qui sont au c&#339;ur, en 1980, de m&#234;me en Lorraine en 1980-1981, &#224; Chooz dans les Ardennes fran&#231;aise (la pointe de Givet), la chose est l&#233;g&#232;rement diff&#233;rente : ce sont les ouvriers des aci&#233;ries et de la fonderie de cuivre qui occupent le territoire, avec une forte participation f&#233;minine, contre la construction d'une centrale nucl&#233;aire. Aujourd'hui c'est la conjonction des contradictions &#224; tous les niveaux et dans toutes les instances de la reproduction qui constitue la lutte de classe imm&#233;diatement au niveau de la reproduction comme ensemble du rapport entre prol&#233;tariat et capital. Cela dans une disjonction avec les luttes en entreprises qui ne tient pas seulement &#224; un interclassisme mis &#224; toutes les sauces, mais aux structures m&#234;mes de la reproduction des contradictions de classes de l'exploitation. Cependant, les ouvriers et m&#234;me les &#233;nigmatiques &#171; prol&#233;taires &#187; y participent, ils sont l&#224; en masse. Qui va les renvoyer dans leurs usines afin qu'ils y luttent enfin en tant que tels, ou les mettre dans la rue en tant que classe qui (un jour ou l'autre) ne pourra agir que selon sa nature ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si nous pouvons apercevoir des annonces de ces &#171; d&#233;bordements &#187; au Chili, au Soudan, en Bi&#233;lorussie (o&#249; le mouvement d&#233;mocratique a &#233;t&#233; largement ouvrier jusqu'&#224; l'investissement des usines par les polices et autres milices), en Indon&#233;sie, ou au Liban dans le cours des gr&#232;ves des travailleurs migrants (mai 2020), c'est l'&#233;norme insurrection ouvri&#232;re en Birmanie/au Myanmar suite au coup d'Etat militaire qui pourrait nous en fournir actuellement le meilleur exemple.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un immense mouvement de &#171; d&#233;sob&#233;issance civile &#187; (les services et les banques sont bloqu&#233;s, l'arm&#233;e doit investir les h&#244;pitaux pour briser la r&#233;sistance des personnels et emp&#234;cher les soins aux bless&#233;s), les ouvriers, principalement du secteur textile tenu par des entreprises chinoises et les conglom&#233;rats &#233;conomiques de l'arm&#233;e, se mettent massivement en gr&#232;ve. Des dizaines d'usines sont incendi&#233;es : &#171; &#224; chaque mort une usine br&#251;le &#187;, tel est le mot d'ordre des ouvriers (&#224; 80 % des ouvri&#232;res). L'insurrection d&#233;bute en mars 2021, en avril on compte plus de 600 morts. C'est tout un syst&#232;me de reproduction sociale &lt;i&gt;y compris politique&lt;/i&gt; qui est attaqu&#233;. Nombre de travailleurs ne pouvant plus payer leur loyer (comme dans l'immense bidonville Hlaing Tar Yar&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb49&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sur la commune de Yanlong en banlieue de Rangoun.&#034; id=&#034;nh49&#034;&gt;49&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; regroupant 700 000 personnes, essentiellement des migrant.es. int&#233;rieur.es), il s'ensuit un exode massif depuis les centres industriels vers les villages. Ce qu'il s'est pass&#233; au printemps 2021 au Myanmar est certainement une des luttes les plus embl&#233;matiques de notre p&#233;riode.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien que les objectifs soient actuellement de moins en moins &#171; particuliers &#187;, aucun affrontement ne peut aboutir seulement sur ses objectifs propres (en dehors m&#234;me d'une insurrection r&#233;volutionnaire) sans un arr&#234;t ou un blocage massif de la production, au sens propre et figur&#233; il faut mettre &#224; la classe capitaliste le couteau sous la gorge. Mais c'est la vie quotidienne, avec toute sa confusion et ses al&#233;as qui est destin&#233;e, dans la situation pr&#233;sente, &#224; &#234;tre l'&#233;l&#233;ment subsumant la distinction dans une jonction qui ne laissera aucun de ses termes identiques &#224; ce qu'il &#233;tait. Si nous parlons de jonction ou d'unit&#233;, l'inconv&#233;nient r&#233;side en ce que les termes d&#233;signent ce qu'ils sont en dehors de leur unit&#233;, dans leur unit&#233; ils n'ont donc plus le sens que leur expression &#233;nonce (voir Hegel, &lt;i&gt;Ph&#233;nom&#233;nologie de l'Esprit&lt;/i&gt;, &#233;d. Aubier-Montaigne, t. 1, p. 35).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En parlant de &#171; jonction &#187; n&#233;cessaire et probl&#233;matique, nous ne partageons pas totalement l'analyse avanc&#233;e par des camarades chiliens d'&lt;i&gt;Agitaci&#243;n inmanente &lt;/i&gt;(texte relay&#233; en France sur le site &lt;i&gt;Agitationautonome&lt;/i&gt;) qui s&#233;parent et hi&#233;rarchisent les termes comme s'il s'agissait d'une pure et simple chronologie : &#171; Aujourd'hui les luttes du prol&#233;tariat mondial prennent moins la forme de luttes revendicatives pour la hausse des salaires que la forme &lt;i&gt;plus radicale&lt;/i&gt; [nous soulignons] de luttes pour la dignit&#233;, significatives de la crise de la soci&#233;t&#233; salariale, et nous devons d'urgence en rendre compte &#8230; &#187; (octobre 2019).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il devient de plus en plus &#233;vident que l'exploitation n'est pas la pure affaire comptable telle qu'elle appara&#238;t dans le cours de la d&#233;duction logique du&lt;i&gt; Capital&lt;/i&gt;. L'exploitation d&#233;finissant les classes, ce sont les trois moments constituant le rapport d'exploitation (achat-vente de la force de travail / subsomption du travail sous le capital / transformation de la plus-value en capital additionnel) et leur reproduction impliquant toutes les instances du mode de production, transformant le rapport en n&#233;cessit&#233; objective. C'est en cela que, dans une certaine conjoncture, historiquement sp&#233;cifique, de crise du mode de production, celle actuelle, la vie quotidienne peut devenir le lieu de la lutte des classes, avec tous les probl&#232;mes que cela contient : id&#233;ologie, interclassisme, multiplication des conflits dans toutes les instances de la reproduction, etc. Mais aussi toute la confusion tr&#232;s productive du renversement de la hi&#233;rarchie des instances, de la mise en question de l'&#233;conomie. C'est la rupture, le d&#233;sordre qui sont productifs et non la simple continuation / r&#233;solution des contradictions telles qu'existantes. Les contradictions ne sont d&#233;pass&#233;es que si elles sont boulevers&#233;es dans leur forme et leur cours, que si elles se retournent contre elles-m&#234;mes, supprimant alors, &#224; partir d'elles, leurs propres termes : une conjoncture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une conjoncture est cette situation propre aux p&#233;riodes de crises o&#249; le mouvement du capital comme contradiction en proc&#232;s n'est plus une seule contradiction (entre les classes ou entre les genres) ni m&#234;me l'unit&#233; simple et homog&#232;ne des deux, c'est-&#224;-dire que le capital comme contradiction en proc&#232;s ne s'impose plus comme le sens toujours d&#233;j&#224; l&#224; de chacune de ses propres formes d'apparition. Une conjoncture est ce moment historique o&#249; la contradiction entre les classes, et celle entre les hommes et les femmes sont prises comme objets de transformation dans la multiplicit&#233; des contradictions, des divisions de genres et des segmentations de classe qui jouent conflictuellement entre elles. Les contradictions se recomposent, s'unissent en une &lt;i&gt;unit&#233; de rupture&lt;/i&gt;, la pratique r&#233;volutionnaire, les mesures communisatrices, bouleversent la hi&#233;rarchie des instances du mode de production par laquelle sa reproduction &#233;tait le sens immanent de chacune. Au-del&#224; de cette immanence, de cette autopr&#233;supposition qui contient et n&#233;cessite la hi&#233;rarchie &#233;tablie des instances, il y a &lt;i&gt;de&lt;/i&gt; &lt;i&gt;l'impr&#233;visible et de l'&#233;v&#233;nement&lt;/i&gt;. La conjoncture est la m&#233;canique, les rouages intimes, du saut qualitatif en laquelle se brise la r&#233;p&#233;tition du mode de production.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s lors, ce sont tous les rapports sociaux, leur hi&#233;rarchie et la distinction des sph&#232;res publiques et priv&#233;es qui sont attaqu&#233;s. Ce bouleversement de la hi&#233;rarchie des instances du mode de production par laquelle il s'autopr&#233;supposait et qui faisait de la production la d&#233;termination en derni&#232;re instance, est pr&#233;cis&#233;ment ce qui d&#233;finit une conjoncture r&#233;volutionnaire&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb50&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Non seulement la r&#233;volution n'est pas le r&#233;sultat de la transcroissance de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh50&#034;&gt;50&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Dans le m&#234;me temps, ce sont les n&#233;cessit&#233;s de la lutte qui structurent les activit&#233;s entre elles. La communisation n'a pas pour objet imm&#233;diat de construire une &#171; soci&#233;t&#233; communiste &#187;, mais elle cr&#233;e comme outil de lutte des rapports communistes entre les individus&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb51&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. TC 25, Communisation / communisme / valeur, p. 163.&#034; id=&#034;nh51&#034;&gt;51&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les luttes de classes actuelles sont l'intrication de tous les niveaux de la reproduction sociale, parce que c'est l&#224;, c'est-&#224;-dire dans la reproduction comme quotidiennet&#233;, que la contradiction, sp&#233;cifiquement celle de l'exploitation, maintenant existe. Il faut faire avec, c'est &#171; dangereux &#187;, mais c'est tant mieux. Une classe r&#233;volutionnaire est une classe qui, dans une phase historique critique, entretient &#224; partir de sa situation particuli&#232;re, une relation avec la soci&#233;t&#233; dans son entier. La particularit&#233; de la situation actuelle r&#233;side en ce que cette relation &#224; partir de sa situation particuli&#232;re avec la soci&#233;t&#233; dans son entier est maintenant la remise en cause de sa propre situation particuli&#232;re. C'est exactement le probl&#232;me maintenant du prol&#233;tariat dans un processus r&#233;volutionnaire comme relation avec la soci&#233;t&#233; dans son entier. Il y a la contradiction entre les hommes et les femmes qui ne se r&#233;glera pas comme par miracle mais devra exister comme telle, sp&#233;cifiquement, pour qu'il y ait r&#233;volution et abolition de toutes les cat&#233;gories de ce mode de production dont cette contradiction est constitutive et non &#171; adjacente &#187;. Il y a toutes les fractures &#224; l'int&#233;rieur du prol&#233;tariat, sa racialisation, il y a les classes moyennes salari&#233;es, il y a cette masse &#233;norme de petits paysans, de travailleurs et petits &#171; patrons &#187; de l'&#233;conomie informelle, qui ne vivent pas l'exploitation et leur rapport au capital comme un rapport de production, mais comme un rapport d'&#233;change in&#233;gal, toujours fantasmatiquement n&#233;gociable. Masse qui, au nom de la propri&#233;t&#233;, de la &#171; terre &#187; et du commerce, repr&#233;sente une &#233;norme r&#233;serve mobilisable contre toute mesure communiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est en devenant la &#171; soci&#233;t&#233; &#187; que le prol&#233;tariat abolit le mode de production capitaliste et se nie. Devenir la soci&#233;t&#233;, c'est, pour lui, absorber et dissoudre les autres cat&#233;gories et classes sociales par l'emparement des moyens de production et de reproduction, par l'abolition de l'&#233;change dans la continuit&#233; des activit&#233;s de production et autres, c'est alors sa propre dissolution. Mais cela ne peut se faire sans conflits avec la classe moyenne, sans relations confuses et difficiles &#224; concevoir avec cette &#233;norme masse de &#171; pauvres &#187; mondiaux exploit&#233;s dans l'&#233;change, sans affrontements entre prol&#233;taires, sans violences entre hommes et femmes. Tous les comptes devront &#234;tre r&#233;gl&#233;s, ce r&#232;glement de comptes n'est ni une cons&#233;quence, ni une condition de la r&#233;volution, c'est &lt;i&gt;son cours n&#233;cessaire&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb52&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; La pratique insurrectionnelle, interindividuelle, des prol&#233;taires dissout (&#8230;)&#034; id=&#034;nh52&#034;&gt;52&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Actuellement, c'est en impliquant toutes les relations sociales jusque dans leurs formes id&#233;ologiques les plus imm&#233;diates que le prol&#233;tariat, &#224; partir de sa situation particuli&#232;re, peut se nier en devenant la &#171; soci&#233;t&#233; &#187;. Cette &#171; n&#233;gation &#187;, c'est une lutte contre la classe capitaliste, dont le contenu est une lutte, pour lui, contre sa propre reproduction, c'est alors un maelstr&#246;m de contradictions et d'affrontements internes. Pour que ces choses-l&#224; arrivent, il ne suffit pas que les &#171; choses aillent mal et de plus en plus mal &#187;, &lt;i&gt;il faut un certain niveau, une certaine existence sp&#233;cifique de la contradiction entre le prol&#233;tariat et le capital, une certaine sp&#233;cificit&#233; de la crise de leur reproduction r&#233;ciproque&lt;/i&gt;. Il faut que la production et la reproduction soient amalgam&#233;es dans ce qui a &#233;t&#233; construit comme vie quotidienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, &#224; la diff&#233;rence de Debord ou de Lefebvre, il faut &#171; relativiser &#187; : dans la vie quotidienne ce n'est pas le &#171; vrai &#187; qui enfin appara&#238;t. Oui, &#171; la totalit&#233; est mise en jeu &#187; mais &lt;i&gt;comme vie quotidienne&lt;/i&gt;, c'est-&#224;-dire dans l'id&#233;ologie, dans une relation r&#233;volutionnaire &#224; construire aux rapports de production dans leur emparement, avec des individus agissant comme &#171; sujets &#187;, etc. Dans la vie quotidienne, justement parce qu'elle est la mise en relation de la production et de la reproduction, il y a non pas la totalit&#233; mais &lt;i&gt;le rapport &#224; une totalit&#233; &#224; construire&lt;/i&gt;, il y a en outre, de par son contenu id&#233;ologique, le bouleversement de la hi&#233;rarchie des instances (c'est le bon c&#244;t&#233; de l'id&#233;ologie, si l'on peut dire). La situation de classe et encore moins la &#171; catastrophe &#233;conomique &#187; ne contiennent aucun d&#233;terminisme. Le prol&#233;tariat se construit lui-m&#234;me comme classe r&#233;volutionnaire-communisatrice contre l'&#233;conomie, contre ses propres causes. Mais ce n'est que l&#224;-dedans que &#171; des choses &#187; peuvent se passer, dans ce bouillon de culture o&#249; s'agr&#232;gent et se soudent ensemble des forces chaotiques. La puret&#233; des contradictions, c'est la continuation de l'&#233;conomie comme solution, continuit&#233; de la hi&#233;rarchie d&#233;terminative des instances, c'est, dans une crise, la contre-r&#233;volution au plus pr&#232;s de la r&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La vie quotidienne, parce qu'ensemble des formes d'apparition et parce qu'elle est englu&#233;e dans toute cette construction id&#233;ologique qui la constitue, est le terrain r&#233;volutionnaire de ce cycle de luttes et de son d&#233;passement : l&#224; o&#249; la conjoncture peut devenir &#171; unit&#233; de rupture &#187; (L&#233;nine, &lt;i&gt;Lettres de loin&lt;/i&gt;, mars 1917).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Croire que la r&#233;volution sociale soit &lt;i&gt;concevable&lt;/i&gt; sans insurrections des petites nations dans les colonies et en Europe, sans explosions r&#233;volutionnaires d'une partie de la petite bourgeoisie &lt;i&gt;avec tous ses pr&#233;jug&#233;s,&lt;/i&gt; sans mouvement des masses prol&#233;tariennes et semi-prol&#233;tariennes politiquement inconscientes contre le joug seigneurial, cl&#233;rical, monarchique, national, etc., &#8212; c'est &lt;i&gt;r&#233;pudier la r&#233;volution sociale&lt;/i&gt;. C'est s'imaginer qu'une arm&#233;e prendra position en un lieu donn&#233; et dira : 'Nous sommes pour le socialisme', et qu'une autre, en un autre lieu, dira : 'Nous sommes pour l'imp&#233;rialisme', et que ce sera alors la r&#233;volution sociale ! [&#8230;] Quiconque attend une r&#233;volution sociale 'pure' ne vivra &lt;i&gt;jamais&lt;/i&gt; assez longtemps pour la voir. Il n'est qu'un r&#233;volutionnaire en paroles qui ne comprend rien &#224; ce qu'est une v&#233;ritable r&#233;volution. [&#8230;] La r&#233;volution socialiste en Europe &lt;i&gt;ne peut pas &#234;tre&lt;/i&gt; autre chose que l'explosion de la lutte de masse des opprim&#233;s et m&#233;contents de toute esp&#232;ce. Des &#233;l&#233;ments de la petite bourgeoisie et des ouvriers arri&#233;r&#233;s y participeront in&#233;vitablement &#8211; sans cette participation, la lutte &lt;i&gt;de masse n'est pas&lt;/i&gt; possible, &lt;i&gt;aucune&lt;/i&gt; r&#233;volution n'est possible &#8211; et, tout aussi in&#233;vitablement, ils apporteront au mouvement leurs pr&#233;jug&#233;s, leurs fantaisies r&#233;actionnaires, leurs faiblesses et leurs erreurs. Mais, &lt;i&gt;objectivement&lt;/i&gt;, ils s'attaqueront au &lt;i&gt;capital&lt;/i&gt;, et l'avant-garde consciente de la r&#233;volution, le prol&#233;tariat avanc&#233;, qui exprimera cette v&#233;rit&#233; objective d'une lutte de masse disparate, discordante, bigarr&#233;e, &#224; premi&#232;re vue sans unit&#233;, pourra l'unir et l'orienter, conqu&#233;rir le pouvoir, &#8230; &#187; (L&#233;nine, &lt;i&gt;Bilan d'une discussion sur le droit des nations &#224; disposer d'elles-m&#234;mes&lt;/i&gt; &#8211; juillet 1916 &#8212;, &#338;uvres, &#233;d. Sociales, 1976, t. 22, pp. 383-384). Bien s&#251;r, le texte de L&#233;nine est politiquement dat&#233; et se poursuit sur les mesures programmatiques de la prise du pouvoir et de l'affirmation du prol&#233;tariat ; il n'emp&#234;che que, moyennant quelques mises &#224; jour des termes, on peut dire maintenant que c'est en se nouant dans la vie quotidienne, de par les sp&#233;cificit&#233;s de la subsomption r&#233;elle, de la restructuration des ann&#233;es 1970-1980 et de la crise actuelle, que les contradictions de ce cycle de luttes bouleversent, pour le meilleur et parfois le pire la &#171; d&#233;termination en derni&#232;re instance &#187; et qu'une r&#233;volution sociale, comme le dirait L&#233;nine, est une lutte &#171; disparate &#187; &#171; discordante &#187; et &#171; bigarr&#233;e &#187;. Ajoutons que maintenant la &#171; discordance &#187; et les &#171; bigarrures &#187; de la lutte sont une &#171; attaque objective &#187; qui se d&#233;roule comme et produit une d&#233;sobjectivation de la reproduction sociale. La reproduction du face-&#224;-face de l'ouvrier et du capital implique la constante transformation du capital comme rapport social en existence &lt;i&gt;objective&lt;/i&gt; du capital face &#224; l'ouvrier comme concentration face &#224; lui de toutes les conditions de la reproduction (l'&#233;conomie). Cette transformation du rapport social en objectivit&#233;, c'est son autopr&#233;supposition, mais celle-ci implique l'activit&#233; de toutes les instances non directement &#233;conomiques du mode de production. C'est l&#224; o&#249; les &#171; discordances &#187; et les &#171; bigarrures &#187; renversant la hi&#233;rarchie d&#233;terminative des instances peuvent &#234;tre une d&#233;sobjectivation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand le prol&#233;tariat entre en contradiction avec le caract&#232;re social de son activit&#233; objectiv&#233;e face &#224; lui, c'est de sa propre activit&#233; vivante de valorisation du capital dont il s'agit dans cette force sociale objectiv&#233;e. Cela, dans le cycle actuel, ne peut prendre la forme d'une &lt;i&gt;r&#233;appropriation&lt;/i&gt;, car la contradiction n'est telle (contradiction) qu'en int&#233;grant le moment de l'accumulation, c'est-&#224;-dire de la reproduction du rapport dans laquelle le rapport renouvel&#233; entre le travail et le capital est en lui-m&#234;me sa remise en cause. Il fallait la faillite de toute identit&#233; ouvri&#232;re confirm&#233;e dans la reproduction du capital, il fallait que par-l&#224; la contradiction entre les classes se situe au niveau de leur reproduction, pour que le renouvellement du rapport soit pos&#233;, dans la baisse du taux de profit, comme le mouvement de sa caducit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la r&#233;volution communiste si l'on peut parler d'appropriation de la richesse, il s'agit d'un emparement qui bouleverse cette &#171; richesse &#187; car il n'y a pas r&#233;appropriation mais abolition de l'objectivit&#233; de la richesse, de la d&#233;termination sociale contradictoire du capital. Il s'agit d'une d&#233;sobjectivation pratique du monde dans lequel se meut l'activit&#233; humaine ; une d&#233;sobjectivation de tout le travail social accumul&#233; dans le capital, en ce que celui-ci, comme rapport social, est n&#233;cessairement objet. Il fallait le capital pour produire ces notions extravagantes d'activit&#233; en soi, et de produits en soi, ou conditions de l'activit&#233;. Il fallait le capital pour poser leur rencontre comme ayant pour pr&#233;alable, et r&#233;sultat, l'objectivit&#233;, contrainte latente &#224; sa reproduction, forme &#224; reproduire du rapport social, et faire de cette rencontre m&#234;me le mouvement de l'objectivit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la r&#233;volution, l'accumulation du travail social perd la d&#233;termination sociale contradictoire du capital, c'est-&#224;-dire perd son caract&#232;re d'objectivit&#233;. L'activit&#233; comme sujet, le produit comme objet, perdent leur d&#233;termination sociale antith&#233;tique de travail et de capital et leur s&#233;paration, pr&#233;supposant leur rencontre et en r&#233;sultant tout aussi constamment. Comme rapport social &#224; reproduire, le capital est n&#233;cessairement objet (capital latent, capital en soi, capital fixe), face au travail. La d&#233;sobjectivation pratique du monde des produits de l'activit&#233; sociale ant&#233;rieure, c'est l'abolition de leur d&#233;termination sociale contradictoire face au travail salari&#233;, et de la d&#233;termination sociale contradictoire de l'activit&#233; comme sujet en soi, en tant que travail salari&#233;. L'objectivit&#233; et la subjectivit&#233; sont abolies dans ce qui les d&#233;finit comme objectivit&#233; et subjectivit&#233; : la contrainte &#224; &#234;tre reproduites dans leur s&#233;paration. S&#233;paration qui, comme pr&#233;alable et r&#233;sultat, d&#233;finit le capital comme objectivit&#233; et le travail salari&#233; comme subjectivit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est en &#233;tant parvenu, au travers de la situation actuelle de la lutte des classes, &#224; la possibilit&#233; de ce bouleversement de la &#171; derni&#232;re instance &#187; que nous pouvons proposer maintenant (apr&#232;s l'avoir fait de fa&#231;on impressionniste) une d&#233;finition de la vie quotidienne et de son processus de constitution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;h.el166rld555j Copy 1&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;VIE QUOTIDIENNE : FORMES D'APPARITION, AUTOPRESUPPOSITION, PRODUCTION DES SUJETS&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous appellerons vie quotidienne l'ensemble des activit&#233;s par lesquelles le travailleur se met en relation, de fa&#231;on r&#233;guli&#232;re et pr&#233;visible, avec ses conditions aussi bien de travail (les moyens de production) que de consommation, &#224; partir du moment o&#249; ces activit&#233;s ne sont plus pr&#233;suppos&#233;es par l'appartenance pr&#233;alable du travailleur &#224; une communaut&#233; et o&#249; le travail n'est plus, pour le travailleur, qu'une activit&#233; particuli&#232;re dans la division du travail et isol&#233;e de ses forces sociales, sans pr&#233;supposition et toujours &#224; renouveler. La vie quotidienne est la routine de cette mise en relation en ce qu'elle est constitu&#233;e par l'ensemble des &lt;i&gt;formes d'apparition&lt;/i&gt; des rapports de production comme &lt;i&gt;v&#233;cu&lt;/i&gt; par l'activit&#233; d'un &lt;i&gt;sujet&lt;/i&gt;. Trois termes probl&#233;matiques : &#171; formes d'apparition &#187; ; &#171; v&#233;cu &#187; ; &#171; sujet &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;h.yq9aweshgnif Copy 1&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Travail et vie quotidienne (travail salari&#233; et capital)&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; On pouvait lire, dans &lt;i&gt;Le Monde Libertaire&lt;/i&gt; de d&#233;cembre 1964 : 'L'IS, incontestablement, est en pointe dans la critique r&#233;volutionnaire de la vie quotidienne. Un domaine, cependant, qui est loin d'avoir perdu son importance, lui &#233;chappe : le travail.' Cependant, nous croyons n'avoir &#224; peu pr&#232;s jamais trait&#233; d'autre probl&#232;me que celui du travail &#224; notre &#233;poque ; ses conditions, ses contradictions, ses r&#233;sultats. L'erreur du &lt;i&gt;Monde Libertaire&lt;/i&gt; provient peut-&#234;tre des habitudes de la pens&#233;e non-dialectique, qui isole un aspect de la r&#233;alit&#233; sur le terrain qu'il est convenu de lui reconna&#238;tre, et ainsi ne peut le traiter que conventionnellement.' (&lt;i&gt;IS&lt;/i&gt; 10, p. 67).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question de savoir si le travail en tant que travail salari&#233; (donc rapport de production, ou m&#234;me rapport de distribution), est inclus dans la vie quotidienne comme un &#233;l&#233;ment comme les autres (famille, consommation, habitat, etc.), ou &#224; un autre niveau, est insoluble tant qu'elle est mal pos&#233;e. En fait, d&#232;s que l'on parle de vie quotidienne on ne parle plus du travail salari&#233; comme rapport de production mais comme d'une activit&#233; nivel&#233;e avec les autres et comme simple source individuelle de revenus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le syst&#232;me de production capitaliste se distingue du mode de production fond&#233; sur l'esclavage en ceci, notamment, que la valeur (ou le prix) de la force de travail s'y pr&#233;sente comme valeur (prix) du travail lui-m&#234;me, comme salaire. La portion de valeur variable de l'avance de capital y appara&#238;t donc comme un capital d&#233;pens&#233; en salaire, comme une valeur-capital payant la valeur (ou prix) de tout le travail d&#233;pens&#233; dans la production. [&#8230;] C'est parce que le prix de la force de travail appara&#238;t &#224; l'un des p&#244;les sous la forme modifi&#233;e du salaire, qu'au p&#244;le oppos&#233; la plus-value appara&#238;t sous la forme modifi&#233;e du profit. &#187; (Marx, &lt;i&gt;Le Capital&lt;/i&gt;, &#233;d. Sociales, t. 6, pp. 51 et 56).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les luttes dans les entreprises, celles qu'on peut qualifier comme se d&#233;roulant dans le proc&#232;s de production imm&#233;diat, l&#224; o&#249; les choses &lt;i&gt;paraissent&lt;/i&gt; encore simples en ce que le rapport d'exploitation &lt;i&gt;para&#238;t&lt;/i&gt; tr&#232;s compr&#233;hensible et impossible &#224; m&#233;conna&#238;tre (&lt;i&gt;Th&#233;ories sur la plus-value&lt;/i&gt;, &#233;d.Sociales, t.3, pp.568-569) font partie de la vie quotidienne. Cette derni&#232;re est fondamentalement issue de la reproduction incluant la production comme un de ses moments, en cela ces luttes n'&#233;chappent pas &#224; la m&#233;tamorphose des rapports de production et ce qui semble appara&#238;tre en clair n'est qu'un moment th&#233;orique. Elles sont prisonni&#232;res de la loi de la valeur et du salaire comme prix du travail : les agents de la production, quels qu'ils soient, agissent et luttent entre eux comme &#171; propri&#233;taires d'une source de revenu (le travail, le capital, la terre), les agents de la production en sont prisonniers &#187; (&lt;i&gt;Le Capital&lt;/i&gt;, &#233;d. Sociales, t.8, p.242). La lutte de classe dans son existence la plus triviale, dans le cadre du travail &#224; l'int&#233;rieur du proc&#232;s de production &lt;i&gt;imm&#233;diat&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb53&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dans ce que Marx d&#233;signe ainsi comme unit&#233; du proc&#232;s de travail et du proc&#232;s (&#8230;)&#034; id=&#034;nh53&#034;&gt;53&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; existe dans les &#171; illusions de la distribution &#187; et les conforte. Les luttes en entreprises, sur les lieux de travail et de production (ou de circulation, etc.), s'inscrivent dans la vie quotidienne en ce qu'elles ne sont pas &#233;trang&#232;res aux m&#233;tamorphoses des rapports de production. Non seulement, comme nous l'&#233;crivions, &#171; le travail tel qu'il est dans la vie quotidienne c'est tel qu'elle le d&#233;finit &#187;, mais encore c'est &#233;galement tel qu'il se d&#233;finit lui-m&#234;me comme &#171; source de revenu &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pris dans son concept, le principal r&#233;sultat du proc&#232;s de production capitaliste a toujours &#233;t&#233; le renouvellement du rapport entre le travail et ses conditions : autrement dit il est un proc&#232;s d'autopr&#233;supposition. On peut soutenir que la contradiction entre les classes (l'exploitation) s'est toujours situ&#233;e au niveau de la reproduction, mais la reproduction construisait et confirmait en elle-m&#234;me, dans le programmatisme classique ou ensuite avec l'identit&#233; ouvri&#232;re, la plus ou moins grande &#171; ind&#233;pendance &#187; et rapport &#224; eux-m&#234;mes de la classe ouvri&#232;re et du travail structurant ainsi les cycles de luttes ant&#233;rieurs &#224; la restructuration des ann&#233;es 1970-1980. A la suite de celle-ci, la contradiction entre le prol&#233;tariat et le capital a alors d&#233;fini comme son contenu essentiel son propre renouvellement. C'est en unifiant crise de suraccumulation et crise de sous-consommation dans une crise du rapport salarial devenant crise de la soci&#233;t&#233; salariale (voir plus haut) que la crise amorc&#233;e en 2008 de cette seconde phase de la subsomption r&#233;elle (o&#249; la contradiction avait pour contenu son renouvellement) a fait de la vie quotidienne le lieu de la lutte des classes. La vie quotidienne existait mais elle n'&#233;tait pas ce lieu (si ce n'est dans les visions n&#233;cessairement humanistes &#224; l'&#233;poque produites par Lefebvre ou Debord).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la vie quotidienne, toutes les activit&#233;s sont substantiellement au m&#234;me niveau, &#233;quivalentes, et circonstantiellement pr&#233;valentes &#224; un moment donn&#233; de la vie quotidienne d'un sujet. Quand on envisage le travail dans la vie quotidienne, ce n'est plus le travail producteur de valeur, comme rapport de production, c'est le travail salari&#233;, c'est-&#224;-dire le travail intrins&#232;quement li&#233; &#224; un revenu, c'est le&lt;i&gt; travail-revenu&lt;/i&gt;. Le travail fait partie de la vie quotidienne parce qu'on est dans la vie quotidienne et que c'est d'elle dont il s'agit, le travail tel qu'il est dans la vie quotidienne c'est tel qu'elle le d&#233;finit. On peut sp&#233;cifier cette pr&#233;sence du travail dans la vie quotidienne comme source de revenus, comme, par-l&#224;, une obligation et comme, dans sa singularit&#233;, un accident de la division sociale du travail : la coh&#233;rence de la division demeure une chose ext&#233;rieure et qui semble accidentelle aux individus qui s'affrontent sur le march&#233;, ou sont r&#233;unis dans la &lt;i&gt;coop&#233;ration&lt;/i&gt; o&#249; ils ne s'appartiennent plus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout cela peut se d&#233;duire du travail salari&#233; comme rapport de production, mais paradoxalement (un paradoxe que nous allons expliquer par leurs m&#233;tamorphoses n&#233;cessaires) les rapports de production ne sont pas existant dans la vie quotidienne &lt;i&gt;tels qu'eux-m&#234;mes la produisent&lt;/i&gt;. L' &#171; essence &#187; de la lutte des classes ce sont bien les rapports de production mais tels que &lt;i&gt;d&#233;velopp&#233;s&lt;/i&gt; dans leurs formes d'apparition. L'essence (substance comme aurait dit Spinoza) n'est jamais que la somme et le rapport de ses attributs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En d'autres termes, le travail d&#233;termine l'existence de la vie quotidienne au moment o&#249; il devient activit&#233; s&#233;par&#233;e, c'est-&#224;-dire au moment o&#249; appara&#238;t un ensemble d'activit&#233;s par lesquelles le travailleur devra reproduire sa relation &#224; ses conditions de reproduction ; en outre, le travail salari&#233; produit et contient la distinction entre public et priv&#233;. &lt;i&gt;Le travail fait partie de la vie quotidienne comme activit&#233; de l'individu&lt;/i&gt; face &#224; son existence sociale qui lui &#233;chappe : coop&#233;ration ; valeur ; capital ; argent. Par l&#224; m&#234;me, parce que la constituant, le travail s'en distingue et appara&#238;t en m&#234;me temps comme activit&#233; ext&#233;rieure &#224; la vie quotidienne. Mais pour que cette distinction, cette s&#233;paration, op&#232;re il faut toute une histoire, une &#233;volution dans le proc&#232;s de travail imm&#233;diat et dans l'insertion de la reproduction du travailleur dans la reproduction du capital.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Avec le d&#233;veloppement de la &lt;i&gt;soumission r&#233;elle du travail au capital&lt;/i&gt; ou &lt;i&gt;mode de&lt;/i&gt; &lt;i&gt;production sp&#233;cifiquement capitaliste&lt;/i&gt;, le v&#233;ritable agent du proc&#232;s de travail total n'est plus le travailleur individuel, mais une force de travail se combinant toujours plus socialement. &#187; (Marx, &lt;i&gt;Un chapitre in&#233;dit du capital&lt;/i&gt;, &#233;d. 10/18, p. 226). Cependant ce n'est pas l'ensemble de la force de travail engag&#233;e dans le proc&#232;s de production qui devient &#171; travailleur social &#187;, c'est &lt;i&gt;le capital&lt;/i&gt; &#224; partir du moment o&#249; il absorbe la valeur d'usage de la force de travail. Les forces sociales du travail n'existent jamais pour les travailleurs eux-m&#234;mes, elles ne sont pas une d&#233;termination des travailleurs, qu'ils soient consid&#233;r&#233;s individuellement, ou m&#234;me comme collectivit&#233; de travail. Contrairement &#224; certaines variantes de la th&#233;orie op&#233;ra&#239;ste, ultime et paradoxale forme du programmatisme, le &#171; travailleur social &#187; n'existe pas pour lui-m&#234;me mais comme forme du capital, il n'est pas une caract&#233;ristique propre du travail face au capital. Si le travail social semble r&#233;alis&#233;, c'est dans la coop&#233;ration, mais l&#224;, les travailleurs ont cess&#233; de s'appartenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La coop&#233;ration d'ouvriers salari&#233;s n'est qu'un simple effet du capital qui les occupe simultan&#233;ment. Le lien entre leurs fonctions individuelles et leur unit&#233; comme corps productif se trouve en dehors d'eux dans le capital qui les r&#233;unit et les retient. &#187; (&lt;i&gt;Le Capital&lt;/i&gt;, &#233;d. Sociales, t. 2, p. 24). Nous voil&#224; au c&#339;ur du probl&#232;me : la force productive que les travailleurs d&#233;ploient en fonctionnant comme travailleur collectif, ou m&#234;me les forces sociales du travail dont parle Marx dans les &lt;i&gt;Grundrisse&lt;/i&gt; sont force productive &lt;i&gt;du capital&lt;/i&gt;. Face au capital les travailleurs ne sont jamais travailleur collectif ou force sociale de travail. &#171; L'ouvrier est propri&#233;taire de sa force de travail tant qu'il en d&#233;bat le prix de vente avec le capitaliste, et il ne peut vendre que ce qu'il poss&#232;de, sa force individuelle. Ce rapport ne se trouve en rien modifi&#233;, parce que le capitaliste ach&#232;te cent forces de travail au lieu d'une, ou passe contrat non avec un, mais avec cent ouvriers ind&#233;pendants les uns des autres et qu'il pourrait employer sans les faire coop&#233;rer. Le capitaliste paye donc &#224; chacun des cent ouvriers sa force de travail ind&#233;pendante, mais il ne paye pas la force combin&#233;e de la centaine. Comme personnes ind&#233;pendantes, les ouvriers sont des individus isol&#233;s qui entrent en rapport avec le m&#234;me capital mais non entre eux. Leur coop&#233;ration ne commence que dans le proc&#232;s de travail ; mais l&#224; ils ont d&#233;j&#224; cess&#233; de s'appartenir. D&#232;s qu'ils y entrent, ils sont incorpor&#233;s au capital. En tant qu'ils coop&#232;rent, qu'ils forment les membres d'un organisme actif, ils ne sont m&#234;me qu'un mode particulier d'existence du capital. &#187; (&lt;i&gt;idem&lt;/i&gt;, p. 25). Le travail fait toujours face au capital en tant que travail des ouvriers individuels, et cela quelles que soient les combinaisons sociales dans lesquelles ces ouvriers entrent dans le proc&#232;s de production : &#171; Tandis que le capital s'oppose, comme force sociale du travail, aux ouvriers, le travail productif, lui, se manifeste toujours face au capital comme travail des ouvriers &lt;i&gt;individuels&lt;/i&gt;. &#187; (&lt;i&gt;Un chapitre in&#233;dit du Capital&lt;/i&gt;, &#233;d. 10/18, p. 254). Reprenant le m&#234;me passage dans les &lt;i&gt;Th&#233;ories sur la plus-value&lt;/i&gt; (&#233;d. Sociales, t. 1, p. 461), Marx ajoute : &#171; En tant qu'il produit de la &lt;i&gt;valeur&lt;/i&gt;, le travail reste donc toujours travail de l'&lt;i&gt;individu&lt;/i&gt; qui n'est exprim&#233; qu'en &lt;i&gt;g&#233;n&#233;ral&lt;/i&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le caract&#232;re social du travail et le travailleur social n'existent qu'en s'objectivant dans le capital et comme proc&#232;s de cette objectivation, ce caract&#232;re social n'est m&#234;me pas une latence dans le travailleur individuel dont le capital s'emparerait, il est produit et n'existe que dans son objectivation que comme &#233;l&#233;ment, force du capital. Ce caract&#232;re social ne peut donc jamais &#234;tre une qualit&#233; inh&#233;rente au travailleur individuel ni m&#234;me &#224; leur somme ; quand il existe les travailleurs ont cess&#233; de s'appartenir. En tant que producteur de valeur, le prol&#233;taire ne produit aucune marchandise particuli&#232;re qu'il porte au march&#233;, en tant que telle, comme producteur ind&#233;pendant ; il n'est producteur de valeur qu'en ne s'appartenant plus, c'est-&#224;-dire quand il est devenu un &#233;l&#233;ment de l'autovalorisation du capital. Le travail imm&#233;diat, en tant que tel (travail devant valoriser le capital) est promu au rang de travail social mais ce travail social n'est plus travail de l'ouvrier mais activit&#233; du capital.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le caract&#232;re social acquis par ce travail que le capital met en &#339;uvre, n'est donc pas une propri&#233;t&#233;, une caract&#233;ristique propre du travail en lui-m&#234;me face au capital. C'est dans le capital fixe que s'objective ce caract&#232;re social, le prol&#233;tariat ne trouve rien en lui-m&#234;me (s&#233;par&#233; de son rapport au capital) qui fasse &#233;clater le capital et qui soit, inh&#233;rent &#224; lui, ce caract&#232;re social du travail. La socialit&#233; du travail mis en &#339;uvre n'existe que dans le rapport contradictoire au capital dans lequel elle est objectiv&#233;e et par ce rapport seulement : &#171; Tout ce d&#233;veloppement de la force productive du travail &lt;i&gt;socialis&#233;&lt;/i&gt;, de m&#234;me que l'&lt;i&gt;application au proc&#232;s de production imm&#233;diat de la science&lt;/i&gt;, ce produit &lt;i&gt;g&#233;n&#233;ral&lt;/i&gt; du d&#233;veloppement social, s'opposent au travail plus ou moins isol&#233; et dispers&#233; de l'individu particulier, et ce, d'autant que tout se pr&#233;sente directement comme &lt;i&gt;force productive du&lt;/i&gt; &lt;i&gt;capital&lt;/i&gt;, et non comme force productive du travail, que ce soit celle du travailleur isol&#233;, des travailleurs associ&#233;s dans le proc&#232;s de production, ou m&#234;me d'une force productive du travail qui s'identifierait au capital &#187; (&lt;i&gt;Un chapitre in&#233;dit du Capital&lt;/i&gt;, p. 200).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si le travail fait partie de la vie quotidienne, il y tient une place particuli&#232;re : conditionnant toutes les autres activit&#233;s comme &#233;tant la vie quotidienne par excellence, il se retrouve, par-l&#224;, comme un de ses &#233;l&#233;ments. Mais, en tant qu'&#233;l&#233;ment de la vie quotidienne, il existe, comme travail &lt;i&gt;du travailleur&lt;/i&gt;, seulement &lt;i&gt;sous son aspect particulier d'activit&#233; individuelle&lt;/i&gt;. Cette place si particuli&#232;re du travail dans la vie quotidienne tient &#224; son r&#244;le de m&#233;diation entre l'individu isol&#233; (isol&#233; seulement en soci&#233;t&#233; &#8211; Marx, &lt;i&gt;Introduction de 1857&lt;/i&gt;) et tous les caract&#232;res sociaux de son activit&#233; et de son existence qui se dressent face &#224; lui et dont lui-m&#234;me comme &#171; individu isol&#233; &#187; est le produit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;L'abstraction des forces sociales du travail et la s&#233;paration de la majorit&#233; des individus d'avec les forces productives sous leur aspect mat&#233;riel, cpens&#233;e embarqu&#233;e&lt;/i&gt;, &#233;d. La Fabrique, 2009) et Debord dans &lt;i&gt;La Soci&#233;t&#233; du spectacle&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb54&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Il faut cependant ajouter que chez Debord le &#171; spectacle &#187; n'a plus de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh54&#034;&gt;54&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Cette conception cherche et trouve une cause &#224; la transposition et &#224; la d&#233;formation imaginaire des conditions d'existence r&#233;elles des hommes, bref &#224; l'ali&#233;nation dans l'imaginaire de la repr&#233;sentation de leurs conditions d'existence : &#171; Cette cause c'est l'ali&#233;nation mat&#233;rielle qui r&#232;gne dans les conditions d'existence des hommes eux-m&#234;mes. C'est ainsi que Marx d&#233;fend dans la &lt;i&gt;Question juive&lt;/i&gt; et ailleurs l'id&#233;e feuerbachienne &#224; 100 % (am&#233;lior&#233;e de pseudo-consid&#233;rations &#233;conomiques dans les &lt;i&gt;Manuscrits de 44&lt;/i&gt;) que les hommes se font une repr&#233;sentation ali&#233;n&#233;e (= imaginaire) de leurs conditions d'existence parce que ces conditions d'existence sont elles-m&#234;mes ali&#233;nantes (dans les &lt;i&gt;Manuscrits de 44&lt;/i&gt; : parce que ces conditions domin&#233;es sont l'essence de la soci&#233;t&#233; ali&#233;n&#233;e : le '&lt;i&gt;travail ali&#233;n&#233;&lt;/i&gt;'). &#187; (Althusser, &lt;i&gt;Sur la reproduction&lt;/i&gt;, &#233;d. PUF, 1995, pp. 217-218)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb55&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dans Positions (&#233;d. Sociales, 1982) la parenth&#232;se relative aux Manuscrits de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh55&#034;&gt;55&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Althusser poursuit : &#171; Toutes ces interpr&#233;tations prennent donc &#224; la lettre la th&#232;se qu'elles supposent, et sur laquelle elles reposent, &#224; savoir que ce qui est refl&#233;t&#233; dans la repr&#233;sentation imaginaire du monde qu'on trouve dans une id&#233;ologie, ce sont les conditions d'existence des hommes, donc leur monde r&#233;el. &#187; (&lt;i&gt;ibid&lt;/i&gt;). Mais alors &#171; Cette interpr&#233;tation laisse en suspens un 'petit' probl&#232;me : pourquoi les hommes 'ont-ils besoin' de cette transposition imaginaire de leurs conditions r&#233;elles d'existence, pour 'se repr&#233;senter' leurs conditions d'existence r&#233;elles ? &#187; (&lt;i&gt;ibid&lt;/i&gt;). La cause serait (pour Feuerbach et Marx jusque dans &lt;i&gt;l'Id&#233;ologie allemande&lt;/i&gt;) l'ali&#233;nation mat&#233;rielle qui r&#232;gne dans les conditions d'existence des hommes eux-m&#234;mes. Les hommes se font une repr&#233;sentation ali&#233;n&#233;e de leurs conditions d'existence parce que ces conditions d'existence sont elles-m&#234;mes ali&#233;nantes, c'est la th&#232;se de Kosic : la &#171; projection de conditions historiques r&#233;ifi&#233;es dans la conscience du sujet &#187;. La conception de l'id&#233;ologie que d&#233;finit cette &#171; projection de conditions historiques r&#233;ifi&#233;es dans la conscience du sujet &#187;, fait des formes de manifestation de pures apparences que la conscience vraie peut transpercer, elles ne sont pas&lt;i&gt; des pratiques&lt;/i&gt;. De la critique de cette conception de l'id&#233;ologie d&#233;pend la compr&#233;hension de la relation des formes de manifestation au mouvement r&#233;el.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette conception de l'id&#233;ologie admet que les conceptions id&#233;ologiques du monde ne correspondent pas &#224; la r&#233;alit&#233;, elles constituent une illusion, mais, comme &lt;i&gt;illusion&lt;/i&gt;, elles font cependant &lt;i&gt;allusion&lt;/i&gt; &#224; la r&#233;alit&#233;. Il faudrait interpr&#233;ter ces id&#233;ologies pour retrouver (r&#233;v&#233;ler), sous la repr&#233;sentation imaginaire, la r&#233;alit&#233; m&#234;me. Ainsi, sous une forme imaginaire, les hommes se repr&#233;senteraient leurs conditions d'existence r&#233;elle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fait : &#171; Ce n'est pas leurs conditions d'existence r&#233;elles, leur monde r&#233;el, que les 'hommes' 'se repr&#233;sentent' dans l'id&#233;ologie, mais avant tout leur &lt;i&gt;rapport&lt;/i&gt; [soulign&#233; dans le texte] &#224; ces conditions d'existence r&#233;elles. C'est ce rapport [celui de la constitution du sujet, nda] qui est au centre de toute repr&#233;sentation id&#233;ologique, donc imaginaire du monde r&#233;el. C'est dans ce rapport que se trouve contenue la 'cause' qui doit rendre compte de la d&#233;formation imaginaire de la repr&#233;sentation id&#233;ologique du monde r&#233;el ; [&#8230;] c'est la &lt;i&gt;nature imaginaire de ce&lt;/i&gt; &lt;i&gt;rapport&lt;/i&gt; qui soutient toute la d&#233;formation imaginaire qu'on peut observer [...] dans toute id&#233;ologie. &#187; (Althusser, &lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;, pp. 217-218).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question devient alors celle de la nature de cette &#171; nature imaginaire de ce rapport &#187;, dans la mesure o&#249; : &#171; Dans l'id&#233;ologie est &lt;i&gt;donc&lt;/i&gt; [soulign&#233; par nous] repr&#233;sent&#233; non pas le syst&#232;me des rapports r&#233;els qui gouvernent l'existence des individus, mais le rapport imaginaire de ces individus aux rapports r&#233;els sous lesquels ils vivent &#187; (p. 218). Le diable se niche dans ce &#171; &lt;i&gt;donc&lt;/i&gt; &#187; qui ne renvoie &#224; aucune d&#233;monstration ant&#233;rieure, seulement &#224; une affirmation pr&#233;c&#233;dente (le &#171; rapport aux conditions &#187;) qui elle-m&#234;me repose sur la seule solution envisag&#233;e par Althusser &#224; sa question, elle absolument l&#233;gitime : &#171; Pourquoi les hommes ont-ils besoin de cette transposition imaginaire de leurs conditions r&#233;elles d'existence, pour se repr&#233;senter leurs conditions d'existence r&#233;elles ? &#187;. Althusser n'a toujours pas d&#233;montr&#233; ici que sa r&#233;ponse est la seule possible &#224; la question.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il va s'y employer par la suite en commen&#231;ant par changer la question : &#171; S'il en est ainsi, [&#171; l'id&#233;ologie comme rapport aux rapports r&#233;els &#187;, nda] la question de la 'cause' de la d&#233;formation imaginaire des rapports r&#233;els dans l'id&#233;ologie tombe, et doit &#234;tre remplac&#233;e par une autre question : pourquoi la repr&#233;sentation que se font les individus de leur rapport (individuel) aux rapports sociaux qui gouvernent leurs conditions d'existence et leur vie collective et individuelle est-elle n&#233;cessairement imaginaire, &#187; (p. 218) Dans une version post&#233;rieure du texte, Althusser &#233;crit : &#171; pourquoi la repr&#233;sentation &lt;i&gt;donn&#233;e&lt;/i&gt; [nous soulignons] aux individus, etc. &#187; (&lt;i&gt;Positions&lt;/i&gt;, &#233;d. Sociales, p. 117). Entre la &#171; repr&#233;sentation que&lt;i&gt; se font&lt;/i&gt; les individus &#187; et &#171; la repr&#233;sentation &lt;i&gt;donn&#233;e&lt;/i&gt; aux individus &#187;, il y a l'action de la structure sans sujet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;calage vis-&#224;-vis des conceptions de l'id&#233;ologie qu'&#224; raison Althusser rejette (&#171; la clique des cur&#233;s et despotes &#187; ou &#171; le reflet d'un monde ali&#233;nant &#187;) se situe dans l'objet dont on va chercher la &#171; cause &#187;. Il ne s'agit plus de rechercher la &#171; cause &#187; de la &#171; d&#233;formation imaginaire des rapports r&#233;els &#187;, mais d'&#233;lucider le pourquoi de la repr&#233;sentation imaginaire du rapport aux rapports sociaux, repr&#233;sentation qualifi&#233;e de &#171; &lt;i&gt;n&#233;cessaire&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s un bref d&#233;tour par la th&#232;se selon laquelle l'id&#233;ologie a une existence mat&#233;rielle, Althusser en arrive &#224; sa th&#232;se centrale : &#171; il n'est d'id&#233;ologie que par le sujet et pour les sujets. &#187; (&lt;i&gt;idem&lt;/i&gt;, p. 223). La cat&#233;gorie de sujet est alors, pour lui, &#171; la cat&#233;gorie constitutive de toute id&#233;ologie &#187;. Il se trouve alors imm&#233;diatement confront&#233; &#224; un probl&#232;me (une construction tautologique) qu'il ne r&#233;soudra pas : &#171; Nous disons : la cat&#233;gorie de sujet est constitutive de toute id&#233;ologie, mais en m&#234;me temps et aussit&#244;t nous ajoutons que la cat&#233;gorie de sujet n'est constitutive de toute id&#233;ologie, qu'en tant que toute id&#233;ologie a pour fonction (qui la d&#233;finit) de 'constituer' les sujets concrets (comme vous et moi). C'est dans ce jeu de double constitution qu'existe le fonctionnement de toute id&#233;ologie, l'id&#233;ologie n'&#233;tant rien que son fonctionnement dans les formes mat&#233;rielles de l'existence de ce fonctionnement &#187; (&lt;i&gt;Sur la Reproduction&lt;/i&gt;, p. 223). Le texte tel que publi&#233; un an apr&#232;s (1971) dans &lt;i&gt;La Pens&#233;e&lt;/i&gt; (repris dans &lt;i&gt;Positions&lt;/i&gt;) comporte une modification l&#233;g&#232;re mais significative : &#171; &#8230;toute id&#233;ologie a pour fonction (qui la d&#233;finit) de '&lt;i&gt;constituer&lt;/i&gt;' &lt;i&gt;des individus concrets&lt;/i&gt; en sujets &#187;. En ajoutant les &#171; individus concrets &#187;, Althusser cherche &#224; sortir de sa tautologie. L'id&#233;ologie fait le sujet, le sujet fait l'id&#233;ologie : dans la version initiale du texte nous ne savions pas d'o&#249; venait le sujet, mais dans la version remani&#233;e nous ne savons pas d'o&#249; vient l'id&#233;ologie. Aucune des deux versions propos&#233;es ne sort de la tautologie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Althusser pense &#233;chapper &#224; la tautologie en la renfor&#231;ant : &#171; la cat&#233;gorie de sujet est une '&#233;vidence' premi&#232;re [&#8230;] il est clair que vous &#234;tes un sujet (libre, moral, responsable, etc.) et moi aussi &#187; (&lt;i&gt;Sur la reproduction&lt;/i&gt;, p. 224) [dans la version post&#233;rieure, &#171; responsable &#187; est supprim&#233;, nda]. Cette &#171; &#233;vidence &#187; d'&#234;tre un sujet est alors qualifi&#233;e comme &#171; l'effet id&#233;ologique &#233;l&#233;mentaire &#187; en ce que nous sommes tous &#171; toujours d&#233;j&#224; des sujets &#187; (&lt;i&gt;idem&lt;/i&gt;, p. 225). Althusser se heurte &#224; nouveau au probl&#232;me de la tautologie, il lui faut expliquer &#171; pourquoi la cat&#233;gorie de sujet est constitutive de l'id&#233;ologie, qui n'existe qu'en constituant les sujets concrets &#187; (&lt;i&gt;idem&lt;/i&gt;). La version post&#233;rieure ajoute : &#171; qu'en constituant les sujets concrets en sujets &#187;. Le &#171; sujet concret &#187; devenant &#171; sujet &#187; permettrait de fournir un point de d&#233;part ext&#233;rieur et de sortir de la tautologie (bien que l'on ne sache pas vraiment qui est ce &#171; sujet concret &#187;, la formule frise l'oxymore).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est alors qu'intervient la cat&#233;gorie centrale (avec celle de sujet, les deux sont li&#233;es) de &#171; l'interpellation &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Je dirais dans une premi&#232;re formule : &lt;i&gt;toute id&#233;ologie interpelle les individus concrets en sujets concrets&lt;/i&gt; [soulign&#233; dans le texte] par le fonctionnement de la cat&#233;gorie de sujet. &#187; (&lt;i&gt;idem&lt;/i&gt;, p. 225). Sous r&#233;serve de nombreuses explications, on pourrait souscrire &#224; cette &#171; premi&#232;re formule &#187;. Qui sont ces &#171; individus concrets &#187; ? Althusser laisse dans l'ombre la question de savoir s'il s'agit des &#171; &lt;i&gt;supports&lt;/i&gt; &#187; des fonctions du proc&#232;s de production comme rapports de production (supports d'une structure sans sujet), ou des repr&#233;sentants, les figures, les personnes constitu&#233;s par toutes les fonctions autonomis&#233;es de la reproduction du mode de production. Dans un d&#233;veloppement rationnel, c'est-&#224;-dire qui va de la &#171; forme nucl&#233;aire &#187; &#224; la &#171; forme d&#233;velopp&#233;e &#187;, les &#171; individus concrets &#187; interpell&#233;s ne peuvent &#234;tre que ces &lt;i&gt;figures&lt;/i&gt;, ces &lt;i&gt;personnes&lt;/i&gt; (ayant, selon l'&#233;tymologie, rev&#234;tues le masque de leur fonction). L'interpellation id&#233;ologique de ces &#171; individus concrets &#187; est alors un effet de leur propre existence d' &#171; individus concrets &#187;, qui, en d&#233;finitive s'interpellant eux-m&#234;mes comme &#171; sujets concrets &#187; entrent dans la cat&#233;gorie de &lt;i&gt;sujet&lt;/i&gt; (libre, conscient, responsable, etc.). Leur &#171; concr&#233;tude &#187; devient une contingence de leur &lt;i&gt;personne&lt;/i&gt;. L'id&#233;ologie est bien le &#171; rapport aux rapports de production &#187; tel que v&#233;cu par des sujets. Mais elle n'est pas une n&#233;cessit&#233; &#233;ternelle quasi anthropologique constitu&#233;e par et constituant des sujets &#171; toujours-d&#233;j&#224; l&#224; &#187;, comme Althusser est contraint, de par sa formulation tautologique, de le dire par la suite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette &#171; premi&#232;re formule &#187; implique de &#171; distinguer&lt;i&gt;, pour le moment&lt;/i&gt; [nous soulignons], les individus concrets d'une part, et les sujets concrets d'autre part, bien qu'il n'y ait, &lt;i&gt;&#224; ce niveau&lt;/i&gt; [idem], de sujet concret que support&#233; par un individu concret. &#187; (&lt;i&gt;Sur la reproduction&lt;/i&gt;, pp. 225-226). C'est, en gros, le &#171; moment &#187; et le &#171; niveau &#187; o&#249; nous demeurons, en l'explicitant, pour d&#233;finir le moment de l'id&#233;ologie. Nous pourrions nous arr&#234;ter l&#224;, mais allons au bout de notre explication avec Althusser, ne serait-ce que pour conforter notre position et v&#233;rifier que nous avons eu raison de l'abandonner en chemin pour &#233;noncer notre position.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sous les r&#233;serves formul&#233;es pr&#233;c&#233;demment et les d&#233;veloppements que nous avons esquiss&#233;s, on peut &#224; nouveau souscrire &#224; la formule suivante : &#171; Nous sugg&#233;rons que l'id&#233;ologie 'agit' ou 'fonctionne' de telle sorte qu'elle 'recrute' des sujets parmi les individus (elle les recrute tous), ou 'transforme' les individus en sujets (elle les transforme tous) par cette op&#233;ration tr&#232;s pr&#233;cise que nous appelons &lt;i&gt;l'interpellation&lt;/i&gt;&#8230; &#187; (&lt;i&gt;idem&lt;/i&gt;, p. 226). Mais ce que nous ajoutons, au-del&#224; d'Althusser, c'est que l'id&#233;ologie ne fonctionne et n'est l'interpellation des individus en sujet que parce que ces &#171; individus interpell&#233;s &#187; sont &lt;i&gt;eux-m&#234;mes des produits de la m&#233;tamorphose des rapports de production&lt;/i&gt;. En quelque sorte, ils s'auto-interpellent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, &#224; nouveau, &#224; la suite de sa &#171; suggestion &#187; Althusser s'enferme dans sa tautologie : &#171; C'est une seule et m&#234;me chose que l'existence de l'id&#233;ologie et l'interpellation des individus en sujets [&#8230;] Donc l'id&#233;ologie interpelle les individus en sujets. Comme l'id&#233;ologie est &#233;ternelle [une vingtaine de pages avant &#8211; p. 211-, il a d&#233;velopp&#233; la th&#232;se selon laquelle 'l'id&#233;ologie n'a pas d'histoire', soci&#233;t&#233;s de classes ou soci&#233;t&#233;s dites sans classe. Cette th&#232;se est plus largement d&#233;velopp&#233;e dans &lt;i&gt;Pour Marx&lt;/i&gt;, pp. 238-239, mais il n'avait pas encore &#233;labor&#233; le concept d'id&#233;ologie tel que nous l'examinons ici, nda], nous devons maintenant supprimer la forme de la temporalit&#233; dans laquelle nous avons repr&#233;sent&#233; le fonctionnement de l'id&#233;ologie et dire : l'id&#233;ologie a toujours-d&#233;j&#224; interpell&#233; les individus en sujets, ce qui revient &#224; pr&#233;ciser que les individus sont toujours-d&#233;j&#224; interpell&#233;s par l'id&#233;ologie en sujets, ce qui nous conduit inexorablement &#224; une derni&#232;re proposition : &lt;i&gt;les individus sont toujours-d&#233;j&#224; des sujets&lt;/i&gt;. &#187; (pp. 227-228). Oui et non. Althusser, comme cela lui arrive parfois, comme &#224; ses &#171; disciples &#187; &#8211; Ranci&#232;re &#8211;, est infid&#232;le &#224; la &#171; distinction radicale entre le proc&#232;s de pens&#233;e et le proc&#232;s r&#233;el &#187;. Si l'on consid&#232;re le cours continu et ininterrompu de la quotidiennet&#233; du &#171; proc&#232;s r&#233;el &#187;, il a raison sans avoir besoin, pour autant, de souscrire &#224; la th&#232;se de &#171; l'&#233;ternit&#233; de l'id&#233;ologie &#187; : les individus sont &#171; toujours-d&#233;j&#224; interpell&#233;s en sujets &#187; mais c'est alors confondre le &#171; proc&#232;s r&#233;el &#187; avec le &#171; proc&#232;s de pens&#233;e &#187; et, pire, le faire dispara&#238;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre construction des m&#233;tamorphoses des rapports de production jusqu'&#224; l'id&#233;ologie et au sujet est un &#171; proc&#232;s de pens&#233;e &#187;, mais si nous consid&#233;rons le proc&#232;s de pens&#233;e comme tel (radicalement s&#233;par&#233;), nous ne consid&#233;rons pas le &lt;i&gt;mouvement r&#233;el&lt;/i&gt; comme autre chose que &lt;i&gt;les relations que les formes de manifestations construisent entre elles&lt;/i&gt; et non comme se manifestant en elles, les agissant et les rappelant &#224; l'ordre (voir plus loin).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Althusser fournit alors comme d&#233;monstration du sujet et de l'id&#233;ologie &#171; toujours-d&#233;j&#224; l&#224; &#187;, le fait qu'&#171; un individu est toujours-d&#233;j&#224; sujet avant m&#234;me de na&#238;tre &#187; de par le &#171; rituel id&#233;ologique qui entoure l'attente d'une naissance [&#8230;] il portera le nom de son p&#232;re [le texte date de 1970, nda], aura donc une identit&#233;, et sera irrempla&#231;able [dans la version post&#233;rieure, Nom et P&#232;re portent la majuscule, nda]. Avant de na&#238;tre, l'enfant est donc toujours-d&#233;j&#224; sujet, assign&#233; &#224; l'&#234;tre dans et par la configuration id&#233;ologique familiale sp&#233;cifique dans laquelle il est 'attendu' &#8230; &#187; (&lt;i&gt;Sur la reproduction&lt;/i&gt;, p. 228). Cette &#171; d&#233;monstration &#187; par l'exemple et la r&#233;p&#233;tition est en elle-m&#234;me le signe d'une faiblesse th&#233;orique rare chez Althusser, m&#234;me quand on n'est pas d'accord. Deux pages plus loin, il montre une sorte d'embarras : &#233;crivant &#171; &#8230;l'id&#233;ologie religieuse s'adresse bien aux individus pour les 'transformer en sujets' [cela ne lui a rien de sp&#233;cifique, ce n'est qu'un exemple, nda] &#187;, il ajoute en note : &#171; Bien que nous sachions que l'individu est toujours-d&#233;j&#224; sujet ne serait-ce que de l'id&#233;ologie familiale [&#171; ne serait-ce que de l'id&#233;ologie familiale &#187; supprim&#233; de la version post&#233;rieure], nous continuons &#224; employer ce terme commode par l'effet de contraste qu'il produit &#187;. On a affaire au m&#234;me type de &#171; d&#233;monstration &#187; que celui qui attribue la reproduction sociale genr&#233;e &#224; l'&#233;ducation des petites filles sans se poser la question de la production et de l'existence du &#171; mod&#232;le &#187; : &#171; Pour moi l'&#233;tude de la fa&#231;on dont l'identit&#233; de genre est acquise ne peut pas prendre la place de l'&#233;tude de la construction sociale de la division sexuelle, bien qu'elle soit essentielle pour comprendre comment cette division sexuelle fonctionne ; mais l'acquisition de l'identit&#233; de genre ne peut, de toute &#233;vidence, expliquer l'existence m&#234;me de ces genres, car ils doivent bien exister avant d'&#234;tre acquis. &#187; (Delphy, &lt;i&gt;L'ennemi principal&lt;/i&gt;, t. 2, pp. 150-151). En plagiant, de m&#234;me : l'acquisition de l'identit&#233; de sujet ne peut, de toute &#233;vidence, expliquer l'existence m&#234;me des sujets, car elle doit bien exister avant d'&#234;tre transmise. Fin du &#171; toujours-d&#233;j&#224; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Althusser est prisonnier de son a priori &lt;i&gt;politique&lt;/i&gt; sur la n&#233;cessaire pr&#233;servation des rapports de production dans leur puret&#233; qui justifie l'existence du Parti, des militants, de la th&#233;orie comme science, et &lt;i&gt;in fine&lt;/i&gt; de la classe ouvri&#232;re telle qu'en son &#234;tre les rapports de production la d&#233;finissent et la d&#233;terminent. C'est l&#224;, &#224; propos de la production du &#171; sujet &#187; et de la relation entre id&#233;ologie et sujet, qu'il s'enferme dans une tautologie. Il est contraint par une n&#233;cessit&#233; th&#233;orico-politique de conserver dans le formol de leur puret&#233; les rapports de production comme &#171; mouvement r&#233;el &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A la suite de ce travail critique des th&#232;ses althuss&#233;riennes (on l'aime bien quand m&#234;me), nous appelons id&#233;ologie &lt;i&gt;le moment ultime&lt;/i&gt; de la m&#233;canique des m&#233;tamorphoses des rapports de production : &lt;i&gt;l'apparition du sujet&lt;/i&gt;. Contre des visions &#171; puristes &#187; (plus &#171; althuss&#233;riennes &#187; qu'elles ne l'imaginent) faisant des classes un calque des rapports de production, l'existence de chaque classe int&#232;gre dans sa constitution, &#224; partir de leur existence de &#171; support &#187;, l'id&#233;ologie et l'existence des individus comme sujets et que c'est ainsi qu'ils agissent et luttent quotidiennement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est &#224; partir des m&#233;tamorphoses des rapports de production que l'on produit le &#171; sujet &#187; et l'id&#233;ologie comme la forme de conscience, de mobiles et d'activit&#233;s de ce sujet qui en tant que sujet est bien alors dans un &#171; rapport aux rapports de production &#187;. Mais &#171; &#234;tre dans ce rapport &#187;, &#171; &#234;tre dans l'id&#233;ologie &#187;, c'est l&#224; le r&#233;sultat du propre mouvement des rapports de production (production / reproduction, profit, prix du travail, distribution, f&#233;tichisme des &#233;l&#233;ments du proc&#232;s de production, s&#233;paration des &#233;l&#233;ments du capital dans la circulation etc.) qui fait de ce rapport aux rapports de production quelque chose de &#171; n&#233;cessairement imaginaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que nous avons cherch&#233; &#224; d&#233;finir ici, c'est le m&#233;canisme g&#233;n&#233;ral de l'id&#233;ologie, c'est en quelque sorte une abstraction. Ce &#171; rapport aux rapports de production &#187; se d&#233;multiplie en une infinit&#233; de comportements garantissant, pour chaque pratique, le rapport ad&#233;quat aux rapports de production dans la structure de classes et de genre &#224; chaque moment de la vie. Ce rapport se d&#233;cline en fait de multiples fa&#231;ons (id&#233;ologie politique, syndicale, culturelle, place dans la division sociale du travail, familiale, sexuelle, religieuse, etc.), selon les classes, les sexes, le travail, l'histoire personnelle, les situations et les institutions dans lesquels ces individus sont impliqu&#233;s, chacun .e. passant de l'une &#224; l'autre ou les combinant. Si toutes ces &#171; id&#233;ologies particuli&#232;res &#187; (r&#233;gionales) fonctionnent sur le m&#234;me principe et se ram&#232;nent au m&#234;me rapport, dans leur existence particuli&#232;re s'ajoute un nouveau principe qui d&#233;coule de ce qu'elles ont g&#233;n&#233;tiquement en commun : elles sont inauthentiques. Il s'agit alors de que l'on appelle couramment une &#171; id&#233;ologie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans une id&#233;ologie particuli&#232;re, en tant que discours sous lequel op&#232;re une pratique particuli&#232;re, l'essentiel est de d&#233;couvrir que ce discours, bien qu'il r&#233;ponde &#224; des probl&#232;mes r&#233;els, ne correspond &#224; aucun de ces probl&#232;mes. Les objets sur lesquels les id&#233;ologies se donnent l'apparence de r&#233;fl&#233;chir &#224; travers leurs propres termes, ne sont pas repr&#233;sent&#233;s dans leur r&#233;alit&#233;. Ainsi le sujet pourra &#234;tre con&#231;u comme production dans la m&#233;tamorphose des rapports de production ou id&#233;ologiquement comme donn&#233;e premi&#232;re&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb56&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;C'est exactement ce qui &#233;chappe &#224; E.P. Thompson dans sa virulente critique (&#8230;)&#034; id=&#034;nh56&#034;&gt;56&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Tous les probl&#232;mes venant de la constitution du sujet dans les rapports de production sont transpos&#233;s en probl&#232;mes venant du sujet comme constitu&#233; dans sa libert&#233;, sa volont&#233; et son autod&#233;termination face au monde, ce monde dont en fait il est le produit et qu'il comprend comme &#171; monde &#187;, c'est-&#224;-dire environnement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le premier cas, on a un rapport &#171; authentique &#187; &#224; cet objet (la s&#233;paration), car on en fait un objet dou&#233; de sens (un objet construit, une 'objectivit&#233; constitu&#233;e')&lt;i&gt; sans en faire lui-m&#234;me le sens d'un autre objet&lt;/i&gt; : on a le capital, le travailleur salari&#233;, l'achat-vente de la force de travail. L'objet est construit sans sortir de son imm&#233;diatet&#233;, m&#234;me si le r&#233;el n'est pas l'empirique. Dans le second cas, on a un rapport id&#233;ologique &#224; cet objet, car on en fait un objet dou&#233; de sens comme repr&#233;sentation d'un autre objet. Les rapports de production deviennent, par exemple, la scission de l'essence humaine comme sujet et comme objet, elle-m&#234;me rapport&#233;e &#224; une r&#233;alit&#233; non-divis&#233;e mais expliquant la division, ils ne sont pas abord&#233;s dans leur imm&#233;diatet&#233;, c'est le jeu de miroirs des id&#233;ologies. On peut remplacer &#171; l'essence humaine &#187; par tout autre artefact comme la nature, le pouvoir, l'inconscient, les d&#233;sirs, etc. Les &#171; solutions &#187; sont alors donn&#233;es par la fa&#231;on m&#234;me dont l'objet est con&#231;u : la libert&#233;, l'autonomie, la responsabilit&#233;, le choix, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne peut consid&#233;rer la r&#233;alit&#233; comme une &#233;vidence des sens et passer sous silence que les probl&#232;mes r&#233;els peuvent se pr&#233;senter eux-m&#234;mes &lt;i&gt;r&#233;ellement&lt;/i&gt; sous une forme id&#233;ologique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb57&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Nous ne pouvons qu'en revenir &#224; la lecture des &#171; deux premiers modes de la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh57&#034;&gt;57&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. C'est la r&#233;alit&#233; du f&#233;tichisme (le f&#233;tichisme propre du capital qui se diff&#233;rencie de celui de la marchandise) et la manipulation id&#233;ologique r&#233;elle de cette r&#233;alit&#233; du f&#233;tichisme. C'est dans ce recours, n&#233;cessit&#233; par le blocage du 'syst&#232;me des r&#233;ponses', qu'appara&#238;t le caract&#232;re proprement id&#233;ologique du 'syst&#232;me des questions' (la probl&#233;matique). D'une part, le sujet r&#233;pond &#224; un probl&#232;me r&#233;el ; d'autre part, il ne lui correspond pas, car il le traite de fa&#231;on &#171; inauthentique &#187; comme repr&#233;sentation d'autre chose - l'essence de l'homme en tant qu'individu isol&#233;. Mais, comme l'&#233;non&#231;ait Spinoza et comme le confirme la ph&#233;nom&#233;nologie, on ne peut &#244;ter l' &#171; id&#233;e fausse &#187; de l' &#171; id&#233;e vraie &#187; sans supprimer l' &#171; id&#233;e vraie &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;h.zf8dnvcre6xa&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La Ph&#233;nom&#233;nologie et son sujet&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Si l'habitude est une seconde nature, elle nous emp&#234;che de conna&#238;tre la premi&#232;re, dont elle n'a ni les cruaut&#233;s ni les enchantements.&lt;/i&gt; &#187; (Proust, &lt;i&gt;Sodome et Gomorrhe&lt;/i&gt;, in &lt;i&gt;A la recherche du temps perdu&lt;/i&gt;, &#233;d. Pl&#233;iade, t. 3, p. 151).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La vie quotidienne est inh&#233;rente au mode de production capitaliste, ce n'est qu'avec le passage &#224; la subsomption r&#233;elle du travail sous le capital qu'elle est &lt;i&gt;sp&#233;cifiquement&lt;/i&gt; constitu&#233;e. Alors qu'aux Etats-Unis le concept de vie quotidienne prend forme au travers d'&#233;tudes sociologiques &#171; au plus pr&#232;s du terrain &#187; (Ecole de Chicago), en Europe, c'est la philosophie qui va s'en charger. S'il faut fixer un point de d&#233;part, on peut dire que, ici, tout commence avec Husserl&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb58&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;On peut toujours trouver des pr&#233;misses chez Spinoza, Kierkegaard, Nietzsche (&#8230;)&#034; id=&#034;nh58&#034;&gt;58&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#171; La t&#226;che de la philosophie est, pour Husserl, induite et d&#233;limit&#233;e tr&#232;s strictement &#224; partir de la dispersion des diff&#233;rents ensembles pratiques et th&#233;oriques qui, sciences ou syst&#232;mes de valeurs, forment des positivit&#233;s technologiques comme instrument d'emprise sur le monde. La philosophie consiste au contraire dans la recherche et la prise de conscience du sens de ces syst&#232;mes dans lesquels l'activit&#233; et la conscience sont na&#239;vement engag&#233;es. Former cette prise de conscience, vivre en elle, c'est comprendre que le monde, avec son &#234;tre naturel et objectif donn&#233;, est, de part en part, constitu&#233; par et pour l'&#234;tre-sujet. Cette philosophie est incontestablement id&#233;aliste et s'est d&#233;sign&#233;e comme telle. Mais, alors que toute la tradition philosophique depuis Descartes s'est content&#233;e du retour au sujet comme solution du probl&#232;me de la connaissance, l'exploration de ce qu'est l'&#234;tre-sujet devient, pour Husserl, le probl&#232;me et requiert une m&#233;thode qui bouleversera toutes les conceptions jusqu'alors re&#231;ues. Sous le nom de ph&#233;nom&#233;nologie, cette m&#233;thode d&#233;finit la philosophie husserlienne. [&#8230;] Elle se pr&#233;sente comme la seule capable de formuler et de remplir la t&#226;che universelle, de r&#233;soudre la double &#233;nigme de &lt;i&gt;l'existence d'un monde form&#233; d'objets et de l'existence de sujets qui sont dans le monde, et pour lesquels seuls pourtant ce monde existe&lt;/i&gt; [soulign&#233; par nous]. &#187; (Ren&#233; Sch&#233;rer, article &lt;i&gt;Husserl&lt;/i&gt;, in &lt;i&gt;Histoire de la philosophie&lt;/i&gt;, &#233;d Pl&#233;iade, t. 3, pp. 527-528).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi consid&#233;rer Husserl et la ph&#233;nom&#233;nologie comme symptomatiques de l'apparition du concept de vie quotidienne ? S'il n'est pas nouveau de consid&#233;rer que nous sommes in&#233;luctablement pris dans les choses et que nous vivons en elles, ce qu'avance Husserl, c'est qu'il ne peut y avoir de sujet &lt;i&gt;face&lt;/i&gt; &#224; ce &#171; monde de choses &#187;. L'activit&#233;, la conscience, la connaissance, pr&#233;supposent toujours une adh&#233;sion spontan&#233;e &#224; la &#171; certitude du v&#233;cu &#187;. Il s'ensuit que si l'intentionnalit&#233; semble ressusciter le sujet et la conscience dans leur &#171; souverainet&#233; &#187;, ce n'est qu'une solution feinte qui ne fait que faire surgir le monde comme tel, mais un monde qui a maintenant un &#171; sens &#187;. &#171; L'appara&#238;tre &#187; est alors devenu une source l&#233;gitime de la conscience et de l'activit&#233;, il convient d'avoir foi en la r&#233;alit&#233; de ce qui se montre. Les choses ne sont plus alors que la somme ind&#233;finie des exp&#233;riences qu'elles suscitent : l'ensemble des intentionnalit&#233;s (m&#234;me si elles finissent toujours par &#233;chapper).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans &lt;i&gt;La crise des sciences europ&#233;ennes et la ph&#233;nom&#233;nologie transcendantale&lt;/i&gt;, analysant les pr&#233;suppos&#233;s non-interrog&#233;s de la critique kantienne de la raison, Husserl &#233;crit : &#171; Cette probl&#233;matique kantienne a d'avance pour pr&#233;suppos&#233; le monde ambiant de la vie quotidienne consid&#233;r&#233; comme '&#233;tant' &#8211; ce monde dans lequel nous tous, y compris chaque fois le 'moi' qui philosophe, poss&#233;dons une existence consciente [&#8230;] Nous sommes dans un tel monde objets parmi les objets, pour parler ici le langage du monde de la vie ; je veux dire que nous sommes consid&#233;r&#233;s comme &#233;tant ici et l&#224;, dans la simplicit&#233; de la certitude de l'exp&#233;rience, [&#8230;]. Et d'autre part nous sommes pour ce monde des sujets, &#224; savoir des sujets &#233;gologiques qui ont de ce monde une exp&#233;rience, qui s'en inqui&#232;tent, qui l'&#233;valuent, qui se rattachent &#224; lui t&#233;l&#233;ologiquement, et, pour lesquels &lt;i&gt;ce monde ne poss&#232;de chaque fois comme sens d'&#234;tre que celui que lui ont donn&#233; nos exp&#233;riences, nos id&#233;es, nos &#233;valuations&lt;/i&gt; [nous soulignons] &#187; (&lt;i&gt;op. cit&lt;/i&gt;., &#233;d. Tel-Gallimard, p.119). Ce qui n'emp&#234;che pas Husserl d'&#233;crire plus loin que &#171; &#8230;le monde est, qu'il est toujours 'd'avance' l&#224;, que toute correction d'une vis&#233;e, pr&#233;suppose d&#233;j&#224; le monde dans son &#234;tre &#8230; &#187; (&lt;i&gt;idem&lt;/i&gt;, p. 126). Quand il formule alors le probl&#232;me auquel il est confront&#233;, c'est une quasi d&#233;finition de la vie quotidienne telle que nous tentons de la formuler qu'il nous donne : &#171; Les hommes sont &lt;i&gt;des sujets pour le monde&lt;/i&gt; (le monde qui est pour eux, dans la conscience qu'ils en ont, leur monde) et sont en m&#234;me temps des objets dans le monde. [&#8230;] l'humanit&#233; en tant que subjectivit&#233; constituant le monde et pourtant subordonn&#233;e elle-m&#234;me au monde &#187; (&lt;i&gt;idem&lt;/i&gt;, pp. 205-207)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb59&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;En ce qui concerne l'interrogation et la reformulation de la relation (&#8230;)&#034; id=&#034;nh59&#034;&gt;59&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'&lt;i&gt;&#233;poch&#232;&lt;/i&gt;, un des concepts fondamentaux de la ph&#233;nom&#233;nologie, d&#233;signe la &#171; mise entre parenth&#232;ses &#187; de la croyance &#224; la r&#233;alit&#233; ext&#233;rieure du monde (&#171; &lt;i&gt;l'attitude naturelle&lt;/i&gt; &#187; Husserl), il ne s'agit absolument pas de douter de cette r&#233;alit&#233; du monde. Par cette mise entre parenth&#232;ses ne subsiste que le monde comme ph&#233;nom&#232;nes. Si Husserl ne met pas en doute l'existence du monde, il s'interdit ou suspend tout jugement portant sur sa r&#233;alit&#233;. Au premier abord, nous sommes bien loin de l'apparente &#171; &#233;paisseur &#187; et trivialit&#233; de la vie quotidienne. Et pourtant. Husserl n'a de cesse de qualifier la ph&#233;nom&#233;nologie comme un &#171; retour aux choses m&#234;mes &#187; car &lt;i&gt;les choses m&#234;mes ne sont rien d'autre que les v&#233;cus&lt;/i&gt;, dans lesquels r&#233;side l'appara&#238;tre de tous les objets, c'est-&#224;-dire les &lt;i&gt;ph&#233;nom&#232;nes&lt;/i&gt;. Le jugement sur la &#171; r&#233;alit&#233; &#187; &#233;tant mis entre parenth&#232;ses, le monde est un &#171; &lt;i&gt;monde v&#233;cu&lt;/i&gt; &#187; constitu&#233; par les vis&#233;es intentionnelles des sujets. Quand nous abordons le r&#244;le des rapports de distribution dans la constitution de la vie quotidienne, nous retrouvons cette neutralisation de la &#171; r&#233;alit&#233; &#187; autorisant des possibilit&#233;s d'actions, des &#171; vis&#233;es intentionnelles &#187; en apparence libres et constituantes. Comme dans la vie quotidienne, telle que lentement nous cherchons &#224; en construire le concept, les lois de reproduction du monde dans sa r&#233;alit&#233; (pensons ici au mode de production capitaliste) sont effac&#233;es : en tant que tel le monde est neutre, ou mieux neutralis&#233; dans une sorte d'&#233;poch&#232;, ne subsiste que son ph&#233;nom&#232;ne, c'est-&#224;-dire les &lt;i&gt;vis&#233;es intentionnelles&lt;/i&gt; qui s'entrechoquent et le constituent quand les divers liens sociaux apparaissent &#224; l'individu comme de simples moyens pour atteindre ses buts particuliers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'approche ph&#233;nom&#233;nologique est absolument pertinente et rend m&#234;me compte de la n&#233;cessit&#233; de la vie quotidienne, &#224; condition qu'on la r&#233;cuse dans son fondement humano-essentialiste. C'est l&#224; que l'approche ph&#233;nom&#233;nologique d&#233;rape, quand elle fait du quotidien une n&#233;cessit&#233; ontologique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Nous nommons &lt;i&gt;quotidianisation&lt;/i&gt; ce processus d'am&#233;nagement mat&#233;riel du monde incertain en un milieu fr&#233;quentable, ce d&#233;passement de la mis&#232;re originelle de notre condition par la cr&#233;ation de formes de vie famili&#232;res. [&#8230;] Quotidianiser, c'est donc assimiler &lt;i&gt;jour apr&#232;s jour&lt;/i&gt; le monde hostile &#224; travers tout un filtre de croyances et d'objets, de coutumes et de symboles qui donnent prise sur la r&#233;alit&#233;. [&#8230;] La finalit&#233; de la quotidianisation consiste donc &#224; produire un monde certain sur lequel l'homme puisse se reposer en toute confiance, un monde qui suit son cours, et qui bannit toute possibilit&#233; de s'interroger sur l'origine et la gen&#232;se obscures de cette assurance finale &#187; (B&#233;gout, &lt;i&gt;La d&#233;couverte du quotidien&lt;/i&gt;, &#233;d. Fayard/Pluriel, p. 225). La n&#233;cessit&#233; de la quotidianisation r&#233;side en ce qu'elle &#171; doit neutraliser la crainte originelle, en la disciplinant au moyen d'activit&#233;s r&#233;p&#233;titives et routini&#232;res qui, gr&#226;ce au pouvoir coagulant de l'habitude, stabilisent le rapport au monde et lui donnent une densit&#233; objective. &#187; (p. 228).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La ph&#233;nom&#233;nologie peut souvent nous d&#233;crire avec pertinence le monde dans lequel &#171; nous &#233;voluons &#224; l'aise &#187;, celui des formes f&#233;tichistes et de l'autopr&#233;supposition des rapports de production. Il faut mettre en parall&#232;le le texte de B&#233;gout avec certains passages du &lt;i&gt;Capital&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Dans le progr&#232;s de la production capitaliste, il se forme une classe de plus en plus nombreuse de travailleurs, qui, gr&#226;ce &#224; l'&lt;i&gt;&#233;ducation&lt;/i&gt;, la &lt;i&gt;tradition&lt;/i&gt;, l'&lt;i&gt;habitude&lt;/i&gt; [soulign&#233; par nous], subissent les exigences du r&#233;gime aussi spontan&#233;ment que le changement des saisons. [&#8230;] &lt;i&gt;Parfois on a bien encore recours &#224; la contrainte, &#224; l'emploi de la force brutale, mais ce n'est que par exception&lt;/i&gt; [soulign&#233; par nous]. Dans le cours ordinaire des choses, le travailleur peut &#234;tre abandonn&#233; &#224; l'action des 'lois naturelles' de la soci&#233;t&#233;, c'est-&#224;-dire &#224; la d&#233;pendance du capital, engendr&#233;e, garantie et perp&#233;tu&#233;e par le m&#233;canisme m&#234;me de la production. &#187; (Marx, &lt;i&gt;Le Capital&lt;/i&gt;, &#233;d. Sociales, t. 3, pp. 178-179).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'individu pour lequel le monde &lt;i&gt;est devenu&lt;/i&gt; &#171; incertain &#187; (c'est un devenir historique et non une n&#233;cessit&#233;) est un individu historiquement et socialement d&#233;fini : &#171; Ce n'est qu'au XVIIIe si&#232;cle, dans la 'soci&#233;t&#233; bourgeoise' [guillemets dans le texte], que les divers liens sociaux apparaissent &#224; l'individu comme de simples moyens pour atteindre ses buts particuliers, comme une n&#233;cessit&#233; ext&#233;rieure. Pourtant, l'&#233;poque qui cr&#233;e cette conception de l'individu isol&#233; est justement celle o&#249; les rapports sociaux (devenus g&#233;n&#233;raux &#224; ce niveau) ont atteint leur plus grand d&#233;veloppement. &#187; (Marx, &lt;i&gt;Introduction de 1857&lt;/i&gt;, in &lt;i&gt;Fondements de la critique de l'&#233;conomie politique&lt;/i&gt;, &#233;d. Anthropos, p. 12). &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La quotidianisation c'est le monde familier expos&#233; dans le chapitre sur &lt;i&gt;La formule trinitaire&lt;/i&gt; (&lt;i&gt;Le Capital&lt;/i&gt;, Livre III) dans lequel &#171; les agents r&#233;els de la production se sentent parfaitement chez eux dans ces formes ali&#233;n&#233;es et irrationnelles : capital-int&#233;r&#234;t, terre-rente, travail-salaire ; car ce sont l&#224; pr&#233;cis&#233;ment les formes illusoires au milieu desquelles ils se meuvent tous les jours et auxquelles ils ont affaire. &#187; (&lt;i&gt;Le Capital&lt;/i&gt;, &#233;d. Sociales, t. 8, p. 208).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'il est exact que le capital une fois constitu&#233; est un processus d'autopr&#233;supposition, c'est-&#224;-dire que le proc&#232;s de production capitaliste consid&#233;r&#233; dans sa continuit&#233;, comme reproduction, p&#233;rennise le rapport social entre capitaliste et salari&#233; (cf. &lt;i&gt;Le Capital&lt;/i&gt;, &#233;d. Sociales, t. 3, p. 20), il est &#233;galement vrai que &#171; chacun se reproduit lui-m&#234;me en reproduisant l'autre, &lt;i&gt;sa n&#233;gation&lt;/i&gt; [soulign&#233; par nous] &#187; (&lt;i&gt;Fondements de la critique de l'&#233;conomie politique&lt;/i&gt;, &#233;d. Anthropos, t. 1, p. 422). Cela signifie que dans l'autopr&#233;supposition la contradiction ne dispara&#238;t pas, qu'elle est un conflit permanent et que la &#171; seule force &#233;conomique des choses &#187; inclut la contrainte et &#171; l'emploi de la force brutale &#187;, celle de l'Etat, autrement que &#171; par exception &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb60&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dans les Manuscrits de 1861 &#8211;1863 (&#233;d. Sociales, pp. 138-139), Marx montrait (&#8230;)&#034; id=&#034;nh60&#034;&gt;60&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si &#171; A l'origine de toute fabrication du quotidien se trouve l'habitude &#187; (B&#233;gout, p. 265) la question devient celle de la fabrication de l'habitude. Cette fabrication (la quotidianisation) n'est pas qu'une r&#233;action existentielle enracin&#233;e dans la peur humaine de &#171; l'anormatif &#187;, la peur du &#171; monde originel &#187;, car il n'y a pas de &#171; monde originel &#187;. Le processus de quotidianisation est constitu&#233; d'activit&#233;s, de sentiments, de pens&#233;es formant un monde quotidien comme monde allant de soi, monde des &#233;vidences naturelles. La quotidianisation n'est pas une n&#233;cessit&#233; ontologique mais un processus social li&#233; &#224; un mode de production particulier, elle n'est jamais assur&#233;e, elle est toujours probl&#233;matique et peut &#234;tre remise en cause, quand &#171; ceux d'en bas ne peuvent plus vivre &lt;i&gt;comme avant&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;B&#233;gout envisage, pour aussit&#244;t la rejeter, la possibilit&#233; d'une remise en cause de la quotidianisation. &#171; Mais qu'arrive-t-il lorsque, justement, l'ouverture au monde met en p&#233;ril &lt;i&gt;mon propre maintien&lt;/i&gt; [soulign&#233; dans le texte] dans cette ouverture ? Lorsque l'exp&#233;rience de l'&#234;tre comme illimit&#233; suscite l'effroi et inqui&#232;te ? C'est bien l&#224; la source de mon inqui&#233;tude originelle : ne pas pouvoir me maintenir tel quel dans le monde ouvert. [&#8230;] Le maintien de soi semble exiger alors la sortie hors du monde illimit&#233; dans lequel je ne peux me maintenir tel quel en tant que simple existant &#187; (pp. 196-197). Concevant la quotidianisation chez l'Homme (la majuscule que nous mettons &#224; 'homme' est destin&#233;e &#224; souligner l'essentialisme de B&#233;gout) comme une n&#233;cessit&#233; ontologique, du fait de l'effroi inh&#233;rent &#224; la perception du &#171; monde comme tel, &#224; faire l'&#233;preuve de son illimitation et de son ind&#233;finition originelle. [&#8230;] Le monde quotidien exprime le refus de l'humanit&#233; de vivre durablement dans l'Ouvert, c'est-&#224;-dire dans l'infinit&#233; ind&#233;finie du monde originel. &#187; (&lt;i&gt;op. cit&lt;/i&gt;., p. 200, note 228).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'une certaine fa&#231;on, ce monde &#171; &#171; ind&#233;fini &#187;, &#171; ouvert &#187;, &#171; incertain &#187;, que d&#233;crit B&#233;gout, c'est le monde du capital. L'exp&#233;rience de &#171; l'&#234;tre comme illimit&#233; &#187;, c'est ce que d&#233;crivent Marx et Engels dans le &lt;i&gt;Manifeste &lt;/i&gt; : &#171; La bourgeoisie ne peut exister sans r&#233;volutionner constamment les instruments de production, donc les rapports de production, donc l'ensemble des conditions sociales ['rapports sociaux' donne l'&#233;d. 10/18]. [&#8230;] Ce qui distingue l'&#233;poque bourgeoise de toutes les pr&#233;c&#233;dentes, c'est le bouleversement incessant de la production, l'&#233;branlement continuel de toutes les institutions sociales ['cat&#233;gories sociales', idem], bref la permanence de l'instabilit&#233; ['ins&#233;curit&#233;', idem] et du mouvement. Tous les rapports sociaux immobilis&#233;s dans la rouille, avec leur cort&#232;ge d'id&#233;es et d'opinions admises et v&#233;n&#233;r&#233;es, se dissolvent ; ceux qui les remplacent vieillissent avant m&#234;me de se scl&#233;roser. Tout ce qui &#233;tait solide, bien &#233;tabli, se volatilise, tout ce qui &#233;tait sacr&#233; se trouve profan&#233;, et &#224; la fin les hommes sont forc&#233;s de consid&#233;rer d'un &#339;il d&#233;tromp&#233; la place qu'ils tiennent dans la vie, et leurs rapports mutuels. &#187; (&#233;d. Pl&#233;iade, t. 1, p. 164). Cependant il n'est qu'un monde pseudo &#171; ouvert &#187; et &#171; illimit&#233; &#187;, s'il se remet constamment en cause c'est pour mieux se reproduire. Il se reproduit, se pr&#233;suppose et incruste ces acteurs dans leur r&#244;le, leur fonction, revenant toujours sur lui-m&#234;me comme le &#171; rythme des saisons &#187;. Comme l'&#233;crivait Debord, il est &#224; la fois &#171; pseudo historique &#187; et &#171; pseudo cyclique &#187;, il conjure &#171; l'ali&#233;nation dans le temps &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est d'une situation pr&#233;cise de la lutte de classe dont nous parlons et pas d'une contradiction ontologique ou &#171; simplement &#187; anthropologique, c'est-&#224;-dire d'une situation qui peut &#234;tre abolie et d&#233;pass&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Mais au fait que sera la richesse une fois d&#233;pouill&#233;e de sa forme bourgeoise encore limit&#233;e ? Ce sera l'universalit&#233; des besoins, des capacit&#233;s, des jouissances, des forces productives, etc. des individus, universalit&#233; produite dans l'&#233;change universel. Ce sera la domination pleinement d&#233;velopp&#233;e de l'homme sur les forces naturelles, sur la nature proprement dite aussi bien que sur sa nature &#224; lui. Ce sera l'&#233;panouissement entier de ses capacit&#233;s cr&#233;atrices, sans autre pr&#233;supposition que le cours historique ant&#233;rieur qui fait de cette totalit&#233; du d&#233;veloppement un but en soi ; en d'autres termes, d&#233;veloppement de toutes les forces humaines en tant que telles, sans qu'elles soient mesur&#233;es d'apr&#232;s un &#233;talon pr&#233;&#233;tabli. L'homme ne se reproduira pas comme unilat&#233;ralit&#233;, mais comme totalit&#233;. &lt;i&gt;Il ne cherchera pas &#224; demeurer quelque chose qui a d&#233;j&#224; &#233;t&#233;, mais s'ins&#233;rera dans le mouvement absolu du devenir&lt;/i&gt; [nous soulignons] &#187; (Marx, &lt;i&gt;Fondements&lt;/i&gt; ..., t. 1, &#233;d. Anthropos, p.450).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bruce B&#233;gout, dans sa confrontation avec la critique adress&#233;e par Bourdieu &#224; l'approche ph&#233;nom&#233;nologique de &#171; l'intentionnalit&#233; &#187;, r&#233;pond en partie &#224; toutes les critiques formul&#233;es mais pour toujours en revenir &#224; une n&#233;cessit&#233; ontologique premi&#232;re de la quotidianisation et &#224; un monde originel ouvert et illimit&#233; qui demeure premier, &lt;i&gt;infond&#233; et non produit&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut exposer les diff&#233;rents moments du d&#233;bat que B&#233;gout instaure avec la critique de Bourdieu : la critique de Bourdieu se limite &#224; voir dans le &#171; quotidien &#187; de la ph&#233;nom&#233;nologie une acceptation acritique de &#171; l'ordre des choses &#187;, et pire une justification id&#233;ologique de cet ordre. L&#224; o&#249; Bourdieu ne peut pas atteindre une v&#233;ritable critique de la ph&#233;nom&#233;nologie c'est en ce que, dans son &#171; refus du marxisme &#187; (th&#233;orie des &#171; champs &#187;), il ne peut rattacher l'id&#233;ologie aux rapports de production. Partageant avec la ph&#233;nom&#233;nologie l'occultation des rapports de production (&#171; en derni&#232;re instance &#187; &#8230;), il est condamn&#233; lui-m&#234;me &#224; une critique id&#233;ologique de ce qu'il consid&#232;re comme une justification id&#233;ologique de &#171; l'ordre des choses &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Partons de la critique de Bourdieu&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb61&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Esquisse d'une th&#233;orie de la pratique, [1972], &#233;d. Points-Seuil, p. 239.&#034; id=&#034;nh61&#034;&gt;61&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; telle que rapport&#233;e par B&#233;gout : &#171; Tout en reconnaissant sa valeur fondamentale pour la compr&#233;hension du monde quotidien, on peut n&#233;anmoins se demander si cette confiance naturelle dans le monde environnant se manifeste d&#232;s l'origine avec une telle &#233;vidence int&#233;grale. En effet, comme le remarque Pierre Bourdieu [...] la ph&#233;nom&#233;nologie semble &#233;carter par avance toute question portant sur les conditions de possibilit&#233; de &#171; cette &lt;i&gt;croyance&lt;/i&gt; qui consiste &#224; prendre la r&#233;alit&#233; comme elle se donne &#187; ; elle se refuse &#224; consid&#233;rer plus avant cette &lt;i&gt;Urdoxa&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb62&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Husserl appelle &#171; Urdoxa &#187; la croyance originelle dans le monde tel qu'il (&#8230;)&#034; id=&#034;nh62&#034;&gt;62&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, puisqu'elle la reconna&#238;t imm&#233;diatement comme ce qui pr&#233;c&#232;de tout questionnement et lui r&#233;siste par nature. Elle ne veut donc pas voir en celle-ci le r&#233;sultat d'une 'orthodoxie', &#224; savoir d'une construction sociale, &#233;conomique et politique qui a tout int&#233;r&#234;t &#224; assimiler cette croyance na&#239;ve &#224; l'ordre des choses. &#187; (p. 162).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;B&#233;gout va devoir conjurer la critique de Bourdieu : &#171; Sans devoir n&#233;cessairement consid&#233;rer que l'&lt;i&gt;Urdoxa&lt;/i&gt; est le produit social 'd'une lutte politique entre les classes' [Bourdieu, nda], nous devons reconna&#238;tre n&#233;anmoins que le raisonnement de Bourdieu, soup&#231;onnant l'&#233;vidence naturelle de la &lt;i&gt;Lebenswelt&lt;/i&gt; (&#171; monde de la vie &#187;, nda), des ph&#233;nom&#233;nologues de n'&#234;tre rien d'autre qu'une nouvelle construction sociale, nous r&#233;veille de notre&lt;i&gt; sommeil dogmatique&lt;/i&gt;. &#187; (p. 163).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;B&#233;gout, r&#233;veill&#233; de son &#171; sommeil dogmatique &#187;, expose alors une probl&#233;matique o&#249; se conjugueraient une &#171; socialisation primaire &#187; et une &#171; socialisation secondaire &#187; : &#171; Un simple regard sur les diff&#233;rents types de soci&#233;t&#233; nous apprend que, quels que soient les syst&#232;mes politiques et les diff&#233;rences entre les classes sociales, la croyance originelle dans le monde tel qu'il se donne &#224; voir et &#224; vivre semble &#234;tre adopt&#233;e invariablement par l'humanit&#233; vivant dans le monde quotidien. Sans nier la possibilit&#233; d'un usage strat&#233;gique de cette confiance dans la r&#233;alit&#233; quotidienne, nous consid&#233;rons qu'elle trouve son origine dans une fondation ant&#233;rieure &#224; la socialisation secondaire au sein du monde social sectoris&#233; et hi&#233;rarchis&#233;. &#187; (&lt;i&gt;op. cit&lt;/i&gt;., note 186, p. 163).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;B&#233;gout distingue alors deux niveaux : une quotidianisation universelle, ontologique et par l&#224; transhistorique (ce qui suppose une vie quotidienne comme caract&#233;ristique de tous les modes de production) et une manipulation possible de cette quotidianisation dans certains rapports sociaux et id&#233;ologiques. La th&#232;se de B&#233;gout renvoie toujours &#224; une essence de l'homme effray&#233; par le monde et se prot&#233;geant de cet effroi par le quotidien. Si nous laissons tomber &#171; l'essence de l'homme &#187; et ramenons la dualit&#233; de niveaux au seul niveau de la m&#233;tamorphose n&#233;cessaire des rapports de production qui sont ce &#171; monde originel &#187; &#171; ouvert &#187;, &#171; illimit&#233; &#187; constamment inqui&#233;tant dans ses transformations permanentes, les analyses de B&#233;gout sur la n&#233;cessit&#233; de la quotidianisation afin de conjurer cette inqui&#233;tude et cette d&#233;stabilisation permanente deviennent pertinentes. Il a raison contre Bourdieu, la croyance spontan&#233;e dans le monde quotidien n'est pas une manipulation, car elle se r&#233;f&#232;re &#224; un monde originel qu'il s'agit de conjurer. Mais, ni l'un ni l'autre ne con&#231;oivent les rapports de production comme ce &#171; monde originel &#187;. Pour Bourdieu, les rapports de production sont donn&#233;s et le monde quotidien est l'objet d'une &#171; manipulation &#187; visant &#224; les faire accepter comme naturels ; pour B&#233;gout, la quotidianisation est un ph&#233;nom&#232;ne ontologique qui, il est vrai, &lt;i&gt;secondairement&lt;/i&gt; peut &#234;tre l'objet de &#171; manipulation &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;B&#233;gout retourne alors la critique de Bourdieu contre Bourdieu :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Bourdieu ne va pas assez loin dans la d&#233;construction de l'&lt;i&gt;Urdoxa&lt;/i&gt;, puisqu'il arr&#234;te son analyse g&#233;n&#233;alogique de ses conditions d'apparition aux simples pressions id&#233;ologiques th&#233;oriques et pratiques d'un champ social d&#233;j&#224; constitu&#233; (le jeu du pouvoir au sein d'un champ), alors qu'il faudrait, en de&#231;&#224; de cette construction sociale secondaire, mettre au jour la construction sociale primaire de la r&#233;alit&#233; qui n'est rien d'autre que la quotidianisation elle-m&#234;me. Car, bien &#233;videmment, l'&#233;vidence naturelle n'est pas que le fruit d'une strat&#233;gie de domination d'une classe sociale envers une autre [&#8230;] mais la domination absolue de la quotidiennet&#233; sur toutes les classes, &#233;tant donn&#233; qu'elle les soumet toutes &#224; sa n&#233;cessit&#233;. Le quotidien n'est pas plus bourgeois qu'ouvrier, pas plus issu du camp des dominants que de celui des domin&#233;s. &#187; (B&#233;gout, &lt;i&gt;op. cit&lt;/i&gt;. Note 187, pp. 163-164). B&#233;gout &#233;tend ensuite sa critique de Bourdieu au Barthes de &lt;i&gt;Mythologies&lt;/i&gt; &#171; qui voit dans la &#171; Norme bourgeoise &#187; la matrice unique de la banalit&#233; et de la trivialit&#233; du monde moderne [&#8230;]. Tous les hommes poss&#232;dent et vivent un quotidien diff&#233;rent, mais le processus de quotidianisation demeure identique pour tous. Le quotidien d'un homme n'est pas celui d'une femme, le quotidien d'un avocat am&#233;ricain n'est pas celui d'un pasteur Himba, mais l'ensemble disparate de ces mondes quotidiens est sans arr&#234;t soumis &#224; une m&#234;me force de familiarisation qui recherche, partout et avec les m&#234;mes moyens, &#224; &#233;loigner l'inqui&#233;tude de l'&#234;tre-au-monde et &#224; instaurer un environnement s&#251;r et familier &#187; (note 187, pp. 164-165).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;B&#233;gout nous importe plus que Bourdieu. Une fois abandonn&#233;es son ontologie de la peur et sa dualit&#233; de niveaux et si nous consid&#233;rons ce monde &#171; infini &#187;, &#171; ouvert &#187;, en perp&#233;tuelle &#171; transgression de lui-m&#234;me &#187; et &#171; d&#233;stabilisation des individus &#187;, comme &#233;tant le monde des rapports de production capitalistes (voir Marx et Engels, &lt;i&gt;Le Manifeste&lt;/i&gt;), la quotidianisation et ses crises, dans la th&#232;se fondamentale de B&#233;gout, renvoient aux rapports de production qui, comme la M&#233;duse, ne peuvent &#234;tre regard&#233;s en face. Ils sont eux-m&#234;mes le mouvement de leur m&#233;tamorphose en formes d'apparition et produisent leur v&#233;cu comme un rapport &#224; eux-m&#234;mes : rapport aux rapports de production, comme telle, l'id&#233;ologie (ensemble de v&#233;cus, de pratiques spontan&#233;es et de croyances cr&#233;dibles) est identique &#224; la vie quotidienne. L&#224; o&#249; Bourdieu ne voit qu'une manipulation &#224; l'int&#233;rieur du rapport de force entre les classes, B&#233;gout analyse un processus &lt;i&gt;n&#233;cessaire&lt;/i&gt; de mise &#224; distance du &#171; monde originel &#187; (en fait les rapports de production) qui, d&#233;barrass&#233; de sa dimension ontologique, rend compte de la nature de la quotidianisation et de ses crises. Le mouvement des Gilets jaunes fut une de ces crises. C'est dans son erreur fondamentale, celle de l'affirmation d'une &#171; construction sociale primaire &#187; (ontologique), que r&#233;sident tout l'int&#233;r&#234;t et toute la clairvoyance de B&#233;gout sur la nature de la vie quotidienne comme processus continu et actif de quotidianisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le &#171; monde pr&#233;donn&#233; &#187; de B&#233;gout est un monde &#171; ouvert &#187;, &#171; illimit&#233; &#187;, sans normes, quasiment d&#233;nu&#233; de toute d&#233;termination. En fait, non seulement ce &#171; monde &#187; est toujours une construction sociale, c'est-&#224;-dire une production, mais encore le &#171; sujet &#187; qui y est &#171; jet&#233; &#187; est lui-m&#234;me le sujet de ce monde-l&#224;. Il n'y est &#171; jet&#233; &#187; que parce qu'il est le sujet de ce monde qui est le sien (Marx, &lt;i&gt;Introduction de 1857&lt;/i&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En outre, ce sujet comme &#171; sujet de ce monde-l&#224; &#187; en tant qu'individualit&#233; est dans une insatisfaction constante vis-&#224;-vis de lui-m&#234;me. Cette insatisfaction n'est pas l'apanage d'une situation r&#233;volutionnaire, elle est inh&#233;rente au mode de production capitaliste. Individu et classe, individu et genre, ne s'opposent pas de fa&#231;on ext&#233;rieure comme si l'individu &#233;tait ce qui faisait exploser la g&#233;n&#233;ralit&#233; qui le subsume, mais ces g&#233;n&#233;ralit&#233;s peuvent devenir des contraintes ext&#233;rieures. &lt;i&gt;L'insatisfaction, vis-&#224;-vis d'eux-m&#234;mes, des individus, existant comme sujets convoqu&#233;s, est une d&#233;termination inh&#233;rente &#224; la lutte de classe et &#224; la distinction de genre.&lt;/i&gt; Avec le capital nous sommes pass&#233;s de l'individu objectif &#224; l'individu contingent. La formule qui se supprime elle-m&#234;me selon laquelle &#171; l'essence humaine n'est pas une abstraction inh&#233;rente &#224; l'individu pris &#224; part, dans sa r&#233;alit&#233; effective, c'est l'ensemble des rapports sociaux &#187; (&lt;i&gt;6&#176; th&#232;se sur Feuerbach&lt;/i&gt;)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb63&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cette d&#233;finition de &#171; l'essence de l'homme &#187; supprime ce qu'elle est cens&#233;e (&#8230;)&#034; id=&#034;nh63&#034;&gt;63&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; en cache une autre : pour chaque individu &#234;tre l'ensemble des rapports sociaux est une contradiction du fait m&#234;me de ces rapports sociaux dont la contingence est pour chacun la forme de leur n&#233;cessit&#233; (le capitaliste n'est pas le noble, en tant que &#171; fonctionnaire du capital &#187; il peut &#234;tre cong&#233;di&#233; &#224; tout moment). Mais la contingence est pr&#233;cis&#233;ment ce qui n'est pas contingent mais structurel. Si la contingence &#233;tait contingente, elle pourrait &#234;tre comme ne pas &#234;tre. Or, dans le mode de production capitaliste, la contingence est la d&#233;finition &#171; int&#233;rieure &#187; m&#234;me de l'individu dans son rapport &#224; la soci&#233;t&#233; et au monde. Chaque individu, de fa&#231;on diff&#233;rente et dans des dynamiques diff&#233;rentes et m&#234;me oppos&#233;es, est intrins&#232;quement &#171; insatisfait de lui-m&#234;me &#187;, et &#171; ne veut pas rester ce qu'il est &#187; pour reprendre l'expression de Marx dans &lt;i&gt;L'Id&#233;ologie Allemande&lt;/i&gt; (ou n'est jamais certain de le rester).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pr&#233;supposition premi&#232;re de B&#233;gout, en tant que pr&#233;-donn&#233; absolu place hors-champ et comme portant sur un objet second (c'est-&#224;-dire socialement construit sur ce fondement originel) toute contestation de la quotidianisation. Sa quotidianisation nous am&#232;ne &#224; la structure m&#234;me du mode de production et montre que l'on ne peut se contenter ni se limiter &#224; une strat&#233;gie des classes dominantes. Le quotidien c'est la transformation de la contingence en n&#233;cessit&#233; procurant au monde et &#224; soi une consistance durable et s&#251;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais la fabrication du quotidien est diff&#233;rente selon la position de classes et de genre. B&#233;gout reconna&#238;t ces diff&#233;rences et ne nie pas leur existence, mais pour lui elles reposent sur un substrat commun inh&#233;rent &#224; tous les individus comme &#234;tre-au-monde. Nous disons en revanche que ces diff&#233;rences ne sont pas des formes secondes par rapport &#224; une quotidianisation commune ontologiquement n&#233;cessaire, mais qu'elles sont inh&#233;rentes &#224; la production du quotidien. Le monde familier, quotidien, c'est la m&#233;tamorphose des rapports de production, la marchandise et son f&#233;tichisme, la subsomption du travail sous le capital, les rapports de distribution, l'autopr&#233;supposition du capital, elle inclut les diff&#233;rences de quotidien entre les hommes et les femmes&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb64&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pour rester dans la ph&#233;nom&#233;nologie, il serait amusant, mais un peu (&#8230;)&#034; id=&#034;nh64&#034;&gt;64&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, entre les classes. M&#233;tamorphose des rapports de production capitaliste, &lt;i&gt;il arrive que ce monde v&#233;cu quotidien ne peut plus &#234;tre &#171; quotidianis&#233; &#187;&lt;/i&gt; pour telle ou telle raison sociale (ch&#244;mage, paup&#233;risation, exclusion, &#8230;etc.) : &#171; ceux d'en bas &#187; ne peuvent plus vivre comme avant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la crise actuelle de cette seconde phase de subsomption r&#233;elle initi&#233;e dans les ann&#233;es 1970, quand la contradiction entre les classes se situe au niveau de la reproduction (les trois moments de l'exploitation), la vie quotidienne est le lieu de la lutte des classes. La vie quotidienne est n&#233;e avec le mode de production capitaliste et la lutte des classes fut toujours une lutte sur la reproduction, c'est l'architecture de cette reproduction qui change. De la lib&#233;ration du travail (programmatisme) &#224; la confirmation d'une identit&#233; ouvri&#232;re dans la reproduction m&#234;me (premi&#232;re phase de la subsomption r&#233;elle), la vie quotidienne &#233;tait le cadre, le contour, les circonstances dans lesquels se d&#233;roulait la lutte sur l'exploitation. Le programmatisme s'ancrait &lt;i&gt;positivement&lt;/i&gt; dans la vie quotidienne, il s'y confirmait en ce sens que la classe ouvri&#232;re trouvait dans les modalit&#233;s quotidiennes de sa reproduction et de sa vie un ensemble de pratiques qui demeuraient relativement autonomes (nous y revenons plus loin).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;j&#224;, apr&#232;s le Seconde guerre, sous les &#171; Trente glorieuses &#187; dans les aires centrales du capitalisme, la subsomption r&#233;elle avait modifi&#233; cela avec l'appropriation sp&#233;cifiquement capitaliste de toute la reproduction ouvri&#232;re et sociale en g&#233;n&#233;ral, mais la confirmation d'une identit&#233; ouvri&#232;re dans cette reproduction limitait l'approche critique de cela &#224; un humanisme comme critique de l'universalit&#233; de l'ali&#233;nation dont la classe ouvri&#232;re &#233;tait la forme achev&#233;e. L'obsolescence et l'effondrement du programmatisme, la fin de l'identit&#233; ouvri&#232;re, ne sont pas une &#171; &#233;puration &#187; de la contradiction au niveau de la reproduction mais la cons&#233;quence d'une restructuration qui a &#233;limin&#233; l'identit&#233; ouvri&#232;re et fait, avec des caract&#233;ristiques nouvelles, de la contradiction du prol&#233;tariat au capital une contradiction &#224; lui-m&#234;me. Ce n'est pas l'absence pour le prol&#233;tariat de tout rapport &#224; soi confirm&#233; dans la reproduction m&#234;me du capital qui importe mais les d&#233;terminations nouvelles de la lutte de classe telles que n&#233;es dans la restructuration. Avec maintenant les caract&#233;ristiques de la crise de cette phase, il ne s'agit pas de concevoir toute la p&#233;riode qui s'ach&#232;ve de fa&#231;on n&#233;gative, c'est-&#224;-dire comme disparition des caract&#233;ristiques pr&#233;c&#233;dentes, comme un long processus d'essoufflement des d&#233;terminations pr&#233;c&#233;dentes, mais comme ayant produit de nouveaux types de contradictions : contradiction entre les classes au niveau de la reproduction du rapport ; crise de la soci&#233;t&#233; salariale ; aucun rapport &#224; soi du prol&#233;tariat confirm&#233; dans la reproduction du capital ; asyst&#233;mie de la revendication ; &#234;tre en contradiction avec le capital c'est &#234;tre en contradiction avec sa propre existence comme classe dans sa situation de classe. La question premi&#232;re n'est pas la constitution et / ou la disparition de l'identit&#233; ouvri&#232;re mais la configuration nouvelle qui en est sortie &lt;i&gt;il y a maintenant trente ans&lt;/i&gt; dont la crise est, &lt;i&gt;dans certaines circonstances&lt;/i&gt;, la mise en &#233;vidence de toutes les d&#233;terminations de cette configuration quant &#224; la lutte des classes. C'est ainsi que la vie quotidienne n'est plus un environnement de la lutte de classe mais son lieu m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le monde quotidien et la vie quotidienne ne sont pas donn&#233;s une fois pour toutes, l'origine du quotidien n'est pas un &#233;v&#233;nement r&#233;volu du pass&#233; que l'on pourrait plus ou moins assimiler &#224; la formation du mode de production capitaliste. La vie quotidienne n'est pas un simple r&#233;sultat, c'est un processus d'acclimatation au travers de toutes sortes de pratiques et dans l'id&#233;ologie de &#171; l'inqui&#233;tante intimit&#233; &#187; des rapports de production. Parce qu'elle est le r&#233;sultat de la m&#233;tamorphose de rapports de production en constant bouleversement, la vie quotidienne n'est jamais acquise, elle est min&#233;e et recompos&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La quotidianisation est le processus n&#233;cessaire de la m&#233;tamorphose des rapports de production et, en m&#234;me temps, ces m&#234;mes rapports la minent et la rendent &#171; invivable &#187;, constamment inqui&#232;te. En elle, c'est alors l'ensemble des rapports sociaux et leur &lt;i&gt;reproduction&lt;/i&gt; qui de fa&#231;on triviale deviennent l'enjeu des luttes, de fa&#231;on souvent confuse dans leur composition sociale, leur conscience d'elle-m&#234;me, les id&#233;ologies sous lesquelles elles op&#232;rent, leurs objectifs. Dans les circonstances pr&#233;sentes, &#224; la suite de la restructuration des ann&#233;es 1970-1980 et de la forme sp&#233;cifique de sa crise, dans la remise en cause partout d'un Etat d&#233;l&#233;gitim&#233;, ce sont toutes les instances du mode de production qui se mettent &#224; jouer entre elles, &#224; perdre leur hi&#233;rarchie d&#233;terminative : l'&#233;conomie est toujours d&#233;terminante mais pas n&#233;cessairement dominante comme force de cristallisation de la lutte de classe. Si nous pouvons continuer &#224; dire comme Debord que la vie quotidienne pr&#233;sente le point de vue de la totalit&#233;, ce n'est pas parce qu'elle serait ce qui r&#233;siste &#224; l'ali&#233;nation universelle, mais parce que totalement construite dans le f&#233;tichisme des rapports de production (diff&#233;rent de celui de la marchandise), elle est le lieu o&#249; se revendique une impossible continuit&#233; &#224; l'&#234;tre (construite dans le f&#233;tichisme) dans le moment o&#249; elle est la connexion de toutes les formes d'apparition par laquelle s'impose le mouvement r&#233;el, non comme une v&#233;rit&#233; &#233;mergente et enfin r&#233;v&#233;l&#233;e, mais comme le heurt et les conflits de toutes les pratiques et de tous les acteurs que les luttes, dont elle est le cadre et la substance, mettent en jeu. Alors, mais alors seulement, on peut dire avec Debord : &#171; La vie quotidienne est la mesure de tout : de l'accomplissement ou plut&#244;t du non-accomplissement des relations humaines ; de l'emploi du temps v&#233;cu ; des recherches de l'art ; de la politique r&#233;volutionnaire. &#187; (&lt;i&gt;Perspectives de modifications conscientes de la vie quotidienne&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;IS&lt;/i&gt; n&#176;6, 1961).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut sur ce point particulier &#234;tre d'accord avec B&#233;gout : &#171; L'&#233;chec des philosophies critiques de la vie quotidienne (Lefebvre, Debord, de Certeau) tient &#224; leur surestimation romantique de l'activit&#233; cr&#233;atrice dans la vie quotidienne, de sorte que, d&#232;s que le quotidien lui-m&#234;me n'est pas cr&#233;ateur, inventif, subversif, il est alors d&#233;valoris&#233; comme moins que rien et associ&#233; sans reste aux dispositifs reproducteurs de l'h&#233;g&#233;monie sociale. C'est parce qu'elles posent exclusivement l'authenticit&#233; humaine dans l'action (l'homme non ali&#233;n&#233;, ou plut&#244;t se d&#233;sali&#233;nisant, est sans cesse d&#233;peint sous les traits flatteurs du f&#234;tard subversif et de l'artiste d'avant-garde, comme si le destin de tout homme quotidien &#233;tait de devenir de tels personnages extraordinaires), qu'elles ne peuvent imaginer une vie quotidienne qui ne soit pas elle-m&#234;me une sorte d'activit&#233; libre, cr&#233;atrice et personnelle continu&#233;e (et si elle ne l'est pas, ce qui arrive tout le temps, puisqu'il est de la nature m&#234;me de la quotidiennet&#233; de pers&#233;v&#233;rer dans le familier et le m&#234;me, alors le philosophe critique la voue aux g&#233;monies de l'ali&#233;nation, de la standardisation, du conformisme). [&#8230;] Certes, ils ont raison de d&#233;noncer les ordres sociaux qui asphyxient la vie quotidienne en lui infligeant ses imp&#233;ratifs factices et mystificateurs, mais ils ont tort de croire que cette m&#234;me vie, rendue &#224; sa libert&#233;, n'est que pure activit&#233; adamique et jouissance de soi dans une cr&#233;ativit&#233; infinie. &#187; (B&#233;gout, pp. 482-483)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb65&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La limite de la critique de B&#233;gout vis-&#224;-vis des &#171; philosophies critiques &#187; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh65&#034;&gt;65&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En derni&#232;re instance, l'&#234;tre-au-monde premier dont il s'agit de conjurer l'angoisse face au monde par la quotidianisation, c'est l'individu contingent du mode de production capitaliste dont tous les rapports s'&#233;loignent de lui. La quotidianisation ne se r&#233;f&#232;re pas &#224; une situation originelle, elle est un processus interne au mode de production qui d&#233;finit la survie de l'individu contingent &#224; l'int&#233;rieur du mode de production dont il est lui-m&#234;me le produit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut consid&#233;rer la vie quotidienne comme le r&#233;sultat de ce qui consiste &#224; transformer un monde per&#231;u comme relatif et contingent en un monde tenu pour s&#251;r, mais ce monde illimit&#233;, cette &#171; anormalit&#233; primitive &#187; contre laquelle r&#233;agit &#171; la formation de la r&#233;gularit&#233; d'un monde de la vie fini, normal et familier. &#187; (B&#233;gout, &lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;, p. 451), ce sont les rapports de production, c'est la situation de l'individu isol&#233; face &#224; ses propres rapports le constituant comme individu isol&#233;. Si &#171; l'homme ne peut se tenir longtemps dans la lueur aveuglante de la v&#233;rit&#233; &#187; (B&#233;gout, p. 254), c'est que les rapports de production sont l'aveuglement de la v&#233;rit&#233;, tout individu devenu sujet (et nous le sommes tous) ne peut vivre que dans un rapport aux rapports de production, c'est-&#224;-dire ne peut vivre que dans et sous l'id&#233;ologie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Nous avons beau conna&#238;tre le caract&#232;re mensonger de la vie quotidienne, nous nous laissons prendre au jeu, comme ces spectateurs qui, assistant &#224; un tour de magie, savent par avance qu'ils vont &#234;tre bern&#233;s et ne peuvent n&#233;anmoins s'emp&#234;cher d'&#234;tre &#233;merveill&#233;s par le fait qu'ils le seront tout de m&#234;me. La connaissance de l'illusion, et de ses m&#233;canismes, n'engr&#232;ne pas son abolition. (B&#233;gout, &lt;i&gt;op. cit&lt;/i&gt;., p. 253).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De m&#234;me, Marx &#233;crivait &#224; propos de la forme valeur des produits du travail que : &#171; pour l'homme engren&#233; dans les rouages et les rapports de la production des marchandises, [cette forme] para&#238;t, apr&#232;s comme avant la d&#233;couverte de la nature de la valeur, tout aussi invariable et d'un ordre tout aussi naturel que la forme gazeuse de l'air qui est rest&#233;e la m&#234;me apr&#232;s comme avant la d&#233;couverte de ses &#233;l&#233;ments chimiques. &#187; (&lt;i&gt;Le Capital&lt;/i&gt;, &#233;d. Sociales t. 1, p. 86).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;h.qh62wkpd9s04&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mouvement r&#233;el et formes de manifestation&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Toutefois, il faut bien remarquer, il y a toujours ici cette r&#233;serve &#224; faire, que nous pouvons au moins &lt;i&gt;penser&lt;/i&gt; ces m&#234;mes objets comme choses en soi, quoique nous ne puissions pas les conna&#238;tre (en tant que tels). &lt;i&gt;Car autrement on arriverait &#224; cette proposition absurde qu'un ph&#233;nom&#232;ne (ou apparence) existerait sans qu'il n'y ait rien qui apparaisse&lt;/i&gt; [nous soulignons] &#187;. (Kant, &lt;i&gt;Pr&#233;face &#224; la seconde &#233;dition de la Critique de la raison pure&lt;/i&gt;, &#233;d. PUF, 1950, pp. 22-23).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Entre &#171; mouvement r&#233;el &#187; et &#171; formes d'apparition &#187;, il semblerait que nous nous enfermions dans une aporie. D'un c&#244;t&#233; nous parlons de &#171; formes d'apparition &#187; ou &#171; de manifestation &#187; (&lt;i&gt;Erscheinungform&lt;/i&gt;)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb66&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;De fa&#231;on intuitive, nous utilisons &#171; forme d'apparition &#187; quand la chose est (&#8230;)&#034; id=&#034;nh66&#034;&gt;66&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, ce qui suppose l'existence d'un &#171; mouvement r&#233;el &#187; dont elles sont les &#171; formes &#187;, de l'autre, nous &#233;crivons que le mouvement r&#233;el n'est ni un &#171; au-dessus &#187;, ni un &#171; au-del&#224; &#187;, ni ailleurs que dans ces dites &#171; formes d'apparition &#187;, que ce &#171; mouvement r&#233;el &#187; n'est qu'un &lt;i&gt;concept&lt;/i&gt;. Quand Marx d&#233;clare que &#171; si le mouvement r&#233;el et les apparences co&#239;ncidaient, il n'y aurait nul besoin de science &#187;, nous sommes parfaitement d'accord. Le mouvement r&#233;el est le concept &lt;i&gt;produit&lt;/i&gt; par la &#171; science &#187; (bien que cela ne soit pas anodin, laissons ici de c&#244;t&#233; le terme de &#171; science &#187;). Comment alors continuer &#224; parler de &#171; formes d'apparition &#187; ? De quoi sont-elles &#171; formes d'apparition &#187; ? De quel droit les qualifier comme telles ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre construction des m&#233;tamorphoses des rapports de production jusqu'&#224; l'id&#233;ologie et au sujet est un &#171; proc&#232;s de pens&#233;e &#187;, mais si nous consid&#233;rons le &#171; proc&#232;s de pens&#233;e &#187; comme tel (c'est-&#224;-dire radicalement s&#233;par&#233; &#8211; sous peine d'id&#233;alisme), nous ne consid&#233;rons pas le &#171; mouvement r&#233;el &#187; comme autre chose que &lt;i&gt;la relation que les formes d'apparition construisent entre elles&lt;/i&gt; et non comme quelque chose se manifestant en elles, les agissant et parfois les rappelant &#224; l'ordre. Cela est bel et bon et cela commence &#224; justifier de les appeler &#171; formes d'apparition &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi qualifier toutes ces &lt;i&gt;r&#233;alit&#233;s&lt;/i&gt; (le salaire, le profit d'entreprise, la rente, l'int&#233;r&#234;t, etc.) dans lesquelles nous vivons et parfois luttons de &#171; formes d'apparition &#187; s'il n'y a rien d'autre dans cette &#171; r&#233;alit&#233; &#187; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est la r&#233;alit&#233; m&#234;me des formes d'apparition &lt;i&gt;dans leur connexion&lt;/i&gt; qui les d&#233;signe comme telles. Pour chaque forme d'apparition, son existence m&#234;me implique les autres formes et leur connexion n&#233;cessaire. &lt;i&gt;Cette connexion c'est le mouvement r&#233;el&lt;/i&gt;. C'est alors et seulement alors qu'&#224; partir d'elles-m&#234;mes ces r&#233;alit&#233;s sont des formes d'apparition. Elles se produisent elles-m&#234;mes comme telles dans leur relation (salaire, profit, int&#233;r&#234;t, rente, capital industriel, capital commercial, capital financier ou capital fictif, etc.) sans qu'il y ait un &#171; mouvement r&#233;el &#187; sous-jacent, immanent ou transcendant. C'est dans leur connexion n&#233;cessaire qui est le mouvement r&#233;el que chacune est d&#233;sign&#233;e en retour comme forme d'apparition. Non seulement les formes d'apparition appartiennent &#224; la d&#233;finition m&#234;me essentielle du mouvement r&#233;el, mais encore c'est par elle que le mouvement r&#233;el existe et que &lt;i&gt;chaque&lt;/i&gt; forme d'apparition est telle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est une question fondamentale que celle de la relation entre une abstraction, un concept ou l'essence d'une chose (consid&#233;rons ici ces termes comme &#233;quivalents) et l'existence concr&#232;te de cette chose, ses formes d'apparition. Le &#171; mouvement r&#233;el &#187; n'est pas une id&#233;e, ou une abstraction, sous lesquelles peuvent &#234;tre rang&#233;es les diff&#233;rences sp&#233;cifiques et simultan&#233;ment une r&#233;alit&#233; log&#233;e dans ces objets sp&#233;cifiques. L'essence (&#171; mouvement r&#233;el &#187;) n'est pas ce qui existe id&#233;alement dans chaque forme d'apparition sp&#233;cifique ou ce qui servirait, de l'ext&#233;rieur, &#224; classer ces formes sp&#233;cifiques. Elle n'est pas non plus un universel qu'on abstrait d'une r&#233;alit&#233; premi&#232;re que seraient les formes d'apparition. L'essence n'est ni une chose r&#233;elle (r&#233;ellement existante et particularis&#233;e), ni un simple mot, c'est une &lt;i&gt;relation constitutive&lt;/i&gt;. Ce qui est &lt;i&gt;essentiel&lt;/i&gt;, ce sont les&lt;i&gt; relations&lt;/i&gt;. Relations actives que les formes d'apparition sp&#233;cifiques &#233;tablissent entre elles, ce sont ces relations qui d&#233;finissent ce qu'elles ont en commun : l'essence. C'est le seul r&#233;f&#233;rent effectif (r&#233;el) de l'essence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Il est clair qu'&#224; partir du moment o&#249; la plus-value a &#233;t&#233; rapport&#233;e &#224; des &#233;l&#233;ments de production diff&#233;rents, &lt;i&gt;particuliers&lt;/i&gt; &#8211; comme la nature, les produits, le travail &#8211; &#224; partir du moment o&#249; elle se rapporte &#224; des &#233;l&#233;ments de la production qui ne diff&#233;rent entre eux que &lt;i&gt;mat&#233;riellement&lt;/i&gt;, qu'&#224; partir du moment o&#249; elle prend de fa&#231;on g&#233;n&#233;rale des formes &lt;i&gt;particuli&#232;res&lt;/i&gt;, indiff&#233;rentes les unes aux autres, ind&#233;pendantes entre elles et r&#233;gies par des lois diff&#233;rentes, son unit&#233; commune &#8211; la plus-value &#8211; et donc la nature de cette unit&#233; commune deviennent de plus en plus indiscernables et ne se manifestent pas dans &lt;i&gt;l'apparence&lt;/i&gt;, mais doivent n&#233;cessairement commencer par &#234;tre d&#233;couvertes en tant que myst&#232;re cach&#233;. &#187; (Marx, &lt;i&gt;Th&#233;ories sur la plus-value&lt;/i&gt;, &#233;d.Sociales, t. 3, p. 572). Dans les modes de production ant&#233;rieurs au capital, l'extraction de surtravail et l'appropriation du surproduit apparaissent clairement comme telles, en revanche la plus-value &#171; ne se manifeste pas dans les apparences &#187; comme la r&#233;alit&#233; existante dans ses &#171; formes d'apparition &#187;, elle n'est pas ailleurs que dans ces &#171; formes &#187;, c'est un &#171; myst&#232;re cach&#233; qui doit &#234;tre &lt;i&gt;d&#233;couvert&lt;/i&gt; [nous soulignons] &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mouvement r&#233;el ne se limite pas alors &#224; &#234;tre un &#171; en-commun &#187; sur le mode de la r&#233;duction analytique, mais se d&#233;finit comme processus, relation de chaque forme &#224; &lt;i&gt;ses autres&lt;/i&gt;. Le mouvement r&#233;el est relation, r&#233;flexion, il ne se substitue pas aux situations et &#234;tres divers et finis, aux formes d'apparition en les r&#233;sorbant dans une unit&#233; ext&#233;rieure ou en les niant en ce qu'il serait leur &#171; v&#233;rit&#233; int&#233;rieure &#187;. La r&#233;sorption dans une unit&#233; ext&#233;rieure c'est la mauvaise abstraction, celle, comme l'&#233;crirait Hegel, de l'entendement. C'est cette relation constitutive, synth&#232;se de nombreuses d&#233;terminations, unit&#233; de la diversit&#233; et de l'unit&#233; comme relation de chaque forme &#224; ses autres que le concept de mouvement r&#233;el formalise comme &#171; concret de pens&#233;e &#187;, mais ce n'est en aucune mani&#232;re le concret lui-m&#234;me (cf. Marx, &lt;i&gt;Introduction de 1857&lt;/i&gt;). N'oublions pas, et nous allons y revenir que &#171; &#8230; le mouvement r&#233;el peut &#234;tre expos&#233; dans son ensemble. Si l'on y parvint, de sorte que la vie de la mati&#232;re se r&#233;fl&#233;chisse dans sa &lt;i&gt;reproduction id&#233;ale&lt;/i&gt; [nous soulignons], ce &lt;i&gt;mirage&lt;/i&gt; [idem] peut faire croire &#224; une construction &lt;i&gt;a priori&lt;/i&gt; &#187; (Marx, &lt;i&gt;Postface &#224; la deuxi&#232;me &#233;dition du &lt;/i&gt;Capital).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais aussi, plus loin dans le m&#234;me texte : &#171; Le mouvement contradictoire de la soci&#233;t&#233; capitaliste se fait sentir au &lt;i&gt;bourgeois pratique&lt;/i&gt; [nous soulignons] de la fa&#231;on la plus frappante, par les vicissitudes de l'industrie moderne &#224; travers son cycle p&#233;riodique, dont le point culminant est &#8230; la crise g&#233;n&#233;rale. D&#233;j&#224; nous apercevons le retour de ses prodromes ; elle approche de nouveau ; par l'universalit&#233; de son champ d'action et l'intensit&#233; de ses effets, elle va faire entrer la dialectique dans la t&#234;te m&#234;me des tripoteurs qui ont pouss&#233; comme champignons dans le nouveau Saint-Empire germano-prussien. &#187; (&#233;d. Pl&#233;iade, t. 1, pp. 558-559). Face au &#171; bourgeois pratique &#187; nous pouvons placer le &#171; prol&#233;taire pratique &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il convient de toujours consid&#233;rer que la m&#233;thode d'exposition n'est qu'une m&#233;thode d'exposition et ne pas la consid&#233;rer comme le &#171; compte rendu &#187; du concret dans lequel nous vivons, celui dans lequel nous &#233;voluons plus ou moins en connaissance de cause. Mais soit &#224; nous en remettre aux savants de tous poils, &#171; c'est ainsi que les hommes vivent &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mouvement r&#233;el est un &#171; concret de pens&#233;e &#187; qui en tant que tel n'exclut pas les multiples d&#233;terminations et la diversit&#233;, il n'exclut pas les formes d'apparition, car il &lt;i&gt;n'existe lui-m&#234;me que par la totalit&#233; de ses formes, de ses attributs&lt;/i&gt;. Les formes d'apparition sont d&#233;finitoires de la structure m&#234;me de la chose et fond&#233;es en elle. En un mot, le mouvement r&#233;el ne se fait pas sentir en dehors mais &lt;i&gt;&#224; l'int&#233;rieur&lt;/i&gt; de toutes les formes d'apparition de par leurs relations r&#233;ciproques. Les formes d'apparition ne sont pas des voiles sous lesquels le vrai ne demanderait qu'&#224; surgir. Le mouvement r&#233;el (concret de pens&#233;e) n'a d'existence concr&#232;te (pratiquement v&#233;cue) que comme relation entre ces formes. Ramener simplement le divers des formes d'apparition &#224; l'unit&#233; c'est produire une abstraction formelle, une fausse abstraction. Ce type d'abstraction manque pr&#233;cis&#233;ment le d&#233;veloppement des formes qui permet &#224; cette unit&#233; d'exister.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb67&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; La sensibilit&#233; avec sa diversit&#233; infinie compara&#238;t devant l'esprit, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh67&#034;&gt;67&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les crises manifestent que le mouvement r&#233;el (l'essence) n'est que dans la relation n&#233;cessaire des formes d'apparition (relation qui fait de chacune une forme d'apparition). Dans les crises : &#171; Il est absolument n&#233;cessaire que les &#233;l&#233;ments s&#233;par&#233;s de force, qui par essence vont ensemble, se manifestent par des explosions violentes comme &lt;i&gt;s&#233;paration&lt;/i&gt; [soulign&#233; dans le texte] de quelque chose qui, par essence, va ensemble. L'unit&#233; s'&#233;tablit &lt;i&gt;par la violence&lt;/i&gt; [idem]. &#187; (Marx, &lt;i&gt;Grundrisse&lt;/i&gt;, &#233;d. Sociales, t. 1, p. 84). Dans la mesure o&#249; les formes d'apparition constituent par elles-m&#234;mes des moments d'un tout unique (et non substantiellement agies par ce &#171; tout &#187;), il faut qu'intervienne un moment o&#249; l'autonomie de ces figures est violemment rompue et o&#249; l'unit&#233; est r&#233;tablie. Les crises manifestent l'unit&#233; des formes d'apparition promues &#224; l'autonomie les unes par rapport aux autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De m&#234;me, si le proc&#232;s contradictoire fondamental (l'extraction de plus-value) est actif dans toutes les contradictions &#224; l'int&#233;rieur des formes d'apparition, il serait absurde et &lt;i&gt;id&#233;aliste&lt;/i&gt; de pr&#233;tendre que ces contradictions et leur fusion dans une conjoncture, qui est une unit&#233; de rupture, n'en soient que le &lt;i&gt;pur ph&#233;nom&#232;ne&lt;/i&gt;. Toutes ces contradictions, &lt;i&gt;si&lt;/i&gt; elles se fondent pour former une unit&#233;, une conjoncture r&#233;volutionnaire, ne s'&#233;vanouissent pas comme de purs ph&#233;nom&#232;nes dans l'unit&#233; int&#233;rieure d'un proc&#232;s contradictoire simple. L'unit&#233; qu'elles constituent dans cette fusion qu'est la rupture r&#233;volutionnaire, elles la constituent &lt;i&gt;&#224; partir de ce qu'elles sont en propre&lt;/i&gt;, de leur efficacit&#233; propre, &#224; leur niveau. En constituant cette unit&#233;, elles reconstituent et accomplissent bien l'unit&#233; fondamentale qui les anime, mais, ce faisant, elles indiquent aussi la nature de cette contradiction : elle est ins&#233;parable de la soci&#233;t&#233; toute enti&#232;re, ins&#233;parable de ses conditions imm&#233;diates d'existence, c'est-&#224;-dire des formes d'apparition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Distinct des formes de manifestation, le &#171; mouvement r&#233;el &#187;, n'est qu'un &#171; &lt;i&gt; objet de&lt;/i&gt; &lt;i&gt;connaissance&lt;/i&gt; &#187;, il n'est pas autre chose, par exemple, que la relation des capitaux entre eux dans la concurrence : &#171; Tous les &#233;l&#233;ments englob&#233;s dans la notion g&#233;n&#233;rale du capital, acqui&#232;rent une existence &lt;i&gt;autonome&lt;/i&gt; [soulign&#233; par nous] et se manifestent dans la multiplicit&#233; des capitaux r&#233;els. C'est alors seulement que se d&#233;veloppe largement &lt;i&gt;la structure interne et vivante qui appara&#238;t dans et par la concurrence&lt;/i&gt;. &#187; (Marx, &lt;i&gt;Fondements de la critique de l'&#233;conomie politique, &lt;/i&gt;&#233;d. Anthropos, t. 2, p. 10). Le &#171; mouvement r&#233;el &#187; n'est qu'un pur &#171; objet de pens&#233;e &#187;, il n'existe pas ailleurs comme v&#233;rit&#233; enfouie. &#171; De ce fait, le capital individuel se trouve r&#233;ellement plac&#233; dans les conditions du capital en g&#233;n&#233;ral, &lt;i&gt;bien qu'en apparence, la loi primitive semble renvers&#233;e&lt;/i&gt;. [&#8230;] Bref, toutes les d&#233;terminations apparaissent ici renvers&#233;es par rapport &#224; ce qu'elles sont dans le capital en g&#233;n&#233;ral. Ici le prix y est d&#233;termin&#233; par le travail ; l&#224;, le travail est d&#233;termin&#233; par le prix, etc., &#187; (Marx, p. 169). Le capital en g&#233;n&#233;ral ne traverse les capitaux particuliers qu'en pr&#233;sentant toutes ses d&#233;terminations comme renvers&#233;es dans ces capitaux particuliers et n'appara&#238;t lui-m&#234;me comme la totalit&#233; en mouvement par elle-m&#234;me et comme existence diff&#233;renci&#233;e, que par ce renversement qui s'effectue dans les parties. Le f&#233;tichisme est dans l'essence, dans le lien. Il n'y a pas d'arri&#232;re monde. L'essence n'est pas comme le soutient Henri Lefebvre dans &lt;i&gt;Logique formelle, logique dialectique&lt;/i&gt; : &#171; un courant plus profond dans le flot des apparences &#187; (&lt;i&gt;op. cit&lt;/i&gt;, &#233;d. Anthropos, 1969, p. 200)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb68&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sans que cela soit express&#233;ment pr&#233;cis&#233;, Lefebvre semble se r&#233;f&#233;rer ici aux (&#8230;)&#034; id=&#034;nh68&#034;&gt;68&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Chaque pr&#233;suppos&#233; du proc&#232;s de production social est en m&#234;me temps son r&#233;sultat, et chacun de ses r&#233;sultats appara&#238;t en m&#234;me temps comme pr&#233;suppos&#233;. Tous les &lt;i&gt;rapports de production&lt;/i&gt;, au sein desquels le proc&#232;s se d&#233;roule, sont donc aussi bien ses produits que ses conditions. Dans sa forme ultime &#8211; plus nous consid&#233;rons sa forme dans sa &lt;i&gt;manifestation ph&#233;nom&#233;nale&lt;/i&gt; (soulign&#233; par nous) effective &#8211; le proc&#232;s se fige de plus en plus, si bien que ces conditions apparaissent comme le d&#233;terminant tout en &#233;tant ind&#233;pendantes, et que les propres rapports des agents qui concourent au proc&#232;s leur apparaissent comme des conditions objectives, comme des puissances objectives, comme les d&#233;terminations des choses, d'autant plus que dans le proc&#232;s capitaliste chaque &#233;l&#233;ment, f&#251;t-ce le plus simple, comme par exemple la marchandise, est d&#233;j&#224; une inversion qui fait appara&#238;tre d&#233;j&#224; des rapports entre personnes comme propri&#233;t&#233;s de choses et comme des rapports des personnes aux propri&#233;t&#233;s sociales de ces choses. &#187; (Marx, &lt;i&gt;Th&#233;ories sur la plus-value&lt;/i&gt;, t. 3, p. 597).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est remarquable que la grande majorit&#233; des &#233;crits de Marx relatifs &#224; la &#171; critique de l'&#233;conomie politique &#187; &#8211; y compris dans &lt;i&gt;Le Capital&lt;/i&gt; &#8211; est consacr&#233;e &#224; dire que rien &lt;i&gt;n'existe&lt;/i&gt; comme les choses &#171; &lt;i&gt;sont&lt;/i&gt; &#187; (les textes dits &#171; politiques, quant &#224; eux, partent de cette &#171; &#233;vidence &#187; selon laquelle rien &lt;i&gt;n'existe&lt;/i&gt; comme les choses &#171; &lt;i&gt;sont&lt;/i&gt; &#187;), et que l'immense majorit&#233; des marxistes et des commentateurs de Marx ne font que r&#233;p&#233;ter &#171; comme les choses &lt;i&gt;sont&lt;/i&gt; &#187;, comme si la non-existence des choses comme elles sont n'&#233;tait pas int&#233;rieure &#224; ce qu'elles sont.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le &lt;i&gt;cercle vicieux&lt;/i&gt; de l'&#233;conomie vulgaire [...selon lequel] les prix des marchandises d&#233;terminent salaire du travail, int&#233;r&#234;t, profit et rente et, inversement, les prix de travail, int&#233;r&#234;t, profit et rente d&#233;terminent les prix des marchandises [...] est simplement l'expression du mouvement circulaire, dans lequel &lt;i&gt;les lois g&#233;n&#233;rales se r&#233;alisent contradictoirement dans le mouvement r&#233;el et dans sa manifestation ph&#233;nom&#233;nale&lt;/i&gt; [nous soulignons]. &#187; (&lt;i&gt;Th&#233;ories sur la plus-value&lt;/i&gt;, t. 3, p. 599). &lt;i&gt;Sans les &#171; manifestations ph&#233;nom&#233;nales &#187; contradictoires au &#171; mouvement r&#233;el &#187;, il n'y a pas de r&#233;alisation des &#171; lois g&#233;n&#233;rales &#187;&lt;/i&gt;. Mais il faut aller plus loin et dire qui sont les &#171; agents &#187; de cette &#171; r&#233;alisation des lois g&#233;n&#233;rales &#187;. Du fait m&#234;me de l'ind&#233;pendance produite et acquise des fonctions, dans un proc&#232;s qui fait que les rapports de production sont n&#233;cessairement leur reproduction, les fonctions du proc&#232;s de production assum&#233;es par des &#171; supports &#187; deviennent ind&#233;pendantes et &lt;i&gt;cette ind&#233;pendance des fonctions devient l'ind&#233;pendance des supports devenant par-l&#224; sujets&lt;/i&gt; anim&#233;s par leur conscience, leur volont&#233;, leur libert&#233;, leur ind&#233;pendance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Non seulement les diff&#233;rents rapports, les diff&#233;rents moments deviennent autonomes et adoptent des modes d'existence &#233;trangers les uns aux autres et apparemment ind&#233;pendants les uns des autres, mais encore ils se pr&#233;sentent comme propri&#233;t&#233;s imm&#233;diates de choses ; ils prennent une forme r&#233;ifi&#233;e. Ainsi les agents de la production capitaliste vivent-ils dans un monde magique et leurs propres relations leur apparaissent comme propri&#233;t&#233;s des choses, des &#233;l&#233;ments mat&#233;riels de la production. Or c'est &lt;i&gt;sous les formes ultimes, les plus m&#233;diatis&#233;es&lt;/i&gt; &#8211; sous des formes o&#249; &#224; la fois la m&#233;diation non seulement est devenue invisible, mais o&#249; s'exprime leur contraire direct &#8211; &lt;i&gt;que les figures du capital apparaissent comme les agents r&#233;els et les supports imm&#233;diats de la production&lt;/i&gt;. Le capital porteur d'int&#233;r&#234;ts personnifi&#233; dans le capitaliste financier, le capital industriel dans l'&lt;i&gt;industrial capitalist&lt;/i&gt;, le capital donnant une rente dans le propri&#233;taire foncier en tant que propri&#233;taire de la terre, et enfin le travail dans le travailleur salari&#233;. C'est sous ces figures fixes, incarn&#233;es en des personnalit&#233;s ind&#233;pendantes qui, en m&#234;me temps, apparaissent comme simples repr&#233;sentants de choses personnifi&#233;es, qu'ils entrent en concurrence et s'engagent dans le proc&#232;s de production r&#233;el. La concurrence pr&#233;suppose cette ext&#233;riorisation. Ce sont les formes qui existent conform&#233;ment &#224; sa nature, conform&#233;ment &#224; l'histoire de sa nature et dans son apparence &#224; la surface, elle n'est elle-m&#234;me rien d'autre que le mouvement de ce monde &#224; l'envers. Dans la mesure o&#249;, dans ce mouvement, les connexions internes s'imposent, elles apparaissent comme une loi myst&#233;rieuse. &#187; [nous avons soulign&#233;] (Marx, &lt;i&gt;idem&lt;/i&gt;, p. 604).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; C'est sous les formes ultimes, les plus m&#233;diatis&#233;es [&#8230;] que les figures du capital apparaissent comme les agents r&#233;els &#187;. Cette derni&#232;re phrase est particuli&#232;rement elliptique. Ce qui m&#233;diatise ces &#171; formes ultimes &#187; ce sont toutes les d&#233;terminations qui constituent la production de la vie quotidienne (rapports de distribution, autopr&#233;supposition, formes d'apparition, id&#233;ologie, sujet), non seulement c'est alors ainsi que les individus &#171; apparaissent &#187; comme &#171; agents r&#233;els &#187; mais c'est seulement ainsi qu'ils agissent en tant que tels et sont les supports imm&#233;diats &#8211; la &#171; m&#233;diation est devenue invisible &#187; &#8212; de la production.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Et ce sont ces rapports et ces formes tout faits qui apparaissent dans la production r&#233;elle comme des conditions pr&#233;alables, parce que &lt;i&gt;le mode de production capitaliste se meut &#224; l'int&#233;rieur des formes concr&#232;tes qu'il a cr&#233;&#233;es&lt;/i&gt; [nous soulignons], et que ces formes, qui en sont le r&#233;sultat, l'affrontent dans le proc&#232;s de reproduction, tout aussi bien comme des conditions pr&#233;alables toutes faites. En tant que telles, elles d&#233;terminent pratiquement le comportement des capitalistes individuels, etc., leur fournissent des motifs d'agir, de m&#234;me qu'elles se refl&#232;tent en tant que telles dans leur conscience. &#187; (&lt;i&gt;idem&lt;/i&gt;, p. 573). Elles &#171; d&#233;terminent le comportement &#187; de tous les agents de la production, &lt;i&gt;y compris la classe ouvri&#232;re&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Et dans cette forme compl&#232;tement ali&#233;n&#233;e du profit, et dans la mesure m&#234;me o&#249; la configuration du profit en dissimule le noyau interne, le capital acquiert de plus en plus une figure objective et, de rapport qu'il est, se transforme de plus en plus en chose, mais en chose qui a &lt;i&gt;incorpor&#233; le rapport social&lt;/i&gt; [nous soulignons], qui l'a absorb&#233;, en chose qui se comporte vis-&#224;-vis de soi-m&#234;me comme pourvue d'une vie et d'une autonomie fictives, &#234;tre &#224; la fois perceptible et immat&#233;riel [dans la traduction Molitor &#8211; &#233;d. Costes -, on lit 'un &#234;tre sensible-suprasensible', nda] ; et c'est sous cette forme de &lt;i&gt;capital et profit&lt;/i&gt; qu'il appara&#238;t &lt;i&gt;&#224; la surface&lt;/i&gt; (nous soulignons) comme une pr&#233;supposition achev&#233;e (mais est-ce qu'il y a une 'profondeur', nda ?&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb69&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; On ne peut s&#233;parer ce qui est ins&#233;parable, la r&#233;alit&#233; et ses leurres : le (&#8230;)&#034; id=&#034;nh69&#034;&gt;69&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;). C'est la forme de sa r&#233;alit&#233;, ou plut&#244;t &lt;i&gt;sa forme d'existence r&#233;elle&lt;/i&gt; [nous soulignons]. Et c'est sous cette forme qu'il vit dans la conscience et se refl&#232;te dans les repr&#233;sentations de ses d&#233;tenteurs, les capitalistes. &#187;. (&lt;i&gt;idem&lt;/i&gt;, p. 570).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Non seulement c'est ainsi &#171; qu'il vit dans la conscience et se refl&#232;te dans les repr&#233;sentations de ses d&#233;tenteurs, les capitalistes &#187;, mais encore c'est ainsi qu'il d&#233;termine les activit&#233;s de tous les agents, y compris les ouvriers. &#171; Il est tout aussi naturel que les agents r&#233;els de la production se sentent parfaitement chez eux dans ces formes ali&#233;n&#233;e et irrationnelles : capital-int&#233;r&#234;t, terre-rente, travail-salaire ; car ce sont l&#224; pr&#233;cis&#233;ment &lt;i&gt;les formes illusoires au milieu desquelles ils se meuvent tous les jours&lt;/i&gt; [nous soulignons] et auxquelles ils ont affaire. &#187; (Marx, &lt;i&gt;Le Capital&lt;/i&gt;, &#233;d. Sociales, t. 8, p. 208).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les rapports de production capitalistes, nous n'avons pas affaire &#224; des &#171; individus concrets &#187; en tant qu'imm&#233;diatement existant comme individus singuliers dans leur unit&#233;, mais seulement aux individus en tant qu'ils remplissent certaines fonctions d&#233;termin&#233;es comme supports de celles-ci : &#171; &lt;i&gt;porteurs&lt;/i&gt; de force de travail &#187;, &#171; &lt;i&gt;repr&#233;sentants&lt;/i&gt; &#187; ou &#171; &lt;i&gt;fonctionnaires&lt;/i&gt; &#187; du capital, &#171; femmes &#187; ou &#171; hommes &#187;. Leur individualit&#233; est un effet des rapports de production, elle ne pr&#233;existe pas, elle n'est pas le fait d'un sujet et les rapports de production ne sont pas une &#171; rencontre &#187; intersubjective. C'est la personnalisation des rapports sociaux qui est la production des individus comme sujets. Le sujet c'est l'individu produit comme le centre ou l'intersection de toutes les d&#233;terminations. Le sujet concentre le tout en lui-m&#234;me, si bien qu'on pourrait dire qu'il est, comme la fameuse monade de Leibniz, une &#171; partie totale &#187;. Le sujet devient le centre &#224; partir duquel il serait possible de conna&#238;tre et de construire l'articulation de toutes les d&#233;terminations du mode de production capitaliste. La personnalisation, c'est la conjonction en un individu de d&#233;terminations sociales &lt;i&gt;se manifestant de fa&#231;on renvers&#233;e comme existence de cet individu comme sujet&lt;/i&gt;, ses rapports devenant son actualisation comme son &#339;uvre. Ce renversement, cette personnalisation&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb70&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;A la place de &#171; personnalisation &#187;, le terme de &#171; naturalisation &#187; aurait pu (&#8230;)&#034; id=&#034;nh70&#034;&gt;70&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, est tout aussi n&#233;cessaire que le f&#233;tichisme qui, attachant des rapports sociaux &#224; des choses, &lt;i&gt;attache ces choses &#224; des individus&lt;/i&gt; promus et convoqu&#233;s alors comme sujets dans ce m&#234;me f&#233;tichisme : le travail aux ouvriers, les moyens de production aux capitalistes, la terre aux propri&#233;taires fonciers. L'individu est promu au rang de repr&#233;sentation centrale, d'intersection, dont les d&#233;terminations sociales sont renvers&#233;es en manifestation de lui-m&#234;me, en expression de son individualit&#233;, elles sont personnalis&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les rapports qui d&#233;finissent le mode de production capitaliste ne peuvent exister que dans une forme &#171; dissimul&#233;e &#187;, &#171; invers&#233;e &#187;. Ce n'est qu'ainsi que ces rapports sont v&#233;cus et ce n'est que dans leur mode v&#233;cu qu'ils agissent &lt;i&gt;parce qu'ils n'existent pas ailleurs&lt;/i&gt;. Th&#233;oriquement, nous avons raison de tout construire &#224; partir de ces rapports (forme nucl&#233;aire) pour comprendre la r&#233;alit&#233; &#224; partir du mouvement r&#233;el, mais il ne faut pas s'imaginer que cette construction est la r&#233;alit&#233;. N'oublions pas que &#171; &#8230; le mouvement r&#233;el peut &#234;tre expos&#233; dans son ensemble. Si l'on y r&#233;ussit, de sorte que la vie de la mati&#232;re se r&#233;fl&#233;chisse dans sa &lt;i&gt;reproduction id&#233;ale&lt;/i&gt; [nous soulignons], ce &lt;i&gt;mirage&lt;/i&gt; [idem] peut faire croire &#224; une construction &lt;i&gt;a priori&lt;/i&gt; &#187; (Marx, &lt;i&gt;Postface &#224; la deuxi&#232;me &#233;dition du &lt;/i&gt;Capital).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien souvent, avec les meilleures intentions du monde, la production th&#233;orique affirme le &#171; mouvement r&#233;el &#187; dans une sorte de n&#233;gation dogmatique et condescendante des &#171; apparences &#187;. Les formes du f&#233;tichisme sont &#171; exorcis&#233;es &#187; mais non comprises comme formes d'apparition du mouvement r&#233;el ainsi que le mouvement r&#233;el seulement comme concept, dans la distinction radicale entre le proc&#232;s de pens&#233;e et le proc&#232;s r&#233;el.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est dans les rapports de production tels qu'existant dans tout ce processus de pr&#233;supposition d'eux-m&#234;mes et d'inversion que maintenant tout se joue, c'est-&#224;-dire la lutte des classes dans sa n&#233;cessit&#233; et ses limites. C'est l&#224; que tout se joue : la constitution des classes, la configuration dans cette constitution des individus comme sujets et par l&#224; l'affrontement de ces classes constitu&#233;es &#224; tous les niveaux de la structure du mode de production jusque et surtout dans leur mode de vie, leur identit&#233; d&#233;ni&#233;e par une autre classe et affirm&#233;e par chacune dans son rapport au travail, dans les lieux que l'on fr&#233;quente et habite, dans un certain langage, dans ce que l'on mange, dans les rapports des femmes aux hommes et vice-versa, dans la sant&#233;, la culture, etc. La r&#233;alit&#233; qui inverse le &#171; mouvement r&#233;el &#187;, s'enracine dans les rapports de production mais elle est intimement v&#233;cue comme appartenance ou identit&#233; par les sujets, propuls&#233;s en tant que tels par l'&#233;nergie des rapports de production qui, dans leurs m&#233;tamorphoses, les interpellent. Le&lt;strong&gt; &lt;/strong&gt;&#171; support &#187; fonctionnel produit le sujet dans l'id&#233;ologie comme repr&#233;sentation du rapport aux rapports de production, pour aboutir &#224; la vie quotidienne o&#249; les classes vivent leurs affrontements, leurs compromis, leur s&#233;paration et leurs haines. La vie quotidienne n'est pas un espace attendant d'&#234;tre investi par cette suite de d&#233;terminations, elle est l'espace social d&#233;fini, construit, par cette suite de d&#233;terminations. La vie quotidienne n'est jamais un ensemble de pratiques &#171; neutres &#187; (travailler, manger, s'habiller, se d&#233;placer, etc.) en attente d'&#234;tre investi par des rapports de classes, parce qu'elle est &lt;i&gt;la forme d&#233;velopp&#233;e&lt;/i&gt; ultime des rapports de production.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce &#171; sujet &#187;, que la philosophie met en forme, unifie et g&#233;n&#233;ralise (lui donnant une forme suffisamment abstraite pour servir &#224; toutes fins utiles) est r&#233;ellement produit comme l'acteur de toutes les pratiques y compris &#233;conomiques&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb71&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir Althusser, passim et Labriola. Contrairement au droit romain qui (&#8230;)&#034; id=&#034;nh71&#034;&gt;71&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ; il est le rapport aux rapports de production que ces rapports impliquent dans leurs propres &lt;i&gt;m&#233;tamorphoses n&#233;cessaires&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est vrai qu'&#171; en derni&#232;re instance &#187; les rapports de production &lt;i&gt;commandent toutes&lt;/i&gt; les pratiques, les contradictions et les dynamiques sociales, on peut alors se demander de quelle importance peut &#234;tre toute cette r&#233;flexion sur les abstractions, les id&#233;ologies. C'est tr&#232;s simple. Il ne s'agit pas de rechercher leur degr&#233; d'influence en efficacit&#233; ou, inversement, en masque et illusion sur cette &#171; derni&#232;re instance &#187;, mais de consid&#233;rer que les rapports de production n'agissent comme tels ni ailleurs, ni autrement que dans l'id&#233;ologie. Il faut s'y faire. On s'&#233;tripe parce qu'on est Fran&#231;ais ou Allemand et on s'&#233;gorge &#224; propos de l'Immacul&#233;e Conception. Personne ne vit, n'agit et ne lutte dans la puret&#233; inexistante des rapports de production, ni les individus, ni les classes. Nous nous attachons dans ce texte &#224; montrer qu'&#171; Il est, en effet, bien plus facile de trouver par l'analyse le contenu, le noyau terrestre des conceptions nuageuses des religions, que de faire voir, par une voie inverse comment &lt;i&gt;les conditions r&#233;elles de la vie rev&#234;tent peu &#224; peu une forme &#233;th&#233;r&#233;e&lt;/i&gt; [nous soulignons]. C'est l&#224; la seule m&#233;thode mat&#233;rialiste, par cons&#233;quent scientifique. &#187; (Marx, note du &lt;i&gt;Capital&lt;/i&gt;, &#233;d. Sociales, t. 2, p. 59).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#171; apparences &#187; &#233;tant la forme d'existence n&#233;cessaire du &#171; mouvement r&#233;el &#187;, c'est ainsi que les classes existent parce qu'elles sont elles-m&#234;mes non pas introduites dans un milieu dont elles devraient s'accommoder, mais parce qu'elles sont elles-m&#234;mes produites et existent dans tout le proc&#232;s de &lt;i&gt;reproduction&lt;/i&gt; et que leurs luttes transforment le &#171; mouvement r&#233;el &#187;. L'erreur de Debord, Lefebvre, Kosik, Luk&#225;cs, Althusser, etc. et m&#234;me Marx, c'est, apr&#232;s avoir formul&#233; &lt;i&gt;une th&#233;orie des apparences n&#233;cessaires&lt;/i&gt;, de postuler la n&#233;cessit&#233; d'une &lt;i&gt;puret&#233;&lt;/i&gt; de l'action au niveau de ce &#171; mouvement r&#233;el &#187; qui n'est pas ailleurs, plus &#171; profond &#187;. C'est dans la lutte des classes, elles-m&#234;mes soumises &#224; toutes sortes d'id&#233;ologies (y compris leur propre existence : &lt;i&gt;Le Prol&#233;tariat&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb72&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sur une approche critique du concept de Prol&#233;tariat, voir Christian (&#8230;)&#034; id=&#034;nh72&#034;&gt;72&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;) sous lesquelles elles agissent et luttent r&#233;ellement, &lt;i&gt;pour de bon&lt;/i&gt;, que le &#171; mouvement r&#233;el &#187; peut appara&#238;tre, seulement pour ce qu'il est, comme &lt;i&gt;la conjonction des formes d'apparition dans l'activit&#233; des sujets&lt;/i&gt; que ces formes interpellent et qui se transforment eux-m&#234;mes dans leur activit&#233;, leur pratique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Les rapports de production&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;concr&#232;tement&lt;/i&gt; (tels qu'ils sont v&#233;cus et sont des pratiques), &lt;i&gt;c'est la relation entre elles de toutes les formes d'apparition&lt;/i&gt; (formes de manifestation). Inversement, les rapports de production &lt;i&gt;en tant que tels&lt;/i&gt; ne sont qu'une abstraction. Ce qui signifie que nous ne pouvons avoir d'autre conception de la lutte des classes que comme &lt;i&gt;un faisceau de d&#233;terminations &lt;/i&gt;&lt;i&gt;des formes d'apparition&lt;/i&gt;. La lutte des classes ne se mod&#232;le pas selon les circonstances, elle est par nature toujours circonstancielle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On voit &#224; quel point une r&#233;volution serait un saut qualitatif, une conjoncture, c'est-&#224;-dire la conjonction plus ou moins al&#233;atoire et accidentelle des formes de manifestations qui, dans le concret (l'imm&#233;diat de ce qui est v&#233;cu)&lt;strong&gt; &lt;/strong&gt;&lt;i&gt;produiraient&lt;/i&gt;, dans leur rencontre (leur connexion), l'abstraction du mouvement r&#233;el, comme &lt;i&gt;leur concret&lt;/i&gt;, le concret m&#234;me&lt;strong&gt; &lt;/strong&gt;(le &#171; mouvement r&#233;el &#187;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Est-ce &#224; dire que le &#171; mouvement r&#233;el &#187; comme abstraction advient &#224; l'&lt;i&gt;existence&lt;/i&gt;, soudainement et comme &#224; l'improviste ? Nous aurions alors remplac&#233; la pr&#233;sence &lt;i&gt;n&#233;cessaire&lt;/i&gt; mais &#171; &lt;i&gt;cach&#233;e&lt;/i&gt; &#187; de l'abstraction dans les formes de manifestation (empirisme et id&#233;alisme) par une pr&#233;sence tout aussi imm&#233;diate mais &lt;i&gt;al&#233;atoire&lt;/i&gt;. Qu'est-ce alors que l'abstraction du mouvement r&#233;el dans une conjoncture ? Sachant que nous ne sortons pas d'un bond hors de la vie quotidienne dans &#171; le vrai du mouvement r&#233;el &#187;, c'est alors &#224; l'int&#233;rieur de la vie quotidienne, &#224; l'int&#233;rieur des formes de manifestations et des abstractions qui leur sont inh&#233;rentes, que s'effectue leur propre remise en cause.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les formes d'apparition produisent l'abstraction du mouvement r&#233;el &lt;i&gt;comme leur concret&lt;/i&gt;. C'est-&#224;-dire que ce qui appara&#238;t ce n'est pas l'abstraction telle qu'en son concept et ayant fray&#233; sa voie dans les al&#233;as de l'existant. Et, si faute d'un autre terme nous continuons &#224; parler d'abstraction ce n'est plus au sens utilis&#233; jusqu'ici de &#171; concret de pens&#233;e &#187;. Nous pourrions oser l'expression de &#171; pratique &lt;i&gt;abstrayante&lt;/i&gt; &#187; ou &#171; &lt;i&gt;abstractivante &lt;/i&gt; &#187;. Ce n'est pas le &#171; mouvement r&#233;el &#187; comme abstraction qui advient, qui fait irruption, mais une &lt;i&gt;pratique de l'abstraction&lt;/i&gt;, l'abstraction comme pratique dans la conjonction des formes d'apparition. Un certain d&#233;tour est n&#233;cessaire pour justifier cette proposition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;h.p8vo2bfwn049&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quel monde &#224; conna&#238;tre ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le monde n'est pas une totalit&#233; concr&#232;te en soi et il n'y a pas ensuite un sujet (individu ou classe) qui conna&#238;trait ce monde de fa&#231;on conforme &#224; ce qu'il est. &#171; La question n'est donc pas de savoir quel est le monde et ensuite comment il peut &#234;tre connu de mani&#232;re ad&#233;quate &#224; ce qu'il est sur la base de la situation du prol&#233;tariat dans ce monde. La question est de savoir quel monde le prol&#233;tariat conna&#238;t, la connaissance n'&#233;tant pas connaissance d'un monde qui lui pr&#233;existe, mais partie int&#233;grante de ce monde lui-m&#234;me. &#187; (Bernard Girousse, &lt;i&gt;Individu, soci&#233;t&#233;, praxis&lt;/i&gt;, Notes de travail n&#176;5, p. 18, 9/1978, suppl&#233;ment &#224; &lt;i&gt;TC&lt;/i&gt;1). En un mot, le monde est toujours un monde connu et pratiqu&#233; : &#171; &lt;i&gt;Il n'est de concret que pour une pratique&lt;/i&gt; [nous soulignons], et d'abstrait que pour une th&#233;orie. &#187; (Althusser, &lt;i&gt;Initiation &#224; la philosophie pour les non-philosophes&lt;/i&gt;, &#233;d. Puf, p. 136).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans &lt;i&gt;Histoire et conscience de classe&lt;/i&gt;, Luk&#225;cs revient sur la c&#233;l&#232;bre expression de &#171; r&#233;volution copernicienne &#187; attribu&#233;e &#224; Kant dans la &lt;i&gt;Pr&#233;face&lt;/i&gt; &#224; la seconde &#233;dition de la &lt;i&gt;Critique de la raison pure&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb73&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Kant se contente d'&#233;crire : &#171; Il en est ici [&#224; propos de la question de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh73&#034;&gt;73&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, r&#233;volution op&#233;r&#233;e dans le probl&#232;me de la connaissance : &#171; Jusqu'&#224; maintenant on a admis que toute notre connaissance devait se conformer aux objets [&#8230;] Que l'on essaie donc une fois de voir si nous ne viendrions pas mieux &#224; bout des t&#226;ches de la m&#233;taphysique en admettant que les objets doivent se conformer &#224; notre connaissance &#8230; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;dition fran&#231;aise d'&lt;i&gt;Histoire et conscience de classe &lt;/i&gt;(&#233;d. de Minuit) ne pr&#233;cise pas de quelle traduction et &#233;dition fran&#231;aises de la &lt;i&gt;Critique de la raison pure&lt;/i&gt; est prise la citation. Dans le propos de Luk&#225;cs, Kant n'est cit&#233; que comme le moment d'un tournant dans la pens&#233;e et les coupes qu'il effectue dans le texte donne &#224; la pens&#233;e de Kant une brutalit&#233; qui confine &#224; la folie ou au solipsisme. Luk&#225;cs suppose connue l'argumentation kantienne. Pr&#233;cisons : quand Kant &#233;crit : &#171; les objets doivent se conformer &#224; notre connaissance &#187; (ou &#171; les objets se r&#232;glent sur notre connaissance &#187;, traduction Barni, &#233;d. Flammarion, p. 21), cela signifie que l'objet n'est objet connu que comme objet construit dans notre processus de connaissance. C'est &#224; ce moment qu'intervient la r&#233;f&#233;rence &#224; Copernic : &#171; Il est ici comme de la premi&#232;re id&#233;e de Copernic : voyant qu'il ne pouvait venir &#224; bout d'expliquer les mouvements du ciel en admettant que toute la multitude des &#233;toiles tournait autour du spectateur, il chercha s'il n'y r&#233;ussirait pas mieux en supposant que c'est le spectateur qui tourne et que les astres demeurent immobiles. &#187; (Kant, &lt;i&gt;op. cit&lt;/i&gt;., p. 21). Auparavant Kant expose l'origine de la math&#233;matique chez &#171; l'admirable peuple grec &#187; : &#171; Le premier qui d&#233;montra le triangle isoc&#232;le (qu'il s'appel&#226;t Thal&#232;s ou de tout autre nom) fut frapp&#233; d'une grande lumi&#232;re ; car il trouva qu'il ne devait pas s'attacher &#224; ce qu'il voyait dans la figure ni m&#234;me au simple concept qu'il en avait, mais qu'il avait &#224; engendrer, &#224; construire cette figure au moyen de ce qu'il pensait &#224; ce sujet et se repr&#233;sentait a priori par concepts, et que, pour conna&#238;tre avec certitude une chose a priori, il ne devait attribuer &#224; cette chose que ce qui d&#233;rivait n&#233;cessairement de ce qu'il y avait mis lui-m&#234;me, en cons&#233;quence de son concept. &#187; (&lt;i&gt;idem&lt;/i&gt;, p. 19).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout cela peut sembler tr&#232;s &#171; id&#233;aliste &#187;, mais seulement quand on a confondu mat&#233;rialisme et empirisme. A la suite de Bachelard, un mat&#233;rialiste aussi convaincu qu'Althusser (mais au pays du mat&#233;rialisme il n'y a que des suspects d'id&#233;alisme) d&#233;veloppe son affirmation cit&#233;e plus haut (&#171; Il n'est de concret que pour une pratique, et d'abstrait que pour une th&#233;orie. &#187;) avec une argumentation que ne renierait aucun kantien. S&#233;parer la pens&#233;e et le r&#233;el, faire de la pens&#233;e une affaire sp&#233;cifique, c'est &#171; paradoxalement &#187; la pierre de touche du mat&#233;rialisme vis-&#224;-vis de tout id&#233;alisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lisons maintenant Althusser qui dans &lt;i&gt;Initiation &#224; la philosophie pour les non-philosophes&lt;/i&gt; (&#233;d. Puf), revenant sur &#171; l'innovation stup&#233;fiante &#187; de Thal&#232;s, pose la question : &#171; Pourquoi la philosophie des philosophes a-t-elle surgi dans le monde au Ve si&#232;cle avant J&#233;sus-Christ, en Gr&#232;ce ? &#187; (p. 86).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Les historiens ont propos&#233; plusieurs r&#233;ponses &#224; cette question. Les uns ont dit : la philosophie est n&#233;e en Gr&#232;ce sur la base de l'existence d'un march&#233;, et de la &lt;i&gt;monnaie&lt;/i&gt; [soulign&#233; dans le texte], la monnaie offrait un exemple d''abstraction' qui a inspir&#233; les abstractions philosophiques. Les autres ont dit : la philosophie est n&#233;e en Gr&#232;ce sur la base de la &lt;i&gt;d&#233;mocratie&lt;/i&gt;, les r&#232;gles d&#233;mocratiques offrant un mod&#232;le abstrait aux abstractions philosophiques, et imposant la confrontation des points de vue. On retiendra de ces explications leur insistance sur le caract&#232;re &lt;i&gt;abstrait&lt;/i&gt; [idem] des notions et des raisonnements philosophiques. Mais faut-il chercher l'origine de l'abstraction philosophique dans la monnaie, ou dans la d&#233;mocratie ? Il ne semble pas&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb74&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sans nier l'implication conflictuelle entre la math&#233;matique et la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh74&#034;&gt;74&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Il faut la chercher dans la premi&#232;re &lt;i&gt;science&lt;/i&gt; v&#233;ritable qui ait surgi dans l'histoire de la culture humaine, justement en Gr&#232;ce entre le VIe et le Ve si&#232;cle : la g&#233;om&#233;trie. Il s'agit l&#224; d'une v&#233;ritable &lt;i&gt;r&#233;volution&lt;/i&gt; dans la connaissance, d'une fa&#231;on de penser et de raisonner qui n'avait jamais exist&#233; jusque-l&#224;, et que personne n'attendait. Auparavant, les math&#233;matiques empiriques avaient &#233;t&#233; tr&#232;s d&#233;velopp&#233;es par les peuples du bassin m&#233;diterran&#233;en oriental, mais elles avaient &#233;t&#233; incapables d'acc&#233;der &#224; la forme th&#233;orique. Qu'est-ce que cela veut dire ? Qu'on connaissait quantit&#233; de propri&#233;t&#233;s des nombres (arithm&#233;tique) et des figures (g&#233;om&#233;trie). Ces propri&#233;t&#233;s, on les avait tir&#233;es des combinaisons des nombres r&#233;els, et de la comparaison des figures concr&#232;tes. On raisonnait alors sur des objets concrets : le nombre de b&#339;ufs, la distance et la surface dans l'espace des champs, etc. [&#8230;] Mais ces math&#233;matiques qui arrivaient &#224; des r&#233;sultats &lt;i&gt;justes&lt;/i&gt;, n'avaient pourtant rien &#224; voir avec les math&#233;matiques que nous connaissons, et qui ont commenc&#233; autour d'un personnage plus ou moins mythique, nomm&#233; Thal&#232;s, vers le VIe si&#232;cle en Gr&#232;ce. Pourquoi ? Parce que leurs r&#233;sultats justes &#233;taient seulement le r&#233;sultat d'observations et de pratiques empiriques : &lt;i&gt;ils n'&#233;taient ni expliqu&#233;s, ni d&#233;montr&#233;s&lt;/i&gt;. [&#8230;] Il ne fait pas de doute que ce 'saut qualitatif' dans la connaissance humaine, le prestige et la f&#233;condit&#233; des nouvelles math&#233;matiques, et surtout leur autonomie totale et leur capacit&#233; &#224; produire par le travail de l''esprit' humain des d&#233;monstrations qui &#233;chappent au temps et &#224; la mort, aient, de quelque mani&#232;re, port&#233; atteinte &#224; la religion. C'est par ce biais que la philosophie des philosophes, qui stagnaient alors dans les cosmologies (th&#233;ories de l'univers : quels sont les principes derniers de sa composition, l'eau, le feu, le froid, le chaud, etc.) prit un tournant d&#233;finitif, et conquit une existence historique irr&#233;versible avec la grande entreprise de Platon [&#8230;] celui qui, pour la premi&#232;re fois, fixa l'existence et la forme de la philosophie, et l'imposa dans l'histoire. [&#8230;] Pour la premi&#232;re fois, elle [la religion] voyait son domaine d'intervention r&#233;tr&#233;ci par les conqu&#234;tes d'une science profane qui &#233;non&#231;ait des v&#233;rit&#233;s incontestables, et qui parlait un tout autre langage qu'elle : celui de la d&#233;monstration pure. Une menace planait sur les id&#233;es dominantes et leur unification religieuse. Que fit Platon ? Il con&#231;ut &lt;i&gt;le projet 'inou&#239;'&lt;/i&gt; de restaurer l'unit&#233; des id&#233;es dominantes atteintes par l'av&#232;nement des math&#233;matiques. Non pas en combattant les math&#233;matiques au nom de la religion, non pas en contestant leurs r&#233;sultats et leurs m&#233;thodes, mais tout au contraire en reconnaissant leur existence et leur validit&#233;, et en leur &lt;i&gt;empruntant&lt;/i&gt; ce qu'elles apportaient de nouveau : &lt;i&gt;l'id&#233;e d'objets purs auxquels on peut appliquer un raisonnement pur&lt;/i&gt;. [&#8230;] Mais le m&#234;me Platon, qui semblait se mettre ainsi &#224; l'&#233;cole des math&#233;matiques, ne r&#233;alisait toute cette op&#233;ration que pour remettre les math&#233;matiques &#224; l'&#233;cole de sa philosophie. Il ne pla&#231;ait pas les math&#233;matiques au premier rang dans sa philosophie, mais au second &#8230; derri&#232;re la philosophie elle-m&#234;me ! Par l&#224; il parvenait &#224; ma&#238;triser les math&#233;matiques en les soumettant &#224; sa philosophie, donc &#224; les faire rentrer dans l'ordre, c'est-&#224;-dire dans l'ordre des valeurs morales et politiques qu'elles avaient un instant menac&#233;, ou pouvaient menacer. Par-l&#224;, il conjurait la menace que faisait peser sur les id&#233;es dominantes la d&#233;couverte des math&#233;matiques. [&#8230;] Il fallait tout autre chose qu'une cosmologie ou un mythe pour conjurer la menace : il fallait un discours nouveau, proc&#233;dant sur des objets purs, &lt;i&gt;les 'Id&#233;es'&lt;/i&gt;, avec une nouvelle m&#233;thode, &lt;i&gt;la d&#233;monstration rationnelle&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;la dialectique&lt;/i&gt;. Et cela se comprend : il fallait un discours qui f&#251;t &lt;i&gt;&#224; la hauteur&lt;/i&gt; des id&#233;es math&#233;matiques pour pouvoir en ma&#238;triser l'existence, et leur assigner leur place, subordonn&#233;e par rapport &#224; la philosophie des philosophes. Mais par-l&#224;, la philosophie qui naissait de cette r&#233;plique, se rangeait en m&#234;me temps dans l'autre camp : celui de la religion, ou plut&#244;t des id&#233;es, de l'id&#233;ologie dominante unifi&#233;e par la religion. [...] L'invention de la philosophie par Platon a repr&#233;sent&#233; ce changement de terrain indispensable pour pouvoir faire face aux difficult&#233;s rencontr&#233;es sur l'ancien, et aux d&#233;g&#226;ts occasionn&#233;s par l'apparition de la science dans un monde unifi&#233; par la religion. C'est pourquoi on peut dire, &#224; juste titre, que la philosophie platonicienne n'a rien fait d'autre que de &lt;i&gt;d&#233;placer sur le terrain de la rationalit&#233; 'pure' les probl&#232;mes et le r&#244;le de la religion&lt;/i&gt;. A cette diff&#233;rence pr&#232;s que le Dieu de la philosophie sera un autre Dieu que le Dieu des simples croyants : 'le Dieu des philosophes et des savants'. &#187; (Althusser, &lt;i&gt;op. cit&lt;/i&gt;., pp. 87 &#224; 92).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s Platon, Kant r&#233;alise un second sauvetage philosophique de l'id&#233;ologie dominante, non pas maintenant face aux pures abstractions math&#233;matiques, mais face aux sciences exp&#233;rimentales : soumettre la production de connaissances dues aux sciences exp&#233;rimentales &#224; la pr&#233;existence d'un sujet aux qualit&#233;s transcendantales, comme conditions a priori ou lois de l'entendement en tant que r&#232;gles de la connaissance qui ne sont pas une donn&#233;e de l'exp&#233;rience, m&#234;me si elles ont un rapport n&#233;cessaire &#224; elle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Lorsque Galil&#233;e fit rouler ses boules sur un plan inclin&#233; avec une acc&#233;l&#233;ration d&#233;termin&#233;e et choisie par lui-m&#234;me, ou que Torricelli fit porter &#224; l'air un poids qu'il savait &#234;tre &#233;gal &#224; celui d'une colonne d'eau &#224; lui connue, [&#8230;] alors ce fut une nouvelle lumi&#232;re pour tous les physiciens. Ils comprirent que la raison n'aper&#231;oit que ce qu'elle produit elle-m&#234;me d'apr&#232;s ses propres plans, qu'elle doit prendre les devants avec les principes qui d&#233;terminent ses jugements suivant des lois constantes, et forcer la nature &#224; r&#233;pondre &#224; ses questions, au lieu de se laisser conduire par elle &#224; la lisi&#232;re. [&#8230;] Celle-ci [la raison] doit se pr&#233;senter &#224; la nature tenant d'une main ses principes, qui seuls peuvent donner &#224; des ph&#233;nom&#232;nes concordants l'autorit&#233; de lois, et de l'autre l'exp&#233;rimentation, telle qu'elle l'imagine d'apr&#232;s ces m&#234;mes principes. Elle lui demande de l'instruire non comme un &#233;colier qui se laisse dire tout ce qui pla&#238;t au ma&#238;tre, mais comme un juge en fonctions, qui contraint les t&#233;moins &#224; r&#233;pondre aux questions qu'il leur adresse. &#187; (Kant, &lt;i&gt;op. cit&lt;/i&gt;., pp. 19-20). Ainsi, quand &#171; les objets doivent se r&#233;gler sur notre connaissance &#187;, cela signifie : &#171; la possibilit&#233; d'une connaissance a priori de ces objets qui &#233;tablisse quelque chose &#224; leur &#233;gard, &lt;i&gt;avant m&#234;me qu'ils nous soient donn&#233;s&lt;/i&gt; [nous soulignons]. &#187; (&lt;i&gt;idem&lt;/i&gt;, p. 21).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous pouvons maintenant revenir &#224; Luk&#225;cs et &#224; son commentaire du passage central de la &lt;i&gt;Pr&#233;face&lt;/i&gt; &#224; la seconde &#233;dition de la &lt;i&gt;Critique de la raison pure&lt;/i&gt;. Nous verrons, &#224; la lumi&#232;re du d&#233;tour effectu&#233; sur &#171; l'origine de la philosophie &#187;, qu'il demeure prisonnier de la probl&#233;matique philosophique consistant &#224; conjurer (comme dirait Althusser) l'identit&#233; de la connaissance et de l'objet connu. C'est-&#224;-dire la pr&#233;tention spontan&#233;e de toute th&#233;orie, de toute connaissance de consid&#233;rer que son objet ou sa production, un &#171; concret de pens&#233;e &#187;, est &lt;i&gt;&#233;galement&lt;/i&gt; un moment, un &#171; noyau &#187; de la r&#233;alit&#233;. Il doit ainsi toujours persister un monde en soi et un monde pour soi, une r&#233;alit&#233; en soi et une r&#233;alit&#233; pour soi (comprise et connue, pour ainsi dire &lt;i&gt;r&#233;v&#233;l&#233;e&lt;/i&gt;). Il en va de cette constante de toutes les soci&#233;t&#233;s de classes : la division du travail entre travail manuel et travail intellectuel (division que Luk&#225;cs reproduit dans le parti). Commentant les formules de Kant, Luk&#225;cs poursuit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; En d'autres termes, la philosophie moderne se pose le probl&#232;me suivant : ne plus accepter le monde comme quelque chose qui a surgi ind&#233;pendamment du sujet connaissant [&#8230;] mais le concevoir bien plut&#244;t &lt;i&gt;comme le propre produit du sujet&lt;/i&gt; [soulign&#233; dans le texte]. [&#8230;] Marx a &#8211; dans un tout autre contexte &#8211; rappel&#233; ce mot de Vico selon lequel 'l'histoire humaine se distingue de l'histoire de la nature en ce que nous avons fait l'une, alors que nous n'avons pas fait l'autre'&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb75&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le Capital, &#233;d. Sociales, t. 2, note 2 p. 59. Marx cite Vico dans le (&#8230;)&#034; id=&#034;nh75&#034;&gt;75&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. [&#8230;] toute la philosophie moderne s'est pos&#233; ce probl&#232;me. Du doute m&#233;thodique et du &lt;i&gt;cogito ergo sum&lt;/i&gt; de Descartes, en passant par Hobbes, Spinoza, Leibniz, l'&#233;volution suit une ligne directe dont le motif d&#233;cisif et riche en variations est l'id&#233;e que &lt;i&gt;l'objet de la connaissance ne peut &#234;tre connu de nous que parce que et dans la mesure o&#249; il est cr&#233;&#233; par nous-m&#234;mes&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb76&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;'o&#249; l'importance de la r&#233;f&#233;rence &#224; Vico [nda].&#034; id=&#034;nh76&#034;&gt;76&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; [nous soulignons]. &#187; (Luk&#225;cs, &lt;i&gt;op. cit&lt;/i&gt;., p. 143).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, comme l'affirme Luk&#225;cs lui-m&#234;me, l'axiome fondateur d'&lt;i&gt;Histoire et conscience de classe&lt;/i&gt; est que : &#171; L'affirmation dont nous sommes partis demeure : dans la soci&#233;t&#233; capitaliste, l'&#234;tre social est &#8211; imm&#233;diatement &#8211; le m&#234;me pour le prol&#233;tariat et pour la bourgeoisie. Mais on peut maintenant ajouter que ce m&#234;me &#234;tre, gr&#226;ce &#224; la dynamique des int&#233;r&#234;ts de classes, maintient la bourgeoisie prisonni&#232;re de cette imm&#233;diatet&#233;, tandis qu'il pousse le prol&#233;tariat &#224; la d&#233;passer&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb77&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;En tant qu'il &#171; est contraint d'objectiver sa force de travail par rapport &#224; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh77&#034;&gt;77&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187; (&lt;i&gt;op. cit&lt;/i&gt;., p. 205).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A ce moment, Luk&#225;cs continue &#224; s&#233;parer la connaissance de l'objet connu. Pourtant, si le monde n'existe que comme objet connu, il inclut alors sa connaissance, il n'est pas un &#171; en-soi &#187; face &#224; sa connaissance. Hegel, &lt;i&gt;&#224; sa fa&#231;on&lt;/i&gt;, en faisant du monde &#171; objectif &#187; un moment de la raison avait d&#233;pass&#233; cette dichotomie entre la connaissance et le monde connu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Dans la dialectique de la certitude sensible, la conscience a vu dispara&#238;tre dans le pass&#233; l'entendre, le voir, etc&#8230;, et comme conscience percevante elle est parvenue &#224; des pens&#233;es, que cependant elle rassemble en premier lieu dans l'universel inconditionn&#233;. [&#8230;] Cet universel inconditionn&#233;, qui est d&#233;sormais l'objet vrai de la conscience, est encore toutefois objet de cette m&#234;me conscience, elle n'a pas compris son &lt;i&gt;concept&lt;/i&gt; comme &lt;i&gt;concept&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb78&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;En note, Hyppolite donne ce commentaire : &#171; L'objet est concept puisqu'il (&#8230;)&#034; id=&#034;nh78&#034;&gt;78&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Les deux choses sont essentiellement &#224; distinguer. La conscience sait que l'objet est retourn&#233; en soi-m&#234;me &#224; partir de la relation &#224; un autre, et est devenu &lt;i&gt;en soi&lt;/i&gt; concept ; mais la conscience n'est encore pas pour soi-m&#234;me le concept, c'est pourquoi elle ne se conna&#238;t pas elle-m&#234;me dans cet objet r&#233;fl&#233;chi. &lt;i&gt;Pour nous&lt;/i&gt;, le devenir de cet objet moyennant le mouvement de la conscience est d'une telle nature que la conscience est impliqu&#233;e elle-m&#234;me dans ce devenir, et que la r&#233;flexion est la m&#234;me des deux c&#244;t&#233;s, ou est une seule r&#233;flexion. Mais la conscience dans ce mouvement avait seulement pour contenu l'essence objective, et non la conscience comme telle, ainsi pour elle le r&#233;sultat doit &#234;tre pos&#233; dans une signification objective ; et la conscience doit &#234;tre encore une fois pos&#233;e comme se retirant du devenu, de telle sorte que ce devenu comme objectif lui soit essence. Ainsi l'entendement a bien supprim&#233; sa propre non-v&#233;rit&#233; et la non-v&#233;rit&#233; de l'objet ; et ce qui en est r&#233;sult&#233;, c'est le concept du vrai, comme vrai qui est &lt;i&gt;en soi&lt;/i&gt;, qui n'est pas encore concept, ou qui manque de &lt;i&gt;l'&#234;tre-pour-soi&lt;/i&gt; de la conscience, &lt;i&gt;un vrai que l'entendement laisse agir &#224; sa guise sans se savoir en lui&lt;/i&gt; [nous soulignons]&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb79&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Hegel distingue &#171; entendement &#187; et &#171; raison &#187;, le premier c'est Kant, la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh79&#034;&gt;79&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ce vrai donne impulsion &#224; son essence pour soi-m&#234;me ; ainsi la conscience n'a aucune participation &#224; sa libre r&#233;alisation, mais elle le contemple seulement et purement, l'appr&#233;hende. &lt;i&gt;Nous&lt;/i&gt; avons, avant tout, &#224; nous mettre &#224; sa place, et nous devons &#234;tre le concept qui fa&#231;onne ce qui est contenu dans le r&#233;sultat ; c'est seulement dans cet objet compl&#232;tement fa&#231;onn&#233;, se pr&#233;sentant &#224; la conscience comme un &#233;tant, que cette conscience devient &#224; soi-m&#234;me conscience concevante. &#187; (Hegel, &lt;i&gt;La Ph&#233;nom&#233;nologie de l'esprit&lt;/i&gt;, &#233;d. Aubier Montaigne, t. 1, pp. 109-110). Plus loin, Hegel &#233;crit : &#171; La raison s'int&#233;resse donc maintenant d'une fa&#231;on universelle au monde parce qu'elle est la certitude d'avoir dans ce monde sa propre pr&#233;sence, et parce qu'elle est certaine que cette pr&#233;sence du monde est rationnelle. &#187; (&lt;i&gt;op. cit&lt;/i&gt;., p. 204).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si Hegel r&#233;sout le probl&#232;me &#171; &#224; sa fa&#231;on &#187;, il est difficile en revanche d'&#234;tre plus &#171; mat&#233;rialiste &#187; qu'Engels dans son bref ouvrage &lt;i&gt;Ludwig Feuerbach et la fin de la philosophie classique allemande,&lt;/i&gt; et pourtant on y trouve &lt;i&gt;invers&#233;e&lt;/i&gt; la m&#234;me affirmation de l'unit&#233; construite de l'esprit et du monde objectif, au point que &#171; le syst&#232;me de Hegel ne repr&#233;sente qu'un mat&#233;rialisme mis la t&#234;te en bas d'une mani&#232;re id&#233;aliste d'apr&#232;s sa m&#233;thode et son contenu. &#187; (&lt;i&gt;op. cit&lt;/i&gt;., &#233;d. Sociales 1966, p. 31). Engels nous dit que la partition entre id&#233;alisme et mat&#233;rialisme s'effectue sur la r&#233;ponse &#224; &#171; la question du rapport de la pens&#233;e &#224; l'&#234;tre &#187; ou de &#171; l'esprit par rapport &#224; la nature &#187; (pp. 26-27]. Il ajoute : &#171; Mais la question du rapport de la pens&#233;e &#224; l'&#234;tre a encore un autre aspect [autre que de savoir quel est 'l'&#233;l&#233;ment primordial', nda] : quelle relation y a-t-il entre nos id&#233;es sur le monde qui nous entoure et le monde lui-m&#234;me ? Notre pens&#233;e est-elle en &#233;tat de conna&#238;tre le monde r&#233;el ? &#187; (p. 27). Chez Hegel, dit Engels la &#171; r&#233;ponse affirmative va de soi &#187;, mais il y a Hume et Kant qui &#171; contestent cette possibilit&#233; &#187; (p. 28) et Engels ajoute : &#171; Pour r&#233;futer cette fa&#231;on de voir l'essentiel a d&#233;j&#224; &#233;t&#233; dit par Hegel&#8230; &#187; (p. 29). Il enfonce le clou : &#171; La r&#233;futation la plus frappante de cette lubie philosophique ['l'impossible connaissance du monde', nda], comme d'ailleurs de toutes les autres, est la pratique, notamment l'exp&#233;rimentation et l'industrie. Si nous pouvons prouver la justesse de notre conception d'un ph&#233;nom&#232;ne naturel en le cr&#233;ant nous-m&#234;mes, en le produisant &#224; l'aide de ses conditions, et, qui plus est, en le faisant servir &#224; nos fins, c'en est fini de la 'chose en soi' insaisissable de Kant. [&#8230;] la 'chose en soi' devient une chose pour nous &#187; (p. 29).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien s&#251;r l'argumentation d'Engels n'est pas totalement recevable, quant &#224; l'industrie et l'exp&#233;rimentation, Kant lui r&#233;pondrait ais&#233;ment avec les exemples de Galil&#233;e et Torricelli (voir plus haut), chez Engels le monde demeure un objet qui surgit ind&#233;pendamment du sujet connaissant&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb80&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Tout cela sera repris par L&#233;nine dans Mat&#233;rialisme et empiriocriticisme et (&#8230;)&#034; id=&#034;nh80&#034;&gt;80&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, la connaissance n'est plus production mais seulement d&#233;couverte. Si elle n'est pas totalement recevable, elle nous fournit cependant un s&#233;rieux point d'appui : l'unit&#233; de la pens&#233;e et de l'&#234;tre comme toujours un devenir (une construction et non une simple d&#233;couverte) en tant que pratique, ce que Hegel pouvait appeler &#171; l'&#234;tre devenu &#187; mais dans le mouvement de la conscience. &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si la connaissance est partie int&#233;grante du monde connu c'est que l'objet, &#171; la r&#233;alit&#233; effective &#187; est &#171; activit&#233; sensiblement humaine &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le d&#233;faut principal, jusqu'ici, de tous les mat&#233;rialismes (y compris celui de Feuerbach) est que l'objet, la r&#233;alit&#233; effective, la sensibilit&#233;, n'est saisi que sous la forme de &lt;i&gt;l'objet ou de l'intuition&lt;/i&gt; ; mais non pas comme &lt;i&gt;activit&#233; sensiblement humaine&lt;/i&gt;, comme &lt;i&gt;pratique&lt;/i&gt;, non pas de fa&#231;on subjective. C'est pourquoi le c&#244;t&#233; &lt;i&gt;actif&lt;/i&gt; fut d&#233;velopp&#233; de fa&#231;on abstraite, en opposition au mat&#233;rialisme, par l'id&#233;alisme &#8211; qui naturellement ne conna&#238;t pas l'activit&#233; r&#233;elle effective, sensible, comme telle. Feuerbach veut des objets sensibles &#8211; r&#233;ellement distincts des objets pens&#233;s : mais il ne saisit pas l'activit&#233; humaine elle-m&#234;me comme activit&#233; &lt;i&gt;objective&lt;/i&gt;. &#187; (Marx, premi&#232;re th&#232;se sur Feuerbach, in Labica, &lt;i&gt;Karl Marx, Les Th&#232;ses sur Feuerbach&lt;/i&gt;, &#233;d. Puf). Il n'est pas sans importance de reprendre ce que dit Labica de ses choix de traduction. Dans la premi&#232;re phrase, le terme utilis&#233; par Marx pour l' &#171; objet &#187; est &#171; &lt;i&gt;Gegenstand&lt;/i&gt; &#187; et pour &#171; r&#233;alit&#233; effective &#187;, il s'agit de &#171; &lt;i&gt;Wirklichkeit&lt;/i&gt; &#187;, or : &#171; Par &lt;i&gt;Gegenstand&lt;/i&gt;, il faut entendre la ou les choses, ce qui tombe sous les sens, [&#8230;]. Ce qui, pour la conscience commune, appara&#238;t comme irr&#233;ductible &#224; la pens&#233;e n'en rel&#232;ve pas moins de son ordre. [&#8230;] La &lt;i&gt;Wirklichkeit&lt;/i&gt;, c'est la r&#233;alit&#233;, le r&#233;el de la c&#233;l&#232;bre formule de la Pr&#233;face aux &lt;i&gt;Principes de la philosophie du droit&lt;/i&gt;, selon laquelle 'ce qui est rationnel est r&#233;el et ce qui est r&#233;el est rationnel', &#224; condition, ici encore, de ne pas se donner une repr&#233;sentation chosifi&#233;e, compacte, immobile du r&#233;el. La &lt;i&gt;Wirklichkeit&lt;/i&gt; inclut le processus qui institue la r&#233;alit&#233;, elle est acte et proprement l'&lt;i&gt;effectivit&#233;&lt;/i&gt;, terme qu'on peut dans notre langue lui substituer partout &#8230; &#187; (Labica, &lt;i&gt;op. cit&lt;/i&gt;., pp. 29-30). De m&#234;me la &lt;i&gt;Sinnlichkeit&lt;/i&gt;, c'est la sensibilit&#233;, prise dans les deux sens de &#171; monde sensible &#187; et d'appr&#233;hension de ce monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme l'&#233;crit &#233;galement Ernst Bloch dans son long commentaire des &lt;i&gt;Th&#232;ses sur Feuerbach&lt;/i&gt; : &#171; C'est ainsi que Marx, en tant que mat&#233;rialiste justement, insiste sur le fait que le facteur subjectif de l'activit&#233; productive est, pr&#233;cis&#233;ment au sein de l'&#202;tre, &lt;i&gt;lui aussi un facteur objectif&lt;/i&gt; au m&#234;me titre que l'objet. [&#8230;] Si le facteur du travail lui-m&#234;me n'est pas compris, le primat de l'&#202;tre qui n'est en rien un &lt;i&gt;factum brutum&lt;/i&gt; ou une donn&#233;e, ne peut lui non plus &#234;tre compris dans l'histoire humaine. &#187; (&lt;i&gt;Le Principe esp&#233;rance&lt;/i&gt;, &#233;d. Gallimard, t. 1, p. 315).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant que ce soit la &#171; r&#233;alit&#233; effective &#187;, la &#171; sensibilit&#233; &#187; ou m&#234;me la &#171; pratique &#187;, il s'agit encore ici de notions ind&#233;termin&#233;es qui ne sont pas prises dans des rapports sociaux, leur sujet, que Marx s'emploie &#224; d&#233;finir dans les th&#232;ses qui suivent, c'est l'homme ou l'humain dont on sait que l'essence, &#171; dans sa r&#233;alit&#233; effective est l'ensemble des rapports sociaux &#187; (&lt;i&gt;Th&#232;se 6&lt;/i&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous en revenons enfin &#224; la proposition de d&#233;part de ce chapitre : &#171; La question est de savoir quel monde le prol&#233;tariat conna&#238;t, la connaissance n'&#233;tant pas connaissance d'un monde qui lui pr&#233;existe, mais partie int&#233;grante de ce monde lui-m&#234;me. &#187; Si le monde est &#171; r&#233;alit&#233; effective &#187;, &#171; sensibilit&#233; &#187;, &#171; pratique &#187;, c'est-&#224;-dire activit&#233; incluant son appr&#233;hension, sa connaissance, il n'est pas le m&#234;me selon la nature d&#233;finie socialement des activit&#233;s. Comme le dit la sagesse populaire : &#171; tout le monde ne vit pas dans le m&#234;me monde &#187;. Pour la classe capitaliste et tous les gestionnaires du capital et de la reproduction de ses rapports de production, il sera nature et destin, pour le prol&#233;tariat et les autres, il sera activit&#233; mais activit&#233; de &#171; l'autre &#187;, &#233;loignement, hostilit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'il n'y a de concret que pour une pratique (Althusser), la connaissance est toujours pratique, toujours celle d'un &#171; sujet &#187;, le monde n'est pas ind&#233;pendant du sujet connaissant. Mais il n'existe aucune pratique qui n'op&#232;re pas sous une id&#233;ologie (le m&#234;me), le monde construit et connu est celui des formes d'apparition dans les m&#233;tamorphoses n&#233;cessaires des rapports de production, c'est le monde du f&#233;tichisme et de la r&#233;ification, il n'y a pas de vrai monde r&#233;el dessous, dessus, par ailleurs. Ce que nous avons cherch&#233; &#224; fonder par ce long d&#233;tour, c'est ce que nous affirmions plus haut : &#171; Les formes d'apparition produisent les abstractions &lt;i&gt;comme leur concret&lt;/i&gt;. [&#8230;] Ce n'est pas le 'mouvement r&#233;el' comme abstraction qui advient, qui fait irruption, mais une &lt;i&gt;pratique de l'abstraction&lt;/i&gt;, l'abstraction comme pratique dans la conjonction des formes d'apparition. &#187;. Il est &#171; surprenant &#187; que Marx, dans la m&#234;me note du &lt;i&gt;Capital&lt;/i&gt; (&#233;d. Sociales, t. 2, p. 59) o&#249; il cite Vico, poursuive sur les conditions r&#233;elles de la vie rev&#234;tant peu &#224; peu une forme &#233;th&#233;r&#233;e (voir plus haut).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Luk&#225;cs (&lt;i&gt;Histoire et conscience de classe&lt;/i&gt;), Mannheim (&lt;i&gt;Id&#233;ologie et Utopie&lt;/i&gt;), Kosik (&lt;i&gt;La dialectique du concret&lt;/i&gt;), Gabel (&lt;i&gt;La fausse conscience&lt;/i&gt;), Althusser et Balibar (&lt;i&gt;Lire le capital&lt;/i&gt;) ont cherch&#233;, avec des r&#233;ponses aussi diverses que d'un int&#233;r&#234;t tr&#232;s in&#233;gal, le point de vue &#171; juste &#187;. Du &#171; point de vue de classe &#187;, jusqu'&#224; la &#171; science &#187;, en passant par &#171; l'homme sans attache &#187; et &#171; l'intentionnalit&#233; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb81&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La th&#233;orie la plus int&#233;ressante &#233;tant bien s&#251;r celle de Luk&#225;cs : la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh81&#034;&gt;81&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Tous ces points de vue ont en commun de pr&#233;supposer une pens&#233;e ou une conscience qui conna&#238;t directement le r&#233;el, le saisissant pour ce qu'il est, et corollairement un r&#233;el, objet en soi de connaissance, existant ind&#233;pendamment d'une pratique non seulement n&#233;cessairement consciente mais encore op&#233;rant toujours sous une id&#233;ologie (il est &#233;vident que nous consid&#233;rons ici la conscience ou la pens&#233;e comme &lt;i&gt;l'&#234;tre conscient&lt;/i&gt;). Toute d&#233;finition d'un point de vue &#171; juste &#187; (neutre, scientifique, ou de classe) est un postulat id&#233;ologique. Il ne s'agit pas de rechercher un point de vue sur le f&#233;tichisme, &lt;i&gt;c'est le f&#233;tichisme lui-m&#234;me qui en tant que tel se donne pour ce qu'il est&lt;/i&gt;, de fa&#231;on interne, na&#239;vement, parce qu'il n'est pas un voile sur la r&#233;alit&#233;, mais une pratique sociale &lt;i&gt;d&#233;finissant cette r&#233;alit&#233;&lt;/i&gt;. Concr&#232;tement, on serait tent&#233; d'&#233;crire empiriquement : les classes sociales et leur contradiction ne se construisent pas et n'apparaissent pas &#224; elles-m&#234;mes en d&#233;voilant le f&#233;tichisme mais &lt;i&gt;gr&#226;ce&lt;/i&gt; &#224; lui, dans son mouvement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La difficult&#233; dans l'analyse du f&#233;tichisme &#224; se d&#233;gager d'une probl&#233;matique illuministe de la conscience obscurcie par des repr&#233;sentations imaginaires et donc de la recherche du '&lt;i&gt;point de vue&lt;/i&gt;' qui donnera l'&lt;i&gt;image du monde&lt;/i&gt; exacte, r&#233;side dans le fait que l'on consid&#232;re que &#171; la forme de la marchandise &lt;i&gt;restitue&lt;/i&gt; [soulign&#233; par nous] aux hommes le caract&#232;re social de leur travail, mais cette &lt;i&gt;restitution se manifeste comme si&lt;/i&gt; [idem] ces caract&#232;res sociaux &#233;taient des propri&#233;t&#233;s naturelles des choses' (Iacono, &lt;i&gt;Le f&#233;tichisme, histoire d'un concept&lt;/i&gt;, &#233;d. Puf, 1982, p. 86), puis on ajoute : ceci n'existe que dans un certain type de soci&#233;t&#233;. Si &#171; ceci &#187; n'existe que dans un certain type de soci&#233;t&#233;, cet &#171; homme &#187; c'est le travailleur et plus pr&#233;cis&#233;ment le travailleur salari&#233;, et alors la marchandise ou le capital &lt;i&gt;ne restituent pas&lt;/i&gt; aux &#171; hommes &#187; le caract&#232;re social de leur travail. Marchandise et capital construisent r&#233;ellement ce caract&#232;re et ce caract&#232;re n'existe qu'en eux. Le f&#233;tichisme n'est pas un miroir d&#233;formant l'image de telle sorte que celui qui serait reproduit dans le miroir non seulement ne se reconna&#238;trait pas mais en plus n'aurait m&#234;me plus l'id&#233;e de s'y chercher. Le caract&#232;re social du travail n'existe pas une premi&#232;re fois dans le travailleur ou dans des rapports entre les travailleurs et une seconde fois comme reflet de la premi&#232;re dans la forme marchandise (de la m&#234;me fa&#231;on, les forces sociales du travail n'existent pas dans le travail en tant que tel, puis dans le capital, elles n'existent que comme capital). A consid&#233;rer le f&#233;tichisme comme un miroir, on le ram&#232;ne &#224; &#171; l'ali&#233;nation de soi &#187; et en cons&#233;quence on postule quelque chose de pr&#233;existant et qui s'ali&#232;ne et, par l&#224;-m&#234;me, l'existence d'un monde &#171; r&#233;el &#187; &#224; conna&#238;tre non pas dans les pratiques imm&#233;diates et constitu&#233; par elles, mais sous elles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'y a donc pas de &#171; point de vue &#187; qui permette de transpercer le &#171; voile du f&#233;tichisme &#187; dans la mesure o&#249; le f&#233;tichisme &lt;i&gt;est la r&#233;alit&#233; de cette soci&#233;t&#233;&lt;/i&gt;. Si, &#224; propos de la vie quotidienne, nous en revenons &#224; Debord, il n'existe pas de moment (le prol&#233;tariat, le v&#233;cu, la vie...) dans la totalit&#233; du spectacle, dont il reconna&#238;t que le f&#233;tichisme en constitue la base th&#233;orique, qui lui &#233;chappe et permettrait non seulement de le conna&#238;tre mais aussi de le faire &#233;clater. La connaissance du f&#233;tichisme (sans parler de son abolition) n'est pas la connaissance du &#171; vrai monde &#187; qu'il cache, parce qu'il n'y a pas de &#171; vrai monde &#187;, mais seulement un &#171; monde &#187; comme activit&#233;s humaines concr&#232;tes telles quelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La d&#233;couverte scientifique faite plus tard que les produits du travail, en tant que valeurs, sont l'expression pure et simple du travail humain d&#233;pens&#233; dans leur production, marque une &#233;poque dans l'histoire du d&#233;veloppement de l'humanit&#233;, mais ne dissipe point la fantasmagorie qui fait appara&#238;tre le caract&#232;re social du travail comme un caract&#232;re des choses, des produits eux-m&#234;mes. Ce qui n'est vrai que pour cette forme de production particuli&#232;re, la production marchande, &#224; savoir : que le caract&#232;re social des travaux les plus divers consiste dans leur &#233;galit&#233; comme travail humain, et que ce caract&#232;re social sp&#233;cifique rev&#234;t une forme objective, la forme valeur des produits du travail, ce fait, pour l'homme engren&#233; dans les rouages et les rapports de la production des marchandises, para&#238;t, apr&#232;s comme avant la d&#233;couverte de la nature de la valeur, tout aussi invariable et d'un ordre tout aussi naturel que la forme gazeuse de l'air qui est rest&#233;e la m&#234;me apr&#232;s comme avant la d&#233;couverte de ses &#233;l&#233;ments chimiques. [...] La d&#233;termination de la quantit&#233; de valeur par la dur&#233;e de travail est donc un secret cach&#233; sous le mouvement apparent des valeurs des marchandises ; mais sa solution, tout en montrant que la quantit&#233; de valeur ne se d&#233;termine pas au hasard, comme il semblerait, &lt;i&gt;ne fait pas pour cela dispara&#238;tre la forme&lt;/i&gt; [nous soulignons] qui repr&#233;sente cette quantit&#233; comme un rapport de grandeur entre les choses, entre les produits eux-m&#234;mes du travail. &#187; (Marx, &lt;i&gt;Le Capital&lt;/i&gt;, &#233;d. Sociales t. 1, pp. 86-87). La &#171; disparition &#187; de cette forme, c'est la prise en compte de son &lt;i&gt;caract&#232;re historique&lt;/i&gt;, mais cette prise en compte historique, c'est, &lt;i&gt;&#224; l'int&#233;rieur de ce monde f&#233;tichis&#233;&lt;/i&gt;, la contradiction que repr&#233;sente la lutte de classes entre le prol&#233;tariat et le capital qui se d&#233;roule dans ce monde-l&#224; et selon ses d&#233;terminations, dans la mesure o&#249; il s'agit du seul monde &lt;i&gt;existant&lt;/i&gt;. Elle en montre le caract&#232;re historique parce qu'elle oppose le prol&#233;tariat &#224; sa propre existence sociale en dehors de lui comme capital et en ce que lui-m&#234;me implique cette ext&#233;riorisation dont le capital n'est pas seulement le r&#233;sultat mais le proc&#232;s lui-m&#234;me. Il faut que la s&#233;paration entre les travaux priv&#233;s et leur caract&#232;re social se soit d&#233;velopp&#233;e comme &lt;i&gt;contradiction&lt;/i&gt; entre des classes pour qu'apparaisse ce caract&#232;re historique de la forme marchandise. Jusque-l&#224; on peut avoir perc&#233; le myst&#232;re de la loi de la valeur, avoir ramen&#233; la valeur &#224; la mesure du temps de travail abstrait, il n'en reste pas moins que ce travail abstrait continue &#224; appara&#238;tre comme une propri&#233;t&#233; naturelle des choses, parce qu'ainsi &lt;i&gt;il satisfait &#224; la pratique de tous les &#233;changistes et qu'il est ainsi la construction de leur monde dans leurs activit&#233;s concr&#232;tes&lt;/i&gt; (c'est-&#224;-dire imm&#233;diates). La forme marchandise en se d&#233;veloppant comme capital ne se &#171; d&#233;voile &#187; comme f&#233;tichisme que dans la mesure o&#249; elle appara&#238;t comme historique dans la lutte du prol&#233;tariat en tant que classe, c'est-&#224;-dire que dans la mesure o&#249; ne se &#171; d&#233;voile &#187; pas la &#171; v&#233;rit&#233; &#187; d'un monde existant, mais la r&#233;alit&#233; possible d'un autre monde dans la destruction de la &lt;i&gt;r&#233;alit&#233; du f&#233;tichisme &lt;/i&gt; : &#171; C'est donc l&#224; o&#249; il y a repr&#233;sentation d'une chose meilleure et finalement parfaite, que na&#238;t le souhait, m&#234;l&#233; d'impatience, d'exigence : 'c'est ainsi que cela devrait &#234;tre'. &#187; (Ernst Bloch, &lt;i&gt;op. cit&lt;/i&gt;., p. 63).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'histoire est l&#224;, dans le f&#233;tichisme, comme la contradiction entre le prol&#233;tariat et le capital, comme abolition de ce qui existe &lt;i&gt;et non comme d&#233;voilement du &#171; vrai monde &#187;&lt;/i&gt;, cette contradiction peut poser le f&#233;tichisme pour lui-m&#234;me &#224; l'int&#233;rieur du f&#233;tichisme, c'est-&#224;-dire au-del&#224; de la simple compr&#233;hension des secrets du monde. Le prol&#233;tariat ne conna&#238;t pas le monde &#171; vrai &#187; sous le f&#233;tichisme, il conna&#238;t le monde comme somme de pratiques parce qu'il le construit ainsi en se comprenant lui-m&#234;me comme appartenant au &lt;i&gt;monde du f&#233;tichisme devenu le monde d'une contradiction entre des classes&lt;/i&gt;. Il n'y a pas de &#171; point de vue &#187; comme on en voit indiqu&#233;s au bord des routes pittoresques d'o&#249; on embrasse et surplombe le paysage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;h.r9n20xrv8z21&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;A nouveau sur la conjoncture et les formes d'apparition&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est une conjonction de pratiques produisant un concret qui est l'abstraction du &#171; mouvement r&#233;el &#187;. Une conjoncture est l'effet de cette conjonction dans un mouvement type &#171; boule de neige &#187; de toutes les formes d'apparition et surtout par le fait que dans cet effet &#171; boule de neige &#187;, par sa constitution partie de multiples lieux et conflits, la hi&#233;rarchie d&#233;terminative des instances (on pourrait m&#234;me dire des formes d'apparition) est boulevers&#233;e. Cette hi&#233;rarchie d&#233;terminative, c'est celle qui pr&#233;side &#224; la reproduction du mode de production capitaliste comme &#224; une n&#233;cessit&#233; naturelle, celle qui, en simplifiant, va de l'&#233;conomie &#224; l'id&#233;ologie et au sujet, celle qui pr&#233;side &#224; la relation entre la &#171; base &#233;conomique &#187; et les &#171; superstructures &#187; (Marx, &lt;i&gt;Introduction de 1859&lt;/i&gt;). Tant que cette hi&#233;rarchie n'est pas boulevers&#233;e, le capital sortira toujours vainqueur de tous les conflits, la lutte des classes restera inscrite dans cette hi&#233;rarchie dont l'&#233;conomie est toujours la solution de toutes les contradictions. Dans &lt;i&gt;l'Introduction de 1859&lt;/i&gt;, Marx conclut sa pr&#233;sentation de ce qu'est une p&#233;riode de crise et de r&#233;volution par cette phrase &#233;trange dans le contexte m&#234;me de cette &lt;i&gt;Introduction&lt;/i&gt; sur &#171; &#8230;les formes juridiques, politiques, religieuses, artistiques ou philosophiques, bref, les formes id&#233;ologiques sous lesquelles les hommes prennent conscience de ce conflit [forces productives / rapports de production] et le m&#232;nent jusqu'au bout &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans son mouvement, dans les formes qu'elle prend et abandonne, la lutte r&#233;volutionnaire se critique elle-m&#234;me et demeure id&#233;ologie. L'id&#233;ologie est la fa&#231;on dont les hommes (et les femmes&#8230;) vivent leurs rapports &#224; leurs conditions d'existence comme objectives face &#224; eux comme sujets, en ce sens l'id&#233;ologie n'est pas tant un reflet d&#233;form&#233; dans la conscience de la r&#233;alit&#233;, mais un ensemble de &lt;i&gt;solutions pratiques&lt;/i&gt; r&#233;solvant en la justifiant et l'ent&#233;rinant cette s&#233;paration de la r&#233;alit&#233; en objet et en sujet. Si nous nous aventurons &#224; consid&#233;rer ce que pourrait &#234;tre une insurrection r&#233;volutionnaire (communisatrice), cette lutte, dans tout son cours, est scind&#233;e entre d'une part, ce qui demeure un mouvement objectif qui n'est pas une illusion (les contradictions du mode de production capitaliste), et, d'autre part, dans cette objectivit&#233;, la pratique de son abolition qui le d&#233;sobjective. Par-l&#224;, cette lutte demeure structurellement id&#233;ologique, elle vit de la s&#233;paration de l'objet et du sujet. C'est parce que la dissolution de l'objectivit&#233; ne peut passer que par la constitution d'un &lt;i&gt;sujet&lt;/i&gt; en tant que tel, et qui se consid&#232;re ainsi, que l'id&#233;ologie (invention, libert&#233;, projet et projection) est inh&#233;rente &#224; sa d&#233;finition et son action&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb82&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Il faut cependant &#234;tre tr&#232;s vigilant au statut accord&#233; &#224; cette distinction (&#8230;)&#034; id=&#034;nh82&#034;&gt;82&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N'ayant aucune base objective d&#233;velopp&#233;e pr&#233;c&#233;demment, le communisme est une production prise dans la contradiction d'un rapport contradictoire objectif dont le d&#233;passement doit se produire alors comme la formalisation consciente et volontaire d'un projet, car le proc&#232;s de la r&#233;volution r&#233;cuse toujours son &#233;tat pr&#233;sent comme &#233;tant son aboutissement. Projet &lt;i&gt;id&#233;ologique&lt;/i&gt; car il r&#233;cuse son fondement objectif &lt;i&gt;dans son &#233;tat pr&#233;sent&lt;/i&gt; comme &#233;tant sa raison d'&#234;tre, il place le futur, &lt;i&gt;le devoir-&#234;tre&lt;/i&gt;, comme compr&#233;hension du pr&#233;sent et comme pratique dans le moment actuel&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb83&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;On peut, avec prudence, se r&#233;f&#233;rer ici &#224; la longue construction par Ernst (&#8230;)&#034; id=&#034;nh83&#034;&gt;83&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si une r&#233;volution est le bouleversement de la hi&#233;rarchie des instances (conjoncture) et op&#232;re toujours sous une id&#233;ologie, pour la m&#234;me raison aucun conflit, aucune contradiction ne sont r&#233;solus &#171; par voie de cons&#233;quence &#187;. Il faut absolument faire son deuil de la pens&#233;e tautologique pour laquelle ces conflits entre les pratiques prol&#233;tariennes (diverses en p&#233;riode r&#233;volutionnaire), entre les segments du prol&#233;tariat, ceux entre les hommes et les femmes, les segmentations raciales, les diff&#233;rences &#233;normes de niveau de d&#233;veloppement &#224; l'&#233;chelle mondiale, etc., sont de fait, par d&#233;finition r&#233;solus parce que c'est la r&#233;volution et que s'ils n'&#233;taient pas r&#233;solus ce ne serait pas la r&#233;volution (CQFD). Le pire escamotage th&#233;orique consiste &#224; construire un syst&#232;me dans lequel la communisation, la r&#233;volution, l'insurrection, r&#233;sout tous les probl&#232;mes parce qu'elle est la r&#233;volution, la communisation, etc., et que si elle ne r&#233;solvait pas ces probl&#232;mes elle ne serait pas la r&#233;volution, etc. Dans l'interclassisme, m&#234;me la relation r&#233;volutionnaire (th&#233;orique et esp&#233;rons pratique) du prol&#233;tariat &#224; la &#171; classe moyenne salari&#233;e &#187; (Astarian et Ferro, &lt;i&gt;Le M&#233;nage &#224; trois de la lutte des classes, classe moyenne salari&#233;e, prol&#233;tariat et capital&lt;/i&gt;, &#233;d. L'Asym&#233;trie, 2019) ne passe pas par une distinction qui le ferait agir dans &lt;i&gt;sa puret&#233; telle qu'en lui-m&#234;me il est&lt;/i&gt;, mais par une absorption de celle-ci dans les mesures de luttes prises par le prol&#233;tariat dans sa propre n&#233;gation et non sa distinction en propre, ce que font ressortir Astarian et Ferro en soulignant les fractures et pratiques diverses qui, dans une p&#233;riode insurrectionnelle, affecteraient cette classe moyenne salari&#233;e en lutte (&lt;i&gt;Le M&#233;nage &#224; trois...&lt;/i&gt;, p. 383).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;volution c'est pr&#233;cis&#233;ment l'&#233;clatement de tous ces conflits dans leur sp&#233;cificit&#233; et c'est au travers d'eux, au fil de l'eau, qu'elle avance (ou non)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb84&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Il nous est tr&#232;s difficile d'imaginer l'immense d&#233;structuration sociale que (&#8230;)&#034; id=&#034;nh84&#034;&gt;84&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. L'heure solitaire de la derni&#232;re instance ne sonne pas et c'est tant mieux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien s&#251;r, s'il n'y avait pas au c&#339;ur du mode de production capitaliste, la &lt;i&gt;contradiction du&lt;/i&gt; &lt;i&gt;travail productif&lt;/i&gt;, tout cela ne serait qu'un jeu sans fin et superficiel o&#249; la lutte des classes ne serait qu'un jeu de &#171; distinctions &#187; (Bourdieu). Mais aucune &#171; contradiction essentielle &#187; n'existe ailleurs (si ce n'est dans la n&#233;cessaire conceptualisation th&#233;orique, concret de pens&#233;e, et &#171; de pens&#233;e &#187; seulement) que &lt;i&gt;dans les conditions existantes&lt;/i&gt; qui sont ses conditions d'existence&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb85&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Il ne faut cependant jamais perdre de vue que c'est l'abstraction th&#233;orique (&#8230;)&#034; id=&#034;nh85&#034;&gt;85&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. La th&#233;orie des rapports sociaux n'est pas l'astronomie, dans la th&#233;orie des rapports sociaux la Terre ne pourrait tourner autour du soleil si le Soleil ne tournait pas autour d'elle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le &#171; mouvement r&#233;el &#187; n'est pas ailleurs, ni derri&#232;re, ni dans la science pure, c'est, entre autres choses, dans cette &#171; r&#233;alit&#233; impossible &#187; (Ranci&#232;re), la &#171; valeur du travail &#187; et par elle qu'il s'impose. Parler de &#171; dissimulation des rapports de production &#187;, c'est poser que le &#171; mouvement r&#233;el &#187; diff&#232;re de la &#171; r&#233;alit&#233; &#187;, Ranci&#232;re et Althusser sont alors infid&#232;les &#224; leurs propres th&#232;ses de d&#233;part (&lt;i&gt;Lire le Capital&lt;/i&gt;) : chez eux &lt;i&gt;la r&#233;alit&#233; demeure double&lt;/i&gt;. Chez eux, le &#171; mouvement r&#233;el &#187; est un concept, produit de la pens&#233;e, mais les formes de repr&#233;sentations assimil&#233;es &#224; la r&#233;alit&#233; sont un produit de ce mouvement r&#233;el qui, pour &#234;tre cette puissance productive, doit bien alors se situer &#171; quelque part &#187; dans la r&#233;alit&#233; et, en elle, &#234;tre diff&#233;rent des formes d'apparition qui seulement le &lt;i&gt;dissimuleraient&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous sommes ici dans tout ce monde des jeux d'ombre, des personnifications (&lt;i&gt;persona&lt;/i&gt; en latin c'est le masque de th&#233;&#226;tre et par extension le r&#244;le, le caract&#232;re) &lt;i&gt;constitu&#233;es en sujets&lt;/i&gt; par la m&#233;canique des rapports de production comme &#233;tant n&#233;cessairement, &#224; partir d'eux-m&#234;mes, &lt;i&gt;reproduction&lt;/i&gt; avec la s&#233;rie des m&#233;tamorphoses que cela implique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La personnification comme sujet et toutes les m&#233;tamorphoses des rapports de production sont inh&#233;rentes &#224; la constitution des classes et &#224; leurs luttes avec, selon la nature des contradictions historiquement en jeu, les situations particuli&#232;res et tout le &#171; flou &#187; qui accompagne cette constitution. Mais ce &#171; flou &#187; n'est pas un angle mort de la th&#233;orie (un ind&#233;termin&#233; au-del&#224; de la structure, un simple &#171; en plus &#187;, un &#171; &#224;-c&#244;t&#233; &#187;) il existe et, il est th&#233;oriquement produit et d&#233;fini par et dans la structure (c'est-&#224;-dire les rapports de production). Ou alors, il faut se contenter du Livre I du &lt;i&gt;Capital&lt;/i&gt; et consid&#233;rer que la suite n'est que fioritures. La reproduction est &lt;i&gt;dans la production&lt;/i&gt; elle-m&#234;me. Economie et vie quotidienne sont corollaires, dans la situation pr&#233;sente, l'autopr&#233;supposition du capital se trouve prise au pi&#232;ge de sa propre apparence qui a donn&#233; &#224; toutes les activit&#233;s reproductives l'illusion d'&#234;tre le moment premier de la production. C'est par l&#224;, &#224; la suite de la restructuration des ann&#233;es 1970-1980, dans des &#171; illusions &#187;, des conflits &#171; marginaux &#187; id&#233;ologiques et confus que la vie quotidienne, prise dans sa relation essentielle avec l'&#233;conomie, la remet en cause comme &#171; derni&#232;re instance &#187;. Dans la vie quotidienne, les rapports de production, dans leurs n&#233;cessaires m&#233;tamorphoses, sont pris au pi&#232;ge de leur propre d&#233;termination.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la constitution des classes on ne peut pas s&#233;parer d'une part, l'historique, le conjoncturel, les al&#233;as sociologiques, g&#233;opolitiques, culturels et, d'autre part, le structurel (ou alors seulement comme la n&#233;cessit&#233; &lt;i&gt;proprement intellectuelle&lt;/i&gt; de cette construction des classes). C'est le structurel lui-m&#234;me qui produit, se reproduit, n'existe que dans &lt;i&gt;ses&lt;/i&gt; manifestations par lesquelles seulement il se &lt;i&gt;reproduit&lt;/i&gt; dans la lutte des classes. Mais si &#234;tre une classe est une situation objective donn&#233;e comme une place dans une structure, parce que cela signifie une &lt;i&gt;reproduction&lt;/i&gt; conflictuelle et donc la mobilisation de l'ensemble du mode de production, cela implique une multitude de rapports, qui ne sont pas strictement &#233;conomiques, dans lesquels les individus vivent cette situation objective, se l'approprient et s'auto-construisent comme classe. Dans les aires centrales du mode de production capitaliste, &lt;i&gt;l'identit&#233; ouvri&#232;re&lt;/i&gt; a longtemps masqu&#233; cela. L'identit&#233; ouvri&#232;re n'&#233;tait pas elle non plus une donn&#233;e objective, mais une pratique ouvri&#232;re dans un certain rapport au capital qui le confirmait en son sein par la l&#233;gitimit&#233; des conflits et des revendications. Elle n'&#233;tait pas un donn&#233; englobant de fait et de soi toute la classe, elle s'&#233;tait constitu&#233;e en excluant les travailleurs immigr&#233;s et les femmes ou au moins instaurant des rapports complexes et conflictuels d'int&#233;gration avec eux et elles. L'identit&#233; ouvri&#232;re &#233;tait une construction sociale et id&#233;ologique de la classe ouvri&#232;re, un mouvement dans lequel elle s'auto-construit et est confirm&#233;e dans la reproduction propre du capital, dans ses cat&#233;gories et toutes ses formes m&#233;diatis&#233;es. Elle op&#233;rait sous une id&#233;ologie, c'est-&#224;-dire un rapport aux rapports de production qui avait la particularit&#233; extraordinaire de se pr&#233;senter, de fa&#231;on cr&#233;dible, comme &lt;i&gt;directement&lt;/i&gt; conforme aux rapports de production.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;h.v5ztgkrs639k&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La classe et la personne/individu&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'on consid&#232;re la soci&#233;t&#233; comme l'ensemble des formes de manifestation avec leurs pratiques et leurs abstractions, &lt;i&gt;les classes et leurs luttes sont construites &#233;galement dans cet ensemble constitu&#233; comme v&#233;cu par un sujet&lt;/i&gt; (vie quotidienne). L'id&#233;ologie n'a pas toujours, dans tous les cycles de luttes et toutes les crises, le m&#234;me r&#244;le cl&#233;. La contradiction entre les classes qu'est l'exploitation en se d&#233;multipliant dans la reproduction fait que l'id&#233;ologie occupe maintenant une position cl&#233; ins&#233;parable de celle acquise par la vie quotidienne dans le cours de la crise actuelle du mode de production capitaliste tel qu'issu de la restructuration des ann&#233;es 1970-1980. Et l'on ne peut pas faire comme si cela n'avait aucune importance, comme si l'&#234;tre &#233;tait ailleurs, dans une puret&#233; inaccessible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour chaque classe, &#234;tre une classe passe par une m&#233;diation, l'autre classe, en tant que classe antagonique : &#171; Les individus isol&#233;s ne forment une classe que pour autant qu'ils doivent mener une lutte commune contre une autre classe &#187; (&lt;i&gt;L&lt;/i&gt;'&lt;i&gt;Id&#233;ologie Allemande&lt;/i&gt;, p. 93). La sp&#233;cificit&#233; du prol&#233;tariat r&#233;side en ce que, dans cette contradiction, o&#249; il est particularisation de la totalit&#233;, il n'est jamais &#171; positiv&#233; &#187;, la reproduction du rapport social dont il est un terme ne le confirme jamais (d'une part sa propre reproduction &#8211; travail n&#233;cessaire &#8212; est constamment remise en cause par son contraire &#8211; surtravail &#8212; ; d'autre part, en tant que travail il ne se r&#233;alise qu'en devenant &#233;l&#233;ment du capital &#8211; subsomption &#8212; activit&#233; de son contraire). Quand cette &#171; positivit&#233; &#187; existe &#8211; programmatisme, identit&#233; ouvri&#232;re &#8211; elle est produite seulement comme un moment du terme subsumant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est dans la nature des rapports de production de ne pouvoir se donner en clair, du fait de leurs m&#233;tamorphoses n&#233;cessaires. Chaque classe se reconna&#238;t dans une id&#233;ologie particuli&#232;re, celle qui est capable de l'unifier et de donner sens &#224; ses luttes. La reconnaissance des sujets entre eux garantie par le &#171; Sujet central &#187; (Althusser), c'est-&#224;-dire &#171; Le Prol&#233;tariat &#187; (Charrier), cimente la classe (Gramsci). L'id&#233;ologie sous laquelle op&#232;re n&#233;cessairement la lutte des classes n'est maintenant qu'une variante de l'id&#233;ologie dominante. Pour l'instant, l'identit&#233; ouvri&#232;re a &#233;t&#233; la derni&#232;re d&#233;rivation de l'id&#233;ologie dominante qui, &#224; l'int&#233;rieur de cette derni&#232;re, lui demandait des comptes en se constituant en id&#233;ologie particuli&#232;re. Il n'y a plus maintenant d'id&#233;ologie prol&#233;tarienne venant envelopper la vie quotidienne. Sous quelle id&#233;ologie en tant que discours, se construit et se reconna&#238;t actuellement le prol&#233;tariat ? Cette autoreconnaissance, expression de son existence, c'est maintenant le m&#233;pris port&#233; &#224; son existence actuelle accompagnant le respect condescendant port&#233; &#224; son existence pass&#233;e. Le discours &#171; particulier &#187; qui assure le &#171; ciment &#187; &#224; l'int&#233;rieur des formes id&#233;ologiques dominantes consiste pour le prol&#233;tariat &#224; m&#233;priser et &#224; ha&#239;r le &#171; &lt;i&gt;m&#233;pris&lt;/i&gt; de son existence &#187;. Et, au-del&#224; de ce m&#233;pris, &#224; retourner contre lui une fiert&#233; de son utilit&#233; sociale m&#234;me si cette derni&#232;re n'est plus le tremplin de son affirmation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au travers de ce qu'il se passe dans la vie quotidienne, quand le prol&#233;tariat se cimente &#224; l'int&#233;rieur des formes id&#233;ologiques dominantes qui sont l'expression et le &lt;i&gt;m&#233;pris&lt;/i&gt; de son existence, arrive-t-on &#224; la fin d'un cycle de la pratique politique de la bourgeoisie ? Une situation o&#249; cette pratique politique est si parfaitement efficace qu'elle en devient dangereuse pour elle-m&#234;me en se mordant la queue, &lt;i&gt;ne pouvant produire une id&#233;ologie domin&#233;e &#224; l'int&#233;rieur d'elle-m&#234;me&lt;/i&gt; ce qui, entre autres, met en p&#233;ril la repr&#233;sentation politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour le prol&#233;tariat, sa propre existence de classe, en contradiction avec la classe capitaliste, est simultan&#233;ment pos&#233;e comme une ali&#233;nation (caract&#232;re &#233;tranger) et ne peut &#234;tre abolie que dans la lutte en tant que classe contre l'autre classe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Poser son existence de classe comme une ali&#233;nation et lutter en tant que classe sont un seul et m&#234;me mouvement, ce mouvement c'est celui de la lutte de classes. La sp&#233;cificit&#233; du prol&#233;tariat dans sa lutte contre le capital ne consiste pas &#224; abandonner une nature de classe qu'il faudrait d&#233;passer ou remettre en cause pour lib&#233;rer une action effectu&#233;e &#224; titre humain ou, plus trivialement lib&#233;rer la personne du prol&#233;taire. Cette existence comme &#171; personne &#187; est inh&#233;rente &#224; son existence de prol&#233;taire. Il n'est &#171; personne &#187; que dans la &#171; libert&#233; &#187; de se vendre&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb86&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Le travailleur est pos&#233; formellement comme une personne qui existe pour (&#8230;)&#034; id=&#034;nh86&#034;&gt;86&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si &#234;tre un individu particulier ce n'est pas &#234;tre une personne qui s'ali&#232;ne dans son appartenance de classe, qui s'y confond ou non, c'est bien cependant avoir toujours &lt;i&gt;un rapport ext&#233;rieur &#224; soi-m&#234;me dans son appartenance de classe&lt;/i&gt;, car c'est l&#224; le processus m&#234;me par lequel chacun est une particularisation de la communaut&#233;. Dans le cas du prol&#233;tariat cela revient &#224; lutter contre ses conditions d'existence, &#224; ne pouvoir rester ce que l'on est.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'appartenance de classe n'est pas en soi une ali&#233;nation par rapport &#224; un individu isol&#233;, une personne, qui devrait se d&#233;finir, ou non, comme socialement membre d'une classe. L'appartenance de classe, &#234;tre un individu particulier, est une ali&#233;nation dans la mesure o&#249; c'est n&#233;cessairement poser la classe antagonique, la s&#233;paration d'avec la communaut&#233;, comme sa propre d&#233;finition d'&#234;tre de la communaut&#233;. Il r&#233;sulte de cela que, si comme le d&#233;veloppe Marx dans plusieurs passages de &lt;i&gt;L'Id&#233;ologie Allemande&lt;/i&gt;, la classe devient ind&#233;pendante &#224; l'&#233;gard de l'individu, cela ne pose pas un individu autre que l'individu particulier, un individu autre que membre d'une classe qui s'opposerait &#224; son appartenance de classe &#224; partir de quelque chose d'autre qu'il serait, cette ind&#233;pendance n'existe que dans le rapport, la lutte entre les classes. Cette ind&#233;pendance est un moment n&#233;cessaire du mouvement m&#234;me de la particularisation (mouvement qui poss&#232;de des contenus diff&#233;rents selon qu'il s'agit du prol&#233;tariat ou de la classe capitaliste).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le caract&#232;re ind&#233;pendant de la classe n'a pas pour le capitaliste, le m&#234;me contenu que pour le prol&#233;taire. Pour ce dernier ce contenu r&#233;side dans le fait qu'il ne peut rester ce qu'il est (n'&#233;tant jamais confirm&#233; dans la reproduction r&#233;ciproque du travail et du capital), pour le capitaliste il s'agit &#224; l'inverse de devenir sans cesse classe contre le prol&#233;tariat, de faire en sorte que, sans cesse, capital et travail se retrouvent dans un rapport tel qu'ils puissent &#224; nouveau se rencontrer, et que le second puisse valoriser le premier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Appartenance &#224; la communaut&#233; comme s&#233;paration d'avec celle-ci &#187; ; &#171; constante non confirmation &#187; ; &#171; propre existence de classe passant par la m&#233;diation d'une classe antagonique &lt;i&gt;qui d&#233;tient les conditions m&#234;mes de sa reproduction&lt;/i&gt; &#187; : ce sont de bien belles abstractions, elles sont vraies, mais c'est avant tout la vie quotidienne du prol&#233;taire : la contrainte au travail, le passage obligatoire et inutile &#224; P&#244;le emploi, la liste d'attente pour le logement, la queue chez Lidl, les petites et grandes humiliations dans les services publics, les &#171; embrouilles conjugales &#187;, la comptabilit&#233; permanente des d&#233;penses, la bousculade dans le m&#233;tro, le contr&#244;le des flics, l'attente aux urgences, le passage au &#171; contr&#244;le technique &#187;, la convocation comme parents par le principal du coll&#232;ge, etc. Si l'exploitation et sa reproduction sont pr&#233;sentes dans tous ces rapports, elles sont pr&#233;sentes comme vie quotidienne, c'est-&#224;-dire selon toutes les d&#233;terminations inh&#233;rentes &#224; la vie quotidienne, celles de l'individu, du sujet, des formes d'apparition, etc., mais &#224; moins d'attendre une apparition &#233;piphanique du prol&#233;tariat et de la lutte de classe, ce n'est pas plus mal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;h.7j17002dkh06&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
LA CONTRADICTION DANS LA VIE QUOTIDIENNE&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour les &#171; sujets &#187; conscients, libres, ind&#233;pendants etc., partout il y a des r&#232;glements, des codes, des lois, qui leur disent tous les jours, &#224; chaque moment, dans chacun de leurs actes, qu'ils ne sont pas les sujets que la propre existence de ces r&#232;glements et de ces codes suppose qu'ils sont. Ce qui fait cela ce ne sont pas des vapeurs id&#233;ologiques dans lesquelles nous baignerions, ce sont des lois, des contraintes, des fiches de paye, des assurances, une police, une justice, des tribunaux. Il y a des tribunaux du travail et de la location, comme de la famille, de l'amour et de la conjugalit&#233;. Partout, des assistant.e.s sociales et des psychologues, partout un.e. vigile qui surveille le caddie et les files d'attente &#224; La Poste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;h.xe63xus9k7jn&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
On se r&#233;volte alors contre &#171; sa &#187; vie quotidienne en la voulant, comme le Gilets Jaunes, ce qu'elle ne peut pas &#234;tre. On peut apercevoir avec l'&#233;pid&#233;mie de Covid-19 que ce qui &#171; allait de soi &#187;, devenant des injonctions &#233;tatiques, perdait son &#233;vidence routini&#232;re, cette reproduction semblable &#224; celle des saisons comme disait Marx. Il appara&#238;t que la vie quotidienne et son sujet renfermaient une contradiction qui n'avait pas le m&#234;me contenu selon les positions de classes. &lt;i&gt;A suivre&lt;/i&gt;&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le Covid-19 et la vie quotidienne au grand jour&lt;/strong&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb87&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Posons en pr&#233;alable que toute &#171; catastrophe naturelle &#187; ne met jamais en (&#8230;)&#034; id=&#034;nh87&#034;&gt;87&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A nouveau, repartons de cette proposition : &#171; Ce n'est qu'au XVIII&#232;me si&#232;cle, dans la 'soci&#233;t&#233; bourgeoise', que &lt;i&gt;les divers liens sociaux apparaissent &#224; l'individu comme de simples moyens pour atteindre ses buts particuliers&lt;/i&gt;, comme une &lt;i&gt;n&#233;cessit&#233; ext&#233;rieure&lt;/i&gt; (nous soulignons). Pourtant, l'&#233;poque qui cr&#233;e cette conception de l'individu isol&#233; est justement celle o&#249; les rapports sociaux (devenus g&#233;n&#233;raux &#224; ce niveau) ont atteint leur plus grand d&#233;veloppement. Au sens le plus fort l'homme est un animal politique ; il n'est pas seulement un animal social, mais encore un animal qui ne peut s'individualiser que dans la soci&#233;t&#233;. &#187; (Marx, &lt;i&gt;Introduction de 1857, &lt;/i&gt;in&lt;i&gt; Fondements de la critique de l'&#233;conomie politique, &lt;/i&gt;&#233;d. Anthropos, 1969)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb88&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La th&#232;se expos&#233;e ici est suffisamment importante pour donner &#233;galement la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh88&#034;&gt;88&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;h.y6ulvmt65w8q&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
L'individu isol&#233; ne vient pas refl&#233;ter et masquer de v&#233;ritables rapports de classes. Il n'y a pas dans le mode de production capitaliste de classes en dehors, en dessus ou en dessous de ces individus isol&#233;s. Dans le mode de production capitaliste, les rapports sociaux que les individus d&#233;finissent entre eux apparaissent comme rapports entre individus. Mais ces rapports sociaux n'existent en tant que tels qu'en apparaissant ainsi, qu'&#224; partir du moment o&#249; ils sont rapports entre des individus &#171; isol&#233;s &#187;, ainsi &lt;i&gt;ils apparaissent ce qu'ils sont&lt;/i&gt; : une non imm&#233;diatet&#233; sociale de l'individu, c'est-&#224;-dire des rapports de classes. L'individu &#171; isol&#233; &#187; ne masque rien. C'est tout le rapport social entre des classes qui est pr&#233;cis&#233;ment sa propre transposition en rapports entre des individus &#171; isol&#233;s &#187;, individu &#171; isol&#233; &#187; dont la forme sociale s'&#233;tend jusqu'&#224; ce que nous avons appel&#233; par ailleurs (dans d'autres textes) l'individu singulier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Mise &#224; jour et complotisme&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la crise du Covid-19, cet individu (comme personne et sujet) tel qu'allant de soi a &#233;clat&#233;. La situation de sujet libre, conscient, volontaire, etc., revient comme une contradiction sur elle-m&#234;me. Les multiples formes de r&#233;voltes ne peuvent &#234;tre que confuses dans la mesure o&#249; elles renvoient &#224; la propre incompr&#233;hension du sujet vis-&#224;-vis de lui-m&#234;me. Que l'individu n'&#233;tait pas ce qu'il pr&#233;tend &#234;tre, cela existait d&#233;j&#224;, mais tout finalement &lt;i&gt;allait de soi&lt;/i&gt; de par &#171; l'&lt;i&gt;&#233;ducation&lt;/i&gt;, la &lt;i&gt;tradition&lt;/i&gt; et l'&lt;i&gt;habitude&lt;/i&gt; &#187;. Il est vrai qu'il a pu y avoir d'autres moments de contr&#244;les de la circulation comme, en France, pendant l'occupation allemande, ou pendant la guerre d'Alg&#233;rie pour les &#171; Fran&#231;ais musulmans &#187;, mais ces contr&#244;les et contraintes n'&#233;taient qu'un aspect (si l'on peut dire) d'un conflit qui &#233;tait autre, ils n'&#233;taient pas eux-m&#234;mes l'objet du &#171; conflit &#187;. Le contr&#244;le, durant les premiers temps du Covid, ne vise pas autre chose que lui-m&#234;me au nom de la &#171; sant&#233; publique &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est s&#251;r qu'il fallait des mesures de protection mutuelle impliquant une certaine &#171; distance sanitaire &#187; (le gouvernement fran&#231;ais a rapidement chang&#233; l'appellation &#171; distance sociale &#187; &#8211;parfaitement trop ad&#233;quate &#8211; en &#171; distance sanitaire &#187;) et des pr&#233;cautions de contact, &#233;videmment ce ne pouvait &#234;tre (dans cette p&#233;riode) que l'Etat qui organise et d&#233;termine les pratiques et les normes de sant&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb89&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pendant les ann&#233;es 1970 divers mouvements post 68 ont essay&#233; de cr&#233;er des (&#8230;)&#034; id=&#034;nh89&#034;&gt;89&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Se fondant sur une n&#233;cessit&#233; &#171; technique &#187;, avec l'&#233;quivalent d'un &#171; Conseil de d&#233;fense &#187; de temps de guerre, l'Etat a fix&#233; les normes, les r&#232;gles, les interdictions selon des crit&#232;res changeant au gr&#232;s de la saturation des services hospitaliers, des n&#233;cessit&#233;s &#233;conomiques et de la valeur marchande d'une vie humaine variable selon sa classe, son sexe, son origine, son inscription g&#233;ographique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toute la routine de la servitude et des humiliations quotidiennes s'est trouv&#233;e redoubl&#233;e d'injonctions la rendant visible et n&#233;cessitant de pratiquer volontairement ce qui allait sans dire. Il est vrai qu'apr&#232;s avoir affirm&#233; que &#171; la contingence des conditions d'existence pour l'individu n'appara&#238;t qu'avec la classe [ici il s'agit de la soci&#233;t&#233; de classes en g&#233;n&#233;ral, distingu&#233;e de la soci&#233;t&#233; d'ordres, et non d'une classe particuli&#232;re, nda] qui est elle-m&#234;me un produit de la bourgeoisie &#187;, Marx et Engels &#233;crivent dans &lt;i&gt;l'Id&#233;ologie allemande&lt;/i&gt; que : &#171; C'est seulement la concurrence et la lutte des individus entre eux qui engendrent et d&#233;veloppent cette contingence en tant que telle. Par cons&#233;quent, dans la repr&#233;sentation, les individus sont plus libres sous la domination de la bourgeoisie qu'avant, parce que leurs conditions d'existence leur sont contingentes ; en r&#233;alit&#233;, ils sont naturellement moins libres parce qu'ils sont beaucoup plus subordonn&#233;s &#224; une puissance objective. &#187; (&lt;i&gt;op. cit&lt;/i&gt;., &#233;d. Sociales, 1968, pp. 94-95).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand cette subordination se donne clairement, &lt;i&gt;c'est la routine, la &#171; normalit&#233; &#187; qui d'un coup deviennent probl&#233;matiques&lt;/i&gt;. Cela ne signifie pas une attaque des conditions de la normalit&#233; mais plut&#244;t une revendication de l'ancienne libert&#233; routini&#232;re de l'individu sujet. Cela n'emp&#234;che que plus rien ne se passe comme avant, m&#234;me l'&#171; autre &#187; le plus proche est consid&#233;r&#233; comme un danger : l' &#171; individu isol&#233; &#187; &lt;i&gt;s'isole,&lt;/i&gt; se&lt;i&gt; &lt;/i&gt;replie et la routine qui a pour vocation de ne jamais appara&#238;tre en clair devient une s&#233;rie de contraintes et d'obligations expresses. Faire soci&#233;t&#233; en tant m&#234;me que &#171; soci&#233;t&#233; d'individus isol&#233;s &#187;, fait probl&#232;me. La reproduction qui fait soci&#233;t&#233;, ce que l'on appelle simplement le &#171; lien social &#187; (fruit naturel de la subsomption) est mise &#224; mal. Contrairement &#224; ce qu'&#233;crit Foucault (voir infra), il y a les &#171; bons &#187; et les &#171; mauvais &#187;, quelles que soient les &#171; bonnes &#187; ou les mauvaises &#187; raisons des uns et des autres. Les &#171; bons &#187; ce sont ceux que l'&#201;tat d&#233;finit comme tels, avec dans le cadre du travail la succession des ordres et des contre-ordres qui n'ont aucun sens. Les &#171; bons &#187; et les &#171; mauvais &#187; ne font pas une contradiction de classes, mais c'est ici et maintenant, comme cela que les rapports constituant et renouvelant l'exploitation sont &lt;i&gt;v&#233;cus&lt;/i&gt;. Cela jusque dans l'intimit&#233; biologique de l'individu l&#224; o&#249;, &#171; en derni&#232;re instance &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb90&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;'expression est ici une plaisanterie.&#034; id=&#034;nh90&#034;&gt;90&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, il existe en tant que tel et pour lui-m&#234;me. Il n'est pas sans importance, en outre, que cet &#233;clatement du fonctionnement de l'individu se passe sur le mode sanitaire. Face &#224; la &#171; sant&#233; &#187;, toute revendication ou protestation devient radicalement ill&#233;gitime ; m&#234;me si tout le monde sait tr&#232;s bien que derri&#232;re la sant&#233; il y a la menace de la saturation des services hospitaliers et l'&#233;conomie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut ici, avec pr&#233;caution&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb91&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La &#171; microphysique du pouvoir &#187; que d&#233;veloppe Foucault d&#233;finit un pouvoir (&#8230;)&#034; id=&#034;nh91&#034;&gt;91&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, se r&#233;f&#233;rer &#224; quelques analyses de Foucault dans &lt;i&gt;La Volont&#233; de savoir&lt;/i&gt; (Foucault, &lt;i&gt;op. cit&lt;/i&gt;, &#233;d. Gallimard, 1976) :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &#8230;le pouvoir s'est donn&#233; pour fonction de g&#233;rer la vie. &#187; (p. 180) ; &#171; le pouvoir s'exerce et se situe au niveau de la vie, de l'esp&#232;ce, de la race et des ph&#233;nom&#232;nes massifs de population. [&#8230;] son r&#244;le majeur est d'assurer, de soutenir, de renforcer, de multiplier la vie et de la mettre en ordre. &#187; (idem, pp. 180-181).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Concr&#232;tement, ce pouvoir sur la vie s'est d&#233;velopp&#233; depuis le XVIIe si&#232;cle sous deux formes principales ; elles ne sont pas antith&#233;tiques ; elles constituent plut&#244;t deux p&#244;les de d&#233;veloppement reli&#233;s par tout un faisceau interm&#233;diaire de relations. L'un des p&#244;les, le premier, semble-t-il, &#224; s'&#234;tre form&#233;, a &#233;t&#233; centr&#233; sur le corps comme machine : son dressage, la majoration de ses aptitudes, l'extorsion de ses forces, la croissance parall&#232;le de son utilit&#233; et de sa docilit&#233;, [&#8230;]. Le second, qui s'est form&#233; un peu plus tard, vers le milieu du XVIIIe si&#232;cle, est centr&#233; sur le corps-esp&#232;ce, sur le corps travers&#233; par la m&#233;canique du vivant et servant de support aux processus biologiques : la prolif&#233;ration, les naissances et la mortalit&#233;, le niveau de sant&#233;, la dur&#233;e de vie, la long&#233;vit&#233; avec toutes les conditions qui peuvent les faire varier ; leur prise en charge s'op&#232;re par toute une s&#233;rie d'interventions et de &lt;i&gt;contr&#244;les r&#233;gulateurs : une bio-politique de la population&lt;/i&gt; [soulign&#233; dans le texte]. Les disciplines du corps et les r&#233;gulations de la population constituent les deux p&#244;les autour desquels s'est d&#233;ploy&#233;e l'organisation du pouvoir sur la vie. &#187; (&lt;i&gt;idem&lt;/i&gt;, pp. 182-183).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Ce bio-pouvoir a &#233;t&#233;, &#224; n'en pas douter, un &#233;l&#233;ment indispensable au d&#233;veloppement du capitalisme ; celui-ci n'a pu &#234;tre assur&#233; qu'au prix de l'insertion contr&#244;l&#233;e des corps dans l'appareil de production et moyennant un ajustement des ph&#233;nom&#232;nes de population aux processus &#233;conomiques. &#187; (&lt;i&gt;idem&lt;/i&gt;, p. 185).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Pour la premi&#232;re fois sans doute dans l'histoire, le biologique se r&#233;fl&#233;chit dans le politique. &#187; (&lt;i&gt;idem&lt;/i&gt;, p. 187).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Inutile d'insister non plus sur la prolif&#233;ration des technologies politiques, qui &#224; partir de l&#224; vont investir le corps, la sant&#233;, les fa&#231;ons de se nourrir et de se loger, les conditions de vie, l'espace tout entier de l'existence. &#187; (idem, p. 189).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; la critique g&#233;n&#233;rale que nous pouvons faire de la d&#233;marche de Foucault, on pourrait &#234;tre d'accord avec les analyses pr&#233;sent&#233;es ici, sauf que &lt;i&gt;tout cela fonctionne tant que cela n'a pas &#224; &#234;tre mis au jour&lt;/i&gt; et c'est l&#224; la limite de la bio-politique foucaldienne, que r&#233;v&#232;le le Covid-19.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Un pouvoir qui a pour t&#226;che de prendre la vie en charge aura besoin de m&#233;canismes continus, r&#233;gulateurs et correctifs. Il ne s'agit plus de faire jouer la mort dans le champ de la souverainet&#233;, mais de distribuer le vivant dans un domaine de valeur et d'utilit&#233;. Un tel pouvoir a &#224; qualifier, &#224; mesurer, &#224; appr&#233;cier, &#224; hi&#233;rarchiser, plut&#244;t qu'&#224; se manifester dans son &#233;clat meurtrier, &lt;i&gt;il n'a pas &#224; tracer la ligne qui s&#233;pare, des sujets ob&#233;issants les ennemis du souverain&lt;/i&gt; [nous soulignons] ; il op&#232;re des distributions autour de la norme. Je ne veux pas dire que la loi s'efface ou que les institutions de justice tendent &#224; dispara&#238;tre ; mais que &lt;i&gt;la loi fonctionne toujours davantage comme une norme&lt;/i&gt; [idem], et que l'institution judiciaire s'int&#232;gre de plus en plus &#224; un continuum d'appareils (m&#233;dicaux, administratifs, etc.) dont les fonctions sont surtout r&#233;gulatrices. &#187; (&lt;i&gt;idem&lt;/i&gt;, pp. 189-190).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, d&#232;s que la routine se brise sur ce qu'elle doit elle-m&#234;me assumer et vouloir, le &#171; pouvoir &#187; doit tracer &#171; la ligne qui s&#233;pare, des sujets ob&#233;issants les ennemis du souverain &#187;. Quand la routine ne va plus de soi, c'est la l&#233;gitimit&#233; des injonctions &#233;tatiques et de la &#171; norme &#187; qui ne vont plus d'elles-m&#234;mes&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb92&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Rien &#224; voir avec le sujet, mais pour le plaisir des mots : &#171; - Il a dit : (&#8230;)&#034; id=&#034;nh92&#034;&gt;92&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le mode de production capitaliste, la population n'est pas un fait de &#171; nature &#187;, sa production, reproduction, gestion, et les cat&#233;gories qui la constituent sont le produit de rapports de classe et de genre qui en structurent la mise en forme et l'&#233;volution. Cette population n'existe socialement et ne se reproduit que comme fonction du capital. Il n'y a pas de substrat intact ou pur pouvant servir de pr&#233;figuration de quoi que ce soit, il n'y pas de bonheur ou de souffrance, de bonne sant&#233; ou de maladie, de mani&#232;re de vivre &lt;i&gt;ou de mourir&lt;/i&gt; qui puissent se comprendre autrement que comme une expression de ces rapports de classe et de genre. Il faut ajouter, vu le sujet, que cette expression sans cesse renouvel&#233;e &#8212; car produit historique &#8212; du rapport de classe et de genre existe dans le quotidien de la pens&#233;e et de l'action pour toutes les classes, et encore plus &#224; l'insu (mais &#171; de leur plein gr&#233; &#187;) de ses acteurs pour ce qui concerne les classes dominantes ou sup&#233;rieures.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette reproduction n'est pas une m&#233;canique id&#233;ale et froide des rapports de production mettant en mouvement ses propres mat&#233;riaux id&#233;aux. Les rapports de classe et de genre comme rapports de production ne se donnent pas en clair, ils existent dans une complexit&#233; qui peut &#234;tre comprise conceptuellement comme un d&#233;ploiement dynamique des cat&#233;gories de l'exploitation (rapport surtravail / travail n&#233;cessaire) sur tous les pans de l'existence que le mode de production capitaliste met en mouvement de par son caract&#232;re total. Ainsi la population est produite et existe bien s&#251;r dans les rapports de production &#224; proprement parler, mais, par l&#224;, dans l'existence quotidienne &#224; travers laquelle se constitue la (re)production du rapport d'exploitation dans son ensemble comme condition d'existence de ces rapports de production stricts (&#224; travers id&#233;ologies, pens&#233;es, affectivit&#233;, sociabilit&#233;, loisirs, sant&#233;, rapport &#224; l'habitat, nourriture, sympt&#244;mes, inscription institutionnelle, 1 ou 2 sur la carte de s&#233;cu., etc&#8230;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si tous les Etats, quelles que soient les politiques (adopt&#233;es-supprim&#233;es-r&#233;adopt&#233;es, etc.), &lt;i&gt;ont paru&lt;/i&gt; naviguer &#224; vue&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb93&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; 'Nous sommes en guerre'. Quatre jours apr&#232;s une premi&#232;re intervention (&#8230;)&#034; id=&#034;nh93&#034;&gt;93&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; et ont pris des mesures plus ou moins diff&#233;rentes face &#224; une situation plus ou moins in&#233;dite, surtout dans les pays centraux du capitalisme l&#224; o&#249; les &#233;pid&#233;mies meurtri&#232;res n'&#233;taient plus qu'un souvenir historique (si ce n'est le Sida, mais que l'on n'attrape pas en croisant quelqu'un dans un bistrot sans plus d'affinit&#233;s), c'est que leurs crit&#232;res &lt;i&gt;rigoureux&lt;/i&gt; de gestion de la pand&#233;mie devaient &#234;tre quotidiennement ajust&#233;s &#224; une situation &#233;valu&#233;e par ces m&#234;mes crit&#232;res et, selon les choix dict&#233;s et faits sur la base de ces crit&#232;res, l'&#233;volution de la pand&#233;mie devenait alors &#224; peu pr&#232;s pr&#233;visible selon les n&#233;cessit&#233;s sociales, &#233;conomiques et hospitali&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; A posteriori, certaines d&#233;cisions politiques dans la gestion de la crise pand&#233;mique du Covid-19 ont pu sembler socialement et &#233;conomiquement irrationnelles. Il parait en effet difficile de justifier aujourd'hui la communication sur la non-dangerosit&#233; du virus, la&lt;strong&gt; &lt;/strong&gt;suppression des r&#233;serves de masques de protection, l'absence de d&#233;pistage massif ou encore la mise en place tardive de&lt;strong&gt; &lt;/strong&gt;mesures de confinement. Le sentiment d'incoh&#233;rence de ces choix politiques pousse un nombre cons&#233;quent de personnes &#224; envisager le complot comme forme possible d'explication. Au contraire, ces choix rel&#232;vent d'un processus rationnel inh&#233;rent au fonctionnement du syst&#232;me &#233;conomique actuel bas&#233; sur la rentabilit&#233; statistique. Au-del&#224; de l'incomp&#233;tence particuli&#232;re de certains personnels politiques, p&#233;n&#233;trer le fonctionnement des indicateurs statistiques nous permet de nous rendre compte de leur faible lien avec la r&#233;alit&#233; sociale qu'ils pr&#233;tendent repr&#233;senter sous forme mod&#233;lis&#233;e. Pourtant, ils demeurent l'&#233;l&#233;ment principal utilis&#233; pour orienter les choix des d&#233;cideurs publics ainsi que pour &#233;tablir les protocoles standardis&#233;s guidant chaque t&#226;che. L'utilisation de ces &#233;l&#233;ments a eu un impact d&#233;cisif dans les choix de gestion de cette pand&#233;mie. Donnant l'illusion de fonctionner tant bien que mal en temps normal, les p&#233;riodes de crise comme celle de la pand&#233;mie du Covid-19 soulignent les contradictions internes li&#233;es au fonctionnement du syst&#232;me &#233;conomique actuel. [&#8230;] Le sujet de cet article n'est pas de souligner l'aspect moralement et socialement discutable de l'application de crit&#232;res de rentabilit&#233; aux &#234;tres humains ou au secteur de la sant&#233;, mais de montrer comment ces indices d'&#233;valuation peuvent induire des politiques qui, m&#234;me selon les crit&#232;res &#233;conomiques capitalistes, sont absurdes. &#187; (&lt;i&gt;Crit&#232;res de rentabilit&#233;, Covid-19 et r&#233;ification de la maladie&lt;/i&gt;, Benjamin Lalbat aka Ben Malacki, &lt;i&gt;sur le net&lt;/i&gt;)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb94&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pour plus de d&#233;tails sur les crit&#232;res d'&#233;valuation statistique des (&#8230;)&#034; id=&#034;nh94&#034;&gt;94&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui importe c'est l'arrogance des Etats vis-&#224;-vis de ce qui est pourtant leur soci&#233;t&#233; comme soci&#233;t&#233; civile. Les individus de cette soci&#233;t&#233; civile ne peuvent plus r&#233;pondre &#224; l'appel, ou rechignent &#224; le faire, parce que l'&#201;tat les interpelle de fa&#231;on ill&#233;gitime par rapport &#224; ce qu'ils sont vis-&#224;-vis de l'&#201;tat lui-m&#234;me : la routine est bris&#233;e. &#171; Rechigner &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb95&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pour &#171; rechigner, Littr&#233; donne un sens physique et moral : &#171; Donner des (&#8230;)&#034; id=&#034;nh95&#034;&gt;95&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ne signifie pas rentrer dans une lutte frontale ni m&#234;me ne pas accepter de &#171; jouer le jeu &#187;, mais de le faire &#224; contrec&#339;ur (parfois, comme aux Etats-Unis, pour des motifs politico-religieux) tout en en reconnaissant, plus ou moins, la n&#233;cessit&#233;. Quels que soient les motifs de rechigner (et nous verrons qu'aux quatre coins du monde les actions sont all&#233;es au-del&#224; du simple &#171; rechignement &#187;), quand ce qui doit aller de soi devient un ensemble de r&#232;gles &lt;i&gt;explicites&lt;/i&gt; auxquelles il faut se soumettre en les avalisant, il appara&#238;t que soumettre les actes de la routine &#224; des injonctions (si ce n'est des injections) permanentes et contradictoires est une contradiction dans les termes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; C'est hypocrite et d&#233;gueulasse de prendre au pi&#232;ge des coll&#232;gues. [&#8230;] Il y a un an on nous demandait de venir travailler m&#234;me si on avait le Covid. En dessous de 38,5 de fi&#232;vre, c'&#233;tait bon, c'&#233;tait pas grave, on avait des sacs-poubelles et le m&#234;me masque toute la journ&#233;e ? Et l&#224; on nous dit qu'on ne peut plus travailler si on n'est pas vaccin&#233; ? On nous stigmatise, comme si c'&#233;tait notre faute, le Covid en maladie nosocomiale. [&#8230;] On nous dit que c'est pour ne pas voir l'h&#244;pital engorg&#233;, mais pourquoi on n'investit pas plut&#244;t dans des soignants et des lits. [&#8230;] Une autre infirmi&#232;re est '&#233;c&#339;ur&#233;e' par ce chantage, j'ai eu envie de poser ma blouse, pas que pour &#231;a, mais c'est la goutte d'eau dans un vase bien rempli &#187; l&#226;che-t-elle rappelant la &#171; 'pression constante' avec le manque de lits et de personnels, les gr&#232;ves 'jamais prises au s&#233;rieux' &#187;. &#187; (&#171; Vaccin : des soignants expliquent leur r&#233;ticences&lt;i&gt; &lt;/i&gt; &#187;, &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt;, 22 juillet 2021). Dans cet h&#244;pital, comme ailleurs, &#224; ce moment-l&#224; un foss&#233; s&#233;pare les professions de sant&#233;, les m&#233;decins &#233;tant d&#233;j&#224; en grande partie vaccin&#233;s (&#224; 76 %), quand les infirmiers et les aides-soignants le sont beaucoup moins (46 %).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut dire que la situation cr&#233;&#233;e par le Covid-19 ne fait qu'acc&#233;l&#233;rer les tendances pr&#233;existantes et que ce sont les plus pauvres qui sont les plus atteints. La sp&#233;cificit&#233; de la situation est alors laiss&#233;e de c&#244;t&#233; dans sa sp&#233;cificit&#233; m&#234;me. L'important serait de montrer comment ces tendances en cours sont re-compos&#233;es sp&#233;cifiquement (on pourrait m&#234;me se passer du &#171; re &#187; devant &#171; compos&#233;es &#187; dans la mesure o&#249; nous disons qu'il s'agit de &#171; tendances en cours &#187;) et ne pas se contenter de dire que le Covid acc&#233;l&#232;re les choses ou ne fait que les r&#233;v&#233;ler.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Les nouvelles mesures sanitaires annonc&#233;es par le pr&#233;sident de la R&#233;publique lors de son allocution du 12 juillet 2021 vont contribuer &#224; renforcer les in&#233;galit&#233;s territoriales, g&#233;n&#233;rationnelles et sociales. [&#8230;] nous ne partons pas tous &#233;gaux face &#224; ces mesures. [&#8230;] les 75 ans et plus sont 78,7 % &#224; avoir finalis&#233; leur parcours vaccinal, contre 29,2 % les 20 &#224; 39 ans. [...] Les d&#233;partements les plus pauvres sont ceux o&#249; la population est la moins vaccin&#233;e. Les classes populaires sont celles qui ont &#224; la fois le moins acc&#232;s &#224; la vaccination et le plus de doutes sur cette derni&#232;re. [&#8230;] Les in&#233;galit&#233;s entre territoires, g&#233;n&#233;rations et classes sociales existent ind&#233;pendamment du passe sanitaire, mais ce dernier les accentue [et leur conf&#232;re une forme et une appr&#233;hension particuli&#232;re dans les termes m&#234;mes de l'&#233;pid&#233;mie, nda]. Dans son discours, Emmanuel Macron a symboliquement donn&#233; le droit aux personnes &#226;g&#233;es et ais&#233;es &#224; aller au cin&#233;ma et au caf&#233;, et l'a refus&#233; aux jeunes adultes des classes populaires. [&#8230;] Dans ce m&#234;me discours, Emmanuel Macron a rappel&#233; qu'il voulait faire avancer la r&#233;forme de l'assurance-ch&#244;mage et remettre en place celle des retraites, deux projets qui p&#233;nalisent largement les classes populaires et les plus jeunes. [&#8230;] Le passe-sanitaire ne ruissellera pas des uns aux autres. Le ruissellement ne masquera pas les insuffisances criantes de la gestion gouvernementale de l'&#233;pid&#233;mie ni la violence sociale qui en r&#233;sulte depuis mars 2020 et qui est encore &#224; l'&#339;uvre dans ces derni&#232;res mesures annonc&#233;es. &#187;. (&#171; Le passe-sanitaire obligatoire, une triple injustice &#187;, &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;idem&lt;/i&gt;). Les quartiers pauvres des principales villes demeurent les territoires les moins vaccin&#233;s, selon &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; du 15/12/21 : &#171; Au moins 30 % de la population reste '&lt;i&gt;&#224; vacciner&lt;/i&gt;' dans ces communes &#8211; jusqu'&#224; 44 % dans les quartiers nord de Marseille. &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les luttes, comme celles en Guadeloupe ou &#224; Trieste, nous sommes, bien que la chose existe, bien au-del&#224; du &#171; complotisme anti-vax &#187;. Si la crise du Covid fait &#233;clater les termes de la contradiction constitutive de l'individu du mode de production capitaliste, cela reste dans les termes de cette contradiction sans les remettre en cause. Cela ne va pas plus loin : inutile de greffer l&#224;-dessus des &#171; le prol&#233;tariat ne pourra que ... &#187; et autres d&#233;ductions. La routine n'allant plus de soi, les contradictions de l'individu sont r&#233;v&#233;l&#233;es. Mais cette r&#233;v&#233;lation n'est pas identique selon les classes et selon le genre (les violences conjugales ont augment&#233; pendant les p&#233;riodes de confinement et les femmes sont surrepr&#233;sent&#233;es dans tous les m&#233;tiers li&#233;s &#224; la personne).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aucun Etat, aucune bourgeoisie ne foutra en l'air son &#233;conomie (d&#233;j&#224; pas brillante) dans le but de renforcer le &#171; contr&#244;le &#187; et &#171; l'asservissement &#187; de la population ou pour favoriser les laboratoires et autres Gafam. A la limite cela peut &#234;tre une opportunit&#233;, mais &#224; manipuler avec d'extr&#234;mes pr&#233;cautions par cette classe dominante, pour en &#233;viter les effets pervers sur le travail, la production g&#233;n&#233;rale, la reproduction de la force de travail, la circulation, la consommation et de fa&#231;on globale la vie sociale quotidienne qui nourrit le mode de production. Malgr&#233; tout, &#224; ses d&#233;buts, en France et en Europe occidentale, la forme dominante de cette r&#233;v&#233;lation a &#233;t&#233; le discours complotiste port&#233; par une partie des classes moyennes &#233;duqu&#233;es. Dans le cadre de la pand&#233;mie pr&#233;sente, la col&#232;re d'inspiration complotiste a comport&#233; plusieurs temps :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1- La col&#232;re contre certaines mesures sanitaires prises par les gouvernements et vues comme liberticides. Ces mesures sont : le port du masque &#8211; de surcro&#238;t pour les enfants, la fermeture des commerces &#171; non essentiels &#187; avec la critique molle de la division essentiel/non essentiel, les r&#233;glementations des d&#233;placements, le flicage au travers des attestations, la mise en place de l'application du gouvernement &lt;i&gt;Stop Covid&lt;/i&gt; et autre version, la mise sur la touche des chercheurs mettant en cause les strat&#233;gies gouvernementales contre l'&#233;pid&#233;mie, la mise en place d'un &lt;i&gt;Conseil de d&#233;fense&lt;/i&gt; et d'un &#233;tat d'urgence pour ne pas en passer par l'Assembl&#233;e nationale, les couvre-feux, la perspective d'une obligation vaccinale au nom de la libert&#233; de se soigner mais en m&#234;me temps la critique du refus des autorit&#233;s m&#233;dicales de d&#233;livrer syst&#233;matiquement l'hydroxychloroquine et autres traitements antibio parfois utilis&#233;s, notamment aux USA&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb96&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La visite de Macron au professeur Raoult &#224; Marseille est demeur&#233;e sans (&#8230;)&#034; id=&#034;nh96&#034;&gt;96&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2- Cette col&#232;re cr&#233;e des rapprochements avec toute une s&#233;rie de sources d'informations, d'intellectuels et de chercheurs divers et vari&#233;s dont le point commun est de donner un point de vue dissonant mais revanchard vis-&#224;-vis des intellectuels &lt;i&gt;mainstream&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3- L'explication par une volont&#233; d&#233;lib&#233;r&#233;e du gouvernement d'asservir les gens &#224; travers des mesures dites liberticides et de les rendre serviles par la peur coagule tous les &#233;l&#233;ments disparates. La peur devient de mani&#232;re g&#233;n&#233;rale l'&#233;motion la plus raill&#233;e et la plus avilissante pour ceux qui &#171; n'ont pas peur du Covid &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4- La conclusion est que le gouvernement et les lobbies forment une clique surpuissante qui parvient &#224; mener en bateau les populations abruties par la peur avec un virus qui existe &#224; peine, &#224; manipuler les chiffres, &#224; mettre &#224; l'arr&#234;t l'&#233;conomie dans le simple but d'asservir les populations d&#232;s lors tout juste bonnes &#224; engraisser l'industrie pharmaceutique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Or&lt;/i&gt;,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; cet attachement et cette promotion de ces libert&#233;s individuelles,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; ce r&#233;flexe d'asseoir la l&#233;gitimit&#233; d'un point de vue par la r&#233;f&#233;rence &#224; un monde d'intellectuels plus ou moins en place, mais toujours couverts de titres plus prestigieux les uns que les autres,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; cette mise en avant de l'asservissement de tous et de la peur qui les tient et &#224; quoi cette avant-garde &#233;clair&#233;e parvient &#224; &#233;chapper pour porter vaillamment et contre tous les dangers la parole libre et non masqu&#233;e,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; et enfin cette vision de la population comme simple chair &#224; p&#226;t&#233;e consommatrice d'un quelconque lobby industriel m&#233;diatique et pharmaceutique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tous ces &#233;l&#233;ments viennent violemment indiquer &#224; quel point cette pens&#233;e ne peut que venir d'une cat&#233;gorie de la population dont l'existence tient tout enti&#232;re dans sa capacit&#233; &#224; produire et reproduire &lt;i&gt;une partie&lt;/i&gt; de l'id&#233;ologie capitaliste en la prenant au pied de la lettre. C'est-&#224;-dire dans une version conforme et non contradictoire &#224; sa propre existence qui renvoie &#224; la place occup&#233;e dans les rapports de production.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le v&#233;cu de cette cat&#233;gorie quant &#224; son inscription sociale c'est :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* Un rapport non contradictoire avec la libert&#233; individuelle dont ils jouissent. Leur inscription dans la communaut&#233; du capital comme soci&#233;t&#233; capitaliste est telle que leur existence d'individu isol&#233; n'est pas contradictoire avec sa d&#233;pendance &#224; cette communaut&#233; car cette d&#233;pendance n'existe pas avant tout comme une contrainte violente mais spontan&#233;ment comme partie prenante, comme une solidarisation totale avec ses institutions (voir plus loin sur les organes de l'appareil d'Etat). C'est l'individu isol&#233; de la libert&#233; et du choix que l'on a ici et non l'individu isol&#233; dont la libert&#233; de choisir se retourne imm&#233;diatement au pire, en errance, d&#233;saffiliation, pr&#233;carit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* Une vision normative de la soci&#233;t&#233; comme devant faire la promotion du libre &#233;panouissement individuel, &#224; travers la libert&#233; &#233;ducative, la libert&#233; sanitaire, la libert&#233; alimentaire, la libert&#233; artistique, avec au pire une intervention de l'&#201;tat r&#233;duite au minimum sur ces terrains qui sont ceux qui leur permettent de se reproduire en tant qu'individu isol&#233; conforme &#224; l'id&#233;ologie capitaliste. Car c'est bien l'id&#233;al capitaliste qui renvoie &#224; sa prise en charge priv&#233;e la reproduction des travailleurs, c'est m&#234;me le fondement de la vie quotidienne. Sauf que, pour le prol&#233;tariat, cette prise en charge priv&#233;e ne marche pas, pour les classes sup&#233;rieures non plus mais l&#224; elle s'appuie sur la &lt;i&gt;possibilit&#233;&lt;/i&gt; d'un libre arbitre r&#233;ellement v&#233;cu. C'est gr&#226;ce &#224; cette assurance et &#224; cette homog&#233;n&#233;it&#233; sans reste de la reproduction que cette pens&#233;e peut d&#233;noncer l'intervention de l'&#201;tat comme un syst&#232;me totalitaire et mensonger.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce libre &#233;panouissement de l'individu dans la soci&#233;t&#233; fait face &#224; l'appartenance de classe comme contrainte int&#233;rioris&#233;e (tel individu, telle soci&#233;t&#233;) qui est effectivement liberticide dans son fondement contractuel d'achat-vente de la force de travail libre. C'est ainsi que le chantage de retirer ses enfants de l'&#233;cole, ou de s'opposer &#224; une politique sanitaire, n'existe que pour des gens dont l'affiliation sociale est non seulement garantie dans les faits mais aussi dans l'adh&#233;sion pleine &#224; l'id&#233;ologie du contrat social capitaliste et dans la fonction qu'ils ont de ciment dans la reproduction des rapports sociaux capitaliste. Certains peuvent se permettre de menacer de retirer leurs enfants de l'&#233;cole quand d'autres savent que les remparts &#224; une mise au ban de &#171; l'&#233;cole r&#233;publicaine &#187; s'amenuisent par manque de moyens, de ma&#238;trise de la &#171; carte scolaire &#187; et/ou au travers du passage des &#171; politiques d'int&#233;gration &#187; &#224; celles luttant contre la &#171; radicalisation &#187; et le &#171; s&#233;paratisme &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut avoir un certain rapport &#224; l'existence pour pr&#233;tendre que la peur est un frein, comme si elle &#233;tait un choix. Il faut ne rien traverser des m&#233;andres plus ou moins violents et &#171; pi&#233;geux &#187; de l'appartenance de classe pour n'y voir qu'une question de manipulation id&#233;ologique. Enfin il faut pouvoir vivre une existence ouat&#233;e, o&#249; s'indigner cherche &#224; se faire passer pour de la lutte sociale, pour penser que la peur emp&#234;che de penser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cette id&#233;ologie, la soci&#233;t&#233; est d&#233;compos&#233;e en une somme d'&#233;l&#233;ments discrets, s&#233;par&#233;s et ind&#233;pendants : travail, &#233;ducation, sant&#233;, salariat, logement, consommation, loisirs, intimit&#233;, famille, rapports amoureux, etc., &lt;i&gt;tels qu'ils sont actuellement&lt;/i&gt;. Il faut consid&#233;rer ensuite que ces &#233;l&#233;ments et fonctions &lt;i&gt;tels qu'ils sont pr&#233;sentement&lt;/i&gt; ne s'organiseraient pas tels qu'ils le devraient, de par l'activit&#233;, les pratiques, les intentions, la manipulation, la publicit&#233; et les int&#233;r&#234;ts malveillants d'un certain nombre d'individus formant une &lt;i&gt;caste&lt;/i&gt; incluant les banques, les grands patrons, les m&#233;dias, les laboratoires pharmaceutiques, les gouvernements non en tant qu'Etat mais comme bande organis&#233;e. En un mot : &lt;i&gt;les &#233;lites&lt;/i&gt;. L'ordre &#233;manant spontan&#233;ment de ces &#233;l&#233;ments serait une version corrompue de l'ordre n&#233;cessaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout cela repose sur une conception de l'Etat assez banale, fondatrice de l'id&#233;ologie juridique et d&#233;mocratique, mais qui est notre lot de tous les jours. Il y aurait d'une part le &lt;i&gt;pouvoir d'Etat&lt;/i&gt;, de l'autre &lt;i&gt;l'appareil d'Etat&lt;/i&gt; ou la &#171; &lt;i&gt;machine d'Etat&lt;/i&gt; &#187; comme la d&#233;signe Marx. Le probl&#232;me r&#233;side en ce que l'appareil d'Etat qui mat&#233;rialise dans ses organes, leur division, leur organisation, leur hi&#233;rarchie, le pouvoir d'Etat d'une classe (et une seule) est &#224; la fois organisation de la classe dominante (comme &lt;i&gt;pouvoir d'Etat&lt;/i&gt; d&#233;tenu par la fraction momentan&#233;ment h&#233;g&#233;monique de la classe dominante pour le compte de l'ensemble de cette classe) et &lt;i&gt;organisation de toute la soci&#233;t&#233; sous la domination de cette classe&lt;/i&gt;. Mais, si d'un c&#244;t&#233;, l'Etat du mode de production capitaliste r&#233;alise compl&#232;tement la fusion de ces deux fonctions&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb97&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;En cela, il diff&#232;re de l'Etat f&#233;odal ou d'&#171; Ancien r&#233;gime &#187;.&#034; id=&#034;nh97&#034;&gt;97&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, de l'autre il devient la n&#233;cessit&#233; &#171; naturelle &#187; de toute reproduction sociale. Alors que ce sont leur division m&#234;me et leur s&#233;paration fondamentale (r&#233;elle et id&#233;ologique) des rapports de production qui en font les organes d'un appareil d'Etat n&#233;cessairement appareil de classe (voir Marx, &lt;i&gt;La Guerre civile en France&lt;/i&gt;), tous les organes de l'appareil d'Etat (arm&#233;e, police, administration, tribunaux, parlement, bureaucratie, &#233;ducation, aide sociale, information, partis, syndicats, etc.) n'apparaissent plus que &lt;i&gt;comme des instruments pliables &#224; la volont&#233; de ceux qui en sont les ma&#238;tres&lt;/i&gt;. De cette double fonction de l'appareil d'Etat (non pas deux fonctions, mais fonction double) comme dictature d'une classe et reproduction de toute la soci&#233;t&#233; naissent &#224; la fois leur fusion et l'apparente neutralit&#233; des organes. Dans cette pens&#233;e spontan&#233;e, ces organes sont neutres et non, dans leur existence m&#234;me et leur forme, ceux d'une dictature de classe. En cons&#233;quence, s'ils ne fonctionnent pas &#171; comme ils devraient &#187;, comme un &#171; service public &#187;, comme un &#171; bien commun &#187;, c'est qu'ils sont pr&#233;empt&#233;s, d&#233;tourn&#233;s et pervertis par une clique, une caste. Qu'il soit de la droite conservatrice ou m&#234;me de l'extr&#234;me-droite politico-religieuse et, comme aux Etats-Unis, adepte du fusil d'assaut, &lt;i&gt;le complotiste est le citoyen id&#233;al&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette conception &#171; naturelle &#187; de l'Etat, n'est pas la &#171; psychopathologie de quelques &#233;gar&#233;s &#187;, elle est le sympt&#244;me n&#233;cessaire de la d&#233;possession politique et de la &#171; confiscation du d&#233;bat public &#187;. Elle r&#233;pond &#224; la &#171; monopolisation de la parole l&#233;gitime &#187; par les &#171; repr&#233;sentants &#187; assist&#233;s des &#171; experts &#187;, toute critique devenant une aberration mentale imm&#233;diatement disqualifi&#233;e comme &#171; complotiste &#187;. Il est vrai que si le complotisme est devenu le nouvel indice du cr&#233;tin, c'est qu'il est le nouveau lieu commun de la b&#234;tise journalistique et de nombreux philosophes et sociologues, qui se gardent tout de m&#234;me d'&#233;pingler un pr&#233;sident de la R&#233;publique soutenant que les Gilets Jaunes sont le r&#233;sultat d'une man&#339;uvre moscovite (&lt;i&gt;Le Point,&lt;/i&gt; f&#233;vrier 2019). Lordon, qui revient r&#233;guli&#232;rement sur le sujet dans &lt;i&gt;Le Monde diplomatique,&lt;/i&gt; r&#233;sume la chose : &#171; Mais plus encore que la d&#233;possession, le conspirationnisme, dont les &#233;lites font le signe d'une irr&#233;m&#233;diable minorit&#233;, pourrait &#234;tre le signe paradoxal que le peuple, en fait, acc&#232;de &#224; la majorit&#233; puisqu'il en a soup&#233; d'&#233;couter avec d&#233;f&#233;rence les autorit&#233;s et qu'il entreprend de se figurer le monde sans elles. &#187; (&lt;i&gt;Le Monde diplomatique&lt;/i&gt;, juin 2015).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le complotisme appara&#238;t alors comme une contestation de l'ordre dominant, presque comme une lutte de classe. &lt;i&gt;Mais il n'en est rien&lt;/i&gt;. De m&#234;me que l'antis&#233;mitisme &#233;tait le socialisme des imb&#233;ciles, le complotisme est la lutte des classes des experts en expertises qui ne se situent pas n'importe o&#249;, ni dans la soci&#233;t&#233;, ni dans l'&#233;ventail politico-id&#233;ologique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La &#171; r&#233;ponse complotiste &#187; veut exactement le m&#234;me monde, le m&#234;me Etat, mais d&#233;barrass&#233;s de la &#171; caste &#187; : il se &#171; figure le monde sans elle &#187;. Il s'agit seulement de conserver tous les &#233;l&#233;ments de cette soci&#233;t&#233; en les soustrayant aux pratiques de ces individus &#171; malveillants &#187; et &#171; manipulateurs &#187; qui les pervertissent et les corrompent. Un vrai salariat, une vraie &#233;ducation, une vraie politique de sant&#233;, une vraie d&#233;mocratie, une vraie information, une vraie agriculture, une vraie consommation, une vraie &#233;conomie, un vrai Etat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le complotisme critique tout, en d&#233;sirant que tout ce qui existe devienne &#171; vrai &#187;. Mais en concevant son objet comme &#171; face obscure &#187; et d&#233;tournement d&#233;moniaque, cette critique fait de cet objet un simple &lt;i&gt;accident&lt;/i&gt; de ce m&#234;me monde. Elle affirme par-l&#224; ne souhaiter que la poursuite du monde tel qu'il est. Le tout de ce qui existe pourrait &#234;tre si beau s'il n'&#233;tait pas manipul&#233;, d&#233;tourn&#233;. La classe dominante, sa reproduction, ses pratiques, la poursuite de ses int&#233;r&#234;ts, la production id&#233;ologique ne sont plus le produit naturel de tous les rapports sociaux que le complotiste veut conserver, mais le fait d'une bande de malfrats cherchant &#224; nous prendre pour des imb&#233;ciles. Le complotiste est un malin et on ne la lui fait pas, il est expert en tout. Il est remarquable de constater (il y a eu quelques &#233;tudes l&#224;-dessus) que le complotisme affecte en premier lieu une classe moyenne dipl&#244;m&#233;e, celle qui aime son &#171; esprit critique &#187;, s'en vante et le porte partout en bandouli&#232;re. Pour ceux qui vivent quotidiennement toutes les humiliations et la mis&#232;re des rapports sociaux capitalistes, les &#171; complots &#187; visant &#224; asservir notre libert&#233; &#224; nous contr&#244;ler n'ont gu&#232;re de sens. &lt;i&gt;Il faut aimer ce monde pour ne pas vouloir qu'il nous mente&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, il faut par ailleurs reconna&#238;tre que de nombreux th&#232;mes et caract&#233;ristiques du discours complotiste sont mobilis&#233;s de mani&#232;re plus ou moins &#233;parse &lt;i&gt;bien au-del&#224; de ces cat&#233;gories&lt;/i&gt; &lt;i&gt;dominantes&lt;/i&gt;. La question est donc aussi celle de savoir quel statut acquiert cette critique non syst&#233;matis&#233;e lorsqu'elle est port&#233;e par une frange importante des classes prol&#233;taires. Nous devons comprendre que les th&#232;mes &#233;nonc&#233;s, quand ils sont pris isol&#233;ment ont un sens diff&#233;rent de celui que le syst&#232;me complotiste leur donne, du fait justement du bouclage propre &#224; ce syst&#232;me et qui fait en fin de compte du complotiste le citoyen id&#233;al, en tant que d&#233;fenseur de l'&#201;tat d&#233;mocratique et du travailleur &lt;i&gt;libre&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons vu que dans la crise de la soci&#233;t&#233; salariale, l'injustice de la distribution a un responsable qui a &#171; failli &#224; sa mission &#187; : &lt;i&gt;l'Etat&lt;/i&gt;. L'enjeu qui est alors pos&#233; est celui de la &lt;i&gt;l&#233;gitimit&#233; de l'Etat&lt;/i&gt; vis-&#224;-vis de &lt;i&gt;sa soci&#233;t&#233;&lt;/i&gt;. Le prol&#233;tariat participe &#224; tout cela, sa propre structuration comme classe l'embarque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme l'&#233;crivent les camarades d'&lt;i&gt;Il Lato cattivo &lt;/i&gt;&#171; Une paralysie institutionnelle est-elle souhaitable en l'absence d'une perspective r&#233;volutionnaire imm&#233;diate, &#224; laquelle s'ajouterait &#8211; par hypoth&#232;se &#8211; une situation de grave urgence sanitaire ? Libre &#224; chacun de souhaiter en son for int&#233;rieur le chaos ou l'apocalypse, mais alors qu'on ne se plaigne pas si parents et grands-parents finissent par crever comme des chiens, &#224; la maison ou dans les couloirs d'h&#244;pitaux hors contr&#244;le. De plus, dans la mesure o&#249; les dysfonctionnements de &lt;i&gt;l'&#201;tat couillon &lt;/i&gt;auxquels nous sommes confront&#233;s aujourd'hui se r&#233;percutent lourdement sur la vie quotidienne de ceux qui n'ont pas d'alternative au service public &#8211; non seulement ouvriers et employ&#233;s, c'est-&#224;-dire l'essentiel de l'arm&#233;e prol&#233;tarienne active, mais aussi, de plus en plus, les classes moyennes inf&#233;rieures, salari&#233;es ou non &#8211; cet &#233;tat de fait surd&#233;termine le contenu des instances et des revendications sociales. [&#8230;] La propagation et les cons&#233;quences du Covid-19 mettent en &#233;vidence les limites de la subjectivit&#233; lib&#233;rale, l'individu souverain de sa propre volont&#233; et titulaire de son propre corps. Face &#224; la contagion ou &#224; son risque, pour soi-m&#234;me &lt;i&gt;et pour les autres&lt;/i&gt;, les principes du 'je fais ce que je veux' ou du 'mon corps m'appartient' montrent toute leur relativit&#233;, pour la simple raison que le lien de l'individu avec le corps social, ainsi que sa &lt;i&gt;d&#233;pendance&lt;/i&gt; vis-&#224;-vis de celui-ci, font valoir leurs droits. [&#8230;] les individus, et notamment les individus prol&#233;taires, peuvent &#234;tre amen&#233;s, sous certaines conditions, &#224; &lt;i&gt;renforcer la pression sociale&lt;/i&gt;, c'est-&#224;-dire &#224; r&#233;duire les marges d'autonomie individuelle (socialement accept&#233;s et/ou l&#233;galement admises) comme sanction de l'efficacit&#233; de leur connexion r&#233;ciproque. Existe-t-il une autre fa&#231;on, pour les plus faibles, de lutter contre le n&#233;o-malthusianisme, quand la libert&#233; personnelle est la libert&#233; du libre&#8230; virus dans le libre poulailler ? &#187; (&lt;i&gt;Covid 19 et au-del&#224;&lt;/i&gt; sur le site &lt;i&gt;Des nouvelles du front&lt;/i&gt; - Dndf)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;h.dbfy12z781zk&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Si le prol&#233;tariat participe &#224; tout cela selon sa propre structuration comme classe &lt;i&gt;qui l'embarque&lt;/i&gt;, c'est &#224; sa fa&#231;on, c'est-&#224;-dire selon sa propre situation dans les rapports de classes. Nous allons nous r&#233;f&#233;rer ici aux &#233;v&#233;nements survenus &#224; Trieste en Italie, &#224; la mi-octobre 2021, puis aux commentaires qui en sont faits par le collectif bolognais &#171; Wu Ming &#187;, il sera ensuite question des Antilles et dans le meilleur des mondes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Trieste : &#224; propos des &#233;v&#233;nements&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb98&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Nous r&#233;f&#233;rons ici au texte d'Andrea Olivieri : Jours &#233;tranges &#224; Trieste (&#8230;)&#034; id=&#034;nh98&#034;&gt;98&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; En Italie, il ne faut pas seulement pr&#233;senter un &#171; pass &#187; pour pouvoir avaler un expresso ou une pizza, mais simplement pour pouvoir aller travailler. Si les bureaucraties syndicales ont cautionn&#233; unanimement cette mesure, dans de nombreuses entreprises, les collectifs autonomes et comit&#233;s de base ont d&#233;nonc&#233; cette mesure disciplinaire sans pr&#233;c&#233;dent. &#187; (All&#232;si dell'Umbria, Introduction &#224; &lt;i&gt;Jours &#233;tranges &#224; Trieste contre le pass sanitaire&lt;/i&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le 15 octobre, &#224; l'appel des dockers, le port est bloqu&#233; dans une d&#233;nonciation au chantage au passeport sanitaire et dans le rejet de toute vaccination obligatoire. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; L'impression de cette journ&#233;e au portail est celle d'une multitude de personnes en qu&#234;te de ce qui a manqu&#233; &#224; tout le monde ces vingt derniers mois : de vrais espaces publics, ouverts, de partage, et surtout efficaces&#8230; &#187;. &#171; &#8230;contre la restriction de socialit&#233; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le 'No Green Pass' est un moyen de lier la critique de la gestion de la pand&#233;mie &#224; la question de la lutte sociale. [&#8230;] L'unit&#233; des vaccin&#233;s et des non-vaccin&#233;s contre la discrimination introduite par le pass sanitaire obligatoire pour travailler. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Lors du blocus du port, les dockers qui organisent ce blocus d&#233;cident de maintenir la ligne de solidarit&#233; totale avec les autres cat&#233;gories de travailleurs, en refusant la proposition des tests gratuits, en consid&#233;rant que c'est un privil&#232;ge s'il est accord&#233; seulement aux travailleurs du port. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet : &#171; Le nombre total de personnes non vaccin&#233;es dans le port atteint 40 % et m&#234;me 70 % parmi les employ&#233;s d'astreinte de l'Agence du travail du port. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Intervention de Stefano Puzzer (leader du &lt;i&gt;Coordinamento Lavoratori Portuali&lt;/i&gt;, seul syndicat autonome &#224; avoir adh&#233;r&#233; sans r&#233;serve &#224; la mobilisation) : &#171; Il raconte avoir travaill&#233; sur le port pendant les moments les plus sombres de la pand&#233;mie, lorsque le volume de travail a augment&#233; de 45 %, alors que les seules mesures pr&#233;ventives prises, masques et d&#233;sinfectants, &#233;taient fournis par le pr&#233;sident de l'autorit&#233; portuaire, et que les op&#233;rateurs de terminaux et la plupart des entreprises ne prenaient m&#234;me pas la peine de d&#233;sinfecter les environnements. Comment, en r&#233;ponse, maintenant avec le pass sanitaire, 400 travailleurs portuaires sur un peu moins de mille sont oblig&#233;s de rester &#224; la maison. Il explique que le pass n'est pas une mesure sanitaire, mais une mesure &#233;conomique et de chantage, dressant les uns contre les autres, divisant d'abord entre les vaccin&#233;s et les non-vaccin&#233;s, puis entre les travailleurs qui ont la possibilit&#233; de faire des tests gratuits et les autres qui ne le font pas. &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour la coordination qui anime la lutte sur le port et dans la ville : &#171; L'opposition au pass sanitaire comme instrument de contr&#244;le et de discrimination, un exemple de plus de la fa&#231;on dont les gouvernements ont g&#233;r&#233; la pand&#233;mie, &lt;i&gt;en transf&#233;rant aux citoyens la responsabilit&#233; des contagions&lt;/i&gt; [nous soulignons], en demandant maintenant &#224; tout le monde de t&#233;l&#233;charger le pass alors qu'on n'a m&#234;me pas demand&#233; &#224; la Confindustria de rendre compte des morts de Bergame&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb99&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir plus loin.&#034; id=&#034;nh99&#034;&gt;99&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; et de je ne sais combien de d&#233;c&#232;s dus &#224; des contagions sur les lieux de travail au nom de l'imp&#233;ratif de ne pas arr&#234;ter la production &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;h.lnk3uea4qaph&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Commentaires du collectif Wu Ming de Bologne &#224; propos de la lutte &#224; Trieste&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb100&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lundimatin, idem : sous le titre Passe sanitaire, conspirationnisme et (&#8230;)&#034; id=&#034;nh100&#034;&gt;100&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Nous avons dit que le d&#233;ficit de critique de la gestion gouvernementale de la pand&#233;mie transformerait l'&lt;i&gt;in&#233;vitable&lt;/i&gt; protestation en quelque chose de tr&#232;s confus, d'ambigu, de manipulable par l'extr&#234;me-droite et diff&#233;rents conspirationnistes. &lt;i&gt;Nous avons durement critiqu&#233; la majorit&#233; de la gauche mouvementiste, qui exprimait une vision &#171; virocentrique &#187; c'est-&#224;-dire centrait uniquement ses discours sur le virus et le risque de contagion, en parlant tr&#232;s peu du fait que la gestion politique de la pand&#233;mie &#233;tait irrationnelle, injuste, hypocrite et m&#234;me criminelle&lt;/i&gt; [nous soulignons]. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Assur&#233;ment, nous ne sommes pas &#233;tonn&#233;s que dans ces manifs, s'&#233;l&#232;vent des cris contre 'la gauche'. D&#233;sormais, dans l'esprit de tr&#232;s nombreux italiens, 'la gauche', c'est le Parti D&#233;mocrate, c'est-&#224;-dire un parti n&#233;o-lib&#233;ral dans lequel les masses populaires reconnaissent, &#224; juste titre, un ennemi. Ce n'est pas par hasard si le PD est surnomm&#233; le 'parti des ZTL' (Zone a Traffico Limitato : zones &#224; trafic limit&#233;) : il re&#231;oit ses votes principalement dans les centres historiques des villes transform&#233;s en salons bourgeois et dans des quartiers chics comme les Parioli &#224; Rome. C'est l&#224; qu'est sa base sociale, une moyenne bourgeoisie pr&#233;tentieuse et hypocrite, qui affiche les r&#233;sidus de son statut 'intellectuel' et une identit&#233; 'de gauche' toujours plus mod&#233;r&#233;e, mais dans la r&#233;alit&#233; concr&#232;te est d'un &#233;litisme r&#233;pugnant, s'enthousiasme pour le classisme &#224; chacune de ses manifestations, admire un banquier comme Draghi et veut plus de technocratie, plus d'in&#233;galit&#233; &#8211; mais l'appelle 'm&#233;ritocratie' ou 'innovation' &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Tous comptes faits, pas besoin d'&#234;tre fasciste pour d&#233;tester cette 'gauche'. Et nous ne pouvons certes pas bl&#226;mer ceux qui n'en voient pas d'autre, car nous venons de longues ann&#233;es de basse mar&#233;e des mouvements, sans compter qu'une grande partie de la gauche qui se dit 'radicale' partage bon nombre des d&#233;fauts de la &#171; gauche &#187; mainstream : la provenance de la moyenne bourgeoisie, l'&#233;litisme, l'arrogance culturelle, la distance des probl&#232;mes de la vie de la majorit&#233; des gens. L'extension de l'obligation du passe sanitaire &#224; l'ensemble des lieux de travail est en train de cr&#233;er un nombre croissant d'incoh&#233;rences et de contradictions, il devient toujours plus &#233;vident que le passe sanitaire est une mani&#232;re de d&#233;charger toute responsabilit&#233; sur la base pendant que le gouvernement Draghi &#8211; l&#233;gitim&#233; avant tout par la 'guerre contre le virus', fait de la boucherie sociale. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Simplement, le passe sanitaire a &#233;t&#233; v&#233;cu comme la goutte d'eau qui a fait d&#233;border le vase, apr&#232;s deux ann&#233;es qui ont d&#233;truit les vies de tant de gens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une partie des couches moyennes pr&#233;caris&#233;e, appauvrie, apeur&#233;e &#8211; des gens qui ne ma&#238;trisent pas les langages de la lutte sociale et ne sont h&#233;ritiers d'aucune traditions politiques aux vocabulaires consolid&#233;s &#8211; traduit en termes de 'libert&#233;' la col&#232;re contre son propre d&#233;classement r&#233;cent ou imminent, et contre l'injustice qu'ils sentent avoir subie en raison de la mani&#232;re dont l'&#233;pid&#233;mie a &#233;t&#233; g&#233;r&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Dans sa h&#226;te de prendre ses distances avec la rue, une certaine 'gauche' de r&#233;seaux sociaux a affich&#233; son m&#233;pris pour les libert&#233;s personnelles, consid&#233;r&#233;es comme 'bourgeoises'. Dans ce cas aussi, rien de neuf : &#224; gauche existent des traditions dans lesquelles on a parl&#233; des libert&#233;s avec suffisance et m&#234;me avec m&#233;pris. Au fond de cette route, il y a le goulag. Il faut faire attention au choix des termes qu'on d&#233;cide d'affubler de connotations p&#233;joratives. Parce que l'individualisme, l'&#233;go&#239;sme, c'est une chose ; c'en est une autre que la sph&#232;re de l'autonomie dont chaque humain devrait pouvoir jouir, &lt;i&gt;l'habeas corpus&lt;/i&gt; existentiel sans lequel la vie n'est pas une vie. Sans cette distinction, on fait une confusion terrible et on finit par &#233;pouser l'autoritarisme, en plus dans un contexte capitaliste, sans m&#234;me l'excuse de la dictature du prol&#233;tariat !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Surtout, il est important de dire que cette mani&#232;re de g&#233;rer la pand&#233;mie a agress&#233; la dimension collective, la socialit&#233;, les relations entre les personnes&#8230; Dans ce contexte, la 'libert&#233;', c'est aussi la libert&#233; de pouvoir vivre collectivement, de pouvoir affirmer un d&#233;saccord ensemble, de pouvoir manifester. Se limiter &#224; dire que tout cela est 'un truc de fascistes' est au minimum un signe de stupidit&#233; id&#233;ologique. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; En Europe et pas seulement en Europe, les soul&#232;vements de l'avenir seront toujours plus 'impurs' et surprenants, au moins &#224; leurs d&#233;buts. On comprenait d&#233;j&#224; cela en 2018, en observant le soul&#232;vement des Gilets Jaunes en France, et ce sera toujours plus ainsi au fur et &#224; mesure que le capital, dans une acc&#233;l&#233;ration vertigineuse de sa subsomption r&#233;elle, d&#233;vore toujours plus d'existences, rendant toujours plus pr&#233;caires m&#234;me la vie de couches qui auparavant avaient une situation garantie. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; En septembre 2020, un gigantesque foyer &#233;pid&#233;mique s'est d&#233;clar&#233; dans la zone la plus industrialis&#233;e d'Italie, la province de Bergame, en Lombardie. Dans le Val Seriana, il y a des centaines d'usines de tailles diverses, qui font travailler des dizaines de milliers de personnes et alimentent la circulation quotidienne des salari&#233;s de Bergame et de sa province. Des experts ont tout de suite sugg&#233;r&#233; de fermer ces entreprises et de d&#233;clarer la vall&#233;e 'zone rouge', mais la Confindustria [&#233;quivalent italien du Medef, ndt] a fait pression sur les politiques pour qu'il n'en soit rien. La contagion a tr&#232;s vite &#233;t&#233; hors de contr&#244;le et s'est r&#233;pandue dans toute la conurbation lombarde, o&#249; vivent environ huit millions de personnes. Le syst&#232;me sanitaire lombard, d&#233;vast&#233; par des ann&#233;es de coupes et de privatisations, s'est &#233;croul&#233; en quelques jours. De l&#224; la contagion s'est diffus&#233;e dans la moiti&#233; de l'Italie et aussi &#224; l'&#233;tranger. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Toute responsabilit&#233; de contagion a &#233;t&#233; report&#233;e sur les citoyens et leurs comportements individuels. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Les lieux les plus expos&#233;s &#224; la contagion (ceux de la production manufacturi&#232;re, les plateformes de la logistique et la transformation des viandes et d'autres aliments) restaient ouverts mais on interdisait et punissait des comportements inoffensifs comme de sortir de chez soi pour une promenade. Des h&#233;licopt&#232;res de la police surveillaient les plages, des drones partaient &#224; la chasse aux 'transgresseurs' dans les for&#234;ts et les montagnes. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb101&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Thomas Gomart (directeur de l'Institut fran&#231;ais des relations (&#8230;)&#034; id=&#034;nh101&#034;&gt;101&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Cependant, les foyers &#233;pid&#233;miques de l'industrie ont disparu de tous les discours. L'apoth&#233;ose a &#233;t&#233; atteinte en 2020 avec l'obligation du masque &#224; l'ext&#233;rieur et le couvre-feu &#224; dix heures du soir, mesures qui n'avaient pratiquement rien de scientifiques. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le passe sanitaire prolonge et porte &#224; un niveau sup&#233;rieur cette politique de culpabilisation des citoyens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'est pas vrai que le passe sanitaire soit n&#233;cessaire pour convaincre les gens de se vacciner. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Durant ces vingt mois, une bonne part de la gauche 'radicale' &#8212; qui par moment a paru plus apeur&#233;e que la moyenne des Italiens, sauf qu'elle appelait sa peur de mourir &#171; altruisme &#187; &#8212; a renonc&#233; &#224; critiquer la logique de ces mesures et n'a parl&#233; que du virus. Le virus, le virus, le virus. C'est pourquoi elle a &#233;t&#233; incapable de critiquer le passe, et m&#234;me l'a d&#233;fendu, en adoptant exactement la m&#234;me position que la Confindustria, Draghi et toute la classe dirigeante. Une classe dirigeante qui est la vraie responsable de plus de cent mille morts et de millions d'existences inutilement g&#226;ch&#233;es si ce n'est d&#233;truites, &#233;conomiquement et psychologiquement. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Pour revenir aux manifs : 'Ils ne sont peut-&#234;tre pas tous fachos, mais ce sont tous de dangereux antivax et complotistes', c'est la seconde narration mainstream [la premi&#232;re narration est celle de la 'responsabilit&#233; individuelle', nda]. Et alors, les moins excit&#233;s disent : 'il faut convaincre les gens, expliquer, les inciter &#224; se vacciner et &#224; accepter le passe sanitaire'. Qu'est-ce qui ne fonctionne pas dans ce raisonnement, &#224; part le fait que beaucoup n'ont pas encore compris (ou feignent de ne pas comprendre) la diff&#233;rence entre refuser le vaccin et refuser le passe ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Nous avons &#233;t&#233; vaccin&#233;s mais nous trouvons compr&#233;hensible que certains ne veuillent pas l'&#234;tre vue la communication schizophr&#232;ne, l'arrogance, le halo de non-fiabilit&#233; qui entoure le gouvernement hors des bulles bourgeoises qui lui donnent leur consentement. Si, avec l'obligation du passe, le gouvernement vous ordonne de vous vacciner, sinon il vous rendra la vie impossible, et que vous dites : 'non, apr&#232;s tout ce qui s'est pass&#233;, je n'ai plus confiance', nous pouvons comprendre pourquoi. Cette d&#233;fiance est fond&#233;e, entre autres, non seulement sur la gestion d&#233;lictueuse de la pand&#233;mie, mais en g&#233;n&#233;ral sur une r&#233;alit&#233; que les camarades convertis au scientisme le plus aveugle sont m&#234;me arriv&#233;s &#224; nier : dans une soci&#233;t&#233; capitaliste, la m&#233;decine op&#232;re selon des logiques capitalistes. L'antivax en tire des conclusions absurdes ? C'est vrai. Cela n'emp&#234;che pas cette r&#233;alit&#233; d'exister.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Il y a une crise de l&#233;gitimit&#233; des institutions, une d&#233;fiance g&#233;n&#233;ralis&#233;e, un refus de croire tout ce que dit le mainstream. La moiti&#233; de la population ne vote plus, elle n'en a rien &#224; foutre de participer au fonctionnement de la machine des partis. Pour tous ces motifs, nous ne voulons pas stigmatiser ceux qui ne veulent pas se faire vacciner, m&#234;me si nous avons d&#233;cid&#233; le contraire, et nous ne pouvons pas consid&#233;rer ces personnes, comme beaucoup de gens 'de gauche' comme &#233;tant plus nos ennemis que la classe dirigeante qui nous a fourr&#233; dans cette situation de merde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Evidemment, quand l'antivax balance des conneries et r&#233;pand de fausses nouvelles et des fantasmes de complot, nous les d&#233;montons dans la mesure o&#249; nous le pouvons [&#8230;]. Ce que nous ne faisons pas c'est nous unir &#224; ceux qui ont fait de 'l'antivax' un bouc &#233;missaire, nous ne nous joignons pas au jeu de massacre qui sert &#224; absoudre le gouvernement et les patrons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Encore : pas besoin d'&#234;tre contre les vaccins pour saisir une donn&#233;e de fait : tout concentrer sur les vaccins comme sur l'arriv&#233;e de la cavalerie a contribu&#233; &#224; refouler les causes structurales de la pand&#233;mie, de son impact et de sa gestion sous le signe de l'urgence. Quand est arriv&#233; le vaccin, personne n'a plus parl&#233; d'inverser le chemin du d&#233;mant&#232;lement de la sant&#233;, de sa r&#233;organisation sur le mod&#232;le de l'entreprise, qui l'a rendue incapable de tenir face &#224; tout ce qui sort de l'ordinaire. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Ceux qui se demandent pourquoi ce processus de mobilisation des travailleurs n'a lieu que maintenant (apr&#232;s le 'jobs act', l'augmentation de l'&#226;ge de la retraite, le d&#233;blocage du pass pour les licenciements), devraient probablement chercher la r&#233;ponse dans la vaste activation sociale qui a eu lieu avec l'introduction du pass vert apr&#232;s un an et demi de gestion pand&#233;mique par le haut. Ce n'est pas le contexte parfait tant esp&#233;r&#233; par la gauche, mais c'est la mobilisation r&#233;elle qui a eu lieu dans l'accumulation des tensions sociales de ces derni&#232;res ann&#233;es : c'est le fait incontournable que cette vague de mobilisation ne peut &#234;tre d&#233;cid&#233;e ou chang&#233;e par des discussions de comptoir. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si le texte se conclut sur le fait que la mobilisation n'&#233;tait pas &#171; un mouvement antivax &#187; et sur la n&#233;cessit&#233; de &#171; mettre au centre de la lutte contre cet instrument de contr&#244;le et de chantage (le pass sanitaire) le droit au travail et &#224; la vie sociale en g&#233;n&#233;ral sans discrimination &#187;, &lt;i&gt;cela signifie que quand la routine vient au jour, plus rien ne va&lt;/i&gt;. Quand, &#224; la faveur d'un &#233;v&#233;nement plus ou moins impr&#233;visible, se r&#233;v&#232;le toute la m&#233;canique de la vie quotidienne faite de vexations, d'humiliations, d'ali&#233;nations, d'exploitations, sans pouvoir l'an&#233;antir et la d&#233;passer, il est plus que normal que la tension monte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;h.fb75jwxn1h30&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Aux Antilles (&lt;/i&gt;Le Monde&lt;i&gt; du 28-29 novembre 2021)&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Au CHU de Point-&#224;-Pitre, de nombreux soignants mobilis&#233;s s'&#233;taient dits affect&#233;s par l'annonce lapidaire de leur suspension, qui s'&#233;taient manifest&#233;e, selon eux, par un simple courrier et sans contact avec la direction des ressources humaines de l'&#233;tablissement &#8211; la loi impose pourtant un entretien pr&#233;alable en cas de suspension sup&#233;rieure &#224; trois jours [&#8230;] Les services du Premier ministre font &#233;tat globalement de 1400 suspensions en Guadeloupe. [&#8230;] Environ 90 % des soignants de Guadeloupe ont au moins re&#231;u une injection de vaccin contre le Covid-19. [&#8230;] Le dispositif annonc&#233; propose aux soignants et aux pompiers restants de ne plus voir leur r&#233;mun&#233;ration suspendue s'ils acceptent un entretien individuel dans le cadre de la mission de dialogue d&#233;j&#224; annonc&#233;e par le gouvernement. Pour plusieurs manifestants, la proposition gouvernementale rel&#232;ve d'une strat&#233;gie de division [voir supra Trieste, nda] : une partie des professionnels de sant&#233; non vaccin&#233;s vont d&#233;buter, au 1er d&#233;cembre, leur deuxi&#232;me mois de mobilisation sans salaire, et le retour au travail d'agents, favoris&#233; par le dispositif annonc&#233; fragiliserait le mouvement. A la date du 24 novembre, 525 des 3665 agents du CHU de Point-&#224;-Pitre &#233;taient suspendus. &#187;. Mais l'ampleur du mouvement ne se comprend qu'en sachant qu'en dehors des &#171; professionnels de sant&#233; &#187;, moins de 35 % de Guadeloup&#233;ens ont un &#171; sch&#233;ma vaccinal complet contre 90 % en m&#233;tropole.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est vrai que &#171; Pour les personnes refusant le vaccin apr&#232;s le 31 d&#233;cembre, la cellule d'&#233;coute propos&#233;e par le minist&#232;re de la sant&#233; devra les 'accompagner dans une r&#233;orientation professionnelle' [Tsoin, Tsoin, nda]. &#187; Quant &#224; la question de l'autonomie pos&#233;e par l'Etat, tout le monde s'en fout si ce n'est peut-&#234;tre le personnel politique violemment critiqu&#233; comme &#233;tranger &#224; la lutte : &#171; Les &#233;lecteurs ne veulent plus aller voter, mais attendent tout d'&#233;lus qu'ils croient unanimement corrompus. &#187; (Harry Durimel, avocat &#233;cologiste, &#233;lu maire de Point-&#224;-Pitre en 2020, in &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;idem&lt;/i&gt;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme l'&#233;crit Olivieri pour Trieste : &#171; La ville bourgeoise se targue d'&#234;tre rationnelle, responsable et consciente face aux quartiers de la pl&#232;be grossi&#232;re impr&#233;gn&#233;e de croyances irrationnelles et de culture anti-scientifique. &#187; Accepter cette affirmation lapidaire, n'emp&#234;che pas de s'interroger &#233;galement sur les id&#233;ologies qui permettent &#224; cette &#171; pl&#232;be &#187; de lutter contre ce qu'elle refuse et de l'exprimer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;En bref : aux quatre coins du monde&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s deux semaines d'un conflit social dans l'impasse en Guadeloupe et ses r&#233;pliques &#224; la Martinique et en Polyn&#233;sie fran&#231;aise :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Vingt et un points de blocages ont &#233;t&#233; lev&#233;s par les gendarmes dans la nuit de jeudi &#224; vendredi &#187; (&lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt;, 26-27 novembre). &#171; Les manifestants, souvent jeunes, occupant les routes pendant la nuit, ont &#233;largi leurs revendications aux enjeux sociaux et &#233;conomiques &#187; (&lt;i&gt;ibid&lt;/i&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet : &#171; Les Guadeloup&#233;ens les plus ais&#233;s choisissent le plus souvent de vivre en p&#233;riph&#233;rie de Pointe-&#224;-Pitre. Ils esp&#232;rent &#233;chapper ainsi &#224; la d&#233;linquance et au trafic de drogue dont les d&#233;g&#226;ts peuvent se mesurer &#224; l'&#339;il nu &#8230; [&#8230;] Pointe-&#224;-Pitre vit dans un carcan administratif qui l'emp&#234;che de toucher un centime du port autonome ou de la marina o&#249; sont amarr&#233;s yachts luxueux et bateaux de plaisance. [&#8230;] La r&#233;volte contre le passe sanitaire est bient&#244;t devenue une r&#233;volte contre la vie ch&#232;re, le ch&#244;mage des jeunes et cet Etat fran&#231;ais &#224; la fois vilipend&#233; et toujours invoqu&#233; comme recours. &#187; (&lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; du 12-13/12 /21). Il est vrai que de profonds probl&#232;mes structurels ont explos&#233;, unifi&#233;s et exprim&#233;s par un combat anti-passe et antivax qui synth&#233;tisait alors par son contenu la r&#233;volte contre l'Etat et sa politique. En Guadeloupe, le ch&#244;mage, la pr&#233;carit&#233;, le prix des biens de premi&#232;re n&#233;cessit&#233;, l'injustice des politiques de l'Etat, dans les domaines &#233;conomique, social, environnemental, la faible prise en compte, par m&#233;pris de ces populations l&#224; des probl&#232;mes sanitaires et &#233;cologiques du chlord&#233;cone, de la distribution de l'eau, des sargasses, prolongent, dans les corps, le traumatisme structurel de l'esclavage. Les &#171; profonds probl&#232;mes structurels &#187; c'est &#231;a la routine, il faut pour que prenne la mayonnaise la fameuse &#171; goutte d'eau &#187; qui n'est jamais un trop plein quantitatif mais qui, qualitativement, cristallise les &#171; profonds probl&#232;mes &#187; en leur donnant sa forme. Comment &#171; oublier &#187; l'esclavage quand c'est sur la contrainte des corps que s'organisent toutes les contraintes des rapports sociaux ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le probl&#232;me, comme &#224; Trieste, n'est pas &#171; ailleurs &#187; que dans le pass, il est int&#233;rieur au pass dans ce qu'il signifie socialement imm&#233;diatement, dans ce qu'il r&#233;v&#232;le et met en forme &lt;i&gt;dans ses propres termes&lt;/i&gt;. La crise Covid-19 n'a pas simplement acc&#233;l&#233;r&#233; les &#233;volutions en cours, accentu&#233; les distinctions sociales existantes, mis &#224; jour de &#171; profonds probl&#232;mes structurels &#187;, elle les a red&#233;finis &lt;i&gt;dans ses termes propres&lt;/i&gt;, c'est-&#224;-dire, elle a red&#233;fini et mis &#224; jour, en termes de classes, &lt;i&gt;dans le travail&lt;/i&gt; : la sant&#233;, l'intime, l'individualit&#233;, le sujet, en un mot, &lt;i&gt;la vie quotidienne&lt;/i&gt;. Avec le Covid, tout se cristallise, mais l'agent de cristallisation d&#233;termine et met en forme la cristallisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me si c'est autour de la citoyennet&#233; que dans la crise de la soci&#233;t&#233; salariale sont reconstruits id&#233;ologiquement nombre de conflits de classes et la d&#233;l&#233;gitimation de tous les discours officiels, il faut &#233;galement consid&#233;rer que cette d&#233;l&#233;gitimation et cette id&#233;ologie citoyenne sont &lt;i&gt;critiques&lt;/i&gt;, m&#234;me si ce n'est que dans la mesure o&#249; elles sont le langage de la revendication dans le miroir que lui tend la logique de la distribution et de la n&#233;cessit&#233; de l'Etat. Les pratiques qui op&#232;rent sous cette id&#233;ologie sont efficaces parce qu'elles renvoient aux individus une image vraisemblable et une explication cr&#233;dible de ce qu'ils sont et de ce qu'ils vivent, elles sont constitutives de la &lt;i&gt;r&#233;alit&#233;&lt;/i&gt; de leur vie quotidienne. Quand la reconstruction id&#233;ologique des conflits de classes devient le peuple face aux &#233;lites qui monopolisent la parole l&#233;gitime (ce qui a toujours &#233;t&#233; le cas), il s'agit d'&lt;i&gt;une parole qui ne fait plus sens&lt;/i&gt;. Le conflit culturel &lt;i&gt;demeure et mute&lt;/i&gt; en enveloppant et int&#233;grant le conflit social en une sorte de retour de la &#171; haine de classe &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui se joue de fa&#231;on perverse comme &#171; conflit &#187;, c'est le rapport de l'Etat, de tous ses appareils r&#233;pressifs et/ou id&#233;ologiques&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb102&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Nous avons &#233;voqu&#233; pr&#233;c&#233;demment la distinction entre &#171; pouvoir d'Etat &#187; et &#171; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh102&#034;&gt;102&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, de la classe dominante dans son ensemble &#224; &lt;i&gt;sa&lt;/i&gt; soci&#233;t&#233;. Dans la crise des Etats et de tous leurs appareils vis-&#224;-vis de leur soci&#233;t&#233;, le discr&#233;dit social dans lequel ce rapport est tomb&#233; conf&#232;re une g&#233;n&#233;ralit&#233; &#224; toutes les &#171; d&#233;nonciations &#187;. Sous &#171; l'&#233;lite parasitaire se maintenant par le mensonge &#187;, c'est la classe dominante, la n&#233;cessit&#233; m&#234;me de cette soci&#233;t&#233; et de tous ses rapports qui apparaissent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La vie auparavant &#233;tait tout aussi restreinte, contr&#244;l&#233;e et soumise aux n&#233;cessit&#233;s de la reproduction. C'est la norme que de subir des injonctions et de se voir imposer des mesures contraignantes (parfois rudement), partout et dans tous les aspects de l'existence. Mais ce serait &#234;tre aveugl&#233; par l'ampleur plan&#233;taire de la demande de protection contre le Covid et les d&#233;g&#226;ts sociaux de la gestion de l'&#233;pid&#233;mie que de soutenir qu'en &#171; rechignant &#187;, tout le monde, plus ou moins, a jou&#233; le jeu des Etats et des entreprises, m&#234;me en gentiment temp&#233;rant le propos selon la classe sociale, le lieu d'habitation, le niveau de dipl&#244;me et le type de pays. &lt;i&gt;En fait, ils furent nombreux ceux qui mondialement ont mal ou pas du tout &#171; jou&#233; le jeu &#187;&lt;/i&gt;. Un jeu qui, dans ce mode de production, &#233;tait n&#233;cessairement truqu&#233;. N&#233;cessairement truqu&#233; car l'exploitation, parce qu'elle est subsomption du travail sous le capital, est ce dr&#244;le de jeu o&#249; c'est toujours le m&#234;me qui gagne m&#234;me si, en m&#234;me temps, c'est un jeu en contradiction avec sa r&#232;gle et une tension &#224; l'abolition de cette r&#232;gle (voir &lt;i&gt;TC&lt;/i&gt; 22, p. 173, &lt;i&gt;L'exploitation, d&#233;finition d'une contradiction&lt;/i&gt;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s f&#233;vrier 2020, des probl&#232;mes li&#233;s aux assurances et &#224; l'acc&#232;s aux soins de sant&#233; se posent aux Etats-Unis o&#249; 20 % de la population est sans assurance, principalement les femmes noires. En Chine au m&#234;me moment 30 % des entreprises annoncent qu'elles ne pourront pas payer les salaires quand les prix des produits alimentaires augmentent de 20,6 %. En Mars 2020, en Italie les grandes centrales syndicales se posent en m&#233;diatrices face &#224; une vague de gr&#232;ves spontan&#233;es avec l'appui des Cobas. En Espagne, les ouvriers et ouvri&#232;res imposent la fermeture de l'usine Mercedes Benz &#224; Vitoria de m&#234;me que celles et ceux d'Iveco &#224; Valladolid, &#171; faute de mesures pr&#233;ventives &#187;, ainsi que les employ&#233;s de DHL. Au Canada, chez FIAT, le 13 mars 2020, les travailleurs quittent spontan&#233;ment l'usine. Ce m&#234;me mois, en Belgique, les ouvriers d'Audi se mettent spontan&#233;ment en gr&#232;ve par manque de s&#233;curit&#233;, tandis que de nombreux magasins &#171; Brico &#187; ferment face &#224; la masse de gens qui partent sans payer. Aux Etats-Unis, une vague de gr&#232;ves sauvages, dans la banlieue de D&#233;troit am&#232;ne &#224; la fermeture de nombreuses usines. En Chine, les manifestations se succ&#232;dent contre les pertes de revenus dues &#224; la pr&#233;carit&#233; des emplois. En France Sibeth Ndiaye (porte-parole du gouvernement) et Macron exhortent les salari&#233;s &#224; poursuivre leur activit&#233;. En Italie tous les rassemblements sont interdits sauf pour aller travailler. En Avril, au Canada, 40 % des salari&#233;s ont fait une demande de secours d'urgence aupr&#232;s des banques alimentaires ; en juillet, en Alberta la majoration des heures suppl&#233;mentaires est supprim&#233;e et le droit de gr&#232;ve restreint. Au Bangladesh, les ouvri&#232;res manifestent pour &#234;tre pay&#233;es et contre les ordres de confinement. En Inde, des millions de travailleurs migrants du secteur informel (sans contrat) quittent les villes malgr&#233; le verrouillage des d&#233;placements. En France, ce m&#234;me mois, le Medef exhorte &#224; &#171; reprendre le travail plein pot &#187; et s'interroge sur les cong&#233;s et les jours f&#233;ri&#233;s, tandis que la CFDT accepte lors de la reprise chez Renault des semaines de 60 h, et qu'Edouard Philippe (Premier ministre &#224; l'&#233;poque) annonce qu' &#171; il faudra travailler plus &#187; ; des ordonnances sur le travail sont promulgu&#233;es autorisant les journ&#233;es de 12h et les semaines de 60 et la suppression &#171; momentan&#233;e &#187; des RTT, Agn&#232;s Buzin (alors Ministre de la sant&#233;) d&#233;fend l'&#233;talement des horaires et le travail du soir ou de nuit au nom de la &#171; distanciation sociale &#187;. En Espagne, les ouvriers d'usine et ceux de la construction sont somm&#233;s de reprendre le travail. En Mai, au Chili, manifestations et &#233;meutes de la faim, les habitants ne pouvant plus travailler ; au Mexique les pillages se multiplient, le r&#233;gime de bouclage asphyxie les plus pauvres. Les m&#233;tallos de Ilva &#224; G&#234;nes manifestent pour &#171; d&#233;fendre la sant&#233; &#187;, ils sont 8000 &#224; Tarente (Arcelor en profite pour licencier du personnel). En juillet, aux Etats-Unis, manifestations de col&#232;re sur les lieux de travail contre l'obligation de reprendre le travail et contre la r&#233;ouverture des &#233;coles, tandis que les expulsions pour non-paiement des cr&#233;dits augmentent (en avril 2021, le gouvernement australien d&#233;cr&#232;te la fin du moratoire sur les expulsions suite au non-paiement des loyers ou cr&#233;dits). En Italie, en juillet 2020, la part de la population qui ne dispose pas de ressources suffisantes pour pouvoir rester &#224; la limite du seuil de pauvret&#233; pendant trois mois est estim&#233;e &#224; 55 %. En Serbie, le Parlement est attaqu&#233; en protestation contre le couvre-feu et la gestion de la pand&#233;mie par le gouvernement. Au Br&#233;sil, les favelas s'organisent en &#171; autod&#233;fense sanitaire &#187; et dans le but de r&#233;duire les risques de transmission du nouveau coronavirus ; le gouvernement de l'Etat d'Amapa avait d&#233;cr&#233;t&#233; un couvre-feu nocturne et avait interdit tout type d'activit&#233; politique dans les rues ou sur les places, m&#234;me en plein air, y compris les r&#233;unions, les promenades, les cort&#232;ges, les rassemblements. D'un c&#244;t&#233;, l'Etat sabote les mesures d'isolement social au nom de la discipline du travail, puis d&#233;clenche un verrouillage pour contenir la r&#233;volte sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En octobre, en Italie, &#224; Naples o&#249; l'emploi informel est tr&#232;s important : manifestations aux cris de &#171; Vous nous fermez, vous nous payez &#187;, &#171; Nous ne paierons pas la crise &#187;. De Naples, les manifestations s'&#233;tendent &#224; 30 villes d'Italie avec des pillages &#224; Turin et Milan, comme si une limite avait saut&#233;, qu'un bouchon avait &#233;clat&#233;, qu'une m&#233;diation s'&#233;tait d&#233;t&#233;rior&#233;e, celle de la routine et de la vie quotidienne. En Espagne, dans les quartiers pauvres du sud-est de Madrid (Vallecas), l&#224; o&#249; les logements sont petits, o&#249; il n'y a pas de t&#233;l&#233;travail et o&#249; on est oblig&#233; de prendre le m&#233;tro pour aller travailler, les manifestations s'encha&#238;nent, en novembre 2020, le gouvernement d&#233;cr&#232;te l'&#233;tat d'urgence dans la capitale. Ce m&#234;me mois, les ouvriers de Safran (Villaroche en Seine-et-Marne) se mettent en gr&#232;ve pour pouvoir retourner &#224; la cantine et &#224; Saint-Nazaire ceux d'Airbus arr&#234;tent le travail contre l'obligation de r&#233;cup&#233;rer les heures et jours non-travaill&#233;s. En d&#233;cembre 2020, en Albanie, les flics tuent un jeune qui ne respectait pas le couvre-feu, entra&#238;nant trois nuits de r&#233;volte dans le centre de Tirana, tandis qu'&#224; l'autre bout du monde, &#224; Shanghai, dans les usines haut de gamme de Pegatron travaillant pour Apple, les ouvriers affrontent la police pour le paiement de leurs salaires, avec comme mot d'ordre : &#171; Rendez-nous notre sang et notre argent de la sueur &#187;. En Serbie, les employ&#233;s d'une entreprise sud-cor&#233;enne d'&#233;lectronique demandent de ne plus retourner au travail quand l'usine est d&#233;clar&#233;e &#234;tre un &lt;i&gt;hotspot&lt;/i&gt; du Covid. Au Pays-Bas, en janvier 2021, apr&#232;s l'imposition d'un couvre-feu, les affrontements avec la police virant &#224; l'&#233;meute &#233;clatent &#224; Amsterdam, Rotterdam, Eindhoven. A La Haye, c'est le quartier des migrants contraints &#224; l'inactivit&#233; qui s'enflamme (comme &#224; Bristol au Royaume-Uni) &lt;i&gt;pour les m&#234;mes raisons&lt;/i&gt; qu'&#224; Tripoli, au Liban, o&#249; les journaliers sont priv&#233;s des opportunit&#233;s de travail occasionnel ou &#224; Dakar dont la majorit&#233; de la population vit au jour le jour dans l'&#233;conomie informelle, o&#249; la circulation entre les r&#233;gions du S&#233;n&#233;gal est interdite, les fronti&#232;res ferm&#233;es et o&#249; les revenus venus de la diaspora s'effondrent. Les supermarch&#233;s sont pill&#233;s, les blind&#233;s sont dans la rue, 4 morts en mars 2021. En mai 2021, en Inde, les ouvriers de Hyundai et de Renault refusent de reprendre le travail sans mesure de s&#233;curit&#233; contre le Covid. En juillet, en Afrique du Sud, ce sont les townships les plus pauvres qui s'insurgent contre les difficult&#233;s &#233;conomiques et les restrictions renforc&#233;es provoqu&#233;es par la troisi&#232;me vague de l'&#233;pid&#233;mie, les pillages se r&#233;pandent comme un incendie, la police r&#233;agit : 212 morts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous pourrions pendant des dizaines de pages et jusqu'&#224; la date d'aujourd'hui (septembre 2022) poursuivre cette liste avec les r&#233;actions et les luttes contre la mont&#233;e mondiale de la pauvret&#233; (184 millions de personnes sont tomb&#233;es sous le seuil de pauvret&#233; international, soit 1,9 $ par jour) principalement dans l'immense secteur informel qui emploie plus de la moiti&#233; de la population active mondiale, avec les femmes, les enfants, les populations racis&#233;es comme premi&#232;res victimes soumises &#224; toutes les mesures de confinement, &#224; tous les bouclages, &#224; toutes les restrictions, &#224; toutes les p&#233;nuries et &#224; tous les contr&#244;les. Sans oublier, l&#224; o&#249; ils existaient, la rupture des &#171; compromis sociaux &#187; : depuis le d&#233;but de la pand&#233;mie, le nombre de personnes au Royaume-Uni pay&#233;es en dessous du salaire minimum a plus que quadrupl&#233; pour atteindre 2 millions de personnes ; en Espagne, la pand&#233;mie est pour les patrons &#171; une fen&#234;tre sur l'avenir &#187;, le travail &#224; l'heure dominera pour la fabrication et la livraison des repas, pour les femmes de m&#233;nage dont le travail est dispers&#233; entre &#233;coles, h&#244;pitaux, maisons priv&#233;es ; dans ce pays, depuis le d&#233;but de la pand&#233;mie 7 nouveaux ch&#244;meurs sur 10 ont entre 20 et 29 ans et ce sont &#224; 58 % des femmes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le coronavirus n'a pas provoqu&#233; la crise &#233;conomique, n'a pas cr&#233;&#233; les contradictions du mode de production capitaliste, l'exploitation, la mis&#232;re et la lutte des classes, il a catalys&#233; une somme d'&#233;l&#233;ments disparates. Mais &lt;i&gt;le catalyseur n'est jamais neutre ou innocent&lt;/i&gt;. C'est dans l'exp&#233;rience d'un contr&#244;le social global dans la quasi-totalit&#233; des Etats, non pas nouveau mais devenu &#233;vident, av&#233;r&#233;, d&#233;clar&#233;, que tout ce qui &#233;tait &#171; allant de soi &#187;, plus ou moins conflictuellement accept&#233;, routinier, &lt;i&gt;quotidien&lt;/i&gt; est devenu promulgu&#233;, impos&#233; si n&#233;cessaire par la force, et cela au niveau de toutes les instances de la reproduction sociale dont la continuit&#233; et l'unit&#233; &#233;taient devenues patentes au niveau le plus intime, personnel pour chacun et chacune, de son int&#233;grit&#233; physique individuelle en relation avec ses semblables dans la m&#234;me situation de contrainte et d'&#233;vidence de l'exploitation et de la domination. &lt;i&gt;Le catalyseur a fait que tout ce qui relevait d'une crise &#233;conomique a investi les dimensions les plus personnelles et intimes de ceux et celles qui &#233;taient l'objet de toutes les contraintes et contr&#244;les&lt;/i&gt;. Quand ce type de conflits, ces luttes surviennent, auxquelles nous ne sommes pas habitu&#233;s, au lieu de les prendre pour ce qu'elles sont et disent, nous pr&#233;f&#233;rons souvent croire qu'il y a une &#171; raison plus profonde &#187; et ramener tout cela dans nos sch&#233;mas convenus, comme si la &lt;i&gt;forme&lt;/i&gt; que donne le catalyseur n'&#233;tait pas celle de &lt;i&gt;son contenu&lt;/i&gt; et par l&#224; l'existence m&#234;me de ce contenu (nous &#233;pargnerons au lecteur quelques citations de Hegel &#8230;). Quand &#224; Florence, &#224; Naples, &#224; Palerme ou &#224; Turin (pour rester dans &#171; l'Europe aux vieux parapets &#187;), un prol&#233;tariat urbain appauvri manifeste et se livre &#224; des pillages dans les centres villes, de m&#234;me quand, aux Etats-Unis, les principales cibles des vols sont le pain, le lait maternis&#233; et les couches et qu'au Liban ce sont les rayons alimentaires qui sont pill&#233;s en mars 2021 apr&#232;s l'intervention de l'arm&#233;e pour rouvrir les routes bloqu&#233;es, ou qu'au Nigeria, en octobre 2020, les entrep&#244;ts de nourriture qui n'avait pas &#233;t&#233; distribu&#233;e lors du pr&#233;c&#233;dent confinement sont attaqu&#233;s (56 morts), ce prol&#233;tariat urbain appauvri n'attaque pas la &#171; dictature sanitaire &#187; mais les conditions impos&#233;es dans lesquelles il doit vivre l'urgence sans moyens pour faire face aux mesures gouvernementales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;h.ulbihsexj96j&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La contradiction dans la vie quotidienne (suite)&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui n'&#233;tait pas nouveau mais que l'&#233;pid&#233;mie de Covid-19 a partiellement r&#233;v&#233;l&#233;, c'est que la vie quotidienne est n&#233;cessairement r&#233;glement&#233;e, c'est l&#224; sa contradiction interne &#224; l'int&#233;rieur de sa propre production : la libert&#233; de sujet n'est que la &lt;i&gt;s&#233;paration&lt;/i&gt; qui fonde l'exploitation. Quand la vie quotidienne devient le champ et l'enjeu de la lutte des classes, elle a ses contradictions propres. Pour le dire simplement : la vie quotidienne n'est pas ce qu'elle pr&#233;tend &#234;tre&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb103&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Il faudra se souvenir qu'il est dans la nature du sujet de ne pas &#234;tre ce (&#8230;)&#034; id=&#034;nh103&#034;&gt;103&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. C'est du travail tel qu'il est un moment de la vie quotidienne, comme activit&#233; individuelle face &#224; son caract&#232;re social qu'il faut partir, c'est l&#224; o&#249; cette scission de la vie quotidienne appara&#238;t d'abord comme manifeste. Cela signifie qu'en subsomption r&#233;elle, la vie quotidienne ne peut plus servir de base de repli dans la lutte de classe (ce que, par exemple, l'on retrouve &#224; propos du ch&#244;mage jusque dans les ann&#233;es 30 en France). Quand la contradiction de l'accumulation capitaliste, donc la lutte de classe, produit la vie quotidienne comme son lieu, son enjeu et son champ, la vie quotidienne devient alors r&#233;ellement le probl&#232;me. Sans la vie quotidienne devenant r&#233;ellement le probl&#232;me, c'est-&#224;-dire &lt;i&gt;se contredisant dans la libert&#233; du sujet comme prol&#233;taire&lt;/i&gt;, pas de communisation, c'est-&#224;-dire le bouleversement de toutes les relations renversant la hi&#233;rarchie des instances (avec l'&#233;conomie comme toujours &#171; in&#233;vitable &#187; derni&#232;re instance), ne r&#233;glant rien par voie de cons&#233;quence de la pourriture qui colle &#224; la peau des prol&#233;taires et les constitue. La &#171; voie de cons&#233;quence &#187; r&#233;glant les probl&#232;mes &#224; partir de la contradiction &#171; &#233;conomique &#187; c'est la contre-r&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au d&#233;but des ann&#233;es 2000, en Argentine la question de l'appartenance de classe comme contrainte ext&#233;rieure est apparue comme &lt;i&gt;v&#233;cu&lt;/i&gt; dans les activit&#233;s quotidiennes et les rapports entre hommes et femmes. Le concept de vie quotidienne est n&#233;cessaire &#224; la th&#233;orie de la communisation non seulement parce qu'il qualifie la situation actuelle, mais aussi parce qu'il est le point de d&#233;part (&#171; d&#233;passement produit &#187;), point d'ancrage, du concept de conjoncture. C'est dans la caract&#233;risation pr&#233;sente des contradictions comme contradictions dans la vie quotidienne qu'il peut y avoir ce bouleversement chaotique de la hi&#233;rarchie d&#233;terminative des instances qui d&#233;finit une conjoncture, c'est-&#224;-dire le renversement de l'&#233;conomie comme d&#233;termination ultime par quoi seulement la communisation devient possible. C'est la poursuite d'un m&#234;me chemin qui de la r&#233;volution comme &lt;i&gt;communisation&lt;/i&gt; nous m&#232;ne au concept de &lt;i&gt;conjoncture&lt;/i&gt; et ensuite &#224; celui de &lt;i&gt;vie quotidienne&lt;/i&gt; comme la matrice de la conjoncture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Entre les contraintes et le sujet, dans cette contradiction de la vie quotidienne, ce qui r&#233;appara&#238;t, c'est l'ali&#233;nation : &#171; l'ali&#233;nation humaine &#187;. Elle n'est plus le principe premier, le point de d&#233;part des rapports sociaux comme dans les &lt;i&gt;Manuscrits de 1844&lt;/i&gt; et autres &#171; &#338;uvres de jeunesse &#187;, elle est un moment de l'auto-compr&#233;hension du f&#233;tichisme et des formes d'apparition. &#171; L'ali&#233;nation humaine &#187; rend compte du v&#233;cu de l'exploitation, mais seulement en tant qu' &#171; ali&#233;nation humaine &#187;. Cependant, on peut critiquer et d&#233;truire &lt;i&gt;th&#233;oriquement&lt;/i&gt; &#171; l'humanisme th&#233;orique &#187;, on ne supprime pas pour autant l'humanisme id&#233;ologique et v&#233;cu. Face &#224; toutes les exploitations, les humiliations, les souffrances et les tortures, le cri venant de l'int&#233;rieur est toujours : &#171; je suis un &#234;tre humain ! &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans &lt;i&gt;L'Id&#233;ologie allemande&lt;/i&gt;, il y a une critique acerbe de Feuerbach qui est en total d&#233;s&#233;quilibre par rapport &#224; la 6&#232;me Th&#232;se &#233;crite pr&#233;c&#233;demment (elle-m&#234;me &#233;galement conceptuellement en d&#233;s&#233;quilibre).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &#8230; rappelons ce passage de la &lt;i&gt;Philosophie de l'avenir&lt;/i&gt; o&#249; il [Feuerbach] d&#233;veloppe cette id&#233;e que l'&#202;tre d'un objet ou d'un homme est &#233;galement son essence, que les conditions d'existence, le mode de vie et l'activit&#233; d&#233;termin&#233;e d'une cr&#233;ature animale ou humaine sont ceux o&#249; son 'essence' se sent satisfaite.[&#8230;] Donc, si des millions de prol&#233;taires ne se sentent nullement satisfaits par leur condition de vie, si leur '&#202;tre' ne correspond pas le moins du monde &#224; leur essence, ce serait d'apr&#232;s le passage cit&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb104&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;On trouve ce passage dans Principes de la philosophie de l'avenir, voir : (&#8230;)&#034; id=&#034;nh104&#034;&gt;104&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, un malheur in&#233;vitable qu'il conviendrait de supporter tranquillement. Cependant, ces millions de prol&#233;taires ou de communistes ont une tout autre opinion &#224; ce sujet et ils le prouveront, en temps voulu, quand ils mettront leur '&#234;tre' en harmonie avec leur 'essence' dans la pratique, au moyen d'une r&#233;volution. &#187; (&lt;i&gt;op. cit&lt;/i&gt;., p. 74).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La 6&#232;me &lt;i&gt;Th&#232;se sur Feuerbach&lt;/i&gt; nous disait que l'essence de l'homme &#233;tait l'ensemble des rapports sociaux&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb105&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Nous savons que cette &#171; d&#233;finition &#187; supprime ce qu'elle est cens&#233;e d&#233;finir.&#034; id=&#034;nh105&#034;&gt;105&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, donc comme aurait dit Feuerbach son &#171; objet &#187;, c'est-&#224;-dire son &#171; &#234;tre &#187;. Mais, contre Feuerbach, Marx et Engels r&#233;introduisent une essence diff&#233;rente de l'&#234;tre, vingt pages plus loin, ils &#233;crivent : &#171; La contradiction entre la personnalit&#233; du prol&#233;taire en particulier et les conditions de vie qui lui sont impos&#233;es, c'est-&#224;-dire le travail, lui appara&#238;t &#224; lui-m&#234;me, d'autant plus qu'il a d&#233;j&#224; &#233;t&#233; sacrifi&#233; d&#232;s sa prime jeunesse. &#187; (&lt;i&gt;op. cit&lt;/i&gt;., p. 95). Contrairement &#224; la page 74, il s'agit d'une contradiction &lt;i&gt;interne&lt;/i&gt; &#224; la situation de prol&#233;taire : &#171; Chez les prol&#233;taires, au contraire [par rapport aux serfs, nda], leurs conditions de vie propre, le travail et, de ce fait, toutes les conditions d'existence de la soci&#233;t&#233; actuelle, sont devenues pour eux quelque chose de contingent, sur quoi les prol&#233;taires isol&#233;s ne poss&#232;dent aucun contr&#244;le et sur quoi aucune organisation sociale ne peut leur en donner &#187; (&lt;i&gt;ibid&lt;/i&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du fait de cette contingence, le prol&#233;taire m&#232;ne &#224; l'int&#233;rieur de sa vie de prol&#233;taire une existence double, celle de ses &#171; conditions de vie &#187; et de par leur contingence m&#234;me qui le d&#233;finit comme prol&#233;taire, son existence personnelle qui est la &#171; personnalisation &#187; de cette contingence, l&#224; o&#249; il vaut comme homme, &lt;i&gt;comme sujet&lt;/i&gt;. En tant que travailleur libre, toute la reproduction sociale va confirmer son existence d'homme et de personne (&lt;i&gt;Fondements de la critique de l'&#233;conomie politique&lt;/i&gt;, &#233;d. Anthropos, t. 1, p. 428) en m&#234;me temps qu'elle le ram&#232;ne toujours &#224; ses &#171; conditions de vie &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Beaucoup plus loin, contre Stirner, le texte de &lt;i&gt;L'Id&#233;ologie allemande&lt;/i&gt; reprend la critique initi&#233;e contre Feuerbach et ent&#233;rine &#171; la s&#233;paration possible entre concept et existence, &#234;tre et apparence 'de l'homme' &#187; (&lt;i&gt;op. cit&lt;/i&gt;., p. 472). Stirner est condamn&#233; en ce qu'il suffirait de s'&#244;ter de la t&#234;te cette repr&#233;sentation qui s'appelle 'l'homme' pour abolir les conditions r&#233;elles qualifi&#233;es aujourd'hui d'&lt;i&gt;inhumaines&lt;/i&gt;&#8230; &#187; (p. 473). Mais &#171; inhumain &#187; est &#171; le jugement de l'individu qui exprime son opposition aux conditions dans lesquelles il se trouve&#8230; &#187; (&lt;i&gt;ibid&lt;/i&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Ce que l'on qualifie ainsi d' 'inhumain' est un produit des conditions actuelles aussi bien que l' 'humain' ; c'en est le c&#244;t&#233; n&#233;gatif, c'est, en l'absence d'une force productive nouvelle, r&#233;volutionnaire, la r&#233;bellion contre l'ordre r&#233;gnant, ordre qui est fond&#233; sur les forces productives existantes, et contre la fa&#231;on de satisfaire les besoins correspondant &#224; cette situation. L'expression positive 'humain' correspond &#224; un syst&#232;me d&#233;termin&#233;, dominant en fonction d'un certain niveau de production, et &#224; la fa&#231;on de satisfaire les besoins que ce syst&#232;me implique, de m&#234;me que l'expression n&#233;gative 'inhumain' correspond &#224; &lt;i&gt;la tentative quotidiennement renouvel&#233;e&lt;/i&gt; (nous soulignons), et suscit&#233;e par ce m&#234;me niveau de production, de nier cette situation dominante et de nier aussi la fa&#231;on dominante de satisfaire les besoins &lt;i&gt;dans le cadre du mode de production existant&lt;/i&gt; (idem) &#187; (p. 475).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet &#171; humain &#187; et cet &#171; inhumain &#187; qui sont toujours un &#171; produit des conditions actuelles &#187; perdent alors leur &lt;i&gt;relativit&#233; &lt;/i&gt; : dans la mesure m&#234;me o&#249; ils sont le produit de ces conditions et n'existent qu'en elles ils deviennent &#171; absolus &#187;. Ces termes ne peuvent &lt;i&gt;fonctionner efficacement&lt;/i&gt; qu'en se r&#233;f&#233;rant et contenant ceux d' &#171; Homme &#187; et d' &#171; Humanit&#233; &#187;, qu'en rev&#234;tant, comme &#233;tant&lt;i&gt; &lt;/i&gt;&#171; les conditions r&#233;elles de la vie &#187; peu &#224; peu une forme &#233;th&#233;r&#233;e. Cette forme absolue, ils l'acqui&#232;rent en tant que sujet, dans les m&#233;tamorphoses n&#233;cessaires des rapports de production.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans sa &lt;i&gt;Pr&#233;sentation&lt;/i&gt; de &lt;i&gt;Raison et r&#233;volution&lt;/i&gt; (Marcuse, &#233;d. de Minuit), parlant de l'&#339;uvre g&#233;n&#233;rale de Marcuse, Castel &#233;crit : &#171; Elle vise &#224; r&#233;int&#233;grer la dimension psycho-sociale du v&#233;cu dans le cadre d'une sociologie objective en montrant comment les processus g&#233;n&#233;riques qui commandent la production et la consommation des biens sociaux conditionnent la structure des motivations et des comportements les plus personnels, jusqu'&#224; donner l'illusion d'une perception 'spontan&#233;e' du monde et d'autrui qui ne fait qu'int&#233;rioriser les d&#233;terminismes sociaux. &#187; (&lt;i&gt;op. cit&lt;/i&gt;., p. 26). Castel poursuit : &#171; &#8230;dans une soci&#233;t&#233; capitaliste, la subjectivit&#233; elle-m&#234;me se trouve r&#233;duite &#224; s'identifier &#224; la probl&#233;matique objective qu'elle rencontre &lt;i&gt;en faisant siens&lt;/i&gt; [nous soulignons] les m&#233;canismes 'naturels' de la production et de la consommation. &#187; (&lt;i&gt;ibid&lt;/i&gt;). Si Castel montre bien qu'il serait illusoire d'en demeurer aux &#171; d&#233;terminismes sociaux &#187; comme &#224; un dogme ne connaissant en dehors de lui que des h&#233;r&#233;sies, il ne consid&#232;re pas que les dits &#171; d&#233;terminismes sociaux (comprenons les rapports de production) &#187; se m&#233;tamorphosent &#224; partir d'eux-m&#234;mes, de par leur nature, en formes de plus en plus m&#233;diatis&#233;es et f&#233;tichistes, et que, par-l&#224;, les &#171; motivations subjectives &#187; les font leurs, dans leurs propres fonctionnement, jusqu'en en faire des pratiques de classe dans la lutte des classes. Si nous voulons comprendre ces pratiques &#171; dans leur ensemble &#187;, Trotsky nous invite &#224; &#171; d&#233;couvrir les contours r&#233;els des classes sociales, dont les racines plongent dans les retraites profondes de la production et dont les fleurs s'&#233;panouissent dans les sph&#232;res sup&#233;rieures de l'id&#233;ologie. &#187; (&lt;i&gt;1905&lt;/i&gt;, Les &#233;ditions de Minuit, 1969, p. 44).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelle que soit la d&#233;finition de l'homme, l'homme libert&#233;-raison des Lumi&#232;res ou le m&#234;me mais qui n'est tel que parce qu'il est d'abord &#171; &#234;tre communautaire &#187; (Marx-le-jeune, Feuerbach, etc.) &#234;tre homme c'est &#234;tre sujet. Pour qu'il y ait de l' &#171; humain &#187; et de l' &#171; inhumain &#187;, il faut qu'il y ait un &#171; homme &#187; et que cet &#171; homme &#187; soit port&#233; par des sujets concrets sous peine de demeurer &#171; &#233;th&#233;r&#233; &#187;. Marx, dans &lt;i&gt;La question juive&lt;/i&gt;, n'avait pas imagin&#233; que le mode de production capitaliste parvienne &#224; un tel point de son autopr&#233;supposition qu'il puisse advenir, dans la lutte des classes telle qu'elle &lt;i&gt;existe&lt;/i&gt;, une osmose entre l' &#171; homme &#187; et le &#171; citoyen &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand les contradictions de classes se nouent dans la vie quotidienne, c'est l&#224; que &#171; l'ali&#233;nation humaine &#187; r&#233;appara&#238;t, c'est l&#224; que dans les formes de manifestation, l'id&#233;ologie et le f&#233;tichisme des rapports sociaux et, &#224; ce niveau, c'est l&#224; que &#171; la perte compl&#232;te de l'homme &#187; devient une force, c'est l&#224; que la &#171; d&#233;termination en derni&#232;re instance &#187; de l'&#233;conomie peut &#234;tre renvers&#233;e. C'est pour cela que pour comprendre la vie quotidienne comme lieu de la cristallisation actuelle des contradictions entre les classes, il va falloir faire un petit retour en arri&#232;re. Il va falloir parcourir le chemin allant du travailleur libre &#224; sa crise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;h.qo3h0kepfnp4&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;DE LA NAISSANCE DE LA VIE QUOTIDIENNE A LA CRISE DU TRAVAILLEUR LIBRE&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La vie quotidienne n'a pas toujours exist&#233;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La vie quotidienne n'a pas toujours exist&#233;. Si nous consid&#233;rons, avec beaucoup de pr&#233;cautions, le texte (tr&#232;s h&#233;g&#233;lien)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb106&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La constitution d'un &#171; vrai individu &#187; est dans tout ce texte de Marx la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh106&#034;&gt;106&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; de Marx sur &lt;i&gt;Les formes ant&#233;rieures &#224; la production capitaliste&lt;/i&gt; (&lt;i&gt;Grundrisse&lt;/i&gt;, &#233;d. Sociales, t. 1, pp. 410 &#224; 452), quelles que soient toutes leurs diff&#233;rences, les trois formes (&#171; asiatique &#187;, &#171; classique &#187;, &#171; germaine &#187;) ont en commun : &#171; la &lt;i&gt;reproduction de l'individu&lt;/i&gt; dans les rapports d&#233;termin&#233;s qu'il a avec sa commune &#187; ; &#171; appropriation de la condition naturelle du travail, de la terre [&#8230;] appropriation, non par le travail, mais comme pr&#233;suppos&#233;e au travail &#187; ; &#171; il [l'individu] a, par sa propri&#233;t&#233; de la terre, &lt;i&gt;un mode objectif d'existence pr&#233;suppos&#233; &#224; son activit&#233;&lt;/i&gt;, [&#8230;] il est lui-m&#234;me subjectivement pr&#233;suppos&#233; membre d'une commune. &#187; (&lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;, pp. 421-422) l'individu est alors d&#233;fini comme &#171; individu objectif &#187; (&lt;i&gt;idem&lt;/i&gt;, p. 432).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On pourrait soutenir qu'il n'y a pas de vie quotidienne avant le mode de production capitaliste, parce qu'il n'y a pas d' &#171; individu libre &#187; constitu&#233;, donc n'existe pas la cat&#233;gorie de sujet, on pourrait dire &#233;galement, que le surtravail revient &#224; la communaut&#233; des travailleurs ou que la distinction entre travail n&#233;cessaire et surtravail est si claire que, dans un cas comme dans l'autre, il n'y a pas de &#171; formes d'apparition &#187;, tout appara&#238;t en clair (&#224; la limite comme domination, voir &lt;i&gt;Manuscrits de 1861-1863&lt;/i&gt;, pp. 138-139 &#8211; l'apparition de l'exploitation dans sa &#171; puret&#233; &#233;conomique &#187; est la pire des occultations). On peut multiplier ce types de r&#233;serves pour dire qu'il n'y a pas de vie quotidienne avant le mode de production capitaliste, mais ce serait purement tautologique dans la mesure o&#249; tout ce que l'on dirait c'est que cela ne correspond pas &#224; notre d&#233;finition de la vie quotidienne telle que nous l'avons produite dans les cat&#233;gories du mode de production capitaliste (&#171; les pratiques de production et reproduction dans l'ensemble des formes d'apparition constitu&#233; comme v&#233;cu par l'activit&#233; d'un sujet &#187;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est de la d&#233;finition la plus ordinaire de la vie quotidienne dont il faut partir pour la prendre en d&#233;faut. La vie quotidienne c'est la reproduction des individus dans leurs activit&#233;s les plus ordinaires avec leur caract&#232;re r&#233;p&#233;titif quasiment identique sur le long terme ou m&#234;me se modifiant d'une &#233;poque &#224; l'autre, mais seulement dans leur forme car, de n'importe quelle fa&#231;on, on mange, on boit, on s'habille, on se reproduit, on travaille, on habite, on coop&#232;re et m&#234;me on pense (voir dans &lt;i&gt;L'Id&#233;ologie allemande&lt;/i&gt;, le passage sur &#171; le(s) premier(s) fait(s) historique(s) &#187;, &#233;d. Sociales, pp. 57-58). Dans sa &lt;i&gt;d&#233;finition ordinaire&lt;/i&gt;, la vie quotidienne d&#233;signe une r&#233;alit&#233; v&#233;cue, &#233;prouv&#233;e chaque jour, au cours de laquelle se donnent &#224; vivre non seulement le fonctionnement d'un mode de production donn&#233; (quel qu'il soit), mais aussi toutes les conditions de sa &lt;i&gt;reproduction&lt;/i&gt;. Or, si nous suivons Marx dans ce qu'il y a de commun &#224; toutes les &#171; formes ant&#233;rieures &#187;, il n'y a aucune diff&#233;rence entre production et reproduction, ou plut&#244;t la reproduction n'existe pas comme moment particulier de la production. Au contraire, dans le mode de production capitaliste, il ne faut pas consid&#233;rer production et reproduction comme des moments successifs, comme le fait de capitaux particuliers plac&#233;s simplement c&#244;te &#224; c&#244;te, mais comme un enchev&#234;trement (Marx, &lt;i&gt;Le Capital&lt;/i&gt;, Livre II, chapitre 4, &lt;i&gt;Les trois figures du proc&#232;s cyclique&lt;/i&gt;). En revanche, pour &#171; l'individu objectif &#187;, c'est son appartenance &#224; la commune qui pr&#233;suppose son travail, et si son travail et toutes ses activit&#233;s autres reproduisent cette communaut&#233; c'est parce qu'elle lui pr&#233;existe. Cet individu a &#171; un mode objectif d'existence &#187; qui &#171; pr&#233;suppose son activit&#233; &#187;, &#171; il est lui-m&#234;me subjectivement pr&#233;suppos&#233; membre d'une commune &#187;. Ce qui signifie que : &#171; &lt;i&gt;A proprement parler, il &lt;/i&gt;[&lt;i&gt;l'individu objectif, nda&lt;/i&gt;]&lt;i&gt; n'a pas de rapport avec ses conditions de production ; mais il existe doublement, aussi bien subjectivement, en tant qu'il est sa propre personne, qu'objectivement, dans ces conditions naturelles inorganiques de son existence.&lt;/i&gt; &#187; (&lt;i&gt;Grundrisse&lt;/i&gt;, &#233;d. Sociales, p. 429). Toutes les activit&#233;s constituent un ensemble indissociable et indistinct.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La vie quotidienne de l' &#171; individu objectif &#187;, ce n'est pas un rapport, c'est lui-m&#234;me : r&#233;p&#233;tition, banalit&#233;, activit&#233;s ordinaires, tout cela n'a aucun sens, sauf &#224; dire qu'il &lt;i&gt;est&lt;/i&gt; cela. Dans sa d&#233;finition la plus ordinaire, la vie quotidienne suppose que si l'individu existe &#171; subjectivement, en tant qu'il est sa propre personne &#187;, il faut qu'il n'existe plus &#171; objectivement &#187;. La vie quotidienne balbutie dans la dissolution de ces &#171; formes ant&#233;rieures &#187; ou dans les dites &#171; formes secondes &#187; (esclavage, servage), mais elle n'existe en tant que telle qu'avec l'individu contingent, d&#233;nu&#233; de tout rapport objectif &#224; ses conditions que sont aussi bien l'ouvrier que le capitaliste. Dans les soci&#233;t&#233;s de classes comme ordres ou castes, il n'y a pas de vie quotidienne mais, dans ces &#171; formes secondes &#187;, occasionnellement une relation malheureuse aux activit&#233;s appara&#238;t comme une contrainte pour persister dans leur &#234;tre pour les dominants, pour s'en sortir pour les subalternes parce que leur existence, comme dirait Marx contre Feuerbach, ne correspond plus &#224; leur &#234;tre (&lt;i&gt;Id&#233;ologie allemande&lt;/i&gt;, &#233;d. Sociales, p. 74).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est en prenant au pied de la lettre la d&#233;finition la plus ordinaire que l'on montre qu'elle n'est pas pertinente, qu'elle ne peut, contrairement &#224; sa pr&#233;tention, &lt;i&gt;s'appliquer &#224; tous les modes de production&lt;/i&gt; et qu'il faut la remplacer par une d&#233;finition d&#233;coulant sp&#233;cifiquement du mode de production capitaliste parce que la vie quotidienne est sp&#233;cifiquement un attribut de ce mode de production.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;h.g1n7vqjuiq7y&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La s&#233;paration du travailleur et de ses conditions : une histoire toujours inachev&#233;e&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Pour le capital, ce n'est pas le travailleur qui est une condition de production (comme dans l'esclavage ou le servage, nda) mais seulement le travail. [&#8230;] Et le capital ne s'approprie pas le travailleur mais son travail &#8211; pas directement mais par la m&#233;diation de l'&#233;change. [&#8230;] travailleur libre, puissance de travail sans objectivit&#233;, purement subjective, face aux conditions objectives de la production &#8230; &#187; (&lt;i&gt;Grundrisse&lt;/i&gt;, &#233;d. Sociales, t. 1, p. 435-436). Le m&#234;me proc&#232;s qui a s&#233;par&#233; une quantit&#233; d'individus de leurs relations ant&#233;rieures a &#233;galement lib&#233;r&#233; les conditions objectives du travail du lien qui les rattachait ant&#233;rieurement aux individus d&#233;sormais d&#233;tach&#233;s d'elles. &lt;i&gt;Toutes les anciennes relations sont &#233;teintes, la vie quotidienne, cette routine n&#233;cessaire &#224; la mise en relation du travailleur et de ses conditions et &#224; sa reproduction, pouvait maintenant commencer&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui fait de l'&#233;conomie un &#171; syst&#232;me s&#233;par&#233; &#187;, c'est la s&#233;paration du travailleur et de ses conditions, celui-l&#224; r&#233;duit &#224; une existence purement subjective (c'est le triomphe g&#233;n&#233;ral de l'id&#233;ologie du sujet) et celles-ci se dressant face &#224; lui dans leur objectivit&#233; &#224; reproduire. Elles s'imposent alors comme &lt;i&gt;n&#233;cessaires&lt;/i&gt; et condition de reproduction de tous les rapports sociaux qui deviennent la vie quotidienne, y compris son travail comme individu (&#171; le sien &#187; construit comme tel) s'opposant &#224; sa d&#233;termination sociale &#8211; coop&#233;ration, valeur, valorisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; L'accumulation primitive n'est rien d'autre, comme je l'ai expliqu&#233;, que la s&#233;paration des conditions de travail qui deviennent des &lt;i&gt;puissances autonomes vis-&#224;-vis du travail et des travailleurs&lt;/i&gt; [nous soulignons]. &#187; (Marx, &lt;i&gt;Th&#233;ories sur la plus-value&lt;/i&gt;, &#233;d. Sociales, t. 3, p. 317). Et nous pourrions ajouter : vis-&#224;-vis des capitalistes eux-m&#234;mes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a d&#233;j&#224; dit que la vie quotidienne na&#238;t d'une double s&#233;paration : du travailleur d'avec ses conditions et concurremment du travail d'avec son caract&#232;re social, le travail ne rev&#234;tant pour le travailleur que ses caract&#233;ristiques (construites seulement en regard du caract&#232;re social qui lui &#233;chappe) relevant d'individus isol&#233;s (en soci&#233;t&#233;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est dans la figure du pauvre, mais du &lt;i&gt;pauvre&lt;/i&gt;&lt;strong&gt; &lt;/strong&gt;&lt;i&gt;libre&lt;/i&gt;, que l'apparition de la vie quotidienne devient manifeste. Le pauvre est celui qu'il faut r&#233;primer, contr&#244;ler, enfermer, occuper (voir Michel Foucault). A partir du d&#233;but du XVIIe si&#232;cle en Europe occidentale, la nouvelle figure du pauvre le d&#233;finit comme celui qui n'a plus aucune relation pr&#233;suppos&#233;e avec ses conditions de reproduction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'existence du pauvre est l'entr&#233;e en sc&#232;ne manifeste de la vie quotidienne au sens o&#249; avec lui appara&#238;t n&#233;gativement (par son absence) qu'il faut maintenant &lt;i&gt;mettre en relation&lt;/i&gt; l'individu avec ses conditions de travail et de reproduction, et que cela est devenu le fait m&#234;me et la responsabilit&#233; personnelle de cet individu comme une somme d'activit&#233;s sp&#233;cifiques (la vie quotidienne). Devenant responsable, il devient coupable (Foucault) ; si depuis la pendaison et la &lt;i&gt;workhouse&lt;/i&gt; (voir &lt;i&gt;Le Capital&lt;/i&gt;, chapitre sur &lt;i&gt;L'Accumulation primitive&lt;/i&gt;) les formes ont chang&#233;, du welfare au workfare, le principe, lui, demeure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec la s&#233;paration du travailleur et de ses conditions, appara&#238;t cette marchandise qu'est la force de travail, en m&#234;me temps que tous les &#233;l&#233;ments de sa reproduction deviennent l'objet d'un libre march&#233;. S'impose alors la n&#233;cessit&#233; de la construction d'institutions et de m&#233;canismes &#233;conomiques susceptibles d'assurer, de fa&#231;on r&#233;guli&#232;re et pr&#233;visible, la reproduction de toutes les activit&#233;s par lesquelles le travailleur est mis en relation avec ses conditions aussi bien de consommation que de travail (les moyens de production). &lt;i&gt;Nous avons appel&#233; vie quotidienne l'ensemble de ces activit&#233;s &#224; partir du moment o&#249; elles ne sont plus pr&#233;suppos&#233;es par l'appartenance pr&#233;alable du travailleur &#224; une communaut&#233;.&lt;/i&gt; Ce dont il est question ici, c'est autant de l'histoire de toutes les &#171; lois sociales &#187; (accidents du travail, ch&#244;mage, famille) que de l'histoire de la consommation ouvri&#232;re (cf. Daumas, &lt;i&gt;La r&#233;volution mat&#233;rielle, une histoire de la consommation, France XIX&lt;/i&gt;&lt;i&gt;e&lt;/i&gt;&lt;i&gt;-XXI&lt;/i&gt;&lt;i&gt;e&lt;/i&gt;&lt;i&gt; si&#232;cle, &lt;/i&gt;&#233;d. Flammarion, 2018 ; et Anthony Galluzzo, &lt;i&gt;La fabrique du consommateur, une histoire de la soci&#233;t&#233; marchande&lt;/i&gt;, &#233;d. Zones, 2020). Laiss&#233; &#224; lui-m&#234;me, l'acte de naissance de la vie quotidienne devient contradictoire &#224; ce qu'il a engendr&#233; : &lt;i&gt;la s&#233;paration doit &#234;tre &#171; r&#233;sorb&#233;e &#187; dans le cadre m&#234;me des &#233;l&#233;ments s&#233;par&#233;s&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb107&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Si le mode de production capitaliste a r&#233;alis&#233; cette r&#233;sorption &#171; &#224; sa fa&#231;on (&#8230;)&#034; id=&#034;nh107&#034;&gt;107&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Les rapports de distribution, la reproduction, le f&#233;tichisme du salaire, l'individuation, forment un processus unique (si ce n'est total) au travers de l'&#233;conomie, de la politique, des formalisations l&#233;gales et institutionnelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La vie quotidienne est un &lt;i&gt;processus constant de constitution&lt;/i&gt;. Si nous pouvons rep&#233;rer le moment de l'acte de naissance de l'&#233;conomie et de la vie quotidienne, il ne faudrait pas croire que la chose est par l&#224; d&#233;finitivement constitu&#233;e. La relation entre le travail, le travailleur, les formes de constitution du salaire, la prise en compte de la reproduction, la consommation, l'organisation de la ville et des territoires, se modifient sans cesse, les fronti&#232;res bougent. Il y a deux domaines dont les &#233;volutions respectives sont intriqu&#233;es : les modes d'exploitation et de mobilisation de la force de travail depuis les diff&#233;rentes formes de manufactures jusqu'&#224; la num&#233;risation et le t&#233;l&#233;travail en passant par la grande industrie ; l'absorption de la reproduction de la force de travail dans le cycle propre du capital (plus-value relative), c'est-&#224;-dire trivialement &lt;i&gt;l'histoire de la consommation&lt;/i&gt;. La vie quotidienne est un processus constant et mouvant de constitution, cette routine quotidienne de la mise en relation entre les individus et leurs conditions de reproduction, diff&#233;rente selon les classes et les sexes, est tout aussi quotidiennement sur le qui-vive, &lt;i&gt;jamais pr&#233;suppos&#233;e&lt;/i&gt;, toujours &#224; accomplir personnellement comme &lt;i&gt;une succession de choix&lt;/i&gt;. La s&#233;paration du travailleur et de ses conditions est un mouvement &lt;i&gt;permanent&lt;/i&gt; de renouvellement et d'approfondissement. Cet &#171; approfondissement &#187; de la s&#233;paration n'est pas qu'un processus quantitatif, si le capital pr&#233;suppose constamment le renouvellement de son rapport au travail dans chaque moment de sa reproduction, l'approfondissement de la s&#233;paration c'est le devenir ad&#233;quat, &#224; l'int&#233;rieur de lui-m&#234;me de chacun de ces moments comme moment de cette autopr&#233;supposition. Nous parlons ici, et actuellement, de l'achat global de la force de travail, du caract&#232;re social du proc&#232;s de production, de sa financiarisation, des modes de consommation et de dispensation du revenu, etc..&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce mouvement permanent, la vie quotidienne existe dans un espace v&#233;cu qui n'est pas une &#233;tendue neutre mais construite par une somme d'activit&#233;s o&#249; les classes s'entrecroisent, s'opposent et s'excluent dans leur &lt;i&gt;appartenance&lt;/i&gt; et utilisation d'un espace fait de pratiques. C'est ainsi qu'il faut consid&#233;rer le logement, l'urbanisme, la rente fonci&#232;re, en ce qu'ils sont des modalit&#233;s de mise en relation des individus avec leurs conditions de production et de reproduction. Il ne s'agit pas de dire que la vie quotidienne se &#171; d&#233;roule &#187; forc&#233;ment quelque part, dans un espace, c'est l'existence de tels espaces &lt;i&gt;construits&lt;/i&gt; qui fait qu'il y a vie quotidienne, c'est-&#224;-dire rapports du travailleur &#224; ses conditions constamment &#224; reproduire comme le montrent, m&#234;me si elles sont maintenant anciennes, les enqu&#234;tes de Michel de Certeau sur la ville de Lyon (&lt;i&gt;L'invention du quotidien&lt;/i&gt;, &#233;d. Gallimard, folio-essais, 2019, 1&#232;re &#233;dition, 1980). &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La vie quotidienne ne se formalise comme telle qu'avec la subsomption r&#233;elle, elle poss&#232;de cependant une base g&#233;n&#233;rale dans les caract&#233;ristiques du mode de production capitaliste : l'individu-personne, la s&#233;paration de l'&#233;conomie avec la fin de l'individu objectif, la fin des &#171; rapports personnels &#187; (longs &#224; &#233;liminer dans le mode de production capitaliste)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb108&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dans La Proclamation de la Commune (&#233;d. Gallimard, 1965) Lefebvre &#233;crit : &#171; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh108&#034;&gt;108&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Avec la subsomption r&#233;elle, la reproduction du travailleur devient un moment du cycle propre du capital, tant en ce qui concerne les marchandises entrant r&#233;guli&#232;rement dans sa consommation qu'en ce qui concerne la reproduction sociale de la classe et les divers moments du cycle de vie de ce travailleur. &#171; La production de la plus-value absolue n'affecte que la dur&#233;e du travail, la production de la plus-value relative en transforme enti&#232;rement les proc&#233;d&#233;s techniques et &lt;i&gt;les combinaisons sociales&lt;/i&gt;. &#187; (&lt;i&gt;Le Capital&lt;/i&gt;, &#233;d. Sociales, t. 2, p. 184). Toutes les d&#233;terminations &#233;parses constituant la vie quotidienne se mettent alors en place : reproduction, autopr&#233;supposition, profit, p&#233;r&#233;quation, distribution, f&#233;tichisme, id&#233;ologie, sujet &#8230; Si la s&#233;paration du travailleur et de ses conditions constitue l'acte de naissance de la vie quotidienne, sa construction est, quant &#224; elle, un processus continu, toujours inachev&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;h.l23wwlfu840r&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans un seul et m&#234;me mouvement (la valeur en proc&#232;s), le mode de production capitaliste ne peut exister d'une part &#171; sans r&#233;volutionner constamment les instruments de production, donc les rapports de production, c'est-&#224;-dire tout l'ensemble des rapports sociaux &#187; (Marx, &lt;i&gt;Le Manifeste&lt;/i&gt;, &#233;d. 10/18, p. 23), mais, d'autre part, sans aussi reproduire &lt;i&gt;le m&#234;me rapport&lt;/i&gt; du travail au capital. La vie quotidienne, qui est cette &lt;i&gt;reproduction&lt;/i&gt; dans toutes les caract&#233;ristiques (c'est-&#224;-dire tous les d&#233;calages) que cette m&#234;me reproduction implique, appara&#238;t comme toujours en retard, un obstacle, une routine. Pour la classe capitaliste, la vie quotidienne de la classe exploit&#233;e est toujours, conjointement, une lourdeur &#224; d&#233;passer et une menace d'inventivit&#233;s perturbantes (voir le th&#232;me du &#171; braconnage &#187; chez Michel de Certeau). En fait cette classe capitaliste rencontre sous une forme imm&#233;diate, sp&#233;cifique, v&#233;cue, une contradiction interne de son propre mode de production : tout doit &#234;tre constamment r&#233;volutionn&#233; mais le rapport fondamental doit &#234;tre reproduit, dans sa forme, &#171; &#224; l'identique &#187;. Cette reproduction ne se r&#233;duit pas &#224; l'automatisme du face-&#224;-face reproduit (&lt;i&gt;Le Capital&lt;/i&gt;, &#233;d. Sociales, t. 3, p. 20), elle est un ensemble d'activit&#233;s constituant la vie quotidienne qu'un individu devenu sujet (dans les m&#233;diations de la reproduction) doit &lt;i&gt;lui-m&#234;me&lt;/i&gt; ou encore plus &lt;i&gt;elle-m&#234;me&lt;/i&gt; accomplir. &lt;i&gt;La reproduction n'est pas la manifestation d'un automate, mais un ensemble de pratiques accomplies volontairement et consciemment par des individus construits comme sujets dans les m&#233;tamorphoses des rapports de production&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Classes et genre sont constitutifs de la vie quotidienne&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si nous d&#233;finissons la vie quotidienne sur la base de la production du sujet dans les m&#233;tamorphoses des rapports de production et de sa mise en relation avec ses conditions de reproduction, la diff&#233;renciation de classes, mais &#233;galement la diff&#233;renciation entre les hommes et les femmes, sont inh&#233;rentes &#224; la vie quotidienne. Toutes les cat&#233;gories du mode de production capitaliste sont sexu&#233;es. Le travail, la population bien s&#251;r. Puis, fondamentalement, le rapport salarial : s&#233;paration de la production et de la reproduction ; reproduction dans la sph&#232;re de la circulation ; paiement non du travail mais de la reproduction de la force de travail et de la &#171; race des travailleurs &#187;. Mais aussi la division du travail, la propri&#233;t&#233;, l'&#233;change. Sur ce dernier point, il semble exister au premier abord une neutralit&#233; du march&#233; vis-&#224;-vis de la distinction de genre, mais cela parce que de lui-m&#234;me, en soi, le march&#233;, dans son existence m&#234;me n'est pas neutre vis-&#224;-vis de la distinction de genre. Le march&#233;, dans un mode de production o&#249; toute la production est destin&#233;e &#224; la vente d&#233;finit le caract&#232;re social de cette production comme publique, par-l&#224; la distinction de genre peut &#234;tre proclam&#233;e non-pertinente int&#233;rieurement car elle est pr&#233;suppos&#233;e dans l'existence m&#234;me de la chose.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce caract&#232;re sexu&#233; de toutes les cat&#233;gories du capital signifie une division &lt;i&gt;g&#233;n&#233;rale&lt;/i&gt; de la soci&#233;t&#233; entre hommes et femmes. Cette division g&#233;n&#233;rale acquiert comme contenu social ce qui est la synth&#232;se de toutes les sexuations des cat&#233;gories : la cr&#233;ation de la distinction du public et du priv&#233;. Cette distinction est la synth&#232;se parce que le mode de production capitaliste est une &#233;conomie &lt;i&gt;politique&lt;/i&gt;. C'est-&#224;-dire que, reposant sur la vente de la force de travail et une production sociale n'existant comme telle que pour le march&#233; (valeur), le mode de production capitaliste rejette comme de nature &#171; non sociale &#187; les moments de sa propre reproduction qui &#233;chappent &#224; une soumission directe au march&#233; ou au proc&#232;s de production imm&#233;diat : le priv&#233;. Ce priv&#233; est le priv&#233; du public, toujours dans une relation hi&#233;rarchique de d&#233;finition et de soumission au public.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut se garder d'une fausse &#233;vidence : &#171; les femmes accomplissent le travail domestique &#187;. Non, c'est le travail accompli par les femmes qui, parce qu'accompli par elles, dans un certain rapport, est le &#171; travail domestique &#187;. Ainsi le travail domestique ne recouvre pas une liste de travaux concrets et d&#233;finis pr&#233;alablement &#224; leur assignation aux femmes (tout au plus, les hommes aident &#8211; participent &#8211; au travail domestique). Par d&#233;finition le travail domestique est sexu&#233;, ce n'est pas le travail qui s'appliquerait &#224; l'int&#233;rieur de la &#171; maison &#187; mais celui qui est effectu&#233; par la personne qui appartient, en situation d&#233;pendante, &#224; la &#171; maison &#187; en tant que structure sociale. Si le travail des femmes est, en ce sens, le travail domestique, c'est que la d&#233;finition fondamentale du groupe &#171; femmes &#187; par leur appropriation en tant que personne exclut leur activit&#233; du champ des relations sociales. Celle qui est appropri&#233; &lt;i&gt;en tant que personne&lt;/i&gt; ne produit rien qui en tant qu'objet ou activit&#233; puisse se d&#233;tacher d'elle comme sa propri&#233;t&#233; et rentrer dans le champ g&#233;n&#233;ral de l'&#233;conomie. C'est le travail domestique, travail des femmes, et en tant que tel exclu de l'&#233;conomie. Ce travail peut parfois &#234;tre aussi effectu&#233; par des hommes, il demeure travail f&#233;minin, une soci&#233;t&#233;, simplement parce qu'elle est reproduction d'elle-m&#234;me et donc &#171; survit &#187; aux individus qui la composent, est une structure de positions et de fonctions avant d'&#234;tre un ensemble d'individus concrets. Les femmes accomplissent un travail qui, dans un mode de production d&#233;termin&#233; et en vertu des d&#233;terminations de ce mode de production, ne cr&#233;e pas de valeur, ce n'est pas l'effet du hasard s'il leur est assign&#233;. L'appropriation des femmes, inh&#233;rente &#224; tous les modes de production y compris le capitalisme, cr&#233;e le travail domestique &#224; l'int&#233;rieur de la structure sociale de cette appropriation : la famille.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La naissance de la vie quotidienne, c'est la s&#233;paration du travail et de ses conditions, c'est aussi la naissance de la vie priv&#233;e. Du choix du conjoint au travail m&#233;nager, les femmes devenues individus doivent assumer les activit&#233;s de leur reproduction en tant que telles. Mais toutes ces activit&#233;s, du travail domestique &#224; l'amour, dans la distinction du public et du priv&#233;, sont socialement construites et assign&#233;es comme la manifestation de leur nature. En cela les femmes comme &#171; sujets &#187; sont toujours dans l'ambig&#252;it&#233;, elles doivent devenir &#171; autre &#187; (ce que paradoxalement souligne toute l'id&#233;ologie de la &#171; parit&#233; &#187;), cette n&#233;cessit&#233; de devenir &#171; autre &#187; confirme en retour la &lt;i&gt;nature&lt;/i&gt; de leur &#234;tre : &#171; Le privil&#232;ge que l'homme d&#233;tient et qui se fait sentir d&#232;s son enfance, c'est que sa vocation d'&#234;tre humain ne contredit pas sa destin&#233;e de m&#226;le [&#8230;] Il n'est pas divis&#233;. Tandis qu'il est demand&#233; &#224; la femme pour accomplir sa f&#233;minit&#233; de se faire objet et proie, c'est-&#224;-dire de renoncer &#224; ses revendications de sujet souverain. &#187; (de Beauvoir, &lt;i&gt;Le deuxi&#232;me sexe&lt;/i&gt;, &#233;d. Gallimard Folio-Essais, t. 2, p. 590).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me si nous pouvons ramener la d&#233;finition des femmes et leur appropriation, &#224; la population, ce n'est pas l&#224; le seul objet de luttes. Tout ramener imm&#233;diatement &#224; la population, c'est ne pas voir comment la contradiction entre les hommes et les femmes se construit ; il ne s'agit plus alors que d'un &#171; capital &#187; tr&#232;s abstrait dans lequel les hommes ne sont plus que des figures &#171; th&#233;oriques &#187; et transparentes. Puisque c'est du niveau de pertinence du concept de vie quotidienne dont il s'agit ici, il faut donner de la distinction entre hommes et femmes une forme plus d&#233;velopp&#233;e. Consid&#233;rer, par exemple, conceptuellement la constitution du groupe femmes et son appropriation dans tous les modes de production comme imm&#233;diatement identique &#224; la n&#233;cessit&#233; de la population comme principale force productive d&#233;finit le concept sans les attributs par lesquels il existe. Il y aurait la chose &lt;i&gt;puis&lt;/i&gt; ses effets v&#233;cus et quotidiens. Or les effets ne sont pas que des effets mais des moments constitutifs de l'efficacit&#233; de la naturalisation des femmes &#224; partir de la reproduction (population). Sans la naturalisation du &#171; care &#187;, du travail domestique, pas d'&#233;vidence naturelle de la reproduction constituant les femmes. La lutte contre la naturalisation de l'assignation se d&#233;roule &#224; tous les niveaux, car la cat&#233;gorie naturelle est &#233;ternis&#233;e pour justifier tout le reste (les boulots, les enfants). Dans tous les moments, les caract&#233;ristiques f&#233;minines sont produites naturalis&#233;es. Sans le care et la &#171; valorisation des autres &#187; pas d' &#171; instinct maternel &#187;. Sans soumission de la femme &#224; l'homme, pas de rapports sexuels. &lt;i&gt;Chaque moment rend possible la naturalisation de la d&#233;finition par la reproduction, sans tous ces moments, &#171; &#231;a ne marche pas &#187;&lt;/i&gt;. Quand les femmes sont les personnes qui font des enfants, c'est la r&#233;alisation de tous ces moments, &lt;i&gt;elles se r&#233;alisent comme femmes&lt;/i&gt;. La nature d'une chose n'est que la somme de ses attributs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le travail et donc la population comme principale force productive comme contradiction sont constitutifs du mode de production capitaliste. Avec celui-ci, la lutte des femmes change de nature par rapport aux modes de production ant&#233;rieurs. Il faut la soci&#233;t&#233; civile bourgeoise et les rapports de production capitalistes pour qu'il y ait &lt;i&gt;f&#233;minisme&lt;/i&gt; : &#171; Mary Wollstonecraft dans sa &lt;i&gt;D&#233;fense des droits des femmes&lt;/i&gt; (1792) rejette toute approche sexu&#233;e de la question des femmes ; ce qu'elle appelle 'l'erreur sensuelle'. Tout le mal vient de ce que les hommes ont consid&#233;r&#233; les &#234;tres f&#233;minins ('&lt;i&gt;females&lt;/i&gt;') comme des femmes ('&lt;i&gt;women&lt;/i&gt;') plut&#244;t que comme des cr&#233;atures humaines. &#187; (Catherine Larr&#232;re, &lt;i&gt;Le sexe ou le rang ? La condition des femmes selon la philosophie des Lumi&#232;res&lt;/i&gt;, in &lt;i&gt;Nouvelle encyclop&#233;die politique et historique des femmes&lt;/i&gt;, &#233;d. Les belles Lettres, p. 200). Dans le mode de production capitaliste, les contradictions des rapports de production appellent le concept de genre, de m&#234;me que la soci&#233;t&#233; civile bourgeoise et l'Etat appellent ce que Carole Pateman nomme &#171; le dilemme de Wollstonecraft &#187; : &#171; &#8230;les femmes sont accul&#233;es au mieux &#224; une citoyennet&#233; de seconde zone : soit elles sont int&#233;gr&#233;es &#224; la citoyennet&#233; en tant qu'individus et leur &#233;galit&#233; les assimile aux hommes en niant et d&#233;niant leurs exp&#233;riences et leurs vies de femmes ; soit elles sont incluses &#224; la citoyennet&#233; en tant que femmes, la diff&#233;rence sexuelle ent&#233;rinant la s&#233;paration entre le priv&#233; et le public. &#187; (B&#233;reng&#232;re Marques-Pereira, article &lt;i&gt;Citoyennet&#233;&lt;/i&gt;, in &lt;i&gt;Dictionnaire critique du f&#233;minisme&lt;/i&gt;, &#233;d. PUF, p. 18).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La constitution des classes et la distinction de genre sont inh&#233;rentes &#224; la d&#233;finition m&#234;me de la vie quotidienne. Il n'y a pas une d&#233;finition s'appliquant diff&#233;remment : les classes, les hommes et les femmes dans leur contradiction sont donn&#233;s dans la d&#233;finition m&#234;me. Vu la fa&#231;on dont nous avons produit et construit le concept de vie quotidienne, avec sa mise en &#339;uvre par un sujet qui y trouve son lieu et son monde d'existence, lieu que ce sujet construit et habite, il d&#233;coule que la vie quotidienne est une construction inh&#233;rente &#224; l'existence des classes et des sexes et non quelque chose qui, une fois, produit, se diff&#233;rencie selon les classes et les sexes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marx nous en donne une image &#224; la fin du chapitre sur &lt;i&gt;L'achat et la vente de la force de travail&lt;/i&gt; : &#171; &#8230;nous voyons [&#224; la suite de cet achat, nda], &#224; ce qu'il me semble, s'op&#233;rer une certaine transformation dans la physionomie des personnages de notre drame. Notre ancien homme aux &#233;cus prend les devants et, en qualit&#233; de capitaliste, marche le premier ; le possesseur de la force de travail le suit par derri&#232;re comme son travailleur &#224; lui ; celui-l&#224; le regard narquois, l'air important et affair&#233; ; celui-ci timide, h&#233;sitant, r&#233;tif, comme quelqu'un qui a port&#233; sa propre peau au march&#233;, et ne peut plus s'attendre qu'&#224; une chose : &#224; &#234;tre tann&#233;. &#187; (&lt;i&gt;Le Capital&lt;/i&gt;., &#233;d. Sociales, t. 1, p. 179). Le sujet, celui de la vie quotidienne, d&#233;coule de la constitution des classes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le concept de vie quotidienne ne doit pas &#234;tre d&#233;fini en tant que tel, puis ensuite on en d&#233;duirait (de ce concept d&#233;j&#224; d&#233;fini) les diff&#233;rences d'application selon le genre, les classes, les &#171; races &#187;, etc. Il faut consid&#233;rer que les diff&#233;rences &lt;i&gt;font partie&lt;/i&gt; de la d&#233;finition du concept et non de son application. C'est un principe m&#233;thodologique plus facile &#224; &#233;noncer qu'&#224; appliquer. Comment y parvenir ? En montrant que ce n'est pas la mise en relation de l'individu avec ses conditions qui s'applique diff&#233;remment selon les diverses cat&#233;gories ; mais que, pour chaque cat&#233;gorie sa mise en relation avec ses conditions est constitu&#233;e par la mise en relation des autres. A ce moment-l&#224;, la mise en relation de chacune contient la diff&#233;rence, c'est-&#224;-dire la mise en relation des autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En elle-m&#234;me la vie quotidienne est inh&#233;rente au concept de capital, il y a non seulement la s&#233;paration du travailleur et de ses conditions, sa production comme individu et comme sujet, mais aussi la production de sa libert&#233;. &lt;i&gt;Libert&#233; vis-&#224;-vis de ses conditions, libert&#233; de se vendre, et libert&#233; de l'ensemble des activit&#233;s par lesquelles le travailleur reproduit sa relation &#224; ses conditions&lt;/i&gt;. Cependant consid&#233;rer la vie quotidienne comme le v&#233;cu imm&#233;diat en opposition aux rapports de production est l'erreur de Lefebvre et Debord. L'un et l'autre consid&#232;rent historiquement la vie quotidienne, mais ne la consid&#232;rent pas comme une construction historique en elle-m&#234;me, c'est-&#224;-dire appartenant sp&#233;cifiquement au mode de production capitaliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parmi toutes les m&#233;diations constituant la vie quotidienne, il y a la gen&#232;se de cette pratique &#171; naturelle &#187; de la &#171; libert&#233; &#187; par laquelle les &#171; diff&#233;rentes formes de l'ensemble social se pr&#233;sentent &#224; l'individu comme le simple moyen de r&#233;aliser ses buts particuliers. &#187; (Marx, &lt;i&gt;Introduction de 1857&lt;/i&gt;), et par laquelle l'individu devient sujet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons d&#233;fini la vie quotidienne comme la somme des activit&#233;s mises en &#339;uvre par un sujet (avec ce que cela suppose comme &#171; formes d'apparition &#187;, id&#233;ologie, etc.) comme relations &#224; ses conditions de travail et de reproduction personnelle quand ces relations ne sont plus pr&#233;suppos&#233;es par une appartenance communautaire (&#171; individu objectif &#187;). Nous avons dit que face &#224; la totalit&#233; de ses conditions, le prol&#233;taire est responsable. Si nous &#233;non&#231;ons simplement les choses ainsi, la vie quotidienne para&#238;t relever de ce prol&#233;taire libre en tant que sujet face &#224; l'objectivit&#233; de ses conditions. Or, nous avons vu &#233;galement que les choses se compliquent d'une contradiction interne &#224; la vie quotidienne. C'est &lt;i&gt;en tant que prol&#233;taire&lt;/i&gt; (nous n'avons parl&#233; de vie quotidienne qu'avec la s&#233;paration du travailleur et de ses conditions) que cet individu est le &#171; sujet libre &#187; de sa reproduction, il est pr&#233;suppos&#233; par un rapport social, cela est &#233;vident mais cela signifie que &lt;i&gt;sa vie quotidienne n'est pas &#171; la sienne &#187;&lt;/i&gt;. En ce qui concerne le travail, se produit une scission entre ce qu'il est comme activit&#233; individuelle (tel qu'il est alors un moment de la vie quotidienne) et ce qu'il est comme activit&#233; sociale. Mais, ce n'est pas que le travail, ce sont toutes les activit&#233;s de la vie quotidienne qui sont scind&#233;es. Cela n'est pas sans importance car c'est ainsi que, sur la base de la vie quotidienne, en l'ayant comme champ de luttes, l'on se r&#233;volte contre &lt;i&gt;sa vie quotidienne&lt;/i&gt; en la voulant &lt;i&gt;ce qu'elle ne peut pas &#234;tre&lt;/i&gt; : la manifestation de la libert&#233; d'un sujet &#224; c&#244;t&#233; du rapport d'exploitation (voir supra &#224; propos du passe sanitaire et de l' &#171; ali&#233;nation humaine &#187;). Mais, la libert&#233; du sujet n'est que la s&#233;paration qui fonde l'exploitation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec le capital nous sommes pass&#233;s de l'individu objectif &#224; l'individu contingent, si &#171; l'essence de l'homme, c'est l'ensemble des rapports sociaux &#187; (&lt;i&gt;Th&#232;ses sur Feuerbach&lt;/i&gt;), pour chaque individu &#234;tre l'ensemble des rapports sociaux est une contradiction du fait m&#234;me de ces rapports sociaux dont la contingence s'impose comme la forme de leur n&#233;cessit&#233;. En effet, la contingence est pr&#233;cis&#233;ment ce qui n'est pas contingent mais structurel, si la contingence &#233;tait contingente elle pourrait &#234;tre comme ne pas &#234;tre, or dans le mode de production capitaliste, la contingence est la d&#233;finition &#171; int&#233;rieure &#187; m&#234;me de l'individu dans son rapport &#224; la soci&#233;t&#233; et au monde. Cette contingence qui oblige &#224; faire de sa reproduction son affaire personnelle et qui fonde la vie quotidienne n'a pas le m&#234;me sens pour le capitaliste et pour l'ouvrier (il faut se souvenir ici de ce que nous avons &#233;crit &#224; propos de la vie quotidienne et du Covid). A la diff&#233;rence du capitaliste, le prol&#233;taire a toujours un rapport d'ext&#233;riorit&#233;, de contrainte sur sa vie et sa reproduction, c'est inh&#233;rent &#224; sa situation et constitution en classe : &#171; Tel est le &lt;i&gt;proc&#232;s de l'ali&#233;nation&lt;/i&gt; du travail. D'embl&#233;e, l'ouvrier s'&#233;l&#232;ve cependant au-dessus du capitaliste, qui est plong&#233; dans un proc&#232;s d'ali&#233;nation o&#249; il trouve sa satisfaction absolue, tandis que l'ouvrier, en en &#233;tant la victime, est d&#232;s l'abord dans une situation de r&#233;bellion contre une ali&#233;nation qu'il &#233;prouve comme esclavage &#187; (Marx, &lt;i&gt;Chapitre in&#233;dit&lt;/i&gt;, &#233;d. 10/18, pp. 142-143). Quand le prol&#233;taire se sait flou&#233; comme &#171; sujet &#187;, les conditions dans lesquelles il vit et entre en relation avec les autres ne lui apparaissent plus comme des conditions inh&#233;rentes &#224; son individualit&#233; (voir Marx, &lt;i&gt;L'Id&#233;ologie allemande&lt;/i&gt;, &#233;d. Sociales, p. 98). Il est intrins&#232;quement &#171; insatisfait de lui-m&#234;me &#187; (&#171; ne veut pas rester ce qu'il est &#187;) pour reprendre l'expression de Marx dans &lt;i&gt;l'Id&#233;ologie Allemande&lt;/i&gt;. Nous pouvons dire la m&#234;me chose des femmes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Stirner croit ici que les prol&#233;taires communistes qui r&#233;volutionnent la soci&#233;t&#233; et &#233;tablissent les rapports de production et les formes des relations sur une base nouvelle, c'est-&#224;-dire sur eux-m&#234;mes, en tant qu'hommes nouveaux, sur leur nouveau mode de vie, restent 'ceux qu'ils &#233;taient dans le pass&#233;'. La propagande inlassable que font les prol&#233;taires, les discussions qu'ils organisent entre eux quotidiennement, prouvent &#224; suffisance &lt;i&gt;combien peu eux-m&#234;mes veulent rester 'ceux qu'ils &#233;taient'&lt;/i&gt; [soulign&#233; par nous], et combien d'une mani&#232;re g&#233;n&#233;rale, ils souhaitent que les hommes ne restent pas 'ceux qu'ils &#233;taient'. Ils ne resteraient 'ceux qu'ils &#233;taient dans le pass&#233;' que si, avec saint Sancho, ils 'cherchaient la faute en eux-m&#234;mes' ; mais ils savent trop bien que c'est seulement lorsque les conditions seront modifi&#233;es qu'ils cesseront d'&#234;tre 'ceux qu'ils &#233;taient' et c'est pourquoi ils sont d&#233;cid&#233;s &#224; modifier ces conditions &#224; la premi&#232;re occasion. Dans l'activit&#233; r&#233;volutionnaire, se changer soi-m&#234;me et changer ces conditions co&#239;ncident. &#187; (&lt;i&gt;Id&#233;ologie allemande&lt;/i&gt;, p. 242). Les prol&#233;taires, abolissant leurs propres conditions d'existence qui les d&#233;finissent, se transforment eux-m&#234;mes. Ils ne sont le &#171; regain &#187; de rien et ne font que partir de leur condition existante dans &lt;i&gt;cette&lt;/i&gt; soci&#233;t&#233;. Marx, dans un passage moins connu de &lt;i&gt;l'Id&#233;ologie allemande&lt;/i&gt; va m&#234;me plus loin, parlant de &#171; la phrase de Saint Simon relative au libre d&#233;veloppement des dispositions naturelles des individus &#187;, il commente : &#171; Son expression exacte [de cette phrase, nda], c'est cette absurdit&#233; selon laquelle les individus qui forment la soci&#233;t&#233; veulent conserver leur individualit&#233;, rester ce qu'ils sont, tout en exigeant de la soci&#233;t&#233; une transformation qui ne peut &#233;maner que de leur propre transformation. &#187; (&lt;i&gt;op. cit., &lt;/i&gt;p. 525).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais si la mise en cause des sujets est une d&#233;termination inh&#233;rente &#224; la lutte de classe, est-ce que la lutte de classe n'est pas la mise en cause des sujets (leur insatisfaction inh&#233;rente vis-&#224;-vis d'eux-m&#234;mes) ? Nous sommes l&#224; dans une contradiction interne &#224; la vie quotidienne, jamais satisfaite, de fa&#231;on structurelle, constitutive. Nous avons l&#224;, dans la vie quotidienne le fond structurel de la &#171; crise du travailleur libre &#187;. C'est ainsi que l'on parvient &#224; la vie quotidienne comme lieu de cristallisation des contradictions : par la crise du travailleur libre. &lt;i&gt;Le sujet est en crise&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;h.v45erbdxbdmp&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LA CRISE DU TRAVAILLEUR LIBRE&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que nous appelons ici &#171; crise du travailleur libre &#187; n'est que la manifestation la plus caract&#233;ristique de la crise g&#233;n&#233;rale de cette phase de la subsomption r&#233;elle initi&#233;e dans la restructuration des ann&#233;es 1970-1980, dans laquelle la contradiction entre le prol&#233;tariat et le capital s'est constitu&#233;e au niveau de la &lt;i&gt;reproduction&lt;/i&gt; de leur rapport.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Est-ce que, apr&#232;s le &#171; d&#233;sencastrement &#187; d&#233;crit par Polanyi dans &lt;i&gt;La Grande transformation&lt;/i&gt; (proche de la th&#232;se de Marx dans &lt;i&gt;Les Formes ant&#233;rieures&lt;/i&gt;), puis le &#171; r&#233;encastrement &#187; des ann&#233;es 1930 et de l'apr&#232;s-guerre, puis &#224; nouveau le &#171; d&#233;sencastrement lib&#233;ral &#187; nous assistons, &#224; l'int&#233;rieur de ce m&#234;me &#171; lib&#233;ralisme &#187;, &#224; un r&#233;encastrement du travail dans la vie quotidienne&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb109&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pour Polanyi : dans le lib&#233;ralisme classique du XIXe si&#232;cle, &#171; Au lieu que (&#8230;)&#034; id=&#034;nh109&#034;&gt;109&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ? Beau mouvement dialectique (&#224; manier avec prudence). Pr&#233;carit&#233;, flexibilit&#233;, ub&#233;risation, achat global de la force de travail. Le capital peut, comme dans chaque crise, &#234;tre consid&#233;r&#233; comme en pleine expansion : ampleur g&#233;ographique, expansion dans des secteurs o&#249; se cr&#233;ent de nouveaux march&#233;s &#8211; loisirs, m&#233;dias, de nouveaux objets de transactions, communications, soins, aides, livraisons, transformation de nouvelles activit&#233;s et de nouveaux produits en marchandises, l'&#233;conomie des &#171; petits boulots &#187; (&lt;i&gt;gig economy&lt;/i&gt;)&lt;i&gt;, &lt;/i&gt;&#233;conomie circulaire, production et commercialisation locaux, etc. Jusque dans les aires centrales du capitalisme, nous assistons &#224; la dissolution des formes de travail socialement stables, contractuelles et reconnaissables qui d&#233;finissaient ce qui est et ce qui n'est pas du temps de travail, du lieu de travail, de la r&#233;mun&#233;ration ou des co&#251;ts de la main-d'&#339;uvre. Cette dissolution s'accompagne aux Etats-Unis ou en Europe occidentale de luttes qui imposent aux entreprises et &#224; la l&#233;gislation de r&#233;guler et r&#233;glementer cette &#233;volution, ce qui la rend plus efficace et p&#233;renne. C'est m&#234;me ainsi que ce processus s'impose et devient efficient sur le long terme. En m&#234;me temps que la l&#233;gislation r&#233;gule et r&#233;glemente le travail pr&#233;caire et/ou dit &#171; ind&#233;pendant &#187;, le CDI s'aligne sur les caract&#233;ristiques de ce travail pr&#233;caire, si bien que de fa&#231;on encore marginale mais notable des travailleurs refusent leur &#171; normalisation &#187; comme ce fut le cas lors des r&#233;centes luttes des livreurs au Br&#233;sil.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le quotidien &lt;i&gt;Les Echos&lt;/i&gt;, dans son &#233;dition du 2 d&#233;cembre 2015, titrait &#224; propos de la r&#233;forme du Code du travail alors en pr&#233;paration (promulgu&#233;e en 2016, malgr&#233; le &#171; mouvement social &#187;) : &lt;i&gt;Et si l''ub&#233;risation' &#233;tait le vrai choc de simplification&lt;/i&gt; : &#171; Certains pr&#233;disent m&#234;me la mort du CDI classique avec les travailleurs r&#233;mun&#233;r&#233;s &#224; la t&#226;che, jouant les taxis quelques heures dans la journ&#233;e, rempla&#231;ant La Poste ou DHL en transportant un colis pour Amazon sur le chemin de leur bureau ou s'&#233;rigeant en professionnels du tourisme en louant leur appartement parisien et leur r&#233;sidence secondaire &#187;. Selon un &#171; Observatoire du long terme &#187;, l'article &#233;value &#224; 14 % les emplois qui en France seraient &#171; ub&#233;ris&#233;s &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marie-Claire Carr&#232;re-G&#233;e, pr&#233;sidente du &#171; Conseil d'orientation pour l'emploi &#187;, signait, quant &#224; elle, dans &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; du 5 novembre 2015, une tribune au titre claquant : &lt;i&gt;L''ub&#233;risation' de l'emploi est d&#233;j&#224; partout&lt;/i&gt;. L'analyse est beaucoup plus subtile que celle de l'Observatoire pr&#233;c&#233;dent. Elle commence par souligner que &#171; l'&#226;ge d'or du CDI n'a jamais exist&#233;. La construction l&#233;gislative et jurisprudentielle du CDI comme emploi prot&#233;g&#233; et stable ne date que des crises des ann&#233;es 1970. Au m&#234;me moment, le l&#233;gislateur reconnaissait l'int&#233;rim et le CDD, leur assurant ainsi une progression fulgurante. &#187; Depuis le d&#233;but des ann&#233;es 2000, le CDI demeure la formule ultra-dominante d'emploi, autour de 87 % de l'emploi salari&#233;. M&#234;me si cela est vrai il faudrait ne pas laisser de c&#244;t&#233; les formes d'embauche, les diff&#233;rences selon les cat&#233;gories de salari&#233;s, etc. Passons, c'est la suite qui est d&#233;cisive, citons longuement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Alors, rien n'aurait chang&#233; ? Si bien s&#251;r. C'est m&#234;me &#224; un v&#233;ritable bouleversement auquel nous assistons, avec une grande vague de flexibilisation et d'individualisation, qui touche toutes les conditions d'emploi. A tout seigneur, tout honneur, le premier concern&#233; est le CDI : le fameux 'CDI &#224; temps plein avec des horaires stables et chez un seul employeur' est d&#233;j&#224; minoritaire, avec la progression du temps partiel, qui concerne un peu plus de 4 millions de salari&#233;s, et des horaires d&#233;cal&#233;s et variables. Pr&#232;s d'un tiers des travailleurs travaillent habituellement ou occasionnellement le dimanche, contre un sur cinq il y a vingt ans. La part des horaires &#224; la carte a aussi quasiment doubl&#233; et d&#233;passe les 10 %. L'unit&#233; du lieu de travail est &#233;galement remise en question avec l'essor du t&#233;l&#233;travail, qui concerne pr&#232;s de 17 % des actifs. La flexibilisation progresse aussi de fa&#231;on fulgurante au sein des CDD : les contrats temporaires les plus courts explosent. Les flux d'emplois de moins de trois mois en CDD ou int&#233;rim repr&#233;sentent neuf embauches sur dix. L'explosion est encore plus forte pour les contrats de moins d'un mois. L'emploi ind&#233;pendant s'individualise &#233;galement de plus en plus : c'est en son sein, l'emploi ind&#233;pendant sans aucun salari&#233; qui progresse avec notamment 1 million d'auto-entrepreneurs. Mais le ph&#233;nom&#232;ne le plus marquant de ces derni&#232;res ann&#233;es est l'individualisation de l'activit&#233; elle-m&#234;me, avec l'explosion de la pluriactivit&#233; &#8212; avoir plusieurs emplois salari&#233;s, ou un emploi salari&#233; et un autre ind&#233;pendant. Elle concerne aujourd'hui plus de 2,3 millions d'actifs contre 1 million il y a dix ans. Un tiers des auto-entrepreneurs le sont en compl&#233;ment d'un emploi salari&#233;. [&#8230;] Enfin, l'essor des nouvelles technologies donne un formidable &#233;lan &#224; toutes les formes d'activit&#233; dans lesquelles le travail ne s'exerce pas dans l'entreprise qui embauche. Ce le cas des sites de 'jobbing' entre particuliers, des plates-formes de services entre professionnels, des sites de free-lance, o&#249; un nombre important de personnes, r&#233;mun&#233;r&#233;es ou non, contribuent &#224; la r&#233;alisation d'un projet divis&#233; en microt&#226;ches. [&#8230;] &lt;i&gt;Il n'y a pas l'ancienne &#233;conomie d'un c&#244;t&#233; et la nouvelle &#233;conomie de l'autre, les salari&#233;s et les 'anciens ind&#233;pendants' contre les 'ub&#233;ris&#233;s' : la nouvelle &#233;conomie est partout&lt;/i&gt; &#187;. Soulignons qu'en regard de cette &#233;volution, la France est un peu &#224; la tra&#238;ne par rapport &#224; nombre d'autre pays &#171; occidentaux &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La vie quotidienne, moment des &#171; activit&#233;s libres &#187; de la reproduction est investie par le travail, elle concentre la fragilit&#233; sociale : &#171; D&#232;s qu'il arrive quelque chose, c'est la merde &#187;. Actuellement le retour de l'inflation se traduit, comme cela l'&#233;tait auparavant, par des revendications sur le co&#251;t de la vie, mais, &#224; l'&#232;re de l'ub&#233;risation galopante, ce retour conduit principalement &#224; des manifestations sur le co&#251;t du travail, c'est-&#224;-dire &#224; des luttes sur la capacit&#233; &#224; travailler. La reproduction de la force de travail se transforme en gestion de la micro-entreprise de soi-m&#234;me. A la limite, &#234;tre son propre patron appara&#238;t comme une alternative aux emplois de merde. Dans les p&#233;riph&#233;ries, l'expansion du microcr&#233;dit facilite le financement minimal pour vendre son activit&#233; au travers de &#171; son entreprise &#187;. L' &#171; autonomie &#187; devient un rouage dans l'engrenage de l'exploitation : une cons&#233;quence importante du programme &lt;i&gt;Bolsa Familia&lt;/i&gt; au Br&#233;sil fut de cr&#233;er une minuscule capacit&#233; d'&#233;conomie pour &#171; investir &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est que dans la p&#233;riode actuelle que l'on voit se d&#233;velopper un &#171; r&#233;encastrement &#187; pervers du travail, &lt;i&gt;non pas dans la &#171; soci&#233;t&#233; &#187; mais dans la vie quotidienne&lt;/i&gt;, &#171; r&#233;encastrement &#187; dont la prolif&#233;ration mondiale de l'&#233;conomie informelle, dans son int&#233;gration syst&#233;mique au fonctionnement de l'&#233;conomie mondiale, est la forme paradigmatique. Il y avait bien &#171; m&#233;tro-boulot-dodo &#187;, mais pendant tr&#232;s longtemps on a cru que la vie quotidienne &#233;tait un espace d&#233;termin&#233; mais &#171; pr&#233;serv&#233; &#187;. Erreur !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le plus important ce ne sont pas ces nouveaux secteurs par lesquels est &lt;i&gt;poursuivie&lt;/i&gt; la s&#233;paration du travailleur et de ses conditions, ce qui nous importe ici c'est la liaison entre ces nouveaux secteurs et la transformation de l'emploi dont ces secteurs sont la t&#234;te de pont dans une red&#233;finition de la relation entre travail et vie quotidienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En tant que tel, le travail tel qu'existant dans la vie quotidienne demeure le m&#234;me (individualisation du travail vis-&#224;-vis de son existence et ses caract&#232;re sociaux), mais il n'est plus un moment particulier, s&#233;par&#233;. Il &#171; s'encastre &#187; dans tous les autres moments et autres activit&#233;s de la vie quotidienne, il les d&#233;termine. Si tout cela peut para&#238;tre encore marginal, ce qui ne l'est pas, comme le souligne Marie-Claire Carr&#232;re-G&#233;e en parlant de &#171; &lt;i&gt;l'ub&#233;risation d&#233;j&#224; partout&lt;/i&gt; &#187;, c'est, tendanciellement, l'effacement de la diff&#233;rence entre les activit&#233;s par lesquelles le travailleur reproduit sa mise en relation avec ses conditions (ce que nous appelons la vie quotidienne) et cette mise en relation m&#234;me (c'est-&#224;-dire le moment du travail). Tous les moments de la vie quotidienne tendent &#224; devenir moments du travail, moments d'une permanente mobilisation, soit pour &#234;tre convoqu&#233; au travail, soit dans le cadre du travail m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Face &#224; la d&#233;gradation des conditions de travail au niveau mondial et &#224; leurs modifications, mises en &#233;vidence par l'apparition de la pand&#233;mie du Covid, un article de Francesca Coin, sociologue travaillant dans le d&#233;partement de l'Universit&#233; de Lancaster, traite d'un ph&#233;nom&#232;ne qu'elle identifie comme &#171; Le nouveau refus du travail &#187; (article paru dans &lt;i&gt;L'Essenziale&lt;/i&gt; du 13 novembre 2021). Ce nouveau &#171; refus du travail &#187; serait, selon elle, li&#233; &#224; &lt;i&gt;la mani&#232;re dont le travail impr&#232;gne compl&#232;tement toutes les dimensions de l'existence des personnes&lt;/i&gt;. Le ph&#233;nom&#232;ne qu'elle analyse touche principalement des cadres, mais il n'est pas interdit d'y voir un sympt&#244;me des transformations g&#233;n&#233;rales de la mobilisation au travail et des r&#233;actions qu'elles suscitent. En effet, en octobre et novembre 2021, les salaires r&#233;els ont baiss&#233; aux Etats-Unis, leur hausse nominale de 4,8 % en moyenne annuelle est inf&#233;rieure de deux points &#224; la hausse des prix. Cette hausse des prix est due en partie, selon &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; (12-13/12/21), &#224; &#171; une p&#233;nurie de main-d'&#339;uvre, en raison de la 'grande d&#233;mission' des Am&#233;ricains qui ont quitt&#233; le march&#233; du travail et vivent sur les r&#233;serves d'&#233;pargne accumul&#233;es pendant le Covid-19. [&#8230;] les aides f&#233;d&#233;rales au ch&#244;mage ont &#233;t&#233; interrompues depuis septembre et doivent inciter les Am&#233;ricains &#224; reprendre plus rapidement le chemin de l'emploi, d'autant que le gouvernement fait tout pour que les &#233;coles qui ont &#233;t&#233; ferm&#233;es les deux premi&#232;res ann&#233;es de la pand&#233;mie, gardent leurs portes ouvertes &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb110&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;propos de la &#171; grande d&#233;mission &#187; aux Etats-Unis, voir le texte tr&#232;s (&#8230;)&#034; id=&#034;nh110&#034;&gt;110&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les plus pauvres ne sont pas les oubli&#233;s de ces transformations, de cette impr&#233;gnation constante du travail dans la vie quotidienne, de leur intrication jusqu'&#224; leur confusion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; Au-del&#224; des '&lt;i&gt;recibios verdes&lt;/i&gt;' portugais, que dire des 'contrats z&#233;ro heure' britanniques, des mini-jobs allemands ou encore des autoentrepreneurs fran&#231;ais ? En Europe, comme dans les nations industrialis&#233;es, la pr&#233;carit&#233; se d&#233;veloppe aux marges et la qualit&#233; de certains emplois se d&#233;grade. &#187; (Marie Charrel, &lt;i&gt;Le Monde,&lt;/i&gt; 4/4/19). Mais, comme le fait remarquer Marie-Claire Carr&#232;re-G&#233;e, il ne s'agit pas de &#171; marges &#187;, mais de transformations structurelles qui ont souvent accompagn&#233;, dans certains pays, un retour au &#171; plein emploi &#187; : Allemagne, Autriche, Pays-Bas, Europe du Nord, Etats-Unis, mais aussi la R&#233;publique tch&#232;que ou la Pologne. La pr&#233;carit&#233; n'est pas seulement cette part de l'emploi que l'on peut qualifier &lt;i&gt;stricto sensu&lt;/i&gt; de pr&#233;caire. &lt;i&gt;Int&#233;gr&#233;e maintenant dans&lt;/i&gt; &lt;i&gt;toutes les branches &lt;/i&gt;&lt;i&gt;d'activit&#233;s&lt;/i&gt;, elle est bien s&#251;r une &#171; menace &#187; sur tous les emplois dits &#171; stables &#187;. Les emplois stables adoptent les caract&#233;ristiques de la pr&#233;carit&#233; dont, principalement, la flexibilit&#233;, la mobilit&#233;, la disponibilit&#233; constante, la sous-traitance pr&#233;carisant l'emploi m&#234;me &#171; stable &#187; des PME, le fonctionnement par objectifs dans les grandes entreprises. La liste des sympt&#244;mes de la contagion de la pr&#233;carit&#233; sur les emplois &lt;i&gt;formellement&lt;/i&gt; stables est longue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons vu que dans l'achat global de la force de travail, cette derni&#232;re est pr&#233;suppos&#233;e comme propri&#233;t&#233; du capital, non seulement formellement (le travailleur a toujours appartenu &#224; toute la classe capitaliste avant de se vendre &#224; tel ou tel capitaliste), mais r&#233;ellement en ce que le capital paie sa reproduction individuelle en dehors m&#234;me de sa consommation imm&#233;diate qui pour chaque force de travail n'est que la manifestation de sa d&#233;finition en tant que fraction, simple partie aliquote, de cette force de travail g&#233;n&#233;rale d&#233;j&#224; propri&#233;t&#233; du capital (&lt;i&gt;TC&lt;/i&gt; 22, pp. 142-143). &lt;i&gt;Il tend &#224; y avoir p&#233;r&#233;quation entre revenus du travail et revenus d'inactivit&#233;&lt;/i&gt; et institutionnellement contagion entre les deux. Int&#233;gration et socialisation de la reproduction de la force de travail produisent le caract&#232;re majoritairement contraint des d&#233;penses ouvri&#232;res, celles qui font dire &#171; quand on a tout pay&#233; il ne reste plus rien &#187; : en France, 75 % en 2006 contre 50 % en 2001, chiffres Insee (&lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; du 20 f&#233;vrier 2008 ; depuis 14 ans le mouvement s'est encore amplifi&#233;)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb111&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Selon une enqu&#234;te de l'Insee, reprise par RMC, sur un panel de 7500 (&#8230;)&#034; id=&#034;nh111&#034;&gt;111&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Enfin, la r&#233;gulation de la consommation passe par toutes les formes d'endettement et de fonds : la &#171; petite circulation &#187; et absorb&#233;e dans la &#171; grande circulation &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; On peut parler de nouvelles politiques de l'emploi d&#232;s lors qu'un ensemble coh&#233;rent de nouveaux dispositifs &#233;merge, qui t&#233;moigne d'une nouvelle repr&#233;sentation de la nature et des causes du ch&#244;mage. Les politiques de r&#233;duction du co&#251;t du travail, d'un c&#244;t&#233;, et le d&#233;veloppement d'incitations mon&#233;taires au retour &#224; l'emploi, de l'autre, ont profond&#233;ment transform&#233; la panoplie des politiques pour l'emploi. En France, comme dans de nombreux pays d'Europe, les nouveaux dispositifs sont cibl&#233;s sur les bas salaires, privil&#233;gient les incitations mon&#233;taires, subventionnent &#224; la fois les salari&#233;s et leurs employeurs et mobilisent des budgets sans pr&#233;c&#233;dent. Dans une logique d'activation de la protection sociale, l'objectif est de favoriser la progressivit&#233; des pr&#233;l&#232;vements sociaux tout en limitant la d&#233;gressivit&#233; des transferts, au travers des &lt;i&gt;in work benefits&lt;/i&gt; destin&#233;s &#224; combler les 'trappes &#224; pauvret&#233;'. [&#8230;] Alors que la baisse du ch&#244;mage pouvait se faire par le biais d'une hausse du non-emploi auparavant, c'est d&#233;sormais la baisse du non-emploi qui est privil&#233;gi&#233;e (en renfor&#231;ant l'attrait du march&#233; du travail). &#187; (Yannick L'Horty, &lt;i&gt;Les nouvelles politiques de l'Emploi&lt;/i&gt;, &#233;d. La D&#233;couverte, 2006, pp. 3-4).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Au travers d'un grand nombre de dispositifs nouveaux, on veut d&#233;sormais soutenir l'offre de travail, alors que l'objectif poursuivi jusqu'&#224; la fin des ann&#233;es 1980 par l'action publique &#233;tait plut&#244;t d'encourager les retraits d'activit&#233;. La cible n'est plus de diminuer le taux de ch&#244;mage, mais d'accro&#238;tre le taux d'emploi. [&#8230;] On peut d&#233;nombrer plus de dix millions de salari&#233;s concern&#233;s par les exon&#233;rations sur les bas salaires. On peut d&#233;nombrer aussi 8,5 millions de b&#233;n&#233;ficiaires de la prime pour l'emploi. Le changement d'&#233;chelle est tr&#232;s net [2,8 millions de b&#233;n&#233;ficiaires de la politique de l'emploi en 2000, nda]. Il en va de m&#234;me si l'on consid&#232;re les budgets mobilis&#233;s par les politiques de l'emploi. &#187; (&lt;i&gt;ibid&lt;/i&gt;, pp. 6-7)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aux Etats-Unis : &#171; Entr&#233;e en application le 1er janvier 1997, la r&#233;forme du &lt;i&gt;Welfare&lt;/i&gt; r&#233;pondait &#224; une n&#233;cessit&#233; sociale et politique. Son objectif est triple : elle vise &#224; simplifier le principe de l'aide sociale en rempla&#231;ant de nombreux programmes par une allocation unique. Elle tend &#224; optimiser les co&#251;ts en supprimant des programmes. Elle cherche enfin &#224; 'moraliser' le principe de la solidarit&#233; : place &#224; la famille traditionnelle et aux citoyens am&#233;ricains et haro sur les adolescentes enceintes et les immigrants. La loi transf&#232;re aux Etats la responsabilit&#233; de d&#233;finir le contenu des diverses allocations. Elle institue enfin le principe de la conditionnalit&#233;, ce qui signifie que toute personne b&#233;n&#233;ficiant d'une aide sociale devra le m&#233;riter. Celle-ci n'est plus un droit, elle doit avoir une contrepartie : son b&#233;n&#233;ficiaire devra exercer une activit&#233; salari&#233;e, effectuer une t&#226;che d'int&#233;r&#234;t g&#233;n&#233;ral, ou recevoir une formation. Tout adulte dont la famille per&#231;oit une aide devra, dans les deux mois, effectuer un travail d'int&#233;r&#234;t g&#233;n&#233;ral. Le principe d'universalit&#233; et d'automaticit&#233; du versement de l'aide sociale est ainsi supprim&#233;. Chaque Etat est libre de distribuer &#224; sa guise le montant de l'enveloppe qu'il percevra du gouvernement f&#233;d&#233;ral. Avec cette condition : en 2002, les Etats doivent &#234;tre en mesure de prouver qu'environ 50 % de leur &#171; client&#232;le &#187; du &lt;i&gt;Welfare&lt;/i&gt; est au travail. Sinon, ils perdront une portion non n&#233;gligeable de la dotation f&#233;d&#233;rale. Entre janvier 1993 et novembre 1996, 2,5 millions de b&#233;n&#233;ficiaires du &lt;i&gt;Welfare&lt;/i&gt; ont &#233;t&#233; ray&#233;s des registres. En supposant que les deux tiers des b&#233;n&#233;ficiaires d'aides sociales trouvent du travail et que les Etats maintiennent leur niveau de financement, ce sont, avec la nouvelle loi, 2,6 millions de personnes qui vont tomber en dessous du seuil de pauvret&#233; (32,4 millions d'Am&#233;ricains, soit 13,5 % de la population entrent d&#233;j&#224; dans cette cat&#233;gorie). On imagine ais&#233;ment les cons&#233;quences d'un brusque ralentissement de la croissance &#233;conomique. Le test du succ&#232;s de la r&#233;forme est donc moins dans la r&#233;duction du nombre d'abonn&#233;s de l'aide sociale (le principe de la conditionnalit&#233; &#224; un effet dissuasif) [toutes proportions gard&#233;es, c'&#233;tait 'l'effet dissuasif' de la &lt;i&gt;workhouse&lt;/i&gt;, nda] que dans &lt;i&gt;la capacit&#233; de l'&#233;conomie &#224; leur fournir des emplois permanents&lt;/i&gt;. De quels emplois s'agit-il ? De nombreuses entreprises ont r&#233;pondu &#224; cet effort de solidarit&#233; nationale en mettant en place des programmes dits &lt;i&gt;welfare-to-work&lt;/i&gt;. &#187; (&lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; du 13 mai 1997).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Les principaux effets de la r&#233;forme r&#233;sident dans le passage d'un assistanat chronique &#224; des formes de pr&#233;carit&#233; par le travail (&lt;i&gt;working poverty&lt;/i&gt;) &#187; (David Giband, &lt;i&gt;G&#233;ographie sociale des Etats-Unis&lt;/i&gt;, &#233;d. Ellipses, 2006, p. 53).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus r&#233;cemment, mercredi 15 juillet 2020, en France, Castex, alors nouveau Premier ministre, annon&#231;ait que &#171; le dispositif exceptionnel de r&#233;duction du co&#251;t du travail correspondrait &#224; 4000 euros par an, pour les jeunes de moins de 25 ans, jusqu'&#224; 1,6 smic, dans toutes les entreprises et pour une dur&#233;e d'au moins un an. &#187; (&lt;i&gt;Le Monde,&lt;/i&gt; 17/7/20).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;S'il ne s'applique pas partout de la m&#234;me fa&#231;on ni avec la m&#234;me amplitude ou profondeur, cet achat global est un ph&#233;nom&#232;ne mondial&lt;/i&gt; (tripartition zonale en abyme, double d&#233;connexion) : il existe, globalement, un exc&#233;dent structurel mondial d'offre de travail qui caract&#233;rise le march&#233; mondialis&#233; du travail accompagnant la suppression de toute pertinence &#224; la liaison entre la production, la productivit&#233; et la r&#233;alisation c'est-&#224;-dire &#224; l'ad&#233;quation entre les sections I et II de la production (voir &lt;i&gt;Le Capital&lt;/i&gt;, Livre II, sur les sch&#233;mas de reproduction) sur une &#233;chelle nationale ou m&#234;me r&#233;gionale. Toutes les r&#233;voltes actuelles s'adressent &#224; un Etat de ce point de vue d&#233;l&#233;gitim&#233; de par la rupture des n&#233;cessit&#233;s de la connexion &#224; l'&#233;chelle nationale ou r&#233;gionale (l&#224; o&#249; &#171; les gens &#187; vivent) entre les deux sections de la reproduction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, &#224; l'occasion de la pand&#233;mie du Covid, dans les pays &#171; &#233;mergents &#187;, &#171; p&#233;riph&#233;riques &#187;, et jusqu'en Europe ou aux Etats-Unis, la politique des gouvernements et des entreprises a accentu&#233; ce &#171; r&#233;encastrement &#187; du travail dans la vie quotidienne. Au Br&#233;sil, selon le texte &lt;i&gt;Travail et r&#233;volte&lt;/i&gt; &lt;i&gt;dans l'impasse du Br&#233;sil&lt;/i&gt; (sur le site Des Nouvelles du Front &#8211; Dndf -) : &#171; La politique de Bolsonaro face &#224; l'&#233;pid&#233;mie n'a pas seulement satisfait les souhaits des petits patrons, elle a aussi jou&#233; avec la situation des travailleurs qui d&#233;pendent de petits contrats pour survivre et qui n'attendent que la mis&#232;re sous la pand&#233;mie. En d&#233;clarant que 'la l&#233;gislation du travail doit se rapprocher de l'informalit&#233;' (&lt;i&gt;Folha de S&#227;o Paulo&lt;/i&gt;, 12 d&#233;cembre 2018), Bolsonaro a finalement ajust&#233; les param&#232;tres et reconnu le non-r&#233;glement&#233; comme r&#232;gle. En m&#234;me temps qu'elle radicalise 'le mode p&#233;riph&#233;rique de la course &#224; la vie', la forme de gouvernement 'd&#233;constructive' de Bolsonaro pr&#233;pare le terrain pour les mouvements de capitaux qui resserrent les mailles du contr&#244;le et tentent de donner une mesure &#224; cette zone n&#233;buleuse d'informalit&#233;. Si le d&#233;compte quotidien des morts de la pand&#233;mie dans les journaux met en &#233;vidence la 'jetabilit&#233;' &#224; laquelle est condamn&#233;e une grande partie de la population, ce m&#234;me cauchemar r&#233;v&#232;le sa productivit&#233; dans la mesure pr&#233;cise o&#249; il &lt;i&gt;consigne les vivants &#224; un r&#233;gime de disponibilit&#233; totale &#224; tout travail&lt;/i&gt; [nous soulignons]. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;h.muzmbobgeqtk&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Au Br&#233;sil, la crainte qui avait conduit le Congr&#232;s &#224; d&#233;fendre une aide d'urgence d'une valeur et d'une ampleur sup&#233;rieures &#224; tout autre programme de ce type dans le pays a fini par ne plus appara&#238;tre comme justifi&#233;e : &#171; La capacit&#233; de la population &#224; se d&#233;brouiller dans les situations de crise a transform&#233; le sc&#233;nario en une &#171; nouvelle normalit&#233; &#187;, m&#234;me si les revenus du travail &#233;taient en chute libre, l'inflation galopante et la faim en hausse vertigineuse. [&#8230;] Recalibr&#233;e, la politique de transfert d'argent continue de fonctionner comme 'le fonds de roulement du vira&#231;&#227;o' [la d&#233;brouille, nda], dans lequel &lt;i&gt;il est impossible de s&#233;parer ce qui rel&#232;ve des affaires et rel&#232;ve de l'argent des m&#233;nages dans l'arsenal de cette mobilisation totale pour le &lt;/i&gt;travail [nous soulignons]. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La contradiction actuelle du &#171; travailleur libre &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la restructuration des ann&#233;es 1970-1980, la subsomption de l'ensemble de la vie sociale sous la valeur s'est invers&#233;e en une d&#233;connexion entre d'une part, la reproduction et l'accumulation du capital et, d'autre part, la reproduction de la force de travail dans la multitude de ses conditions imm&#233;diates. Il s'en est suivi la disparition de l'identit&#233; ouvri&#232;re et de toutes les identit&#233;s v&#233;cues comme &lt;i&gt;essentielles,&lt;/i&gt; et l'existence de chacun et de chacune a &#233;t&#233; li&#233;e aux m&#233;canismes du march&#233;, existence v&#233;cue comme une lib&#233;ration &lt;i&gt;individuelle&lt;/i&gt; vis-&#224;-vis des liens et entraves collectives. Le &#171; n&#233;olib&#233;ralisme &#187; a eu la capacit&#233; de se pr&#233;senter et d'&#234;tre accept&#233; comme un message de lib&#233;ration, jusqu'&#224; ce que les cyclistes de Deliveroo r&#233;clament d'&#234;tre des &lt;i&gt;salari&#233;s&lt;/i&gt; et/ou, comme au Br&#233;sil leurs &#233;quivalents le refusent dans la mesure o&#249; l'emploi &#171; stable &#187; est investi par les caract&#232;res de la pr&#233;carit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La tendance &#224; la marchandisation totale, substance de la globalisation financi&#232;re productive, reste en tension contradictoire avec le mouvement de r&#233;appropriation du temps, des biens et des relations sociales qui est l'h&#233;ritage de 1968. [&#8230;] Le n&#339;ud du probl&#232;me est que la financiarisation est le visage pervers mais non moins efficace du nouveau niveau incroyable de socialisation du travail et de la vie. A contre-jour, transpara&#238;t la constitution de l'individu social dont la richesse et la productivit&#233; r&#233;sident dans les relations sociales et dans la capacit&#233; &#224; s'autoproduire dans une coop&#233;ration qui ne se concilie pas avec l'individualit&#233; libre. D'o&#249; la profonde ambivalence des nouveaux modes de travail et de vie : d'un c&#244;t&#233;, la mise sur le march&#233; de la valeur de toute sa vie, avec des effets de pr&#233;carit&#233; et d'appauvrissement relationnel et cognitif, comme le montre aujourd'hui l'usage stupide des m&#233;dias num&#233;riques ; de l'autre, la recherche d'une valorisation de soi. L'individualit&#233; est le terrain de cet affrontement. &#187; (Raffaele Sciortino, &lt;i&gt;Dix ans qui &#233;branl&#232;rent le monde ; Crise mondiale et g&#233;opolitique des n&#233;o-populismes&lt;/i&gt;, non traduit, ed. Asterios, Italie, 2019). L'effondrement du socialisme r&#233;el dans les pays de l'Est et la fin du &#171; compromis capital-travail &#187; &#224; l'Ouest, ont donn&#233; aux &#171; forces du march&#233; &#187; le poids n&#233;cessaire pour nouer dans l'existence individuelle les contradictions de classes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Nous parlons d'individus, non pas parce qu'avec l'effritement des anciennes agr&#233;gations, les rapports de classe ont disparu, mais parce que l'omnipr&#233;sence des rapports capitalistes est telle que l'individu &#8212; l'individu social de m&#233;moire marxienne ? &#8211; est d&#233;j&#224; en soi un ensemble de relations sociales. Normalement soumis &#224; des dynamiques ali&#233;nantes et d&#233;sint&#233;grantes. Dans certaines conditions, cependant, capables de les renverser en formant une communaut&#233; qui n'a rien ou peu en commun et presque tout &#224; construire. Exploiter la richesse potentielle de ces m&#234;mes relations ambivalentes qui, dans la vie quotidienne, ne sont pas valoris&#233;es pour elles-m&#234;mes mais pour le march&#233;. La potentialit&#233; r&#233;side ici dans le fait de ne pas avoir &#224; d&#233;fendre les anciens arrangements, avec les anciens instruments, et de ne pas pouvoir compter sur le lien, d&#233;sormais derri&#232;re nous, entre les luttes et le d&#233;veloppement capitaliste. &#187; (Sciortino, &lt;i&gt;op. cit&lt;/i&gt;.).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sciortino voit comment &#224; la suite de la restructuration des ann&#233;es 1970-1980, la contradiction de classes se noue dans la reproduction et finalement dans la vie quotidienne, comment la notion m&#234;me d'individu devient ambivalente, &#224; la fois &#171; lib&#233;ration &#187; et &#171; prise dans les m&#226;choires du capitalisme le plus agressif &#187;. Cependant, nous divergeons sur sa conception de &#171; l'individu social &#187;. La r&#233;f&#233;rence &#224; &#171; l'individu social &#187; renvoie &#233;videmment &#224; la &lt;i&gt;6&lt;/i&gt;&lt;i&gt;&#232;me&lt;/i&gt;&lt;i&gt; Th&#232;se sur Feuerbach&lt;/i&gt;, le probl&#232;me est que pour lui, &#171; l'individu social &#187; s'oppose aux &#171; m&#226;choires du capitalisme &#187;. &#171; L'essence de l'homme c'est l'ensemble des rapports sociaux &#187; (6&#232;me th&#232;se), mais il faut revenir sur le d&#233;but de la th&#232;se : ce n'est pas une essence individuelle, elle &#171; n'est pas une abstraction inh&#233;rente &#224; l'individu pris &#224; part &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet individu social est &#171; l'ensemble des relations sociales &#187;, c'est-&#224;-dire les relations capitalistes. S'il est le lieu des contradictions, c'est en tant qu'il est &#171; social &#187; et/donc &#171; capitaliste &#187;. L' &#171; individu social &#187;, en tant que tel ne s'oppose en rien aux rapports sociaux capitalistes, il en est le &#171; n&#339;ud &#187; comme dit Sciortino, mais il n'est pas un terme de la contradiction. La contradiction &lt;i&gt;est en lui&lt;/i&gt;, s'il y a ambivalence de &#171; l'affirmation de l'individu social, de ses capacit&#233;s et de ses exigences &#187; (Sciortino), c'est qu'elles sont de plus en plus produites et requises par les m&#234;mes transformations productives et sociales du capitalisme mondialis&#233;. Face &#224; ce qu'il a cr&#233;&#233;, le mode de production n'appara&#238;t plus &#224; sa propre cr&#233;ature comme l&#233;gitime : ce qui est le principe m&#234;me de la lutte des classes dans le mode de production capitaliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les termes de la contradiction demeurent ceux de l'exploitation qui se cristallise dans la vie quotidienne et son individu tel que la restructuration au niveau de la reproduction l'a produit et investi. Nous parlons d'une situation sociale qui va toucher aussi bien les chefs d'entreprise amen&#233;s &#224; se vendre aux actionnaires que l'ouvrier pr&#233;caire, il ne faut pas oublier que dans une m&#234;me configuration sociale il y a ceux qui sont du bon c&#244;t&#233;, dont l'individualit&#233; est confirm&#233;e par cette configuration, et ceux qui sont du mauvais c&#244;t&#233;, du c&#244;t&#233; obscur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces &#233;volutions d&#233;finissent un mouvement paradoxal pour le capitalisme, consistant &#224; tendre &#224; rendre&lt;strong&gt; &lt;/strong&gt;l'existence&lt;strong&gt; &lt;/strong&gt;du travailleur libre contradictoire avec elle-m&#234;me. Le capital &#171; retourne &#187;, dans ses formes de d&#233;veloppement les plus &#233;volu&#233;es, &#224; des formes de mobilisation de la force de travail reprenant des d&#233;terminations proches de celles de l'esclavage (aucun pathos dans cette consid&#233;ration).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Il doit y avoir entre les deux c&#244;t&#233;s [la force de travail d'un c&#244;t&#233; ; la valeur, de l'autre, nda] un libre rapport d'&#233;change &#8211; circulation mon&#233;taire &#8211; fond&#233; sur la valeur et non sur un rapport de domination et de servitude ; en d'autres termes, il faut qu'il y ait une m&#233;diation entre les deux extr&#234;mes [&#8230;] Comme il n'est pas possible de s'emparer directement du travail d'autrui, il faut acheter la force de travail &#224; l'ouvrier dans le proc&#232;s d'&#233;change. &#187; (&lt;i&gt;Fondements de la critique de l'&#233;conomie politique&lt;/i&gt;, &#233;d. Anthropos, t. 1, pp. 427-428).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les deux premi&#232;res conditions semblent d'abord subsister comme conditions fondamentales (1&#176; la force de travail vivante sous une forme purement subjective ; 2&#176; de l'autre c&#244;t&#233;, la valeur, ou le travail mat&#233;rialis&#233;), mais on peut contester la m&#234;me qualit&#233; &#224; la troisi&#232;me condition : &#171; il doit y avoir des deux c&#244;t&#233;s un libre rapport d'&#233;change &#8212; circulation mon&#233;taire &#8212; fond&#233; sur la valeur, et non sur un rapport de domination et de servitude &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; L'emploi capitaliste du machinisme alt&#232;re fonci&#232;rement le contrat dont la premi&#232;re condition &#233;tait que capitaliste et ouvrier devaient se pr&#233;senter en face l'un de l'autre comme personnes libres, marchands tous deux, l'un possesseur d'argent ou de moyens de production, l'autre possesseur de force de travail. [&#8230;] Le machinisme bouleversa tellement le rapport juridique entre l'acheteur et le vendeur de la force de travail, que la transaction enti&#232;re perdit m&#234;me l'apparence d'un contrat entre personnes libres. &#187; (Marx, &lt;i&gt;Le Capital&lt;/i&gt;, &#233;d. Sociales, t. 2, pp.79-81). Cette &#171; alt&#233;ration &#187; tient d'entr&#233;e &#224; l'apparition du machinisme et de la grande industrie qui supprime la possession du m&#233;tier par le travailleur et massifie la force de travail dont la reproduction est pr&#233;suppos&#233;e dans sa masse et dans ses divisions par la reproduction du capital. Cependant, si cette alt&#233;ration est intrins&#232;que &#224; l'extraction de plus-value sous son mode relatif, elle ne trouve sa forme ad&#233;quate qu'avec la restructuration des ann&#233;es 1970-1980 : &lt;i&gt;general intellect&lt;/i&gt;, d&#233;mant&#232;lement-reconfiguration du fordisme, segmentation mondiale de la force de travail, traitement de la totalit&#233; de la force de travail disponible comme travail n&#233;cessaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La force de travail qui fait face au capital, qui lui est &#171; mati&#232;re exploitable &#187;, est, avec la grande industrie, globale, universelle, massifi&#233;e, pr&#233;suppos&#233;e, d&#233;finie, produite et reproduite par le capital, elle lui appartient avant m&#234;me qu'elle soit &#171; librement vendue &#187; par son &#171; possesseur &#187;. Durant toute la premi&#232;re phase de la subsomption r&#233;elle, cette massification a d'abord &#233;t&#233; une dynamique et dans la lutte de classe la limite de l'expansion capitaliste. La restructuration des ann&#233;es 1970-1980 est le r&#233;sultat de cette lutte des classes. Il a fallu tout le proc&#232;s historique de la premi&#232;re phase de la subsomption r&#233;elle pour que le capital ait cr&#233;&#233; les conditions sociales et technologiques de cette appropriation qui est la tendance inh&#233;rente au machinisme et &#224; la grande industrie, pour qu'il puisse r&#233;aliser organisationnellement et efficacement, rendre r&#233;el quotidiennement et pour chaque force de travail individuelle, qu'elle est d&#233;j&#224; sa propri&#233;t&#233; : soit, parce qu'elle est &lt;i&gt;r&#233;ellement&lt;/i&gt; d&#233;j&#224; pay&#233;e avant d'entrer dans le proc&#232;s de production, par fractions temporelles d'une m&#234;me force de travail individuelle ou fractions de la force de travail globale &#224; un moment donn&#233; ; soit, parce que livr&#233;e &#224; la mis&#232;re et/ou &#224; la guerre ; soit par la mobilisation contrainte ; soit par la rotation organis&#233;e de cette main-d'&#339;uvre comme dans les &lt;i&gt;maquiladoras&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb112&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir La sous-traitance en p&#233;riph&#233;rie, pratique &#233;conomique et rapport social (&#8230;)&#034; id=&#034;nh112&#034;&gt;112&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Elle est, de toute fa&#231;on, s&#233;par&#233;e de ses conditions de reproduction, donc mati&#232;re exploitable. L'achat primordial ou la simple mise &#224; disposition ont d&#233;j&#224; eu lieu, l'acte de propri&#233;t&#233; a d&#233;j&#224; &#233;t&#233; sign&#233;. Tout ceci a pour condition le plein d&#233;veloppement des conditions sp&#233;cifiques de l'extraction de plus-value relative (c'est-&#224;-dire la p&#233;riode ant&#233;rieure aux ann&#233;es 70).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le machinisme bouleverse tellement le rapport juridique entre l'acheteur et le vendeur de la force de travail, que la transaction enti&#232;re perdit m&#234;me l'apparence d'un contrat entre personnes libres. C'est ce qui fournit plus tard au Parlement anglais le pr&#233;texte juridique pour l'intervention de l'Etat dans le r&#233;gime des fabriques &#187; (&lt;i&gt;Le Capital&lt;/i&gt;, t. 2, p. 81). Marx demeure, malgr&#233; son insistance, tr&#232;s &#233;vasif sur ce bouleversement, tout en y ajoutant cependant une d&#233;termination capitale : l'intervention de l'Etat. C'est l'intervention de l'Etat qui est le moyen terme entre les deux extr&#234;mes que sont la force de travail individuelle et la force de travail globale disponible, dont la premi&#232;re n'est plus qu'une partie aliquote dont toutes les d&#233;terminations (valeur, qualification...) n'existent pas en elle-m&#234;me, de fa&#231;on premi&#232;re, dans cette force individuelle, mais seulement en tant que fraction de cette force globale dont le capital, au travers de l'Etat, fixe socialement la reproduction, d'abord simplement formellement &#8212; r&#232;gles d'utilisation &#8212; avant de la fixer r&#233;ellement par son achat ou sa constitution en gros. Disons que le &#171; march&#233; du travail &#187; est devenu un &#171; plan social &#187; permanent. Cette pr&#233;sence de l'Etat ne va pas sans cons&#233;quences sur son implication dans et par la lutte des classes, sur sa l&#233;gitimation, sur la place des rapports de distribution &#224; l'int&#233;rieur m&#234;me des luttes et de leur d&#233;finition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par exemple, dans le cas de la France, on ne comprend rien au mouvement des Gilets jaunes et &#224; sa composition si l'on ne consid&#232;re pas l'Etat et la forme qu'il a prise en s'introduisant partout, jusque dans les derniers recoins des rapports sociaux, en &#233;tant l'interm&#233;diaire absolu de tout, et particuli&#232;rement en tant que pourvoyeur de revenu (direct ou indirect). Si les Gilets jaunes s'en sont pris &#224; l'&#201;tat c'est bien parce qu'il m&#233;diatise tous les rapports, et en particulier la r&#233;partition du surproduit social&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb113&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Au point de vue mat&#233;riel, la monarchie, comme toute autre forme de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh113&#034;&gt;113&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. C'est l&#224; qu'il faut chercher l'explication de la forme, des cibles, et des revendications de cette lutte. Ce qui f&#233;d&#232;re l'h&#233;t&#233;rog&#233;n&#233;it&#233; des participants, l'unit&#233; du mouvement, c'est le revenu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand dans ce pays, 45 % du revenu des prol&#233;taires les plus pauvres provient de &#171; transferts sociaux &#187;, quand 42 % de la population touchent ces allocations, quand les d&#233;penses contraintes bouffent ce revenu et que le &#171; restant &#224; vivre &#187; est racl&#233; par des taux de TVA &#171; injustes &#187; et insupportables, on comprend que des gens qui ne parlent que de l'impossibilit&#233; des fins de mois n'&#233;voquent que marginalement la question du salaire. Se fixant sur le revenu et qui plus est sur cette part du revenu d'autant plus importante que l'on descend dans l'&#233;chelle sociale qui rel&#232;ve de la redistribution d'Etat, la gr&#232;ve n'&#233;tait pas dans l'ADN du mouvement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Est-ce que nous n'en sommes pas &#224; la possibilit&#233; de &#171; s'emparer directement du travail d'autrui &#187; quand les formes socialis&#233;es du salaire assurent une liaison entre le travailleur et la subsistance (RSA, ASS, imp&#244;t n&#233;gatif, revenu garanti, etc.) ou quand la disponibilit&#233; est permanente et qu'&#224; cette disponibilit&#233; est de plus en plus refus&#233; le choix de tel ou tel emploi, de telle ou telle formation ? Il faut consid&#233;rer la formidable socialisation de la reproduction globale de la force de travail totale dans le lissage entre revenus d'activit&#233; et revenus de substitution comme une remise en cause par le capital lui-m&#234;me, conform&#233;ment &#224; son n&#233;cessaire processus d'autopr&#233;supposition, du &#171; libre rapport d'&#233;change &#187; qui assure la m&#233;diation entre les deux premi&#232;res &#171; conditions fondamentales &#187;. Remise en cause de cet &#233;change libre que Marx consid&#232;re comme une &#171; formalit&#233; essentielle &#187;. Dans certains cas extr&#234;mes mais non atypiques ou marginaux, pour le &#171; travailleur pauvre &#187; fran&#231;ais qui va au &#171; Secours populaire &#187; ou aux &#171; Restos du c&#339;ur &#187;, ou pour l'Am&#233;ricain qui re&#231;oit des bons alimentaires, la circulation mon&#233;taire est m&#234;me, en partie, abolie. L'&#233;pid&#233;mie de Covid a montr&#233; comment ce mouvement pouvait rapidement prendre une tr&#232;s grande ampleur et se g&#233;n&#233;raliser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La vie quotidienne, cet ensemble d'activit&#233;s assurant la liaison entre le travailleur comme sujet ind&#233;pendant avec les conditions de sa reproduction et les moyens de travail, si elle a toujours &#233;t&#233; une construction sociale dans le mode de production capitaliste, tend maintenant &#224; &#234;tre &lt;i&gt;directement investie par le capital&lt;/i&gt;. C'est l&#224;, dans cet investissement de la vie quotidienne, dans les formes d'apparition, dans le f&#233;tichisme, dans les eaux troubles des rapports de distribution et de l'interclassisme, que le prol&#233;tariat affronte le capital. Mais c'est aussi l&#224;, dans son affrontement avec ce qui, dans ces conditions et ce cadre, devient des &#171; r&#233;voltes populaires &#187; que le mode de production capitaliste peut jouer sa nouvelle restructuration. Cet &#171; investissement &#187; de la vie quotidienne, encore limit&#233;, n'a pas trouv&#233; ses formes ad&#233;quates ni au niveau de la reproduction, ni &#224; celui du proc&#232;s de production imm&#233;diat, ni surtout au niveau de la coagulation des deux, bien que ce que nous avons d&#233;crit comme la crise du travailleur libre se retrouve dans de multiples luttes en entreprises comme la plupart de celles que nous avons &#233;voqu&#233;es &#224; propos du Covid, mais aussi celle impliquant les int&#233;rimaires de Renault du Mans en juillet 2022 (&lt;i&gt;Echanges,&lt;/i&gt; &#233;t&#233; 22) ou la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale des chemins de fer &#233;tatsuniens &#233;vit&#233;e de justesse &#224; la suite de conflits locaux (&lt;i&gt;Echanges&lt;/i&gt;, automne 22).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Directement investi par le capital &#187; : en effet, la transformation de la troisi&#232;me condition (le libre-&#233;change) &lt;i&gt;touche &#224; toutes les autres&lt;/i&gt;. Pour la premi&#232;re (la s&#233;paration du travail et des &#233;l&#233;ments de sa r&#233;alit&#233; objective), cela se passe au niveau des &#171; moyens de subsistance pour maintenir en vie la force de travail &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb114&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;En ce qui concerne la seconde, la valeur, dans la financiarisation du (&#8230;)&#034; id=&#034;nh114&#034;&gt;114&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. La s&#233;paration tend &#224; &#234;tre abolie, en &#171; &#233;change &#187; d'une appartenance imm&#233;diate, d'une employabilit&#233; constamment pr&#233;suppos&#233;e, d'une mobilisation constante de la force de travail individuelle, simple fraction aliquote de la force de travail globale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a maintenant crise de &#171; l'ouvrier libre &#187;. &lt;i&gt;La crise de &#171; l'ouvrier libre &#187;, c'est le terrain de l'appartenance de classe comme contrainte ext&#233;rieure, et cette contrainte ext&#233;rieure de l'appartenance de classe existe comme lutte dans ce qui est la vie quotidienne&lt;/i&gt;. Il est &#233;tonnant de retrouver, dans la situation de l'ouvrier pr&#233;caire contraint au travail par une organisation coercitive &#233;trang&#232;re, pour un salaire toujours identique et peu &#233;loign&#233; de ce qu'il touche en dehors de ses p&#233;riodes d'activit&#233;s, des d&#233;terminations qui, toutes proportions gard&#233;es, peuvent &#233;voquer celles de l'esclavage. L'ouvrier est-il toujours &#171; propri&#233;taire de sa force de travail &#187; ? En socialisant l'&#233;change de la force de travail et sa consommation productive, le capital ne met-il pas en crise son fondement, l'existence du travailleur libre ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La force de travail n'appartient plus, m&#234;me formellement &#224; l'ouvrier &#171; libre &#187;, c'est la condition fondamentale des modifications de l'ensemble du rapport. Le travailleur, toujours sujet, ne se comporte plus comme tel vis-&#224;-vis de la mise en activit&#233; de sa force particuli&#232;re et de sa reproduction. Le &#171; vaste choix ouvert &#224; la libert&#233; formelle de l'ouvrier &#187; (&lt;i&gt;Fondements..., &lt;/i&gt;t. 2, p. 428) a disparu. Le rapport de &#171; libre-&#233;changiste &#187; qui &#233;tait une &#171; mystification &#187; et une &#171; illusion &#187; dispara&#238;t en tant que mystification et illusion. L'ensemble de la force de travail de la classe a &#233;t&#233; achet&#233; ou mobilis&#233; et individuellement il n'y a aucune &#233;chappatoire &#224; cet achat (pas seulement dans les pays de capitalisme d&#233;velopp&#233;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'on consid&#232;re que l'exploitation c'est la succession de trois moments (le face-&#224;-face de la force de travail et du capital en soi et l'achat-vente de la force de travail ; l'absorption du travail vivant par le travail objectiv&#233; dans le proc&#232;s de production imm&#233;diat o&#249; se forme la plus-value ; la transformation de la plus-value en capital additionnel ), l&lt;i&gt;'autopr&#233;supposition du capital existe pour elle-m&#234;me dans chacun de ses moments, ou mieux, l'exploitation existe comme autopr&#233;supposition dans chacun de ses moments&lt;/i&gt; et non seulement comme principal &lt;i&gt;r&#233;sultat&lt;/i&gt; du proc&#232;s de production capitaliste (c'est l&#224; une transformation substantielle).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut briser l'apparence, m&#234;me si ce n'&#233;tait qu'une apparence, du contrat individuel ; &lt;i&gt;le premier moment de l'&#233;change doit se hisser pour lui-m&#234;me au niveau de son contenu&lt;/i&gt; (non pas un &#233;change mais un rapport entre des classes), doit devenir formellement son contenu. L'autopr&#233;supposition devient un processus qui n'est pas seulement un r&#233;sultat, mais qui f&#233;conde, d&#233;termine et donne son contenu et impose sa forme &#224; chacun de ses moments (c'est le principe de toute restructuration).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est remarquable que partout o&#249; ils existent les syst&#232;mes d'organisation du ch&#244;mage &#233;voluent d'une situation de droits acquis &#224; une situation de mobilisation de la force de travail : passage d'un syst&#232;me d'indemnisation des ch&#244;meurs &#224; un syst&#232;me d'organisation de l'emploi. M&#234;me le simulacre de l'&#233;change a disparu et cela des deux c&#244;t&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour que &#171; les pr&#233;suppositions qui apparaissaient &#224; l'origine comme les conditions de son devenir [...] apparaissent maintenant comme r&#233;sultats de sa propre r&#233;alisation &#187; (Marx, &lt;i&gt;Fondements&lt;/i&gt;&#8230;, t. 1, p. 423), il faut que le capital ait supprim&#233; en lui-m&#234;me l'autonomie conf&#233;r&#233;e au travailleur, la capacit&#233; de se rapporter &#224; lui-m&#234;me comme propri&#233;taire de la force de travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La condition fondamentale du capital que l'on avait au d&#233;part, c'est-&#224;-dire que la force de travail vivante soit propri&#233;taire d'elle-m&#234;me, s'est renvers&#233;e, comme toutes les formes de propri&#233;t&#233; dans le mode de production capitaliste. Cette propri&#233;t&#233; &#171; se transforme dialectiquement &#187; en droit pour le capital de poss&#233;der la totalit&#233;, dans l'espace et dans le temps, de la force de travail, et en devoir pour le &#171; propri&#233;taire de la force de travail &#187; de respecter sa capacit&#233; de travail comme une puissance appartenant &#224; un autre. En achetant la force de travail, c'est-&#224;-dire la capacit&#233; &#224; cr&#233;er la richesse qui devient la sienne et non pas celle du travail, le capital, d'embl&#233;e avait renvers&#233; le droit de propri&#233;t&#233;. Voil&#224; que maintenant c'est cette capacit&#233; m&#234;me, propri&#233;t&#233; de l'ouvrier, du travailleur libre, qui, conform&#233;ment au d&#233;veloppement du salariat, devient la propri&#233;t&#233; du capital que le travailleur est tenu d'entretenir et de livrer quand le propri&#233;taire la r&#233;clame.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La vie quotidienne comme ensemble des activit&#233;s renouvelant constamment la mise en relation du travailleur et de ses conditions, &#233;tait le lieu de sa &#171; libert&#233; &#187;, elle &#233;tait m&#234;me constitu&#233;e par cette libert&#233; : &#171; libert&#233; &#187; sur laquelle s'enracinait la &#171; personne &#187;, mais, &#233;videmment, libert&#233; &lt;i&gt;&#224; l'int&#233;rieur de la reproduction&lt;/i&gt;. Michel de Certeau pouvait, avec raison, aller jusqu'&#224; parler de &#171; braconnage &#187; dans la vie quotidienne (mais m&#234;me le &#171; braconnage &#187; ne s'exerce qu'&lt;i&gt;&#224; l'int&#233;rieur&lt;/i&gt; de la &#171; chasse seigneuriale &#187;)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb115&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Ce travail a donc pour objectif d'expliciter les combinatoires (&#8230;)&#034; id=&#034;nh115&#034;&gt;115&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;h.hhpyg4ptnoby&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
M&#234;me si en subsomption formelle du travail sous le capital, la vie quotidienne est, d&#233;j&#224; et par d&#233;finition, une production de la s&#233;paration du travailleur et de ses conditions, le programmatisme s'ancrait &lt;i&gt;positivement&lt;/i&gt; dans la vie quotidienne. Il s'y confirmait en ce sens que la classe ouvri&#232;re trouvait dans les modalit&#233;s quotidiennes de sa reproduction et de sa vie un ensemble de pratiques qui, m&#234;me si elles n'existaient d&#233;j&#224; que produites comme un moment dans la reproduction du mode de production capitaliste, demeuraient relativement autonomes (c'est-&#224;-dire ne poss&#233;dant d'autonomie que de par la place que lui conf&#232;re la reproduction g&#233;n&#233;rale dans laquelle elle est incluse). C'est ce que rel&#232;ve, jusque dans les ann&#233;es 1970, Michel de Certeau dans ses enqu&#234;tes (le travail d'enqu&#234;tes s'&#233;chelonne de 1974 &#224; 1978) et ce dont il montre la disparition. L'expression m&#234;me de &#171; braconnage dans la vie quotidienne &#187; traduit cette autonomie relative de la reproduction (en tant que liaison aux moyens de consommation : &#171; petite circulation &#187;). On peut rep&#233;rer cette situation en Europe occidentale et m&#234;me aux Etats-Unis jusque dans l'entre-deux-guerres et m&#234;me dans l'imm&#233;diat apr&#232;s Seconde guerre mondiale. La chose n'est plus aussi &#171; simple &#187; dans la p&#233;riode 68 : l'identit&#233; ouvri&#232;re est toujours pr&#233;sente mais aussi le &#171; m&#233;tro, boulot, dodo &#187; ; au m&#234;me moment, en Italie, c'est le cadre de l'usine et les luttes qui s'y d&#233;roulent qui d&#233;borde sur le cadre de vie, jusqu'au tournant de Bologne 1977. En subsomption r&#233;elle, toute la reproduction est reprise, &lt;i&gt;fabriqu&#233;e&lt;/i&gt;, dans le cycle propre du capital, comme le montrent les travaux sur la consommation de Daumas et Galluzzo. La crise du travailleur libre se confond avec ce que nous avons d&#233;fini comme la contradiction interne de la vie quotidienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un r&#233;encastrement ? Donn&#233;es et num&#233;risation&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Il va falloir une crise de grande ampleur pour faire sauter les obstacles qui s'opposent &#224; une relance de la plus-value relative. Celle-ci passera notamment par la mise en place des conditions d'une g&#233;n&#233;ralisation du potentiel productif de la num&#233;risation, ainsi que de la prise en charge de la population exc&#233;dentaire que cette g&#233;n&#233;ralisation va engendrer. Un nouveau compromis social est n&#233;cessaire, qui n'aura pas grand-chose &#224; voir avec celui du fordisme et du postfordisme&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb116&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Nous sommes tr&#232;s r&#233;ticents &#224; propos du terme de &#171; postfordisme &#187;, qui sert &#224; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh116&#034;&gt;116&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Le d&#233;passement du postfordisme ne sera pas un retour au fordisme, pas plus au niveau du &lt;i&gt;welfare&lt;/i&gt; qu'au niveau du proc&#232;s de travail. La num&#233;risation syst&#233;matique va accro&#238;tre fortement le caract&#232;re discontinu, fragment&#233; de la vie de travail des salari&#233;s. [&#8230;] Cela participera d'une transformation qualitative et plus large des &lt;i&gt;modes de vie&lt;/i&gt; [nous soulignons], des fa&#231;ons de reproduire la force de travail. L'habitat, les transports, la sant&#233; et les loisirs seront particuli&#232;rement concern&#233;s. Mais c'est toute la vie, urbaine et rurale, qui sera boulevers&#233;e si le capital parvient &#224; se restructurer &#224; l'issue de la prochaine crise. Ce sera le retour &#224; l'exploitation ordinaire, mais selon la nouvelle formule de la plus-value. Nous d&#233;finissons celle-ci par les &#233;l&#233;ments suivants : automatisation, num&#233;risation syst&#233;matique du travail et de la vie, pr&#233;carisation g&#233;n&#233;rale des salari&#233;s (au moins du prol&#233;tariat et de la classe moyenne salari&#233;e inf&#233;rieure), revenu universel, r&#233;duction des oligo- et monopoles, le tout d&#233;bouchant sur un nouveau degr&#233; d''inessentialisation du travail'&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb117&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cette notion d'&#171; inessentialisation du travail &#187; que les auteurs eux-m&#234;mes (&#8230;)&#034; id=&#034;nh117&#034;&gt;117&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187; (Astarian et Ferro, &lt;i&gt;op. cit., &lt;/i&gt;p. 351).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous sommes d'accord avec la perspective pr&#233;sent&#233;e ici, &#224; condition de ne pas occulter la pr&#233;c&#233;dente restructuration dans les ann&#233;es 1970-1980 qui, constituant la contradiction entre les classes au niveau de la reproduction, explique le contenu de la crise actuelle et de son devenir/approfondissement, ainsi que les caract&#233;ristiques n&#233;cessaires d'une &#233;ventuelle restructuration. C'est de par ce contenu de la restructuration et de par la nature de la crise commenc&#233;e en 2008 (identit&#233; entre suraccumulation et sous-consommation) que la vie quotidienne est devenue le lieu de la lutte de classe et l'enjeu d'une &#233;ventuelle restructuration. Il ne faut pas &#234;tre en retard d'une guerre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;encastrement ? Si nous reprenons la terminologie de Polanyi, c'est pour son puissant caract&#232;re &#233;vocateur, mais nous donnons &#224; chacun des termes de Polanyi un contenu qui n'est pas celui qu'il lui donne. Polanyi puis Dumont qui, dans sa longue pr&#233;face, prolonge son travail, voient bien les grands moments de bascule dans l'&#233;volution du mode de production capitaliste depuis sa &#171; naissance &#187; jusqu'&#224; la p&#233;riode actuelle dite &#171; n&#233;olib&#233;rale &#187;, mais ce qu'ils ne comprennent pas c'est que le capital est un mode de production qui ne se r&#233;duit pas &#224; l'&#233;conomie, elle-m&#234;me r&#233;duite au &#171; march&#233; &#187;. Le mode de production capitaliste est l'ensemble des rapports de production concourant &#224; la valorisation du capital et de toutes les instances de sa reproduction d&#233;terminant un certain niveau et type de d&#233;veloppement des forces productives (primat des rapports de production sur les forces productives). Le mode de production est lui-m&#234;me une soci&#233;t&#233;. L'erreur de Polanyi et de Dumont tient &#224; une r&#233;alit&#233; qui est celle de la dualit&#233; de l'&#233;conomie dans ce mode de production, &#224; la fois le rapport de production fondamental qui est l'appropriation du travail d'autrui sans &#233;quivalent (dont d&#233;coulent tous les autres rapports de production) et la n&#233;cessaire existence objective de toutes les conditions de sa reproduction se pr&#233;sentant objectivement (mat&#233;riellement) face au travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour Polanyi, le lib&#233;ralisme classique du XIXe si&#232;cle avait encastr&#233; les relations sociales dans le syst&#232;me &#233;conomique. &#171; La &lt;i&gt;Grande Transformation&lt;/i&gt;, c'est ce qui est arriv&#233; au monde moderne &#224; travers la grande crise &#233;conomique et politique des ann&#233;es 1930-1945, c'est-&#224;-dire, Polanyi s'emploie &#224; le montrer, la mort du lib&#233;ralisme &#233;conomique. Or ce lib&#233;ralisme, dont Hitler a &#233;t&#233; le fossoyeur adroit, &#233;tait une innovation sans pr&#233;c&#233;dent apparue un si&#232;cle plus t&#244;t. C'&#233;tait une innovation tr&#232;s puissante, mais si contraire &#224; tout ce que l'humanit&#233; avait connu jusque-l&#224; qu'elle n'avait pu &#234;tre support&#233;e que moyennant toutes sortes d'accommodements. [&#8230;] Pour la premi&#232;re fois, on se repr&#233;sentait une sorte particuli&#232;re de ph&#233;nom&#232;nes sociaux, les ph&#233;nom&#232;nes &#233;conomiques, comme s&#233;par&#233;s de la soci&#233;t&#233; et constituant &#224; eux seuls un syst&#232;me distinct auquel tout le reste du social devait &#234;tre soumis. On avait en ce sens d&#233;-socialis&#233; l'&#233;conomie, et ce que la grande crise des ann&#233;es trente imposa au monde, c'est une re-socialisation de l'&#233;conomie &#187; (Dumont, &lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;, p. 7).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Entre le XVIII&#232;me et le XIX&#232;me si&#232;cle (on pourrait remonter plus haut dans le temps), la &#171; d&#233;-socialisation &#187; de l'&#233;conomie fut en r&#233;alit&#233; l'invention de l'&#233;conomie et celle simultan&#233;e de la vie quotidienne&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb118&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir Catherine Larr&#232;re, L'invention de l'&#233;conomie au XVIIIe si&#232;cle, &#233;d. PUF, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh118&#034;&gt;118&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. A l'inverse, la &#171; re-socialisation &#187; d&#233;signerait toutes les mesures keyn&#233;siennes du &#171; National-socialisme &#187;, du &#171; Front populaire &#187; en France, du &lt;i&gt;New Deal&lt;/i&gt; aux Etats-Unis et la g&#233;n&#233;ralisation du &#171; fordisme &#187;. La &#171; re-socialisation de l'&#233;conomie &#187;, c'est la subsomption r&#233;elle du travail sous le capital, c'est-&#224;-dire, fondamentalement, l'int&#233;gration de la reproduction de la force de travail dans la reproduction propre du capital. La &#171; Grande Transformation &#187; est en fait le triomphe des &#171; ph&#233;nom&#232;nes &#233;conomiques &#187; constituant un syst&#232;me d&#233;terminant et donc soumettant tout le reste du social. C'est le devenir, jamais achev&#233;, du capital comme soci&#233;t&#233;, non pas qu'il existerait des domaines qui lui soient encore &#233;trangers mais si ce devenir n'est jamais achev&#233;, c'est que le capital ne d&#233;passe une de ses propres limites qu'en en produisant une nouvelle, dans son d&#233;veloppement, il cr&#233;e sans cesse des domaines nouveaux et se les approprie&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb119&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; La soumission r&#233;elle du travail au capital s'accompagne d'une r&#233;volution (&#8230;)&#034; id=&#034;nh119&#034;&gt;119&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La restructuration des ann&#233;es 1970-1980 ayant lev&#233; toutes les entraves &#224; la fluidit&#233; de l'autopr&#233;supposition du capital, la contradiction entre le prol&#233;tariat et le capital s'est alors situ&#233;e au niveau de la reproduction, la vie quotidienne est devenue la forme d&#233;velopp&#233;e de cette contradiction. Vie quotidienne qui, de ce fait est, dans la crise de cette phase issue de la restructuration, le lieu et la construction de la lutte des classes. &lt;i&gt;Chaque phase du mode de production capitaliste cr&#233;e en r&#233;solvant la contradiction pr&#233;c&#233;dente un hiatus nouveau, dont l'objet est ce qui doit &#234;tre maintenant, dans la lutte des classes, ad&#233;quatement absorb&#233;. C'est maintenant cette reproduction, sous tous ses aspects, qu'il s'agit pour le capital de s'approprier de mani&#232;re ad&#233;quate.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;De m&#234;me que&lt;/i&gt; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Dans la machine, et plus encore dans la machinerie comme syst&#232;me automatique de machines, le moyen de travail est transform&#233; quant &#224; sa valeur d'usage, c'est-&#224;-dire quant &#224; son existence mat&#233;rielle, en une existence ad&#233;quate au capital fixe et au &lt;i&gt;capital en g&#233;n&#233;ral&lt;/i&gt; [nous soulignons] ; [&#8230;] une forme pos&#233;e par le capital lui-m&#234;me et qui lui est ad&#233;quate. [&#8230;] Dans la production m&#233;canis&#233;e, l'appropriation du travail vivant par le travail objectiv&#233;, &#8212; l'appropriation de la force ou de l'activit&#233; valorisante par la valeur pour soi &#8211; appropriation qui tient au concept m&#234;me de capital, est pos&#233;e comme caract&#232;re du proc&#232;s de production lui-m&#234;me, y compris sous le rapport de ses &#233;l&#233;ments mat&#233;riels et de son mouvement mat&#233;riel. &#187; (Marx, &lt;i&gt;Grundrisse&lt;/i&gt;, &#233;d. Sociales, t. 2, pp. 184-185).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; D'une part, le mode de production capitaliste &#8211; qui &#224; pr&#233;sent appara&#238;t comme un mode de &lt;i&gt;production&lt;/i&gt; &lt;i&gt;sui generis&lt;/i&gt; &#8211; donne &#224; la production mat&#233;rielle une forme diff&#233;rente ; d'autre part, cette modification de la forme mat&#233;rielle constitue la base pour le d&#233;veloppement des rapports capitalistes, qui exigent donc un niveau d&#233;termin&#233; d'&#233;volution des forces productives pour trouver &lt;i&gt;leur forme ad&#233;quate&lt;/i&gt; [nous soulignons]. &#187; (Marx, &lt;i&gt;Chapitre in&#233;dit...&lt;/i&gt;, &#233;d. 10/18, pp. 218-219).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;De m&#234;me&lt;/i&gt; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; Les forces productives et les relations sociales &#8211; les unes et les autres &#233;tant deux c&#244;t&#233;s diff&#233;rents du d&#233;veloppement de &lt;i&gt;l'individu social&lt;/i&gt; [nous soulignons] &#8211; n'apparaissent au capital que comme des moyens, et ne sont pour lui que des moyens de produire &#224; partir de la base born&#233;e qui est la sienne. &#187; (&lt;i&gt;Grundrisse&lt;/i&gt;, &#233;d. Sociales, t. 2, p. 194). L'ensemble des relations sociales construisant la reproduction &#224; la fois dans la production et maintenant n&#233;cessairement dans toutes les relations immerg&#233;es en elle (le travail totalement intriqu&#233; dans la vie quotidienne) acquiert mat&#233;riellement une existence ad&#233;quate en ce que ces relations sont absorb&#233;es dans le capital fixe. Quand le capital donne vie &#224; toutes les puissances de la combinaison et de la communication sociales, ce sont toutes les relations sociales constituant la vie quotidienne qui sont &#224; r&#233;encastrer dans le capital, c'est-&#224;-dire dans le capital fixe. C'est de la pression et du processus de num&#233;risation syst&#233;matique du travail et de la vie dont nous parlons ici.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 2020, la capitalisation des sept majors du num&#233;rique s'&#233;levait &#224; 7168 milliards de dollars, celle des six plus importantes compagnies p&#233;troli&#232;res &#224; 2465 milliards de dollars. Les donn&#233;es et leur ma&#238;trise sont devenues la mati&#232;re premi&#232;re essentielle du mode de production capitaliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien s&#251;r, un blocage de l'approvisionnement des stations-services en carburant a un impact imm&#233;diat sur toute l'activit&#233; &#233;conomique, mais un blocage des r&#233;seaux de l'internet arr&#234;terait ou perturberait gravement dans l'instant le fonctionnement de tout le syst&#232;me bancaire, des a&#233;roports, de l'alimentation &#233;lectrique, des h&#244;pitaux, de la circulation ferroviaire, des transports routiers et maritimes, de l'approvisionnement des supermarch&#233;s, du fonctionnement en flux continu de toute l'industrie, de la vente en ligne, etc. Le fonctionnement des r&#233;seaux (personnels, d'organisations, de services publics, d'entreprises, des administrations) repose sur des outils informatiques domin&#233;s par un nombre tr&#232;s limit&#233; d'acteurs : les syst&#232;mes d'exploitation &lt;i&gt;Windows&lt;/i&gt; de &lt;i&gt;Microsoft&lt;/i&gt; occupent 83 % du march&#233; sur les postes de travail, les microprocesseurs &lt;i&gt;Intel&lt;/i&gt; repr&#233;sentent 79 % des microprocesseurs en circulation dans le monde (cf. Institut Montaigne, &lt;i&gt;Cybermenace : avis de temp&#234;te&lt;/i&gt;, 2018, sur le net).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est devenu impossible de s&#233;parer la collecte et le stockage des &#171; donn&#233;es personnelles &#187; et le fonctionnement de tous les r&#233;seaux dont d&#233;pend la production : les multiples services offerts par les grandes plateformes num&#233;riques innervent tous les secteurs &#233;conomiques. Si nous distinguons trois couches dans le cyberespace&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb120&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Revue strat&#233;gique de cyberd&#233;fense, f&#233;vrier 2018, sur le net.&#034; id=&#034;nh120&#034;&gt;120&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, les infrastructures physiques (concentr&#233;es en d'immenses centres de donn&#233;es aux Etats-Unis, 80 % du trafic internet en France transite par les Etats-Unis) ; la couche applicative des logiciels et des syst&#232;mes d'exploitation ; la couche cognitive (dite &#171; s&#233;mantique &#187;) qui correspond aux contenus, cette derni&#232;re couche alimente les deux autres, sans laquelle elles ne seraient que des coquilles vides. Dans ce syst&#232;me &#171; Un profilage intime du consommateur, rendu possible par la parfaite ma&#238;trise des flux continus d'informations personnelles capt&#233;es et quantifi&#233;es &#224; chaque instant par le biais d'algorithmes, remet en cause la notion m&#234;me de vie priv&#233;e &#187; (Thomas Gomart, &lt;i&gt;Guerres invisibles&lt;/i&gt;, &#233;d. Texto, p. 164).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Actuellement, la plupart des donn&#233;es individuelles ou des organisations, entreprises, services publics, industries, sont trait&#233;es dans des syst&#232;mes de &lt;i&gt;cloud computing&lt;/i&gt; g&#233;r&#233;s par les grands h&#233;bergeurs comme Amazon Web Services, Microsoft Azure, Google Cloud ou IBM Cloud. En Chine, Tencent/WeChat (900 millions de connexions quotidiennes) a concentr&#233; en une application unique un r&#233;seau social, une messagerie, un moyen de paiement, des syst&#232;mes de r&#233;servation, une plateforme d'e-commerce avec une connexion de l'ensemble en direction des entreprises du r&#233;seau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans &lt;i&gt;Uberizac&#227;o do trabalho : subsun&#231;&#227;o real da vira&#231;&#227;o&lt;/i&gt; (Ub&#233;risation du travail : subsomption r&#233;elle de la d&#233;brouille, non traduit, cit&#233; dans &lt;i&gt;Travail et r&#233;volte dans l'impasse du Br&#233;sil&lt;/i&gt;, sur le site Des Nouvelles du Front - Dndf -), Ludmila Abilio souligne que les technologies qui permettent d'effectuer le contr&#244;le du travail informel repr&#233;sentent &lt;i&gt;une nouvelle &#233;tape de la subsomption du travail sous le capital&lt;/i&gt;. Gr&#226;ce aux gains d'&#233;conomie d'&#233;chelle, &#224; la rationalisation et &#224; la centralisation, la gestion algorithmique du &lt;i&gt;vira&#231;&#227;o&lt;/i&gt; (d&#233;brouille, informalit&#233;) porte la productivit&#233; &#224; des sommets inconnus. En un sens, caract&#233;riser l' &#171; ub&#233;risation &#187; comme un strict processus de flexibilisation est insuffisant. Ce que les entreprises d'applications ont fait, c'est acc&#233;l&#233;rer la cr&#233;ation de connexions de plus en plus directes et rationalis&#233;es entre cette activit&#233; informe et les circuits d'accumulation. &#171; Rassemblant les fonctions de loisir, de travail, de socialisation et de contr&#244;le au sein d'un m&#234;me appareil, les &lt;i&gt;smartphones&lt;/i&gt; mat&#233;rialisent l'absence contemporaine de distinction entre temps libre et travail. Gr&#226;ce &#224; des algorithmes qui traitent de grandes quantit&#233;s de donn&#233;es en temps r&#233;el, les applications qui connectent une multitude de personnes au m&#234;me serveur ont permis au capital d'incorporer et d'organiser directement ce travail informel qui est une partie constitutive de l'&#233;conomie br&#233;silienne. La fameuse ub&#233;risation du travail signifie une sorte de subsomption r&#233;elle du &lt;i&gt;vira&#231;&#227;o&lt;/i&gt; &#187; (&lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En outre : Il existe une infinit&#233; de groupes WhatsApp de coursiers, ces groupes finissent par &#234;tre une structure informelle d'organisation du travail par les travailleurs eux-m&#234;mes, qui fonctionnent parall&#232;lement &#224; ceux impos&#233;s par l'application. &#171; Lorsque les actions des autorit&#233;s dans la pand&#233;mie se r&#233;sument &#224; une plus ou moins grande indulgence ou &#224; un (petit) renforcement d'une quarantaine auto-organis&#233;e par les travailleurs, c'est parce que la gestion m&#234;me de l'urgence sanitaire a &#233;t&#233; confi&#233;e &#224; la foule. Cette 'autogestion subordonn&#233;e' caract&#233;ristique du travail de plateforme se r&#233;v&#232;le ici &#234;tre une tendance &#224; la survie g&#233;n&#233;ralis&#233;e &#224; travers la catastrophe. &#187; (idem)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb121&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Si cet exemple br&#233;silien est bien significatif de l'enjeu que repr&#233;sente le (&#8230;)&#034; id=&#034;nh121&#034;&gt;121&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les relations de chaque individu dans le monde participent du fonctionnement global et l'informent. A partir de ces donn&#233;es sont con&#231;us les dispositifs industriels de production, les livraisons d'eau ou d'&#233;nergie, mais aussi les formes d'urbanisation, de conception et de contr&#244;le des espaces publics (en ce qui concerne les &#171; espaces priv&#233;s &#187; il n'y a qu'&#224; collecter l'&#233;talement spontan&#233; de la vie priv&#233;e sur Facebook ou ailleurs) qui fonctionnent sur la surveillance, la censure, le harc&#232;lement, les attaques cyber, les coupures de r&#233;seaux et les pers&#233;cutions cibl&#233;es (Gomart, &lt;i&gt;op. cit&lt;/i&gt;. , p. 184)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb122&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Gomart ne donne pas d'exemples, mais un simple rappel des &#171; soul&#232;vements (&#8230;)&#034; id=&#034;nh122&#034;&gt;122&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Le &#171; march&#233; de l'emploi &#187; est ainsi, non seulement globalement mis en forme dans un contr&#244;le des ch&#244;meurs, mais encore peut &#234;tre individuellement cibl&#233; : savoir comment vit, ce que fait, les go&#251;ts d'un &#171; demandeur d'emploi &#187;. L'appel de main-d'&#339;uvre peut &#234;tre connect&#233; en direct &#224; la gestion de la production. Contr&#244;ler le num&#233;rique, c'est contr&#244;ler l'ordonnancement industriel du monde. C'est toute la reproduction sociale ayant investi tous les actes de la vie quotidienne qui se trouve absorb&#233;e, &lt;i&gt;mise en forme de fa&#231;on ad&#233;quate dans les appareils du capital fixe&lt;/i&gt;. L' &#171; aspiration &#187; des donn&#233;es &#171; personnelles &#187; par des op&#233;rateurs comme Facebook montre comment ce que nous appelions nos &#171; identit&#233;s &#187; et nos &#171; &#171; comportements propres &#187; ne sont en fait que de simples marchandises sur le juteux march&#233; des &#171; donn&#233;es &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le passage &#224; la 5G ne signifie pas seulement une augmentation de la rapidit&#233; et des capacit&#233;s de traitement des donn&#233;es : &#171; Le d&#233;ploiement de la 5G est destin&#233; &#224; transformer les modes de production et de consommation, &#224; la diff&#233;rence des antennes 4G qui &#233;mettent dans toutes les directions, les antennes 5G envoient leurs signaux de mani&#232;re cibl&#233;e vers les utilisateurs, et uniquement quand cela est n&#233;cessaire. Elles ont des d&#233;bits dix fois plus &#233;lev&#233;s que ceux de la 4G, ce qui devrait acc&#233;l&#233;rer les flux pour rendre plus efficace la gestion des villes intelligentes, des cam&#233;ras de surveillance, de l'automatisation de l'industrie ou des transports, des v&#233;hicules autonomes ou des applications &#224; tr&#232;s haut d&#233;bit de t&#233;l&#233;sant&#233;. &#187; (Gomart, &lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;, pp. 165-166).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut des r&#233;serves de donn&#233;es individuelles gigantesques en connexion avec les donn&#233;es organisationnelles pour pouvoir d&#233;velopper des application d' &#171; intelligence artificielle &#187; (IA) dignes de confiance&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb123&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;On parle d' &#171; intelligence artificielle &#187; quand un ordinateur est capable de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh123&#034;&gt;123&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour amener les entreprises traditionnelles &#224; adopter l'IA, le mod&#232;le am&#233;ricain consiste &#224; remplacer les structures anciennes par des nouvelles en comptant sur les &#171; natifs num&#233;riques &#187; pour s'en charger. L'approche chinoise, plus progressive et plus globale, rend bien compte du reformatage complet de l'appareil industriel qui est en jeu &#224; partir de la masse de donn&#233;es disponibles. En 2017, le gouvernement a d&#233;cid&#233; d'un plan reposant sur la cr&#233;ation de fili&#232;res industrielles, les g&#233;ants du num&#233;rique sont charg&#233;s de prendre la t&#234;te de chacune de ces fili&#232;res. Tencent s'est vu confier l'imagerie m&#233;dicale, Ali-baba s'occupe de la &#171; ville intelligente &#187;, Ba&#239;du des v&#233;hicules autonomes. Chacun doit aider les plus petites entreprises &#224; acc&#233;der aux derni&#232;res technologies. &#171; Mais l'originalit&#233; du mod&#232;le chinois r&#233;side dans l'intervention d'un troisi&#232;me type d'acteurs, que l'on nommera 'transformateurs'. Ces entreprises technologiques sont le maillon interm&#233;diaire entre les g&#233;ants et les entreprises traditionnelles. Ce sont des sp&#233;cialistes. Leurs produits sont con&#231;us pour une industrie particuli&#232;re, dont ils connaissent par c&#339;ur les enjeux. [&#8230;] En aidant les PME et les ETI &#224; red&#233;finir leur &lt;i&gt;process&lt;/i&gt;, &#224; surmonter les r&#233;sistances au changement, ces 'transformateurs' contribuent activement &#224; leur &#233;volution, d'o&#249; leur nom. Les b&#233;n&#233;fices sont en r&#233;alit&#233; mutuels. Ces partenariats repr&#233;sentent pour les 'transformateurs' l'occasion de collecter des donn&#233;es tr&#232;s pointues et de d&#233;velopper et tester plus rapidement de nouveaux algorithmes. Ils leur servent aussi &#224; identifier de nouvelles utilisations possibles de l'IA. &#187; (&lt;i&gt;Les Echos&lt;/i&gt;, 29/7/22).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quels que soient les mod&#232;les et les strat&#233;gies mis en place : &#171; L'IA acc&#233;l&#232;re la robotisation et l'automatisation des &#233;conomies industrielles et fait appara&#238;tre une g&#233;orobotique autour de cinq pays : la Chine, la Cor&#233;e du Sud, le Japon, l'Allemagne et les Etats-Unis. [&#8230;] Il s'agit fondamentalement de fusionner les syst&#232;mes de production et d'information pour former un 'syst&#232;me cyberphysique de production' permettant la coordination de l'ensemble. A l'image d'un avion en pilotage automatique qui ajuste en permanence ses param&#232;tres de vol, les usines de nouvelle g&#233;n&#233;ration doivent pouvoir s'autor&#233;guler sans cesse. Pour fonctionner, elles s'appuient sur des plateformes de services destin&#233;es &#224; g&#233;rer en temps r&#233;el leurs &#233;quipements. Plac&#233;es dans le cloud par des g&#233;ants comme Amazon Web Services ou Microsoft Azure, elles offrent une puissance de calcul capable de redimensionner en direct un appareil de production en fonction du volume de la demande. &#187; (Gomart&lt;i&gt;, op. cit.&lt;/i&gt;, pp.170-171). Nous pouvons ajouter : &#171; Une grande partie de la valeur industrielle se d&#233;place donc vers ces plateformes, au risque de provoquer de nouvelles formes d'hyperconcentration et de placer l'industriel en situation de sous-traitant d'une ou plusieurs plateformes. &#187; (Kohler et Weisz, &lt;i&gt;Transformation num&#233;rique de l'industrie : l'enjeu franco-allemand&lt;/i&gt;, Notes du Cerfa, d&#233;cembre 2018, sur le net). Ces plateformes s'alimentent, entre autres, &#224; la collecte et au traitement de &#171; l'infini &#187; des donn&#233;es personnelles, des anodins, d&#233;risoires et ridicules &#233;changes quotidiens. Les difficult&#233;s d'un accord entre l'Union Europ&#233;enne et les Etats-Unis t&#233;moignent de l'importance de ces donn&#233;es &#171; personnelles &#187; : en 2000 l'accord &#171; &lt;i&gt;Safe Harbor&lt;/i&gt; &#187;, sign&#233; entre l'UE et le d&#233;partement du commerce am&#233;ricain autorise le transfert des donn&#233;es personnelles relatives &#224; la &#171; vie priv&#233;e &#187; ; en 2015 la Cour de Justice de l'Union Europ&#233;enne (CJUE) l'invalide ; en 2016, il rena&#238;t sous le nom de &#171; &lt;i&gt;Privacy Shield&lt;/i&gt; &#187;, &#224; son tour invalid&#233; en 2020 par la CJUE. La d&#233;convenue des g&#233;ants am&#233;ricains du num&#233;rique les a amen&#233; &#224; menacer de fermer Facebook et Instagram en Europe. En 2022 : &#171; Gaz am&#233;ricain contre data europ&#233;ennes &#187; (&lt;i&gt;Le Monde,&lt;/i&gt; 18-19/9/22), les Etats-Unis obtiennent &#224; nouveau le transfert des donn&#233;es personnelles europ&#233;ennes. Le 22 novembre 2022, invit&#233; sur Fox News, le pr&#233;sident d&#233;mocrate de la commission du renseignement au Congr&#232;s des Etats-Unis d&#233;clare : &#171; TikTok&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb124&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;TikTok est une application du groupe chinois ByteDance. 67 % des adolescents (&#8230;)&#034; id=&#034;nh124&#034;&gt;124&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; est une &#233;norme menace, toutes ces donn&#233;es que votre enfant ajoute ou re&#231;oit sont stock&#233;es quelque part &#224; P&#233;kin &#187; (&lt;i&gt;Les Echos,&lt;/i&gt; 23/11/22). Une semaine avant, c'&#233;tait le directeur du FBI qui se d&#233;clarait extr&#234;mement inquiet &#224; l'id&#233;e que la Chine puisse prendre le contr&#244;le de l'application et de son algorithme (idem) : &#171; En septembre 2021, la Commission de protection des donn&#233;es irlandaises, r&#233;f&#233;rente sur ces sujets dans l'Union, a ouvert une enqu&#234;te sur les transferts de donn&#233;es personnelles vers la Chine &#187; (idem).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 18 octobre 2018, un ing&#233;nieur de Facebook, donnant par ailleurs des conf&#233;rences sur &#171; l'Intelligence artificielle &#187; (qui porte bien son nom) au Coll&#232;ge de France, d&#233;clare sur France Culture que l'intelligence et les &#233;motions sont tout &#224; fait mod&#233;lisables par la &#171; machine &#187; qui, s'inspirant de la biologie, pourrait parvenir &#224; reproduire strictement le cerveau. Mais son propos n'est pas que la machine parvienne plus ou moins &#224; &#171; copier &#187; l'intelligence humaine mais, &lt;i&gt;inversement,&lt;/i&gt; &#224; imposer une conception et une pratique sociale de l'intelligence humaine, y compris des &#233;motions, telles que la machine puisse les reproduire. &lt;i&gt;Dans sa radicalit&#233;&lt;/i&gt;, cette conception et cette pratique de l'intelligence et des &#233;motions, ce formatage, apparaissent improbables. Les chercheurs devraient surmonter les &#233;normes obstacles th&#233;oriques et techniques que pose ce projet articulant l'intelligence artificielle et les neurosciences. L'Intelligence artificielle (l'IA) est incapable de raisonnements complexes en dehors des t&#226;ches sp&#233;cialis&#233;es et des capacit&#233;s d'apprentissage pour lesquelles elle est et peut &#234;tre programm&#233;e, et ne peut communiquer que dans ces limites. Elle ne peut pas avoir d'intuition ni &#171; [s'ajuster], de fa&#231;on ind&#233;termin&#233;e, &#224; un contexte chaque fois sp&#233;cifique &#187; (Eric Sadin, &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt;, 22-23/1/23, p. 28). Elle n'a pas d'autonomie ni d'exp&#233;rience subjective, et elle est incapable d'initiatives. Les machines (leurs logiciels) de &#171; l'informatique affective &#187; ne peuvent identifier des &#233;motions qu'&#224; partir d'indices perceptibles et concrets, surtout des signes ext&#233;rieurs. Elles sont incapables d'appr&#233;hender le ressenti, le r&#244;le de l'exp&#233;rience, de la personnalit&#233;, de la culture de chacun, donc d'&#234;tre en capacit&#233; d'essayer de le comprendre et d'entrer avec lui en communication affective autre que st&#233;r&#233;otyp&#233;e et indigente. Les propos de cet ing&#233;nieur rel&#232;vent de l'utopie scientiste, manag&#233;riale et disciplinaire, par&#233;e des aspects positifs de l'IA en m&#233;decine et dans la recherche. Utopie scientiste qui contribue &#224; d&#233;fricher, stimule et accompagne toujours les profonds bouleversements socio-techniques de l'exploitation, de la gestion/contr&#244;le des populations et de leurs conditions de vie. Ils indiquent n&#233;anmoins la &lt;i&gt;nature&lt;/i&gt; des transformations qui, pour l'avant-garde des intellectuels organiques du capital, seraient n&#233;cessaires pour approfondir, mieux configurer et rendre syst&#233;miques les &lt;i&gt;proc&#233;dures et comportements dict&#233;s&lt;/i&gt; &lt;i&gt;par la num&#233;risation&lt;/i&gt; dont nous d&#233;pendons de plus en plus, dans tous les aspects de nos vies. Transformations qui s'annoncent, dans les pratiques et les projets des entreprises et des institutions &#233;tatiques, comme participant des &#233;l&#233;ments fondamentaux d'une &#233;ventuelle restructuration. &lt;i&gt;Construites et format&#233;es par l'IA et &#171; l'informatique affective &#187; selon les besoins des entreprises et de l'Etat, cette intelligence et ces &#233;motions-l&#224;&lt;/i&gt; devraient fournir des outils permettant de g&#233;n&#233;raliser et d'am&#233;liorer l'efficacit&#233; de la num&#233;risation, remaniant et int&#233;grant davantage les diff&#233;rents secteurs de l'&#233;conomie et de la soci&#233;t&#233;. De l'entreprise &#224; la police, en passant par les &#233;changes commerciaux ou relationnels, l'&#233;ducation, la sant&#233;, les transports, les loisirs, etc., il s'agirait de renforcer la disponibilit&#233; et la mobilisation de la force de travail, et d'accro&#238;tre l'exploitation en intensifiant la soumission des travailleurs au syst&#232;me des machines informatis&#233;, en continuit&#233; avec toutes les activit&#233;s sociales, plus contr&#244;l&#233;es et int&#233;gr&#233;es au proc&#232;s de valorisation du capital. Il en r&#233;sulterait un accroissement de la synergie entre le proc&#232;s de travail et le reste de la reproduction sociale, approfondissant ainsi la subsomption r&#233;elle du travail &lt;i&gt;et de la soci&#233;t&#233;&lt;/i&gt; sous le capital.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais quelle machine pourra reproduire les souffrances et les joies de Swan, les deux entrem&#234;l&#233;es, la satisfaction et la d&#233;ception face &#224; la certitude, qu'il voulait &#234;tre sienne, de la trahison d'Odette et dont il veut se persuader et se soulager devant les fen&#234;tres &#233;clair&#233;es ou non de son appartement ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est une nouvelle connexion entre la reproduction sociale et la valorisation du capital qui &#233;merge dans laquelle la vie quotidienne est absorb&#233;e, r&#233;encastr&#233;e dans la valorisation. Alors que dans la restructuration des ann&#233;es 1970-1980, il ne s'agissait que du proc&#232;s de travail, c'est maintenant la totalit&#233; de la reproduction sociale, l'individu dans la totalit&#233; de sa vie, qui est absorb&#233;e &lt;i&gt;ad&#233;quatement&lt;/i&gt; dans la valorisation du capital (tout n'est pas valorisation mais tout y concourt). Nous avons l&#224; le chemin possible d'une restructuration au travers d'une &#233;norme conflictualit&#233; mondiale : conflictualit&#233; de classes (y compris la segmentation raciale et sexuelle du prol&#233;tariat) et conflictualit&#233; d'Etats entrem&#234;l&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il se peut que tout cela n'ait finalement qu'un faible impact sur la productivit&#233;, les profits et l'accumulation, il n'emp&#234;che que, pour notre sujet, les milliards de connexions quotidiennes qui, de par le monde, des bidonvilles africains aux tours de Shanghai, innervent notre vie quotidienne, sont, de m&#234;me que le travail vivant dans le capital fixe, &lt;i&gt;ad&#233;quatement&lt;/i&gt; absorb&#233;es dans les formes mat&#233;rielles du rapport capitaliste en parfait accord avec la tendance &#224; tous devenir petit entrepreneur de soi, dans tous les &#233;l&#233;ments de la vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;h.jrb9nrx6p1df&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LA VIE QUOTIDIENNE, LIEU DE LA REVOLUTION ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du fait, premi&#232;rement, des d&#233;terminations du capital restructur&#233; dans les ann&#233;es 1970-80, principalement l'achat global de la force de travail, les modalit&#233;s de la mobilisation de la force de travail disponible &#224; l'&#233;chelle mondiale, la double d&#233;connexion, la recomposition de la classe ouvri&#232;re au-del&#224; de l'identit&#233; ouvri&#232;re ; deuxi&#232;mement, des caract&#233;ristiques de la crise actuelle (qui, en partie, d&#233;coulent de ces d&#233;terminations), il r&#233;sulte que la contradiction entre le prol&#233;tariat et le capital, l'exploitation et les contradictions m&#234;mes de l'accumulation se sont cristallis&#233;es et &#233;tendues sur cette chose &#233;trange, ce lieu flou et par l&#224; &lt;i&gt;propice&lt;/i&gt; qu'est la vie quotidienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec la crise du travailleur libre, c'est dans la contradiction que le d&#233;veloppement du capital tel que restructur&#233; et dans la sp&#233;cificit&#233; que sa crise a introduit dans la vie quotidienne que se situe le rapport contradictoire entre le prol&#233;tariat et le capital qui ne se d&#233;finit plus que dans la fluidit&#233; de la reproduction capitaliste. Reproduction o&#249; se concentre (m&#234;me si cela est sous une forme f&#233;tichis&#233;e, et c'est bien ainsi, de toute fa&#231;on personne ne vit dans les rapports de production) le mouvement o&#249; le prol&#233;tariat est lui-m&#234;me reproduit comme classe, l&#224; o&#249;, sous les formes d'apparition (c'est ainsi seulement que le &#171; mouvement r&#233;el &#187; existe et peut &#234;tre an&#233;anti) existe l'affrontement du prol&#233;tariat &#224; sa propre constitution en classe. Ces formes d'apparition et m&#233;andres sont constitutifs de toutes les luttes de la vie quotidienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une contradiction a &#233;t&#233; introduite dans la vie quotidienne, cette contradiction, la crise du &#171; travailleur libre &#187;, c'est tout bonnement la transformation de la mobilisation, de l'exploitation et de la reproduction de la force de travail. &#171; Vouloir vivre &#187; et &#171; vouloir &#234;tre libre &#187; sont devenus des expressions id&#233;ologiques tr&#232;s r&#233;elles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s que dans la phase du mode de production capitaliste issue de la restructuration des ann&#233;es 1970-1980, la contradiction entre les classes est devenue situ&#233;e au niveau de la reproduction, trente ans apr&#232;s, sa crise advient comme celle de l'identit&#233; entre suraccumulation et sous-consommation. Le capital investit la libert&#233; formelle du travailleur. Avec l'achat global et la segmentation pr&#233;caire, les d&#233;penses contraintes, la mobilisation constante, la relation et dynamique contradictoires entre travail n&#233;cessaire et surtravail se trouvent alors cristallis&#233;es dans cet ensemble d'activit&#233;s constituant la vie quotidienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En d&#233;finitive, ce n'est pas sur les formes secondes (d&#233;riv&#233;es) que sont la mondialisation o&#249; la domination du capital marchand, industriel ou financier sur l'ensemble de la valorisation que peut se jouer une restructuration du mode de production capitaliste mais toujours sur l'exploitation, &lt;i&gt;mais ce n'est pas toujours sur les m&#234;mes moments ou d&#233;terminants de l'exploitation&lt;/i&gt;. Pour l'heure, la crise est une crise du rapport salarial dans sa forme d&#233;velopp&#233;e comme crise de la &#171; soci&#233;t&#233; salariale &#187; et c'est sur les modalit&#233;s de l'achat-vente de la force de travail qui impliquent, au niveau mondial, celle de sa mobilisation, de sa segmentation, de sa mise en &#339;uvre dans le proc&#232;s de production imm&#233;diat et de sa reproduction que devrait se jouer la guerre de classes &#224; venir dont nous vivons les escarmouches.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous &#233;crivions plus haut que &#171; les luttes dans les entreprises, celles qu'on peut qualifier comme se d&#233;roulant dans le proc&#232;s de production imm&#233;diat, l&#224; o&#249; les choses &lt;i&gt;paraissent&lt;/i&gt; encore simples en ce que le rapport d'exploitation &lt;i&gt;para&#238;t&lt;/i&gt; tr&#232;s compr&#233;hensible et impossible &#224; m&#233;conna&#238;tre (&lt;i&gt;Th&#233;ories sur la plus-value&lt;/i&gt;, &#233;d. Sociales, t. 3, pp. 568-569) font partie de la vie quotidienne &#187;. Dans chaque cycle de luttes et m&#234;me dans des moments particuliers d'un m&#234;me cycle, c'est un lieu d&#233;termin&#233; qui assigne &#224; toutes les luttes leur rang et leur importance. C'est un &#233;clairage universel o&#249; sont plong&#233;es toutes les autres couleurs et qui les modifie au sein de sa particularit&#233;. C'est un &#233;ther particulier qui d&#233;termine le poids sp&#233;cifique de toute existence qui s'y manifeste&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb125&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Nous plagions ici quelques phrases de l'Introduction de 1857.&#034; id=&#034;nh125&#034;&gt;125&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Toutes les luttes, quels que soient leur lieu, leurs acteurs sp&#233;cifiques et leurs enjeux, se situent dans cet &#171; &#233;clairage universel &#187; qui modifie leur couleur propre. Dans cette unit&#233; de la vie quotidienne qui les enveloppe, les luttes en entreprises, sur les lieux du proc&#232;s de production imm&#233;diat, et les luttes portant plus ou moins directement sur la reproduction sont chacune limit&#233;es par leur disjonction. Leur jonction ne peut &#234;tre que leur modification r&#233;ciproque (voir plus haut).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la situation actuelle, et de fa&#231;on n&#233;cessaire &#224; l'int&#233;rieur du mode de production capitaliste, la lutte porte et portera de plus en plus sur la production de plus-value et m&#234;me sur le travail productif mais il ne faut pas &#234;tre &#171; th&#233;oriquement &#187; aveugl&#233; par l'incandescence du c&#339;ur du r&#233;acteur. La chaleur se diffuse (reproduction, formes de manifestation, vie quotidienne) et c'est dans sa diffusion et &#224; partir d'elle, diffusion qui &lt;i&gt;doit&lt;/i&gt; &#233;galement venir de la dynamique des luttes dans le proc&#232;s de production imm&#233;diat, que les choses se passent et se passeront, que le c&#339;ur sera ou non modifi&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela signifie que si la vie quotidienne, construite comme l'ensemble des formes d'apparition des rapports de production au travers de leurs m&#233;tamorphoses, avec le rapport id&#233;ologique aux rapports de production et les id&#233;ologies particuli&#232;res sous lesquelles op&#232;rent les pratiques, avec les &#171; sujets &#187; et les &#171; personnes &#187; qui en sont les acteurs, n'est pas le &#171; mouvement r&#233;el &#187;, elle n'en est pas non plus le masque, mais le lieu o&#249; il existe et se r&#233;v&#232;le &#224; la condition de la conjonction des formes d'apparition : le salaire (prix du travail) rencontre l'autonomisation des moyens de production comme capital, le loyer et le droit d'habiter cette terre comme suspendus &#224; la rente, les rapports de distribution comme &#171; droit &#187; de retourner au travail et comme &#171; impression d'avoir &#233;t&#233; flou&#233; &#187; ; la libert&#233;, l'&#233;galit&#233;, le sujet, la personne, le contrat comme des &#171; arnaques &#187; de la structure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;volution est un d&#233;passement produit et dans le capital restructur&#233; (contradiction au niveau de la reproduction), dans le cycle de luttes actuel (l'appartenance de classe comme contrainte ext&#233;rieure), dans la sp&#233;cificit&#233; de la crise pr&#233;sente, c'est dans la vie quotidienne que cette &#171; production du d&#233;passement &#187; peut exister. Le &#171; rappel &#224; l'ordre &#187; du &#171; mouvement r&#233;el &#187; n'est ni un au-del&#224; ni un en-de&#231;&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;GILETS JAUNES&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quatre ann&#233;es apr&#232;s les &#233;v&#233;nements, il ne s'agit plus d'en faire un &lt;i&gt;r&#233;cit th&#233;orique&lt;/i&gt;. Dans la grande production et la masse de commentaires que la chose a suscit&#233;s, trois textes se d&#233;tachent, bien que dans des perspectives diff&#233;rentes, ils expriment, &#224; partir des faits, la fragile et polymorphe substance de cette r&#233;volte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par ordre croissant d'int&#233;r&#234;t :&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt;Laurent Jeanpierre : &lt;i&gt;In Girum, les le&#231;ons politiques des ronds-points&lt;/i&gt; (&#233;d. La D&#233;couverte, 2019).&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt;Collectif Ahou Ahou Ahou : &lt;i&gt;La r&#233;volte des Gilets jaunes, histoire d'une lutte de classes&lt;/i&gt; (Niet ! &#233;ditions, avril 2020).&lt;/li&gt;&lt;li&gt;Tristan Leoni ; &lt;i&gt;Sur les Gilets jaunes&lt;/i&gt; (7 &#233;pisodes), sur les sites &lt;i&gt;Trop loin&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;Des Nouvelles du front&lt;/i&gt; (Dndf)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb126&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;A para&#238;tre aux &#233;ditions Senonevero / Entremonde. Si, par la suite, nous (&#8230;)&#034; id=&#034;nh126&#034;&gt;126&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt;
A cela, nous pouvons ajouter quelques textes publi&#233;s sur les sites &lt;i&gt;lundimatin&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;Agitations&lt;/i&gt;, ceux du blog &lt;i&gt;Carbure&lt;/i&gt;, les interventions sign&#233;es &lt;i&gt;lacanaille&lt;/i&gt; sur &lt;i&gt;Dndf&lt;/i&gt;, certains textes de &lt;i&gt;Temps Critiques&lt;/i&gt; et, bien s&#251;r &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; et en l'occurrence, vu le sujet, l'indispensable presse dite locale, ici &lt;i&gt;La Provence&lt;/i&gt;.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;Pour nous, maintenant, avec l'oiseau de Minerve, nous nous limiterons &#224; ...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelques questions th&#233;oriques &#224; propos de la r&#233;volte dite des &#171; Gilets jaunes &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La vie quotidienne en France aux temps des Gilets jaune&lt;/strong&gt;&lt;i&gt;s&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Quand les gens, dans la soci&#233;t&#233;, ne peuvent plus continuer &#224; vivre leur quotidiennet&#233;, alors commence une r&#233;volution. Alors seulement. Tant qu'ils peuvent vivre le quotidien, les anciens rapports se reconstituent. &#187; (Henri Lefebvre, &lt;i&gt;La vie quotidienne dans le monde moderne&lt;/i&gt;, &#233;d. &lt;i&gt;Id&#233;es Gallimard,&lt;/i&gt; 1968, p. 66). La r&#233;volte dite des &#171; Gilets jaunes &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb127&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Un matin, sur une radio, un sociologue a eu cette phrase tr&#232;s juste : &#171; Tout (&#8230;)&#034; id=&#034;nh127&#034;&gt;127&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; est une r&#233;volte de la vie quotidienne &lt;i&gt;non pour la contester ou la transformer&lt;/i&gt; mais pour la poursuivre et vivre &lt;i&gt;quotidiennement&lt;/i&gt;. Dans sa merveilleuse et violente banalit&#233; de crise de la quotidiennet&#233; cette r&#233;volte fut une offense et une agression &#224; la France d'Emmanuel Macron (t&#234;te de con).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le postulat de Lefebvre plagie le fameux axiome de L&#233;nine :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Pour que la r&#233;volution ait lieu, il ne suffit pas que les masses exploit&#233;es et opprim&#233;es prennent conscience de l'impossibilit&#233; de vivre comme autrefois et r&#233;clament des changements. Pour que la r&#233;volution ait lieu, il faut que les exploiteurs ne puissent pas vivre et gouverner comme autrefois. C'est seulement lorsque '&lt;i&gt;ceux d'en bas&lt;/i&gt;' ne veulent plus vivre et '&lt;i&gt;ceux d'en haut&lt;/i&gt;' ne &lt;i&gt;peuvent plus&lt;/i&gt; continuer &#224; vivre &#224; &lt;i&gt;l'ancienne mani&#232;re&lt;/i&gt;, c'est alors seulement que la r&#233;volution peut triompher&#8230; &#187; (L&#233;nine, La &lt;i&gt;Maladie infantile du communisme, &lt;/i&gt;&#338;uvres, t. 31, pp. 80-81).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, s&#233;parant Lefebvre de L&#233;nine, il y a le terme de &#171; quotidiennet&#233; &#187; qui, si nous pouvons conceptuellement le r&#233;duire &#224; l'exploitation et aux rapports de production, en est cependant la &#171; forme d&#233;velopp&#233;e &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb128&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Nous expliquons plus loin cette formule. On peut &#233;galement se r&#233;f&#233;rer au (&#8230;)&#034; id=&#034;nh128&#034;&gt;128&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Si les Gilets jaunes ont pris conscience de &#171; l'impossibilit&#233; de vivre comme autrefois &#187;, ils n'ont pas r&#233;clam&#233; de ne &#171; plus vivre &#187; ainsi. Au c&#339;ur de la r&#233;volte, il y a la vie quotidienne qui est pr&#233;servation et &lt;i&gt;reproduction&lt;/i&gt; avec son contraire li&#233; : la &#171; modernit&#233; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb129&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Quand Baudelaire utilise en 1859 ce mot encore nouveau de &#171; modernit&#233; &#187;, en (&#8230;)&#034; id=&#034;nh129&#034;&gt;129&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Si c'est par la vie quotidienne qu'il faut commencer nous ne ferons ici que l'&#233;voquer en renvoyant, dans ce n&#176; de &lt;i&gt;TC&lt;/i&gt;, au texte &lt;i&gt;Vie quotidienne et luttes des classes&lt;/i&gt;. Il faudra ensuite comprendre pourquoi et comment, en &#233;vacuant les faciles faux-fuyants de &#171; l'interclassisme &#187; et du &#171; populisme &#187;, en s'ancrant dans les d&#233;terminations de la crise depuis 2008, cette &lt;i&gt;lutte de classe&lt;/i&gt; s'est construite, dans sa composition particuli&#232;re, avec sa force, sa d&#233;termination, sa persistance et ses limites dans les termes de la quotidiennet&#233; et du &#171; mode de vie &#187; ; comment, dans cette sp&#233;cificit&#233;, elle est un moment de la lutte de classe mondiale. Pour parodier une c&#233;l&#232;bre formule : &#171; tous ceux qui parlent des Gilets jaunes sans une r&#233;f&#233;rence explicite &#224; la vie quotidienne ont un cadavre dans la bouche &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, en premier lieu, il faut savoir si une telle chose qu'on nomme &#171; vie quotidienne &#187; existe et, dans ce cas, savoir ce qu'elle est&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb130&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Il est surprenant, en faisant une recherche sur Google, de trouver &#224; &#171; vie (&#8230;)&#034; id=&#034;nh130&#034;&gt;130&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Nous nous contenterons ici de la d&#233;finition donn&#233;e dans le texte &lt;i&gt;Vie quotidienne et luttes des classes&lt;/i&gt; : &#171; Nous appellerons vie quotidienne l'ensemble des activit&#233;s par lesquelles le travailleur se met en relation, de fa&#231;on r&#233;guli&#232;re et pr&#233;visible, avec ses conditions aussi bien de travail (les moyens de production) que de consommation, &#224; partir du moment o&#249; ces activit&#233;s ne sont plus pr&#233;suppos&#233;es par l'appartenance pr&#233;alable du travailleur &#224; une communaut&#233; et o&#249; le travail n'est plus, pour le travailleur, qu'une activit&#233; particuli&#232;re dans la division du travail et isol&#233;e de ses forces socales, sans pr&#233;supposition et toujours &#224; renouveler. La vie quotidienne est la routine de cette mise en relation en ce qu'elle est constitu&#233;e par l'ensemble des &lt;i&gt;formes d'apparition&lt;/i&gt; des rapports de production comme &lt;i&gt;v&#233;cu&lt;/i&gt; par l'activit&#233; d'un &lt;i&gt;sujet&lt;/i&gt;. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb131&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La n&#233;cessaire m&#233;tamorphose des rapports de production dans leurs propres (&#8230;)&#034; id=&#034;nh131&#034;&gt;131&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;h.krszkbe5yplc&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
La France qui roule des clopes et fume au diesel&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;(Elle fait aussi griller des merguez et appr&#233;cie &#171; le jaune &#187;, pas seulement en gilet)&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;h.9gg84bjgdij9&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;D'une vie quotidienne &#224; l'autre&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lefebvre, L&#233;nine, Debord, mais, avant tout : &#171; J'ai 57 ans et je suis employ&#233; dans une PME en Seine-Maritime. Je ne suis pas un de vos lecteurs mais il s'av&#232;re que mes enfants vous lisent r&#233;guli&#232;rement et qu'apr&#232;s de longues heures de discussions (et d'engueulades) ce dimanche, ils m'ont convaincu de r&#233;diger et de vous envoyer ces quelques r&#233;flexions sur le mouvement des Gilets jaunes auquel je suis heureux et fier d'appartenir. [&#8230;] Certains disent que nous bloquons tout pour pouvoir mieux red&#233;marrer le lendemain. C'est pas vrai. En tous cas, ce n'est pas mon cas. Ce que nous bloquons, c'est notre vie quotidienne. Les d&#233;partementales, les nationales, les zones commerciales. Nous bloquons le train-train de notre propre vie. [&#8230;] Sur les blocages, il y avait des syndicalistes plut&#244;t sympas mais qui passaient leur temps &#224; dire &#224; qui voulait les entendre qu'il fallait s'en prendre aux patrons, s'organiser sur nos lieux de travail, etc. ils ont certainement raison mais le probl&#232;me est que nous travaillons certainement pas tous dans de grandes usines ou de grosses entreprises dans lesquelles le rapport de force nous permet de faire pression pour que nos salaires augmentent. Beaucoup d'entre nous sont simples employ&#233;s, auto-entrepreneurs, ch&#244;meurs, etc. Le patron que nous avons, par contre tous en commun, c'est Macron, c'est donc lui qu'on veut faire plier. [&#8230;] D'un c&#244;t&#233;, il y a tellement de choses qui nous &#233;touffent, nous asservissent, nous ab&#234;tissent et nous rendent globalement malheureux mais de l'autre il y a un mode de vie qui nous tient et auquel on tient. La famille, les barbecues avec les amis, les coll&#232;gues de travail, &#231;a peut para&#238;tre futile mais d&#233;sol&#233;, non, on ne passe pas nos soir&#233;es &#224; regarder Arte et nos week-ends &#224; aller au mus&#233;e. [&#8230;] Les gouvernants et les journalistes peuvent bien se moquer de nous en nous voyant bloquer les ronds-points en dansant la queue leu leu mais depuis samedi nous nous sentons un peu moins seuls et un peu plus heureux. [&#8230;] C'est d&#233;gueulasse de sous-entendre que quand on est populaire on est forc&#233;ment b&#234;te et m&#233;chant. &#187; (paru sur le site &lt;i&gt;lundimatin&lt;/i&gt; le 21 novembre 2018).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui a fait l'unit&#233; du mouvement, ce sont les &#171; conditions de vie &#187; : &#171; Le mouvement n'est pas m&#251; par une critique des conditions de travail et du travail mais par une r&#233;f&#233;rence aux conditions de vie. &lt;i&gt;Il est certain qu'auparavant dans les luttes ouvri&#232;res, les conditions de vie jouaient leur r&#244;le, mais &#233;taient comme incluses dans les conditions de travail&lt;/i&gt; [nous soulignons], car c'est la professionnalit&#233; qui d&#233;terminait le reste (la fiert&#233; d'&#234;tre mineur ou docker et non pas la vie de mis&#232;re qui leur &#233;tait attenante). Alors qu'aujourd'hui cette professionnalit&#233; a &#233;t&#233; en grande partie d&#233;truite et elle n'est plus qu'une composante (avec les conditions de travail) des conditions de vie plus g&#233;n&#233;rales. D'ailleurs les GJ ne se pr&#233;sentent gu&#232;re par leur profession d'origine. C'est aussi cette caract&#233;ristique qui fait l'unit&#233; au-del&#224; des diff&#233;rentes conditions. En effet, pr&#233;alablement, c'est le collectif de travail qui faisait l'unit&#233; et l'id&#233;e d'une classe particuli&#232;re dans son opposition &#224; la classe dominante ; or aujourd'hui, cette unit&#233; n'est plus donn&#233;e directement par le capital qui a d'abord corporatis&#233; les segments de la force de travail salari&#233;, puis atomis&#233; cette force de travail qui ne trouve plus gu&#232;re son unit&#233; qu'id&#233;ologiquement dans les grandes messes syndicales. L'unit&#233;, si unit&#233; il peut y avoir ici ne peut donc qu'&#234;tre reconstruite sur la base des conditions de vie, ce &#224; quoi les Gilets jaunes se sont attach&#233;s. &#187; (&lt;i&gt;Temps critiques&lt;/i&gt;, f&#233;vrier 2019).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En tant que tel le constat de &lt;i&gt;Temps Critiques&lt;/i&gt; est juste, ce sont les conditions de vie qui ont forg&#233; l'unit&#233; du mouvement et c'est de l&#224; qu'il faut partir. Mais ce n'est qu'un constat. &lt;i&gt;Temps critiques&lt;/i&gt; confond la disparition de l'identit&#233; ouvri&#232;re et l'obsolescence du concept de classe r&#233;duit &#224; des &#171; collectifs de travail &#187; et &#224; la &#171; professionnalit&#233; &#187;. Dans le texte &lt;i&gt;Vie quotidienne et luttes des classes&lt;/i&gt;, nous nous attachons &#224; montrer comment, du fait des caract&#233;ristiques du mode de production issu de la restructuration des ann&#233;es 1970-1980 selon lesquelles la contradiction qu'est l'exploitation s'est situ&#233;e au niveau de sa reproduction, puis selon les d&#233;terminations de la crise de cette phase de la subsomption r&#233;elle &#224; partir de 2008, les classes se constituent dans la reproduction, dans la relation entre rapports de production et rapports de distribution, &lt;i&gt;jusque dans les formes f&#233;tichistes de la vie quotidienne que la reproduction implique&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb132&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sur ce point, on peut &#233;galement se reporter, dans ce m&#234;me n&#176;, au texte de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh132&#034;&gt;132&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. L'unit&#233; d'un mouvement construite sur les conditions de vie n'est pas le signe de l'obsolescence des classes, ni des luttes sur les lieux de travail, mais de la nature actuelle de leur proc&#232;s de constitution. Il est vrai comme le souligne par ailleurs &lt;i&gt;Temps Critiques&lt;/i&gt; que ce mouvement amalgame des cat&#233;gories diverses, mais jamais la lutte des classes n'a mis face &#224; face des adversaires existant dans leur puret&#233; conceptuelle. En outre, dans sa dur&#233;e, le mouvement a &#233;t&#233; de plus en plus un mouvement d'ouvriers et de petits employ&#233;s, de m&#234;me que ses soutiens dans la population, au fur et &#224; mesure que s'en &#233;loignaient les dipl&#244;m&#233;s et les classes moyennes salari&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un texte d'avril 2019, &lt;i&gt;Temps critiques&lt;/i&gt; continue, avec raison, &#224; affirmer la centralit&#233; des conditions de vie, alors que ces derni&#232;res, &#171; avec la classe ouvri&#232;re, &#233;taient comme int&#233;gr&#233;es et secondaris&#233;es dans les conditions de travail &#187;, ce sont maintenant &#171; les conditions de travail qui ne forment plus qu'un &#233;l&#233;ment parmi d'autres des conditions de vie. &#187; Cependant, le mouvement des GJ a &#171; os&#233; d&#233;construire ce fatalisme [les &#233;volutions du capitalisme, nda] par un mouvement qui s'affirme pour le revenu. &#187; (idem). Et, contre &#171; la suppression des services publics d'Etat, etc. &#187;, le mouvement s'&#233;l&#232;ve contre la &#171; rationalisation des co&#251;ts salariaux &#187; (idem). Lutte sur le &#171; revenu &#187;, lutte contre la &#171; rationalisation des co&#251;ts salariaux &#187;, cela ressemble beaucoup &#224; &#171; feu la lutte de classe &#187; qui a toujours &#233;t&#233; une multiplicit&#233; de situations aboutissant ou non en une conjonction des forces.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand on parle de &#171; modes de vie &#187;, il faut dire de quoi il s'agit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Et tout revient d'un coup, la chaleur de la cahute, la compagnie des humains, les '&lt;i&gt;Bonjour&lt;/i&gt;' qui claquent fort. Est-ce que les 'Gilets jaunes' vont r&#233;ussir &#224; changer la vie ? Une infirmi&#232;re songeuse : '&lt;i&gt;En tout cas, ils ont chang&#233; ma vie&lt;/i&gt; [&#8230;] &lt;i&gt;je n'attends rien de sp&#233;cial. Ici on fait les choses pour soi : j'ai d&#233;j&#224; gagn&#233;&lt;/i&gt;.' (Florence Aubenas, &lt;i&gt;La r&#233;volte des ronds-points&lt;/i&gt;, &#171; Le Monde &#187;, 16-17/12/18). Alors que sur le rond-point de Marmande dont il est question dans cet article, la majorit&#233; ne sent pas le besoin d'aller manifester &#224; Paris, ni m&#234;me &#224; Pau, quelqu'un intervient : &#171; Moi je vais monter &#224; Paris, il faut les attaquer intra-muros, aller marcher sur les bobos. Les gens de la m&#233;tropole qui nous qualifient de sauvages, qui nous m&#233;prisent parce qu'on ne pense pas et qu'on ne vit pas comme eux. &#187; (&lt;i&gt;idem&lt;/i&gt;). La cristallisation de toutes les contradictions sociales, &#233;conomiques, fiscales, culturelles, comme modes de vie (m&#234;me si celui des Gilets jaunes &#233;tait largement fantasm&#233; et v&#233;cu &#233;galement sous le mode id&#233;ologique) a assur&#233; la permanence du mouvement dans le temps et l'a rendu irrepr&#233;sentable et imperm&#233;able &#224; tout forme de n&#233;gociation. Dans la mesure o&#249; le mouvement n'&#233;tait pas v&#233;cu par ses protagonistes comme un mouvement revendicatif et ponctuel, tous les d&#233;sirs et toutes les tentatives d'organisations durables ne pouvaient que faire long feu. L'aspect revendicatif &#233;tait &#224; la fois toujours exprim&#233; et toujours marginal : le r&#233;tablissement de l'ISF, la revalorisation du smic, l'annulation de l'augmentation du prix du carburant, l'augmentation des retraites, la baisse des imp&#244;ts directs, l'augmentation des imp&#244;ts pour les plus grosses entreprises, le maintien et le soutien des petits commerces locaux, la r&#233;forme de la r&#233;mun&#233;ration des &#233;lus et l'interdiction des d&#233;localisations d'entreprises (il s'agit ici de la liste des revendications exprim&#233;es &#224; Dieppe selon &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; du 28/12/18)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb133&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dieppe fut un haut lieu de la mobilisation, voir sur Dndf La Mouette enrag&#233;e.&#034; id=&#034;nh133&#034;&gt;133&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lors de l'acte 1 (17-18 novembre 2018) &#224; Sorgues, sur l'&#233;norme rond-point qui dessert l'autoroute A7 et toute la zone commerciale d'Avignon nord, &#171; Daniel et Bernadette avaient install&#233; leur petit n&#233;cessaire de camping, leur installation a fini par se transformer en cantine des Gilets jaunes o&#249; chacun pouvait se pr&#233;senter et profiter d'un sandwich, d'un caf&#233; chaud et m&#234;me d'une grillade apr&#232;s installation d'un &#233;norme barbecue. Le couple qui a nourri des centaines de Gilets jaunes ce week-end dernier va remettre &#231;a samedi et dimanche prochain, ils souhaitent, outre les Gilets jaunes, &#233;galement ouvrir leur cantine gratuite &#224; tous ceux qui ont un emploi mais ont plus que du mal &#224; boucler les fins de mois. D&#232;s samedi, ils vont cuisiner quelques dizaines de kilos de p&#226;tes &#224; la bolognaise qui seront servies &#224; tous ceux, Gilets jaunes ou pas, qui viendront les voir en expliquant qu'ils sont travailleurs pauvres. 'On ne va pas aller v&#233;rifier en leur demandant des documents justificatifs' &#187; (&lt;i&gt;La Provence&lt;/i&gt;, 21/11/18).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand, avec le prix des carburants, l'entrave &#224; la mobilit&#233; g&#233;ographique s'identifie &#224; une entrave &#224; la mobilit&#233; sociale (voir plus loin), il s'agit d'activer des liens communautaires de proximit&#233;, de s'approprier quelque chose comme un &#171; chez soi &#187; pr&#233;sum&#233; irr&#233;ductible &#224; une emprise &#233;conomique ou &#171; bureaucratique &#187;. Reconstituer un &#171; nous &#187; sans avoir honte de sa condition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand il est question de vie quotidienne, il faut souligner l'importance des &#171; cabanes &#187; &#233;difi&#233;es sur les ronds-points, la haine et le d&#233;sespoir qui ont accompagn&#233; leur d&#233;mant&#232;lement ou leur incendie volontaire par des &#171; inconnus &#187;, ainsi que la profonde transformation dans le mouvement que ce d&#233;mant&#232;lement a provoqu&#233; avec le passage aux assembl&#233;es. Le rond-point &#233;tait l'endroit o&#249; l'on s'organisait et d'o&#249; l'on partait en action : &#171; &#8230; rapports de force et sociabilit&#233; fusionnent ainsi dans un m&#234;me espace provoquant pour les Gilets jaunes en lutte un basculement soudain et profond du quotidien. Simultan&#233;ment, partout, les Gilets jaunes mutualisent leurs exp&#233;riences de la vie quotidienne, et constatent qu'elles sont, du point de vue de la pauvret&#233; mat&#233;rielle, &#224; peu de choses pr&#232;s semblables. Sur les ronds-points, les gens exposent leur mis&#232;re, budget mensuel d&#233;taill&#233; &#224; l'appui, et la collectivisation de cette mis&#232;re semble les d&#233;lester enfin de l'humiliation v&#233;cue dans la solitude. L'investissement dans ce mouvement est &#224; l'image de cette mis&#232;re, souvent total : &lt;i&gt;le quotidien &#233;tant une lutte, la lutte devient quotidienne&lt;/i&gt; [nous soulignons]. Le rond-point se transforme petit &#224; petit en lieu de cette totalit&#233;, vou&#233; aussi bien &#224; l'organisation du mouvement qu'&#224; la vie de tous les jours. &#187; (&lt;i&gt;Ahou&lt;/i&gt;, op. cit., p. 53). Avec la destruction des cabanes, les fractions qui, dans le mouvement, se veulent &#171; respectables &#187;, ont tendance &#224; se sentir plus &#224; l'aise dans des assembl&#233;es plus formelles, ainsi que les militants politiques. En m&#234;me temps que les assembl&#233;es plus formelles prennent le pas sur l'unit&#233; de vie et de lutte des ronds-points, les manifs se radicalisent amalgamant &#171; des prol&#233;taires urbains, plus jeunes, plus pr&#233;caires, moins attach&#233;s &#224; la 'valeur travail' que les Gilets jaunes de la premi&#232;re heure. [&#8230;] Le mouvement des Gilets jaunes devient essentiellement un mouvement du samedi. &#187; (&lt;i&gt;Ahou&lt;/i&gt;, op. cit., p. 125). Alors que Leoni (op. cit.) voit dans cette ritualisation &#233;meuti&#232;re du samedi une limite du mouvement bloquant son d&#233;passement en &#171; autre chose &#187;, le collectif &lt;i&gt;Ahou&lt;/i&gt; y voit &#171; des manifestations d'une insoumission prol&#233;tarienne s'exprimant tous azimuts&#8230; &#187; (op. cit., p. 178).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'&#233;tait pas dans l'ADN du mouvement de se d&#233;passer dans cette &#171; autre chose &#187; que sugg&#232;re Leoni, c'est-&#224;-dire les &#171; lieux de la production &#187;, pour cela m&#234;me il est &#233;galement faux de soutenir que &#171; l'insoumission prol&#233;tarienne &#187; s'est exprim&#233;e &#171; tous azimuts &#187;. Avec les manifestations du samedi, le mouvement s'est alors d&#233;velopp&#233; dans ses propres limites, c'est-&#224;-dire l&#224; o&#249; sa dynamique &#233;tait produite et existante : la reproduction, la vie quotidienne. Au fur et &#224; mesure qu'il se d&#233;couvrait comme mouvement de classe au travers de ses affrontements internes, il rencontrait sa limite pr&#233;cis&#233;ment dans son action en tant que classe. &#171; Agir en tant que classe comporte un &#233;cart par rapport &#224; soi, dans la mesure o&#249; cette action comporte la propre remise en cause de la classe par rapport &#224; elle-m&#234;me [&#8230;] Agir en tant que classe c'est actuellement d'une part n'avoir pour horizon que le capital et les cat&#233;gories de sa reproduction, d'autre part, c'est, pour la m&#234;me raison, &#234;tre en contradiction avec sa propre reproduction de classe, la remettre en cause. Il s'agit des deux faces de la m&#234;me action en tant que classe&#8230; &#187; (&lt;i&gt;TC&lt;/i&gt; 20, p. 11) La r&#233;p&#233;tition &#171; &#233;meuti&#232;re &#187; a &#233;t&#233; la rencontre avec cette limite : nous voulons vivre quotidiennement un peu mieux &#8230; mais ce n'est pas possible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Simultan&#233;ment, dans cet &lt;i&gt;&#233;cart&lt;/i&gt;, le mouvement entamait, avec les &#171; assembl&#233;es &#187; une trajectoire inaboutie en &#171; mouvement social &#187;. &#171; Parall&#232;lement &#224; la ritualisation des manifs-&#233;meutes, la structuration nationale se poursuit, &#224; l'&#233;cart des gaz, mais aussi du mouvement lui-m&#234;me. Si Commercy, en janvier 2019, constituait une expression endog&#232;ne du mouvement [ce que, semble-t-il avec raison, conteste d&#233;j&#224; L&#233;oni, nda&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb134&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Une lecture des comptes rendus plus ou moins exhaustifs de la r&#233;union de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh134&#034;&gt;134&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;], moment de formalisation d'un discours de l&#233;gitimation et d'unit&#233; alors que la lutte battait son plein, les Assembl&#233;es des assembl&#233;es suivantes ont tendance &#224; suivre une dynamique autonome : alors que les assembl&#233;es locales et les rassemblements du samedi d&#233;clinent en nombre, il y a nettement plus de participants (environ 800 d&#233;l&#233;gu&#233;s) &#224; l'Assembl&#233;e de Saint-Nazaire, d&#233;but avril, qu'&#224; celle de Commercy, o&#249; il y avait 400 ou 500 personnes. Le formalisme inh&#233;rent &#224; ces processus les d&#233;tache encore un peu plus de la lutte concr&#232;te&#8230; &#187; (&lt;i&gt;Ahou&lt;/i&gt;, op. cit., pp. 193-194). Avec l'arriv&#233;e de militants rompus aux arcanes de la &#171; lutte sociale &#187;, les occupants des ronds-points sont rel&#233;gu&#233;s &#224; un r&#244;le auxiliaire. Quand en mars 2019 apparaissent des appels &#224; un &#171; retour aux sources &#187;, il est d&#233;j&#224; trop tard : &#171; Mais &#224; l'heure du reflux, le mort saisit le vif, les organisations politiques du pass&#233; p&#232;sent de tout leur poids d'anciennet&#233; et de routines sur l'avenir du mouvement. L'&#233;nergie d&#233;constructrice des Gilets jaunes est peu &#224; peu recod&#233;e dans le r&#233;pertoire d'action et les mots d'ordre g&#233;n&#233;raux des gauches, pourtant &lt;i&gt;vid&#233;s de leur sens par les conditions sociales et historiques actuelles&lt;/i&gt; [nous soulignons] : unit&#233; du peuple, convergence des luttes, anticapitalisme, etc. &#187; (Laurent Jeanpierre, &lt;i&gt;In Girum, les le&#231;ons politiques des ronds-points&lt;/i&gt;, &#233;d. La D&#233;couverte, p. 183)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb135&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Si nous pouvons souscrire &#224; la critique de &#171; l'anticapitalisme &#187; comme &#171; mot (&#8230;)&#034; id=&#034;nh135&#034;&gt;135&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette cristallisation sur les modes de vie et la vie quotidienne, si elle a assur&#233; globalement l'unit&#233; du mouvement a pu &#233;galement quelques fois s'exprimer comme une cl&#244;ture sur la vie du rond-point et par des rivalit&#233;s entre ronds-points permettant, &lt;i&gt;a contrario&lt;/i&gt;, au mouvement de maintenir sa diversit&#233; sans se fracturer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le fond de toutes les revendications et surtout des formes m&#234;mes de la lutte c'est la volont&#233; de conserver un mode de vie et d'affronter tous ceux qui promeuvent toutes les transformations qui le mettent en p&#233;ril.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De ce point de vue, il ne faut pas esquiver les manifestations d'antis&#233;mitisme qui, sans &#234;tre centrales, ont exist&#233; dans le mouvement. Dans &lt;i&gt;R&#233;flexions sur la question juive&lt;/i&gt; (1946), Sartre expose exactement comment l'antis&#233;mitisme peut exister dans un mouvement comme celui des Gilets jaunes : &#171; La communaut&#233; &#233;galitaire dont se r&#233;clame l'antis&#233;mite est du type des foules ou de ces soci&#233;t&#233;s instantan&#233;es qui naissent &#224; l'occasion du lynchage ou du scandale ; [&#8230;] En ce sens l'antis&#233;mitisme, en d&#233;mocratie, est une forme sournoise de ce qu'on nomme la lutte du citoyen contre les pouvoirs. [&#8230;] Ainsi y aura-t-il pour l'antis&#233;mite une France &lt;i&gt;r&#233;elle&lt;/i&gt; avec un gouvernement &lt;i&gt;r&#233;el&lt;/i&gt; mais diffus et sans organes sp&#233;cialis&#233;s, et une France abstraite, officielle, enjuiv&#233;e, contre laquelle il sied de se dresser. [&#8230;] Tout antis&#233;mite est donc, dans une mesure variable, l'ennemi des pouvoirs r&#233;guliers, il veut &#234;tre &lt;i&gt;le membre disciplin&#233; d'un groupe indisciplin&#233;&lt;/i&gt; [nous soulignons] ; il adore l'ordre mais l'ordre social. On pourrait dire qu'il veut provoquer le d&#233;sordre politique pour restaurer l'ordre social, et l'ordre social lui appara&#238;t sous les traits d'une soci&#233;t&#233; &#233;galitaire et primitive de juxtaposition, &#224; temp&#233;rature &#233;lev&#233;e, d'o&#249; les Juifs seront exclus. &#187; (Sartre, &lt;i&gt;op. cit&lt;/i&gt;., Folio-Gallimard, pp. 32 &#224; 35).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'il est exact que l'antis&#233;mitisme peut trouver son terreau dans &#171; la lutte du citoyen contre les pouvoirs &#187; et dans l'imaginaire d'une &#171; soci&#233;t&#233; imm&#233;diate &#187;, Sartre lui-m&#234;me a bien montr&#233;, de la prise de direction de &lt;i&gt;La Cause du peuple&lt;/i&gt; &#224; celle de &lt;i&gt;Lib&#233;ration&lt;/i&gt; (quel que soit le ridicule de certaines de ses activit&#233;s), que &#171; la lutte du citoyen contre les pouvoirs &#187; n'est pas n&#233;cessairement antis&#233;mite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;It raining stones &lt;/i&gt;(UK)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;The shit hits the fan &lt;/i&gt;(USA)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Les emmerdes volent en escadrille &lt;/i&gt;(Jacques Chirac, France)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En dehors du mouvement m&#234;me des Gilets jaunes, en mars 2019, une &#171; anecdote &#187; t&#233;moigne de la relation entre p&#233;riph&#233;rie / v&#233;hicule / justice / vie quotidienne : &#171; Contr&#244;l&#233;s par la police municipale &#224; une semaine d'intervalle au volant d'un fourgon C15 &#224; Mori&#232;res-les-Avignon, Antoine, 46 ans, qui comparait d&#233;tenu pour une autre cause, et sa compagne Ludivine, 39 ans, se sont succ&#233;d&#233;s lundi &#224; la barre du tribunal correctionnel d'Avignon pour r&#233;pondre de conduite sans permis. [&#8230;] Cette dame, qui n'a pas de permis, a confi&#233; conduire '&lt;i&gt;tous les jours&lt;/i&gt;' pour accompagner &#224; l'&#233;cole son fils, '&lt;i&gt;oblig&#233; d'y aller dans le cadre d'une mesure de contr&#244;le judiciaire&lt;/i&gt;'. Avec une certaine franchise, voire de la na&#239;vet&#233;, ils indiquent &#234;tre domicili&#233;s &#224; deux adresses diff&#233;rentes '&lt;i&gt;pour la CAF&lt;/i&gt;' et Antoine travaille '&lt;i&gt;au noir&lt;/i&gt;' pour percevoir le RSA. Apr&#232;s d&#233;lib&#233;r&#233;, le tribunal inflige &#224; Antoine une peine de 6 mois de prison et &#224; Ludivine 4 mois de prison avec sursis et 100 euros d'amende pour un d&#233;faut d'assurance. &#187; (&lt;i&gt;La Provence&lt;/i&gt;, 6/3/19).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'il s'agisse de l'affrontement de modes de vie, de conditions de vie, qu'il s'agisse d'une question de vie quotidienne, jamais la chose n'est apparue plus clairement que dans l'obsc&#233;nit&#233; des interrogatoires et des condamnations lors des comparutions en justice de Gilets jaunes arr&#234;t&#233;s et plac&#233;s en garde &#224; vue. Chaque fois ce fut le m&#234;me d&#233;ballage ind&#233;cent de la vie priv&#233;e des pr&#233;venus, avec des questions insistantes sur leurs relations avec leurs p&#232;re et m&#232;re, le montant exact de leur allocation ch&#244;mage ou de leur salaire, la nature de leur contrat de travail, ce &#171; qu'ils comptaient faire plus tard dans la vie &#187;, des remarques m&#233;prisantes sur leur ma&#238;trise du fran&#231;ais &#171; standard &#187;, et des conseils du type &#171; vous devriez aller voir un psy &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; D&#232;s le 9 janvier 2019, on comptait d&#233;j&#224; 5339 gardes &#224; vue, 815 jug&#233;s en comparution imm&#233;diate&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb136&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ces chiffres ne tiennent pas compte des gardes &#224; vue de mineurs.&#034; id=&#034;nh136&#034;&gt;136&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, mais peut-&#234;tre le plus significatif est le fait que, &#224; Paris, sur 1628 gardes &#224; vue, 798 aboutissent, &#224; ce moment-l&#224;, &#224; un &#171; classement sans suite &#187; (soit 49 %). En revanche, en province, sur 3711 gardes &#224; vue on n'observe que 436 &#171; classements sans suite &#187; (11,7 %) : &#171; Parmi les 152 mandats de d&#233;p&#244;t d&#233;livr&#233;s &#224; l'&#233;chelle nationale, 123 l'ont &#233;t&#233; en province &#187; (&lt;i&gt;Le Monde,&lt;/i&gt; 9/1/19). Parmi les gardes &#224; vue, la proportion de &#171; primo-manifestants &#187; est beaucoup plus importante en province qu'&#224; Paris, il s'agit de personnes qui &#171; ma&#238;trisent &#187; moins les codes de la manifestation et de la justice. Contrairement &#224; ce qu'on peut penser, la Justice n'aime pas le &#171; primo-manifestant &#187;, elle lui pr&#233;f&#232;re (jusqu'&#224; un certain point &#8230;) le politique r&#233;cidiviste qui conna&#238;t ses codes et son langage ; le &#171; primo-manifestant &#187; n'a que son ras-le-bol, sa vie, &#224; exprimer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Roland Barthes, dans &lt;i&gt;Dominici ou le triomphe de la litt&#233;rature&lt;/i&gt; (&lt;i&gt;Mythologies&lt;/i&gt;, &#233;d. Points-Seuil, pp. 51-52) pouvait d&#233;j&#224; &#233;crire &#171; Le pr&#233;sident d'assises, qui lit &lt;i&gt;le Figaro&lt;/i&gt;, n'&#233;prouve visiblement aucun scrupule &#224; dialoguer avec le vieux chevrier 'illettr&#233;'. N'ont-ils pas en commun une m&#234;me langue et la plus claire qui soit, le fran&#231;ais ? Merveilleuse assurance de l'&#233;ducation classique, o&#249; les bergers conversent sans g&#234;ne avec les juges ! Mais ici encore derri&#232;re la morale prestigieuse (et grotesque) des versions latines et des dissertations fran&#231;aises, c'est la t&#234;te d'un homme qui est en jeu. La disparit&#233; des langages, leur cl&#244;ture imp&#233;n&#233;trable, ont pourtant &#233;t&#233; soulign&#233;es par quelques journalistes. [&#8230;] Non, la syntaxe, le vocabulaire, la plupart des mat&#233;riaux &#233;l&#233;mentaires, analytiques, du langage se cherchent aveugl&#233;ment sans se joindre, mais nul n'en a scrupule. Naturellement tout le monde feint de croire que c'est le langage officiel qui est de sens commun, celui de Dominici n'&#233;tant qu'une vari&#233;t&#233; ethnologique, pittoresque par son indigence. Pourtant, ce langage pr&#233;sidentiel est tout aussi particulier, charg&#233; de clich&#233;s irr&#233;els, langage de r&#233;daction scolaire, non de psychologie concr&#232;te (&#224; moins que la plupart des hommes ne soient oblig&#233;s, h&#233;las, d'avoir la psychologie du langage qu'on leur apprend). Ce sont tout simplement deux particularit&#233;s qui s'affrontent. Mais l'une a les honneurs, la loi, la force pour soi. &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;h.ppaz7svte6oz&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Si, &#224; propos de la r&#233;volte des Gilets jaunes, avec la centralit&#233; et la cristallisation de la lutte de classe (puisque c'est toujours de cela dont il s'agit) sur les conditions de vie et la vie quotidienne l'essentiel est dit, nous allons chercher &#224; un peu expliciter et &#224; en d&#233;monter les articulations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;De la vie quotidienne &#224; la &#171; France p&#233;riph&#233;rique &#187; en passant par la rente fonci&#232;re&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'il est exact que le mouvement &#233;tait bien repr&#233;sent&#233; dans ce que l'on appelle la &#171; France p&#233;riph&#233;rique &#187; (Christophe Guilluy), cette &#171; France &#187; ne se confond pas, contrairement aux th&#232;ses de Guilluy, avec la France pauvre (en reprenant ses th&#232;ses, Zemmour faisait bien attention de s'en distinguer sur ce point pour faire de cette &#171; r&#233;volte &#187; avant tout un ph&#233;nom&#232;ne &#171; identitaire &#187;, ce qui se trouve &#233;galement chez lui mais &#171; secondairement &#187;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour nombre de g&#233;ographes, ce que Guilluy appelle la &#171; France p&#233;riph&#233;rique &#187; est en fait la &#171; France des marges &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb137&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;En 2015 ou 2016, de fa&#231;on presque pr&#233;monitoire, le sujet du Capes en (&#8230;)&#034; id=&#034;nh137&#034;&gt;137&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; c'est-&#224;-dire une France qui s'organise selon ses propres logiques, qui ne sont pas celles du centre. En effet, les habitants du p&#233;riurbain travaillent pour moiti&#233; au moins dans une autre communaut&#233; p&#233;riurbaine et ne mettent presque plus les pieds dans les centres. Les p&#233;riurbains ne sont pas exclus des centres, ils refusent un espace qui n'est plus leur territoire et ils n'h&#233;sitent pas &#224; le &#171; d&#233;truire &#187;. Le paradigme change entre une logique centre/p&#233;riph&#233;rie et une logique de marges&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb138&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Comment, en d&#233;finitive, surmonter l'image de la France p&#233;riph&#233;rique ? (&#8230;)&#034; id=&#034;nh138&#034;&gt;138&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'hypoth&#233;tique &#171; France p&#233;riph&#233;rique &#187; ne se r&#233;volte pas contre le centre pour prendre le pouvoir ou m&#234;me le remettre en cause en tant que tel (si ce n'est dans ses modalit&#233;s), elle se r&#233;volte contre le centre car il l'emp&#234;che de s'organiser et de vivre comme elle le souhaite, c'est-&#224;-dire &#171; en marge &#187; (d&#233;vorer l'espace, sous forme pavillonnaire, de routes, de parking et de ronds-points). Les mesures macroniciennes ont rompu une sorte de pacte tacite : les centres s'ins&#232;rent dans la mondialisation par la concentration (m&#233;tropolisation) en acceptant la marginalisation du p&#233;riurbain et en lui &#171; foutant la paix &#187;. Au c&#339;ur de ce pacte, il y avait la fiscalit&#233; et les carburants indispensables au mode d'organisation des &#171; marges &#187;. Une bonne partie de la population des zones p&#233;riurbaines a choisi d'y vivre, elle est m&#233;lang&#233;e avec ceux qui ont fait le &#171; choix &#187; contraint de la distance pour r&#233;duire le co&#251;t du foncier et ceux qui ont &#233;t&#233; exclus (mais qui sont souvent beaucoup plus loin et n'ont pas les moyens d'entretenir une voiture, ou proches du centre pour la m&#234;me raison). En remettant en cause le &#171; pacte &#187;, le &#171; droit &#187; &#224; consommer (de l'espace entre autres), l'Etat a coalis&#233; les marges. C'est le droit &#224; consommer, c'est-&#224;-dire &#224; vivre une &lt;i&gt;vie quotidienne&lt;/i&gt;, c'est-&#224;-dire une vie qui pr&#233;suppose sa reproduction telle que le &#171; pacte &#187; l'avait act&#233;e, qui a soud&#233; le mouvement&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb139&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Nous sommes ici dans le cadre de ce que Thompson appelle &#171; l'&#233;conomie morale (&#8230;)&#034; id=&#034;nh139&#034;&gt;139&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Toutefois les espaces les plus dynamiques, aujourd'hui, ne sont pas les grands p&#244;les urbains, mais leur proche couronne. C'est l&#224; que la croissance de la population comme la croissance de l'emploi sont les plus fortes. Ainsi note l'Observatoire des territoires du Commissariat g&#233;n&#233;ral &#224; l'&#233;galit&#233; des territoires dans son rapport de 2017 : '&lt;i&gt;Les espaces p&#233;riurbains sous influence tirent un dynamisme tr&#232;s fort de leurs synergies avec les grands p&#244;les urbains, qui ne se r&#233;duit pas au d&#233;veloppement r&#233;sidentiel&lt;/i&gt;.' &#187; (&lt;i&gt;Le Monde,&lt;/i&gt; 15/2/19). Il est vrai que globalement en France les communes dites &#171; p&#233;riurbaines &#187; ont gagn&#233;, entre 1990 et 2018, 2,7 millions d'habitants et que les grands p&#244;les urbains en ont perdu 1,4 million, il ne s'agit que d'une moyenne qui masque le red&#233;ploiement urbain vers l'ouest et le sud, espaces qui connaissent une forte croissance migratoire int&#233;rieure qui transforme les zones p&#233;riurbaines et la capacit&#233; fonci&#232;re &#224; y r&#233;sider&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb140&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;C'est peut-&#234;tre une des raisons qui explique que, malgr&#233; toutes les (&#8230;)&#034; id=&#034;nh140&#034;&gt;140&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Observatoire observe parfaitement ce qu'il veut et est en charge d'observer, ce qu'il n'observe pas c'est la transformation de l'occupation de l'espace et des modes de vie qu'une telle &#171; croissance &#187; implique. Une simple &#233;tude de la p&#233;riph&#233;rie de Montpellier montrerait comment les plus bas revenus expuls&#233;s de la ville par sa r&#233;novation karch&#233;ris&#233;e, puis de sa proche p&#233;riph&#233;rie par la mont&#233;e en gamme du cadre de vie des villages proches se sont retrouv&#233;s mal venus (surtout s'ils n'&#233;taient pas &#171; vraiment blancs &#187;) aux pieds des C&#233;vennes o&#249; ils repr&#233;sentaient une charge difficilement supportable par des communes sans revenus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est dans les cit&#233;s de banlieues que se cumulent la plupart des probl&#232;mes de ch&#244;mage et de bas revenus, d'&#233;chec scolaire, de d&#233;linquance, de violence, de trafic de drogues. En outre, la pauvret&#233; est encore plus pr&#233;sente dans les centres urbains que dans les communes p&#233;riph&#233;riques. L&#224; o&#249; se produisent les richesses, les habitants ne sont pas forc&#233;ment riches. Comme l'expose Jacques L&#233;vy, g&#233;ographe, dans &lt;i&gt;Le Monde,&lt;/i&gt; le 15/2/19 : &#171; En fait, si on prend en compte les diff&#233;rences de co&#251;t de la vie entre les lieux de r&#233;sidence, les revenus m&#233;dians par ville ou par r&#233;gion montrent que ce sont les Franciliens les plus pauvres. L'&#206;le de France produit 31 % du produit int&#233;rieur brut fran&#231;ais, mais cela ne veut pas dire que les habitants sont riches. En r&#233;alit&#233; les pauvres des r&#233;gions riches paient pour les riches des r&#233;gions pauvres. Ceux qui &#233;voquent la fracture territoriale en ciblant le p&#233;riurbain ou les campagnes les plus &#233;loign&#233;es signalent autre chose &#224; savoir que les syst&#232;mes productifs les plus puissants et les plus prometteurs se concentrent dans les villes. [&#8230;] Cela accro&#238;t le sentiment d'angoisse chez ceux qui se voient en dehors de ce monde-l&#224;. &#187;. D'autant plus qu'ancr&#233;s territorialement, ils ont une identit&#233; assign&#233;e avec un mode de vie auquel ils sont attach&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut cependant bien faire attention au fait que &lt;i&gt;ce n'est pas l'espace qui produit la&lt;/i&gt; &lt;i&gt;p&#233;riph&#233;rie, mais les positions sociales.&lt;/i&gt; L'espace n'est qu'un r&#233;v&#233;lateur des processus sociaux de production et de reproduction des in&#233;galit&#233;s, des classes et de leurs fragmentations. Ce n'est pas l'espace ni la distance aux m&#233;tropoles qui fait la p&#233;riph&#233;rie (Saint-Tropez et Courchevel sont largement &#233;quip&#233;s en services multiples, liaisons par TGV, h&#233;liport, autoroutes, etc.). Si, dans la plupart des Etats, une seule ville attire l'essentiel des soci&#233;t&#233;s &#224; fort potentiel &#233;conomique &#8212; Londres concentre 69 % des &#171; scale-up &#187; anglaises (entreprises technologiques ayant r&#233;ussi &#224; lever plus d'un million de dollars) ; Paris en attire 72 % ; 27 pays concentrent dans une seule ville plus de 70 % de leurs start-ups les plus matures &#8211; il n'en demeure pas moins que 65 % des populations vivant en-dessous du seuil mon&#233;taire de pauvret&#233; se concentrent dans les grands p&#244;les urbains et c'est dans les villes-centres des agglom&#233;rations que les taux de pauvret&#233; sont maxima&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb141&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Le patrimoine des 10 % des Londoniens les plus riches est 270 fois (&#8230;)&#034; id=&#034;nh141&#034;&gt;141&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Tout territoire contient, en son sein, une mise en abyme de ses propres p&#233;riph&#233;ries (marges).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout cela est parfaitement exact, cependant ni les rapports de production ni m&#234;me les rapports de distribution ne sont directement v&#233;cus et pratiqu&#233;s. Les rapports de production, dans leurs m&#233;tamorphoses n&#233;cessaires, produisent et reproduisent des &lt;i&gt;sujets&lt;/i&gt; qui par nature (en tant que sujets) sont toujours id&#233;ologiquement &lt;i&gt;en rapport&lt;/i&gt; aux rapports de production et c'est l&#224; qu'au travers de toutes ses erreurs m&#233;thodologiques, ses manipulations des statistiques, Guilluy peut toucher &#224; la &#171; r&#233;alit&#233; &#187;. Si, avec les Gilets jaunes, la lutte des classes a pris forme dans la vie quotidienne, il faut reconna&#238;tre toutes les d&#233;terminations de cette mise en forme, y compris la dite &#171; ins&#233;curit&#233; culturelle &#187; qui surd&#233;termine &#171; l'ins&#233;curit&#233; sociale &#187;. Il ne sert &#224; rien de dire, comme Benoit Br&#233;ville, critiquant d&#233;j&#224; les th&#232;ses de Guilluy, dans &lt;i&gt;Le Monde diplomatique&lt;/i&gt; de mars 2015, que les grands noms du luxe, de l'agroalimentaire, de la pharmacie et du commerce en ligne ont &#233;lu domicile dans la &#171; France p&#233;riph&#233;rique &#187; et que &#171; la mondialisation n&#233;olib&#233;rale s'y trouve comme un poisson dans l'eau &#187;, si c'est pour conclure, sans autre forme de proc&#232;s, que &#171; ses crises [de la mondialisation n&#233;olib&#233;rale, nda] s'y font sentir de mani&#232;re redoubl&#233;e &#187;. Eh oui ! Br&#233;ville, comme beaucoup d'authentiques et excellents sociologues ou &#233;conomistes, ne consid&#232;rent la &#171; dimension culturelle &#187; que comme un voile ou une manipulation politique, consid&#233;rant par-l&#224; l'&#233;conomie comme la v&#233;rit&#233; derni&#232;re, toujours inalt&#233;rable, et n'&#233;tant pas le principe et la v&#233;rit&#233; du &#171; voile &#187; et de la &#171; manipulation &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb142&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La v&#233;rit&#233; de l'&#233;conomie a tout de m&#234;me ses limites quand Br&#233;ville reproche &#224; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh142&#034;&gt;142&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Quand, actuellement, la lutte des classes prend forme dans la vie quotidienne, elle en porte et en portera tous les stigmates.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette &#171; France p&#233;riph&#233;rique &#187; qui n'est pas globalement &#224; l'&#233;cart des flux et des opportunit&#233;s de la mondialisation, est, comme &#171; le peuple &#187;, avant tout une &lt;i&gt;formule performative&lt;/i&gt; qui fait exister ce qu'elle est cens&#233;e d&#233;signer : c'est-&#224;-dire une population (ouvriers comme petits patrons et artisans) subordonn&#233;e aux activit&#233;s des principales m&#233;tropoles &lt;i&gt;et se distinguant des cit&#233;s de banlieues&lt;/i&gt;. De l'ouvrier au petit patron, l'affiliation &#224; ces flux, emplois et opportunit&#233;s est al&#233;atoire et peut constamment &#234;tre remise en question. Les transports et la mobilit&#233; d&#233;pendant de l'automobile sont essentiels face &#224; cette pr&#233;carit&#233; de l'affiliation. Face aux m&#233;tropoles des &#171; &#233;lites bobo&#239;s&#233;es &#187; et des &#171; banlieues immigr&#233;es &#187;, cette &#171; France &#187; devient l'embl&#232;me du vrai travail et du combat pour le conserver qui en fait une valeur, du peuple et de la Nation. C'est en se disant &#171; p&#233;riph&#233;rique &#187; que le peuple devient &#171; authentique &#187;. On ne peut n&#233;gliger la dimension et la surd&#233;termination territoriales des pratiques de classes et des alliances que cette dimension peut engendrer (pas toujours en subordonnant la classe ouvri&#232;re, cf. les Ardennes ou la Lorraine aux d&#233;buts des ann&#233;es 1980).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un contr&#244;le technique plus cher et plus &#171; complet &#187; qui p&#233;nalise le march&#233; de l'occasion, l'inversion des prix entre le gazole et le sans plomb&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb143&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Il existe une corr&#233;lation &#171; surprenante &#187; entre les territoires &#224; fort (&#8230;)&#034; id=&#034;nh143&#034;&gt;143&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, la taxe carbone, deux fois plus de PV avec le passage &#224; la limitation &#224; 80 km/h, les restrictions &#224; l'entr&#233;e dans certaines villes selon l'&#226;ge de la voiture, tout cela est v&#233;cu comme un acharnement contre une partie de la classe ouvri&#232;re, particuli&#232;rement celle qui n'a pas un acc&#232;s facile aux services publics de transports. Pour environ la moiti&#233; des Gilets jaunes, les imp&#244;ts sur la consommation (TVA, essence, tabac) sont les seuls qu'ils payent puisqu'ils sont exon&#233;r&#233;s d'imp&#244;ts sur le revenu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette dimension &#233;tait constitutive du mouvement des Gilets jaunes, mais il faut la consid&#233;rer pour ce qu'elle est.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Les contraintes de la mobilit&#233; spatiale [le prix des carburants, nda] associ&#233;es &#224; certains territoires offraient un bon aper&#231;u des obstacles v&#233;cus &#224; la mobilit&#233; sociale. Et dans une soci&#233;t&#233; o&#249; cette mobilit&#233;, avec l'acc&#232;s aux places et la projection qu'elle autorise, tend &#224; devenir une grandeur supr&#234;me, la localisation g&#233;ographique, le rapport aux transports ne sont plus des expressions secondaires d'une position sociale donn&#233;e mais bien des composantes essentielles de celle-ci. &#187; (Laurent Jeanpierre, op. cit., pp. 180-181) Pour les entrav&#233;s de la mobilit&#233; spatiale, le rapport au futur comme mobilit&#233; sociale s'est referm&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La mondialisation entra&#238;ne une hyperconnectivit&#233; entre m&#233;tropoles [ce qui est une d&#233;termination mat&#233;rielle de la d&#233;nationalisation des Etats, qui ne fut pas sans effet sur le mouvement des Gilets jaunes, nda] au d&#233;triment du monde des p&#233;riph&#233;ries, qui rassemble dans l'ensemble des pays d&#233;velopp&#233;s des petites villes, des villes moyennes et des zones rurales d&#233;vitalis&#233;es. Pour les &#233;conomies d&#233;velopp&#233;es, cela aboutit &#224; une situation in&#233;dite dans laquelle les classes moyennes peinent &#224; vivre l&#224; o&#249; se cr&#233;ent l'emploi et la richesse et &#224; la conclusion d'une disparition de la classe moyenne occidentale&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb144&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Il faut pr&#233;ciser ici que Gomart se r&#233;f&#232;re &#224; la d&#233;finition OCDE de la classe (&#8230;)&#034; id=&#034;nh144&#034;&gt;144&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Si cette lecture radicale fait l'objet de nombreuses critiques, en soulignant notamment le creusement des in&#233;galit&#233;s au sein des grandes m&#233;tropoles, elle illustre &#224; quel point on se d&#233;finit toujours, aux niveaux national et international, par son lieu de vie. En un sens, la mondialisation a encourag&#233; &lt;i&gt;la mobilit&#233; des uns pour mieux figer celle des autres&lt;/i&gt; [nous soulignons]. (Thomas Gomart, &lt;i&gt;Guerres invisibles, nos prochains d&#233;fis g&#233;opolitiques&lt;/i&gt;, &#233;d. Texto, p. 150).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand la mobilit&#233;, donc la territorialit&#233;, joue un r&#244;le dans les luttes, le rapport social qui structure la lutte et d&#233;finit les enjeux n'est pas le capital ou le travail salari&#233; mais la &lt;i&gt;propri&#233;t&#233; fonci&#232;re&lt;/i&gt; r&#233;gissant l'am&#233;nagement de l'espace. &lt;i&gt;L'interclassisme est alors le sympt&#244;me de ce rapport social de production&lt;/i&gt;. En effet, parce que c'est la propri&#233;t&#233; fonci&#232;re qui les structure et se pose elle-m&#234;me comme leur enjeu, les luttes de classes comme luttes sur l'am&#233;nagement urbain ou l'am&#233;nagement du territoire portent sur un rapport de production &#171; second &#187; : la rente fonci&#232;re n'est qu'une partie de la plus-value extorqu&#233;e dans le rapport entre capital et travail. Ce caract&#232;re &#171; second &#187; manifeste son essence propre en organisant les luttes autour du revenu et de la consommation. C'est la rente fonci&#232;re qui distribue sur un territoire les fonctions dans la division sociale du travail, les lieux de cantonnement et de circulation des diverses classes sociales, leur possibilit&#233; d'action et de pr&#233;sence dans les m&#233;tropoles, c'est elle qui assigne des places concr&#232;tes, qui d&#233;termine la &lt;i&gt;mat&#233;rialit&#233;&lt;/i&gt; des relations sociales et des voisinages. Par elle, les niveaux de salaires et de revenus, les diverses fonctions autonomis&#233;es du capital, deviennent des r&#233;alit&#233;s localis&#233;es. Si j'habite ici parce que je suis un ouvrier, l&#224; parce que je suis un &lt;i&gt;trader&lt;/i&gt;, et encore l&#224; parce que je suis un ouvrier arabe ou noir, cela d&#233;pend de mon salaire ou de mes revenus, mais c'est parce que la rente fonci&#232;re existe, ce n'est pas un effet &lt;i&gt;direct&lt;/i&gt; de mon salaire ; c'est un effet ne devenant effectif que m&#233;diatis&#233; par la rente. L'affectation selon le revenu semble une telle &#233;vidence que l'on en oublie la m&#233;canique interne qui la commande. Tous les rapports sociaux de production capitalistes sont &#171; ligot&#233;s au sol &#187;, ainsi que les classes et leur distinction. Personne n'est attach&#233; &#224; la gl&#232;be, mais le prol&#233;taire ne quittera sa cit&#233;, son bidonville ou son pavillon que pour une autre cit&#233; ou un autre quartier ouvrier. Le capital nous fait prol&#233;taire &lt;i&gt;en g&#233;n&#233;ral&lt;/i&gt;, la rente fonci&#232;re fait que l'on est &lt;i&gt;toujours de quelque part&lt;/i&gt;&#8230; provisoirement (&#171; &#234;tre de quelque part &#187; ne concerne ici que la relation &#224; des territoires, sont ici laiss&#233;es de c&#244;t&#233; les questions d'&#171; origines &#187; ou de &#171; cultures &#187; qui peuvent y &#234;tre li&#233;es). Mais de m&#234;me que la rente assigne une fonction ou une classe &#224; un lieu et &#224; des circulations entre divers lieux de la production et de la reproduction, inversement elle attribue ces lieux &#224; cette classe ou ce fragment de classe, elle les d&#233;signe &lt;i&gt;comme les siens&lt;/i&gt;. En m&#234;me temps qu'il structure la ville, l'ordre global dont la rente fonci&#232;re est partie prenante, am&#232;ne &#224; des formes d'appropriation &lt;i&gt;toujours d&#233;termin&#233;es par lui&lt;/i&gt;, mais qui sont pour lui toujours une menace dans la mesure o&#249; ces d&#233;terminations sont int&#233;rioris&#233;es et &lt;i&gt;reconstruites&lt;/i&gt; par les classes domin&#233;es comme modes de vie propres toujours territorialis&#233;s. La territorialisation devient une forme de conscience de soi (voir de Certeau : &lt;i&gt;L'Invention du quotidien&lt;/i&gt;, &#233;d. Folio-Gallimard, 1990).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le prol&#233;taire &#171; libre comme l'air &#187;, arch&#233;type pour Engels de la classe r&#233;volutionnaire, n'est pas une r&#233;alit&#233; imm&#233;diate comme il le pr&#233;tend dans &lt;i&gt;La Question du logement&lt;/i&gt;, ce n'est pas un mythe non plus, c'est une abstraction l&#233;gitime, c'est-&#224;-dire un concept qui permet paradoxalement de comprendre son &#171; assignation &#224; r&#233;sidence &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1872, Engels avait &#233;crit trois articles sur la question du logement pour l'organe central du parti social-d&#233;mocrate allemand, r&#233;unis en brochure en 1887 : &lt;i&gt;La question du logement&lt;/i&gt; (&#233;d. Sociales). Critiquant le proudhonien allemand qui lui sert de &lt;i&gt;punching-ball&lt;/i&gt; et qui regrette que le prol&#233;taire n'ait pas de lieu pour habiter et se trouve de ce fait &#171; en dessous des sauvages &#187;, Engels &#233;crit : &#171; Pour cr&#233;er la classe r&#233;volutionnaire moderne du prol&#233;tariat, il &#233;tait indispensable que f&#251;t tranch&#233; le cordon ombilical qui rattachait au sol le travailleur du pass&#233;. Le tisserand qui poss&#233;dait &#224; c&#244;t&#233; de son m&#233;tier sa maisonnette, son jardinet et son bout de champ, &#233;tait, avec toute sa mis&#232;re et malgr&#233; l'oppression politique, un homme tranquille et heureux, qui vivait 'en toute pi&#233;t&#233; et honn&#234;tet&#233;', tirait son chapeau devant les riches, les cur&#233;s et les fonctionnaires de l'Etat, et &#233;tait au fond de lui-m&#234;me 100 % un esclave. C'est la grande industrie moderne qui a fait du travailleur riv&#233; au sol un prol&#233;taire ne poss&#233;dant absolument rien, lib&#233;r&#233; de toutes les cha&#238;nes traditionnelles, &lt;i&gt;libre comme l'air&lt;/i&gt; ; c'est pr&#233;cis&#233;ment cette r&#233;volution &#233;conomique qui a cr&#233;&#233; les conditions qui seules permettent d'abolir l'exploitation de la classe ouvri&#232;re sous sa forme ultime, la production capitaliste. Et voici que notre proudhonien s'en vient, comme s'il s'agissait d'une grande r&#233;gression, pleurant et g&#233;missant sur l'expulsion des travailleurs de leur foyer, alors qu'elle fut justement la toute premi&#232;re condition de leur &#233;mancipation morale. [&#8230;] Le prol&#233;taire anglais de 1872 se trouve &#224; un niveau infiniment sup&#233;rieur &#224; celui du tisserand rural de 1772 ayant 'feu et lieu'. Et le troglodyte avec sa caverne, l'Australien avec sa cabane de torchis, l'Indien avec son propre foyer, feront-ils jamais une insurrection de juin et une Commune de Paris ? &#187; (Engels, &lt;i&gt;op. cit&lt;/i&gt;., &#233;d. Sociales, 1957, pp. 28-29)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb145&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;R&#233;jouissons-nous de l'expulsion des prol&#233;taires ! Pendant qu'Engels commande (&#8230;)&#034; id=&#034;nh145&#034;&gt;145&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Sans remonter &#224; la prise de la Bastille et au Faubourg Saint-Antoine (cf. Sartre, &lt;i&gt;Critique de la Raison dialectique&lt;/i&gt;), les canuts lyonnais de La Croix Rousse, l'insurrection de juin 1848 et la Commune de Paris ne sont pas des exemples probants de l'action r&#233;volutionnaire du prol&#233;taire qui, bien que non-propri&#233;taire, serait &#171; libre comme l'air &#187; et &#171; sans feu ni lieu &#187;. Les prol&#233;taires comme le dirait David Goodhart (&lt;i&gt;The road to somewhere&lt;/i&gt;, &#171; La route pour quelque part &#187;, non traduit) sont &#171; ceux qui regardent le monde de quelque part &#187;, en revanche : &#171; ceux que j'appelle &lt;i&gt;les gens de n'importe o&#249;&lt;/i&gt; qui repr&#233;sentent environ 25 % de la population sont majoritairement des personnes &#233;duqu&#233;es et mobiles ; ils sont rarement ancr&#233;s dans un territoire. [&#8230;] Leur identit&#233; est mobile, adaptable, gr&#226;ce &#224; un capital social qui leur permet d'&#234;tre &#224; l'aise partout dans le monde. &#187; (entretien avec David Goodhart, &lt;i&gt;Le Monde,&lt;/i&gt; 29/11/18)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb146&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le chiffre de 25 % avanc&#233; par Goodhart semble &#234;tre une vision &#171; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh146&#034;&gt;146&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si la propri&#233;t&#233; fonci&#232;re est un rapport social de production, elle ne l'est pas au m&#234;me titre que le capital ou le travail salari&#233;. On peut la qualifier de rapport social &#171; second &#187;. En effet : &#171; Si nous concevons le capital sous le seul aspect de la production de plus-value, &#224; savoir dans son rapport avec l'ouvrier, quand il extorque du surtravail par la contrainte qu'il fait peser sur la force de travail, c'est-&#224;-dire sur le salari&#233;, cette plus-value, en plus du profit (profit d'entrepreneur plus int&#233;r&#234;t), comprend &#233;galement la rente&#8230; &#187; (Marx, &lt;i&gt;Le Capital&lt;/i&gt;, &#233;d. Sociales, t.8, p. 201). Rente absolue ou rente diff&#233;rentielle : &#171; Ce surprofit est enlev&#233; sous forme de rente au capital en fonction par celui dont un titre de propri&#233;t&#233; sur une parcelle du globe a fait le propri&#233;taire de ces richesses naturelles. En ce qui concerne les terrains &#224; b&#226;tir, A. Smith a montr&#233; que leur rente, comme celles de tous les terrains non agricoles, est bas&#233;e sur la rente agricole proprement dite. &#187; (&lt;i&gt;idem&lt;/i&gt;, p. 156). Que ce soit comme exploitation de la terre aux fins de reproduction ou d'extraction, ou &#171; l'espace, &#233;l&#233;ment de toute production et n&#233;cessaire &#224; toute activit&#233; humaine [...] des deux c&#244;t&#233;s, la propri&#233;t&#233; fonci&#232;re exige un tribut. &#187; (idem, p. 157). C'est bien d'un tribut dont il s'agit, c'est-&#224;-dire d'une partie de la plus-value que le capital extorque &#224; l'ouvrier qui tombe dans la poche du propri&#233;taire foncier &#224; qui sont redevables aussi l'artisan ou le petit patron. Les contradictions sociales inh&#233;rentes &#224; la rente fonci&#232;re sont &lt;i&gt;par nature interclassistes&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le travailleur se pr&#233;sente devant l'&#233;picier comme un acheteur, c'est-&#224;-dire comme quelqu'un poss&#233;dant de l'argent ou du cr&#233;dit, donc nullement comme un travailleur, c'est-&#224;-dire comme quelqu'un vendant sa force de travail. L'escroquerie peut certes le toucher, comme d'ailleurs toute la classe moins fortun&#233;e, plus durement que les classes sociales ais&#233;es : elle n'est point un mal qui soit propre &#224; sa classe. Il en est exactement de m&#234;me pour la crise du logement. L'extension des grandes villes modernes conf&#232;re au terrain, dans certains quartiers, surtout dans ceux situ&#233;s au centre, une valeur artificielle croissant parfois dans d'&#233;normes proportions [dans le chapitre &#171; Rente sur les terrains &#224; b&#226;tir &#187;, Marx explique cette &#171; valeur artificielle &#187; comme une variante de la rente diff&#233;rentielle qu'il nomme alors &#171; prix de monopole &#187; : &lt;i&gt;Le Capital&lt;/i&gt;, t. 8, p. 158, nda] ; les constructions qui y sont &#233;difi&#233;es, au lieu de rehausser cette valeur, l'abaissent plut&#244;t, parce qu'elles ne r&#233;pondent plus aux conditions nouvelles ; on les d&#233;molit donc et on les remplace par d'autres. Ceci a lieu surtout pour les logements ouvriers qui sont situ&#233;s au centre et dont le loyer, m&#234;me dans les maisons surpeupl&#233;es, ne peut jamais, ou du moins avec une extr&#234;me lenteur, d&#233;passer un certain maximum. On les d&#233;molit et &#224; leur place on construit des boutiques, des grands magasins, des b&#226;timents publics [Engels ne pouvait pas pr&#233;voir le r&#244;le de t&#234;te de pont jou&#233; par les &#233;tablissements culturels officiels ou parall&#232;les, et par une population pas toujours ais&#233;e mais &#224; fort capital culturel, avec ses associations et ses manifestations de &#171; d&#233;fense du quartier &#187;, dans ces processus de &#171; r&#233;novation urbaine &#187;, de gentrification, nda]. [&#8230;] Il en r&#233;sulte que les travailleurs sont refoul&#233;s du centre des villes vers la p&#233;riph&#233;rie, que les logements ouvriers, et d'une fa&#231;on g&#233;n&#233;rale les petits appartements deviennent rares et chers et que souvent m&#234;me ils sont introuvables ; car dans ces conditions, l'industrie du b&#226;timent, pour qui les appartements &#224; loyer &#233;lev&#233; offrent &#224; la sp&#233;culation un champ beaucoup plus vaste, ne construira jamais qu'exceptionnellement des logements ouvriers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Cette crise de la location touche par cons&#233;quent le travailleur certainement plus durement que toute autre classe plus ais&#233;e ; &lt;i&gt;mais pas plus que l'escroquerie de l'&#233;picier, elle ne constitue un mal pesant exclusivement sur la classe ouvri&#232;re&lt;/i&gt; [nous soulignons], et, dans la mesure o&#249; elle la concerne, elle ne peut manquer de trouver &#233;galement une certaine compensation &#233;conomique, lorsqu'elle a atteint un certain degr&#233; et une certaine dur&#233;e [Engels expose plus loin que cela doit entra&#238;ner une augmentation du salaire, nda]. Ce sont ces maux-l&#224;, communs &#224; la classe ouvri&#232;re et &#224; d'autres classes, par exemple &#224; la petite bourgeoisie, auxquels s'int&#233;resse de pr&#233;f&#233;rence le socialisme petit-bourgeois, dont fait partie Proudhon lui aussi. Et ce n'est ainsi nullement un hasard, si notre disciple allemand de Proudhon s'empare avant tout de la question du logement qui, nous l'avons vu, n'int&#233;resse pas du tout la seule classe ouvri&#232;re &#224; l'exclusion de toutes les autres, et s'il d&#233;clare au contraire que c'est une question qui la concerne v&#233;ritablement et exclusivement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; 'Le salari&#233; est au capitaliste ce que le locataire est au propri&#233;taire.' Ceci est compl&#232;tement faux. Dans la question du logement nous avons, en face l'une de l'autre, deux parties : le locataire et le logeur ou propri&#233;taire. Le premier veut acheter au second l'usage temporaire d'un logement ; il a de l'argent ou du cr&#233;dit [&#8230;]. Il s'agit l&#224; d'une simple vente de marchandise, non d'une affaire entre prol&#233;taire et bourgeois, entre ouvrier et capitaliste ; le locataire &#8211; m&#234;me s'il est ouvrier &#8211; se pr&#233;sente comme un &lt;i&gt;homme qui a de l'argent&lt;/i&gt; [soulign&#233; dans le texte] ; il faut qu'il ait d&#233;j&#224; vendu la marchandise qu'il poss&#232;de en propre, sa force de travail, avant de se pr&#233;senter, avec le prix qu'il en a retir&#233;, comme acqu&#233;reur de la jouissance d'un appartement &#8211; ou bien il doit pouvoir garantir la future vente de cette force de travail. Tout ce qui caract&#233;rise la vente de la force de travail au capitaliste manque ici totalement. [&#8230;] Il y a donc ici [dans le rapport de l'ouvrier au capitaliste, nda] production d'une valeur exc&#233;dentaire ; la somme totale de la valeur existante se trouve augment&#233;e. Il en va tout autrement dans une location de logement. Quels que soient les avantages exorbitants que le propri&#233;taire tire du locataire, il n'y a jamais ici que le transfert d'une valeur d&#233;j&#224; &lt;i&gt;existante&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;produite&lt;/i&gt; auparavant ; la somme totale des valeurs poss&#233;d&#233;es &lt;i&gt;ensemble&lt;/i&gt; par le locataire et son logeur reste la m&#234;me apr&#232;s comme avant. [&#8230;] C'est donc d&#233;former compl&#232;tement les rapports entre locataires et logeurs que vouloir les identifier &#224; ceux qui existent entre travailleurs et capitalistes. Bien au contraire nous avons affaire ici &#224; une transaction commerciale du type courant, entre deux citoyens, et elle s'effectue selon les lois &#233;conomiques qui r&#232;glent la vente des marchandises en g&#233;n&#233;ral et, en particulier, celle de cette marchandise qu'est la propri&#233;t&#233; fonci&#232;re. &#187; (Engels, op. cit., pp. 23-24-25).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Ce qu'Engels &#233;crit &#224; propos du locataire et du logeur, nous pouvons l'&#233;tendre au rapport du contribuable &#224; l'Etat &#224; propos des services publics&lt;/i&gt;. Il est &#233;vident que le prol&#233;taire, expuls&#233; du centre-ville ou vivant dans une favela d&#233;connect&#233;e des r&#233;seaux, souffrira plus que le bourgeois qui peut se payer des services priv&#233;s ou avoir les moyens personnels de suppl&#233;er au manque ou &#224; la d&#233;cr&#233;pitude des services publics, mais dans la couleur territoriale que prend alors sa r&#233;volte, le rapport social dans lequel il est engag&#233; n'est pas le rapport de l'ouvrier au capitaliste, mais du contribuable &#224; l'Etat, du consommateur aux services publics, de la &#171; classe dangereuse &#187; &#224; la police. C'est comme l'&#233;crit Engels une &#171; transaction commerciale du type courant &#187; m&#234;me si le prol&#233;taire a l'impression parfaitement justifi&#233;e d'avoir &#233;t&#233; escroqu&#233;. &lt;i&gt;La territorialisation de la r&#233;volte est n&#233;cessairement interclassiste&lt;/i&gt; (comme le souligne Engels en parlant d' &#171; &#233;changes marchands &#187;) mais l'interclassisme n'est pas en soi, par d&#233;finition, une &#171; tare &#187; de la lutte des classes, il peut &#234;tre une tension &#224; son d&#233;passement, tout d&#233;pend de l'instance qui le formalise, elle-m&#234;me d&#233;pendante des conditions &#233;conomiques, sociales et historiques de l'irruption des contradictions entre les classes, donc de leur existence r&#233;elle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si le rapport social qui structure la lutte et d&#233;finit les enjeux n'est pas le capital ou le travail salari&#233; mais la &lt;i&gt;propri&#233;t&#233; fonci&#232;re&lt;/i&gt; r&#233;gissant l'am&#233;nagement de l'espace, l'interclassisme est le sympt&#244;me de ce rapport social de production. Les rapports sociaux de production que sont le capital ou le travail salari&#233; peuvent dans certaines conjonctures engendrer des luttes interclassistes, mais il n'y a rien l&#224; de n&#233;cessaire. Ici, avec la propri&#233;t&#233; fonci&#232;re, l'interclassisme ne peut pas ne pas &#234;tre. Parce que c'est la propri&#233;t&#233; fonci&#232;re qui les structure et se pose elle-m&#234;me comme leur enjeu, les luttes de classes comme luttes engendr&#233;es par l'am&#233;nagement du territoire portent sur un rapport de production &#171; second &#187;. Ce caract&#232;re &#171; second &#187; manifeste son essence propre en organisant les luttes autour du revenu et des rapports d'&#233;change. Pour la classe ouvri&#232;re, cette lutte est une lutte sur ses conditions de reproduction : il est vrai que &#171; le pouvoir immense de la propri&#233;t&#233; fonci&#232;re lui permet [...] d'emp&#234;cher en fait les ouvriers en lutte pour leur salaire, pratiquement d'&#233;lire domicile sur terre. Une partie de la soci&#233;t&#233; exige de l'autre qu'elle lui paie dans ce cas un tribut pour avoir le droit d'habiter la terre &#187; (Marx, op. cit., p. 156). Et, en cons&#233;quence, &lt;i&gt;un tribut pour circuler sur terre&lt;/i&gt;. Mais le statut m&#234;me de la propri&#233;t&#233; fonci&#232;re qui structure la lutte (de par les propres objectifs et revendications de cette lutte) et la territorialise fait que cette reproduction de la force de travail est d&#233;sarticul&#233;e (autonomis&#233;e) de la valorisation, la lutte est fig&#233;e au niveau des revenus et des rapports inh&#233;rents aux &#233;changes marchands &#171; du type courant &#187; (Engels).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;h.6gwv10a0lrj9&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le revenu comme unit&#233; de la r&#233;volte des Gilets jaunes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; On voudrait seulement vivre un peu mieux &#187;&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb147&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les d&#233;veloppements qui suivent se fondent sur le texte Gilets Jaunes, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh147&#034;&gt;147&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8230;oui mais voil&#224; c'est pas possible (voir annexe).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est convenu, avec raison, de consid&#233;rer la r&#233;volte des Gilets jaunes comme un mouvement &#171; interclassiste &#187;. Nous reviendrons plus loin sur la nature de cette appellation, mais avant d'&#234;tre divisions et conflits, un mouvement interclassiste se d&#233;finit, en tant que tel, par son unit&#233;, par l'unification qu'il op&#232;re, et les conflits en son sein sont ceux produits et d&#233;termin&#233;s par cette unit&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb148&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Souvent, &#224; force d'insister sur la diff&#233;rence d'int&#233;r&#234;ts des classes en (&#8230;)&#034; id=&#034;nh148&#034;&gt;148&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ce qui a r&#233;uni diverses cat&#233;gories sociales bien que dans une unit&#233; constamment conflictuelle, ce qui a f&#233;d&#233;r&#233; l'h&#233;t&#233;rog&#233;n&#233;it&#233; des participants, ce qui a fait l'unit&#233; du mouvement&lt;i&gt;, c'est le revenu&lt;/i&gt;. Cela en d&#233;signant sp&#233;cifiquement un responsable : &lt;i&gt;l'&#201;tat&lt;/i&gt;. En France et ailleurs, s'introduisant partout, jusque dans les derniers recoins des rapports sociaux, il est l'interm&#233;diaire absolu de tout, particuli&#232;rement en tant que pourvoyeur de revenu (direct ou indirect). Si &#171; les gens &#187; s'en prennent &#224; l'&#201;tat c'est bien parce qu'il m&#233;diatise tous les rapports, et en particulier la r&#233;partition du &#171; surproduit social &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb149&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;En fait, nous le verrons plus loin, ce n'est pas de &#171; surproduit &#187; dont il (&#8230;)&#034; id=&#034;nh149&#034;&gt;149&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. C'est l&#224; qu'il faut chercher l'explication de la forme, des cibles, et des revendications de cette r&#233;volte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pr&#233;sence massive des femmes dans le mouvement est demeur&#233;e li&#233;e &#224; ce niveau de la distribution et du revenu dont en grande majorit&#233; elles assurent la gestion dans le couple ou en dehors. La pr&#233;sence de m&#232;res c&#233;libataires a &#233;t&#233; un fait notable du mouvement. La pr&#233;sence publique des femmes dans un mouvement social est toujours significative du rapport entre public et priv&#233;. Avec les Gilets jaunes, ce qui restait dans la sph&#232;re priv&#233;e appara&#238;t dans l'espace public. &#171; Tous les jours, on est confront&#233;e aux probl&#232;mes, aux courses, c'est nous qui faisons la cuisine, qui g&#233;rons le budget, on est toujours en train de jongler, sans jamais se plaindre &#187; (une Gilet jaune montpelli&#233;raine, &lt;i&gt;20 minutes&lt;/i&gt;, journal gratuit, 20/12/18).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est toujours &#224; elles qu'il revient de &#171; joindre les deux bouts &#187;, quand elles le disent dans l'espace public ce n'est plus alors une question personnelle. Par ailleurs, leur pr&#233;sence et leur parole sur les barrages et les manifestations exposent publiquement ce qui, par exemple dans un couple d'artisans, est g&#233;n&#233;ralement occult&#233; dans leur position subalterne. Pour d'autres, par exemple celles qui sont majoritaires dans les activit&#233;s de service comme l'aide &#224; la personne n&#233;cessitant une mobilit&#233; permanente, la forme de mobilisation typique des Gilets jaunes permet une mobilisation collective l&#224; o&#249; les formes de travail la rendent presque impossible. Cette forme de mobilisation agr&#232;ge celles qui gal&#232;rent et pour qui aucun lieu de travail ne peut &#234;tre un lieu de mobilisation (situation plus fr&#233;quente chez les femmes que chez les hommes) : les m&#232;res c&#233;libataires, les veuves retrait&#233;es. En outre, l'&#233;mergence on ne peut plus difficile de repr&#233;sentants et de porte-paroles, a pour cons&#233;quence de contrecarrer la classique disparition des femmes d&#232;s qu'un mouvement s'organise et se dote de repr&#233;sentants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, rien dans tout cela (on peut certainement allonger la liste) n'a directement interrog&#233; le rapport femmes/hommes. Elles sont la partie de la population la plus atteinte par &#171; l'injustice des revenus &#187; et cela doit &#234;tre seulement &#171; corrig&#233; &#187;. Elles sont l&#224; sur les ronds-points, tr&#232;s souvent en couple, maris et femmes &#171; compl&#233;mentaires &#187;. Et si la division genr&#233;e n'est pas contest&#233;e, c'est que face &#224; l'incertitude de l'avenir, face au &#171; lib&#233;ralisme des &#233;lites &#187;, assumer leur r&#244;le, quoi qu'il en soit par ailleurs, demeure, comme la famille, pour les femmes, le gage de la respectabilit&#233; et de leur pr&#233;sence en interlocutrice l&#233;gitime &#224; l'int&#233;rieur du mouvement (&#224; condition que certains &#171; relous &#187; se contiennent). De nombreuses luttes ouvri&#232;res ou populaires ont provoqu&#233; en elles, &#224; leur avantage et dynamique ou &#224; leurs risques et p&#233;rils, l'apparition de la contradiction entre les hommes et les femmes (subordination et exploitation), ce ne fut pas le cas des Gilets Jaunes. Comme nous l'&#233;crivons en introduction : &#171; La r&#233;volte dite des 'Gilets jaunes' est une r&#233;volte de la vie quotidienne non pour la contester ou la transformer mais pour la poursuivre et vivre &lt;i&gt;quotidiennement&lt;/i&gt; &#187; (un peu mieux).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si la distinction de genre et la contradiction entre les hommes et les femmes est structurellement inh&#233;rente &#224; l'exploitation dans le mode de production capitaliste, il semble que, dans le cours historique des luttes, elle re&#231;oit de la lutte de classe (dans laquelle les femmes sont pourtant toujours d&#233;j&#224; l&#224;) son billet d'entr&#233;e. Mais s'il faut une certaine tension et certaines conditions des luttes pour cette &#171; apparition &#187;, cela suppose cependant une dynamique propre de cette contradiction entre hommes et femmes qui ne se r&#233;sume pas &#224; celle de la lutte des classes vue comme le d&#233;placement du curseur sur la ligne partageant surtravail et travail n&#233;cessaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#171; r&#233;formes soci&#233;tales &#187; n'ont pas effleur&#233; cette r&#233;volte, en revanche (on peut le critiquer ou non) elles sont partout pr&#233;sentes quand la &#171; classe moyenne &#187; d&#233;signant les professions intellectuelles plus ou moins sup&#233;rieures, l'encadrement social, etc. m&#232;ne la danse. Dans le mouvement des Gilets jaunes ce n'&#233;tait pas les classes moyennes de &#171; Nuit debout &#187; qui &#233;taient l&#224;, mais celles dont on ne parlait plus trop : les dites &#171; anciennes classes moyennes &#187; (commer&#231;ants, artisans, petits paysans, &#8230;). S'il y eut interclassisme dans cette r&#233;volte, cela n'avait rien &#224; voir avec l'interclassisme du &#171; mouvement des places &#187;, des Indign&#233;s et autres. On ne peut qu'&#234;tre d'accord avec ce commentaire sign&#233; Alain Corne publi&#233; sur Dndf : &lt;i&gt;&#171; &lt;/i&gt;Quand on voit ce que sont les gens qui prennent l'&#233;tiquette 'Gilets jaunes' &#224; Paris, franchement, &#231;a vaut un cordon de flics en termes de d&#233;couragement. Attac, assos citoyennes, nuitdeboutistes, profs et profs et profs. Et tout &#231;a tr&#232;s content et ravi de se retrouver et qui endosse sans rougir l'ensemble du mouvement. C'est vraiment des repoussoirs &#224; prolos, ces gens-l&#224;, et c'est pr&#233;cis&#233;ment parce qu'ils n'&#233;taient pas l&#224; que ce mouvement a &#233;t&#233; si puissant. &#187;. En revanche, force est de constater que les artisans et commer&#231;ants, petits patrons, etc. n'ont pas &#233;t&#233; des &#171; repoussoirs &#224; prolos &#187; m&#234;me si rapidement des clivages sont apparus&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb150&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cela soul&#232;ve beaucoup d'interrogations th&#233;oriques g&#233;n&#233;rales de constater (&#8230;)&#034; id=&#034;nh150&#034;&gt;150&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;&lt;i&gt;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me si des conflits internes sont rapidement apparus, &#224; ses d&#233;buts, lors de la cristallisation du mouvement, le petit patronat a repr&#233;sent&#233; &lt;i&gt;id&#233;alement&lt;/i&gt; la r&#233;conciliation du travail &lt;i&gt;respectable&lt;/i&gt; et du capital &lt;i&gt;m&#233;rit&#233;&lt;/i&gt;, s'&#233;panouissant dans le cadre de la nation, sociale et familiale. Si c'&#233;tait une id&#233;ologie c'est que c'&#233;tait aussi une r&#233;alit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La moiti&#233; des ouvriers travaillent dans le cadre d'une petite, voire d'une toute petite entreprise, on pourrait dire que ce n'est pas le nombre qui compte mais la place dans la composition de la classe ouvri&#232;re par rapport aux dynamiques capitalistes en cours, or, de ce point de vue, il faut reconna&#238;tre que cet &#233;clatement n'est pas archa&#239;que. Comme leur patron, ces ouvriers sont souvent soumis &#224; la pression directe de la client&#232;le qu'elle soit priv&#233;e ou celle d'entreprises plus importantes, celui qui appara&#238;t comme aggravant les conditions de travail, for&#231;ant &#224; tenir les salaires, c'est tout autant le patron que le client imp&#233;rieux qu'il soit un particulier ou un &#171; donneur d'ordres &#187;. A de nombreux &#233;gards, le &#171; point de vue ouvrier &#187; fait souvent corps avec celui du patron : il d&#233;nonce avec lui, les d&#233;localisations, la mondialisation de la concurrence, l'envol&#233;e des revenus &#171; indus &#187; du capital financier, la pression des banques et finalement le poids des charges sociales et des r&#232;glements. La figure du petit patron peut momentan&#233;ment cristalliser l'interclassisme quand celui-ci est sp&#233;cifiquement mis en mouvement en tant que cat&#233;gorie sociale dont le pouvoir &#233;conomique et politique est attaqu&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Quand on consid&#232;re l'interclassisme du mouvement, il faut attacher de l'importance au pr&#233;fixe &#171; inter &#187;, conflits et clarifications &#233;taient in&#233;vitables. Mais, dans&lt;/i&gt; l' &#171; amalgame &#187; et la &#171; fusion &#187; de cat&#233;gories sociales diverses ayant pr&#233;sid&#233; &#224; la constitution des Gilets jaunes, c'est leur &#171; revendication commune &#187;, le revenu, qui a &#233;t&#233;, dans le cours de la lutte, la condition et la base des clarifications ult&#233;rieures. Si, dans le cours de l'action, il y eut distinction et conflits de classes, elles s'oppos&#232;rent au travers de ce qui sp&#233;cifiquement, dans cette lutte-l&#224;, les avait r&#233;unies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;h.3kt5wvwd9bh6&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
{{}}&lt;i&gt;&#171; L'unit&#233; &#187; qui anime l'interclassisme est le lieu des conflits&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors que la segmentation du prol&#233;tariat s'&#233;tend et s'approfondit et qu'en cons&#233;quence elle s'accompagne d'une plus grande porosit&#233; entre les classes, la notion d'interclassisme nous permet de &#171; sauver &#187; les classes et leurs luttes comme principe de ce mode de production, de ne pas sombrer dans la reconnaissance d'un magma invert&#233;br&#233; d'oppositions. La lutte des classes ne dispara&#238;t pas dans l'interclassisme, et la tension &#224; l'unit&#233; qui anime cette lutte (quelle que soit la nature de cette unit&#233;) est le lieu m&#234;me de cette lutte entre classes. &#171; La lutte int&#233;rieure, qui est une lutte pour l'unification et qui se d&#233;roule entre les classes et segments de classes en pr&#233;sence, est aussi importante que la lutte contre l'ennemi commun, dans le sens o&#249; cette lutte int&#233;rieure d&#233;finit l'ennemi, ses caract&#233;ristiques, et le contenu m&#234;me de la lutte. La lutte pour l'unification a pour but de d&#233;terminer quelle classe va dominer la lutte. &#187; (Carbure, &lt;i&gt;op. cit&lt;/i&gt;.). Il faut insister sur l'importance des conflits internes &#224; tout interclassisme qui est toujours loin d'&#234;tre une annulation de la lutte des classes. Dire qu'un mouvement est interclassiste, ce n'est pas en cons&#233;quence le &lt;i&gt;disqualifier&lt;/i&gt;, c'est tout d'abord le reconna&#238;tre &lt;i&gt;tel qu'il est&lt;/i&gt;, c'est finalement &#171; enfoncer une porte ouverte &#187;, mais c'est surtout &#234;tre capable d'en reconna&#238;tre les limites en les nommant pr&#233;cis&#233;ment et cela d'une fa&#231;on non normative. Il est en effet inutile de dire : &#171; le mouvement n'est pas suffisamment ceci ou cela &#187; ou &#171; trop ceci ou cela &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'il y a interclassisme cela signifie qu'il y a des ouvriers, des ch&#244;meurs, des pr&#233;caires, etc. &lt;i&gt;L'interclassisme n'est pas pour les prol&#233;taires un d&#233;tournement mais le point o&#249;, dans certaines conditions, les am&#232;nent leurs propres luttes&lt;/i&gt;. Il s'agit d'une des formes de la situation g&#233;n&#233;rale actuelle de la lutte de classe. Quand nous parlons d'interclassisme, il ne faut pas prendre la chose formellement comme si les classes &#233;taient des substances dont la nature et les pratiques/manifestations &#233;taient d&#233;termin&#233;es de toute &#233;ternit&#233; de fa&#231;on identique. C'est dans la &lt;i&gt;&#171; conjoncture &#187;&lt;/i&gt; de la contradiction entre les classes qu'il faut situer, y compris pour la pratique du prol&#233;tariat tel qu'il se constitue pratiquement/activement dans cette contradiction (telle qu'historique), la nature, l'existence, la dynamique de l'interclassisme. Ce dernier peut &#234;tre alors une d&#233;termination interne de la pratique du prol&#233;tariat. Tr&#232;s souvent, et toujours d'une fa&#231;on particuli&#232;re, dans une situation interclassiste, la classe ouvri&#232;re rencontre sa propre appartenance de classe comme une limite de son action en tant que classe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En cela, une situation interclassiste n'est pas, pour les prol&#233;taires, la disparition de leur &#171; lutte pour leurs propres int&#233;r&#234;ts &#187;. C'est au travers des conflits internes d'une telle situation, conflits internes &#224; ces mouvements, que cette situation g&#233;n&#233;rale peut devenir le fait de faire de l'appartenance de classe comme contrainte ext&#233;rieure l'enjeu m&#234;me de la lutte. Il s'agit d'une d&#233;termination de la contradiction actuelle entre les classes, mais elle est chaque fois sp&#233;cifique &#224; une lutte &#224; un moment donn&#233;, dans des conditions donn&#233;es. Nous n'aurons jamais un mouvement purement prol&#233;tarien, cela n'a jamais exist&#233; et n'existera jamais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La composition sociale du mouvement s'est rapidement clarifi&#233;e m&#234;me si les prol&#233;taires racis&#233;s n'ont que marginalement rejoint le mouvement, de m&#234;me que les travailleurs des grandes entreprises&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb151&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Comme le fait remarquer Leoni (&#233;pisode 5), les mesures annonc&#233;es par Macron (&#8230;)&#034; id=&#034;nh151&#034;&gt;151&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les sympathies envers les th&#232;ses nationalistes ont &#233;t&#233; profond&#233;ment &#233;branl&#233;es par les violences polici&#232;res, par les d&#233;clarations ambig&#252;es du RN et le c&#244;t&#233; envahissant et directif des militants nationalistes sur les ronds-points. D'un autre c&#244;t&#233;, le militantisme dipl&#244;m&#233; de l'extr&#234;me gauche a laiss&#233; sceptique sur les ronds-points : le combat n'est pas une lutte pour des id&#233;es ou l'application d'un id&#233;al, mais pour des besoins tr&#232;s terre-&#224;-terre&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb152&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Comme certains ont pu le voir, l'explication du m&#233;canisme de la plus-value (&#8230;)&#034; id=&#034;nh152&#034;&gt;152&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. La grande fraternisation dans le &#171; peuple &#187; a commenc&#233; &#224; &#234;tre &#233;branl&#233;e quand les commer&#231;ants et les petits patrons se sont mis &#224; d&#233;noncer leurs ex-camarades de ronds-points parce qu'ils sabotaient les f&#234;tes de fin d'ann&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La vie sur les ronds-points et les blocages mirent &#224; mal la coh&#233;sion du &#171; peuple &#187; et r&#233;v&#233;l&#232;rent les diff&#233;rentes positions sociales au sein du mouvement et des int&#233;r&#234;ts distincts, ce qui se cristallisa par ailleurs dans le refus et l'opposition parfois violente &#224; tout encadrement ou repr&#233;sentation, d'autant plus si elle est politique. La vie sur les ronds-points (avant le passage aux assembl&#233;es) et le refus de la repr&#233;sentation sont les axes sur lesquels s'est b&#226;ti un rapport de force entre les composantes originelles du mouvement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rapidement, &#224; partir de d&#233;cembre 2018, le &#171; soutien &#187; s'effondre chez les &#171; cadres et professions intellectuelles &#187;, chez les &#171; professions interm&#233;diaires &#187;, alors qu'il s'accro&#238;t chez les &#171; ouvriers &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb153&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Le Monde &#187; du 16 mars 2019, apr&#232;s sondages, souligne &#171; une forte (&#8230;)&#034; id=&#034;nh153&#034;&gt;153&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. A partir du 1er d&#233;cembre 2018, la composante &#171; prol&#233;tarienne &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb154&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Nous n'identifions pas classe ouvri&#232;re et prol&#233;tariat : nous appelons (&#8230;)&#034; id=&#034;nh154&#034;&gt;154&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; du mouvement prend petit &#224; petit le dessus sur les autres. Ce mouvement que l'on peut consid&#233;rer au d&#233;part comme celui d'une petite classe moyenne craignant le d&#233;classement s'est trouv&#233; pris &#224; son propre jeu, et, sans se trahir, a r&#233;ussi &#224; rassembler les franges les moins stables du prol&#233;tariat (avec toujours cette restriction concernant les prol&#233;taires racis&#233;s). Il s'agit de fractions du prol&#233;tariat issues de la restructuration des ann&#233;es 1970-1980 et de la crise, et qui existent en dehors des syndicats et des instances de repr&#233;sentations traditionnelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans sa suite de textes sur les Gilets jaunes, Leoni rel&#232;ve bien le paradoxe de la situation : &#171; La composition de classe de la r&#233;volte des Gilets jaunes est essentiellement prol&#233;tarienne ; et ce ne sont pas les quelques &#233;l&#233;ments issus d'autres classes qui suffisent pour la qualifier d''interclassiste' [encore que &#8230;, nda]. Par contre, et c'est paradoxal, le discours qu'elle porte, &#224; base d'unit&#233; et de d&#233;mocratie, est lui fondamentalement interclassiste. &#187; (Leoni, &lt;i&gt;Sur les Gilets jaunes&lt;/i&gt;, &#233;pisode 2). Dans l'&#233;pisode 3, il ajoute : &#171; En fait si les Gilets jaunes persistent &#224; parler d'une suppos&#233;e composante 'petits patrons', quasi inexistante, c'est comme '&lt;i&gt;un gage de respectabilit&#233; et d'universalit&#233;&lt;/i&gt;'. Et, bien qu'essentiellement prol&#233;tarien, le mouvement des Gilets jaunes tient un discours de concorde, d'unit&#233; de tous, de r&#233;volte du 'peuple', celui d'un r&#233;formisme interclassiste. Pourtant, parall&#232;lement, le mouvement refuse et met &#224; bas tout ce qui permettrait que ces revendications trouvent un d&#233;bouch&#233; ou qui inciterait petits patrons et commer&#231;ants &#224; le rejoindre : refus des leaders, refus de n&#233;gocier avec le gouvernement, d&#233;nonciation et harc&#232;lement de ceux qui se rapprochent du pouvoir ou constituent des listes pour les &#233;lections europ&#233;ennes, refus de d&#233;clarer les manifestations, blocages &#233;conomiques, violences diverses, etc. &#187; Le discours interclassiste des Gilets jaunes &#171; agit comme des &#339;ill&#232;res qui parasitent leurs choix tactiques et strat&#233;giques &#187;. A-t-on affaire &#224; des &#171; imb&#233;ciles &#187; dont la conscience de classe comme l'&#233;crit par ailleurs Leoni ne serait que &#171; partielle et confuse &#187; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il laisse le paradoxe en l'&#233;tat (nous verrons plus loin que cela tient &#224; sa conception tr&#232;s normative de ce qu'est la &#171; v&#233;ritable &#187; lutte de classe avec sa tout aussi &#171; v&#233;ritable conscience de classe &#187;). Mais si l'on s'en tient &#224; la nature de la lutte &lt;i&gt;en tant que lutte prol&#233;tarienne dans la conjoncture pr&#233;sente des contradictions de classes&lt;/i&gt;, en dehors de tout psychologisme sur la &#171; respectabilit&#233; &#187; et l' &#171; universalit&#233; &#187; (ce qui a exist&#233;), le &#171; paradoxe &#187; s'&#233;claire. Pour expliquer cela, il faut en passer par la nature de la restructuration des ann&#233;es 1970-1980 qui pose la contradiction entre les classes au niveau de la reproduction, puis par celle de la crise de 2008 qui identifie crise de suraccumulation et crise de sous-consommation, et &#224; la suite conceptualiser la dominance des rapports de distribution, la fixation des luttes sur la vie quotidienne avec toutes les relations f&#233;tichistes qui la constituent, dont essentiellement le salaire comme revenu et prix du travail &#224; partir desquels tous les travaux sont ramen&#233;s &#224; un d&#233;nominateur commun (voir plus loin &#224; propos de la liaison entre rapports de production et rapports de distribution et dans ce n&#176; de TC le texte &lt;i&gt;Vie quotidienne et lutte des classes&lt;/i&gt;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;h.lgw05iu5yq2j&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;Conflits internes : la sociologie comme enterrement de l'identit&#233; ouvri&#232;re&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'&#233;tait souvent une fraction pr&#233;caire du prol&#233;tariat qui &#233;tait l&#224; de fa&#231;on majoritaire dans le mouvement, pr&#233;caire non seulement en termes de revenus mais aussi et surtout de&lt;i&gt; rapport &#224; l'emploi&lt;/i&gt; (l'&#233;tude sociologique men&#233;e par des enseignants de Sciences Po Grenoble entre d&#233;cembre 2018 et janvier 2019 r&#233;v&#233;lait que les Gilets jaunes &#233;taient trois fois plus pr&#233;caires que l'ensemble de la population fran&#231;aise). De plus en plus, c'est elle qui a donn&#233; le tempo. La question &#233;tait de savoir si la r&#233;pression polici&#232;re et juridique, ainsi que la CGT pourraient avoir raison d'elle. Jamais la CGT, la FSU, SUD n'ont cherch&#233; &#224; mobiliser leurs bastions pour recadrer le mouvement en &#171; mouvement social &#187; type 1995, 2003 ou 2010 (y seraient-elles parvenues ?). Cette derni&#232;re mobilisation (celle de 2010) avait d&#233;j&#224; &#233;t&#233; tr&#232;s probl&#233;matique pour la CGT dont le r&#244;le avait &#233;t&#233; repris par nombre d'activistes qui avaient jou&#233; les suppl&#233;tifs de l'identit&#233; ouvri&#232;re d&#233;funte. En outre, les manifs contre la &#171; Loi Travail &#187; et la manif du 1er mai 2018, o&#249; le &#171; cort&#232;ge de t&#234;te &#187; avait rivalis&#233; avec le cort&#232;ge officiel et surtout attir&#233; une bonne partie de ses membres, montrent que la transformation en mouvement social est devenue &#171; probl&#233;matique &#187;&lt;i&gt;. Cette fraction pr&#233;caire en terme de revenu et de rapport &#224; l'emploi, tr&#232;s pr&#233;sente sur les ronds-points, s'est r&#233;v&#233;l&#233;e difficilement int&#233;grable dans l'interclassisme et d&#233;stabilisant, comme on le verra, en permanence l'horizon populiste du mouvement.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand parmi les prol&#233;taires les plus pauvres, 45 % du revenu proviennent de &#171; transferts sociaux &#187;, quand les d&#233;penses contraintes bouffent ce revenu et que le &#171; restant &#224; vivre &#187; est racl&#233; par des taux de TVA &#171; injustes &#187; et insupportables, on comprend que des gens qui ne parlent que de l'impossibilit&#233; des fins de mois n'&#233;voquent que marginalement la question du salaire&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb155&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Selon l'Insee, entre 2008 et 2016, les Fran&#231;ais ont perdu en moyenne 500 (&#8230;)&#034; id=&#034;nh155&#034;&gt;155&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. En fait, 42 % de la population touchent ces allocations et il n'est pas hasardeux de penser que cette population est surrepr&#233;sent&#233;e sur les ronds-points (pour les 10 % les plus pauvres la part des revenus dits de &#171; transfert &#187; atteint 70 % en 2018 &#8211; Insee, &lt;i&gt;France, Portrait social&lt;/i&gt;). C'est une explication simple d'un fait pouvant para&#238;tre &#233;trange : parler de fin de mois sans parler de salaires. Explication qui en outre, au travers de la fiscalit&#233;, rend compte de la &#171; rencontre &#187; entre ces &#171; pauvres &#187; et les tout petits patrons. On voit &#233;galement que le mouvement se fixant sur le revenu, et qui plus est sur cette part du revenu d'autant plus importante que l'on descend dans l'&#233;chelle sociale qui rel&#232;ve de la redistribution d'Etat, la gr&#232;ve n'&#233;tait pas dans son ADN.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La reproduction des travailleurs est de moins en moins entre les mains des capitalistes [nous pr&#233;f&#233;rerions &#233;crire : 'de chaque capitaliste particulier', nda] et de plus en plus entre celles de l'&#201;tat. Il est d&#232;s lors assez pr&#233;visible que les 'gens' finissent par se soulever vivement contre le responsable &lt;i&gt;imm&#233;diat&lt;/i&gt; [nous soulignons] de leurs maux, et c'est l'&#201;tat. &#187; (&lt;i&gt;lacanaille&lt;/i&gt;, sur le site dndf). Cet Etat qui fixe les r&#232;gles, le code du travail, les allocations, les indemnit&#233;s, prend en main le fonctionnement de la S&#233;cu, d&#233;termine les r&#232;gles du temps partiel, &#171; encadre &#187; l'int&#233;rim, fixe le salaire minimum et son augmentation, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais cet Etat parce que &lt;i&gt;d&#233;nationalis&#233;&lt;/i&gt; n'est plus &lt;i&gt;l&#233;gitime&lt;/i&gt;. &#171; Thierry Aulagnon avait dirig&#233; le cabinet d'un ministre de l'&#233;conomie, c'&#233;tait au d&#233;but des ann&#233;es 1990. Revenu &#224; Bercy en 2016, apr&#232;s presque trente ans dans le secteur priv&#233;, il a &#233;t&#233; sid&#233;r&#233; de voir combien l'Etat avait chang&#233;. Comme si en mati&#232;re de politique &#233;conomique, ce dernier&lt;i&gt; avait organis&#233; sa propre impuissance&lt;/i&gt; [nous soulignons]. &#187; (&#171; &lt;i&gt;Derri&#232;re l'abstention, la conscience d'un Etat&lt;/i&gt; &lt;i&gt;entrav&#233; &lt;/i&gt; &#187;, &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt;, 14 avril 2022)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb156&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;M. Aulagnon ne semble pas un perdreau de l'ann&#233;e ni un extr&#233;miste gauchiste.&#034; id=&#034;nh156&#034;&gt;156&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Bien s&#251;r, il y a les directives europ&#233;ennes, les d&#233;cisions du Conseil constitutionnel, mais aussi poursuit-il : &#171; La multiplication des autorit&#233;s ind&#233;pendantes. Il y en a des centaines, parfois dans des domaines que je ne soup&#231;onnais pas. &#187;. La journaliste qui l'interroge commente : &#171; De fait en trente ans, la panoplie des instruments de politique &#233;conomique &#224; la disposition de l'Etat s'est consid&#233;rablement r&#233;duite. L'&#233;conomie a &#233;t&#233; lib&#233;ralis&#233;e en deux vagues successives, d'abord dans les ann&#233;es 1980 &#8211; le contr&#244;le des prix et des changes est abandonn&#233;, les pr&#234;ts bonifi&#233;s par l'Etat supprim&#233;s, les entreprises publiques privatis&#233;es. Puis dans une p&#233;riode plus r&#233;cente, sous l'impulsion de Bruxelles, qui a plac&#233; le consommateur au c&#339;ur du projet europ&#233;en avec une politique de la concurrence offensive [c'est-&#224;-dire le contr&#244;le de la valeur de la force de travail, nda], la restriction des aides d'Etat et, indirectement, de la politique industrielle. La Commission europ&#233;enne a aussi plaid&#233; &#8211; avec un succ&#232;s relatif &#8212; pour une plus grande orthodoxie budg&#233;taire avec la monnaie unique et le trait&#233; de Maastricht, lequel a &#233;galement transf&#233;r&#233; la politique mon&#233;taire &#224; une Banque centrale europ&#233;enne ind&#233;pendante du pouvoir politique, alors que la Banque de France ne l'&#233;tait pas jusqu'en 1993. [&#8230;] A ces transformations sont venus s'ajouter les effets de la lib&#233;ralisation des &#233;changes au niveau mondial, qui a expos&#233; des pans entiers de l'&#233;conomie &#224; la concurrence des pays &#224; bas salaires et &#224; fiscalit&#233; avantageuse, y compris au sein de l'Europe, contraignant fortement les marges de man&#339;uvre de l'Etat. &#187; (&lt;i&gt;ibid&lt;/i&gt;). Et Aulagnon de conclure que l'Etat du &#171; quoi qu'il en co&#251;te &#187; n'est pas un &#171; Etat instrument, l'Etat agissant &#187;, c'est seulement &#171; l'Etat consolateur, compensateur&#8230; &#187;. C'est en r&#233;alit&#233; un autre syst&#232;me d'efficacit&#233; qui s'est install&#233; que nous avons qualifi&#233; de d&#233;nationalisation de l'Etat (voir &lt;i&gt;TC &lt;/i&gt;24).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;h.r29dxw8x3ahy&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Le revenu comme unit&#233; du mouvement et la fiscalit&#233;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La fiscalit&#233; a &#233;t&#233; le d&#233;clencheur du mouvement et elle est demeur&#233;e une constante de la r&#233;volte sans que, loin de l&#224;, elle puisse se r&#233;duire &#224; cette question.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est vrai que d&#232;s le d&#233;but du quinquennat Macron, outre la suppression de l'ISF, les &#171; imp&#244;ts de production &#187; ont &#233;t&#233; r&#233;duits de 10 milliards d'euros par an, le taux de l'imp&#244;t sur les soci&#233;t&#233;s a &#233;t&#233; ramen&#233; de 33 % &#224; 25 %. En 2022, Macron propose de supprimer la cotisation sur la valeur ajout&#233;e des entreprises. Bruno Lemaire, Ministre de l'&#233;conomie, quant &#224; lui, travaillait &#224; une baisse des charges. L'Association des Entreprises Priv&#233;es (Afep) a obtenu du gouvernement Macron une refonte du financement des lyc&#233;es professionnels incluant un rel&#232;vement des plafonds des donations d&#233;fiscalis&#233;es de 100 000 &#224; 150 000 euros par enfant et par parent (un seuil que les chefs d'entreprise pouvaient &#8212; toujours exon&#233;r&#233;s &#8212; d&#233;passer &#224; titre personnel)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb157&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pour ces donn&#233;es, voir Le Monde du 8 avril 2020.&#034; id=&#034;nh157&#034;&gt;157&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Depuis le paternalisme du XIXe si&#232;cle, l'instruction publique de Jules Ferry et le souci d'avoir &#224; disposition une main-d'&#339;uvre ad&#233;quate, ces gens sont vraiment tr&#232;s attentifs au bonheur du &#171; petit peuple &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans &lt;i&gt;Le M&#233;nage &#224; trois de la lutte des classes&lt;/i&gt; (&#233;d. de l'Asym&#233;trie, pp. 271 &#224; 278), Astarian et Ferro exposent de fa&#231;on g&#233;n&#233;rale la m&#233;canique et la tuyauterie de la fiscalit&#233; entre pr&#233;l&#232;vements et distributions. Ce qui circule dans la tuyauterie c'est de la plus-value, except&#233;e la part de la valeur de la force de travail prise en charge par l'Etat : &#233;ducation, sant&#233;, aides sociales, RSA, primes d'activit&#233;s, etc. (le &#171; pognon de dingue &#187; comme dit Macron). Historiquement, les questions fiscales ne faisaient pas partie du r&#233;pertoire des revendications du mouvement ouvrier, elles &#233;taient laiss&#233;es &#224; la classe moyennes traditionnelle (&#171; petite bourgeoisie &#187;) et selon les moments &#224; la grande bourgeoisie. L'&lt;i&gt;achat global de la force de travail &lt;/i&gt;comme d&#233;termination interne et n&#233;cessaire de la restructuration des ann&#233;es 1970-1980, la stagnation et m&#234;me le recul de la part salariale dans la valeur ajout&#233;e avec des taux de TVA inchang&#233;s, ou en augmentation, ont chang&#233; la donne. La fiscalit&#233; est devenue un facteur essentiel du salaire &#224; la fois comme part croissante &#171; redistribu&#233;e &#187; de la valeur de la force de travail et comme facteur du maintien du salaire en dessous de la valeur de la force de travail (une des plus importantes contre-tendances &#224; la baisse du taux de profit, en faisant une baisse tendancielle). Les Gilets jaunes ne s'y sont pas tromp&#233;s. &#171; L'injustice fiscale &#187; est devenue une d&#233;termination essentielle de la question du salaire et/ou du revenu (quand l'artisan, lui-m&#234;me, d&#233;compose son revenu &#8211; voir plus loin). La fiscalit&#233; est devenue centrale dans la fixation du rapport entre capital variable et plus-value. Il est exact, comme le disent Astarian et Ferro que la part de la valeur de la force de travail qui passe entre les mains de l'Etat ne fonctionne pas comme capital variable en ce qu'elle ne g&#233;n&#232;re pas, pour ce m&#234;me Etat, de la plus-value ni, pris individuellement, pour chaque capitaliste qui finance l'Etat. Cependant, au niveau de la reproduction, c'est bien d'une fraction du capital variable dont il s'agit qui d&#233;terminera le volume global de la plus-value qui, devenue profit, se r&#233;partira sur les capitaux particuliers selon les r&#232;gles de la p&#233;r&#233;quation et les al&#233;as de la concurrence. La fiscalit&#233; est devenue un &#233;l&#233;ment d&#233;terminant dans la fixation du rapport entre capital variable et plus-value et dans la baisse du salaire net et, finalement, un &#233;l&#233;ment d&#233;terminant de la valeur m&#234;me de la force de travail. C'est, au travers des orientations que donne la fiscalit&#233; (TVA, imp&#244;ts locaux, imp&#244;t sur le revenu) une v&#233;ritable modification des normes sociales et historiques de la valeur de la force de travail qui est effectu&#233;e. Quand la TVA est modifi&#233;e ou quand baisse ou augmente une &#171; aide &#187; quelconque, ce sont ces normes qui changent, en un mot : &#171; si vous voulez continuer &#224; aller travailler en roulant au diesel vous mangerez moins de chocolat &#187;. En cela, facteur constant de la fixation et de la modification tout aussi constante de la valeur de la force de travail, la fiscalit&#233;, comme relation entre le capital variable global et la plus-value globale, ne peut passer que par &#171; la poche du prol&#233;taire &#187; qui est le r&#233;ceptacle vivant de cette relation. &lt;i&gt;Et il le sait &lt;/i&gt; : &#171; L'augmentation de la taxation des produits massivement consomm&#233;s par les prol&#233;taires, de m&#234;me que la r&#233;duction drastique des services publics dont ceux-ci b&#233;n&#233;ficient, aboutit indirectement &#224; diminuer le co&#251;t de la reproduction de la main-d'&#339;uvre pour les capitalistes. &#187; (Ahou, op. cit., p. 27). Ahou&lt;i&gt; &lt;/i&gt;poursuit : &#171; S'attaquer &#224; la distribution, c'est bel et bien se battre pour le niveau de sa subsistance, de sa reproduction en tant que prol&#233;tariat. Donc c'est bien se battre pour le prix de la force de travail&#8230; &#187; (p. 30). Cependant &#171; se battre pour le prix de la force de travail &#187; ne sort pas du f&#233;tichisme des rapports de distribution et de leurs &#171; illusions &#187;. Un passage r&#233;volutionnaire aux rapports de production, c'est-&#224;-dire &#224; l'existence de quelque chose comme la force de travail et sa valeur, ne s'effectue pas dans une lutte sur le salaire, m&#234;me si celle-ci en constitue la base, c'est une attaque du c&#244;t&#233; des moyens de production comme capital, leur abolition comme valeur absorbant le travail pour se valoriser&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb158&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Cette abolition n'est pas une abstraction, c'est la destruction (qui peut (&#8230;)&#034; id=&#034;nh158&#034;&gt;158&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que la fiscalit&#233; est une relation entre le capital variable global et la plus-value globale, le prol&#233;taire le sait d'autant plus que, dans un mouvement comme celui des Gilets jaunes, il se r&#233;f&#232;re &#224; un principe fondateur de la R&#233;publique : le libre consentement &#224; l'imp&#244;t qui corollairement implique le droit principiel de refuser l'imp&#244;t. Dans l'&#233;ther r&#233;publicain dans lequel baigne le mouvement, le libre consentement a d&#233;j&#224; &#233;t&#233; r&#233;voqu&#233; et &#233;radiqu&#233; par l'autorisation de la saisie sur compte bancaire et sur salaire, la retenue &#224; la source a encore modifi&#233; la nature m&#234;me de l'imp&#244;t, il n'est plus une participation plus ou moins volontaire, mais une cr&#233;ance due. Le citoyen n'est plus l'acteur d'un Etat producteur de services publics, mais d&#233;biteur d'un Etat qui exige le paiement d'une cr&#233;ance alors qu'il se montre d'un laxisme parfait vis-&#224;-vis de ses propres membres fraudeurs (Gu&#233;ant, Fillon, Cahuzac, etc.), des expatri&#233;s fiscaux, des professionnels de l'optimisation, sans parler des &#171; paradis &#187; qui du Luxembourg aux &#238;les anglo-normandes pars&#232;ment le territoire de l'Union europ&#233;enne et les &#238;les des Cara&#239;bes d&#233;pendant de la couronne britannique. Quand les services publics sont transform&#233;s en une banale offre commerciale et l'usager en client, c'est le partage entre travail n&#233;cessaire et surtravail qui est modifi&#233;. En 2017, l'ann&#233;e pr&#233;c&#233;dant l'irruption des Gilets jaunes, &#171; 57 % des 73 milliards d'euros d'imp&#244;t sur le revenu sont consomm&#233;s par la seule charge des int&#233;r&#234;ts de la dette. Comment penser encore qu'il ne s'agit l&#224; que d'un probl&#232;me pour les g&#233;n&#233;rations futures ? &#187; (Hubert Etienne, &lt;i&gt;Comment la fiscalit&#233; est devenue ill&#233;gitime&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Le Monde,&lt;/i&gt; 13-14/1/19).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une grande m&#233;prise, savamment entretenue, concerne la dette publique : &#171; &lt;i&gt;Le radotage sur le transfert aux g&#233;n&#233;rations futures des charges actuelles par le moyen des dettes de l'Etat&lt;/i&gt; [nous soulignons]. Certes A peut donner &#224; B, qui lui emprunte &#8211; des marchandises, une cr&#233;ance sur des produits futurs [&#8230;] En fait A et B ne consomment jamais un atome de ce produit futur. Chaque g&#233;n&#233;ration paie, en effet, ses propres frais de guerre. &#187; (Marx, &lt;i&gt;Un chapitre in&#233;dit du Capital, &lt;/i&gt;- pages &#233;parses, &#233;d. 10/18, p. 304). Marx poursuit en citant &lt;i&gt;sans critiques&lt;/i&gt; Percy Ravenstone, 1824 : &#171; En pr&#233;tendant qu'on peut repousser les d&#233;penses pr&#233;sentes dans le futur et qu'on peut accabler la post&#233;rit&#233; afin de suppl&#233;er aux besoins de la g&#233;n&#233;ration actuelle, on formule cette absurdit&#233;, &#224; savoir que l'on peut consommer ce qui n'existe pas encore et qu'on peut se nourrir de subsistances avant m&#234;me que leurs semences aient &#233;t&#233; plant&#233;es [&#8230;] Toute la sagesse de nos hommes d'Etat aboutit en fait &#224; un grand transfert de propri&#233;t&#233; d'une cat&#233;gorie de personnes &#224; une autre, en cr&#233;ant un fonds &#233;norme pour payer les emplois et le p&#233;culat&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb159&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Vol des deniers publics par ceux auxquels l'administration ou le d&#233;p&#244;t en (&#8230;)&#034; id=&#034;nh159&#034;&gt;159&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187; (Ravenstone, in Marx, op. cit., p. 304).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Poursuivons :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Comme la dette publique est assise sur le revenu public, qui en doit payer les redevances annuelles, le syst&#232;me moderne des imp&#244;ts &#233;tait le corollaire oblig&#233; des emprunts nationaux. [&#8230;] la surcharge d'imp&#244;ts caus&#233;e par l'accumulation des dettes successivement contract&#233;es contraint les gouvernements, en cas de nouvelles d&#233;penses extraordinaires, d'avoir recours &#224; de nouveaux emprunts. La fiscalit&#233; moderne, dont les imp&#244;ts sur les objets de premi&#232;re n&#233;cessit&#233; et, partant, l'ench&#233;rissement de ceux-ci, formaient de prime abord le pivot, renferme donc en soi un germe de progression automatique. La surcharge des taxes n'en est pas un incident, mais le principe. Aussi en Hollande, o&#249; ce syst&#232;me a &#233;t&#233; d'abord inaugur&#233;, le grand patriote de Witt l'a-t-il exalt&#233; dans ses &lt;i&gt;Maximes&lt;/i&gt; comme &lt;i&gt;le plus propre &#224; rendre le salari&#233; soumis, frugal, industrieux, et &#8230; ext&#233;nu&#233; de travail&lt;/i&gt; [nous soulignons]. (Marx, &lt;i&gt;Le Capital&lt;/i&gt;, &#233;d. Sociales, t. 3, p. 198).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A l'heure de la CSG, de la gestion de la S&#233;curit&#233; sociale, de l'assurance ch&#244;mage et de tout ce qui rel&#232;ve de la CAF comme des articles du budget de l'Etat, de la manipulation des taux de TVA, des taxes sur les carburants, de la politique redistributive de l'Etat (voir par ailleurs l'importance de cette redistribution en ce qui concerne les cat&#233;gories sociales mobilis&#233;es dans le mouvement des Gilets jaunes), il serait simpliste, comme Marx en 1847, de consid&#233;rer la lutte des classes sur la fiscalit&#233; comme un jeu &#224; somme nulle. Cette lutte engage une vraie modification du partage entre surtravail et travail n&#233;cessaire, ne serait-ce que dans l'utilisation des services publics n&#233;cessaires &#224; la reproduction de la force de travail ou l'aide au logement. Si la n&#233;cessit&#233; de poss&#233;der une voiture fait partie de la valeur de la force de travail, la possibilit&#233; de l'utiliser (contr&#244;le technique, prix du carburant, entretien des routes, p&#233;ages, etc.) en fait &#233;galement partie. Il est devenu tr&#232;s difficile de distinguer dans les pr&#233;l&#232;vements obligatoires ce qui rel&#232;ve du &#171; salaire report&#233; &#187;, de ce qui rel&#232;verait seulement de l'imp&#244;t. Quid du budget de l'&#233;ducation nationale et de la taxe pay&#233;e par les entreprises pour la formation professionnelle ? Dans les aires centrales du mode de production capitaliste, le partage entre surtravail et travail n&#233;cessaire n'est effectif qu'au niveau de la reproduction et des luttes engag&#233;es au niveau de la fiscalit&#233;, de sa r&#233;partition et de son utilisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand Marx &#233;crit : &#171; La suppression de semblables imp&#244;ts [ceux que le capitaliste paye, nda] ne change absolument rien &#224; la quantit&#233; de surtravail que le capitaliste industriel extorque en premi&#232;re main &#224; l'ouvrier. Elle ne change que la proportion suivant laquelle il empoche la plus-value ou la partage avec des tiers. &#187; (&lt;i&gt;Le Capital&lt;/i&gt;, t. 2, p. 194), il semble l&#233;gitime de se demander aujourd'hui si le partage entre surtravail et travail n&#233;cessaire ne s'ach&#232;ve pas qu'&#224; l'issue du travail de la moulinette &#233;tatique qui triture la moiti&#233; du PIB. Quels sont ces &#171; tiers &#187; ? La suppression de tels imp&#244;ts et le report de la perte engendr&#233;e pour l'Etat sur des taxes &#224; la consommation, sur la d&#233;gradation des services publics, sur la r&#233;glementation du ch&#244;mage, affectent la valeur de la force de travail et touchent au partage entre surtravail et travail n&#233;cessaire. D'autant plus qu'&#224; la suite de la note, Marx ajoute : &#171; &#8230;cette loi, d'apr&#232;s laquelle le prix de la force de travail est toujours r&#233;duit &#224; sa valeur, peut rencontrer des obstacles qui ne lui permettent de se r&#233;aliser que jusqu'&#224; certaines limites. [&#8230;] &lt;i&gt;Le degr&#233; de la baisse &lt;/i&gt;[&lt;i&gt;de la valeur de la force de travail, nda&lt;/i&gt;]&lt;i&gt; d&#233;pend du poids relatif que la pression du capital, d'une part, la r&#233;sistance de l'ouvrier, de l'autre, jettent dans la balance&lt;/i&gt; [nous soulignons]. &#187; (idem, pp. 194-195). Dans le processus de la remise en face-&#224;-face du capital et de la force de travail, quel est &lt;i&gt;le devenir&lt;/i&gt; de &#171; l'extorsion en premi&#232;re main &#187; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut parfois reconna&#238;tre, comme il le faisait lui-m&#234;me pour certains de ses &#233;crits, le caract&#232;re obsol&#232;te de quelques textes de Marx, comme le suivant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Et quel bourgeois raisonneur n'aurait pas attir&#233; l'attention du peuple mourant de faim sur les imp&#244;ts, la ran&#231;on des princes et la source de sa mis&#232;re ? [&#8230;] les imp&#244;ts avec lesquels les princes festoient et que le peuple paie en suant sang et eau. Quelle mati&#232;re in&#233;puisable pour tous ces h&#226;bleurs, sauveurs de l'humanit&#233; ! [&#8230;] Aux r&#233;criminations bruyantes de cette d&#233;magogie pr&#233;tentieuse, ce ne sont pas les communistes qui r&#233;pondent, mais les &#233;conomistes bourgeois tels que Ricardo, Senior, et cela en deux mots. L'existence &#233;conomique de l'Etat, ce sont les imp&#244;ts. L'existence &#233;conomique des travailleurs, c'est le salaire. Il s'agit de d&#233;terminer le rapport entre les imp&#244;ts et le salaire. Le salaire moyen est, par la concurrence, n&#233;cessairement r&#233;duit au minimum, c'est-&#224;-dire &#224; un salaire qui permet aux ouvriers d'assurer tant bien que mal leur existence et l'existence de leur race. Les imp&#244;ts constituent une fraction de ce minimum, car la t&#226;che politique des ouvriers consiste pr&#233;cis&#233;ment &#224; payer des imp&#244;ts&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb160&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cette &#171; t&#226;che politique &#187; est li&#233;e &#224; l'existence de l'ouvrier comme personne (&#8230;)&#034; id=&#034;nh160&#034;&gt;160&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Si l'on supprimait radicalement tous les imp&#244;ts qui p&#232;sent sur la classe ouvri&#232;re, la cons&#233;quence n&#233;cessaire en serait que le salaire serait diminu&#233; de tout le montant des imp&#244;ts qui y entre aujourd'hui. Et alors de deux choses l'une : ou bien le profit des employeurs cro&#238;trait imm&#233;diatement dans la m&#234;me mesure, ou bien il n'y aurait eu qu'une simple modification dans la forme de la perception de l'imp&#244;t. Au lieu d'avancer directement, comme il le fait aujourd'hui, dans le salaire les imp&#244;ts que l'ouvrier doit payer, il ne les paierait plus par cette voie d&#233;tourn&#233;e, mais directement &#224; l'Etat. &#187; (Marx, &lt;i&gt;La critique moralisante ou la morale critique&lt;/i&gt; - 1847, &#338;uvres philosophiques, &#233;d. Costes, t. 3, pp. 147-148).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout serait parfait dans le meilleur des mondes th&#233;oriques o&#249; les pr&#233;l&#232;vements ne sont que de la plus-value passant momentan&#233;ment par la poche des prol&#233;taires si, &#224; une augmentation des taxes et imp&#244;ts correspondait une augmentation du salaire. Pour 2018 et 2019, les mesures sociales et fiscales devaient faire augmenter les revenus d'un salari&#233; au smic de 32 euros par mois fin 2019 (soit 384 euros par an). Dans le m&#234;me temps, la &#171; flat tax &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb161&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pr&#233;l&#232;vement unique de 30 % sur les revenus du capital.&#034; id=&#034;nh161&#034;&gt;161&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; et surtout la suppression de l'ISF accroissaient les revenus annuels des 0,1 % les plus riches de 86 000 euros en moyenne. (&lt;i&gt;Le Monde,&lt;/i&gt; 7/3/19).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La crise financi&#232;re de 2008 a fortement creus&#233; le d&#233;ficit du budget en France. A partir de 2011, les gouvernements successifs ont utilis&#233; la fiscalit&#233; pour tenter de le r&#233;sorber. Le &#171; choc fiscal &#187; s'est doubl&#233; &#224; partir de 2013, d'une baisse de la taxation des entreprises dans le cadre de la &#171; politique de l'offre &#187; (pacte de responsabilit&#233;, cr&#233;dit d'imp&#244;t comp&#233;titivit&#233; emploi, le CICE) mis en place sous Fran&#231;ois Hollande.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Comme il fallait r&#233;duire le d&#233;ficit et financer les baisses de fiscalit&#233; pour les entreprises, les hausses d'imp&#244;ts sur les m&#233;nages n'ont &#233;t&#233; contrebalanc&#233;es ni par davantage de prestations ni par plus de services publics. &#187; (Mathieu Plane, &#233;conomiste &#224; l'Observatoire fran&#231;ais des conjonctures &#233;conomiques &#8212; OFCE &#8212;, &lt;i&gt;Le Monde,&lt;/i&gt; 7/3/19). R&#233;sultat : en 2018, le pouvoir d'achat par m&#233;nage &#233;tait encore environ 800 euros en dessous de son niveau de 2010 (selon l'OFCE). &#171; Pour la premi&#232;re fois depuis la guerre, le pouvoir d'achat des fran&#231;ais a d&#233;clin&#233; ou stagn&#233; sur une tr&#232;s longue p&#233;riode, notamment pour les revenus bas et moyens. Aujourd'hui le pouvoir d'achat de cette cat&#233;gorie de la population est le m&#234;me qu'en 2007, juste avant la crise. &#187; (Fran&#231;ois Bourguignon, &lt;i&gt;Le Monde,&lt;/i&gt; 7/3/19). Si l'on retire une s&#233;rie de d&#233;penses sur lesquelles les m&#233;nages ont peu de prise (loyer, assurances, factures d'eau, d'&#233;lectricit&#233; et de chauffage, cantine des enfants) on obtient ce que certains &#233;conomistes appellent le &#171; pouvoir d'achat ressenti &#187;, c'est-&#224;-dire l&#224; o&#249; il peut y avoir un certain arbitrage des d&#233;penses. Ce dernier a recul&#233; de 6 % entre 2011 et 2013 en raison des mesures fiscales lanc&#233;es par Fran&#231;ois Hollande. En 2018, le prix du beurre augmente de 9,6 % sur un an, celui des pommes de terre de 13,8 %, le gazole de 16,7 %, simultan&#233;ment, selon l'Insee, le salaire mensuel de base r&#233;el (sans les primes ni les heures suppl&#233;mentaires) a l&#233;g&#232;rement baiss&#233; de l'ordre de 0,1%. (&lt;i&gt;Le Monde,&lt;/i&gt; 5/1/19).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite aux manifestations du samedi 1er d&#233;cembre 2018, le Premier ministre annonce un moratoire de six mois sur la hausse de la taxe carbone, un gel des tarifs du gaz et de l'&#233;lectricit&#233; et le maintien du contr&#244;le technique en l'&#233;tat (un imp&#244;t sur les voitures d'occasion). La hausse de la taxe carbone et la convergence de la fiscalit&#233; du gazole avec celle de l'essence, coupl&#233;es &#224; l'augmentation de la fiscalit&#233; sur le gazole non routier, utilis&#233; pour les engins de chantier, devaient au total rapporter environ 4 milliards d'euros sur l'ann&#233;e 2019. Cette ann&#233;e &#233;tait aussi celle durant laquelle la transformation du CICE en baisse des charges a occasionn&#233; une d&#233;pense suppl&#233;mentaire de 20 milliards d'euros pour l'Etat, soit 0,9 point de PIB, puisque le CICE a &#233;t&#233; d&#233;bours&#233; deux fois, au titre du cr&#233;dit d'imp&#244;ts de 2018 et des baisses de charges pour 2019 (voir &lt;i&gt;Le Monde,&lt;/i&gt; 6/12/18). En ce qui concerne les fameux 3 % du PIB que ne doit pas d&#233;passer le d&#233;ficit budg&#233;taire, le commissaire europ&#233;en Pierre Moscovici (que l'on ne peut pas soup&#231;onner de laxisme) d&#233;clarait : &#171; Quand on retire la mesure due au cr&#233;dit d'imp&#244;t comp&#233;titivit&#233; emploi (CICE) dans le budget 2019 de la France, son d&#233;ficit public passe &#224; 1,9 % du PIB. Donc ce probl&#232;me, des suppressions de taxes, peut tout &#224; fait &#234;tre r&#233;solu dans le cadre des r&#232;gles qui sont flexibles et intelligentes. &#187; (idem).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au croisement de la fiscalit&#233; et de la composition sociale du mouvement, v&#233;ritables symboles des deux, on trouve tous les dispositifs relatifs aux &#171; auxiliaires de vie &#187; et autres &#171; aides m&#233;nag&#232;res &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb162&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir Carbonnier et Morel, Le retour des domestiques, &#233;d. du Seuil.&#034; id=&#034;nh162&#034;&gt;162&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Gr&#226;ce aux aides octroy&#233;es aux &#171; services &#224; la personne &#187; et &#224; de g&#233;n&#233;reux cr&#233;dits d'imp&#244;t, le nombre de ces &#171; domestiques &#187; a augment&#233; en France plus qu'ailleurs en Europe, passant de 200 000 en 1990 &#224; 1,23 millions en 2018, soit 5,5 % de la population active. Tous ces dispositifs co&#251;tent au budget 6,5 milliards d'euros, les 10 % des m&#233;nages les plus ais&#233;s captent 43,5 % de l'enveloppe, les 50 % les plus modestes 6,6 %, mais ceux et surtout celles qui occupent ce type d'emploi (mal pay&#233;, &#224; temps partiel, &#233;loign&#233; du domicile, n&#233;cessitant des d&#233;placements continuels) &#233;taient surrepr&#233;sent&#233;es sur les ronds-points.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;h.ep5wuprfmiha&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;Pouvoir d'achat et Etat&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La plupart des causes et des exigences du mouvement des Gilets jaunes sont &#233;conomiques et vont bien au-del&#224; de l'augmentation des taxes et des imp&#244;ts, mais la sp&#233;cificit&#233; de cette lutte que l'on peut ramener &#224; la vie quotidienne comme totalit&#233; de manifestations a &#233;t&#233; d'&#234;tre une r&#233;volte &#233;conomique &#224; &#226;me politique (voir plus loin), d'avoir amalgam&#233; politique et &#233;conomie et d'avoir v&#233;cu une sorte de contradiction entre les deux. En tant que citoyens, les Gilets jaunes ont consid&#233;r&#233; qu'aucun gouvernement ne reconna&#238;t sur le plan mat&#233;riel ce qui leur est officiellement reconnu sur le plan politique, c'est-&#224;-dire ce qu'en tant que citoyens ils sont en droit d'attendre de vivre. Comme l'Etat est le r&#233;gulateur de la politique &#233;conomique et de la politique des revenus sur une aire particularis&#233;e par les diff&#233;renciations n&#233;cessaires et inh&#233;rentes au proc&#232;s mondial de la valorisation, le probl&#232;me du pouvoir d'achat a un responsable, l'Etat. C'est par l&#224; que le probl&#232;me, dans certaines circonstances de la lutte des classes (mais la lutte des classes n'existe que dans &#171; certaines circonstances &#187;), est con&#231;u comme une sorte de &#171; d&#233;ficit d&#233;mocratique &#187; qu'une pleine citoyennet&#233; renouvel&#233;e (le RIC) est appel&#233;e &#224; r&#233;sorber. Il est remarquable que la revendication du RIC monte en intensit&#233; au fur et &#224; mesure que les ronds-points sont &#233;vacu&#233;s. Ces derniers &#233;taient indissociablement, lieux de vie, de confrontations, de d&#233;cisions, d'organisation, de pouvoir, de territorialisation de la politique. La &#171; r&#233;invention de l'intelligence collective &#187; n'avait pas besoin, dans ces premiers temps du mouvement, de revendications et de formes particuli&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La violence de la r&#233;action de l'Etat (il est vrai semblable &#224; celle exerc&#233;e quotidiennement dans les banlieues, nous y reviendrons &#224; propos de la notion d' &#171; &#233;conomie morale &#187;) accompagne la reconfiguration de l'Etat-providence vers le workfare, la pr&#233;carisation de tout rapport salarial (y compris le formalisme du CDI) et le verrouillage par la dette et la politique &#171; ind&#233;pendante &#187; des Banques centrales de toutes les politiques &#233;conomiques. Dans ce cadre, les Gilets jaunes ont momentan&#233;ment bloqu&#233; l'agenda des r&#233;formes (retraites et ch&#244;mage). &#171; Le travail, dans la multiplicit&#233; de ses formes contemporaines, reste certes au centre des pr&#233;occupations d'une composition de classe qui exc&#232;de le salariat et dont le champ des revendications ne se r&#233;duit pas &#224; cette question. On a plut&#244;t affaire &#224; une politisation de plusieurs domaines ayant trait aux 'modes de vie' d'aujourd'hui, dont le potentiel de transformation sociale et politique est inou&#239;. &#187; (&lt;i&gt;Plateforme d'enqu&#234;tes militantes&lt;/i&gt;, mai 2019, sur le net). L'insistance sur l'augmentation du pouvoir d'achat ne signifie pas l'abandon de la revendication sur le salaire, mais au contraire &lt;i&gt;sa&lt;/i&gt; &lt;i&gt;red&#233;finition dans les termes de sa socialisation&lt;/i&gt;. Le mouvement des Gilets jaunes s'est adress&#233; &#224; l'Etat en ce qui concerne la fiscalit&#233;, le salaire minimum, les services publics, le &#171; z&#233;ro SDF &#187;, le soutien aux personnes handicap&#233;es, etc., un Etat justement identifi&#233; comme un acteur &#233;conomique central de l'exploitation. Le &#171; probl&#232;me &#187; est que cette critique du syst&#232;me n'implique pas n&#233;cessairement un antagonisme avec la classe capitaliste, mais plus directement un rejet du cadre politique que le &#171; mondialisme &#187; est cens&#233; avoir impos&#233; aux communaut&#233;s nationales, avec des &#233;lites en haut et des masses en bas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les modalit&#233;s de la mobilisation et de la reproduction de la force de travail issues de la restructuration des ann&#233;es 1970-1980 fondent cette omnipr&#233;sence de l'Etat. Dans cette restructuration qui surmonta la contradiction entre une force de travail produite et existant de fa&#231;on de plus en plus collective et sociale et ses modes d'appropriation se r&#233;v&#233;lant comme limit&#233;s, le mode de production capitaliste a effectu&#233; la synth&#232;se de deux tendances qui lui sont inh&#233;rentes : &lt;i&gt;la cr&#233;ation constante d'une force de travail comme superflue et la n&#233;cessit&#233; de traiter l'ensemble de la force de travail disponible comme force de travail n&#233;cessaire&lt;/i&gt;. L'organisation du march&#233; du travail dans lequel l'ensemble de la force de travail disponible est constamment pos&#233;e comme d&#233;j&#224; achet&#233;e et appartient &#224; l'ensemble du capital (sa rotation et sa pr&#233;carit&#233; g&#233;n&#233;ralis&#233;e), et le compl&#233;ment de salaire pour une fraction de la force de travail, m&#234;me r&#233;ellement engag&#233;e dans le proc&#232;s de production, viennent mettre en forme, unifier ces tendances contradictoires. Cette organisation, dans la diversit&#233; de ses modulations &#224; l'&#233;chelle mondiale, d&#233;finit ce que l'on peut appeler un &#171; &lt;i&gt;achat global de la force de travail&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le march&#233; du travail est devenu un &#171; plan social &#187; permanent contr&#244;l&#233; et administr&#233; par l'Etat. C'est le point essentiel, celui qui permet de comprendre la quasi-totalit&#233; du mouvement dit des &#171; Gilets jaunes &#187; : ses points d'attaques, son d&#233;roulement, sa composition et l'intrication entre ses &#171; revendications &#187; (guillemets car le terme a &#233;t&#233; contest&#233; par de nombreux groupes &#171; Gilets jaunes &#187;) &#233;conomiques et politico-institutionnelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, l'Etat n'est que le responsable &lt;i&gt;imm&#233;diat&lt;/i&gt;, c'est-&#224;-dire que la m&#233;diation a disparu : le capital &lt;i&gt;comme mode de production&lt;/i&gt; incluant l'Etat &lt;i&gt;dans sa sp&#233;cificit&#233;&lt;/i&gt;. Il ne peut jamais y avoir fusion entre l'Etat et le capital, ce qui irait &#224; l'encontre de la d&#233;finition m&#234;me des termes. L'id&#233;e de &#171; fusion &#187; est probl&#233;matique de par ce qu'elle est cens&#233;e &#171; fusionner &#187;. L'Etat est une instance n&#233;cessaire du mode de production capitaliste &lt;i&gt;sans laquelle la production ne peut &#234;tre&lt;/i&gt; &lt;i&gt;reproduction&lt;/i&gt;. Le capital, quant &#224; lui, se distingue du mode de production, c'est la valeur en proc&#232;s incluant l'interaction de tous les capitaux particuliers et, comme proc&#232;s, les divers moments du &#171; proc&#232;s d'ensemble de la production capitaliste &#187; (nous laissons de c&#244;t&#233; les difficult&#233;s th&#233;oriques relevant de l'existence du capital en g&#233;n&#233;ral comme capital particulier, voir &lt;i&gt;TC&lt;/i&gt; 23, p. 164 et sq). Le capital, en ce qu'il est dans le mode capitaliste de production &#171; la cat&#233;gorie dominante, le rapport de production d&#233;terminant &#187; (Marx, &lt;i&gt;Le Capital&lt;/i&gt;, t. 8, p. 205) d&#233;termine sa propre existence comme &lt;i&gt;mode de production&lt;/i&gt;. Simplement parce que capital et Etat ne sont pas des cat&#233;gories du m&#234;me ordre dans le mode de production, il ne peut y avoir de fusion entre l'Etat et le capital, mais &#171; seulement &#187; totale d&#233;termination de l'Etat comme instance du mode de production capitaliste (ce qui n'advient qu'&#224; l'issue d'un proc&#232;s historique)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb163&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sur l'Etat comme s&#233;par&#233; de la soci&#233;t&#233; et de la lutte des classes, voir Th&#233;o (&#8230;)&#034; id=&#034;nh163&#034;&gt;163&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. En ce sens seulement on peut dire, comme &#171; &lt;i&gt;lacanaille&lt;/i&gt; &#187;, que l'Etat &#171; fait &#233;cran au conflit de classe 'normal' capitaliste-prolo &#187;, dans l'absolutisation de toutes les formes de la distribution dont il est le ma&#238;tre d'&#339;uvre. Mais, il n'y a pas de &#171; vraie lutte des classes &#187;, mais des luttes des classes toujours sp&#233;cifiques et il n'y a aucun &#171; normativisme &#187; &#224; constater que &lt;i&gt;c'est ainsi que le mouvement des Gilets jaunes a exist&#233; et que l&#224; r&#233;sidaient sa force et simultan&#233;ment ses limites&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette &lt;i&gt;imm&#233;diatet&#233;&lt;/i&gt; de la responsabilit&#233; de l'Etat, en absolutisant les rapports de distribution (et encore, seulement sous leur forme retravaill&#233;e par l'Etat), &#171; fait &#233;cran &#187; aux rapports de production. Les formes de la distribution s'autonomisent comme objet de la lutte de classe, au point que la possibilit&#233; d'action sur elles appara&#238;t comme totalement libre et que leur bouleversement entra&#238;nerait, de par la libert&#233; de cette action m&#234;me, celui des rapports de production (pour peu qu'il y ait quelques d&#233;cisions politiques en ce sens). Un tel point de vue est naturel dans la soci&#233;t&#233; capitaliste. Mais, en &#233;rigeant la distribution en p&#244;le absolu de la soci&#233;t&#233;, c'est-&#224;-dire celui qui en d&#233;termine toutes les divisions et les luttes, on se condamne &#224; en accepter toutes les lois, car on a pris ce qui n'est que &#171; l'envers de la production &#187; pour l'ensemble des rapports sociaux capitalistes. L'importance de l'effet possible des rapports de distribution sur les rapports de production, et leur capacit&#233; &#224; devenir pr&#233;dominants, est bien sp&#233;cifique &#224; la crise actuelle : crise du rapport salarial, double d&#233;connexion entre la reproduction de la force de travail et la valorisation du capital, crise du zonage mondial et de sa mise en abyme, crise de l'Etat d&#233;nationalis&#233;, identit&#233; crise de suraccumulation et de sous-consommation, asyst&#233;mie de la revendication salariale&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb164&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sur tous ces points, voir dans ce n&#176; de TC, le texte Vie quotidienne et (&#8230;)&#034; id=&#034;nh164&#034;&gt;164&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette imm&#233;diatet&#233; de l'Etat &#171; fait &#233;cran &#187; d'une autre fa&#231;on et cela au c&#339;ur m&#234;me de la lutte sur la redistribution. Il est vrai que le &#171; partage des richesses &#187;, de question essentiellement conflictuelle dans le mode de production capitaliste est devenu, en outre, tabou. Mais, ce que masque cette &#171; imm&#233;diatet&#233; &#187;, c'est que dans le cours de ces luttes sur la redistribution et la &#171; justice fiscale &#187; qui sont l'ordinaire de la lutte des classes, pour le prol&#233;tariat, son existence de classe puisse devenir la limite de sa propre lutte en tant que classe. Dans le cours des luttes sur la distribution, si le prol&#233;tariat ne voit pas son existence comme classe s'objectiver comme quelque chose qui lui est &#233;tranger, c'est que le rapport capitaliste lui-m&#234;me le pose &lt;i&gt;en son sein&lt;/i&gt; comme &lt;i&gt;un &#233;tranger&lt;/i&gt; seulement dans la mesure o&#249; pour chaque prol&#233;taire, dans son rapport individuel &#224; l'Etat, &lt;i&gt;le f&#233;tichisme du revenu est lui-m&#234;me redoubl&#233; et effac&#233;&lt;/i&gt; (voir &#224; la suite).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'il n'y a pas &#171; fusion &#187; entre l'Etat et le capital, quelle sorte de m&#233;diation est l'Etat ? De plus, &#171; m&#233;diation &#187; entre quoi et quoi ? La production capitaliste est n&#233;cessairement &lt;i&gt;reproduction&lt;/i&gt;, cependant la reproduction n'est pas &lt;i&gt;r&#233;p&#233;tition&lt;/i&gt; de la production. L'Etat est la m&#233;diation entre production et reproduction dans laquelle les &#233;l&#233;ments du face-&#224;-face entre prol&#233;tariat et capital se donnent comme objectivit&#233;. C'est dans cette transformation n&#233;cessaire du capital comme rapport social en relation objective que r&#233;side la n&#233;cessit&#233; de toutes les instances n&#233;cessaires pour toujours &lt;i&gt;transformer le premier en la seconde&lt;/i&gt;. Cette transformation est intrins&#232;que au mode de production capitaliste, et poss&#232;de dans le devenir n&#233;cessairement objectif du rapport social une existence bien r&#233;elle, que ce soit l'id&#233;ologie, la police, les administrations, etc. Avec cette transformation nous ne sortons pas de l'autopr&#233;supposition du capital (l'essentiel de cette transformation se joue dans le troisi&#232;me moment de l'exploitation, celui de la transformation toujours p&#233;rilleuse de la plus-value en capital additionnel), cette objectivit&#233; c'est simplement la reproduction du face-&#224;-face, c'est le proc&#232;s n&#233;cessaire pour le capital de cette transformation qui inclut l'Etat dans son existence m&#234;me (Etat de classe comme communaut&#233; abstraite s&#233;par&#233;e de la soci&#233;t&#233;) et dans la totalit&#233; de ses fonctions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dire que l'Etat &#171; fait &#233;cran &#187;, c'est poser la question de la relation entretenue par le mouvement des Gilets jaunes avec la production, c'est-&#224;-dire, comme l'&#233;crivait &lt;i&gt;lacanaille&lt;/i&gt;, avec la forme du &#171; conflit 'normal' entre prol&#233;taires et capitalistes &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;h.ishfp5tgmna&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LES GILETS JAUNES ET LA SPH&#200;RE DE LA PRODUCTION&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;h.et5yw1m8f53g&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Luttes sur la reproduction et &#171; plancher de verre &#187; de la production&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis la restructuration des ann&#233;es 1970-1980, avec la disparition d'une identit&#233; ouvri&#232;re confirm&#233;e dans la reproduction m&#234;me du capital, la contradiction entre les classes se situe au niveau de leur implication r&#233;ciproque et de leur reproduction. &#171; Le maillon le plus faible &#187; de cette contradiction, l'exploitation, qui d&#233;finit et relie les classes entre elles, se situe dans les moments de la &lt;i&gt;reproduction sociale de la force de travail &lt;/i&gt;dont l'Etat en tant que fond&#233; de pouvoir g&#233;n&#233;ral du capital est l'agent. Mais si les luttes de classe demeurent au niveau de la reproduction elles n'auront pas int&#233;gr&#233; en elles-m&#234;mes leur propre raison d'&#234;tre, la production. &lt;i&gt;C'est l&#224; actuellement la limite r&#233;currente de toutes les luttes &#171; globales &#187;&lt;/i&gt; (celle que l'on peut qualifier de luttes sur la vie quotidienne). C'est l&#224; o&#249;, pr&#233;cis&#233;ment, pour le mouvement des Gilets jaunes, l'Etat &#171; fait &#233;cran &#187;. C'est sa limite et l&#224; o&#249; s'arr&#234;te sa &#171; clarification &#187; int&#233;rieure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dire cela n'est pas du &#171; normativisme &#187;. Le normativisme consisterait &#224; dire que le mouvement a &#233;t&#233; tel &#171; parce qu'il n'a pas fait cela &#187;, &#171; parce qu'il n'a pas fait plus &#187;, etc. C'est &#224; partir de ses propres termes que la non-int&#233;gration de la production appara&#238;t comme limite du mouvement. La limite est dans ce qu'il fait et non vis-&#224;-vis de ce qu'il n'aurait pas fait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Int&#233;grer la production n'est pas un &#171; ext&#233;rieur &#187; que la lutte n'aurait pas atteint ou qu'elle aurait laiss&#233; de c&#244;t&#233;, cette &#171; non-int&#233;gration &#187; existe comme &lt;i&gt;un int&#233;rieur de la lutte&lt;/i&gt; quand, dans la situation actuelle, la revendication sur le revenu s'adresse &#224; l'Etat comme agent de la redistribution sociale globale. En s'adressant &#224; l'Etat, celui-ci, en retour, non seulement absolutise le mouvement comme lutte sur le revenu, mais encore, comme agent de cette redistribution sociale globale, &lt;i&gt;coupe toute connexion entre les revenus et leurs sources et efface le fondement f&#233;tichiste m&#234;me de la revendication sur le revenu&lt;/i&gt;. En lui renvoyant ses revendications sous cette forme particuli&#232;re de l'effacement de la relation f&#233;tichiste elle- m&#234;me entre les revenus et leurs sources, l'Etat signifie au mouvement sa faiblesse et qu'elle vient de lui, et plus encore lui signifie la nature de cette faiblesse et celle de sa limite interne. Revendiquer pour le revenu, c'est s'adresser &#224; l'Etat, s'adresser &#224; l'Etat, c'est faire du revenu une coquille vide y compris vis-&#224;-vis de ses &#171; sources &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Int&#233;grer la production, ce n'est pas n&#233;cessairement des &#171; occupations &#187;, la &#171; gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale &#187;, l' &#171; autogestion &#187;, etc., mais c'est au moins sortir des usines, entrep&#244;ts, bureaux, h&#244;pitaux, ateliers, grandes surfaces, de chez le particulier chez qui on travaille, &lt;i&gt;autrement qu'en dehors des heures de travail&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand les rapports de distribution &#171; masquent &#187; la r&#233;alit&#233; des rapports de production, &#224; commencer par le fait que le salaire s'oppose aux autres formes de revenus, (rente, int&#233;r&#234;t, profit), il arrive, selon le cours des conflits dans un mouvement interclassiste, qu'ils r&#233;v&#232;lent, &#224; partir d'eux-m&#234;mes et dans leurs propres termes, ce qu'ils masquent (n'oublions pas que le salaire ne devient &#171; revenu &#187; qu'apr&#232;s avoir &#233;t&#233; &#171; capital variable &#187;). En outre, les &#171; revenus de transfert &#187;, dont l'importance cro&#238;t au fur et &#224; mesure que l'on descend &#171; l'&#233;chelle sociale &#187; sans rapport m&#233;canique avec la place dans les rapports de production, ne sont pas une redistribution par l'&#201;tat du surproduit. Nous nous trouvons dans les formes les plus simples de &#171; l'achat global &#187; de la force de travail permettant, dans le cadre de la reproduction de cette force de travail globale, de ne pas augmenter les salaires (en fait de les baisser en termes de salaires r&#233;els). Avec les revenus de transfert, nous sommes dans la sph&#232;re de la production, dans la contradiction centrale du capitalisme, l'&#233;change de force de travail et l'extraction de plus-value : un moment o&#249; les rapports de distribution d&#233;signent ce qu'ils cachent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, quand les rapports de distribution &#171; d&#233;signent ce qu'ils cachent &#187;, il ne s'agit pas d'une &lt;i&gt;r&#233;v&#233;lation&lt;/i&gt; : ce que nous pourrions appeler le &#171; vrai &#187; (les rapports de production) n'est l&#224; que comme un moment du &#171; faux &#187;. Cette existence du &#171; vrai &#187; &#224; l'int&#233;rieur du &#171; faux &#187; ne se limite pas &#224; la &#171; &lt;i&gt;redistribution&lt;/i&gt; &#187; &#233;tatique, la fixation du salaire dans ce qu'elle peut avoir de plus brutale et imm&#233;diate en fait partie. Pour simplifier, en tant que rapport de production, le travail est l'origine de toute la valeur produite, le travail devient capital (subsomption). En tant que rapport de distribution, le travail salari&#233; est la relation entre le travail et la partie de la valeur produite lui revenant comme &#233;l&#233;ment du proc&#232;s de production au c&#244;t&#233; du capital et de la terre (le salaire est le &#171; prix du travail &#187;). Ainsi, on peut &#234;tre dans le &#171; salaire r&#233;el &#187; et &#234;tre dans les rapports de distribution&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb165&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; On pourrait penser qu'au moins la formule : 'travail-salaire' exprime un (&#8230;)&#034; id=&#034;nh165&#034;&gt;165&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut souligner ici un aspect essentiel de la relation entre rapports de distribution et rapport de production : le salaire comme capital variable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si les rapports de distribution sont l'envers n&#233;cessaire des rapports de production, s'ils ne les masquent pas (c'est ainsi qu'eux-m&#234;mes existent et se reproduisent), la lutte entre les classes est circonscrite (pr&#233;d&#233;termin&#233;e) &#224; l'int&#233;rieur de barri&#232;res infranchissables, c'est-&#224;-dire que la loi de la valeur est aussi pour elle (la lutte des classes) un r&#233;gulateur. Il est alors naturel que &#171; les agents r&#233;els de la production se sentent parfaitement chez eux dans ces formes ali&#233;n&#233;es et irrationnelles : capital-int&#233;r&#234;t, terre-rente, travail-salaire ; car ce sont l&#224; pr&#233;cis&#233;ment les formes illusoires au milieu desquelles ils se meuvent tous les jours et auxquelles ils ont affaire. &#187; (Marx, &lt;i&gt;Le Capital&lt;/i&gt;, t. 8, p. 208). Et nous pouvons ajouter : &lt;i&gt;les formes dans lesquelles ils s'affrontent&lt;/i&gt;. Non seulement la valeur est le r&#233;gulateur de la lutte des classes, &lt;i&gt;mais encore la lutte des classes, comme lutte entre &#171; propri&#233;taires d'une source de revenu &#187;, conforte les illusions de la distribution.&lt;/i&gt; Que la lutte sur le salaire porte sur le revenu redistribu&#233;, sur les contraintes g&#233;n&#233;rales dont l'Etat est le ma&#238;tre d'&#339;uvre ou, &#171; directement &#187;, lors d'une gr&#232;ve, sur le montant du salaire direct, si ce n'est peut-&#234;tre au niveau de l'efficacit&#233; selon les moments, cela ne change rien fondamentalement aux formes dont la lutte est &#171; prisonni&#232;re &#187;. Il s'agit toujours de rapports de distribution et de modification dans la part d&#233;volue &#224; chaque &#233;l&#233;ment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, franchir le &#171; plancher de verre &#187; de la production, c'est-&#224;-dire quand les luttes investissent le niveau m&#234;me de la production de la valeur totale et de la plus-value, n'est pas sans cons&#233;quence : &#171; Si l'on consid&#232;re d'abord le capital dans le proc&#232;s de production imm&#233;diat &#8211; en sa qualit&#233; de soutireur de surtravail, ce rapport [le capital comme principal rapport de production du mode de production capitaliste, nda] y est encore tr&#232;s simple et &lt;i&gt;les liens internes r&#233;els du ph&#233;nom&#232;ne s'imposent aux agents de ce proc&#232;s&lt;/i&gt; [soulign&#233; par nous], aux capitalistes, qui ont conscience de ces liens. Une preuve frappante en est la lutte violente au sujet des limites de la journ&#233;e de travail. &#187; (&lt;i&gt;idem&lt;/i&gt;, p. 205).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour le salaire, revenu de l'ouvrier, ces &#171; liens internes &#187; structurant le proc&#232;s de production ne s'effacent jamais : &#171; L'un de ces revenus, le salaire, ne prend jamais la forme de revenu, revenu de l'ouvrier, qu'apr&#232;s avoir &lt;i&gt;affront&#233;&lt;/i&gt; [soulign&#233; par nous] ce m&#234;me ouvrier sous &lt;i&gt;forme de capital&lt;/i&gt; [soulign&#233; dans le texte]. La confrontation des moyens de travail cr&#233;&#233;s et des produits du travail en g&#233;n&#233;ral en tant que capital avec les producteurs directs implique d'embl&#233;e un certain caract&#232;re social des moyens mat&#233;riels du travail par rapport aux ouvriers qui, dans la production elle-m&#234;me, se trouvent ainsi plac&#233;s dans un rapport d&#233;fini avec les possesseurs de ces moyens de travail et avec les autres ouvriers. &#187; (&lt;i&gt;idem&lt;/i&gt;, p. 253).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;C'est l&#224; que la bataille sur le revenu s'articule avec les rapports de production.&lt;/i&gt; C'est le &lt;i&gt;salaire&lt;/i&gt; qui &#171; affronte l'ouvrier sous forme de capital &#187;, c'est-&#224;-dire sous forme de la partie du capital existant comme capital variable. Partie qui est &#233;chang&#233;e contre la force de travail et qui, pr&#233;cis&#233;ment dans le proc&#232;s imm&#233;diat, l&#224; o&#249; &#171; &lt;i&gt;les liens internes r&#233;els du ph&#233;nom&#232;ne s'imposent aux agents de ce proc&#232;s&lt;/i&gt; &#187;, devient la partie &lt;i&gt;variable&lt;/i&gt; du capital. Celle qui de par la valeur d'usage de la marchandise qu'elle a achet&#233;e reproduit la valeur du capital constant, sa propre valeur et engendre une valeur nouvelle. En bref, dans le salaire comme revenu, dans la bataille f&#233;tichiste entre les sources de revenus, subsiste toujours, pour l'ouvrier, la trace que ce &#171; revenu &#187; l'a affront&#233; comme capital, c'est-&#224;-dire contrainte au surtravail. De plus, en ce que ce revenu n'a pour raison d'&#234;tre que de le reproduire face au capital, la trace n'est pas un souvenir mais une situation pr&#233;sente et m&#234;me future.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si les luttes sur la r&#233;partition sont prisonni&#232;res du f&#233;tichisme de la distribution, cette &#171; prison &#187; n'est pas sans failles quand ces luttes touchent la production m&#234;me, l&#224; o&#249; une partie du capital affronte l'ouvrier comme capital &lt;i&gt;variable&lt;/i&gt;, parce que c'est l&#224; qu'il &#171; varie &#187;. C'est dans la structure m&#234;me du rapport de production se d&#233;veloppant n&#233;cessairement sous ses formes f&#233;tiches que se situe la faille dans la &#171; prison &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, &#171; int&#233;grer la production &#187; ce n'est pas seulement faire gr&#232;ve et revendiquer car, malgr&#233; la &#171; faille &#187; qui se cr&#233;e l&#224; (dans laquelle le travail productif appara&#238;t comme tel et dans sa contradiction entre surtravail et travail n&#233;cessaire), et bien que ce soit une attaque du c&#244;t&#233; de la nature du travail comme productif de plus-value, le salaire ne serait toujours qu'affaire de r&#233;partition (on en reviendrait toujours &#224; un probl&#232;me de distribution). Ce n'est pas par une attaque du c&#244;t&#233; du salaire que la lutte revendicative peut &#234;tre d&#233;pass&#233;e et la production int&#233;gr&#233;e dans la lutte, mais par une attaque du c&#244;t&#233; &lt;i&gt;des moyens de production comme capital.&lt;/i&gt; C'est leur abolition comme valeur absorbant le travail pour se valoriser. Cette abolition n'est pas une abstraction, c'est la destruction (qui peut &#234;tre physique) de certains moyens de production, leur abolition en tant qu'usine dans laquelle se d&#233;finit ce qu'est un produit, &lt;i&gt;c'est-&#224;-dire les cadres de l'&#233;change et du commerce&lt;/i&gt;, c'est leur d&#233;finition, leur absorption dans les rapports qui deviennent des rapports individuels dans l'autotransformation des prol&#233;taires. L'attaque contre la nature de capital des moyens de production, c'est leur emparement qui, ne se limitant pas aux stricts moyens de production, r&#233;duit ces derniers au rang de simples instruments transform&#233;s et adapt&#233;s aux besoins dans la lutte. L&#224; se situe bien la &lt;i&gt;centralit&#233; des lieux de production&lt;/i&gt;, ne serait-ce que pour les abolir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand le collectif &lt;i&gt;Ahou&lt;/i&gt; (op. cit.) d&#233;clare : &#171; Voici venu le temps de l'&#233;meute &#187; (p. 198)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb166&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le collectif Ahou se distingue ici de la th&#232;se de Joshua Clover dans (&#8230;)&#034; id=&#034;nh166&#034;&gt;166&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, il s'empresse d'ajouter deux pages plus loin, en conclusion : &#171; Pourtant, derri&#232;re les flics, derri&#232;re le gouvernement, derri&#232;re l'Etat qui redistribue l'argent, il y a un rapport social structur&#233; autour de l'exploitation du travail. C'est l&#224; le v&#233;ritable c&#339;ur de l'organisation sociale : il nous permet de manger, mais c'est en m&#234;me temps le n&#339;ud de l'in&#233;galit&#233;, de toutes les in&#233;galit&#233;s. [&#8230;] C'est donc bien sur ce terrain du travail qu'il faudra &#233;valuer la port&#233;e historique de la gilet-jaunisation des luttes &#187;. (p. 200).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si les luttes sur la r&#233;partition du revenu, aussi &#171; clarifi&#233;es &#187; qu'elles puissent devenir, ont un &#171; plancher de verre &#187; &#224; franchir, si elles ont &#224; poser la question de la production, sous peine d'imploser dans les limites qu'elles produisent pour elles-m&#234;mes ; les luttes revendicatives, celles qui ont pour cadre les lieux de production, ont quant &#224; elles un &#171; plafond de verre &#187; &#224; franchir. C'est-&#224;-dire situer la contradiction entre les classes au niveau de sa &lt;i&gt;reproduction&lt;/i&gt;. Il est vrai que le principal r&#233;sultat du proc&#232;s de production c'est le renouvellement de la s&#233;paration du travail et du capital. Mais cela ne va pas sans inclure l'existence de la circulation et de l'&#233;change et l'activit&#233; de &lt;i&gt;toutes les instances du mode de production&lt;/i&gt; dont l'Etat. C'est alors, &lt;i&gt;&#224; partir du proc&#232;s de production mais dans des pratiques qui l'exc&#232;dent&lt;/i&gt;, que peut &#234;tre pos&#233;e et reconnue pratiquement l'appartenance de classe comme une contrainte ext&#233;rieure impos&#233;e par le capital, c'est-&#224;-dire impos&#233;e comme &lt;i&gt;reproduction&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;h.v8gvfd91uq6e&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La revendication salariale hors de l'entreprise&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La th&#233;orie est &lt;i&gt;addict&lt;/i&gt; &#224; la production et aux rapports de production, mais quand la sous-traitance, le z&#233;ro stock, l'&#233;conomie des flux intriquent la circulation des marchandises (qui fut toujours un moment de la production) et leur transformation mat&#233;rielle, quand l'achat global de la force de travail socialise sa valeur, la production de valeur et le partage entre surtravail et travail n&#233;cessaire diffusent sur l'ensemble de la reproduction. Sur l'&#238;le de la R&#233;union, le blocage de la production a &#233;t&#233; quasiment imm&#233;diat et total : raffineries de sucre, d&#233;p&#244;ts de carburant, terminaux p&#233;troliers, etc. En m&#233;tropole, le blocage des plateformes logistiques et des grands ronds-points &#171; strat&#233;giques &#187; n'a pas &#233;t&#233; une plaisanterie, c'&#233;tait parfois une centaine de semi-remorques qui &#233;taient bloqu&#233;s pour la nuit entre deux ronds-points.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, ce mouvement qui a stigmatis&#233; les &#171; riches &#187; a rarement stigmatis&#233; le riche &lt;i&gt;en patron&lt;/i&gt;. Alors que toutes les &#171; rentes &#187; des &#233;lus et hauts fonctionnaires &#233;taient vis&#233;es, il n'&#233;tait que tr&#232;s rarement question des &#171; salaires &#187; des grands patrons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toutes les r&#233;formes du Code du travail, la loi Travail du 8 ao&#251;t 2016 et les ordonnances Macron du 22 septembre 2017, ont tendu &#224; court-circuiter les accords de branche afin que toute n&#233;gociation ait lieu au niveau de l'entreprise. M&#234;me si dans sa composition sociale le mouvement &#233;tait peu directement affect&#233; par ces r&#233;formes, c'est dans ce climat que les Gilets jaunes ont port&#233; leurs revendications en dehors du lieu de travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;mun&#233;ration, conditions de travail et sens du travail, les Gilets jaunes ont port&#233; ces questions en dehors des murs de l'entreprise en interpellant l'Etat. D&#232;s la fin novembre 2018, les revendications exprim&#233;es sur les ronds-points se sont d&#233;ploy&#233;es vers la question salariale. Le mouvement des Gilets jaunes n'est pas r&#233;ductible &#224; un mouvement de salari&#233;s, il comprend des retrait&#233;s, des travailleurs ind&#233;pendants, des petits patrons, des m&#232;res c&#233;libataires sans emploi, des handicap&#233;s (il est exceptionnel dans un mouvement social de voir reconnue une telle pr&#233;sence d'handicap&#233;s), mais les salari&#233;s y sont tr&#232;s majoritaires. Ce qui a rapidement d&#233;stabilis&#233; &#171; l'interclassisme &#187;. Augmentation des r&#233;mun&#233;rations, r&#233;&#233;valuation des retraites, l'enjeu du salaire et des prestations sociales sont tout aussi rapidement devenus un point cl&#233; des diverses plateformes de revendications. Au-del&#224; de la suppression de la taxe sur les carburants, la r&#233;ponse de Macron le 10 d&#233;cembre signale la centralit&#233; de ces revendications, lorsqu'il pr&#233;sente une hausse de la prime d'activit&#233; comme une hausse du Smic. Mais la man&#339;uvre ne prend pas : les revendications salariales continuent et s'&#233;tendent et s'articulent alors, dans la transmutation, essentielle dans ce mouvement, de la revendication &#233;conomique en langage politique (vu la place conf&#233;r&#233;e imm&#233;diatement &#224; l'Etat), avec la revendication du RIC (R&#233;f&#233;rendum d'initiative citoyenne). Si, pour les Gilets jaunes, l'espace de la lutte salariale se d&#233;place en dehors de l'entreprise (ce qui n'emp&#234;che pas les groupes de Gilets jaunes de soutenir, souvent physiquement, les luttes locales se d&#233;roulant dans leur p&#233;rim&#232;tre) c'est que leur situation en entreprise poss&#232;de le plus souvent des caract&#233;ristiques qui rendent inefficace ou m&#234;me inenvisageable la formulation de ces revendications dans un face-&#224;-face avec l'employeur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a des raisons &#233;videntes et objectives qui ont fait que rarement mouvement social se sera d&#233;velopp&#233; si loin des syndicats, mais pas forc&#233;ment des syndicalistes qui, personnellement &#233;taient souvent bien pr&#233;sents. La CGT a connu trois &#233;checs successifs dans sa volont&#233; de se raccorder &#224; la mobilisation en cours : le 14 d&#233;cembre 2018, le 5 f&#233;vrier et le 19 mars 2019 et, selon l'&#233;ditorial du &lt;i&gt;Monde&lt;/i&gt; du 2 mai 2019, le 1&#176; mai, &#171; pour la deuxi&#232;me ann&#233;e d'affil&#233;e, les syndicats s'&#233;taient fait voler leur journ&#233;e &#187; (Martinez, Secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral de la CGT, dut m&#234;me &#234;tre exfiltr&#233; du cort&#232;ge). En ce qui concerne la CGT : &#171; Forte de 59 000 sections syndicales et syndicats de base, d'environ 800 UL, de 96 UD et d'une trentaine d'organisations professionnelles (f&#233;d&#233;rations ou syndicats nationaux), la centrale souffre de gros d&#233;s&#233;quilibres. Parmi ses adh&#233;rents, 42 % sont issus de la fonction publique (y compris hospitali&#232;re), laquelle ne repr&#233;sente que 20 % des emplois en France. Et, dans le priv&#233;, l'&#233;crasante majorit&#233; des effectifs (68 %) se trouve dans des entreprises de plus de 500 salari&#233;s &#8211; l&#224; o&#249; se concentrent seulement un tiers des emplois et les plus fortes moyennes de salaire &#224; tous les &#233;chelons. A l'inverse, seuls 9 % travaillent dans des entreprises de moins de 50 salari&#233;s. La CGT s'est &#233;loign&#233;e des plus pr&#233;caires, de ceux qui ont gonfl&#233; les rangs des Gilets jaunes, 'ce petit salariat &#224; 1500 euros qui &#233;tait autrefois son public', note l'historien St&#233;phane Sirot. Elle &#233;choue &#224; s&#233;duire les occasionnels, les travailleurs isol&#233;s, comme ceux des tr&#232;s petites entreprises (TPE). Elle n'a gu&#232;re r&#233;ussi non plus son pari de rassembler les ch&#244;meurs. [&#8230;] 'Apr&#232;s 1968, les communaut&#233;s de travail ont &#233;t&#233; explos&#233;es, raconte M. Marcel Croquefer, 65 ans, ancien responsable syndical d'une raffinerie &#224; Dunkerque. L'impact a &#233;t&#233; direct sur les salaires, les conditions de travail et la repr&#233;sentativit&#233; syndicale. Avec la d&#233;sindustrialisation, les gros bataillons &#8211; mines, sid&#233;rurgie, m&#233;tallurgie, textile &#8211; ont fondu comme neige au soleil [&#8230;] La vie ouvri&#232;re a &#233;t&#233; renvoy&#233;e vers la sous-traitance.' &#187; (&#171; La CGT &#224; l'heure des Gilets jaunes &#187;, &lt;i&gt;Le Monde diplomatique&lt;/i&gt;, mai 2019).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La syndicalisation est associ&#233;e &#224; la stabilit&#233; de l'emploi. La propension &#224; se syndiquer est quasi nulle parmi les salari&#233;s en int&#233;rim (1 %) ou en CDD (2 %). Par ailleurs les salari&#233;s qui travaillent &#224; temps complet sont sensiblement plus syndiqu&#233;s (12 %) que ceux qui travaillent &#224; temps partiel (8 %). Les salari&#233;s syndiqu&#233;s sont un peu plus &#226;g&#233;s que la moyenne et les hommes d&#233;clarent adh&#233;rer &#224; une organisation syndicale un peu plus souvent (12 %) que les femmes (10 %). Dans les &#233;tablissements de moins de 50 salari&#233;s, le taux de syndicalisation est de 5 % dans le secteur marchand et associatif, contre 19 % au sein de la fonction publique. La pr&#233;sence de syndicats et la syndicalisation des salari&#233;s augmentent avec la taille des &#233;tablissements et la formalisation des relations de travail qu'elle induit. L'&#233;cart demeure n&#233;anmoins important entre les deux secteurs, m&#234;me dans les grands &#233;tablissements. Bien que disposant, dans la grande majorit&#233; des cas, de sections syndicales et de d&#233;l&#233;gu&#233;s syndicaux, les salari&#233;s des grands &#233;tablissements du secteur marchand et associatif restent moins syndiqu&#233;s que ceux de la fonction publique. &#187; (Dares, &lt;i&gt;Enqu&#234;te travail-emploi&lt;/i&gt;, 2016).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut dire qu'en dehors des diff&#233;rences de sociologie entre les syndicats et les Gilets jaunes, tout avait assez mal commenc&#233; quand le 6 d&#233;cembre 2018 une intersyndicale (avec la CGT mais pas Solidaires) publia un communiqu&#233; appelant le gouvernement au &#171; dialogue &#187; et d&#233;non&#231;ant &#171; toutes formes de violence dans l'expression des revendications &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le n&#176; dat&#233; du 19 novembre 2018, au lendemain de l'Acte I, &lt;i&gt;l'Humanit&#233;&lt;/i&gt; d&#233;clare &#171; Des alternatives ont pourtant bien &#233;t&#233; propos&#233;es &#224; gauche pour conjuguer justice sociale et &#233;cologie, et pour tenter de sortir du '&lt;i&gt;ras-le-bol fiscal&lt;/i&gt;', ce mot d'ordre fourre-tout brandi &#224; droite et &#224; l'extr&#234;me droite pour &lt;i&gt;liquider notre Etat social&lt;/i&gt; [nous soulignons]. &#187;. Le 20 novembre 2018 (deux jours apr&#232;s l'Acte I), &lt;i&gt;l'Humanit&#233;&lt;/i&gt; publie un &#233;ditorial de l'historien Roger Martelli : &#171; &#8230; sur le fond, le mouvement reste sur un registre qui le rapproche de la jacquerie antifiscale. [&#8230;] L'extr&#234;me droite a ainsi fait de 'l'antifiscalisme' son cheval de bataille historique. Elle n'attise pas la col&#232;re sociale, mais cultive le ressentiment. Elle se garde de parler d'&#233;galit&#233;, de service public, de protection sociale. Elle n'a jamais aim&#233; les mouvements sociaux ; elle a toujours pr&#233;f&#233;r&#233; la jacquerie. &#187;. Sur la m&#234;me page, Alain Obadia, pr&#233;sident de la Fondation Gabriel P&#233;ri, ajoute : &#171; &#8230;ce conflit est probl&#233;matique, car il est en r&#233;alit&#233; manipul&#233; par l'extr&#234;me droite. &#187; Les soubresauts &lt;i&gt;post mortem&lt;/i&gt; des repr&#233;sentants patent&#233;s de l'identit&#233; ouvri&#232;re sont path&#233;tiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout autant path&#233;tiques sont les d&#233;clamations militantes : &#171; Nous appelons &#224; la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale reconductible &#224; partir du 5 f&#233;vrier. A condition que les directions syndicales ne n&#233;gocient pas avec le gouvernement et n'enterrent pas le mouvement&#8230; &#187; (Les Gilets Jaunes de Commercy, le 21 janvier 2019, en pr&#233;paration de &#171; l'Assembl&#233;e des Assembl&#233;es &#187; du 26-27 janvier). Demander aux syndicats d'organiser une gr&#232;ve et de ne pas n&#233;gocier, c'est l'aveu m&#234;me que les Gilets jaunes sont de fait &#233;trangers au mouvement syndical.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si les salari&#233;s sont tr&#232;s majoritaires, la plupart des donn&#233;es publi&#233;es ont pr&#233;sent&#233; les niveaux de revenus et les difficult&#233;s financi&#232;res sans s&#233;parer les salari&#233;s des autres groupes mobilis&#233;s. Si cela est regrettable, cela n'en est pas moins significatif de l'originalit&#233; de ce mouvement qui s'est fix&#233; sur le revenu et les modes de vie qui en d&#233;coulent. Des clivages ont eu lieu ensuite mais sans remettre fondamentalement en cause l'unit&#233; du point de d&#233;part. Dans toute insurrection, tout commence par une question de revenu : &lt;i&gt;il faut continuer &#224; vivre&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Les chercheurs de Sciences-Po Grenoble montrent que 68 % de leur &#233;chantillon de Gilets jaunes disposent d'un revenu par foyer inf&#233;rieur au revenu m&#233;dian, tandis que 17 % se situent parmi les 10 % de Fran&#231;ais les plus pauvres (moins de 1136 euros par mois pour le foyer). Les chercheurs du centre Emile Durkheim constatent quant &#224; eux que 45 % de leur &#233;chantillon est non imposable et que le revenu moyen de leurs enqu&#234;t&#233;s est inf&#233;rieur de 30 % &#224; la moyenne nationale. Dans les donn&#233;es recueillies par le collectif de chercheurs &lt;i&gt;Quantit&#233; critique&lt;/i&gt;, les difficult&#233;s financi&#232;res d&#233;clar&#233;es sont partag&#233;es tant par les salari&#233;s que par les autres groupes : 89 % des Gilets jaunes y d&#233;clarent avoir du mal &#224; finir le mois. Ce chiffre ne change quasiment pas (90 %) lorsqu'on regarde uniquement les salari&#233;s de l'&#233;chantillon. [&#8230;]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; En pr&#233;cisant encore leur rapport &#224; l'entreprise, on observe que les enqu&#234;t&#233;s semblent plut&#244;t travailler dans de petites structures. Lors d'une enqu&#234;te qualitative men&#233;e dans l'Oise, on observe premi&#232;rement une l&#233;g&#232;re surrepr&#233;sentation des actifs travaillant dans les tr&#232;s petites, petites ou moyennes entreprises (TPE-PME). Alors que la moyenne nationale n'est que de 49 %, ils sont 57 % &#224; travailler dans ce type de structure, dont 25% dans les TPE. [&#8230;] la participation de ce salariat est relativement exceptionnelle comparativement &#224; la composition classique des mobilisations interprofessionnelles, centr&#233;es au contraire sur les grandes entreprises. L'une des originalit&#233;s du mouvement des Gilets jaunes tient effectivement dans sa capacit&#233; &#224; mobiliser des personnes peu coutumi&#232;res de l'action collective (47 % de l'&#233;chantillon &#233;tudi&#233; par Sciences-Po Grenoble se compose de primo-manifestants).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Dans ces petites entreprises, les rapports avec le patron sont les plus positifs. Nombreux sont les Gilets jaunes &#224; d&#233;clarer entretenir une relation cordiale ou amicale avec leur patron quand ils travaillent dans les TPE, ce qui n'est le cas que pour une part marginale de ceux travaillant dans de grandes ou de tr&#232;s grandes entreprises, [&#8230;] le patron &#233;tant souvent int&#233;gr&#233; au collectif de travail. L'employeur est alors rarement consid&#233;r&#233; comme un adversaire. &#187; (&lt;i&gt;Salaires : comment les Gilets jaunes ont court-circuit&#233; les n&#233;gociations collectives&lt;/i&gt;, M&#233;diapart, 24 mai 2019).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Ce que l'on appelle la gauche, c'est la formalisation id&#233;ologique et politique de l'existence sociale de certains segments de classes (fonctionnaires + employ&#233;s de grandes entreprises, habitants des grandes villes, etc.), qui est presque trait pour trait antinomique avec ce qui s'est manifest&#233; avec les Gilets jaunes : pr&#233;caires, femmes, ruraux et p&#233;riph&#233;riques, employ&#233;s de PME, auto-entrepreneurs fauch&#233;s, etc. La ligne de fracture 'id&#233;ologique' est alors effectivement une ligne de fracture sociale : le Gilet jaune 'de base' a plus d'affinit&#233;s avec un petit patron boulanger qui a deux employ&#233;s qu'avec un cheminot syndiqu&#233;, m&#234;me si le cheminot est plus proche de lui en termes de salaire. En r&#233;alit&#233; les deux sont pris et &#233;cartel&#233;s dans leur propre interclassisme, l'un avec son petit patron, l'autre avec l'id&#233;ologie du service public. Il y a un certain interclassisme qui est possible avec les Gilets jaunes, qui est celui d'une lutte de classe propre &#224; ce mouvement, et qui n'est absolument pas celui de la gauche. [&#8230;] L'existence sociale de la gauche, c'est par ailleurs, ce &#224; quoi se heurte M&#233;lenchon dans sa tentative de promouvoir un populisme de gauche : il louche vers les Gilets jaunes, il voudrait ce mouvement populaire mais sa base est constitu&#233;e par la vieille gauche de 1995, qui l'exclut de facto. &#187; (Alain Corne, &lt;i&gt;blog Carbure&lt;/i&gt;, f&#233;vrier 2019).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les annexes du chapitre &lt;i&gt;Th&#233;ories sur le travail productif et le travail improductif&lt;/i&gt; (&lt;i&gt;Th&#233;ories sur la plus-value,&lt;/i&gt; &#233;d. Sociales, t. 1, pp. 476 &#224; 478), Marx s'interroge : &#171; Mais qu'en est-il alors des artisans ou paysans ind&#233;pendants qui n'emploient pas d'ouvriers, donc ne produisent pas en tant que capitalistes ? [&#8230;] Ils me font face comme vendeurs de marchandises, non comme vendeurs de travail ; ce rapport n'a donc rien &#224; voir avec l'&#233;change de capital et de travail, ni donc avec la distinction entre &lt;i&gt;travail productif et travail improductif&lt;/i&gt;. [&#8230;] Ils n'entrent donc ni dans la cat&#233;gorie des &lt;i&gt;travailleurs productifs&lt;/i&gt; ni dans celle des &lt;i&gt;travailleurs improductifs&lt;/i&gt;, bien qu'ils soient producteurs de marchandises. Mais leur production n'est pas subsum&#233;e sous le mode de production capitaliste. Il est possible que ces producteurs, qui travaillent avec leurs propres moyens de production, non seulement reproduisent leur propre puissance de travail, mais cr&#233;ent de la plus-value, leur position leur permettant de s'approprier leur propre surtravail ou une partie de celui-ci (&lt;i&gt;une partie leur &#233;tant soustraite sous forme d'imp&#244;ts&lt;/i&gt;, etc. &#8211; nous soulignons). [&#8230;] Le paysan ou l'artisan ind&#233;pendants sont divis&#233;s en deux personnes. Comme possesseur des moyens de production, il est capitaliste, comme travailleur, il est son propre salari&#233; et se paie avec la plus-value, le tribut que le travail doit au capital. [&#8230;] Les moyens de production ne deviennent capital que dans la mesure o&#249; ils sont autonomis&#233;s comme puissance autonome face au travail. Dans le cas pr&#233;sent, le producteur &#8211; le travailleur &#8211; est possesseur, propri&#233;taire de ses moyens de production. Ils ne sont donc pas plus du capital, qu'il n'est, vis-&#224;-vis d'eux, travailleur salari&#233;. N&#233;anmoins, ils sont con&#231;us comme capital, et lui-m&#234;me est divis&#233;, en sorte que, comme capitaliste, &lt;i&gt;il&lt;/i&gt; [soulign&#233; dans le texte] s'emploie lui-m&#234;me comme travailleur salari&#233;. [&#8230;] Certes, dans le cas pr&#233;sent (&#224; supposer qu'il vende sa marchandise &#224; sa valeur) le producteur cr&#233;e sa propre &lt;i&gt;plus-value&lt;/i&gt;, ou encore son produit entier ne mat&#233;rialise que son propre travail. Mais, s'il peut s'approprier &lt;i&gt;lui-m&#234;me&lt;/i&gt; le produit entier de son propre travail, [&#8230;] il le doit non &#224; son travail &#8211; qui ne le diff&#233;rencie pas des autres travailleurs &#8211; mais &#224; la possession des moyens de production. C'est donc seulement gr&#226;ce au fait qu'il est propri&#233;taire de ceux-ci qu'il s'empare de son propre surtravail, et se comporte ainsi, envers lui-m&#234;me comme travailleur salari&#233;, comme son propre capitaliste. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marx ne consid&#232;re ici que l'artisan ou le paysan n'ayant aucun salari&#233;, mais tant que le patron met la main &#224; la p&#226;te tout en r&#233;partissant et organisant le travail de ses quelques salari&#233;s, son enrichissement d&#251; &#224; l'appropriation de son propre surtravail mais aussi &#224; l'appropriation de celui de ses salari&#233;s appara&#238;t comme l&#233;gitime dans la mesure o&#249; chacun semble contribuer &#224; la reproduction des moyens de production n&#233;cessaires. Y compris le patron qui paye de sa personne et de son propre surtravail. Le patron est alors celui qui &#171; a pris le risque &#187; ; ce qui est &lt;i&gt;objectivement&lt;/i&gt; dissimul&#233; par le &lt;i&gt;travail&lt;/i&gt; du patron, c'est que ce &#171; risque &#187; n'a de r&#233;alit&#233; que dans l'&#233;change avec le travail salari&#233; qui le valorise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;h.te399295zoc2&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;Montrer ce que l'on cache&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si les revendications salariales, celles sur les retraites et les minima sociaux, n'ont pas du tout &#233;t&#233; absentes du mouvement, ni la solidarit&#233; constamment affirm&#233;e et pratiqu&#233;e avec les gr&#232;ves et les luttes locales, il ne faut pas s'imaginer qu'une gr&#232;ve, une revendication sur le salaire, sortiraient ipso facto (par d&#233;finition) des rapports de distribution. En effet ce n'est que comme &#171; prix du travail &#187; qu'existe le salaire et sa relation au travail. Cependant comme &#171; prix du travail &#187; les rapports de distribution montrent souvent les rapports de production qu'ils cachent : le salaire comme valeur de la force de travail, toute la valeur produite comme produit du travail et par l&#224; l'existence de la plus-value. Ne pas &#171; pouvoir vivre dignement de son travail &#187;, &#171; ne pas boucler les fins de mois &#187;, r&#233;clamer la fin de la taxation des &#171; produits de premi&#232;re n&#233;cessit&#233; &#187;, c'est, sans avoir lu le Livre I du &lt;i&gt;Capital&lt;/i&gt;, affirmer que le salaire ne paye pas le travail mais la seule possibilit&#233; (et encore&#8230;) de se reproduire comme travailleur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Sous son aspect de cr&#233;ateur de valeur, s'exprimant dans la valeur des marchandises, le travail n'a rien &#224; voir avec la r&#233;partition de cette valeur entre des cat&#233;gories diff&#233;rentes. Sous son aspect sp&#233;cifiquement social de travail salari&#233;, il n'est pas productif de valeur. Nous avons d&#233;j&#224; montr&#233; que le salaire ou prix du travail n'est qu'une expression irrationnelle de la valeur ou prix de la force de travail ; rien de commun entre les conditions sociales d&#233;termin&#233;es dans lesquelles la force de travail est vendue et le travail en tant qu'agent g&#233;n&#233;ral de production. Le travail se mat&#233;rialise tout aussi bien dans l'&#233;l&#233;ment de valeur de la marchandise, qui, sous forme de salaire, constitue le prix de la force de travail. Il cr&#233;e cette fraction du produit au m&#234;me titre que les autres ; mais il ne s'y mat&#233;rialise pas davantage ni autrement que dans les fractions constituant la rente ou le profit. Du moment que nous prenons le travail en tant que cr&#233;ateur de valeur, nous ne le consid&#233;rons pas dans sa forme concr&#232;te de condition de la production, mais dans une d&#233;finition sociale, distincte de celle du travail salari&#233;. M&#234;me l'expression : 'capital-profit' est ici incorrecte. Car, si nous concevons le capital sous le seul aspect de la production de plus-value, &#224; savoir dans son rapport avec l'ouvrier, quand il extorque du surtravail par la contrainte qu'il fait peser sur la force de travail, c'est-&#224;-dire sur le salari&#233;, cette plus-value, en plus du profit (profit d'entrepreneur plus int&#233;r&#234;t), comprend &#233;galement la rente, bref, il s'agit de la plus-value tout enti&#232;re indivise. &#187; (Marx, &lt;i&gt;Le Capital&lt;/i&gt;, &#233;d. Sociales, t. 8, pp. 201-202).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Eh oui, &#171; Il s'agit de la plus-value tout enti&#232;re indivise &#187;. C'est l&#224; que nous pouvons nous permettre de commenter, &#224; partir des caract&#233;ristiques de la lutte des Gilets jaunes, les analyses de Marx. L'achat-vente de la force de travail comme rapport de production fait lui-m&#234;me la distinction, c'est le processus m&#234;me de l'exploitation de la valeur d'usage de la force de travail. La confusion entre travail et travail salari&#233; ne va pas de soi, mais &#171; le capital suppose &#233;videmment que le travail est du travail salari&#233; &#187; (idem, p. 203). Si l'on ne doit pas faire la confusion entre le travail, en tant que source de la valeur et le travail salari&#233; en tant que r&#233;partition d'une fraction de cette valeur, il n'en demeure pas moins que l'exploitation, c'est-&#224;-dire la distinction entre valeur d'&#233;change et valeur d'usage de la force de travail, est la connexion entre les deux. Les Gilets jaunes ne faisaient que demander une juste et &#233;quilibr&#233;e r&#233;partition de la richesse produite, mais quand ne leur revient que ce qui permet de survivre, tout le reste appara&#238;t comme une extorsion ill&#233;gitime.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est finalement toujours sur la question du &#171; plancher de verre &#187; que butte cette dialectique entre rapports de production et rapports de distribution. Pour rester dans le local, dans le cours du mouvement avait lieu &#224; Carpentras et &#224; Monteux (Vaucluse) une gr&#232;ve salariale sur deux sites de Mc Cormick (Ducros et Vahin&#233;). Sur une photo publi&#233;e dans &lt;i&gt;La Provence&lt;/i&gt; (20 novembre 2018), sous la banderole &#171; usines en gr&#232;ve &#187;, de nombreux gr&#233;vistes portaient le gilet jaune. La menace de se transformer en &#171; Gilets jaunes &#187; se reproduit le 10 janvier 2019 &#224; l'usine PSA Trith &#224; Valenciennes, puis &#224; la cristallerie d'Arc &#224; Saint-Omer. Sans tomber dans une survalorisation des &#171; luttes d'usine &#187;, actuellement la domination des rapports de distribution est non seulement, comme toujours, le fait que c'est l' &#171; illusion n&#233;cessaire dans laquelle nous vivons &#187;, mais encore tient aux conditions de la crise et au d&#233;roulement, du moins en Occident, des &#171; grands mouvements sociaux &#187; que nous avons eu ces derni&#232;res ann&#233;es et au &#171; plancher de verre &#187; qui leur est li&#233; : leur incapacit&#233; &#224; p&#233;n&#233;trer les lieux de production, &lt;i&gt;&#224; y na&#238;tre et s'y d&#233;velopper&lt;/i&gt;, ce qui n'est pas n&#233;cessairement identique &#224; l'absence de lien avec la sph&#232;re de la production.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est ind&#233;niable que le mouvement a cr&#233;&#233; &#171; dans les entreprises un appel d'air avec une mont&#233;e des revendications salariales [&#8230;] s'agr&#232;gent dessus des m&#233;contentements rentr&#233;s qui voient une opportunit&#233; de se faire entendre. &#187; (Yves Veyrier, num&#233;ro un de FO, &lt;i&gt;Le Monde,&lt;/i&gt; 6/12/18). Les journalistes commentent : &#171; La s&#233;quence d'aujourd'hui montre qu'une partie des actifs ne compte plus sur les corps interm&#233;diaires pour exprimer leurs dol&#233;ances. Un tel ph&#233;nom&#232;ne commence &#224; &#233;merger dans certaines entreprises o&#249; il y a pourtant une pr&#233;sence syndicale. C'est inqui&#233;tant pour les syndicats et les directeurs de ressources humaines. Au fond, tout se passe comme si les 'Gilets jaunes' r&#233;v&#233;laient la fragile l&#233;gitimit&#233; des partenaires sociaux '&#233;tablis' [&#8230;] Tous sont jet&#233;s dans le m&#234;me sac : les partis politiques, les corps interm&#233;diaires, c'est tr&#232;s pr&#233;occupant pour le fonctionnement de notre d&#233;mocratie. &#187; (idem). De son c&#244;t&#233; Laurent Berger (Secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral de la CFDT), sur France Inter d&#233;clare : &#171; Nous sommes dans une impasse &#187; (&lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt;, 8/1/19). &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si le mouvement des Gilets jaunes ne pouvait par nature, en tant que tel, p&#233;n&#233;trer les lieux de la production, le ralliement ouvrier au mouvement &#233;tait r&#233;el, ne serait-ce que par la seule composition du mouvement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le p&#233;kin moyen (entre autres r&#233;dacteurs et/ou lecteurs de &lt;i&gt;Th&#233;orie Communiste&lt;/i&gt;), sait que les fins de mois sont difficiles, que les salaires ne bougent pas, que la pression fiscale augmente, que les d&#233;ficits publics ont &#233;t&#233; sciemment creus&#233;s depuis trente ans, que tout s'est acc&#233;l&#233;r&#233; quand la dette publique a explos&#233; &#224; partir de 2008 pour renflouer le syst&#232;me financier et que maintenant il faut &#233;ponger. Le p&#233;kin moyen le sait, alors, selon les circonstances, il se tourne contre son patron (Mc Cormick a l&#226;ch&#233; 80 euros minimum d'augmentation &#224; ses salari&#233;s de Monteux et Carpentras) et/ou contre l'Etat, trouvant de moins en moins que payer l'imp&#244;t est un &#171; acte citoyen &#187; (sondage du &lt;i&gt;Monde&lt;/i&gt; du 23 novembre 2018). Et si, au tout d&#233;but du mouvement, tous les coordonnateurs d&#233;partementaux qui se sont concert&#233;s &#224; Paris le vendredi 23 novembre 2018 avaient des allures et des t&#234;tes de petits patrons, le p&#233;kin moyen qui n'est pas un imb&#233;cile s'en est aper&#231;u. Les pressions objectives qui embarquent tout le monde sur la question du revenu, du peuple, de la l&#233;gitimit&#233; de l'Etat ne sont pas des &#171; man&#339;uvres &#187;, elles sont actuellement fortes et r&#233;sultent de la nature m&#234;me de la crise depuis 2008. Quelle que fut sa composition sociale, le mouvement des Gilets jaunes ne pouvait y &#233;chapper d'autant plus qu'il s'y reconnaissait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'il ne s'agit pas de r&#234;ver &#224; un retour de l'identit&#233; ouvri&#232;re et de ses gros bataillons, il ne faut pas inversement se figurer que le prol&#233;tariat s'est &#233;vapor&#233;, dissout (la fragmentation n'est pas une dissolution) et que la fin du programmatisme signifie qu'il ne peut y avoir de luttes qu'interclassistes. Que le fait de lutter en tant que classe soit la limite de la lutte de classe, ne signifie pas la fin de la lutte de classe dans ce qu'elle peut avoir de propre, ni que l'ill&#233;gitimit&#233; est la fin de la revendication pour ses int&#233;r&#234;ts propres, ni que l'interclassisme est la forme n&#233;cessaire de cette contradiction, ni surtout le moyen terme oblig&#233; de sa solution. On peut m&#234;me ajouter que c'est en passant au niveau de la &lt;i&gt;reproduction&lt;/i&gt; qu'une lutte revendicative peut se remettre en cause en tant que telle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;h.hg6p52m0qgmz&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;La relation aux lieux de la production comme limite et comme norme&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si nous intitulons ce chapitre &#171; la relation aux lieux de production &#187;, c'est parce que la lutte des Gilets jaunes n'a pas laiss&#233; dans l'ombre la relation &#224; la production mais l'a trait&#233;e selon sa nature, c'est-&#224;-dire &#224; partir des rapports de distribution et de la place de l'Etat dans ces rapports. Le &lt;i&gt;travail&lt;/i&gt;, le salaire comme revenu ont &#233;t&#233; au c&#339;ur du mouvement, la production &#233;tait pr&#233;sente mais il fallait la pr&#233;server (tout en appuyant les luttes revendicatives) comme le fondement de la dignit&#233; du travail qui fait tourner le monde. Les lieux de la production sont ainsi demeur&#233;s des &#171; &#238;lots de stabilit&#233; &#187; comme l'&#233;crit Leoni dans sa suite de textes sur le mouvement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette &#171; absence &#187; d'attaque sur les lieux de la production est une limite du mouvement constitutive de ce qui fut sa dynamique et sa force, et non un manque vis-&#224;-vis d'un paradigme intemporel de ce que doit &#234;tre la r&#233;volution. Chaque mouvement, chaque lutte doit &#234;tre appr&#233;ci&#233; et consid&#233;r&#233; en eux-m&#234;mes et non vis-&#224;-vis d'une norme par rapport &#224; laquelle nous jugerions si toutes les cases ont &#233;t&#233; remplies. Le long texte de Tristan Leoni est, &#224; notre connaissance, ce qui fut &#233;crit de plus complet et de plus pertinent peut-&#234;tre m&#234;me de par son normativisme, c'est-&#224;-dire ce travers si fr&#233;quent de voir les limites d'une lutte non en elles-m&#234;mes comme constitutive de la lutte m&#234;me, mais comme un manque par rapport &#224; &#171; la r&#233;volution &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; N'ayant pas de revendications tr&#232;s d&#233;finies, encore moins de structure ni d'&#233;tat-major, le mouvement peine &#224; &#233;tablir une strat&#233;gie coh&#233;rente et efficace et s'enferme dans diverses impasses. &#187;, &#233;crit Leoni. Soit les &#171; impasses &#187; du mouvement r&#233;sultent de ces absences et difficult&#233;s, soit comme il le soutient par ailleurs avec raison, elles constituent la &lt;i&gt;force&lt;/i&gt; du mouvement. En fait, ici, l'analyse s'enlise dans un certain normativisme consistant &#224; dire d'une part : &#171; les Gilets jaunes c'est bien &#187; et, d'autre part : &#171; ce serait mieux, s'ils remplissaient certaines cases de la norme convenue de la lutte de classe. &#187; Cela, essentiellement en ce qui concerne leur relation &#224; la sph&#232;re de la production. Ce th&#232;me de &#171; l'impasse &#187; revient r&#233;guli&#232;rement dans son texte. Mais qu'est-ce qu'une impasse ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour parler d'&#171; impasse &#187;, il faut avoir con&#231;u une dynamique et une perspective contenues dans la lutte consid&#233;r&#233;e, que celle-ci n'a pas r&#233;alis&#233;es ou accomplies. C'est-&#224;-dire qu'il faut comprendre une lutte non selon ses caract&#233;ristiques propres contenant ses limites dans sa dynamique m&#234;me et la constituant, mais selon &lt;i&gt;ce qui aurait pu &#234;tre&lt;/i&gt;, c'est-&#224;-dire selon les crit&#232;res &lt;i&gt;a priori&lt;/i&gt; de la &#171; vraie et bonne lutte de classe &#187;. Il est, par ailleurs, &#233;vident qu'il est tout &#224; fait l&#233;gitime d'&#233;noncer les &lt;i&gt;limites&lt;/i&gt; d'une lutte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Consid&#233;rons la limite g&#233;n&#233;rale de ce cycle de luttes : agir en tant que classe contre le capital en n'existant comme classe que dans son rapport au capital sans que puisse exister le moindre retour sur soi confirm&#233; dans la reproduction m&#234;me du capital. C'est cette limite g&#233;n&#233;rale qui, de par son contenu, est amen&#233;e &#224; se diff&#233;rencier &#224; l'int&#233;rieur d'elle-m&#234;me, toujours selon des modalit&#233;s sp&#233;cifiques, et qui, par l&#224; seulement pose la dynamique en m&#234;me temps qu'elle se d&#233;finit elle-m&#234;me comme limite. Agir en tant que classe c'est actuellement, d'une part n'avoir pour horizon que le capital et les cat&#233;gories de sa reproduction, et, d'autre part, c'est, pour la m&#234;me raison, &#234;tre en contradiction avec sa propre reproduction de classe, la remettre en cause. Nous ne sortons pas de la limite pour la juger &#224; partir de ce qui n'a pas &#233;t&#233; fait. La limite qui se diff&#233;rencie &#224; l'int&#233;rieur d'elle-m&#234;me, ce sont des actions, des activit&#233;s particuli&#232;res, elle est ce par quoi advient, toujours sp&#233;cifiquement, la dynamique qui n'est pas le mouvement qui la subsume mais sa r&#233;sultante interne. Si nous pouvons parler d'activit&#233;s d'&#233;cart dans la lutte des Gilets jaunes, c'est que la d&#233;termination contradictoire fondamentale de la lutte de classe actuelle (d&#233;finie par l'appartenance au mode de production capitaliste/d&#233;finie contre) que l'on peut consid&#233;rer comme commune &#224; toute l'histoire de ce mode de production, ne se r&#233;sorbe plus (&#224; la suite de la restructuration des ann&#233;es 1970-1980) &#224; l'int&#233;rieur de la reproduction du capital du fait de la production et de l'existence pour soi d'une identit&#233; ouvri&#232;re. En un mot : &lt;i&gt;la lutte des Gilets jaunes est une lutte de classe qui, dans son fondement et ses pratiques, n'a jamais &#233;t&#233; &#171; dans les clous &#187;&lt;/i&gt;. C'est l&#224; &#224; la fois la force de l'analyse de Leoni que de dire que contrairement &#224; toutes les r&#233;ticences &#233;nonc&#233;es par d'autres, il s'agit bien d'une lutte de classe prol&#233;tarienne, et sa faiblesse en ce qu'il ram&#232;ne ce qui fut sa force &#224; des impasses et des limites, pr&#233;supposant par l&#224;-m&#234;me une norme de la lutte de classe. La dynamique devient alors une abstraction parce que la limite (ou l'&#171; impasse &#187;) renvoie &#224; une dynamique en tant qu'existence potentielle d'une finalit&#233; n&#233;cessaire se pr&#233;supposant dans son origine et chacun de ses moment, un &#171; d&#233;j&#224; pas encore &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut penser les limites de ce mouvement (sa relation p&#233;riph&#233;rique et al&#233;atoire &#224; la production) comme intrins&#232;ques, d&#233;finitoires de la lutte. La limite n'est pas seulement ce qui borde le mouvement, une fronti&#232;re qu'il n'aurait pas franchie, elle est d&#233;finitoire de ce qu'elle borde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'est pas &#233;tonnant alors de retrouver, ici et l&#224;, dans le texte de Leoni une certaine nostalgie du &#171; mouvement ouvrier &#187; o&#249; toutes les choses paraissaient claires et &#224; leur place, malgr&#233; toutes les critiques que nous &#233;tions heureux de lui faire : &#171; Cette obsession des banques&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb167&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Rappelons que pour Marx dans les Gloses marginales sur le roi de Prusse et (&#8230;)&#034; id=&#034;nh167&#034;&gt;167&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; n'est [pas] nouvelle, elle est m&#234;me r&#233;currente dans l'histoire du mouvement ouvrier mais celui-ci avait au moins l'avantage de ramener la critique pratique du capitalisme sur les lieux de travail, au c&#339;ur de l'usine donc, de fait, au rapport social capitaliste, et il s'accompagnait, malgr&#233; tout, d'un projet internationaliste. &#187; (&#233;pisode 4).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qui ne regrette pas Billancourt, la forteresse ouvri&#232;re (surtout si on n'y &#233;tait pas ouvrier), la banlieue rouge et le coll&#232;ge Karl Marx, les spectacles d'Yves Montand, le f&#233;minisme du magazine Antoinette, les bulldozers de Vitry, l'internationalisme sovi&#233;tique, et surtout le service d'ordre de la CGT ? S'il est s&#251;r que ce n'&#233;tait pas mieux avant, il est tr&#232;s probable que ce ne sera pas mieux demain. Etrange nostalgie qui semble si partag&#233;e par les tenants radicaux de l'autonomie ouvri&#232;re qui ont perdu leur si n&#233;cessaire &#171; ennemi &#187;. De m&#234;me, l'utilisation du drapeau et de la Marseillaise dans les manifs des Gilets jaunes trouverait sa r&#233;f&#233;rence justificative dans la m&#234;me utilisation par le PCF et la CGT (Leoni, &#233;pisode 4).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cet &#233;pisode 4, Leoni place en exergue trois citations, nous reproduisons les deux premi&#232;res :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Il faut m&#233;conna&#238;tre l'histoire des mouvements de contestation sociale [remarquons comment le texte par cette p&#233;riphrase &#233;vite 'mouvement ouvrier' ou 'lutte de classe', nda] pour ignorer qu'ils ont toujours abrit&#233; en leur sein des &#233;l&#233;ments pour le moins ambigus voire fascisants et en tous les cas peu conformes &#224; 'notre morale r&#233;volutionnaire' ! Mais ils n'apparaissaient pas clairement dans le contexte d'h&#233;g&#233;monie de la pens&#233;e 'de gauche' d'alors qui n'est plus de mise maintenant. &#187; (OCL, &#171; R&#233;flexions sur le mouvement des Gilets jaunes &#187;, &lt;i&gt;Courant alternatif&lt;/i&gt;, n&#176; 286, janvier 2019).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Quarante ans de d&#233;politisation quasi ininterrompue et l'effacement du mouvement ouvrier organis&#233; ont laiss&#233; derri&#232;re eux un champ de ruines politique, social et culturel dont on ne mesure l'&#233;tendue du d&#233;sastre que lorsque la vie collective tente de reprendre ses droits. &#187; (&lt;i&gt;Rapide aper&#231;u du mouvement des Gilets jaunes &#224; Boulogne-sur-mer&lt;/i&gt;, lamouetteenrag&#233;e.noblogs.org, 9 d&#233;cembre 2018).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui est surprenant dans ces deux citations c'est que la disparition des aspects auparavant les plus critiqu&#233;s de l'ex mouvement ouvrier devient la justification, l'explication et l'&#171; excuse &#187; de ce qui g&#234;ne et que l'on cherche &#224; justifier dans le mouvement des Gilets jaunes. Il s'agit alors de trouver dans cette disparition ce que l'on est incapable d'expliquer &#224; partir des d&#233;terminations pr&#233;sentes du rapport de classes. Ceux dont le fondement &#233;tait de casser du &#171; stal &#187; et du &#171; c&#233;g&#233;tiste &#187; (ou le plus souvent d'&#234;tre cass&#233; par eux) regrettent leurs si chers ennemis qui leur donnaient du grain &#224; moudre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Admettons cependant cette appr&#233;ciation nostalgique du &#171; mouvement ouvrier &#187;, mais les choses ont chang&#233; et comme l'&#233;crit justement Leoni la majorit&#233; des Gilets jaunes sont des prol&#233;taires qui ne peuvent lutter dans le cadre de l'usine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Se r&#233;f&#233;rant &#224; un autre nostalgique du mouvement ouvrier, Leoni cite Henri Simon qui &#233;crit dans &lt;i&gt;Echanges&lt;/i&gt; : &#171; On n'est jamais insurg&#233; dans la rue un jour par semaine &#187;. Cela est tout &#224; fait exact, mais alors qu'il aurait fallu expliquer la nature propre du mouvement des Gilets jaunes, celle-ci est rapport&#233;e &#224; une sorte de norme de &#171; l'insurrection vraie &#187; ou &#224; l'attente d'un d&#233;passement qui serait sa r&#233;alisation, sa v&#233;rit&#233; effective. Attente d'un d&#233;passement qui aurait pu &#234;tre celui de l'extension des gr&#232;ves apr&#232;s le timide et ambigu &#171; ralliement &#187; syndical en f&#233;vrier 2019, ou celui d'une &#171; nouvelle mobilisation &#187; (&#233;pisode 6) qui aurait succ&#233;d&#233; &#224; &#171; l'enfermement dans un rituel &#233;meutier &#187; repr&#233;sentant un &#171; obstacle &#187; &#224; cette &#171; nouvelle mobilisation &#187;, &#171; un tel acharnement devenant contre-productif &#187;. Dans l'&#233;pisode 7, on lit : &#171; L'absence d'un approfondissement de la lutte aura &#233;t&#233; un frein &#224; l'apparition d'une &lt;i&gt;v&#233;ritable&lt;/i&gt; [nous soulignons] conscience de classe et &#224; des clarifications politiques et th&#233;oriques (par exemple, par rapport au discours interclassiste) &#187;. Leoni a raison de souligner que &#171; la sph&#232;re de la circulation n'est d'ailleurs pas centrale mais en amont et en aval de la production &#187; (&#233;pisode 5), mais cette importance dans le mouvement de la circulation et du revenu n'est pas consid&#233;r&#233;e seulement comme d&#233;termination de la lutte, mais comme une limite par rapport &#224; ce qu'il faudrait faire pour &#234;tre dans une &#171; insurrection r&#233;volutionnaire &#187;. Quand nous consid&#233;rons la persistance des lieux de production comme des &#171; &#238;lots de stabilit&#233; &#187; (pour reprendre la juste expression de Leoni), il faut simultan&#233;ment faire de cette caract&#233;ristique du mouvement ce qui constitue sa force et sa dynamique, ce qui l'a d&#233;fini.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A propos des &#233;meutes en Gr&#232;ce en 2008, nous &#233;crivions : &#171; Ces &#233;meutes ont &#233;t&#233; un mouvement de classe et non une simple agitation d'activistes (ce qui serait &#233;galement un mouvement de classe) mais il n'a pas &#233;t&#233; une lutte dans ce qui est la matrice m&#234;me des classes : &lt;i&gt;la production&lt;/i&gt;. C'est par l&#224; que ces &#233;meutes ont pu accomplir cette chose capitale de produire et de viser l'appartenance de classe comme contrainte, mais elles n'ont pu le faire et atteindre ce point qu'en se heurtant comme &#224; leur limite &#224; ce &lt;i&gt;plancher de verre&lt;/i&gt; de la production. Et la fa&#231;on (objectifs, d&#233;roulement des &#233;meutes, composition des &#233;meutiers&#8230;) dont ce mouvement a produit cette contrainte ext&#233;rieure a &#233;t&#233; intrins&#232;quement d&#233;finie par cette limite. Ce fut l'ambivalence de ce mouvement. &#187; (Th&#233;orie communiste, &lt;i&gt;Les &#233;meutes en Gr&#232;ce&lt;/i&gt;, &#233;d. Senonevero).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est dans la nature de toute conception normative de la lutte des classes de ne pas d&#233;gager ce qui, &#224; un moment donn&#233;, signifie et marque une inscription historique et la dynamique propre d'une lutte &#224; ce moment. La lutte du moment est d&#233;finie et jug&#233;e par rapport &#224; ce qu'elle aurait pu et le plus souvent &lt;i&gt;d&#251; &#234;tre&lt;/i&gt; selon des crit&#232;res pr&#233;alables qui ne sont jamais &#233;nonc&#233;s mais qui sont en fait ceux d'un stade &lt;i&gt;ant&#233;rieur&lt;/i&gt; de la lutte de classe &#233;rig&#233; en juge du pr&#233;sent. Cette absence d'historicisation est avant tout manifeste dans l'incapacit&#233; de Leoni &#224; expliquer le &#171; discours interclassiste &#187; d'une lutte qu'il qualifie avec raison de &#171; lutte de classe &#187;. Il s'agit de comprendre ce qui &#233;tait une demande de vraie citoyennet&#233;, globale et sociale, autrement que psychologiquement (recherche de l&#233;gitimit&#233;, &#234;tre dans son droit, etc.) ou par ce qui n'a pas eu lieu,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la probl&#233;matique normative de Leoni, le mouvement des Gilets jaunes est &#224; la fois ce qu'il est (Leoni se distingue alors de toutes les postures militantes) et ce qu'il aurait pu ou d&#251; potentiellement &#234;tre (il retrouve alors une posture militante). C'est alors tout le lexique du &#171; d&#233;tournement &#187;, de &#171; l'impasse &#187;, de la &#171; d&#233;rive &#187;, de &#171; l'influence &#187;, de &#171; l'obstacle &#187; et du &#171; reflet de l'&#233;poque &#187; qui est mis &#224; contribution. &#171; Les luttes du pass&#233;, m&#234;me les plus rudes et les plus embl&#233;matiques ne sont pas exemptes d'influences n&#233;fastes ou de d&#233;rives, ni de croyances de leur temps. &#187; (&#233;pisode 7). Il ne s'agit que de &#171; d&#233;rives &#187;, d' &#171; influences &#187; ou de &#171; croyances &#187;. Les &lt;i&gt;circonstances&lt;/i&gt; ne sont pas consid&#233;r&#233;es comme constitutives du concept m&#234;me de lutte des classes, qui alors pr&#233;existe &#224; son effectivit&#233;. Il y aurait un noyau et des &#171; circonstances &#187;, plus ou moins des impuret&#233;s. Lorsque nous parlons du &#171; vieux monde qui colle &#224; la peau &#187; des prol&#233;taires, il faut toujours ajouter &#224; la formule de Marx : &#171; et qui les d&#233;finissent &#187;. En revanche, pour Leoni, quand &#171; l'Etat tire, lui aussi, des le&#231;ons des &#233;v&#233;nements et adapte en cons&#233;quence ses dispositifs &#187;, c'est pour &#171; endormir et d&#233;sarmer les prol&#233;taires &#187; (&#233;pisode 7).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En l'absence de toute analyse historique (ce qui est sa d&#233;termination d&#233;finitoire), la norme se doit d'&#234;tre indulgente et compr&#233;hensive, puis, &#224; l'issue de comparaisons &#171; historiques &#187; sans contenu, de d&#233;clarer que la norme &lt;i&gt;est&lt;/i&gt; ce qui &lt;i&gt;est&lt;/i&gt;. Si &#171; les prol&#233;taires ne font rien comme pr&#233;vu &#187; (&#233;pisode 7), s'ils sont &#171; enthousiasmants, impr&#233;visibles, confus, perdus et parfois d&#233;sesp&#233;rants &#187; (idem), c'est cependant &#171; ce qui fait leur charme &#187; (idem).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La norme ne se constitue comme historique que dans une s&#233;rie de comparaisons, la norme sait tout de l'histoire, de la moindre phrase de Trotski &#224; une autre de Bordiga en passant par une anecdote sur la Commune, mais l'histoire n'est alors qu'une synchronie. Il s'agit d'un perp&#233;tuel va-et-vient comparatif entre situations, car la norme est n&#233;cessairement (elle ne peut y &#233;chapper) une production historique, mais elle &lt;i&gt;conjure l'histoire&lt;/i&gt; par la m&#233;canique de la comparaison qui met tous les divers moments &#224; niveau vis-&#224;-vis du concept.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand Leoni place en exergue de l'&#233;pisode 7 une citation de Lola Miesseroff c'est d'un pur &#233;nonc&#233; normatif dont il s'agit. Il ne s'agit pas dans cette citation de d&#233;gager le caract&#232;re essentiellement actuel du mouvement et, dans ce caract&#232;re, &#224; partir de ses propres d&#233;terminations, ses dynamiques et limites sp&#233;cifiques, mais de se positionner en juge du mouvement non en lui-m&#234;me, par rapport &#224; lui-m&#234;me et dans ses propres termes mais ext&#233;rieurement &#224; lui au nom d'un &#171; nous &#187; dont on ne sait &#224; quoi, &#224; qui, il renvoie. La probl&#233;matique de la norme ne peut &#233;chapper &#224; quelques relents d'avant-gardisme : &#171; La r&#233;volte des Gilets jaunes, de par son caract&#232;re spontan&#233;, charrie d'in&#233;vitables 'd&#233;fauts', mais il serait illusoire d'y voir un diamant brut &#224; tailler &#224; notre go&#251;t, ou bien encore une lutte qu'il s'agirait de lib&#233;rer d'une gangue pour lui restaurer sa vraie nature (forc&#233;ment plus conforme &#224; nos vues et donc victorieuse). Est-ce &#224; dire qu'il ne faut rien faire ? Etre conscient de ses limites est d&#233;j&#224; fort avantageux, et si agir en tant que prol&#233;taire, avec les prol&#233;taires tels qu'ils sont, r&#233;clame d&#233;j&#224; beaucoup d'&#233;nergie, cela offre aussi bien des possibles. &#187; (Leoni, &#233;pisode 7). On pourrait souscrire &#224; ce qui est dit ici surtout dans les derni&#232;res lignes si les &#171; d&#233;fauts &#187; n'&#233;taient pas dus au &#171; caract&#232;re spontan&#233; &#187; et si quelques lignes au-dessus la &#171; conscience collective &#187; n'&#233;tait pas qualifi&#233;e de &#171; tr&#232;s partielle et confuse &#187;. Cette &#171; vraie nature &#187; qu'il ne s'agirait pas de &#171; lib&#233;rer &#187; ou de &#171; restaurer &#187; n'est en fait ici qu'une potentialit&#233; en &#171; l'absence d'approfondissement &#187; qui fut un &#171; frein &#224; l'apparition d'une v&#233;ritable conscience de classe &#187;, aux &#171; clarifications &#187;, etc. La vraie nature est celle qui aurait d&#251; &#171; trouver une issue et un d&#233;passement &#187;. En un mot, elle est celle qui est &#171; conforme &#224; nos vues &#187;. Nous serions d'accord avec Leoni quand il nous dit : &#171; Doivent-elles [les 'conditions subjectives', nda] correspondre, dans le discours des r&#233;volt&#233;s aux id&#233;es que s'en font d'ores et d&#233;j&#224; les 'amis de r&#233;volution sociale' ? Ou bien ces derniers peuvent-ils &#234;tre d&#233;sar&#231;onn&#233;s ? Il faut l'esp&#233;rer. &#187;, s'il n'avait pas consacr&#233; 7 &#233;pisodes &#224; d&#233;limiter les &#171; impasses &#187;, les &#171; d&#233;rives &#187; et les &#171; insuffisances &#187; des Gilets jaunes, ainsi que ce que devraient &#234;tre une &#171; vraie ligne de classe &#187; et une &#171; v&#233;ritable conscience de classe &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, Leoni nous dit ce qu'il entend par d&#233;passement : &#171; L'auto-organisation spontan&#233;e et radicale des prol&#233;taires &#187;. Cette d&#233;finition passe-partout est pr&#233;cis&#233;e par la suite : &#171; Dans l'optique d'un postmouvement ouvrier organis&#233; &#8211; un mouvement sauvage et autonome, confus mais sur une ligne de classe, coordonnant des luttes sur les lieux de travail sans pour autant s'y enfermer &#8211; les Gilets jaunes ajoutent aussi quelques traits &#224; l'esquisse de ce que serait un embrasement &#224; port&#233;e r&#233;volutionnaire : les prol&#233;taires ne manqueraient pas d'abolir les s&#233;parations et de provoquer un gigantesque arr&#234;t de travail durant lequel ils ne respecteraient pas les codes connus de la gr&#232;ve, encore moins ceux de la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale et, &lt;i&gt;en m&#234;me temps&lt;/i&gt;, ils s'en prendraient &#224; l'Etat. &#187; (&#233;pisode 7). Pourquoi appeler cela un &#171; postmouvement ouvrier organis&#233; &#187; ? Est-ce l'existence d'un mouvement ouvrier, post ou non, qui est en jeu quand pour les prol&#233;taires il s'agit d'affronter et de d&#233;truire tout ce qui les d&#233;finit comme tels ? On peut &#234;tre d'accord avec la description de la perspective. Le probl&#232;me est que cette perspective n'est pas expos&#233;e comme le d&#233;passement produit du mode de production capitaliste dans la conjoncture actuelle de la lutte de classe, elle n'est pas ancr&#233;e dans ses d&#233;terminations historiques pr&#233;sentes. Elle appara&#238;t comme la solution poursuivie de toute &#233;ternit&#233;, la v&#233;rit&#233; r&#233;volutionnaire &#224; atteindre quels que soient les lieux et les &#233;poques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;h.1zmjwsqlifhq&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En bref&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les Gilets jaunes n'ont pas &#171; ignor&#233; &#187; la production mais ils ont trait&#233; leur relation &#224; elle &#224; leur fa&#231;on, c'est-&#224;-dire d'une fa&#231;on m&#233;di&#233;e par le revenu, la relation &#224; l'Etat, cela de par la propre situation socio-&#233;conomique de la majorit&#233; d'entre eux. Le mouvement des Gilets Jaunes a agi dans la &#171; tendance lourde &#187; que repr&#233;sente &#171; l'ill&#233;gitimit&#233; de la revendication &#187;, mais est-ce &#171; se heurter &#224; son existence de classe comme limite &#187; que de vouloir vivre &#171; dignement &#187; &lt;i&gt;de et&lt;/i&gt; &lt;i&gt;dans son existence de classe&lt;/i&gt; ? C'&#233;tait un mouvement qui d&#233;signait comme devenues insupportables toutes les caract&#233;ristiques du capital restructur&#233; mais le plus souvent au nom d'une mythification des &#171; Trente glorieuses &#187; et de la R&#233;publique. C'&#233;tait une lutte et m&#234;me une lutte de classe (l'interclassisme n'enl&#232;ve rien &#224; cet aspect), mais, dans cette lutte, le fait de lutter en tant que classe est-il apparu comme la limite de la lutte ? Rien n'est moins s&#251;r. A-t-on vu dans ce mouvement quoi que ce soit qui puisse &#234;tre interpr&#233;t&#233; comme la remise en cause par le prol&#233;tariat de sa propre existence comme classe ? Rien n'est moins s&#251;r non plus. Si l'ill&#233;gitimit&#233; de la revendication est revenue sur les Gilets Jaunes comme un boomerang, si la pr&#233;carit&#233; de la situation de prol&#233;taire faisait qu'il &#233;tait improbable que le mouvement parvienne &#224; se cristalliser comme mouvement populiste, le mouvement persistait cependant dans cette synth&#232;se originale que constitue &lt;i&gt;l'expression politique de ses revendications &#233;conomiques&lt;/i&gt;. C'&#233;tait sa force, mais il ne passait pas &#224; autre chose qui serait, dans la lutte de classe, le fait de lutter en tant que classe comme limite. Il lui aurait fallu pour cela dans sa fa&#231;on de toucher &#224; la production (ce qui ne signifie pas n&#233;cessairement la gr&#232;ve, g&#233;n&#233;rale ou non, 1936, 1968 ou 1995), que la cohabitation de classes vole en &#233;clats, mais c'&#233;tait l&#224; pour lui des interdits. Malgr&#233; la pr&#233;sence massive de prol&#233;taires et de prol&#233;taires pr&#233;caires qui &#171; d&#233;stabilisait &#187; l'int&#233;gration politico-populiste, &#224; terme aucune dynamique n'a taraud&#233; ces interdits.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par ailleurs, le mouvement ne cherchait pas &#224; &#171; bloquer le travail &#187; ni &#171; l'&#233;conomie &#187; et quand cela arrivait, les Gilets jaunes s'en excusaient. Ce n'&#233;tait pas leur but, juste un moyen, &#171; l'&#233;conomie &#187; n'&#233;tait pas leur ennemie. On ne peut pas leur reprocher de ne pas avoir fait (ou inversement les f&#233;liciter d'avoir fait) ce qu'ils n'avaient pas l'intention de faire. Ce qui n'a pas emp&#234;ch&#233; que centres commerciaux, grandes entreprises de transport, ronds-points strat&#233;giques ont &#233;t&#233; bel et bien s&#233;rieusement perturb&#233;s (les tentatives autour des raffineries et d&#233;p&#244;ts p&#233;troliers furent vell&#233;itaires et n'ont pas fonctionn&#233;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour &#233;viter tout normativisme, il faut se garder de juger le mouvement sur ce qu'il ne fait pas ou &#171; mal &#187;. C'est en d&#233;gageant les dynamiques &#224; l'&#339;uvre, en montrant ce que nous dit un mouvement de l&#224; o&#249; nous en sommes dans la crise qu'on le juge et qu'on se positionne, non &#224; partir d'une id&#233;e toujours d&#233;j&#224; l&#224; de la r&#233;volution et de la bonne lutte de classe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;h.zgyrh8epwvuo&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Ne jugez point, afin que vous ne soyez point jug&#233;s. Car on vous jugera du jugement dont vous jugez et l'on vous mesurera avec la mesure dont vous mesurez. &#187; (&lt;i&gt;Sermon sur la montagne&lt;/i&gt;, Matthieu 7, 1-2).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le capital devient soci&#233;t&#233;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;/strong&gt;Autant pr&#233;caire, flexible, segment&#233;, que soit le prol&#233;tariat, c'est toujours dans des &lt;i&gt;lieux de production&lt;/i&gt; - m&#234;me si pour certains ce lieu est le domicile - que se retrouvent ces segments, apr&#232;s &#234;tre pass&#233;s &#224; P&#244;le emploi ou &#224; la CAF, et non dans leur cuisine ou au cin&#233;ma. La centralit&#233; des lieux de production ne se r&#233;duit pas aux occupations de 1936 ou &#224; la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale de 1968. La centralit&#233; des lieux de production est tout aussi manifeste quand les ouvriers (prol&#233;taires, il est vrai que tous les prol&#233;taires ne sont pas ouvriers) sortent des usines ; encore faut-il qu'ils en sortent. Ce n'est &#233;videmment pas alors l'occupation, mais ce n'est pas non plus forc&#233;ment la &#171; gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale &#187;. La centralit&#233; a de multiples figures. Encore faut-il qu'ils en sortent, dans tous les mouvements dits interclassistes, les prol&#233;taires n'en sortent pas si ce n'est en dehors des heures de travail (flexibles, &#224; la carte, ou non&#8230;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est en sortant des usines, ateliers, entreprises, bureaux, h&#244;pitaux, domicile de leurs &#171; clients &#187;, entrep&#244;ts, plates-formes logistiques, que les prol&#233;taires s'attaquent &#224; la production de valeur et c'est ainsi (entre autres, peut-&#234;tre &#8230;) que s'affirmera la &#171; centralit&#233; de la production &#187;. La question du communisme ne se pose jamais en g&#233;n&#233;ral mais toujours dans les termes sp&#233;cifiques d'un cycle de luttes. &lt;i&gt;Actuellement, la question se pose au niveau de la reproduction et dans les termes de la vie quotidienne. Mais cela suppose que la reproduction int&#232;gre en elle-m&#234;me, dans les luttes, leur cours, leur contenu et leurs acteurs, sa propre raison d'&#234;tre : la production&lt;/i&gt;. Ou, dit autrement, plus imm&#233;diatement, cela suppose que la vie quotidienne soit l'aboutissement de toutes les m&#233;tamorphoses que les rapports de production produisent &#224; partir d'eux-m&#234;mes. Investir la production c'est l'abolir en tant que moment particulier des rapports entre les hommes. Si la question de la contradiction entre le prol&#233;tariat et le capital est devenue ins&#233;parable de la soci&#233;t&#233; tout enti&#232;re dans sa reproduction, cela ne supprime pas pour autant que cette &#171; soci&#233;t&#233; &#187; est une structure hi&#233;rarchis&#233;e. La diff&#233;rence avec la p&#233;riode du programmatisme, c'est que cette contradiction est devenue ins&#233;parable de ses conditions d'existence, de la soci&#233;t&#233;, qu'elle est devenue vie quotidienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La contradiction&lt;i&gt; &lt;/i&gt;qu'est l'exploitation, que l'on peut &#233;galement appr&#233;hender sous la forme du capital comme contradiction en proc&#232;s, est &lt;i&gt;une&lt;/i&gt; et se situe dans le proc&#232;s de production. Cependant la production est n&#233;cessairement re-production et la reproduction n'est pas une r&#233;p&#233;tition. Etant pass&#233;e par le proc&#232;s de circulation, la valeur en proc&#232;s revient pour d&#233;terminer la production au travers de la p&#233;r&#233;quation du taux de profit et des co&#251;ts de production ; elle est pass&#233;e par toutes les instances fonctionnelles de la reproduction qu'est pour le capital son auto-distinction dans les formes autonomes du capital industriel, du capital financier et du capital marchand. En outre, la reproduction du face-&#224;-face de l'ouvrier et du capital implique la constante transformation du capital comme rapport social en existence &lt;i&gt;objective&lt;/i&gt; du capital face &#224; l'ouvrier comme concentration face &#224; lui de toutes les conditions de la reproduction (l'&#233;conomie). Cette transformation du rapport social en objectivit&#233;, c'est son autopr&#233;supposition, celle-ci implique l'activit&#233; de toutes les instances non directement &#233;conomiques du mode de production. Comme reproduction le capital devient soci&#233;t&#233;, il est un processus continu de cr&#233;ation de ses propres organes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Dans la soci&#233;t&#233; bourgeoise achev&#233;e, chaque rapport &#233;conomique en suppose un autre sous sa forme bourgeoise et &#233;conomique, l'un conditionnant l'autre, comme c'est le cas de tout syst&#232;me organique. Ce syst&#232;me organique lui-m&#234;me dans son ensemble, a ses pr&#233;suppositions propres, et son d&#233;veloppement total implique qu'il se subordonne tous les &#233;l&#233;ments constitutifs de la soci&#233;t&#233; &lt;i&gt;ou qu'il cr&#233;e &#224; partir de lui-m&#234;me les organes qui lui font encore d&#233;faut&lt;/i&gt; [nous soulignons]. C'est ainsi qu'il devient historiquement une totalit&#233;. &#187; (Marx, &lt;i&gt;Fondements&lt;/i&gt; &#8230;, &#233;d. Anthropos, t. 1, p. 226).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Si nous consid&#233;rons la soci&#233;t&#233; bourgeoise dans son ensemble, c'est toujours comme r&#233;sultat dernier du proc&#232;s de production qu'appara&#238;t la soci&#233;t&#233;, c'est-&#224;-dire l'homme dans ses rapports sociaux. &#187; (&lt;i&gt;idem&lt;/i&gt;, t. 2, p. 230).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'exploitation est active dans chacune de ses conditions d'existence sans se confondre avec elles. La soci&#233;t&#233; demeure toujours une structure hi&#233;rarchis&#233;e et non un ensemble dans lequel un principe, l'exploitation, se diffuse. Ce devenir du capital en soci&#233;t&#233; qui est propre &#224; la subsomption r&#233;elle a re&#231;u une nouvelle impulsion lors de la restructuration des ann&#233;es 1970-1980. Si la contradiction entre le prol&#233;tariat et le capital se situe au niveau de la reproduction, c'est que la production de plus-value sous sa forme relative et les conditions de cette production co&#239;ncident. L'extraction de plus-value sous son mode relatif implique la co&#239;ncidence entre production et reproduction (par d&#233;finition l'extraction de plus-value sous son mode relatif modifie toutes les structures sociales), mais c'est toujours d'extraction de plus-value dont il s'agit, quelle que soit la diversit&#233; des cat&#233;gories sociales mises en mouvement et se conjuguant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dire, comme l'op&#233;ra&#239;sme finissant, que &#171; la soci&#233;t&#233; elle-m&#234;me est devenue le lieu productif d'ensemble &#187; est une jolie formule, mais une formule creuse. Que le capital, en subsomption r&#233;elle, se soit empar&#233; de l'ensemble de la soci&#233;t&#233; et, mieux dit, qu'il ait produit tous les organes de sa propre reproduction (de ce point de vue, la subsomption r&#233;elle est toujours inachev&#233;e), ne signifie pas que tous les actes, toutes les activit&#233;s accomplies dans cette soci&#233;t&#233; soient de la &lt;i&gt;production&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;L'ensemble de la soci&#233;t&#233; devient bien le terrain de luttes&lt;/i&gt;, mais de quelle fa&#231;on et de quelles luttes ? Soit ces luttes, d'une fa&#231;on ou d'une autre, reconnaissent l'extraction de plus-value comme la &#171; source &#187; de la reproduction, soit elles en restent &#224; la distribution et &#224; la contestation de la vie quotidienne qui la confortent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les rapports sociaux inh&#233;rents &#224; une soci&#233;t&#233; comme mode de production ne se maintiennent pas passivement par inertie, ils sont re-produits constamment. Nous nous contenterons ici de consid&#233;rer et d&#233;finir la vie quotidienne comme le lieu et les activit&#233;s o&#249; cette reproduction se totalise au travers de toutes ses m&#233;diations. Avec les Gilets jaunes, la lutte de classe s'est formalis&#233;e comme vie quotidienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;h.5zz64qgs32y7&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;GILETS JAUNES ET &#171; INTERCLASSISME &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;h.jf8414ifj4rz&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Remarques g&#233;n&#233;rales sur la notion d'interclassisme : son origine et son devenir&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est dans les ann&#233;es 1920, c'est-&#224;-dire quand se confirme le passage du mode de production en subsomption r&#233;elle, que les questions qui jusque-l&#224; &#233;taient pos&#233;es comme celles relatives aux &#171; alliances &#187; ou aux &#171; compromis &#187; commencent &#224; &#234;tre pos&#233;es de fa&#231;on &lt;i&gt;n&#233;gative&lt;/i&gt; comme &#171; interclassisme &#187; (il serait int&#233;ressant de savoir comment pr&#233;cis&#233;ment le terme appara&#238;t). Si la question faisait d&#233;bat, c'&#233;tait d'alliances et de compromis dont il &#233;tait question, que l'on f&#251;t pour ou contre, la puret&#233; du combat prol&#233;tarien n'&#233;tait pas en jeu, il fallait seulement en passer par l&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s les d&#233;buts du chartisme en Angleterre dans les ann&#233;es 1830, la question se pose de l'alliance avec la bourgeoisie lib&#233;rale, provoquant dans le mouvement de violents d&#233;saccords. Sur la question du libre-&#233;change, Marx invite la classe ouvri&#232;re britannique &#224; s'allier aux Manchest&#233;riens ; dans &lt;i&gt;La Nouvelle Gazette Rh&#233;nane&lt;/i&gt;, le m&#234;me promeut la th&#233;orie de la &#171; r&#233;volution double &#187; ; en juin 1848, il reproche aux boutiquiers de ne pas avoir vu que leur int&#233;r&#234;t &#233;tait de s'allier aux ouvriers ; pour la Commune, on parle de prol&#233;tariat en formation, d'artisans, etc., mais dans &lt;i&gt;La Guerre civile en France&lt;/i&gt;, l'&#171; interclassisme &#187; (ou ce qui pourrait &#234;tre qualifi&#233; ainsi) n'est pas un probl&#232;me ; Bakounine en appelle aux &#171; d&#233;class&#233;s &#187;, aux &#171; paysans &#187; ; plus tard Engels fulmine contre l'invasion d'&#233;tudiants et de fonctionnaires dans la social-d&#233;mocratie allemande mais &#171; ils seront balay&#233;s &#187; et de toute fa&#231;on, face aux dirigeants de la SD (soulag&#233;s par la mort de Marx et attendant celle de l'autre vieux grincheux), le vieil Engels s'&#233;poumone dans le vide ; pour L&#233;nine, pas de r&#233;volution en Russie &#8211; ni m&#234;me en Occident &#8211; &#171; sans compromis tactiques et alliances de classes &#187;, ce qui diff&#232;re de l'interclassisme. La puissance sociale autonome et par l&#224; le destin historique du prol&#233;tariat semblaient si assur&#233;s que si l'on s'affrontait sur les &#171; n&#233;cessaires &#187; (ou non) alliances de classes (Gorter ou L&#233;nine), cela ne pouvait qu'acc&#233;l&#233;rer ou compromettre son combat mais n'alt&#233;rait pas sa puret&#233;. Il en va autrement aujourd'hui avec la notion d'&lt;i&gt;interclassisme&lt;/i&gt; qui signifie la r&#233;pulsion &lt;i&gt;th&#233;orique&lt;/i&gt; &#224; fondre le prol&#233;tariat dans une masse informe et une lutte confuse. &#171; R&#233;pulsion &#187; justifi&#233;e, mais &#224; poser et surmonter comme telle, c'est-&#224;-dire comme un probl&#232;me et non pas en faisant de l'affirmation de la &#171; puret&#233; &#187; la solution &lt;i&gt;a priori&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il semblerait que c'est &#224; la suite de la r&#233;volution allemande, dans les ann&#233;es 1920, que se met en forme sous le terme d' &#171; interclassisme &#187; une vision purement n&#233;gative et p&#233;jorative de ce qui n'&#233;tait jusque-l&#224; qu'une question tactique, m&#234;me si elle refl&#233;tait des pr&#233;suppos&#233;s th&#233;oriques divergents. La chose prend de l'ampleur lors de la guerre d'Espagne (1936-1939). Avec la subsomption r&#233;elle, il faudrait pr&#233;server la &#171; puret&#233; &#187; de la classe : Bordiga (la puret&#233; dans le parti), R&#252;hle (la puret&#233; dans l'usine) et Gorter (un peu des deux). C'est alors que ce qui n'&#233;tait qu'alliances et compromis, qu'un probl&#232;me tactique, devient un probl&#232;me substantiel de la lutte de classe sous l'appellation &#171; interclassisme &#187;. Mais cela demeure essentiellement un probl&#232;me th&#233;orique, en effet, en France en 36, en 45, les alliances sont probl&#233;matiques mais ne sont &#171; condamn&#233;es &#187; que par quelques groupes d&#233;j&#224; qualifi&#233;s de &#171; gauchistes &#187; ; apr&#232;s la seconde guerre mondiale, il s'agit de rallier &#171; sous la direction de la classe ouvri&#232;re &#187; toutes les couches sociales victimes du &#171; capitalisme monopoliste d'Etat &#187;. De son c&#244;t&#233;, Mai 68 est largement &#171; interclassiste &#187;, sans que la question soit soulev&#233;e dans ces termes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si, par ailleurs, nous nous attachons &#224; la recherche documentaire, il n'y a aucune entr&#233;e pour &#171; interclassisme &#187; dans le volumineux &lt;i&gt;Dictionnaire du Marxisme &lt;/i&gt;de Bensussan et Labica ; le terme est &#233;galement absent de l'index des mots-cl&#233;s du &lt;i&gt;Dictionnaire Marx contemporain &lt;/i&gt;de Bidet et Kouv&#233;lakis (pour notre propos, nous pouvons souligner &#171; contemporain &#187;). Si on lance la recherche &#171; interclassisme &#187; sur Google, c'est surprenant : aucune entr&#233;e &lt;i&gt;Wikipedia&lt;/i&gt;, ni autre de type g&#233;n&#233;ral. &lt;i&gt;Universalis&lt;/i&gt;, de son c&#244;t&#233;, n'a pas d'entr&#233;e propre mais signale le terme dans plusieurs rubriques, essentiellement &#224; propos de l'&#233;volution de la Social-d&#233;mocratie en Europe dans les ann&#233;es 1960.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le plus &#233;tonnant et peut-&#234;tre significatif, c'est que dans les deux premi&#232;res pages Google c'est &#171; notre milieu th&#233;orique &#187; qui repr&#233;sente l'immense majorit&#233; des occurrences. Nous savons comment fonctionne l'algorithme de Google, mais si on ausculte les pages jusqu'&#224; la p. 8 (il serait int&#233;ressant mais fastidieux d'aller encore plus loin), c'est la m&#234;me pr&#233;sence qui est ultra-dominante. Comme si le terme et la question &#233;taient sp&#233;cifiques &#224; une certaine probl&#233;matique. Quand, toujours sur Google, on arrive &#224; &#171; Images correspondant &#224; interclassisme &#187; on trouve un dessin venant du blog &lt;i&gt;Carbure&lt;/i&gt;, la page d'ouverture du site de &lt;i&gt;TC&lt;/i&gt;, une photo des Gilets jaunes devant l'Arc de triomphe et &#8230; une photo du colonel de La Rocque ( ? !). En dehors de &#171; nous &#187;, on trouve cependant une utilisation &#171; n&#233;gative &#187; du terme pour critiquer le &#171; municipalisme libertaire &#187; de Murray Bookchin, et une utilisation &#171; positive &#187; par les &#171; jeunes &#187; du NPA pour les luttes type &#171; femmes &#187;, &#171; racis&#233;s &#187; et &#171; LGBTI &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re question &#224; r&#233;soudre serait alors de savoir pourquoi depuis une dizaine d'ann&#233;es, dans un certain milieu th&#233;orique (dont &lt;i&gt;TC&lt;/i&gt; fait partie, la preuve par Google) cette question est promue en question lancinante. Le terme d' &#171; interclassisme &#187; ne d&#233;signe pas simplement la copr&#233;sence d'employ&#233;s, d'ouvriers, d'artisans, d'enseignants, de ch&#244;meurs, etc., &lt;i&gt;il pr&#233;suppose une th&#233;orie&lt;/i&gt;. Pourquoi est-ce alors un questionnement essentiel dans &#171; &lt;i&gt;notre&lt;/i&gt; th&#233;orie &#187; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une premi&#232;re r&#233;ponse &#171; &#233;vidente &#187; consiste &#224; parcourir la table des mati&#232;res du livre d'Astarian et Ferro &#171; &lt;i&gt;M&#233;nage &#224; trois...&lt;/i&gt; &#187; : toutes les luttes cons&#233;quentes sont &#171; interclassistes &#187;. Mais pourquoi les attaquer sous cet angle alors que personne n'a attaqu&#233; ainsi une analyse de Mai 68, ni m&#234;me de la Commune ? Question &#233;pist&#233;mologique : il faut distinguer ce que l'on appelle un &#171; fait &#187; (encore faut-il le d&#233;limiter en tant que tel), c'est-&#224;-dire la copr&#233;sence de salari&#233;s ouvriers, de salari&#233;s employ&#233;s, avec des statuts diff&#233;rents (plus ou moins pr&#233;caires), toute une segmentation, des artisans, des petits patrons (&#224; noter chez les Gilets jaunes l'absence de nos classes moyennes favorites, celles sur lesquelles nos analyses ant&#233;rieures &#233;taient fond&#233;es), et la &lt;i&gt;construction th&#233;orique de cette copr&#233;sence sous le concept d'interclassisme&lt;/i&gt;. Pour autant que les observations pr&#233;c&#233;dentes soient pertinentes, cette construction semble &#234;tre une production de &#171; notre &#187; th&#233;orie. Notre construction n'est pas ill&#233;gitime, mais il faut la comprendre comme une &lt;i&gt;construction&lt;/i&gt;. Le fait n'est pas le concept, de m&#234;me que l'existence des plantes n'est pas la botanique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le texte &lt;i&gt;Gilets jaunes et th&#233;orie, th&#232;ses provisoires sur l'interclassisme dans le moment populiste&lt;/i&gt; publi&#233; dans le blog Carbure, dans le chapitre intitul&#233; &#171; N&#233;cessit&#233; de l'interclassisme &#187;, on trouve une autre r&#233;ponse que celle du type &#171; table des mati&#232;res du &lt;i&gt;M&#233;nage &#224; trois...&lt;/i&gt; &#187; : &#171; &lt;i&gt;C'est dans le cours des luttes qui ont imm&#233;diatement suivi la crise de 2008, notamment dans la s&#233;quence de luttes qui a commenc&#233; en Gr&#232;ce en 2009 et avec les insurrections arabes de 2011, que la question de l'interclassisme a commenc&#233; &#224; se poser comme centrale, une condition des luttes actuelles. Si ces luttes ont &#233;t&#233; d&#233;faites, c'est dans l'interclassisme &#8230; &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est, &#224; premi&#232;re vue, la m&#234;me r&#233;ponse que celle de la table des mati&#232;res de &#171; &lt;i&gt;M&#233;nage&lt;/i&gt; &lt;i&gt;&#224; trois&lt;/i&gt;... &#187;. C'est ainsi ! mais avec un &#233;l&#233;ment suppl&#233;mentaire : l'interclassisme &#233;tait &#224; la fois la forme n&#233;cessaire de ces luttes, mais aussi, par-l&#224;, de leur d&#233;faite. C'est la sp&#233;cificit&#233; de cette d&#233;faite (interclassisme) qui nous am&#232;nerait et m&#234;me autoriserait &#224; mettre au centre cette notion. Mais si ces luttes ont &#233;t&#233; n&#233;cessairement &#171; interclassistes &#187;, est-ce que leur d&#233;faite a &#233;t&#233; la d&#233;faite de toutes les classes en mouvement ? Ce n'est pas &#233;vident. En fait, l'id&#233;e toujours pr&#233;sente c'est que l'interclassisme est la d&#233;faite des luttes &lt;i&gt;de la classe ouvri&#232;re et/ou du prol&#233;tariat&lt;/i&gt;. A ce moment-l&#224;, si la d&#233;faite du prol&#233;tariat se confond chaque fois avec l'interclassisme, il devient difficile de se r&#233;f&#233;rer &#224; une vision normative, exclusivement n&#233;gative et p&#233;jorative de celui-ci. Ce n'est pas alors lui qui est en cause mais ce qui fait que spontan&#233;ment le prol&#233;tariat s'engage dans des luttes interclassistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sortons de notre cocon, plus personne ne parle d' &#171; abolition du capitalisme &#187; ou de son &#171; d&#233;passement &#187; strictement en terme de lutte des classes, aucun ex-gauchiste, pas les &#171; appellistes &#187;, pas la &lt;i&gt;France Insoumise&lt;/i&gt;, etc. Il y a &#171; nous &#187; (&#171; la communisation &#187;, et encore) et quelques hypergroupuscules bordiguistes pour lesquels l'interclassisme est d&#233;finitivement diabolis&#233; au point de ne plus &#234;tre une question.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Disons rapidement que c'est une question &#171; chez nous &#187; pour deux raisons :&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt;La r&#233;volution est abolition de toutes les classes, donc on ne peut plus, m&#234;me d'une fa&#231;on totalement mythologique (voir les hypergroupuscules bordiguistes) se r&#233;f&#233;rer &#224; la venue de La Classe telle qu'en elle-m&#234;me, dans son &#234;tre, l'histoire la conforte et confirme. A noter que dans la n&#233;cessit&#233; de produire une raison d'&#234;tre l&#233;gitime &#224; leur propre existence, certains activistes et militants ne sont pas loin de cette mythologie dans la mesure o&#249; ils sont les porteurs constants et en toutes circonstances de l'&#234;tre de la classe et de ce qu'elle &lt;i&gt;doit faire&lt;/i&gt; conform&#233;ment &#224; cet &#234;tre.&lt;/li&gt;&lt;li&gt;La communisation elle-m&#234;me. L&#224; il faut revenir &#224; quelques fondamentaux&lt;strong&gt; :&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; A partir du moment o&#249; les prol&#233;taires d&#233;font les lois marchandes, ils ne peuvent plus s'arr&#234;ter. Chaque approfondissement social, chaque extension donnent chair et sang aux nouveaux rapports, permettent d'int&#233;grer toujours plus de non-prol&#233;taires &#224; la classe communisatrice en train de se constituer et de se dissoudre simultan&#233;ment, d'abolir toujours plus toute concurrence et division entre les prol&#233;taires et de faire de cela le contenu et le d&#233;roulement de son affrontement arm&#233; contre ceux que la classe capitaliste peut encore mobiliser, int&#233;grer et reproduire dans ses rapports sociaux.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;&#171; Toutes les mesures de communisation devront &#234;tre une action &#233;nergique pour le d&#233;mant&#232;lement des liens qui unissent nos ennemis et leurs supports mat&#233;riels, destruction rapide, sans possibilit&#233; de retour. La communisation n'est pas la paisible organisation de la gratuit&#233; et d'un mode de vie agr&#233;able entre prol&#233;taires. La dictature du mouvement social de communisation est le processus d'int&#233;gration de l'humanit&#233; au prol&#233;tariat en train de dispara&#238;tre. La stricte d&#233;limitation du prol&#233;tariat par rapport aux autres classes, sa lutte contre toute production marchande sont en m&#234;me temps un processus qui &lt;i&gt;contraint&lt;/i&gt; les couches de la petite bourgeoisie salari&#233;e, de la &#171; classe de l'encadrement social &#187; &#224; rejoindre la classe communisatrice. Les prol&#233;taires ne &#171; sont &#187; pas r&#233;volutionnaires comme le ciel &#171; est &#187; bleu, parce qu'ils &#171; sont &#187; salari&#233;s, exploit&#233;s, ni m&#234;me la dissolution des conditions existantes. En s'autotransformant, &lt;i&gt;&#224; partir de ce qu'ils sont&lt;/i&gt;, ils se constituent eux-m&#234;mes en classe r&#233;volutionnaire. Le mouvement o&#249; le prol&#233;tariat se d&#233;finit dans la pratique comme le mouvement de constitution de la communaut&#233; humaine est la r&#233;alit&#233; de l'abolition des classes. Le mouvement social en Argentine, parce qu'il y a &#233;t&#233; confront&#233;, a pos&#233; la question des rapports entre prol&#233;taires en activit&#233;, ch&#244;meurs, exclus et couches moyennes. Il n'a apport&#233; que des r&#233;ponses extr&#234;mement parcellaires dont la plus int&#233;ressante est sans doute son organisation territoriale. La r&#233;volution qui ne peut plus &#234;tre dans ce cycle de luttes que communisation d&#233;passe le dilemme entre les alliances de classes l&#233;ninistes ou d&#233;mocratiques et 'le prol&#233;tariat seul' de Gorter : deux types de d&#233;faites.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La seule fa&#231;on de d&#233;passer les conflits entre les ch&#244;meurs et les &#171; avec-emploi &#187;, entre les qualifi&#233;s et les non-qualifi&#233;s est d'effectuer d'embl&#233;e, au cours de la lutte arm&#233;e, des mesures de communisation qui suppriment la base m&#234;me de cette division (ce que, confront&#233;es &#224; la question, les entreprises r&#233;cup&#233;r&#233;es en Argentine n'ont tent&#233; que tr&#232;s marginalement, se contentant le plus souvent &#8211; &lt;i&gt;cf&lt;/i&gt;. Zanon &#8212; de quelques redistributions charitables aux groupes de &lt;i&gt;piqueteros&lt;/i&gt;). Faute de cela, le capital jouera tout au long du mouvement sur cette fragmentation et trouvera chez les auto-organis&#233;s ses Noske et Schiedemann.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; En fait, ce que d&#233;j&#224; avait montr&#233; la r&#233;volution allemande c'est qu'il s'agit de dissoudre les couches moyennes en prenant des mesures communistes concr&#232;tes qui les contraignent &#224; commencer &#224; entrer dans le prol&#233;tariat, c'est-&#224;-dire d'achever leur &#171; prol&#233;tarisation &#187;. De nos jours, dans les pays d&#233;velopp&#233;s, la question est &#224; la fois plus simple et plus dangereuse, d'un c&#244;t&#233; l'immense majorit&#233; de ces couches moyennes est salari&#233;e et n'a donc plus de fondement mat&#233;riel &#224; sa position sociale, son r&#244;le d'encadrement et de direction de la coop&#233;ration capitaliste est essentiel mais pr&#233;caris&#233; en permanence, sa position sociale d&#233;pend de m&#233;canismes de pr&#233;l&#232;vement de fractions de la plus-value tr&#232;s fragiles, mais d'un autre c&#244;t&#233;, pour ces m&#234;mes raisons, sa proximit&#233; formelle avec le prol&#233;tariat la pousse &#224; pr&#233;senter dans les luttes de celui-ci des &#171; solutions &#187; gestionnaires alternatives, nationales ou d&#233;mocratiques qui pr&#233;serveraient ses propres positions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La question essentielle que nous aurons &#224; r&#233;soudre est de savoir comment on &#233;tend le communisme, avant qu'il soit &#233;touff&#233; dans les tenailles de la marchandise ; comment on int&#232;gre l'agriculture pour ne pas avoir &#224; &#233;changer avec les paysans ; comment on d&#233;fait les liens &#233;changistes de l'adversaire pour lui imposer la logique de la communisation des rapports et de l'emparement des biens, comment on dissout par la r&#233;volution le bloc de la trouille. &#187; (&lt;i&gt;TC&lt;/i&gt; 24, &lt;i&gt;C'est au pr&#233;sent que nous parlons de communisation&lt;/i&gt;, pp. 160-161).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;La th&#233;orie de la communisation est, par-l&#224;, en tant que telle, intimement li&#233;e &#224; la question de l'interclassisme&lt;/i&gt;. Bien s&#251;r, il s'agit d'une citation de &lt;i&gt;TC&lt;/i&gt; mais si nous pouvons la placer ici comme r&#233;f&#233;rence g&#233;n&#233;rale de la th&#233;orie de la communisation, c'est que cette citation est en grande partie une actualisation et une r&#233;&#233;criture de fragments du texte &lt;i&gt;La r&#233;volution sera communiste ou ne sera pas&lt;/i&gt; (&#171; &lt;i&gt;Une tendance communiste&lt;/i&gt; &#187;, 1974), texte fondateur de la th&#233;orie de la communisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est parce que la th&#233;orie de la communisation demeure une conception classiste de la r&#233;volution, mais historique (il n'y a pas d'un c&#244;t&#233; de nature r&#233;volutionnaire &#8211; quelle que soit la position dans les rapports de production &#8211; et, de l'autre, des conditions), non-normative et pour laquelle la r&#233;volution est sans m&#233;diation, imm&#233;diatement, l'abolition de toutes les classes (trois points qui la diff&#233;rencient de l' &#171; invariance &#187; de nos camarades bordiguistes) que la question de l'interclassisme la taraude. L'interclassisme est le terme par lequel la th&#233;orie de la communisation probl&#233;matise certaines luttes actuelles dans la mesure o&#249; &lt;i&gt;elle est sp&#233;cifiquement interpell&#233;e par ces luttes&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut donc, en premier lieu, &#171; probl&#233;matiser &#187; le terme lui-m&#234;me, c'est-&#224;-dire le situer dans une probl&#233;matique th&#233;orique particuli&#232;re. En second lieu, il faut consid&#233;rer que c'est la situation &#224; un moment donn&#233;, la configuration du rapport d'exploitation tel qu'il organise l'ensemble de la soci&#233;t&#233; qui polarise les protagonistes et redessine les positions respectives des classes entre elles. Il ne s'agit pas de substantialiser la lutte de classe sous un aspect &lt;i&gt;particulier&lt;/i&gt;, l'interclassisme, d'&lt;i&gt;hypostasier&lt;/i&gt; ce dernier comme s'il poss&#233;dait une origine propre dans la nature actuelle du prol&#233;tariat et dans &lt;i&gt;ce qu'il ne pourrait que faire&lt;/i&gt;. L'interclassisme ne poss&#232;de en lui-m&#234;me aucune dynamique ni d&#233;passement de par son mouvement propre. Il est un fait produit et circonstanciel, important dans la p&#233;riode actuelle, d&#233;fini comme tel dans une certaine th&#233;orie, rien de plus. Il n'est pas un concept, n'a pas de dynamique propre en dehors des circonstances qui l'ont produit &#224; ce moment-l&#224;, il est changeant, divers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est &#233;vident que l'interclassisme n'est pas le r&#233;sultat de l'impossibilit&#233; pour les prol&#233;taires de mener leurs propres luttes pour leurs int&#233;r&#234;ts propres depuis que ces luttes ne sont plus positivement inscrites dans la reproduction du capital, c'est-&#224;-dire depuis la disparition d'une identit&#233; ouvri&#232;re confirm&#233;e comme l&#233;gitime ainsi que ses revendications dans la reproduction propre du capital. S'il a supplant&#233;, dans certaines circonstances, les alliances et les compromis c'est que le prol&#233;tariat ne peut plus se pr&#233;senter, dans le cadre m&#234;me de la reproduction capitaliste, comme la force susceptible d'unifier l'ensemble social. &#171; Ce qui pour le prol&#233;tariat appara&#238;t comme limite c'est l'impossibilit&#233; qui est propre &#224; ce cycle de luttes de lui permettre d'acc&#233;der &#224; une existence politique autonome, de se faire peuple &#224; lui tout seul. Son existence n'est plus confirm&#233;e dans la dynamique du capital : pour exister politiquement il lui faudrait se fondre tout &#224; fait dans la classe moyenne et sous ses conditions faire unit&#233; et s'int&#233;grer au 'peuple' ainsi constitu&#233;. &#187; (Carbure, &lt;i&gt;op. cit&lt;/i&gt;., th&#232;se 6). Ajoutons que dans cette situation, c'est l'interclassisme qui peut pr&#233;valoir dans les luttes, mais ceci ne signifie en aucun cas que la contradiction que constitue l'existence sociale du prol&#233;tariat se soit r&#233;sorb&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ayant perdu la capacit&#233; &#224; &#171; faire peuple &#187; ou &#171; faire soci&#233;t&#233; &#187; au prix de quelques alliances, le prol&#233;tariat n'a pas pour autant perdu la capacit&#233; &#224; revendiquer et agir en propre, m&#234;me si le capital (la classe capitaliste) ne lui reconna&#238;t plus de l&#233;gitimit&#233; &#224; le faire et ne le reconna&#238;t plus dans ce r&#244;le. Dans ce cycle de luttes, si elle ne comporte aucune confirmation d'une identit&#233; ouvri&#232;re ni de &#171; retour sur soi &#187; face au capital, l'existence du prol&#233;tariat comme classe dans son rapport contradictoire au capital n'en est pas moins totalement r&#233;elle et consistante. Ce qui a disparu depuis la restructuration des ann&#233;es 1970-1980, ce n'est pas cette existence objective, c'est la confirmation dans la reproduction du capital d'une identit&#233; prol&#233;tarienne. Classe du travail productif, le prol&#233;tariat se reconna&#238;t constamment comme tel au cours de n'importe quelle lutte &lt;i&gt;et m&#234;me dans une lutte interclassiste&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une classe n'a pas de d&#233;finition propre &lt;i&gt;pr&#233;alable&lt;/i&gt; expliquant et produisant sa contradiction avec une autre classe, ce n'est que dans la contradiction avec une autre classe qu'elle existe et se reconna&#238;t elle-m&#234;me comme classe, c'est l'autre classe qui est sa raison d'&#234;tre comme classe. Ce qui a disparu, c'est le fait que ce rapport g&#233;n&#233;ral, d&#233;finitoire des classes, puisse comporter un moment de &#171; retour sur soi &#187; pour le prol&#233;tariat comme d&#233;finition d'une identit&#233; propre semblant &lt;i&gt;inh&#233;rente&lt;/i&gt; &#224; la classe et opposable au capital, alors qu'elle n'&#233;tait qu'un produit particulier d'un certain rapport historique entre le prol&#233;tariat et le capital et confirm&#233;e par le propre mouvement du capital. Nous avons tant de mal &#224; nous d&#233;faire de la pr&#233;gnance du programmatisme que le simple fait de dire que le prol&#233;tariat est une classe parce qu'il est dans un rapport contradictoire au capital, parce que sa raison d'&#234;tre une classe est sa contradiction avec une autre classe, serait lui supprimer son existence de classe &#171; en propre &#187; comme si cette existence ne pouvait &#234;tre que le &#171; retour sur soi &#187; le d&#233;finissant &lt;i&gt;pr&#233;alablement&lt;/i&gt; &lt;i&gt;en lui-m&#234;me&lt;/i&gt; et par lequel seulement, selon sa nature, il serait en contradiction avec le capital.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est la capacit&#233;, pour le prol&#233;tariat, de trouver, dans son rapport au capital, la base pour se constituer en classe autonome qui a disparu, mais c'est toujours se reconna&#238;tre comme classe que de reconna&#238;tre le capital comme sa raison d'&#234;tre, son existence face &#224; lui-m&#234;me, &lt;i&gt;comme la seule n&#233;cessit&#233; de sa propre existence&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Confirm&#233; &#187; ou non, &#171; l&#233;gitim&#233; &#187; ou non, le prol&#233;tariat se reconna&#238;t toujours en tant que classe, c'est sur le contenu de cette reconnaissance qu'il ne faut pas se tromper, il ne faut pas n&#233;cessairement l'assimiler aux cat&#233;gories d'autonomie et d'auto-organisation aujourd'hui th&#233;oriquement obsol&#232;tes parce que r&#233;ellement d&#233;pass&#233;es. Aujourd'hui, se reconna&#238;tre comme classe n'est pas un &#171; retour sur soi &#187; mais une totale extraversion comme auto-reconnaissance en tant que cat&#233;gorie du mode de production capitaliste. Cette &#171; reconnaissance &#187; de soi est en fait une connaissance pratique, dans le conflit, du capital.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne peut plus aborder la question de l'interclassisme d'un point de vue normatif consistant &#224; le concevoir &lt;i&gt;a priori&lt;/i&gt; comme une limite ou un &#171; pi&#232;ge &#187; de la lutte du prol&#233;tariat qui se doit, pour &#234;tre telle, d'&#234;tre autonome. Dans la plupart des luttes de ces dix derni&#232;res ann&#233;es, il est &lt;i&gt;un moment constitutif de la lutte de classe du prol&#233;tariat&lt;/i&gt; mais il n'est pas une forme nouvelle ne pouvant que se substituer &#224; une forme ancienne, le programmatisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;h.v32kzcxpaes5&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
La d&#233;composition et l'effondrement du programmatisme sont bien une condition de la pr&#233;gnance actuelle de l'interclassisme, mais les caract&#233;ristiques de la restructuration fournissent seulement un terrain, ce n'est pas une &#171; cause suffisante &#187;. Il n'est pas ce que &#171; ne peut plus que &#187; faire le prol&#233;tariat apr&#232;s l'effondrement du programmatisme o&#249; il agissait &#171; selon son &#234;tre &#187;. Ce qui signe l'acte de naissance dans notre th&#233;orie de la pr&#233;occupation interclassiste, c'est l'entr&#233;e en crise de ce capitalisme restructur&#233; dans les ann&#233;es 1970-1980, et non les caract&#233;ristiques m&#234;mes de la restructuration. Fondamentalement, c'est dans cette crise l'identit&#233; entre crise de suraccumulation et crise de sous-consommation. C'est l&#224;, dans le rapport salarial, que, dans certaines circonstances, sans n&#233;cessit&#233; inscrite dans ce qui ne peut plus &#234;tre, l'interclassisme puise sa raison d'&#234;tre et sa force.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une r&#233;volte &#233;conomique &#224; &#171; &#226;me politique &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'interclassisme d&#233;coule &#233;videmment de certaines caract&#233;ristiques de la crise ouverte en 2008 : l'injustice sociale via le fisc dont le responsable est l'Etat, identit&#233; crise de suraccumulation et crise de sous-consommation, d&#233;termination du salaire comme rapport de production par le salaire comme rapport de distribution et, couronnant tout cela, le peuple et le populisme, le local, les &#233;lites, les riches et les pauvres, le territoire et le local, le peuple avec sa culture et sa &#171; &lt;i&gt;common decency&lt;/i&gt; &#187;. Mais si nous parlons d'interclassisme &#224; propos du mouvement des Gilets jaunes, nous devons observer que notre approche habituelle des classes moyennes dites &#171; nouvelles &#187; ne colle pas vraiment avec ce mouvement dans lequel on voit plut&#244;t des commer&#231;ants, des artisans, des patrons routiers, des membres des professions lib&#233;rales &#171; inf&#233;rieures &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le probl&#232;me que rencontre la critique de l'interclassisme est souvent de croire que les classes en pr&#233;sence forment simplement une somme, qu'elles s'additionnent tout en demeurant des &#233;l&#233;ments discrets bien d&#233;finis et d&#233;limit&#233;s en eux-m&#234;mes. Finalement l'interclassisme ne les affecterait pas, en fait la pratique (toujours circonstanci&#233;e) comme constitution des classes n'existe pas, la pratique est r&#233;duite &#224; une manifestation de l'&#234;tre. C'est pourtant bien &#224; partir de ses int&#233;r&#234;ts propres que chaque composante se retrouve dans un mouvement interclassiste, mais l'interclassisme est alors pour chacun de fa&#231;on &lt;i&gt;interne&lt;/i&gt;, le cours de son action propre. L'interclassisme n'est pas une addition, mais la r&#233;sultante de ces int&#233;r&#234;ts propres int&#233;rieurement affect&#233;s par leur coexistence ; &lt;i&gt;se fondant&lt;/i&gt; dans une revendication commune, &lt;i&gt;les conflits apparaissant sur la base de cette pratique et de cette revendication communes&lt;/i&gt;. &#171; Toutes les classes et segments de classes pr&#233;sents dans un mouvement interclassiste ne se contentent pas de se c&#244;toyer, ils agissent ensemble et les uns sur les autres, pratiquement et politiquement, que ce soit pour s'exclure, pour s'allier, pour nier leur propre existence ou celle de l'autre, pour s'affronter ou simplement se caract&#233;riser eux-m&#234;mes. Ainsi, les mouvements ont une dynamique et une temporalit&#233;, qu'il s'agit de saisir &#224; chaque fois dans sa sp&#233;cificit&#233; &#187; (Carbure, &lt;i&gt;op. cit&lt;/i&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne suffit pas de constater l'interclassisme pour en donner le plus souvent une condamnation sans appel. Il faut dire chaque fois sp&#233;cifiquement les conditions de son existence, non seulement par exigence intellectuelle mais avant tout pour se positionner dans son appr&#233;hension.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le cas des Gilets jaunes, la revendication commune porte sur le niveau de vie et plus pr&#233;cis&#233;ment, &#224; l'int&#233;rieur de ce qui l'affecte, sur l'ensemble des d&#233;penses contraintes et parmi elles, celle que tout le monde d&#233;signe comme &#171; la goutte d'eau qui a fait d&#233;border le vase &#187; : l'augmentation du prix des carburants (principalement le gazole)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb168&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;On a pu pr&#233;senter le mouvement comme une r&#233;volte contre la transition vers (&#8230;)&#034; id=&#034;nh168&#034;&gt;168&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. La question est celle du niveau de vie, des revenus. Mais elle ne demeure pas une question &#233;conomique, elle devient imm&#233;diatement politique. Les taxes, les imp&#244;ts, c'est l'Etat. C'est dans cette imm&#233;diate mutation de l'&#233;conomie en politique que l'interclassisme trouve sa forme qui le d&#233;finit et le conforte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La &#171; question de l'Etat &#187; a toujours &#233;t&#233; &#171; centrale &#187;, et beaucoup plus qu'aujourd'hui &#224; la grande &#233;poque de l'&#233;rection du prol&#233;tariat en classe dominante, mais pas de la m&#234;me fa&#231;on. Alors qu'elle &#233;tait centrale comme question &lt;i&gt;r&#233;volutionnaire&lt;/i&gt;, elle l'est maintenant comme question &#224; l'int&#233;rieur de la pratique revendicative &#171; ordinaire &#187;. Quand la contradiction se noue au niveau de la reproduction, cela n'efface pas sa source, l&#224; o&#249; elle puise l'&#233;nergie qui la constitue. Il s'agit toujours du travail productif et de l'extraction de plus-value, sans cette racine toute conception des contradictions du mode de production capitaliste n'a aucune consistance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Si la contradiction a pour source le travail productif et l'extraction de plus-value, d&#232;s lors que cette contradiction se noue au niveau de la reproduction, &lt;i&gt;c'est l'ensemble de la soci&#233;t&#233; qui devient le terrain des luttes&lt;/i&gt; [nous soulignons]. La question de l'Etat en particulier devient centrale, ainsi que celle de toutes les d&#233;terminations qui fondent l'identit&#233; des sujets sociaux. &#187; (Carbure, &lt;i&gt;op. cit&lt;/i&gt;.).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour plagier Marx dans les &lt;i&gt;Gloses sur le roi de Prusse et la r&#233;forme sociale,&lt;/i&gt; le mouvement des Gilets jaunes fut &#171; une r&#233;volte &#233;conomique &#224; &#226;me politique &#187;. Et l'on retrouve ici la question de la l&#233;gitimit&#233; de l'Etat. L'&#171; &#226;me politique &#187; d'une r&#233;volte &#233;conomique consiste dans la tendance des classes sans influence politique &#224; vouloir mettre fin &#224; leur isolement de l'Etat et du pouvoir. Mettre fin &#224; cet isolement, c'est promouvoir le peuple et proclamer celui-ci comme &#233;tant &lt;i&gt;imm&#233;diatement&lt;/i&gt; l'Etat. Le populisme, &#224; peu de choses pr&#232;s, n'est rien d'autre. Si nous trouvons cette orientation dans l'Appel de Saint-Nazaire ou l'Assembl&#233;e de Commercy, la forte pr&#233;sence &#171; militante &#187; nous avait un peu &#233;loign&#233;, dans ces Assembl&#233;es, des ronds-points (comme le souligne Tristan Leoni).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;h.x95gchox7xrk&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LA TRANSMUTATION POLITIQUE&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;h.1swsw6v1m4mw&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Au fondement de la transmutation : l'&#171; unit&#233; du revenu &#187;, les &#171; pauvres &#187; et les &#171; riches &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Donc une revendication &#233;conomique o&#249; le salaire n'&#233;tait qu'un rapport de distribution dont m&#234;me la relation f&#233;tichiste comme revenu avec le travail &#233;tait elle-m&#234;me occult&#233;e par la m&#233;diation de l'Etat. Distribution, bien s&#251;r &#171; injuste &#187;, et, corollairement, le mode de production &#233;tait r&#233;duit au d&#233;tournement du travail du peuple par la finance, les grandes entreprises, l'Etat et son personnel &lt;i&gt;politique&lt;/i&gt; (il semblerait que dans le mouvement des Gilets Jaunes il n'y ait eu aucune animosit&#233; ou ranc&#339;ur vis-&#224;-vis des fonctionnaires). En r&#233;sum&#233; d'&#233;tape : une revendication &#233;conomique &#224; &#171; &#226;me politique &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais c'est pr&#233;cis&#233;ment l&#224; que les choses se compliquent. Il y a ceux qui n'ont vu l&#224;-dedans que du &#171; naus&#233;abond &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb169&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Par grandeur d'&#226;me nous ne les nommerons pas.&#034; id=&#034;nh169&#034;&gt;169&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, et ceux qui &#171; en &#233;taient &#187; pourvu que &#171; &#231;a bloque &#187;. Puisque c'&#233;tait seulement de revenus dont il s'agissait, les rapports de distribution, le salaire comme revenu faisaient que les salari&#233;s se retrouvaient eux-m&#234;mes confondus et amen&#233;s &#224; c&#244;toyer d'autres sources de revenus (artisans, petits patrons) subissant &#171; la m&#234;me escroquerie &#187;, bien que de fa&#231;on diff&#233;rente quantitativement et qualitativement : achats des biens de subsistance ou renouvellement et extension des biens de production appel&#233;s &#171; outils de travail &#187;, augmentation du &#171; salaire &#187; que se d&#233;gage pour lui-m&#234;me l'artisan, cette figure hybride, ou poids accru des &#171; charges &#187; en faveur de ses employ&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le chapitre intitul&#233; &lt;i&gt;La formule trinitaire&lt;/i&gt;, apr&#232;s avoir rappel&#233; la mystification inh&#233;rente &#224; toute production marchande (&lt;i&gt;Le Capital&lt;/i&gt;, t. 8, p. 204), Marx souligne qu'avec le mode de production capitaliste &#171; cet univers magique et renvers&#233; conna&#238;t d'autres d&#233;veloppements encore &#187; (&lt;i&gt;idem&lt;/i&gt;, p. 205). &lt;i&gt;Cependant, il apporte imm&#233;diatement une restriction&lt;/i&gt; : &#171; Si l'on consid&#232;re d'abord le capital dans le proc&#232;s de production imm&#233;diat &#8211; en sa qualit&#233; de soutireur de surtravail, ce rapport y est encore tr&#232;s simple et les liens internes r&#233;els du ph&#233;nom&#232;ne s'imposent aux agents de ce proc&#232;s, aux capitalistes, qui ont conscience de ces liens. Une preuve frappante en est la lutte violente au sujet des limites de la journ&#233;e de travail. &#187; (&lt;i&gt;ibid&lt;/i&gt;). Il est &#224; noter que Marx prend ici comme exemple la journ&#233;e de travail et non les luttes sur le salaire, vis-&#224;-vis desquelles il a toujours une position tr&#232;s critique. Non pas qu'il soit contre (&lt;i&gt;cf&lt;/i&gt;. la pol&#233;mique avec Proudhon dans &lt;i&gt;Mis&#232;re de la Philosophie&lt;/i&gt;), mais &#171; critique &#187; au sens o&#249; il en souligne toujours le caract&#232;re &#233;ternellement recommenc&#233; car contraintes par la loi de la valeur de la force de travail et finalement la faisant respecter (cf. le &lt;i&gt;Discours sur le libre-&#233;change&lt;/i&gt;, 1847, et les conf&#233;rences devant l'AIT : &lt;i&gt;Salaire, prix et profit&lt;/i&gt;, 1865).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Revenons &#224; la &#171; complexification des choses &#187; : les rapports de distribution ne sont que &#171; l'envers des rapports de production &#187;, les deux &#171; niveaux &#187; ne sont pas dans une situation (relation) d'exclusion r&#233;ciproque, mais fonctionnent dans ce que l'on peut appeler un &#171; jeu dialectique &#187; : les uns se r&#233;fl&#233;chissant dans les autres (cf. &lt;i&gt;TC&lt;/i&gt; 25, &lt;i&gt;Se positionner : rapports de production et rapports de distribution&lt;/i&gt;, p. 59).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur les rapports de distribution se construit une distinction entre pauvres et riches, distinction qui &lt;i&gt;ne remet pas en cause&lt;/i&gt; l'origine et la substance de la richesse : valeur et plus-value. Si nous en restons &#224; la distinction entre riches et pauvres (ceux qui voyagent en jet priv&#233; et ceux qui ne peuvent pas faire le plein), la question de la r&#233;partition n'est pas li&#233;e &#224; la substance m&#234;me de la richesse. Les rapports de distribution, c'est la relation f&#233;tichiste des revenus &#224; leur source. Le travail n'est plus reli&#233; qu'&#224; une certaine fraction de la valeur produite. La revendication de l'augmentation du Smic, venue tardivement, fut plus la revendication d'une protection sociale qu'une revendication salariale. Au grand &#233;tonnement du &lt;i&gt;Medef&lt;/i&gt;, les patrons ne furent jamais interpell&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;h.hvlx3n4w31cs&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Rapports de production et rapports de distribution : naissance de l'injustice&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette lutte contre l'injustice de la &#171; distribution des produits &#187; s'est reli&#233;e aux rapports de production en mettant en avant la &#171; distribution des &#233;l&#233;ments de production &#187; : l'absence de propri&#233;t&#233;, l'absence de moyens de production, la d&#233;pendance vis-&#224;-vis de l'emploi d&#233;pendant de la mobilit&#233;, la pauvret&#233; et l'assignation territoriale (le cr&#233;dit de la maison ou de l'appartement devenus invendables quand l'entreprise qui structurait la zone a ferm&#233; ou s'est d&#233;localis&#233;e). &#171; Aux yeux de l'individu, la distribution [il s'agit &#224; la fois de la distribution des produits et de la distribution des instruments de production, Marx vient de d&#233;finir les deux comme corollaires] appara&#238;t tout naturellement comme une loi sociale qui fixe sa position au sein de la production [&lt;i&gt;nous y voil&#224;&lt;/i&gt; !, nda], c'est-&#224;-dire le cadre dans lequel il produit : elle pr&#233;c&#232;de donc la production [&lt;i&gt;attention : 'aux yeux de l'individu', mais justement &#224; partir des rapports de distribution et de leur injustice, c'est le point de d&#233;part&lt;/i&gt;, nda]. L'individu n'a ni capital ni propri&#233;t&#233; fonci&#232;re de par sa naissance : en venant au monde, il est vou&#233; au travail salari&#233; par la distribution sociale. &#187; (Marx, &lt;i&gt;Introduction de 1857&lt;/i&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est essentiellement &#224; partir de la r&#233;volte contre l'injustice, au travers de cette forme de la distribution (des instruments de production) li&#233;e &#224; la distribution des produits (revenus) que le jeu entre rapports de production et rapports de distribution peut &#234;tre impact&#233; de fa&#231;on dynamique selon les circonstances historiques et locales. Une protestation contre l'utilisation de l'argent public, contre le peu d'investissement dans un quartier ou un &#171; territoire &#187;, peut &#233;tablir une relation dynamique dans le jeu entre rapports de distribution et rapports de production car c'est le rapport travail n&#233;cessaire/surtravail qui est en jeu : &#171; Nous avons montr&#233; pr&#233;c&#233;demment que, tout comme le travail de l'ouvrier individuel se partage en travail n&#233;cessaire et surtravail, le travail total de la classe ouvri&#232;re peut &#234;tre, lui aussi, divis&#233; de telle mani&#232;re que la fraction qui produit la totalit&#233; des moyens de subsistance pour la classe ouvri&#232;re (y compris les moyens de production requis) accomplit le travail n&#233;cessaire pour toute la soci&#233;t&#233;. Le travail effectu&#233; par tout le reste de la classe ouvri&#232;re peut &#234;tre consid&#233;r&#233; comme du surtravail. &#187; (&lt;i&gt;Le Capital&lt;/i&gt;, &#233;d. Sociales, t. 8, p. 24). Revendiquer et obtenir des am&#233;nagements dans un quartier populaire, c'est revendiquer sur le partage entre surtravail et travail n&#233;cessaire et le modifier. Bien s&#251;r la rente fonci&#232;re surd&#233;termine la chose et il n'y a pas que des prol&#233;taires qui consommeront ces am&#233;nagements.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Diff&#233;rentes tendances peuvent se croiser dans un m&#234;me mouvement, se combattre ou s'ignorer. Dans ce jeu, toutes sortes de circonstances peuvent intervenir, mais ce qu'il faut d&#233;finir c'est sur quelle mati&#232;re celles-ci interviennent. Il faut non seulement que cette mati&#232;re soit susceptible d'&#234;tre &#171; dynamis&#233;e &#187;, mais encore il faut que ce soit cette mati&#232;re elle-m&#234;me qui, d&#233;terminant la sp&#233;cificit&#233; pr&#233;sente de la crise, d&#233;termine les relations de classes qui vont dynamiser ou inversement absolutiser les rapports de distribution. Entre l'absolutisation et la r&#233;flexivit&#233;, il y a toujours une tendance qui prend le dessus et ce d&#232;s la naissance d'un mouvement de par ce qui constitue sa caract&#233;ristique centrale. Pour les Gilets jaunes, la transmutation politique de la revendication &#233;conomique a confort&#233; l'h&#233;g&#233;monie de l'absolutisation des rapports de distribution avec toutes les d&#233;terminations qui vont de la valeur du travail &#224; l'authenticit&#233; populaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les mouvements tels que celui des Gilets jaunes, il faut approcher la &#171; ligne de partage &#187; d&#233;limitant dans quelle mesure d'une part, les rapports de distribution se d&#233;signent comme envers des rapports de production et, d'autre part, dans quelle mesure ils s'absolutisent eux-m&#234;mes comme la totalit&#233; de la r&#233;alit&#233; sociale. Cette absolutisation et ce qu'elle implique politiquement et culturellement ne vont pas de soi, l'envers est toujours pr&#233;sent. &lt;i&gt;C'est l&#224; que nous touchons &#224; la racine des conflits survenus &#224; l'int&#233;rieur de la r&#233;volte commune, dite interclassiste, et, sur cette base, &#224; l'impossibilit&#233; d'une formalisation achev&#233;e du populisme&lt;/i&gt;. Ces conflits ne peuvent &#234;tre ni r&#233;solus ni dispara&#238;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;h.m1hv4f4zajfc&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'unit&#233; s'impose comme communaut&#233; ind&#233;pendante : la question de la repr&#233;sentation&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la r&#233;volte des Gilets jaunes, la &#171; ligne de partage &#187; se situait entre d'une part, un travail social et politique qui non seulement &lt;i&gt;ent&#233;rine&lt;/i&gt; le fait mais encore &lt;i&gt;&#233;rige&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;promeut&lt;/i&gt; les rapports de distribution comme &lt;i&gt;p&#244;le absolu&lt;/i&gt; et, d'autre part, des luttes, des pratiques qui d&#233;signent les rapports de distribution pr&#233;cis&#233;ment comme &#171; &lt;i&gt;l'envers des rapports de production &lt;/i&gt; &#187;, c'est-&#224;-dire qui se situent dans la &lt;i&gt;r&#233;flexivit&#233;&lt;/i&gt; entre ces deux types de rapports. Tout en sachant qu'il peut y avoir de nombreuses situations interm&#233;diaires. La distinction peut traverser une m&#234;me pratique et/ou un m&#234;me groupe social (subdivisions de classe). Dans une lutte, elle peut &#234;tre synchronique ou diachronique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Face &#224; l'absolutisation des rapports de distribution, la revendication contre l'injustice, la pauvret&#233;, l'Etat d&#233;nationalis&#233;, peut d&#233;signer les rapports de production &lt;i&gt;&#224; l'int&#233;rieur m&#234;me de la fa&#231;on dont les rapports de distribution sont attaqu&#233;s&lt;/i&gt;. Et, il est impossible de dire que dans les mobilisations des Gilets jaunes la chose fut absente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est exact que ce sont toujours les rapports de distribution qui sont au-devant, en premiers, parce que les individus &lt;i&gt;partent toujours de leur existence&lt;/i&gt;. C'est vrai, les individus partent de leur vie quotidienne, de leurs revenus, c'est-&#224;-dire des rapports de distribution, du f&#233;tichisme v&#233;cu comme un &#171; destin &#187;. Mais est-ce que les rapports de production sont forc&#233;ment tr&#232;s loin de cela ? Il y a toujours jeu et non dichotomie entre rapports de production et rapports de distribution. Parmi les Gilets jaunes, la lutte contre l'injustice de la distribution s'est articul&#233;e avec les rapports de production. Comme compr&#233;hension de soi et de cette injustice, consciemment ou non, dans la pratique, dans les formes de son &lt;i&gt;modus operandi&lt;/i&gt; peu contr&#244;l&#233;. Dans le Vaucluse, Chalen&#231;on, le &#171; porte-parole &#187; &#233;ph&#233;m&#232;re, lui-m&#234;me petit patron d'une forge avec deux salari&#233;s, s'est d&#233;solidaris&#233; d&#232;s le dimanche soir (le 18 novembre 2018) de la poursuite des blocages en semaine &#8230; avant de se reprendre d&#232;s le lendemain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si ce n'est sur internet et sous pseudo, qui va aller dire &#224; l'ouvrier retrait&#233; de la sid&#233;rurgie et &#224; sa femme employ&#233;e de collectivit&#233;s qui ne bouclent pas leurs fins de mois et aident un peu leurs enfants au ch&#244;mage qu'ils sont &#171; naus&#233;abonds &#187; ? Il faut distinguer ce qui fait individuellement la pr&#233;sence importante d'ouvriers, retrait&#233;s, employ&#233;s (proportionnellement car en chiffres absolus les rassemblements et manifestations sont demeur&#233;s r&#233;duits par rapport &#224; d'autres mouvements sociaux r&#233;cents) et la configuration d'ensemble que construit, dans le contexte actuel, leur mobilisation. Il faut distinguer les motivations de cette pr&#233;sence et le discours &lt;i&gt;politique&lt;/i&gt; qui en d&#233;coule. C'est pr&#233;cis&#233;ment en les distinguant que l'on comprend la n&#233;cessit&#233; de ce discours &#224; partir de ces motivations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La transmutation politique avec tout ce qui l'accompagne s'impose ind&#233;pendamment de la volont&#233; individuelle de chaque participant, c'est leur communaut&#233; ind&#233;pendante d'eux, leur unit&#233;, qui existe ainsi de par leur pr&#233;sence et leurs motivations m&#234;mes. Cette ind&#233;pendance est le vecteur de toutes les reconstructions id&#233;ologiques d&#233;coulant des rapports de distribution (voir &lt;i&gt;TC&lt;/i&gt; 25, &lt;i&gt;Une s&#233;quence particuli&#232;re&lt;/i&gt;). Il faut encore pr&#233;ciser que dans un mouvement disparate comme l'&#233;tait celui-ci, quand cette ind&#233;pendance trouve dans une fraction du mouvement ses repr&#233;sentants et incarnation, elle est imm&#233;diatement contest&#233;e et remise en cause non seulement dans la personne des &#171; repr&#233;sentants &#187; mais &lt;i&gt;en tant que repr&#233;sentation m&#234;me&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Malgr&#233; ses r&#233;f&#233;rences r&#233;currentes &#224; la d&#233;mocratie, le mouvement s'affirme bien plus comme un mouvement d'action directe que comme un mouvement pour la d&#233;mocratie directe, m&#234;me s'il n'y a pas forc&#233;ment de contradiction entre les deux tendances. L'auto-organisation du mouvement, tant que les ronds-points en ont &#233;t&#233; l'axe majeur, est rest&#233;e une auto-organisation de proximit&#233; sans formalisme, loin, par exemple de l'assembl&#233;isme de Commercy qui, avec le RIC comme revendication unitaire apparaissent plut&#244;t comme des recettes pour une porte de sortie par le haut d'un mouvement n&#233; par le bas, qu'une v&#233;ritable perspective de d&#233;veloppement et d'approfondissement du mouvement. &#187; (&lt;i&gt;Temps Critiques&lt;/i&gt;, f&#233;vrier 2019&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb170&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Si nous nous retrouvons souvent, dans ce texte, en accord avec certaines (&#8230;)&#034; id=&#034;nh170&#034;&gt;170&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 2 d&#233;cembre 2018, un groupe de Gilets jaunes, parmi lesquels des figures de proue du mouvement a voulu se pr&#233;senter comme porte-parole autour d'un &#171; projet viable et cr&#233;dible &#187; : &#171; Soyons raisonnable et offrons au gouvernement une porte de sortie &#224; la crise. Nous formons un groupe de citoyens engag&#233;s qui constitue une repr&#233;sentation honn&#234;te de la France qui souffre et se sent d&#233;laiss&#233;e. Nous voulons &#234;tre les porte-paroles d'une col&#232;re constructive. Loin de toute radicalisation et en accord avec les 80 % de Fran&#231;ais qui nous soutiennent, construisons un projet viable et cr&#233;dible, dans l'int&#233;r&#234;t de tous qui se fasse dans le respect des institutions de la Ve R&#233;publique, de l'ordre public, des biens et des personnes. &#187; (&lt;i&gt;Le Journal du dimanche&lt;/i&gt;, 2 d&#233;cembre 2018, sign&#233; par dix personnes parmi lesquelles Benjamin Cauchy et Jacline Mouraud). Cette &#171; d&#233;l&#233;gation &#187; a explos&#233; en vol&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb171&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La plupart des membres de cette d&#233;l&#233;gation pr&#234;te &#224; se rendre &#224; Matignon ont (&#8230;)&#034; id=&#034;nh171&#034;&gt;171&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; comme toutes celles qui ont cherch&#233; &#224; se constituer par la suite, quelles que soient leur coloration politique, leurs d&#233;clarations, leur composition, et leurs intentions. Le 17 d&#233;cembre 2018, c'est Ingrid Levavasseur qui se fait violemment expulser de la manifestation apr&#232;s avoir souhait&#233; constituer une liste en vue des &#233;lections europ&#233;ennes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;h.e0o4ashxmdrw&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Repr&#233;sentation et violence&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La violence qui a accompagn&#233; le mouvement n'est pas &#233;trang&#232;re &#224; sa d&#233;termination centrale, constitutive de toutes les autres, c'est-&#224;-dire la cristallisation, sur la vie quotidienne, des contradictions de classes relevant de toutes les caract&#233;ristiques du mode de production capitaliste tel qu'existant &#224; la suite de la restructuration des ann&#233;es 1970-1980. Ce qui en fait un mouvement irrepr&#233;sentable, imperm&#233;able &#224; toute forme de n&#233;gociation et marginalement &#171; revendicatif &#187;. On peut &#233;voquer b&#234;tement les &#171; casseurs parisiens &#187;, mais ce sont des gendarmeries qui ont &#233;t&#233; attaqu&#233;es &#224; Dijon ou &#224; Montpellier, c'est la pr&#233;fecture du Puy-en-Velay qui a &#233;t&#233; incendi&#233;e, c'est le minist&#232;re de Benjamin Griveaux (porte-parole du gouvernement) qui fut investi &#224; la grande rigolade de tous les manifestants (15 jours apr&#232;s c'&#233;tait toujours la grosse rigolade quand sur le Bd Saint-Germain, la manif est pass&#233;e &#224; toute proximit&#233; du lieu, etc.), c'est Abdel Zahiri, entra&#238;neur des jeunes au football club d'Avignon qui prend 4 mois fermes, pour, selon l'accusation, &#171; un coup de boule &#187; sur le commissaire &#224; la suite de l'invasion du Commissariat central d'Avignon le mercredi 16 janvier 2019 (&lt;i&gt;La Provence&lt;/i&gt;, 19/1/19). Dans l'Est, les grandes villes comme Besan&#231;on, Strasbourg, Metz ou Reims sont rest&#233;es plut&#244;t &#224; l'&#233;cart du mouvement, seule Nancy fait exception o&#249; le 22 d&#233;cembre 2018, la police a &#233;t&#233; attaqu&#233;e avec des fus&#233;es remplies de clous et de billes d'acier, mais les manifestants venaient des &#171; territoires enclav&#233;s &#187; comme la Meuse ou les Vosges. C'est dans les petites villes pauvres et marqu&#233;es par la d&#233;sindustrialisation comme Bar-le-Duc, Dole, Forbach, Thionville et surtout Charleville-M&#233;zi&#232;res que les affrontements avec la police ont &#233;t&#233; les plus nombreux et les plus violents. Dans le sud, drainant les petites villes alentours, le mouvement est le plus virulent &#224; Tarbes, Perpignan, Narbonne, Montpellier, N&#238;mes et Avignon. En revanche, le nord de la France qui cumule tous les indicateurs sociaux de pr&#233;carit&#233;, de d&#233;sindustrialisation et de fin de mois difficile, n'a pas &#233;t&#233; un bastion du mouvement, si bien que, pour la police, &#171; le calme de Roubaix appara&#238;t comme une curiosit&#233; &#187;. L'explication r&#233;siderait, &#171; selon un cadre des services de renseignement &#187; dans une tr&#232;s forte urbanisation et du fait que &#171; la pr&#233;carit&#233; y est telle que les aides sociales peuvent jouer un r&#244;le d'amortisseur. Le mouvement des Gilets jaunes demeure majoritairement le fait d'actifs issus de la classe moyenne inf&#233;rieure &#187; &lt;i&gt;(&#171; Gilets jaunes &#187; : comment la police analyse le mouvement&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Le Monde,&lt;/i&gt; 27-28/1/19). Notons que cette derni&#232;re appellation de &#171; classe moyenne inf&#233;rieure &#187; est extr&#234;mement vague dans la mesure o&#249; la participation ouvri&#232;re a &#233;t&#233; massive. On peut ajouter une troisi&#232;me explication &#224; ce bastion du Nord rest&#233; &#224; l'&#233;cart : la forte pr&#233;sence dans les cat&#233;gories sociales susceptibles de participer au mouvement de descendants d'immigr&#233;s dont la participation a &#233;t&#233; tr&#232;s faible (voir plus loin).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux m&#233;tropoles &#233;chappent &#224; la r&#232;gle de la pr&#233;dominance des villes petites ou moyennes : Toulouse et Bordeaux qui ont attir&#233; les manifestants venant des villes p&#233;riph&#233;riques. A Bordeaux, comme le raconte un policier sp&#233;cialis&#233; dans le maintien de l'ordre en Gironde, la plupart des manifestants ne sont pas bordelais : &#171; 'Chaque fois c'est pareil. Ils se regroupent et d&#233;filent, en passant par les quartiers les plus favoris&#233;s, et vers 17 heures, &#224; la tomb&#233;e de la nuit, les plus violents arrivent place Pey-Berland, o&#249; se situe la mairie. Ils font face aux forces de l'ordre et se mettent &#224; tout d&#233;grader. Ils s'attaquent &#224; ce que repr&#233;sente la ville : un centre riche, enti&#232;rement r&#233;nov&#233; et un maire, Alain Jupp&#233;, qui a soutenu Macron. L'exclusion, ces derni&#232;res ann&#233;es, des petites et moyennes classes sociales a contribu&#233; &#224; un sentiment antibourgeois qui se caract&#233;rise de temps &#224; autre par des r&#233;flexions faites aux habitants ais&#233;s du centre de l'agglom&#233;ration', note un officier de police, pointant les loyers devenus inaccessibles pour les salaires moyens, notamment sous l'effet de l'arriv&#233;e, &#224; l'&#233;t&#233; 2017, de la ligne &#224; grande vitesse, qui place d&#233;sormais la ville &#224; seulement deux heures en train de Paris. &#187; (&lt;i&gt;idem&lt;/i&gt;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour le secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral du Syndicat des commissaires de la police nationale : &#171; Beaucoup de violences physiques sont commises par des gens lambda. [&#8230;] Ce n'est ni l'ultradroite ni l'ultragauche qui structurent le mouvement &#187; (&lt;i&gt;idem&lt;/i&gt;). La violence ne fut pas &#171; en marge &#187; ou en &#171; queue de cort&#232;ge &#187; mais au c&#339;ur des manifestations des Gilets jaunes, elle n'&#233;tait pas &#171; le signe d'une manif qui d&#233;g&#233;n&#232;re car d&#232;s le d&#233;part il y a usage de la violence contre les b&#226;timents publics symbolisant le pouvoir &#187; (Leoni, &#233;pisode 6). A Valence (janvier 2019), quelques dames de la cinquantaine, voyant passer devant elles une dizaine de jeunes en noir et cagoul&#233;s, s'exclament en rigolant : &#171; Ah ! Voil&#224; les hordes sauvages &#187;. Ce m&#234;me jour, vers 13h, apr&#232;s une matin&#233;e anim&#233;e par quelques avanc&#233;es et reculs vers la Pr&#233;fecture, et quelques grenades, CRS au moment de la pause et Gilets jaunes prennent c&#244;te-&#224;-c&#244;te le caf&#233; au comptoir du seul bar qui &#233;tait rest&#233; ouvert&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb172&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Guiness parfaitement servie et excellent Fish and chips.&#034; id=&#034;nh172&#034;&gt;172&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On sait que les condamn&#233;s pour violence &#233;taient dans leur grande majorit&#233; &#171; des inconnus des services de police &#187; et des &#171; primo-manifestants &#187;. A la suite de la manifestation du samedi 16 mars 2019 sur les Champs Elys&#233;es, Macron, oblig&#233; d'interrompre son week-end de ski avec son &#233;pouse &#224; la station de La Mongie pour rentrer pr&#233;cipitamment &#224; Paris, d&#233;clare : &#171; Nous avons aujourd'hui des gens qui essayent par tous les moyens d'ab&#238;mer la R&#233;publique pour casser, pour d&#233;truire au risque de tuer ([donc on &#171; ab&#238;me la R&#233;publique &#187; en cassant les vitres et les tables du Fouquet's, nda]. &lt;i&gt;Tous ceux qui &#233;taient l&#224; se sont rendus complices&lt;/i&gt; [nous soulignons]. &#187; (&lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt;, 19/3/19)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb173&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La dite R&#233;publique s'est faite en saccageant les Tuileries le 10 ao&#251;t 1792.&#034; id=&#034;nh173&#034;&gt;173&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#171; Quand un groupe de black blocs remonta l'avenue dans la matin&#233;e pour aller charger les forces de l'ordre place de l'Etoile, il fut salu&#233; par les applaudissements de la foule. [&#8230;] Ils &#233;taient d&#233;sormais des milliers &#224; penser que l'incendie d'une Porsche, d'une banque ou le saccage de magasins de luxe &#233;taient bien l&#233;gitimes face &#224; la violence '&lt;i&gt;du syst&#232;me&lt;/i&gt;' &#187; (&lt;i&gt;idem&lt;/i&gt;). Pour en revenir au lien entre violence et repr&#233;sentation : dans leur quasi-totalit&#233; aucune manifestation n'a &#233;t&#233; d&#233;clar&#233;e. Qui aurait pu le faire ?&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb174&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Thomas Branth&#244;me dans La gen&#232;se des libert&#233;s sociales. Le droit de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh174&#034;&gt;174&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'on peut qualifier d'interclassisme le front qui s'est constitu&#233; entre certains salari&#233;s et ind&#233;pendants pr&#233;caris&#233;s (caristes, aides-soignantes, artisans, int&#233;rimaires, chauffeurs routiers, caissi&#232;res, ouvriers, femmes de m&#233;nage, etc.), les cadres et les professions dites intellectuelles sont rest&#233;s herm&#233;tiques au mouvement. Non seulement la &#171; classe moyenne &#187; s'est profond&#233;ment fractur&#233;e, mais son existence m&#234;me a &#233;t&#233; mise &#224; mal. La dite classe moyenne pr&#233;sent&#233;e par tous les politologues comme le fondement de la d&#233;mocratie et en France du &#171; pacte r&#233;publicain &#187; a pratiquement d&#233;nonc&#233; le mensonge qui le fonde tout en r&#233;clamant sa refondation. D&#232;s qu'il s'agit de vie quotidienne qui ne conna&#238;t pas les &#171; partenaires sociaux &#187;, la violence est &#224; la fois le signe de l'impossibilit&#233; de la structuration du mouvement et le rejet de la repr&#233;sentation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un entretien au &lt;i&gt;Monde&lt;/i&gt; (13-14/1/19), St&#233;phane Sirot&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb175&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;St&#233;phane Sirot est l'auteur du tr&#232;s bon La Gr&#232;ve en France, une histoire (&#8230;)&#034; id=&#034;nh175&#034;&gt;175&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; d&#233;clare : &#171; Face &#224; des contestations institutionnalis&#233;es, les r&#233;sultats sont nuls&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb176&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Au printemps 2018, 6 mois avant l'irruption du mouvement des Gilets jaunes, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh176&#034;&gt;176&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, seules des pratiques radicales, voire violentes peuvent inciter le pouvoir politique &#224; modifier ses choix. Si les Gilets jaunes &#233;taient rest&#233;s tranquillement dans leur coin, comme les syndicats, le gouvernement aurait attendu que &#231;a se calme. [&#8230;] Le nombre de bless&#233;s et de mutil&#233;s est du jamais-vu depuis un demi-si&#232;cle &#187;. Si les Gilets jaunes ne sont pas rest&#233;s tranquilles dans leur coin, c'est qu'il n'y avait pas le terrain commun qui supporte toute n&#233;gociation entre &#171; &lt;i&gt;partenaires&lt;/i&gt; &#187;. Le 6 d&#233;cembre 2018, la CGT signait un texte commun avec six autres organisations &#8211; CFDT, FO, CFE-CGC, CFTC, UNSA, FSU &#8211; condamnant les violences et invitant le gouvernement &#224; &#171; &lt;i&gt;garantir enfin de r&#233;elles n&#233;gociations&lt;/i&gt; &#187; (&lt;i&gt;Le Monde,&lt;/i&gt; 28/12/18) ; l'association &lt;i&gt;R&#233;alit&#233;s du dialogue social&lt;/i&gt; qui rassemble des directeurs de ressources humaines de grandes entreprises et des syndicalistes d&#233;clare quant &#224; elle le 14 d&#233;cembre : &#171; Le risque est grand que se r&#233;pande l'id&#233;e selon laquelle la violence serait le meilleur moyen &#8211; voire le seul &#8211; pour se faire entendre et arriver &#224; ses fins &#187; (&lt;i&gt;idem&lt;/i&gt;). Mais, quand il s'agit d'un mode de vie, il n'y a rien &#224; n&#233;gocier, sauf son am&#233;lioration, l'&#233;tranget&#233; des uns et des autres demeure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;h.330wm97pboz9&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Repr&#233;sentation et politique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est remarquable qu'avec un point de d&#233;part qui a pu appara&#238;tre comme semblable, les &#233;volutions ont &#233;t&#233; absolument diff&#233;rentes entre le mouvement des Gilets jaunes en France et celui du &#171; &lt;i&gt;Vaffa day&lt;/i&gt; &#187; (journ&#233;e du &#171; Va te faire foutre &#187;) en Italie en septembre 2007. N&#233; de cet &#233;lan, puis du mouvement des &#171; &lt;i&gt;forconi&lt;/i&gt; &#187; en d&#233;cembre 2013, le &lt;i&gt;Mouvement 5 &#233;toiles&lt;/i&gt; est momentan&#233;ment arriv&#233; au pouvoir en Italie, apr&#232;s avoir franchi toutes les &#233;tapes institutionnelles. En France, le mouvement des Gilets jaunes n'a pas suivi le m&#234;me chemin et n'a jamais &#233;t&#233; susceptible de donner naissance &#224; un mouvement comparable, malgr&#233; la tentation du parall&#232;le. En Italie, l'agr&#233;gation de diff&#233;rentes col&#232;res (anti-Berlusconi, anti-aust&#233;rit&#233;, hostilit&#233; aux grands travaux et &#224; la privatisation de l'eau et surtout aux privil&#232;ges de la caste au pouvoir &#224; Rome) s'est cristallis&#233;e en mouvement politique autour d'une personne charismatique, Beppe Grillo. Rien de semblable en France avec les Gilets jaunes, toute repr&#233;sentation et, encore plus, toute personnalisation ont &#233;t&#233; chaque fois que la chose s'est pr&#233;sent&#233;e imm&#233;diatement &#233;limin&#233;e. D&#233;but f&#233;vrier 2019, Luigi Di Maio, &#224; l'&#233;poque vice-premier ministre italien, rencontre subrepticement Christophe Chalen&#231;on &#224; Montargis en France en tant que porte-parole de la liste RIC (Ralliement d'initiative citoyenne) en vue des &#233;lections europ&#233;ennes dont la t&#234;te de liste est Ingrid Levavasseur. Cette derni&#232;re d&#233;nonce imm&#233;diatement Chalen&#231;on comme n'ayant aucun lien avec la liste RIC : &#171; La mayonnaise lui est mont&#233;e au cerveau &#187;, dit-elle. Malgr&#233; l'appui d'un vice-premier ministre italien et les tentations politiques, la repr&#233;sentativit&#233; de Levavasseur ou de Chalen&#231;on est quasiment nulle (voir &lt;i&gt;Le Monde,&lt;/i&gt; 8/2/19).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut dire que les dix ann&#233;es qui se sont &#233;coul&#233;es entre 2007 et 2018 ont totalement modifi&#233; le paysage et les possibilit&#233;s politiques en France, en Italie ou en Espagne ; aucune &#171; &#233;toile &#187;, ni aucun &lt;i&gt;Podemos&lt;/i&gt; ne pouvait na&#238;tre des Gilets jaunes. En ce qui concerne &lt;i&gt;Podemos&lt;/i&gt;, le mouvement des &#171; Indign&#233;s &#187; et de l'occupation des places ne mobilisait pas les m&#234;mes cat&#233;gories sociales que les Gilets jaunes ; en ce qui concerne le &#171; &lt;i&gt;Vaffa day &lt;/i&gt; &#187;, la diff&#233;rence est beaucoup moins &#233;vidente. Entre 2007 et 2018, ce qui s'est totalement effondr&#233;, aussi bien en Italie qu'en France, ce sont les m&#233;canismes de d&#233;l&#233;gation et de repr&#233;sentation rattach&#233;s &#224; la gestion des conflits. Ce sont les Etats eux-m&#234;mes qui ont mis en &#339;uvre un programme de destruction de toutes les instances et institutions de la repr&#233;sentation d&#233;mocratiques. Progressivement, la politique se trouve confront&#233;e &#224; un mur qu'elle a elle-m&#234;me dress&#233;. N'oublions pas qu'avec la crise des dettes europ&#233;ennes, en quelques jours, ont &#233;t&#233; d&#233;barqu&#233;s en Espagne, en Gr&#232;ce, en Italie, des chefs de gouvernement absolument l&#233;gitimes selon les Constitutions et usages en vigueur. Il ne s'agissait que d'un sympt&#244;me. Non seulement plus personne ne croit en la d&#233;l&#233;gation et la repr&#233;sentation politiques, mais encore, ce ne serait l&#224; qu'une question de croyance s'il ne s'agissait pas en r&#233;alit&#233; d'une &#233;volution des contradictions qui d&#233;signent la vie quotidienne comme leur lieu. Pour parodier Debord en inversant sa formule : tout ce qui est directement v&#233;cu ne s'&#233;loigne pas dans une repr&#233;sentation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pire gesticulation militante a &#233;t&#233; de chercher &#224; imposer des Assembl&#233;es g&#233;n&#233;rales centralis&#233;es par r&#233;gion, contre la volont&#233; de la plupart des participants au mouvement des Gilets jaunes qui savent qu'un rond-point occup&#233; est un Comit&#233; et un lieu d'action &#224; lui tout seul et que les seules questions &#224; se poser sont pratiques : celles des mesures &#224; prendre, des approvisionnements, de l'organisation pour poursuivre l'occupation et les actions qu'elle se donne&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb177&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;M&#234;me lors de l'Assembl&#233;e de Commercy (26-27 janvier 2019), un Gilet jaune du (&#8230;)&#034; id=&#034;nh177&#034;&gt;177&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;h.k1idje24zew7&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;La politique des Gilets jaunes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que la politique soit la r&#233;sultante fr&#233;quente des luttes interclassistes ne signifie pas que la politique en soit d&#233;finitoire. C'est parce que des contradictions sociales se coagulent &#224; un moment comme politique que la politique est alors le contenu de l'interclassisme, ce n'est pas l'interclassisme qui est n&#233;cessairement politique. D'autant plus que, dans le cas du mouvement des Gilets Jaunes, c'est attribuer aux classes moyennes &#171; traditionnelles &#187; engag&#233;es dans ce mouvement ce que l'on attribue d'ordinaire aux classes moyennes salari&#233;es de l'encadrement du proc&#232;s de travail et de la reproduction sociale. Le mouvement des Gilets jaunes est bien politique, mais cette politique il faut l'expliquer autrement que par la propension des &#171; classes moyennes &#187; &#224; monopoliser la politique (ce qui en plus n'est pas le cas et totalement hors de propos en ce qui concerne les &#171; classes moyennes &#187; engag&#233;es dans le mouvement des Gilets Jaunes). &#171; Si par exemple le RIC &#8211; r&#233;f&#233;rendum d'initiative citoyenne &#8212; parvient &#224; s'imposer comme une revendication centrale [ou plut&#244;t unifiante, nda] du mouvement, cela doit &#234;tre compris comme une victoire de classe de la fraction qui trouve son int&#233;r&#234;t dans la politique, et qu'il serait simpliste de qualifier de 'classe moyenne'. &#187; (&lt;i&gt;Gilets jaunes et th&#233;orie&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;th&#232;ses provisoires sur l'interclassisme dans le moment populiste&lt;/i&gt;, th&#232;se 5, blog &lt;i&gt;Carbure&lt;/i&gt; et sur Dndf).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La toute &#171; petite bourgeoisie &#171; (&#224; diff&#233;rencier de ce que l'on d&#233;signe habituellement comme &#171; classes moyennes &#187;) pouvait alors, dans le mouvement, au nom du peuple et de ce qui s'en suit, appara&#238;tre &lt;i&gt;h&#233;g&#233;monique&lt;/i&gt;, c'est-&#224;-dire fixer le cadre g&#233;n&#233;ral de la revendication et celui des conflits (et de leurs termes) pouvant intervenir au sein m&#234;me du mouvement. Parodiant Hegel (&lt;i&gt;Principes de la philosophie du droit&lt;/i&gt;, &#167; 297), on peut &#233;crire qu'elle devenait &#171; l'intelligence cultiv&#233;e et la conscience l&#233;gale (juridique) de la masse du peuple &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est paradoxalement l&#224; o&#249;, attaquant l'Etat, le mouvement appara&#238;t comme le plus &#171; radical &#187; qu'il se d&#233;finit et se limite comme le peuple. Pour le peuple, l'Etat appara&#238;t comme ayant une double fonction : dictature d'une classe et reproduction de toute la soci&#233;t&#233; avec l'apparente neutralit&#233; des organes assurant cette reproduction. Dans cette pens&#233;e spontan&#233;e, ces organes sont neutres et non, dans leur existence m&#234;me et leur forme, ceux d'une dictature de classe. En cons&#233;quence, s'ils ne fonctionnent pas &#171; comme ils devraient &#187;, comme un &#171; service public &#187;, comme un &#171; bien commun &#187;, c'est qu'ils sont pr&#233;empt&#233;s, d&#233;tourn&#233;s et pervertis par une clique, une caste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne s'agirait plus alors que de ramener l'Etat dans le peuple et le peuple dans l'Etat&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb178&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Quand on dit 'les affaires g&#233;n&#233;rales de l'Etat', cela fait na&#238;tre (&#8230;)&#034; id=&#034;nh178&#034;&gt;178&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &lt;i&gt;Dans le mouvement des Gilets jaunes, l'auto-organisation et la d&#233;mocratie directe&lt;/i&gt; ont r&#233;pondu au d&#233;clin des &#171; pouvoirs interm&#233;diaires &#187;, &#224; l'effondrement des &#171; organisations repr&#233;sentatives &#187;, &#224; l'atomisation li&#233;e aux rapports de distribution. Le fameux &#171; sac rempli de pommes de terre qui ne forment qu'un sac de pommes de terre &#187; (Marx, &lt;i&gt;Le 18 Brumaire de Louis Bonaparte&lt;/i&gt;, &#233;d. Sociales, classique du marxisme, p. 105 ; Pl&#233;iade, t. IV, p. 533) s'est affirm&#233; comme sac. Ce ne fut pas une auto-organisation seulement &#171; par d&#233;faut &#187;, mais aussi par n&#233;cessit&#233; de ceux et celles qu'il fallait &#171; rassembler &#187;. Parlant du paysan parcellaire et de son ralliement enthousiaste &#224; Louis Bonaparte, Marx ajoute : &#171; Ils ne peuvent se repr&#233;senter eux-m&#234;mes, &lt;i&gt;ils doivent &#234;tre repr&#233;sent&#233;s&lt;/i&gt; [nous soulignons] &#187; (&lt;i&gt;ibid&lt;/i&gt;). &#171; Le 10 d&#233;cembre 1848, ce fut le jour de l'insurrection paysanne [le sac de pommes de terre, nda]. [&#8230;] Avec des drapeaux, musique en t&#234;te, ils se rendirent aux urnes en criant : &#8220;Assez d'imp&#244;ts, &#224; bas les riches, &#224; bas la R&#233;publique, vive l'empereur !&#8221;. Derri&#232;re l'empereur se cachait la jacquerie. La R&#233;publique qu'ils balayaient par leur vote, c'&#233;tait la &lt;i&gt;R&#233;publique des riches&lt;/i&gt; [soulign&#233; dans le texte] &#187; (Marx, &lt;i&gt;Les luttes de classes en France&lt;/i&gt;, Pl&#233;iade, t. IV, p. 273). Le sac existait bien, il n'&#233;tait qu'une somme de pommes de terre, mais personne n'a &#171; repr&#233;sent&#233; &#187; les Gilets jaunes : un populisme sans leader.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;h.3v1ol9r7fzg0&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;Un populisme inabouti&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'interclassisme tend au populisme, dans le mouvement des Gilets jaunes ne se sont formalis&#233;es que des tendances au populisme, ce dernier ne s'est jamais r&#233;ellement constitu&#233; comme unification politique du mouvement. Le populisme du travail respectable et du capital m&#233;rit&#233; doit se prouver comme la repr&#233;sentation en acte de la &#171; communaut&#233; du peuple &#187;, et cela en produisant le peuple contre l' &#171; impopulaire &#187;, le &#171; non-citoyen &#187;. D'un c&#244;t&#233;, la finance, les &#233;lites politiques de la d&#233;mocratie&lt;i&gt; repr&#233;sentative&lt;/i&gt;, les bobos des centres-villes et les grands capitaines d'industrie, de l'autre, le travail, la famille, la justice &#233;conomique, la communaut&#233; nationale, la respectabilit&#233; du travail, la r&#233;publique et la &lt;i&gt;souverainet&#233; rendue au peuple&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la conjugaison habituelle des termes du populisme, il faut noter, chez les Gilets jaunes, une grande absence : la distinction entre le &#171; peuple travailleur &#187; et les &#171; assist&#233;s &#187; dont les immigr&#233;s et leurs descendants, m&#234;me si ces derniers ont &#233;t&#233; largement absents d'un mouvement qui bien souvent se d&#233;roulait &#224; leur porte. Il est vrai que dans le texte envoy&#233; jeudi 29 novembre 2018 au gouvernement par une d&#233;l&#233;gation du mouvement, m&#234;me si cette &#171; d&#233;l&#233;gation &#187; a fait long feu, on pouvait lire que &#171; vivre en France implique de devenir fran&#231;ais &#187; et que les &#171; d&#233;bout&#233;s du droit d'asile soient reconduits dans leur pays d'origine &#187; (&lt;i&gt;Le Dauphin&#233; lib&#233;r&#233;&lt;/i&gt;). Il s'agissait &#233;galement de demander l'ouverture de centres &#224; l'&#233;tranger pour traiter les demandes d'asile, et si le fantasme du Pacte de Marrakech n'&#233;tait pas une question centrale du mouvement, l'opposition &#224; celui-ci y &#233;tait bien pr&#233;sente&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb179&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Partant du postulat que le nombre de migrants internationaux ne peut (&#8230;)&#034; id=&#034;nh179&#034;&gt;179&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Les pratiques militantes du Comit&#233; Adama qui recherchait une visibilit&#233; politique n'y ont pas chang&#233; grand-chose, ni le fait que le 1er d&#233;cembre 2018 des jeunes de banlieues et des Gilets jaunes se soient &lt;i&gt;c&#244;toy&#233;s&lt;/i&gt;. Sur les ronds-points bloqu&#233;s, souvent en p&#233;riph&#233;rie des agglom&#233;rations, &#224; deux pas si ce n'est au c&#339;ur des cit&#233;s, on ne voyait personne en venir. Il est vrai cependant que le samedi 8 d&#233;cembre, les manifestants Gilets jaunes ont souvent repris la position &#224; genoux, mains sur la t&#234;te, des lyc&#233;ens agress&#233;s par la police &#224; Mante-la-jolie, en demandant souvent en m&#234;me temps (Marseille, le 8 d&#233;cembre, devant la pr&#233;fecture) aux CRS de se joindre au mouvement. Pour parler le jargon de &lt;i&gt;Th&#233;orie Communiste&lt;/i&gt;, il y avait de la &#171; conjoncture &#187; dans l'air dans ce mouvement, il y avait m&#234;me surtout de &#171; l'id&#233;ologie par laquelle le combat est men&#233; &#224; terme &#187;, mais la multiplicit&#233; des contradictions et les instances diff&#233;rentes &#224; l'&#339;uvre se sont c&#244;toy&#233;es et n'ont annonc&#233; aucune &#171; unit&#233; de rupture &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'&#233;tait un mouvement qui se r&#233;clamait du &lt;i&gt;travail&lt;/i&gt;, le &#171; vrai &#187;, celui qui assure la dignit&#233; face aux &#171; t&#234;tes d'&#339;uf &#187; et autres parasites qui dirigent l'Etat, mais, &#224; la diff&#233;rence du programmatisme (les temps ont chang&#233;), sans concevoir le travail comme le fondement de l'identit&#233; collective de ses membres et comme la base d'une soci&#233;t&#233; juste et &#233;galitaire pour laquelle combattre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le populisme se d&#233;finit essentiellement comme la volont&#233; d'abolition, &lt;i&gt;dans la politique&lt;/i&gt;, de la distinction entre les mouvements sociaux et l'action politique, volont&#233; d'abolition de la s&#233;paration entre l'Etat et la soci&#233;t&#233;, l'Etat et la lutte des classes. C'est l'Etat comme soci&#233;t&#233; civile&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb180&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;On peut produire le concept de l'Etat &#224; partir du capital, puis le produire (&#8230;)&#034; id=&#034;nh180&#034;&gt;180&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Etat populiste est, plus que l'Etat d&#233;mocratique ou &#171; totalitaire &#187;, pr&#233;cis&#233;ment celui qui ne se consacre pas exclusivement &#224; la politique. Il fait de la soci&#233;t&#233; civile une partie prenante de l'Etat ; abolition dans la politique ne signifie pas qu'il est exclusivement politique. L'int&#233;gration politique des rapports de production comme soci&#233;t&#233; civile est vis-&#224;-vis de l'Etat la forme de m&#233;diation des rapports de production tels qu'ils impliquent et visent (n&#233;cessitent) l'existence de l'Etat. L'Etat &#171; d&#233;mocratique ordinaire &#187; pourrait &#234;tre, lui aussi, dit &#171; exclusivement politique &#187;, ce qui les distingue ce n'est pas que l'un serait &#171; exclusivement politique &#187; (le populiste) et l'autre non. Ce qui diff&#233;rencie l'Etat &#171; d&#233;mocratique ordinaire &#187; (celui de la repr&#233;sentation et de la d&#233;lib&#233;ration comme constitution de la &#171; volont&#233; g&#233;n&#233;rale &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb181&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Rousseau dans Le Contrat social diff&#233;rencie &#171; volont&#233; g&#233;n&#233;rale &#187; et &#171; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh181&#034;&gt;181&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;) de l'Etat populiste o&#249; la &#171; volont&#233; g&#233;n&#233;rale &#187; est con&#231;ue comme une &#233;manation spontan&#233;e et naturelle du peuple, c'est qu'ils n'ont pas, dans leur m&#233;diation aux rapports de production qu'est la soci&#233;t&#233; civile, le m&#234;me rapport aux rapports de production. Dans l'Etat populiste, c'est la politique qui est identifi&#233;e &#224; l'&#233;conomie et investie par elle, m&#234;me si en fait tout devient &#171; politique &#187;. Per&#243;n, le prototype de l'Etat populiste, fut bien loin de se consacrer exclusivement &#224; la politique, de m&#234;me que Khomeyni et ses successeurs. Comme n'importe quel Etat, l'Etat populiste assure le bon fonctionnement de la soci&#233;t&#233; capitaliste mais, &#224; son niveau et dans ses termes, en se pr&#233;sentant comme la suppression ou l'absorption communautaire des contradictions de cette soci&#233;t&#233; (cette communaut&#233; peut &#234;tre aussi bien celle du travail que de la race ou de la religion)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb182&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Contre la d&#233;mocratie, le populisme refuse de reconna&#238;tre comme irr&#233;ductibles (&#8230;)&#034; id=&#034;nh182&#034;&gt;182&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Tout Etat fonctionne comme la repr&#233;sentation de l'int&#233;r&#234;t commun et de l'universalit&#233;, l'Etat populiste le fait d'une certaine fa&#231;on qui n'est pas celle de l'Etat d&#233;mocratique, ni de la jamais pure et simple dictature. Le populisme n'est pas plus forc&#233;ment un compromis de classes que ne l'&#233;tait l'Etat du welfare. L'Etat est toujours s&#233;par&#233; de la soci&#233;t&#233;, le probl&#232;me et l'instabilit&#233; de l'Etat populiste sont de se vouloir comme non-s&#233;paration, en cela il est travers&#233; par la lutte des classes, c'est sa faiblesse inh&#233;rente, il n'en demeure pas moins toujours, sans compromis (m&#234;me occasionnel), l'Etat de la classe dominante&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb183&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; L'Etat capitaliste est non seulement distinct de la soci&#233;t&#233; mais il en est (&#8230;)&#034; id=&#034;nh183&#034;&gt;183&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le populisme n'est pas une sortie de crise, dans les tendances actuellement existantes, il n'est qu'une &#233;ventuelle mise en forme de la crise, ou, peut-&#234;tre, une phase de transition au sein de laquelle peuvent se pr&#233;parer les conditions de la restructuration, une forme de &#171; mise au pas des prol&#233;taires &#187;, une int&#233;gration des conflits de classe dans la politique. Mais ce n'est pas un passage oblig&#233; de la lutte des classes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La profonde h&#233;t&#233;rog&#233;n&#233;it&#233; de d&#233;part du mouvement des Gilets jaunes et l'absence d'une volont&#233; d'existence dans la politique qui aurait inclus la repr&#233;sentation, en ont fait un &#171; populisme &#187; inabouti. Cela malgr&#233;&lt;i&gt; &lt;/i&gt;la formalisation politique des motivations &#233;conomiques. &lt;i&gt;Il s'adressait &#224; l'Etat tout en refusant d'exister dans la politique&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb184&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le rapprochement avec le poujadisme des ann&#233;es 1950 est un fantasme. Le (&#8230;)&#034; id=&#034;nh184&#034;&gt;184&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le populisme peut tr&#232;s bien exister avec l'int&#233;gration politique de larges fractions du prol&#233;tariat : c'est m&#234;me sa fonction. Cependant, le prol&#233;tariat, qui est la classe qui porte la contradiction du mode de production, y introduit un &#233;l&#233;ment d'instabilit&#233; permanente, en ce qu'il est le lieu du conflit permanent qui nous oppose au capital, l'exploitation : aucune partie stable ou int&#233;gr&#233;e du prol&#233;tariat n'a la garantie de le rester longtemps. [&#8230;] Le prol&#233;tariat, qu'on le veuille ou non, ne se laisse pas absorber paisiblement dans l'ensemble du corps social. &#187; (&lt;i&gt;Gilets jaunes et th&#233;orie&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;th&#232;ses provisoires sur l'interclassisme dans le moment populiste&lt;/i&gt;, th&#232;se 6, blog &lt;i&gt;Carbure&lt;/i&gt; et sur Dndf). Laissons de c&#244;t&#233; le prol&#233;tariat &#171; porteur &#187; de la contradiction ou &#171; le lieu du conflit permanent &#187;, ce qui renverrait &#224; une nature r&#233;volutionnaire, il n'est qu'un &#171; p&#244;le &#187; de la contradiction, mais c'est en cela que dans son h&#233;t&#233;rog&#233;n&#233;it&#233; et sa segmentation, il introduit maintenant (nous ne sommes plus dans les ann&#233;es 1930 ou dans les pr&#233;misses du welfaro-fordisme) &#171; &lt;i&gt;un &#233;l&#233;ment d'instabilit&#233; permanente &#187;&lt;/i&gt; dans l'interclassisme et dans les mouvements populistes. &#171; Le caract&#232;re contradictoire des int&#233;r&#234;ts particuliers susceptibles d'entrer en conflit se r&#233;sout alors soit dans le chaos, soit dans la politique, mais cela ne se fait que sous la domination de la classe capitaliste et de ses clients. &#187; (&lt;i&gt;idem&lt;/i&gt;). Plus loin, le m&#234;me texte pr&#233;cise : &#171; Le prol&#233;tariat, en raison m&#234;me de sa segmentation et de la pr&#233;sence en son sein de couches pr&#233;caris&#233;es voire 'exclues' socialement, menace sans cesse la coh&#233;sion de ces mouvements, il devient un facteur de d&#233;sordre. &#187;. Cependant, il s'agissait toujours de pouvoir &#171; faire peuple &#187; et, sans que le mouvement des Gilets jaunes ait pratiqu&#233; le moindre ostracisme, il s'est op&#233;r&#233; dans sa participation une sorte de s&#233;lection sur ce crit&#232;re : &#171; faire peuple &#187;, tout le monde n'en a pas la m&#234;me possibilit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le populisme, l'int&#233;gration &lt;i&gt;politique&lt;/i&gt; du prol&#233;tariat est une contradiction insoluble de par les conditions m&#234;mes requises par l'int&#233;gration : &#171; Cette impossibilit&#233; d'int&#233;gration effective du prol&#233;tariat et la n&#233;cessit&#233; persistante de lui donner une d&#233;finition qui le rende int&#233;grable, produit dans des mouvements interclassistes qui se structurent 'par en bas', comme celui des Gilets jaunes l'a &#233;t&#233;, une tendance interne &#224; la rupture avec la dynamique int&#233;grative du populisme. &#187; (&lt;i&gt;idem&lt;/i&gt;). Les difficult&#233;s intrins&#232;ques &#224; l'int&#233;gration politique du prol&#233;tariat d&#233;terminent &#233;galement les tensions internes au mouvement des Gilets Jaunes. Son incapacit&#233; &#171; &#224; se cristalliser autour de revendications univoques et donc de figer politiquement sa nature populiste, tient autant &#224; sa composition de classe qu'&#224; l'impossibilit&#233; de faire tenir ensemble revendications et volont&#233; de destitution du gouvernement. &#187; (&lt;i&gt;idem&lt;/i&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que certains ont appel&#233; &#171; la grammaire populiste &#187;, celle du &#171; peuple &#187; contre les &#171; &#233;lites &#187; repr&#233;sente l'offensive id&#233;ologique la plus proche et la plus apte actuellement &#224; constituer une contre-h&#233;g&#233;monie s'exprimant dans un discours qui donne de la coh&#233;rence &#224; une rencontre de cat&#233;gories sociales qui &#233;tait improbable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Sur la forme (blocage des flux, occupation sauvage des ronds-points, p&#233;ages et rocades, &#233;meutes non-d&#233;clar&#233;es en Pr&#233;fecture [sic] et combativit&#233;), il para&#238;t &#233;vident que le mouvement des Gilets jaunes est significatif de ce qui vient. Les 'mouvements sociaux' intersyndicaux n'arrachent plus rien ou presque depuis plus de vingt ans. Les manifestations plan-plan, issues de la contre-culture ouvri&#232;re et de son identit&#233; auparavant structurante, ne vont plus pouvoir &#234;tre h&#233;g&#233;moniques. L'impossibilit&#233; pour la politique de se sortir des p&#233;riodes de crises sinon par la r&#233;pression, la propagande et la construction id&#233;ologique d'unit&#233;s nationales rances, m&#232;nera &#224; un moment ou un autre ces dynamiques de luttes &#224; leur propre d&#233;bordement. [&#8230;] Le levier &#233;conomique n'&#233;tant plus qu'un levier de stabilisation par nature instable car devenu incontr&#244;lable d'un point de vue r&#233;galien et national (plus encore qu'il ne l'a jamais &#233;t&#233;), la politique va progressivement se confronter &#224; un mur. Le nationalisme &#233;conomique dans ses &#233;checs, devra faire ses preuves sur le terrain 'soci&#233;tal', en particulier celui de la chasse aux migrants [et de 'l'identit&#233; nationale', nda] &#187;. (&lt;i&gt;Crise qui vient, souffle et Gilets jaunes ; o&#249; va-t-on ?&lt;/i&gt;, publi&#233; le 11 janvier 2019 sur &lt;i&gt;lundimatin&lt;/i&gt;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, le m&#234;me texte souligne que : &#171; Les tentatives de contre-r&#233;volution populistes, voire post-fascistes, &#224; l'image du &lt;i&gt;Mouvement 5 Etoiles&lt;/i&gt; en Italie, du mouvement pour le Frexit [&lt;i&gt;sic&lt;/i&gt;, lisons plut&#244;t Brexit, nda] en Angleterre, du gouvernement d'Orban en Hongrie, et plus g&#233;n&#233;ralement de la mont&#233;e de l'extr&#234;me droite dans les pays centraux de l'accumulation, ne semblent pas parvenir &#224; calmer la situation ni &#224; catalyser sur le long terme les populations &#224; travers l'id&#233;ologie nationaliste. M&#234;me quand cela marche pour un temps (et nous ne sous-estimons pas ici les dangers de ce 'temps' aussi 'court' soit-il&#8230;), les probl&#233;matiques sociales refont surface et la contestation rena&#238;t de ses cendres (cf. la lutte contre la loi travail d'Orban depuis fin 2018, malgr&#233; la m&#233;t&#233;o et la mainmise totale du gouvernement sur les m&#233;dias locaux). [&#8230;] &lt;i&gt;Le populisme ne sera pas la contre-r&#233;volution&lt;/i&gt; [nous soulignons], puisqu'il ne propose (pour l'instant du moins) aucune r&#233;ponse &#233;conomique r&#233;elle. Une contre-r&#233;volution c'est avant tout une restructuration du cycle d'accumulation, des bases sur lesquelles celui-ci se construit, s'&#233;tend et se consolide. Or, si ce n'est de l'id&#233;ologie, souvent rance, le mouvement populiste ne s'impose jamais sur la sc&#232;ne &#233;conomique, elle-m&#234;me ultra-complexifi&#233;e, inter-connect&#233;e et donc aux apparences immuables depuis la restructuration des ann&#233;es 1980 : &#224; quoi d'autre que des effets d'annonces suivis de reculades ont men&#233; le Brexit et l'&#233;lection de Syriza ? En r&#233;alit&#233;, le protectionnisme est inapplicable en l'&#233;tat actuel des choses et tout le monde l&#224;-haut le sait, c'est peut-&#234;tre aussi pour cela qu'ils flippent&#8230; &#187; (&lt;i&gt;idem&lt;/i&gt;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y avait bien une dimension populiste dans le mouvement des Gilets jaunes, mais celle-ci est demeur&#233;e incompl&#232;te et inaboutie. D'abord parce que les probl&#233;matiques sociales n'ont pas eu besoin de &#171; refaire surface &#187; dans la mesure o&#249; elles furent toujours pr&#233;sentes et emp&#234;ch&#232;rent le mouvement, par les conflits g&#233;n&#233;r&#233;s en interne et face &#224; l'Etat, de se figer dans une pratique et une id&#233;ologie commune. Ensuite parce qu'il n'y a pas de programme &#233;conomique populiste : la &#171; justice fiscale &#187; et &#171; on voudrait vivre mieux &#187; ne font pas un programme. Et, enfin, parce qu'aucune repr&#233;sentation fixant politiquement le mouvement n'a &#233;t&#233; possible. Il y avait bien des revendications mais pas de programme, la chose ne peut pas &#234;tre mieux dite que par cette communication des Gilets jaunes du Mas d'Azil lors de l'Assembl&#233;e de Commercy : &#171; Cela fait d&#233;j&#224; plusieurs mois qu'on soul&#232;ve les probl&#232;mes, il y a des gens qui sont pay&#233;s pour les r&#233;gler : c'est &#224; eux de le faire ! On n'a pas &#224; proposer de faire le boulot &#224; leur place ! Quand on dit qu'on veut des transports gratuits on n'a pas &#224; leur donner la solution de comment faire ! &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;h.mxm2z0glzcej&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le RIC et 1789&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand la cible n'est pas la classe capitaliste mais l'Etat qui redistribue mal les richesses, la cause de cette injustice serait le d&#233;faut de d&#233;mocratie. Nous sommes l&#224; dans les limites du mouvement auxquelles se rattachent &#224; la fois les r&#233;f&#233;rences symboliques constantes &#224; la R&#233;volution de 1789, la r&#233;f&#233;rence d&#233;finitoire du populisme &#224; l'imaginaire d'une communaut&#233; nationale comme moyen de se passer de la politique parlementaire, l'apparition de la revendication du RIC mais aussi l'affirmation du mouvement comme &#171; anonymat politique &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La seule tradition r&#233;volutionnaire qui semble permettre de reconstruire un imaginaire politique commun n'a rien &#224; voir avec les mouvements ouvriers ; elle puise dans le r&#233;cit national sur la r&#233;volution fondatrice de 1789. Sans doute faudrait-il se garder de surinterpr&#233;ter l'omnipr&#233;sence de drapeaux fran&#231;ais et la reprise incessante de la Marseillaise dans les blocages, les cort&#232;ges et les &#233;meutes. Quand les premiers r&#233;sultats d'enqu&#234;te nous apprennent que seuls 12,7 % des Gilets jaunes sond&#233;s se disent de droite, et 5,4 % d'extr&#234;me droite, ces symboles nationaux peuvent aussi &#234;tre vus comme des insignes brandis par d&#233;faut, parce que ce sont les seuls que l'on partage, et comme pour revendiquer &lt;i&gt;une forme d'anonymat politique ainsi qu'une rupture avec les partis et syndicats existants&lt;/i&gt; [nous soulignons]. En l'&#233;tat actuel des choses, ces r&#233;f&#233;rences &#224; la nation r&#233;volutionnaire indiquent que le d&#233;clin de l'identit&#233; ouvri&#232;re depuis la fin des ann&#233;es 1970 implique un oubli de l'histoire du mouvement ouvrier par une grande partie du prol&#233;tariat. [&#8230;] Par cons&#233;quent, l'identification avec une tradition r&#233;volutionnaire opposant le peuple au roi Macron n'implique pas que l'ensemble du mouvement se construise autour de l'affirmation d'une communaut&#233; nationale pr&#233;existante&#8230; &#187; (Des communistes r&#233;unis entre l'acte IV et l'acte V, &lt;i&gt;Th&#232;ses sur les Gilets jaunes&lt;/i&gt;, 15 d&#233;cembre 2018).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est pas &#171; par d&#233;faut &#187; (Leoni, &#233;pisode 4 : les explications &#171; par d&#233;faut &#187; ne sont jamais des explications), comme s'il s'agissait d'une excuse, que la lutte des Gilets jaunes se r&#233;f&#232;re &#224; la grande R&#233;volution et &#224; la Marseillaise : &#171; La R&#233;volution fran&#231;aise fait exister durablement l'id&#233;e de r&#233;volution [&#224; la diff&#233;rence des Pays-Bas, de l'Angleterre ou des Etats-Unis, nda] non pas comme le passage d'un r&#233;gime &#224; un autre, une parenth&#232;se entre deux mondes, mais comme une culture politique ins&#233;parable de la d&#233;mocratie, et comme elle in&#233;puisable, sans point d'arr&#234;t l&#233;gal ou constitutionnel : nourrie par la passion de l'&#233;galit&#233;, par d&#233;finition insatisfaite &#187; (Fran&#231;ois Furet, &lt;i&gt;Le pass&#233; d'une illusion&lt;/i&gt;, &#233;d. Robert Laffont/Calman L&#233;vy, p. 25). Il faut comprendre pourquoi, &#224; un moment donn&#233;, cette lutte l&#224;, dans ses caract&#233;ristiques propres, prend ces r&#233;f&#233;rences. Il ne s'agit ni de chercher &#224; &#171; l'excuser &#187;, ni de l'expliquer par la logique bancale du &#171; d&#233;faut d'autre chose &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De ce point de vue, le RIC &#233;tait une revendication politique qui a spontan&#233;ment surgi en ad&#233;quation avec le contenu social du mouvement des Gilets jaunes. Ce r&#233;f&#233;rendum se voulait une r&#233;appropriation du pouvoir politique dans le cadre d'une &lt;i&gt;d&#233;centralisation&lt;/i&gt; totale de ce pouvoir. Malgr&#233; son formalisme et ses proc&#233;dures, il ne s'opposait pas &#224; ce que l'Assembl&#233;e de Saint-Nazaire avait qualifi&#233; de &#171; d&#233;mocratie au quotidien &#187; et ajoutons : &#171; du quotidien &#187;. C'&#233;tait &#233;galement une alternative au &#171; devenir-parti &#187; du mouvement, contre la voie emprunt&#233;e par le Mouvement Cinq Etoiles en Italie ou Podemos en Espagne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est dans la seconde quinzaine de d&#233;cembre 2018 que le RIC devient un mot d'ordre quasi universel dans le mouvement. Peu de temps auparavant, Macron dans son intervention &#224; la t&#233;l&#233; a fait des propositions qui ne pouvaient concerner que les travailleurs stables des grandes entreprises. L'objectif est double : &#233;viter que le mouvement ne s'&#233;tende et s'adresser aux Gilets jaunes &#171; respectables &#187;. C'est &#233;galement le moment o&#249; est lanc&#233; le &#171; grand d&#233;bat &#187; qui doit dissocier les &#171; citoyens &#187; des &#171; sauvages &#187; au moment m&#234;me o&#249; les divergences &#224; l'int&#233;rieur du mouvement s'accentuent. Le RIC vient &#224; la fois &#171; conjurer le risque d'un &#233;clatement du peuple &#187; (&lt;i&gt;Ahou&lt;/i&gt;, op. cit., p. 115) et, pour cela, r&#233;pondre &#224; Macron, mais sur son terrain. En effet, le RIC n'&#233;chappe nullement au fait d'&#234;tre une technologie politique d&#233;tach&#233;e de l'exp&#233;rience v&#233;cue et des conditions concr&#232;tes de la vie quotidienne. Malgr&#233; le rejet g&#233;n&#233;ral de l'abstraction politique, le RIC &#233;tait aussi une de ces abstractions m&#234;me si sa revendication &#233;tait pr&#233;sent&#233;e comme une sorte d'ancrage de la politique dans les n&#233;cessit&#233;s de la vie quotidienne. Son fonctionnement ne fut jamais discut&#233; sur le fond dans le mouvement, la revendication fonctionnait comme une sorte de solution &#224; tous les probl&#232;mes. Sa mont&#233;e en puissance a co&#239;ncid&#233; avec l'&#233;chec des &#233;largissements : vis-&#224;-vis des travailleurs racis&#233;s (quelle que soit la volont&#233;, de part et d'autre), du passage &#224; la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale, de la jonction avec les &#233;tudiants et lyc&#233;ens. Avec une revendication formelle &#224; vocation universelle, le mouvement s'est en r&#233;alit&#233; repli&#233; sur lui-m&#234;me. Ce type de vote serait tellement efficace qu'il effacerait toutes les sources de conflits. Mais &#171; le RIC ne peut absolument rien contre le patronat, les licenciements, la fixation des revenus autres que le salaire minimum. C'est cette lutte-l&#224; qui serait d&#233;laiss&#233;e au profit de la lutte contre la corruption, la pr&#233;varication, le salaire trop &#233;lev&#233; des d&#233;put&#233;s [&#8230;] Ce qui appara&#238;t ici c'est la contradiction entre l'action collective des Gilets jaunes et un RIC qui repose sur l'acte individuel m&#234;me s'il est une proposition reprise collectivement. &#187; (&lt;i&gt;Temps Critiques&lt;/i&gt;, 28 f&#233;vrier 2019). &lt;i&gt;Temps Critiques&lt;/i&gt; fait &#233;galement remarquer que le RIC soul&#232;verait la question de qui a le droit de vote. &#171; Qui est citoyen et surtout qui ne l'est pas ? &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;h.bh7u8yfzmv1g&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;De la politique et d'une grande absence&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me s'il s'agit de niveau de vie et de revenu (c'est toujours &#224; la pr&#233;dominance des rapports de distribution en raison m&#234;me de la nature de la crise qu'il faut revenir), ce n'&#233;taient pas les plus pauvres qui &#233;taient sur les ronds-points. L'&#226;me politique du mouvement les en excluait. Transmuter la revendication &#233;conomique en &#171; isolement &#187; vis-&#224;-vis de l'Etat (il fallait que l'Etat d&#233;nationalis&#233; en arrive &#224; sa propre caricature dans la figure de Macron, il ne faut pas sous-estimer l'impact des petites phrases m&#233;prisantes du Pr&#233;sident et de ses acolytes) &#233;tait le fait de ceux qui s'estimaient l&#233;s&#233;s par cet isolement dans leur trajectoire sociale et &lt;i&gt;pouvaient se consid&#233;rer en mesure d'y rem&#233;dier&lt;/i&gt;. Nous touchons l&#224; &#224; la question relative &#224; l'absence massive de cette partie racis&#233;e du prol&#233;tariat qui, globalement, s'est maintenue dans une abstention bienveillante mais abstention cependant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour Leoni, le mouvement n'est pas raciste (ce qui est exact : les Gilets jaunes n'ont jamais imagin&#233; que leur mode de vie &#233;tait menac&#233; par &#171; l'islamisation de la France &#187; mais bien plut&#244;t par le lib&#233;ralisme &#8211; &#171; n&#233;o &#187; ou non), mais ce sont les explications qu'en fournit Leoni qui sont &#233;tranges. S'il y a de nombreux votants FN/RN parmi eux, cela n'aurait rien de surprenant puisque &#171; les &#233;lecteurs des classes populaires, notamment les ouvriers, placent en t&#234;te de leurs suffrages ce parti &#187; (&#233;pisode 4)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb185&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;De m&#234;me, Leoni explique la pr&#233;sence des drapeaux r&#233;gionaux par le fait qu'on (&#8230;)&#034; id=&#034;nh185&#034;&gt;185&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Donc ils ne sont pas plus racistes que ce qu'ils le sont par ailleurs, donc ici ils ne sont pas sp&#233;cifiquement racistes (cqfd). La grande absence est ensuite expliqu&#233;e par la nature des &#171; zones de France qui connaissent la plus forte mobilisation des Gilets jaunes. &#187; (&#233;pisode 4). A suivre Leoni, c'est la nature du mouvement relevant de sa g&#233;ographie qui fait que les immigr&#233;s et leur descendance n'y sont pas, qu'ils en sont &#171; exclus &#187; sans que le mouvement soit raciste. Mais dans ces &#171; zones de France &#187;, pour rester dans le Midi il y avait la p&#233;riph&#233;rie d'Avignon, celle d'Arles, de Cavaillon, de N&#238;mes, d'Al&#232;s, de Valence, de Mont&#233;limar, d'Aix-en-Provence m&#234;me avec Gardanne et Aubagne, etc. Les prol&#233;taires racis&#233;s &#233;taient, pour ainsi dire &#171; sur place &#187;. Leoni avance alors un troisi&#232;me argument : les prol&#233;taires issus d'une immigration extra-europ&#233;enne &#233;taient l&#224; &#171; &#224; titre individuel et non comme repr&#233;sentant d'un groupe sp&#233;cifique s&#233;par&#233; ou d'une 'minorit&#233;', de 'banlieue' ou autre &#8230; &#187; (&#233;pisode 4). On imagine ais&#233;ment les cibles que vise Leoni : ils n'&#233;taient pas l&#224; comme repr&#233;sentant d'un racket particulier et en tant qu'entrepreneurs en racisation. Mais cela n'explique pas leur petit nombre ni cette &#233;trange expression &#171; &#224; titre individuel &#187; : un individu qui n'aurait aucune particularit&#233; ni construction sociale sp&#233;cifique, un individu sans qualit&#233;s, simplement &#171; individu &#187; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aucune des raisons avanc&#233;es par Leoni n'est satisfaisante, mais, c'est exact, &#224; &#171; titre individuel &#187; ou non ils n'&#233;taient pas l&#224;. En revanche, les organisations ou comit&#233;s qui se veulent plus ou moins les repr&#233;sentants de cette &#171; population &#187; se sont divis&#233;s sur la participation au mouvement&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb186&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;On peut avoir des doutes sur la v&#233;ritable &#233;tendue et la port&#233;e de ce que (&#8230;)&#034; id=&#034;nh186&#034;&gt;186&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De son c&#244;t&#233;, le Comit&#233; Adama appelle &#224; participer &#224; la manifestation du 1er d&#233;cembre 2018 aux c&#244;t&#233;s des Gilets jaunes : &#171; Les quartiers populaires sont confront&#233;s aux m&#234;mes probl&#233;matiques sociales que les territoires ruraux ou p&#233;riurbains &#8211; dits 'p&#233;riph&#233;riques' &#8211; touch&#233;s par la politique ultralib&#233;rale de Macron. [&#8230;] Nous aussi, habitants des quartiers populaires, nous travaillons le plus souvent dans les secteurs les plus pr&#233;caires pour des salaires de mis&#232;re. &#187; A cette vision de la convergence des situations &#233;conomiques, le Comit&#233; Adama ne manque pas d'ajouter : &#171; A ces in&#233;galit&#233;s sociales, s'ajoutent le racisme, les humiliations quotidiennes et les violences polici&#232;res. Violences polici&#232;res auxquelles les Gilets jaunes sont aussi confront&#233;s aujourd'hui &#224; leur tour. Apr&#232;s celui contre la loi Travail, c'est maintenant le mouvement des Gilets jaunes qui conna&#238;t cette r&#233;pression. [&#8230;] r&#233;affirmons nos positions contre le racisme &#224; l'int&#233;rieur du mouvement des Gilets jaunes. &#187;. Youcef Brakni, l'un des porte-paroles du Comit&#233; Adama ajoute dans un entretien avec le Bondy Blog : &#171; Aujourd'hui, il faut faire prendre conscience aux couches sociales les plus d&#233;favoris&#233;es ayant subi la d&#233;sindustrialisation que leur situation n'est pas due &#224; l'immigration mais au lib&#233;ralisme. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le collectif antiraciste Rosa Parks est, quant &#224; lui, beaucoup plus circonspect. Pour le samedi 1er d&#233;cembre, il appelle &#224; manifester non avec les Gilets jaunes mais aux c&#244;t&#233;s des syndicats et organisations politiques &#171; pour porter la voix des quartiers populaires et des descendants de l'immigration coloniale avec des mots d'ordre sp&#233;cifiques &#187;. Omar Slaouti, porte-parole du Collectif, dans un entretien dans la revue &lt;i&gt;Ballast&lt;/i&gt; reconna&#238;t des bases communes, sans que les conditions soient r&#233;unies pour un r&#233;el rapprochement : &#171; Les Gilets jaunes sont un mouvement social d'une tr&#232;s grande ampleur. On les regarde avec beaucoup d'int&#233;r&#234;t et on partage une partie de leurs revendications sociales. Mais on ne peut pas demander un peu d'&#233;galit&#233; : l'&#233;galit&#233; c'est toutes les &#233;galit&#233;s. C'est pour cela que nous manifesterons de Nation &#224; R&#233;publique ce 1er d&#233;cembre. Il existe certes une base commune, qui est celle des revendications d'&#233;galit&#233;, de justice et de dignit&#233;&#8230; mais pour nous cela doit se structurer autour des luttes anti-racistes et anti-imp&#233;rialistes. Tout ceci est indissociable. &#187;. D&#233;filer de Nation &#224; R&#233;publique (les appellations des termes du parcours sont d&#233;j&#224; tout un programme) avec les organisations politiques et les syndicats au nom de la &#171; structuration autour des luttes anti-racistes et anti-imp&#233;rialistes &#187; est pour le moins &lt;i&gt;&#233;trange&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Y aller ou pas ? &#187;, les raisons avanc&#233;es par le Comit&#233; Adama ou par le Collectif Rosa Parks ne sont que symptomatiques, massivement ceux qui &#233;taient ainsi interpell&#233;s n'y sont pas all&#233;s pour des raisons qui ne tenaient ni au faible impact de l'appel des uns (la rencontre &#224; Saint-Lazare entre Gilets jaunes et Comit&#233; Adama fut tout de m&#234;me une relative r&#233;ussite) ni aux r&#233;ticences des autres&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb187&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ceux qui &#233;taient l&#224;, dans la rue, ce 1er d&#233;cembre, ont particip&#233; aux (&#8230;)&#034; id=&#034;nh187&#034;&gt;187&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. La raison fondamentale est donn&#233;e dans un texte du PIR, &lt;i&gt;Quartiers populaires et Gilets jaunes : m&#234;mes gal&#232;res m&#234;me combat ?&lt;/i&gt;, sign&#233; Wissam Xelka (30 janvier 2019)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb188&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Nous laisserons ici de c&#244;t&#233; la critique des positions du PIR, pour une (&#8230;)&#034; id=&#034;nh188&#034;&gt;188&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; toutes nos critiques (voir note 162 et &lt;i&gt;TC&lt;/i&gt; 26), c'est, semble-t-il avec raison que Xelka se r&#233;f&#232;re aux travaux historiques de E.P. Thompson et &#224; son concept d' &#171; &#233;conomie morale &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb189&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;On trouve facilement sur internet les r&#233;f&#233;rences pr&#233;cises aux travaux de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh189&#034;&gt;189&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Les discours autour de la participation des banlieues sont centr&#233;s sur l'int&#233;r&#234;t qu'elles auraient &#224; participer aux Gilets jaunes, mais, souligne Xelka : &#171; &#8230; les individus sont consid&#233;r&#233;s comme de vulgaire &lt;i&gt;homo economicus&lt;/i&gt; proc&#233;dant &#224; un calcul rationnel co&#251;t/profit. Or nombreux sont les travaux mettant &#224; mal cette vision de l'engagement. &#187;. Le concept d' &#171; &#233;conomie morale &#187; permet de ne pas s'int&#233;resser seulement aux conditions mat&#233;rielles objectives, mais aussi au processus de subjectivation, c'est-&#224;-dire la fa&#231;on dont les individus ressentent eux-m&#234;mes leur place dans les rapports de production&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb190&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Malgr&#233; la &#171; haine &#187; explicite de Thompson vis-&#224;-vis d'Althusser (voir (&#8230;)&#034; id=&#034;nh190&#034;&gt;190&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Thompson montre que le syst&#232;me &#233;conomique est aussi r&#233;gul&#233; par des principes normatifs, des valeurs et des obligations. Xelka en conclut que : &#171; Ce concept ['l'&#233;conomie morale', nda] nous permet de mieux comprendre pourquoi des personnes vivant dans des situations tr&#232;s pr&#233;caires ne se r&#233;voltent pas forc&#233;ment de mani&#232;re ouverte. Si les jugements de valeur qui sont les leurs vis-&#224;-vis du fonctionnement de la soci&#233;t&#233; ne leur apparaissent pas transgress&#233;s, elles n'ont pas de raison d'estimer que le syst&#232;me &#233;conomique ou que leurs dirigeants ont outrepass&#233; les normes et les principes moraux qui doivent r&#233;genter l'&#233;conomie et/ou leurs engagements. [&#8230;] Les Gilets jaunes se mobilisent principalement pour lutter contre la pr&#233;carisation de plus en plus forte de leur mode de vie. Or, des conditions de vie pr&#233;caires ne sont pas un ph&#233;nom&#232;ne nouveau pour les Indig&#232;nes, ils se sont habitu&#233;s &#224; &#234;tre la 'France d'en dessous la France d'en bas' ou pour le dire autrement, cette stratification sociale est entr&#233;e dans les normes et ils l'ont int&#233;gr&#233;e en tant que telle. Le sentiment d'un contrat rompu est alors absent. [&#8230;] Si les classes populaires blanches se r&#233;voltent depuis plus de deux mois, c'est aussi qu'elles ont les moyens de le faire : non pas les moyens mat&#233;riels, mais les moyens symboliques. [&#8230;] L'Indig&#232;ne porte encore le statut de l'invit&#233;. [&#8230;] Finalement, la fronti&#232;re raciale est toujours pr&#233;sente et persiste m&#234;me lorsque des individus partagent des conditions mat&#233;rielles communes. &#187; (Xelka, &lt;i&gt;op. cit&lt;/i&gt;.).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La segmentation raciale est un ph&#233;nom&#232;ne objectif dans le mode de production capitaliste qui, entre autres d&#233;terminations, construit le rapport aux rapports de production et la subjectivation aff&#233;rente des individus &#224; l'int&#233;rieur d'un m&#234;me fondement d'appartenance de classe. Mais les classes sont des constructions sociales qui, sur le fondement d'une place sp&#233;cifique dans les rapports de production, se constituent au travers de toutes les instances de la reproduction du mode de production. Si la segmentation raciale est un ph&#233;nom&#232;ne objectif du mode de production, il faut &#233;galement consid&#233;rer que c'est un ph&#233;nom&#232;ne labile dont les d&#233;terminations peuvent se d&#233;placer d'un groupe racial constitu&#233; &#224; la constitution d'un autre. Tous les discours fond&#233;s &lt;i&gt;a priori&lt;/i&gt; sur une &lt;i&gt;nature&lt;/i&gt; des &#233;l&#233;ments oublient que ces &#233;l&#233;ments ne se d&#233;finissent que dans leurs relations et que cette relation c'est la pratique qui n'est pas la manifestation pr&#233;-donn&#233;e de l'&#234;tre de ces &#233;l&#233;ments. Si la probl&#233;matique de Xelka est pertinente, elle ne l'est que conjoncturellement, en ce qui concerne le mouvement des Gilets jaunes, et non de par un &#234;tre des &#171; Indig&#232;nes &#187; (pour reprendre cette terminologie) qui ne les ferait s'engager et agir que sur la &#171; question raciale &#187;. Nous ne pouvons qu'en rester au &#171; paradoxe &#187; &#233;nonc&#233; par Sa&#239;d Bouamama : &#171; L'&#233;tude des mouvements revendicatifs de l'immigration de ces trois derni&#232;res d&#233;cennies souligne &#224; juste titre une double caract&#233;ristique de cette dynamique militante : l'affirmation permanente de la n&#233;cessit&#233; de l'autonomie (politique, &#233;conomique, id&#233;ologique et organisationnelle) et la difficult&#233; &#224; en dessiner les contours et les d&#233;finitions. [&#8230;] Si contradiction il y a, elle se situe dans le r&#233;el social. Il s'agit d'une &lt;i&gt;contradiction objective refl&#233;tant la contradiction vivante qu'est l'immigration&lt;/i&gt; [soulign&#233; par nous]. D'une part et en d&#233;pit de certains discours id&#233;ologiques dominants, l'immigration et ses enfants font partie de la classe ouvri&#232;re et m&#234;me de ses parties les plus exploit&#233;es et domin&#233;es. D'autre part et en d&#233;pit des analyses essentialistes de la classe ouvri&#232;re, elle n'est pas &#224; n'importe quelle place au sein de la classe ouvri&#232;re et des milieux populaires. La premi&#232;re caract&#233;ristique pousse &#224; participer aux mouvements sociaux globaux avec comme d&#233;rive potentielle la dilution des questions sp&#233;cifiques, des in&#233;galit&#233;s concr&#232;tes qui nous s&#233;parent encore du reste de notre classe sociale ou de notre milieu social. La seconde caract&#233;ristique nous oriente vers une mise en avant de nos oppressions sp&#233;cifiques avec comme d&#233;rive potentielle l'isolement et l'impossibilit&#233; de construire les rapports de force n&#233;cessaires. On voit &#224; l'&#339;uvre, dans les initiatives et les luttes, des moments insistant tant&#244;t sur l'une des caract&#233;ristiques, tant&#244;t sur l'autre. Il n'y a donc aucune solution toute faite &#224; la question de l'autonomie, aucune recette possible qui fasse fi de cette &lt;i&gt;contradiction objective&lt;/i&gt; [soulign&#233; par nous] qui est celle de notre &#234;tre social. &#187; (&lt;i&gt;Extr&#234;me gauche et luttes de l'immigration postcoloniale&lt;/i&gt;, in &lt;i&gt;Histoire politique des immigrations (post)coloniales&lt;/i&gt;, collectif-sous dir. Ahmed Boubeker, &#233;d. Amsterdam, p. 248).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si la non-implication des segments racis&#233;s du prol&#233;tariat dans le mouvement des Gilets jaunes pose probl&#232;me, c'est parce que la France coup&#233;e entre m&#233;tropoles et &#171; monde rural &#187; ou &#171; p&#233;riurbain &#187; est un mythe en ce qui concerne les situations &#233;conomiques. Il fallait donc expliquer cette non-participation (m&#234;me bienveillante) car c'est &lt;i&gt;&#224; l'int&#233;rieur m&#234;me des&lt;/i&gt; &lt;i&gt;territoires urbanis&#233;s&lt;/i&gt; que se situent la fracture et les plus grandes in&#233;galit&#233;s. Les plus riches vivent en ville (les Gilets jaunes dans la localisation de leurs manifestations ne s'y sont pas tromp&#233;s), mais aussi les plus pauvres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La m&#234;me probl&#233;matique de &#171; l'&#233;conomie morale &#187; peut &#233;galement &#234;tre pertinente sur le c&#339;ur m&#234;me de la lutte des Gilets jaunes, comme l'&#233;nonce parfaitement Leoni dans l'&#233;pisode 3. : &#171; Les Gilets jaunes sont majoritairement des personnes qui travaillent, paient leurs imp&#244;ts, votent (parfois), ne militent pas, ne manifestent pas et ne font pas gr&#232;ve, regardent la t&#233;l&#233;, sont honn&#234;tes et ne trichent pas (globalement) : 'ils jouent le jeu', d'autant qu'aucun autre syst&#232;me n'est possible. Ce sont ceux que, en argot militant, on nomme des 'gens normaux'.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Oh, certes, ils voient bien que ce syst&#232;me ne fonctionne pas tr&#232;s bien mais, du moins, pensent-ils avoir la chance de vivre en d&#233;mocratie. Pourtant, m&#234;me dans ce cadre, il y a des limites invisibles que l'&#201;tat peut d&#233;passer par m&#233;garde. Ils veulent bien faire des efforts, gal&#233;rer, avoir des 'fins de mois difficiles' (car ce sont avant tout des prol&#233;taires pris dans les rapports d'exploitation capitalistes) [&#8230;] mais il est des dysfonctionnements qui, soudainement, apparaissent comme des injustices criantes, et des taxes Carbone qui s'av&#232;rent de terribles &#233;tincelles. Et lorsque ces prol&#233;taires-l&#224; se l&#232;vent, ils d&#233;couvrent avec surprise que l'&#201;tat, lui, 'ne joue pas le jeu' dont il est cens&#233; garantir les r&#232;gles (les gens 'de gauche' &#233;voqu&#233;s plus haut en ont, eux, l'habitude). Ils d&#233;couvrent avec effarement la r&#233;alit&#233; de ce 'syst&#232;me', en premier lieu la r&#233;alit&#233; du maintien de l'ordre &#8211; le CRS avec qui on tente de discuter vous matraque &#8211; et, dans un second, celui de la justice &#8211; lorsqu'apr&#232;s 48 h de garde &#224; vue, on voit son fils ou son mari, le visage tum&#233;fi&#233;, passer en comparution imm&#233;diate, &#234;tre condamn&#233; en quelques minute ubuesques et partir en taule. C'est pour le moins &#233;nervant. Chris Marker expliquait ce ph&#233;nom&#232;ne d'une belle mani&#232;re :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;'&lt;i&gt;Il y a une double erreur dans ces situations-l&#224;. L'&#201;tat r&#233;v&#232;le tout d'un coup sa face r&#233;pressive. Celle qui est plus ou moins dilu&#233;e dans la vie quotidienne ; dilu&#233;e aussi selon le quartier que l'on habite et le &lt;/i&gt;&lt;i&gt;m&#233;tier que l'on exerce. Mais l&#224; il faut faire peur, on sort sa police avec de tout nouveaux aff&#251;tiaux qu'on lui ne connaissait m&#234;me pas. Parfait. Le manifestant de son c&#244;t&#233; comprend que l'&#201;tat lui est apparu comme &#224; Bernadette la Sainte Vierge. C'est aussi pour lui une r&#233;v&#233;lation. Dans certains cas extr&#234;mes, il y a quelqu'un qui a le droit de d&#233;cider pour lui sur quel trottoir il doit marcher et qui, s'il choisit le mauvais, a le droit de l'emp&#234;cher &#224; coups de lattes. Donc, cette chose qui m'emp&#234;che de traverser la rue, c'est l'&#201;tat. Mais alors, si je la traverse, si je fais reculer la chose, c'est l'&#201;tat qui recule&#8230;&lt;/i&gt;'&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Cela peut para&#238;tre na&#239;f, mais cela implique de gros morceaux de sinc&#233;rit&#233; ; ceux qui se soul&#232;vent ainsi se sentent l&#233;gitimes puisque l'&#201;tat ne respecte m&#234;me plus ses propres r&#232;gles. Ils sont dans leur droit, donc ils ont le droit d'aller ici ou l&#224;, de passer tel barrage de police, d'entrer dans tel b&#226;timent [&#8230;] D'o&#249; le slogan '&lt;i&gt;on est chez nous !&lt;/i&gt;' scand&#233; face aux flics qui veulent les d&#233;loger d'un rond-point ou les emp&#234;chent de p&#233;n&#233;trer dans un b&#226;timent public, ou bien encore lorsque des Gilets jaunes d&#233;barquent sur une autoroute ; ils sont 'chez eux', ils payent ces b&#226;timents avec leurs imp&#244;ts, ils ont le droit d'y acc&#233;der, eux sont l&#233;gitimes. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;h.tmdm9uqgfmk7&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La d&#233;mocratie est devenue probl&#233;matique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Le probl&#232;me de la d&#233;mocratie est actuellement de ne plus conna&#238;tre qu'une seule particularit&#233; de la totalit&#233; sociale apte &#224; concourir, la disparition de l'identit&#233; ouvri&#232;re et de sa repr&#233;sentation a entra&#238;n&#233; toutes les autres dans son naufrage. Or, seule, comme particularit&#233; politique, la classe dominante n'est rien, rien en tant que faire-valoir universel. Dans la disparition du jeu d&#233;mocratique, la bourgeoisie joue son universalit&#233;. Il y a un malaise fondamental dans la repr&#233;sentation politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En voulant ramener le peuple dans l'Etat et l'Etat dans le peuple, ce n'est pas dans les rapports sociaux qui font qu'il y a Etat que sont pr&#233;sent&#233;es les causes de &#171; l'injustice &#187;, mais dans une forme politique d&#233;termin&#233;e (la mauvaise repr&#233;sentativit&#233;, les &#233;lites, l'&#233;narchie &#8230;) qu'il s'agit de remplacer par une autre. Face au peuple devenant directement Etat, la critique d&#233;mocratique du populisme n'est pas chose ais&#233;e. Pierre Rosanvallon faisait remarquer, il y a d&#233;j&#224; quelques ann&#233;es : &#171; Nous avons besoin de pouvoir faire philosophiquement une critique d&#233;mocratique du populisme. Ce qui est en cause, pour faire vite, dans une perspective populiste, c'est une vision extr&#234;mement pauvre de la d&#233;mocratie, une vision primitive de la volont&#233; g&#233;n&#233;rale. Le populisme consid&#232;re que l'&#233;nergie sociale est en permanence &#233;touff&#233;e par les &#233;lites, &#233;touff&#233;e par les appareils, &#233;touff&#233;e par les partis, &#233;touff&#233;e par les institutions. C'est une vision tr&#232;s discutable de la d&#233;mocratie. La d&#233;mocratie ce n'est pas simplement l'enregistrement passif des volont&#233;s, c'est la construction du vivre ensemble. La volont&#233; commune n'est pas donn&#233;e au point de d&#233;part. Elle se construit dans le d&#233;bat et la d&#233;lib&#233;ration. C'est sur cette base que l'on peut faire une critique m&#233;thodologique, philosophique du populisme. Il n'y a pas un ' d&#233;j&#224; l&#224; 'de la volont&#233; g&#233;n&#233;rale, un ' d&#233;j&#224; l&#224; ' de l'&#233;nergie sociale. [...]. Si l'on a une vision d&#233;cisionniste de la d&#233;mocratie, on ne peut pas faire la diff&#233;rence entre populisme et d&#233;mocratie. &#187; (Pierre Rosanvallon, &lt;i&gt;le Monde&lt;/i&gt; du 14 d&#233;cembre 1993). La d&#233;mocratie a un probl&#232;me avec le populisme. Disons seulement que la &#171; volont&#233; g&#233;n&#233;rale &#187; est une r&#233;alit&#233;, ce sont toujours les int&#233;r&#234;ts de la classe dominante qui se font valoir comme int&#233;r&#234;ts g&#233;n&#233;raux, la d&#233;mocratie, dans le mode de production capitaliste, est le processus le plus ad&#233;quat de ce &#171; faire-valoir &#187; et ce pour les raisons m&#234;me qu'&#233;nonce Rosanvallon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La &lt;i&gt;repr&#233;sentation&lt;/i&gt; pacifi&#233;e en &#171; volont&#233; g&#233;n&#233;rale &#187; d'une soci&#233;t&#233; reconnue comme n&#233;cessairement conflictuelle (c'est l&#224; toute la force de la d&#233;mocratie) est un travail et non un reflet. C'est-&#224;-dire que dans le fonctionnement d&#233;mocratique de l'Etat, la r&#233;ification et le f&#233;tichisme sont des &lt;i&gt;activit&#233;s&lt;/i&gt;, c'est la politique comme partis, d&#233;bats, d&#233;lib&#233;rations, rapports de force dans la sph&#232;re sp&#233;cifique de la soci&#233;t&#233; civile, d&#233;cisions. La d&#233;mocratie semble inexorablement devenir populiste parce que c'est le travail de repr&#233;sentation qui est en crise. Partout c'est la disparition de l'identit&#233; ouvri&#232;re et par l&#224; de sa repr&#233;sentation politique social-d&#233;mocrate et/ou communiste qui d&#233;stabilise le fondement politique de l'Etat d&#233;mocratique. Celui-ci est la pacification d'un clivage social que la d&#233;mocratie reconna&#238;t comme r&#233;el au moment o&#249; elle en est la repr&#233;sentation comme affrontement entre citoyens. Contrairement au populisme, la d&#233;mocratie est la reconnaissance du caract&#232;re irr&#233;ductiblement conflictuel de la &#171; communaut&#233; nationale &#187;, de ce point de vue la reconnaissance de la classe ouvri&#232;re a &#233;t&#233; historiquement au c&#339;ur de la construction de la d&#233;mocratie, elle en fut m&#234;me le moteur et le crit&#232;re. Dans les formes politiques actuelles du cours de la crise, on peut relever une crise de &lt;i&gt;l'h&#233;g&#233;monie&lt;/i&gt; de la classe capitaliste. Domination et h&#233;g&#233;monie ne sont pas identiques, il peut y avoir domination sans h&#233;g&#233;monie (Gramsci). L'h&#233;g&#233;monie consiste &#224; produire le cadre incontournable des d&#233;bats et des oppositions, c'est imposer &#224; l'autre les termes m&#234;mes de son opposition. Le processus de devenir h&#233;g&#233;monique de la bourgeoisie fut tr&#232;s long &#224; s'achever en France, on peut dire qu'il n'arrive &#224; terme qu'avec la Troisi&#232;me R&#233;publique ; il s'effondre actuellement. Ce qui est loin de signifier &lt;i&gt;ipso facto&lt;/i&gt; l'&#233;mergence d'un discours r&#233;volutionnaire parlant sa langue propre, c'est plut&#244;t un puzzle, un &#233;miettement qui occupe la place de l'h&#233;g&#233;monie, &lt;i&gt;&#233;miettement que le peuple vient subsumer et couronner&lt;/i&gt;. Il n'y a pas de d&#233;finition du peuple (&lt;i&gt;demos&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;ethnos&lt;/i&gt;, pl&#232;be), &#224; chacune de ses manifestations (apparitions), c'est-&#224;-dire chaque fois que l'on en parle (le peuple est un &#233;l&#233;ment de langage : il existe quand on le nomme et qu'on annonce son existence ou quand il l'annonce lui-m&#234;me), il est l'objet d'une construction sp&#233;cifique, conjoncturelle, des rapports de classes. Dans un certain sens, la question du &#171; peuple &#187; est &lt;i&gt;aussi&lt;/i&gt; une question de la th&#233;orie de la communisation : comment le prol&#233;tariat s'abolissant absorbe toutes les cat&#233;gories exploit&#233;es, principalement celles qui le sont non au travers de la vente de la force de travail, mais de l'&#233;change marchand, quand il abolit toutes les formes de propri&#233;t&#233; et leurs succ&#233;dan&#233;s appel&#233;s &#171; possessions &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;h.wrc6qqg1e2z&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;GILETS JAUNES : CONJONCTURE ET RESTRUCTURATION&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;h.1re4mak28tzk&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ecart et conjoncture&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans une situation, aussi confuse soit-elle, il peut arriver beaucoup de choses, et m&#234;me des choses impr&#233;visibles, mais jamais &#171; n'importe quoi &#187;, ou alors on se met &#224; croire aux miracles. Dans le cours m&#234;me du mouvement, on pouvait imaginer que ce qui se passait ne produirait peut-&#234;tre rien, peut-&#234;tre un &#171; tournant social &#187; du premier quinquennat Macron, peut-&#234;tre une victoire &#233;lectorale du &#171; Rassemblement National &#187;, peut-&#234;tre la conscience apr&#232;s des d&#233;cennies de d&#233;faites que la lutte peut payer, peut-&#234;tre un clivage encore plus fort &#224; l'int&#233;rieur des &#171; classes populaires &#187;, peut-&#234;tre une acc&#233;l&#233;ration de la fusion entre mouvement social et mouvement national, etc., mais s&#251;rement pas un mouvement tendant &#224; fusionner les contradictions en une &#171; unit&#233; de rupture &#187;, c'est-&#224;-dire tendant &#224; abolir les rapports sociaux capitalistes. On ne peut pas, &#224; la faveur d'une sorte de &#171; mat&#233;rialisme al&#233;atoire &#187; venu de nulle part, se noyer dans un suppos&#233; infini des possibles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur le site Dndf, un camarade proche de &lt;i&gt;TC&lt;/i&gt; et tr&#232;s impliqu&#233; sur place, &#224; Al&#232;s (Gard), &#233;crivait (24 d&#233;cembre 2018) : &#171; J'observe &#224; travers ce mouvement un processus qui pose la d&#233;faisance des m&#233;diations entre les individus en lutte comme une force (pas de chefs, pas de repr&#233;sentants, pas de structuration des revendications, flou id&#233;ologique ultra-consensuel, d&#233;bats centr&#233;s autour de l'action et non autour d'enjeux id&#233;ologiques, mise sur un pied d'&#233;galit&#233; de tous les Gilets jaunes quels que soient leurs professions, opinions, sexe, couleur de peau, types de pratiques (violente/non-violente, etc.). Un processus houleux, qui a pris beaucoup d'ampleur durant la dizaine de jours entourant l'&#233;meute des rues du Monopoly [&#224; Paris, les rues les plus ch&#232;res du jeu, nda], et qui n'a &#233;t&#233; que d&#233;croissant depuis le d&#233;but de la r&#233;pression sauvage et jusqu'ici victorieuse par les flics/m&#233;dias/justice, etc. A partir de l&#224;, je me dis que 'oui', une grande partie de 'l'angle mort' autour de la grande question de la communisation a &#233;t&#233; d&#233;voil&#233;e ('comment une classe, agissant strictement en tant que classe, peut-elle abolir toutes les classes ?'). Il me semble que ce processus a &#233;t&#233; entam&#233; durant le mouvement, et je le pr&#233;senterais ainsi : des prol&#233;taires qui abolissent certaines m&#233;diations parce qu'ils prennent conscience qu'elles constituent une faiblesse dans leurs luttes, et qui paradoxalement, brisent les m&#233;diations qui les assignent dans leur classe ou segmentation de classe pour pouvoir lutter plus efficacement pour des conditions de vies d&#233;centes au sein de ces assignations. &#187;. En revenant &#224; &#171; la question de la communisation &#187;, le m&#234;me souligne dans le mouvement l'importance de &#171; la d&#233;couverte du plaisir de vivre des interactions v&#233;ritables &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme l'&#233;crit ce camarade, il s'agirait de lutter &#171; pour des conditions de vie d&#233;centes au sein de ces assignations &#187;, au moment o&#249; selon lui &#171; sont bris&#233;es les m&#233;diations qui les assignent dans leur classe &#187; : &#171; &#233;cart &#187;, oui (peut-&#234;tre), &#171; perspective communisatrice &#187;, non. Il est possible de consid&#233;rer la r&#233;volte des Gilets jaunes comme une activit&#233; d'&#233;cart, tel que nous avons abord&#233; ce concept dans &lt;i&gt;TC&lt;/i&gt; 20 : &#171; Agir en tant que classe c'est actuellement d'une part n'avoir pour horizon que le capital et les cat&#233;gories de sa reproduction, et, d'autre part, c'est, pour la m&#234;me raison, &#234;tre en contradiction avec sa propre reproduction de classe, la remettre en cause. [&#8230;] Agir en tant que classe en se produisant comme classe dans le capital c'est se remettre en cause, mais c'est aussi se trouver impliqu&#233; dans l'activit&#233; de reproduction du capital qui transforme cette action en limite. [&#8230;] La limite des luttes, le fait d'agir en tant que classe, cr&#233;e un &#233;cart &#224; l'int&#233;rieur des luttes elles-m&#234;mes, &#233;cart par lequel seulement la limite peut &#234;tre qualifi&#233;e de limite et c'est cet &#233;cart qui est qualifiable de dynamique (non un processus premier donnant sens &#224; la p&#233;riode et subsumant le cours empirique des luttes). L'&#233;cart est int&#233;rieur &#224; la limite (le fait d'agir en tant que classe) entre d'une part la remise en cause par le prol&#233;tariat de sa propre existence comme classe dans sa contradiction au capital et d'autre part la reproduction du capital qu'implique cette action en tant que classe, cet &#233;cart &#224; l'int&#233;rieur de la limite c'est la dynamique de ce cycle de luttes. &#187; (&lt;i&gt;TC 20&lt;/i&gt;, pp. 11-12). &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que la lutte des classes puisse actuellement parfois se formaliser, dans la configuration de la contradiction issue de la restructuration des ann&#233;es 1970-1980, comme &lt;i&gt;&#233;cart&lt;/i&gt; nous permet seulement de parler de la communisation au pr&#233;sent mais ce n'est pas l&#224; un d&#233;but ou une amorce de &#171; perspective communisatrice &#187;, cette derni&#232;re est une &lt;i&gt;rupture&lt;/i&gt; produite &#224; l'int&#233;rieur de cette configuration et par elle. Rupture que nous pouvons appeler une conjoncture&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb191&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Une conjoncture est une d&#233;faisance et une rencontre. D&#233;faisance de la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh191&#034;&gt;191&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Cette rupture s'annonce dans le cours de ce cycle de luttes comme la multiplication des &#233;carts, mais il ne s'agit pas de consid&#233;rer les &#233;l&#233;ments qui constituent cette annonce comme des germes &#224; d&#233;velopper, des sortes d'embryons non encore matures.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Il ne sert &#224; rien de dire qu'il a &#171; manqu&#233; &#187; &#224; la r&#233;volte des Gilets jaunes la capacit&#233;, en elle-m&#234;me, d'enclencher la suite, c'est-&#224;-dire qu'il aurait manqu&#233; pour cet enclenchement d'int&#233;grer la production&lt;/i&gt;. Ce n'&#233;tait tout simplement ni son propos et ni, en cons&#233;quence, un &#171; manque &#187; (voir plus haut la critique de la probl&#233;matique normative de Leoni).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce que nous pouvons maintenant imaginer d'une p&#233;riode r&#233;volutionnaire, &#171; int&#233;grer la production &#187; c'est non seulement un arr&#234;t massif du travail, mais surtout l'emparement et la transformation de certains moyens de production et des services. C'est seulement ainsi que le prol&#233;tariat dans son action de classe se dissout comme classe en absorbant la soci&#233;t&#233; (en plaisantant nous pouvons encore appeler cela : &#171; dictature du prol&#233;tariat &#187;). Les rapports de production ne sont jamais attaqu&#233;s par des revendications ou des actions, m&#234;me tr&#232;s violentes, qui en demeurent &#224; la distribution, mais par la modification physique, leur utilisation comme moyens de lutte, ou la destruction mat&#233;rielle des moyens de production existant dans leur g&#233;ographie et leur mat&#233;rialit&#233; m&#234;me comme moyens d'absorption du travail vivant&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb192&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Dans la production m&#233;canis&#233;e, l'appropriation du travail vivant par le (&#8230;)&#034; id=&#034;nh192&#034;&gt;192&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#171; Int&#233;grer la production &#187;, cela aurait consist&#233; &#224; pousser jusqu'&#224; son &#233;clatement le magma interclassiste qui, sous la forme d'une lutte pour l'h&#233;g&#233;monie qui s'est essentiellement jou&#233;e sur la question de la repr&#233;sentation jusque (et y compris) dans les Assembl&#233;es des assembl&#233;es (Commercy ; Saint-Nazaire), fut &#224; la fois attaqu&#233; et pr&#233;serv&#233;. Les divergences d'int&#233;r&#234;ts et de positions sociales, au fur et &#224; mesure qu'elles &#233;mergeaient, &#233;taient (plus ou moins difficilement) &#233;touff&#233;es et conjur&#233;es au nom de l' &#171; unit&#233; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Alors que la bourgeoisie demeure soud&#233;e derri&#232;re son personnel dirigeant, le mouvement est &#224; un tournant [fin d&#233;cembre 2018, nda] : il doit choisir entre pousser plus avant l'attaque &#224; l'endroit de la reproduction des rapports sociaux ou reculer. La lutte touche du doigt ce point de bascule et le refoule aussit&#244;t en se repliant derri&#232;re les injonctions &#224; l'unit&#233;, dont elle a pourtant commenc&#233; &#224; d&#233;voiler dans les faits les angles morts. &#187; Le collectif &lt;i&gt;Ahou !&lt;/i&gt; ne con&#231;oit pas le fait de ne pas avoir &#171; pouss&#233; plus avant &#187; comme un manque dans le mouvement, il ne l'analyse pas comme une potentialit&#233; inaccomplie, mais comme une chose inscrite dans ses limites et ses contradictions internes, c'est-&#224;-dire dans sa propre nature, si ce n'est par l&#224; dans sa dynamique m&#234;me. C'est alors, &#224; l'int&#233;rieur m&#234;me de la limite g&#233;n&#233;rale de l'action en tant que classe comme limite de la lutte de classe que &lt;i&gt;Ahou !&lt;/i&gt; situe la limite sp&#233;cifique du mouvement : &#171; Il [le mouvement, nda] a 'd&#233;couvert' la r&#233;alit&#233; locale de ce qu'il attaquait sur un plan tr&#232;s g&#233;n&#233;ral. Il a 'd&#233;couvert' que ses modalit&#233;s d'action s&#233;paraient les gens selon leur condition et la place qu'ils occupent dans la hi&#233;rarchie sociale. Il a 'd&#233;couvert' qu'en bloquant un supermarch&#233;, il ne s'en prenait pas seulement &#224; l'Etat mais aussi &#224; des salari&#233;s d&#233;pendants de leur travail. Il a 'd&#233;couvert', dans le tort qu'il causait aux int&#233;r&#234;ts particuliers de l'&#233;conomie 'de proximit&#233;', le tort qu'il se causait &#224; lui-m&#234;me. L'au-del&#224; des blocages de marchandises, des saccages et des pillages, l'approfondissement r&#233;volutionnaire de la crise consisterait, pour les travailleurs, &#224; se retourner contre leurs propres conditions d'existence, &#224; s'en prendre au travail, &#224; &lt;i&gt;leur&lt;/i&gt; travail, &#224; mettre en jeu leur propre reproduction mat&#233;rielle et sociale. Ce pas consisterait &#224; br&#251;ler ses vaisseaux, &#224; sauter dans l'inconnu, &#224; se tirer en fait une balle dans le pied. &#187; (&lt;i&gt;Ahou !&lt;/i&gt;, op. cit., pp. 108-109)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb193&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Si l'on peut &#234;tre d'accord avec &#171; le saut dans l'inconnu &#187; ou &#171; br&#251;ler ses (&#8230;)&#034; id=&#034;nh193&#034;&gt;193&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Dans sa conclusion, le collectif &lt;i&gt;Ahou !&lt;/i&gt; revient sur cette question : &#171; Les gens peuvent-ils s'attaquer &#224; ce qui fait d'eux ce qu'ils sont dans le capitalisme&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb194&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;'est ce type de questions que nous avons cern&#233; et auquel nous avons cherch&#233; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh194&#034;&gt;194&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. [&#8230;] D&#232;s les d&#233;buts du mouvement des Gilets jaunes, m&#234;me les formes les plus radicales d'action se heurtent &#224; cette limite. &#187; (p. 212). &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme nous l'&#233;crivions plus haut : les Gilets jaunes n'ont pas &#171; ignor&#233; &#187; la production mais ils ont trait&#233; leur relation &#224; elle &#224; leur fa&#231;on&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb195&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;A propos de la relation des Gilets jaunes &#224; la production, nous pourrions (&#8230;)&#034; id=&#034;nh195&#034;&gt;195&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, c'est-&#224;-dire d'une fa&#231;on m&#233;di&#233;e par le revenu, la relation &#224; l'Etat, cela de par la propre situation socio-&#233;conomique de la majorit&#233; d'entre eux. &#171; Int&#233;grer la production &#187; n'est pas un &#171; ext&#233;rieur &#187; que la lutte n'aurait pas atteint ou qu'elle aurait laiss&#233; de c&#244;t&#233;, cette &#171; non-int&#233;gration &#187; existe comme &lt;i&gt;un int&#233;rieur de la lutte&lt;/i&gt; quand, dans la situation actuelle, la revendication sur le revenu s'adresse &#224; l'Etat comme agent de la redistribution sociale globale. Il faut, pour parler d' &#171; impasse &#187;, avoir con&#231;u une dynamique et une perspective potentiellement contenues dans la lutte consid&#233;r&#233;e et que celle-ci n'a pas r&#233;alis&#233;es ou accomplies. La dynamique devient alors une abstraction parce que la limite (ou l'&#171; impasse &#187;) renvoie &#224; une dynamique en tant qu'existence potentielle d'une finalit&#233; n&#233;cessaire se pr&#233;supposant dans son origine et chacun de ses moments, un &#171; d&#233;j&#224; pas encore &#187; qui aurait d&#251; &#171; trouver une issue et un d&#233;passement &#187;. En fait, la dynamique d'une lutte se r&#233;v&#233;lant &#224; elle-m&#234;me comme lutte de classe est toujours, de fa&#231;on chaque fois particuli&#232;re, &#224; l'int&#233;rieur de cette limite m&#234;me qu'est maintenant agir en tant que classe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'il est possible de parler des limites d'une lutte, c'est que la limite g&#233;n&#233;rale de la lutte en tant que classe se diff&#233;rencie &#224; l'int&#233;rieur d'elle-m&#234;me, ce sont des actions, des activit&#233;s particuli&#232;res, par quoi advient, toujours sp&#233;cifiquement la dynamique de cette lutte qui n'est pas alors une potentialit&#233; ni un mouvement qui la subsume. La contradiction interne actuelle &#224; la lutte en tant que classe ne se r&#233;sorbe plus &#224; l'int&#233;rieur de la reproduction du capital, du fait de la production et de l'existence pour soi d'une identit&#233; ouvri&#232;re. La lutte des Gilets jaunes est une lutte de classe qui, dans son fondement et ses pratiques, n'a jamais &#233;t&#233; &#171; dans les clous &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils ont rompu avec les codes de la lutte sociale, de la &#171; protestation l&#233;gitime &#187; ou de ce qu'il est convenu d'appeler, surtout depuis les gr&#232;ves de 1995, un &#171; mouvement social &#187; avec ses &#171; d&#233;bouch&#233;s &#187;, sa &#171; coh&#233;rence &#187;, ses &#171; claires revendications &#187; et sa &#171; repr&#233;sentation &#187;, qui d&#233;clare les manifestations et s'accorde avec la police sur les parcours. Parvenir &#224; l'&#233;mergence de &#171; revendications claires &#187; a &#233;t&#233; l'objet de toute une bataille livr&#233;e (et perdue) autant par le gouvernement au travers de l'enfumage du &#171; Grand d&#233;bat &#187; que par toutes les organisations sociales, politiques ou syndicales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce mouvement qui se d&#233;veloppe en dehors des rites officiels, avec un d&#233;but mais sans fin d&#233;limit&#233;e (m&#234;me la gr&#232;ve reconductible envisage constamment sa fin), avec des assembl&#233;es mais sans n&#233;gociations formelles ni avec l'adversaire ni m&#234;me internes, est &#171; un signe de la disparition de la forme des conflits sociaux dans un monde du travail sans forme &#187; (&lt;i&gt;Travail et r&#233;volte dans l'impasse du Br&#233;sil&lt;/i&gt;, sur le site Dndf)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb196&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les camarades br&#233;siliens parlent ici des luttes des livreurs Deliveroo et (&#8230;)&#034; id=&#034;nh196&#034;&gt;196&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Laurent Jeanpierre souligne que &#171; L'impuret&#233; et la diversit&#233; id&#233;ologiques de la protestation ne peuvent &#234;tre un motif d'originalit&#233; ou de surprise que si l'on consid&#232;re l'homog&#233;n&#233;it&#233; des convictions politiques comme la norme des luttes sociales. L'enqu&#234;te sur les conjonctures critiques ou r&#233;volutionnaires montre pourtant qu'il n'en est rien. [&#8230;] Le pr&#233;suppos&#233; d'une unit&#233; id&#233;ologique des mouvements sociaux t&#233;moigne en r&#233;alit&#233; de la domination de la contestation organis&#233;e, structur&#233;e par des appareils, avec parfois des intellectuels organiques, dans les protestations contemporaines. Or, bien qu'elle domine l'espace des luttes, cette modalit&#233; protestataire est loin d'&#234;tre la seule. En France, les mouvements des derni&#232;res ann&#233;es incitent m&#234;me &#224; penser qu'elle est entr&#233;e en crise. &#187; (&lt;i&gt;op.&lt;/i&gt; &lt;i&gt;cit.&lt;/i&gt;, p. 35). Ce qui dans le cycle de luttes ant&#233;rieur &#224; la restructuration de la contradiction entre le prol&#233;tariat et le capital des ann&#233;es 1970-1980, ne pouvait &#234;tre que d&#233;bordement des syndicats et auto-organisation reprenant la m&#234;me finalit&#233; de mont&#233;e en puissance de la classe enfin lib&#233;r&#233;e dans son &#171; &#234;tre v&#233;ritable &#187; de son insertion dans le mode de production, devient l'expression de la limite m&#234;me de la lutte en tant que classe quand le mouvement ouvrier a sombr&#233; &#224; la suite de son fondement, l'identit&#233; ouvri&#232;re &#224; la fois antagonique et confirm&#233;e dans la reproduction du capital. L'horizon des &#171; conqu&#234;tes &#187; &#224; accumuler dans une perspective plus large de devenir la Soci&#233;t&#233; a disparu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans sa volont&#233; d'unit&#233; et, par elle et en elle, l'&#233;mergence de conflits de plus en plus violents, le mouvement des Gilets jaunes &#233;claire &#224; nouveau la d&#233;finition th&#233;orique des classes. Dans la r&#233;ponse &#224; la revue qu&#233;b&#233;coise &lt;i&gt;Temps libre&lt;/i&gt; (voir dans ce n&#176; 27 de &lt;i&gt;Th&#233;orie Communiste&lt;/i&gt;), nous insistons sur le fait que, de m&#234;me que la bauxite n'est pas l'aluminium, si les rapports de production sont le mat&#233;riau brut constituant les classes, ces derni&#232;res n'en sont pas le calque et qu'elles existent dans tout le proc&#232;s de reproduction incluant tous les rapports de distribution et toutes les instances, y compris id&#233;ologiques, du mode de production dans sa totalit&#233;. Ajoutons ici que les classes se constituent et existent dans la lutte des classes (cf. &lt;i&gt;Id&#233;ologie allemande&lt;/i&gt;). C'est alors de la nature de la contradiction historiquement sp&#233;cifique du mode de production qu'il faut partir. La d&#233;finition des classes, &#224; partir de leur position dans les rapports de production, ne devient &lt;i&gt;r&#233;elle&lt;/i&gt; que dans la &lt;i&gt;pratique&lt;/i&gt; dans laquelle la contradiction &#224; un moment donn&#233; et dans la sp&#233;cificit&#233; de ce moment les embarque. Les classes &lt;i&gt;sont &lt;/i&gt;toujours en situation. Ainsi, dans le mouvement des Gilets jaunes, la distinction de classes s'est effectu&#233;e &#224; l'int&#233;rieur de l'unit&#233; : la contradiction de classes (c'est-&#224;-dire leur constitution) s'est faite dans la contradiction m&#234;me du mouvement entre sa volont&#233; d'&#234;tre &#171; le peuple &#187; et la diversit&#233; des positions dans les rapports capitalistes de production. Les classes ont agi, donc exist&#233;, dans cette situation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Maintenant, les &#171; cort&#232;ges de t&#234;te &#187; &#233;galent les cort&#232;ges officiels et drainent surtout une grande partie de leurs participants. Quelles que soient les diff&#233;rences sociologiques entre les acteurs, on ne peut comprendre le mouvement des Gilets jaunes sans la r&#233;f&#233;rence &#224; ces &#171; cort&#232;ges &#187;, aux divers mouvements zadistes et m&#234;me, comme &#224; Marseille (et certainement ailleurs), sans la pr&#233;sence dans les rassemblements de &#171; Nuit debout &#187; de ceux qui n'&#233;taient l&#224; que pour raconter et se &#171; d&#233;culpabiliser &#187; publiquement de leur mis&#232;re quotidienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce mouvement a op&#233;r&#233; une rupture avec toutes les proc&#233;dures de la lutte des classes et de la revendication de l'&#233;poque fordiste et de ses modalit&#233;s de r&#233;gulation, il ne l'a pas r&#233;v&#233;l&#233;e mais plut&#244;t confirm&#233;e par l'abandon des rituels auxquels plus personne ne croyait. Quand nous parlons d'ill&#233;gitimit&#233; ou d'asyst&#233;mie de la revendication, qu'elle soit directement salariale ou sur le revenu, c'est du contenu en acte, pratique, imm&#233;diat, dans l'activit&#233; de la classe, de la disparition de l'identit&#233; ouvri&#232;re dont il s'agit. Cette derni&#232;re ne pouvait exister que produite et confirm&#233;e dans une reproduction du capital telle que la revendication faisait syst&#232;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans son cours, du &#171; refus du harc&#232;lement fiscal &#187;, la r&#233;volte des Gilets jaunes est pass&#233;e &#224; un contenu plus classiquement, mais toujours marginalement, revendicatif. Ces revendications ne prenaient sens que dans la globalit&#233; de la &#171; juste redistribution &#187; demand&#233;e &#224; l'Etat. En plus d'un an de luttes, on a eu bien s&#251;r une &#233;volution des caract&#233;ristiques initiales mais aucunement une remise en cause ou un d&#233;passement. La composition sociale des blocages et des manifestations a &#233;volu&#233;, l'h&#233;g&#233;monie sociale et id&#233;ologique des artisans, petits patrons, &#171; classes moyennes traditionnelles &#187; a &#233;t&#233; contest&#233;e, &lt;i&gt;principalement au niveau non des &#171; repr&#233;sentants &#187; mais de la &#171; repr&#233;sentation &#187; elle-m&#234;me&lt;/i&gt;, mais ces cat&#233;gories sont demeur&#233;es une composante n&#233;cessaire du mouvement &#224; c&#244;t&#233; de ch&#244;meurs et de pr&#233;caires. Dans ce mouvement, l'&#233;lectricien, le chauffeur, le peintre en b&#226;timent pouvait parfaitement se trouver c&#244;te &#224; c&#244;te avec son patron parce que ce n'&#233;tait tout simplement pas sa relation &#224; son patron qui &#233;tait en jeu, mais l'injuste redistribution par l'Etat des fruits de l'effort commun : &#171; nous faisons tourner le pays &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour parler de &#171; conjoncture &#187; il aurait fallu qu'une fraction du mouvement &#224; partir des contradictions et revendications particuli&#232;res qui la d&#233;finissent (quelle que soit sa place dans les &#171; instances &#187;) polarise l'ensemble des contradictions en jeu. On pouvait le dire (quoi qu'il nous en co&#251;te) pour la classe moyenne &#233;duqu&#233;e et urbaine de l'Iran en 2009 polarisant dans la politique l'ensemble des contradictions, dans la mesure o&#249; la transformation &lt;i&gt;politique&lt;/i&gt; port&#233;e par cette classe, pour des raisons diff&#233;rentes selon les classes sociales, &#233;tait la perspective cr&#233;dible pour chacune de ces classes. La contradiction dans son unit&#233; (disons le capital comme contradiction en proc&#232;s) existe dans la multiplicit&#233; de ses formes d'apparition &#224; la condition de leur polarisation et mieux encore des mutations de cette polarisation. Dans la polarisation, la diversit&#233; accomplit ainsi l'unit&#233; fondamentale qui l'anime sans &#234;tre pour autant une somme de purs accidents (toutes les formes d'existence sont pour l'unit&#233; ses conditions d'existence). On peut envisager le mouvement des Gilets jaunes sous l'angle de contradictions multiples qui ont jou&#233; les unes sur les autres et se sont succ&#233;d&#233;es comme dominante du mouvement, cela a &#233;t&#233; le principe de son &#233;volution. Mais cette multiplicit&#233; est demeur&#233;e multiplicit&#233;, une juxtaposition, passage d'une caract&#233;ristique &#224; une autre. Ces contradictions ne sont jamais apparues dans leur unit&#233;, c'est-&#224;-dire une fraction du mouvement polarisant l'ensemble des contradictions. Cette multiplicit&#233; de contradictions, on peut l'&#233;num&#233;rer comme portant sur toutes les caract&#233;ristiques du capital restructur&#233; que le mouvement a expos&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une &#171; conjoncture r&#233;volutionnaire &#187; n'est pas une &#171; convergence &#187;, c'est chaque particulier qui devient global et non une somme de particuliers qui s'additionnant constitueraient le &#171; global &#187;. Le global n'est pas une somme. &#171; Sur les ronds-points et dans les rues, par le blocage ou par l'&#233;meute, cette r&#233;volte a fait se rencontrer et s'entrechoquer des forces h&#233;t&#233;rog&#232;nes, politiquement diverses, voire oppos&#233;es (bien que souvent sociologiquement proches) &#187; (&lt;i&gt;lundimatin&lt;/i&gt;, 6 d&#233;cembre 2018). Mais nous en sommes rest&#233;s au c&#244;toiement ou &#224; la coexistence. Des collectifs de lutte contre le racisme et des jeunes racis&#233;s sans attaches organisationnelles ont parfois manifest&#233; avec les Gilets jaunes (plut&#244;t &#224; leur c&#244;t&#233;) mais la question de la segmentation raciale n'a pas &#233;t&#233; pos&#233;e ; les femmes &#233;taient nombreuses, tr&#232;s pr&#233;sentes et actives, mais la question de la relation de genre n'a pas &#233;t&#233; pos&#233;e ; des pr&#233;caires, des ch&#244;meurs, des &#171; auto-entrepreneurs &#187;, des ouvriers (surtout de petites entreprises), des retrait&#233;s, des petits patrons ou artisans &#233;taient l&#224;, mais la question de l'unit&#233;/segmentation de la classe ouvri&#232;re et celle de l'interclassisme n'ont pas &#233;t&#233; pos&#233;es. Il ne faut pas confondre le &lt;i&gt;d&#233;passement par le conflit&lt;/i&gt; des questions soulev&#233;es par un mouvement et l'unit&#233; qui peut en r&#233;sulter du fait de leur &lt;i&gt;occultation&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelle que f&#251;t la vivacit&#233; de ce mouvement, il ne pouvait &#234;tre cette polarisation (cristallisation) car dans le flou volontaire n&#233;cessaire &#224; sa perp&#233;tuation, il avait rejet&#233; hors de lui-m&#234;me la possibilit&#233; d'&#234;tre une forme d'existence de cette unit&#233;. Il ne lui restait plus qu'&#224; momentan&#233;ment c&#244;toyer &#171; les autres &#187; et &#171; les autres &#187; l'ont momentan&#233;ment c&#244;toy&#233; comme un effet d'aubaine. Le &#171; on ne peut pas joindre les deux bouts &#187;, la gal&#232;re, ne pouvaient pas construire cette polarisation, en effet sa raison originelle sur la distribution/redistribution fiscale lui interdisait de mener &#224; bout la question du &#171; pouvoir d'achat &#187;. Des &#171; choses &#187; ont finalement &#233;t&#233; obtenues, personne ne crachera dans la soupe et c'est toujours bon &#224; prendre, m&#234;me si les 100 euros sur le Smic sont apparus de plus en plus comme une mini usine &#224; gaz (les entreprises n'auront rien &#224; sortir, en effet comment r&#233;pondre &#224; ce mouvement s'il avait &#233;t&#233; demand&#233; &#224; Christophe Chalen&#231;on, porte-parole du mouvement en Vaucluse et patron d'une m&#233;tallerie &#224; Sault avec deux ouvriers, de sortir 100 euros de plus pour ses &#171; collaborateurs &#187;) et les primes patronales comme une entourloupe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La seule polarisation possible aurait pu avoir comme raison la politique, mais malgr&#233; la haine unanimement partag&#233;e de Macron, nous ne sommes pas en Iran. Le &#171; peuple devenant l'Etat &#187; ne renvoie pas, en France, &#224; des rapports de production comme en Iran ou en Egypte. Tous les ronds-points n'&#233;taient pas &#171; g&#233;r&#233;s &#187; de fa&#231;on identique, il y avait parfois de la m&#233;fiance et m&#234;me de l'hostilit&#233; de l'un &#224; l'autre, tous n'avaient pas globalement la m&#234;me coloration id&#233;ologique, mais tous consid&#233;raient que c'&#233;tait l'ensemble qui faisait le mouvement, que cet ensemble se formalise en repr&#233;sentation ou non. Les conflits qui surgissaient, produits en fait par la diversit&#233; sociale des participants, portaient paradoxalement (pour des conflits) sur la fa&#231;on de pr&#233;server l'unit&#233; du mouvement, la question de la repr&#233;sentation &#233;tait en ce sens embl&#233;matique. Pr&#233;server l'unit&#233; &#233;tait essentiel pour maintenir telle quelle la raison d'&#234;tre du mouvement : l'absolutisation des rapports de distribution (et de redistribution). La chose s'est accentu&#233;e quand des ronds-points, &lt;i&gt;lieux &#224; la fois de vie, de discussions et d'actions&lt;/i&gt;, on est pass&#233; aux assembl&#233;es tenues dans des salles souvent pr&#234;t&#233;es par les mairies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Christophe Chalen&#231;on proclamait sur une vid&#233;o tourn&#233;e sur un point de blocage le dimanche 18 novembre 2018 : &#171; nous avons lanc&#233; un mouvement plan&#233;taire &#187;. S'il exag&#233;rait l&#233;g&#232;rement, &lt;i&gt;l'Appel de Saint-Nazaire&lt;/i&gt; s'est &#171; seulement &#187; r&#233;clam&#233; d'une &#171; vague europ&#233;enne &#187; ambig&#252;e de &#171; r&#233;veil des peuples &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;h.f2kt62fqbhi6&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un mouvement &#171; mondial &#187; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A propos de ce mouvement, il y a un point qui est souvent n&#233;glig&#233; : nous n'en avons qu'une vision nationale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le collectif &lt;i&gt;Ahou ahou ahou&lt;/i&gt;, amalgamant cependant des mouvements de nature tr&#232;s diff&#233;rente, souligne d&#232;s les premi&#232;res lignes de leur livre (&lt;i&gt;La r&#233;volte des Gilets jaunes, histoire d'une lutte de classes&lt;/i&gt;, niet&#233;ditions) un mouvement g&#233;n&#233;ral &#224; l'&#233;chelle mondiale : &#171; Dans le monde capitaliste en crise depuis 2008, on ne compte plus les soul&#232;vements. Apr&#232;s les r&#233;voltes dites 'arabes', la fin des ann&#233;es 2010 a vu la paix sociale &#224; nouveau battue en br&#232;che dans de nombreux pays du globe : Alg&#233;rie, Irak Soudan, Chili, Liban, Iran, Hongkong, Equateur, Catalogne, etc. Partout des manifestations, des &#233;meutes, des occupations de l'espace urbain. Partout des mouvements sans repr&#233;sentants ni encadrement, o&#249; se m&#234;lent des revendications de dignit&#233; sociale et une contestation des syst&#232;mes politiques. Partout des prol&#233;taires et des classes moyennes en voie de marginalisation qui se c&#244;toient derri&#232;re une volont&#233; commune de 'd&#233;gager' des dirigeants que l'on regarde comme coup&#233;s du 'peuple'. La r&#233;volte des Gilets jaunes participe de ce mouvement mondial. &#187; (&lt;i&gt;Ahou&lt;/i&gt;, op. cit, p. 5) &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut comprendre la signification d'un mouvement comme celui-ci dans la crise du mode de production capitaliste comme actuellement crise de sa mondialisation. A la racine de cette crise, il y a la d&#233;connexion entre la valorisation du capital et la reproduction de la force de travail. Au niveau mondial, ce r&#233;gime de croissance au sein duquel la part des salaires dans la valeur ajout&#233;e ne cesse de baisser est arriv&#233; en bout de course&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb197&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir Too much monkey business, TC 22.&#034; id=&#034;nh197&#034;&gt;197&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. La r&#233;volte des Gilets jaunes a mis en &#233;vidence le caract&#232;re sociospatial de cette d&#233;connexion dont le zonage des territoires est une fonction. La d&#233;connexion entre valorisation du capital et reproduction de la force de travail est une rupture de la continuit&#233; nationale des territoires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De ce point de vue, un tel mouvement permet de pr&#233;ciser quelques points au sujet de la restructuration-contre r&#233;volution. Pour le moment une &#171; restructuration &#187; demeure encore tr&#232;s hypoth&#233;tique. Mais si nous commen&#231;ons &#224; y r&#233;fl&#233;chir &#224; partir des caract&#233;ristiques particuli&#232;res de la crise actuelle du mode de production, le &#171; populisme &#187; n'est en aucune fa&#231;on le contenu de la contre-r&#233;volution/restructuration pouvant advenir. Le &#171; populisme &#187; ne porte pas de &#171; r&#233;ponses &#233;conomiques &#187; et il ne pourra &#234;tre le socle sur lequel pourrait se b&#226;tir une restructuration. Il faudra des luttes d'une tout autre ampleur mondialement et qu'elles soient battues (ce qui n'est pas &#233;vident) pour que se d&#233;finisse une restructuration. Pour l'instant, nous pouvons seulement avancer que des mouvements comme celui des Gilets jaunes (et bien d'autres) portent sur la sp&#233;cificit&#233; de la crise : la d&#233;connexion entre valorisation du capital et reproduction de la force de travail (ce qui n'est qu'une fa&#231;on de d&#233;signer la mondialisation). Ce qui ne veut pas dire que ces mouvements pr&#233;sentent une &#171; solution &#187;. L'important, ce qui est la force et la limite de ces luttes, c'est que la sp&#233;cificit&#233; de la crise est &#171; seulement &#187; d&#233;sign&#233;e au niveau et dans les termes m&#234;mes o&#249; elle se pr&#233;sente et appara&#238;t : comme distribution et redistribution (ce qui n'est pas sans relation avec la composition sociologique du mouvement). Ni Macron, ni les Gilets jaunes, ni m&#234;me leur conflit, ne repr&#233;sentent alors une restructuration &#224; venir. Pour l'instant, ce conflit est concr&#232;tement, pragmatiquement, l'existence manifeste et en actes de la contradiction &#224; r&#233;soudre : &lt;i&gt;r&#233;articuler mondialement l'accumulation du capital et la reproduction de la force de travail globale&lt;/i&gt;. C'est d&#233;j&#224; tr&#232;s important, mais c'est tout. Il faut ajouter cependant que la fa&#231;on dont, dans le cas des Gilets jaunes, la contradiction &#224; r&#233;soudre est pos&#233;e par ceux qu'elle d&#233;signe comme ses porteurs s'accompagne de trois grandes absences : les &#171; pauvres de centre-ville &#187; (majoritaires parmi les personnes en dessous du seuil de pauvret&#233;) ; les prol&#233;taires des cit&#233;s de banlieues ; les ouvriers des entreprises de plus de cent ou deux cent salari&#233;s (il y en avait dans le mouvement mais c'&#233;tait marginal). Comme si nous avions avec les ronds-points une forme de socialisation revendicative de ceux et celles pour qui cette socialisation est impossible dans le cadre du travail m&#234;me. Constater la chose n'implique aucune hi&#233;rarchie entre ces deux formes de socialisation revendicative et m&#234;me on peut dire que celle des ronds-points brise l'idiotisme de m&#233;tiers. En partant de la distribution en g&#233;n&#233;ral, en dehors de cat&#233;gorisations professionnelles, c'&#233;tait toute la vie quotidienne qui &#233;tait en jeu et &#231;a c'&#233;tait fort.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La crise telle qu'elle se d&#233;veloppe &lt;i&gt;maintenant&lt;/i&gt; comme crise de la mondialisation est une crise de ce qui constituait le c&#339;ur de celle-ci : la double d&#233;connexion de la valorisation du capital et de la reproduction de la force de travail. Les lin&#233;aments d'une possible restructuration (qui s'effectuera &lt;i&gt;r&#233;ellement&lt;/i&gt; comme d'habitude dans l'affrontement entre la classe capitaliste et le prol&#233;tariat sur les modalit&#233;s de l'exploitation, de l'extraction de surtravail) passent pour l'instant par le conflit avec les mouvements populaires plus ou moins nationalistes sur les th&#232;mes de la r&#233;partition du revenu, de la famille, des valeurs, de la citoyennet&#233;. La double d&#233;connexion est au c&#339;ur du moment pr&#233;sent de la crise de la mondialisation (voir &lt;i&gt;Vie quotidienne et luttes des classes&lt;/i&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est cela que manifestent des mouvements comme celui des Gilets jaunes, mais tant que la crise de la mondialisation se d&#233;roulera ainsi, ce n'est que la dynamique conflictuelle des termes de la crise qui est &#224; l'&#339;uvre. Rien d'autre, m&#234;me si de telles oppositions ne doivent pas &#234;tre sous-estim&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans une p&#233;riode de crise, la lutte des classes est souvent duelle. Elle est d'une part l'existence et la mise &#224; jour des contradictions qui ont construit la crise et, d'autre part, la perspective de leur d&#233;passement dans le jeu qui lie intimement r&#233;volution et contre-r&#233;volution/restructuration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'abord, une crise du rapport salarial. Le mode de production capitaliste n'a jamais eu pour but le bonheur de l'humanit&#233;, mais la pauvret&#233; est devenue un probl&#232;me et par l&#224; la question de l'Etat revient au c&#339;ur de la lutte des classes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les questions sont maintenant sur la table : la nature de l'Etat ; la relation entre valorisation du capital et reproduction de la force de travail ; les modes de mobilisation de cette force de travail par le capital ; les modalit&#233;s du rapport salarial dans les relations entre emploi / ch&#244;mage / pr&#233;carit&#233; ; les relations entre salaire / revenu / cr&#233;dit. Actuellement, la crise va rebondir comme crise de la cr&#233;ation mon&#233;taire en tant que forme de la valeur, c'est-&#224;-dire la crise de la possibilit&#233; de mesurer l'activit&#233; humaine globale en tant que flux continu et de la possibilit&#233; pour les produits de cette activit&#233; de se rapporter les uns aux autres dans une abstraction (substance de la valeur) Ce sera la suite de la crise du rapport salarial et c'est important car c'est alors la crise de la valeur comme crise de la valeur comme capital.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En dehors de la perspective de leur d&#233;passement (tant comme r&#233;volution que comme contre-r&#233;volution/restructuration), les contradictions qui sont mises sur la table, le sont de fa&#231;on unilat&#233;rale. La contre-r&#233;volution/restructuration elle-m&#234;me est en panne. Les termes des contradictions que l'on peut caricaturer d'un c&#244;t&#233; comme, au travers de la pr&#233;servation du syst&#232;me financier, celles des modalit&#233;s de l'accumulation dans les formes en crise de la mondialisation telle qu'actuellement configur&#233;e et, de l'autre, comme la reproduction de la force de travail par le capital m&#234;me, ne sont plus que des moments morts, chaque terme ne fait que reprocher &#224; l'autre d'&#234;tre ce qu'il est.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La classe capitaliste r&#233;fl&#233;chit constamment &#224; son avenir et au devenir de son monde, mais elle ne devance jamais l'histoire, il faut que les contradictions de son propre monde apparaissent, et c'est au fil de l'eau, par bricolages et improvisations, et par les conflits internes &#224; la classe capitaliste, que se construisent le d&#233;passement des crises et les restructurations. Dans la situation pr&#233;sente, les luttes ne font que formaliser les contradictions sp&#233;cifiques de la crise actuelle. &lt;i&gt;C'est au nom du mode de production capitaliste que les Gilets jaunes disaient que &#231;a ne pouvait plus marcher&lt;/i&gt;. En ce sens, mais en ce sens seulement, &lt;i&gt;l'affrontement &#233;tait un affrontement r&#233;el&lt;/i&gt;. Les contradictions &#233;taient l&#224;, exprim&#233;es, les termes polaris&#233;s, mais sans une confrontation massive avec le prol&#233;tariat ils sont sans vie, condamn&#233;s &#224; se caricaturer eux-m&#234;mes. Le conflit exprimait bien les termes du rapport d'exploitation entre le prol&#233;tariat et le capital tel qu'il est entr&#233; en crise, mais seulement dans la mesure o&#249; les termes &#233;taient refl&#233;t&#233;s &lt;i&gt;dans un seul de ses p&#244;les&lt;/i&gt; : le capital. Pour l'instant les termes de la crise sont polaris&#233;s &#224; l'int&#233;rieur du seul p&#244;le capital de la contradiction entre capital et prol&#233;tariat, ils sont l'un et l'autre un des termes oppos&#233;s du probl&#232;me, mais aucun des deux n'en est la solution. Ils ne sont que &lt;i&gt;l'apparition du probl&#232;me&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;h.xq4i70u944cc&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;ANNEXE&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;h.wx6ukht27738&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; On voudrait seulement vivre un peu mieux &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;h.sk5pg0myrxta&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Les 'Amazones' r&#233;pondent devant les assises de leurs sept braquages de jeunesse&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Cinq jeunes femmes, accus&#233;es d'avoir op&#233;r&#233; une s&#233;rie de sept 'braquages' entre janvier 1989 et juillet 1990, comparaissaient, du 18 au 20 septembre, devant la cour d'assises du Vaucluse. A l'&#233;poque des faits, elles &#233;taient devenues 'les Amazones'. Depuis, elles ont refait leur vie et se sont rang&#233;es. Pour vols &#224; main arm&#233;e et association de malfaiteurs, elles encourent la perp&#233;tuit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la mythologie criminelle locale, elles &#233;taient 'les Amazones'. Guerri&#232;res &#224; main arm&#233;e, grim&#233;es, perruqu&#233;es, 'braquant' banque sur banque, entre janvier 1989 et juillet 1990, dans la r&#233;gion de Cavaillon et de L'Isle-sur-la-Sorgue. Tass&#233;es dans le box des accus&#233;s, devant la cour d'assises du Vaucluse, du 18 au 20 septembre, vestes crois&#233;es sombres et chemisiers blancs, ce sont cinq jeunes femmes trentenaires tir&#233;es &#224; quatre &#233;pingles, comme pour un entretien de premi&#232;re embauche. Leurs voix lib&#232;rent des torrents d'accents proven&#231;aux. Leurs curriculum vitae sont une suite de d&#233;calques de gal&#232;res familiales, de placements et de mesures &#233;ducatives, d'&#233;tudes avort&#233;es en classes de pr&#233;apprentissage, de stages et de petits boulots.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Libres apr&#232;s un an de d&#233;tention provisoire, sous contr&#244;le judiciaire depuis quatre ans, elles ont refait leur vie. Ins&#233;r&#233;es, rang&#233;es, avant m&#234;me d'&#234;tre jug&#233;es. H&#233;l&#232;ne Trinidad, trente-deux ans, deux fois divorc&#233;e, m&#232;re de trois enfants, est vendeuse en boulangerie. Laurence Foucrier, trente-deux ans, m&#232;re c&#233;libataire, est femme de chambre dans un motel. Fatija Maamar Djellali, trente et un ans, cherche un emploi de secr&#233;taire. Sa soeur Malika, trente-quatre ans, vend de la lavande aux antipodes, avec son mari, un ancien joueur de rugby australien. Carole Toucourt, vingt-six ans, vend, elle, des olives sur les march&#233;s. Leur bonne conduite est unanimement lou&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, 'pour aider H&#233;l&#232;ne et ses petits', et plus g&#233;n&#233;ralement 'pour l'argent', les 'Amazones' ont effectu&#233; une s&#233;rie de sept braquages insens&#233;s. Le 15 janvier 1989, un peu avant midi, deux d'entre elles d&#233;boulent, t&#234;tes cagoul&#233;es, dans l'agence du Cr&#233;dit agricole de L'Isle, qui g&#232;re le compte de Malika. Celle-ci est pr&#233;sente, t&#234;te d&#233;couverte. 'Pur hasard, dit-elle. Pure malchance. J'&#233;tais l&#224; pour un retrait.' 'Pur hasard', elle a aussi d&#233;j&#224; assist&#233;, quelques ann&#233;es auparavant, dans cette m&#234;me agence, &#224; une attaque &#224; main arm&#233;e. Un fusil &#224; canon sci&#233; pour l'une des t&#234;tes cagoul&#233;es, un pistolet d'alarme pour l'autre. Personne ne dit mot. On enfourne l'argent dans un sac. Butin : 116 000 francs&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb198&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;En 1990, le Smic &#233;tait &#224; 5397 francs. Pour 5 personnes, 116 000 francs (&#8230;)&#034; id=&#034;nh198&#034;&gt;198&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(&lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt;, 21 septembre 1996)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;LES CLASSES EN G&#201;N&#201;RAL, LE PROL&#201;TARIAT EN PARTICULIER ET QUELQUES AUTRES CHOSES&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;(Commentaires critiques du n&#176; 2 de la revue Temps libre : &#171; Contribution &#224; la th&#233;orie des classes &#187;)&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;TC aime bien laisser le fardeau de l'explication &#224; son lectorat &lt;/i&gt; &#187; (Temps libre, n&#176; 2, p.135)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Quand il s'agit de la relation des luttes actuelles &#224; la r&#233;volution, un flou &#233;tudi&#233; est peut-&#234;tre l'option la plus rigoureuse et la plus raisonnable &lt;/i&gt; &#187; (Th&#233;orie Communiste, ici &#224; la suite)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand, entre interclassisme et &#171; populisme &#187;, les conflits sociaux avancent sous des drapeaux non par nationalisme mais parce que la citoyennet&#233; semble rimer avec l'Etat &#171; protecteur &#187;, quand la lutte des classes se d&#233;roule dans le flou et produit du flou, il est bon et n&#233;cessaire, comme les camarades de &lt;i&gt;Temps libre&lt;/i&gt; (&lt;i&gt;TL&lt;/i&gt;), de s'interroger sur la production et la d&#233;finition des classes et principalement du prol&#233;tariat, car, en revanche, nous ne savons que trop ce qu'est la classe capitaliste qui se conna&#238;t et sait se construire elle-m&#234;me en bloc h&#233;g&#233;monique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toute l'argumentation et les analyses de ce n&#176; 2 reposent sur une d&#233;finition plusieurs fois qualifi&#233;e de &#171; rigoureuse &#187; : le prol&#233;tariat est la classe du travail productif de plus-value, et plus pr&#233;cis&#233;ment &#171; la classe des travailleurs productifs &#187; car, affirme &lt;i&gt;TL&lt;/i&gt;, &#171; les classes sont des groupes d'individus en chair et en os &#187; (p. 51). Cependant, &#224; cette &#171; rigoureuse d&#233;finition &#187; s'ajoute imm&#233;diatement une nuance : ce travail ou ces travailleurs doivent &#234;tre &#171; &lt;i&gt;directement&lt;/i&gt; &#187; productifs (p. 32, p. 72, etc.). Le diable se nichant toujours dans les d&#233;tails, ce &#171; directement &#187; va entra&#238;ner &lt;i&gt;Temps Libre&lt;/i&gt; dans des d&#233;monstrations parfois hasardeuses et pas toujours &#171; rigoureuses &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question que nous posent, dans l'imm&#233;diatet&#233; de leur existence, toutes les luttes pass&#233;es, actuelles et peut-&#234;tre &#224; venir se formule ainsi : comment s'effectue, &#224; partir d'eux-m&#234;mes&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb199&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dans le texte Vie quotidienne et lutte des classes, nous montrons la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh199&#034;&gt;199&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, la transformation des rapports objectifs de la situation dans les rapports de production en lutte des classes ? Les classes existent-elles en dehors de cette transformation ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ambigu&#239;t&#233;s et impasses de la d&#233;finition du prol&#233;tariat par le travail productif&lt;/strong&gt;{{}}&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;TL&lt;/i&gt; &#233;vacue imm&#233;diatement toute d&#233;finition du prol&#233;tariat &#224; partir des rapports de propri&#233;t&#233; (p. 15), cela serait en rester au premier moment du rapport d'exploitation : le face-&#224;-face du travailleur libre et de ses conditions. De m&#234;me, s'en tenir &#224; la vente de la force de travail escamote la diff&#233;rence entre travail productif et improductif. Le prol&#233;tariat est donc la classe constitu&#233;e par les travailleurs productifs en ce qu'ils portent la contradiction essentielle du mode de production capitaliste, celle de ce travail productif comme toujours n&#233;cessaire et toujours de trop (pp. 21 et 34)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb200&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;On peut, avec raison, consid&#233;rer cette contradiction comme une contradiction (&#8230;)&#034; id=&#034;nh200&#034;&gt;200&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Par la suite, ils cherchent &#224; diff&#233;rencier &#171; classe ouvri&#232;re &#187; et &#171; prol&#233;tariat &#187;, mais leur d&#233;finition du prol&#233;tariat (le travail productif) peut tout autant s'appliquer &#224; la classe ouvri&#232;re (avec quelques exclusions ou ajouts &#224; partir du m&#234;me substrat). La &#171; diff&#233;rence &#187; qu'ils retiennent n'est qu'une diff&#233;rence de p&#233;riodes historiques. Pour la classe ouvri&#232;re, ce qui aurait compt&#233; c'&#233;tait la mont&#233;e en puissance du &#171; travail coop&#233;ratif &#187; (p. 38) ; le prol&#233;tariat, quant &#224; lui, serait d&#233;fini par la rupture que porte la contradiction du travail productif (travail n&#233;cessaire) dans le mode de production capitaliste&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb201&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Dans la production fond&#233;e sur le capital, l'existence du temps de travail (&#8230;)&#034; id=&#034;nh201&#034;&gt;201&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Mais si, comme eux, nous en restons au niveau de la contradiction du travail productif comme cat&#233;gorie &#233;conomique, cela ne change rien aux d&#233;finitions, la classe ouvri&#232;re &#233;tait aussi la classe du travail productif, la contradiction de ce dernier se r&#233;solvait historiquement de fa&#231;on diff&#233;rente, l'&#233;poque de l' &#171; identit&#233; ouvri&#232;re &#187; n'aurait &#233;t&#233; alors que celle de l'identification de la classe ouvri&#232;re et du prol&#233;tariat&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb202&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Par &#171; identit&#233; ouvri&#232;re &#187;, nous entendons la puissance et la conscience de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh202&#034;&gt;202&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rapidement, dans le cours du texte, &lt;i&gt;TL&lt;/i&gt; se trouve confront&#233; &#224; l'&#233;pineuse question et la troublante r&#233;alit&#233; du travail productif comme le fait et l'&#339;uvre du &#171; &lt;i&gt; travailleur collectif &lt;/i&gt; &#187;. Ils vont alors se proposer d&#233;montrer qu'il y aurait, chez Marx, deux d&#233;finitions du travail productif &#224; l'origine d'une &#171; confusion &#187; qui &#171; trouve sa source chez Marx lui-m&#234;me &#187; (c'est l'objet des pages 61 &#224; 66).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour fonder leur propos, ils s'appuient sur quelques citations du &lt;i&gt;Chapitre in&#233;dit du Capital&lt;/i&gt; et des &lt;i&gt;Th&#233;ories sur la plus-value&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Ainsi, dans &lt;i&gt;Un chapitre in&#233;dit du Capital&lt;/i&gt;, le travail productif s'&#233;mancipe compl&#232;tement de ce crit&#232;re d'ordre social (crit&#232;re de l'exploitation) : 'Seul est productif l'ouvrier dont le proc&#232;s de travail correspond au &lt;i&gt;proc&#232;s productif de consommation&lt;/i&gt; de la force de travail &#8211; du porteur de ce travail &#8211; par le capital ou le capitaliste' (&lt;i&gt;op. &lt;/i&gt;&lt;i&gt;cit.&lt;/i&gt;, UGE, 1997, p. 226). Et comment d&#233;termine-t-on si un travail correspond 'au proc&#232;s productif de consommation de la force de travail' ? Par sa participation &#224; la 'machine productive totale', c'est-&#224;-dire 'au proc&#232;s imm&#233;diat de cr&#233;ation des marchandises &lt;i&gt;ou, mieux, des produits&lt;/i&gt;' (&lt;i&gt;ibid&lt;/i&gt;). Clairement, le caract&#232;re productif du 'proc&#232;s productif' et de la 'machine productive' n'a dans ce cas plus rien &#224; voir avec le travail productif dont il &#233;tait question plus t&#244;t, puisque sa participation &#224; un proc&#232;s de production de &lt;i&gt;marchandises&lt;/i&gt; suffit d&#233;sormais &#224; d&#233;terminer soit un travail, un proc&#232;s ou un agent comme 'productif'. L'&#233;quivocit&#233; d'un tel mot produit ici ses d&#233;g&#226;ts : gr&#226;ce &#224; elle, on a pu effacer la dimension essentielle, d&#233;finitoire du travail productif (par laquelle le rapport social capitaliste est reproduit : il produit de la plus-value) pour ne conserver que sa dimension la plus superficielle (il doit passer par la production de marchandises). &#187; (&lt;i&gt;TL&lt;/i&gt;, pp. 63 et 64)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais si on pousse la lecture du &lt;i&gt;Chapitre in&#233;dit&lt;/i&gt; de la p. 226 &#224; la p. 227, on peut lire : &#171; L'activit&#233; de cette force de travail globale est directement consomm&#233;e de mani&#232;re productive par le capital dans le proc&#232;s d'auto-valorisation du capital : elle produit donc imm&#233;diatement de la plus-value ou mieux, comme nous le verrons par la suite, &lt;i&gt;elle se transforme directement elle-m&#234;me en&lt;/i&gt; &lt;i&gt;capital&lt;/i&gt;. &#187;. On peut discuter au sujet de cette &#171; force de travail globale &#187;, mais de toute &#233;vidence la &#171; dimension essentielle, d&#233;finitoire du travail productif : la production de la plus-value &#187; n'y est absolument pas effac&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est au prix de la troncature de la citation et de la d&#233;monstration de Marx que &lt;i&gt;TL&lt;/i&gt; peut s'autoriser &#224; parler de &#171; glissement s&#233;mantique &#187; entre un travail productif de plus-value et un travail productif de marchandises, comme si Marx, avec le &#171; travailleur collectif &#187;, ne parlait plus que du second qu'il aurait m&#234;me &#171; autonomis&#233; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Imm&#233;diatement apr&#232;s (pp. 64-65), ils commentent un autre fragment du &lt;i&gt;Chapitre in&#233;dit&lt;/i&gt; : &#171; C'est ce glissement s&#233;mantique [peut-&#234;tre contestable, mais en fait inexistant comme nous venons de le voir, nda] qui autorise Marx dans ce m&#234;me passage &#224; pr&#233;senter indistinctement surveillant.e, directeur.rice, technicien.ne, ouvrier.&#233;re manuel.le et simple auxiliaire comme des 'ouvriers &lt;i&gt;productifs&lt;/i&gt; directement exploit&#233;s par le capital et &lt;i&gt;soumis&lt;/i&gt; &#224; son proc&#232;s de production et de valorisation' mais aussi, la classe capitaliste comme 'la classe productive par excellence' &#8211; dans la mesure o&#249; '[comme] dirigeant du proc&#232;s de travail, le capitaliste peut effectuer du travail productif, en ce sens que son travail &#233;tant int&#233;gr&#233; au proc&#232;s de travail total, s'incarne dans le produit &#187; (&lt;i&gt;Un Chapitre in&#233;dit&lt;/i&gt;, p. 240). Pourtant, cinq lignes apr&#232;s, Marx conclut ainsi le chapitre : &#171; La d&#233;finition du &lt;i&gt;travail productif&lt;/i&gt; (et donc aussi de son contraire le travail &lt;i&gt;improductif&lt;/i&gt;) se base sur le fait que la production capitaliste est production de plus-value, et que le travail qui s'y emploie produit de la plus-value. &#187;. Et, s'il nous est impossible d'inclure le &#171; directeur &#187; dans le prol&#233;tariat c'est peut-&#234;tre qu'il y a un probl&#232;me avec la d&#233;finition de celui-ci sur la base &lt;i&gt;directe&lt;/i&gt; du travail productif. &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;TL&lt;/i&gt; se r&#233;f&#232;rent ensuite &#224; une citation des &lt;i&gt;Th&#233;ories sur la plus-value&lt;/i&gt; : &#171; Parmi ces ouvriers productifs il faut compter naturellement tous ceux qui collaborent &lt;i&gt;d'une mani&#232;re ou d'une autre&lt;/i&gt; &#224; la production de la marchandise, depuis le travailleur manuel jusqu'au &lt;i&gt;manager&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;engineer&lt;/i&gt;, (pour autant qu'ils sont distincts du capitaliste &#187; (&lt;i&gt;op. cit&lt;/i&gt;., &#233;d. Sociales, t. 1, p. 166). Mais, il aurait fallu inclure la phrase imm&#233;diatement pr&#233;c&#233;dente : &#171; La marchandise l'int&#233;resse [le capitaliste] dans la mesure o&#249; elle poss&#232;de une valeur d'&#233;change sup&#233;rieure &#224; celle qu'il a pay&#233;e pour elle, et ainsi la valeur d'usage du travail consiste pour lui en ce qu'il re&#231;oit un quantum de temps de travail sup&#233;rieur &#224; celui qu'il a pay&#233; sous forme de salaire. Parmi ces ouvriers productifs, etc. &#8212; suit la citation reproduite par &lt;i&gt;TL&lt;/i&gt; &#8212; &#187;. La page suivante est consacr&#233;e &#224; un &#233;loge de Smith en ce qu'il a d&#233;fini le travail productif sp&#233;cifiquement &#171; du point de vue de la production capitaliste &#187;, c'est-&#224;-dire &#171; comme travail qui s'&#233;change imm&#233;diatement contre le capital &#187; (Marx, &lt;i&gt;Th&#233;orie sur la plus-value&lt;/i&gt;, &#233;d. Sociales, t. 1, p. 167).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est en note de bas de page (note 37) que &lt;i&gt;TL&lt;/i&gt; revient sur la suite de la citation de la page 226 du &lt;i&gt;Chapitre in&#233;dit&lt;/i&gt; &#224; propos de cette &#171; force de travail globale &#187; produisant &#171; imm&#233;diatement de la plus-value &#187;. Mais cette citation en note n'est l&#224; que pour illustrer la &#171; confusion &#187; de Marx. Ici, il faut longuement les citer : &#171; Marx pr&#233;sente cette id&#233;e [le 'travailleur collectif' comme porteur du travail productif, y compris certaines activit&#233;s du capitaliste, nda] comme le r&#233;sultat de la transition de la subsomption formelle &#224; la subsomption r&#233;elle du capital ; pourtant rien dans une telle transition ne permet de modifier le caract&#232;re exploit&#233; ou non d'un travail : ou bien une personne travaille une partie de sa journ&#233;e gratuitement, ou bien elle ne le fait pas. Mais c'est justement d'autre chose dont parle Marx, puisque les agents qu'il &#233;num&#232;re ont uniquement en commun de 'participer' au proc&#232;s de production et par l&#224;, de 'participer' au proc&#232;s de valorisation du capital [ici s'ins&#232;re la citation de note de bas de page &#8211; note 37 &#8212;, nda]. Seulement, le fait est qu'on ne peut absolument pas d&#233;duire de la participation d'un agent &#224; un proc&#232;s de production de marchandises qu'il valorise &lt;i&gt;effectivement&lt;/i&gt; [soulign&#233; dans le texte] le capital ou qu'il produise de la plus-value, puisque pour ce faire, il faut n&#233;cessairement &#234;tre exploit&#233;.e. Tant qu'on ne sait pas si un agent re&#231;oit un &#233;quivalent moindre que ce qu'il a produit, et donc qu'il enrichit celui ou celle qui l'a employ&#233;, on ne peut trancher sur le caract&#232;re productif de son travail. &#187; (pp. 65-66). Selon ce crit&#232;re, celui qui re&#231;oit un &#233;quivalent moindre de ce qu'il a permis &#224; &#171; son &#187; capital de s'approprier (services, circulation, banques, etc.) peut &#234;tre consid&#233;r&#233; comme un travailleur productif, en revanche le travailleur productif s'activant dans la production mais qui serait &#171; surpay&#233; &#187; n'est plus un travailleur productif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Passons sur la critique de &lt;i&gt;TL&lt;/i&gt; (pourtant &#224; la base de leur &#171; d&#233;monstration &#187;) consistant &#224; dire que Marx r&#233;duirait, dans son discours &#171; ambigu &#187;, le travail productif au travail producteur de marchandises. A condition de consid&#233;rer l'argumentation dans sa continuit&#233; et sa totalit&#233;, ce n'est jamais le cas. Le probl&#232;me central de leur probl&#233;matique est de vouloir d&#233;duire &lt;i&gt;imm&#233;diatement&lt;/i&gt; du travail productif la constitution des classes et l'appartenance de classe. C'est peut-&#234;tre contestable, mais Marx est clair : si l'on consid&#232;re le &#171; travailleur collectif &#187;, &#171; il est parfaitement indiff&#233;rent de d&#233;terminer si la fonction du travailleur individuel &#8211; simple maillon du travailleur collectif &#8211; consiste plus ou moins en travail manuel simple&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb203&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ce qui peut faire probl&#232;me dans cet &#233;nonc&#233; de Marx c'est la r&#233;duction de la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh203&#034;&gt;203&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187; (&lt;i&gt;Un &lt;/i&gt;&lt;i&gt;chapitre in&#233;dit&lt;/i&gt;, p. 226). L'activit&#233; de cette force de travail globale produit imm&#233;diatement de la plus-value. Ils admettent comme hypoth&#232;se le &#171; travailleur collectif &#187; mais contestent le fait que chacun y participe quant &#224; la production de plus-value. Ils acceptent le &#171; travailleur collectif &#187; mais veulent retrouver la participation sp&#233;cifique de chaque individu &#224; &#171; ce qu'il a produit &#187; et, qui plus est, le rapport arithm&#233;tique entre &#171; ce qu'il a produit &#187; et la &#171; valeur de sa force de travail &#187;. En bref, ils veulent &#224; la fois la grande industrie, les cha&#238;nes mondiales de valeur, les diff&#233;rences abyssales entre les valeurs des forces de travail selon les aires g&#233;ographiques, et l'atelier ou au mieux la manufacture s&#233;rielle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A ce moment pr&#233;cis, leur raisonnement bascule.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Citons la suite :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Du reste [ce qui signifie : nous changeons de sujet, nda], comme nous le verrons plus loin, il est impossible d'avoir pour &lt;i&gt;fonction principale&lt;/i&gt; [nous soulignons] de repr&#233;senter le capital au sein du proc&#232;s de production (d'effectuer une fonction que la classe capitaliste a historiquement d&#233;l&#233;gu&#233;e &#224; d'autres agents) et d'&#234;tre membre du prol&#233;tariat [&#8230;] le caract&#232;re d'une t&#226;che n'est jamais transform&#233; par sa d&#233;l&#233;gation. C'est bien pourquoi ces deux acceptions distinctes du concept de travail productif ne peuvent coexister paisiblement, car l'une englobe toute activit&#233; qui concourt &#224; produire des marchandises, tandis que l'autre r&#233;f&#232;re exclusivement &#224; l'activit&#233; des salari&#233;.e.s directement exploit&#233;.e.s par le capital &#8230; &#187; (p. 66).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons vu qu'il n'y a pas chez Marx &#171; deux acceptions distinctes &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb204&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La seule ambigu&#239;t&#233; que l'on pourrait relever concerne certaines activit&#233;s du (&#8230;)&#034; id=&#034;nh204&#034;&gt;204&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; et &lt;i&gt;TL&lt;/i&gt; admet par ailleurs que les ing&#233;nieurs, techniciens, etc. peuvent &#234;tre des travailleurs productifs au sens &#171; exclusif &#187; qu'ils donnent &#224; la chose, excluant ainsi du prol&#233;tariat des travailleurs pourtant reconnus comme productifs. En outre, qui poss&#232;de l'invention qu'il faut pour s&#233;parer la &#171; fonction principale &#187; de surveillance et de mise en ordre de la fonction productive secondaire (ou vice-versa) ? A quel moment dans son activit&#233;, l'ing&#233;nieur, etc. quitte la cravate de sa &#171; fonction capitaliste d&#233;l&#233;gu&#233;e &#187; pour rev&#234;tir la blouse blanche ou bleue du travailleur productif et de la science ? A quel niveau le &#171; sursalaire &#187; (puisqu'ils&lt;i&gt; &lt;/i&gt;reprennent cette notion&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb205&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cette notion de &#171; sursalaire &#187; est &#224; la base du travail sur la classe (&#8230;)&#034; id=&#034;nh205&#034;&gt;205&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ) &#233;quivaut, par rapport &#224; la valeur de la force de travail, &#224; une cessation de production de plus-value ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est &#224; ce moment que &lt;i&gt;TL&lt;/i&gt; commet la grande entorse &#224; sa &#171; d&#233;finition rigoureuse &#187;. En effet, apr&#232;s avoir, avec raison et selon la d&#233;finition canonique, soutenu que le travail productif est ind&#233;pendant de toute valeur d'usage produite et de tout travail concret, voil&#224; que &lt;i&gt;quelles que soient les modalit&#233;s de leur effectuation&lt;/i&gt; certaines fonctions demeurent telles qu'en elles-m&#234;mes. Au lieu de reconna&#238;tre que le travail productif est le point de d&#233;part imp&#233;rieux et incontournable de la d&#233;finition des classes, mais seulement &lt;i&gt;un point de d&#233;part&lt;/i&gt;, ils vont &#224; la fois maintenir leur d&#233;finition, s'y accrocher et lui apporter, comme nous le verrons, toutes sortes de &#171; surd&#233;terminations &#187; et de restrictions &#171; fonctionnelles &#187;. Selon leur fonction, des travailleurs qu'ils ont pourtant reconnus comme productifs sont exclus du prol&#233;tariat. La &#171; rigoureuse d&#233;finition &#187; a du plomb dans l'aile&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb206&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Et quid des r&#233;dacteurs de Temps Libre ? Il est vrai qu'il est d'usage que le (&#8230;)&#034; id=&#034;nh206&#034;&gt;206&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous ne pouvons que souscrire &#224; l'opinion de &lt;i&gt;TL&lt;/i&gt; selon laquelle : &#171; &#8230;il est impossible d'avoir pour fonction principale de repr&#233;senter le capital [&#8230;] et d'&#234;tre membre du prol&#233;tariat. &#187; (p. 66). Mais, si l'on proc&#232;de &#224; une confusion directe, &lt;i&gt;imm&#233;diate&lt;/i&gt;, entre ce qui est une fonction du mode de production (un rapport de production), c'est-&#224;-dire le travail productif, et ce qui est une &lt;i&gt;r&#233;alit&#233; v&#233;cue&lt;/i&gt;, c'est-&#224;-dire les classes, au travers d'une s&#233;rie de m&#233;diations dans la &lt;i&gt;reproduction&lt;/i&gt; (qui n'est pas une simple suite de la production) y compris les rapports de distribution et m&#234;me les niveaux et modes de consommation&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb207&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Balibar, dans Lire le Capital (&#233;d. Quadrige, pp. 509-511), commentant Marx (&#8230;)&#034; id=&#034;nh207&#034;&gt;207&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, on ne peut qu'aboutir &#224; une impasse, celle-l&#224; m&#234;me &#224; laquelle ils se heurtent : le strict crit&#232;re du travail productif nous ferait consid&#233;rer comme prol&#233;taires des individus qui de toute &#233;vidence n'en sont pas et inversement nous ferait exclure du prol&#233;tariat des individus que l'on a beaucoup de mal &#224; ne pas les y inclure (tout cela sous r&#233;serve de consid&#233;rer que le travail productif soit, au-del&#224; d'une fonction dans le mode de production, une identit&#233; des individus). Les classes ne sont pas un calque des rapports de production. Dans l'Introduction de 1857, Marx &#233;crit : &#171; La population est une abstraction, si je n&#233;glige par exemple les classes dont elle se compose. A leur tour, ces classes sont vides de sens si j'ignore les &#233;l&#233;ments sur lesquels elles reposent [nous soulignons], par exemple le travail salari&#233;, le capital, etc. &#187;. Les classes reposent sur ces &#233;l&#233;ments, elles ne sont pas ces &#233;l&#233;ments. Ces &#233;l&#233;ments eux-m&#234;mes &#171; supposent l'&#233;change, la division du travail, les prix, etc. &#187; Toute la difficult&#233; de la d&#233;finition des classes pourrait tenir dans ce simple verbe : &#171; reposer &#187;. Notons que Marx utilise le verbe &#171; beruhen &#187; que l'on peut &#233;galement traduire, outre &#171; reposer sur &#187;, par &#171; d&#233;pendre de &#187;, &#171; provenir de &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans sa stricte d&#233;finition, le travail productif inclut toutes les activit&#233;s de transport, de livraisons (&lt;i&gt;Uber Eats&lt;/i&gt;, etc.), c'est-&#224;-dire pour Marx, tout ce qui est la &#171; poursuite du proc&#232;s de production &#187; en ce que la valeur d'usage n'est &#171; achev&#233;e &#187; que dans sa mise &#224; disposition sur le march&#233;. Le publicitaire qui participe &#224; la d&#233;finition de la valeur d'usage est-il un travailleur productif au m&#234;me titre que l'employ&#233; qui met en rayons dans un supermarch&#233;, dans la mesure o&#249; cette mise en rayons est toujours, elle aussi, une organisation publicitaire&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb208&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le besoin ne d&#233;termine pas unilat&#233;ralement la production. La production (&#8230;)&#034; id=&#034;nh208&#034;&gt;208&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ? Les caissi&#232;res &#233;videmment n'effectuent pas un travail productif (&lt;i&gt;TL2&lt;/i&gt;, pp. 80-81), elles ne sont pas en contradiction avec le capital de la m&#234;me fa&#231;on que le cariste qui alimente les rayons, elles ne sont pas des prol&#233;taires &#171; au sens strict &#187;. Vouloir d&#233;finir les classes non pas &lt;i&gt;&#224; partir&lt;/i&gt; des rapports de production mais comme un &lt;i&gt;calque&lt;/i&gt; de ces rapports aboutit &#224; des aberrations. Si la caissi&#232;re &#233;pouse le cariste, forment-ils un m&#233;nage prol&#233;tarien ou interclassiste ? Est-ce un nouveau Rom&#233;o et Juliette&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb209&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Parodiant Shakespeare en son prologue : &#171; Deux classes, in&#233;gales en noblesse (&#8230;)&#034; id=&#034;nh209&#034;&gt;209&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ? Cependant, l&#224; o&#249; &lt;i&gt;TL &lt;/i&gt;a raison, c'est en faisant remarquer que la suppression du travail de la caissi&#232;re (du travail improductif en g&#233;n&#233;ral), n'a pas le m&#234;me impact sur les contradictions du mode de production capitaliste que la suppression du travail productif, quant &#224; lui &#171; toujours n&#233;cessaire, toujours de trop &#187; (p. 82)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb210&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Encore que &#8230;voir plus loin &#224; propos de l'industrie de l'armement ou du luxe.&#034; id=&#034;nh210&#034;&gt;210&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils reconnaissent qu'avec la subsomption r&#233;elle du travail sous le capital, &#171; le travail de subordination devient une partie int&#233;grante du proc&#232;s de production &#187; (p. 95). Citons Marx : &#171; Dans la production m&#233;canis&#233;e, l'appropriation du travail vivant par le travail objectiv&#233; &#8211; l'appropriation de la force ou de l'activit&#233; valorisante par la valeur pour soi &#8211; appropriation qui tient au concept m&#234;me de capital, est pos&#233;e comme caract&#232;re du proc&#232;s de production lui-m&#234;me, y compris sous le rapport de ses &#233;l&#233;ments mat&#233;riels et de son mouvement mat&#233;riel. [&#8230;] Dans la machinerie, le travail objectiv&#233; se pr&#233;sente face au travail vivant dans le proc&#232;s de travail lui-m&#234;me comme ce pouvoir qui le domine, que le capital est par sa forme, en tant qu'appropriation du travail vivant. &#187; (&lt;i&gt;Grundrisse&lt;/i&gt;, &#233;d. sociales, t. 2, p. 185).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si nous nous r&#233;f&#233;rons &#224; ce passage du dit &#171; Fragments sur les machines &#187;, il est &#233;vident que lorsque l'appropriation du travail vivant est devenue le fait m&#234;me du &#171; caract&#232;re mat&#233;riel du proc&#232;s de production &#187;, tout le travail de surveillance li&#233; &#224; la coop&#233;ration, &#224; la n&#233;cessaire continuit&#233; du travail et &#224; ce que &#171; chaque heure de travail fournisse le produit d'une heure de travail &#187; (&lt;i&gt;Chapitre in&#233;dit&lt;/i&gt;, p. 177), tout le travail de conception des machines et de leur agencement les unes avec les autres, demeure d'une part du &lt;i&gt;travail productif&lt;/i&gt;, comme le reconna&#238;t &lt;i&gt;TL&lt;/i&gt;, mais ceux qui l'effectuent ne peuvent pas, comme ils le reconnaissent &#233;galement, &#234;tre qualifi&#233;s de &#171; &lt;i&gt;prol&#233;taires&lt;/i&gt; &#187;. A ce moment-l&#224;, au lieu de simplement reconna&#238;tre que la &#171; rigoureuse d&#233;finition par le travail productif &#187; ne suffit pas &#224; d&#233;finir le prol&#233;tariat en tant que &lt;i&gt;classe&lt;/i&gt;, ils introduisent des &#171; fonctions &#187; et des &#171; surd&#233;terminations &#187;. Ce qui, finalement, revient &#224; consid&#233;rer que si la &#171; rigoureuse d&#233;finition &#187; offre une base, elle n'est pas le fin mot de la d&#233;finition des classes qui s'effectue dans tout un &lt;i&gt;proc&#232;s de reproduction&lt;/i&gt;. Ce proc&#232;s parcourt et inclut toutes les instances du mode de production de fa&#231;on historique et mouvante. Mouvante, car les instances, depuis les rapports de production jusqu'aux pratiques et perceptions id&#233;ologiques dans lesquelles les classes sont construites, se comprennent elles-m&#234;mes et &lt;i&gt;s'autoconstruisent&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb211&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Nous nous r&#233;f&#233;rons ici aux th&#232;ses de Thompson (La Formation de la classe (&#8230;)&#034; id=&#034;nh211&#034;&gt;211&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; dans la lutte avec l'&lt;i&gt;autre&lt;/i&gt; classe&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb212&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Les individus isol&#233;s ne forment une classe que pour autant qu'ils doivent (&#8230;)&#034; id=&#034;nh212&#034;&gt;212&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, ne s'articulent pas toujours de la m&#234;me fa&#231;on et selon la m&#234;me hi&#233;rarchie. C'est en passant par les rapports de distribution, la r&#233;partition de la &#171; richesse produite &#187;, et toutes les formes f&#233;tichistes rev&#234;tues n&#233;cessairement par les rapports de production que les classes s'autoconstruisent dans un mat&#233;riau qui est la structure m&#234;me du mode de production, mais qui n'est pas, &lt;i&gt;en tant que tel&lt;/i&gt;, les classes. Le crit&#232;re du travail productif se r&#233;v&#233;lant dans la propre probl&#233;matique de &lt;i&gt;TL&lt;/i&gt; incapable d'&#233;tablir une claire d&#233;finition du prol&#233;tariat, il leur a fallu introduire la &#171; fonction &#187; des diff&#233;rents types de travaux en dehors et quelle que soit leur qualit&#233; de productif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De la page 96 &#224; 105, le long chapitre sur le &#171; Travail intellectuel &#187; n'est l&#224; que pour distinguer d'une part, ce travail intellectuel (reconnu cependant dans un grand nombre de cas comme &#171; productif &#187;) et d'autre part, les prol&#233;taires que, sans l'&#233;crire explicitement, ils nous am&#232;nent donc &#224; consid&#233;rer comme des &#171; travailleurs manuels &#187;. L'argumentation est reprise de Poulantzas dans &lt;i&gt;Les Classes sociales dans le capitalisme d'aujourd'hui&lt;/i&gt; (&#233;d. Points-Seuil, pp. 233 &#224; 254). Mais, alors que Poulantzas reconna&#238;t ces &#171; travailleurs intellectuels &#187; comme des &#171; travailleurs productifs &#187; et d&#233;place la distinction du prol&#233;tariat sur les &lt;i&gt;fonctions&lt;/i&gt; occup&#233;es dans le proc&#232;s de production, &lt;i&gt;TL&lt;/i&gt; effectue la m&#234;me distinction (l&#233;gitime &#224; condition de produire que ce sont les rapports de production eux-m&#234;mes qui n'existent et se reproduisent que dans une s&#233;rie de m&#233;tamorphoses dont les formes f&#233;tichistes v&#233;cues sont l'ultime aboutissement) tout en persistant &#224; affirmer que le travail productif est la &#171; distinction rigoureuse &#187; entre les classes. Malgr&#233; toutes les pr&#233;cautions prises lors de la d&#233;finition initiale du travail productif, ils sont ramen&#233;s, sans le formaliser th&#233;oriquement, &#224; fonctionner sur une d&#233;finition restrictive, jamais vraiment explicit&#233;e, du travail productif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Avec l'accroissement de la division sociale du travail, l' &#171; entretien &#187; de ce monopole [le &#171; monopole du savoir &#187;, nda] incombe en partie &#224; d'autres, mais son trait caract&#233;ristique &#8211; le fait qu'il permet de se dispenser du travail &lt;i&gt;direct&lt;/i&gt; [nous soulignons] et harassant, producteur de richesses &lt;i&gt;mat&#233;rielles&lt;/i&gt; [idem] &#8211; demeure, bien que soient relativement dissoci&#233;s, le fait de travailler intellectuellement et le fait d'exploiter &lt;i&gt;directement&lt;/i&gt; [idem] le travail d'autrui &#187; (&lt;i&gt;TL2&lt;/i&gt;, p. 101). Comme nous l'avions d&#233;j&#224; entraper&#231;u, nous voyons, malgr&#233; les pr&#233;cautions initiales d'usage, le travail productif devenir (plus ou moins) le &#171; travail manuel &#187; au travers d'une &#171; relative dissociation &#187; entre le &#171; travail intellectuel &#187; et &#171; le fait d'exploiter directement &#187;. Comme si, dans le mode de production sp&#233;cifiquement capitaliste, le travail productif ne pouvait &#234;tre aussi une &#171; activit&#233; d&#233;l&#233;gu&#233;e d'exploitation &#187;. &lt;i&gt;TL&lt;/i&gt; est &#224; la fois conscient des impasses de sa doctrine et condamn&#233; &#224; poursuivre l'affirmation et la d&#233;fense de son dogme :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; N'est pas membre du prol&#233;tariat une personne qui effectue comme t&#226;che principale un travail de domination : point final. &#187; (p. 105). Jusque-l&#224;, il ne s'agissait que de savoir si cette &#171; personne &#187; &#233;tait &#171; productive &#187; ou non. Mais ils ont, contrairement &#224; ce que nous laissait supposer le premier chapitre de la revue, une conception laxiste et &#224; g&#233;om&#233;trie variable de la d&#233;finition des classes par le travail productif. A propos d' &#171; agents exploit&#233;s, productifs de plus-value, et valorisant le capital &#187; (p. 106), c'est-&#224;-dire d' &#171; agents &#187; r&#233;unissant toutes les caract&#233;ristiques n&#233;cessaires &#224; l'appartenance au prol&#233;tariat, ils&lt;i&gt; &lt;/i&gt;ajoutent : &#171; Or, c'est justement dans de telles situations que les rapports de subordination acqui&#232;rent, pour la d&#233;termination de leur appartenance de classe, une importance d&#233;cisive : selon que tel ou tel agent alloue une partie importante de son temps et de son &#233;nergie au travail de direction et de surveillance, il se verra surclass&#233; (&#233;ject&#233; du prol&#233;tariat) &#187; (pp. 106-107). Mais, &#224; nouveau, poss&#233;dons-nous l'invention qu'il faut pour savoir &#224; quel moment le d&#233;placement du curseur &#233;jectera cet &#171; agent productif &#187; et &#171; exploit&#233; &#187;, devenu supp&#244;t du capital. Mais &lt;i&gt;TL&lt;/i&gt; pr&#233;sente imm&#233;diatement la parade : selon le positionnement du curseur le rapport &#224; la totalit&#233; a &#233;t&#233; &#171; qualitativement &#187; modifi&#233; (p. 107). Nous savions que le travail productif &#233;tait un &#171; rapport &#224; la totalit&#233; &#187;, si le &#171; rapport &#224; la totalit&#233; &#187; a &#233;t&#233; &#171; &lt;i&gt;qualitativement&lt;/i&gt; &#187; modifi&#233; (la quantit&#233; s'&#233;tant, comme d'habitude, mu&#233;e en qualit&#233;), le travail productif n'est plus vraiment du travail productif. CQFD.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il existe un autre aspect du travail productif qui &#171; modifie son rapport &#224; la totalit&#233; &#187;, c'est celui o&#249; le travail productif lui-m&#234;me peut faire obstacle &#224; la poursuite de l'accumulation capitaliste. &lt;i&gt;TL &lt;/i&gt;consid&#232;re le travail productif comme celui qui, cr&#233;ant de la plus-value, reproduit &#224; une &#233;chelle &#233;largie les moyens de production et le fond de consommation de la force de travail. Le travail productif serait celui par quoi il y a accumulation de capital. A priori, on ne peut qu'&#234;tre d'accord avec cette approche, cependant, &#224; y regarder de plus pr&#232;s, est-ce qu'il n'y a pas l&#224; une confusion entre deux termes tr&#232;s proches et se conditionnant r&#233;ciproquement : l'accumulation du capital et le travail productif ?&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb213&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dans leur r&#233;ponse &#224; Astarian et Ferro, les r&#233;dacteurs de TL l&#232;vent (&#8230;)&#034; id=&#034;nh213&#034;&gt;213&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Est-ce que le travail producteur de plus-value et le travail reproduisant de fa&#231;on &#233;largie le capital sont absolument identiques ? Tout le monde conviendra que l'ouvrier d'une usine de tracteurs (Lamborghini par exemple&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb214&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Il existe une anecdote, peut-&#234;tre l&#233;gendaire : au cours d'une soir&#233;e, M. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh214&#034;&gt;214&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;) est un travailleur productif : il produit de la plus-value, il produit des moyens de production. Mais son coll&#232;gue, l'ouvrier de chez Ferrari, est-il un travailleur productif ? D'un c&#244;t&#233;, il est difficile de nier qu'il produise de la plus-value, d'un autre c&#244;t&#233;, il est difficile d'admettre qu'il produise des moyens de production, y compris de reproduction de force de travail. Si l'ouvrier de Ferrari est un travailleur productif, celui qui produit des mines antipersonnelles en est un &#233;galement, comme ils l'&#233;crivent express&#233;ment &lt;i&gt;(&lt;/i&gt;p. 55). Pourtant, ni la Ferrari, ni la mine ne fonctionneront comme capital additionnel. L'embarras provient de ce que l'on a confondu deux notions tr&#232;s proches : le travail productif et l'accumulation&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb215&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ce commentaire de Temps libre a &#233;t&#233; r&#233;dig&#233; avant la lecture de leur r&#233;ponse (&#8230;)&#034; id=&#034;nh215&#034;&gt;215&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Du point de vue capitaliste, le luxe devient condamnable d&#232;s lors que le proc&#232;s de reproduction &#8211; ou son progr&#232;s exig&#233; par la simple progression naturelle de la population &#8212; trouve un frein dans l'application &lt;i&gt;disproportionn&#233;e&lt;/i&gt; [soulign&#233; dans le texte] de t&lt;i&gt;ravail productif&lt;/i&gt; [nous soulignons] &#224; la cr&#233;ation d'articles qui ne servent pas &#224; la reproduction, de sorte qu'il y a reproduction insuffisante des moyens de subsistance et des moyens de production n&#233;cessaires. &#187; (Marx, &lt;i&gt;Chapitre in&#233;dit&lt;/i&gt;, &#233;d. 10/18, pp. 235-236).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Il est &#233;vident cependant que si une partie disproportionn&#233;e &#233;tait ainsi consomm&#233;e, aux d&#233;pens des moyens de production et de subsistance qui entrent dans la reproduction, soit des marchandises, soit de la force de travail, le d&#233;veloppement de la richesse en subirait un coup d'arr&#234;t. Cette sorte de &lt;i&gt;travail productif&lt;/i&gt; [nous soulignons] cr&#233;e des valeurs d'usage, se cristallise en des produits destin&#233;s uniquement &#224; la consommation improductive et d&#233;pourvus en eux-m&#234;mes de toute &lt;i&gt;valeur d'usage&lt;/i&gt; pour le proc&#232;s de reproduction. &#187; (&lt;i&gt;idem&lt;/i&gt;, p. 235).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il existe donc un travail productif non seulement d&#233;pourvu de toute valeur d'usage pour la reproduction et l'accumulation du capital, mais encore potentiellement nocif, son rapport &#224; la &#171; totalit&#233; &#187; (capital social) est tr&#232;s &#171; particulier &#187; : un peu toujours de trop.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le &#171; travailleur productif &#187; est en lui-m&#234;me, consid&#233;r&#233; par &lt;i&gt;TL&lt;/i&gt; comme &#171; toujours n&#233;cessaire et toujours de trop &#187;, mais s'il existe un type de travail &lt;i&gt;productif&lt;/i&gt; pouvant &#234;tre consid&#233;r&#233; comme &lt;i&gt;seulement &#171; de trop &#187; &lt;/i&gt;(et donc, comme pouvant &#234;tre supprim&#233; comme le travailleur improductif), il en r&#233;sulte que nous ne pouvons pas passer, sans autre forme de proc&#232;s, de la &#171; tension &#224; l'abolition de la r&#232;gle &#187; qui est une contradiction du mode de production qui construit des situations et des polarisations constitutives des classes et de leurs luttes, &#224; une nature &#171; r&#233;volutionnaire &#187; du travail productif et encore moins au &#171; travailleur productif &#187; comme si cette nature lui &#233;tait individuellement attach&#233;e&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb216&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;D&#233;fini comme classe par l'exploitation, le prol&#233;tariat est en contradiction (&#8230;)&#034; id=&#034;nh216&#034;&gt;216&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Si des travailleurs productifs peuvent se r&#233;v&#233;ler seulement de trop, m&#234;me s'ils ne constituent pas un segment tr&#232;s important de la cat&#233;gorie&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb217&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Encore que &#8230;deux grands groupes du luxe figurent parmi les fleurons du (&#8230;)&#034; id=&#034;nh217&#034;&gt;217&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, cela signifie qu'il n'est pas possible de rattacher directement la cat&#233;gorie de travail productif &#224; une nature potentiellement &#171; r&#233;volutionnaire jusqu'au bout &#187; (&lt;i&gt;TL&lt;/i&gt;) de chaque individu entrant dans cette cat&#233;gorie. Les classes ne sont pas une liste d'individus, elles ne sont pas une sorte d'&#171; &#233;tat-civil &#187; r&#233;volutionnaire (m&#234;me potentiel).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous voil&#224; donc appel&#233;s non seulement &#224; surveiller le curseur partageant les t&#226;ches productives de la partie du temps de travail &#171; d&#233;di&#233;e &#224; la discipline &#187; (&lt;i&gt;TL2&lt;/i&gt;, p. 107), mais encore &#224; nous demander si ce travailleur productif n'est pas socialement, du point de vue de l'accumulation, exclu de la contradiction du travail n&#233;cessaire. Il est tout &#224; fait imaginable que le curseur des &#171; t&#226;ches productives &#187; varie d'un jour &#224; l'autre, et voil&#224; un individu &#224; l'identit&#233; chancelante, prol&#233;taire aujourd'hui, &#171; supp&#244;t du capital &#187; demain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est pas tout, cet ind&#233;cis travailleur productif se voit menac&#233; d'une nouvelle disgr&#226;ce : le &#171; sursalaire &#187;. Sans crier gare, sans explication, renvoyant simplement au livre d'Astarian et Ferro (&#171; &lt;i&gt;Le M&#233;nage &#224; trois&lt;/i&gt;... &#187;), &lt;i&gt;TL&lt;/i&gt; introduit ici la notion de &#171; sursalaire &#187;. Plus loin cette notion sera critiqu&#233;e comme ne d&#233;finissant les classes que sur la base des rapports de distribution, ici elle intervient comme une nouvelle &#171; surd&#233;termination &#187; du travail productif qui, &#224; force de &#171; surd&#233;terminations &#187; se trouve r&#233;duit &#224; peau de chagrin quant &#224; sa fonction rigoureuse d&#233;finissant le prol&#233;tariat. Qui en est ? Qui n'en est pas&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb218&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Nous ne discutons pas ici de cette notion de &#171; sursalaire &#187; qui repose sur (&#8230;)&#034; id=&#034;nh218&#034;&gt;218&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ? Nous en arrivons au cas extraordinaire o&#249; tel travail initialement &lt;i&gt;productif&lt;/i&gt;, de par sa fonction dans les rapports de production, devient &lt;i&gt;improductif&lt;/i&gt; de par les rapports de distribution qui lui allouent une r&#233;mun&#233;ration exc&#233;dant la valeur produite en tant qu'agent cependant toujours productif. Comme si, dans les proc&#232;s de production actuellement r&#233;ellement existant, il &#233;tait possible d'affecter &#224; chaque agent sa part de valeur individuellement produite. Ici, la notion de &#171; sursalaire &#187; permet d'identifier rapports de distribution et rapports de production et finalement, une fois les pr&#233;cautions d'usage prises quant &#224; cette identification, de ne plus s'occuper (comme chez Astarian et Ferro), que des rapports de distribution tout en conservant les rapports de production comme simple caution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avant de passer aux deux chapitres critiques de la conception des classes dans &lt;i&gt;Th&#233;orie Communiste&lt;/i&gt; puis dans &lt;i&gt;Le M&#233;nage &#224; trois de la lutte des classes&lt;/i&gt; (Astarian et Ferro, &lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;), &lt;i&gt;TL&lt;/i&gt; r&#233;sume en un paragraphe (p. 109-110) la position &#224; laquelle ils sont parvenus. En grande partie, nous sommes en accord avec cette conclusion : &#171; &#8230; une th&#233;orie des classes sociales du mode de production capitaliste doit prendre comme &lt;i&gt;point de d&#233;part&lt;/i&gt; [nous soulignons] le concept de travail productif. &#187;. Bien s&#251;r, mais tout le probl&#232;me se situe dans ce qu'il se passe ensuite, apr&#232;s le &#171; &lt;i&gt;point de d&#233;part&lt;/i&gt; &#187;. Nous retrouvons la question rencontr&#233;e au d&#233;but de leur texte (100 pages auparavant) : les &#171; groupes en lutte &#187; doivent &#234;tre &#171; &lt;i&gt;rapport&#233;s&lt;/i&gt; [nous soulignons] aux classes du mode de production capitaliste et par l&#224;, aux fonctions fondamentales par lesquelles il se reproduit &#8230; &#187; (p. 10). Que signifie &#171; point de d&#233;part &#187; ? Que signifie &#171; rapport&#233;s &#187; (comme l'&#233;crivait Marx lui-m&#234;me) ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils nous disent dans ce paragraphe conclusif : &#171; Toutefois, ce concept [le travail productif] n'est pas en lui-m&#234;me suffisant pour rendre compte des diff&#233;rents rapports &#224; la totalit&#233; qu'entretiennent les diff&#233;rents agents du mode de production capitaliste &#187;. A ce concept il faudrait donc adjoindre les &#171; t&#226;ches de domination &#187;, la division du travail entre travail manuel et travail intellectuel et, comme nous venons de le voir, les niveaux de r&#233;mun&#233;ration, et m&#234;me le cas, semble-t-il non envisag&#233; par &lt;i&gt;TL&lt;/i&gt; de la relation pouvant &#234;tre n&#233;gative du travail productif &#224; l'accumulation. Mais alors qu'advient-il de la &#171; rigoureuse d&#233;finition &#187; ? Ils se sont enferm&#233;s dans une d&#233;finition qui sert de &#171; point de d&#233;part &#187; mais qui, &#224; partir de ce point, ne va nulle part. Si ce &#171; point de d&#233;part &#187;, comme ils le reconnaissent, n'est pas &#171; suffisant &#187;, ils le conservent n&#233;anmoins inchang&#233; et invariant, seulement affect&#233; de quelques &#171; nuances &#187; qui, &lt;i&gt;essentiellement&lt;/i&gt;, lui sont ext&#233;rieures. Ce qui leur &#233;chappe, ligot&#233;s dans leur &#171; rigoureuse d&#233;finition &#187;, c'est qu'un &#171; point de d&#233;part &#187; implique un point d'arriv&#233;e. Or ils&lt;i&gt; &lt;/i&gt;ne produisent aucun point d'arriv&#233;e, les nuances ne font que nous renvoyer &#224; la &lt;i&gt;case&lt;/i&gt; de d&#233;part. De m&#234;me, quand&lt;i&gt; &lt;/i&gt;ils admettent que &lt;i&gt;TC&lt;/i&gt; a raison de consid&#233;rer la contradiction entre le prol&#233;tariat et le capital qu'est la production de plus-value comme point de d&#233;part de l'analyse de la &#171; totalit&#233; capitaliste &#187; pour ensuite &#233;crire que &lt;i&gt;TC&lt;/i&gt; a tort de consid&#233;rer que &#171; toute activit&#233; cr&#233;&#233;e par la polarisation de cette contradiction qui est confront&#233;e au capital est propre au prol&#233;tariat &#187; (p. 121), il faudrait admettre que la totalit&#233; n'affecte en rien ce qui la d&#233;termine comme telle. Le point de d&#233;part, la stricte production de plus-value, n'est pas le point d'arriv&#233;e : les classes. Il faudrait &#224; la fois avoir la totalit&#233; et construire la totalit&#233; &#224; partir d'&#233;l&#233;ments pr&#233;alables &#224; cette totalit&#233;. &lt;i&gt;Le prol&#233;tariat n'est pas &#171; La Contradiction &#187;, il est la pratique de cette contradiction&lt;/i&gt;. Mais &#171; la contradiction &#187; existe-t-elle ailleurs que dans sa pratique, si ce n'est dans l'analyse de cette pratique ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; C'est du travail productif que l'on peut d&#233;duire que le prol&#233;tariat ne se limite pas aux travailleurs productifs &#187; (R.S, &lt;i&gt;Le Moment actuel&lt;/i&gt;, Sic 1, p. 136, cit&#233; par &lt;i&gt;TL&lt;/i&gt;, p. 122). Le texte cit&#233; se poursuit : &#171; La question est de savoir, toujours historiquement et conjoncturellement, comment cette contradiction essentielle (constitutive) construit, &#224; un moment donn&#233;, la lutte des classes ... &#187; (&lt;i&gt;Sic&lt;/i&gt; 1, p. 137)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb219&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Nous revenons plus loin sur cette longue citation de Sic 1, comment&#233;e et (&#8230;)&#034; id=&#034;nh219&#034;&gt;219&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Nous en revenons toujours au fait que les fonctions &#233;conomiques, dans leur puret&#233; de concept, ne sont pas les classes, m&#234;me si elles les produisent. C'est pourquoi, dans le passage cit&#233; de &lt;i&gt;Sic&lt;/i&gt;, nous passons pr&#233;cis&#233;ment de la contradiction inh&#233;rente au travail productif &#224; la d&#233;finition du prol&#233;tariat comme pratiques (sur le fondement de la contradiction du travail productif) et non &#224; une &#171; collection d'individus &#187;. &lt;i&gt;TL&lt;/i&gt; voit une &#171; insuffisance &#187; l&#224; o&#249; il y a un n&#233;cessaire changement de niveau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela n'entra&#238;ne pas que, pour &lt;i&gt;TC&lt;/i&gt;, contrairement &#224; ce qu'ils &#233;crivent,&lt;i&gt; &lt;/i&gt;que &#171; l'ensemble des salari&#233;.e.s effectuant des fonctions qui concourent &#224; la r&#233;alisation de la plus-value comme profit sont des prol&#233;taires. &#187; (p. 123). En effet, comme il est &#233;crit en critique de &lt;i&gt;TC&lt;/i&gt;, il est exact que le &lt;i&gt;rapport d'exploitation&lt;/i&gt; ne devient r&#233;alit&#233; qu'au terme du circuit du capital, non seulement parce que l'exploitation est constitu&#233;e par ses trois moments (voir par ailleurs), mais encore parce que ce renouvellement / reproduction / autopr&#233;supposition du rapport passe par toutes les instances y compris non strictement &#233;conomiques du mode de production : r&#233;partition et niveau de revenus, quartiers habit&#233;s, histoire familiale, prise en charge de la sant&#233;, scolarisation et dipl&#244;mes, fonctions id&#233;ologiques au sens courant du terme, etc. Toutes ces instances travaillent la &lt;i&gt;mati&#232;re premi&#232;re&lt;/i&gt; des rapports de production mais ce qui ressort de la machine ce sont des pratiques, un v&#233;cu, c'est-&#224;-dire des classes dans leurs relations&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb220&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;On pourrait appliquer &#224; la d&#233;finition de la classe par Temps libre la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh220&#034;&gt;220&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;TL&lt;/i&gt;, &#171; refoulant &#187; toutes les restrictions qu'ils &#233;noncent eux-m&#234;mes, r&#233;affirme la stricte et rigoureuse d&#233;finition par le travail productif tout en excluant (avec raison) du prol&#233;tariat &#171; les cadres, les g&#233;rants, les publicistes et les contrema&#238;tres. &#187; pourtant reconnus par ailleurs comme pouvant &#234;tre des travailleurs productifs. Soit le travailleur productif d&#233;finit le prol&#233;tariat soit ce n'est pas suffisant et il faut changer de niveau. Constamment, ils admettent que la d&#233;finition de la classe par le travail productif ne peut &#234;tre qu'un point de d&#233;part mais toutes leurs nuances nous ram&#232;nent &#224; ce &#171; point de d&#233;part &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Pour d&#233;terminer qu'un agent appartient au prol&#233;tariat, il est imp&#233;ratif de r&#233;pondre par l'affirmative &#224; la question suivante : effectue-t-il un travail productif ? &#187; (p. 123). Cependant ils nous disent par ailleurs que cette r&#233;ponse est largement insuffisante. Il est exact comme ils l'&#233;crivent de fa&#231;on critique que &lt;i&gt;TC&lt;/i&gt; &#171; identifie le travail productif comme l'&#233;l&#233;ment d&#233;terminant de la constitution en classe du prol&#233;tariat, mais refuse d'en faire une condition n&#233;cessaire &#224; l'appartenance de classe. &#187;. Nous pourrions ajouter non seulement n&#233;cessaire mais surtout suffisante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui manque &#224; &lt;i&gt;TL&lt;/i&gt;, c'est l'id&#233;e du &lt;i&gt;concept&lt;/i&gt; comme &lt;i&gt;d&#233;veloppement&lt;/i&gt;. Le concept de &#171; Prol&#233;tariat &#187; (pour autant que l'on puisse l'utiliser en dehors d'une probl&#233;matique sp&#233;culative, cf. Christian Charrier, &lt;i&gt;La Mat&#233;rielle, &lt;/i&gt;voir plus loin) n'est pas la r&#233;sultante d'une somme plus ou moins stable de caract&#232;res communs, ni m&#234;me l'effet d'un seul caract&#232;re, ce qui revient &#224; en faire une g&#233;n&#233;ralit&#233; abstraite dans laquelle les &#233;l&#233;ments concrets, c'est-&#224;-dire des individus d&#233;termin&#233;s, sont appel&#233;s &#224; plus ou moins se reconna&#238;tre et &#224; plus ou moins &#234;tre int&#233;gr&#233;s dans cette g&#233;n&#233;ralit&#233;. Quand ils&lt;i&gt; &lt;/i&gt;apportent des &#171; nuances &#187; &#224; leur d&#233;finition, ils en restent &#224; cette g&#233;n&#233;ralit&#233; abstraite seulement affect&#233;e d'&#233;l&#233;ments &lt;i&gt;ext&#233;rieurs&lt;/i&gt;. C'est &#224; partir du travail productif comme contradiction interne et dynamique (contradiction conceptuelle et, &lt;i&gt;dans son concept&lt;/i&gt;, toujours historique et conjoncturelle) du mode de production capitaliste que l'on produit le prol&#233;tariat, mais c'est un &#171; point de d&#233;part &#187;, comme ils le disent justement, &#224; partir duquel se &lt;i&gt;d&#233;veloppent&lt;/i&gt; toutes les diff&#233;rences, toutes les particularit&#233;s qui ne sont pas des &#171; nuances &#187;, des &#171; interf&#233;rences &#187;, mais qui lui &lt;i&gt;appartiennent&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le concept de prol&#233;tariat, comme tout concept produit th&#233;oriquement, ne contient pas seulement tous les faits et d&#233;terminations qui le composent mais aussi les &lt;i&gt;processus&lt;/i&gt; dans lesquels les faits se d&#233;veloppent et aussi se dissolvent (nous y reviendrons &#224; propos de la critique de &lt;i&gt;TL&lt;/i&gt; relative aux &#171; paysans andins &#187; lors de l'insurrection &#233;quatorienne de janvier 2000 relat&#233;e dans &lt;i&gt;TC&lt;/i&gt; &lt;i&gt;16&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb221&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Il est possible qu'&#224; ce propos nous ayons un peu forc&#233; la dose.&#034; id=&#034;nh221&#034;&gt;221&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;). Construire un concept comme celui de prol&#233;tariat &#224; partir (&#171; point de d&#233;part &#187;) du travail productif, c'est int&#233;grer dans son mouvement de constitution le principe de ses diff&#233;rences. Ce qui le &#171; contredit &#187; ne lui est pas ext&#233;rieur, mais fait partie de son propre mouvement interne. Le concept ne peut &#234;tre enferm&#233; dans un corps de propositions arr&#234;t&#233;s. Par exemple, le concept de capital n'est rien moins que la totalit&#233; du processus capitaliste qui est, il est vrai, &#171; ressaisi &#187; (Hegel) dans le principe dont il proc&#232;de sans s'y r&#233;duire. R&#233;duire le concept de capital &#224; &#171; la valeur se valorisant &#187; ou &#171; la s&#233;paration des producteurs et de leurs conditions &#187;, etc. et consid&#233;rer &lt;i&gt;in fine&lt;/i&gt; la &#171; formule trinitaire &#187; (profit, rente fonci&#232;re, salaire) comme une cons&#233;quence, une surd&#233;termination ou une d&#233;riv&#233;e, c'est enfermer le concept dans sa &#171; forme cellulaire &#187;, comme si le corps humain &#233;tait son ADN. La d&#233;finition de la valeur (tenant compte du fait que dans &lt;i&gt;Le Capital&lt;/i&gt;, le point de d&#233;part est non pas la valeur mais la marchandise) commence dans les premi&#232;res lignes du Livre I et ne s'ach&#232;ve ( ?) que dans les derni&#232;res lignes inachev&#233;es du Livre III (l'ultime plaisanterie de Marx qui ne parle que des classes pendant plus de 1000 pages et nous abandonne quand il commence &#224; dire de quoi il s'agit&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb222&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;ce propos, il ne s'agit pas de commenter un texte dont nous n'avons qu'une (&#8230;)&#034; id=&#034;nh222&#034;&gt;222&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il en est de m&#234;me pour le concept de classe. Si nous prenons le travail productif comme &#171; point de d&#233;part &#187; du concept de prol&#233;tariat (&lt;i&gt;TL&lt;/i&gt;), il faut le &lt;i&gt;d&#233;velopper&lt;/i&gt; &#224; travers une s&#233;rie de m&#233;diations qui ne sont pas des nuances mais le d&#233;veloppement n&#233;cessaire du point de d&#233;part qui n'est que la &lt;i&gt;mati&#232;re premi&#232;re &lt;/i&gt;dans laquelle se constituent les classes. S'il y a un point de d&#233;part, il y a aussi un point d'arriv&#233;e et le point d'arriv&#233;e n'est pas identique au point de d&#233;part, &#224; quelques nuances pr&#232;s, comme si les d&#233;terminations travers&#233;es n'&#233;taient qu'une mauvaise blague avant d'en &lt;i&gt;revenir&lt;/i&gt; au point de d&#233;part.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En derni&#232;re analyse toutes les restrictions, surd&#233;terminations, positions fonctionnelles, niveaux de revenus, que l'on peut prononcer quant au travail productif comme imm&#233;diate d&#233;finition du prol&#233;tariat rel&#232;vent d'une impossibilit&#233; intrins&#232;que au travail productif dans le mode de production capitaliste &#224; &#234;tre une d&#233;finition de classe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les &lt;i&gt;Th&#233;ories sur la plus-value&lt;/i&gt;, Marx consacre de longs d&#233;veloppements &#224; la question du travail productif et, consid&#233;rant m&#234;me le capital comme productif, il &#233;crit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le capital est donc productif : 1) comme &lt;i&gt;contraignant&lt;/i&gt; au surtravail ; 2) en absorbant et s'appropriant (&lt;i&gt;personnification&lt;/i&gt;) les forces productives du travail social et les forces productives sociales g&#233;n&#233;rales, de m&#234;me que la science. On peut se demander en quoi ou comment le travail appara&#238;t face au capital comme productif, ou comme &lt;i&gt;travail productif&lt;/i&gt; [soulign&#233; dans le texte] puisque les forces productives du travail sont transpos&#233;es dans le capital ? Et que la m&#234;me force productive ne peut compter deux fois, une fois comme force productive du travail et une autre fois comme force productive du capital ? (Force productive du travail &#8211; force productive du capital. Mais la &lt;i&gt;puissance de travail&lt;/i&gt; est productive du fait de la &lt;i&gt;diff&#233;rence&lt;/i&gt; entre sa &lt;i&gt;valeur &lt;/i&gt;et sa &lt;i&gt;mise en valeur&lt;/i&gt;). [&#8230;] Seul est &lt;i&gt;productif&lt;/i&gt; le travail &lt;i&gt;qui se transforme directement en capital&lt;/i&gt;, donc le travail qui constitue le capital variable comme variable. &#187; (&lt;i&gt;op.cit.&lt;/i&gt;, &#233;d. Sociales, t. 1, p. 460). Jusque-l&#224; tout semble concorder, tout va bien. Mais apr&#232;s &#234;tre revenu sur la d&#233;finition de la valeur et sa relation aux diff&#233;rences de productivit&#233;, Marx conclut : &#171; En tant qu'il produit de la valeur, le travail reste donc toujours travail de &lt;i&gt;l'individu&lt;/i&gt; [soulign&#233; dans le texte] qui n'est exprim&#233; qu'&lt;i&gt;en g&#233;n&#233;ral&lt;/i&gt;. Le travail productif &#8212; en tant que travail produisant de la valeur &#8211; fait donc toujours face au capital comme travail de la puissance de travail individuelle, du &lt;i&gt;travailleur isol&#233;&lt;/i&gt; [soulign&#233; dans le texte] en quelques combinaisons sociales qu'entrent ces travailleurs au cours du proc&#232;s de production. Ainsi tandis que le capital repr&#233;sente, face au travailleur, la force productive sociale du travail, le travail productif du travailleur ne repr&#233;sente jamais, face au capital, que le travail du &lt;i&gt;travailleur isol&#233;&lt;/i&gt;. &#187; (idem, p. 461).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le th&#232;me est repris quasiment &#224; l'identique dans le &lt;i&gt;Chapitre in&#233;dit&lt;/i&gt; : &#171; Le travail productif (de valeur) continue de faire face au capital comme travail des &lt;i&gt;ouvriers individuels,&lt;/i&gt; quelles que soient les combinaisons sociales dans lesquelles ces ouvriers entrent dans le proc&#232;s de production. Tandis que le capital s'oppose, comme force sociale du travail, aux ouvriers, le travail productif, lui, se manifeste toujours face au capital comme travail des ouvriers &lt;i&gt;individuels&lt;/i&gt;. &#187; (&lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;, &#233;d. UGE 10/18, p. 254).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le travail productif ne peut nous mener, au mieux, qu'&#224; une somme de travailleurs individuels isol&#233;s, non &#224; une classe sociale. Nous verrons comment &lt;i&gt;TL&lt;/i&gt;, contraint par son point de d&#233;part, maintient cette vision de la classe comme somme d'individus (bien s&#251;r, il y a la coop&#233;ration, mais nous savons que l&#224; le travailleur ne s'appartient plus). Dans la th&#233;orie et la pratique programmatiques le probl&#232;me &#233;tait surmont&#233; gr&#226;ce &#224; la dualit&#233; de la &#171; classe en soi &#187; et de la &#171; classe pour soi &#187;, cette derni&#232;re ne devenant telle que comme organisation et parti politique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb223&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;De fa&#231;on g&#233;n&#233;rale, on peut dire que le programmatisme repose sur une (&#8230;)&#034; id=&#034;nh223&#034;&gt;223&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. L'effondrement de cette perspective nous am&#232;ne &#224; reconsid&#233;rer toute la question de la production des classes dans la totalit&#233; de la reproduction du mode de production.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le concept de classe n'est rien moins que la totalit&#233; du processus de reproduction du capital (toujours conjoncturel) &lt;i&gt;ressaisi&lt;/i&gt; dans le principe dont il proc&#232;de : le travail productif et sa contradiction &#224; lui-m&#234;me dans le mode de production dont il est la dynamique. Il n'existe pas de d&#233;finition &lt;i&gt;a priori&lt;/i&gt; dont le &lt;i&gt;d&#233;veloppement&lt;/i&gt; ne serait que la r&#233;alisation ou l'actualisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;TL&lt;/i&gt; pose les termes du probl&#232;me que constitue la d&#233;finition du prol&#233;tariat en s'enfermant dans le probl&#232;me. Le prol&#233;tariat est d&#233;fini sur la base du travail productif en tant que contradiction pour et dans le mode de production capitaliste, mais, au lieu de consid&#233;rer cette d&#233;finition comme un rapport social et historique se sp&#233;cifiant conjoncturellement et selon l'agencement de la contradiction qu'est l'exploitation constituant les cycles de luttes, ils la consid&#232;rent comme la d&#233;finition d'une cat&#233;gorie &#233;conomique reposant sur un &#233;l&#233;ment commun et unique, d&#233;limitant un &#171; groupe d'individus &#187; &lt;i&gt;identifi&#233;s &#224; cette contradiction&lt;/i&gt;. De rapport social et historique, la contradiction du travail productif d&#233;finissant (&#171; en derni&#232;re instance &#187; : cette derni&#232;re instance dont l'heure ne sonne jamais) le prol&#233;tariat devient une &#233;tiquette, m&#234;me s'ils sont bien forc&#233;s de reconna&#238;tre que l'&#233;tiquette n'est pas toujours facile &#224; distribuer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En r&#233;sum&#233; nous pouvons &#233;noncer sept impasses que rencontre la d&#233;finition du prol&#233;tariat par le travail productif :&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt;le travail &#171; surpay&#233; &#187;,&lt;/li&gt;&lt;li&gt;le travailleur collectif avec les &#171; ambig&#252;it&#233;s &#187; de Marx,&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt;les fonctions de direction,&lt;/li&gt;&lt;li&gt;le travail intellectuel,&lt;/li&gt;&lt;li&gt;le travail productif dans les industries de luxe,&lt;/li&gt;&lt;li&gt;le travail productif comme travail du travailleur isol&#233;,&lt;/li&gt;&lt;li&gt;les rapports de pouvoir et de subordination.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;La coagulation de toutes les impasses de la d&#233;finition du prol&#233;tariat par le travail productif nous am&#232;ne &#224; la conception des classes moyennes d&#233;velopp&#233;e dans &lt;i&gt;TL&lt;/i&gt;. Tout ce qui, sur la base de cette d&#233;finition, est exclu de la d&#233;finition du prol&#233;tariat constitue pour eux les classes moyennes. Tout ce qui dans la d&#233;finition par le travail productif, de toute &#233;vidence, ne fonctionne pas (fonctions, revenus, surd&#233;termination, etc.), est recycl&#233; en d&#233;terminations des classes moyennes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;h.k7tsike6lmyw&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Commentaires sur les classes moyennes dans &#171; Temps libre &#187;&lt;/strong&gt;{{}}&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans &lt;i&gt;TL&lt;/i&gt;, la classe moyenne est une classe se constituant en creux. La chose est justifi&#233;e par le fait qu'elle se situe &#224; l'ext&#233;rieur du rapport de production fondamental du mode de production. Mais, &#224; partir de l&#224;, ils recyclent et cristallisent dans leur d&#233;finition de cette classe moyenne toutes les impasses tenant &#224; sa d&#233;finition du prol&#233;tariat &lt;i&gt;imm&#233;diatement confondu &lt;/i&gt;avec le travail productif en tant que fonction des rapports de production.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Leur point de d&#233;part (p. 83) consiste seulement &#224; dire que c'est la conjonction du travail salari&#233; et du travail improductif qui constitue cette situation interm&#233;diaire d&#233;finissant la &#171; troisi&#232;me classe &#187;. Tout repose sur la s&#233;paration entre d'une part, l'atelier collectif et la production d'une masse de marchandises et, d'autre part, le travail productif. Cette s&#233;paration n'est pas faite par Marx, ce que &lt;i&gt;TL&lt;/i&gt; lui reproche (voir supra). Pour eux, &#224; la diff&#233;rence de Marx, il est possible d'&#234;tre partie prenante du premier terme (le travailleur collectif) sans avoir la qualit&#233; du second (le travail productif). Sur la base de cette distinction que Marx ne fait pas, ils excluent du prol&#233;tariat les agents qui effectuent ces t&#226;ches appartenant &#224; l'atelier collectif, mais qui ne sont pas &#171; directement productives &#187;. Comme nous l'avons vu, cette exclusion (tout &#224; fait l&#233;gitime par ailleurs) ne peut se fonder, si l'on s'accroche &#224; leur rigoureuse d&#233;finition, que sur les contorsions th&#233;oriques des pages 61 &#224; 66 que nous avons examin&#233;es plus haut. Contorsions pour la justification desquelles il leur a fallu tronquer la plupart des citations de Marx. En outre, comme nous l'avons d&#233;j&#224; dit : la m&#234;me personne est souvent le lieu de plusieurs fonctions (simple constatation empirique), ces fonctions n'&#233;tant pas une identit&#233; individuelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De la page 84 &#224; la page 87, &lt;i&gt;TL&lt;/i&gt; revient sur les &#171; ambigu&#239;t&#233;s &#187; de Marx expos&#233;es pages 61 &#224; 66 relatives &#224; la d&#233;finition du travail productif et pose la question : &#171; Comment peut-on 'travailler &#224; l'usine', 'mettre la main &#224; la p&#226;te' et ne pas &#234;tre soi-m&#234;me productif.ive ? &#187;. Selon eux&lt;i&gt; : &#171; &lt;/i&gt;la solution &#224; cette question difficile [difficult&#233; qui r&#233;sulte en fait de leur propre probl&#233;matique, nda] nous est offerte dans le &lt;i&gt;Chapitre in&#233;dit&lt;/i&gt;, ouvrage d&#233;j&#224; cit&#233; &#187; (pp. 84-85). En fait, la citation qui suit, que nous allons examiner, se trouve dans &lt;i&gt;Le Capital&lt;/i&gt; (&#233;d. Sociales, t. 2, pp. 183-184)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb224&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Aussi longtemps que le proc&#232;s de travail est purement individuel, il (&#8230;)&#034; id=&#034;nh224&#034;&gt;224&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Pour eux, la solution r&#233;siderait, comme l'&#233;crirait Marx, dans la s&#233;paration entre le travail manuel et le travail intellectuel se s&#233;parant &#171; en une contradiction antagonique &#187;. Ils ne se r&#233;f&#232;rent pas directement au texte du &lt;i&gt;Capital &lt;/i&gt;&#8211; c'est regrettable car la citation n'est pas situ&#233;e dans le cours du raisonnement que Marx entame dans ce d&#233;but du XVIe chapitre de la cinqui&#232;me section du Livre I &#8211; mais &#224; sa transcription par Poulantzas dans &lt;i&gt;Les classes sociales dans le capitalisme d'aujourd'hui &lt;/i&gt;(&#233;d. Seuil, 1974)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb225&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dans l'&#233;dition Seuil de 1974 dont nous disposons, le passage ne se trouve (&#8230;)&#034; id=&#034;nh225&#034;&gt;225&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Poulantzas fait remarquer la disparition dans la traduction Roy, revue par Marx, d'une phrase selon lui (et &lt;i&gt;TL&lt;/i&gt;) de la plus grande importance : &#171; Plus tard, ceux-ci [travail intellectuel et travail manuel, nda] se s&#233;parent en une contradiction antagonique &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb226&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;R&#233;unissant les deux termes de contradiction et d'antagonisme cette (&#8230;)&#034; id=&#034;nh226&#034;&gt;226&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Pour &lt;i&gt;TL&lt;/i&gt;, la suppression de cette phrase t&#233;moignerait &#171; en faveur de l'id&#233;e selon laquelle la position de Marx sur le caract&#232;re productif du travail de subordination est r&#233;ellement ambigu&#235; &#187; (note, p. 85). Ils ont peut-&#234;tre raison, on peut aussi penser que Marx applique l&#224; son programme g&#233;n&#233;ral de r&#233;vision de la traduction fran&#231;aise consistant en la suppression de tout le &#171; rude langage h&#233;g&#233;lien &#187; auquel les Fran&#231;ais ne sont pas r&#233;ceptifs. L'essentiel est cependant de suivre pas &#224; pas le raisonnement amorc&#233; dans ce d&#233;but de chapitre d'o&#249; est extraite cette citation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marx commence par nous parler du proc&#232;s de travail de la fa&#231;on la plus g&#233;n&#233;rale qui soit : &#171; un acte qui se passe entre l'homme et la nature &#187;. Si l'on consid&#232;re l'ensemble de ce mouvement &#171; du point de vue de son r&#233;sultat &#187;, le travail se pr&#233;sente comme &#171; travail productif &#187;. Dans cette activit&#233; envisag&#233;e en dehors de tout mode de production : &#171; le travail intellectuel et le travail manuel sont unis par des liens indissolubles &#187;. Mais : &#171; &#224; partir du moment, cependant, o&#249; le produit individuel est transform&#233; en produit social, en produit d'un travailleur collectif dont les diff&#233;rents membres participent au maniement de la mati&#232;re &#224; des degr&#233;s tr&#232;s divers, de pr&#232;s ou de loin, ou m&#234;me pas du tout, les d&#233;terminations &lt;i&gt;de travail productif, de travailleur productif&lt;/i&gt;, s'&#233;largissent n&#233;cessairement. Pour &#234;tre productif, il n'est plus n&#233;cessaire de mettre soi-m&#234;me la main &#224; l'oeuvre, il suffit d'&#234;tre un organe du travailleur collectif ou d'en remplir une fonction quelconque &#187; (&lt;i&gt;op. cit&lt;/i&gt;., p. 183).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marx continue &#224; nous parler du travail productif, de la fa&#231;on la plus g&#233;n&#233;rale, au niveau du rapport entre une activit&#233; et son effet ou son produit utile. On peut ajouter la phrase disparue de la traduction Roy et restitu&#233;e (&#224; sa fa&#231;on) par Poulantzas, cela ne change rien : travail intellectuel et travail manuel se sont s&#233;par&#233;s en une &#171; contradiction antagonique &#187;, mais cela n'emp&#234;che en rien de consid&#233;rer le r&#233;sultat de leur combinaison (m&#234;me &#171; contradictoirement antagonique &#187;) comme leur produit commun et la combinaison du travail intellectuel et du travail manuel comme formant le travailleur collectif dont l'effet utile est le r&#233;sultat de son &lt;i&gt;travail productif combin&#233;&lt;/i&gt;. L'antagonisme ne supprime nullement la caract&#233;ristique de travail productif de la combinaison : &#171; La d&#233;termination primitive du travail productif, n&#233;e de la nature m&#234;me de la production mat&#233;rielle, reste toujours vraie par rapport au travailleur collectif consid&#233;r&#233; comme une seule personne, mais elle ne s'applique plus &#224; chacun de ses membres pris &#224; part. &#187; (&lt;i&gt;idem&lt;/i&gt;, pp. 183-184). Cela ne signifie pas que dans cette combinaison, il y aurait des &#171; productifs &#187; et des &#171; improductifs &#187;, mais qu'aucun&lt;i&gt; n'est productif pris &#224; part&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le travailleur collectif acquiert alors la d&#233;termination de ce que Marx appelle par ailleurs &#171; le travail socialis&#233; &#187;. Cela signifie qu'il est impossible de rendre compte de la totalit&#233; des conditions qu'un proc&#232;s de travail particulier requiert effectivement, sans le consid&#233;rer comme un proc&#232;s de travail partiel, &#233;l&#233;ment de la production sociale dans son ensemble&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb227&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;A ce moment, ce sont la division du travail et l'&#233;change, c'est-&#224;-dire des (&#8230;)&#034; id=&#034;nh227&#034;&gt;227&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. C'est alors qu'intervient le &#171; travail intellectuel &#187; qui produit les connaissances dont tel proc&#232;s de travail particulier est l'application. Dans la coop&#233;ration et le &#171; travailleur collectif &#187; il y a des travailleurs qui ne sont pas pr&#233;sents sur le lieu de travail, non seulement parce que leur bureau d'&#233;tudes est ailleurs dans le cadre de la m&#234;me entreprise ou parce qu'ils n'y appartiennent pas, &#233;tant m&#234;me parfois membres d'un organisme public de recherche. Ind&#233;pendamment m&#234;me de la propri&#233;t&#233; affectant une entreprise, il existe un ensemble de proc&#232;s de travail o&#249; se trouve appliqu&#233;e une m&#234;me technique. La transformation du rapport entre les &#233;l&#233;ments de la combinaison dans le proc&#232;s de production a pour cons&#233;quence une transformation de la nature de ces &#233;l&#233;ments eux-m&#234;mes. L'&#171; ouvrier collectif &#187;, en rapport avec l'unit&#233; des moyens de production, est un &#171; individu &#187; compl&#232;tement diff&#233;rent de celui qui formait avec d'autres individus et d'autres moyens de travail l'unit&#233; du travail manufacturier. La d&#233;termination de &#171; travailleur productif &#187; a chang&#233; de support (elle ne fut jamais l'identit&#233; ou la nature d'un individu singulier). &#171; Travailleur productif &#187; n'est pas un &#233;l&#233;ment concret que l'on retrouve d'une variation &#224; l'autre des combinaisons du proc&#232;s de production, il est, comme travail productif, un &lt;i&gt;effet&lt;/i&gt;, &#224; chaque fois diff&#233;rent de la structure du mode de production. De m&#234;me (voir par ailleurs), ce n'est pas la d&#233;finition de la classe capitaliste ou de la classe des prol&#233;taires qui pr&#233;c&#232;de celle du rapport social de production, mais inversement, c'est la d&#233;finition du rapport social de production qui implique une fonction de &lt;i&gt;support&lt;/i&gt; d&#233;finie comme une classe (il n'y a pas de sujets &lt;i&gt;produisant &lt;/i&gt;leurs relations si ce n'est dans leur autoproduction comme &lt;i&gt;sujets &lt;/i&gt;dans l'id&#233;ologie : l&#224; o&#249; tout se passe et se r&#233;sout).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;TL&lt;/i&gt; utilise pour sa d&#233;monstration un fragment extrait d'un d&#233;but de raisonnement qui, jusque-l&#224;, chez Marx, n'a strictement rien &#224; voir avec le travail productif dans le mode de production capitaliste. M&#234;me la &#171; contradiction antagonique &#187;, du point de vue g&#233;n&#233;ral o&#249; il se situe, n'entame en rien le caract&#232;re productif du &lt;i&gt;travailleur collectif&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les deux premiers paragraphes introduisant ce chapitre du &lt;i&gt;Capital&lt;/i&gt; (&#233;d. Sociales, t. 2, pp. 182-183) nous am&#232;nent au point o&#249; le texte de Marx bascule : &#171; &lt;i&gt;Mais ce n'est pas cela qui caract&#233;rise d'une mani&#232;re sp&#233;ciale le travail productif dans le syst&#232;me capitaliste&lt;/i&gt; [nous soulignons]. L&#224;, le but d&#233;terminant de la production, c'est la plus-value. &#187; (&lt;i&gt;op. cit&lt;/i&gt;., p. 184). Cette distinction entre travail manuel et intellectuel, m&#234;me devenant &#171; contradiction antagonique &#187; ne fonde en rien une distinction entre travail productif et improductif, il n'y a chez Marx aucune ambigu&#239;t&#233; quant aux fonctions productives du travail intellectuel &#224; l'int&#233;rieur de la combinaison du travailleur collectif tel qu'existant dans le mode de production capitaliste avec sa sp&#233;cificit&#233; du travail productif&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb228&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ce que lui reprochera violemment Makha&#239;ski, dans Le socialisme des (&#8230;)&#034; id=&#034;nh228&#034;&gt;228&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Dans les deux paragraphes cit&#233;s par Poulantzas et &lt;i&gt;TL&lt;/i&gt;, c'est d'autre chose dont nous parle Marx. Rien ne justifie d'introduire &#224; partir de cela une subtile distinction en ajoutant &#224; &#171; travail productif &#187; l'adverbe &#171; directement &#187; qui est bien le signe d'un flou dans la d&#233;termination des choses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme nous l'avons vu avec &#171; Les impasses du travail productif &#187;, &lt;i&gt;TL&lt;/i&gt; est tr&#232;s g&#234;n&#233; pour maintenir sa &#171; rigoureuse d&#233;finition du prol&#233;tariat &#187; par le fait que des personnes incluses dans le proc&#232;s de production imm&#233;diat (unit&#233; du proc&#232;s de travail et du proc&#232;s de valorisation) ne puissent, &#224; l'&#233;vidence, de par leur fonction dans ce proc&#232;s imm&#233;diat &#234;tre qualifi&#233;es de prol&#233;taires. Il leur faut donc, question de vie ou de mort de leur d&#233;finition, apr&#232;s avoir exclu du prol&#233;tariat certains travailleurs reconnus cependant comme productifs, restreindre le concept de travail productif en cherchant des ambigu&#239;t&#233;s l&#224; o&#249; il n'y en a pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Poulantzas, &#224; qui la citation du &lt;i&gt;Capital&lt;/i&gt; a &#233;t&#233; emprunt&#233;e avec la &#171; phrase disparue &#187;, est, quant lui, contrairement &#224; eux, cat&#233;gorique sur la r&#233;ponse &#224; la question relative au caract&#232;re productif (au sens capitaliste) du travail intellectuel : &#171; Or ces techniciens et ing&#233;nieurs ont tendance &#224; faire partie du &lt;i&gt;travail productif capitaliste&lt;/i&gt; [nous soulignons], car ils &lt;i&gt;valorisent directement &lt;/i&gt;[idem] le capital dans la production de plus-value. S'ils n'appartiennent pas, dans leur ensemble, &#224; la classe ouvri&#232;re, c'est que dans leur place &#224; l'int&#233;rieur de la division sociale du travail, ils r&#233;alisent les rapports politiques et id&#233;ologiques de subordination de la classe ouvri&#232;re au capital (division travail intellectuel / manuel), et que cet aspect de leur d&#233;termination de classe est l'aspect dominant. &#187; (Poulantzas, &lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;, p. 245).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est avec raison que &lt;i&gt;TL&lt;/i&gt; &#233;crit, commentant le fragment du &lt;i&gt;Capital&lt;/i&gt; cit&#233; par Poulantzas (avec la &#171; phrase disparue &#187;) : &#171; Cela revient &#224; affirmer que la distinction entre les diff&#233;rents travaux (travail manuel et travail intellectuel / travail subordonn&#233; et travail subordonnant) ne correspond pas simplement &#224; une division technique du travail, mais bien plut&#244;t &#224; une division &lt;i&gt;sociale&lt;/i&gt; du travail, c'est-&#224;-dire &#224; une distinction qui reconduit au sein m&#234;me du proc&#232;s de travail, les rapports de pouvoirs entre les classes. &#187; (p. 85). Il est curieux de voir comment, tenant mordicus &#224; leur &#171; rigoureuse d&#233;finition &#187; du prol&#233;tariat, ils s'emberlificotent. Ils reconnaissent plus ou moins, avec Poulantzas, que le travailleur collectif est l'agent du travail productif, mais seulement en introduisant une autre d&#233;termination de la d&#233;finition du prol&#233;tariat qui rectifie ad&#233;quatement la d&#233;finition par le travail productif. En fait, ils&lt;i&gt; &lt;/i&gt;sont contraints par leur propre d&#233;marche &#224; la corriger sans cesse ou m&#234;me &#224; l'abandonner. Au-del&#224; du travail productif, ou plus pr&#233;cis&#233;ment en sus, car ils&lt;i&gt; &lt;/i&gt;parviennent &#224; force d'acrobaties &#224; faire entrer les &#171; rapports de pouvoirs &#187; dans la d&#233;finition du travail productif, la d&#233;finition rigoureuse du prol&#233;tariat se trouve ainsi color&#233;e par des d&#233;terminations ou surd&#233;terminations qui &lt;i&gt;fracturent&lt;/i&gt; ce travail productif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N'oublions pas qu'il s'agit dans ces pages de d&#233;finir la classe moyenne et que cette d&#233;finition ne peut pas contredire le postulat originel de &lt;i&gt;TL&lt;/i&gt; qui veut que travail productif et prol&#233;tariat se confondent, m&#234;me si cette ad&#233;quation a d&#233;j&#224; subi pas mal de &#171; rectifications &#187;. Il faut donc non seulement ajouter sans cesse de nouvelles d&#233;terminations &#224; la d&#233;finition du prol&#233;tariat mais encore r&#233;duire tout aussi constamment la d&#233;finition du travail productif. Tant et si bien que la classe moyenne n'a pour d&#233;finition que les impasses et les contradictions de leur probl&#233;matique, c'est-&#224;-dire les scories dont la d&#233;finition du prol&#233;tariat est amen&#233;e &#224; se d&#233;barrasser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; C'est donc en un seul et m&#234;me mouvement que cette socialisation croissante et contradictoire du travail s'effectue : le proc&#232;s de travail est sans cesse plus social, mais ce caract&#232;re social entra&#238;ne in&#233;vitablement avec lui les divisions de classes auxquelles correspondent les diff&#233;rentes fonctions (antagoniques) nouvellement r&#233;unies au sein des lieux de production &#187; (&lt;i&gt;TL,&lt;/i&gt; p. 86). Si nous en restons &#224; la stricte d&#233;finition du prol&#233;tariat par le travail productif, nous sommes d'accord, mais quelles sont alors ces &#171; divisions de classes &#187; auxquelles correspondent les &#171; diff&#233;rentes fonctions &#187; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans crier gare, &lt;i&gt;TL&lt;/i&gt; introduit un nouveau crit&#232;re dans la d&#233;finition des classes : &#171; Cela [voir citation pr&#233;c&#233;dente, nda] implique qu'il est n&#233;cessaire, pour d&#233;terminer si un agent effectue un travail productif, de s'int&#233;resser aux rapports qui le lient aux autres productrices et producteurs. [&#8230;] Or c'est par la fonction qu'il remplit au sein de celui-ci (le proc&#232;s de travail, nda) qu'il nous est possible de d&#233;terminer sa place dans de tels rapports. &#187; (p. 86). Encore une fois, nous passons de la &#171; rigoureuse d&#233;finition par le travail productif &#187; &#224; la d&#233;termination (d&#233;finition) par la fonction (ce que Poulantzas ne fait pas). Et la d&#233;termination par la fonction acquiert ipso facto l'extraordinaire pouvoir de red&#233;finir ce qu'est le travail productif. Cette d&#233;termination par la fonction n'est finalement pas tr&#232;s &#233;loign&#233;e de la d&#233;finition de la classe moyenne dans &lt;i&gt;Th&#233;orie Communiste&lt;/i&gt; (&lt;i&gt;TC&lt;/i&gt;. 25, &lt;i&gt;La classe moyenne en elle-m&#234;me&lt;/i&gt;), cependant reconna&#238;tre que certains &#233;l&#233;ments de cette classe moyenne sont des travailleurs productifs heurte le postulat dans lequel ils se sont enferm&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En r&#233;sum&#233;, &lt;i&gt;TL&lt;/i&gt; passe d'une d&#233;finition &#224; une autre et, sans vraiment le dire, affirme que la seconde d&#233;finition (la fonction) est identique &#224; la premi&#232;re (le travail productif), alors m&#234;me que cette seconde d&#233;finition n'advient que sur les impasses &#233;videntes de la premi&#232;re. A les suivre, c'est la fonction qui fait que ce n'est pas du travail productif, alors qu'il leur aurait fallu pour &#234;tre rigoureux avec leur probl&#233;matique montrer, &#224; partir du travail productif, que cette fonction ne peut pas en &#234;tre. La d&#233;finition rigoureuse et stricte s'est emm&#234;l&#233;e les pinceaux dans le travailleur collectif et, s'&#233;tant prise les pieds, elle est amen&#233;e &#224; effectuer des cabrioles de moins en moins ma&#238;tris&#233;es. Ils&lt;i&gt; &lt;/i&gt;se sont cr&#233;&#233;s un concept de travail productif sur mesure int&#233;grant, au fil des probl&#232;mes rencontr&#233;s, ce qui ne rel&#232;ve pas &#171; directement &#187; du concept de travail productif tel que pos&#233; au d&#233;part : &#171; Ces individus [travailleurs intellectuels, nda] poss&#232;dent des int&#233;r&#234;ts intrins&#232;quement diff&#233;rents, oppos&#233;s aux personnes qui &lt;i&gt;subissent&lt;/i&gt; [soulign&#233; dans le texte] leur &lt;i&gt;domination&lt;/i&gt; [nous soulignons]. &#187; (p. 87). Mais, ces &#171; int&#233;r&#234;ts intrins&#232;quement diff&#233;rents &#187;, proc&#232;dent, comme ils nous l'ont montr&#233;, de leur fonction et non de leur appartenance ou non au travail productif. Nous sommes pass&#233;s, sans m&#233;diation th&#233;orique, d'un rapport d'exploitation &#224; une relation de domination. La seule chose dite, &#224; la suite de Poulantzas, c'est qu'&#224; l'int&#233;rieur du travail productif peuvent se produire et exister des fractures allant jusqu'&#224; la fameuse &#171; contradiction antagonique &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A la page suivante (p. 88), &lt;i&gt;TL&lt;/i&gt; tente de se r&#233;tablir en revenant aux &#171; ambigu&#239;t&#233;s &#187; de Marx, qui passerait de la production de plus-value &#224; la simple production de marchandises qui serait le seul objet du travailleur productif, consid&#233;r&#233; comme &lt;i&gt;travailleur collectif&lt;/i&gt;. Nous avons vu pr&#233;c&#233;demment que pour construire les &#171; ambigu&#239;t&#233; de Marx &#187;, il faut tronquer et torturer les citations utilis&#233;es. Et, en derni&#232;re instance, pour assurer le coup, en une bien pi&#232;tre d&#233;finition du travail productif, on fait appel au &#171; travail manuel &#187; (p. 88). Il faut cependant, pour &#234;tre &#171; rigoureux &#187;, en revenir &#224; la prise en consid&#233;ration de &#171; positions objectives &#187; (p. 89). Pour cela, ils font appel au crit&#232;re m&#234;me qui sera par la suite critiqu&#233; et rejet&#233; dans leur commentaire sur &lt;i&gt;Le M&#233;nage &#224; trois... &lt;/i&gt;(Astarian et Ferro), c'est-&#224;-dire le crit&#232;re de la distribution et de la &#171; surconsommation &#187; des uns au d&#233;triment des autres. Le tout justifi&#233; par une &#171; &lt;i&gt;fonction id&#233;ologique&lt;/i&gt; &#187; (fonction incluse dans la distinction, reprise de Poulantzas, entre travail manuel et intellectuel). Il sera plus loin, assez rapidement, reproch&#233; &#224; &lt;i&gt;TC &lt;/i&gt;de faire de cette m&#234;me fonction la base de la d&#233;finition de la classe moyenne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La suite sonne comme un aveu, un certain &#171; travail de subordination &#187; r&#233;pond &#224; des &#171; situations qui laissent planer une certaine ambigu&#239;t&#233; sur l'appartenance de classe des agents qui l'exercent &#187; (p. 90). Et, finalement : &#171; la fonction qu'ils y remplissent et le caract&#232;re productif ou non de leur travail peuvent effectivement ne pas appara&#238;tre en toute transparence &#187; (p. 90). &lt;i&gt;Sic transit&lt;/i&gt; la &#171; rigoureuse d&#233;finition &#187; qui a perdu sa &#171; transparence &#187;, le crit&#232;re de la fonction vient la colorer, si ce n'est la surd&#233;terminer ou m&#234;me, et surtout, s'y &lt;i&gt;substituer&lt;/i&gt;. Si nous laissons de c&#244;t&#233; les suppos&#233;es &#171; ambigu&#239;t&#233;s &#187; de Marx, une fonction et un travail de subordination peuvent parfaitement s'av&#233;rer appartenir &#224; la cat&#233;gorie de travail productif, d'autant plus qu'en subsomption r&#233;elle du travail sous le capital, la science est int&#233;gr&#233;e au proc&#232;s de production devenu, quant &#224; lui, mat&#233;riellement ad&#233;quat &#224; l'absorption du travail vivant par le travail mort (les &#171; forces sociales du travail &#187; n'existent pas deux fois).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ce qui concerne les travailleurs exer&#231;ant &#224; l'ext&#233;rieur du proc&#232;s de production imm&#233;diat, cette &#171; &#233;quivoque ambigu&#239;t&#233; &#187; serait, selon &lt;i&gt;TL&lt;/i&gt;, &#171; inexistante &#187; (p. 90). Avec raison, ils ont commenc&#233; &#224; nous dire que pour d&#233;finir le travail productif dans le mode de production capitaliste, il ne faut pas tenir compte de l' &#171; utilit&#233; &#187; et de la &#171; valeur d'usage &#187; ou de la fragile distinction entre vrais et faux besoins. Mais alors qu'advient-il du &#171; ma&#238;tre d'&#233;cole &#187; travaillant pour un &#171; entrepreneur en le&#231;ons &#187;, de la &#171; cantatrice &#187; ou du &#171; clown &#187;, travailleur productif pour l'entrepreneur en spectacles de clowneries. Sont-ils des travailleurs productifs, donc de &#171; rigoureux prol&#233;taires &#187; et cela &#171; &#224; l'ext&#233;rieur du proc&#232;s de production &#187; ? Les dentistes salari&#233;s de la soci&#233;t&#233; Dentexia qui a fait faillite en 2016 &#233;taient-ils des travailleurs productifs ? Le fondateur de la soci&#233;t&#233; imposait &#224; ses salari&#233;s les normes et les cadences, le &lt;i&gt;Monde diplomatique&lt;/i&gt; de mars 2021 r&#233;sume : &#171; En stakhanovistes du fauteuil, ses salari&#233;s cavalent derri&#232;re des objectifs intenables en passant les bouches une par une &#224; la moulinette &#187;. Ces dentistes avaient en partie un statut d'ind&#233;pendants tout autant que les livreurs d'&lt;i&gt;Uber Eats&lt;/i&gt;, et ils avaient la fonction productive de reproduire &#224; moindre co&#251;t la force de travail et celle &#233;minemment productive de valoriser le capital de Dentexia.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que ce soit &#224; &#171; l'int&#233;rieur &#187; ou &#224; &#171; l'ext&#233;rieur &#187; du proc&#232;s de production, s'en tenir au travail productif, &#224; l'&#233;vidence, met &#224; mal la d&#233;finition du prol&#233;tariat. Consid&#233;rons Johnny Halliday &#224; ses tout d&#233;buts, il est en contrat chez Vogue, on peut consid&#233;rer ce contrat comme un salaire tout autant que le salaire aux pi&#232;ces. Vogue vend des 45 tours avant tout &#224; de jeunes prol&#233;taires qui n'ach&#232;tent la galette vinyl qu'&#224; condition qu'il y soit enregistr&#233;e la voix de Johnny. La galette entre dans les marchandises reproduisant la force de travail au m&#234;me titre que la boite de saucisses de Montb&#233;liard aux lentilles. Johnny a produit une marchandise (mat&#233;rielle par surcro&#238;t), le 45 tours, qui sans sa voix n'a aucune valeur d'usage (peut-&#234;tre comme frisbee). Johnny ne r&#233;cup&#232;re (&#224; ses d&#233;buts) qu'une faible partie de la valeur des marchandises produites (les 45 tours). Vogue r&#233;alise une belle plus-value sur la vente de sa force de travail par Johnny (le contrat). Il est donc un travailleur productif, un &lt;i&gt;prol&#233;taire.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;{}Tout au long de cette deuxi&#232;me section (&lt;i&gt;Travail productif, prol&#233;tariat et subordination&lt;/i&gt;), &lt;i&gt;TL&lt;/i&gt; marche sur un fil. Il leur faut introduire les notions de &#171; fonction &#187;, de &#171; subordination &#187;, l' &#171; int&#233;rieur &#187; et l' &#171; ext&#233;rieur &#187; du proc&#232;s de production, pour moduler la &#171; stricte d&#233;finition &#187; du prol&#233;tariat par le travail productif, cela tout en proclamant la stricte conservation de la d&#233;finition originelle et fondatrice du prol&#233;tariat. Si comme ils le reconnaissent initialement,&lt;i&gt; &lt;/i&gt;le clown, la cantatrice et le ma&#238;tre d'&#233;cole peuvent &#234;tre, dans certains rapports, des travailleurs productifs, comment refuser ce titre aux vigiles d'une soci&#233;t&#233; priv&#233;e de surveillance que dirige un &#171; entrepreneur en s&#233;curit&#233; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb229&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dans un article pour le New York Daily Tribune du 17 octobre 1853, Marx (&#8230;)&#034; id=&#034;nh229&#034;&gt;229&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ils ne le leur refusent pas (p. 92), puisqu'ils accomplissent un travail productif, mais ils leur d&#233;nient cependant le titre de prol&#233;taires en vertu de leur &#171; fonction capitaliste &#187;. O&#249; en sommes-nous alors de cette &#171; rigoureuse d&#233;finition &#187; qui se mod&#232;le au gr&#233; des &#171; fonctions &#187;, des &#171; surd&#233;terminations &#187;, du caract&#232;re &#171; intellectuel &#187; du travail, de la &#171; subordination &#187;, etc. ? Leur d&#233;finition et construction des classes est fondamentalement t&#233;l&#233;ologique, elles existent non en fonction de la contradiction qu'est l'exploitation telle qu'elle existe dans toutes ses d&#233;terminations toujours historiquement au pr&#233;sent, mais en fonction du &#171; but &#187; tel que th&#233;oriquement pos&#233;. C'est-&#224;-dire en fonction de la lutte des classes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La &#171; rigoureuse d&#233;finition &#187; du prol&#233;tariat selon le travail productif non seulement ne fonctionne pas mais encore elle rend extr&#234;mement floue celle de la classe moyenne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous pr&#233;f&#233;rons, pour le moment, maintenir la pr&#233;sentation de &#171; la classe moyenne en elle-m&#234;me &#187; telle qu'expos&#233;e dans &lt;i&gt;TC25&lt;/i&gt; (pp. 88-89) et critiqu&#233;e par &lt;i&gt;TL&lt;/i&gt; : &#171; Si nous avons la contradiction entre le prol&#233;tariat et le capital, l'exploitation, nous devons consid&#233;rer toute l'extension et le d&#233;veloppement du concept : le salariat comme rapport de production &lt;i&gt;et&lt;/i&gt; rapport de distribution ; la distinction entre travail simple et travail complexe (constitutif de la valeur, temps de travail social moyen) &#8211; ces deux premiers points permettent d'introduire structurellement l'importance et la pertinence de la hi&#233;rarchie des revenus ; la dualit&#233; de la coop&#233;ration (le travail salari&#233; implique la concentration des moyens de production face &#224; lui dans la production &#224; grande &#233;chelle) ; le travailleur collectif ; la circulation de la valeur (A-A') ; la distinction entre travail productif et improductif (qui ne doit pas &#234;tre substantialis&#233;e sous la figure de personnes) ; la n&#233;cessaire reproduction du rapport avec toutes les instances et activit&#233;s qui lui sont li&#233;es, y compris la repr&#233;sentation politique &#8230; (nous oublions certainement des d&#233;terminations du concept &#8211; attention les d&#233;terminations du concept ce sont ses conditions effectives d'existence et non des &#171; ph&#233;nom&#232;nes &#187;). &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette tentative de d&#233;finition &#171; en elle-m&#234;me &#187; de la classe moyenne renvoie finalement &#224; &lt;i&gt;l'autopr&#233;supposition du capital&lt;/i&gt; en tant que soci&#233;t&#233; salariale. Ce &#171; en tant que &#187; est le travail &lt;i&gt;id&#233;ologique&lt;/i&gt; sp&#233;cifique achevant la constitution de cette classe &#8211; &lt;i&gt;au singulier&lt;/i&gt; &#8211; en ce que cette id&#233;ologie et les conditions de sa reproduction et de sa l&#233;gitimit&#233; (l&#233;gitimit&#233; qui peut &#234;tre sa n&#233;cessit&#233; dans la production) deviennent l'activit&#233; propre de cette classe dans la soci&#233;t&#233;. Peu importe alors que la soci&#233;t&#233; salariale soit dans chaque aire r&#233;gionale d&#233;j&#224; acquise ou en constitution plus ou moins r&#233;alisable, les classes moyennes des pays &#233;mergents n'en sont alors que plus entreprenantes. Ce &#171; en tant que &#187; se trouve l&#233;gitim&#233; dans une caract&#233;ristique empirique (sociologique : mais une sociologie que nous n'avons pas prise intuitivement comme base de d&#233;part mais produite dans l'exposition et non dans l'investigation) de la classe moyenne : &#234;tre un carrefour de la soci&#233;t&#233; salariale avec ses ascensions et ses d&#233;gradations et le constant et rude travail de positionnement et de hi&#233;rarchie qui est le sien. La classe moyenne milite pour la reproduction de la soci&#233;t&#233; salariale, ent&#233;rinant l'autopr&#233;supposition du capital.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Remarquons que &lt;i&gt;TL&lt;/i&gt; ne dit pas quelque chose de bien diff&#233;rent dans les pages 171 &#224; 174.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au moins nous donnons un principe de recomposition l&#224; o&#249;, apr&#232;s avoir affirm&#233; la rigueur de leur d&#233;finition de la classe moyenne, ils en arrivent dans la section 4 finale du texte &#224; ne constater que l'h&#233;t&#233;rog&#233;n&#233;it&#233; d'&#171; une classe qui a son essence &#224; l'ext&#233;rieur d'elle-m&#234;me &#187; (p. 174) &#8211; voir plus loin. L'approche de &lt;i&gt;TC&lt;/i&gt; contient peut-&#234;tre pas mal de flou, mais quand il s'agit de la question &#171; des luttes actuelles &#224; la r&#233;volution &#187;, il se peut qu'un &#171; flou &#233;tudi&#233; &#187; soit l'option la plus rigoureuse et raisonnable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;h.9uxnow1ls71v&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Rapports de production, reproduction et classes&lt;/strong&gt;{{}}&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le prol&#233;tariat est la classe du travail productif, ne cesse de r&#233;p&#233;ter &lt;i&gt;TL&lt;/i&gt;, m&#234;me quand ils sont contraints devant certaines &#233;vidences &#224; mettre quelques b&#233;mols &#224; leur &#171; rigoureuse d&#233;finition &#187;. Seule cette classe peut &#234;tre r&#233;ellement r&#233;volutionnaire, les autres peuvent mettre en p&#233;ril le capital, mais toujours indirectement (pp. 71-72). Ce qui est exact l&#224;-dedans, c'est que le prol&#233;tariat est la classe &lt;i&gt;constitu&#233;e&lt;/i&gt; par le travail productif &lt;i&gt;en tant que contradiction pour lui-m&#234;me&lt;/i&gt;, mais &lt;i&gt;il n'est pas la classe des travailleurs productifs&lt;/i&gt;. Non seulement, comme on l'a vu, parce qu'une telle d&#233;finition aboutit &#224; une impasse, mais encore parce qu'entre le travail productif et les classes (principalement le prol&#233;tariat qui n'est pas une classe &#171; &#233;vidente &#187; dans le registre m&#234;me de la th&#233;orie), c'est &#224; des notions qui ne sont pas au m&#234;me niveau conceptuel que nous avons affaire. D'un c&#244;t&#233; une fonction, de l'autre une r&#233;alit&#233; v&#233;cue, des pratiques constitu&#233;es sur cette fonction mais qui n'en sont ni le calque, ni l'expression imm&#233;diate&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb230&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Althusser, Balibar, Poulantzas (les auteurs que cible TL) n'assimilent pas (&#8230;)&#034; id=&#034;nh230&#034;&gt;230&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Il existe du travail productif, mais le travailleur productif est une esp&#232;ce toujours hybride. Le livreur qui achemine la marchandise est un travailleur productif, il cesse de l'&#234;tre au moment o&#249; il fait signer la facture par le destinataire. L'employ&#233; qui garnit les lin&#233;aires des supermarch&#233;s est un travailleur productif qui cesse de l'&#234;tre quand il passe derri&#232;re la caisse. L'ouvrier qui s'active sur une cha&#238;ne de production de soupes en pack est un travailleur productif qui cesse de l'&#234;tre quand il s'agit de nettoyer les cuves avant de passer de la soupe de l&#233;gumes &#224; celle de poissons. Quand le mineur interrompt l'extraction pour consolider la galerie, il n'est plus un travailleur productif, son activit&#233; entre dans les faux-frais de la production, comme l'OS qui pr&#233;pare son poste de travail. Sans parler des int&#233;rimaires qui, d'une semaine &#224; l'autre passent d'un type d'emplois &#224; un autre, ni, &#224; l'autre bout de l'&#233;chelle, de la fameuse cantatrice, travailleuse productive, que l'on a du mal &#224; consid&#233;rer comme une prol&#233;taire&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb231&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Malgr&#233; les pr&#233;cautions prises au d&#233;but du texte, malgr&#233; la cantatrice et le (&#8230;)&#034; id=&#034;nh231&#034;&gt;231&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est extr&#234;mement surprenant, face aux conditions actuelles du travail salari&#233; (en dehors m&#234;me du fait que le travailleur productif n'est pas, dans l'effectuation m&#234;me de son travail, constamment le &#171; porteur &#187; du travail productif) de consid&#233;rer la situation dite par &lt;i&gt;TL&lt;/i&gt; de &#171; pr&#233;carit&#233; extr&#234;me o&#249; une personne oscille constamment, au gr&#233; des al&#233;as du march&#233;, entre l'effectuation de travail productif et de travail improductif [comme &#233;tant] des cas-limites... &#187; (p. 125). Ils en arrivent &#224; nous d&#233;finir un prol&#233;tariat qui n'est que le &lt;i&gt;revival&lt;/i&gt; communisateur de l'identit&#233; ouvri&#232;re. Mais, &#224; la page suivante, toute leur argumentation de s'effondre de leur propre fait : &#171; Oui, on peut &#234;tre prol&#233;taire une semaine et ne plus l'&#234;tre la semaine suivante et ce pr&#233;cis&#233;ment parce que le travail productif, tout comme le statut de prol&#233;taire 'n'est pas une nature attach&#233;e &#224; des personnes' &#187; (p. 126). Donc le gars qui toujours pour le m&#234;me salaire, change de travail en s'adressant toujours &#224; la m&#234;me entreprise d'int&#233;rim devient un prol&#233;taire-clignotant. Que sont devenus les prol&#233;taires d&#233;finis par le travail productif qu'ils aiment &#224; nous pr&#233;senter comme &#171; individus en chair et en os &#187; ? Ces individus &#171; en chair et en os &#187; font imm&#233;diatement leur retour au paragraphe suivant quand ils reprochent &#224; &lt;i&gt;TC &lt;/i&gt; d' &#171; analyser les classes suivant la conjoncture historique de la lutte des classes &#187; (p. 126). Si le travail vivant produisant la plus-value est la seule activit&#233; dont le capital ait absolument besoin pour se valoriser, &#171; tout en le rejetant constamment pour accro&#238;tre sa productivit&#233; &#187; (p. 127), cela n'est pas imm&#233;diatement (sans m&#233;diations) la d&#233;finition du prol&#233;tariat comme classe. Poursuivant alors la critique de la d&#233;finition et constitution des classes selon &lt;i&gt;TC&lt;/i&gt; comme &#171; polarisation &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb232&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Les classes ne sont pas des collections d'individus, le prol&#233;tariat et la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh232&#034;&gt;232&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, ils &#233;crivent : &#171; On peut appeler 'polarisation' le processus par lequel se reproduit et se modifie le rapport entre les classes ou, dit autrement, la forme sp&#233;cifique par laquelle les classes se reproduisent dans leur lutte, mais les classes ne sont jamais cette polarisation &#187; (p. 130). Nous ne pouvons qu'&#234;tre d'accord avec cette proposition. En effet &#171; les classes ne sont jamais cette polarisation &#187; telle qu'ils la comprennent dans la mesure o&#249; cette &#171; polarisation &#187; n'est effective que par son passage par toute la reproduction du mode de production&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb233&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;C'est avec raison que TL rel&#232;ve dans les textes de TC des formulations (&#8230;)&#034; id=&#034;nh233&#034;&gt;233&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Pour eux, si &#171; les classes ne sont jamais cette polarisation &#187; c'est qu'elles sont pr&#233;alablement des groupes d'individus &lt;i&gt;sujets de leurs rapports&lt;/i&gt; (nous reviendrons plus loin sur la relation entre structure et sujet chez &lt;i&gt;TL&lt;/i&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien s&#251;r, dans tous les cas &#233;voqu&#233;s plus haut &#224; propos du travail productif, l'essentiel du temps de travail des travailleurs est consacr&#233; &#224; du travail productif, mais le travail productif est une fonction dans la production du capital et non une &#233;tiquette que certains travailleurs portent sur le front (m&#234;me si cette &#233;tiquette est un simple post-it). Comme on l'a dit, sans que cela soit une identit&#233; port&#233;e individuellement (m&#234;me par intermittence), il n'est cependant pas sans importance que ceux qui en sont les porteurs, les repr&#233;sentants plus ou moins en continu, entrent en lutte ; mais ils ne sont pas, par nature, le prol&#233;tariat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Il est donc n&#233;cessaire de se doter de crit&#232;res permettant de distinguer rigoureusement ce qui a trait directement &#224; l'exploitation sp&#233;cifiquement capitaliste et ce qui fait figure de conditions de reproduction du proc&#232;s d'exploitation &#187; (&lt;i&gt;TL2&lt;/i&gt;, p. 82). C'est &#233;vident, mais est-ce que nous pouvons passer directement de cette distinction aux classes ? Est-ce que ces crit&#232;res sont imm&#233;diatement identiques &#224; la d&#233;finition des classes ? Nous avons vu que m&#234;me dans la &#171; d&#233;monstration &#187; de &lt;i&gt;TL&lt;/i&gt;, tout cela n'allait pas de soi. Ils ne sortent pas de la probl&#233;matique sp&#233;culative entre la &#171; classe en soi &#187; et la &#171; classe pour soi &#187; (voir plus loin le commentaire sur &lt;i&gt;La Mat&#233;rielle&lt;/i&gt;) mise en place par Marx dans &lt;i&gt;Mis&#232;re de la Philosophie&lt;/i&gt;. Mais, ayant avec raison critiqu&#233; et abandonn&#233; d&#232;s les premi&#232;res pages la d&#233;termination de la classe par la conscience, ils se retrouvent, sans autre forme de proc&#232;s, &#224; consid&#233;rer &#171; l'en-soi &#187; comme &#233;tant en soi un &#171; pour-soi &#187; (plus ou moins d&#233;j&#224; l&#224; ou potentiellement l&#224;). Si bien qu'il n'est jamais question, parce qu'il ne peut pas en &#234;tre question, de toutes les fois o&#249; ce m&#234;me prol&#233;tariat, tel qu'ils le d&#233;finissent (&#171; la classe des travailleurs directement productifs &#187; &#8211; nous avons vu que le diable se nichait dans ce &#171; directement &#187;) n'agit pas tel que sa d&#233;finition le d&#233;terminerait &#224; agir conform&#233;ment &#224; ce qu'il est comme &#171; classe r&#233;volutionnaire &#187;. Cette question est un interdit de leur probl&#233;matique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb234&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Astarian et Ferro ne sont pas dans une situation bien &#233;loign&#233;e, mais, au (&#8230;)&#034; id=&#034;nh234&#034;&gt;234&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand, d&#232;s la page 10 &lt;i&gt;TL&lt;/i&gt; &#233;crit qu'il faut &#171; rapporter &#187; les &#171; groupes en lutte &#187; aux &#171; classes du mode de production capitaliste et par l&#224;, aux fonctions fondamentales par lesquelles il se reproduit &#187;, on ne peut que souscrire &#224; ce programme. Mais toute la question est de d&#233;finir et produire comment les classes sont des &#171; groupes &#187; et comment elles se &#171; rapportent &#187; aux &#171; fonctions &#233;conomiques &#187;. Or ce qui choque dans leur texte, c'est que la probl&#233;matisation de cette constitution et surtout de ce rapport y est &#233;vacu&#233;e tout au long au profit d'une simple identification imm&#233;diate qui ne va pas sans poser des probl&#232;mes dans sa r&#233;daction. Comme nous l'avons vu au d&#233;but de ce commentaire, la th&#232;se de l'identification entre prol&#233;tariat et travail productif s'av&#232;re rapidement intenable et est reconnue comme telle par les r&#233;dacteurs au travers de toutes les restrictions qu'ils sont contraints de formuler &#224; la fois sur le prol&#233;tariat et sur le travail productif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce premier paragraphe du texte (p. 10), &lt;i&gt;TL &lt;/i&gt;pose toutes les questions de fa&#231;on ouverte et dynamique quant &#224; l'&#233;tude pr&#233;cise des luttes telles qu'elles existent, mais la r&#233;ponse imm&#233;diatement donn&#233;e les nie et les supprime toutes dans un dogmatisme s'enfermant dans toutes sortes d'impasses, principalement celle de l'identification entre rapports de production, fonctions dans ces rapports et classes. Non que ces fonctions ne soient pas d&#233;terminantes, mais elles n'existent jamais imm&#233;diatement, en tant que telles, comme classes. Si nous devons les consid&#233;rer fondamentalement, elles n'existent qu'en rapport les unes aux autres, leur existence pour elles-m&#234;mes (essence) est une r&#233;flexion de leur relation aux autres. En cela chaque fonction se d&#233;veloppe et acquiert une forme d&#233;velopp&#233;e comme classe qui, incluant son rapport aux autres fonctions, est toujours une situation particuli&#232;re, une conjoncture. Une classe est toujours &#171; &lt;i&gt;en situation&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb235&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Il ne s'agit pas pour nous de montrer le pour-soi comme libre fondement de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh235&#034;&gt;235&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Mais il y a l&#224; une confusion possible &#224; propos des concepts de 'production' et de 'reproduction' dont il faut se pr&#233;munir : si l'on peut dire de toute production nouvelle de capital qu'elle est imm&#233;diatement la &lt;i&gt;reproduction&lt;/i&gt; [soulign&#233; dans le texte] des &#233;l&#233;ments mat&#233;riels du capital et du rapport social lui-m&#234;me [&#8230;], la reproduction des &lt;i&gt;conditions &lt;/i&gt;[idem] du capital &lt;i&gt;n'est pas&lt;/i&gt; [idem], quant &#224; elle, production de capital. Cela implique qu'il faut rigoureusement distinguer ce qui rel&#232;ve de la reproduction du capital comme &lt;i&gt;tel &lt;/i&gt;[&#8230;] de ce qui rel&#232;ve de ses &lt;i&gt;conditions de possibilit&#233; &lt;/i&gt;(&lt;i&gt;idem&lt;/i&gt;, p. 32). &#187;. Mais de quoi parle-t-on ? Des classes ! Dire que le renouvellement continu et &#171; &#233;ternis&#233; &#187; du rapport est la condition d'une extraction continue de plus-value est une chose, mettre ce rapport au rang de &#171; conditions de possibilit&#233; &#187; des classes, &lt;i&gt;alors qu'il est la chose m&#234;me&lt;/i&gt;, est plus qu'incompr&#233;hensible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette &#171; incompr&#233;hensibilit&#233; &#187; a une raison, &lt;i&gt;TL&lt;/i&gt; parvient &#224; un tel degr&#233; de confusion et d'identification entre les rapports de production et les classes qu'ils en oublient m&#234;me que les classes sont compos&#233;es d'individus &#171; en chair en os &#187; et qu'elles ne sont pas une ligne dans la comptabilit&#233; des entreprises. Mais ils modulent imm&#233;diatement cette affirmation :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Mais cette attention toute sp&#233;ciale port&#233;e au travail productif, duquel rel&#232;ve le rapport social central du mode de production capitaliste [rapport qui est class&#233;, rappelons-le, comme 'condition de possibilit&#233;', nda] n'est pas qu'une simple astuce heuristique pour comprendre la r&#233;alit&#233; sociale, c'est r&#233;ellement, objectivement ce rapport social qui forme toute la r&#233;alit&#233; &#224; son image &#8211; et c'est ce processus que d&#233;crit le concept 'd'auto-pr&#233;supposition du capital'. L'auto-pr&#233;supposition du capital, c'est l'ensemble des proc&#233;d&#233;s par lesquels il se rend effectivement possible et cherche &#224; s'&#233;terniser comme rapport social, c'est-&#224;-dire qu'il brise toute barri&#232;re qui pourrait emp&#234;cher les prol&#233;taires de se retrouver devant les portes de l'entreprise le lendemain matin, contraint.e.s de vendre leur force de travail. Par-l&#224;, le capital tend &#224; faire de l'enti&#232;ret&#233; de la r&#233;alit&#233; sociale sa propre condition. C'est pourquoi la mise en rapport de tel ou tel &#233;l&#233;ment de la totalit&#233; sociale (l'Etat, le droit, le genre&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb236&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le &#171; genre &#187; ne fait pas partie des &#171; autres &#233;l&#233;ments de la r&#233;alit&#233; sociale (&#8230;)&#034; id=&#034;nh236&#034;&gt;236&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, la nation, la race, etc.) avec la n&#233;cessit&#233; pour le capital d'extorquer de la plus-value est un moment absolument indispensable de l'analyse de ceux-ci&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb237&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dans le texte on trouve &#171; celles-ci &#187;, mais selon les auteurs m&#234;mes il (&#8230;)&#034; id=&#034;nh237&#034;&gt;237&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, bienqu'elle [cette mise en rapport, nda] ne puisse &#233;videmment s'y cantonner, au risque de nier sa sp&#233;cificit&#233;. &#187; (p. 33).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;TL &lt;/i&gt;ram&#232;ne l'auto-pr&#233;supposition du capital qui est un d&#233;veloppement n&#233;cessaire des rapports de production, incluant toutes les instances et les formes d'apparition jusqu'au plus f&#233;tichistes (&#171; formule trinitaire &#187;) &#224; quelque chose de semblable &#224; la double reproduction althuss&#233;rienne par laquelle les rapports de production pr&#233;servent leur puret&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb238&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;D'une part, reproduction de l'&#233;conomie et, d'autre part, reproduction de la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh238&#034;&gt;238&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ils fondent la d&#233;finition des classes dans la reproduction et dans le passage par toutes les instances du mode de production, mais ils n'en font rien, tout cela ne fait que se surajouter, comme une garniture, &#224; la rigoureuse d&#233;finition par le travail productif qui, point de d&#233;part, ne m&#232;ne nulle part.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les chapitres consacr&#233;s &#224; &#171; l'accumulation primitive &#187;, Marx insiste sur un point souvent n&#233;glig&#233; dans les &#233;tudes sur la question : il ne suffit pas que d'un c&#244;t&#233; se pr&#233;sentent les conditions mat&#233;rielles du travail, sous forme de capital et de l'autre des hommes qui n'ont rien &#224; vendre, sauf leur force de travail. Encore faut-il contraindre les seconds &#224; se vendre r&#233;guli&#232;rement aux propri&#233;taires des premiers en travailleurs efficaces, la contrainte par la force ne suffisant pas. Marx poursuit alors :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Dans le progr&#232;s de la production capitaliste, il se forme une classe de plus en plus nombreuse de travailleurs, qui, gr&#226;ce &#224; l'&lt;i&gt;&#233;ducation&lt;/i&gt;, la &lt;i&gt;tradition&lt;/i&gt;, l'&lt;i&gt;habitude&lt;/i&gt; [soulign&#233; par nous, car il s'agit de conformations non strictement &#233;conomiques], subissent les exigences du r&#233;gime aussi spontan&#233;ment que le changement des saisons. D&#232;s que ce mode de production a acquis un certain d&#233;veloppement, son m&#233;canisme brise toute r&#233;sistance ; la pr&#233;sence constante d'une surpopulation relative maintient la loi de l'offre et la demande du travail et, partant, le salaire dans des limites conformes aux besoins du capital, et la sourde pression des rapports &#233;conomiques ach&#232;ve le despotisme du capitaliste sur le travailleur. &lt;i&gt;Parfois on a bien encore recours &#224; la contrainte, &#224; l'emploi de la force brutale, mais &lt;/i&gt;&lt;i&gt;ce n'est que par exception&lt;/i&gt; [soulign&#233; par nous]. Dans le cours ordinaire des choses, le travailleur peut &#234;tre abandonn&#233; &#224; l'action des 'lois naturelles' de la soci&#233;t&#233;, c'est-&#224;-dire &#224; la d&#233;pendance du capital, engendr&#233;e, garantie et perp&#233;tu&#233;e par le m&#233;canisme m&#234;me de la production&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb239&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; D&#233;pendance engendr&#233;e &#187; par le m&#233;canisme m&#234;me de la production, mais comme (&#8230;)&#034; id=&#034;nh239&#034;&gt;239&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Il en est autrement pendant la gen&#232;se historique de la production capitaliste. La bourgeoisie naissante ne saurait se passer de l'intervention constante de l'Etat ; elle s'en sert pour 'r&#233;gler' le salaire, c'est-&#224;-dire pour le d&#233;primer au niveau convenable, pour prolonger la journ&#233;e de travail et maintenir le travailleur lui-m&#234;me au degr&#233; de d&#233;pendance voulu. &#187; (Marx, &lt;i&gt;Le Capital&lt;/i&gt;, &#233;d. Sociales, t. 3, pp. 178-179). Plus loin, Marx ajoute que d&#232;s que l'expropriation des producteurs imm&#233;diats &#171; a d&#233;compos&#233; suffisamment et de fond en comble la vieille soci&#233;t&#233; [&#8230;] le r&#233;gime capitaliste se soutient &lt;i&gt;par la seule force &#233;conomique des choses&lt;/i&gt; [soulign&#233; par nous] &#187; (&lt;i&gt;idem&lt;/i&gt;, p. 204).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette seule &#171; force &#233;conomique &#187; est cependant, comme il l'&#233;crit plus haut, productrice et tributaire de relations autres qu'&#233;conomiques. S'il est exact que le capital une fois constitu&#233; est un processus d'autopr&#233;supposition, c'est-&#224;-dire que le proc&#232;s de production capitaliste consid&#233;r&#233; dans sa continuit&#233;, comme reproduction, p&#233;rennise le rapport social entre capitaliste et salari&#233;, il est &#233;galement vrai que &#171; chacun se reproduit lui-m&#234;me en reproduisant l'autre, &lt;i&gt;sa n&#233;gation&lt;/i&gt; [soulign&#233; par nous] &#187; (&lt;i&gt;Fondements de la critique de l'&#233;conomie politique&lt;/i&gt;, &#233;d. Anthropos, t. 1, p. 422). Cela signifie que dans l'autopr&#233;supposition la contradiction ne dispara&#238;t pas, qu'elle est un conflit permanent et que la &#171; seule force &#233;conomique des choses &#187; inclut la contrainte et &#171; l'emploi de la force brutale &#187;, celle de l'Etat, autrement que &#171; par exception &#187;. &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les &lt;i&gt;Manuscrits de 1861-1863&lt;/i&gt;, Marx montrait quelques h&#233;sitations &#224; propos de cette &#171; seule force &#233;conomique des choses &#187; : &#171; Dans tous les &#233;tats de la soci&#233;t&#233;, la classe (ou les classes) qui r&#232;gne est toujours celle qui tient en sa possession les conditions objectives du travail [&#8230;] ; et la classe qui sert, ou qui, en tant que puissance de travail, est elle-m&#234;me la possession des propri&#233;taires (esclavage), est toujours celle qui ne dispose que de sa puissance de travail (m&#234;me s'il semble comme par exemple aux Indes, en Egypte, etc. qu'elle poss&#232;de la terre dont le roi ou une caste, etc. sont cependant les propri&#233;taires). Mais tous ces rapports se distinguent du capital par le fait que ce rapport est enjoliv&#233;, qu'il appara&#238;t comme rapport des ma&#238;tres aux valets, des hommes aux esclaves, des demi-dieux aux mortels ordinaires, etc. [&#8230;] c'est seulement dans le capital que ce rapport est d&#233;pouill&#233; de tous ces aspects politiques, religieux et autres enjolivements id&#233;els. [&#8230;] Le rapport appara&#238;t donc dans sa puret&#233; comme simple rapport de production : rapport purement &#233;conomique. &#187; (Marx, &lt;i&gt;op. cit&lt;/i&gt;., &#233;d. Sociales, pp. 138-139). Mais, en fait, ajoute Marx, la distinction ne dispara&#238;trait pas totalement, la domination peut &#234;tre reconstruite sur la base nouvelle de la &#171; puret&#233; &#233;conomique &#187; : &#171; Mais, dans la mesure o&#249; &lt;i&gt;des rapports de domination se red&#233;veloppent sur cette base&lt;/i&gt; [soulign&#233; par nous], on sait qu'ils ne proviennent que du rapport dans lequel l'acheteur, le repr&#233;sentant des conditions de travail, se pr&#233;sente face au vendeur, au possesseur de la puissance de travail. &#187; (&lt;i&gt;ibid&lt;/i&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les modes de production ant&#233;rieurs au capital, le travail que le producteur effectue d'une part, pour sa propre reproduction et, d'autre part, l'extraction de surtravail ne co&#239;ncident pas &#224; l'int&#233;rieur d'un m&#234;me proc&#232;s de travail. Il y a disjonction (spatiale / temporelle) du temps de travail en temps de travail n&#233;cessaire et surtravail. Dans ces modes de production, le travailleur est un &lt;i&gt;individu particulier&lt;/i&gt;, c'est-&#224;-dire dont l'appartenance &#224; une communaut&#233; quelconque pr&#233;suppose l'effectuation de son activit&#233;. &lt;i&gt;L'exploitation ne peut &#234;tre effective, ne peut se r&#233;aliser, sans &#234;tre domination&lt;/i&gt;. Ce n'est pas &#224; ce niveau-l&#224; que la domination intervient dans le mode de production capitaliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant des rapports de domination peuvent se &#171; red&#233;velopper &#187; sur la base de l'exploitation capitaliste, &#233;crit Marx qui n'en dit pas plus. Le capital a par rapport &#224; la totalit&#233; une position diff&#233;rente de celle du prol&#233;tariat, position qui r&#233;sulte du contenu m&#234;me de l'exploitation (en tant que subsomption). Il est l'agent de la reproduction g&#233;n&#233;rale et c'est par l&#224; que cette reproduction appara&#238;t comme &lt;i&gt;oppression&lt;/i&gt;. On ne peut donc se contenter de dire que le prol&#233;tariat implique le capital et que, inversement, le capital implique le prol&#233;tariat. A cause de son contenu m&#234;me (subsomption du travail sous le capital), cette implication n'a pas, dans les deux sens, la m&#234;me &#171; forme &#187;. Ainsi le prol&#233;tariat est en quelque sorte doublement impliqu&#233; par le capital. Dans un premier temps, comme seule valeur d'usage qui puisse lui faire face (cr&#233;atrice de valeur et de plus de valeur que ne co&#251;te la reproduction de la force de travail), &#224; ce niveau, lui-m&#234;me implique r&#233;ciproquement et sym&#233;triquement le capital, on peut alors dire que &#171; le r&#233;gime capitaliste se soutient par la seule force &#233;conomique des choses &#187;. Mais, dans un deuxi&#232;me temps, (la s&#233;paration des deux temps n'est qu'une commodit&#233; de l'expos&#233;) il n'est dans cette situation o&#249; il implique le capital que pos&#233; (m&#233;diatis&#233;) par le capital lui-m&#234;me. C'est l&#224; que se &#171; red&#233;veloppent &#187; l'oppression et la domination comme l'objet m&#234;me, la raison d'&#234;tre, de &lt;i&gt;toutes les instances non &#171; purement &#233;conomiques &#187; du mode de production comme inh&#233;rentes &#224; la d&#233;finition m&#234;me du prol&#233;tariat.&lt;/i&gt; Si l'autopr&#233;supposition du capital remet chacun &#224; sa place, c'est qu'elle implique &#224; l'int&#233;rieur d'elle-m&#234;me l'Etat, l'activit&#233; de la classe capitaliste, toutes les organisations coercitives de reproduction sociale. Il faut situer ces interventions &lt;i&gt;dans l'autopr&#233;supposition du capital&lt;/i&gt; et non comme des instruments l&#233;g&#232;rement ext&#233;rieurs. Cela permet de comprendre ces interventions et, principalement celles de l'&#201;tat, en dehors de toute analyse instrumentaliste de celui-ci. C'est l&#224; que l'on peut retrouver le rapport d'exploitation comme rapport de domination comme activit&#233; politique, id&#233;ologique, polici&#232;re, morale, etc. de la classe capitaliste (ce que l'on peut r&#233;sumer en prenant quelques risques comme &#171; activit&#233;s culturelles &#187;). Ce qui n'est pas indiff&#233;rent &#224; la production / d&#233;finition des classes qui ne sont un donn&#233; des rapports de production qu'en ce qu'elles en sont un produit pratique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les rapports de domination peuvent alors se &#171; red&#233;velopper &#187; de deux fa&#231;ons. Premi&#232;rement, &#224; partir et dans le proc&#232;s de travail lui-m&#234;me. Nous avons ici affaire &#224; l'arm&#233;e de surveillants que le capitaliste emploie et &#224; l'organisation mat&#233;rielle du proc&#232;s de travail. L&#224;, n'intervient aucune autre instance du mode de production que le rapport purement &#233;conomique par lequel le travailleur a c&#233;d&#233; l'utilisation de sa force de travail &#224; son acheteur, et la coop&#233;ration &#224; grande &#233;chelle conforme &#224; la nature du capital comme astreinte au surtravail. Deuxi&#232;mement, et c'est l&#224; le plus important pour notre sujet, dans la mani&#232;re dont s'articulent les trois moments de l'exploitation : face-&#224;-face de la force de travail et du capital en tant que capital potentiel ; subsomption du travail sous le capital ; transformation de la plus-value en capital additionnel. L'exploitation dans l'unit&#233; de ses trois moments conna&#238;t des ruptures et, principalement au niveau du troisi&#232;me moment (la transformation du surproduit en plus-value et de la plus-value en capital additionnel), peuvent alors se d&#233;velopper &lt;i&gt;des pratiques qui pour elles-m&#234;mes s'autonomisent des autres moments&lt;/i&gt; &lt;i&gt;de l'exploitation&lt;/i&gt;, et semblent ne plus avoir de rapport avec eux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En m&#234;me temps que le capital se constitue non plus comme rapport social mais comme objectivit&#233; &#233;conomique (toutes les conditions du renouvellement du rapport se trouvent, &#224; la fin de chaque cycle, r&#233;unies comme capital en soi face au travail), les instances politiques, juridiques, id&#233;ologiques, morales, toutes les institutions sociales, &#233;ducatives, culturelles et polici&#232;res, deviennent des moments n&#233;cessaires de la reproduction du rapport &#171; purement &#233;conomique &#187;. C'est l&#224; que se &#171; red&#233;veloppent &#187; l'oppression et la domination comme l'objet m&#234;me, la raison d'&#234;tre, de toutes les instances non &#171; purement &#233;conomiques &#187; du mode de production. Si l'autopr&#233;supposition du capital remet chacun &#224; sa place, c'est qu'elle implique &#224; l'int&#233;rieur d'elle-m&#234;me l'Etat, l'activit&#233; de la classe capitaliste, toutes les organisations coercitives de reproduction sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;C'est dans cette distorsion entre le capital d'une part comme rapport social et, d'autre part, comme objectivit&#233; que r&#233;side la n&#233;cessit&#233; de toutes les instances n&#233;cessaires pour toujours transformer le premier en la seconde&lt;/i&gt;. &lt;i&gt;C'est l&#224; que les classes se constituent et s'autoconstruisent travaillant leur mati&#232;re premi&#232;re objective.&lt;/i&gt; Si cette diff&#233;rence est intrins&#232;que au mode de production capitaliste, et poss&#232;de dans le devenir n&#233;cessairement objectif du rapport social une existence bien r&#233;elle, il faut attendre la fin du XIX&#232; si&#232;cle pour qu'elle devienne manifeste dans l'id&#233;ologie. Alors qu'Adam Smith fondait l'&#233;conomie politique en croyant &#233;crire un trait&#233; de morale, la &#171; r&#233;volution marginaliste &#187;, quant &#224; elle, isole l'action &#233;conomique de son imbrication sociale, elle abandonne la pr&#233;tention de l'&#233;conomie politique d'&#234;tre une &#171; th&#233;orie sociale &#187; pour s'adonner aux mod&#232;les math&#233;matiques. Au m&#234;me moment s'ouvre un nouvel espace id&#233;ologique, celui de la &lt;i&gt;sociologie&lt;/i&gt; destin&#233;e &#224; &#233;tudier les actions sociales et leurs cons&#233;quences quand ces actions sont orient&#233;es vers des buts &#171; non explicitement &#233;conomiques &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La &#171; rigoureuse d&#233;finition &#187; que &lt;i&gt;TL&lt;/i&gt; maintient tout au long du texte (malgr&#233; les probl&#232;mes rencontr&#233;s) les oblige &#224; &#233;tablir une distinction rigide entre la reproduction du capital &#171; comme tel &#187; et la reproduction de ses &#171; conditions de possibilit&#233; &#187; (p. 32). Si la distinction est analytiquement pertinente, son application imm&#233;diate &#224; la d&#233;finition des classes en revient paradoxalement &#224; reprendre, comme nous l'avons d&#233;j&#224; &#233;crit, la th&#233;orie althuss&#233;rienne de la &#171; double reproduction &#187; : celle de l'&#233;conomie et celle de la mise en place des agents de cette premi&#232;re reproduction au travers des &#171; appareils id&#233;ologiques d'Etat &#187;. Encore une fois en confondant les classes et les fonctions, les diverses instances au travers desquelles s'effectue la &#171; reproduction du capital comme tel &#187; ne sont plus que des fioritures dont ils ne savent que faire. Ils&lt;i&gt; &lt;/i&gt;confondent le rapport social fondamental qu'est l'exploitation (en le limitant souvent &#224; son deuxi&#232;me moment) et l'autopr&#233;supposition du capital qui en est la forme d&#233;velopp&#233;e. Cette confusion emp&#234;che de comprendre toutes les formes d'apparition et &lt;i&gt;toutes les instances de la reproduction comme inh&#233;rentes &#224; cette autopr&#233;supposition dans laquelle se constituent, existent et luttent les classes&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les classes sont les fonctions devenues dans la reproduction des r&#233;alit&#233;s v&#233;cues par des sujets se produisant et agissant quotidiennement dans toutes les formes f&#233;tichis&#233;es dans lesquelles existent n&#233;cessairement les fonctions et les rapports de production comme actes de sujets.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;finition des classes a toujours navigu&#233; entre deux p&#244;les : une d&#233;finition socio-&#233;conomique, et une d&#233;finition comme cat&#233;gorie historique d&#233;finie par une pratique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb240&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;On peut rep&#233;rer la naissance de cette dualit&#233; dans le c&#233;l&#232;bre passage de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh240&#034;&gt;240&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; (dans les balbutiements de la critique du programmatisme, au d&#233;but des ann&#233;es 1970, l'ambigu&#239;t&#233; avait &#233;t&#233; artificiellement surmont&#233;e par la distinction entre classe ouvri&#232;re et prol&#233;tariat &#8212; voir plus haut).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Partons de l'imp&#233;ratif de vendre sa force de travail. Ajoutons que cet imp&#233;ratif n'a de sens que &lt;i&gt;pour la valorisation du capital&lt;/i&gt;, ce qui am&#232;ne &#224; dire que cette vente pour la valorisation se d&#233;finit comme une contradiction pour le capital et pour elle-m&#234;me (la contradiction du travail n&#233;cessaire qui n'existe que pour &#234;tre supprim&#233;e). &lt;i&gt;TL&lt;/i&gt; a raison, la vente de la force de travail ne dit pas ce qu'est le prol&#233;tariat si cette vente n'est pas saisie dans sa relation &#224; la valorisation du capital &lt;i&gt;comme contradiction en proc&#232;s&lt;/i&gt;. C'est alors cette contradiction qui est la d&#233;finition des classes comme &#233;tant les termes de sa polarisation, ce qui implique le passage par toutes les instances de la reproduction. Cependant, si la vente de la force de travail n'explique rien par elle-m&#234;me si on en reste &#224; ce niveau, elle ne d&#233;finit pas plus la classe si on la relie simplement &#224; la valorisation du capital. La d&#233;finition ne commence &#224; se constituer qu'au moment o&#249; cette situation (la vente de la force de travail) et cette relation (de la vente &#224; la valorisation) sont saisies comme contradiction pour cela m&#234;me dont elles sont la dynamique. C'est la contradiction entre le travail n&#233;cessaire et le surtravail, c'est la baisse tendancielle du taux de profit comprise comme une contradiction entre le prol&#233;tariat et le capital, c'est, de m&#234;me, le capital comme contradiction en proc&#232;s. Nous avons alors &lt;i&gt;l'unit&#233; de la d&#233;finition des classes comme &lt;/i&gt;&lt;i&gt;situation et pratique&lt;/i&gt;, comme un &#233;tat et une dynamique (comme &#171; en soi &#187; et &#171; pour soi &#187; si l'on veut). Mais il faut poursuivre la d&#233;finition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si le point de d&#233;part, le fondement, de la d&#233;finition des classes est une situation objective donn&#233;e comme une place dans une structure, parce que cela signifie une &lt;i&gt;reproduction&lt;/i&gt; &lt;i&gt;conflictuelle&lt;/i&gt; et donc la mobilisation de l'ensemble du mode de production, cela implique une multitude de rapports qui ne sont pas strictement &#233;conomiques dans lesquels les individus vivent cette situation objective, se l'approprient et &lt;i&gt;s'autoconstruisent comme classe&lt;/i&gt;. Ce n'est qu'au niveau de l'autopr&#233;supposition du capital comme reproduction que l'on saisit l'efficacit&#233; des superstructures avec la multitude de rapports qui ne sont pas strictement &#233;conomiques dans lesquels se construisent les classes. Il est vrai que le principal r&#233;sultat de la production capitaliste c'est le renouvellement du face-&#224;-face entre la force de travail et les moyens de production et de subsistance qui l'affrontent comme capital en soi du fait de la s&#233;paration reproduite. Constamment le capital remet la classe ouvri&#232;re en situation de le valoriser, cela ne va pas sans luttes, contraintes et coercition. Ce qui fait tenir l'ensemble et le fait tourner c'est l'&#233;conomie &#224; condition qu'elle se distingue comme d&#233;terminante et dominante (rapports sociaux de production et objectivit&#233;). Il faut consid&#233;rer que &lt;i&gt;l'&#233;conomie comme d&#233;termination se distingue de l'&#233;conomie comme instance dominante&lt;/i&gt;. Si, dans le mode de production capitaliste, contrairement par exemple au Moyen-Age ou &#224; l'Antiquit&#233;, l'&#233;conomie est &#224; la fois ce qui d&#233;termine la dominante et cette dominante elle-m&#234;me, il faut voir que, &lt;i&gt;sous le m&#234;me terme d' &#171; &#233;conomie &#187; il ne s'agit pas, dans &lt;/i&gt;&lt;i&gt;l'un et l'autre cas, de la m&#234;me r&#233;alit&#233;&lt;/i&gt;. En tant que d&#233;termination, il s'agit de l'&#233;conomie comme ensemble de rapports sociaux de production ; en tant que dominante, il s'agit de l'&#233;conomie comme objectivit&#233;. Dans cette distorsion m&#234;me entre la d&#233;termination et la dominante&lt;strong&gt; &lt;/strong&gt;r&#233;side la n&#233;cessit&#233; et l'efficacit&#233; de toutes les instances n&#233;cessaires pour toujours &lt;i&gt;transformer la premi&#232;re en la seconde&lt;/i&gt;. La lutte des classes et les classes elles-m&#234;mes existent dans cette transformation qui est la production comme reproduction et cela ne laisse indemne ni l'une ni l'autre. Dans le mode de production capitaliste la reproduction n'est pas une simple r&#233;p&#233;tition de la production.&lt;strong&gt; &lt;/strong&gt;Parce que &lt;i&gt;le capital ne se reproduit comme rapport social qu'en passant par le moment o&#249; il devient objectivit&#233; &#233;conomique&lt;/i&gt; (toutes les conditions du renouvellement du rapport se trouvent, &#224; la fin de chaque cycle, r&#233;unies comme capital en soi face au travail), les instances politiques, juridiques, id&#233;ologiques, morales, les normes sexuelles et de genre, toutes les institutions sociales et &#233;ducatives, et, toujours pr&#233;sentes en chacune, la force coercitive et r&#233;pressive de la police ou de l'arm&#233;e au besoin, deviennent des moments n&#233;cessaires de la reproduction du rapport &#171; purement &#233;conomique &#187;. Mais, alors, la reproduction de ce rapport est devenue le mouvement de pratiques de classes antagonistes (la contradiction est ce qui les constitue comme telles). Dans cette reproduction, les fonctions &#233;conomiques (mati&#232;res premi&#232;res des classes) sont retravaill&#233;es, hach&#233;es, recompos&#233;es pour constituer ce produit que sont les classes. Sans cela, comment les auteurs de &lt;i&gt;TL&lt;/i&gt; (ou &lt;i&gt;TC&lt;/i&gt;) pourraient s'imaginer &#234;tre des prol&#233;taires ou, au moins, des th&#233;oriciens du prol&#233;tariat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si tout se joue &lt;i&gt;&#224; partir&lt;/i&gt; de d&#233;terminations fonctionnelles, rien ne se joue en ce qu'elles contiendraient &lt;i&gt;imm&#233;diatement &lt;/i&gt;leur n&#233;cessaire pratique et aboutissement. Que les individus soient porteurs d'une fonction (sous r&#233;serve qu'un travailleur puisse &#234;tre le porteur d'une unique fonction) n'implique pas de faire de cette fonction la nature de ces individus. De la fonction dans les rapports de production &#224; la constitution des classes, il y a autant que du bois &#224; la poutre, de l'aluminium &#224; la casserole. Entre la &#171; mati&#232;re premi&#232;re &#187; sans quoi rien n'est possible et la construction de la chose il y a tout un proc&#232;s de production/reproduction toujours historiquement situ&#233; et qui passe par toutes ses m&#233;tamorphoses et ses formes d'apparition. La casserole est faite d'aluminium, mais l'aluminium n'est pas la casserole. Toutes les m&#233;diations constitutives du prol&#233;tariat comme classe travaillent la mati&#232;re premi&#232;re, cette mati&#232;re devient pratiques, conflits avec les autres classes, conflits &#224; l'int&#233;rieur de lui-m&#234;me de par les couches relevant d'autres fonctions que sa pratique absorbe. Le prol&#233;tariat est toujours en devenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En bref, &lt;i&gt;le proc&#232;s de production imm&#233;diat, s'il est s&#233;par&#233; de toutes les instances de la reproduction ne suffit pas &#224; d&#233;finir les classes. Il faut toutes ces instances de la reproduction pour qu'une fonction &#233;conomique dans le proc&#232;s de production s'impose comme une appartenance de classe&lt;/i&gt;. Sans aboutir aux impasses que nous avons relev&#233;es chez &lt;i&gt;TL&lt;/i&gt;, il est impossible de localiser la classe sociale au seul niveau des rapports de production. Si l'on consid&#232;re les textes de Marx les plus explicites sur les classes sociales, c'est-&#224;-dire les textes historiques et les innombrables articles destin&#233;s au &lt;i&gt;New York Daily Tribune&lt;/i&gt;, on s'aper&#231;oit que ses analyses se rapportent toujours, non pas simplement &#224; la structure &#233;conomique, mais &#224; l'ensemble des structures d'un mode de production &#224; un moment donn&#233; (politiques, juridiques, id&#233;ologiques), la classe est l'effet de l'ensemble de ces niveaux et des rapports (pas toujours identiques) qu'ils entretiennent entre eux. Comme l'&#233;crit Poulantzas (&lt;i&gt;Pouvoir politique et classes sociales&lt;/i&gt;, p. 65), les classes sociales ne sont pas le r&#233;sultat d'un effet de la structure &#233;conomique sur la politique ou l'id&#233;ologie, mais celui d'un &#171; effet global des structures dans le domaine des rapports sociaux &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb241&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Poulantzas distingue &#171; rapports de production &#187; et &#171; rapports sociaux de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh241&#034;&gt;241&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; : &#171; La classe sociale est un concept qui indique les effets de l'ensemble des structures, de la matrice d'un mode de production ou d'une formation sociale sur les agents qui en constituent les supports : ce concept indique donc les effets de la structure globale dans le domaine des rapports sociaux. Dans ce sens, si la classe est bien un concept [et non une simple 'chose empirique', nda], il ne d&#233;signe pas une r&#233;alit&#233; qui puisse &#234;tre situ&#233;e dans les structures : il d&#233;signe l'effet d'un ensemble de structures donn&#233;es, ensemble qui d&#233;termine les rapports sociaux comme des rapports de classes. &#187; (&lt;i&gt;idem&lt;/i&gt;, p. 69).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les classes se construisent et s'autoconstruisent, elles sont une r&#233;alit&#233; v&#233;cue. Il est exact que le travail productif comme contradiction pour lui-m&#234;me dans le mode de production capitaliste est leur fondement, une mati&#232;re premi&#232;re que leur construction et leur existence travaillent au travers de toutes les m&#233;diations qui font du rapport social, dans sa reproduction, une objectivit&#233;, au travers &#233;galement des s&#233;dimentations historiques, culturelles, id&#233;ologiques, religieuses. Les rapports qui d&#233;finissent le mode de production capitaliste ne peuvent exister que dans une forme &#171; dissimul&#233;e &#187;, &#171; invers&#233;e &#187;. Ce n'est qu'ainsi que ces rapports sont v&#233;cus et ce n'est que dans leur mode v&#233;cu qu'ils agissent &lt;i&gt;parce qu'ils n'existent pas ailleurs&lt;/i&gt;. Th&#233;oriquement, nous avons raison de tout construire &#224; partir de ces rapports (forme nucl&#233;aire) pour comprendre la r&#233;alit&#233; &#224; partir du mouvement r&#233;el, mais il ne faut pas s'imaginer que cette construction est la r&#233;alit&#233; : &#171; &#8230;le mouvement r&#233;el peut &#234;tre expos&#233; dans son ensemble. Si l'on y parvient, de sorte que la vie de la mati&#232;re se r&#233;fl&#233;chisse dans sa &lt;i&gt;reproduction id&#233;ale&lt;/i&gt; [nous soulignons], ce &lt;i&gt;mirage&lt;/i&gt; [idem] peut faire croire &#224; une construction &lt;i&gt;a priori&lt;/i&gt; &#187; (Marx, &lt;i&gt;Postface &#224; la deuxi&#232;me &#233;dition du &lt;/i&gt;Capital).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien souvent, avec les meilleures intentions du monde, la production th&#233;orique affirme le &#171; mouvement r&#233;el &#187; dans une sorte de n&#233;gation dogmatique et condescendante des &#171; apparences &#187;, les formes du f&#233;tichisme sont &#171; exorcis&#233;es &#187; mais non comprises comme formes d'apparition du mouvement r&#233;el et le mouvement r&#233;el seulement comme concept dans la distinction radicale entre le proc&#232;s de pens&#233;e et le proc&#232;s r&#233;el (&lt;i&gt;Introduction de 1857&lt;/i&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est dans les rapports de production tels qu'existant dans leur processus de reproduction, d'autopr&#233;supposition et d'inversion que tout se joue, c'est-&#224;-dire la lutte des classes dans sa n&#233;cessit&#233; et ses limites. C'est l&#224; que tout se joue : la constitution des classes, la configuration dans cette constitution des individus comme sujets et par l&#224; l'affrontement de ces classes constitu&#233;es &#224; tous les niveaux de la structure du mode de production jusque et surtout dans leur mode de vie, leur identit&#233; (d&#233;ni&#233;e par une autre classe et affirm&#233;e par chacune dans son rapport au travail, dans les lieux que l'on fr&#233;quente et habite, dans un certain langage, dans ce que l'on mange, dans les rapports des femmes aux hommes et vice-versa, etc.). La r&#233;alit&#233; qui inverse le &#171; mouvement r&#233;el &#187;, s'enracine dans les rapports de production mais elle est intimement v&#233;cue comme appartenance ou identit&#233; par les sujets, propuls&#233;s en tant que tels par l'&#233;nergie des rapports de production qui, dans leurs m&#233;tamorphoses, les interpellent. Le &#171; support &#187; fonctionnel (&lt;i&gt;l'individu th&#233;orique&lt;/i&gt; des rapports de production) devient sujet dans l'id&#233;ologie comme repr&#233;sentation du rapport aux rapports de production, pour aboutir &#224; la &lt;i&gt;vie quotidienne&lt;/i&gt; o&#249; les classes vivent leurs affrontements, leurs compromis, leur s&#233;paration et leurs haines&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb242&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Nous appelons vie quotidienne l'ensemble des activit&#233;s par lesquelles le (&#8230;)&#034; id=&#034;nh242&#034;&gt;242&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le fondement (raison d'&#234;tre de toutes les m&#233;tamorphoses) c'est la production, n&#233;cessairement &lt;i&gt;reproduction&lt;/i&gt;, devenant autopr&#233;supposition, tout s'encha&#238;ne &#224; partir de l&#224;. La reproduction n'est pas la suite de la vie de chaque capital individuel, mais une donn&#233;e de la production dans la mesure o&#249; elle suppose la synchronisation des capitaux et les rapports sociaux comme inh&#233;rents aux choses&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb243&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Tout cela est d&#233;velopp&#233; dans le texte Vie quotidienne et lutte des classes, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh243&#034;&gt;243&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;h.hl444w3nlk6&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;COMMENT UNE D&#201;FINITION DU PROL&#201;TARIAT EST-ELLE SEULEMENT POSSIBLE ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;h.kj2ci4ohu6gs&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Prol&#233;tariat et classe ouvri&#232;re&lt;/strong&gt;{{}}&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En r&#233;sum&#233;, que nous dit &lt;i&gt;TL&lt;/i&gt; ? : le prol&#233;tariat inclut la classe ouvri&#232;re, c'est-&#224;-dire les ouvriers employ&#233;s dans un travail productif, mais va au-del&#224; en incluant tout le travail productif au-del&#224; du seul travail en usine (qui &#233;tait pour eux, la d&#233;finition de l'ancienne classe ouvri&#232;re). Cela pr&#233;suppose que le travail productif est autre chose qu'une abstraction th&#233;oriquement produite&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb244&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; L'analyse des formes &#233;conomiques ne peut s'aider du microscope ou des (&#8230;)&#034; id=&#034;nh244&#034;&gt;244&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; et qu'il est l'identit&#233; &lt;i&gt;individuelle&lt;/i&gt; de chaque membre d'un &#171; groupe d'individus &#187;. Mais alors pourquoi avoir besoin de cette appellation : &#171; prol&#233;tariat &#187; ? C'est l&#224; o&#249; toutes les difficult&#233;s continuent. Pourquoi ne se contentent-ils pas tout simplement de la cat&#233;gorie de &#171; classe des travailleurs productifs &#187; (m&#234;me s'il faut en &#171; d&#233;classer &#187; quelques-uns) ? C'est que le prol&#233;tariat est un concept difficile non seulement &#224; cerner mais aussi &#224; justifier. Il n'est utilis&#233; que dans une acception r&#233;volutionnaire ou d&#233;signant une &#171; potentialit&#233; &#187; r&#233;volutionnaire (voir plus loin notre commentaire de la critique de ce &#171; concept &#187; par Charrier dans &lt;i&gt;La Mat&#233;rielle&lt;/i&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;j&#224; chez Marx, le terme de prol&#233;tariat est quasiment absent du &lt;i&gt;Capital&lt;/i&gt;, des &lt;i&gt;Th&#233;ories sur la plus-value&lt;/i&gt; et m&#234;me des &lt;i&gt;Grundrisse&lt;/i&gt; (dans cet ouvrage, pourtant moins &#171; technique &#187; que &lt;i&gt;Le Capital&lt;/i&gt; l'index des &#233;d. Sociales, &#224; l'entr&#233;e &#171; prol&#233;tariat &#187; renvoie directement &#224; &#171; classe ouvri&#232;re &#187;) ; en revanche, il est tr&#232;s courant dans tous les ouvrages jusqu'&#224; &lt;i&gt;Mis&#232;re de la Philosophie&lt;/i&gt; compris et omnipr&#233;sent dans &lt;i&gt;l'Id&#233;ologie allemande&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb245&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;la fin du &#171; Feuerbach &#187; (premi&#232;re partie de L'Id&#233;ologie allemande), le (&#8230;)&#034; id=&#034;nh245&#034;&gt;245&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Dans le &lt;i&gt;Manifeste&lt;/i&gt;, texte &#233;minemment politique et militant, le terme est utilis&#233; indiff&#233;remment avec &#171; ouvriers &#187; et &#171; travailleurs &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb246&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Si l'on v&#233;rifie avec le texte allemand, pour une fois les traductions (&#8230;)&#034; id=&#034;nh246&#034;&gt;246&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ce prol&#233;tariat, omnipr&#233;sent jusqu'au &lt;i&gt;Manifeste&lt;/i&gt; (qui, il est vrai, le ram&#232;ne sur terre), est simultan&#233;ment, dans tous ces textes, construit comme le porteur d'une critique h&#233;g&#233;lienne de Hegel. Il est le grain de sable de la r&#233;alisation h&#233;g&#233;lienne de la Raison dans la soci&#233;t&#233; bourgeoise et l'acteur v&#233;ridique de cette m&#234;me r&#233;alisation &#224; venir. Pour Hegel, &#224; partir de la &lt;i&gt;Ph&#233;nom&#233;nologie de l'Esprit&lt;/i&gt;, l'unit&#233; du sujet et de l'objet a &#233;t&#233; r&#233;alis&#233;e dans la soci&#233;t&#233; bourgeoise, les formes sociales et &#233;conomiques sont devenues conformes &#224; la Raison : la r&#233;alit&#233; co&#239;ncide avec la th&#233;orie (ce que Marx reprend avec la r&#233;alisation/suppression de la philosophie par et dans le prol&#233;tariat). Mais, dans et contre Hegel, Marx rel&#232;ve qu'il existe dans la soci&#233;t&#233; un &#233;l&#233;ment qui r&#233;fute cette ad&#233;quation : le prol&#233;tariat. Il est la preuve m&#234;me de la n&#233;gation de la Raison (voir &lt;i&gt;Introduction &#224; la critique de la philosophie du droit de Hegel&lt;/i&gt;, 1843 ; &lt;i&gt;Manuscrits de 1844&lt;/i&gt; ; &lt;i&gt;Question Juive&lt;/i&gt;, 1844 ; etc.). Dans sa conception du prol&#233;tariat, Marx prend Hegel au pied de la lettre : Hegel a montr&#233; que le travail d&#233;termine l'essence de l'Homme et la forme sociale qu'elle prend, il s'ensuit que si l'existence du prol&#233;tariat t&#233;moigne de la perte compl&#232;te de l'homme et si cette perte r&#233;sulte du mode de travail sur lequel la soci&#233;t&#233; est fond&#233;e, le prol&#233;tariat exprime une n&#233;gativit&#233; totale en tant que &#171; souffrance universelle &#187;. Le prol&#233;tariat est alors la n&#233;gation et la r&#233;alisation de la philosophie. Ce qui nous importe ici ce n'est pas de critiquer Marx-le-jeune, mais de souligner que &lt;i&gt;toutes les utilisations du concept de prol&#233;tariat ne sont qu'une fonction, une d&#233;termination, d'une &#171; th&#233;orie de la r&#233;volution &#187;&lt;/i&gt;. Cela s'applique aussi &#224; la &#171; rigoureuse d&#233;finition &#187; de &lt;i&gt;TL.&lt;/i&gt; Depuis le d&#233;but des ann&#233;es 1970, avec la disparition de l'&#171; identit&#233; ouvri&#232;re &#187;, d'un &#171; sujet prol&#233;tarien &#187; organisationnellement et politiquement identifiable, confirm&#233; dans la reproduction m&#234;me du capital, la production th&#233;orique (y compris, plus ou moins, dans &lt;i&gt;Th&#233;orie Communiste&lt;/i&gt; jusqu'au texte &lt;i&gt;Franchir le pas &#8212;TC 23&lt;/i&gt;, 2010&lt;i&gt; &#8212;&lt;/i&gt;, puis &#224; l'apparition du concept de conjoncture &#8212; &lt;i&gt;TC 24&lt;/i&gt;, 2012 &#8212; et enfin celui de vie quotidienne dans ce num&#233;ro)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb247&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;A la suite de TC 20 (Th&#233;orie de l'&#233;cart), dans Franchir le pas est expos&#233;e (&#8230;)&#034; id=&#034;nh247&#034;&gt;247&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; a &#233;t&#233; amen&#233;e &#224; la confusion du concept de prol&#233;tariat avec une pure fonction &#233;conomique du proc&#232;s de production&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb248&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Nous reprenons cette analyse de Christian Charrier, La Mat&#233;rielle (&#233;d. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh248&#034;&gt;248&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; (les pr&#233;misses de cette confusion &#233;taient pr&#233;sentes dans la gauche germano-hollandaise et l' &#171; horreur &#187; vis-&#224;-vis de cette confusion dans la Gauche italienne). La crise de 2008 et toutes les luttes qui ont suivi, y compris et surtout &#171; interclassistes &#187;, redistribuent les cartes et remettent la question sur le tapis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand Marx, annonce &#224; Engels apr&#232;s la p&#233;riode 1848-1852 qu'il faut tout reprendre &#224; z&#233;ro, et commence une analyse des entrailles du mode de production capitaliste, de son fonctionnement, de sa reproduction contradictoire comportant m&#234;me la propre n&#233;cessit&#233; de son d&#233;passement, le prol&#233;tariat dispara&#238;t, il n'est plus question que des ouvriers, de la classe ouvri&#232;re ou m&#234;me, le plus souvent, des travailleurs. En dehors des articles &lt;i&gt;politiques&lt;/i&gt; pour le &lt;i&gt;New York Daily Tribune&lt;/i&gt;, on ne voit r&#233;appara&#238;tre le &#171; prol&#233;tariat &#187; qu'avec &lt;i&gt;La Guerre civile en France&lt;/i&gt; et la &lt;i&gt;Critique du programme de Gotha&lt;/i&gt;. Le concept de prol&#233;tariat est loin d'&#234;tre un synonyme de classe ouvri&#232;re ou de &#171; travailleurs productifs &#187;, quelles que soient les pr&#233;cisions apport&#233;es. La simple &lt;i&gt;constatation&lt;/i&gt; de son usage spontan&#233; et intuitif dans le discours th&#233;orique nous indique son d&#233;calage et son &#233;cart avec celui de classe ouvri&#232;re. Apr&#232;s la p&#233;riode &#171; humaniste &#187;, tant que la classe r&#233;volutionnaire d&#233;sign&#233;e comme prol&#233;tariat est celle qui s'&#233;mancipe et lib&#232;re le travail, le d&#233;calage ne pose pas de probl&#232;mes majeurs, c'est-&#224;-dire tant que la perspective r&#233;volutionnaire issue des contradictions du capitalisme demeure programmatique. &lt;i&gt;Tout change &#224; la fin des ann&#233;es 1960&lt;/i&gt;. La r&#233;volution n'est plus la mont&#233;e en puissance de la classe ouvri&#232;re devenant spontan&#233;ment prol&#233;tariat dans un simple processus n&#233;cessaire de transcroissance, de conscience/reconnaissance de soi et de pratiques. Dans cette fin des ann&#233;es 60, la classe ouvri&#232;re demeure la classe r&#233;volutionnaire mais un hiatus appara&#238;t &#224; l'int&#233;rieur de sa pratique qui se retourne contre sa propre existence comme classe de ce mode de production. Dans la contradiction m&#234;me qui l'oppose et la lie au capital, la pratique r&#233;volutionnaire se retourne contre ce qui la rend n&#233;cessaire : les contradictions comme &#233;conomie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il nous faut ici faire un petit &lt;i&gt;flash-back&lt;/i&gt; historique. C'est dans la crise du programmatisme, &#224; la fin des ann&#233;es 1960 et au d&#233;but des ann&#233;es 1970 que la d&#233;finition du prol&#233;tariat devient probl&#233;matique dans sa relation avec la d&#233;finition de la classe ouvri&#232;re. Le probl&#232;me sp&#233;cifique qui surgit &#224; la fin des ann&#233;es 1960 est celui de la r&#233;volution comme pr&#233;cis&#233;ment la n&#233;gation du prol&#233;tariat, la classe ouvri&#232;re n'&#233;tant plus que le &#171; capital variable &#187;. Le &#171; mouvement communiste &#187; (pour reprendre une expression de l'&#233;poque) devient un mouvement n&#233;gatif vis-&#224;-vis du prol&#233;tariat lui-m&#234;me. Mais, le prol&#233;tariat &#233;tant ce mouvement n&#233;gatif comme classe perdait son &#171; identit&#233; &#187; de simple cat&#233;gorie &#233;conomique qui, montant en puissance, se d&#233;veloppant de fa&#231;on identique &#224; celle de la socialisation de la production, allait organiser la soci&#233;t&#233; selon sa fonction et son &#234;tre. On peut se r&#233;f&#233;rer ici au livre de Jean Barrot, &lt;i&gt;Le Mouvement communiste&lt;/i&gt;, aux textes issus &#224; cette &#233;poque du groupe de la Vieille Taupe (le texte &lt;i&gt;Id&#233;ologie et lutte de classes&lt;/i&gt; de Pierre Guillaume et &lt;i&gt;Perspectives sur les Conseils&lt;/i&gt; de Pierre Nashua), au n&#176;1 de &lt;i&gt;N&#233;gation&lt;/i&gt; (&lt;i&gt;Le prol&#233;tariat comme n&#233;gateur du travail&lt;/i&gt;), au &lt;i&gt;Bulletin Communiste&lt;/i&gt; n&#176;3 (&lt;i&gt;Prol&#233;taires et communistes&lt;/i&gt;), &#224; deux textes d'&lt;i&gt;Intervention Communiste&lt;/i&gt; (&lt;i&gt;R&#233;volution et Contre r&#233;volution&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;Les Classes&lt;/i&gt;)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb249&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sauf le livre de Jean Barrot, tous ces textes se trouvent dans Rupture dans (&#8230;)&#034; id=&#034;nh249&#034;&gt;249&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La p&#233;riode &#233;tait celle de la d&#233;composition de tout ce cycle historique pour lequel la r&#233;volution &#233;tait la mont&#233;e en puissance de la classe ouvri&#232;re et son affirmation comme classe dominante, il devenait &#233;vident que la r&#233;volution ne pouvait qu'&#234;tre l'abolition de toutes les classes, c'est-&#224;-dire fondamentalement &#171; la n&#233;gation du prol&#233;tariat par lui-m&#234;me &#187;. Le prol&#233;tariat &#233;tait devenu l'appellation (socialement &#233;largie) de la classe ouvri&#232;re se niant. A partir de l&#224;, la d&#233;composition de la perspective programmatique &#233;tait imm&#233;diatement identifi&#233;e &#224; l'abolition du capital et de toutes les classes. L'impossibilit&#233; de l'affirmation devenait &lt;i&gt;ipso facto&lt;/i&gt; la r&#233;volution comme d&#233;passement de toutes les classes. La &#171; r&#233;volution communiste &#187; devenait le r&#233;sultat d'une double impossibilit&#233; : impossibilit&#233; de l'affirmation identifi&#233;e imm&#233;diatement &#224; la n&#233;gation du prol&#233;tariat par lui-m&#234;me ; impossibilit&#233; pour le capital &#224; se d&#233;barrasser de la valeur identifi&#233;e imm&#233;diatement &#224; la capacit&#233; du prol&#233;tariat &#224; le faire&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb250&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;On trouve encore ce raisonnement par impossibilit&#233; et &#171; blocage du capital &#187; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh250&#034;&gt;250&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Mais alors avec la classe ouvri&#232;re, la r&#233;volution disparaissait et avec la r&#233;volution c'&#233;tait au tour de la classe ouvri&#232;re de dispara&#238;tre, d'o&#249; la &#171; trouvaille th&#233;orique &#187; de la classe ouvri&#232;re &lt;i&gt;et&lt;/i&gt; du prol&#233;tariat. Une fois prol&#233;tariat et classe ouvri&#232;re distingu&#233;s et m&#234;me oppos&#233;s comme deux termes dont la liaison &#233;tait perdue, celle entre les luttes revendicatives et la r&#233;volution s'&#233;vanouissait. Ce &#171; prol&#233;tariat &#187; se trouvant &#234;tre dans ce syst&#232;me un concept vide, au tournant des ann&#233;es 1960 - 1970, &lt;i&gt;l'humanisme&lt;/i&gt; est venu le remplir pour que le syst&#232;me jusque-l&#224; fonctionnant &#224; l'impossibilit&#233; retrouve une positivit&#233;. Avec la d&#233;faite de la &#171; p&#233;riode 68 &#187; et la restructuration qui s'ensuivit le fil entre les luttes quotidiennes et la r&#233;volution &#233;tait th&#233;oriquement perdu (et le fil &#233;tait r&#233;ellement perdu), la distinction entre classe ouvri&#232;re et prol&#233;tariat est alors devenue une &#171; phras&#233;ologie &#187;. C'est le propre d'une contre-r&#233;volution de rompre ce fil, de rompue la pr&#233;sence dans le pr&#233;sent de la r&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Le prol&#233;tariat n'est pas la classe ouvri&#232;re&lt;/i&gt;, parce que les deux termes appartiennent &#224; deux niveaux conceptuels diff&#233;rents, mais pour retisser le fil entre les deux, il fallait reconna&#238;tre, voir, ce qui se passait : la restructuration du mode de production capitaliste, c'est-&#224;-dire de l'exploitation, de la contradiction entre le prol&#233;tariat et le capital, la formation d'un nouveau cycle de luttes et la constitution d'une nouvelle relation entre les luttes revendicatives et la r&#233;volution comme &#171; d&#233;passement produit &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui dans les luttes actuelles annonce leur d&#233;passement comme extran&#233;isation par la classe ouvri&#232;re de son existence comme classe (ill&#233;gitimit&#233; de la revendication) fait partie d'une contradiction qui &lt;i&gt;produit le prol&#233;tariat&lt;/i&gt; en bouleversant toutes les fonctions de la reproduction (autopr&#233;supposition) des rapports de production et rapports sociaux. Mais, le prol&#233;tariat n'est pas une forme historiquement ultime dont on doit esp&#233;rer et attendre l'apparition, &lt;i&gt;il est une fonction pr&#233;sente dans la lutte de classe de la classe ouvri&#232;re. &lt;/i&gt;C'est d'un processus social dont il s'agit, un processus de rupture dans la lutte de classe, l'autotransformation d'un sujet qui abolit ce qui le d&#233;finit. &lt;i&gt;Le prol&#233;tariat comme sujet de la r&#233;volution s'abolit parce qu'il s'abolit comme classe ouvri&#232;re&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb251&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sur tous ces points, voir Th&#233;orie de l'&#233;cart (TC 20) ; L'auto-organisation (&#8230;)&#034; id=&#034;nh251&#034;&gt;251&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;i&gt;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;{}Dans le cours &lt;i&gt;actuel &lt;/i&gt;de la lutte de classe, c'est l'action de lutter en tant que classe qui devient la limite m&#234;me de la lutte de classe, ou, en d'autres termes, la production de l'appartenance de classe comme contrainte ext&#233;rieure, ou encore l'identit&#233; de la contradiction avec le capital et de la contradiction avec sa propre existence comme classe. C'est cette situation qui fait de la r&#233;volution une rupture, un d&#233;passement produit de la lutte des classes qui, s'il trouve dans toutes les d&#233;terminations pr&#233;alables son fondement, ne se confond pas avec elles. La rupture est un &lt;i&gt;bouleversement de ses propres causes&lt;/i&gt;. Le simple r&#233;sultat des d&#233;terminations ant&#233;rieures c'est la reproduction du mode de production. Quand les ouvriers s'unissent contre leur nature de salari&#233;s, s'emparent des moyens de production et des services, int&#232;grent les sans-r&#233;serves, d&#233;glinguent les m&#233;canismes marchands, imposent conflictuellement des mesures communistes &#224; la classe moyenne qui elle-m&#234;me est en lutte et &#224; toutes les classes&lt;strong&gt; &lt;/strong&gt;et couches&lt;strong&gt; &lt;/strong&gt;que l'&#233;change paup&#233;rise, les dissolvant et les int&#233;grant dans le processus pour le prol&#233;tariat de sa propre abolition, ce changement est une &lt;i&gt;rupture.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;TL&lt;/i&gt; passe &#224; c&#244;t&#233; du mouvement interne d'une contradiction comme totalit&#233;, c'est-&#224;-dire comme sa remise en cause, pour ne fonctionner que sur des pratiques relevant de d&#233;terminations &lt;i&gt;pr&#233;alables &lt;/i&gt;ne faisant que se &lt;i&gt;r&#233;aliser&lt;/i&gt;. Dans &lt;i&gt;TC 22&lt;/i&gt; nous &#233;crivions :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Pour d&#233;finir une contradiction, il ne suffit pas de constater une implication r&#233;ciproque des termes, ni m&#234;me des int&#233;r&#234;ts oppos&#233;s [&#8230;]. La contradiction entre le prol&#233;tariat et le capital est une contradiction en ce que l'opposition de leurs int&#233;r&#234;ts est aussi la remise en cause de leur propre existence en tant que d&#233;finie dans cette opposition d'int&#233;r&#234;ts. &#187; &lt;i&gt;(L'exploitation : d&#233;finition d'une contradiction,&lt;/i&gt; p. 174)&lt;i&gt;. &lt;/i&gt;La rupture, la production de l'appartenance de classe comme contrainte ext&#233;rieure, n'est pas un blocage mais un moment de la contradiction, en cela le d&#233;passement est un d&#233;passement produit en ce qu'il affecte toutes les d&#233;terminations pr&#233;alables. Si le probl&#232;me est bien alors celui de la production du d&#233;passement, cette question de la &lt;i&gt;production &lt;/i&gt;n'existe pas chez eux&lt;i&gt;. &lt;/i&gt;Il n y a pas de question parce que la solution est donn&#233;e de fait dans la probl&#233;matique g&#233;n&#233;rale avec la d&#233;finition du travail productif comme &#233;tant en lui-m&#234;me d&#233;j&#224; le prol&#233;tariat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est vrai que &lt;i&gt;TL&lt;/i&gt; expose d&#232;s les premi&#232;res pages de leur texte qu'on ne peut plus confondre classe ouvri&#232;re et prol&#233;tariat. Cependant, la fa&#231;on dont ils comprennent cette distinction, devenue n&#233;cessaire, est extr&#234;mement r&#233;ductrice quant &#224; l'origine m&#234;me qu'ils lui donnent dans la crise du programmatisme. Pour eux, la distinction s'impose avec la fin de l'identit&#233; ouvri&#232;re et avec le fait qu'on ne peut plus r&#233;duire les travailleurs productifs aux &#171; ouvriers d'usines &#187;. C'est exact, mais le programmatisme le savait d&#233;j&#224; et ces travailleurs productifs (&#171; hors usines &#187;) ne posaient aucun probl&#232;me dans la mesure o&#249; leur existence, leurs revendications, leurs luttes, pouvaient &#234;tre ramen&#233;es &#224; celles des ouvriers d'usines (ce que l'op&#233;ra&#239;sme italien a th&#233;oris&#233; avec &#171; l'ouvrier masse &#187; comme &#171; composition de classe &#187;, puis avec &#171; l'usine sociale &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb252&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sur l'op&#233;ra&#239;sme voir Steve Wright A l'assaut du ciel, histoire critique de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh252&#034;&gt;252&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le concept de prol&#233;tariat est toujours un concept qui n'est &lt;i&gt;n&#233;cessaire qu'&#224; l'int&#233;rieur de la production th&#233;orique&lt;/i&gt; dans la mesure o&#249; cette derni&#232;re pose le mode de production capitaliste comme transitoire et le communisme comme &#171; le mouvement d'abolition des conditions existantes &#187;. Mais avec la crise du programmatisme et son d&#233;passement, aussi bien dans les pratiques constituant la lutte de classe que dans la th&#233;orie, il devient un concept ambigu, d&#233;licat et &#233;vanescent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fait, &lt;i&gt;TL&lt;/i&gt; en reste &#224; ce que nous avons per&#231;u &lt;i&gt;dans les usages&lt;/i&gt; &lt;i&gt;th&#233;oriques&lt;/i&gt; comme la distinction spontan&#233;e et intuitive entre classe ouvri&#232;re et prol&#233;tariat, tout en la voulant &#171; substantielle &#187;. Mais alors la &#171; substance &#187; ne les diff&#233;rencie pas, parce que le probl&#232;me de la distinction est ailleurs. La distinction r&#233;side dans le retournement pratique conjoncturel et al&#233;atoire, &#224; partir d'elle-m&#234;me, contre elle-m&#234;me, d'une contradiction (l'exploitation ou le travail n&#233;cessaire) qui, prise en elle-m&#234;me, demeure toujours la dynamique du mode de production. Si cela n'est pas n&#233;cessairement la &#171; r&#233;volution &#187; ni m&#234;me &#171; l'insurrection &#187;, &lt;i&gt;le prol&#233;tariat est un moment interne, dans le cours de la lutte des classes&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;de conflits de la classe ouvri&#232;re avec elle-m&#234;me dans sa &lt;/i&gt;&lt;i&gt;contradiction avec le capital&lt;/i&gt; (ou, si l'on veut, du travail productif avec lui-m&#234;me).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;h.ujnriwl0j1fo&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
En cela, le prol&#233;tariat est un concept et une r&#233;alit&#233; qui ne peut appartenir qu'&#224; une compr&#233;hension du mode de production capitaliste le concevant dans le proc&#232;s de son abolition, ce qui dans la phras&#233;ologie de l'&#233;poque 68 &#233;tait pressenti dans les textes r&#233;unis dans &lt;i&gt;Rupture dans la th&#233;orie de la r&#233;volution&lt;/i&gt;. Le prol&#233;tariat est un concept &lt;i&gt;politique&lt;/i&gt;. Tous les &#233;conomistes et sociologues peuvent d&#233;battre de ce que sont le mode de production capitaliste, le travail productif ou m&#234;me la classe ouvri&#232;re. Le concept de prol&#233;tariat est autre. On peut consid&#233;rer, avec raison, les contradictions du mode de production capitaliste comme portant leur d&#233;passement, mais alors cette &#233;nonciation signifie imm&#233;diatement un positionnement particulier, social et politique, dans ces contradictions et non leur seule et simple reconnaissance. C'est en cela que le concept a toujours &#233;t&#233; intuitivement utilis&#233; et qu'il n'est pas le simple synonyme de classe ouvri&#232;re quelles que soient les r&#233;serves apport&#233;es &#224; ce dernier terme. Vouloir simplement et directement d&#233;finir le prol&#233;tariat comme un &#233;l&#233;ment de la reproduction du capital c'est gommer qu'objectivement les contradictions du mode de production capitaliste consid&#233;r&#233;es comme portant leur d&#233;passement sont une pratique qui les transforme et les &lt;i&gt;produit &lt;/i&gt;comme ce d&#233;passement. Dans &lt;i&gt;Les d&#233;buts du mouvement ouvrier en Russie&lt;/i&gt; (pr&#233;face &#224; la publication du texte de Trotsky : &lt;i&gt;Nos t&#226;ches politiques, &lt;/i&gt;&#233;d. Spartacus, 1970, r&#233;&#233;dit&#233; dans &lt;i&gt;Rupture dans la th&#233;orie de la r&#233;volution&lt;/i&gt;), Denis Authier &#233;crivait&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb253&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Malgr&#233; une conception totalement essentialiste du prol&#233;tariat qui, selon la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh253&#034;&gt;253&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; : &#171; En fait, tout mouvement, toute lutte de la classe ouvri&#232;re tend &lt;i&gt;spontan&#233;ment&lt;/i&gt; [soulign&#233; dans le texte] &#224; prendre conscience de lui-m&#234;me, de son sens ; le parti prol&#233;tarien 'na&#238;t spontan&#233;ment du sol historique de la soci&#233;t&#233; moderne' (Marx). Il est attristant de devoir pr&#233;ciser que &lt;i&gt;ce mouvement spontan&#233; suppose une lutte impitoyable contre tout ce qui l'entrave&lt;/i&gt; [nous soulignons], et, en particulier un combat f&#233;roce et permanent contre toutes les versions de l'id&#233;ologie. Ceux qui, stupidement, nous r&#233;pondent : 'si le mouvement r&#233;volutionnaire est spontan&#233; et in&#233;luctable, il n'y a qu'&#224; attendre, il n'y a rien &#224; faire' r&#233;v&#232;lent &#224; quel point ils n'ont effectivement rien &#224; faire dans ce mouvement. Les r&#233;volutionnaires savent que la lutte permanente, sous des formes diverses, est un produit spontan&#233; de leur &#234;tre, car ils ne peuvent se lib&#233;rer de cette passion qu'en s'y soumettant. &#187; (&lt;i&gt;Rupture&lt;/i&gt;&#8230;, p. 158).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Prol&#233;taires / individus / sujets (1&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;er&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; d&#233;tour)&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour &lt;i&gt;TL&lt;/i&gt;, le prol&#233;tariat n'est pas une fonction &lt;i&gt;issue&lt;/i&gt; (par &#171; issue &#187;, nous entendons une d&#233;rive &lt;i&gt;perverse,&lt;/i&gt; c'est-&#224;-dire se retournant contre) des contradictions du mode de production capitaliste, mais une somme d'individus existant en tant que tels (prol&#233;taires) dans le mode de production. Pour eux, &#234;tre prol&#233;taire serait alors une identit&#233; et le prol&#233;tariat le groupe des individus ayant cette identit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Bien que la th&#232;se selon laquelle les classes sont d'abord des &lt;i&gt;groupes compos&#233;s d'individus&lt;/i&gt; ait sembl&#233; trop &#171; sociologisante &#187; pour une certaine frange de la tradition marxiste, elle est certainement, &#224; notre sens, l'unique option rationnelle. Or pour certains (Althusser, Balibar, Poulantzas, &#8230;), il y aurait quelque chose de franchement douteux &#224; penser les agents de la production comme 'les sujets cr&#233;ateurs des structures' ou 'les classes sociales comme sujets de l'histoire'&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb254&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Poulantzas, Pouvoir politique et classes sociales, t. 1, Maspero, 1968, p. 60.&#034; id=&#034;nh254&#034;&gt;254&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Parler de classes en termes d'individus constituerait une preuve 'd'anthropologisme', anthropologisme lui-m&#234;me fond&#233; sur 'une philosophie du Sujet'&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb255&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Poulantzas, op. cit., p. 62.&#034; id=&#034;nh255&#034;&gt;255&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Pour se garder de cette erreur, il faudrait alors effacer toute r&#233;f&#233;rence aux &lt;i&gt;individus&lt;/i&gt; et ainsi aborder la discussion au plus haut niveau d'impersonnalit&#233;, soit en termes de &lt;i&gt;structures autonomes&lt;/i&gt; &#8211; elles, lav&#233;es de tout soup&#231;on. Une boutade du jeune Balibar est tout &#224; fait repr&#233;sentative de cet esprit : 'on ne fera aucune classe en additionnant des individus aussi loin qu'on aille. Ce sont des fonctions du proc&#232;s d'ensemble de la production. Elles ne sont pas le sujet, elles sont au contraire d&#233;termin&#233;es par sa forme.' (&lt;i&gt;Lire le Capital&lt;/i&gt;, t. 2, &#233;d. Maspero, 1968, p. 171 [ou &#233;d. Quadrige, 2008, p. 513]). &#187; (&lt;i&gt;TL &lt;/i&gt;2, pp. 50-51).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;TL &lt;/i&gt;affirme&lt;i&gt; : &#171; &#8230;&lt;/i&gt; les classes sont d'abord des &lt;i&gt;groupes compos&#233;s d'individus&lt;/i&gt;. &#187; (p. 50). Que signifie &#171; d'abord &#187; ? Est-ce &#171; au premier abord &#187;, avant analyse et conceptualisation ou, au contraire, &lt;i&gt;fondamentalement. &lt;/i&gt;La suite laisse peu de doutes : les individus comme &#171; sujets &#187; sont au fondement et ils constituent des classes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ni Althusser, ni Poulantzas, ni m&#234;me Balibar ne contestent que les classes soient compos&#233;es d'&lt;i&gt;individus,&lt;/i&gt; et m&#234;me d'individus &#171; en chair en os &#187;, et non d'abstractions. Ce que conteste Balibar dans le passage cit&#233; par &lt;i&gt;TL&lt;/i&gt; c'est de &#171; &#8230; prendre le proc&#232;s de production pour l'acte d'individus. De m&#234;me ces individus changent et ne sont en r&#233;alit&#233; que les &lt;i&gt;repr&#233;sentants de classes&lt;/i&gt;. Or ces classes ne sont &#233;videmment pas des sommes d'individus, ce qui n'aurait rien chang&#233; : on ne fera aucune classe en additionnant, etc. ... &#187; (&lt;i&gt;Lire le Capital&lt;/i&gt;, pp. 512-513). Dans ce chapitre, Balibar veut montrer que ce n'est qu'au niveau de la reproduction que nous pouvons saisir le mode d'existence des &#171; supports &#187; (&lt;i&gt;Tr&#228;ger&lt;/i&gt;) de la structure, c'est-&#224;-dire des agents du proc&#232;s de production. Sur cette sc&#232;ne de la reproduction, toutes les transactions marchandes, avant tout celle entre le capitaliste et l'ouvrier, disparaissent comme &#233;tant l'acte d'individus ou d'une somme d'individus : &#171; Il est bien vrai que les choses se pr&#233;sentent sous un autre jour [que celui de la simple transaction marchande, nda] si l'on consid&#232;re la production capitaliste dans le mouvement continu de sa r&#233;novation et qu'on &lt;i&gt;substitue aux capitalistes et aux ouvriers individuels la classe capitaliste et la classe ouvri&#232;re&lt;/i&gt; [nous soulignons]. &#187; (Marx, &lt;i&gt;Le Capital&lt;/i&gt;, &#233;d. Sociales, t. 3, p. 26). De m&#234;me : &#171; ...les faits changent d'aspect si l'on envisage non le capitaliste et l'ouvrier individuels, mais la classe capitaliste et la classe ouvri&#232;re, non des actes de production isol&#233;s, mais la production capitaliste dans l'ensemble de sa r&#233;novation continuelle et &lt;i&gt;dans sa port&#233;e sociale&lt;/i&gt; [nous soulignons] &#187; (&lt;i&gt;idem&lt;/i&gt;, pp. 14-15). En aucune mani&#232;re, les individus ne sont des sujets qui, s'agglutinant, constitueraient des classes. Ils s'avancent masqu&#233;s et ne sont m&#234;me que des masques : &#171; Le caract&#232;re &#233;conomique de capitaliste ne s'attache donc &#224; un homme qu'autant que son argent fonctionne constamment comme capital &#187; (&lt;i&gt;idem&lt;/i&gt;, p. 9). Ce qui s'applique au capitaliste, s'applique &#224; l'ouvrier. &lt;i&gt;C'est le masque qui fait l'individu&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Je n'ai pas peint en rose le capitaliste et le propri&#233;taire foncier. Mais il ne s'agit ici des &lt;i&gt;personnes&lt;/i&gt;, qu'autant qu'elles sont la &lt;i&gt;personnification de cat&#233;gories &#233;conomiques&lt;/i&gt;, les &lt;i&gt;supports d'int&#233;r&#234;ts et de rapports de classes d&#233;termin&#233;s&lt;/i&gt;. Mon point de vue, d'apr&#232;s lequel &lt;i&gt;le d&#233;veloppement de la formation &#233;conomique de la soci&#233;t&#233;&lt;/i&gt; est &lt;i&gt;assimilable &#224; la marche de la nature et &#224; son histoire&lt;/i&gt;, peut moins que tout autre rendre l'individu responsable de &lt;i&gt;rapports dont il reste socialement la cr&#233;ature&lt;/i&gt; [nous soulignons], quoi qu'il puisse faire pour s'en d&#233;gager. &#187; (Marx, &lt;i&gt;Pr&#233;face &#224; la premi&#232;re &#233;dition allemande du Capital&lt;/i&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand Marx entame l'&#233;tude de &lt;i&gt;La Reproduction et la circulation de l'ensemble du capital social&lt;/i&gt; (troisi&#232;me section du Livre II), il commence par un chapitre sur les &lt;i&gt;Expos&#233;s ant&#233;rieurs de la question&lt;/i&gt;. Dans ces &#171; expos&#233;s &#187; il rend hommage &#224; Quesnay en ce que chez lui, pour la premi&#232;re fois : &#171; Les innombrables actes individuels de la circulation sont &lt;i&gt;imm&#233;diatement consid&#233;r&#233;s en bloc&lt;/i&gt; [nous soulignons] dans leur mouvement de masse socialement caract&#233;ristique : circulation entre grandes classes sociales &#224; fonctions &#233;conomiques d&#233;termin&#233;es &#187; (&lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;, &#233;d. Sociales, t. 5, p. 15). Ce que, &#224; la suite de Quesnay, il &#233;limine imm&#233;diatement c'est la possibilit&#233; de consid&#233;rer la production comme l'acte de sujets selon la tradition philosophique. Comme l'&#233;crit Balibar (op. cit., p. 513), la production n'est pas le &#171; cogito pratique des sujets &#187;, pr&#233;cisons, c'est-&#224;-dire un : &#171; je fais donc je suis &#187;. &#171; Je fais donc je ne &lt;i&gt;suis&lt;/i&gt; pas &#187; semblent plut&#244;t r&#233;pondre Marx, Quesnay et Balibar. Non en vertu de l' &#171; ali&#233;nation &#187; telle que l'exposent les &lt;i&gt;Manuscrits de 1844&lt;/i&gt;, mais du fait que le proc&#232;s de production est un &#171; proc&#232;s sans sujet &#187; (Althusser, eh oui&#8230; !).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; C'est le double moulinet du proc&#232;s lui-m&#234;me, qui rejette toujours le premier [l'ouvrier, nda] sur le march&#233; comme vendeur de sa force de travail et transforme son produit toujours en moyen d'achat pour le second [le capitaliste, nda]. [&#8230;] Le proc&#232;s de production capitaliste consid&#233;r&#233; dans sa continuit&#233;, ou comme reproduction, ne produit donc pas seulement marchandise, ni seulement plus-value ; il produit et &#233;ternise le rapport social entre capitaliste et salari&#233;. &#187; (&lt;i&gt;Le Capital,&lt;/i&gt; t. 3, p. 20).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le m&#234;me th&#232;me revient dans les derni&#232;res pages du &lt;i&gt;Capital&lt;/i&gt;, au moment o&#249; Marx met en place la relation entre les rapports de distribution, les formes de revenus, et les classes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Par ailleurs, le mode capitaliste de production, s'il suppose l'existence pr&#233;alable de cette structure&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb256&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Si l'une des parties du produit ne se convertissait pas en capital, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh256&#034;&gt;256&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;sociale d&#233;finie des conditions de production, la reproduit sans cesse. Il ne produit pas seulement les produits mat&#233;riels, mais reproduit constamment les rapports de production dans lesquels celle-ci s'op&#232;re ; il reproduit donc aussi les rapports de distribution correspondants. &#187; (&lt;i&gt;op. cit&lt;/i&gt;., t. 8, pp. 253-254).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne vient &#224; l'id&#233;e de personne, pas m&#234;me &#224; celle du pire structuraliste, de pr&#233;tendre que les classes rassemblent des &#171; abstractions &#187; et qu'elles ne sont pas des &#171; groupes compos&#233;s d'individus &#187;. En revanche, ce qui vient &#224; l'id&#233;e, c'est que le proc&#232;s de production n'est pas la manifestation de &#171; sujets &#187; se rapportant &#224; leur objet (Feuerbach) et se regroupant selon leur d&#233;finition de sujets. C'est bel et bien de &lt;i&gt;fonctions&lt;/i&gt; et de &lt;i&gt;porteurs&lt;/i&gt; de ces fonctions dont il s'agit quand nous d&#233;finissons les classes. Ce sont les contradictions du mode de production qui existent dans les relations entre les classes et qui les d&#233;finissent. Ces relations n'ont rien d'individuel, ni de relatif &#224; une somme d'individus, il n'y a rien l&#224; d'un &#171; contrat &#187;. Si les ouvriers (et m&#234;me les prol&#233;taires...) sont des individus &#171; en chair et en os &#187;, ils ne sont ni ouvriers, ni prol&#233;taires de par leur chair ou leurs os. De cela &lt;i&gt;TL&lt;/i&gt; en conviendra ais&#233;ment, mais en faisant de la classe &#171; &lt;i&gt;d'abord&lt;/i&gt; [nous soulignons] des groupes compos&#233;s d'individus &#187; (p. 50) et de cette &#171; th&#232;se &#187; la &#171; seule option rationnelle &#187; (&lt;i&gt;ibid&lt;/i&gt;), &lt;i&gt;les rapports sociaux, au lieu d'exprimer la structure du proc&#232;s de production dont les individus sont simplement les effets ou les porteurs, seraient engendr&#233;s &#224; partir de ces individus, de ces hommes concrets dont ils nous disent qu'ils sont &#171; les sujets cr&#233;ateurs des structures &#187;&lt;/i&gt;. Ne faut-il pas d&#233;j&#224; avoir la structure pour avoir les agents &#171; sujets cr&#233;ateurs de la structure &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb257&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Quant &#224; la notion de &#171; sujet &#187; voir dans ce n&#176; de Th&#233;orie Communiste, le (&#8230;)&#034; id=&#034;nh257&#034;&gt;257&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ? Que faut-il faire alors de ce proc&#232;s de production produisant sa propre &#171; &#233;ternisation &#187; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aucun des auteurs que cite (plus ou moins ...) &lt;i&gt;TL&lt;/i&gt; ne pr&#233;conise &#171; d'effacer toute r&#233;f&#233;rence aux individus &#187; (&lt;i&gt;TL 2, &lt;/i&gt;p. 50). Si pour &lt;i&gt;TL&lt;/i&gt; les classes sont bien des &#171; groupes d'individus d&#233;finis par leur rapport &#224; la totalit&#233; &#187; (p. 51), tout le probl&#232;me r&#233;side dans le retournement ensuite effectu&#233; qui fait de ces individus &#171; les sujets de la structure &#187; (p. 50), autrement dit de la &#171; totalit&#233; &#187; qui &#233;tait leur &#171; d&#233;finition &#187;. Si les individus ne sont d&#233;finis que dans leur rapport &#224; la totalit&#233;, l'individu comme &#171; sujet &#187; (c'est-&#224;-dire dans le mode de production capitaliste comme individu) n'appara&#238;t alors que &lt;i&gt;dans les formes ultimes, les plus m&#233;diatis&#233;es, des rapports de production&lt;/i&gt;, dans les m&#233;tamorphoses qu'ils impliquent &#224; partir d'eux-m&#234;mes comme les formes d'apparition dans lesquelles seules ils existent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si, comme d'habitude, nous en revenons &#224; Marx et &#224; la 6&#232;me th&#232;se sur Feuerbach : &#171; L'essence humaine n'est pas une abstraction inh&#233;rente &#224; l'individu singulier&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb258&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pour &#171; einzelnen &#187;, les &#233;d. Sociales donnent &#171; isol&#233; &#187;, Labica &#171; singulier (&#8230;)&#034; id=&#034;nh258&#034;&gt;258&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Dans sa r&#233;alit&#233;, effective, elle est l'ensemble des rapports sociaux &#187; (traduction Labica, &#233;d. PUF). Cette proposition extr&#234;mement ambigu&#235; a &#233;t&#233; lue, relue et interpr&#233;t&#233;e comme : l'essence d'un individu humain est compos&#233;e par la somme des relations sociales qu'il entretient, ou l'individu comme point de rencontre de multiples relations sociales. Mais, au lieu d'en rester l&#224;, cet individu comme point de rencontre de multiples relations sociales, une fois investi de ces relations en deviendrait le point d'origine, la source, le &lt;i&gt;sujet&lt;/i&gt;. C'est &#224; ce renversement que se livre &lt;i&gt;TL&lt;/i&gt;. S'il est l&#233;gitime de se livrer &#224; ce renversement, ce n'est qu'&#224; l'issue de toutes les m&#233;tamorphoses des rapports de production et comme la forme ultime (&lt;i&gt;ph&#233;nom&#233;nologique&lt;/i&gt;) de toutes les m&#233;diations ; et non : &#171; d'abord &#187;, comme ils l'&#233;crivent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;TL&lt;/i&gt; reste riv&#233; &#224; l'empirisme qui fonde toute la probl&#233;matique de &lt;i&gt;l'Id&#233;ologie allemande&lt;/i&gt;. Dans ce texte, contrairement aux textes ant&#233;rieurs (&lt;i&gt;Introduction &#224; la critique de la philosophie du droit&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Question juive&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Manuscrits de 1844&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Gloses marginales ...,&lt;/i&gt; etc.), ce n'est plus l'&#171; Homme &#187; qui est le &#171; sujet de l'histoire &#187;, mais les &#171; individus r&#233;els, concrets, empiriques, vivant dans certaines conditions mat&#233;rielles historiques et d&#233;termin&#233;es &#187;. C'est dans cette histoire qui est leur production que ces individus ext&#233;riorisent leurs &#171; forces essentielles &#187; dans un proc&#232;s d'ali&#233;nation qui, par l'effet de la division du travail (le nom de l'ali&#233;nation dans &lt;i&gt;l'Id&#233;ologie allemande&lt;/i&gt;) les s&#233;pare de leurs produits et de leurs conditions d'existence, qui les dominent. Sous l'effet d&#233;vastateur de Stirner, &#171; l'Homme &#187; a &#233;t&#233; abandonn&#233; et remplac&#233; par &#171; l'individu concret et historique &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb259&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir Karl Marx et la fin de la philosophie classique allemande, TC 21.&#034; id=&#034;nh259&#034;&gt;259&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Mais, pour l'empirisme revendiqu&#233; de &lt;i&gt;L'Id&#233;ologie allemande&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb260&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Les pr&#233;misses dont nous partons ne sont pas des bases arbitraires, des (&#8230;)&#034; id=&#034;nh260&#034;&gt;260&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, l'individu n'est pas un seul instant un probl&#232;me, il est la &#171; solution &#187;. Il est ce dont on part, le commencement, le donn&#233;, le sujet, ce qui &#171; va sans dire &#187;, ce qui &#171; tombe sous le sens &#187;, ou la &#171; seule option rationnelle &#187; comme l'&#233;crit T&lt;i&gt;L&lt;/i&gt;. C'est exact, que voit-on dans l'Histoire ? On y &lt;i&gt;voit &lt;/i&gt;des individus qui &#171; sont toujours et partout partis d'eux-m&#234;mes &#187; (&lt;i&gt;Id&#233;ologie allemande&lt;/i&gt;, &#233;d. Sociales, 1968, p. 108) et des rapports de production qui ne sont que leurs relations interindividuelles, les individus sont alors comme tels les sujets constituant les rapports sociaux. Dans cet individu, c'est toujours et encore (malgr&#233; Stirner) &#171; l'Homme &#187; que l'on retrouve, jusqu'&#224; l'extraordinaire conclusion sur la classe universelle et le communisme &#224; la fin du &#171; &lt;i&gt;Feuerbach&lt;/i&gt; &#187;. En faisant de l'individu, non pas le probl&#232;me (il faut partir de la structure sociale pour produire et comprendre l'individu et non pas &#171; partir de lui &#187; ou &lt;i&gt;re-partir&lt;/i&gt; comme &lt;i&gt;TL&lt;/i&gt;), mais &lt;i&gt;le commencement allant de soi&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;TL&lt;/i&gt; fait des rapports sociaux (&#171; rapports &#224; la totalit&#233; &#187;) investissant et construisant l'individu lui-m&#234;me (comme tel) la manifestation de cet individu, &#171; sujet de la structure &#187;. S'il est &#171; sujet de la structure &#187;, il faut alors que la &#171; structure &#187; soit sa manifestation, c'est-&#224;-dire alors la manifestation de sa propre ali&#233;nation. L'histoire est celle de son ali&#233;nation, bonjour la t&#233;l&#233;ologie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;h.kozql812wvqg&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; L'&#234;tre du prol&#233;tariat &#187; (2&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;&#232;me&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; d&#233;tour)&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les classes ne sont pas des substances, elles n'ont pas d'&#171; &#234;tre &#187;, ni de nature. &lt;i&gt;Dans le marasme actuel de la lutte des classes, il para&#238;t &#171; r&#233;confortant &#187; de faire de la r&#233;volution, m&#234;me maintenant d&#233;finie comme communisation, la manifestation, la r&#233;alisation, d'un &#234;tre du prol&#233;tariat&lt;/i&gt;. La production th&#233;orique actuelle (c'est-&#224;-dire les th&#233;oriciens) a une forte propension &#224; se conforter elle-m&#234;me dans un nouveau dogmatisme. &lt;i&gt;TL&lt;/i&gt; consid&#232;re comme une tautologie inepte de d&#233;finir les classes comme &#171; pratiques de classes &#187; (p. 51). Pr&#233;sent&#233;e ainsi, la chose est &#233;videmment inepte, mais elle ne l'est que dans la mesure o&#249; ils consid&#232;rent, apr&#232;s avoir renvers&#233; l'individu socialement construit en &#171; sujet &#187; de ce qui le construit (sans le voir comme la forme d&#233;velopp&#233;e ultime de toutes les m&#233;diations), les pratiques comme relevant de l'ext&#233;riorisation (manifestation) d'un sujet. En revanche si nous consid&#233;rons les classes comme &lt;i&gt;fonctions&lt;/i&gt; du mode de production, ces fonctions sont des pratiques, celles des porteurs de ces fonctions, il n'y a alors aucune absurdit&#233; &#224; d&#233;finir les classes comme des pratiques &#8230; de classes. Chez eux&lt;i&gt;,&lt;/i&gt; les pratiques sont secondes : la manifestation d'un &lt;i&gt;&#234;tre&lt;/i&gt;. Mais, ne leur en d&#233;plaise et au Marx de &lt;i&gt;La Sainte Famille&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;il n'y a pas &lt;/i&gt;(ou il n'y a plus ?)&lt;i&gt; de &#171; nature r&#233;volutionnaire du prol&#233;tariat &#187; &lt;/i&gt;d&#233;cidant de ce qu'il est et de ce qu'il sera contraint de faire. Ce n'est que dans l'&lt;i&gt;existence&lt;/i&gt; de la classe ouvri&#232;re &lt;i&gt;comme fonction&lt;/i&gt; &lt;i&gt;&#233;conomique&lt;/i&gt; que peut s'enraciner celle du prol&#233;tariat comme &#233;tant cette fonction se retournant contre elle-m&#234;me, car ce n'est qu'ainsi que l'on saisit la r&#233;volution dans sa &lt;i&gt;d&#233;termination&lt;/i&gt; essentiellement historique et &lt;i&gt;conjoncturelle&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est une d&#233;rive &#171; naturelle &#187; de la th&#233;orie que de consid&#233;rer les classes comme des calques des rapports de production, en ce que par nature la th&#233;orie se doit de consid&#233;rer la lutte des classes dans sa &#171; finalit&#233; historique &#187; : c'est sa raison d'&#234;tre &lt;i&gt;et sa limite&lt;/i&gt;. Le 5 mars 1852, dans une lettre bien connue &#224; Weydemeyer, Marx &#233;crit : &#171; &#8230;ce n'est pas &#224; moi que revient le m&#233;rite d'avoir d&#233;couvert l'existence des classes dans la soci&#233;t&#233; moderne, pas plus que la lutte qu'elles s'y livrent. Des historiens bourgeois avaient expos&#233; bien avant moi l'&#233;volution historique de cette lutte des classes et des &#233;conomistes bourgeois en avaient d&#233;crit l'anatomie &#233;conomique. Mon originalit&#233; a consist&#233; : 1. &#224; d&#233;montrer que l'&lt;i&gt;existence des classes &lt;/i&gt;n'est li&#233;e qu'&#224; &lt;i&gt;des phases historiques d&#233;termin&#233;es du d&#233;veloppement de la production&lt;/i&gt; ; 2. que la lutte des classes m&#232;ne n&#233;cessairement &#224; la &lt;i&gt;dictature du prol&#233;tariat&lt;/i&gt; ; 3. que cette dictature elle-m&#234;me ne repr&#233;sente qu'une transition vers &lt;i&gt;l'abolition de toutes les classes&lt;/i&gt; et vers une &lt;i&gt;soci&#233;t&#233; sans classes&lt;/i&gt;. Des sots ignorants comme Heinzen, qui ne nient pas seulement la lutte des classes, mais l'existence m&#234;me de celles-ci [&#8230;] prouvent qu'ils ne sont que des valets de la bourgeoisie, servitude d'autant plus r&#233;pugnante que ces cr&#233;tins comprennent moins la &lt;i&gt;grandeur et la n&#233;cessit&#233; passag&#232;re de ce r&#233;gime bourgeois lui-m&#234;me&lt;/i&gt; [nous soulignons]. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;h.hsg8i9qlmwvz&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Prol&#233;tariat et classe ouvri&#232;re (suite)&lt;/strong&gt;{{}}&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec raison, &lt;i&gt;TL&lt;/i&gt; fixe comme t&#226;che &#224; la production th&#233;orique en g&#233;n&#233;ral et &#224; la d&#233;finition des classes en particulier &#171; l'analyse &lt;i&gt;pr&#233;cise&lt;/i&gt; d'&#233;pisodes &lt;i&gt;pr&#233;cis&lt;/i&gt; de la lutte des classes &#187; (p. 49). Or ce prol&#233;tariat si rigoureusement d&#233;fini emp&#234;che tout aussi rigoureusement de remplir cette t&#226;che si ce n'est en adjoignant &#224; cette d&#233;finition toutes sortes de circonstances ext&#233;rieures &#224; la d&#233;finition telle qu'elle est produite : fonction, niveau de salaire, nation, religion, genre, races, etc. Alors que sur la base de la contradiction qu'est pour lui-m&#234;me le travail productif (en tant que rapport &#224; la fois essentiel et contradictoire pour le mode de production capitaliste), le prol&#233;tariat c'est, dans un premier temps encore objectif, &lt;i&gt;la classe ouvri&#232;re se retournant contre elle-m&#234;me&lt;/i&gt; comme cat&#233;gorie &#233;conomique dans sa contradiction de cat&#233;gorie &#233;conomique avec le capital. Mais alors elle devient &lt;i&gt;autre&lt;/i&gt;, le prol&#233;tariat n'est pas un simple moment d'une th&#233;odic&#233;e n&#233;cessaire de la classe ouvri&#232;re. Toutes les contradictions objectives (&#233;conomiques) du mode de production capitaliste sont l&#224; et elles sont d&#233;terminantes, mais les classes acqui&#232;rent, de par ces bases objectives m&#234;mes dans leur existence et m&#233;tamorphoses propres, une existence qui ne se confond pas avec ces&lt;a id=&#034;id.dsq0p3a89wm&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt; cat&#233;gories de l'&#233;conomie politique et leurs contradictions. Le prol&#233;tariat se d&#233;finit lui-m&#234;me, il est pratiquement sa propre production, il exc&#232;de toutes ses d&#233;finitions parce que toutes les d&#233;finitions deviennent des pratiques convoquant les &lt;i&gt;individus&lt;/i&gt; et les re-d&#233;finissant comme &lt;i&gt;sujets&lt;/i&gt;. C'est bien l&#224; de sujets dont il s'agit dans toute l'ambivalence du terme &#224; l'int&#233;rieur de la vie quotidienne et de pratiques, convoquant les individus et op&#233;rant sous des id&#233;ologies : s&#233;paration entre sujet et objet / conditions objectives et projet&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb261&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dans son mouvement, dans les formes qu'elle prend et abandonne, la lutte (&#8230;)&#034; id=&#034;nh261&#034;&gt;261&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le prol&#233;tariat n'est pas constitu&#233; par l'&#233;panouissement enfin advenu des contradictions du mode de production capitaliste mais par leur retournement contre elles-m&#234;mes et cela change tout. Il ne s'agit plus de ce fait d'additionner ou soustraire les cat&#233;gories &#233;conomiques et les individus qui leur &#171; correspondent &#187;. Le prol&#233;tariat ne se confond pas avec la classe ouvri&#232;re ou les travailleurs productifs, les pratiques par lesquelles il existe peuvent m&#234;me entrer en conflit avec celles de fractions de la classe ouvri&#232;re : Juin 1848, La Commune, Allemagne 1919, Espagne 1936-1937, Italie 1969-70-71. Dans une crise r&#233;volutionnaire, les travailleurs productifs peuvent parfaitement &#234;tre amen&#233;s &#224; d&#233;fendre toutes les formes de socialisation autogestionnaire de la production, comme, toutes proportions gard&#233;es, en Argentine en 2001 face aux organisations &lt;i&gt;piqueteros&lt;/i&gt;. Ces pratiques dans lesquelles le prol&#233;tariat se d&#233;finit lui-m&#234;me et qui s'originent sur la base d'une &lt;i&gt;crise de la reproduction&lt;/i&gt; entrent en conflit avec la propension spontan&#233;e de la classe ouvri&#232;re &#224; demeurer une cat&#233;gorie socio-&#233;conomique du mode de production capitaliste, et, d'autre part exc&#232;dent toute &lt;i&gt;d&#233;finition structurelle&lt;/i&gt; parce que c'est au niveau de la reproduction des rapports de production avec toutes leurs m&#233;tamorphoses que les choses commencent &#224; se passer. Qui peut pr&#233;tendre que dans une &#233;meute ou m&#234;me une insurrection r&#233;volutionnaire, les segmentations raciales, les contradictions entre femmes et hommes sont, de fait, par d&#233;finition, surmont&#233;es et effac&#233;es ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le prol&#233;tariat c'est la classe ouvri&#232;re en contradiction avec sa propre existence, mais alors c'est une autre configuration de la lutte des classes qui se met en place, d'autres compositions qui retravaillent leur origine et leur cause. Le prol&#233;tariat est la remise en cause du mouvement dans lequel la classe ouvri&#232;re (les travailleurs productifs &#8211; si l'on consid&#232;re le travail productif comme une identit&#233; personnelle) est reproduite. Le prol&#233;tariat comme &#233;tant la classe ouvri&#232;re en contradiction avec sa propre existence est alors un &lt;i&gt;objet th&#233;orique&lt;/i&gt;, ce qui ne signifie pas &#171; imaginaire &#187;, on a chang&#233; de niveau : le terme de &#171; prol&#233;tariat &#187; signifie que l'on consid&#232;re les contradictions du mode de production capitaliste non seulement en tant que telles mais comme produisant leur d&#233;passement. C'est l&#224; que le concept de prol&#233;tariat peut tomber sous la critique de la sp&#233;culation et de la t&#233;l&#233;ologie (voir plus loin &#224; propos de &lt;i&gt;La Mat&#233;rielle&lt;/i&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut se souvenir de comment en novembre 2005, en France, les dites &#171; &#233;meutes de banlieues &#187; avaient fonctionn&#233; comme &lt;i&gt;analyseur&lt;/i&gt; de toutes les fractions et th&#233;ories r&#233;volutionnaires, y compris parmi les &#171; communisateurs &#187; de l'&#233;poque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le n&#176;4 de la revue &lt;i&gt;Meeting&lt;/i&gt; (juin 2008), on pouvait lire :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; S'il devient incontournable de fixer des lignes de d&#233;marcation non pas entre des personnes, des groupes ou des revues mais entre des positions et de cerner l'&lt;i&gt;&#233;quivoque&lt;/i&gt; interne de la probl&#233;matique de la communisation c'est que parler de r&#233;volution comme communisation prend d&#233;finitivement le large par rapport &#224; la r&#233;volution comme affirmation de la classe et &#224; la d&#233;marche et aux positions imm&#233;diates, &lt;i&gt;dans le pr&#233;sent&lt;/i&gt;, que cette position implique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;D'un c&#244;t&#233;&lt;/i&gt;, ceux pour qui la lutte de classe est une d&#233;fense de la situation de prol&#233;taire jusqu'&#224; ce que les ouvriers, suffisamment unis et puissants prennent en mains la soci&#233;t&#233; et affirment leur puissance et leur r&#244;le social de classe en se lib&#233;rant de la domination capitaliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;De l'autre&lt;/i&gt;, ceux pour qui la lutte de classe s'ach&#232;ve non dans la victoire du prol&#233;tariat, mais dans l'abolition de toutes les classes y compris le prol&#233;tariat. Il ne s'agit pas d'un suicide social, mais de l'abolition du capital, de la valeur, de l'&#233;change, de la division du travail, de toute forme de propri&#233;t&#233;, de l'Etat (ce que l'on peut &#233;galement formuler comme abolition du travail et de l'&#233;conomie &#8211; si l'on a &#233;tabli toutes les m&#233;diations th&#233;oriques produisant ces formulations). Le prol&#233;tariat abolit tout ce qu'il est, toutes ses conditions d'existence. Cela, imm&#233;diatement, dans le processus r&#233;volutionnaire &#224; venir, comme condition expresse de sa victoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Avec les &#233;meutes de novembre et les p&#233;rip&#233;ties de la lutte anti-CPE, la rupture est consomm&#233;e avec ceux qui, dans un surprenant renversement, se veulent les derniers repr&#233;sentants du mouvement ouvrier qui &#233;tait leur ennemi &lt;i&gt;intime&lt;/i&gt; quand il existait. Ils sont pr&#234;ts maintenant &#224; reprendre le flambeau et ramener &#224; la raison ceux qui voient qu'aujourd'hui la r&#233;volution ne peut qu'&#234;tre le prol&#233;tariat en finissant avec lui-m&#234;me. &#187; (&lt;i&gt;op. cit&lt;/i&gt;., p. 8).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, parler de communisation sans rien changer &#224; la compr&#233;hension du prol&#233;tariat et &#224; sa constitution, ni au caract&#232;re &lt;i&gt;essentiellement&lt;/i&gt; historique de sa contradiction avec le capital (et non &#171; modul&#233;e &#187; historiquement) revient &#224; faire de la communisation le nouveau programme de la classe ouvri&#232;re plus ou moins rebaptis&#233;e &#171; prol&#233;tariat &#187;. Contrairement aux ouvriers productifs qui assur&#232;rent la victoire de la majorit&#233; du SPD en 1919, les &#233;meutiers de 2005, pour la plupart n'en &#233;taient pas. Il ne s'agit pas de recr&#233;er, contre d'autres, des cat&#233;gories socio-&#233;conomiques &lt;i&gt;a priori&lt;/i&gt; &#171; r&#233;volutionnaires &#187;, mais de saisir &lt;i&gt;le prol&#233;tariat comme la mise en &#339;uvre pratique des contradictions du mode de production capitaliste qui, de dynamiques du mode de production, se retournent contre elles-m&#234;mes&lt;/i&gt; d&#233;signant (&#171; interpellant &#187;) leurs &lt;i&gt;porteurs&lt;/i&gt;, de fa&#231;on toujours historiquement d&#233;finie et conjoncturelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est que dans ce retournement des dynamiques contre elles-m&#234;mes que le travail productif acquiert une fonction d&#233;terminante dans la constitution du prol&#233;tariat. On peut ici reprendre une partie du texte &lt;i&gt;Le Moment actuel&lt;/i&gt; (&lt;i&gt;Sic&lt;/i&gt; 1, novembre 2011, sign&#233; R.S.), texte par ailleurs longuement cit&#233; et critiqu&#233; par &lt;i&gt;TL&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Un travailleur improductif vend sa force de travail et est exploit&#233; pareillement par son capitaliste, pour lequel son degr&#233; d'exploitation d&#233;terminera la part de plus-value qu'il pourra s'approprier comme profit. Mais c'est du travail productif que l'on peut d&#233;duire que le prol&#233;tariat ne se limite pas aux travailleurs productifs. En effet, premi&#232;rement, il est dans l'essence m&#234;me de la plus-value d'exister comme profit, y compris pour les capitaux productifs eux-m&#234;mes, deuxi&#232;mement, pour cette raison m&#234;me, c'est toute la classe capitaliste qui exploite toute la classe ouvri&#232;re, de m&#234;me que le prol&#233;taire appartient &#224; la classe capitaliste avant m&#234;me de se vendre &#224; tel ou tel patron. Cependant le travail social global que le capital cr&#233;e en se l'appropriant (le travail social ne pr&#233;existe pas dans le prol&#233;taire ou l'ensemble de la classe ant&#233;rieurement &#224; son appropriation) n'est pas une masse homog&#232;ne sans distinctions, m&#233;diations et hi&#233;rarchie, il n'est pas une totalit&#233; significative dans laquelle chaque partie contient toutes les d&#233;terminations de la totalit&#233;. Il ne faut pas &#233;luder un probl&#232;me central : si chaque prol&#233;taire &#224; un rapport formellement identique &#224; son capital particulier, il n'a pas selon qu'il est un travailleur productif ou non le m&#234;me rapport au capital social (il ne s'agit pas de conscience mais d'une situation objective). S'il n'y avait pas, au centre de la lutte des classes, la contradiction que repr&#233;sente le travail productif, pour le mode de production capitaliste &lt;i&gt;et pour le prol&#233;tariat&lt;/i&gt;, nous ne pourrions pas parler de r&#233;volution (elle serait quelque chose d'exog&#232;ne au mode de production, au mieux une utopie, au pire rien).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Si le prol&#233;tariat ne se limite pas &#224; la classe des travailleurs productifs de plus-value, c'est cependant &lt;i&gt;la contradiction qu'est le travail productif qui le construit&lt;/i&gt;. Le travail productif (de plus-value, c'est-&#224;-dire de capital) est la contradiction vivante et objective de ce mode de production. Il n'est pas une nature attach&#233;e &#224; des personnes : le m&#234;me travailleur peut accomplir des t&#226;ches productives et d'autres qui ne le sont pas ; le caract&#232;re productif du travail peut &#234;tre d&#233;fini au niveau du travailleur collectif ; le m&#234;me travailleur (int&#233;rimaire, par exemple) peut passer, d'une semaine &#224; l'autre, d'un travail productif &#224; un autre qui ne l'est pas. Mais le rapport de l'ensemble du prol&#233;tariat au capital est construit par la situation contradictoire du travail productif dans le mode de production capitaliste. La question est de savoir, toujours historiquement et conjoncturellement, comment cette contradiction essentielle (constitutive) construit, &#224; un moment donn&#233;, la lutte des classes, sachant qu'il est dans la nature m&#234;me du mode de production capitaliste que cette contradiction n'y apparaisse pas en clair : la plus-value devenant par d&#233;finition profit et le capital &#233;tant valeur en proc&#232;s. L'heure solitaire de la derni&#232;re instance ne sonne jamais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Les travailleurs productifs ne sont pas pour autant r&#233;volutionnaires par nature et en permanence. Les classes ne sont pas des collections d'individus, le prol&#233;tariat et la classe capitaliste sont la polarisation&lt;strong&gt; &lt;/strong&gt;sociale de la contradiction que sont la baisse du taux de profit ou le travail productif qui structure l'ensemble de la soci&#233;t&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb262&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;C'est avec raison que TL pointe le flou de la d&#233;finition des classes qui (&#8230;)&#034; id=&#034;nh262&#034;&gt;262&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Le rapport particulier (par rapport &#224; tout autre travail exploit&#233;) du travail productif au capital social ne se fixe pas comme l'essence des travailleurs productifs. Cependant, dans la contradiction du travail productif qui structure &lt;i&gt;l'ensemble de la soci&#233;t&#233;&lt;/i&gt; et la polarise en classes contradictoires, les travailleurs productifs ont une situation singuli&#232;re. En bloquant la production de valeur &lt;i&gt;et de plus-value&lt;/i&gt;, les hommes qui vivent au c&#339;ur du conflit du capital comme contradiction en proc&#232;s ne font pas que 'bloquer'. Dans leur action singuli&#232;re qui n'est rien de sp&#233;cial mais simplement leur engagement dans la lutte, la contradiction qui structure l'ensemble de la soci&#233;t&#233; comme lutte des classes revient sur elle-m&#234;me, sur sa propre condition, car le rapport d'exploitation ne rapporte pas le travailleur productif &#224; un capital particulier mais imm&#233;diatement, dans son rapport &#224; un capital particulier, au capital social. Ce qui, de fa&#231;on r&#233;elle, est constamment masqu&#233; dans la reproduction du capital revient &#224; la surface non seulement comme une contradiction interne &#224; la reproduction (entendue ici comme l'unit&#233; de la production et de la circulation) mais comme &lt;i&gt;ce qui fait que la contradiction elle-m&#234;me existe : le travail comme substance de la valeur qui dans le capital n'est valeur que &lt;/i&gt;&lt;i&gt;comme valeur en proc&#232;s&lt;/i&gt;. Dans la contradiction du travail productif &#8211; contradiction surtravail/travail n&#233;cessaire, c'est-&#224;-dire contradiction du travail n&#233;cessaire, c'est-&#224;-dire contradiction du travail productif &#224; lui-m&#234;me dans sa contradiction avec le capital &#8211; le capital comme contradiction en proc&#232;s est une contradiction entre des classes, elle est lutte de classes : la contradiction (l'exploitation) revient sur elle-m&#234;me, &lt;i&gt;sur sa propre condition&lt;/i&gt;. &#187; (&lt;i&gt;op. cit&lt;/i&gt;., pp. 136-137-138).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La production du concept de prol&#233;tariat est un proc&#232;s th&#233;orique. Dans le mouvement de cette production, lorsque nous parvenons &#224; une d&#233;finition au niveau de la reproduction en ce qu'elle inclut toutes les instances non strictement &#233;conomiques (la reproduction du face-&#224;-face comme principal r&#233;sultat du proc&#232;s de production inclut toutes les instances du mode de production), c'est-&#224;-dire lorsque nous parvenons dans cette d&#233;finition au niveau de la vie quotidienne, nous parvenons au bout de ce qu'il est &lt;i&gt;structurellement&lt;/i&gt; possible de d&#233;terminer dans les cat&#233;gories du proc&#232;s de production, mais nous ne sommes pas au bout de nos peines. Il faut alors entrer dans le domaine propre des &lt;i&gt;conjonctures historiques&lt;/i&gt;. Dans chaque conjoncture (bouleversement de la hi&#233;rarchie d&#233;terminative des instances), le prol&#233;tariat &lt;i&gt;se d&#233;finit lui-m&#234;me&lt;/i&gt; (comme l'a montr&#233; Thompson pour la classe ouvri&#232;re anglaise), mais sur un fondement objectif&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb263&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Thompson a une vision lin&#233;aire de l'histoire qui ne rend pas compte de la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh263&#034;&gt;263&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; comme pratique incluant et d&#233;passant le stade structurel ultime de sa d&#233;finition sur la base de la contradiction du travail productif : contradiction que nous pouvons mener (d&#233;velopper), au travers de ses m&#233;tamorphoses jusqu'au niveau le plus &lt;i&gt;imm&#233;diat&lt;/i&gt;, celui de la vie quotidienne. Bien qu'il y ait toujours des causes, le passage de la contradiction constitutive de l'exploitation et du travail productif au prol&#233;tariat est &lt;i&gt;al&#233;atoire&lt;/i&gt;. Le prol&#233;tariat est alors &lt;i&gt;historiquement&lt;/i&gt;, conjoncturellement, l'ensemble des pratiques dans lesquelles, &#224; partir de sa contradiction avec le capital et sur la base de sa propre contradiction &#224; elle-m&#234;me que la premi&#232;re contient (&#234;tre le travail productif), la classe ouvri&#232;re se remet en cause comme telle. Nous pouvons alors comprendre tous les usages que spontan&#233;ment et souvent intuitivement la production th&#233;orique a fait de ces deux notions connexes de classe ouvri&#232;re et de prol&#233;tariat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;h.cldwt7ky9u6v&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La constitution du prol&#233;tariat comme pratique&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;s&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;finir les classes &lt;i&gt;&#224; partir&lt;/i&gt; du travail productif (et donc de son contraire le travail improductif et l'appropriation de la plus-value) comme simultan&#233;ment la dynamique et une contradiction pour lui-m&#234;me du mode de production capitaliste, c'est non pas d&#233;passer le travail productif en le laissant derri&#232;re soi pour passer &#224; autre chose, mais le &lt;i&gt;d&#233;velopper&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb264&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Karel Kosik, dans La Dialectique du concret (&#233;d. Maspero, 1970, [ traduction (&#8230;)&#034; id=&#034;nh264&#034;&gt;264&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Cela jusqu'au point o&#249; le prol&#233;tariat appara&#238;t comme r&#233;alit&#233; vivante et pratique, comme la dissolution des conditions existantes, cela dans ses pratiques conjoncturelles en relation avec d'autre classes diff&#233;remment exploit&#233;es (au travers de l'&#233;change) que, dans certaines circonstances, dans sa contradiction avec la classe capitaliste (toujours surd&#233;termin&#233;e&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb265&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Quand TL reprend le concept de surd&#233;termination c'est toujours comme un (&#8230;)&#034; id=&#034;nh265&#034;&gt;265&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;), il intgre dans sa propre existence pratique. Ce que, dans la d&#233;finition du prol&#233;tariat, &lt;i&gt;TC&lt;/i&gt; envisage comme dissolution des classes dans la lutte des classes, c'est une &lt;i&gt;activit&#233;&lt;/i&gt;, ce n'est pas la rencontre de substances pr&#233;alablement d&#233;finies. D&#233;finir le prol&#233;tariat comme une classe en contradiction, dans son rapport au capital, avec sa propre existence comme classe, c'est le d&#233;finir comme la dissolution des classes. Dans sa constitution comme prol&#233;tariat, la classe ouvri&#232;re se diff&#233;rencie d'elle-m&#234;me &#224; partir de la contradiction qu'est le travail productif, le prol&#233;tariat est alors cette activit&#233; de dissolution de toutes les cat&#233;gories du mode de production (y compris les classes).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A partir de la &#171; mati&#232;re premi&#232;re &#187; que constituent les fonctions dans le proc&#232;s de production, tout se joue dans un faisceau de contradictions et de surd&#233;terminations, dans une conjoncture. Une crise de la valeur peut, &#224; partir de son noyau capitaliste, la crise du travail productif de plus-value, &#234;tre pour le prol&#233;tariat une lutte contre le capital, dans laquelle il se constitue en absorbant, contre la classe capitaliste, une grande partie de la soci&#233;t&#233;. C'est le processus de son abolition dans celle de l'&#233;change, &#224; laquelle se trouvent contraintes toutes sortes de couches p&#233;riph&#233;riques et de pauvres devenant des prol&#233;taires, c'est la mati&#232;re dans laquelle se constitue pratiquement le prol&#233;tariat. Mais il est une grave contradiction interne au processus r&#233;volutionnaire qui tient &#224; cette pratique m&#234;me de constitution du prol&#233;tariat. Dans ce processus ce sont des masses &#233;normes qui sont embarqu&#233;es dans le mouvement et qui ne sont pas des ouvriers. C'est-&#224;-dire que la contradiction qui entra&#238;ne l'abolition de la valeur c'est la contradiction du capital comme contradiction en proc&#232;s, mais cette contradiction en tant que force vivante c'est la contradiction entre surtravail et travail n&#233;cessaire. C'est sur cette base que le prol&#233;tariat s'unifie dans l'abolition de la valeur, sur cette base qu'il devra englober, entra&#238;ner, une masse fantastique de paysans ruin&#233;s, de prol&#233;taires de l'&#233;conomie informelle, etc. qui appartiennent certes au cycle mondial du capital, qui sont exploit&#233;s, mais souvent et seulement comme &lt;i&gt;&#233;changistes&lt;/i&gt;. Ils ne vivent pas la contradiction de la valeur comme contradiction entre surtravail et travail n&#233;cessaire, ils ne vivent donc pas imm&#233;diatement la n&#233;cessit&#233; de son d&#233;passement. La mis&#232;re et le d&#233;nuement extr&#234;me ne sont pas en eux-m&#234;mes la n&#233;cessit&#233;, la contrainte &#224; &#234;tre r&#233;volutionnaire (mais cette &#171; contrainte &#187; n'existe pour personne comme une pr&#233;destination). L&#224;, le mode de production capitaliste poss&#232;de une masse de man&#339;uvre physique et sociale qui peut faire fr&#233;mir. Rien n'est acquis parce que rien n'est d&#233;termin&#233; par un &#171; &#234;tre &#187; ne pouvant qu'acc&#233;der &#224; sa r&#233;alit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est le cas, qui choque tant &lt;i&gt;TL&lt;/i&gt; (p. 136), du &#171; paysan andin &#187; &#233;voqu&#233; dans &lt;i&gt;TC &lt;/i&gt;16 &#224; propos de la dite &#171; r&#233;volte des Ponchos &#187; en Equateur en 2000 ; c'est aussi le cas de ce qu'&#233;crivait Th&#233;o Cosme &#224; propos de l'Iran : &#171; La simple pression de cette masse paysanne, en dehors m&#234;me de son activit&#233; directe dans la lutte des classes, joue sur la contradiction entre le prol&#233;tariat et le capital d'un double point de vue : exode rural et surpopulation ; solidarit&#233; et constitution d'une identit&#233; de pauvre non purement capitaliste. Toute perspective de lutte en Iran, m&#234;me strictement urbaine et ouvri&#232;re est tributaire du poids de cet environnement. L'inach&#232;vement de la r&#233;forme agraire devient une question qui se r&#232;gle dans les luttes urbaines et ouvri&#232;res non comme intervention &#233;trang&#232;re de ces derni&#232;res 'sur les campagnes', mais parce que ces luttes sont, de l'int&#233;rieur, structur&#233;es en grande partie par cette question qui n'est plus alors une question autonome, mais une question &lt;i&gt;pos&#233;e dans les termes m&#234;mes de la lutte ouvri&#232;re&lt;/i&gt; [nous soulignons] &#187; (&lt;i&gt;De la politique en Iran&lt;/i&gt;, &#233;d. Senonevero, 2010, p. 130).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Argentine au d&#233;but des ann&#233;es 2000, est-ce que les ch&#244;meurs, les assembl&#233;es de &lt;i&gt;piqueteros,&lt;/i&gt; la masse des informels travaillant dans les services &#233;taient &#233;trangers au prol&#233;tariat, n'en faisaient-ils pas partie largement au m&#234;me titre que les travailleurs productifs qui &#171; r&#233;cup&#233;raient &#187; les ateliers et les usines ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En France, en 2005, il y avait peu de travailleurs productifs dans les &#171; &#233;meutes de banlieues &#187;, est-ce que ce n'&#233;taient pas des prol&#233;taires ? Va-t-on qualifier les &#233;meutes d'interclassistes ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Gr&#232;ce, en 2008, nous (&lt;i&gt;TC&lt;/i&gt;) &#233;crivions : &#171; La dynamique de ce cycle de luttes appara&#238;t comme un &lt;i&gt;&#233;cart&lt;/i&gt; &#224; l'int&#233;rieur de la lutte de classe, c'est-&#224;-dire comme un &#233;cart &#224; l'int&#233;rieur m&#234;me de l'action en tant que classe. Dans ses formes m&#234;me d'actions, le mouvement a exprim&#233; cet &lt;i&gt;&#233;cart&lt;/i&gt; constitutif. On a d&#233;j&#224; insist&#233; sur l'attaque de toutes les formes institutionnelles de la reproduction g&#233;n&#233;rale des rapports sociaux capitalistes (essentiellement l'Etat) sans que cette attaque de la &lt;i&gt;reproduction&lt;/i&gt; inclue en elle la &lt;i&gt;production&lt;/i&gt;. L'attaque de la reproduction s'est trouv&#233;e comme en apesanteur au-dessus du plancher de verre la s&#233;parant de la production. &#187; (&lt;i&gt;Le Plancher de verre&lt;/i&gt;, in &#171; Les &#233;meutes en Gr&#232;ce &#187;, &#233;d. Senonevero, 2009). Malgr&#233; ce plancher de verre, &#233;tait-ce une erreur d'appeler &#171; prol&#233;taires &#187; ces &#233;meutiers ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Palestine, &#171; L'Intifada [la premi&#232;re, nda] est essentiellement la r&#233;volte du prol&#233;tariat palestinien contre sa propre situation, cependant toute la limite de cette r&#233;volte se trouve dans l'adjectif 'palestinien' ; et donc dans son corollaire, l'imposition et le d&#233;veloppement des rapports sociaux capitalistes comme occupation isra&#233;lienne. Si 'palestinien' renvoie &#224; la limite des luttes, l'adjectif recouvre simultan&#233;ment la constitution, le contenu, la mise en forme de cette r&#233;volte. Au travers de l'Intifada, &lt;i&gt;&#234;tre palestinien est devenu occuper une certaine position sociale de prol&#233;taire&lt;/i&gt; [nous soulignons], et non une donn&#233;e ethnique &lt;i&gt;a priori&lt;/i&gt;. C'est de cette position que proc&#232;de le contenu 'nationaliste' de l'Intifada, c'est-&#224;-dire de la sp&#233;cificit&#233; de la gen&#232;se, et de la forme historique, de l'opposition entre prol&#233;tariat et capital. Il ne s'agit donc pas d'une r&#233;volte prol&#233;tarienne s'engluant dans le nationalisme, mais d'un nationalisme qui est limite intrins&#232;que de cette r&#233;volte, de par la d&#233;finition sociale et historique du prol&#233;tariat, de par sa formation, son &lt;i&gt;making &lt;/i&gt;dirait Thompson. C'est dans ce nationalisme que cette r&#233;volte se constitue comme &lt;i&gt;prol&#233;tarienne&lt;/i&gt;. &#187; (Th&#233;o Cosme, &lt;i&gt;Moyen-Orient 1945-2002, histoire d'une lutte de classes&lt;/i&gt;, &#233;d. Senonevero, 2002, p. 149).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans &lt;i&gt;TC&lt;/i&gt; 18 (f&#233;vrier 2003), nous revenions, toujours en ce qui concerne les insurrections palestiniennes, sur la question de la constitution toujours en situation et conjoncturelle du prol&#233;tariat, constitution non identique aux rapports de production mais travaillant, &lt;i&gt;en situation&lt;/i&gt;, le mat&#233;riau de ces rapports.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La disjonction en profondeur qui appara&#238;t, dans la seconde Intifada, entre la population palestinienne et l'Autorit&#233; signifie que la question palestinienne abandonne son ' enveloppe nationale &#8221;, et n'est plus qu'un probl&#232;me social qui dans la p&#233;riode actuelle se trouve ethnicis&#233;. L'intifada est-elle une lutte de classe ou une lutte ethnique comme elle semble de plus en plus l'&#234;tre ? La question est malheureusement fausse, il n'y a pas de contradiction entre les deux, les expressions religieuses et/ou raciales de la lutte contre les Isra&#233;liens ne retirent rien au caract&#232;re prol&#233;tarien de cette lutte dussions-nous en souffrir. Dans la situation politique n&#233;e de l'utilisation et de la reproduction actuelles de la main-d'oeuvre palestinienne, la d&#233;fense de la condition prol&#233;tarienne est ethnique parce qu'Isra&#235;l le veut et le veut bien plus que l'OLP qui va l&#224; &#224; sa perte. Dans les aires p&#233;riph&#233;riques du capital (et pour les segments du prol&#233;tariat p&#233;riph&#233;ris&#233;s &#224; l'int&#233;rieur des aires centrales), c'est comme production ethnico-traditionnelle tout &#224; fait moderne que s'effectue la destruction de l'identit&#233; prol&#233;tarienne ou l'impossible accession &#224; la confirmation de cette identit&#233; dans la reproduction du capital. Comme partout, &lt;i&gt;le prol&#233;tariat ne peut s'opposer au capital qu'en remettant en cause le mouvement dans lequel il est lui-m&#234;me reproduit comme classe&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb266&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le prol&#233;tariat n'en reste jamais &#224; &#234;tre tel que le d&#233;finirait (s'il existait (&#8230;)&#034; id=&#034;nh266&#034;&gt;266&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, ici en Palestine, comme de la Kabylie aux &lt;i&gt;piqueteros&lt;/i&gt; argentins en passant par l'indien du Chiapas, l'ethnicisation est la forme pauvre et violente du d&#233;mocratisme radical. Dans ce cadre agir en tant que classe devient &#224; l'&#233;vidence une limite de sa propre lutte n&#233;cessaire en tant que classe, dans l'ethnicisation de la lutte de classe est reconnue simultan&#233;ment d'une part la disparition de l'identit&#233; ouvri&#232;re ou son impossible production et, d'autre part, la n&#233;cessit&#233; et l'&#233;ternit&#233; du capital. Il ne suffit pas de dire que l'ethnicisation de la lutte de classe en est une limite si l'on ne dit pas comment cette limite existe et surtout comment en elle &lt;i&gt;c'est la d&#233;finition m&#234;me du prol&#233;tariat comme classe qui appara&#238;t dans la lutte de classe m&#234;me comme une limite&lt;/i&gt; [nous soulignons]. Partout dans le monde nous sommes entr&#233;s dans une phase de la lutte de classe o&#249; le prol&#233;tariat ne peut lutter contre le capital, dans ses revendications les plus imm&#233;diates, sans que sa propre lutte ne dresse face &#224; lui sa propre existence comme classe comme la limite de sa lutte : de l'islamisme au d&#233;mocratisme radical ; de l'indianit&#233; chiapanenque aux&lt;i&gt; aarch&lt;/i&gt; kabyles. &#187; (&lt;i&gt;TC&lt;/i&gt; 18, &lt;i&gt;La seconde Intifada,&lt;/i&gt; pp. 144-145).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand on d&#233;finit le prol&#233;tariat comme l'incarnation (&#171; en chair et en os &#187; &#233;crit &lt;i&gt;TL&lt;/i&gt;) d'une cat&#233;gorie &#233;conomique (le travail productif), il est relativement facile de le dire r&#233;volutionnaire. Mais alors la m&#234;me d&#233;finition doit expliquer la lutte de classe &#171; ordinaire &#187; et aussi toutes les entorses que cette m&#234;me cat&#233;gorie a inflig&#233;es aux choix et pratiques de cette classe : le d&#233;part en 1914 ; le ralliement &#224; la fraction dominante de la social-d&#233;mocratie allemande en 1919, la participation au fascisme et au nazisme, le stalinisme, la participation au p&#233;ronisme, etc., &lt;i&gt;TL&lt;/i&gt; confond le travail productif qui est le concept permettant de cerner la contradiction fondamentale du mode de production capitaliste et les classes qui, &lt;i&gt;sur la base de cette contradiction&lt;/i&gt;, sont des r&#233;alit&#233;s v&#233;cues et auto-construites (au travers d'une s&#233;rie de m&#233;diations qui sont la forme d&#233;velopp&#233;e de cette contradiction) dans l'enchev&#234;trement conflictuel de pratiques dont les porteurs sont d&#233;termin&#233;s dans un r&#233;seau de situations (dont les instances les constituant sont mouvantes dans leurs relations d&#233;terminantes &#8212; causales ? &#8212;) qui peuvent diff&#233;rencier des individus pourtant tout autant abstraitement qu'objectivement identiques. Tous les travailleurs productifs ne sont pas, dans les luttes de classes des prol&#233;taires et les prol&#233;taires des travailleurs productifs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La classe est toujours une relation, c'est-&#224;-dire pour le prol&#233;tariat : subsomption sous le capital et donc &lt;i&gt;existence dans les cat&#233;gories de celui-ci et de son autopr&#233;supposition&lt;/i&gt; (pour la classe capitaliste il s'agit de la concurrence et des distinctions fonctionnelles du proc&#232;s d'ensemble : capital industriel, commercial, financier). La contradiction entre les classes est alors, par d&#233;finition, surd&#233;termin&#233;e par toutes les instances du mode de production : de la nation &#224; la politique en passant par toutes les formations id&#233;ologiques et la concurrence des capitaux entre eux. C'est ici que se situe la &#171; disharmonie &#187; entre ce qu'il se passe &#224; un moment donn&#233; et le fameux &#171; ce que le prol&#233;tariat doit faire conform&#233;ment &#224; son &#234;tre &#187;, disharmonie dont la rigoureuse et essentialiste probl&#233;matique de &lt;i&gt;TL&lt;/i&gt; ne peut pas rendre compte. Cette &#171; disharmonie &#187; ne tient pas seulement &#224; des circonstances momentan&#233;es li&#233;es &#224; des moments historiques particuliers, elle est inh&#233;rente pour le prol&#233;tariat au fait de sa construction comme classe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;h.bl5pp45yxnjl&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;Prol&#233;tariat / classe communisatrice &lt;/strong&gt;{{}}&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans notre tentative de d&#233;finition des classes et du prol&#233;tariat en particulier, nous avons distingu&#233; les deux termes de prol&#233;tariat et de classe ouvri&#232;re, le premier n'&#233;tant pas la seconde avec quelques &#233;l&#233;ments en plus ou en moins. Les deux cat&#233;gories ne se situent pas dans le m&#234;me champ th&#233;orique. Cependant, notre d&#233;finition, construite par &#171; &#233;tapes &#187;, du prol&#233;tariat inclut comme un de ses moments la classe ouvri&#232;re. C'est-&#224;-dire que, dans cette d&#233;finition, le prol&#233;tariat est le dernier terme socialement et conjoncturellement possible de sa propre d&#233;finition (auto-d&#233;finition) qui inclut, dans ses premiers termes la classe ouvri&#232;re. Ce que nous appelons prol&#233;tariat est &#224; la fois le terme (l'ach&#232;vement) de tout le proc&#232;s de sa d&#233;finition et ce proc&#232;s lui-m&#234;me. Ce que nous avions expos&#233; et &lt;i&gt;d&#233;crit&lt;/i&gt; pr&#233;c&#233;demment comme une d&#233;finition d'usage significative mais &lt;i&gt;intuitive&lt;/i&gt;, nous avons cherch&#233; &#224; le &lt;i&gt;penser&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb267&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; ...l'intuition, pleine de sens ordonne ce qui n'est que ph&#233;nom&#232;nes d'une (&#8230;)&#034; id=&#034;nh267&#034;&gt;267&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;i&gt;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;{}On peut alors &lt;i&gt;comprendre &lt;/i&gt;(ce que l'intuition avait &lt;i&gt;imm&#233;diatement&lt;/i&gt; saisi), que le prol&#233;tariat tel qu'il est constitu&#233; &#224; l'issue de de sa d&#233;finition est toujours &lt;i&gt;le nom par lequel le discours th&#233;orique d&#233;signe, &#224; l'int&#233;rieur de lui-m&#234;me, la classe r&#233;volutionnaire&lt;/i&gt;, quels que soient historiquement le cours et le contenu de cette r&#233;volution. Dans les conditions pr&#233;sentes, ce prol&#233;tariat s'ach&#232;ve (dans les deux sens du terme) comme &lt;i&gt;classe communisatrice&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Classe communisatrice &#187; cela pourrait simplement dire que l'on consid&#232;re le prol&#233;tariat dans son activit&#233;. A ce moment-l&#224;, cette activit&#233; &#233;tant (par hypoth&#232;se et tautologie) les mesures communistes, le prol&#233;tariat est alors &lt;i&gt;la classe communisatrice&lt;/i&gt; ; c'est exact, mais &#8230; pas tout &#224; fait. Le prol&#233;tariat ne serait alors qu'un d&#233;veloppement lin&#233;aire &#224; partir de sa notion de d&#233;part : la classe ouvri&#232;re (la fonction &#233;conomique dans le proc&#232;s de production). La r&#233;volution comme communisation ne serait plus que le nouveau programme enfin r&#233;alisable de la classe ouvri&#232;re. Cela demande quelques explications.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Repartons de choses plus ou moins connues et &#171; simples &#187;. Actuellement, c'est en abolissant ses propres conditions d'existence que le prol&#233;tariat est r&#233;volutionnaire et qu'il peut supprimer les bases de la contre-r&#233;volution, car il ne promeut aucun terme du proc&#232;s contradictoire du capital contre un autre. Lorsque la r&#233;volution brise le cadre de l'entreprise et de l'&#233;change, le prol&#233;tariat ne pose pas une forme de r&#233;partition du travail social directement fond&#233;e sur le travail abstrait&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb268&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir la pol&#233;mique de Marx contre John Gray &#224; propos des &#171; bons de travail &#187; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh268&#034;&gt;268&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, il ne pose pas son existence comme pouvant promouvoir une forme plus sociale de l'appropriation des produits et des forces productives, c'est la propri&#233;t&#233; sous quelque forme que ce soit qui est abolie et, corollairement, son essence subjective, le travail ; lorsque le prol&#233;tariat abolit la valeur, il ne promeut pas la valeur d'usage ; le prol&#233;tariat ne fait pas triompher l'association du travail contre le travail salari&#233; ni la &#171; communaut&#233; &#187; contre l'individu. Ce qu'il y a d'essentiel dans ce que nous pr&#233;sumons comme proc&#232;s r&#233;volutionnaire, c'est qu'en tant que production &lt;i&gt;consciente&lt;/i&gt; de l'histoire (ce qui ne va pas sans id&#233;ologie), le contenu de ce proc&#232;s, comme activit&#233; du prol&#233;tariat, s'impose &#224; ce dernier comme mesures pour assurer sa victoire. Abolition de la valeur, du salariat, de la propri&#233;t&#233;, de l'entreprise, production de l'imm&#233;diatet&#233; sociale de l'individu, ne sont pas des buts que le prol&#233;tariat tendrait &#224; r&#233;aliser apr&#232;s sa victoire, mais des n&#233;cessit&#233;s imm&#233;diates qui apparaissent d&#232;s qu'il se heurte, en tant qu'abolition positive du capital, &#224; la contre-r&#233;volution qui n'est, elle, que l'expression automatique, in&#233;luctable, de la &#171; caducit&#233; &#187; du capital qui est sa force et sa signification historique. C'est l&#224; la signification essentielle du capital comme contradiction en proc&#232;s. C'est l&#224; &#233;galement que les choses commencent &#224; devenir un peu plus compliqu&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le capital n'est pas un pur obstacle &#224; la r&#233;volution. Il est &#224; m&#234;me, au travers de son propre d&#233;veloppement, de r&#233;soudre une contradiction portant le communisme comme son d&#233;passement. Si le capital est une &#171; contradiction en proc&#232;s &#187;, comme le d&#233;veloppe Marx dans les &lt;i&gt;Grundrisse&lt;/i&gt;, et si son d&#233;veloppement est la production des conditions non seulement mat&#233;rielles, mais encore en tant qu'activit&#233; du prol&#233;tariat, capables de faire &#233;clater cette base &#233;triqu&#233;e qu'est la valeur-travail, ce n'est pas que &lt;i&gt;sa n&#233;crologie&lt;/i&gt; qui est alors d&#233;crite, c'est simultan&#233;ment &lt;i&gt;sa force&lt;/i&gt; et sa signification historique. C'est parce que tout son d&#233;veloppement, fond&#233; sur l'appropriation et la n&#233;gation du travail vivant, est une contradiction en proc&#232;s, que le capital implique et reproduit contradictoirement &#224; lui le prol&#233;tariat. Prol&#233;tariat comme classe r&#233;volutionnaire et d&#233;veloppement du capital comme contradiction en proc&#232;s sont les deux aspects d'un m&#234;me processus, d'un m&#234;me rapport de production. C'est parce qu'il est ce proc&#232;s contradictoire qui le mine, que le capital a une signification historique, mais alors avoir une signification historique c'est, dans le contenu m&#234;me de son d&#233;veloppement, pouvoir imposer face &#224; la classe r&#233;volutionnaire &lt;i&gt;sa propre reproduction et accumulation comme r&#233;ponse ayant un sens historique face &#224; la r&#233;volution&lt;/i&gt;. Il est &#224; m&#234;me, pour cette raison, de transformer en limites les d&#233;terminations pr&#233;sentes du cycle de luttes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;{{}}On ne peut parler de signification historique du capital que dans la perspective de son d&#233;passement ; c'est donc en tant qu'il implique le prol&#233;tariat que le capital a une signification historique. Le capital n'a pas une signification historique simplement parce qu'il a en face de lui une classe r&#233;volutionnaire, un peu malgr&#233; lui en quelque sorte, mais parce que cette classe se d&#233;finit comme telle dans son rapport &#224; l'activit&#233; propre du capital : l'accumulation. En ce sens, c'est bien dans son activit&#233; sp&#233;cifique de p&#244;le de la contradiction que le capital a une signification historique. Le probl&#232;me du r&#244;le et de l'activit&#233; du capital par rapport au communisme est important parce qu'il est celui du rapport entre r&#233;volution et contre-r&#233;volution. Dit de la fa&#231;on la plus ramass&#233;e, le prol&#233;tariat est la classe r&#233;volutionnaire parce que travail vivant s&#233;par&#233; de ses conditions il est face &#224; son contraire : la contradiction de celui-ci est par l&#224; contradiction &#224; lui-m&#234;me. R&#233;ciproquement, cela d&#233;finit l'accumulation du capital de fa&#231;on &lt;i&gt;qualitative&lt;/i&gt; : appropriation du travail vivant et de ses forces sociales. L'accumulation ne vient pas brider une nature r&#233;volutionnaire, cette accumulation qualitativement est appropriation de ce travail vivant, elle est impliqu&#233;e par la d&#233;finition m&#234;me du prol&#233;tariat comme classe r&#233;volutionnaire et lui r&#233;pond de par son contenu qualitatif. Capital et prol&#233;tariat s'impliquent au niveau de ce qui fait de l'un une classe r&#233;volutionnaire et de l'autre un proc&#232;s de valorisation et par l&#224; proc&#232;s de reproduction de cette classe. Tout le d&#233;veloppement du mode de production capitaliste est celui de sa signification historique, non comme accumulation de conditions mais comme d&#233;veloppement d'une contradiction dans laquelle le capital ne poursuit, pour lui-m&#234;me, que le but de son accumulation &lt;i&gt;quantitative&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le processus qualitatif de l'accumulation du capital, qui en fait une &#171; contradiction en proc&#232;s &#187;, et la situation sp&#233;cifique du prol&#233;tariat dans le rapport de production capitaliste, qui en fait une classe r&#233;volutionnaire, font de l'un un proc&#232;s contradictoire et lui conf&#232;rent simultan&#233;ment une signification historique (c'est-&#224;-dire la capacit&#233; d'&#234;tre contre-r&#233;volution, pr&#233;cis&#233;ment parce que cette accumulation fait continuellement de son cours la r&#233;solution de la contradiction que d&#233;passera le communisme) ; et font de l'autre une classe r&#233;volutionnaire dans sa d&#233;finition m&#234;me de classe du mode de production capitaliste. Ainsi le capital n'&#339;uvre pas de lui-m&#234;me &#224; son d&#233;passement, son proc&#232;s d'accumulation est une contradiction en proc&#232;s et c'est par l&#224; qu'il est &#224; m&#234;me de r&#233;soudre &lt;i&gt;dans son propre d&#233;veloppement&lt;/i&gt; sa contradiction avec le prol&#233;tariat&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb269&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Quand la dite &#171; Critique de la valeur &#187; se fonde sur cette &#171; contradiction (&#8230;)&#034; id=&#034;nh269&#034;&gt;269&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;volution n'est pas le r&#233;sultat n&#233;cessaire, inh&#233;rent, de la caducit&#233; du capital et/ou de sa crise, ce r&#233;sultat n&#233;cessaire c'est la contre-r&#233;volution et le processus de toute restructuration. &lt;i&gt;La r&#233;volution abolit ce qui rend le capital caduc&lt;/i&gt;, elle est l&#224; intriqu&#233;e avec la contre-r&#233;volution. La r&#233;volution est &lt;i&gt;conqu&#234;te et cr&#233;ation de ses propres conditions&lt;/i&gt;. Il n'existe pas de &#171; point de vue communiste &#187;, de point de vue qui connaissant la fin de l'histoire consid&#232;re le d&#233;roulement qui y m&#232;ne comme accidentel vis-&#224;-vis de sa &#171; &lt;i&gt;fin&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les prol&#233;taires ne sont ni contraints de faire la r&#233;volution, ni libres de la faire ou non. La r&#233;volution et la production du communisme ne pr&#233;existent pas &#224; leurs activit&#233;s actuelles quotidiennes, elles n'existent pas comme id&#233;e ou comme but &#224; atteindre ni comme n&#233;cessit&#233; de leur &#234;tre ou de leur d&#233;finition. La r&#233;volution est produite, elle est le mouvement actuel de sa production, ce n'est qu'ainsi que nous pouvons en parler. En tant que production de la lutte des classes actuelle, la communisation n'est ni in&#233;luctable, ni possible, ni un dosage des deux, car elle n'est pas un but existant d&#233;j&#224; en lui-m&#234;me, par lui-m&#234;me. La r&#233;volution et le communisme ne sont pas des objets pr&#233;existants pos&#233;s quelque part dans le temps, pos&#233;s dans un futur n&#233;cessaire ou hypoth&#233;tique. Ils ne pr&#233;existent en aucune fa&#231;on &#224; leur production qui est la lutte des classes qui, elle, est in&#233;luctable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le &lt;i&gt;Dix-huit brumaire&lt;/i&gt;, Marx parle de ces &#171; activit&#233;s humaines concr&#232;tes &#187; qui se figent en conditions aussi bien pour la classe capitaliste que pour le prol&#233;tariat. Mais si l'on consid&#232;re l'&#171; aboutissement r&#233;volutionnaire &#187; r&#233;ellement comme une production et non un d&#233;j&#224;-virtuellement-existant que l'on vise, ces &#171; conditions &#187; qui &#171; p&#232;sent sur le cerveau des vivants &#187; et sur leurs actions ne sont pas une entrave qui limite ces actions mais ce qui les constitue car c'est dans ces activit&#233;s que le &#171; but &#187; se constitue lui-m&#234;me. Mais il faut aller plus loin car l'activit&#233; dans la lutte de classe n'est pas le simple reflet de ses conditions qui la constituent, &lt;i&gt;elle cr&#233;e de l'inad&#233;quation&lt;/i&gt;. C'est ce que dit la suite du texte de Marx : &#171; Les r&#233;volutions prol&#233;tariennes, par contre [contrairement aux r&#233;volutions bourgeoises qui 'se pr&#233;cipitent de succ&#232;s en succ&#232;s&#8230;rapidement elles atteignent leur point culminant', nda], comme celles du XIXe si&#232;cle, se critiquent elles-m&#234;mes constamment, interrompent &#224; chaque instant leur propre cours, reviennent sur ce qui semble d&#233;j&#224; &#234;tre accompli pour le recommencer &#224; nouveau, raillent impitoyablement les h&#233;sitations, les faiblesses et les mis&#232;res de leurs premi&#232;res tentatives, paraissent n'abattre leur adversaire que pour lui permettre de puiser de nouvelles forces de la terre et se redresser &#224; nouveau formidable en face d'elles, reculent constamment &#224; nouveau devant l'immensit&#233; infinie de leurs propres buts, jusqu'&#224; que soit cr&#233;&#233;e enfin la situation qui rende impossible tout retour en arri&#232;re, et que les circonstances elles-m&#234;mes crient : &lt;i&gt;Hic Rhodus, hic salta&lt;/i&gt; ! &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marx d&#233;crit ici ce qu'est une conjoncture ou un &#233;v&#233;nement, c'est-&#224;-dire &lt;i&gt;une situation qui exc&#232;de ses causes&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;qui se retourne contre elles&lt;/i&gt;. On &#233;crit fr&#233;quemment que le capital est une contradiction en proc&#232;s ou que le cours de son accumulation est celui de son abolition. C'est l&#224; que nous devons situer l'activit&#233;, le choix, la libert&#233;, l'ind&#233;termin&#233; : le retournement, comme lutte de classe et dans les luttes, des lois de reproduction du mode de production contre elles-m&#234;mes. Mais nous devons ici faire attention de ne pas reproduire une m&#233;canique semblable &#224; la m&#233;canique h&#233;g&#233;lienne des &#171; ruses de la Raison &#187; : la raison historique ne faisant que semblant d'abandonner son cours pour mieux se retrouver elle-m&#234;me. L'&#233;v&#233;nement n'est pas une &#171; ruse de la Raison &#187;. Les lois de reproduction du capital comme contradiction en proc&#232;s nous disent pourquoi il y a des &#233;v&#233;nements mais elles n'en sont pas la cause. C'est la question de la causalit&#233; et de l'&#233;v&#233;nement. Ev&#233;nement qui cr&#233;e une discontinuit&#233;, du nouveau, et qui par-l&#224; ne peut &#234;tre r&#233;duit &#224; un simple moment dans un processus successif continu comme prolongation de ses causes. &lt;i&gt;L'&#233;v&#233;nement va&lt;/i&gt; &lt;i&gt;contre ses causes&lt;/i&gt; : &lt;i&gt;hic Rhodus, hic salta&lt;/i&gt;. C'est cette structure contradictoire de l'histoire de la lutte de classe et des lois de reproduction du mode de production comme lutte de classes qui se retourne contre elle, contre ce qui la fait &#234;tre comme lutte de classe en tant que cours du mode de production. Et c'est ainsi que cette structure agit, &lt;i&gt;c'est ainsi qu'elle est&lt;/i&gt;, en convoquant &lt;i&gt;ses&lt;/i&gt; acteurs comme sujets, et c'est ainsi dans &lt;i&gt;l'id&#233;ologie de la libert&#233; de leurs&lt;/i&gt; &lt;i&gt;actions&lt;/i&gt; qu'ils m&#232;nent &#224; bout leurs luttes, ou non (&#224; leurs risques et p&#233;rils id&#233;ologiques).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Revenons au prol&#233;tariat comme classe communisatrice. La r&#233;volution est production de ses propres conditions au travers de la lutte contre ce qui la nie &lt;i&gt;et la rend possible &lt;/i&gt; : la dynamique dominante de la caducit&#233; du salariat, de la valeur, du capital. La r&#233;volution se produit elle-m&#234;me, produit ses conditions, conquiert son existence, non de fa&#231;on &#171; directe &#187;, mais en combattant la tendance &#171; automatique &#187; de la d&#233;valorisation, de la caducit&#233; des rapports de production capitalistes, qui directement ne fonde que la contre-r&#233;volution. &lt;i&gt;La r&#233;volution doit abolir ce qui la rend possible&lt;/i&gt;. Dans la r&#233;volution, la lutte du prol&#233;tariat doit abolir sa propre base, c'est ainsi qu'elle est d&#233;passement des termes de la contradiction et non r&#233;sultat, c'est alors pour le prol&#233;tariat son autotransformation comme &#171; classe communisatrice &#187;, &#171; masse r&#233;volutionnaire &#187; comme &#233;crivait Marx dans &lt;i&gt;l'Id&#233;ologie Allemande&lt;/i&gt;. La prise en charge de la caducit&#233; du mode de production capitaliste c'est la contre-r&#233;volution (une restructuration toujours possible). Toute l'histoire du capital et de ses restructurations pourrait &#234;tre analys&#233;e comme celle du mouvement de sa caducit&#233; devenant son dynamisme et sa puissance (le capital comme contradiction en proc&#232;s et &#171; signification historique)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb270&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;C'est parce que le capital est ce mouvement de la valeur comme contradiction (&#8230;)&#034; id=&#034;nh270&#034;&gt;270&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque nous d&#233;finissons la r&#233;volution comme conjoncture, c'est du bouleversement de la hi&#233;rarchie d&#233;terminative des instances dont nous parlons, c'est-&#224;-dire de l'&#233;conomie comme instance toujours d&#233;terminante. Sans ce bouleversement la lutte des classes, aussi violente soit elle, se r&#233;soudra toujours dans la restructuration du mode de production existant. Si une crise &#171; &#233;conomique &#187; peut devenir une crise r&#233;volutionnaire, ce n'est pas de par sa &#171; profondeur &#187; ou du fait qu'elle rend la vie (la &#171; survie &#187;, la reproduction) des &#171; gens &#187; impossible, ce n'est que de par le rapport entre les classes tel qu'ayant d&#233;fini la nature sp&#233;cifique de cette crise (d'o&#249; l'importance de la d&#233;finition de la restructuration survenue dans les ann&#233;es 1970-1980, du rapport entre les classes d&#233;fini dans cette restructuration, de la nature de la crise actuelle et de son devenir depuis 2008). C'est la r&#233;volution qui est le &#171; blocage &#187; de la reproduction capitaliste et non le blocage de la reproduction qui fait la r&#233;volution (30 % de ch&#244;meurs aux Etats-Unis ou en Allemagne dans les ann&#233;es 1930, c'est toujours 70 % de travailleurs). La r&#233;volution ne devient l'abolition du capital comme communisation que comme affrontement contre le mouvement qui la rend possible et elle peut triompher parce que la contre-r&#233;volution (restructuration &lt;i&gt;toujours&lt;/i&gt; possible) est contrainte de se situer sur son terrain : la caducit&#233; du mode de production capitaliste, sa dynamique et sa signification historique &#8211; en dehors de toute t&#233;l&#233;ologie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est qu'en se niant que le prol&#233;tariat abolit et d&#233;passe les contradictions du capital, c'est pour cela que la r&#233;volution trouve sa base dans ces contradictions, mais n'en est pas le mouvement inh&#233;rent, automatique. Imm&#233;diatement, le mouvement inh&#233;rent de ces contradictions fonde la contre-r&#233;volution, comme leur organisation et leur mise en forme sociale constante, leur renouvellement constant. Dans le mouvement du capital comme contradiction en proc&#232;s, la r&#233;volution trouve sa possibilit&#233;, mais sa propre n&#233;cessit&#233; la r&#233;volution la produit elle-m&#234;me quand elle affronte, dans la contre-r&#233;volution organisant la caducit&#233; du capital, les conditions m&#234;mes de sa possibilit&#233;. Et nous en revenons &#224; la classe communisatrice : la r&#233;volution doit abolir ce qui la rend possible ; l'action du prol&#233;tariat se constitue elle-m&#234;me comme r&#233;volutionnaire &lt;i&gt;en tant qu'abolition de ses causes&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marx r&#233;sume ainsi, dans &lt;i&gt;L'Id&#233;ologie Allemande&lt;/i&gt;, les &#171; conditions &#187; de la r&#233;volution : &#171; &#8230; les &#233;l&#233;ments mat&#233;riels d'un bouleversement total sont, d'une part, les forces productives existantes et, d'autre part, la formation d'une masse r&#233;volutionnaire qui fasse la r&#233;volution, non seulement contre des conditions particuli&#232;res de la soci&#233;t&#233; pass&#233;e, mais contre la 'production de la vie' ant&#233;rieure elle-m&#234;me, contre 'l'ensemble de l'activit&#233;' qui en est le fondement &#187; (&#233;d. Sociales, p. 70). Or, la cr&#233;ation de ce que Marx appelle une &#171; masse r&#233;volutionnaire &#187; &#171; ne peut s'op&#233;rer que par un mouvement pratique, une r&#233;volution &#187; (&lt;i&gt;idem&lt;/i&gt;, p. 68). Tout cela semble tourner en rond, &#224; moins que l'on ne prenne en compte d'une part, la critique adress&#233;e par Marx &#224; tous les mat&#233;rialismes (&#171; jusqu'ici &#187;), de ne pas consid&#233;rer le monde sensible comme activit&#233; humaine concr&#232;te (premi&#232;re &lt;i&gt;Th&#232;se sur Feuerbach&lt;/i&gt;) et, d'autre part, que la pratique r&#233;volutionnaire est justement &#171; la co&#239;ncidence du changement des circonstances et de l'activit&#233; humaine, ou autochangement &#187; (troisi&#232;me &lt;i&gt;Th&#232;se sur Feuerbach&lt;/i&gt;). Ce moment de l' &#171; autochangement &#187; peut &#234;tre, dans les conditions actuelles, saisi comme ce moment particulier de la lutte de classes o&#249; le prol&#233;tariat produit sa propre d&#233;finition comme classe comme une contrainte ext&#233;rieure, existant dans le capital face &#224; lui. C'est &#224; ce moment-l&#224; que le prol&#233;tariat, en tant que classe, devient cette &#171; masse r&#233;volutionnaire &#187;. C'est le moment o&#249; le prol&#233;tariat trouve dans sa situation de classe la possibilit&#233; de faire la r&#233;volution et o&#249;, produisant son appartenance de classe comme une contrainte ext&#233;rieure, il transforme cette possibilit&#233; en cr&#233;ation par la r&#233;volution de ses propres conditions &lt;i&gt;qui ne s'identifient plus au cours n&#233;cessaire de la caducit&#233; du capital&lt;/i&gt;, mais au d&#233;passement des termes m&#234;mes de cette caducit&#233;. C'est le passage, &lt;i&gt;&#224; partir de la situation de classe du prol&#233;tariat, dans son activit&#233; comme classe,&lt;/i&gt; du r&#232;gne de la n&#233;cessit&#233; au r&#232;gne de la libert&#233; (pour &#234;tre compris des philosophes).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En s'autotransformant (identit&#233; de la transformation de soi et de l'abolition des circonstances), &lt;i&gt;&#224; partir de ce qu'ils sont&lt;/i&gt;, les prol&#233;taires se constituent eux-m&#234;mes en &lt;i&gt;classe r&#233;volutionnaire&lt;/i&gt;. Le d&#233;passement, se constituer en classe r&#233;volutionnaire, est un produit de la contradiction, de la lutte de classe, dans la mesure seulement o&#249; le d&#233;passement de la contradiction g&#238;t dans le mouvement de la contradiction &lt;i&gt;se retournant contre elle-m&#234;me&lt;/i&gt;. Il en r&#233;sulte qu'&#234;tre une classe r&#233;volutionnaire (la classe communisatrice) n'est pas une r&#233;alit&#233; objective de la situation du prol&#233;tariat, mais &lt;i&gt;la possibilit&#233; d'action contre cette r&#233;alit&#233;&lt;/i&gt;, et cette possibilit&#233; exc&#232;de (&#224; partir d'elle) la r&#233;alit&#233; objective de la situation du prol&#233;tariat. Etre r&#233;volutionnaire n'est pas une essence mais une action concr&#232;te, historiquement situ&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trouver, dans le mouvement du capital comme contradiction en proc&#232;s, la n&#233;cessit&#233; de sa reproduction en contradiction avec elle-m&#234;me, d&#233;finit conceptuellement la constitution du prol&#233;tariat en classe r&#233;volutionnaire abolissant ses conditions d'existence. Mais son autotransformation est le produit de sa propre action &#224; partir de sa contradiction avec le capital devenue, &lt;i&gt;dans ce cycle de luttes&lt;/i&gt;,&lt;i&gt; la contradiction avec sa propre existence comme classe&lt;/i&gt;. La possibilit&#233; pour le prol&#233;tariat de devenir le sujet r&#233;volutionnaire ne g&#238;t pas dans le d&#233;veloppement lin&#233;aire de caract&#233;ristiques qu'il poss&#233;derait dans son &#234;tre de classe du mode de production capitaliste. Dans cette situation, ne se trouve que la possibilit&#233; d'entrer en guerre contre tout ce qui le d&#233;finissait ant&#233;rieurement, c'est beaucoup mais c'est tout.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'activit&#233; r&#233;volutionnaire du prol&#233;tariat est indissociablement une action de transformation des conditions sociales existantes et l'autotransformation de cette classe inh&#233;rente &#224; cette activit&#233; dont la &lt;i&gt;possibilit&#233; &lt;/i&gt;r&#233;side dans le fait que son existence comme classe n'est jamais une confirmation mais une contradiction &#224; soi. La r&#233;volution aura &#224; affronter la scl&#233;rose de la d&#233;finition de la classe comme cat&#233;gorie socio-&#233;conomique (et toutes les identit&#233;s qui se constituent sur elles &#8212; nationales ethniques, raciales, etc. &#8212; comme ses surd&#233;terminations, ses conditions d'existence), ce ne sera pas une question intellectuelle revenant &#224; savoir qui est qui, car cette scl&#233;rose et la lutte contre elles seront la confrontation de pratiques intriquant la r&#233;volution et la contre-r&#233;volution. La classe n'appara&#238;t pas toujours en clair et m&#234;me rarement (&#171; il n'est pas dans la nature de la r&#233;volution de faire sonner l'heure de la derni&#232;re instance &#187;) : c'est dans une multiplicit&#233; de pratiques et de contradictions avec le capital et de contradictions internes, de confrontations avec toutes sortes d'identit&#233;s, d'actions &#224; partir d'elles et de d&#233;passement de celles-ci, qu'elle s'autotransforme en &lt;i&gt;classe communisatrice&lt;/i&gt;, c'est-&#224;-dire s'abolit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette classe est le processus d'int&#233;gration de l'humanit&#233; au prol&#233;tariat en train de dispara&#238;tre. La stricte d&#233;limitation du prol&#233;tariat par rapport aux autres couches, sa lutte contre toute production marchande sont en m&#234;me temps un processus qui &lt;i&gt;contraint&lt;/i&gt; les fractions en lutte de la classe moyenne salari&#233;e, des travailleurs informels, des paysans et de la &#171; classe de l'encadrement social &#187; &#224; rejoindre, &lt;i&gt;c'est-&#224;-dire former&lt;/i&gt;, la classe communisatrice. Elle est donc d&#233;finition, exclusion et, en m&#234;me temps, d&#233;marcation et ouverture, effacement des fronti&#232;res et d&#233;p&#233;rissement des classes. Ce n'est pas l&#224; un paradoxe mais la r&#233;alit&#233; du mouvement o&#249; le prol&#233;tariat se d&#233;finit dans la pratique comme le mouvement de constitution de la &#171; communaut&#233; humaine &#187;, et ce mouvement est celui o&#249; se d&#233;font toutes les relations fixes et hi&#233;rarchis&#233;es qui d&#233;finissaient la reproduction du mode de production, son autopr&#233;supposition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;h.v21yn2jzcjwn&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
R&#233;sumons sch&#233;matiquement : &lt;i&gt;les fonctions &#233;conomiques dans les rapports de production sont une mati&#232;re premi&#232;re &#8594; reproduction / instances n&#233;cessaires de la reproduction &#8594; la classe ouvri&#232;re n'est d&#233;j&#224; pas un calque des rapports de production &#8594; prol&#233;tariat : classe ouvri&#232;re contre elle-m&#234;me / dissolution des cat&#233;gories pr&#233;alables =&lt;/i&gt;&lt;i&gt;&#707;&lt;/i&gt;&lt;i&gt; on change de niveau, on n'est plus dans le m&#234;me champ : le prol&#233;tariat n'existe que comme terme (politique) d'une th&#233;orie de la r&#233;volution &#8594; classe communisatrice (par le moment pr&#233;c&#233;dent on sort de l'encha&#238;nement de ce qui est positivement d&#233;ductible des cat&#233;gories et contradictions du MPC)&#8594; vie quotidienne : formes m&#233;diatis&#233;es ultimes des rapports de production&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Retour sur la classe moyenne et l'interclassisme&lt;/strong&gt;{{}}&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les mouvements interclassistes dont le plus important fut, dans une p&#233;riode r&#233;cente, celui des &#171; soul&#232;vements arabes &#187; &#224; partir de 2011, le prol&#233;tariat se constitue &#224; l'int&#233;rieur m&#234;me de ce qui fait de la lutte une lutte interclassiste&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb271&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Nous consid&#233;rons ici les &#171; soul&#232;vements arabes &#187; comme un exemple, il est (&#8230;)&#034; id=&#034;nh271&#034;&gt;271&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Une lutte interclassiste n'est pas une &lt;i&gt;somme&lt;/i&gt; de positions de classes, c'est-&#224;-dire une lutte o&#249; chaque classe interviendrait s&lt;i&gt;elon sa nature&lt;/i&gt; et o&#249;, par rapport &#224; cette nature, elle agirait conform&#233;ment &#224; elle, ou en serait d&#233;tourn&#233;e, ou encore une lutte dans laquelle certains &#233;l&#233;ments interviendraient non conform&#233;ment &#224; leur &#171; &#234;tre &#187; (celui de la classe) mais seulement &#171; &#224; titre individuel &#187; (&lt;i&gt;Le m&#233;nage &#224; trois&lt;/i&gt;..., Astarian et Ferro, &lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;). Une lutte interclassiste se d&#233;finit et se cristallise par une contradiction centrale dans laquelle plusieurs classes sont embarqu&#233;es et agissent sur la base du mat&#233;riau qu'est leur existence dans les rapports de production, mais &lt;i&gt;ce mat&#233;riau est la &#171; mati&#232;re premi&#232;re &#187; de l'existence pratique des classes, il n'est pas la classe&lt;/i&gt; (comme nous l'avons vu &#224; propos du travail productif).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Durant les &#171; soul&#232;vements arabes &#187; la classe ouvri&#232;re a particip&#233; du mouvement g&#233;n&#233;ral de revendication et de constitution d'une soci&#233;t&#233; civile, c'est-&#224;-dire d'un espace &lt;i&gt;public&lt;/i&gt; existant en relation avec le fonctionnement de l'Etat dont la recomposition li&#233;e &#224; celle de la classe dominante demeure &lt;i&gt;l'enjeu g&#233;n&#233;ral du mouvement de longue dur&#233;e amorc&#233; dans les pays arabes&lt;/i&gt; et qui, pour l'instant, absorbe les pratiques de tous les acteurs&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb272&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;On peut produire le concept de l'Etat &#224; partir du capital, puis le produire (&#8230;)&#034; id=&#034;nh272&#034;&gt;272&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le prol&#233;tariat ne pouvait demeurer spectateur : il participe &#224; la lutte interclassiste. Il y participe non seulement parce que cet interclassisme est la mise en forme des limites m&#234;mes de ses luttes dans la politique, ce n'est pas l&#224; une raison suffisante, mais encore parce que sa propre structuration comme classe dans et par les luttes (pas seulement sa composition prise comme un r&#233;sultat) l'embarque dans cette recomposition de l'Etat et de la classe dominante. Ce sont toutes les instances dans lesquelles s'inscrit l'existence du prol&#233;tariat dans son rapport &#224; la classe dominante et &#224; l'Etat qui sont en jeu. S'il est exact que les rapports de production d&#233;terminent la forme de l'Etat, les rapports politiques et id&#233;ologiques, il faut cependant ajouter que dans la mesure o&#249; ces rapports de production sont contradictoires, leur propre reproduction implique l'action de toutes les instances du mode de production avec leur efficacit&#233; et leur autonomie propres &lt;i&gt;par lesquelles la reproduction est lutte des classes. &lt;/i&gt;Dans la m&#233;canique totale de la reproduction d'ensemble du mode de production, les classes se constituent aussi comme rapport politique &#224; l'&#201;tat et, de ce fait, comme prises dans la soci&#233;t&#233; civile&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb273&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir Gethin, Martinez-Toledano, Piketty, Clivages politiques et in&#233;galit&#233;s (&#8230;)&#034; id=&#034;nh273&#034;&gt;273&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; De l'usine au quartier, cette revendication politique a &#233;t&#233; comme l'&#233;ther dans lequel ont baign&#233; toutes les motivations et revendications propres &#224; chacune des composantes de ce soul&#232;vement et qui leur a donn&#233; leur coloration particuli&#232;re. Elle n'a d&#233;tourn&#233;, ni tromp&#233; aucun acteur de ce soul&#232;vement dans la mesure o&#249; elle a &#233;t&#233; le contenu de l'interclassisme qui pour chaque composante &#233;tait &lt;i&gt;inclus&lt;/i&gt; dans son opposition particuli&#232;re &#224; la classe dominante. L'activit&#233; en tant que classe du prol&#233;tariat s'est alors constitu&#233;e comme limite d'elle-m&#234;me dans l'interclassisme avec son contenu &lt;i&gt;politique&lt;/i&gt; sp&#233;cifique par la m&#233;diation et le travail sur la contradiction de classes de la distinction de genre : occultation des femmes comme ouvri&#232;res ; assignation des ouvri&#232;res en tant que femmes. La distinction de genre a mis en forme la revendication de la soci&#233;t&#233; civile (dont la reconnaissance de syndicats ind&#233;pendants) et le devenir interclassiste de la revendication &lt;i&gt;ouvri&#232;re&lt;/i&gt; en tant que revendication &lt;i&gt;politique&lt;/i&gt;. &#187; (Th&#233;orie Communiste, &lt;i&gt;Soul&#232;vement arabe, classes / genre&lt;/i&gt;, 2014, brochure suppl&#233;ment &#224; &lt;i&gt;TC&lt;/i&gt; 24, p. 6). Durant le &#171; soul&#232;vement arabe &#187;, la &lt;i&gt;politique &lt;/i&gt;a &#233;t&#233; le contenu propre de l'interclassisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce type de mouvements, qu'est-ce alors que le &#171; prol&#233;tariat &#187; ? On peut toujours r&#233;pondre : les &#171; travailleurs productifs &#187;. Mais alors qui sont les milliers d'individus composant cette masse de pauvres urbains pr&#233;sents tout au long des luttes ? Il est difficile de les assimiler &#224; la classe moyenne, m&#234;me &#171; subalterne &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si la lutte de classe se d&#233;veloppe &lt;i&gt;&#224; partir d'elle-m&#234;me&lt;/i&gt; comme interclassiste, c'est que, pour le prol&#233;tariat urbain informel, elle ne part pas d'un rapport direct d'exploitation entre salari&#233;s et capitalistes industriels et, lorsque cette relation est inh&#233;rente &#224; la lutte, comme &#224; Gafsa en Tunisie ou &#224; Mahallah en Egypte, elle est elle-m&#234;me embarqu&#233;e (construite) dans un certain type de pouvoir et de domination du capital. Dans ces deux cas, comme dans beaucoup d'autres dans les pays en question, il s'agit d'entreprises nationales (phosphates en Tunisie et textile-habillement en Egypte) ou &#171; appartenant &#187; &#224; des propri&#233;taires qui le sont &lt;i&gt;parce que&lt;/i&gt; membres de l'Etat ou de l'arm&#233;e. Mais plus profond&#233;ment ce qui valide socialement l'exploitation des ouvriers (la plus-value extraite) c'est moins la confrontation de la production sur le march&#233; que la situation de monopole, les passe-droits, les exon&#233;rations fiscales, les capacit&#233;s de contraintes et de corruption, la violence directe que le &#171; propri&#233;taire &#187; est capable de mettre en &#339;uvre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Face &#224; une classe capitaliste construite comme une oligarchie client&#233;liste et se confondant avec les appareils r&#233;pressifs de l'Etat, cette masse urbaine informelle n'occupe pas dans les rapports de production une place &#171; strat&#233;gique &#187;, elle est plus une &lt;i&gt;cons&#233;quence&lt;/i&gt; n&#233;cessaire du syst&#232;me de pouvoir et d'enrichissement de la classe dominante qu'une &lt;i&gt;condition&lt;/i&gt; de celui-ci. Cette masse d&#233;veloppe des formes d'organisations improvis&#233;es, &#233;ph&#233;m&#232;res, directement dans la confrontation. La rue devient le centre de l'action sociale et politique, elle n'est pas seulement un lieu, un cadre, o&#249; s'exercent et agissent des classes sociales, l'occupation de l'espace est un enjeu &#233;conomique, une r&#233;sistance, un empi&#233;tement sur le pouvoir, elle est d&#233;finitoire des rapports sociaux. Les contradictions sociales, &#233;conomiques, politiques, id&#233;ologiques, prennent la forme de &lt;i&gt;mouvements de rue&lt;/i&gt; car la rue n'est pas le lieu o&#249; l'on &lt;i&gt;va&lt;/i&gt; manifester mais celui o&#249; l'on vit, o&#249; l'on noue ses relations sociales, o&#249; l'on travaille. Les ch&#244;meurs et toute la jeunesse sous-employ&#233;e, employ&#233;e occasionnellement dans le secteur informel (ou parfois formel) se retrouvent sur les places, autour des kiosques, des caf&#233;s, sur les march&#233;s, ils forment des &#171; soci&#233;t&#233;s de coin de rue &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb274&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;James Petras : Roots of the Arab revolts and premature celebrations (sur le (&#8230;)&#034; id=&#034;nh274&#034;&gt;274&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; qui tournent (physiquement) autour des centres du pouvoir et de la richesse. Sauf dans quelques rares centres industriels (Mahallah, Suez, Sfax, Gafsa, Homs, Lattaqui&#233;&#8230;), les masses urbaines n'occupent pas de positions strat&#233;giques dans ce syst&#232;me &#233;conomique, mais elles sont toujours disponibles pour des mobilisations capables de paralyser les rues et les places, d'attaquer les lieux du pouvoir et de la r&#233;pression. Ces mouvements urbains de masse initi&#233;s par de jeunes ch&#244;meurs, pr&#233;caires ou travaillant dans l'&#233;conomie informelle, sont l'occasion pour les ouvriers, les employ&#233;s du secteur public ou de micro-entreprises, les &#171; travailleurs ind&#233;pendants &#187; de s'engager dans la lutte sans &#234;tre sujets &#224; des repr&#233;sailles sur leur lieu de travail. Les ouvriers industriels, avec ou sans leurs organisations syndicales quand celles-ci existent, entrent dans la lutte dans un second temps et essentiellement pour des objectifs cat&#233;goriels pr&#233;cis sauf quelques fois, dans les entreprises publiques contr&#244;l&#233;es par la classe au pouvoir, o&#249; les travailleurs demandent un changement de direction. Dans ce &#171; mouvement de rue &#187; venu des masses urbaines prol&#233;taris&#233;es, des concentrations ouvri&#232;res, des classes moyennes marginalis&#233;es, d'une petite paysannerie sans perspectives, la pente naturelle de la lutte de classe est un interclassisme dont le contenu propre est la politique et la cible, l'Etat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, parce que les profits deviennent des investissements quasi exclusivement cibl&#233;s sur ces activit&#233;s g&#233;n&#233;ratrices de rentes, d&#233;laissant &#171; l'&#233;conomie nationale &#187; et les infrastructures, parce qu'ils sont consomm&#233;s en tant que revenus ou parce qu'ils sont &#171; export&#233;s &#187;, cette valorisation du capital par g&#233;n&#233;ration de rentes confine la grande majorit&#233; de la jeunesse dans des activit&#233;s &#233;conomiques marginales, informelles, sans avenir et dont la rue est le th&#233;&#226;tre. La rue est &#224; la fois un lieu et une forme de lutte ad&#233;quate &#224; cet interclassisme politique, non seulement parce qu'elle est le terrain d'activit&#233; de la masse prol&#233;tarienne urbaine de sans r&#233;serves&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb275&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le terme ici est ad&#233;quat.&#034; id=&#034;nh275&#034;&gt;275&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; qui forme les plus gros bataillons de ces r&#233;voltes mais aussi car c'est par le pouvoir de la rue et la prise des places que s'exerce le pouvoir politique de ces masses partout o&#249; se trouve la m&#234;me polarisation entre une classe capitaliste renti&#232;re profond&#233;ment int&#233;gr&#233;e &#224; la valorisation mondiale du capital et &lt;i&gt;son envers&lt;/i&gt;, son principal produit, &lt;i&gt;un prol&#233;tariat urbain informel&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A partir de ses int&#233;r&#234;ts propres, chaque composante de ces r&#233;voltes s'est trouv&#233;e entra&#238;n&#233;e dans un mouvement dont l'interclassisme &#233;tait pour chacun, &lt;i&gt;de fa&#231;on interne&lt;/i&gt;, le cours de son action. Pour le prol&#233;tariat cet interclassisme a une signification actuelle particuli&#232;re : l'absence d'identit&#233; ouvri&#232;re, l'activit&#233; en tant que classe comme limite de la lutte de classe. Deux lignes de force principales construisent, pour lui, sa propre existence comme classe de ce mode de production comme limite de son activit&#233; en tant que classe : ses propres divisions internes ; le caract&#232;re asyst&#233;mique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb276&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Il n'existe plus de relation faisant syst&#232;me entre la valorisation du (&#8230;)&#034; id=&#034;nh276&#034;&gt;276&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; de son activit&#233; revendicative dans la structure particuli&#232;re de la valorisation du capital et, pour ces pays, int&#233;gr&#233;e dans le capitalisme mondial comme g&#233;n&#233;ration de rentes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ces pays, les divisions internes peuvent &#234;tre ramen&#233;es &#224; une division principale entre un prol&#233;tariat industriel concentr&#233; dans quelques grands centres de production ou de transports (cimenteries, agroalimentaire, textile-habillement, &#233;lectrom&#233;canique, activit&#233;s portuaires&#8230;) et de grandes masses de ch&#244;meurs, de sous-employ&#233;s, de pr&#233;caires de l'&#233;conomie informelle et de multiples revendeurs plus ou moins ill&#233;gaux et plus ou moins tol&#233;r&#233;s (souvent sous la coupe de &lt;i&gt;businessmen&lt;/i&gt; importateurs plac&#233;s au plus haut niveau de l'Etat). Mais cette division est avant tout simplement fonctionnelle, &lt;i&gt;elle ne d&#233;limite pas des groupes fixes et homog&#232;nes&lt;/i&gt;, dans la mesure o&#249; chacun est constamment susceptible de passer d'une activit&#233; &#224; l'autre et o&#249; la reproduction au niveau familial est &#171; assur&#233;e &#187; par la somme de ces activit&#233;s. &lt;i&gt;Ainsi le &#171; mouvement social de rue &#187; devient l'expression &lt;/i&gt;&lt;i&gt;dominante de l'activit&#233; du prol&#233;tariat se constituant de toutes ces cat&#233;gories, avec l'agr&#233;gation interclassiste qu'il implique de fait. &lt;/i&gt;Il est remarquable de constater que m&#234;me dans de grands centres industriels comme Mahallah en Egypte, Gafsa en Tunisie, Lattaqui&#233; ou Homs en Syrie, les gr&#232;ves et les luttes de ce prol&#233;tariat industriel concentr&#233; prennent rapidement la forme et le contenu de ces &#171; mouvements de rue &#187; qui, de par la fa&#231;on dont la classe dominante conduit la reproduction et l'int&#233;gration capitalistes du pays, deviennent n&#233;cessairement des mouvements interclassistes. Quand le prol&#233;tariat devient le dindon de la farce et la principale victime des petits arrangements qui peuvent r&#233;sulter de ces luttes, ce n'est que son existence de classe de cette soci&#233;t&#233; qui lui revient comme la limite de son action. Mais ce n'est pas seulement du fait que la division du prol&#233;tariat s'exprime dans des &#171; mouvements sociaux de rue &#187; et que ceux-ci agr&#232;gent diverses classes que d&#233;coule pour le prol&#233;tariat sa propre existence comme classe en tant que limite de sa lutte, c'est, en premier lieu, de cette division m&#234;me&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb277&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;A propos du &#171; soul&#232;vement arabe &#187; voir Soul&#232;vement arabe, classes / genre (&#8230;)&#034; id=&#034;nh277&#034;&gt;277&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En-de&#231;&#224; de l'&#201;tat et de la politique, ce qui &lt;i&gt;de nos jours &lt;/i&gt;embarque le prol&#233;tariat dans toutes sortes de luttes interclassistes c'est &#171; l'injustice de la distribution &#187; : elle a un responsable qui a &#171; failli &#224; sa mission &#187;, c'est l'&#201;tat. La sp&#233;cificit&#233; de la crise actuelle fait que les rapports de distribution sont la dominante sur les rapports de production. Mais les rapports de distribution ne d&#233;tournent pas les classes et leurs luttes de leur &#171; vraie nature &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les modes de production ant&#233;rieurs au capitalisme, la non-co&#239;ncidence des proc&#232;s de travail et de surtravail fait que &#171; la plus-value est concr&#232;tement visible &#187; (Marx, &lt;i&gt;Le Capital&lt;/i&gt;, &#233;d. Sociales, t. 8, p. 171), &#171; elle ne n&#233;cessite aucune analyse &#187; (&lt;i&gt;ibid&lt;/i&gt;). En revanche, dans le mode de production capitaliste, elle n'est pas &lt;i&gt;imm&#233;diatement &lt;/i&gt;une &#171; forme &#187; de revenu, c'est ni plus ni moins que le surtravail. Dans ce mode de production, le mode sp&#233;cifique de production de ce surtravail est un mode sp&#233;cifique de constitution des revenus, un mode de r&#233;partition : profit, int&#233;r&#234;t, rente, c'est-&#224;-dire les &#171; formes transform&#233;es de la plus-value &#187; qui deviennent des pr&#233;suppositions &#224; sa reproduction. Le salaire n'est alors qu'une autre forme de revenu : le prix du travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand l'in&#233;galit&#233; de la r&#233;partition, &#171; l'opposition entre riches et pauvres &#187;, les &#171; diff&#233;rences dans la r&#233;partition o&#249; apparaissent aussi les &lt;i&gt;diff&#233;rences de classes &lt;/i&gt;[soulign&#233; dans le texte)] &#187; (Engels, &lt;i&gt;Anti-D&#252;hring&lt;/i&gt;, &#233;d. Sociales, 1963, p. 180) se renforcent et apparaissent de plus en plus comme injustes, cela n'apporte rien &#224; &#171; l'analyse scientifique du mode de production capitaliste &#187; (Engels, &lt;i&gt;ibid&lt;/i&gt;), mais cela n'est pas sans importance quant &#224; la mani&#232;re dont les classes se per&#231;oivent, se constituent et agissent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La r&#233;partition n'est pas un pur r&#233;sultat passif de la production et de l'&#233;change ; elle r&#233;agit tout autant sur l'une et sur l'autre. [...] Tant qu'un mode de production se trouve sur la branche ascendante de son &#233;volution, il est acclam&#233; m&#234;me de ceux qui sont d&#233;savantag&#233;s par le mode de r&#233;partition correspondant. [&#8230;] C'est seulement lorsque le mode de production en question a parcouru une bonne partie de sa branche descendante, qu'il s'est &#224; demi surv&#233;cu &#224; lui-m&#234;me, que les conditions de son existence ont en grande partie disparu et que son successeur frappe d&#233;j&#224; &#224; sa porte, - c'est seulement alors que la r&#233;partition devenant de plus en plus in&#233;gale appara&#238;t injuste, c'est seulement alors que des faits d&#233;pass&#233;s par la vie, on en appelle &#224; la justice dite &#233;ternelle. Cet appel &#224; la morale et au droit ne nous fait pas scientifiquement progresser d'un pouce ; la science &#233;conomique ne saurait voir dans l'indignation morale, si justifi&#233;e soit-elle, aucun argument mais seulement un sympt&#244;me. &#187; (Engels, &lt;i&gt;idem,&lt;/i&gt; p. 181). Les textes composant l'&lt;i&gt;Anti-D&#252;hring &lt;/i&gt;datent de 1877-1878, bien avant la mort de Marx ; un an apr&#232;s celle-ci, en 1884, dans la &lt;i&gt;Pr&#233;face &#224; la premi&#232;re &#233;dition allemande de Mis&#232;re de la philosophie&lt;/i&gt;, Engels revient sur la question :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; D'apr&#232;s les lois de l'&#233;conomie bourgeoise, la plus grande partie du produit n'appartient pas aux travailleurs qui l'ont cr&#233;&#233;. Si nous disons alors : c'est injuste, ce ne doit pas &#234;tre, cela n'a rien &#224; voir avec l'&#233;conomie. Nous disons seulement que ce fait &#233;conomique est en contradiction avec notre sentiment moral. C'est pourquoi Marx n'a jamais fond&#233; l&#224;-dessus ses revendications communistes, mais bien sur la ruine n&#233;cessaire, qui se consomme sous nos yeux, tous les jours et de plus en plus, du mode de production capitaliste. Il se contente de dire que la plus-value se compose de travail non pay&#233; : c'est un fait pur et simple. &lt;i&gt;Mais ce qui peut &#234;tre formellement faux au point de vue &#233;conomique, peut &#234;tre encore exact au point de vue de l'histoire universelle&lt;/i&gt; [nous soulignons]. Si le sentiment moral de la masse regarde un fait &#233;conomique, autrefois le servage ou l'esclavage, comme injuste, cela prouve que ce fait lui-m&#234;me est une survivance ; que d'autres faits &#233;conomiques se sont produits gr&#226;ce auxquels le premier est devenu insupportable, insoutenable. &lt;i&gt;Derri&#232;re l'inexactitude &#233;conomique formelle peut donc se cacher un contenu &#233;conomique tr&#232;s r&#233;el &lt;/i&gt;[idem]. &#187; (&lt;i&gt;Mis&#232;re de la philosophie,&lt;/i&gt; &#233;d. Sociales, 1968, p. 29).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment ne pas faire de &#171; l'injustice &#187; un moment n&#233;cessaire de la constitution des classes (pas seulement &#171; moral &#187;), quand elle devient, comme dans la p&#233;riode actuelle, un sympt&#244;me de la structure historiquement sp&#233;cifi&#233; du rapport salarial. A propos du mouvement contre la r&#233;forme des retraites en France de l'automne 2010, Louis Martin &#233;crit dans &lt;i&gt;Je lutte des classes &lt;/i&gt;(&#233;d. Senonevero 2012) :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Ce qui fait du mouvement sur les retraites de l'automne 2010 un &#233;v&#233;nement d'aujourd'hui, c'est le contexte mondial du rapport entre accumulation du capital et reproduction de la force de travail dans lequel s'effondrent les sp&#233;cificit&#233;s de l'Etat-providence fran&#231;ais (long processus imperfectif de par la nature de la restructuration mais qui s'acc&#233;l&#232;re dans la situation actuelle de la crise de cette phase du mode de production capitaliste). Ce n'est pas la m&#234;me chose de mener une lutte revendicative &#8211; quelles qu'en soient les formes, institutionnelles ou de base, manifestations ou blocages - quand elle est vou&#233;e &#224; l'&#233;chec, et qu'on le sait, par rapport &#224; l'&#233;poque o&#249; ces luttes pouvaient gagner. Ce n'est pas la m&#234;me chose quand sont en cause d'un c&#244;t&#233; la p&#233;rennisation de l'exploitation et, de l'autre, &lt;i&gt;l'appartenance de classe comme limite &#224; la lutte&lt;/i&gt; et non simplement le syndicalisme. Il s'agit maintenant de caract&#233;riser les limites de la lutte de classe comme &#233;tant celles de l'implication r&#233;ciproque entre prol&#233;tariat et capital quand ce dernier ne produit plus aucune confirmation en lui-m&#234;me de la classe pour elle-m&#234;me. Fin de l'identit&#233; ouvri&#232;re, ill&#233;gitimit&#233; de la revendication : les deux sont corollaires et c'est explosif. Cela signifie que c'est dans les actions revendicatives les plus triviales que peut s'annoncer la production de l'appartenance de classe comme une contrainte ext&#233;rieure. &#187; (&lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;, p.100). L'appartenance de classe comme contrainte ext&#233;rieure c'est la constitution m&#234;me du prol&#233;tariat comme la classe ouvri&#232;re se retournant contre elle-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans &lt;i&gt;TC&lt;/i&gt; 25, le texte &lt;i&gt;Une S&#233;quence particuli&#232;re&lt;/i&gt; indique que l'on peut avoir des situations dans lesquelles &lt;i&gt;les rapports de distribution sont la dominante sur les rapports de production&lt;/i&gt; quant &#224; l'organisation des classes et leur constitution dans leurs luttes, m&#234;me s'il s'agit toujours de &#171; l'illusion n&#233;cessaire dans laquelle nous vivons et agissons &#187;, mais, pr&#233;sentement, cela tient aussi et surtout aux caract&#233;ristiques de la crise actuelle du mode de production, issues des d&#233;terminations de la restructuration des ann&#233;es 1970-d&#233;but 1980. Il arrive que, dans la lutte des classes, quelle que soit la d&#233;termination en derni&#232;re instance des rapports de production (et selon cette d&#233;termination en derni&#232;re instance), ce soit les rapports de distribution (ce qu'Engels dans &lt;i&gt;l'Anti-D&#252;hring,&lt;/i&gt; pp. 180-181, nomme les rapports de r&#233;partition qui, pour lui dans ce texte, &#171; plus ou moins &#187; d&#233;finissent les classes et surtout le fondement de leur lutte) qui d&#233;signent les rapports de production, &lt;i&gt;aux risques et aux p&#233;rils de la lutte des classes qui n'est jamais un calque des rapports de production&lt;/i&gt;. Si les individus constituent les classes (&lt;i&gt;TL&lt;/i&gt;), il faut alors reconna&#238;tre que ces individus partent toujours de leur existence (comme le r&#233;p&#232;tent Marx et Engels dans leur &#233;lan empiriste des premi&#232;res pages de &lt;i&gt;l'Id&#233;ologie allemande&lt;/i&gt;). Il faut savoir si l'on veut tranquillement rendre compte d'un destin in&#233;luctable ou comprendre dans toutes les d&#233;terminations et les al&#233;as qui la constituent comment une contradiction &lt;i&gt;essentielle&lt;/i&gt; existe conjoncturellement et quotidiennement et peut se r&#233;soudre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces &#171; individus &#187; (&lt;i&gt;TL&lt;/i&gt; n'entrevoit pas les ab&#238;mes th&#233;oriques contenus dans ce terme) partent de leur vie quotidienne, &lt;i&gt;de leurs revenus&lt;/i&gt;, c'est-&#224;-dire des rapports de distribution, du f&#233;tichisme v&#233;cu comme un destin. Soit, nous admettons que les classes se constituent, existent et luttent dans cet entrelacs d'instances, soit il faut consid&#233;rer que leurs luttes leur passent par-dessus la t&#234;te quant &#224; leur r&#233;alit&#233; derni&#232;re et leur cause (au singulier). Si nous consid&#233;rons, sans toutes les m&#233;diations par quoi ils existent, les rapports de production comme seuls, imm&#233;diatement en eux-m&#234;mes, d&#233;terminants et que, simultan&#233;ment, nous admettons que ceux-ci ne se donnent jamais en clair, il faut alors consid&#233;rer la lutte de classe comme une affaire de d&#233;c&#233;r&#233;br&#233;s et de zombis &#8230; mis &#224; part les &#171; th&#233;oriciens &#187; de la dite lutte de classe (leur biseness). Il faut une certaine d&#233;sinvolture vis-&#224;-vis de la vie quotidienne pour s'imaginer qu'il suffit de parler des rapports de production pour rendre compte de la lutte des classes et surtout de &lt;i&gt;la fa&#231;on m&#234;me selon laquelle les rapports de production existent, agissent, sont v&#233;cus&lt;/i&gt;. Il est malheureusement dans la nature de la th&#233;orie, c'est-&#224;-dire des th&#233;oriciens, de ne se soucier des formes que comme des &#233;corces que l'on racle et &#233;carte, croyant par l&#224; avoir exprim&#233; la &#171; r&#233;alit&#233; &#187; alors que l'on n'a que construit un concept.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au-del&#224; des rapports de distribution et de la r&#233;partition, il peut m&#234;me arriver que l'id&#233;ologie et toutes les instances de la superstructure deviennent dominantes et que seulement au travers d'elles et par elles existe la d&#233;termination en derni&#232;re instance (cf. Engels, &lt;i&gt;lettre &#224; Bloch&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;lettre &#224; Schmidt&lt;/i&gt;), jusque dans la r&#233;volution m&#234;me :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Lorsqu'on consid&#232;re de tels bouleversements ['une &#233;poque de r&#233;volution sociale', nda], il faut toujours distinguer entre le bouleversement mat&#233;riel &#8211; qu'on peut constater d'une mani&#232;re scientifiquement rigoureuse &#8211; des conditions de production &#233;conomiques et les formes juridiques politiques, religieuses, artistiques ou philosophiques bref, les &lt;i&gt;formes id&#233;ologiques&lt;/i&gt; [nous soulignons] sous lesquelles les hommes prennent conscience de ce conflit et le m&#232;nent jusqu'au bout. &#187; (Marx, &lt;i&gt;Contribution &#224; la critique de l'&#233;conomie politique&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Pr&#233;face de 1859&lt;/i&gt;, &#233;d. Sociales, 1966, pp. 4-5).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Dans les luttes interclassistes, c'est l'objet de la lutte qui est interclassiste&lt;/i&gt;, tel que les contradictions du mode de production, &#224; un moment donn&#233;, dans une conjoncture le produisent. C'est &#224; l'int&#233;rieur de ce th&#232;me, dans la lutte &#224; son propos que les clivages apparaissent, l'interclassisme n'est pas a priori la composition du mouvement consid&#233;r&#233;e comme une addition de classes et de couches. L'objet de la lutte c'est un faisceau de contradictions qui, se coagulant d&#233;finit l'interclassisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lucidement, &lt;i&gt;TL&lt;/i&gt; soutient que &#171; les int&#233;r&#234;ts de la classe moyenne ne sont pas unifi&#233;s &#187; (p. 170) et que &#171; l'on ne peut trancher a priori sur le caract&#232;re fondamentalement r&#233;actionnaire de la classe moyenne au sein du processus r&#233;volutionnaire, comme le font Astarian et Ferro... &#187; (p. 171), mais c'est aussi ce que ceux-ci &#233;crivent dans les derniers chapitres de leur livre, en montrant comment cette classe moyenne est amen&#233;e &#224; se fracturer. Quand &lt;i&gt;TL&lt;/i&gt; inclut, en cons&#233;quence de leur d&#233;finition du prol&#233;tariat, dans la classe moyenne, des travailleurs improductifs mais sans r&#233;serve qui &#171; ne sont pas int&#233;ress&#233;s &#224; l'exploitation du prol&#233;tariat &#187; (p. 171), ils concluent avec raison que cela revient &#224; &#171; refuser d'admettre l'in&#233;luctabilit&#233; de l'&#233;chec de toute lutte interclassiste. &#187; (p. 171). En fait, Astarian / Ferro et eux disent &#224; peu pr&#232;s la m&#234;me chose : Astarian et Ferro mettent les sans r&#233;serve improductifs dans le prol&#233;tariat, &lt;i&gt;TL&lt;/i&gt; dans la classe moyenne (d&#233;finition oblige) mais avec en gros les m&#234;mes int&#233;r&#234;ts que le prol&#233;tariat. Comme dans les sc&#233;narios d&#233;crits par Astarian et Ferro, &lt;i&gt;ils&lt;/i&gt; envisagent que pour une partie de la classe moyenne &#171; rien n'indique que la poursuite de ses int&#233;r&#234;ts soit inconciliable avec la transformation radicale des rapports sociaux par la r&#233;volution communiste. &#187; (p. 184).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'appellation de sans r&#233;serve, reprise &#224; la vulgate bordiguiste pour d&#233;signer le prol&#233;tariat, est extr&#234;mement ambig&#252;e. Elle amalgame de fa&#231;on imm&#233;diate rapports de distribution (revenus) et rapports de production en y incluant m&#234;me la d&#233;termination du patrimoine (revenus et patrimoine ne sont pas li&#233;s quant au positionnement dans les luttes actuelles). La base conceptuelle (logique) qui est la mati&#232;re premi&#232;re de la constitution du concept de prol&#233;tariat est occult&#233;e au profit de cette ad&#233;quation imm&#233;diate. Ainsi dispara&#238;t la contradiction sans laquelle aucune construction th&#233;orique du d&#233;passement du mode de production capitaliste n'est possible, c'est-&#224;-dire la consid&#233;ration de ce mode de production comme contradiction en proc&#232;s. Le &#171; sans r&#233;serve &#187; peut-&#234;tre aussi bien un travailleur productif qu'improductif et m&#234;me un petit paysan ou artisan endett&#233; dont le &#171; patrimoine &#187; (s'il existe) sera vite absorb&#233; par ses cr&#233;anciers. La position des uns et des autres dans la lutte de classe, bien que tous &#171; sans r&#233;serves &#187;, ne sera pas identique dans la constitution conflictuelle de cette classe hypoth&#233;tique qu'est le prol&#233;tariat. Astarian et Ferro qui, dans &lt;i&gt;Le&lt;/i&gt; &lt;i&gt;m&#233;nage&lt;/i&gt; &lt;i&gt;&#224; trois...&lt;/i&gt; utilisent cette d&#233;finition, appelleront &#171; prol&#233;taire &#187; l'ouvrier de raffinerie qui peut avoisiner les 3000 euros par mois et excluront de cette classe l'infirmi&#232;re &#224; 1600 euros, montrant eux-m&#234;mes toute la fragilit&#233; de cette d&#233;finition. En fait, le probl&#232;me en revient toujours &#224; vouloir d&#233;finir directement le prol&#233;tariat &#224; partir des rapports de production, que cela soit, comme &lt;i&gt;TL&lt;/i&gt;, avec le travail productif ou comme Astarian et Ferro avec les &#171; sans r&#233;serves &#187; (la notion comprise comme rapport de production en ce qu'elle renvoie chez eux de fa&#231;on quasi exclusive &#224; la vente de la force de travail, alors qu'elle r&#233;f&#232;re simultan&#233;ment si ce n'est exclusivement &#224; un rapport de distribution). Dans le premier cas, la d&#233;finition bute sur toute une s&#233;rie d'impasses (voir plus haut), dans le second l'ad&#233;quation est &#224; la fois affirm&#233;e par une d&#233;finition sur la base du revenu et contourn&#233;e par le fait qu'une telle d&#233;finition (&#171; sans r&#233;serve &#187;) n'est efficace que dans la reproduction et le passage par toutes les instances et m&#233;diations de la reproduction, mais alors il faut en tenir compte. La notion de sans r&#233;serve est au-del&#224; des rapports de production, c'est tout son int&#233;r&#234;t, mais alors il faut le reconna&#238;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand des gens sortent dans la rue parce qu'ils ne peuvent plus se chauffer ou que le frigo est vide, ce sont des &#171; sans r&#233;serves &#187;, mais cela ne pr&#233;suppose en rien une position commune (identique) dans les rapports de production. Il est vrai que c'est entre autres ainsi que se constitue cette classe qui &lt;i&gt;n'existe pas&lt;/i&gt; dans les rapports de production : le prol&#233;tariat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans leur critique du &lt;i&gt;M&#233;nage &#224; trois...&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;TL&lt;/i&gt; en arrive &#224; exclure du prol&#233;tariat &#171; les individus qui effectuent un travail improductif m&#234;me s'ils sont pay&#233;s au simple prix de la reproduction de leur force de travail &#187; (p. 170). Ils refusent ici le crit&#232;re du &#171; sursalaire &#187; d&#233;fendu par les auteurs du livre, crit&#232;re qu'eux-m&#234;mes appliquent pour refuser le titre de prol&#233;taire &#224; des travailleurs reconnus comme productifs (mais un peu trop pay&#233;s), de m&#234;me que le titre &#233;tait refus&#233; aux travailleurs, m&#234;me productifs et pay&#233;s &#224; leur valeur, accomplissant une fonction de direction. Tout cela n'emp&#234;che pas qu'ils affirment avec raison que &#171; l'ensemble des activit&#233;s effectu&#233;es par la classe moyenne ne peuvent &#234;tre unifi&#233;es par un seul concept. &#187; (p. 172). Quand ils sont confront&#233;s &#224; la r&#233;alit&#233; des choses et non &#224; l'imaginaire conceptuel et th&#233;orique du prol&#233;tariat, ils consid&#232;rent la production conceptuelle en tant que telle, c'est-&#224;-dire ne se confondant pas avec l'existence des choses : &#171; &#8230; une multitude d'activit&#233;s contraires sont subsum&#233;es sous cette classe. &#187; (p. 173). Si, de fa&#231;on peut-&#234;tre critiquable, &lt;i&gt;TC&lt;/i&gt; tente de produire une unification de ces activit&#233;s, le crit&#232;re de &lt;i&gt;TL&lt;/i&gt;, le travail improductif, est, pour eux-m&#234;mes, non pertinent dans la mesure o&#249; sont rang&#233;s dans la classe moyenne des travailleurs reconnus productifs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous ne pouvons qu'&#234;tre d'accord avec &lt;i&gt;TL&lt;/i&gt; qui &#233;crit : &#171; ...il est impossible d'&#233;tablir un crit&#232;re unique pouvant rendre compte du rapport au capital d'une classe qui regroupe en son sein des technocrates parvenus, des employ&#233;s paup&#233;ris&#233;s et des laquais dipl&#244;m&#233;s. &#187; (p. 175). Mais c'est parce qu'il est impossible d'avoir un &#171; crit&#232;re unique &#187; pour d&#233;finir les classes et en premier lieu le prol&#233;tariat (voir leurs difficult&#233;s avec le crit&#232;re du travail productif). &lt;i&gt;La mati&#232;re premi&#232;re des rapports de production est constamment travaill&#233;e et retravaill&#233;e par toutes sortes d'autres d&#233;terminations dans les niveaux et les instances par lesquelles le mode de production est reproduction et s'autopr&#233;suppose. C'est l&#224; que les individus sont construits comme tels, comme sujets, qu'ils vivent et luttent.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Non seulement les diff&#233;rents rapports, les diff&#233;rents moments deviennent autonomes et adoptent des modes d'existence &#233;trangers les uns aux autres et apparemment ind&#233;pendants les uns des autres, mais encore ils se pr&#233;sentent comme propri&#233;t&#233;s imm&#233;diates de choses ; ils prennent une forme r&#233;ifi&#233;e [il est important de souligner que la &#171; forme r&#233;ifi&#233;e &#187; est en fait identique &#224; la forme de sujet, la r&#233;ification c'est la naissance du sujet, nda]. Ainsi les agents de la production capitaliste vivent-ils dans un monde magique et leurs propres relations leur apparaissent comme propri&#233;t&#233;s des choses, des &#233;l&#233;ments mat&#233;riels de la production. Or c'est &lt;i&gt;sous les formes ultimes, les plus m&#233;diatis&#233;es&lt;/i&gt; &#8211; sous des formes o&#249; &#224; la fois la m&#233;diation non seulement est devenue invisible, mais o&#249; s'exprime leur contraire direct &#8211; &lt;i&gt;que les figures du capital apparaissent comme les agents r&#233;els et les supports imm&#233;diats de la production&lt;/i&gt; [nous soulignons]. Le capital porteur d'int&#233;r&#234;ts personnifi&#233; dans le capitaliste financier, le capital industriel dans l'&lt;i&gt;industrial capitalist&lt;/i&gt;, le capital donnant une rente dans le propri&#233;taire foncier en tant que propri&#233;taire de la terre, et enfin le travail dans le travailleur salari&#233;. C'est sous ces figures fixes, incarn&#233;es en des personnalit&#233;s ind&#233;pendantes qui, en m&#234;me temps, apparaissent comme simples repr&#233;sentants de choses personnifi&#233;es, qu'ils entrent en concurrence et s'engagent dans le proc&#232;s de production r&#233;el. La concurrence pr&#233;suppose cette ext&#233;riorisation. Ce sont les formes qui existent conform&#233;ment &#224; sa nature, conform&#233;ment &#224; l'histoire de sa nature et dans son apparence &#224; la surface, elle n'est elle-m&#234;me rien d'autre que le mouvement de ce monde &#224; l'envers. Dans la mesure, o&#249; dans ce mouvement, les connexions internes s'imposent, elles apparaissent comme une loi myst&#233;rieuse. &#187; (Marx, &lt;i&gt;Th&#233;ories sur la plus-value&lt;/i&gt;, &#233;d. sociales, t. 3, p. 604).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les intellectuels, th&#233;oriciens du prol&#233;tariat, n'acceptent souvent comme prol&#233;tariat &#171; en tant que tel &#187; ou selon sa &#171; rigoureuse d&#233;finition &#187; que l'extraordinaire classe telle que d&#233;finie &#224; la fin du &lt;i&gt;Feuerbach &lt;/i&gt;(&lt;i&gt;Id&#233;ologie allemande&lt;/i&gt;), c'est-&#224;-dire la perfection sp&#233;culative faite classe : la classe potentiellement, si ce n'est d&#233;j&#224;, &#171; universelle &#187;, imperm&#233;able &#224; l'id&#233;ologie : la r&#233;conciliation de l'humanit&#233; avec elle-m&#234;me dans la Raison historique (r&#233;alisation et suppression de la philosophie).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans revenir sur ce qui avait pu &#234;tre &#233;crit et d&#233;fendu pr&#233;c&#233;demment, &lt;i&gt;TL&lt;/i&gt; soutient maintenant : &#171; En s'int&#233;ressant prioritairement &#224; la fonction que joue un agent dans la reproduction du mode de production capitaliste on peut, d'une part, d&#233;terminer que la production de plus-value est l'activit&#233; sp&#233;cifique du prol&#233;tariat et, d'autre part, distinguer plusieurs fonctions internes &#224; la classe moyenne et aller au-del&#224; du mode de r&#233;mun&#233;ration. &#187; (pp. 173-174). Pourtant, de la fonction pr&#233;cise de production de plus-value, ils en avaient exclu certains niveaux de r&#233;mun&#233;ration et certaines fonctions. Ce qui est bon pour la classe moyenne ne le serait pas pour les deux grandes classes conceptuelles. C'est exact &#224; la stricte condition de prendre les concepts pour ce qu'ils sont : du &#171; concret de pens&#233;e [&#8230;] en aucune mani&#232;re le proc&#232;s de gen&#232;se du concret lui-m&#234;me &#187; (Marx, &lt;i&gt;Introduction de&lt;/i&gt; &lt;i&gt;1857&lt;/i&gt;). Ni plus, ni moins.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais &lt;i&gt;TL&lt;/i&gt; va maintenant introduire une nouvelle diff&#233;renciation entre les deux classes fondamentales et la classe moyenne. Selon eux, la classe moyenne est une classe qui a son &#171; &lt;i&gt;essence &lt;/i&gt;[nous soulignons] &#224; l'ext&#233;rieur d'elle-m&#234;me &#187; (p. 174). Concluons donc que le prol&#233;tariat et la classe capitaliste ont leur essence &#224; l'int&#233;rieur d'eux-m&#234;mes. Adieu les rapports de production et l'implication r&#233;ciproque entre les classes, adieu tout soup&#231;on de dialectique : si le prol&#233;tariat a son &#171; essence &#187; en lui-m&#234;me, alors sa contradiction avec le capital n'est pas une contradiction pour lui-m&#234;me. Retour des sujets produisant la structure dans laquelle ils se rencontrent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;TL&lt;/i&gt; ajoute une nouvelle d&#233;termination &#224; cette d&#233;finition du prol&#233;tariat comme ayant son essence &#224; l'int&#233;rieur de lui-m&#234;me. Cette classe est celle qui a un r&#244;le historique &#224; jouer &#171; &lt;i&gt;en tant que classe &#187;&lt;/i&gt; [soulign&#233; dans le texte] (p. 174). &#171; Or c'est du fait que le prol&#233;tariat &lt;i&gt;est la classe du travail productif&lt;/i&gt; [soulign&#233; dans le texte] qu'on peut dire qu'il ne peut plus faire autrement, lorsque son activit&#233; particuli&#232;re est rendue impossible, que de cr&#233;er de nouveaux rapports sociaux qui sont imm&#233;diatement l'abolition du capital &#187; (p. 142). Que la th&#233;orie est belle sur le papier ! &#171; Il ne peut plus faire autrement &#187;, mais la situation envisag&#233;e a d&#251; se produire une bonne douzaine de fois depuis deux si&#232;cles, et puis ... les choses se sont pass&#233;es autrement. Il faut que la th&#233;orie sorte de son &#171; sommeil dogmatique &#187; qui fait du blocage du capital la condition de la r&#233;volution, quand c'est la r&#233;volution, qui n'est jamais sans conditions (et les cr&#233;e aussi elle-m&#234;me), qui est le &#171; blocage &#187; du mode de production, un &#171; blocage &#187; toujours historiquement sp&#233;cifi&#233; par les modalit&#233;s de la crise (il n'y a pas dans la &#171; r&#233;alit&#233; &#187; de crise en-soi) et par l&#224; structuration ant&#233;rieure du cours des luttes quotidiennes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De l'essence interne au r&#244;le historique, nous voil&#224; revenus &#224; la catastrophique formule de Marx dans &lt;i&gt;La Sainte Famille&lt;/i&gt; sur &#171; l'&#234;tre du prol&#233;tariat &#187; et ce qu'il sera &#171; contraint de faire &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb278&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pour une critique de cette formule voir TC 26, pp. 12 &#224; 17.&#034; id=&#034;nh278&#034;&gt;278&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#171; Peu importe &#187;, comme &#233;crivait Marx, ce qui advient entre temps. Cette catastrophique formule est le fondement, la justification, de tous les activismes, de tous les militantismes, de toutes les avant-gardes. Tant que l'&#234;tre ou la nature r&#233;volutionnaire du prol&#233;tariat ne sont pas critiqu&#233;s et mis &#224; bas, quelles que soient les d&#233;n&#233;gations prof&#233;r&#233;es, on demeure dans cette probl&#233;matique et cette attitude militante. Car le militant (m&#234;me se refusant comme tel) demeure le repr&#233;sentant, ne serait-ce que th&#233;orique, de cet &#234;tre et du &#171; but final &#187; qu'il porte en lui en passant par les vicissitudes des conjonctures historiques. La lutte de classe n'est pas un sport de montagne o&#249; l'on s'avance vers un sommet pr&#233;existant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Nous avons pu conclure que celui-ci [le prol&#233;tariat, nda] &#233;tait r&#233;volutionnaire, puisque la poursuite de ses int&#233;r&#234;ts le place en contradiction absolue avec la totalit&#233; capitaliste, c'est-&#224;-dire que son activit&#233; quotidienne parce qu'elle l'inscrit dans un rapport contradictoire pour lui-m&#234;me &#8211; l'am&#232;ne &#224; lutter contre le rapport social qui fonde tout l'&#233;chafaudage social. &#187; (p. 178). Ayant d&#233;fini le caract&#232;re r&#233;volutionnaire du prol&#233;tariat non comme une situation (ou un rapport, une r&#233;flexivit&#233;), mais comme une nature, un &#234;tre, et comme la r&#233;alisation de cet &#234;tre, &lt;i&gt;TL&lt;/i&gt; en arrive &#224; friser une conception du passage des luttes quotidiennes &#224; la r&#233;volution comme une transcroissance des premi&#232;res, la r&#233;alisation des premi&#232;res. Ce qui dispara&#238;t, c'est la rupture que constitue l'activit&#233; r&#233;volutionnaire vis-&#224;-vis de la classe elle-m&#234;me qui l'effectue. Comme si les luttes quotidiennes &#233;taient constamment une potentialit&#233; r&#233;volutionnaire. L'activit&#233; r&#233;volutionnaire est un d&#233;passement, certes un &lt;i&gt;d&#233;passement produit&lt;/i&gt;, mais un d&#233;passement. Si son essence lui est int&#233;rieure (c'est-&#224;-dire tout simplement une &#171; essence &#187;), la contradiction &#224; l'autre n'est pas contradiction &#224; &lt;i&gt;son autre&lt;/i&gt; et ne peut alors &#234;tre contradiction &#224; soi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Christian Charrier, dans les textes r&#233;unis dans &lt;i&gt;La Mat&#233;rielle,&lt;/i&gt; fait une critique radicale de cet essentialisme t&#233;l&#233;ologique et la pousse &#224; ses cons&#233;quences extr&#234;mes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;h.r98kofb6ogc&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La critique du concept de prol&#233;tariat dans &#171; La Mat&#233;rielle &#187;&lt;/strong&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb279&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Christian Charrier, La Mat&#233;rielle (&#233;d. Entremonde / Senonevero, 2018).&#034; id=&#034;nh279&#034;&gt;279&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Arriv&#233; &#224; ce point du travail de d&#233;finition du prol&#233;tariat, d&#233;finition comme construction passant par divers moments disjoints (de la fonction &#233;conomique &#224; la classe communisatrice en passant par la classe ouvri&#232;re, cette classe se retournant contre elle-m&#234;me, et le prol&#233;tariat), il faut, au risque de consid&#233;rer tout ce qui pr&#233;c&#232;de comme non pertinent, revenir au point de d&#233;part, laiss&#233; dans l'ombre : &lt;i&gt;existe-t-il quelque chose que l'on puisse nommer &#171; prol&#233;tariat &#187;&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb280&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Mon intention est de convaincre tous ceux qui jugent bon de s'occuper de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh280&#034;&gt;280&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;i&gt; &lt;/i&gt; ? Est-ce que toute recherche de d&#233;finition du &#171; prol&#233;tariat &#187; ne ferait pas que r&#233;pondre &#224; une question qu'une certaine Th&#233;orie (historiquement d&#233;termin&#233;e) se pose &#224; elle-m&#234;me ? La question m&#234;me de la d&#233;finition est-elle l&#233;gitime si c'est dans l'objet lui-m&#234;me de la d&#233;finition que r&#233;side la &#171; mystification &#187; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour supprimer tout malentendu, relatif &#224; sa critique de la notion m&#234;me de &#171; prol&#233;tariat &#187; Christian Charrier dans &lt;i&gt;La Mat&#233;rielle&lt;/i&gt; pr&#233;cise : &#171; &lt;i&gt;Pour enlever toute ambigu&#239;t&#233; disons tout de suite que critiquer la Th&#233;orie du prol&#233;tariat ne revient pas &#224; enfourcher les all&#233;gations sur la disparition de la classe prol&#233;taire et abandonner la th&#233;orie de la lutte de classes, bien au contraire.&lt;/i&gt; &#187; (p. 232).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien au contraire : voil&#224; ce &#224; quoi nous avons affaire, &#233;crit Charrier : &#171; une classe prol&#233;taire et une classe capitaliste qui s'affrontent pour leurs int&#233;r&#234;ts imm&#233;diats &#187;. C'est tout ce qui est donn&#233;. Nous ne pouvons voir rien d'autre &#171; Il faut cesser de r&#234;ver la classe ouvri&#232;re &#187; (derni&#232;re phrase de&lt;i&gt; La forteresse ouvri&#232;re : Renault&lt;/i&gt;, Jacques Fr&#233;montier, &#233;d. Fayard, 1971). Ce que dit &lt;i&gt;La Mat&#233;rielle&lt;/i&gt; c'est que toutes les th&#233;ories de la r&#233;volution et du communisme sont, de fa&#231;ons diverses et selon les &#171; conditions &#187; historiques du mode de production capitaliste, des mises en forme d'une pr&#233;d&#233;termination r&#233;volutionnaire de la lutte des classes, &lt;i&gt;d'un sens&lt;/i&gt;. Rien n'autoriserait &#224; consid&#233;rer que le rapport de classe (la lutte des classes) implique (contient) une pr&#233;d&#233;termination (ou seulement potentialit&#233;) r&#233;volutionnaire. Malgr&#233; toute la pertinence de l'interpellation de &lt;i&gt;La Mat&#233;rielle&lt;/i&gt; vis-&#224;-vis de toutes les productions th&#233;oriques, Charrier utilise ici un pr&#233;suppos&#233; qui n'est pas l&#233;gitime dans sa propre probl&#233;matique : l'expression m&#234;me de &#171; classe prol&#233;taire &#187;. Nous ne pourrions avoir dans la probl&#233;matique de &lt;i&gt;La Mat&#233;rielle&lt;/i&gt; que des individus prol&#233;taires. Il est vrai que dans la suite de son argumentation, Charrier pose de fa&#231;on critique la question relative &#224; la constitution en classe des prol&#233;taires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;{{}}Comment alors, la &#171; classe prol&#233;taire &#187; fait-elle classe ? Bien s&#251;r il y a la &#171; classe en soi &#187; et apr&#232;s ? Pour &lt;i&gt;La Mat&#233;rielle&lt;/i&gt;, l'expression exemplaire, fondatrice de la &#171; Th&#233;orie du Prol&#233;tariat &#187; se trouve chez Marx dans &lt;i&gt;Mis&#232;re de la Philosophie &lt;/i&gt;et est confirm&#233;e un an apr&#232;s dans le&lt;i&gt; Manifeste.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; J'appelle 'th&#233;orie du prol&#233;tariat' (comme Sujet ou 'sujet prol&#233;tarien'), toute la production th&#233;orique existante depuis le milieu du XIXe si&#232;cle dans son unit&#233; &lt;i&gt;sp&#233;culative&lt;/i&gt; ou dans sa &lt;i&gt;syst&#233;maticit&#233;&lt;/i&gt; &lt;i&gt;scientifique&lt;/i&gt; comme th&#233;orie du &lt;i&gt;sens&lt;/i&gt; r&#233;volutionnaire de la &lt;i&gt;classe prol&#233;taire&lt;/i&gt; moyennant son existence historique comme &lt;i&gt;sujet politique&lt;/i&gt;. Elle est initi&#233;e par Marx en 1847 avec l'&#233;tablissement du &lt;i&gt;syllogisme du prol&#233;tariat &lt;/i&gt; : 'Ainsi cette masse est d&#233;j&#224; une classe vis-&#224;-vis du capital, mais pas encore pour elle-m&#234;me. Dans la lutte [&#8230;], cette masse se r&#233;unit, elle se constitue pour elle-m&#234;me.' (Marx, &lt;i&gt;Mis&#232;re de la Philosophie&lt;/i&gt;) &#187; (Charrier, &lt;i&gt;La Mat&#233;rielle, &lt;/i&gt;pp. 20-21)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quel est ce syllogisme&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb281&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Charrier appelle peut-&#234;tre abusivement syllogisme cet encha&#238;nement dans la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh281&#034;&gt;281&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; (voir, p. 82 et sq) :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1) La classe ouvri&#232;re &#171; en soi &#187; est une masse divis&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2 Elle sort d'elle-m&#234;me par sa lutte contre ses ma&#238;tres : repr&#233;sentation de ses int&#233;r&#234;ts communs (1&#232;re n&#233;gation) ; mais ce n'est qu'une universalit&#233; ext&#233;rieure n'existant que dans le rapport &#224; son Autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3) Cette universalit&#233; est &#224; son tour conserv&#233;e et ni&#233;e dans la prise de conscience de ses int&#233;r&#234;ts de classe en propre, pour elle-m&#234;me seulement en ce qu'elle repr&#233;sente les int&#233;r&#234;ts de l'Histoire. C'est alors le Parti : classe pour soi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons dans ce &#171; syllogisme &#187; la constitution de ce que Charrier qualifie de&lt;strong&gt; &#171; &lt;/strong&gt;Sujet r&#233;volutionnaire &#187; avec la d&#233;termination essentielle du Sujet : son autod&#233;ploiement comme r&#233;alisation effective de lui-m&#234;me. Le Sujet est un tout organique qui se d&#233;ploie au travers de ses multiples d&#233;terminations : sans Sujet, il n'y a pas de syst&#233;maticit&#233; qui tienne, il n'y a que des d&#233;terminations finies, des circonstances. Le r&#233;sultat du passage des luttes &#171; actuelles &#187; (pr&#233;sentes) &#224; la r&#233;volution, c'&#233;tait le parti dans son action politique, le parti &#171; organisation des &#233;l&#233;ments r&#233;volutionnaires &lt;i&gt;comme classe &#187;&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb282&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Marx, Mis&#232;re de la philosophie, &#171; &#338;vres &#187;, t. I, &#233;d. Gallimard, 1965, p. 135.&#034; id=&#034;nh282&#034;&gt;282&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ou, autrement dit, &#171; Cette organisation du prol&#233;tariat en classe et donc en parti politique, [...] est sans cesse d&#233;truite par la concurrence que les ouvriers se font entre eux [&#171; la classe en soi &#187;, nda] (&lt;i&gt;Le Manifeste&lt;/i&gt;, &#233;d. 10/18, p. 31). Ou alors : &#171; Un mouvement politique, c'est-&#224;-dire un mouvement de la classe pour r&#233;aliser ses int&#233;r&#234;ts &#187; (Marx, &lt;i&gt;lettre &#224; Bolte&lt;/i&gt;, 11/1871). ou encore : &#171; le prol&#233;tariat ne peut agir comme classe qu'en se constituant lui-m&#234;me en parti politique distinct oppos&#233; &#224; tous les anciens partis form&#233;s par les classes dominantes. &#187; (&lt;i&gt;Discours de Marx &#224; La Haye, &lt;/i&gt;1872&lt;i&gt;). &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais alors maintenant : &lt;i&gt;plus de parti, plus de classe non plus &lt;/i&gt; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;{{}}&lt;i&gt;La Mat&#233;rielle&lt;/i&gt; conclut : de nos jours, la disparition du prol&#233;tariat comme sujet politique organis&#233;, c'est&#8211;&#224;&#8211;dire de la &#171; masse des travailleurs &#187; organis&#233;e en classe donc en parti &lt;i&gt;met &#224; mal le concept marxien de classe&lt;/i&gt; en ce qui concerne le prol&#233;tariat, et oblige &#224; reconsid&#233;rer celui-ci.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La &#171; Th&#233;orie du Prol&#233;tariat &#187; n'est possible, dit Charrier, que moyennant la classe prol&#233;taire comme &#171; &lt;i&gt;sujet politique &#187;&lt;/i&gt;, c'est-&#224;-dire comme masse des travailleurs organis&#233;e en classe &lt;i&gt;donc&lt;/i&gt; en parti politique et, &#224; partir de la victoire de la r&#233;volution bolchevique, en parti &lt;i&gt;donc&lt;/i&gt; en &#201;tat &#8212; mais th&#233;oriquement c'&#233;tait d&#233;j&#224; la position de Marx et d'Engels avant et apr&#232;s la Commune de Paris, avec &lt;i&gt;la th&#233;orie de la dictature du prol&#233;tariat&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb283&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'histoire th&#233;orique du concept de &#171; Dictature du Prol&#233;tariat &#187; rend bien (&#8230;)&#034; id=&#034;nh283&#034;&gt;283&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'effondrement du bloc de l'Est et la chute du mur de Berlin, la disparition des partis communistes occidentaux et la prise d'autonomie de leurs syndicats &#8212; ex &#171; courroie de transmission &#187; du parti &#8212; sont l'&#233;pitaphe du &#171; Sujet prol&#233;tarien &#187;. Au cours de l'&#233;volution du mode de production capitaliste, des transformations de la lutte des classes, le syllogisme qui constitue th&#233;oriquement le prol&#233;tariat comme classe est toujours l&#224;, mais il subit des r&#233;organisations (nous suivons ici toujours la probl&#233;matique de &lt;i&gt;La Mat&#233;rielle&lt;/i&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re d'entre elles date des ann&#233;es 1920.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'un c&#244;t&#233;, la Gauche communiste germano&#8211;hollandaise a absolutis&#233; la &#171; masse &lt;strong&gt; &#187;&lt;/strong&gt; (le premier moment du syllogisme marxien) dans sa &#171; spontan&#233;it&#233; &#187; contre le parti (le r&#233;sultat du syllogisme), tandis que la Gauche communiste italienne (Bordiga) absolutisait le &#171; parti &#187; (le r&#233;sultat) comme pr&#233;figuration de la communaut&#233; des travailleurs, contre la &#171; masse &#187; (le premier moment, donc), les deux rendant probl&#233;matique le moment &lt;i&gt;m&#233;diateur&lt;/i&gt; (dialectique) du syllogisme, c'est-&#224;-dire la d&#233;fense de la condition prol&#233;tarienne dans sa dimension politique. Dans les deux cas, cette d&#233;fense apparaissait de fa&#231;on abstraite puisque s&#233;par&#233;e de la totalit&#233; telle qu'elle s'exprime dans l'identit&#233; processuelle qu'expose le syllogisme marxien dans le paradigme ouvrier classique de la r&#233;volution (voir, &lt;i&gt;La Mat&#233;rielle&lt;/i&gt;, p. 68).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bordiga, comme Otto R&#252;hle, fustige l'embourgeoisement des ouvriers :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#252;hle : &#171; bourgeois et ouvriers vivent dans le m&#234;me milieu, respirent la m&#234;me atmosph&#232;re morale, ils sont, quoi qu'ils en aient, membres de la m&#234;me soci&#233;t&#233; &#187; (R&#252;hle, in &lt;i&gt;Invariance,&lt;/i&gt; 1995 ). Quand Bordiga fait le m&#234;me constat, il ne dit pas exactement la m&#234;me chose : ce n'est pas, comme R&#252;hle, pour cantonner le prol&#233;tariat dans les usines afin qu'il conserve son identit&#233; particuli&#232;re. Pour lui : &#171; la b&#234;te c'est l'entreprise, ce n'est pas le patron qu'elle a &#224; sa t&#234;te &#187; ; et il fustige &#171; les organisations &#233;conomiques du prol&#233;tariat esclave [qui] sont de p&#226;les substituts du parti r&#233;volutionnaire &#187; et &#171; un milieu de culture encore plus favorable que la soci&#233;t&#233; civile &#187; (Camatte, 1974). Pour ce qui est de l'embourgeoisement ouvrier, Bordiga, d&#232;s 1925, critique tout &#224; la fois la &#171; bolch&#233;visation &#187; du parti et son organisation en cellules d'entreprise, et avant cela, la modification dite r&#233;formiste des syndicats en &#171; comit&#233;s d'entreprise &#187; pr&#244;n&#233;e par Gramsci et les ordinovistes. &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bordiga d&#233;nonce la passivit&#233;, la neutralit&#233; des diverses mol&#233;cules humaines qui dans : &#171; un milieu historique non&lt;i&gt; ionis&#233;&lt;/i&gt; [&#8230;] ne sont pas orient&#233;es en deux alignements antagonistes. Dans ces p&#233;riodes mortes et r&#233;pugnantes, la mol&#233;cule personne peut se disposer dans une orientation quelconque. Le &#8220;champ&#8221; historique est nul et tout le monde s'en fiche. C'est dans ces moments que la froide et inerte mol&#233;cule, non parcourue par un courant imp&#233;rieux ni fix&#233;e &#224; un axe ind&#233;fectible, se recouvre d'une esp&#232;ce de cro&#251;te qu'on appelle conscience, se met &#224; jacasser en affirmant qu'elle ira o&#249; elle voudra, quand elle voudra, et &#233;l&#232;ve son incommensurable nullit&#233; et stupidit&#233; &#224; la hauteur de moteur, de sujet causal de l'histoire. &#187; Mais qu'il y ait ionisation, alors : &#171; l'individu-mol&#233;cule-homme se retrouve dans son alignement et vole le long de sa ligne de force, en oubliant finalement cette pathologique idiotie que des si&#232;cles d'&#233;garement ont c&#233;l&#233;br&#233;e sous le nom de libre-arbitre ! &#187; (&lt;i&gt;Structure &#233;conomique et sociale de la Russie d'aujourd'hui&lt;/i&gt;, in J. Camatte, &lt;i&gt;Bordiga et la passion du communisme, &lt;/i&gt;&#233;d. Spartacus, 1974, p. 26. cit&#233; par &lt;i&gt;La Mat&#233;rielle&lt;/i&gt;, p. 324).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce fut, pour &lt;i&gt;La Mat&#233;rielle&lt;/i&gt;, la premi&#232;re crise th&#233;orique et pratique de la classe prol&#233;taire comme&lt;i&gt; sujet politique&lt;/i&gt; et donc de la &lt;i&gt;th&#233;orie du Prol&#233;tariat&lt;/i&gt;. Il y en eut une seconde, celle de la &#171; th&#233;orie postprol&#233;tarienne &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; J'appelle th&#233;orie postprol&#233;tarienne de la r&#233;volution toute la production th&#233;orique existante depuis la fin des ann&#233;es soixante. Elle est dite ainsi au sens o&#249; elle est une &lt;i&gt;r&#233;-&#233;laboration (critique mais toujours sp&#233;culative)&lt;/i&gt; de la 'Th&#233;orie du Prol&#233;tariat' et de la r&#233;volution prol&#233;tarienne, &#224; partir de la crise du paradigme ouvrier, &lt;i&gt;sur la base de la critique de la classe prol&#233;taire comme sujet politique&lt;/i&gt;. En ce sens la &lt;i&gt;th&#233;orie postprol&#233;tarienne&lt;/i&gt; est un moment historique de la &lt;i&gt;th&#233;orie du Prol&#233;tariat&lt;/i&gt; et elle ne peut que s'achever avec elle. &#187; (p. 22). Et Charrier pr&#233;cise plus loin : &#171; La th&#233;orie de la r&#233;volution communiste telle qu'elle s'est d&#233;velopp&#233;e en Europe &#224; partir de la fin des ann&#233;es soixante, s'est &#233;tablie comme telle sur la base de la critique du paradigme r&#233;volutionnaire mis en &#339;uvre par le mouvement ouvrier (affirmation du travail, &#233;rection du prol&#233;tariat en classe dominante, prise du pouvoir politique, p&#233;riode de transition vers le communisme&#8230;). &#187; ( p. 75). La premi&#232;re r&#233;organisation n'&#233;tait qu'une critique des moyens de mettre en &#339;uvre tout cela, mais pas une critique de tout cela comme devant &#234;tre la perspective r&#233;volutionnaire&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb284&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Charrier reprend ici la th&#232;se principale de Histoire critique de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh284&#034;&gt;284&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, pour &lt;i&gt;La Mat&#233;rielle,&lt;/i&gt; la &#171; th&#233;orie de la r&#233;volution&lt;strong&gt; &lt;/strong&gt;comme communisation imm&#233;diate (sans p&#233;riode de transition) est le principal acquis du cycle th&#233;orique d&#233;sormais clos de la th&#233;orie postprol&#233;tarienne de la r&#233;volution. &#187; (p. 231). A partir du d&#233;but des ann&#233;es 1970, la &#171; th&#233;orie postprol&#233;tarienne du prol&#233;tariat &#187; diff&#232;re de la &#171; th&#233;orie du prol&#233;tariat &#187; en ce que la disparition de la classe prol&#233;taire comme &lt;i&gt;sujet politique&lt;/i&gt; dans son identit&#233; organisationnelle et programmatique (en tant que r&#233;f&#233;rent pr&#233;sent de la th&#233;orie du prol&#233;tariat) &#171; a projet&#233; la th&#233;orie de la r&#233;volution communiste dans les bras de la&lt;i&gt; syst&#233;maticit&#233; sp&#233;culative&lt;/i&gt;, je dirais : 'pure', ou &lt;i&gt;abstraite&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;a contrario&lt;/i&gt; de la sp&#233;culation marxienne et marxiste dans son contenu objectif 'concret'. Le r&#233;sultat de ce 'transport th&#233;orique' a &#233;t&#233; la th&#233;orie postprol&#233;tarienne de la r&#233;volution, dans son 'originalit&#233;' telle qu'elle s'est &#233;tablie &#224; partir de la fin des ann&#233;es soixante. Le syllogisme marxien du prol&#233;tariat qui permettait de tenir th&#233;oriquement, malgr&#233; tout, la chose dans l'histoire avait d&#233;j&#224; &#233;t&#233; rudement remis en question &#8230; par l'histoire, par l'entremise de l'ultragauche en cons&#233;quence de la &lt;i&gt;victoire&lt;/i&gt; de la r&#233;volution russe et de la &lt;i&gt;d&#233;faite&lt;/i&gt; de la r&#233;volution allemande. &#187; (pp. 67-68)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans tous les cas, pour Charrier, la th&#233;orie postprol&#233;tarienne ne fait qu'&#171; emplir &#187; abstraitement et sans m&#233;diation l'&#234;tre ou l'existence pratique de son Sujet (le Prol&#233;tariat) de ce qui &#233;tait pour le paradigme ouvrier de la r&#233;volution le &#171; d&#233;bouch&#233; politique &#187; des luttes &#233;conomiques imm&#233;diates qu'il pla&#231;ait dans le devenir pour soi de la classe en soi &#8230; &lt;i&gt;dans son parti. &lt;/i&gt;Dans une probl&#233;matique comme celle de la critique du programmatisme dans l'apr&#232;s 68 que l'on retrouve chez &lt;i&gt;TL&lt;/i&gt;, le Prol&#233;tariat est de fait, &lt;i&gt;imm&#233;diatement&lt;/i&gt;, le sujet r&#233;volutionnaire (ce qu'il sera contraint de faire selon son &#234;tre), il n'y a plus de mouvement de construction ni, &lt;i&gt;a fortiori,&lt;/i&gt; d'autoconstruction. Ce n'est plus que sa r&#233;v&#233;lation, r&#233;v&#233;lation de sa nature r&#233;volutionnaire qui est seulement &lt;i&gt;ext&#233;rieurement&lt;/i&gt; d&#233;pendante des conditions, du cours de la contradiction, de la nature de telle ou telle lutte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La th&#233;orie (marxienne) du Prol&#233;tariat au sens strict &#233;tait une th&#233;orie de l'affirmation positive de celui-ci comme auto-d&#233;ploiement (m&#234;me si c'est sur la base de sa position n&#233;gative dans la soci&#233;t&#233;) ; la th&#233;orie &#171; postprol&#233;tarienne &#187; de la r&#233;volution &#8211; c'est pour cela qu'elle est dite ainsi &#8211; est une th&#233;orie de l'auto-d&#233;ploiement de cette position &lt;i&gt;comme auto-n&#233;gation de soi. &lt;/i&gt;Pour &lt;i&gt;La Mat&#233;rielle&lt;/i&gt; cela est &#233;galement valable pour &lt;i&gt;Th&#233;orie Communiste&lt;/i&gt; qui, en critiquant le concept d'auto-n&#233;gation qui nomme la chose, n'a pas pour autant supprim&#233; la chose elle-m&#234;me en th&#233;orie&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb285&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pour Th&#233;orie Communiste, &#233;crit exactement Charrier &#171; la r&#233;volution est le (&#8230;)&#034; id=&#034;nh285&#034;&gt;285&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. C'est alors une des questions de base de toute production th&#233;orique, &#171; des luttes actuelles &#224; la r&#233;volution ? &#187;, qui est mise en question, non seulement les diverses r&#233;ponses mais la question elle-m&#234;me. Que l'on r&#233;ponde &#224; la question par l'autonomie, la critique du travail, la construction du parti, la crise, le &#171; capital contradiction en proc&#232;s et tension &#224; son abolition &#187;, etc : &#171; Les r&#233;ponses apport&#233;es par la th&#233;orie postprol&#233;tarienne de la r&#233;volution furent &lt;i&gt;essentialistes&lt;/i&gt; pour le moins, &lt;i&gt;syst&#233;matiques&lt;/i&gt; pour le mieux, &lt;i&gt;sp&#233;culatives&lt;/i&gt; dans tous les cas. &#187; (p. 70). Charrier poursuit sa critique : En effet,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* soit, le rapport des luttes actuelles &#224; la r&#233;volution est un rapport &lt;i&gt;s&#233;lectif&lt;/i&gt;. Le &#171; des luttes actuelles &#224; la r&#233;volution &#187; se d&#233;cline alors en un &#171; quelles luttes actuelles pour la r&#233;volution ? &#187; (p. 73) : les luttes anti-travail, l'autonomie, etc., chacun fait son march&#233; dans la lutte de classe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* soit [il s'agit l&#224; de &lt;i&gt;TC, &lt;/i&gt;nda] la relation entre les luttes actuelles et la r&#233;volution tient &#224; la &#171; contradiction &#187; entre le prol&#233;tariat et le capital qu'est l'exploitation comme mouvement du capital, simultan&#233;ment dans sa reproduction et dans le proc&#232;s de son abolition : &#171; le capital comme contradiction en proc&#232;s &#187;. Le capital est virtuellement (en puissance) aboli au niveau du proc&#232;s contradictoire de la valorisation du capital &#171; dans son concept &#187;. A nouveau la fin est toujours &lt;i&gt;d&#233;j&#224; &lt;/i&gt;pr&#233;suppos&#233;e (voir p. 73).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans tous les cas, la relation repose sur un &lt;i&gt;d&#233;j&#224;&lt;/i&gt; mais &lt;i&gt;pas encore&lt;/i&gt; (le &lt;i&gt;noch nicht&lt;/i&gt; h&#233;g&#233;lien pivot de toute syst&#233;maticit&#233; sp&#233;culative), la &#171; fin &#187; est l&#224; mais pas encore r&#233;ellement &lt;i&gt;pour elle-m&#234;me&lt;/i&gt;, c'est-&#224;-dire &#171; effective &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si nous admettons avec &lt;i&gt;La Mat&#233;rielle&lt;/i&gt; qu'aujourd'hui la lutte des classes ne peut plus &#234;tre comprise comme proc&#232;s d'effectuation d'un sens r&#233;volutionnaire du &#171; Prol&#233;tariat &#187;, dans son autonomie, sa subjectivit&#233; ou sa contradiction avec le capital, il faut alors aller jusqu'au bout de la logique que nous impose l'&#233;poque : &lt;i&gt;ibi statur&lt;/i&gt; (restons-en l&#224;). C'est ce que Charrier nomme &#171; actualisme absolu &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le commencement, en derni&#232;re analyse, c'est la lutte des classes, la lutte des classes telle qu'elle se donne &#224; voir tout de suite dans son cours quotidien, lorsque les prol&#233;taires et les capitalistes s'affrontent dans la d&#233;fense unilat&#233;rale de leurs int&#233;r&#234;ts imm&#233;diats respectifs, pour leur reproduction particuli&#232;re : voil&#224; le point d'appui pour soulever la th&#233;orie. &lt;i&gt;Ibi statur&lt;/i&gt;&#8230; on en reste l&#224;. Restons-en &#224; ce que donne &#224; voir imm&#233;diatement la lutte de classes factuelle sans chercher ce qu'elle peut cacher, signifier, manifester, etc. : l'&#201;tat de la classe capitaliste veut remettre en question le syst&#232;me de retraite par r&#233;partition, la classe prol&#233;taire lutte pour d&#233;fendre ses acquis ; la classe capitaliste d&#233;cide de d&#233;localiser ses usines, les prol&#233;taires se battent pour 'travailler au pays' parce qu'ils n'ont pas envie d'aller ailleurs, ou pour obtenir le moins mauvais plan social possible&#8230; Rien d'autre dans tout cela que ce qui se donne &#224; voir imm&#233;diatement : pas de &#171; subjectivit&#233; sociale &#187; r&#233;volutionnaire, pas d'&#171; autonomie &#187;, pas de &#171; d&#233;termination communiste du prol&#233;tariat &#187;, pas de &#171; contradiction qui porte son d&#233;passement &#187;, pas de &#171; limites &#187; des luttes&#8230; rien. Rien qui puisse faire que la r&#233;volution communiste, si elle est communisation imm&#233;diate de la soci&#233;t&#233; capitaliste, soit autre chose qu'un commencement &#224; partir de rien&#8230; &#187; (Charrier, &lt;i&gt;La Mat&#233;rielle&lt;/i&gt;, pp. 35-36). Restons-en l&#224;. Une chose telle que la th&#233;orie de la r&#233;volution communiste ne deviendrait seulement encore possible, apr&#232;s l'effondrement du &#171; Prol&#233;tariat &#187; comme hypostase de la &#171; classe des prol&#233;taires &#187;, qu'&#224; la condition de poser maintenant la question de la fa&#231;on suivante :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Dans quelles circonstances la lutte entre la classe prol&#233;taire et la classe capitaliste agissant chacune pour la d&#233;fense de ses conditions de reproduction respectives, peut-elle 'd&#233;vier' de son sens d&#233;fensif et prendre un tour r&#233;volutionnaire ? &#187; (&lt;i&gt;La Mat&#233;rielle&lt;/i&gt;, p. 37).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;{{}}Il s'agit d'une &lt;i&gt;d&#233;viation&lt;/i&gt; et non du &lt;i&gt;d&#233;veloppement&lt;/i&gt; d'une situation contradictoire devenant effectivement ce qu'elle &#233;tait d&#233;j&#224; potentiellement. Pour Charrier, le r&#233;sultat de cette d&#233;viation est quelque chose de plus que sa pr&#233;misse, il est la cons&#233;quence positive d'un encha&#238;nement de faits positifs (finis, d&#233;termin&#233;s) : pas de contradiction, pas de n&#233;gation de la n&#233;gation, donc, seulement le heurt de d&#233;terminations finies (oppos&#233;es &#224; l'infini de l'automouvement des concepts). Autrement dit : dans quelle &lt;i&gt;conjoncture&lt;/i&gt; &#8211; au sens strict de &#171; situation qui r&#233;sulte d'une rencontre de circonstances et qui est consid&#233;r&#233;e comme le point de d&#233;part d'une &#233;volution, d'une action &#187; (&lt;i&gt;La Mat&#233;rielle&lt;/i&gt;, p. 38) &#8211; la lutte de classes peut-elle, elle-m&#234;me,&lt;i&gt; se r&#233;volutionner.&lt;/i&gt; S'il n'y a plus de &#171; Sujet r&#233;volutionnaire &#187;, la r&#233;volution est alors un processus &lt;i&gt;contingent&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;al&#233;atoire.&lt;/i&gt; Et il conclut : &#171; Refuser de continuer &#224; consid&#233;rer que la contradiction prol&#233;tariat/capital porte en elle son n&#233;cessaire d&#233;passement, et que cela m&#234;me est sa raison d'&#234;tre&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb286&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;cf. TC 17, p. 131,&#034; id=&#034;nh286&#034;&gt;286&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, c'est-&#224;-dire refuser la syst&#233;maticit&#233; sp&#233;culative &#187; (p. 42). Plus de Sujet r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Charrier a tout &#224; fait raison dans sa critique de la n&#233;gativit&#233; h&#233;g&#233;lienne telle qu'elle a irrigu&#233; toute la production th&#233;orique de la r&#233;volution communiste&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb287&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;On peut rapidement d&#233;finir ainsi la n&#233;gativit&#233; h&#233;g&#233;lienne : &#171; Chaque (&#8230;)&#034; id=&#034;nh287&#034;&gt;287&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Cette &#171; n&#233;gativit&#233; &#187;, c'est le &lt;i&gt;noch nicht &lt;/i&gt;qui synth&#233;tise l'objet de toute la critique radicale de &lt;i&gt;La Mat&#233;rielle&lt;/i&gt;, c'est la &#171; forme cellulaire &#187; &#224; critiquer dans toutes les productions th&#233;oriques jusqu'&#224; aujourd'hui&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb288&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;On peut s'&#233;tonner de constater que Charrier ne soit pas pass&#233; de cette (&#8230;)&#034; id=&#034;nh288&#034;&gt;288&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais le &#171; &lt;i&gt;ibi statur &lt;/i&gt; &#187; c'est, paradoxalement, dans son &#233;nonciation m&#234;me, un point de d&#233;part. Il faut non seulement dire que ce qui est l&#224; est l&#224;, mais encore &lt;i&gt;ce qui fait&lt;/i&gt; que ce qui est l&#224; soit l&#224; et c'est l&#224; l'angle mort de &lt;i&gt;La &lt;/i&gt;&lt;i&gt;Mat&#233;rielle&lt;/i&gt;. C'est le positivisme qui consid&#232;re que &#171; ce qui est &#187; se suffit &#224; lui-m&#234;me comme explication de son &#171; &#234;tre &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb289&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pour le positivisme, il n'est pas n&#233;cessaire d'aller au-del&#224; de ce qui est (&#8230;)&#034; id=&#034;nh289&#034;&gt;289&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Il faut dire pourquoi il y a des classes et une &#171; lutte des classes &#187;, pourquoi elles sont constamment en confrontation et l&#224; il faut produire des &lt;i&gt;concepts&lt;/i&gt;, ceux de capital et de travail salari&#233;, dire pourquoi ils constituent une contradiction (ou m&#234;me seulement un antagonisme&#8230;), dire pourquoi cette lutte dans ses caract&#233;ristiques les plus imm&#233;diates existe perp&#233;tuellement &lt;i&gt;et se renouvelle sans cesse&lt;/i&gt;. C'est dans son propre pr&#233;suppos&#233; fondamental que &lt;i&gt;La Mat&#233;rielle&lt;/i&gt; exprime ses impasses : la lutte pour les &#171; int&#233;r&#234;ts imm&#233;diats &#187; doit elle-m&#234;me &#234;tre &lt;i&gt;expliqu&#233;e, produite&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A l'inverse de ce positivisme, dans le moment actuel de la lutte de classe o&#249; c'est le fait de lutter en tant que classe qui se constitue en limite de cette lutte, la contradiction entre le prol&#233;tariat et le capital (l'exploitation) d&#233;finit elle-m&#234;me son d&#233;passement possible comme contingent et al&#233;atoire, comme une conjoncture avec ses surd&#233;terminations. Nous ne pouvons aboutir aux conclusions de &lt;i&gt;La Mat&#233;rielle&lt;/i&gt; qu'en allant th&#233;oriquement au-del&#224; du positivisme du &#171; &lt;i&gt;Ibi statur&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;h.i3bsq1x4vprd&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En conclusion&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; : Temps libre &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;comme analyseur des limites de &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;Th&#233;orie Communiste&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons vu que la question de la production de l'appartenance de classe comme contrainte ext&#233;rieure, c'est-&#224;-dire la question sp&#233;cifique de la d&#233;finition actuelle du prol&#233;tariat pour une th&#233;orie de la r&#233;volution n'existe pas chez &lt;i&gt;TL, &lt;/i&gt;mais si elle existe dans &lt;i&gt;TC, &lt;/i&gt;la &#171; solution&lt;i&gt; &lt;/i&gt; &#187; y &#233;tait tr&#232;s incompl&#232;te (sous r&#233;serve qu'une telle d&#233;finition puisse &#234;tre jamais donn&#233;e en tant que telle). En effet, nous disons que le prol&#233;tariat ne se limite pas aux travailleurs productifs, que chaque prol&#233;taire, travailleur productif ou non, est exploit&#233;, mais que &lt;i&gt;le rapport au capital social n'est pas le m&#234;me&lt;/i&gt; qu'il s'agisse de travail productif ou non. Nous ajoutons que l'exploitation au sens strict de la mise en mouvement de travail productif structure l'ensemble de la polarisation de classes dans la mesure o&#249; il est dans la nature de la plus-value de devenir profit, donc de ne pas appara&#238;tre en clair. Il en r&#233;sulte que l'action de travailleurs portant le travail productif, quelle qu'elle soit, poss&#232;de cette sp&#233;cificit&#233; de faire revenir la polarisation des classes (autour du profit) sur elle-m&#234;me, sur sa propre condition. Il existe &#224; l'int&#233;rieur de la contradiction entre le prol&#233;tariat et le capital qu'est l'exploitation un moment o&#249; cette contradiction revient sur elle-m&#234;me, se met en jeu dans son mouvement en tant que dynamique du syst&#232;me ; ce moment c'est l'action des travailleurs productifs, ou plus pr&#233;cis&#233;ment des agents du travail productif. Pour cela il faut passer de la contradiction surtravail / travail n&#233;cessaire &#224; celle du travail n&#233;cessaire avec lui-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;TL&lt;/i&gt; ne cache pas qu'une grande partie de leur fondement th&#233;orique est reprise de &lt;i&gt;TC&lt;/i&gt;. Outre le &#171; programmatisme &#187;, &#171; l'identit&#233; ouvri&#232;re &#187; et la &#171; restructuration &#187;, il s'agit essentiellement de la d&#233;finition de l'exploitation comme contradiction entre le prol&#233;tariat et le capital. Ils reprochent cependant &#224; &lt;i&gt;TC&lt;/i&gt; ne pas &#234;tre coh&#233;rent avec ses propres bases. Ils ont en partie raison mais, comme on pouvait le pressentir &#224; la lecture de tout ce qui pr&#233;c&#232;de, ce n'est pas dans le sens qu'ils imaginent. Nous montrons dans &lt;i&gt;TC &lt;/i&gt;26 que les classes ne peuvent &#234;tre d&#233;finies qu'au niveau de la reproduction, nous affirmons &#233;galement que cette reproduction comme contradiction entre les classes (l'exploitation) est une &#171; tension &#224; l'abolition de sa r&#232;gle &#187; (&lt;i&gt;TC &lt;/i&gt;22 et &lt;i&gt;Sic&lt;/i&gt;1, &lt;i&gt;Le moment actuel&lt;/i&gt;), mais nous persistions dans un usage peu rigoureux des notions de &#171; classe ouvri&#232;re &#187; et de &#171; prol&#233;tariat &#187;. Nous poursuivions l'utilisation spontan&#233;e et intuitive de ces termes telle que nous avons cern&#233;e plus haut cette utilisation. Ce sont les cons&#233;quences dogmatiques que &lt;i&gt;TL&lt;/i&gt; d&#233;duit de fondements relevant de &lt;i&gt;TC&lt;/i&gt; qui nous ont amen&#233;, tout au long de ce texte, au-del&#224; d'un simple commentaire de &lt;i&gt;TL 2&lt;/i&gt;, &#224; &lt;i&gt;revenir sur nos propres &lt;/i&gt;&lt;i&gt;limites&lt;/i&gt;. Cependant, l'ach&#232;vement momentan&#233; (?) d'une th&#233;orie de la reproduction comme fondement de la constitution des classes dans la notion de &lt;i&gt;vie quotidienne&lt;/i&gt; et surtout la d&#233;finition d'une situation r&#233;volutionnaire dans le concept de &lt;i&gt;conjoncture&lt;/i&gt;, signifiaient d&#233;j&#224; que, pour nous, les contradictions telles qu'existantes et d&#233;finissant la reproduction du mode de production se retournant contre elles-m&#234;mes (la tension &#224; l'abolition de la r&#232;gle) ne laissaient aucune d&#233;termination ant&#233;rieure &lt;i&gt;en l'&#233;tat&lt;/i&gt;. Il faut alors maintenant sortir des usages spontan&#233;s et intuitifs des notions de classe ouvri&#232;re et de prol&#233;tariat. D&#233;finir le prol&#233;tariat au niveau des trois moments de l'exploitation, du caract&#232;re jamais acquis du troisi&#232;me moment&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb290&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'exploitation c'est la succession de trois moments : le face-&#224;-face de la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh290&#034;&gt;290&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, au niveau de la reproduction et des m&#233;tamorphoses des rapports de production jusqu'aux formes les plus m&#233;diatis&#233;es de la vie quotidienne, c'est encore rester dans le cadre des cat&#233;gories donn&#233;es du mode de production dans leur dynamique. Le concept de conjoncture am&#232;ne &#224; revenir sur le point de bascule o&#249; ces d&#233;terminations se retournent contre elles-m&#234;mes, mais alors ce sont toutes les d&#233;terminations pr&#233;alables qui, &lt;i&gt;&#224; partir d'elles-m&#234;mes&lt;/i&gt; sont bouscul&#233;es, boulevers&#233;es. Le prol&#233;tariat est le r&#233;sultat de ce bouleversement, il est la classe d&#233;finie par les pratiques immerg&#233;es dans ce bouleversement. Ce n'est pas forc&#233;ment la &#171; r&#233;volution &#187;, &lt;i&gt;c'est un moment toujours existant &#224; l'int&#233;rieur de la lutte de classe&lt;/i&gt;, ce dont rendent compte les utilisations intuitives et mouvantes des termes de &#171; classe ouvri&#232;re &#187; et de &#171; prol&#233;tariat &#187;. Il ne s'agit pas de dire que telle ou telle cat&#233;gorie est int&#233;gr&#233;e ou exclue du prol&#233;tariat, ce qui serait effacer la rupture. Sur le fondement de toutes les d&#233;terminations existantes et pr&#233;alables, le prol&#233;tariat est, &lt;i&gt;dans une th&#233;orie de la r&#233;volution&lt;/i&gt;, l'expression de la tension au passage &#224; &#171; autre chose &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si, en conclusion, nous avons fait ce long d&#233;tour par &lt;i&gt;La Mat&#233;rielle,&lt;/i&gt; c'est parce que la critique du concept de &#171; Prol&#233;tariat &#187;, &#224; la base de toute sa probl&#233;matique, expose que ce concept, s'il ne peut &#234;tre rejet&#233; comme elle le pr&#233;conise, est cependant &#224; produire et consid&#233;rer comme un concept inh&#233;rent (depuis Marx &#8211; voir plus haut &#8212; ... et m&#234;me avant lui) &#224; la construction, &#224; partir des fonctions &#233;conomiques, d'une &#171; perspective r&#233;volutionnaire &#187;, c'est-&#224;-dire qu'&#224; ses risques et p&#233;rils, il ne se confond pas avec ces fonctions. A partir du d&#233;roulement de la lutte des classes, le prol&#233;tariat est toujours une construction th&#233;orique r&#233;pondant &#224; une probl&#233;matique de la r&#233;volution. &lt;i&gt;Son utilisation en th&#233;orie n'est jamais du m&#234;me ordre que celle du travail productif ou m&#234;me de la classe ouvri&#232;re&lt;/i&gt;. Ce que fait ressortir Charrier au travers de sa critique de &lt;i&gt;Th&#233;orie Communiste&lt;/i&gt; (mais qui pourrait &#233;galement s'appliquer &#224; &lt;i&gt;Temps Libre&lt;/i&gt;) c'est que depuis les ann&#233;es 1970, ce qu'il appelle la &#171; th&#233;orie postprol&#233;tarienne &#187; a &#233;t&#233; amen&#233;e, du fait de l'effondrement du sujet politico-organisationnel, &#224; &lt;i&gt;assimiler directement la fonction &#233;conomique et la construction politico-th&#233;orique du prol&#233;tariat&lt;/i&gt;. Ce que, sans tomber dans les impasses positivistes de &lt;i&gt;La Mat&#233;rielle&lt;/i&gt;, nous avons cherch&#233; &#224; d&#233;passer avec, &#224; partir des luttes de classes pr&#233;sentes, la critique non pas d'un lien mais d'un lien &lt;i&gt;n&#233;cessaire&lt;/i&gt; entre la lutte de classe et la r&#233;volution, avec la compr&#233;hension de cette derni&#232;re comme &lt;i&gt;conjoncture&lt;/i&gt; et comme retournement contre ce qui la rend possible. Et, &#224; propos de l'objet sp&#233;cifique de ces commentaires relatifs &#224; &lt;i&gt;TL&lt;/i&gt;, comme constitution de classe r&#233;sultant de la reproduction, c'est-&#224;-dire de la m&#233;tamorphose n&#233;cessaire des rapports de production jusqu'aux formes de manifestations ultimes et f&#233;tichistes de la vie quotidienne : ce que nous exprimions sans avoir &lt;i&gt;d&#233;velopp&#233; la formule&lt;/i&gt; comme la &#171; polarisation sociale de la contradiction que sont la baisse du taux de profit ou le travail productif qui structure l'ensemble de la soci&#233;t&#233; &#187;. La contradiction (il s'agit bien d'une contradiction) entre le prol&#233;tariat et la classe capitaliste ne doit pas &#234;tre jaug&#233;e &#224; l'aune de ce qu'elle n'est plus, ou pas, ou &#171; &lt;i&gt;pas &lt;/i&gt;&lt;i&gt;encore &lt;/i&gt; &#187;, mais analys&#233;e (th&#233;oris&#233;e) pour ce qu'elle est. La d&#233;finition du prol&#233;tariat est toujours prise dans une configuration th&#233;orique historiquement d&#233;pendante de la structure de la contradiction qu'est l'exploitation, elle est une fonction des luttes de classes, d'un moment particulier dans leur lien avec le d&#233;passement du mode de production capitaliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;finition du prol&#233;tariat appartient, quelle qu'elle soit, &#224; une &#171; th&#233;orie de la r&#233;volution &#187; et elle a toujours &#233;t&#233; un risque &#171; politique &#187; de la th&#233;orie.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir Astarian et Ferro, &lt;i&gt;Le M&#233;nage &#224; trois de la lutte des classes&lt;sup&gt;&lt;a href='https://theoriecommuniste.org/Classes' title=&#034;D&#233;finition&#160;: Les classes ne sont ni des sommes d'individus regroup&#233;s par un int&#233;r&#234;t (&#8230;)&#034;&gt;?&lt;/a&gt;&lt;/sup&gt;&lt;/i&gt;, &#233;d. L'Asym&#233;trie, 2019.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; &#8230;la production de capital constant ne se fait jamais pour elle-m&#234;me, mais uniquement parce qu'il s'en utilise davantage dans les sph&#232;res de production qui produisent pour la consommation individuelle &#187; (Marx, &lt;i&gt;Le Capital&lt;/i&gt;, &#233;d. Sociales, t. 6, p. 314).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cela nous conduit par exemple &#224; une consid&#233;ration qui peut para&#238;tre si &#233;vidente qu'elle en est aveuglante : &lt;i&gt;le prol&#233;tariat n'est pas masculin&lt;/i&gt;. Entre les femmes et les hommes il existe bien une contradiction sp&#233;cifique, mais l'expos&#233; logique (conceptuel) des deux contradictions am&#232;ne si l'on n'y prend pas garde, &#224; spontan&#233;ment pr&#233;supposer le prol&#233;tariat &#171; r&#233;ellement existant &#187; comme exclusivement masculin (et on y ajoute le &#171; probl&#232;me des femmes &#187;). A partir du moment o&#249; nous consid&#233;rons que l'exploitation, de par la loi de population sp&#233;cifique du capital, est int&#233;rieure &#224; la d&#233;finition des femmes et &#224; leur appropriation, nous consid&#233;rons alors que la contradiction entre les hommes et les femmes ne vient pas s'ajouter et traverser l'existence d'un prol&#233;tariat pr&#233;existant, mais qu'elle lui est int&#233;rieurement et conflictuellement constitutive. Le prol&#233;tariat n'existe pas sans la population, sans sa reproduction et ses lois capitalistes sp&#233;cifiques, sans la reproduction de la force de travail : la contradiction entre les hommes et les femmes est toujours d&#233;j&#224; l&#224; &lt;i&gt;dans le prol&#233;tariat&lt;/i&gt;. Ce n'est que dans le mode de production capitaliste que population et travail (toujours n&#233;cessaire, toujours de trop) devient une contradiction interne &#224; la dynamique m&#234;me du mode de production (voir &lt;i&gt;TC&lt;/i&gt; 23 et &lt;i&gt;TC&lt;/i&gt; 24).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Dans le cours de la lutte r&#233;volutionnaire, l'abolition de l'Etat, de l'&#233;change, de la division du travail, de toute forme de propri&#233;t&#233;, l'extension de la gratuit&#233; comme unification de l'activit&#233; humaine, c'est-&#224;-dire l'abolition des classes, des sph&#232;res priv&#233;es et publiques, des cat&#233;gories d'hommes et de femmes, sont des &#171; mesures &#187; abolissant le capital, impos&#233;es par les n&#233;cessit&#233;s m&#234;mes de la lutte contre la classe capitaliste, dans un cycle de luttes sp&#233;cifiquement d&#233;fini. &lt;i&gt;La r&#233;volution est communisation&lt;/i&gt;, elle n'a pas le communisme comme projet et r&#233;sultat, mais comme contenu. On n'abolit pas le capital pour le communisme, mais par le communisme, plus pr&#233;cis&#233;ment par sa production.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir plus loin &#224; propos du concept de conjoncture.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Actuellement, notre petit milieu de production th&#233;orique semble se scinder en deux tendances : une qui ne se soucie que des formes d'apparition, des attributs en ne les consid&#233;rant m&#234;me plus comme &#171; formes d'apparition &#187;, c'est-&#224;-dire dans leur connexion r&#233;elle qui ne se comprend th&#233;oriquement que dans la production d'un &#171; concret de pens&#233;e &#187; ; l'autre qui, face au bouillon de culture qu'est pr&#233;sentement la lutte des classes, fait un retour dogmatique et r&#233;ductionniste aux fondamentaux. Sans faire aucun amalgame, tant les diff&#233;rences sont grandes, on peut voir dans la premi&#232;re tendance &lt;i&gt;Endnotes&lt;/i&gt;, l'&lt;i&gt;Appel&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Stoff,&lt;/i&gt; la r&#233;surrection de Camatte (etc.), dans la seconde Astarian et Ferro (&lt;i&gt;Le m&#233;nage &#224; trois... ; &lt;/i&gt;certains textes d'Astarian sont beaucoup plus ambigus quand il se r&#233;f&#232;re &#224; son humanisme fondamental), &lt;i&gt;Temps libre &lt;/i&gt;(apr&#232;s leur p&#233;riode &#171; cryptositu &#187;), &lt;i&gt;Tant qu'il&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Kosmoprolet&lt;/i&gt;, Dauv&#233; : &lt;i&gt;De la crise &#224; la communisation&lt;/i&gt; (&#233;d. Entremonde) ... Il ne s'agit pas de chercher une voie m&#233;diane mais de produire les formes de manifestation comme telles (exploitation, rapports de production et n&#233;cessit&#233; interne de leurs m&#233;tamorphoses).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; La mati&#232;re &#233;ternelle, imp&#233;rissable n'est &lt;i&gt;r&#233;elle&lt;/i&gt; ou n'a d'existence pratique qu'en tant que somme de ses ph&#233;nom&#232;nes transitoires. [&#8230; Nous disons que les changements r&#233;sident dans la mati&#232;re, que &lt;i&gt;la mati&#232;re est ce qui subsiste&lt;/i&gt;, que seuls les changements se modifient ; nous pouvons avec autant de raison, inverser les choses et dire : &lt;i&gt;la mati&#232;re consiste dans le changement&lt;/i&gt;, la mati&#232;re est ce qui se transforme et la seule chose qui subsiste est le changement. &#187;. (Dietzgen, &lt;i&gt;L'Essence du travail intellectuel humain&lt;/i&gt;, 1865, &#233;d. Champ libre, 1973, p. 90).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Bien s&#251;r, dans &lt;i&gt;La Situation des classes laborieuses en Angleterre&lt;/i&gt;, Engels rend compte de tous les moments de la reproduction que nous pourrions maintenant appeler vie quotidienne. Cependant, si nous ne pouvons pas parler de vie quotidienne, c'est que tous ces moments ne sont pas imm&#233;diatement d&#233;pendants et int&#233;gr&#233;s dans la reproduction propre du capital et en m&#234;me temps oppos&#233;s au moment sp&#233;cifique de la valorisation, dans une s&#233;paration qui fait elle-m&#234;me partie de la valorisation et qui en est constitutive.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Dans &lt;i&gt;La Soci&#233;t&#233; du spectacle&lt;/i&gt; il existe constamment un substrat anthropologique que r&#233;v&#232;lent &#224; l'&#233;vidence les notes de lecture de Debord pour la r&#233;daction du livre (&lt;i&gt;La librairie de Guy Debord&lt;/i&gt;, &#233;d. L'Echapp&#233;e, 2021).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pour Kosik, prendre le quotidien pour base et point de d&#233;part c'est accepter : &#171; l'apparence imm&#233;diate sous laquelle se manifeste le monde des repr&#233;sentations et de la pens&#233;e routini&#232;re &#187; (&lt;i&gt;La dialectique du concret&lt;/i&gt;, &#233;d Maspero, 1970, p. 15). Kosik poursuit en citant Tran-Duc-Thao (&lt;i&gt;Ph&#233;nom&#233;nologie et mat&#233;rialisme dialectique&lt;/i&gt;, &#233;d. Minh-T&#226;n, 1951) : &#171; Le monde de l'apparence avait accapar&#233;, dans le langage ordinaire, tout le sens de la notion de r&#233;alit&#233; [&#8230; Puisque les apparences s'y sont impos&#233;es &#224; titre de monde r&#233;el, leur &#233;limination se pr&#233;sentait comme une mise entre parenth&#232;ses de ce monde [&#8230; et la r&#233;alit&#233; authentique &#224; laquelle on revenait prenait paradoxalement la forme d'irr&#233;alit&#233; d'une conscience pure &#187;. A part cette r&#233;f&#233;rence le livre de Tran-Duc-Thao est un parfait manifeste du Diamat stalinien.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Les avant gardes artistiques (&lt;i&gt;Nadja&lt;/i&gt;), la litt&#233;rature avec Kafka, Joyce, puis le &#171; Nouveau Roman &#187; et bien auparavant B&#252;chner avec &lt;i&gt;La Mort de Danton&lt;/i&gt; &#233;taient peut-&#234;tre plus critiques et clairvoyantes, comme Houllebecq aujourd'hui, que les r&#233;volutionnaires de la fin des ann&#233;es 1960.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Th&#232;se 1 :&#171; Toute la vie des soci&#233;t&#233;s dans lesquelles r&#232;gnent les conditions modernes de production s'annonce comme une immense accumulation de &lt;i&gt;spectacles&lt;/i&gt;. Tout ce qui &#233;tait directement v&#233;cu s'est &#233;loign&#233; dans une repr&#233;sentation. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Th&#232;se 2 : &#171; Les images qui se sont d&#233;tach&#233;es de chaque aspect de la vie fusionnent dans un cours commun o&#249; l'unit&#233; de cette vie ne peut plus &#234;tre r&#233;tablie. [&#8230; Le spectacle en g&#233;n&#233;ral, comme inversion concr&#232;te de la vie, est le mouvement autonome du non-vivant. &#187;. C'est exactement ce type d'assertion qui, malgr&#233; son erreur, une fois r&#233;p&#233;t&#233;e &lt;i&gt;sans contexte&lt;/i&gt; peut r&#233;unir les imb&#233;ciles dominants et les idiots subalternes autour de Debord.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Le r&#233;sultat de cette expansion mondiale du mode de production capitaliste sur le mode du zonage signifie la prol&#233;tarisation d'une vaste majorit&#233; de la population mondiale et, simultan&#233;ment, la production de grandes masses de prol&#233;taires surnum&#233;raires (cf. les travaux de Mike Davis, ceux plus anciens de Serge Latouche et ceux actuels de Aaron Benanav, &lt;i&gt;L'Automatisation et le futur du travail&lt;/i&gt;, &#233;d. Divergences).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;En ce qui concerne la th&#233;orie des crises, le marxisme s'est scind&#233; en deux grandes tendances. La premi&#232;re explique les crises &#224; partir de la sous-consommation ouvri&#232;re et donc des difficult&#233;s de r&#233;alisation de la plus-value, ce sont les th&#232;ses sous-consommationnistes. La seconde se fonde sur la baisse tendancielle du taux de profit et donc la p&#233;nurie de plus-value par rapport &#224; l'accumulation du capital dans laquelle la partie variable du capital baisse relativement &#224; sa partie constante, la crise est une crise de suraccumulation vis-&#224;-vis de la valorisation n&#233;cessaire du capital accumul&#233;. On trouve chez Marx de quoi justifier les deux th&#232;ses, mais aussi, et c'est le plus important, l'intrication des deux. Il n'y a d'unification possible de la th&#233;orie des crises que sur la base de la seconde. En ce sens, il ne s'agit pas, &#224; proprement parler d'une &#171; unification &#187;, mais de la seconde d&#233;velopp&#233;e en totalit&#233;, pouss&#233;e &#224; terme.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pour un expos&#233; critique des th&#232;ses de Paul Mattick, voir &lt;i&gt;Too much monkey business&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;TC&lt;/i&gt; 22, p. 103.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Il n'est pas sans importance de rappeler que, dans le Livre III, chacune de ces formes fonctionnelles devient le fait de capitaux et de capitalistes sp&#233;cifiques (nda).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pour l'analyse de toutes les discordances induites par cette &#171; arythmie &#187;, voir Stavros Tombazos (&lt;i&gt;Crise mondiale et reproduction du capital&lt;/i&gt;, &#233;d. Page 2 et Syllepse, 2020) &#224; qui nous reprenons le terme. Si nous ne partageons pas toutes les analyses de Tombazos (proches de celles de Michel Husson, critiqu&#233;es dans &lt;i&gt;TC&lt;/i&gt; 23), il n'en demeure pas moins que son &#171; petit livre &#187; est essentiel pour la compr&#233;hension de la crise actuelle.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb18&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh18&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 18&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Ainsi, l'appropriation finale par les individus dans le proc&#232;s de consommation reproduit les rapports ant&#233;rieurs qu'ils ont nou&#233;s entre eux pour entrer dans le proc&#232;s de production ; elle les reproduit dans leur existence sociale ; c'est-&#224;-dire que leur existence sociale &#8211;la soci&#233;t&#233; &#8211;est &#224; la fois le sujet et le r&#233;sultat de ce grand processus d'ensemble. &#187; (Marx, &lt;i&gt;Fondements&lt;/i&gt; &#8230; &#233;d. Anthropos, t. 2, note p. 235).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb19&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh19&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 19&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;19&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Si ce processus d'accession de l'individu &#224; l'&#171; universalit&#233; &#187; semble aller de soi en ce qui concerne les hommes, il est beaucoup plus complexe, sem&#233; de contradictions, en ce qui concerne les femmes (voir Joan W. Scott, &lt;i&gt;La Citoyenne paradoxale : les f&#233;ministes fran&#231;aises et les droits de l'homme&lt;/i&gt;, &#233;d. Albin Michel, 1998, et bien s&#251;r Simone de Beauvoir, &lt;i&gt;Le deuxi&#232;me sexe&lt;/i&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb20&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh20&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 20&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;20&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir &#224; ce sujet, principalement en ce qui concerne la rupture g&#233;n&#233;rationnelle et le rapport au travail en usine et la &#171; condition ouvri&#232;re &#187;, les travaux de Beaud et Pialoux : &lt;i&gt;Retour sur la condition ouvri&#232;re, enqu&#234;te aux usines Peugeot de Sochaux-Montb&#233;liard&lt;/i&gt;, &#233;d. Fayard, 1999 ; &lt;i&gt;Violences urbaines, violence sociale, Gen&#232;se des nouvelles classes dangereuses&lt;/i&gt;, &#233;d. Fayard, 2003.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb21&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh21&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 21&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;21&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Nous empruntons ce terme de &#171; d&#233;bordement &#187; &#224; Michel Kokoreff, La Diagonale de la rage, Une histoire de la contestation sociale en France des ann&#233;es 1970 &#224; nos jours, &#233;d. Divergences, 2021.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb22&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh22&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 22&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;22&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sur la commune de Yanlong en banlieue de Rangoun.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb23&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh23&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 23&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;23&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Non seulement la r&#233;volution n'est pas le r&#233;sultat de la transcroissance de la mont&#233;e en puissance de la classe, la victoire et l'affirmation de sa situation dans le mode de production capitaliste, mais encore, le contenu de ce saut qualitatif est de se retourner contre ce qui l'a produit. Ce retournement c'est le bouleversement de la hi&#233;rarchie des instances du mode de production qui est la m&#233;canique de son autopr&#233;supposition. Toutes les causalit&#233;s et l'ordonnance &lt;i&gt;normale&lt;/i&gt; des instances du mode de production (&#233;conomie, relations de genre, droit, politique, id&#233;ologie&#8230; concourant dans cette normalit&#233; &#224; sa reproduction se trouvent min&#233;es. (&lt;i&gt;Tel Quel&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;TC&lt;/i&gt; 24, pp.19-20).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb24&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh24&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 24&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;24&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cf. TC 25, Communisation / communisme / valeur, p. 163.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb25&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh25&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 25&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;25&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; La pratique insurrectionnelle, interindividuelle, des prol&#233;taires dissout la distribution des travailleurs par bo&#238;te ou par secteur, par communaut&#233; nationale ou religieuse, par assignation genr&#233;e &#224; l'int&#233;rieur ou &#224; l'ext&#233;rieur des lieux de travail, etc., alors que les luttes quotidiennes ne font qu'&#233;gratigner de telles fragmentations. Le d&#233;roulement de l'insurrection efface les divisions, y compris dans des zones martyris&#233;es par la guerre, par des nettoyages ethniques &lt;i&gt;r&#233;cents&lt;/i&gt; ou des haines ataviques tr&#232;s enracin&#233;es (Isra&#235;l-Palestine, Serbie-Croatie, etc.) &#187; (Astarian et Ferro, op. cit., p. 383). Tout cela est exact, mais cela n'advient pas du fait m&#234;me de la d&#233;finition de &#171; l'insurrection &#187;, cette &#171; dissolution &#187; est &lt;i&gt;produite&lt;/i&gt; &#224; l'int&#233;rieur de l'insurrection par tous les conflits qu'elle met &#224; jour.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb26&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh26&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 26&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;26&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Dans ce que Marx d&#233;signe ainsi comme unit&#233; du proc&#232;s de travail et du proc&#232;s de valorisation il n'est pas sans importance de souligner l'adjectif &#171; imm&#233;diat &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb27&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh27&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 27&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;27&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Le fondement de l'id&#233;ologie c'est l'interpellation de chaque individu tel qu'existant comme &lt;i&gt;support de rapports sociaux&lt;/i&gt; en tant que &lt;i&gt;sujet&lt;/i&gt; (Althusser, &lt;i&gt;Sur la Reproduction&lt;/i&gt;, p. 22 &#187; et sq.). Cependant, consid&#233;r&#233; au niveau de la reproduction, il n'y aura de &#171; support &#187; qu'&#224; la condition de son fonctionnement comme &#171; sujet &#187;. &lt;i&gt;L'existence comme personne est sp&#233;cifiquement pour les prol&#233;taires la forme (&#224; partir de leur situation de classe) de leur production en sujet (libre, conscient, responsable, etc.)&lt;/i&gt;. Le terme de support d'une fonction du proc&#232;s de production est, entre autres, utilis&#233; par Marx, dans &lt;i&gt;Le Capital&lt;/i&gt;, t. 1, p. 20 et dans les &lt;i&gt;Notes sur Wagner&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb28&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh28&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 28&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;28&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir Astarian et Ferro, &lt;i&gt;Le M&#233;nage &#224; trois de la lutte des classes&lt;/i&gt;, &#233;d. L'Asym&#233;trie, 2019.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb29&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh29&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 29&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;29&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; &#8230;la production de capital constant ne se fait jamais pour elle-m&#234;me, mais uniquement parce qu'il s'en utilise davantage dans les sph&#232;res de production qui produisent pour la consommation individuelle &#187; (Marx, &lt;i&gt;Le Capital&lt;/i&gt;, &#233;d. Sociales, t. 6, p. 314).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb30&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh30&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 30&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;30&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cela nous conduit par exemple &#224; une consid&#233;ration qui peut para&#238;tre si &#233;vidente qu'elle en est aveuglante : &lt;i&gt;le prol&#233;tariat n'est pas masculin&lt;/i&gt;. Entre les femmes et les hommes il existe bien une contradiction sp&#233;cifique, mais l'expos&#233; logique (conceptuel) des deux contradictions am&#232;ne si l'on n'y prend pas garde, &#224; spontan&#233;ment pr&#233;supposer le prol&#233;tariat &#171; r&#233;ellement existant &#187; comme exclusivement masculin (et on y ajoute le &#171; probl&#232;me des femmes &#187;). A partir du moment o&#249; nous consid&#233;rons que l'exploitation, de par la loi de population sp&#233;cifique du capital, est int&#233;rieure &#224; la d&#233;finition des femmes et &#224; leur appropriation, nous consid&#233;rons alors que la contradiction entre les hommes et les femmes ne vient pas s'ajouter et traverser l'existence d'un prol&#233;tariat pr&#233;existant, mais qu'elle lui est int&#233;rieurement et conflictuellement constitutive. Le prol&#233;tariat n'existe pas sans la population, sans sa reproduction et ses lois capitalistes sp&#233;cifiques, sans la reproduction de la force de travail : la contradiction entre les hommes et les femmes est toujours d&#233;j&#224; l&#224; &lt;i&gt;dans le prol&#233;tariat&lt;/i&gt;. Ce n'est que dans le mode de production capitaliste que population et travail (toujours n&#233;cessaire, toujours de trop) devient une contradiction interne &#224; la dynamique m&#234;me du mode de production (voir &lt;i&gt;TC&lt;/i&gt; 23 et &lt;i&gt;TC&lt;/i&gt; 24).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb31&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh31&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 31&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;31&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Dans le cours de la lutte r&#233;volutionnaire, l'abolition de l'Etat, de l'&#233;change, de la division du travail, de toute forme de propri&#233;t&#233;, l'extension de la gratuit&#233; comme unification de l'activit&#233; humaine, c'est-&#224;-dire l'abolition des classes, des sph&#232;res priv&#233;es et publiques, des cat&#233;gories d'hommes et de femmes, sont des &#171; mesures &#187; abolissant le capital, impos&#233;es par les n&#233;cessit&#233;s m&#234;mes de la lutte contre la classe capitaliste, dans un cycle de luttes sp&#233;cifiquement d&#233;fini. &lt;i&gt;La r&#233;volution est communisation&lt;/i&gt;, elle n'a pas le communisme comme projet et r&#233;sultat, mais comme contenu. On n'abolit pas le capital pour le communisme, mais par le communisme, plus pr&#233;cis&#233;ment par sa production.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb32&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh32&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 32&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;32&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir plus loin &#224; propos du concept de conjoncture.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb33&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh33&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 33&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;33&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Actuellement, notre petit milieu de production th&#233;orique semble se scinder en deux tendances : une qui ne se soucie que des formes d'apparition, des attributs en ne les consid&#233;rant m&#234;me plus comme &#171; formes d'apparition &#187;, c'est-&#224;-dire dans leur connexion r&#233;elle qui ne se comprend th&#233;oriquement que dans la production d'un &#171; concret de pens&#233;e &#187; ; l'autre qui, face au bouillon de culture qu'est pr&#233;sentement la lutte des classes, fait un retour dogmatique et r&#233;ductionniste aux fondamentaux. Sans faire aucun amalgame, tant les diff&#233;rences sont grandes, on peut voir dans la premi&#232;re tendance &lt;i&gt;Endnotes&lt;/i&gt;, l'&lt;i&gt;Appel&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Stoff,&lt;/i&gt; la r&#233;surrection de Camatte (etc.), dans la seconde Astarian et Ferro (&lt;i&gt;Le m&#233;nage &#224; trois... ; &lt;/i&gt;certains textes d'Astarian sont beaucoup plus ambigus quand il se r&#233;f&#232;re &#224; son humanisme fondamental), &lt;i&gt;Temps libre &lt;/i&gt;(apr&#232;s leur p&#233;riode &#171; cryptositu &#187;), &lt;i&gt;Tant qu'il&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Kosmoprolet&lt;/i&gt;, Dauv&#233; : &lt;i&gt;De la crise &#224; la communisation&lt;/i&gt; (&#233;d. Entremonde) ... Il ne s'agit pas de chercher une voie m&#233;diane mais de produire les formes de manifestation comme telles (exploitation, rapports de production et n&#233;cessit&#233; interne de leurs m&#233;tamorphoses).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb34&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh34&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 34&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;34&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; La mati&#232;re &#233;ternelle, imp&#233;rissable n'est &lt;i&gt;r&#233;elle&lt;/i&gt; ou n'a d'existence pratique qu'en tant que somme de ses ph&#233;nom&#232;nes transitoires. [&#8230; Nous disons que les changements r&#233;sident dans la mati&#232;re, que &lt;i&gt;la mati&#232;re est ce qui subsiste&lt;/i&gt;, que seuls les changements se modifient ; nous pouvons avec autant de raison, inverser les choses et dire : &lt;i&gt;la mati&#232;re consiste dans le changement&lt;/i&gt;, la mati&#232;re est ce qui se transforme et la seule chose qui subsiste est le changement. &#187;. (Dietzgen, &lt;i&gt;L'Essence du travail intellectuel humain&lt;/i&gt;, 1865, &#233;d. Champ libre, 1973, p. 90).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb35&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh35&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 35&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;35&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Bien s&#251;r, dans &lt;i&gt;La Situation des classes laborieuses en Angleterre&lt;/i&gt;, Engels rend compte de tous les moments de la reproduction que nous pourrions maintenant appeler vie quotidienne. Cependant, si nous ne pouvons pas parler de vie quotidienne, c'est que tous ces moments ne sont pas imm&#233;diatement d&#233;pendants et int&#233;gr&#233;s dans la reproduction propre du capital et en m&#234;me temps oppos&#233;s au moment sp&#233;cifique de la valorisation, dans une s&#233;paration qui fait elle-m&#234;me partie de la valorisation et qui en est constitutive.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb36&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh36&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 36&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;36&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Dans &lt;i&gt;La Soci&#233;t&#233; du spectacle&lt;/i&gt; il existe constamment un substrat anthropologique que r&#233;v&#232;lent &#224; l'&#233;vidence les notes de lecture de Debord pour la r&#233;daction du livre (&lt;i&gt;La librairie de Guy Debord&lt;/i&gt;, &#233;d. L'Echapp&#233;e, 2021).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb37&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh37&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 37&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;37&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pour Kosik, prendre le quotidien pour base et point de d&#233;part c'est accepter : &#171; l'apparence imm&#233;diate sous laquelle se manifeste le monde des repr&#233;sentations et de la pens&#233;e routini&#232;re &#187; (&lt;i&gt;La dialectique du concret&lt;/i&gt;, &#233;d Maspero, 1970, p. 15). Kosik poursuit en citant Tran-Duc-Thao (&lt;i&gt;Ph&#233;nom&#233;nologie et mat&#233;rialisme dialectique&lt;/i&gt;, &#233;d. Minh-T&#226;n, 1951) : &#171; Le monde de l'apparence avait accapar&#233;, dans le langage ordinaire, tout le sens de la notion de r&#233;alit&#233; [&#8230; Puisque les apparences s'y sont impos&#233;es &#224; titre de monde r&#233;el, leur &#233;limination se pr&#233;sentait comme une mise entre parenth&#232;ses de ce monde [&#8230; et la r&#233;alit&#233; authentique &#224; laquelle on revenait prenait paradoxalement la forme d'irr&#233;alit&#233; d'une conscience pure &#187;. A part cette r&#233;f&#233;rence le livre de Tran-Duc-Thao est un parfait manifeste du Diamat stalinien.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb38&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh38&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 38&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;38&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Les avant gardes artistiques (&lt;i&gt;Nadja&lt;/i&gt;), la litt&#233;rature avec Kafka, Joyce, puis le &#171; Nouveau Roman &#187; et bien auparavant B&#252;chner avec &lt;i&gt;La Mort de Danton&lt;/i&gt; &#233;taient peut-&#234;tre plus critiques et clairvoyantes, comme Houllebecq aujourd'hui, que les r&#233;volutionnaires de la fin des ann&#233;es 1960.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb39&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh39&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 39&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;39&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Th&#232;se 1 :&#171; Toute la vie des soci&#233;t&#233;s dans lesquelles r&#232;gnent les conditions modernes de production s'annonce comme une immense accumulation de &lt;i&gt;spectacles&lt;/i&gt;. Tout ce qui &#233;tait directement v&#233;cu s'est &#233;loign&#233; dans une repr&#233;sentation. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Th&#232;se 2 : &#171; Les images qui se sont d&#233;tach&#233;es de chaque aspect de la vie fusionnent dans un cours commun o&#249; l'unit&#233; de cette vie ne peut plus &#234;tre r&#233;tablie. [&#8230; Le spectacle en g&#233;n&#233;ral, comme inversion concr&#232;te de la vie, est le mouvement autonome du non-vivant. &#187;. C'est exactement ce type d'assertion qui, malgr&#233; son erreur, une fois r&#233;p&#233;t&#233;e &lt;i&gt;sans contexte&lt;/i&gt; peut r&#233;unir les imb&#233;ciles dominants et les idiots subalternes autour de Debord.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb40&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh40&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 40&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;40&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Le r&#233;sultat de cette expansion mondiale du mode de production capitaliste sur le mode du zonage signifie la prol&#233;tarisation d'une vaste majorit&#233; de la population mondiale et, simultan&#233;ment, la production de grandes masses de prol&#233;taires surnum&#233;raires (cf. les travaux de Mike Davis, ceux plus anciens de Serge Latouche et ceux actuels de Aaron Benanav, &lt;i&gt;L'Automatisation et le futur du travail&lt;/i&gt;, &#233;d. Divergences).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb41&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh41&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 41&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;41&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;En ce qui concerne la th&#233;orie des crises, le marxisme s'est scind&#233; en deux grandes tendances. La premi&#232;re explique les crises &#224; partir de la sous-consommation ouvri&#232;re et donc des difficult&#233;s de r&#233;alisation de la plus-value, ce sont les th&#232;ses sous-consommationnistes. La seconde se fonde sur la baisse tendancielle du taux de profit et donc la p&#233;nurie de plus-value par rapport &#224; l'accumulation du capital dans laquelle la partie variable du capital baisse relativement &#224; sa partie constante, la crise est une crise de suraccumulation vis-&#224;-vis de la valorisation n&#233;cessaire du capital accumul&#233;. On trouve chez Marx de quoi justifier les deux th&#232;ses, mais aussi, et c'est le plus important, l'intrication des deux. Il n'y a d'unification possible de la th&#233;orie des crises que sur la base de la seconde. En ce sens, il ne s'agit pas, &#224; proprement parler d'une &#171; unification &#187;, mais de la seconde d&#233;velopp&#233;e en totalit&#233;, pouss&#233;e &#224; terme.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb42&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh42&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 42&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;42&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pour un expos&#233; critique des th&#232;ses de Paul Mattick, voir &lt;i&gt;Too much monkey business&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;TC&lt;/i&gt; 22, p. 103.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb43&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh43&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 43&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;43&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Il n'est pas sans importance de rappeler que, dans le Livre III, chacune de ces formes fonctionnelles devient le fait de capitaux et de capitalistes sp&#233;cifiques (nda).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb44&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh44&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 44&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;44&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pour l'analyse de toutes les discordances induites par cette &#171; arythmie &#187;, voir Stavros Tombazos (&lt;i&gt;Crise mondiale et reproduction du capital&lt;/i&gt;, &#233;d. Page 2 et Syllepse, 2020) &#224; qui nous reprenons le terme. Si nous ne partageons pas toutes les analyses de Tombazos (proches de celles de Michel Husson, critiqu&#233;es dans &lt;i&gt;TC&lt;/i&gt; 23), il n'en demeure pas moins que son &#171; petit livre &#187; est essentiel pour la compr&#233;hension de la crise actuelle.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb45&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh45&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 45&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;45&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Ainsi, l'appropriation finale par les individus dans le proc&#232;s de consommation reproduit les rapports ant&#233;rieurs qu'ils ont nou&#233;s entre eux pour entrer dans le proc&#232;s de production ; elle les reproduit dans leur existence sociale ; c'est-&#224;-dire que leur existence sociale &#8211;la soci&#233;t&#233; &#8211;est &#224; la fois le sujet et le r&#233;sultat de ce grand processus d'ensemble. &#187; (Marx, &lt;i&gt;Fondements&lt;/i&gt; &#8230; &#233;d. Anthropos, t. 2, note p. 235).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb46&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh46&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 46&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;46&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Si ce processus d'accession de l'individu &#224; l'&#171; universalit&#233; &#187; semble aller de soi en ce qui concerne les hommes, il est beaucoup plus complexe, sem&#233; de contradictions, en ce qui concerne les femmes (voir Joan W. Scott, &lt;i&gt;La Citoyenne paradoxale : les f&#233;ministes fran&#231;aises et les droits de l'homme&lt;/i&gt;, &#233;d. Albin Michel, 1998, et bien s&#251;r Simone de Beauvoir, &lt;i&gt;Le deuxi&#232;me sexe&lt;/i&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb47&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh47&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 47&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;47&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir &#224; ce sujet, principalement en ce qui concerne la rupture g&#233;n&#233;rationnelle et le rapport au travail en usine et la &#171; condition ouvri&#232;re &#187;, les travaux de Beaud et Pialoux : &lt;i&gt;Retour sur la condition ouvri&#232;re, enqu&#234;te aux usines Peugeot de Sochaux-Montb&#233;liard&lt;/i&gt;, &#233;d. Fayard, 1999 ; &lt;i&gt;Violences urbaines, violence sociale, Gen&#232;se des nouvelles classes dangereuses&lt;/i&gt;, &#233;d. Fayard, 2003.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb48&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh48&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 48&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;48&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Nous empruntons ce terme de &#171; d&#233;bordement &#187; &#224; Michel Kokoreff, La Diagonale de la rage, Une histoire de la contestation sociale en France des ann&#233;es 1970 &#224; nos jours, &#233;d. Divergences, 2021.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb49&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh49&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 49&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;49&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sur la commune de Yanlong en banlieue de Rangoun.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb50&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh50&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 50&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;50&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Non seulement la r&#233;volution n'est pas le r&#233;sultat de la transcroissance de la mont&#233;e en puissance de la classe, la victoire et l'affirmation de sa situation dans le mode de production capitaliste, mais encore, le contenu de ce saut qualitatif est de se retourner contre ce qui l'a produit. Ce retournement c'est le bouleversement de la hi&#233;rarchie des instances du mode de production qui est la m&#233;canique de son autopr&#233;supposition. Toutes les causalit&#233;s et l'ordonnance &lt;i&gt;normale&lt;/i&gt; des instances du mode de production (&#233;conomie, relations de genre, droit, politique, id&#233;ologie&#8230; concourant dans cette normalit&#233; &#224; sa reproduction se trouvent min&#233;es. (&lt;i&gt;Tel Quel&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;TC&lt;/i&gt; 24, pp.19-20).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb51&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh51&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 51&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;51&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cf. TC 25, Communisation / communisme / valeur, p. 163.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb52&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh52&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 52&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;52&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; La pratique insurrectionnelle, interindividuelle, des prol&#233;taires dissout la distribution des travailleurs par bo&#238;te ou par secteur, par communaut&#233; nationale ou religieuse, par assignation genr&#233;e &#224; l'int&#233;rieur ou &#224; l'ext&#233;rieur des lieux de travail, etc., alors que les luttes quotidiennes ne font qu'&#233;gratigner de telles fragmentations. Le d&#233;roulement de l'insurrection efface les divisions, y compris dans des zones martyris&#233;es par la guerre, par des nettoyages ethniques &lt;i&gt;r&#233;cents&lt;/i&gt; ou des haines ataviques tr&#232;s enracin&#233;es (Isra&#235;l-Palestine, Serbie-Croatie, etc.) &#187; (Astarian et Ferro, op. cit., p. 383). Tout cela est exact, mais cela n'advient pas du fait m&#234;me de la d&#233;finition de &#171; l'insurrection &#187;, cette &#171; dissolution &#187; est &lt;i&gt;produite&lt;/i&gt; &#224; l'int&#233;rieur de l'insurrection par tous les conflits qu'elle met &#224; jour.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb53&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh53&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 53&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;53&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Dans ce que Marx d&#233;signe ainsi comme unit&#233; du proc&#232;s de travail et du proc&#232;s de valorisation il n'est pas sans importance de souligner l'adjectif &#171; imm&#233;diat &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb54&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh54&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 54&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;54&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Il faut cependant ajouter que chez Debord le &#171; spectacle &#187; n'a plus de r&#233;f&#233;rent ou de cause ext&#233;rieure dans la vie mat&#233;rielle ali&#233;n&#233;e/ali&#233;nante, il est lui-m&#234;me son propre monde. C'est l'impasse dans laquelle s'enferme Debord et dont il ne sort que par une variante d'humanisme (voir &lt;i&gt;Histoire critique de l'ultragauche&lt;/i&gt;, &#233;d. Senonevero, 2&#232;me &#233;dition, p. 359 et sq).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb55&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh55&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 55&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;55&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Dans &lt;i&gt;Positions&lt;/i&gt; (&#233;d. Sociales, 1982) la parenth&#232;se relative aux &lt;i&gt;Manuscrits de 1844&lt;/i&gt; est l&#233;g&#232;rement diff&#233;rente : &#171; (Dans les &lt;i&gt;Manuscrits de 44&lt;/i&gt; : parce que ces conditions sont domin&#233;es par l'essence de la soci&#233;t&#233; ali&#233;n&#233;e : 'le travail ali&#233;n&#233;') &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb56&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh56&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 56&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;56&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;C'est exactement ce qui &#233;chappe &#224; E.P. Thompson dans sa virulente critique d'Althusser (&lt;i&gt;Mis&#232;re de la Th&#233;orie&lt;/i&gt;, &#233;d. L'Echapp&#233;e, 2015). Les hommes comme sujets &#171; font l'histoire &#187; de fa&#231;on volontaire et responsable, mais ce &#171; sujet &#187; n'est pas une entit&#233; premi&#232;re seulement contrainte et d&#233;termin&#233;e par les circonstances sociales et &#233;conomiques, il est lui-m&#234;me le &#171; sujet &#187; (en tant que tel) de &lt;i&gt;ses&lt;/i&gt; &#171; circonstances &#187; qui sont les siennes.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb57&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh57&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 57&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;57&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Nous ne pouvons qu'en revenir &#224; la lecture des &#171; deux premiers modes de la connaissance &#187; (nous laissons de c&#244;t&#233; le tr&#232;s ambigu &#171; troisi&#232;me type de connaissance &#187;) dans Spinoza, L'Ethique, chapitre deux. Le premier type est celui de la sensibilit&#233;, le deuxi&#232;me type est celui qui &#171; ne confond pas les &#234;tres de raison et les abstractions avec le r&#233;el &#187; (op. cit ; Scolie de la proposition 49, &#233;d. Flammarion, p. 240 &#8211;c'est Marx, dans l'introduction de 1857) : &#171; J'entends par id&#233;e ad&#233;quate une id&#233;e qui, en tant qu'on la consid&#232;re en elle-m&#234;me, sans relation &#224; l'objet, a toutes les propri&#233;t&#233;s ou d&#233;nominations intrins&#232;ques d'une id&#233;e vraie. Je dis intrins&#232;ques pour exclure celle qui est extrins&#232;que, &#224; savoir l'accord de l'id&#233;e avec l'objet dont elle est l'id&#233;e. &#187; (idem, p.162). Le &#171; troisi&#232;me type &#187; est l'accord plus ou moins &#171; spontan&#233; &#187; de l'id&#233;e vraie (rationnelle) avec son objet. Mais surtout, pour notre propos, en ce qui concerne la n&#233;cessit&#233; de l'id&#233;ologie : &#171; Rien de ce qu'une id&#233;e fausse a de positif n'est &#244;t&#233; par la pr&#233;sence du vrai, en tant que vrai (nous soulignons). [&#8230; Si donc ce qu'une id&#233;e fausse a de positif &#233;tait &#244;t&#233; par la pr&#233;sence du vrai en tant qu'il est vrai, une id&#233;e vraie serait &#244;t&#233;e par elle-m&#234;me (idem), ce qui est absurde. [&#8230; Nous n'imaginons pas le soleil proche parce que nous ignorons sa vraie distance, mais parce que l'&#194;me [l'esprit sensible toujours dans un corps, nda] con&#231;oit la grandeur du soleil d'une fa&#231;on qui est en rapport avec l'affection venue au corps de lui &#187; (Ethique, chapitre IV, proposition I, pp. 360-361). Remarquons que dans Pour Marx, Althusser se r&#233;f&#232;re pour sa propre d&#233;marche au passage du premier au second mode de la connaissance, le troisi&#232;me moment (&#233;tonnamment un peu &#171; mystique &#187; chez Spinoza) de l'ad&#233;quation &#224; l'objet est occult&#233; du fait de la &#171; Th&#233;orie-Science &#187;. Il est vrai que nous sommes l&#224; dans une des impasses intrins&#232;ques &#224; la production th&#233;orique qui doit alors se r&#233;f&#233;rer &#224; la &#171; pratique &#187; qu'elle avait cependant incluse en elle comme son &#171; primat &#187;, mais un primat d&#233;sign&#233; comme tel par la th&#233;orie elle-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb58&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh58&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 58&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;58&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;On peut toujours trouver des pr&#233;misses chez Spinoza, Kierkegaard, Nietzsche ou le Hegel de la &lt;i&gt;Philosophie du droit&lt;/i&gt; qui construit la reproduction &#171; superstructurelle &#187; du mode de production capitaliste &#224; partir d'une essence du travail et de la famille.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb59&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh59&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 59&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;59&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;En ce qui concerne l'interrogation et la reformulation de la relation sujet/objet, dans des probl&#233;matiques diff&#233;rentes, on ne peut s'emp&#234;cher de consid&#233;rer que les travaux de Husserl sont contemporains de &lt;i&gt;Histoire et Conscience de classe&lt;/i&gt; de Luk&#225;cs (1923)..&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb60&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh60&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 60&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;60&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Dans les &lt;i&gt;Manuscrits de 1861 &#8211;1863&lt;/i&gt; (&#233;d. Sociales, pp. 138-139), Marx montrait quelques h&#233;sitations &#224; propos de cette &#171; seule force &#233;conomique des choses &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb61&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh61&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 61&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;61&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Esquisse d'une th&#233;orie de la pratique&lt;/i&gt;, [1972], &#233;d. Points-Seuil, p. 239.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb62&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh62&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 62&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;62&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Husserl appelle &#171; &lt;i&gt;Urdoxa&lt;/i&gt; &#187; la croyance originelle dans le monde tel qu'il appara&#238;t, la croyance primitive, passive (les &#171; choses &#187; sont), ant&#233;rieure &#224; tout jugement.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb63&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh63&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 63&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;63&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cette d&#233;finition de &#171; l'essence de l'homme &#187; supprime ce qu'elle est cens&#233;e d&#233;finir.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb64&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh64&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 64&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;64&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pour rester dans la ph&#233;nom&#233;nologie, il serait amusant, mais un peu fastidieux, de faire une lecture parall&#232;le de &lt;i&gt;L'&#234;tre et le n&#233;ant&lt;/i&gt; (Jean-Paul, 1943) et du &lt;i&gt;Deuxi&#232;me sexe&lt;/i&gt; (Simone, 1949), comme la r&#233;ponse de la berg&#232;re au berger. Apr&#232;s avoir affirm&#233; que le &#171; pour-soi &#233;tait sexuel non par accident ou pure contingence &#187; (&lt;i&gt;L'&#234;tre et le n&#233;ant&lt;/i&gt;, &#233;d. Tel-Gallimard, p. 512) et avoir pos&#233; la primaut&#233; du pour-soi sur l'en-soi qui fonde l'absolue libert&#233; sartrienne en tant que propri&#233;t&#233;, semble-t-il, de l'ensemble du genre humain, cette &#171; primaut&#233; &#187;, de par la n&#233;cessaire &#171; sexualit&#233; du pour-soi &#187;, conna&#238;t soudainement une &#233;trange restriction : &#171; Mais voici que le visqueux renverse les termes : le pour-soi est soudain &lt;i&gt;compromis&lt;/i&gt; [soulign&#233; dans le texte]. J'&#233;carte les mains, je veux l&#226;cher le visqueux et il adh&#232;re &#224; moi, il me pompe, il m'aspire, son mode d'&#234;tre [&#8230; est une activit&#233; molle, baveuse et f&#233;minine d'aspiration [&#8230; une sournoise appropriation du poss&#233;dant par le poss&#233;d&#233;. [&#8230; Le visqueux, c'est la revanche de l'en-soi. Revanche douce&#226;tre et f&#233;minine [&#8230; il symbolise la mort sucr&#233;e du pour-soi. &#187; (i&lt;i&gt;dem&lt;/i&gt;, pp.796-797). &#171; L'obsc&#233;nit&#233; du sexe f&#233;minin est celle de toute chose &lt;i&gt;b&#233;ante&lt;/i&gt;, c'est un &lt;i&gt;appel d'&#234;tre&lt;/i&gt;, comme d'ailleurs tous les trous ; en soi la femme appelle une chair &#233;trang&#232;re qui doive la transformer en &lt;i&gt;pl&#233;nitude d'&#234;tre&lt;/i&gt; [nous soulignons] par p&#233;n&#233;tration et dilution. Et inversement la femme sent sa condition comme un appel, pr&#233;cis&#233;ment parce qu'elle est 'trou&#233;e'. &#187; (&lt;i&gt;idem&lt;/i&gt;, pp. 802-803).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb65&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh65&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 65&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;65&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;La limite de la critique de B&#233;gout vis-&#224;-vis des &#171; philosophies critiques &#187; r&#233;side toujours dans son pr&#233;suppos&#233; fondamentalement ontologique de la fabrique de la vie quotidienne qui n'est qu'&lt;i&gt;ensuite&lt;/i&gt; travaill&#233;e par le &#171; social &#187;. Une vie quotidienne libre et cr&#233;atrice (ce que l'on peut, il est vrai, consid&#233;rer comme une contradiction dans les termes, dans la mesure o&#249; il est probable que quelque chose comme la vie quotidienne ne puisse exister avec la suppression des rapports de classes et leur &lt;i&gt;reproduction&lt;/i&gt;) est donc pour lui inimaginable et en contradiction avec la notion m&#234;me de vie quotidienne.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb66&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh66&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 66&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;66&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;De fa&#231;on intuitive, nous utilisons &#171; forme d'apparition &#187; quand la chose est passive (purement dans les m&#233;tamorphoses n&#233;cessaires des rapports de production) et &#171; forme de manifestation &#187; quand cela r&#233;f&#232;re &#224; une pratique dans les rapports de classes. &#171; 'Erscheinen' : ce verbe est sans doute, hormis les auxiliaires, celui qui appara&#238;t le plus souvent dans les Grundrisse. Il signifie appara&#238;tre, se manifester, et s'inscrit directement dans le paradigme de la manifestation, du ph&#233;nom&#232;ne, par opposition &#224; l'essence (Wesen) et surtout &#224; l'&#202;tre (Sein). Mais l'emploi qu'en fait Marx n'est pas directement conceptuel. On peut interpr&#233;ter sa pr&#233;sence syst&#233;matique comme le signe d'une double d&#233;marche de Marx : 1) ne pas pr&#233;senter sous la modalit&#233; de l'&#202;tre, d'une nature, les manifestations d'une r&#233;alit&#233; historique particuli&#232;re (malgr&#233; et contre les analyses qu'en font les &#233;conomistes) ; 2) utiliser un vocabulaire ad&#233;quat &#224; la notion de rapport. &#187; (Jean-Pierre Lefebvre, Introduction aux Grundrisse, &#233;d. Sociales, t. 1, p. XV). C'est, entre autres, en r&#233;f&#233;rence &#224; cet emploi ad&#233;quat &#224; la notion de rapport que nous utilisons l'expression de &#171; forme de manifestation &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb67&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh67&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 67&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;67&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; La sensibilit&#233; avec sa diversit&#233; infinie compara&#238;t devant l'esprit, l'unit&#233; subjective, et celui-ci alors forme l'un &#224; partir du multiple, le tout &#224; l'aide des parties, &lt;i&gt;l'essence au moyen des ph&#233;nom&#232;nes&lt;/i&gt;, l'imp&#233;rissable &#224; partir de l'&#233;ph&#233;m&#232;re, la substance &#224; partir de l'accident. &lt;i&gt;La r&#233;alit&#233;, l'essence ou la chose en soi sont une cr&#233;ation id&#233;ale, intellectuelle&lt;/i&gt; &#187; [nous avons soulign&#233;] (Dietzgen, &lt;i&gt;op. cit&lt;/i&gt;., p. 91). &#171; Le monde en soi n'est rien d'autre que la somme de ses ph&#233;nom&#232;nes &#187; (idem, p. 81) &#171; Nous avons vu que l'essence ou la v&#233;rit&#233; des choses n'existe pas &lt;i&gt;derri&#232;re&lt;/i&gt; leurs ph&#233;nom&#232;nes mais uniquement &lt;i&gt;par leur biais, non pas en soi et pour soi&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;mais uniquement dans sa relation avec la facult&#233; de penser&lt;/i&gt;, uniquement pour la raison ; seul &lt;i&gt;le concept&lt;/i&gt; s&#233;pare les essences des ph&#233;nom&#232;nes. &#187; (&lt;i&gt;idem&lt;/i&gt;, p. 111). &#171; L'essence ou la chose en soi par opposition aux ph&#233;nom&#232;nes n'est qu'un &#234;tre de raison &#187; (&lt;i&gt;ibid&lt;/i&gt;). &#171; La repr&#233;sentation id&#233;aliste, selon laquelle derri&#232;re le ph&#233;nom&#232;ne est cach&#233;e une essence qui se manifeste, est surpass&#233;e par la reconnaissance que cette essence cach&#233;e ne se trouve pas dans le monde ext&#233;rieur, mais a son si&#232;ge &lt;i&gt;&#224; part&lt;/i&gt; dans le cerveau humain. [&#8230; les essences connues existent, sont objectives, sinon &lt;i&gt;derri&#232;re&lt;/i&gt; les ph&#233;nom&#232;nes, du moins&lt;i&gt; par leur&lt;/i&gt; &lt;i&gt;biais&lt;/i&gt;, que notre facult&#233; de penser est une facult&#233; r&#233;elle essentielle. [&#8230; Les choses &lt;i&gt;ne sont pas&lt;/i&gt;, mais elles &lt;i&gt;apparaissent&lt;/i&gt; [&#8230; la proposition &#171; les choses ne sont pas mais elles apparaissent &#187;, appelle la proposition compl&#233;mentaire : &#171; Est ce qui appara&#238;t &#187; mais seulement dans la mesure o&#249; il appara&#238;t. &#187; (&lt;i&gt;idem&lt;/i&gt;, pp. 93-94).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui manque &#224; la probl&#233;matique de Dietzgen c'est de consid&#233;rer que la facult&#233; de produire des &#171; essences &#187; (production de concepts) n'est possible que dans la mesure o&#249; les ph&#233;nom&#232;nes dans leurs propres relations en tant que ph&#233;nom&#232;nes ne sont tels qu'en se manifestant eux-m&#234;mes comme tels de par leurs relations. C'est dans leurs relations qu'ils se d&#233;signent eux-m&#234;mes comme ph&#233;nom&#232;nes, chacun n'&#233;tant que de multiples relations aux autres et n'existant que par ces relations (capital productif industriel, financier, commercial, salaire, profit, int&#233;r&#234;t, rente, marchandise, etc.).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb68&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh68&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 68&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;68&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sans que cela soit express&#233;ment pr&#233;cis&#233;, Lefebvre semble se r&#233;f&#233;rer ici aux paragraphes 131 et 142 de la &lt;i&gt;Science de la Logique&lt;/i&gt; dans &lt;i&gt;l'Encyclop&#233;die&lt;/i&gt;, ce faisant il tombe dans le travers h&#233;g&#233;lien de la t&#233;l&#233;ologie du concept au travers de ses multiples et successives formes d'apparition.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb69&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh69&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 69&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;69&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; On ne peut s&#233;parer ce qui est ins&#233;parable, la r&#233;alit&#233; et &lt;i&gt;ses&lt;/i&gt; leurres : le th&#232;me de la r&#233;alit&#233; et de l'efficacit&#233; &#233;conomique des formes f&#233;tichis&#233;es du capital, comme r&#233;alisation invers&#233;e des lois g&#233;n&#233;rales du capital, revient sans arr&#234;t dans &lt;i&gt;le Capital&lt;/i&gt;, les &lt;i&gt;Fondements&lt;/i&gt;&#8230;et les &lt;i&gt;Th&#233;ories sur la plus-value&lt;/i&gt;. 'Certains pr&#233;tendent que la force productive attribu&#233;e au capital est une simple transposition de la force productive du travail ; mais ils oublient que le capital est pr&#233;cis&#233;ment cette transposition, et que le travail salari&#233; implique le capital de sorte qu'il est, lui aussi, &lt;i&gt;transsubstantiation&lt;/i&gt;, c'est-&#224;-dire une activit&#233; qui semble &#233;trang&#232;re &#224; l'ouvrier.' (Marx, &lt;i&gt;Fondements&lt;/i&gt;&#8230; t. 1, p. 256). Ce renversement et cette inversion sont bien r&#233;els. &#187; (Autopr&#233;supposition du capital : essence/surface/f&#233;tichisme &#187;, &lt;i&gt;TC &lt;/i&gt;23, p.163). Tout ce texte de TC 23 peut servir de fondement aux d&#233;veloppements ici pr&#233;sent&#233;s relatifs au concept de vie quotidienne.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb70&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh70&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 70&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;70&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;A la place de &#171; personnalisation &#187;, le terme de &#171; naturalisation &#187; aurait pu convenir, mais nous pr&#233;f&#233;rons conserver ce dernier terme pour la production de la cat&#233;gorie &#171; femmes &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb71&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh71&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 71&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;71&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir Althusser, &lt;i&gt;passim&lt;/i&gt; et Labriola. Contrairement au droit romain qui demeure toujours un recueil de cas d'esp&#232;ces, Labriola &#233;crit : &#171; l'id&#233;ologie du 'droit naturel' qui prit en dernier lieu le nom de 'philosophie du droit', fut, au contraire, syst&#233;matique, partit toujours de formules g&#233;n&#233;rales [&#8230; avec cette id&#233;ologie, cette id&#233;e qu'il y a un droit qui ne fait qu'un avec la raison. [&#8230; De l&#224;, la persuasion que la soci&#233;t&#233; toute enti&#232;re doit &#234;tre soumise &#224; un seul droit, &#233;gal pour tous, syst&#233;matique, logique, cons&#233;quent. De l&#224;, la conviction, qu'un droit qui garantit &#224; tous l'&#233;galit&#233; juridique, c'est-&#224;-dire la facult&#233; de contracter, garantit aussi &#224; tous la libert&#233;. Le triomphe du v&#233;ritable droit assure le triomphe de la raison, et la soci&#233;t&#233; qui est r&#233;gie par un droit &#233;gal pour tous, c'est la soci&#233;t&#233; parfaite. &#187; (&lt;i&gt;Essais sur la conception mat&#233;rialiste de l'histoire&lt;/i&gt;, &#233;d. Marcel Giard, 1928, pp. 218-219). &lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb72&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh72&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 72&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;72&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sur une approche critique du concept de Prol&#233;tariat, voir Christian Charrier, &lt;i&gt;La Mat&#233;rielle&lt;/i&gt; (&#233;d. Senonevero, 2018).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb73&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh73&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 73&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;73&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Kant se contente d'&#233;crire : &#171; Il en est ici [&#224; propos de la question de l'intuition en m&#233;taphysique, nda] comme de la premi&#232;re id&#233;e de Copernic &#8230; (&lt;i&gt;Pr&#233;face&lt;/i&gt; de la seconde &#233;dition de la &lt;i&gt;Critique de la raison pure&lt;/i&gt;, &#233;d. Flammarion 1944, p. 21).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb74&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh74&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 74&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;74&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sans nier l'implication conflictuelle entre la math&#233;matique et la philosophie que d&#233;veloppe finement Althusser, la seconde devant conjurer la premi&#232;re en ce qu'elles paraissent jouer dans le m&#234;me champ, on peut tout &#224; fait soutenir que les deux apparaissent avec la monnaie (Cr&#233;sus, roi de Lydie, 561-547 : il ne s'agissait plus d'&#233;changer un poids quelconque de m&#233;tal contre une quantit&#233; quelconque d'un produit, mais de r&#233;f&#233;rer tous les produits &#8211;marchandises &#8212; &#224; des pi&#232;ces de monnaie poin&#231;onn&#233;es et toutes sur le m&#234;me mod&#232;le) et la germination de la cit&#233; et de la &#171; d&#233;mocratie &#187;, c'est-&#224;-dire avec d'un c&#244;t&#233; l'abstraction des activit&#233;s concr&#232;tes et, de l'autre, celle des singularit&#233;s individuelles (hormis les femmes, les m&#233;t&#232;ques et les esclaves ...). D'autant plus que la concomitance historique et g&#233;ographique est plus que troublante.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb75&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh75&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 75&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;75&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Le Capital&lt;/i&gt;, &#233;d. Sociales, t. 2, note 2 p. 59. Marx cite Vico dans le chapitre du &lt;i&gt;Capital&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Le machinisme et la grande industrie&lt;/i&gt; : &#171; Darwin a attir&#233; l'attention sur l'histoire de la &lt;i&gt;technologie naturelle&lt;/i&gt;, c'est-&#224;-dire sur la formation des organes des plantes et des animaux consid&#233;r&#233;s comme moyens de production pour leur vie. L'histoire des organes productifs de l'homme social, base mat&#233;rielle de toute organisation sociale, ne serait-elle pas digne de semblables recherches ? Et ne serait-il pas plus facile de mener cette entreprise &#224; bonne fin, puisque comme dit Vico, &#8230; [nda].&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb76&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh76&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 76&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;76&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;'o&#249; l'importance de la r&#233;f&#233;rence &#224; Vico [nda].&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb77&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh77&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 77&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;77&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;En tant qu'il &#171; est contraint d'objectiver sa force de travail par rapport &#224; sa personnalit&#233; et de la vendre &#187; comme marchandise, le prol&#233;taire est produit comme sujet-objet, d'o&#249; dialectisation de son &#234;tre : &#171; La scission qui na&#238;t [&#8230; dans l'homme s'objectivant comme marchandise, entre objectivit&#233; et subjectivit&#233;, permet que cette situation devienne consciente. &#187; (Luk&#225;cs&lt;i&gt;, op. cit&lt;/i&gt;., p. 209)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb78&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh78&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 78&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;78&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;En note, Hyppolite donne ce commentaire : &#171; L'objet est concept puisqu'il est r&#233;flexion en soi-m&#234;me ; et il est identique au mouvement de la conscience, qui se r&#233;fl&#233;chit aussi en soi-m&#234;me &#224; partir de son objet. Il n'y a qu'une seule r&#233;flexion. Mais la conscience qui 'se retire encore une fois du devenu', c'est-&#224;-dire oublie la gen&#232;se de son objet, consid&#232;re le mouvement pr&#233;c&#233;dent comme une r&#233;alit&#233; objective et contemple ce mouvement sans se reconna&#238;tre en lui. Cette r&#233;alit&#233; objective est alors 'la Force', concept en soi qui doit devenir concept pour la conscience. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb79&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh79&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 79&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;79&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Hegel distingue &#171; entendement &#187; et &#171; raison &#187;, le premier c'est Kant, la seconde c'est lui.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb80&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh80&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 80&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;80&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Tout cela sera repris par L&#233;nine dans &lt;i&gt;Mat&#233;rialisme et empiriocriticisme&lt;/i&gt; et critiqu&#233; par Pannekoek dans &lt;i&gt;L&#233;nine philosophe,&lt;/i&gt; &#233;d. Spartacus).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb81&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh81&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 81&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;81&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;La th&#233;orie la plus int&#233;ressante &#233;tant bien s&#251;r celle de Luk&#225;cs : la particularit&#233; de la marchandise force de travail fondant le prol&#233;tariat &#224; poser l'identit&#233; du sujet et de l'objet.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb82&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh82&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 82&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;82&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Il faut cependant &#234;tre tr&#232;s vigilant au statut accord&#233; &#224; cette distinction entre sujet et objet, aucun des deux ne tient son existence de lui-m&#234;me ou m&#234;me de leur r&#233;ciprocit&#233;. En effet, la lutte du prol&#233;tariat et m&#234;me la r&#233;volution ne sont pas l'irruption d'une subjectivit&#233; (plus ou moins libre, plus ou moins d&#233;termin&#233;e) mais un moment du rapport du mode de production capitaliste &#224; lui-m&#234;me &#224; l'int&#233;rieur de lui-m&#234;me, ceux qui voit l&#224; de l'objectivisme oublient seulement que le prol&#233;tariat est une classe du mode de production capitaliste et que celui-ci est lutte des classes. On ne peut isoler la question du rapport entre la situation objective et la subjectivit&#233; de l'auto-contradiction du mode de production capitaliste. Le sujet et l'objet dont nous parlons ici sont des moments de cette auto-contradiction qui dans son unit&#233; passe par ces deux phases oppos&#233;es (unit&#233; de moments promus &#224; l'autonomie).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb83&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh83&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 83&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;83&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;On peut, &lt;i&gt;avec prudence,&lt;/i&gt; se r&#233;f&#233;rer ici &#224; la longue construction par Ernst Bloch du concept de &#171; conscience anticipative &#187; (&lt;i&gt;Le Principe esp&#233;rance&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;). &#171; Avec prudence &#187; car Bloch fait de la &#171; conscience anticipative &#187; une d&#233;termination inh&#233;rente &#224; ce qui fait &#171; l'humanit&#233; &#187;, mais &#8230;tous les Grecs n'&#233;taient pas Ulysse. Bloch ne donne jamais de d&#233;finition de cette &#171; conscience anticipative &#187;, le concept est construit par touches sur des centaines de pages. En picorant au long du livre nous pouvons, &#224; nos risques et p&#233;rils, avancer la conception suivante. &#171; Le simple d&#233;sir et sa pulsion s'en tiennent au d&#233;part &#224; ce qu'ils ont, mais le souhait, avec toutes les visions qu'il se projette, a plus d'ambition. Il n'est jamais satisfait, car rien de ce qui existe ne r&#233;pond pleinement &#224; son attente. &#187; (p. 64). Il s'agit pour la &#171; conscience anticipative &#187; de &#171; voir bien plus loin que l'horizon donn&#233;, de le d&#233;passer, elle n'est pas cet &#339;l statique et contemplatif, mais au contraire un pionnier aux fronti&#232;res d'un monde qui progresse, bien plus, un &#233;l&#233;ment capital dans le monde en formation &#187; (pp. 155-156). &#171; Le regard tourn&#233; vers l'avant est d'autant plus p&#233;n&#233;trant qu'il est pleinement conscient. Le r&#234;ve qui anime ce regard veut &#234;tre parfaitement limpide ; l'intuition authentique, se veut nette et pr&#233;cise. Ce n'est que si la raison se met &#224; parler que l'esp&#233;rance, vierge de toute fraude, recommence &#224; fleurir. Le non-encore conscient doit &#234;tre &lt;i&gt;conscient&lt;/i&gt; quant &#224; son acte, conscient de ce qu'il est une &#233;mergence ; il doit &#234;tre &lt;i&gt;su&lt;/i&gt; quant &#224; son contenu, reconnu comme quelque chose en train d'&#233;merger. Le moment est donc venu de consid&#233;rer l'espoir, cet authentique affect d'attente dans le r&#234;ve vers l'avant, non plus comme une simple &#233;motion ind&#233;pendante, mais bien comme une fonction utopique, conscience-sue. &#187; (p. 176). &#171; L'esp&#233;rance consciente-sue n'a rien de mou, une volont&#233; &#233;mane d'elle et exige : il doit en &#234;tre ainsi, il faut que cela soit. Elle est aliment&#233;e par l'&#233;nergie du souhait et la volont&#233; qui la parcourent, par l'acte intensif visant au d&#233;passement, au surpassement du Donn&#233;. Sa condition sine qua non est la fermet&#233;, volont&#233; qui ne tol&#232;re pas d'&#234;tre &#233;vinc&#233;e par quelque Devenu que ce soit ; cette fermet&#233; constitue son privil&#232;ge. &#187; (pp. 179-180).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb84&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh84&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 84&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;84&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Il nous est tr&#232;s difficile d'imaginer l'immense d&#233;structuration sociale que repr&#233;senterait une p&#233;riode r&#233;volutionnaire de communisation, d'imaginer comment les actes d'emparement ou de destruction des lieux de production et d'approvisionnement, du logement, des transports, des services (sant&#233;, etc.), les luttes et combats &lt;i&gt;sous tous leurs&lt;/i&gt; &lt;i&gt;aspects&lt;/i&gt; se fraieraient une voie dans et contre l'effondrement de toutes les structures de production et d'approvisionnement &#233;conomiques et sociales, d'imaginer la somme de conflits et de barbarie dans laquelle le monde serait plong&#233;. (voir &lt;i&gt;Communisation vs socialisation&lt;/i&gt;, Bernard Lyon, &lt;i&gt;Meeting&lt;/i&gt; 1, 2004).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb85&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh85&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 85&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;85&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Il ne faut cependant jamais perdre de vue que c'est l'abstraction th&#233;orique qui dit qu'elle n'existe pas.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb86&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh86&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 86&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;86&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Le travailleur est pos&#233; formellement comme une personne qui existe pour soi, &lt;i&gt;en dehors de son&lt;/i&gt; travail et ali&#232;ne sa vie comme moyen de sa propre vie. Tant que le travailleur est lui-m&#234;me une &lt;i&gt;valeur d'&#233;change, &lt;/i&gt;il ne peut exister de capital industriel, c'est-&#224;-dire d&#233;velopp&#233;... &#187; (Marx,&lt;i&gt; Grundrisse&lt;/i&gt;, &#233;d. 10/18, T. 2, p. 69). Voil&#224; pourquoi le travailleur est au d&#233;part 'pour lui', parce qu'il n'est pas lui-m&#234;me une valeur d'&#233;change. Cette &#171; personne formelle &#187; c'est l'&#233;changiste, dont l'apparition comme personne formelle est indispensable &#224; la reproduction du rapport capitaliste, mais dont le v&#233;ritable rapport au capital n'est pas dans son existence de personne formelle, mais d'ouvrier pos&#233; dans un rapport de classe avec le capital. En parlant des conditions du capital, Marx &#233;crit : &#171; La premi&#232;re condition est l'abolition du syst&#232;me esclavagiste et du servage. La force de travail vivante est propri&#233;taire d'elle-m&#234;me et dispose dans l'&#233;change de ses propres forces. Des &lt;i&gt;personnes &lt;/i&gt;[soulign&#233; par nous] se font face. Formellement, leur rapport est libre et &#233;gal, comme celui de tout &#233;changiste. &lt;i&gt;Il s'av&#232;re que c'est l&#224; une illusion et une mystification&lt;/i&gt; [soulign&#233; par nous] ; on le constate d&#232;s que l'on quitte la sph&#232;re strictement &#233;conomique. [...] L'ouvrier libre vend son activit&#233; particuli&#232;re &#224; un capitaliste particulier, auquel il fait face comme individu ind&#233;pendant, mais il est clair que tel n'est pas son v&#233;ritable rapport avec le capital proprement dit, c'est-&#224;-dire avec la classe des capitalistes. N&#233;anmoins, en ce qui concerne sa personne particuli&#232;re et r&#233;elle, il voit s'ouvrir devant lui un vaste champ pour le choix et l'arbitraire, bref pour une libert&#233; formelle' (&lt;i&gt;Fondements de la critique de l'&#233;conomie politique&lt;/i&gt;, &#233;d. Anthropos, t. 1, p. 428).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb87&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh87&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 87&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;87&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Posons en pr&#233;alable que toute &#171; catastrophe naturelle &#187; ne met jamais en lumi&#232;re que des d&#233;terminations des rapports d'exploitation. Autrement dit, d&#232;s que la &#171; nature &#187; appara&#238;t dans le rapport d'exploitation, on est tout de suite contraint de ne plus en parler. On n'a pas le choix des termes en jeu.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb88&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh88&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 88&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;88&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;La th&#232;se expos&#233;e ici est suffisamment importante pour donner &#233;galement la traduction des ed. Sociales, &lt;i&gt;Grundrisse&lt;/i&gt; 1980. &#171; Ce n'est qu'au 18e si&#232;cle, dans la soci&#233;t&#233; civile-bourgeoise, que les diff&#233;rentes formes de l'interd&#233;pendance sociale se pr&#233;sentent &#224; l'individu comme un simple moyen de r&#233;aliser ses buts particuliers, comme une n&#233;cessit&#233; ext&#233;rieure. Mais l'&#233;poque qui engendre ce point de vue, celui de l'individu singulier singularis&#233;, est pr&#233;cis&#233;ment celle o&#249; les rapports sociaux (et, de ce point de vue, universels) ont atteint le plus grand d&#233;veloppement qu'ils aient connu. L'homme est, au sens le plus litt&#233;ral un animal politique, non seulement un animal sociable, mais un animal qui ne peut se constituer comme individu singulier que dans la soci&#233;t&#233;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb89&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh89&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 89&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;89&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pendant les ann&#233;es 1970 divers mouvements post 68 ont essay&#233; de cr&#233;er des pratiques sanitaires et de soin autog&#233;r&#233;es, sans grand succ&#232;s, si ce n'est le MLAC.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb90&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh90&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 90&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;90&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;'expression est ici une plaisanterie.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb91&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh91&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 91&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;91&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;La &#171; microphysique du pouvoir &#187; que d&#233;veloppe Foucault d&#233;finit un pouvoir sans possesseur, sans &#171; sup&#233;rieurs &#187; et &#171; inf&#233;rieurs &#187;, &#224; la limite sans activit&#233; r&#233;pressive, le pouvoir serait efficace d'une fa&#231;on quasi autonome par sa simple capacit&#233; de classer, analyser, individualiser. En outre, dans un processus tautologique, l'id&#233;ologie devient sa propre raison d'&#234;tre en ce qu'elle assure la reproduction de la soci&#233;t&#233; qui la fonde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut ranger &#233;galement sous cette critique la th&#233;orie des &#171; Champs &#187; et celle de l'&#171; habitus &#187; chez Bourdieu, qui ont explicitement pour fonction de supprimer la &#171; d&#233;termination en derni&#232;re instance &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb92&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh92&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 92&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;92&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Rien &#224; voir avec le sujet, mais pour le plaisir des mots :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; - Il a dit : 'il faut &#234;tre moderne !'&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Je parie dix francs qu'il t'a parl&#233; de la 'routine'.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Qu'est-ce que c'est ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Un mot de la ville &#8230;La routine, &#231;a veut dire ce que les vieux nous ont appris, et d'apr&#232;s eux, il faut tout foutre en l'air, parce que c'est pas moderne, et que maintenant on a invent&#233; des miracles &#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Peut-&#234;tre que c'est vrai ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; De la pure couillonnade, dit le Papet &#8230; (Marcel Pagnol, &lt;i&gt;Jean de Florette&lt;/i&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb93&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh93&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 93&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;93&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; 'Nous sommes en guerre'. Quatre jours apr&#232;s une premi&#232;re intervention t&#233;l&#233;, Emmanuel Macron a durci le ton, hier, alors que le nombre de cas explose dans le pays. S'il a tenu &#224; rassurer, il a aussi rappel&#233; chacun &#224; ses responsabilit&#233;s et ordonn&#233; 'au moins quinze jours' de confinement. Ajoutant 'Beaucoup de certitudes, de convictions sont balay&#233;es' &#187; (&lt;i&gt;La Provence&lt;/i&gt;, mardi 17 mars 2020).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb94&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh94&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 94&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;94&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pour plus de d&#233;tails sur les crit&#232;res d'&#233;valuation statistique des politiques de sant&#233; : voir (sur internet) le QALY (Qualited Adjusted Life Years) : est-ce qu'il devient trop cher de soigner quelqu'un ? ; ou le DALY (Disability Adjusted Life Years) : comment d&#233;terminer le prix d'une maladie pour la soci&#233;t&#233;. Il est vrai, comme on dit, qu'&#171; ils nous pr&#233;f&#232;rent en bonne sant&#233; que malades &#187;, mais ce n'est l&#224; qu'une d&#233;termination secondaire. Ce qu'&#171; ils &#187; pr&#233;f&#232;rent c'est qu'on soit productif, au risque de la sant&#233; (les accidents du travail n'ont jamais suscit&#233; une grande &#233;motion). L'arbitrage principal est entre &#234;tre productif et la perte que repr&#233;sente la maladie, un arbitrage entre profits et risques, tout d&#233;pend des besoins qu' ils &#187; ont de nous selon le march&#233; du travail et, &#224; l'int&#233;rieur de celui-ci, notre &#233;tat ou notre &#226;ge, ainsi que du prix de cette &#171; sant&#233; &#187; par rapport &#224; ce que son sacrifice peut rapporter ou &#233;conomiser par ailleurs. Et tout cela se chiffre.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb95&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh95&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 95&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;95&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pour &#171; rechigner, &lt;i&gt;Littr&#233;&lt;/i&gt; donne un sens physique et moral : &#171; Donner des marques de refus, de d&#233;go&#251;t, d'aversion, par une grimace qui porte principalement sur la l&#232;vre &#187; (c'est le sens &#233;tymologique), et donne comme exemple &#171; Le malheureux mange un ail et rechigne ainsi que fait un chat. Dont les morceaux sont frott&#233;s de moutarde &#187; (La Fontaine). &lt;i&gt;Le Robert&lt;/i&gt; abandonne toute expression physique de la chose pour ne conserver que : &#171; T&#233;moigner de la mauvaise volont&#233; pour &#187;. En ce qui concerne la &#171; bonne volont&#233; &#187;, il est apparu qu'elle &#233;tait tr&#232;s variable selon les milieux g&#233;ographiques et les conditions sociales, la Seine-St-Denis est arriv&#233;e en t&#234;te des contraventions inflig&#233;es pendant le premier confinement.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb96&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh96&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 96&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;96&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;La visite de Macron au professeur Raoult &#224; Marseille est demeur&#233;e sans suite. Aux Etats-Unis, la strat&#233;gie gouvernementale au niveau f&#233;d&#233;ral a &#233;t&#233; beaucoup plus fluctuante.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb97&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh97&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 97&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;97&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;En cela, il diff&#232;re de l'Etat f&#233;odal ou d'&#171; Ancien r&#233;gime &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb98&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh98&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 98&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;98&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Nous r&#233;f&#233;rons ici au texte d'Andrea Olivieri : Jours &#233;tranges &#224; Trieste contre le pass sanitaire, paru dans lundimatin le 15 novembre 2021. Texte disponible &#233;galement sur le site Des nouvelles du Front (dndf).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb99&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh99&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 99&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;99&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir plus loin.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb100&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh100&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 100&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;100&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Lundimatin, idem : sous le titre Passe sanitaire, conspirationnisme et luttes sociales.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb101&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh101&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 101&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;101&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Thomas Gomart (directeur de l'Institut fran&#231;ais des relations internationales &#8211;Ifri), que l'on ne peut pas soup&#231;onner de &#171; gauchisme &#187;, &#233;crit : &#171; Pour juguler la pand&#233;mie de la Covid-19, diverses applications de tra&#231;age ont &#233;t&#233; utilis&#233;es comme le passe sanitaire, donnant un aper&#231;u des possibilit&#233;s futures &#187; (Thomas Gomart, &lt;i&gt;Guerres invisibles, nos&lt;/i&gt; &lt;i&gt;prochains d&#233;fis g&#233;opolitiques&lt;/i&gt;, &#233;d. Texto, p. 184)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb102&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh102&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 102&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;102&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Nous avons &#233;voqu&#233; pr&#233;c&#233;demment la distinction entre &#171; pouvoir d'Etat &#187; et &#171; appareil d'Etat &#187;, distinction qui fait de l'Etat un simple instrument dont on pourrait changer la destination en modifiant le &#171; pouvoir d'Etat &#187;. Ajoutons que parmi ces appareils nous pouvons distinguer d'une part les appareils r&#233;pressifs qui vont du gouvernement &#224; la prison en passant par la justice, l'arm&#233;e et la police et, d'autre part, des &#171; appareils id&#233;ologiques &#187; qui sont du c&#244;t&#233; de l'appareil r&#233;pressif mais ne se confondent pas avec lui : appareil scolaire, familial, religieux, politique, syndical, information, &#233;dition et culture. A chacun de ces appareils id&#233;ologiques correspondent des institutions et des organisations.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb103&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh103&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 103&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;103&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Il faudra se souvenir qu'il est dans la nature du sujet de ne pas &#234;tre ce qu'il est pr&#233;tendu &#234;tre quand, dans le dernier chapitre, nous aborderons la &#171; crise du travailleur libre &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb104&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh104&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 104&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;104&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;On trouve ce passage dans &lt;i&gt;Principes de la philosophie de l'avenir&lt;/i&gt;, voir : Feuerbach, &lt;i&gt;Manifestes philosophiques&lt;/i&gt;, &#233;d. Puf, 1960, pp. 132-133. Il est sans importance ici que Marx et Engels torturent un peu l'argumentation de Feuerbach.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb105&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh105&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 105&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;105&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Nous savons que cette &#171; d&#233;finition &#187; supprime ce qu'elle est cens&#233;e d&#233;finir.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb106&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh106&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 106&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;106&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;La constitution d'un &#171; vrai individu &#187; est dans tout ce texte de Marx la dynamique et le sens de l'Histoire. La description des diff&#233;rentes &#171; communes &#187; est un plagiat &#171; mat&#233;rialiste &#187; &#224; peine retouch&#233; de l'Introduction de Hegel aux Le&#231;ons sur la philosophie de l'histoire (&#233;d.Vrin, 1967, pp. 17 &#224; 86).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb107&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh107&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 107&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;107&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Si le mode de production capitaliste a r&#233;alis&#233; cette r&#233;sorption &#171; &#224; sa fa&#231;on &#187;, ce fut, diff&#233;remment, le projet d'Owen et des socialistes dits &#171; utopiques &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb108&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh108&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 108&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;108&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Dans &lt;i&gt;La Proclamation de la Commune&lt;/i&gt; (&#233;d. Gallimard, 1965) Lefebvre &#233;crit : &#171; L'ali&#233;nation politique et l'ali&#233;nation id&#233;ologique (le culte de l'Etat par exemple) qui marqueront de leur empreinte le mouvement ouvrier en Europe, lorsqu'il grandira et en m&#234;me temps s'int&#233;grera dans les grands pays industriels &#224; la soci&#233;t&#233; globale, ces ali&#233;nations complexes ont &#224; peine d&#233;but&#233;. [&#8230; L'ali&#233;nation n'a pas encore de fonction. Il n'est pas encore n&#233;cessaire de l'accepter [&#8230; pour simplement survivre. Elle n'est pas devenue inh&#233;rente &#224; &lt;i&gt;une quotidiennet&#233; qui ne se d&#233;tache pas encore de la vie au travail&lt;/i&gt; (soulign&#233; par nous). A cette &#233;poque, l'argent et le capital, en tant que f&#233;tiches sociaux, n'ont pas encore produit toutes leurs cons&#233;quences. En termes marxistes pr&#233;cis, les ali&#233;nations qui p&#232;sent sur la classe ouvri&#232;re et le peuple n'ont pas encore entra&#238;n&#233; une 'r&#233;ification' des rapports. L'&#233;norme puissance de l'argent, comme celle de l'Etat, n'a pas encore s&#233;par&#233; les rapports imm&#233;diats (ceux de personne &#224; personne) et les rapports m&#233;diats, ceux qui se font par l'interm&#233;diaire du march&#233; et de l'argent, au profit de ces derniers, en d&#233;truisant les premiers. Les rapports sociaux, sans avoir une transparence r&#233;elle, restent au niveau du sensible. [&#8230; [Le prol&#233;tariat] vit, &#224; c&#244;t&#233; de la r&#233;ification, &lt;i&gt;ses modalit&#233;s propres du v&#233;cu&lt;/i&gt; [nous soulignons]. &#187; (&lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;, pp. 128-129).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb109&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh109&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 109&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;109&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pour Polanyi : dans le lib&#233;ralisme classique du XIXe si&#232;cle, &#171; Au lieu que l'&#233;conomie soit encastr&#233;e dans les relations sociales, ce sont les relations sociales qui sont encastr&#233;es dans le syst&#232;me &#233;conomique. &#187; (Polanyi, &lt;i&gt;La Grande transformation&lt;/i&gt;, &#233;d. Tel-Gallimard, p. 104). Ce qu'il d&#233;signe par &#171; grande transformation &#187; c'est la re-socialisation de l'&#233;conomie que la crise des ann&#233;es 1930 imposa au monde. &#171; 'La grande transformation' repr&#233;sente donc en quelque fa&#231;on l'inverse de la transformation qui a donn&#233; jour &#224; l'id&#233;ologie de l'&#233;conomie lib&#233;rale. &#187; (Louis Dumont, idem, pr&#233;face, p. 7). Sans rien enlever &#224; l'importance de cette rupture d&#233;crite par Polanyi, nous la consid&#233;rons &lt;i&gt;plut&#244;t&lt;/i&gt; comme l'int&#233;gration de la reproduction de la force de travail dans le cycle propre du capital, c'est-&#224;-dire comme la marque primordiale du passage &#224; la subsomption r&#233;elle du travail sous le capital.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb110&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh110&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 110&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;110&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;propos de la &#171; grande d&#233;mission &#187; aux Etats-Unis, voir le texte tr&#232;s document&#233; &#171; &lt;i&gt;Big Quit, Great Resignation, Strietober, quelle est la r&#233;alit&#233; des luttes aux Etats-Unis aujourd'hui&lt;/i&gt; &#187; (&lt;i&gt;Echanges&lt;/i&gt;, n&#176;176, automne 2021).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb111&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh111&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 111&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;111&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Selon une enqu&#234;te de l'Insee, reprise par RMC, sur un panel de 7500 personnes gagnant moins de 2000 euros par mois, il ne leur restait plus en moyenne que 55 euros sur le compte en banque pour boucler le mois.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb112&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh112&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 112&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;112&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir La sous-traitance en p&#233;riph&#233;rie, pratique &#233;conomique et rapport social d'exploitation (Centre Tricontinental, &#233;d. L'Harmattan, 1999). Plus sp&#233;cialement pour notre propos, ce qui ressort des diverses &#233;tudes nationales pr&#233;sent&#233;es dans ce livre, au-del&#224; de l'extr&#234;me pr&#233;carit&#233; des emplois, c'est l'extr&#234;me diffusion sociale, mobilisant le cadre familial, de la sous-traitance en p&#233;riph&#233;rie, son intrication avec des activit&#233;s de reproduction &#171; traditionnelles &#187; (de ce fait reconfigur&#233;es) ou le contr&#244;le permanent du travailleur, de ses d&#233;placements, de ses temps de &#171; libert&#233; &#187;, de son logement et de sa consommation.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb113&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh113&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 113&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;113&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Au point de vue mat&#233;riel, la monarchie, comme toute autre forme de gouvernement, n'existe directement pour la classe ouvri&#232;re que sous forme d'imp&#244;ts. Les imp&#244;ts sont l'expression &#233;conomique de l'existence de l'Etat. Fonctionnaires et pr&#234;tres, soldats et danseuses, ma&#238;tres d'&#233;cole et agents de police, mus&#233;es grecs et tours gothiques, liste civile et hi&#233;rarchie sociale : l'embryon commun o&#249; sommeillent toutes ces existences fameuses, ce sont les imp&#244;ts. &#187; (Marx, &lt;i&gt;La critique moralisante ou la morale critique, contribution &#224; l'histoire de la civilisation allemande contre Karl Heinzen&lt;/i&gt;, 1847, &#233;d. Costes, t. 3, pp. 146-147).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb114&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh114&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 114&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;114&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;En ce qui concerne la seconde, la valeur, dans la financiarisation du capital productif est pr&#233;suppos&#233;e valoris&#233;e par elle-m&#234;me : &#171; &#8230;la forme o&#249; le capital est pr&#233;suppos&#233; &#224; son propre proc&#232;s de production. &#187; (Th&#233;ories sur la plus-value, &#233;d Sociales, t.3, p.574). Voir &lt;i&gt;TC&lt;/i&gt; 22, &lt;i&gt;Too much monkey business&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb115&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh115&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 115&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;115&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Ce travail a donc pour objectif d'expliciter les &lt;i&gt;combinatoires d'op&#233;rations&lt;/i&gt; qui composent aussi une 'culture', et d'exhumer les mod&#232;les d'action caract&#233;ristiques des usagers dont on cache, sous le nom pudique de consommateurs, le statut de &lt;i&gt;domin&#233;s&lt;/i&gt; [soulign&#233; dans le texte] (ce qui ne veut pas dire passifs ou dociles). Le quotidien s'invente avec mille mani&#232;res de &lt;i&gt;braconner&lt;/i&gt; [idem]. &#187; (Michel de Certeau, L'invention du quotidien, &#233;d. Folio/essais, Gallimard, t. 1, pr&#233;face, p. XXXVI).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Habiter, circuler, parler, lire, faire le march&#233; ou la cuisine, ces activit&#233;s semblent correspondre aux caract&#233;ristiques des ruses, et des surprises tactiques : bons tours du 'faible' dans l'ordre &#233;tabli par le 'fort'. &#187; (&lt;i&gt;idem,&lt;/i&gt; p. 65).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb116&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh116&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 116&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;116&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Nous sommes tr&#232;s r&#233;ticents &#224; propos du terme de &#171; postfordisme &#187;, qui sert &#224; masquer la vraie restructuration de l'exploitation et de la contradiction entre le prol&#233;tariat et le capital qui s'est construite dans les ann&#233;es 1970-1980.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb117&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh117&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 117&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;117&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cette notion d'&#171; inessentialisation du travail &#187; que les auteurs eux-m&#234;mes mettent entre guillemets est extr&#234;mement ambig&#252;e. Si elle rend compte de l'augmentation de la composition organique du capital et de la subordination des travailleurs au syst&#232;me des machines, elle laisse dans l'ombre la contradiction m&#234;me de ce processus dans lequel le travail demeure l'activit&#233; &lt;i&gt;essentielle&lt;/i&gt; et m&#234;me la seule relativement &#224; la valorisation du capital.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb118&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh118&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 118&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;118&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir Catherine Larr&#232;re, &lt;i&gt;L'invention de l'&#233;conomie au XVIIIe si&#232;cle&lt;/i&gt;, &#233;d. PUF, 1992. On peut &#233;galement, avec des pincettes, se r&#233;f&#233;rer aux consid&#233;rations d'Hannah Arendt (&lt;i&gt;La condition de l'homme moderne, &lt;/i&gt;1958, &#233;d. Calman-L&#233;vy pocket) sur le social, le public et le priv&#233; dont on peut d&#233;duire qu'il n'y a pas de vie quotidienne avant le mode de production capitaliste. De toute fa&#231;on, sur la question, l'essentiel se trouve dans les premi&#232;res pages de &lt;i&gt;l'Introduction de 1857&lt;/i&gt; &#224; propos de l'individu isol&#233; (Marx).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb119&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh119&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 119&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;119&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; La soumission r&#233;elle du travail au capital s'accompagne d'une r&#233;volution compl&#232;te (qui se poursuit et se renouvelle constamment) du mode de production, de la productivit&#233; du travail et des rapports entre capitalistes et ouvriers &#187; (Marx, &lt;i&gt;Chapitre in&#233;dit...&lt;/i&gt;, &#233;d. 10/18, p. 218). &#171; Si, dans le syst&#232;me bourgeois achev&#233;, chaque rapport &#233;conomique pr&#233;suppose l'autre dans sa forme &#233;conomique-bourgeoise et qu'ainsi chaque terme pos&#233; est en m&#234;me temps pr&#233;supposition d'un autre, il en va de m&#234;me pour tout syst&#232;me organique. En tant que totalit&#233;, ce syst&#232;me organique lui-m&#234;me a aussi ses pr&#233;suppositions, et son d&#233;veloppement en une totalit&#233; consiste pr&#233;cis&#233;ment &#224; se subordonner tous les &#233;l&#233;ments de la soci&#233;t&#233;, &lt;i&gt;ou &#224; se cr&#233;er &#224; partir d'elle les organes qui lui font encore d&#233;faut&lt;/i&gt; [nous soulignons]. C'est ainsi qu'il devient totalit&#233; historiquement. &#187; (Marx, &lt;i&gt;Grundrisse&lt;/i&gt;, &#233;d. Sociales, t. 1, pp. 219-220) [pour la derni&#232;re phrase Dangeville traduit : &#171; Le devenir vers cette totalit&#233; constitue un &#233;l&#233;ment de son processus, de son d&#233;veloppement. &#187;, &#233;d. Anthropos, t. 1, p. 226].&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb120&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh120&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 120&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;120&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Revue strat&#233;gique de cyberd&#233;fense, f&#233;vrier 2018, sur le net.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb121&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh121&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 121&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;121&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Si cet exemple br&#233;silien est bien significatif de l'enjeu que repr&#233;sente le r&#233;encastrement de la vie quotidienne dans le travail, ici jusque sous la forme paroxystique d'une &#171; autogestion subordonn&#233;e &#187;, cela ne doit pas gommer l'&#233;ventail, la vari&#233;t&#233; des transformations que les entreprises mettent en &#339;vre dans les diff&#233;rents secteurs de production, types de pays et fractions de la force de travail ; ainsi que la r&#233;alit&#233; des luttes par lesquelles elles &#233;voluent et peuvent, en fait, devenir la r&#232;gle.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb122&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh122&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 122&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;122&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Gomart ne donne pas d'exemples, mais un simple rappel des &#171; soul&#232;vements arabes &#187; ou des r&#233;seaux des Gilets jaunes suffit.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb123&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh123&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 123&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;123&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;On parle d' &#171; intelligence artificielle &#187; quand un ordinateur est capable de r&#233;aliser des t&#226;ches d&#233;pendantes de nombreux param&#232;tres &lt;i&gt;et dont le programmeur ne conna&#238;t pas la solution a priori&lt;/i&gt;. Il s'agit alors d'une facult&#233; de &#171; pr&#233;diction &#187; dans les deux sens du terme : ce qui peut advenir et ce qui doit &#234;tre fait.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb124&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh124&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 124&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;124&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;TikTok est une application du groupe chinois ByteDance. 67 % des adolescents am&#233;ricains utilisent TikTok devant Instagram et Snapchat, et tr&#232;s loin devant Facebook et Twitter.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb125&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh125&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 125&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;125&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Nous plagions ici quelques phrases de l'&lt;i&gt;Introduction de 1857&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb126&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh126&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 126&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;126&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;A para&#238;tre aux &#233;ditions Senonevero / Entremonde. Si, par la suite, nous critiquons parfois rudement ce texte, cela n'entame en rien, bien au contraire, cette appr&#233;ciation g&#233;n&#233;rale.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb127&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh127&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 127&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;127&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Un matin, sur une radio, un sociologue a eu cette phrase tr&#232;s juste : &#171; Tout &#233;nonc&#233; qui commence par 'les Gilets jaunes' est faux &#187;. Nous utiliserons cependant l'expression en essayant de montrer comment elle se construit et existe &#224; chaque moment et comment elle est toujours probl&#233;matique.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb128&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh128&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 128&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;128&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Nous expliquons plus loin cette formule. On peut &#233;galement se r&#233;f&#233;rer au texte &lt;i&gt;Vie quotidienne et luttes des&lt;/i&gt; &lt;i&gt;classes&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb129&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh129&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 129&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;129&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Quand Baudelaire utilise en 1859 ce mot encore nouveau de &#171; modernit&#233; &#187;, en &#233;loge &#224; Constantin Guys, dans ses critiques des Salons comme &#171; th&#233;orie historique et rationnelle du beau, en opposition avec la th&#233;orie du beau unique et absolu &#187;, il ajoute : &#171; La modernit&#233;, c'est le transitoire, le fugitif, le contingent &#8230; (Baudelaire, &lt;i&gt;Le Peintre de la vie moderne&lt;/i&gt;, &#338;vres compl&#232;tes, &#233;d. Seuil, pp. 547 et 553), il ne fait que r&#233;pondre dans le domaine des perceptions culturelles aux affirmations de Marx et Engels dans le &lt;i&gt;Manifeste&lt;/i&gt; d&#233;crivant le capitalisme comme un mode de production qui bouleverse sans cesse ses propres bases et dans lequel plus rien n'est tenu pour sacr&#233;. Horkheimer et Adorno, dans &lt;i&gt;La Dialectique de la raison,&lt;/i&gt; souligneront par la suite l'ambig&#252;it&#233; de cette &#171; modernit&#233; &#187; issue de la p&#233;riode dite des &#171; Lumi&#232;res &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb130&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh130&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 130&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;130&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Il est surprenant, en faisant une recherche sur Google, de trouver &#224; &#171; vie quotidienne &#187;, toutes sortes de travaux sociologiques plus ou moins int&#233;ressant (budget temps, partage des t&#226;ches domestiques, transports, etc.) mais tous ont en commun de consid&#233;rer leur objet (la vie quotidienne) comme donn&#233;, comme s'ils &#233;tudiaient les crat&#232;res de la Lune.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb131&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh131&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 131&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;131&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;La n&#233;cessaire m&#233;tamorphose des rapports de production dans leurs propres formes d'apparition par lesquelles seulement ils existent est expos&#233;e dans ce &lt;i&gt;TC&lt;/i&gt; 27, dans le texte &lt;i&gt;Vie quotidienne et luttes des classes&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb132&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh132&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 132&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;132&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sur ce point, on peut &#233;galement se reporter, dans ce m&#234;me n&#176;, au texte de r&#233;ponse aux camarades de &lt;i&gt;Temps libre&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb133&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh133&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 133&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;133&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Dieppe fut un haut lieu de la mobilisation, voir sur Dndf &lt;i&gt;La Mouette enrag&#233;e.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb134&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh134&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 134&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;134&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Une lecture des comptes rendus plus ou moins exhaustifs de la r&#233;union de Commercy montre, contrairement aux pratiques des ronds-points, le formalisme dans lequel s'enferment toute prise de d&#233;cision et toute perspective d'action.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb135&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh135&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 135&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;135&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Si nous pouvons souscrire &#224; la critique de &#171; l'anticapitalisme &#187; comme &#171; mot d'ordre g&#233;n&#233;ral &#187;. Il ne saurait &#234;tre question de consid&#233;rer la lutte des classes en dehors des contradictions du mode de production capitaliste.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb136&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh136&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 136&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;136&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ces chiffres ne tiennent pas compte des gardes &#224; vue de mineurs.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb137&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh137&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 137&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;137&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;En 2015 ou 2016, de fa&#231;on presque pr&#233;monitoire, le sujet du Capes en g&#233;ographie &#233;tait &#171; la France des marges &#187; o&#249; la situation est beaucoup plus complexe que dans les pays anglo-saxons profond&#233;ment cliv&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb138&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh138&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 138&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;138&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Comment, en d&#233;finitive, surmonter l'image de la France p&#233;riph&#233;rique ? C'est en ce sens que l'introduction de la notion de 'marge' en g&#233;ographie peut &#234;tre f&#233;conde. La marge, c'est surtout un mod&#232;le d'analyse pour penser la mise &#224; l'&#233;cart d'une partie de la population, r&#233;v&#233;l&#233;e par les territoires qu'elle habite. Ainsi dans la France des marges, on &#233;tudie toute une s&#233;rie d'espaces g&#233;ographiques en suivant des cat&#233;gories classiques, donn&#233;es d'avance : l'Outre-mer, les for&#234;ts, les littoraux, les montagnes, le rural &#233;loign&#233;, les franges p&#233;riurbaines, les petites villes et les m&#233;tropoles. Aucun de ces territoires n'est consid&#233;r&#233; en soi comme une p&#233;riph&#233;rie. C'est un donn&#233; culturel, un cadre commun de r&#233;flexion. Par contre, dans chacun d'eux, on analyse alors comment les in&#233;galit&#233;s se manifestent dans l'espace, et comment se produisent les m&#233;canismes sp&#233;cifiques de s&#233;gr&#233;gation socio-spatiale. Quelles sont, dans chaque cas de figure, les formes d'exclusion ? &#187; (Samuel Depraz, &lt;i&gt;De la France p&#233;riph&#233;rique &#224; la France des marges : comment rendre leur juste place aux territoires urbains marginalis&#233;s ?&lt;/i&gt;, in &lt;i&gt;Carnets des &#233;tudes urbaines&lt;/i&gt;, d&#233;cembre 2018).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb139&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh139&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 139&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;139&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Nous sommes ici dans le cadre de ce que Thompson appelle &#171; l'&#233;conomie morale &#187;, voir plus loin.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb140&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh140&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 140&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;140&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;C'est peut-&#234;tre une des raisons qui explique que, malgr&#233; toutes les conditions requises, la r&#233;gion des &#171; Hauts-de-France &#187; a &#233;t&#233; proportionnellement moins mobilis&#233;e dans le mouvement des Gilets jaunes (voir plus loin).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb141&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh141&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 141&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;141&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Le patrimoine des 10 % des Londoniens les plus riches est 270 fois sup&#233;rieur &#224; celui des 10 % les plus pauvres. 38 % des enfants vivent sous le seuil de pauvret&#233; &#224; Londres (moyenne nationale 30 %). Les disparit&#233;s de sant&#233; sont aussi importantes : entre les diff&#233;rents quartiers du borough de Westminster, l'esp&#233;rance de vie masculine peut varier de dix-sept ans &#187; (&lt;i&gt;L'atlas des villes&lt;/i&gt;, Le Monde/La Vie, 2014).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb142&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh142&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 142&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;142&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;La v&#233;rit&#233; de l'&#233;conomie a tout de m&#234;me ses limites quand Br&#233;ville reproche &#224; Guilluy de consid&#233;rer que &#171; le divorce entre la bourgeoisie intellectuelle et le peuple &#187; serait d&#233;finitive.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb143&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh143&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 143&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;143&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Il existe une corr&#233;lation &#171; surprenante &#187; entre les territoires &#224; fort pourcentage d'exon&#233;ration de l'imp&#244;t sur le revenu et la consommation de diesel.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb144&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh144&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 144&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;144&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Il faut pr&#233;ciser ici que Gomart se r&#233;f&#232;re &#224; la d&#233;finition OCDE de la classe moyenne : &#171; la classe interm&#233;diaire, &#224; revenus moyens, entre classes ais&#233;es et classes populaires &#187;. Cette d&#233;finition ne correspond pas exactement &#224; l'ensemble des membres/fractions des &#171; classes moyennes &#187; qui ont particip&#233; au mouvement des Gilets jaunes.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb145&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh145&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 145&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;145&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;R&#233;jouissons-nous de l'expulsion des prol&#233;taires ! Pendant qu'Engels commande des caisses de Ch&#226;teau Margaux, ils ne sont que les &#171; idiots utiles &#187; &#224; la r&#233;alisation du sens de l'Histoire.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb146&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh146&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 146&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;146&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Le chiffre de 25 % avanc&#233; par Goodhart semble &#234;tre une vision &#171; occidentalo-centr&#233;e &#187; et, m&#234;me dans ce cadre, il est certainement largement sur&#233;valu&#233;. Les sociologues Dagnaud et Cassely dans &lt;i&gt;G&#233;n&#233;ration surdipl&#244;m&#233;e&lt;/i&gt; (&#233;d. Odile Jacob, 2021) mettent en sous-titre &#171; les 20 % qui transforment la France &#187; et, &#224; la lecture, ce n'est pas la totalit&#233; de ces 20 % qui correspond &#224; ce que peut avancer Goodhart. Une &#233;tude plus pr&#233;cise et argument&#233;e sur ce qu'elle appelle &#171; classe globale &#187; (vivant dans un r&#233;seau de 40 &#171; villes mondiales &#187;) se trouve dans Saskia Sassen : &lt;i&gt;La Globalisation. Une sociologie&lt;/i&gt; (&#233;d. nrf essais-Gallimard, 2009). Si les membres des classes sup&#233;rieures sont toujours de &#171; quelque part &#187;, leur &#171; archipel relationnel &#187; est comme pour beaucoup d'archipels un ensemble transfrontalier, ce n'est pas un &#171; ancrage &#187; dont, comme pour les prol&#233;taires, on se d&#233;fait sous la contrainte, tout au plus un anneau le long d'un quai.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est vrai que ces quelques lignes de Goodhart sont pertinentes et bien &#233;vocatrices de l'ambiance dans laquelle a baign&#233; la lutte des Gilets jaunes. Cependant la g&#233;n&#233;ralisation du &#171; somewhere &#187; aux prol&#233;taires dans leur ensemble est h&#226;tive : s'il y a une mondialisation de la classe capitaliste, il y a &#233;galement une mondialisation de la classe prol&#233;taire. Si Goodhart &#171; caricature &#187; les choses en ne tenant pas compte de cette mondialisation, il n'emp&#234;che qu'entre cette classe capitaliste et ce prol&#233;tariat tous deux mondialis&#233;s une diff&#233;rence essentielle subsiste : comme le trader de Wall Street, le N&#233;palais du Qatar ou le Marocain d'Andalousie est tout &#224; fait &#171; mobile et adaptable &#187;, mais &lt;i&gt;il lui manque d'&#234;tre &#224; l'aise&lt;/i&gt;, ce qui n'est pas rien. Il sait toujours qu'il est N&#233;palais ou Marocain et on prend bien garde &#224; ce qu'il ne l'oublie pas. Et c'est au N&#233;pal ou au Maroc qu'il envoie une partie de son salaire. La Philippine qui fait du &lt;i&gt;care&lt;/i&gt; dans le Golfe ou en Italie s'est arrang&#233;e avec sa famille de l&#224;-bas pour la garde de ses enfants et non, comme l' executive wooman &#187; de Los Angeles avec une Mexicaine anonyme qui, de son c&#244;t&#233;, envoie &#171; l&#224;-bas &#187; une partie de ses revenus &#224; sa m&#232;re, sa s&#339;r ou sa cousine pour la garde des siens. Ce prol&#233;tariat mondialis&#233; est, sans aucun doute, mobile et adaptable, &#224; l'aise non, voyant le monde de fa&#231;on &#171; multipolaire &#187; non plus. M&#234;me le migrant int&#233;rieur chinois sait, pour l'instant, qu'il rentrera chez lui et ne fait que &#171; prendre ce qu'il est possible de prendre &#187;. Et m&#234;me, quant aux &#171; descendants d'immigr&#233;s &#187; c'est de leur cit&#233; qu'ils regardent le monde et ne sont m&#234;me pas &#171; &#224; l'aise &#187; quand, &#224; Paris, ils arrivent aux Halles ou &#224; Saint-Lazare.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb147&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh147&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 147&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;147&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Les d&#233;veloppements qui suivent se fondent sur&lt;i&gt; &lt;/i&gt;le texte&lt;i&gt; Gilets Jaunes, revenus et rapport &#224; l'Etat&lt;/i&gt; sign&#233; &#171; lacanaille &#187; et la critique de ce texte sur le blog&lt;i&gt; Carbure&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb148&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh148&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 148&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;148&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Souvent, &#224; force d'insister sur la diff&#233;rence d'int&#233;r&#234;ts des classes en pr&#233;sence dans une &#171; &lt;i&gt;m&#234;me lutte&lt;/i&gt; &#187; dite &#171; interclassiste &#187;, on se demande pourquoi elles se rencontrent et se conjuguent dans cette lutte.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb149&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh149&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 149&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;149&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;En fait, nous le verrons plus loin, ce n'est pas de &#171; surproduit &#187; dont il s'agit mais des modalit&#233;s globales d'achat et de reproduction de la force de travail.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb150&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh150&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 150&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;150&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cela soul&#232;ve beaucoup d'interrogations th&#233;oriques g&#233;n&#233;rales de constater qu'un ouvrier se retrouve plus &#224; l'aise aux c&#244;t&#233;s de son petit patron qui, de toute fa&#231;on, tire un profit de son travail, qu'avec un instituteur ou un prof d&#233;butant dont le revenu peut &#234;tre inf&#233;rieur au sien. En 1980 un professeur de coll&#232;ge commen&#231;ait &#224; 2,1 Smic, en 2020 &#224; 1,3.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb151&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh151&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 151&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;151&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Comme le fait remarquer Leoni (&#233;pisode 5), les mesures annonc&#233;es par Macron en d&#233;cembre 2018 ne visaient pas les Gilets jaunes eux-m&#234;mes, mais les salari&#233;s des &#171; grandes entreprises &#187; afin de s'assurer de leur relative &#171; neutralit&#233; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb152&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh152&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 152&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;152&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Comme certains ont pu le voir, l'explication du m&#233;canisme de la plus-value et de ce qu'elle contient l' irr&#233;m&#233;diable condamnation historique du mode de production capitaliste, par un militant de Lutte Ouvri&#232;re sur un rond-point (&#224; Al&#232;s) a laiss&#233; les occupants gentiment &#233;trangers.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb153&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh153&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 153&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;153&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Le Monde &#187; du 16 mars 2019, apr&#232;s sondages, souligne &#171; une forte participation des ouvriers &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb154&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh154&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 154&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;154&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Nous n'identifions pas classe ouvri&#232;re et prol&#233;tariat : nous appelons prol&#233;tariat la recomposition toujours historique et conjoncturelle de diverses cat&#233;gories sociales lorsque la classe ouvri&#232;re dans sa lutte se trouve confront&#233;e &#224; et affronte sa propre situation entra&#238;nant par l&#224; une polarisation sociale qui traverse toutes les cat&#233;gories domin&#233;es de la soci&#233;t&#233; avec toutes les confrontations qui peuvent alors advenir (voir dans ce n&#176; la r&#233;ponse &#224; &lt;i&gt;Temps Libre&lt;/i&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb155&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh155&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 155&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;155&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Selon l'Insee, entre 2008 et 2016, les Fran&#231;ais ont perdu en moyenne 500 euros de revenus disponibles. Le pouvoir d'achat a d&#233;clin&#233; pendant dix ans depuis la crise financi&#232;re et &#233;conomique de 2008 (voir Fran&#231;ois Bourguignon, &lt;i&gt;Pour la premi&#232;re fois depuis la guerre, le pouvoir d'achat a d&#233;clin&#233; sur une longue p&#233;riode&lt;/i&gt;, &#171; &lt;i&gt;Le&lt;/i&gt; &lt;i&gt;Monde&lt;/i&gt; &#187; du 6 mars 2019)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb156&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh156&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 156&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;156&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;M. Aulagnon ne semble pas un perdreau de l'ann&#233;e ni un extr&#233;miste gauchiste.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb157&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh157&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 157&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;157&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pour ces donn&#233;es, voir Le Monde du 8 avril 2020.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb158&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh158&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 158&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;158&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Cette abolition n'est pas une abstraction, c'est la destruction (qui peut &#234;tre physique) de certains moyens de production, leur abolition en tant qu'usine dans laquelle se d&#233;finit ce qu'est un produit, &lt;i&gt;c'est-&#224;-dire les cadres de l'&#233;change et du commerce&lt;/i&gt;, c'est leur d&#233;finition, leur absorption dans les rapports qui deviennent des rapports individuels dans l'autotransformation des prol&#233;taires. L'attaque contre la nature de capital des moyens de production, c'est leur emparement qui, ne se limitant pas aux stricts moyens de production, r&#233;duit ces derniers au rang de simples instruments devant satisfaire des besoins dans la lutte. Tout ce dont on s'empare est une extension de la gratuit&#233;. L'abolition de la valeur n'est pas un but en soi et en tant que telle une cible des luttes : c'est l'abolition du public et du priv&#233; dont la valeur pr&#233;suppose la constitution et la distinction ; de la production &lt;i&gt;et&lt;/i&gt; de la reproduction ; c'est la lutte des femmes qui auront aussi de mauvais souvenirs &#224; r&#233;gler ; c'est aussi l'abolition de la division du travail telle qu'elle est inscrite dans le zonage urbain, dans la configuration mat&#233;rielle des b&#226;timents, dans la s&#233;paration entre la ville et la campagne, dans l'existence m&#234;me de quelque chose que l'on appelle une usine ou un lieu de production, dans l'autonomie et la personnification des fonctions intellectuelles et de d&#233;cision. L'abolition de la valeur est une transformation concr&#232;te du paysage dans lequel nous vivons, c'est une g&#233;ographie nouvelle des rapports entre les individus. &lt;i&gt;Abolir des rapports sociaux est une affaire tr&#232;s mat&#233;rielle&lt;/i&gt;. &#187; (&lt;i&gt;TC&lt;/i&gt; 25, p.171)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb159&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh159&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 159&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;159&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Vol des deniers publics par ceux auxquels l'administration ou le d&#233;p&#244;t en est confi&#233; &#187; (&lt;i&gt;Littr&#233;&lt;/i&gt;, 1959), nda.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb160&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh160&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 160&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;160&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cette &#171; t&#226;che politique &#187; est li&#233;e &#224; l'existence de l'ouvrier comme &lt;i&gt;personne&lt;/i&gt; en tant que travailleur libre, nda.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb161&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh161&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 161&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;161&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pr&#233;l&#232;vement unique de 30 % sur les revenus du capital.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb162&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh162&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 162&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;162&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir Carbonnier et Morel, &lt;i&gt;Le retour des domestiques&lt;/i&gt;, &#233;d. du Seuil.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb163&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh163&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 163&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;163&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sur l'Etat comme s&#233;par&#233; de la soci&#233;t&#233; et de la lutte des classes, voir Th&#233;o Cosme, &lt;i&gt;De la politique en Iran&lt;/i&gt;, &#233;d. Senonevero, 2010, p. 148.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb164&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh164&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 164&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;164&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sur tous ces points, voir dans ce n&#176; de &lt;i&gt;TC&lt;/i&gt;, le texte &lt;i&gt;Vie quotidienne et luttes des classes&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb165&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh165&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 165&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;165&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; On pourrait penser qu'au moins la formule : 'travail-salaire' exprime un rapport rationnel ; mais cela est tout aussi inexact que pour la formule 'terre-rente fonci&#232;re'. Sous son aspect de cr&#233;ateur de valeur, s'exprimant dans la valeur des marchandises, le travail n'a rien &#224; voir avec la r&#233;partition de cette valeur entre des cat&#233;gories diff&#233;rentes. Sous son aspect sp&#233;cifiquement social de travail salari&#233;, il n'est pas productif de valeur. [&#8230; rien de commun entre les conditions sociales d&#233;termin&#233;es dans lesquelles la force de travail est vendue et le travail en tant qu'agent g&#233;n&#233;ral de production. &#187; (Marx, &lt;i&gt;Le Capital&lt;/i&gt;, &#233;d. sociales, t. 8, p. 201).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb166&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh166&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 166&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;166&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Le collectif &lt;i&gt;Ahou&lt;/i&gt; se distingue ici de la th&#232;se de Joshua Clover dans &lt;i&gt;L'Emeute prime&lt;/i&gt; (&#233;d. Senonevero/Entremonde) pour qui le &#171; temps des &#233;meutes &#187; et &#171; la nouvelle &#232;re des soul&#232;vements &#187; sont li&#233;s au &#171; passage du centre de gravit&#233; du capital vers la circulation &#187; (p. 51) et &#224; une d&#233;finition du prol&#233;tariat qui, sur la base d'une &#171; d&#233;sindustrialisation g&#233;n&#233;rale &#187;, devient la classe des &#171; ch&#244;meurs structurels &#187; et des &#171; surnum&#233;raires &#187;. D'apr&#232;s lui, la question de la production devient secondaire, si ce n'est &#233;vacu&#233;e. On retrouve cette th&#232;se de la &#171; d&#233;sindustrialisation g&#233;n&#233;rale &#187; - sans les m&#234;mes conclusions quant &#224; la lutte de classe &#8211;chez Aaron Benanav, &lt;i&gt;L'automatisation et le futur du travail&lt;/i&gt;, &#233;d. divergences, 2022.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb167&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh167&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 167&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;167&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Rappelons que pour Marx dans les &lt;i&gt;Gloses marginales sur le roi de Prusse et la r&#233;forme sociale, &lt;/i&gt;ce qui met imm&#233;diatement les tisserands sil&#233;siens au-dessus de toutes les luttes des prol&#233;taires fran&#231;ais ou anglais (outre d'&#234;tre allemands &#8230;, c'est d'&#234;tre sortis de leurs ateliers et d'avoir vis&#233; les livres de comptes et les banques. Ajoutons &#224; propos des banques (puisque Leoni traite, en ce qui concerne les Gilets jaunes, les deux questions de fa&#231;on connexe) que l'antis&#233;mitisme ne &#171; d&#233;tourne &#187; pas les luttes de la contestation sociale (&#233;pisode 4). Quand une lutte est antis&#233;mite, elle est critiqu&#233;e et condamn&#233;e en tant que telle et non au nom de la vraie &#171; contestation sociale &#187; dont les prol&#233;taires aveugl&#233;s ont &#233;t&#233; &#171; d&#233;tourn&#233;s &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb168&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh168&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 168&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;168&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;On a pu pr&#233;senter le mouvement comme une r&#233;volte contre la transition vers un&lt;i&gt; &lt;/i&gt;&lt;i&gt;&#171; capitalisme vert &#187;&lt;/i&gt;. C'est de la blague, comme le &#171; capitalisme vert &#187; en g&#233;n&#233;ral. Il y a des investissements et des profits &#224; attendre (peut-&#234;tre) des &#233;oliennes, du solaire, etc., c'est le capitalisme tout court. Et les taxes sur le gazole sont l&#224; pour rembourser la dette publique, c'est tout. Le mouvement des Gilets jaunes aurait exist&#233; sans &#171; capitalisme vert &#187; dans la mesure o&#249; le &#171; capitalisme vert &#187; n'existe pas. La &#171; dimension &#233;cologique &#187; du mouvement, que ce soit pour &#234;tre &#171; pour ou contre la plan&#232;te &#187;, &#233;tait absente jusqu'&#224; ce que, tardivement, apparaisse le gimmick sur la &#171; fin du mois et la fin du monde &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb169&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh169&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 169&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;169&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Par grandeur d'&#226;me nous ne les nommerons pas.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb170&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh170&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 170&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;170&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Si nous nous retrouvons souvent, dans ce texte, en accord avec certaines analyses de &lt;i&gt;Temps Critiques&lt;/i&gt;, c'est que leur erreur fondamentale sur la disparition de la loi de la valeur, de l'exploitation, des classes et de leur lutte (en fait on n'est jamais s&#251;r de la chose &#224; la lecture de leurs textes) leur permet d'aborder les luttes actuelles au niveau de la reproduction, m&#234;me s'ils ne consid&#232;rent plus ce niveau comme celui de la &lt;i&gt;reproduction de l'exploitation&lt;/i&gt; comme contradiction fondamentale entre les classes. Dans le texte que nous citons ici, dans un paragraphe pr&#233;c&#233;dent, on peut lire : &#171; &#8230;la conscience du mouvement des GJ n'est pas forc&#233;ment moins avanc&#233;e que celle des ouvriers ou salari&#233;s s'attaquant &#224; des patrons pr&#233;cis. Les premiers s'attaquent directement &#224; l'hyper-capitalisme, via l'Etat, alors que les seconds &lt;i&gt;en restent encore&lt;/i&gt; [nous soulignons] &#224; une conception de la domination reposant sur les m&#233;canismes de l'exploitation. &#187; Comme si la question du revenu, de la fiscalit&#233;, des services publics, de la pr&#233;carit&#233;, n'&#233;tait pas celle du partage entre travail n&#233;cessaire et surtravail, c'est-&#224;-dire la question m&#234;me de l'exploitation. Comme finalement, toujours dans leur ambigu&#239;t&#233;, le reconna&#238;t &lt;i&gt;Temps critiques&lt;/i&gt; en &#233;crivant dans un autre texte que le mouvement s'&#233;l&#232;ve contre : &#171; la rationalisation des co&#251;ts salariaux &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb171&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh171&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 171&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;171&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;La plupart des membres de cette d&#233;l&#233;gation pr&#234;te &#224; se rendre &#224; Matignon ont renonc&#233; pour &#171; des raisons de s&#233;curit&#233; &#187;. (&lt;i&gt;Le Monde,&lt;/i&gt; 5/12/18).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb172&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh172&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 172&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;172&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Guiness parfaitement servie et excellent &lt;i&gt;Fish and chips&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb173&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh173&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 173&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;173&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;La dite R&#233;publique s'est faite en saccageant les Tuileries le 10 ao&#251;t 1792.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb174&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh174&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 174&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;174&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Thomas Branth&#244;me dans &lt;i&gt;La gen&#232;se des libert&#233;s sociales. Le droit de s'associer face &#224; l'imp&#233;ratif d'ordre&lt;/i&gt;, donne une histoire passionnante du droit de manifestation en France depuis 1792 : &#171; transmuer la col&#232;re r&#233;volutionnaire en expression d&#233;mocratique &#187;. (voir &lt;i&gt;Le Monde,&lt;/i&gt; 21/3/19).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb175&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh175&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 175&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;175&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;St&#233;phane Sirot est l'auteur du tr&#232;s bon &lt;i&gt;La Gr&#232;ve en France, une histoire sociale XIX&lt;/i&gt;&lt;i&gt;e&lt;/i&gt;&lt;i&gt;-XX&lt;/i&gt;&lt;i&gt;e&lt;/i&gt;&lt;i&gt; si&#232;cle&lt;/i&gt;, &#233;d. Odile Jacob, 2002, &#224; la lecture duquel on peut associer celle de Michelle Perrot : &lt;i&gt;Jeunesse de la gr&#232;ve, France 1871-1890&lt;/i&gt;, &#233;d. du Seuil, 1984.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb176&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh176&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 176&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;176&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Au printemps 2018, 6 mois avant l'irruption du mouvement des Gilets jaunes, malgr&#233; les gr&#232;ves orchestr&#233;es par la CGT dans son bastion de la SNCF, le projet de loi relatif aux embauches et aux retraites n'a pas &#233;t&#233; retir&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb177&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh177&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 177&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;177&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;M&#234;me lors de l'Assembl&#233;e de Commercy (26-27 janvier 2019), un Gilet jaune du Doubs d&#233;clare qu'il n'y a plus qu'un seul rond-point occup&#233;, les autres ayant &#233;t&#233; &#233;vacu&#233;s par la police : &#171; On se retrouve le samedi matin pour une AG d'une soixantaine de personnes puis on part en manif l'aprem. &#187;. Cependant : &#171; On est parasit&#233; avec des tensions par une 'Union Grand Est' qui voulait mettre en place des manifs tournantes. &#187; Inspir&#233;e de l'appel de Commercy, cette 'Union' se r&#233;unit pour la premi&#232;re fois le jeudi 28 f&#233;vrier 2019 &#224; Maizi&#232;res-les-Metz (Moselle) avec 70 d&#233;l&#233;gations.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb178&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh178&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 178&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;178&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Quand on dit 'les affaires g&#233;n&#233;rales de l'Etat', cela fait na&#238;tre l'apparence que les 'affaires g&#233;n&#233;rales' et l''Etat' sont quelque chose de &lt;i&gt;diff&#233;rent&lt;/i&gt;. Mais l'&lt;i&gt;Etat&lt;/i&gt; est l''affaire g&#233;n&#233;rale', donc en r&#233;alit&#233; les 'affaires g&#233;n&#233;rales'. [&#8230; La question de savoir si '&lt;i&gt;tous&lt;/i&gt; doivent &lt;i&gt;individuellement&lt;/i&gt; prendre part &#224; la discussion et aux d&#233;cisions des affaires g&#233;n&#233;rales de l'Etat' est une question qui d&#233;coule de la s&#233;paration de l'Etat politique et de la soci&#233;t&#233; civile. Nous avons vu que l'Etat existe &lt;i&gt;uniquement&lt;/i&gt; comme &lt;i&gt;Etat politique&lt;/i&gt; et que la totalit&#233; de l'Etat politique est le &lt;i&gt;pouvoir l&#233;gislatif&lt;/i&gt;. Participer au pouvoir l&#233;gislatif, c'est donc participer &#224; l'Etat politique, c'est d&#233;montrer et r&#233;aliser son &lt;i&gt;existence&lt;/i&gt; comme &lt;i&gt;membre de l'Etat politique&lt;/i&gt;, comme &lt;i&gt;membre de l'Etat&lt;/i&gt;. Que tous doivent participer &lt;i&gt;individuellement&lt;/i&gt; au pouvoir l&#233;gislatif, ce n'est rien d'autre que la volont&#233; de &lt;i&gt;tous&lt;/i&gt; d'&#234;tre des &lt;i&gt;membres r&#233;els&lt;/i&gt; (des membres actifs) &lt;i&gt;de l'Etat&lt;/i&gt; ou de se donner une existence &lt;i&gt;politique&lt;/i&gt; ou de d&#233;montrer et de r&#233;aliser leur existence comme existence &lt;i&gt;politique&lt;/i&gt;. [&#8230; Que la soci&#233;t&#233; civile p&#233;n&#232;tre donc &lt;i&gt;en masse&lt;/i&gt; et, si possible, &lt;i&gt;tout enti&#232;re&lt;/i&gt; dans le pouvoir &lt;i&gt;l&#233;gislatif&lt;/i&gt;, que la soci&#233;t&#233; civile r&#233;elle veuille se substituer &#224; la soci&#233;t&#233; civile &lt;i&gt;fictive&lt;/i&gt; du pouvoir l&#233;gislatif, ce n'est pas autre chose que la tendance de la soci&#233;t&#233; civile &#224; se donner une existence &lt;i&gt;politique&lt;/i&gt; ou &#224; faire de &lt;i&gt;l'existence politique&lt;/i&gt; son existence r&#233;elle. &#187; (Marx, &lt;i&gt;Critique de la philosophie de l'Etat de Hegel&lt;/i&gt;, &#233;d. Costes, pp. 240-241).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb179&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh179&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 179&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;179&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Partant du postulat que le nombre de migrants internationaux ne peut qu'augmenter, un Pacte mondial pour des migrations s&#251;res, ordonn&#233;es et r&#233;guli&#232;res a &#233;t&#233; adopt&#233; par 152 pays &#224; Marrakech en d&#233;cembre 2018. Cinq pays &#8211;Etats-Unis, Hongrie, R&#233;publique tch&#232;que, Pologne et Isra&#235;l &#8211;l'ont rejet&#233; ; douze pays, parmi lesquels l'Alg&#233;rie, l'Autriche, l'Italie et l'Australie, se sont abstenus. Ce pacte souligne les avantages de la migration 'pour les migrants eux-m&#234;mes, les communaut&#233;s d'accueil et les communaut&#233;s d'origine', tout en reconnaissant les 'd&#233;fis importants' qu'elle soul&#232;ve pour l'ensemble des acteurs. Non contraignant juridiquement, ce pacte promeut une approche pour ainsi dire manag&#233;riale des flux migratoires en mettant l'accent sur leurs co&#251;ts et b&#233;n&#233;fices. &#187; (Thomas Gomart, &lt;i&gt;Guerres invisibles&lt;/i&gt;, &#233;d. Texto, p. 144).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb180&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh180&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 180&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;180&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;On peut produire le concept de l'Etat &lt;i&gt;&#224; partir du capital,&lt;/i&gt; puis le produire comme &lt;i&gt;n&#233;cessaire dans ce qui le produit&lt;/i&gt;, mais il faut ensuite poser l'activit&#233; de l'Etat comme &lt;i&gt;transformation par l'Etat du proc&#232;s qui le produit&lt;/i&gt;. M&#234;me consid&#233;r&#233; comme un moment de ce proc&#232;s, l'Etat ne peut laisser tel quel le proc&#232;s du capital qui le produit. Etant donn&#233; dans le proc&#232;s qui le produit, l'Etat pose lui-m&#234;me en tant qu'&#233;l&#233;ment du proc&#232;s de production et de reproduction du capital la transformation des rapports sociaux, qui se d&#233;finissent dans ce proc&#232;s, en rapports sociaux existant par rapport &#224; lui, l'Etat. Le r&#233;sultat de cette transformation c'est la &#171; &lt;i&gt;soci&#233;t&#233; civile&lt;/i&gt; &#187;, en tant que m&#233;diation de l'Etat aux rapports de production. La soci&#233;t&#233; civile est la forme n&#233;cessaire que prennent les rapports de classes en ce qu'ils impliquent l'existence de l'Etat qui s'en s&#233;pare et est une abstraction par rapport &#224; eux. Par &lt;i&gt;soci&#233;t&#233; civile&lt;/i&gt; nous entendons l'ensemble des instances, associations, organisations, institutions, dispositifs de n&#233;gociation et de traduction des conflits, par lesquels les rapports de production du mode de production capitaliste existent, dans leur histoire sp&#233;cifique sur une aire nationale, en tant que repr&#233;sentation et articulation de leur reproduction vis-&#224;-vis du pouvoir politique et des appareils directement &#233;tatiques.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb181&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh181&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 181&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;181&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Rousseau dans &lt;i&gt;Le Contrat social&lt;/i&gt; diff&#233;rencie &#171; volont&#233; g&#233;n&#233;rale &#187; et &#171; volont&#233; populaire &#187; ou &#171; volont&#233; majoritaire &#187;. Ce qui n'est pas sans importance dans le fonctionnement et l'acceptation id&#233;ologique de l'Etat d&#233;mocratique.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb182&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh182&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 182&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;182&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Contre la d&#233;mocratie, le populisme refuse de reconna&#238;tre comme irr&#233;ductibles les contradictions et les scissions de la soci&#233;t&#233;, et d'accepter leur pacification dans l'&#201;tat par la m&#233;diation du citoyen. Pour le populisme, la soci&#233;t&#233; est une communaut&#233; directement prise en charge et repr&#233;sent&#233;e en tant que telle dans l'&#201;tat. La communaut&#233;, c'est le peuple contre les classes sociales d'un c&#244;t&#233;, et contre le citoyen de l'autre (les &#171; deux Satans &#187; de l'Etat islamique iranien). Cependant ce peuple comme communaut&#233; n'est pas un &#233;tat, un donn&#233;, il doit &#234;tre construit par la r&#233;unification, la r&#233;conciliation, de ce qui a &#233;t&#233; s&#233;par&#233;, disloqu&#233; : la soci&#233;t&#233; et la religion, le public et le priv&#233;, l'&#233;conomie et la morale, la technique et le culturel, les masses et les &#233;lites, etc. En tant que mouvement politique et id&#233;ologique, le populisme se constitue sur les limites des luttes du prol&#233;tariat et se retourne contre lui. C'est l'action du prol&#233;tariat dans ses luttes revendicatives et de pression sur l'&#201;tat, ainsi que dans ses tentatives d'organiser la soci&#233;t&#233; selon ses besoins et int&#233;r&#234;ts, qui produit le peuple, et le peuple, qui n'admet pas les contradictions, les conflits et les scissions en son sein, se retourne contre lui. Mais ce peuple n'est pas un donn&#233;, n'est pas une classe sociale, ni m&#234;me un groupe sociologique, il est &#224; construire et &#224; repr&#233;senter. Par l&#224;, il devient l'apanage de la seule classe susceptible d'unifier les contradictions sociales et de les reproduire, parce qu'elle tient les cl&#233;s de l'autopr&#233;supposition du capital : la bourgeoisie. Celle-ci peut d&#233;l&#233;guer, de fa&#231;on parfois conflictuelle, la direction du mouvement aux classes moyennes, ou &#224; des cat&#233;gories sociales mieux &#224; m&#234;me de le repr&#233;senter, parce qu'ad&#233;quates &#224; son contenu, comme les religieux, ou dans d'autres contextes l'arm&#233;e, ou le syndicat. (voir, Th&#233;o Cosme, &lt;i&gt;De la politique en Iran&lt;/i&gt;, &#233;d. Senonevero, pp. 69-70).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb183&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh183&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 183&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;183&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; L'Etat capitaliste est non seulement distinct de la soci&#233;t&#233; mais il en est &lt;i&gt;s&#233;par&#233;&lt;/i&gt;. C'est une &#171; machine &#187;, un &#171; appareil &#187;, un &#171; instrument &#187; comme le disent les &lt;i&gt;Luttes de classes en France&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;Le 18 Brumaire&lt;/i&gt;. M&#234;me si le mot &#171; instrument &#187; ne pla&#238;t pas (il est de bon ton de prendre ses distances avec un mot aussi trivial), l'Etat est s&#233;par&#233; car il est, comme dit Marx &#171; un instrument &#187; dont la classe dominante se sert pour perp&#233;tuer sa domination de classe. En v&#233;rit&#233; la coquetterie intellectuelle vis-&#224;-vis de la d&#233;finition de l'Etat comme instrument, &lt;i&gt;c'est-&#224;-dire gourdin&lt;/i&gt;, n'est que le suppl&#233;ment apolog&#233;tique d'illusions &#233;clectiques sur la lutte de classe se voilant dans le manteau radical, mais en r&#233;alit&#233; r&#233;formiste, de la lutte des classes traversant toutes les instances de la soci&#233;t&#233; et pourquoi pas l'Etat lui-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout instrument est s&#233;par&#233;. S&#233;par&#233; de quoi ? Toute la question est l&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Etat n'est pas simplement s&#233;par&#233; de la soci&#233;t&#233;, il est &lt;i&gt;s&#233;par&#233; de la lutte des classes&lt;/i&gt;. Il en est s&#233;par&#233; puisqu'il est fait pour &#231;a. On ne peut imaginer un instrument utilis&#233; par la classe dominante et qui ne serait pas s&#233;par&#233; de la lutte des classes, il risquerait d'&#233;clater entre ses mains &#224; tout instant. Il faut &#224; l'Etat cette s&#233;paration pour pouvoir intervenir dans la lutte des classes et dans toutes les directions : non seulement contre la classe ouvri&#232;re afin de maintenir le syst&#232;me d'exploitation, mais aussi, &#233;ventuellement, dans les luttes int&#233;rieures &#224; la classe dominante, contre ses divisions. Pour remplir sa fonction d'instrument au service de la classe dominante, l'appareil d'Etat doit, m&#234;me dans les pires circonstances, et dans toute la mesure du possible, &#234;tre s&#233;par&#233; de la lutte des classes, retir&#233; d'elle autant que faire se peut, pour pouvoir intervenir non seulement contre la classe exploit&#233;e, mais aussi contre les menaces des formes que la lutte des classes peut prendre au sein de la classe dominante elle-m&#234;me. Qu'il soit fait pour &#231;a, cela s'inscrit dans la structure de l'Etat, dans la hi&#233;rarchie de l'Etat. &#187; (Th&#233;o Cosme, &lt;i&gt;De la politique en Iran&lt;/i&gt;, &#233;d. Senonevero, pp. 148-149)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb184&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh184&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 184&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;184&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Le rapprochement avec le poujadisme des ann&#233;es 1950 est un fantasme. Le poujadisme &#233;tait clairement organis&#233; autour des petits patrons et des commer&#231;ants, ce qui n'&#233;tait pas le cas des Gilets jaunes en 2018, leur poids social &#233;tait incomparable avec ce qu'il est actuellement. Tout le contexte social, &#233;conomique et politique &#233;tait diff&#233;rent. La r&#233;f&#233;rence au poujadisme n'est l&#224; que pour &#233;viter toute question g&#234;nante sur l'interclassisme et pour justifier un jugement a priori.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb185&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh185&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 185&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;185&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;De m&#234;me, Leoni explique la pr&#233;sence des drapeaux r&#233;gionaux par le fait qu'on les voit dans les d&#233;fil&#233;s de gauche.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb186&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh186&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 186&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;186&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;On peut avoir des doutes sur la v&#233;ritable &#233;tendue et la port&#233;e de ce que rapporte &lt;i&gt;Ahou&lt;/i&gt; &#224; propos des &#171; immeubles des cit&#233;s des quartiers nord de Marseille se couvrant de gilets fluorescents &#187; (p. 90) ou sur le millier de personnes qui le 8 juin 2019 (c'est un peu tard &#8230; traversent la Seine-Saint-Denis (p. 134).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb187&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh187&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 187&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;187&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ceux qui &#233;taient l&#224;, dans la rue, ce 1er d&#233;cembre, ont particip&#233; aux &#233;meutes, pill&#233; &#224; l'occasion, manifest&#233; leur rage contre l'ensemble de la reproduction sociale qui les rejette socialement, racialement, g&#233;ographiquement, &#233;conomiquement, mais il n'y eut pas de &lt;i&gt;jonction&lt;/i&gt; avec les Gilets jaunes et encore moins de pr&#233;sence ult&#233;rieure sur les ronds-points.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb188&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh188&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 188&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;188&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Nous laisserons ici de c&#244;t&#233; la critique des positions du PIR, pour une critique g&#233;n&#233;rale de ses positions et probl&#233;matiques, voir &lt;i&gt;TC&lt;/i&gt; 26. On retrouve dans le texte de Xelka certains points qui font du PIR un entrepreneur en racialisation visant sa reconnaissance dans l'univers institutionnel et politicien : &#171; Le pr&#233;-requis absolu &#224; toute volont&#233; d'alliance' est la constitution d'une organisation Indig&#232;ne forte, autonome, mobilisatrice et repr&#233;sentant les int&#233;r&#234;ts de l'immigration en France. Une organisation capable, le moment venu, de jouer le r&#244;le d'interlocuteur lorsque l'occasion d'un front commun avec les organisations de gauche se pr&#233;sentera. &#187; (dernier paragraphe du texte de Xelka). Rappelons &#224; Xelka que dans le mouvement des Gilets jaunes il n'y avait aucune &#171; organisation de gauche &#187; avec laquelle discuter (c'est peut-&#234;tre, entre autres, ce qui a retenu les politiciens du PIR d'y participer&#8230;. Rappelons &#233;galement que, contrairement &#224; son propos, il n'y eut dans ce mouvement aucune attaque contre les &#171; assist&#233;s &#187;, ni stigmatisation des immigr&#233;s et descendants comme &#233;tant ces dits &#171; assist&#233;s &#187;. Rappelons enfin que la segmentation raciale du march&#233; du travail ou de l'habitat ne signifie pas que ce qui est &#171; donn&#233; &#187; &#224; l'un (&#171; petit blanc &#187;) est enlev&#233; &#224; l'autre (le &#171; racis&#233; post-colonial &#187;). Le salaire de l'OP ne contient pas une fraction soustraite &#224; celui de l'OS. Une telle argumentation justifierait inversement le ressentiment du &#171; petit blanc &#187; &#224; l'encontre de la main-d'&#339;vre immigr&#233; venant lui &#171; voler &#187; son emploi et faire baisser les salaires.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb189&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh189&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 189&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;189&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;On trouve facilement sur internet les r&#233;f&#233;rences pr&#233;cises aux travaux de Thompson.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb190&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh190&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 190&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;190&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Malgr&#233; la &#171; haine &#187; explicite de Thompson vis-&#224;-vis d'Althusser (voir Thompson, &lt;i&gt;Mis&#232;re de la th&#233;orie, contre Althusser&lt;/i&gt;, &#233;d. L'Echapp&#233;e, 2015), nous ne sommes pas loin ici de la d&#233;finition althuss&#233;rienne de l'id&#233;ologie : rapport aux rapports de production ; interpellation en sujets.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb191&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh191&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 191&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;191&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Une conjoncture est une &lt;i&gt;d&#233;faisance&lt;/i&gt; et une &lt;i&gt;rencontre&lt;/i&gt;. &lt;i&gt;D&#233;faisance&lt;/i&gt; de la totalit&#233; sociale qui jusque-l&#224; unissait toutes les instances d'une formation sociale (politique, &#233;conomique, sociale, culturelle, id&#233;ologique) et d&#233;faisance de la reproduction des contradictions entre les classes comme unit&#233; dans cette totalit&#233;. Il y a de l'al&#233;atoire, de la rencontre, des choses de l'ordre de l'&#233;v&#233;nement dans une conjoncture : un d&#233;nouement qui se produit et se reconna&#238;t dans l'accidentel de telle ou telle pratique. Une conjoncture c'est &#171; ce qui arrive &#187; comme condition de ne pas savoir &#171; ce qui peut arriver &#187;. La conjoncture est le moment o&#249; s'exerce la puissance de tirer de ce qui est plus que ce qu'il contient, de cr&#233;er en dehors des encha&#238;nements m&#233;canistes de la causalit&#233; ou de la t&#233;l&#233;ologie du finalisme. &#187; (Th&#233;o Cosme, &lt;i&gt;De la politique en Iran&lt;/i&gt;, &#233;d. Senonevero).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb192&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh192&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 192&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;192&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Dans la production m&#233;canis&#233;e, l'appropriation du travail vivant par le travail objectiv&#233;, &#8212; l'appropriation de la force ou de l'activit&#233; valorisante par la valeur pour soi &#8211;appropriation qui tient au concept m&#234;me de capital, est pos&#233;e comme caract&#232;re du proc&#232;s de production lui-m&#234;me, y compris sous le rapport de ses &#233;l&#233;ments mat&#233;riels et de son mouvement mat&#233;riel. [&#8230; Le d&#233;veloppement du moyen de travail en machinerie n'est pas fortuit pour le capital, mais il est la r&#233;organisation historique du moyen de travail traditionnel l&#233;gu&#233; par le pass&#233;, qui se voit remodel&#233; de mani&#232;re ad&#233;quate au capital. &#187; (Marx, &lt;i&gt;Grundrisse&lt;/i&gt;, t. 2, &#233;d. Sociales, 1980, pp. 185-186).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb193&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh193&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 193&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;193&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Si l'on peut &#234;tre d'accord avec &#171; le saut dans l'inconnu &#187; ou &#171; br&#251;ler ses vaisseaux &#187;, en revanche la &#171; balle dans le pied &#187; ne correspond pas &#224; la situation envisag&#233;e ici. &#171; Se tirer une balle dans le pied &#187;, c'est s'emp&#234;cher soi-m&#234;me, d'une fa&#231;on ou d'une autre, d'atteindre le but que l'on s'est fix&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb194&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh194&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 194&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;194&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;'est ce type de questions que nous avons cern&#233; et auquel nous avons cherch&#233; &#224; r&#233;pondre dans les textes sur les concepts d'&#171; &#233;cart &#187; et de &#171; conjoncture &#187;, ainsi qu'avec la notion conjointe d'&#171; appartenance de classe comme contrainte ext&#233;rieure &#187;. Voir pour une pr&#233;sentation rapide de ces th&#232;mes la brochure &lt;i&gt;68, ann&#233;e th&#233;orique&#8230;etc., de l'ultragauche &#224; la th&#233;orie de la communisation&lt;/i&gt;. Ajoutons qu'il est dans la nature m&#234;me de la production th&#233;orique et de ses proc&#233;dures de produire en elle un &#171; angle mort &#187;. La &#171; th&#233;orie du communisme &#187; parce qu'elle ne peut &#234;tre qu'une th&#233;orie de la lutte de classe parvient &#224; son terme quand ce terme, qui est le sien, d&#233;finit la lutte de classe comme limite d'elle-m&#234;me. La r&#233;volution est alors un moment de &lt;i&gt;construction al&#233;atoire&lt;/i&gt; des contradictions (relevant du m&#234;me fondement) : l'appartenance de classe comme une contrainte ext&#233;rieure, une conjoncture.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb195&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh195&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 195&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;195&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;A propos de la relation des Gilets jaunes &#224; la production, nous pourrions plagier ce que l'on pouvait lire dans le n&#176; 10 de &lt;i&gt;L'Internationale situationniste &lt;/i&gt; &#224; propos de la relation entre le travail et la critique de la vie quotidienne : &#171; On pouvait lire dans le &lt;i&gt;Monde libertaire&lt;/i&gt; de d&#233;cembre 1964 : 'L'IS, incontestablement est en pointe dans la critique r&#233;volutionnaire de la vie quotidienne. Un domaine cependant, qui est loin d'avoir perdu son importance, lui &#233;chappe : le travail'. Cependant, nous croyons n'avoir &#224; peu pr&#232;s jamais trait&#233; d'autre probl&#232;me que celui du travail &#224; notre &#233;poque ; ses conditions, ses contradictions, ses r&#233;sultats. L'erreur du &lt;i&gt;Monde libertaire&lt;/i&gt; provient peut-&#234;tre des habitudes de la pens&#233;e non dialectique, qui isole un aspect de la r&#233;alit&#233; sur le terrain qu'il est convenu de lui reconna&#238;tre, et ainsi ne peut le traiter que conventionnellement. &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb196&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh196&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 196&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;196&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Les camarades br&#233;siliens parlent ici des luttes des livreurs Deliveroo et autres au Br&#233;sil, mais ils &#233;voquent dans le m&#234;me registre le mouvement fran&#231;ais des Gilets Jaunes. Citant la revue &lt;i&gt;Chuang&lt;/i&gt;, ils &#233;crivent &#233;galement que la vague de gr&#232;ves des ann&#233;es 2010 en Chine &#171; n'indique pas l'&#233;mergence d'un mouvement ouvrier traditionnel ou quoi que ce soit de ce genre. Il n'y a pas de tel mouvement en Chine, et ce n'est pas simplement &#224; cause de la r&#233;pression, car il n'y a pas non plus de tel mouvement en Europe, aux Etats-Unis ou dans d'autres endroits sans l'oppression dure caract&#233;ristique de la politique de l'Etat chinois. &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb197&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh197&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 197&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;197&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir Too much monkey business, TC 22.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb198&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh198&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 198&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;198&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;En 1990, le Smic &#233;tait &#224; 5397 francs. Pour 5 personnes, 116 000 francs &#233;quivalent environ &#224; 4 mois de Smic par t&#234;te. De quoi simplement et gentiment am&#233;liorer le caddie. Nous laissons de c&#244;t&#233; la condescendance parisienne et la b&#234;tise satisfaite du chroniqueur du &lt;i&gt;Monde&lt;/i&gt; qui se cro&#238;t le dimanche sur le march&#233; de l'Isle-sur-la- Sorgue venant de son Lub&lt;strong&gt;&#233;&lt;/strong&gt;ron (comme ils disent) dans son 4x4 &#224; la con.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb199&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh199&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 199&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;199&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Dans le texte &lt;i&gt;Vie quotidienne et lutte des classes&lt;/i&gt;, nous montrons la m&#233;tamorphose n&#233;cessaire des rapporte de production, &#224; partir d'eux-m&#234;mes en tant que tels, jusqu'aux expressions les plus f&#233;tichistes de leur r&#233;alit&#233; dans laquelle les classes se constituent pour elles-m&#234;mes.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb200&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh200&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 200&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;200&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;On peut, avec raison, consid&#233;rer cette contradiction comme une contradiction logique, il faut alors, comme dans les d&#233;veloppements qui suivent, la consid&#233;rer comme le fondement de toutes les m&#233;tamorphoses qui nous m&#232;nent &#224; l'existence des classes.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb201&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh201&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 201&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;201&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Dans la production fond&#233;e sur le capital, l'existence du temps de travail &lt;i&gt;n&#233;cessaire&lt;/i&gt; est conditionn&#233;e par la cr&#233;ation du temps de travail &lt;i&gt;exc&#233;dentaire&lt;/i&gt;. [&#8230; Comme nous l'avons vu, la loi du capital, c'est de cr&#233;er du surtravail, du temps disponible. Il ne peut le faire qu'en mettant en mouvement du &lt;i&gt;travail n&#233;cessaire&lt;/i&gt;, c'est-&#224;-dire en proc&#233;dant &#224; l'&#233;change avec l'ouvrier. Sa tendance est donc de cr&#233;er le plus possible de travail, en m&#234;me temps que de r&#233;duire le travail n&#233;cessaire &#224; un minimum. Le capital s'efforce donc &#224; la fois d'augmenter la population ouvri&#232;re et de rendre une partie de celle-ci surnum&#233;raire et inutile jusqu'&#224; ce que le capital puisse l'utiliser. [&#8230; Mais le travail est et reste la pr&#233;supposition, le surtravail n'existant qu'en fonction du travail n&#233;cessaire et dans la mesure o&#249; celui-ci existe. Le capital doit donc cr&#233;er sans cesse du travail n&#233;cessaire pour en extraire du surtravail : il doit l'augmenter (d'o&#249; une multiplication des journ&#233;es simultan&#233;es) pour accro&#238;tre son exc&#233;dent : mais il doit en m&#234;me temps, abolir le travail n&#233;cessaire pour en faire du surtravail. [&#8230; Mais, le nouvel exc&#233;dent de capital ne peut &#234;tre mis en valeur que s'il continue son &#233;change avec du travail vivant. Ainsi le capital s'efforcera d'augmenter la population ouvri&#232;re en m&#234;me temps qu'il diminue constamment la partie n&#233;cessaire du travail de celle-ci (et en met une partie en r&#233;serve). [&#8230; En m&#234;me temps et &#224; mesure que le capital cr&#233;e du surtravail, il cr&#233;e et abolit le travail n&#233;cessaire : le surtravail n'existe que dans la mesure o&#249; le travail n&#233;cessaire existe et n'existe pas &#187; (Marx, &lt;i&gt;Fondements de la critique de l'&#233;conomie politique&lt;/i&gt;, &#233;d. Anthropos, t. 1, pp. 354 &#224; 357). Nous avons l&#224; une contradiction qui est la dynamique m&#234;me du mode de production capitaliste, ce qui le rend capable de surmonter toutes ses crises et qui fait de toutes ses crises une force suppl&#233;mentaire lui redonnant des couleurs. Ce n'est qu'une situation particuli&#232;re, une conjoncture, une sorte de d&#233;rapage al&#233;atoire qui sur la m&#234;me contradiction peut enclencher les conflits qui l'&#233;liminent.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb202&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh202&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 202&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;202&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Par &#171; identit&#233; ouvri&#232;re &#187;, nous entendons la puissance et la conscience de soi comme classe du prol&#233;tariat constitu&#233;es &#224; l'int&#233;rieur m&#234;me de la reproduction du mode de production capitaliste et confirm&#233;es par cette reproduction du fait du hiatus ouvert entre la constitution d'une force de travail de plus en plus collective et sociale et les modalit&#233;s d'absorption par le capital de cette force de travail, modalit&#233;s se r&#233;v&#233;lant inad&#233;quates de par ce qu'elles-m&#234;mes avaient produit. La restructuration du milieu des ann&#233;es 1970 a &#233;t&#233; essentiellement la destruction de cette identit&#233; ouvri&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb203&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh203&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 203&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;203&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ce qui peut faire probl&#232;me dans cet &#233;nonc&#233; de Marx c'est la r&#233;duction de la valeur produite au travail simple. L&#224;-dessus on peut plus ou moins &#234;tre d'accord avec Astarian dans &lt;i&gt;L'Abolition de la valeur&lt;/i&gt; (&#233;d. Entremonde, 2017) sur le manque d'&#233;vidence de la r&#233;duction du travail complexe au travail simple quant &#224; la production de valeur. Chez Astarian, le rejet du concept de &#171; travail abstrait &#187; emp&#234;che de, au moins, cerner et poser la difficult&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb204&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh204&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 204&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;204&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;La seule ambigu&#239;t&#233; que l'on pourrait relever concerne certaines activit&#233;s du capitaliste qui peuvent &#234;tre incluses dans le travail productif du travailleur collectif (&lt;i&gt;Un chapitre in&#233;dit&lt;/i&gt;, p. 240) ou en &#234;tre explicitement exclues (&lt;i&gt;Th&#233;ories sur la plus-value&lt;/i&gt;, t. 1, p. 166).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb205&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh205&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 205&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;205&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cette notion de &#171; sursalaire &#187; est &#224; la base du travail sur la classe moyenne salari&#233;e effectu&#233;, &#224; la suite de Baudelot, Establet et Malemort, par Astarian et Ferro dans &lt;i&gt;Le M&#233;nage &#224; trois de la lutte des classes&lt;/i&gt;, &#233;d. L'Asym&#233;trie, 2019.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb206&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh206&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 206&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;206&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Et &lt;i&gt;quid &lt;/i&gt;des r&#233;dacteurs de &lt;i&gt;Temps Libre&lt;/i&gt; ? Il est vrai qu'il est d'usage que le &#171; Th&#233;oricien &#187; ne soit jamais concern&#233; par sa &#171; Th&#233;orie &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb207&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh207&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 207&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;207&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Balibar, dans &lt;i&gt;Lire le Capital&lt;/i&gt; (&#233;d. Quadrige, pp. 509-511), commentant Marx (&lt;i&gt;Le Capital&lt;/i&gt;, t. 3, p. 14), souligne comment, prise comme moment de la reproduction, la consommation individuelle est d&#233;finitoire du rapport social dans lequel existe la classe ouvri&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb208&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh208&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 208&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;208&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Le besoin ne d&#233;termine pas unilat&#233;ralement la production. La production fournit une mati&#232;re au besoin et elle lui donne son caract&#232;re sp&#233;cifique : &#171; La faim est la faim ; mais si elle est apais&#233;e avec de la viande pr&#233;par&#233;e et mang&#233;e &#224; l'aide d'une fourchette et d'un couteau, elle est diff&#233;rente de celle qui est calm&#233;e en avalant de la chair crue, d&#233;chir&#233;e avec les mains, les ongles et les dents. &#187; (Marx, &lt;i&gt;Introduction de 1857&lt;/i&gt;, in &lt;i&gt;Fondements de la critique de l'&#233;conomie politique&lt;/i&gt;, &#233;d. Anthropos, t. 1, p. 21). Marx prend ensuite l'exemple de l'objet d'art cr&#233;ant un public sensible &#224; l'art, nous pourrions plus prosa&#239;quement parler du r&#233;frig&#233;rateur et du public sensible au r&#233;frig&#233;rateur. La production produit donc le besoin en lui fournissant sa mati&#232;re, en d&#233;terminant ses modalit&#233;s historiques sp&#233;cifiques (d&#233;pendantes, elles-m&#234;mes, de conditions telles que l'extension de la vie en famille restreinte dans un appartement urbain normalis&#233; &#8211;merci. M. Le Corbusier), en suscitant le besoin de produits qu'elle a d'abord cr&#233;&#233;s mat&#233;riellement ou dont l'attente a &#233;t&#233; cr&#233;&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb209&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh209&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 209&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;209&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Parodiant Shakespeare en son prologue : &#171; Deux classes, in&#233;gales en noblesse / Au royaume de Walmart o&#249; nous pla&#231;ons notre sc&#232;ne / Sont entra&#238;n&#233;es par d'anciennes rancunes &#224; des rixes nouvelles / Des entrailles pr&#233;destin&#233;es de ces deux ennemies / A pris naissance sous des &#233;toiles contraires, un couple d'amoureux. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb210&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh210&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 210&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;210&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Encore que &#8230;voir plus loin &#224; propos de l'industrie de l'armement ou du luxe.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb211&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh211&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 211&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;211&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Nous nous r&#233;f&#233;rons ici aux th&#232;ses de Thompson (&lt;i&gt;La Formation de la classe ouvri&#232;re anglaise, &lt;/i&gt;[1963]&lt;i&gt; &#233;d. Points-Seuil, 2017&lt;/i&gt;), tout en critiquant par ailleurs son historicisme qui, d&#233;finissant une situation historique en se r&#233;f&#233;rant &#224; des situations historiques ant&#233;rieures, fonctionne &lt;i&gt;ad libitum&lt;/i&gt; comme un mauvais infini : voir dans ce n&#176; de &lt;i&gt;Th&#233;orie communiste&lt;/i&gt; le texte &lt;i&gt;Vie quotidienne et luttes des classes, &#233;loge des &#171; apparences &#187; et de la confusion&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb212&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh212&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 212&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;212&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Les individus isol&#233;s ne forment une classe que pour autant qu'ils doivent mener une lutte commune contre une autre classe ; pour le reste, ils se retrouvent ennemis dans la concurrence. &#187; (Marx-Engels, &lt;i&gt;Id&#233;ologie allemande&lt;/i&gt;, &#233;d. Sociales, 1968, p. 93). Il ne suffit pas de dire qu'une classe se constitue dans la lutte des classes, encore faut-il consid&#233;rer les caract&#233;ristiques de cette lutte dans laquelle elle se constitue : &#171; Alors s'ouvre une &#233;poque de r&#233;volution sociale [que Marx consid&#232;re ici comme le d&#233;veloppement des forces productives entrant en contradiction avec les rapports de production, nda]. Le changement dans la base &#233;conomique bouleverse plus ou moins rapidement toute l'&#233;norme superstructure. Lorsqu'on consid&#232;re de tels bouleversements, il faut toujours distinguer entre le bouleversement mat&#233;riel &#8211;qu'on peut constater d'une mani&#232;re scientifiquement rigoureuse &#8212; des conditions de production &#233;conomiques et les formes juridiques, politiques, religieuses, artistiques ou philosophiques, bref, les formes id&#233;ologiques s&lt;i&gt;ous lesquelles les hommes prennent conscience de ce conflit et le m&#232;nent jusqu'au bout&lt;/i&gt; [nous soulignons]. &#187; (Marx, &lt;i&gt;Pr&#233;face de 1859&lt;/i&gt;). &#171; Prennent conscience de ce conflit et le m&#232;nent jusqu'au bout &#187;, n'est-ce pas d&#233;terminant dans la constitution d'une classe &#171; dans sa lutte contre une autre &#187; ?&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb213&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh213&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 213&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;213&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Dans leur r&#233;ponse &#224; Astarian et Ferro, les r&#233;dacteurs de &lt;i&gt;TL&lt;/i&gt; l&#232;vent opportun&#233;ment cette ambig&#252;it&#233; existant, &#224; notre avis, dans le texte initial. Ce commentaire de &lt;i&gt;TL&lt;/i&gt; 2 r&#233;dig&#233; avant cette r&#233;ponse n'a pas &#233;t&#233; &#171; revu &#187; en fonction de celle-ci.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb214&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh214&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 214&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;214&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Il existe une anecdote, peut-&#234;tre l&#233;gendaire : au cours d'une soir&#233;e, M. Lamborghini fabricant de tracteurs et propri&#233;taire d'une Ferrari, aurait &#233;mis quelques critiques &#224; Enzo Ferrari relatives &#224; son v&#233;hicule. L'&lt;i&gt;ingeniere&lt;/i&gt; lui aurait r&#233;pondu : &#171; fabrique des tracteurs et laisse-moi produire des voitures de sport &#187;. C'est alors que M. Lamborghini, vex&#233;, aurait d&#233;cid&#233; de produire les automobiles que nous connaissons.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb215&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh215&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 215&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;215&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ce commentaire de &lt;i&gt;Temps libre&lt;/i&gt; a &#233;t&#233; r&#233;dig&#233; avant la lecture de leur r&#233;ponse &#224; Astarian et Ferro (voir sur dndf.org). Nous ne l'avons pas retouch&#233; &#224; la suite de cette r&#233;ponse, o&#249; ils reviennent, d'une fa&#231;on avec laquelle nous sommes en accord, sur cette question non explicitement trait&#233;e (il nous semble) dans leur n&#176;2.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb216&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh216&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 216&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;216&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;D&#233;fini comme classe par l'exploitation, le prol&#233;tariat est en contradiction avec l'existence sociale n&#233;cessaire de son travail comme valeur autonomis&#233;e face &#224; lui et ne le demeurant qu'en se valorisant. Cela dans la mesure o&#249;, comme capital, cette valeur autonomis&#233;e pose toujours le prol&#233;tariat comme de trop (augmentation de la composition organique, productivit&#233;, surprofit) en tant que travail n&#233;cessaire, dans le m&#234;me moment o&#249; elle l'implique en tant que travail vivant pour se conserver et s'accro&#238;tre. Cette d&#233;termination c'est la loi de la baisse tendancielle du taux de profit qui n'est rien d'autre qu'une contradiction de classes entre le prol&#233;tariat et la classe capitaliste qui comporte l'originalit&#233; suivante : le prol&#233;tariat est constamment en contradiction avec sa propre d&#233;finition comme classe. Il en r&#233;sulte qu'&#224; travers la baisse du taux de profit, l'exploitation est un proc&#232;s constamment en contradiction avec sa propre reproduction ; le mouvement qu'est l'exploitation est une contradiction pour les rapports sociaux de production dont elle est le contenu et le mouvement. L'exploitation est ce dr&#244;le de jeu o&#249; c'est toujours le m&#234;me qui gagne (parce qu'elle est subsomption) en m&#234;me temps, et pour la m&#234;me raison, c'est un jeu en contradiction avec sa r&#232;gle et une tension &#224; l'abolition de cette r&#232;gle. (voir TC 22, pp. 174 &#224; 178, L'exploitation d&#233;finition d'une contradiction).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb217&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh217&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 217&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;217&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Encore que &#8230;deux grands groupes du luxe figurent parmi les fleurons du capitalisme fran&#231;ais.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb218&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh218&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 218&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;218&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Nous ne discutons pas ici de cette notion de &#171; sursalaire &#187; qui repose sur une pr&#233;supposition totalement arbitraire : la &#171; vraie &#187; valeur de telle ou telle force de travail. Notons que pr&#233;c&#233;demment dans la note 51, p. 108, &lt;i&gt;TL&lt;/i&gt; se contente d'&#233;voquer le &#171; &lt;i&gt;prix&lt;/i&gt; &#187; (et non la valeur) de la &#171; reproduction de la force de travail &#187;. Dans leur critique du livre &lt;i&gt;Le M&#233;nage &#224; trois de la lutte des classes&lt;/i&gt;, ils&lt;i&gt; &lt;/i&gt;consid&#232;rent que cette notion rabat la d&#233;finition des classes sur les rapports de distribution.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb219&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh219&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 219&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;219&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Nous revenons plus loin sur cette longue citation de &lt;i&gt;Sic &lt;/i&gt;1, comment&#233;e et critiqu&#233;e par &lt;i&gt;TL&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb220&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh220&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 220&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;220&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;On pourrait appliquer &#224; la d&#233;finition de la classe par &lt;i&gt;Temps libre&lt;/i&gt; la critique sartrienne du &#171; collectif s&#233;riel &#187; (&lt;i&gt;Critique de la raison dialectique, t. 1, &#233;d. Gallimard, 1960&lt;/i&gt;). La s&#233;rie est une r&#233;alit&#233; &#171; pratico-inerte &#187;, elle renvoie &#224; un environnement social r&#233;sultant des actions humaines (pratique) mais qui est aussi synonyme de contraintes et de r&#233;sistances (inerte). En son sein, les individus sont isol&#233;s, l'unit&#233; est une unit&#233; passive.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb221&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh221&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 221&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;221&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Il est possible qu'&#224; ce propos nous ayons un peu forc&#233; la dose.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb222&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh222&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 222&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;222&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;ce propos, il ne s'agit pas de commenter un texte dont nous n'avons qu'une page, mais il est int&#233;ressant de remarquer que Marx introduit ce chapitre sur les classes &#224; l'issue du Livre III sur la reproduction d'ensemble et plus pr&#233;cis&#233;ment apr&#232;s les chapitres sur &#171; Les illusions de la distribution &#187; et &#171; La formule trinitaire &#187;. On aurait pu s'attendre &#224; ce que ce chapitre suive, dans le Livre I, celui sur &#171; L'achat et la vente de la force de travail &#187; quand &#171; l'homme aux &#233;cus &#187; devenu capitaliste s'avance &#171; narquois &#187; et que le suit, &#171; timide &#187;, le &#171; possesseur de la force de travail &#187; qui n'a plus &#224; attendre que &#171; d'&#234;tre tann&#233; &#187;. Et pourtant, ce n'est pas l&#224; qu'il se trouve.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb223&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh223&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 223&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;223&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;De fa&#231;on g&#233;n&#233;rale, on peut dire que le programmatisme repose sur une pratique et une compr&#233;hension de la lutte des classes dans laquelle une des classes, le prol&#233;tariat, trouve, dans sa situation &#224; lib&#233;rer, les fondements de l'organisation sociale future qui devient un &lt;i&gt;programme &#224; r&#233;aliser&lt;/i&gt;. Dans la lutte des classes entre le prol&#233;tariat et le capital, le prol&#233;tariat est l'&#233;l&#233;ment positif qui fait &#233;clater la contradiction, la r&#233;volution est alors &lt;i&gt;l'affirmation du prol&#233;tariat&lt;/i&gt; : dictature du prol&#233;tariat, conseils ouvriers, lib&#233;ration du travail, p&#233;riode de transition, Etat d&#233;g&#233;n&#233;rescent, autogestion g&#233;n&#233;ralis&#233;e, &#171; soci&#233;t&#233; des producteurs associ&#233;s &#187;, etc. La r&#233;solution de la contradiction est donn&#233;e comme un des termes de la contradiction. Le prol&#233;tariat est alors investi d'une &lt;i&gt;nature r&#233;volutionnaire&lt;/i&gt; qui le fait &#234;tre contradictoire au capital, et qui se module selon des conditions historiques plus ou moins &#171; m&#251;res &#187;. Le programmatisme n'est pas seulement une th&#233;orie, il est avant tout la pratique du prol&#233;tariat dans laquelle la mont&#233;e en puissance de la classe dans le mode de production capitaliste (de la social-d&#233;mocratie aux Conseils ouvriers) est positivement le marchepied de la r&#233;volution et du communisme. Il est la pratique du prol&#233;tariat depuis le d&#233;but du XIXe si&#232;cle, jusqu'&#224; la fin des ann&#233;es 1960. Cependant, li&#233; de fa&#231;on essentielle &#224; la p&#233;riode de la subsomption formelle du travail sous le capital, il se &#171; d&#233;compose &#187; sous la forme sp&#233;cifique de l'identit&#233; ouvri&#232;re dans la premi&#232;re phase de la subsomption r&#233;elle, &#224; partir des ann&#233;es 1920. (voir brochure : &#171; &lt;i&gt;68, ann&#233;e th&#233;orique &#8230; etc. de l'ultragauche &#224; la th&#233;orie de la communisation&lt;/i&gt; &#187;, Th&#233;orie Communiste, janvier 2015).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb224&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh224&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 224&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;224&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Aussi longtemps que le proc&#232;s de travail est purement individuel, il r&#233;unit lui-m&#234;me des fonctions qui, par la suite se s&#233;parent [&#8230; Comme dans un syst&#232;me naturel la t&#234;te et les mains sont unies, le proc&#232;s de travail r&#233;unit le travail manuel et le travail intellectuel. [&lt;i&gt;Plus tard, ceux-ci se s&#233;parent en une contradiction antagonique&lt;/i&gt;]&lt;i&gt;.&lt;/i&gt; Le produit se transforme d'un produit imm&#233;diat des producteurs individuels en un produit social et commun du travailleur collectif, c'est-&#224;-dire d'un personnel de travail combin&#233; dont les membres participent, de pr&#232;s ou de loin, au maniement de la mati&#232;re. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb225&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh225&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 225&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;225&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Dans l'&#233;dition Seuil de 1974 dont nous disposons, le passage ne se trouve pas p. 248 mais p. 236.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb226&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh226&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 226&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;226&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;R&#233;unissant les deux termes de &lt;i&gt;contradiction&lt;/i&gt; et d'&lt;i&gt;antagonisme&lt;/i&gt; cette expression est &#233;trange. M&#234;me si Marx para&#238;t souvent employer indiff&#233;remment les deux termes, ils sont cependant distincts : &lt;i&gt;Widerspruch&lt;/i&gt; (contradiction) et &lt;i&gt;Gegensatz&lt;/i&gt; (antagonisme). Il est inhabituel que l'un devienne le qualificatif de l'autre. Une v&#233;rification dans le texte allemand confirme les soup&#231;ons sur la traduction quelque peu emphatique de Poulantzas que reprend &lt;i&gt;TL&lt;/i&gt;. En fait, Marx &#233;crit : &#171; &lt;i&gt;feindlichen Gegensatz &lt;/i&gt; &#187;, c'est-&#224;-dire : un &#171; conflit (antagonisme) acharn&#233; &#187;. Et non l'extraordinaire &#171; contradiction antagonique &#187;, carr&#233;ment Poulantzas, dans cette phrase, invente le terme, inexistant dans le texte de Marx, de contradiction.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb227&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh227&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 227&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;227&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;A ce moment, ce sont la division du travail et l'&#233;change, c'est-&#224;-dire des d&#233;terminations inh&#233;rentes &#224; la valeur (par quoi le capital &#8211;valeur en proc&#232;s &#8212; est n&#233;cessairement division du travail et &#233;change) qui font de chaque produit une &lt;i&gt;marchandise&lt;/i&gt;. Aucun proc&#232;s de production n'est socialement achev&#233;, dans la mesure o&#249; n'importe quel produit entre toujours dans l'&#233;laboration de la valeur d'usage d'un autre produit r&#233;sultant d'un autre proc&#232;s de travail &lt;i&gt;consid&#233;r&#233; comme particulier seulement dans la mesure o&#249; son produit devient marchandise&lt;/i&gt;. C'est en cela que l'on peut dire que le communisme est l'abolition de la notion m&#234;me de produit (pas seulement de marchandise), l'activit&#233; humaine devenant un flux continu.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb228&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh228&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 228&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;228&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ce que lui reprochera violemment Makha&#239;ski, dans &lt;i&gt;Le socialisme des intellectuels&lt;/i&gt; [1898-1918] (&#233;d. de Paris, 2001), avec plus ou moins de raisons.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb229&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh229&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 229&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;229&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Dans un article pour le &lt;i&gt;New York Daily Tribune&lt;/i&gt; du 17 octobre 1853, Marx signale la vague de gr&#232;ves qui parcourt la Grande-Bretagne. Parmi ces gr&#232;ves, aux cot&#233;s des ouvriers des filatures, des cordonniers, des teinturiers, des ma&#231;ons, etc. figurent &#171; &#224; Oldham et ailleurs, les policiers [qui] menacent de se mettre en gr&#232;ve &#187; (Pl&#233;iade IV, p. 742). Dans un article dat&#233; du 15 septembre de la m&#234;me ann&#233;e, Marx &#233;voque les policiers de Londres dont les revendications ne portaient pas seulement sur le prix des denr&#233;es, mais reposaient sur la conviction que &#171; les &#234;tres humains ne sont plus aussi bon march&#233; qu'ils l'ont &#233;t&#233; jadis. &#187; (idem, p. 1510).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb230&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh230&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 230&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;230&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Althusser, Balibar, Poulantzas (les auteurs que cible &lt;i&gt;TL&lt;/i&gt;) n'assimilent pas la constitution des classes aux fonctions dans les rapports de production de par la surd&#233;termination d'autres instances du mode de production. Cependant, dans leur n&#233;cessit&#233; &lt;i&gt;politique &lt;/i&gt;de conserver un prol&#233;tariat et des rapports de production purs et durs, ils ne con&#231;oivent pas les &#171; surd&#233;terminations &#187; comme des m&#233;tamorphoses n&#233;cessaires des rapports de production.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb231&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh231&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 231&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;231&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Malgr&#233; les pr&#233;cautions prises au d&#233;but du texte, malgr&#233; la cantatrice et le clown, &lt;i&gt;TL &lt;/i&gt;ne peut s'emp&#234;cher de consid&#233;rer le travail productif comme productif de marchandises : voir p.75&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb232&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh232&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 232&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;232&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Les classes ne sont pas des collections d'individus, le prol&#233;tariat et la classe capitaliste sont la polarisation&lt;strong&gt; &lt;/strong&gt;sociale de la contradiction que sont la baisse du taux de profit ou le travail productif qui structure l'ensemble de la soci&#233;t&#233; &#187; (R.S., &lt;i&gt;Le moment actuel&lt;/i&gt;, Sic 1, p. 137). La formule revient fr&#233;quemment dans les n&#176; de &lt;i&gt;TC&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb233&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh233&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 233&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;233&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;C'est avec raison que &lt;i&gt;TL&lt;/i&gt; rel&#232;ve dans les textes de &lt;i&gt;TC&lt;/i&gt; des formulations rapides qui laissent de c&#244;t&#233; cette pr&#233;cision. Ce n'est plus le cas dans &lt;i&gt;TC 26 &lt;/i&gt;o&#249; l'importance de la reproduction est constamment soulign&#233;e pour la d&#233;finition du prol&#233;tariat et pour sa segmentation.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb234&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh234&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 234&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;234&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Astarian et Ferro ne sont pas dans une situation bien &#233;loign&#233;e, mais, au moins, ils aper&#231;oivent le probl&#232;me et l'&#233;voquent. A ce moment-l&#224;, le prol&#233;tariat n'agirait pas, &#171; en tant que tel &#187;, c'est-&#224;-dire en tant que classe. Juges reconnus de l'action de classe, tenant le scalpel de la th&#233;orie, sondant les coeurs et les reins, ils savent que les vrais prol&#233;taires occasionnellement pr&#233;sents ne sont l&#224; et n'agissent qu'&#224; &#171; titre individuel &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb235&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh235&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 235&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;235&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Il ne s'agit pas pour nous de montrer le pour-soi comme libre fondement de son &#234;tre : le pour-soi est libre mais &lt;i&gt;en condition&lt;/i&gt;, et c'est ce rapport de la condition &#224; la libert&#233; que nous cherchons &#224; pr&#233;ciser sous le nom de situation. [&#8230; Il ne s'agit pas ici d'une limite de la libert&#233;, mais plut&#244;t c'est &lt;i&gt;dans ce monde-l&#224; &lt;/i&gt;que le pour-soi doit &#234;tre libre, c'est en tenant compte de ces circonstances &#8211;et non pas &lt;i&gt;ad libitum &lt;/i&gt;&#8211;qu'il doit se choisir. &#187; (Sartre, &lt;i&gt;L'&#234;tre et le n&#233;ant&lt;/i&gt;, &#233;d. Tel-Gallimard, 2019, pp. 685-686).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La v&#233;ritable limite de ma libert&#233; est purement et simplement dans le fait m&#234;me qu'un autre me saisit comme autre-objet et dans cet autre fait corollaire que ma situation cesse pour l'autre d'&#234;tre situation et devient forme objective dans laquelle j'existe comme structure objective. &lt;i&gt;C'est cette objectivation ali&#233;nante de ma situation qui est la limite constante et sp&#233;cifique de ma situation&lt;/i&gt; [nous soulignons], tout comme l'objectivation de mon &#234;tre-pour-soi en &#234;tre-pour-autrui est la limite de mon &#234;tre. [&#8230; Ainsi, la libert&#233; de l'autre conf&#232;re des limites &#224; ma situation, mais je ne puis &lt;i&gt;&#233;prouver&lt;/i&gt; ces limites que si &lt;i&gt;je reprends cet &#234;tre pour l'autre que je suis et si je lui donne un sens &#224; la lumi&#232;re des fins que j'ai choisies&lt;/i&gt; [nous soulignons]. Et, certes, cette assomption m&#234;me est ali&#233;n&#233;e, elle a son dehors, mais c'est par elle que je peux &#233;prouver mon &#234;tre dehors comme dehors. &#187; (&lt;i&gt;idem,&lt;/i&gt; pp. 691-693-694). Dans cette relation, Sartre parle d'individus, nous de classes, avec en outre cette diff&#233;rence : le rapport d'objectivation entre le prol&#233;tariat et la classe capitaliste ne peut pas sym&#233;triquement se renverser.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb236&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh236&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 236&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;236&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Le &#171; genre &#187; ne fait pas partie des &#171; autres &#233;l&#233;ments de la r&#233;alit&#233; sociale &#187; au m&#234;me titre que les &#171; autres &#233;l&#233;ments &#187; &#233;num&#233;r&#233;s ici. Il s'agit directement d'une d&#233;termination des rapports de production en ce que la population, malgr&#233; les contradictions du travail dans le mode de production capitaliste, demeure la principale force productive et celle dans laquelle se r&#233;sument toutes les autres (voir la note 3).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb237&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh237&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 237&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;237&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Dans le texte on trouve &#171; celles-ci &#187;, mais selon les auteurs m&#234;mes il s'agit d'une coquille.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb238&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh238&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 238&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;238&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;D'une part, reproduction de l'&#233;conomie et, d'autre part, reproduction de la mise &#224; leur place des agents de cette premi&#232;re reproduction au travers des &#171; Appareils id&#233;ologiques d'Etat &#187;. Dans cette s&#233;paration qui &#233;vite de reconna&#238;tre que les rapports de production se m&#233;tamorphosent n&#233;cessairement dans toutes les formes d'apparition dans lesquelles ils existent (chez Althusser ou Ranci&#232;re &#8211;&lt;i&gt;Lire le Capital&lt;/i&gt; &#8212; les formes d'apparition ne sont en fait que des formes de dissimulation). Ce qu'il s'agit pour eux de pr&#233;server dans l'innocence des rapports de production, c'est la puret&#233; de la d&#233;finition de la classe ouvri&#232;re, fondement th&#233;orique n&#233;cessaire &#224; la &#171; dictature du prol&#233;tariat &#187; dont Althusser sera (avec Balibar, voir &lt;i&gt;La Dictature du prol&#233;tariat&lt;/i&gt;, &#233;d. Masp&#233;ro, 1976) un des derniers promoteurs.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb239&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh239&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 239&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;239&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; D&#233;pendance engendr&#233;e &#187; par le m&#233;canisme m&#234;me de la production, mais comme nous le lisons dans les lignes pr&#233;c&#233;dentes, cet &#171; engendrement &#187; n'est &lt;i&gt;efficace &lt;/i&gt;que par &#171; l'&#233;ducation, la tradition et l'habitude &#187;. On peut trouver ici un fondement aux &#171; Appareils id&#233;ologiques d'Etat &#187; tels que th&#233;oris&#233;s par Althusser (&lt;i&gt;Id&#233;ologie et appareils id&#233;ologiques&lt;/i&gt; &lt;i&gt;d'Etat&lt;/i&gt; [1970]&lt;i&gt;, &lt;/i&gt;dans&lt;i&gt; Positions, &#233;d. Sociales, 1976&lt;/i&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb240&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh240&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 240&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;240&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;On peut rep&#233;rer la naissance de cette dualit&#233; dans le c&#233;l&#232;bre passage de &lt;i&gt;Mis&#232;re de la philosophie&lt;/i&gt; sur la &#171; classe en soi &#187; et la &#171; classe pour soi &#187;. Elle est totalement d&#233;velopp&#233;e dans la th&#233;orie des classes sociales de Max Weber et reprise par Bourdieu (voir Poulantzas, &lt;i&gt;Pouvoir politique et classe sociale,&lt;/i&gt; note 7, p. 62 et note 9, p. 67, &#233;d. Maspero, 1982).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb241&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh241&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 241&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;241&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Poulantzas distingue &#171; rapports de production &#187; et &#171; rapports sociaux de production &#187;, les seconds d&#233;signant l'&#233;mergence de &#171; l'effet global &#187; dans les premiers de telle sorte qu'ils deviennent des rapports de classes ou &#171; rapports sociaux de classes &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb242&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh242&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 242&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;242&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Nous appelons vie quotidienne l'ensemble des activit&#233;s par lesquelles le travailleur &lt;i&gt;se&lt;/i&gt; met en relation, de fa&#231;on r&#233;guli&#232;re et pr&#233;visible, avec ses conditions aussi bien de travail (les moyens de production) que de consommation, &#224; partir du moment o&#249; elles ne sont plus pr&#233;suppos&#233;es par l'appartenance pr&#233;alable du travailleur &#224; une communaut&#233;. Cette routine de la mise en relation s'effectue dans l'ensemble des &lt;i&gt;formes d'apparition&lt;/i&gt; des rapports de production constitu&#233; comme &lt;i&gt;v&#233;cu&lt;/i&gt; par l'activit&#233; d'un &lt;i&gt;sujet&lt;/i&gt;. Une telle d&#233;finition suppose trois termes probl&#233;matiques : &#171; formes d'apparition &#187; ; &#171; v&#233;cu &#187; ; &#171; sujet &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;On peut sch&#233;matiquement repr&#233;senter le mouvement g&#233;n&#233;ral de la fa&#231;on suivante&lt;/i&gt; :La vie quotidienne c'est : rapports de production =&gt; reproduction pas r&#233;p&#233;tition =&gt; rapports de distribution =&gt; autopr&#233;supposition du capital =&gt; toutes les formes d'apparition =&gt; les formes s'autonomisent =&gt; rapport aux rapports de production =&gt; id&#233;ologie =&gt; sujet (ph&#233;nom&#233;nologie) =&gt; vie quotidienne.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb243&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh243&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 243&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;243&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Tout cela est d&#233;velopp&#233; dans le texte Vie quotidienne et lutte des classes, &#233;loge des apparences et de la confusion, dans ce TC 27.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb244&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh244&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 244&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;244&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; L'analyse des formes &#233;conomiques ne peut s'aider du microscope ou des r&#233;actifs fournis par la chimie ; l'abstraction est la seule force qui puisse lui servir d'instrument &#187; (Marx, &lt;i&gt;Pr&#233;face &#224; la 1&lt;/i&gt;&lt;i&gt;&#232;re&lt;/i&gt;&lt;i&gt; &#233;dition allemande du Capital&lt;/i&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb245&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh245&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 245&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;245&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;la fin du &#171; Feuerbach &#187; (premi&#232;re partie de &lt;i&gt;L'Id&#233;ologie allemande&lt;/i&gt;), le prol&#233;tariat est d&#233;fini comme un &#234;tre totalement irr&#233;el, un &#234;tre &#171; hors-sol &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb246&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh246&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 246&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;246&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Si l'on v&#233;rifie avec le texte allemand, pour une fois les traductions fran&#231;aises respectent l'utilisation des trois termes.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb247&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh247&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 247&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;247&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;A la suite de &lt;i&gt;TC 20&lt;/i&gt; (Th&#233;orie de l'&#233;cart), dans &lt;i&gt;Franchir le pas&lt;/i&gt; est expos&#233;e la th&#232;se de la lutte en tant que classe comme limite de la lutte de classe ; dans &lt;i&gt;TC 24&lt;/i&gt;, la th&#232;se de la conjoncture produit la r&#233;volution comme communisation comme le bouleversement de la hi&#233;rarchie d&#233;terminative des instances du mode de production : la pratique r&#233;volutionnaire se retourne contre ce qui l'a produite, c'est-&#224;-dire contre l'&#233;conomie ; dans la vie quotidienne, ce sont les classes qui se constituent comme v&#233;cu d'un sujet dans les formes les plus m&#233;diatis&#233;es des rapports de production.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb248&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh248&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 248&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;248&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Nous reprenons cette analyse de Christian Charrier, &lt;i&gt;La Mat&#233;rielle&lt;/i&gt; (&#233;d. Senonevero-Entremonde), voir plus loin.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb249&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh249&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 249&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;249&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sauf le livre de Jean Barrot, tous ces textes se trouvent dans &lt;i&gt;Rupture dans la th&#233;orie de la r&#233;volution&lt;/i&gt;, &#233;d. Senonevero, 2003, pr&#233;sentation de Fran&#231;ois Danel. On trouvera des extraits de tous ces textes sur le site de &lt;i&gt;Th&#233;orie Communiste&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb250&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh250&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 250&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;250&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;On trouve encore ce raisonnement par impossibilit&#233; et &#171; blocage du capital &#187; (ce qui est diff&#233;rent de consid&#233;rer une p&#233;riode de crise et un cycle de luttes dans leur originalit&#233;) dans les textes de Bruno Astarian et dans les derniers chapitres d'Astarian et Ferro : &lt;i&gt;Le M&#233;nage &#224; trois de la lutte des classes.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb251&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh251&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 251&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;251&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sur tous ces points, voir &lt;i&gt;Th&#233;orie de l'&#233;cart &lt;/i&gt;(&lt;i&gt;TC 20&lt;/i&gt;) &lt;i&gt; ;&lt;/i&gt; &lt;i&gt;L'auto-organisation est le premier acte de la r&#233;volution la suite s'effectue contre elle&lt;/i&gt; (brochure TC, 2006), &lt;i&gt;La r&#233;volution comme conjoncture &lt;/i&gt;(&lt;i&gt;TC 24&lt;/i&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb252&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh252&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 252&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;252&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sur l'op&#233;ra&#239;sme voir Steve Wright &lt;i&gt;A l'assaut du ciel&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;histoire critique de l'op&#233;ra&#239;sme&lt;/i&gt;, &#233;d Entremonde, collection Senonevero, seconde &#233;dition, 2022.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb253&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh253&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 253&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;253&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Malgr&#233; une conception totalement essentialiste du prol&#233;tariat qui, selon la m&#233;thode h&#233;g&#233;lienne, doit &#171; devenir ce qu'il est &#187; (Authier, op. cit. note 1). Laissons &#233;galement de c&#244;t&#233; dans cette citation &#171; l'&#234;tre du r&#233;volutionnaire &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb254&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh254&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 254&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;254&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Poulantzas, &lt;i&gt;Pouvoir politique et classes sociales&lt;/i&gt;, t. 1, Maspero, 1968, p. 60.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb255&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh255&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 255&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;255&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Poulantzas, op. cit., p. 62.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb256&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh256&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 256&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;256&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Si l'une des parties du produit ne se convertissait pas en capital, l'autre ne prendrait pas les formes de salaire, profit et rente. &#187; (Le Capital, t. 8, p. 253).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb257&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh257&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 257&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;257&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Quant &#224; la notion de &#171; sujet &#187; voir dans ce n&#176; de &lt;i&gt;Th&#233;orie Communiste&lt;/i&gt;, le texte &#171; Luttes des classes et vie quotidienne &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb258&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh258&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 258&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;258&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pour &#171; &lt;i&gt;einzelnen &lt;/i&gt; &#187;, les &#233;d. Sociales donnent &#171; isol&#233; &#187;, Labica &#171; singulier &#187; (&lt;i&gt;Karl Marx, les Th&#232;ses sur Feuerbach&lt;/i&gt;, &#233;d. PUF, 1987) et Lucien S&#232;ve &#171; pris &#224; part &#187; (&lt;i&gt;Penser avec Marx aujourd'hui&lt;/i&gt;, t. 2, &lt;i&gt;L' Homme ? &#187;&lt;/i&gt;, &#233;d. La Dispute, pp. 64-68). Il s'agit toujours des diff&#233;rentes parties d'un tout.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb259&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh259&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 259&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;259&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir Karl Marx et la fin de la philosophie classique allemande, TC 21.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb260&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh260&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 260&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;260&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Les pr&#233;misses dont nous partons ne sont pas des bases arbitraires, des dogmes ; ce sont des bases r&#233;elles dont on ne peut faire abstraction qu'en imagination. Ce sont les individus r&#233;els, leur action et leurs conditions d'existence mat&#233;rielles, celles qu'ils ont trouv&#233;es toutes pr&#234;tes, comme aussi celles qui sont n&#233;es de leur propre action. Ces bases sont donc v&#233;rifiables par voie purement empirique &#187; (&lt;i&gt;Id&#233;ologie allemande&lt;/i&gt;, p. 45). On peut comparer cette proclamation avec &lt;i&gt;la n&#233;cessit&#233; de l'abstraction&lt;/i&gt; dans la &lt;i&gt;Pr&#233;face &#224; la 1&lt;/i&gt;&lt;i&gt;&#232;re&lt;/i&gt;&lt;i&gt; &#233;dition allemande&lt;/i&gt; du &lt;i&gt;Capital&lt;/i&gt; et, par l&#224;-m&#234;me, voir le chemin parcouru.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb261&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh261&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 261&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;261&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt; Dans son mouvement, dans les formes qu'elle prend et abandonne, la lutte r&#233;volutionnaire se critique elle-m&#234;me. C'est parce que cette lutte, jusqu'&#224; son terme, est scind&#233;e entre d'une part, ce qui demeure un mouvement objectif qui n'est pas une illusion, les contradictions du mode de production capitaliste, et, d'autre part, dans cette objectivit&#233;, la pratique de son abolition qui le d&#233;sobjective, qu'elle demeure structurellement id&#233;ologique. Elle vit de la s&#233;paration de l'objet et du sujet. C'est parce que la dissolution de l'objectivit&#233; constitue un &lt;i&gt;sujet&lt;/i&gt; en tant que tel, et qui se consid&#232;re ainsi, que l'id&#233;ologie (invention, libert&#233;, projet et projection) est inh&#233;rente &#224; sa d&#233;finition et son action. Il faut cependant &#234;tre tr&#232;s vigilant au statut accord&#233; &#224; cette distinction entre sujet et objet, aucun des deux ne tient son existence de lui-m&#234;me ou m&#234;me de leur r&#233;ciprocit&#233;. En effet, la lutte du prol&#233;tariat et m&#234;me la r&#233;volution ne sont pas l'irruption d'une subjectivit&#233; (plus ou moins libre, plus ou moins d&#233;termin&#233;e) mais un moment du rapport du mode de production capitaliste &#224; lui-m&#234;me &#224; l'int&#233;rieur de lui-m&#234;me, ceux qui voit l&#224; de l'objectivisme oublient seulement que le prol&#233;tariat est une classe du mode de production capitaliste et que celui-ci est lutte des classes. On ne peut isoler la question du rapport entre la situation objective et la subjectivit&#233; de l'auto-contradiction du mode de production capitaliste. Le sujet et l'objet dont nous parlons ici sont des moments de cette auto-contradiction qui dans son unit&#233; passe par ces deux phases oppos&#233;es (unit&#233; de moments promus &#224; l'autonomie). &#187; (&lt;i&gt;TC &lt;/i&gt;24, p. 71).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N'ayant aucune base objective d&#233;velopp&#233;e pr&#233;c&#233;demment, le communisme est une production prise dans la contradiction d'un rapport contradictoire objectif dont le d&#233;passement doit se produire alors comme la formalisation consciente et volontaire d'un projet, car le proc&#232;s de la r&#233;volution r&#233;cuse toujours son &#233;tat pr&#233;sent comme &#233;tant son aboutissement. Projet &lt;i&gt;id&#233;ologique&lt;/i&gt; car il r&#233;cuse son fondement objectif &lt;i&gt;dans son &#233;tat pr&#233;sent&lt;/i&gt; comme &#233;tant sa raison d'&#234;tre, il place le futur, &lt;i&gt;le devoir-&#234;tre&lt;/i&gt;, comme compr&#233;hension du pr&#233;sent et comme pratique dans le moment actuel.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb262&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh262&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 262&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;262&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;C'est avec raison que &lt;i&gt;TL&lt;/i&gt; pointe le flou de la d&#233;finition des classes qui revient r&#233;guli&#232;rement dans &lt;i&gt;Th&#233;orie Communiste&lt;/i&gt; comme &#171; polarisation sociale de la contradiction que sont la baisse du taux de profit ou le travail productif qui structure l'ensemble de la soci&#233;t&#233; &#187;. Nous ne l'abandonnons pas mais leurs critiques pr&#233;cises&lt;i&gt; &lt;/i&gt;nous ont amen&#233; &#224; &lt;i&gt;la construire&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb263&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh263&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 263&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;263&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Thompson a une vision lin&#233;aire de l'histoire qui ne rend pas compte de la &lt;i&gt;s&#233;lection&lt;/i&gt; effectu&#233;e dans le passage d'un mode de production &#224; un autre (ou entre les phases d'un m&#234;me mode de production) entre les &#233;l&#233;ments conserv&#233;s/retravaill&#233;s et ceux qui disparaissent corps et &#226;me. Quand on reprend sa th&#232;se sur l'autoconstruction de la classe, il ne faut pas reprendre cette vision lin&#233;aire des choses donn&#233;es. C'est le nouveau mode de production se mettant en place qui op&#232;re la s&#233;lection parmi ces h&#233;ritages des modes et situations ant&#233;rieurs. C'est dans toutes les m&#233;tamorphoses n&#233;cessaires des rapports de production que l'on peut dire, &#224; la suite de Thompson, que les classes se construisent elles-m&#234;mes. Il s&#233;pare et oppose une vision &#171; objectiviste &#187; et sa propre vision d'historien, mais ce n'est que dans les m&#233;tamorphoses n&#233;cessaires des rapports de production et dans la &lt;i&gt;reproduction&lt;/i&gt; passant par toutes les instances du mode de production que l'on peut ancrer et justifier son historicisme.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb264&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh264&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 264&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;264&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Karel Kosik, dans &lt;i&gt;La Dialectique du concret&lt;/i&gt; (&#233;d. Maspero, 1970, [ traduction Roger Dangeville], p. 24) signale que le terme allemand de d&#233;veloppement (&lt;i&gt;Entwicklung&lt;/i&gt;) est la traduction du latin &lt;i&gt;explicatio&lt;/i&gt;, qu'il est donc utilis&#233; par Marx dans le sens de d&#233;ploiement, explicitation d'un ensemble qui, au d&#233;part, &#233;tait obscur, confus et myst&#233;rieux.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb265&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh265&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 265&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;265&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Quand &lt;i&gt;TL&lt;/i&gt; reprend le concept de &lt;i&gt;surd&#233;termination&lt;/i&gt; c'est toujours comme un ajout ext&#233;rieur &#224; l' essentiel &#187; et non comme l'existence n&#233;cessaire de l' essentiel &#187;, c'est-&#224;-dire ce par quoi et dans quoi &#171; l'essentiel &#187; &lt;i&gt;existe&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb266&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh266&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 266&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;266&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Le prol&#233;tariat n'en reste jamais &#224; &#234;tre tel que le d&#233;finirait (s'il existait &#224; ce niveau) le mode de production dans sa reproduction comme une de ses fonctions &#233;conomiques. L'&#233;tude de n'importe quelle insurrection montre comment toutes les instances s'entrelacent (voir Lefebvre, &lt;i&gt;La proclamation de la Commune&lt;/i&gt;, &#233;d. Gallimard, 1965 / &#233;d. La Fabrique, 2018).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb267&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh267&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 267&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;267&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; ...l'intuition, pleine de sens ordonne ce qui n'est que ph&#233;nom&#232;nes d'une mani&#232;re conforme &#224; ce qu'est la suite int&#233;rieure du concept. &#187; (Hegel, &lt;i&gt;Logique de l'Encyclop&#233;die&lt;/i&gt;, &#233;d. Vrin, p. 161).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb268&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh268&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 268&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;268&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir la pol&#233;mique de Marx contre John Gray &#224; propos des &#171; bons de travail &#187; (&lt;i&gt;Contribution &#224; la critique de&lt;/i&gt; &lt;i&gt;l'&#233;conomie politique&lt;/i&gt;, &#233;d. Sociales, 1977, pp. 55-58, ou traduction GEME, &#233;d. Sociales, 2014, pp. 123-125).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb269&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh269&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 269&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;269&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Quand la dite &#171; Critique de la valeur &#187; se fonde sur cette &#171; contradiction en proc&#232;s &#187; qu'est le capital, c'est sur sa capacit&#233; &#224; &#234;tre la contre-r&#233;volution ad&#233;quate et au plus pr&#232;s de la r&#233;volution qu'ils se fondent et c'est elle qu'ils ne font que promouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb270&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh270&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 270&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;270&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;C'est parce que le capital est ce mouvement de la valeur comme contradiction en proc&#232;s qu'il est dynamiquement la contre-r&#233;volution toujours au plus pr&#232;s de la r&#233;volution. Il est sur sa propre base une r&#233;ponse toujours ad&#233;quate &#224; la r&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb271&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh271&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 271&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;271&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Nous consid&#233;rons ici les &#171; soul&#232;vements arabes &#187; comme un exemple, il est vrai paradigmatique, mais non comme la d&#233;finition et le cours de tous les mouvements interclassistes. En effet, une sp&#233;cificit&#233; diff&#233;rencie largement ces &#171; soul&#232;vements &#187; des mouvements interclassistes de la plupart des autres pays, celle de la lutte pour constituer une v&#233;ritable soci&#233;t&#233; civile qui accompagnerait une recomposition actuellement bloqu&#233;e de la classe dominante dans une &#233;conomie &#171; nationale &#187; d&#233;pendante et domin&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb272&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh272&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 272&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;272&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;On peut produire le concept de l'Etat &lt;i&gt;&#224; partir du capital,&lt;/i&gt; puis le produire comme &lt;i&gt;n&#233;cessaire dans ce qui le produit&lt;/i&gt;, mais il faut ensuite poser l'activit&#233; de l'Etat comme &lt;i&gt;transformation par l'Etat du proc&#232;s qui le produit&lt;/i&gt;. M&#234;me consid&#233;r&#233; comme un moment de ce proc&#232;s, l'Etat ne peut laisser tel quel le proc&#232;s du capital qui le produit. Etant donn&#233; dans le proc&#232;s qui le produit, l'Etat pose lui-m&#234;me en tant qu'&#233;l&#233;ment du proc&#232;s de production et de reproduction du capital la transformation des rapports sociaux, qui se d&#233;finissent dans ce proc&#232;s, en rapports sociaux existant par rapport &#224; lui, l'Etat. Le r&#233;sultat de cette transformation c'est la &#171; soci&#233;t&#233; civile &#187;, en tant que m&#233;diation de l'Etat aux rapports de production. La soci&#233;t&#233; civile est la forme n&#233;cessaire que prennent les rapports de classes en ce qu'ils impliquent l'existence de l'Etat qui s'en s&#233;pare et est une abstraction par rapport &#224; eux. Par &lt;i&gt;soci&#233;t&#233; civile&lt;/i&gt; nous entendons l'ensemble des instances, associations, organisations, institutions, dispositifs de n&#233;gociation et de traduction des conflits, par lesquels les rapports de production du mode de production capitaliste existent, dans leur histoire sp&#233;cifique sur une aire nationale, en tant que repr&#233;sentation et articulation de leur reproduction vis-&#224;-vis du pouvoir politique et des appareils directement &#233;tatiques.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb273&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh273&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 273&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;273&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir Gethin, Martinez-Toledano, Piketty, &lt;i&gt;Clivages politiques et in&#233;galit&#233;s sociales&lt;/i&gt;, &#233;d. EHESS / Gallimard / Seuil, 2021 : &#171; Ainsi, notre analyse sugg&#232;re que les facteurs socio-&#233;conomiques jouent un r&#244;le majeur dans la structuration des clivages politiques des r&#233;gimes &#233;lectoraux contemporains. Cependant, les m&#233;canismes par lesquels ces facteurs op&#232;rent d&#233;pendent, de mani&#232;re cruciale, de la politisation des in&#233;galit&#233;s sociales. Ces r&#233;sultats appellent &#224; une perspective renouvel&#233;e de la repr&#233;sentation &#233;lectorale des conflits de classe, &#224; l'intersection entre contingence historique et facteurs structurels de long terme. &#187; (p. 22).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voir &#233;galement Dagnaud et Cassely, &lt;i&gt;G&#233;n&#233;ration surdipl&#244;m&#233;e&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;les 20 % qui transforment la France&lt;/i&gt;, &#233;d. Odile Jacob, 2021.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb274&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh274&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 274&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;274&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;James Petras : Roots of the Arab revolts and premature celebrations (sur le net).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb275&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh275&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 275&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;275&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Le terme ici est ad&#233;quat.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb276&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh276&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 276&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;276&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Il n'existe plus de relation faisant syst&#232;me entre la valorisation du capital et la reproduction de la classe ouvri&#232;re comme cela avait &#233;t&#233; le cas durant la p&#233;riode dite &#171; fordiste &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb277&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh277&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 277&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;277&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;A propos du &#171; soul&#232;vement arabe &#187; voir Soul&#232;vement arabe, classes / genre (brochure Th&#233;orie Communiste) et TC 24, Du Kochari et du jasmin &#8230;et de la charia, p. 137.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb278&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh278&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 278&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;278&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pour une critique de cette formule voir &lt;i&gt;TC &lt;/i&gt;26, pp. 12 &#224; 17.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb279&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh279&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 279&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;279&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Christian Charrier, &lt;i&gt;La Mat&#233;rielle&lt;/i&gt; (&#233;d. Entremonde / Senonevero, 2018).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb280&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh280&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 280&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;280&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Mon intention est de convaincre tous ceux qui jugent bon de s'occuper de m&#233;taphysique qu'il est absolument n&#233;cessaire qu'ils interrompent provisoirement leur travail, qu'ils consid&#232;rent tout ce qui s'est d&#233;j&#224; fait jusqu'&#224; ce jour comme non avenu et qu'avant tout ils commencent par soulever la question de savoir &#8220;si d&#233;cid&#233;ment une chose telle que la m&#233;taphysique est seulement possible&#8221; Si c'est une science, d'o&#249; vient qu'elle ne peut s'accr&#233;diter de mani&#232;re universelle et durable, comme les autres sciences ? Si ce n'en est pas une, comment se fait&#8211;il qu'elle ne cesse de tout faire pour avoir l'air d'une science et qu'elle nourrit l'intelligence humaine &lt;i&gt;d'esp&#233;rances aussi incessantes que toujours insatisfaites&lt;/i&gt; [nous soulignons]. [&#8230; Aussi ses adeptes sont-ils devenus fort rares et on ne voit pas que ceux qui se sentent assez forts pour briller en d'autres sciences veuillent risquer leur r&#233;putation dans celle o&#249; le premier venu, au reste ignorant en toutes mati&#232;res, se flatte de trancher de mani&#232;re d&#233;cisive, parce qu'il est de fait que dans ce domaine on ne dispose encore d'aucun poids et mesures assur&#233;s permettant de distinguer du plat bavardage ce qui est profond et solide [&#8230;. Quand on se demande si une science est possible, cela implique qu'on doute de sa r&#233;alit&#233;. Or un tel doute est choquant pour ceux dont toute la richesse consiste peut-&#234;tre en ce pr&#233;tendu tr&#233;sor ; aussi celui qui s'ouvre de ce doute peut-il s'attendre &#224; une lev&#233;e de boucliers. &#187;(Kant&lt;i&gt;, Prol&#233;gom&#232;nes &#224; toute m&#233;taphysique future, &lt;/i&gt;&#233;d. Vrin, Paris, 1996, pp. 13-14)&lt;i&gt;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb281&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh281&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 281&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;281&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Charrier appelle peut-&#234;tre abusivement syllogisme cet encha&#238;nement dans la mesure o&#249;, &#224; notre connaissance, il ne correspond &#224; aucune forme &#171; reconnue &#187; de syllogismes. On peut cependant y retrouver la forme du syllogisme h&#233;g&#233;lien : le premier terme, la division en-soi comme &#171; singularit&#233; &#187; ; le deuxi&#232;me terme, l'universalit&#233; pour son autre comme la &#171; particularit&#233; &#187; ; le troisi&#232;me terme, l'universalit&#233; pour soi comme l' universel &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb282&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh282&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 282&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;282&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Marx, &lt;i&gt;Mis&#232;re de la philosophie&lt;/i&gt;, &#171; &#338;vres &#187;, t. I, &#233;d. Gallimard, 1965, p. 135.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb283&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh283&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 283&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;283&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;L'histoire th&#233;orique du concept de &#171; Dictature du Prol&#233;tariat &#187; rend bien compte de la formation et de l'effondrement de ce que &lt;i&gt;La Mat&#233;rielle &lt;/i&gt;appelle le &#171; syllogisme du Prol&#233;tariat &#187; : depuis la formation de ce concept (1848-1852) jusqu'&#224; sa d&#233;composition puis disparition dans l'effondrement du syst&#232;me socialiste et des PC, en passant par sa formalisation dans la doctrine (Premi&#232;re et Deuxi&#232;me Internationales) et son institutionnalisation sovi&#233;tique. Pour Marx (1848-1852) la dictature du prol&#233;tariat est alors une strat&#233;gie r&#233;volutionnaire : la r&#233;volution en permanence, la r&#233;volution bourgeoise inachev&#233;e (sauf en Grande-Bretagne) et la r&#233;volution prol&#233;tarienne d&#233;j&#224; in&#233;luctable. Il faut accoucher l'histoire de sa propre tendance naturelle. La dictature du prol&#233;tariat est une situation d'exception : transition &#224; l'abolition de toutes les classes. Il faut se gagner la paysannerie : d'abord un r&#233;gime d'exception, ensuite dictature de la majorit&#233; avec alliance avec la paysannerie. Apr&#232;s 1852, avec l'extension de la prol&#233;tarisation, le concept dispara&#238;t momentan&#233;ment. En 1871-1872, apr&#232;s la Commune, la &#171; dictature du prol&#233;tariat &#187; change de sens, ce n'est plus une strat&#233;gie r&#233;volutionnaire mais une forme politique originale, la th&#232;se acquiert (apr&#232;s la Commune) une signification universelle (pas seulement strat&#233;gique selon les pays) : l'&#233;rection des travailleurs en classe dominante, le peuple en armes, la d&#233;mocratie directe (d&#233;mant&#232;lement de l'&#201;tat, organisation de la production nationale planifi&#233;e/centralis&#233;e). Apr&#232;s 1917, nouvelle mutation du concept : si le communisme est le produit des tendances du mode de production capitaliste (d&#233;veloppement des forces productives, socialisation de la production), il n'est pas pr&#233;form&#233; par le capitalisme mais le r&#233;sultat d'un processus &#233;conomique ayant ses contradictions propres (Boukharine). La dictature du prol&#233;tariat devient une p&#233;riode nouvelle de la lutte des classes comme lutte entre le capitalisme d'Etat et le communisme (c'est en gros la th&#232;se qu'Althusser et Balibar d&#233;fendront contre l'abandon du concept par le PCF en 1976). Ensuite, &#224; l'&#233;poque stalinienne la dictature du prol&#233;tariat s'identifie au &#171; Parti-Etat &#187; : un syst&#232;me institutionnel avec le Parti pour cl&#233; de vo&#251;te, elle est la &#171; forme sup&#233;rieure d'organisation de classe du prol&#233;tariat &#187;. Le &#171; d&#233;p&#233;rissement de l'Etat &#187; est repouss&#233; car la dictature du prol&#233;tariat n'est pas un &#171; demi-Etat &#187; mais un &#171; Etat nouveau &#187; se renfor&#231;ant comme tel. Avec Mao et la &#171; r&#233;volution culturelle &#187; (1966) la dictature du prol&#233;tariat devient une succession potentielle de plusieurs r&#233;volutions &#171; mettant en cause &#187; le r&#244;le du Parti vis-&#224;-vis des &#171; masses &#187;. Il est &#233;vident qu'&#224; partir de 1917 et avec Staline et Mao nous ne parlons que d'un discours habillant, plus ou moins efficacement, une domination de classe sur le prol&#233;tariat.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb284&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh284&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 284&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;284&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Charrier reprend ici la th&#232;se principale de &lt;i&gt;Histoire critique de l'ultragauche&lt;/i&gt; (&#233;d. Senonevero), mais sans la consid&#233;rer vraiment comme la mise en place d'un &lt;i&gt;nouveau &lt;/i&gt;paradigme.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb285&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh285&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 285&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;285&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pour &lt;i&gt;Th&#233;orie Communiste&lt;/i&gt;, &#233;crit exactement Charrier &#171; la r&#233;volution est le strict produit de la&lt;i&gt; contradiction prol&#233;tariat/capital&lt;/i&gt;, con&#231;ue comme '&lt;i&gt;exploitation' &#187;&lt;/i&gt;. C'est exact, mais &lt;i&gt;le &lt;/i&gt;probl&#232;me serait justement, selon lui, que &#171; la contradiction &lt;strong&gt; &#187;&lt;/strong&gt; est une hypostase pr&#233;d&#233;terminant l'existence et le sens de la lutte des classes. &#171; La lutte des classes se fout de la contradiction &#187; aime &#224; r&#233;p&#233;ter &lt;i&gt;La Mat&#233;rielle&lt;/i&gt;. S'il est exact que &lt;i&gt;TC&lt;/i&gt; a pu d&#233;velopper cette conception de &#171; La Contradiction &#187;, cela n'est plus le cas depuis la production de la lutte en tant que classe comme limite interne des luttes de classe, des concepts de conjoncture et d'&#233;v&#233;nement et avec les textes de ce pr&#233;sent n&#176;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb286&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh286&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 286&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;286&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;cf.&lt;/i&gt; &lt;i&gt;TC&lt;/i&gt; 17, p. 131,&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb287&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh287&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 287&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;287&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;On peut rapidement d&#233;finir ainsi la n&#233;gativit&#233; h&#233;g&#233;lienne : &#171; Chaque existant particulier est essentiellement diff&#233;rent de ce qu'il pourrait &#234;tre si ses virtualit&#233;s &#233;taient r&#233;alis&#233;es. Ces virtualit&#233;s sont donn&#233;es dans son concept. L'existant poss&#233;derait l'&#234;tre v&#233;ritable si ses possibilit&#233;s &#233;taient remplies, autrement dit s'il y avait identit&#233; entre son existence et son concept : la diff&#233;rence entre le r&#233;el et le possible est le point de d&#233;part du mouvement dialectique [...] Les choses finies sont &#171; n&#233;gatives &#187;, c'est l&#224; leur caract&#232;re distinctif ; elles ne sont jamais ce qu'elles peuvent et devraient &#234;tre. Elles se pr&#233;sentent dans un &#233;tat o&#249; leurs possibilit&#233;s se r&#233;v&#232;lent incompl&#232;tement r&#233;alis&#233;es. La chose finie porte en son c&#339;r &#171; cette inqui&#233;tude absolue &#187;, le tourment &#171; de n'&#234;tre pas ce qu'elle est &#187;. [&#8230; L'existence v&#233;ritable commence seulement lorsque l'&#233;tat imm&#233;diat est reconnu comme n&#233;gatif, lorsque les &#234;tres deviennent des &#171; sujets &#187; et s'efforcent d'accorder leur &#233;tat ext&#233;rieur &#224; leurs virtualit&#233;s [quand, pol&#233;miquant avec Feuerbach, Marx et Engels lui rappellent que les prol&#233;taires mettront en accord leur &#234;tre avec leur essence &#8211;&lt;i&gt;Id&#233;ologie allemande&lt;/i&gt;, &#233;d. Sociales, p.74 &#8211;ils sont pleinement h&#233;g&#233;liens, nda]. La pleine signification de cette conception tient &#224; l'affirmation que la n&#233;gativit&#233; est constitutive de toutes les choses finies et qu'elle en repr&#233;sente l'aspect &#171; authentiquement dialectique &#187; : elle est &#171; la source la plus profonde de toute activit&#233;, de l'auto-mobilit&#233; de la vie et de l'esprit &#187;. La n&#233;gativit&#233; propre &#224; tout ce qui existe est le pr&#233;lude n&#233;cessaire &#224; sa pleine r&#233;alit&#233; : c'est un &#233;tat de privation qui force le sujet &#224; y chercher rem&#232;de. En ce sens, cet &#233;tat poss&#232;de un caract&#232;re positif. &#187; (Marcuse, &lt;i&gt;Raison et R&#233;volution,&lt;/i&gt; &#233;d. de Minuit, 1968, pp.110-111).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb288&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh288&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 288&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;288&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;On peut s'&#233;tonner de constater que Charrier ne soit pas pass&#233; de cette critique g&#233;n&#233;rale et radicale des productions th&#233;oriques &#224; une r&#233;flexion critique sur la nature m&#234;me de la &#171; Th&#233;orie &#187;. Il est surprenant qu'il ne pose jamais la question : &#171; comment se fait-il que 'la Th&#233;orie' ait toujours eu cette propension historico-sp&#233;culative ? &#187;. Mais nous sommes l&#224; sur un tout autre probl&#232;me, celui de l'origine sociale des producteurs de &#171; th&#233;ories r&#233;volutionnaires &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb289&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh289&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 289&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;289&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pour le positivisme, il n'est pas n&#233;cessaire d'aller au-del&#224; de ce qui est donn&#233; ; il suffit &#224; toute th&#233;orie de saisir et d'organiser les faits. La v&#233;rit&#233; doit &#234;tre tir&#233;e des faits et d'eux seuls. C'est une abdication de la th&#233;orie devant tout ce qui existe, l'exp&#233;rience devient le crit&#232;re ultime de la connaissance. Au d&#233;but du XIXe si&#232;cle, le positivisme se rattache explicitement aux doctrines de la contre-r&#233;volution fran&#231;aise (Joseph de Maistre, Burke).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb290&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh290&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 290&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;290&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;L'exploitation c'est la succession de trois moments :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; le face-&#224;-face de la force de travail et du capital en soi et l'achat-vente de la force de travail,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; l'absorption du travail vivant par le travail objectiv&#233; dans le proc&#232;s de production imm&#233;diat o&#249; se forme la plus-value&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; la transformation de la plus-value en capital additionnel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La possibilit&#233; de la crise g&#238;t au coeur m&#234;me du rapport s'autopr&#233;supposant ainsi que la pratique d&#233;termin&#233;e des acteurs de cette crise qui n'est pas crise &#171; &#233;conomique &#187; mais lutte de classes. La transformation de la plus-value en profit et donc le processus de la baisse du taux de profit est le mouvement et le risque de l'autopr&#233;supposition. En outre, et c'est fondamental, le caract&#232;re &#171; jamais acquis &#187; du renouvellement des trois moments constitutifs de l'exploitation se confond avec le mouvement de particularisation des termes contradictoires de la totalit&#233;. [&#8230; C'est donc le caract&#232;re intrins&#232;quement non acquis de la transformation de la plus-value en capital additionnel qui fonde la diff&#233;renciation et l'activit&#233; propre des sujets de la contradiction, qui fait de celle-ci non pas en elle-m&#234;me un proc&#232;s automatique mais l'activit&#233; r&#233;elle de ses termes. [&#8230; La reproduction du mode de production capitaliste n'est jamais en soi un processus automatique, se particularisant n&#233;cessairement, elle est toujours activit&#233; des p&#244;les de la contradiction dont l'autopr&#233;supposition du capital est la dynamique de reproduction ; le capital ayant par rapport &#224; la totalit&#233; une position diff&#233;rente de celle du prol&#233;tariat, position qui r&#233;sulte du contenu m&#234;me de l'exploitation : il est l'agent de la reproduction g&#233;n&#233;rale. &#187; (&lt;i&gt;TC&lt;/i&gt; 8, p .7).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		
		<enclosure url="https://theoriecommuniste.org/IMG/pdf/tc_27.pdf" length="4009374" type="application/pdf" />
		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Tc n&#176; 26</title>
		<link>https://theoriecommuniste.org/la-revue/article/tc-no-26</link>
		<guid isPermaLink="true">https://theoriecommuniste.org/la-revue/article/tc-no-26</guid>
		<dc:date>2018-05-24T17:23:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>TC</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;De la segmentation raciale dans le mode de production capitaliste.&lt;br class='autobr' /&gt;
La segmentation raciale du prol&#233;tariat est un ph&#233;nom&#232;ne objectif qui a dans les cat&#233;gories du mode de production capitaliste son processus de production, ses lieux de production, ses mat&#233;riaux, ses outils. Elle fonctionne selon ses propres crit&#232;res dans son autonomie relative.&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://theoriecommuniste.org/la-revue/" rel="directory"&gt;La Revue&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://theoriecommuniste.org/local/cache-vignettes/L104xH150/tc26recto-4ea56.svg?1769360802' class='spip_logo spip_logo_right' width='104' height='150' alt=&#034;TC 26 couverture&#034; /&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>TC n&#176;25</title>
		<link>https://theoriecommuniste.org/la-revue/TC-no25</link>
		<guid isPermaLink="true">https://theoriecommuniste.org/la-revue/TC-no25</guid>
		<dc:date>2016-04-30T22:00:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>TC</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;O&#249; en sommes nous dans la crise ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Rapports de production et rapports de distribution&lt;br class='autobr' /&gt;
Id&#233;ologie&lt;br class='autobr' /&gt;
Communisation / communisme / valeur&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://theoriecommuniste.org/la-revue/" rel="directory"&gt;La Revue&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://theoriecommuniste.org/local/cache-vignettes/L106xH150/tc25-7f8c3.jpg?1769360802' class='spip_logo spip_logo_right' width='106' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comme un marasme&lt;/strong&gt; (comme un &#233;dito)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Ce fut comme une apparition : &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Elle &#233;tait assise au milieu du banc, toute seule ; ou du moins il ne distingua personne, dans l'&#233;blouissement que lui envoy&#232;rent ses yeux &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(Flaubert, &lt;i&gt;L'Education sentimentale&lt;/i&gt;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus de trois ans entre TC 24 (d&#233;cembre 2012) et TC 25, nous avons battu notre pr&#233;c&#233;dent record de deux ans et demi &#233;tabli entre TC 10 et TC 11&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Il faut tout de m&#234;me signaler la publication de deux brochures : Soul&#232;vement (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Nous n'avons jamais &#233;t&#233; des &#171; accros &#187; de la publication, ni des maniaques de la r&#233;gularit&#233;, mais l&#224; il y a un probl&#232;me. Cet &#233;ditorial est un inventaire, l'inventaire de quelque chose &#171; comme un marasme &#187;. Tout cela paraitra un peu &#171; nombriliste &#187;, &#224; condition de ne pas pr&#234;ter suffisamment attention &#224; l'articulation de la &#171; petite &#187; et de la &#171; grande &#187; histoire, aux interrogations th&#233;oriques pos&#233;es et &#224; la funeste autonomie de la production th&#233;orique. Nombriliste ou pas, nous, nous avions besoin de le dire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec notre d&#233;part du collectif et de la revue Sic &#224; l'&#233;t&#233; 2013, c'est une longue histoire de presque 20 ans qui s'ach&#232;ve, p&#233;riode que l'on pourrait qualifier, pour TC, avec une certaine ironie, de &#171; trend th&#233;orico-socialisateur ascendant &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 2008, nous nous &#233;tions engag&#233;s avec de nombreux camarades fran&#231;ais et &#233;trangers dans la publication de la revue &lt;i&gt;Sic&lt;/i&gt; sous-titr&#233;e &lt;i&gt;Revue internationale pour la communisation&lt;/i&gt;, dont le premier n&#176; fut publi&#233; en 2011. Cet engagement se situait dans une trajectoire initi&#233;e au milieu des ann&#233;es 1990 avec une reprise certaine des luttes en Europe occidentale, le d&#233;veloppement des grandes concentrations internationales anticapitalistes &#171; contre la mondialisation &#187;, l'emprise sociale et id&#233;ologique du &lt;i&gt;d&#233;mocratisme radical&lt;/i&gt;. La r&#233;volution &#233;tait &#171; redevenue un sujet de pol&#233;mique &#187; ainsi que nous titrions l'&#233;ditorial de TC 13 en f&#233;vrier 1997. De-ci, de-l&#224;, apr&#232;s plus de 20 ans d'&#233;clipse, le terme de &#171; communisation &#187; r&#233;apparaissait et dans l'&#233;ditorial de TC 16 (mai 2000) consacr&#233; &#224; l'expos&#233; et la critique des diverses acceptions et probl&#233;matiques sous-jacentes &#224; ce terme, nous affirmions l'&#233;mergence d'un &#171; courant th&#233;orique communisateur &#187; et que s'il fallait un terme pour d&#233;signer notre production th&#233;orique ce serait celui de &#171; th&#233;orie de la communisation &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A la fin des ann&#233;es 1990 &#233;galement, nous trouv&#226;mes n&#233;cessaire de participer &#224; la constitution du collectif d'&#233;ditions &lt;i&gt;Senonevero&lt;/i&gt; afin de donner une plus grande visibilit&#233; aux ouvrages d&#233;veloppant explicitement cette th&#233;orie de la communisation dans sa diversit&#233;, ainsi qu'&#224; ceux exposant un mat&#233;riel, une histoire ou des th&#232;ses n&#233;cessaires &#224; son &#233;laboration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis le d&#233;but des ann&#233;es 2000, avec la maturit&#233; acquise par la restructuration du mode de production capitaliste et les modalit&#233;s du cycle de luttes actuel apparaissant plus clairement, nous avons men&#233; une rupture de plus en plus franche avec l'ancrage Ultragauche de la th&#233;orie de la communisation. Le d&#233;veloppement th&#233;orique n'avait plus &#224; s'effectuer dans la pol&#233;mique avec ce milieu mais pour lui-m&#234;me vis-&#224;-vis des r&#233;alit&#233;s actuelles et dans l'affrontement avec les limites propres (telles qu'elles &#233;taient th&#233;oris&#233;es) que le cycle de luttes actuel engendrait. Cela a &#233;t&#233;, pour TC, la p&#233;riode de la critique syst&#233;matique et en rafale de &lt;i&gt;Hic Salta&lt;/i&gt;, des productions de Dauv&#233; et N&#233;sic, d'&lt;i&gt;Echanges&lt;/i&gt;, de &lt;i&gt;TPTG&lt;/i&gt;, de &lt;i&gt;Ni Patries Ni Fronti&#232;res&lt;/i&gt;, de &lt;i&gt;Mouvement Communiste&lt;/i&gt;, du Cercle de Discussions de Paris, &lt;i&gt;La Mat&#233;rielle&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;La Bombeuse&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Aufheben&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Kosmoprolet&lt;/i&gt; etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette s&#233;quence &#233;v&#233;nementielle a pu &#234;tre qualifi&#233;e de &#171; sectaire &#187;. Elle le fut dans un certain sens, des ponts furent coup&#233;s mais ces ponts coup&#233;s &#233;taient la condition de nombreuses ouvertures qui arrivaient 30 / 35 ans apr&#232;s les n&#176; 2, 3 et 4 fondateurs de TC.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Le pas &#224; franchir&lt;/i&gt; &#187; expos&#233; dans TC 23 est l'expression minimale de cette rupture : c'est le fait de lutter en tant que classe&lt;sup&gt;&lt;a href='https://theoriecommuniste.org/Classes' title=&#034;D&#233;finition&#160;: Les classes ne sont ni des sommes d'individus regroup&#233;s par un int&#233;r&#234;t (&#8230;)&#034;&gt;?&lt;/a&gt;&lt;/sup&gt; qui est la limite de la lutte de classe et cela existe au pr&#233;sent. Est-ce un mal pour une th&#233;orie d'&#234;tre clivante ? Est-ce une chose absolument nouvelle qu'un certain paradigme th&#233;orique &#224; un moment donn&#233; cr&#233;e un clivage ? Ce dernier est qualifi&#233; de &#171; sectaire &#187; et de &#171; politique &#187; par ceux rest&#233;s au bord du chemin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;but des ann&#233;es 2000 vit &#233;galement notre participation &#224; une s&#233;rie de &lt;i&gt;Summercamps&lt;/i&gt;, grands rassemblements essentiellement europ&#233;ens, d'abord organis&#233;s par les camarades allemands de Wildcat, puis en 2006 et 2007 par le r&#233;seau &lt;i&gt;Echanges et mouvements&lt;/i&gt; alli&#233; &#224; &lt;i&gt;Ni patrie, ni fronti&#232;res&lt;/i&gt;. Les th&#232;ses que nous d&#233;veloppions dans ces rassemblements rencontr&#232;rent un certain &#233;cho, d'autant plus que des camarades anglais qui avaient quitt&#233; la revue &lt;i&gt;Aufheben&lt;/i&gt; et qui depuis ont fond&#233; &lt;i&gt;Endnotes&lt;/i&gt;, nous offrirent un grand nombre de traductions de nos textes en anglais dont l'absence avait toujours &#233;t&#233; une tare de notre production. La cohabitation dans ces rassemblements avec les tenants de l'Ultragauche, du conseillisme, de l'autonomie et de l'auto-organisation, c'est-&#224;-dire de tout ce qui peut subsister du programmatisme dans l'&#233;laboration th&#233;orique actuelle, devint impossible. En 2008, nous &#233;tions &#224; m&#234;me d'organiser un &lt;i&gt;Summermeeting&lt;/i&gt; propre au &#171; courant communisateur &#187; durant lequel prit naissance le projet &lt;i&gt;Sic&lt;/i&gt;. Cette rencontre ne fut pas cependant g&#233;n&#233;rale au &#171; courant communisateur &#187;, certains de ces protagonistes et non des moindres ne voulaient pas en &#234;tre (&lt;i&gt;Hic Salta&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Trop loin&lt;/i&gt;, &#8230;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La th&#233;orie d&#233;velopp&#233;e par TC est syst&#233;matique, elle se veut toujours, dans ses &#233;tats successifs, totalisante, en cela elle est par nature clivante et pol&#233;mique (&#171; TC is a splitting theorie &#187; avait dit un camarade allemand de &lt;i&gt;Kosmoprolet&lt;/i&gt;). D&#233;faut ou qualit&#233;, la th&#233;orie de TC est toujours dans la bagarre. Le d&#233;bat est toujours accept&#233;, mais les positions adverses sont soit absorb&#233;es, soit disqualifi&#233;es. Et tout cela, malgr&#233; tout, dans une r&#233;guli&#232;re interrogation et critique de ce qui peut sembler acquis. TC est un &#171; chantier permanent &#187; expose un long texte de TC 23, et l'on pourrait ajouter un bricolage permanent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 2009, les camarades anglais d&#233;cid&#232;rent de revenir &#224; la formule ancienne des &lt;i&gt;Summercamps&lt;/i&gt;, l'ambiance fut &#224; couper au couteau. En 2010, nous &#233;tions malgr&#233; tout pr&#234;ts &#224; reprendre l'exp&#233;rience dans un camp organis&#233; par le r&#233;seau d'&lt;i&gt;Echanges&lt;/i&gt;, mais les man&#339;uvres, les proc&#232;s d'intentions, et les intimidations dont le groupe grec TPTG s'est fait depuis une sp&#233;cialit&#233;, nous dissuad&#232;rent de poursuivre. De 2010 &#224; 2013, nous organis&#226;mes donc quatre rencontres d'&#233;t&#233; propres au courant communisateur avec la perspective de la publication des n&#176; 1 puis 2 et peut &#234;tre 3 de &lt;i&gt;Sic&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et bien s&#251;r, dans ce &lt;i&gt;trend&lt;/i&gt; ascendant, il y eut &lt;i&gt;Meeting&lt;/i&gt;. Ce fut certainement, pour nous, l'exp&#233;rience la plus productive et &#171; secouante &#187; de cette p&#233;riode. Non pas que &lt;i&gt;Sic&lt;/i&gt; fut th&#233;oriquement moins important, mais cette derni&#232;re publication se trouva, dans son contenu, en porte &#224; faux avec la phase sociale dans laquelle elle eut imm&#233;diatement &#224; exister (nous y reviendrons).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le regroupement informel et fluctuant appel&#233; Meeting a &#233;t&#233; pour nous un lieu de discussions important sur l'intervention, l'auto-organisation, l'alternative et l'activisme, les luttes comme celle dite anti-CPE, la &#171; r&#233;volte des banlieues &#187; (2005), les gr&#232;ves SNCF de l'automne 2007 sur la fin du r&#233;gime sp&#233;cial des retraites. Meeting a &#233;t&#233; &#233;galement un site internet tr&#232;s actif &#224; ses d&#233;buts, ce regroupement a &#233;t&#233; &#224; l'origine de la premi&#232;re rencontre internationale du courant communisateur durant l'&#233;t&#233; 2008, le lieu de production de quatre num&#233;ros de la revue &lt;i&gt;Meeting&lt;/i&gt; entre septembre 2004 et juin 2008 et, en r&#233;sum&#233;, de discussions et de diffusion du concept de communisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut formaliser le d&#233;bat interne dans Meeting autour de la notion de &lt;i&gt;m&#233;diation temporelle&lt;/i&gt;. La &lt;i&gt;m&#233;diation temporelle&lt;/i&gt; ce n'est pas fondamentalement une question de chronologie mais de d&#233;roulement r&#233;el et de compr&#233;hension de la contradiction entre le prol&#233;tariat et le capital. Soit on a l'identit&#233; entre ce qui fait du prol&#233;tariat une classe de ce mode de production et une classe r&#233;volutionnaire et on a alors une contradiction dont le d&#233;roulement de par cette identit&#233; est soumis&lt;i&gt; &#224; sa propre histoire&lt;/i&gt; comme cours du mode de production capitaliste. Soit nous sommes en pr&#233;sence d'une possibilit&#233; de changement r&#233;volutionnaire sans conditions pr&#233;alables. La relation entre le prol&#233;tariat et le capital est alors une simple &lt;i&gt;opposition&lt;/i&gt; parce que le premier poss&#232;de dans ce qu'il est, de fa&#231;on interne, son aptitude r&#233;volutionnaire. Ce d&#233;bat avait sa part d'ombre. TC avait recherch&#233; un &#233;largissement &#171; pratique &#187;, s'&#233;tait construit &lt;i&gt;une pratique &#224; critiquer&lt;/i&gt;, un &#171; bras arm&#233; &#187;, tandis que ceux que nous qualifiions d' &#171; activistes &#187; se constituaient un &#171; hinterland th&#233;orique &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Meeting a &#233;t&#233; un excellent organe d'analyse du cours des luttes, m&#234;me dans les textes qui n'&#233;taient pas imm&#233;diatement une analyse particuli&#232;re d'une lutte particuli&#232;re. La revue a r&#233;v&#233;l&#233; pratiquement la n&#233;cessit&#233; interne de notre production th&#233;orique de sortir de son &lt;i&gt;abstraction critique&lt;/i&gt; vis-&#224;-vis des luttes imm&#233;diates. Dans les textes que TC a produit pour la revue (sur la lutte anti-CPE au printemps 2006, sur les &#233;meutes de banlieue de l'automne 2005 en France, sur les luttes en Argentine, sur la critique de l'autonomie auto-organisationnelle), il ressortait que la dynamique de ce cycle n'&#233;tait pas un mouvement g&#233;n&#233;ral butant sur des limites, une tension brid&#233;e par le cours m&#234;me de son effectuation, mais une production dans la limite m&#234;me de ces luttes : lutter en tant que classe comme limite de la lutte de classe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans Meeting, notre &#171; implicite commun &#187; &#233;tait le concept et la critique du programmatisme (que le concept soit utilis&#233; ou non) ins&#233;parable d'un d&#233;bat interne &#224; la th&#233;orie de la communisation. Critique du programmatisme et &#171; affirmation &#187; de la communisation, cet &#171; implicite commun &#187; &#233;tait &#233;galement la critique de l'autonomie de la classe comme marchepied de la r&#233;volution (qui n'ose plus dire son nom) et inversement de toutes les formes d'alternatives. Donc aussi un d&#233;marcage par rapport &#224; des courants qui nous sont aussi tr&#232;s proches. Cette base commune s'&#233;tait cristallis&#233;e, &#224; l'origine de Meeting, dans un moment historique particulier caract&#233;ris&#233; par l'opposition th&#233;orique et pratique avec le d&#233;mocratisme radical. Les gens de Meeting avaient un ennemi commun. Expression de cette dynamique de conflit avec le d&#233;mocratisme radical, Meeting a perdu sa pertinence avec la crise de 2007 dans laquelle le capitalisme &#224; visage humain, dernier mot du programme du d&#233;mocratisme radical, a rendu l'&#226;me. Dans Meeting, la th&#233;orie de la communisation &#233;tait ins&#233;parable de la critique du d&#233;mocratisme radical, c'&#233;tait la limite de notre constitution et rencontre sur la base de la communisation. Les deux processus &#233;taient confondus : le d&#233;mocratisme radical ent&#233;rinait l'existence du prol&#233;tariat comme limite de ses propres luttes en tant que classe ; la communisation, remise en cause de la classe dans sa contradiction avec le capital, &#233;tait son envers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au d&#233;but des ann&#233;es 2000 une nouvelle perspective &#233;tait apparue pour nous : il ne s'agissait plus d'&#234;tre sur &#171; la ligne de front &#187; face au d&#233;mocratisme radical, mais de &#171; promouvoir les activit&#233;s d'&#233;cart &#187; (&lt;i&gt;cf.&lt;/i&gt; TC 20). Il s'agissait de se confronter &#224; cette limite de l'activit&#233; de classe dans laquelle se trouvait aussi sa dynamique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par &#171; activit&#233; d'&#233;cart &#187; nous entendions qu'agir en tant que classe &#233;tait d'une part n'avoir pour horizon que le capital et les cat&#233;gories de sa reproduction, d'autre part, pour la m&#234;me raison, c'&#233;tait &#234;tre en contradiction avec sa propre reproduction de classe, la remettre en cause. Ce conflit, cet &lt;i&gt;&#233;cart&lt;/i&gt; dans l'action du prol&#233;tariat &#233;tait devenu le contenu et l'enjeu de la lutte des classes. Des luttes quotidiennes &#224; la r&#233;volution il ne peut toujours y avoir que rupture. Maintenant cette rupture s'annon&#231;ait dans le cours quotidien de la lutte de classe chaque fois que, dans celle-ci, l'appartenance de classe apparaissait comme une contrainte ext&#233;rieure objectiv&#233;e dans le capital. Dans le cours m&#234;me, pour le prol&#233;tariat, de son activit&#233; en tant que classe, l'action en tant que classe creusait un &lt;i&gt;&#233;cart&lt;/i&gt; &#224; l'int&#233;rieur d'elle-m&#234;me par des pratiques qui ext&#233;riorisaient leur propre existence de pratiques de classe comme une contrainte objectiv&#233;e dans la reproduction du capital. C'&#233;tait les gr&#232;ves de d&#233;cembre 95 en France, la lutte des sans-papiers, des ch&#244;meurs, des dockers de Liverpool, de Cellatex, d'Alstom, de Lu, de Marks et Spencer, le soul&#232;vement social argentin, l'insurrection alg&#233;rienne, les &#233;meutes de banlieues en France, les &#233;meutes en Gr&#232;ce, &#224; la Guadeloupe, la lutte anti-CPE, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Meeting avait fait son temps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais cette nouvelle perspective dont la th&#233;orie de l'&#233;cart &#233;tait le concept fit long feu, ce fut la &#171; trag&#233;die &#187; de &lt;i&gt;Sic&lt;/i&gt;, sa mal&#233;diction originelle. Si cette configuration des luttes de classe d&#233;sign&#233;e par le terme d'&#233;cart demeure la tendance dominante de la p&#233;riode, durant l'hiver 2011-2012, pour autant que l'on puisse dater pr&#233;cis&#233;ment ce genre de choses, une s&#233;quence particuli&#232;re s'ouvre dans la crise : retournement des luttes en Gr&#232;ce, scl&#233;rose des soul&#232;vements arabes, essor des &#171; Indign&#233;s &#187;, nationalisation des luttes de classes. Le petit &lt;i&gt;trend&lt;/i&gt; ascensionnel de TC touchait alors &#224; sa fin, m&#234;me si l'&#233;ditorial du n&#176;1 de &lt;i&gt;Sic&lt;/i&gt; concluait en fanfare :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Aucune th&#233;orie se contente de dire 'voil&#224; ce qui arrive', &lt;i&gt; &lt;/i&gt;'&lt;i&gt;&#231;a&lt;/i&gt; parle'. Quand la th&#233;orie dit 'c'est ainsi' ou 'voil&#224; comment', &lt;i&gt;Sic&lt;/i&gt; en un mot, c'est une construction intellectuelle sp&#233;cifique. &lt;i&gt;Abstraite&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;critique&lt;/i&gt; par rapport &#224; l'imm&#233;diatet&#233; des luttes, c'est l&#224; la relative autonomie de la production th&#233;orique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; Dans la p&#233;riode actuelle, rep&#233;rer, promouvoir les activit&#233;s qui dans la lutte du prol&#233;tariat en tant que classe sont la remise en cause m&#234;me de son existence en tant que classe, signifie que &lt;i&gt;c'est ce rapport critique qui change&lt;/i&gt;. Il n'est plus une ext&#233;riorit&#233;, il est un moment de ces luttes, il est investi en elles, c'est-&#224;-dire qu'il est un rapport critique non &lt;i&gt;vis-&#224;-vis&lt;/i&gt; de la lutte des classes et de l'exp&#233;rience imm&#233;diate, mais &lt;i&gt;dans&lt;/i&gt; cette exp&#233;rience imm&#233;diate.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Si agir en tant que classe est devenu la limite m&#234;me de l'action de classe, si ceci tend &#224; devenir le cours le plus banal des luttes, les luttes imm&#233;diates, pratiquement et dans leur propre discours, produisent, &#224; l'int&#233;rieur d'elles-m&#234;mes, une distance interne. Cette distance, c'est la perspective communisatrice comme articulation th&#233;orique concr&#232;te, objective, de l'exp&#233;rience th&#233;oricienne des luttes et de la th&#233;orie dans sa formulation abstraite et critique telle qu'elle est produite et existe ici et dont la diffusion devient une activit&#233; pratique primordiale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Porter le devenir social du concept-cl&#233; de cette th&#233;orie, la communisation, tel est l'objectif de cette revue. Cette t&#226;che c'est l'activit&#233; de partisans de la communisation, engag&#233;s dans des luttes de classe avec les conflits qui les traversent. Dans le moment actuel, la th&#233;orie comme ensemble d'activit&#233;s concr&#232;tes (&#233;criture, revue, r&#233;union, diffusion sous de multiples formes, etc.) devient directement elle-m&#234;me une d&#233;termination &lt;i&gt;objective&lt;/i&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et, dans TC 23 (mai 2010), commentant la fin de Meeting, nous &#233;crivions :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Meeting est mort, l'&#233;tape suivante doit se constituer &lt;i&gt;pour nous&lt;/i&gt; sur d'autres bases. Cet autre chose ce sont nos efforts pour cette revue internationale qui verra ou non le jour et qui ne se substitue pas &#224; T.C comme elle ne se substitue &#224; aucune des revues dont les membres, entre autres, participeront &#224; cette publication internationale. Cette revue n'aura plus du tout la m&#234;me probl&#233;matique ni les m&#234;mes pr&#233;suppos&#233;s que &lt;i&gt;Meeting&lt;/i&gt;. Cette revue n'est qu'un aspect de cette 'autre chose' que tente de d&#233;finir des textes comme &lt;i&gt;Revendiquer pour le salaire&lt;/i&gt; (T.C 22) ou &lt;i&gt;Le plancher de verre&lt;/i&gt; (in &lt;i&gt;Les &#233;meutes en Gr&#232;ce&lt;/i&gt;, Ed. Senonevero). La question de la communisation est refond&#233;e au c&#339;ur m&#234;me de l'exploitation et de la production de plus-value. (&#8230;) On fait autre chose sur d'autre base qui ne sont plus ce non dit de 'la th&#233;orie' et de 'l'activit&#233;' qui posait comme objet essentiel de confrontation, &#224; l'int&#233;rieur de Meeting, la question de l'intervention, parce que l'activit&#233; &lt;i&gt;elle est l&#224;&lt;/i&gt; et presque 'conforme' &#224; la th&#233;orie. On n'est plus la critique de rien mais l'affirmation de quelque chose ou peut-&#234;tre mieux dit la critique du capitalisme parce qu'affirmation de son d&#233;passement 'visible ?' &#187;. Beaucoup d'espoir et beaucoup de guillemets dans tout cela.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rien ne s'est pass&#233; comme pr&#233;vu. Tout avait bien commenc&#233;, et puis tout a commenc&#233; &#224; se g&#226;ter. &lt;i&gt;Sic&lt;/i&gt; commence &#224; prendre son envol sur des bases maximalistes rapidement fausses par rapport &#224; la situation sociale et politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Au d&#233;but des ann&#233;es 2010, quelque chose bascule. La crise de la dette publique entraine dans tous les pays centraux une accentuation des mesures d'aust&#233;rit&#233;, la pression fiscale se renforce, l'ascension sociale par les &#233;tudes n'est plus qu'un leurre surann&#233;, le ch&#244;mage et la pr&#233;carit&#233; se d&#233;veloppent touchant des cat&#233;gories jusque l&#224; plus ou moins &#233;pargn&#233;es, les classes moyennes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; L'entr&#233;e de cat&#233;gories comme les classes moyennes ou la jeunesse n'est pas que la simple venue de nouveaux acteurs dans une pi&#232;ce existante et inchang&#233;e, les nouveaux d&#233;veloppements de la crise construisent ces nouveaux acteurs en m&#234;me temps qu'ils les frappent, mais surtout le champ de la lutte des classes s'&#233;largit du &lt;i&gt;rapport salarial&lt;/i&gt; &#224; la &lt;i&gt;soci&#233;t&#233; salariale&lt;/i&gt;. C'est la s&#233;quence actuelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La subsomption r&#233;elle est &lt;i&gt;la constitution du capital en soci&#233;t&#233;&lt;/i&gt;. Mais cette constitution en soci&#233;t&#233; c'est le mode de production capitaliste comme &lt;i&gt;soci&#233;t&#233; salariale&lt;/i&gt;. La soci&#233;t&#233; salariale c'est un continuum de positions et de comp&#233;tences dans lequel les rapports de production capitalistes ne sont v&#233;cus que comme des &lt;i&gt;rapports de distribution&lt;/i&gt;, l'exploitation comme un partage injuste des richesses, les classes sociales comme le rapport entre riches et pauvres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La &lt;i&gt;crise du rapport salarial&lt;/i&gt; devient crise de la soci&#233;t&#233; salariale en mettant en mouvement toutes les couches et classes de la soci&#233;t&#233; qui vivent du salaire. Partout, avec la soci&#233;t&#233; salariale, il s'agit de &lt;i&gt;politique&lt;/i&gt; et de &lt;i&gt;distribution&lt;/i&gt;. Comme &lt;i&gt;prix du travail&lt;/i&gt; (forme f&#233;tiche), le salaire en appelle &#224; l'injustice de la &lt;i&gt;distribution&lt;/i&gt;, c'est normal. L'injustice de la distribution a un responsable qui a 'failli &#224; sa mission' : &lt;i&gt;l'Etat&lt;/i&gt;. Quand la crise du rapport salarial devient un mouvement interclassiste comme crise de la soci&#233;t&#233; salariale, cette derni&#232;re est une d&#233;l&#233;gitimation du politique d&#233;nonc&#233; au nom d'une vraie politique &lt;i&gt;nationale&lt;/i&gt;. L'enjeu qui est partout pos&#233; au c&#339;ur des luttes de cette s&#233;quence de la crise est celui de la l&#233;gitimit&#233; de l'Etat vis-&#224;-vis de &lt;i&gt;sa soci&#233;t&#233;&lt;/i&gt;. Selon les circonstances, les histoires locales, la trame des conflits, cela peut prendre des formes tr&#232;s diverses et &#224; premi&#232;re vue oppos&#233;e, mais le fond est le m&#234;me : l'Etat apparait toujours comme le responsable &lt;i&gt;et comme la solution&lt;/i&gt;. (&#8230;) La citoyennet&#233; devient alors l'id&#233;ologie sous laquelle est men&#233;e la lutte des classes, nous voyons partout des drapeaux. (&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; En tant qu'id&#233;ologique, la citoyennet&#233; nationale r&#233;pond au probl&#232;me r&#233;el de son &#233;poque : la crise du rapport salarial devenue crise de la soci&#233;t&#233; salariale, la crise de l'Etat d&#233;nationalis&#233;, l'opposition irr&#233;ductible entre les gagnants et les perdants de la mondialisation. Mais le recours &#224; la citoyennet&#233; nationale est alors l'aveu m&#234;me dans les luttes sur la base et &#224; l'int&#233;rieur de la soci&#233;t&#233; salariale que ces luttes op&#232;rent sous une id&#233;ologie. D'une part, la citoyennet&#233; nationale r&#233;pond au probl&#232;me r&#233;el de la crise de la soci&#233;t&#233; salariale ; d'autre part, elle ne lui correspond pas, car elle la traite de fa&#231;on 'inauthentique' comme repr&#233;sentation d'autre chose : la perte des valeurs, la d&#233;composition de la famille, l'identit&#233; nationale, la communaut&#233; du travail. C'est-&#224;-dire qu'elle ne r&#233;pond qu'&#224; ses propres questions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Au premier abord, cette id&#233;ologie est critique, mais seulement dans la mesure o&#249; elle est le langage de la revendication &lt;i&gt;dans le miroir que lui tend la logique de la distribution et de la n&#233;cessit&#233; de l'Etat&lt;/i&gt;. Les pratiques qui op&#232;rent sous cette id&#233;ologie sont efficaces parce qu'elles renvoient aux individus une image vraisemblable et une explication cr&#233;dible de ce qu'ils sont et de ce qu'ils vivent et sont constitutives de la &lt;i&gt;r&#233;alit&#233;&lt;/i&gt; de leurs luttes. La question de la distribution, celle du travail et de l'assistanat, de la d&#233;sh&#233;rence des territoires dans 'l'unit&#233; nationale', des valeurs, de la famille, structurent ad&#233;quatement la relation des individus aux enjeux actuels des luttes de classes dans cette s&#233;quence de la crise. &#187; (&lt;i&gt;Une s&#233;quence particuli&#232;re&lt;/i&gt;, texte publi&#233; dans ce n&#176; de TC).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Con&#231;u en 2008, mais victime d'une trop longue gestation, le projet Sic se formalise &#224; contre temps, il est abattu au d&#233;collage. Nous n'&#233;tions pas au bon moment dans la bonne histoire. Tout en le sachant, nous avons tout fait pour ne pas le voir et nous avons &#233;t&#233; tr&#232;s long pour, contraints et forc&#233;s, en tirer les cons&#233;quences : notre d&#233;part.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme nous l'avons expos&#233;, les enjeux pr&#233;sents dans &lt;i&gt;Meeting&lt;/i&gt; et sa dynamique th&#233;orique &#233;taient assez clairs. Le travail commun avait correspondu et accompagn&#233;, pour nous, la remise sur le m&#233;tier de la relation entre dynamique et limites de ce cycle de luttes (cf. TC&lt;i&gt;, un chantier permanent&lt;/i&gt;, TC 23), la formalisation de la &lt;i&gt;th&#233;orie de l'&#233;cart&lt;/i&gt; (TC 20) la reconsid&#233;ration de l'activisme et du Mouvement d'action directe (TC 23), la fin du d&#233;mocratisme radical. Nous savions o&#249; nous allions, nous &#233;tions dans une dynamique th&#233;orique et sociale. En revanche, quels &#233;taient la dynamique et les enjeux th&#233;oriques de &lt;i&gt;Sic &lt;/i&gt; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut revenir sur cette phase de la subsomption r&#233;elle du travail sous le capital issue de la restructuration des ann&#233;es 1970 et sur sa crise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec la restructuration achev&#233;e au d&#233;but des ann&#233;es 1980, toute la soci&#233;t&#233; tourne toujours autour de l'extraction de surtravail mais il n'y a plus d'identit&#233; ouvri&#232;re, de classe imm&#233;diatement rep&#233;rable, massive, stable avec ses institutions syndicales et politiques, bref une identit&#233; ouvri&#232;re confort&#233;e dans la reproduction m&#234;me du capital, reconnue en elle comme un interlocuteur l&#233;gitime. Avec la fin de l'identit&#233; ouvri&#232;re, avec l'effondrement de toute perspective r&#233;volutionnaire programmatique d'affirmation de la classe y compris sous la forme de l'auto-organisation et de l'autonomie, c'est la centralit&#233; de la lutte de classe qui devient probl&#233;matique. La restructuration a signifi&#233; la co&#239;ncidence de la production de plus-value et de la reproduction des conditions de cette production, ce qui signifie la co&#239;ncidence entre production et reproduction et corollairement la coalescence entre la constitution et la reproduction du prol&#233;tariat comme classe d'une part et d'autre part sa contradiction avec le capital. La contradiction entre le prol&#233;tariat et le capital a alors pour contenu essentiel son propre renouvellement qui embarque toutes les instances du mode de production capitaliste&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir dans ce n&#176; A propos de Charlie (suite)&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; et la remise en cause par le prol&#233;tariat, dans sa contradiction avec le capital, de sa propre existence comme classe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut alors tenter de d&#233;finir l'enjeu, jamais vraiment &#233;nonc&#233; de fa&#231;on explicite, du projet Sic, de la fa&#231;on suivante : comment comprendre l'extr&#234;me diversit&#233; des luttes et des acteurs, la segmentation m&#234;me du prol&#233;tariat, la contradiction entre hommes et femmes, la racialisation des conflits&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir dans ce n&#176; A propos de Charlie / le citoyen, l'Autre et l'Etat.&#034; id=&#034;nh2-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, quand s'&#233;vanouit non pas la centralit&#233; de l'exploitation, mais l'&#233;vidence de la centralit&#233; de la lutte de classe prol&#233;tarienne dans des conflits extr&#234;mement complexes (Proche et Moyen Orient) op&#233;rant sous toutes formes d'id&#233;ologie efficaces, mettant en mouvement des mobilisations interclassistes&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir dans ce n&#176; Notes sur les classes moyennes.&#034; id=&#034;nh2-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; et en jeu toutes les instances du mode de production (id&#233;ologique, juridique, politique, nationale, &#8230;), intriquant &#224; la classe, la race et le sexe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De fa&#231;on plus ou moins tranch&#233;e, cet enjeu s'est formalis&#233; th&#233;oriquement dans Sic selon deux axes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Premi&#232;rement, rendre compte de cette situation par une probl&#233;matique qui &#224; partir d'une contradiction logique unique interne &#224; la valeur d&#233;duisait une multiplicit&#233; infinie d'antagonismes comme r&#233;alisation de cette unique contradiction. La valeur, abstraction dominant tous les aspects de l'existence expliquait tous les &#171; malheurs &#187; des individus, l'universalit&#233; de l'ali&#233;nation dans l'infinie diversit&#233; de ses facettes&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Nous traduisons par &#171; malheurs &#187; (le sens de &#171; malchances &#187; est &#233;galement (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Cette probl&#233;matique a l'avantage d'&#234;tre imm&#233;diatement ad&#233;quate &#224; la p&#233;riode et au v&#233;cu. Elle a l'inconv&#233;nient de tout noyer dans une substance commune, de tout ravaler au m&#234;me niveau, de faire du r&#233;el la r&#233;alisation du concept, de confondre la logique et le r&#233;el, d'&#234;tre id&#233;aliste et sp&#233;culative&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Nous d&#233;velopperons prochainement la critique de la dialectique syst&#233;matique.&#034; id=&#034;nh2-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deuxi&#232;mement, rendre compte de la situation par une th&#233;orie de la conjoncture (cf. TC 24) et de la surd&#233;termination qui conserve la dynamique unique du capital comme contradiction en proc&#232;s et le point central de l'exploitation. La structure est toujours une structure &#224; dominante, c'est sa diff&#233;rence avec le syst&#233;matisme h&#233;g&#233;lien, toutes les vaches ne sont pas grises.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet enjeu principal s'est alors polaris&#233; sur la question du genre. Cette question avait &#233;t&#233; totalement &#233;vacu&#233;e de la th&#233;orie ultragauche (&#224; l'exception du groupe-revue &lt;i&gt;Noir et Rouge&lt;/i&gt;) et par sa critique / d&#233;passement dans les ann&#233;es 1970.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si, au fondement de la th&#233;orie de la communisation, on trouve la pratique r&#233;volutionnaire comme co&#239;ncidence du changement des circonstances et de l'activit&#233; humaine ou autochangement (cf., Marx, &lt;i&gt;Th&#232;ses sur Feuerbach&lt;/i&gt;), alors la question de la distinction de genre, de la construction des cat&#233;gories d'homme et de femme, la question de la lutte des femmes, depuis la fin des ann&#233;es 1960, dessinaient un angle mort de la th&#233;orie de la communisation : quelque chose que tout le travail th&#233;orique de d&#233;passement du programmatisme avait, au mieux, plus ou moins consciemment ignor&#233;, au pire, volontairement rejet&#233; comme hors de propos.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour sauver de son naufrage programmatique la contradiction entre le prol&#233;tariat et le capital comme dynamique r&#233;volutionnaire du mode de production capitaliste, il ne fallait rien admettre qui aurait pu apparaitre comme une concession &#224; la centralit&#233; unique de la lutte des classes. Il est pourtant &#233;vident que, si ceux qui au d&#233;but des ann&#233;es 1970 amorc&#232;rent la critique du programmatisme avaient consid&#233;r&#233; les luttes ou gr&#232;ves sp&#233;cifiquement f&#233;minines et les caract&#233;ristiques propres de l'activit&#233; des femmes dans les luttes r&#233;volutionnaires depuis la r&#233;volution fran&#231;aise ou la r&#233;volution anglaise, ils auraient &#233;t&#233; &#171; surpris &#187; d'y d&#233;couvrir, en actes, les contradictions et les impasses du programmatisme. Une &#233;tude m&#233;ticuleuse des mouvements r&#233;volutionnaires aurait r&#233;v&#233;l&#233; que l'activit&#233; des femmes dans ces mouvements participait de l'impossibilit&#233; du programmatisme dans ses propres termes, de ses contradictions et de son d&#233;passement. Qui plus est, la vague du f&#233;minisme moderne dans les ann&#233;es 60 / 70 &#233;tait dans ses pratiques et ses productions th&#233;oriques, de fait, la critique du mouvement ouvrier et de l'affirmation du travail. &lt;i&gt;En d&#233;veloppant ses propres th&#232;mes&lt;/i&gt;, ce f&#233;minisme signifiait au programmatisme qu'il &#233;tait arriv&#233; en bout de course.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Paradoxalement, cette position &#171; pure et dure &#187; en revenait &#224; ne pas aller au bout de la critique du programmatisme et de son d&#233;passement en tant que th&#233;orie de la communisation comme production de l'imm&#233;diatet&#233; sociale de l'individu, cela sur deux points fondamentaux li&#233;s entre eux : la critique de la distinction de genre qui reformule les fondements m&#234;mes de la critique du travail ; la pratique r&#233;volutionnaire comme abolition des classes et du genre et autotransformation des individus. Pour une &#233;laboration th&#233;orique de la communisation, il &#233;tait impossible d'&#233;chapper &#224; la question.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En simplifiant les choses &#224; la limite de la caricature, on peut dire que sur cette question le collectif Sic se fractionna en trois tendances.&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt;Les &#171; classiques &#187; : le rapport entre les hommes et les femmes est un moment de la lutte de classe. Il ne fallait pas toucher &#224; l'unicit&#233; de la contradiction entre le prol&#233;tariat et le capital. On pouvait voir dans cette position se rejouer la fin du programmatisme, l'introduction d'une contradiction entre les hommes et les femmes constituant, avec la contradiction entre prol&#233;tariat et capital, le capital comme contradiction en proc&#232;s, &#233;tait un insupportable coup de gr&#226;ce port&#233; au prol&#233;tariat.&lt;/li&gt;&lt;li&gt;Les tenants du principe unique abstrait-logique se diffusant en une infinit&#233; d'antagonismes et de &#171; malheurs &#187; (principalement les camarades anglaises, cf. supra). La relation hommes / femmes n'&#233;tant qu'une manifestation de la distinction entre des activit&#233;s m&#233;diatis&#233;es par le march&#233; et d'autres non-m&#233;diatis&#233;es par le march&#233;. Encore faudrait-il expliquer pourquoi les premi&#232;res sont le fait d'individus &#224; prostate et les secondes d'individus &#224; ut&#233;rus.&lt;/li&gt;&lt;li&gt;La th&#233;orie de deux contradictions (prol&#233;taires / capital ; femmes / hommes) le devenant l'une par l'autre, les deux proc&#233;dant du travail et du surtravail, de la force de travail comme principale force productive dans tous les modes de production (capital compris) naturalisant une distinction sociale. C'&#233;tait la position de TC (cf. TC 23 et TC 24 et pour un expos&#233; rapide la brochure &lt;i&gt;68 ann&#233;e th&#233;orique&lt;/i&gt;, pp.85 &#224; 92)&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;Les divergences sur l'enjeu central et celles sur sa polarisation relativement au genre n'expliquent pas tout. Alors que les divergences dans Meeting &#233;taient directement et franchement mises sur la table et &#233;taient la vie m&#234;me de Meeting, cela n'a pas &#233;t&#233; le cas pour Sic. Il faut donc distinguer deux choses : d'une part, dans le cadre du mode de production capitaliste issu de la restructuration des ann&#233;es 1970, l'apparition des questions relatives &#224; la centralit&#233; de la lutte des classes et de la contradiction entre prol&#233;tariat et capital, qui se cristallis&#232;rent sur le genre, et, d'autre part, le fait qu'il n'y ait pas eu un d&#233;bat, des affrontements, &#224; l'int&#233;rieur de Sic, sans que ces derniers remettent en cause la publication de la revue et la poursuite en commun du projet. Sic n'avait jamais eu pour vocation d'&#234;tre monolithique. Pourquoi les divergences sont-elles devenues &#233;loignement et incompatibilit&#233; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre d&#233;part (ou impossibilit&#233; &#224; rester) ne vient pas des sujets en eux-m&#234;mes, mais d'une situation dans laquelle la (les) th&#233;orie(s) de la communisation ont &#233;t&#233; amen&#233;es &#224; se scl&#233;roser. Sic a manqu&#233; d'un &#171; ennemi &#187; et encore plus d'un &#171; ennemi intime &#187;, l'Ultragauche avait le mouvement ouvrier organis&#233;, pour Meeting nous avions le d&#233;mocratisme radical, pour Sic : le mode de production capitaliste. Mais comment attaquer un ennemi qui est partout et qui en outre est en lui-m&#234;me la subsomption de la contradiction ? Il ne reste plus que l'ali&#233;nation de chacun et de tous, la litanie sans fin des &#171; malheurs &#187; et des oppressions. La critique th&#233;orique tend alors &#224; se poser en surplomb de ce dont elle parle, alors qu'il lui faut de l'empoignade parfois un peu sale pour &#234;tre vivante. La &lt;i&gt;Wertcritik&lt;/i&gt; est le paradigme d'une &lt;i&gt;th&#233;orie morte&lt;/i&gt; de son absence d'ennemi. Ce n'est pas dans l'empir&#233;e des concepts, mais dans les caniveaux que la th&#233;orie se r&#233;g&#233;n&#232;re. En l'absence d' &#171; ennemi intime &#187; les choses se figent, les syst&#232;mes s'affrontent comme des ensembles clos.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le retournement de situation de 2011-2012, rien ne poussa &#224; aller de l'avant, &#224; ce que les diverses th&#233;ories soient malmen&#233;es par les faits. Les diverses positions devinrent des divergences destin&#233;es &#224; demeurer parall&#232;les ou dans une incompr&#233;hension r&#233;ciproque. Les syst&#232;mes s'affrontent alors en tant que tels. A ce moment l&#224; il n'est pas exag&#233;r&#233; d'&#233;crire comme le fait un camarade grec s'adressant &#224; TC apr&#232;s notre d&#233;part : &#171; Votre probl&#232;me est que vous ne pouvez supporter un projet qui n'est pas productif (en termes de discussion) pour votre conception. Vous voudriez discuter autour de votre conception afin de l'am&#233;liorer ; pour vous, c'est la seule sorte de discussion productive. H&#233;las, cette fois vous n'avez pas du tout discut&#233; sur votre conception. O&#249; est la discussion ? O&#249; sont les r&#233;ponses aux critiques et aux autres positions ? Nulle part dans la liste Sic. Vous avez pr&#233;sent&#233; votre th&#233;orie et vous avez attendu pour voir si elle serait accept&#233;e. Bon cette fois-ci, elle n'a pas &#233;t&#233; accept&#233;e en l'&#233;tat. C'est clair que vous n'avez pas acquis l'h&#233;g&#233;monie dans Sic avec votre nouvelle th&#233;orie (une seule dynamique genre-exploitation, etc.). Au lieu de prendre cela en compte et d'essayer de discuter un peu plus avec vos camarades sur cette nouvelle th&#233;orie vous d&#233;cidez d'abandonner le projet. C'est tout ce qu'il y a &#224; dire. (&#8230;) Sans aucun doute, nous devons &#234;tre clairs entre nous qu'aucune h&#233;g&#233;monie ne sera dor&#233;navant impos&#233;e. En plus de tout le reste, l'h&#233;g&#233;monie politique est p&#233;rim&#233;e, elle est une chose du pass&#233; &#187;. M&#234;me si on ne peut pas ramener le d&#233;part de TC &#224; ce seul fait sans le situer dans le contexte plus large des enjeux dans Sic, du croche-pied que nous fit &#171; l'histoire &#187;, et de nos interrogations plus anciennes sur la validit&#233; de ce projet, ce courrier ne pointe pas moins la scl&#233;rose des positions qui &#233;taient advenue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s notre d&#233;part, un intense et substantiel d&#233;bat s'est d&#233;roul&#233; dans Sic &#224; propos du &#171; changement de paradigme th&#233;orique &#187; que les textes sur la conjoncture et la distinction-contradiction de genre auraient introduit dans TC. Ce d&#233;bat &#233;claire r&#233;troactivement la question de &#171; l'h&#233;g&#233;monie &#187;. Le changement de paradigme th&#233;orique qui nous &#233;tait imput&#233; revenait &#224; nous reprocher d'avoir sabot&#233; les propres fondements th&#233;oriques dont nous avions &#233;t&#233; les artisans et qui &#233;taient &#224; la base du projet Sic. C'est un camarade anglais de &lt;i&gt;Endnotes&lt;/i&gt; qui a le mieux r&#233;sum&#233;, dans un courrier, cette &lt;i&gt;&#233;volution&lt;/i&gt; dans une pr&#233;sentation &#224; laquelle nous souscrivons :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Je pense que si tu lis un texte de TC comme &lt;i&gt;L'auto-organisation est le premier acte de la r&#233;volution, la suite s'effectue contre elle&lt;/i&gt;, il est difficile d'accuser TC d'utiliser des pr&#233;jug&#233;s pour produire le communisme &#224; partir de th&#233;or&#232;mes. Toutes leurs approches consistent &#224; analyser les luttes actuelles dans leur particularit&#233; mat&#233;rielle pr&#233;cis&#233;ment comme &#233;tant probl&#233;matiques &#8211; c'est-&#224;-dire posant le probl&#232;me de la communisation. Ce probl&#232;me se pose au travers de la contradiction qui caract&#233;rise la configuration du rapport de classe dans le cycle / la p&#233;riode actuelle, au travers de l'ill&#233;gitimit&#233; de la revendication salariale et du caract&#232;re asyst&#233;mique des revendications ouvri&#232;res. Cette ill&#233;gitimit&#233; ou asyst&#233;mie des revendications ouvri&#232;res am&#232;ne le prol&#233;tariat &#224; vivre sa propre existence comme classe comme une contrainte ext&#233;rieure objectiv&#233;e dans le capital, c'est-&#224;-dire la formation d'une identit&#233; ouvri&#232;re positive, affirmative, est impossible. Dans cette configuration contradictoire du rapport de classe, l'analyse de TC est que l'action de classe elle-m&#234;me est en auto-contradiction, auto-contraignante ou autodestructive : elle constitue une limite. La nature auto-contradictoire de la lutte de classe dans ce cycle est marqu&#233;e par l'&lt;i&gt;&#233;cart&lt;/i&gt; dans l'action du prol&#233;tariat entre lutter comme classe et remettre en cause l'existence de la classe ou l'appartenance de classe. La formation de cet &lt;i&gt;&#233;cart&lt;/i&gt; est th&#233;oris&#233;e par TC comme la dynamique du cycle actuel. On pourrait dire que cette 'analyse limite' est elle-m&#234;me limit&#233;e, ou, qu'elle ne repr&#233;sente simplement que des th&#233;or&#232;mes postulant la communisation comme un d&#233;passement produit par le jeu entre limite, dynamique et &lt;i&gt;&#233;cart&lt;/i&gt;. Elle aurait alors une composante sp&#233;culative, dans la mesure o&#249; TC eux-m&#234;mes affirment seulement que le probl&#232;me de la communisation est simplement pos&#233; par les luttes actuelles. Ils essayent vraiment, pourtant, de fonder leur analyse sur des luttes actuelles, empiriques. On peut &#234;tre en d&#233;saccord avec le sch&#233;ma interpr&#233;tatif avec lequel TC lit ces luttes, mais ce sch&#233;ma ferait au moins valoir que si leur th&#233;orie de la communisation &#233;tait au d&#233;part de nature &lt;i&gt;d&#233;ductive&lt;/i&gt;, elle &#233;tait dor&#233;navant &lt;i&gt;inductive&lt;/i&gt; (relevant du caract&#232;re mat&#233;riel des luttes elles-m&#234;mes). Dans nombre de leurs textes, TC souligne &#224; plusieurs reprises la n&#233;cessit&#233; d'&#233;tablir un lien th&#233;orique entre les luttes actuelles et la r&#233;volution comme communisation (non que les luttes actuelles rec&#232;lent un germe de la r&#233;volution future comme communisation, mais bien que la communisation est pos&#233;e dans le jeu entre dynamique, limite et &#233;cart : c'est ce jeu qu'ils th&#233;orisent comme engendrant le d&#233;passement produit des rapports sociaux capitalistes). Je pense que la question se ram&#232;ne &#224; savoir si tu penses que la sch&#233;matisation historique de TC est arbitrairement plaqu&#233;e sur les luttes, les adaptant &#224; un ensemble de th&#233;or&#232;mes fonctionnant a priori, ou si tu trouves que leur analyse est convaincante et que tu consid&#232;res que cette sch&#233;matisation est ad&#233;quate &#224; la nature changeante des luttes de classe et au rapport d'exploitation dans les p&#233;riodes qu'ils identifient. (&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La description que je donne ici de la th&#233;orie de TC renvoie &#224; des textes ant&#233;rieurs &#224; 'la conjoncture'. De nombreuses r&#233;actions &#224; ce dernier texte (et leur lettre de rupture) dans et en dehors de Sic semblent tenir pour acquis que leur pr&#233;c&#233;dente th&#233;orie a &#233;t&#233; compl&#232;tement pass&#233;e par-dessus bord, et non modifi&#233;e, amend&#233;e ou d&#233;velopp&#233;e plus avant. Je ne suis pas encore certain de ce qui est vrai, mais je tends &#224; prendre la deuxi&#232;me position. Je ne suis pas s&#251;r que le recours &#224; la boite &#224; outil althuss&#233;rienne de structures / instances / contradiction dans la dominante et la structure / instance / contradiction dans la d&#233;terminante (d&#233;termination par une structure / contradiction en derni&#232;re instance), dans le but d'int&#233;grer la contradiction de genre, invalide ou soit en tension avec leur th&#233;orie du rapport contradictoire entre le prol&#233;tariat et le capital telle qu'elle fonctionnait auparavant. &#187;. Et, quelques jours apr&#232;s : &#171; j'imagine que la mobilisation des concepts althuss&#233;riens dans le texte &lt;i&gt;Conjoncture&lt;/i&gt; &#233;tait motiv&#233;e par le besoin de th&#233;oriser le probl&#232;me de comment comprendre les contradictions dans la soci&#233;t&#233; capitaliste et les relations qu'elles entretiennent entre elles. Je ne suis toujours pas convaincu que cette complexification (peut-&#234;tre un meilleur terme que 'modification', 'adjonction' ou 'd&#233;veloppement en plus') de la th&#233;orie de TC invalide n&#233;cessairement la th&#233;orie du rapport d'exploitation entre capital et prol&#233;tariat telle qu'elle &#233;tait pr&#233;c&#233;demment d&#233;velopp&#233;e. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avant m&#234;me la rencontre d'&#233;t&#233; de 2013 qui tourna court au bout de quarante huit heures dans des circonstances sur lesquelles nous reviendrons plus loin, la dynamique th&#233;orique de Sic n'existait d&#233;j&#224; plus. &#171; Communisateur &#187; &#233;tait devenu une appellation et une posture, un marqueur identitaire dont le r&#233;f&#233;rent s'&#233;tait momentan&#233;ment (?) &#233;vanoui. En juin 2013, un mois avant le summercamp fatidique et notre d&#233;part de &lt;i&gt;Sic&lt;/i&gt;, on pouvait lire &lt;i&gt;dans un &#233;change interne &#224; TC&lt;/i&gt; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le rapprochement de TC avec les activistes s'est fait autour d'enjeux pr&#233;cis, avec la question du d&#233;mocratisme radical vis-&#224;-vis duquel TC apportait des arguments pour la pol&#233;mique, autour de l'id&#233;e de communisation imm&#233;diate, sans oublier la critique de l'alternative et de toutes les formes avant-gardistes ou imm&#233;diatistes. Les activistes sont ce qu'ils sont, mais ils ont un int&#233;r&#234;t imm&#233;diat &#224; tenter de comprendre le pr&#233;sent, &#224; la limite pour de simples raisons de business ce qui pose la limite de ne comprendre du pr&#233;sent que ce qui peut servir le business. Mais aujourd'hui, il se trouve que le d&#233;mocratisme radical est moribond, que la distinction avec les 'alternos' de tous poils est bien pos&#233;e sans que &#231;a produise grand-chose, que la crise reste l&#224; sans qu'elle d&#233;clenche, du moins chez nous, les grandes vagues &#233;meuti&#232;res que la Gr&#232;ce semblait promettre, que la Gr&#232;ce elle-m&#234;me chez qui on voyait le fer de lance de la r&#233;volution en marche est juste KO, et du coup, il n'y a pour l'heure plus grand-chose &#224; gratter. Les &#171; communisateurs &#187; ont pu opposer aux autres identit&#233;s du milieu une sorte de contre-posture qui consistait &#224; dire 'nous, on ne se prend pas pour des r&#233;volutionnaires' (sous-entendu : ce qui fait de nous de vrais r&#233;volutionnaires), mais une fois &#231;a pos&#233;, on se demande ce qu'on va bien pouvoir faire et ce qu'on est, au juste. Sans habillage id&#233;ologique autour de ce qu'on fait, on se sent vite &#224; poil.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La notion de conjoncture (th&#232;me central de TC 24) n'apporte pas grand-chose tactiquement au milieu, pas plus que la double contradiction (classe / genre, d&#233;velopp&#233;e dans TC 23 et 24) ne lui apporte de quoi exister politiquement, et on dirait qu'il ne sait plus trop que faire de la th&#233;orie en question. Et on ne peut pas s'attendre &#224; ce que ce milieu fasse de la th&#233;orie sans en attendre une gratification politico-prestigeo-relationnelle quelconque, des objectifs &#224; poser, etc. C'est-&#224;-dire qu'il se pose sans cesse la bonne-mauvaise question du '&#224; quoi &#231;a (nous) sert, la th&#233;orie ?' Et, qu'on le veuille ou non, le fait que cette question soit pos&#233;e, c'est aussi ce qui a fait que la rencontre entre TC et les activistes a pu &#234;tre productive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; En ce qui concerne les universitaires, j'ai vraiment du mal &#224; voir leurs motivations, outre celles de montrer qui est le plus intelligent en d&#233;tricotant le premier concept venu, ou &#233;ventuellement aussi la possibilit&#233; d'avoir une expertise monnayable, mais &#231;a ne concerne que les 'pros', pas beaucoup de gens je pense. Mais je ne crois pas qu'eux se demandent vraiment &#224; quoi &#231;a sert, la th&#233;orie, et je crois que c'est &#231;a qui me g&#234;ne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Bien s&#251;r que la th&#233;orie lourde et l'analyse des luttes ne peuvent pas &#234;tre dissoci&#233;es et je ne pense vraiment pas que TC fasse &#231;a, mais en tout cas c'est un fait que les chantiers th&#233;oriques les plus r&#233;cents engag&#233;s par TC exigent un gros travail de reformulation et de brassage de concepts dans lequel les universitaires sont plus &#224; l'aise que d'autres, qui connaissent un peu moins bien Kant et Aristote (les r&#233;f&#233;rences, quelle que soit leur utilit&#233;, &#231;a en conforte aussi certains et en exclut d'autres, c'est m&#234;me fait pour &#231;a, socialement parlant). La formule &lt;i&gt;Sic&lt;/i&gt;, compar&#233; &#224; &lt;i&gt;Meeting&lt;/i&gt;, dans la situation actuelle, est plus propre &#224; attirer ces gens-l&#224;. C'est comme &#231;a. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Entre &#171; la fin de parcours de l'activisme et la mont&#233;e de l'acad&#233;misme &#187; (&lt;i&gt;courrier interne&lt;/i&gt;, juin 2013), dans Sic, la communisation &#233;tait en passe de devenir soit un slogan creux en regard de la s&#233;quence que nous traversons, soit le marqueur de la &#171; meilleure &#187; lecture ex&#233;g&#233;tique des textes marxiens. Dans le cours de ces &#233;changes de juin 2013, sans circonvolutions, cette situation &#233;tait d&#233;sign&#233;e, dans un autre courrier, comme &#171; ce qui nous gonfle dans Sic &#187; et si, depuis deux ans nous &#171; tournions autour du pot &#187;, il fallait &#171; mettre les pieds dans le plat &#187;. Mais nous n'avons pas mis les pieds dans le plat, c'est le plat qui s'est renvers&#233; sur notre t&#234;te. Nous nous &#233;tions cr&#251; plus forts que les dynamiques d&#233;l&#233;t&#232;res qui ont surgis d&#232;s le d&#233;but.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cette situation la production th&#233;orique de TC et la fa&#231;on dont nous acceptions qu'elle soit re&#231;ue et reprise n'&#233;taient pas &#233;trang&#232;re &#224; cette &#233;volution. Comme le soulignait un camarade de TC apr&#232;s la rupture de juillet 2013 : &#171; On n'est jamais pris dans une affaire sans y avoir mis la main &#187;, ajoutant que, malgr&#233; le c&#244;t&#233; microscopique et d&#233;risoire de la chose, &#224; l'int&#233;rieur de &lt;i&gt;Meeting&lt;/i&gt; puis de &lt;i&gt;Sic&lt;/i&gt;, nous avons accept&#233;, assum&#233; et nourri la constitution et l'utilisation de TC comme p&#244;le th&#233;orique caricatural : syst&#233;matique, englobant, totalisant et&#8230;herm&#233;tique. Dans son syst&#233;matisme, sa vocation totalisatrice pour ne pas dire totalitaire, &#171; le destin du corpus TC &#233;tait de devenir un canon &#187;, comme n'arr&#234;tait pas de le r&#233;p&#233;ter en interne un participant &#224; TC qui depuis a pr&#233;f&#233;r&#233; prendre ses distances : &#171; L'alliance, l'accord, le compromis avec le milieu universitaire n'est qu'un sympt&#244;me &#187;, &#233;crivait ce camarade qui poursuivait : &#171; Ce qui faisait l'originalit&#233; de TC est en passe d'&#234;tre classifi&#233; et momifi&#233; en '&lt;i&gt;French Communist Theory'&lt;/i&gt;, &#224; la fa&#231;on justement dont les structuralistes fran&#231;ais furent en leur temps port&#233;s au pinacle de la critique (litt&#233;raire, linguistique, psychanalytique), puis mis en coupe r&#233;gl&#233;e de l'intellectualisme. Le facteur essentiel de ce devenir, ce qui fait que l'on pourra retrouver bient&#244;t TC comme &#233;l&#233;ment de corpus critique/marxiste/postmarxiste/n&#233;oradical/&lt;i&gt;whatever&lt;/i&gt;, c'est la traduction en anglais d'une partie 'fondamentale' de ses productions, partie qui va se s&#233;dimenter comme un bon testament, port&#233; par de bons ap&#244;tres. Lesquels, et les suivants &#224; leur suite, gloseront &#224; l'infini &#224; partir de concepts qui n'auront jamais souhait&#233; &#234;tre canoniques &#187;. L'anglais c'est la forme prise par la rigidification du corpus TC vis-&#224;-vis de sa production et l'impossibilit&#233; de ce qui fut toujours tr&#232;s efficace dans cette production : la pol&#233;mique. Les pol&#233;miques que nous pouvons actuellement entreprendre sont tr&#232;s peu la source d'&#233;laborations nouvelles et tend &#224; n'&#234;tre plus que la r&#233;affirmation par nous-m&#234;mes d'une pens&#233;e qui s'ossifie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est donc dans un contexte d&#233;j&#224; d&#233;l&#233;t&#232;re que commen&#231;a la r&#233;union d'&#233;t&#233; de juillet 2013. Le texte d'ao&#251;t justifiant notre rupture avec Sic, intitul&#233; &lt;i&gt;Sic Fin de Parti(e)&lt;/i&gt; (dont nous reproduisons ci-dessous de larges extraits), relate d'abord les &#233;v&#233;nements et les causes imm&#233;diates de la rapide interruption de cette r&#233;union puis &#233;largit le propos aux impasses auxquelles le projet se trouvait confront&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le projet Sic, pour nous, est mort. Les &#233;v&#233;nements du Summercamp n'ont fait qu'achever un malade que l'on aurait pu, il est vrai, maintenir encore quelque temps sous perfusion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La violence, pas seulement verbale (quelqu'un a &#233;t&#233; bouscul&#233; et s'est retrouv&#233; &#224; terre), sous la forme sexiste qu'elle a rev&#234;tue en se r&#233;p&#233;tant par trois fois ne pouvait plus &#234;tre consid&#233;r&#233;e comme un regrettable d&#233;rapage. M&#234;me si, par pure hypoth&#232;se, cela &#233;tait arriv&#233; dans un ciel serein, cela aurait suffi pour justifier l'arr&#234;t de la rencontre et le d&#233;part de la majorit&#233; des participants. (&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Ces faits qui auraient &#233;t&#233; &#224; eux seuls suffisants pour interrompre la r&#233;union et largement hypoth&#233;quer les relations entre de nombreux participants &#224; Sic et par l&#224; la poursuite du projet ont &#233;t&#233; &#233;galement, pour nous, le coup de gr&#226;ce non accidentel port&#233; &#224; un projet d&#233;j&#224; moribond. L'inflation du nombre de participants &#224; la liste, la diversit&#233; grandissante de leurs origines g&#233;ographiques ne nous donnent qu'une addition et non un projet commun. Le th&#232;me de la &#171; communisation &#187; et l'appellation de &#171; communisateurs &#187; peuvent devenir &#224; la mode simplement comme une distinction, comme une peur du vide &#224; l'int&#233;rieur du vide. (&#8230;) Alors on se met &#224; manipuler un peu &#224; tort et &#224; travers &#171; l'appartenance de classe comme contrainte ext&#233;rieure &#187;, l' &#171; &#233;cart &#187;, parfois m&#234;me la &#171; conjoncture &#187; ou &#171; l'intrication des contradictions de classes et de genres &#187; un peu comme des mantras. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[Apr&#232;s &#234;tre revenu sur le c&#244;t&#233; maximaliste &#224; contretemps du projet (cf. &lt;i&gt;supra&lt;/i&gt;), le texte se poursuit]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le cours de la crise s'est r&#233;v&#233;l&#233; beaucoup plus complexe, mettant en mouvement des classes, des segments de classe et des formations sociales h&#233;t&#233;rog&#232;nes que nous avions n&#233;glig&#233;s, non pas dans une analyse g&#233;n&#233;rale du capital mais dans les raisons d'&#234;tre de cette revue. Il arrive que le c&#339;ur prenne le pas sur la cervelle. Nous ne pensons pas qu'une p&#233;riode nouvelle s'ouvre, p&#233;riode de restructuration, mais une sous-p&#233;riode de cette crise dans laquelle ce sont des conflits essentiellement d&#233;termin&#233;s par les caract&#233;ristiques de la phase du mode de production capitaliste entr&#233;e en crise qui &#233;clatent. Cela peut &#234;tre des insurrections on ne peut plus ouvri&#232;res ou des indignations de classes moyennes (l&#224;-dessus nous pensons qu'il faut &#234;tre clair sur la sp&#233;cificit&#233; de la classe moyenne et arr&#234;ter de naviguer entre interclassisme et intra-classisme), cela avec tous les probl&#232;mes que tente de cerner le concept de conjoncture avec son id&#233;e de crise de l'ordonnancement des instances comme crise de l'autopr&#233;supposition et focalisation des contradictions. Sur ce dernier point, nous nous risquerons &#224; dire que la focalisation actuelle c'est l'Etat et plus pr&#233;cis&#233;ment la crise de la &lt;i&gt;d&#233;nationalisation de l'Etat&lt;/i&gt;&lt;i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir une pr&#233;sentation de cette id&#233;e dans Une s&#233;quence particuli&#232;re.&#034; id=&#034;nh2-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/i&gt; que l'on peut rattacher &#224; la th&#233;orie du zonage tripartite devenu contreproductif dans la crise actuelle (TC 24, p.28) et &#224; la disjonction valorisation du capital / reproduction de la force de travail (Turquie, Br&#233;sil, les derniers affrontements en Egypte, la r&#233;currence des luttes en Chine, au Bengladesh, etc. ; sans parler de l'Europe occidentale). Une focalisation des contradictions qui dans cette instance et ce mat&#233;riau l&#224; n'a aucune finalit&#233; inscrite et est lourde de plein de dangers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Pour comprendre cette sous-p&#233;riode ouverte par les &#171; r&#233;volutions arabes &#187;, il faut partir&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1) de l'identit&#233; de &lt;i&gt;cette&lt;/i&gt; crise entre sous-consommation et suraccumulation, de l&#224; &#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2) crise d'une d&#233;termination d&#233;finitoire de la p&#233;riode du MPC entrant en crise : la tripartition zonale&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3) depuis les &#171; indign&#233;s &#187;, puis les r&#233;voltes arabes, Turquie, Br&#233;sil, etc., sans oublier la Gr&#232;ce ou le Portugal : perte de coh&#233;rence du syst&#232;me : la tripartition est devenue contre-productive (TC 24, p.28), tant pour le prol&#233;tariat que pour les classes moyennes et la classe capitaliste. Personne ne sait o&#249; il va.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Cette focalisation des contradictions comme &lt;i&gt;crise de l'Etat&lt;/i&gt; (un Etat d&#233;nationalis&#233;) a ouvert de multiples possibles : le nationalisme pas seulement comme id&#233;ologie de la lutte des classes mais comme travail de recomposition du cycle mondial. La d&#233;connexion entre valorisation du capital et reproduction de la force de travail &#233;tait un syst&#232;me mondial. La Chine, l'Inde, le Br&#233;sil, sont pris en tenaille entre leur r&#244;le fonctionnel dans le syst&#232;me qui s'effondre et leur propre d&#233;veloppement acquis qu'ils ne peuvent encore faire valoir pour lui-m&#234;me. Ces pays y avaient leur place &#224; la fois comme puissances &#233;conomiques autonomes montantes et pi&#232;ces de cette structure mondiale. Une reconfiguration du cycle mondial du capital supplantant la globalisation actuelle (une renationalisation des &#233;conomies d&#233;passant / conservant la globalisation, une d&#233;financiarisation du capital productif - ? -) est une hypoth&#232;se hors de notre port&#233;e car hors de ce cycle de luttes, elle suppose la r&#233;volution telle que ce cycle la porte battue et, dans cette d&#233;faite, une restructuration du mode de production capitaliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Si actuellement, le probl&#232;me c'est l'Etat, simultan&#233;ment tout ce qui en fait le probl&#232;me le pr&#233;sente comme la solution. La limite des luttes de toutes les classes &lt;i&gt;et ce qui les unit&lt;/i&gt;, c'est de situer leurs luttes comme red&#233;finition de l'Etat, parce qu'elles-m&#234;mes existent, comme luttes, en tant que moment de la crise du zonage. La diversit&#233; des luttes actuelles et des classes ou segments de classes qui les portent ne se r&#233;soudra pas dans une conjonction des luttes mais dans des conflits, dans l'imposition par certaines tendances de leur caract&#232;re dominant aux autres tendances ce qui ne peut manquer de transformer la tendance dominante elle-m&#234;me en tant qu'elle devient alors agent du d&#233;passement de l'ensemble des contradictions existantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Dans cette intrication entre la crise d'un Etat d&#233;nationalis&#233;, l'interclassisme et des luttes ouvri&#232;res centrales mais qui ont dans cet interclassisme leur raison d'&#234;tre et leur limite se jouent &#224; la fois l'impasse de ces luttes, leur n&#233;gation &#224; partir d'elle-m&#234;me, la possibilit&#233; de leur d&#233;passement et &lt;i&gt;last but not least&lt;/i&gt; la restructuration du mode de production capitaliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le projet Sic aurait pu avoir un sens en se resituant dans cette &lt;i&gt;situation&lt;/i&gt; pour pouvoir &#234;tre une sorte de franchise utilisable et utilis&#233;e en dehors de ses producteurs imm&#233;diats ce qui a sembl&#233; commencer &#224; &#234;tre le cas. C'est cette sous-p&#233;riode qui pouvait &#234;tre l'objet et la raison d'&#234;tre de Sic et non l'affirmation beno&#238;te de la perspective communisatrice et d'une s&#233;rie de &#171; Que sais-je &#187; sur la &lt;i&gt;Communisation&lt;/i&gt; et les &lt;i&gt;Mesures communistes&lt;/i&gt;. Cette perspective doit &#234;tre r&#233;investie dans cette analyse du temps pr&#233;sent sous peine d'&#234;tre &lt;i&gt;normative&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;id&#233;ale&lt;/i&gt; et plus encore doit en &#234;tre d&#233;duite. M&#234;me si les termes utilis&#233;s peuvent &#234;tre g&#234;nants, la &#171; seconde p&#233;riode de la restructuration &#187; des camarades grecs d&#233;signe quelque chose de vrai. Appeler cela &#171; Temps des &#233;meutes &#187;, pourquoi pas ? Le texte &lt;i&gt;De la Su&#232;de &#224; la Turquie&lt;/i&gt;&lt;i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir dans Sic 2&#034; id=&#034;nh2-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/i&gt; est arriv&#233; &#224; temps, car il &#233;tait grave que personne, nous y compris, ne propose d'analyse et d'atelier portant sur : o&#249; en sommes-nous dans la crise ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Mais voil&#224; ce n'est pas ce qui s'est pass&#233;. Face aux propositions de coupe dans le sommaire et de recentrage on a vu la lev&#233;e de boucliers des auteurs offusqu&#233;s jusqu'&#224; traiter cette proposition &#171; d'inacceptable &#187; (ce qui signifie que ce n'est m&#234;me pas discutable), on y a vu un putsch politique de TC si ce n'est m&#234;me une 'appropriation du projet par une organisation', chose 'inacceptable' dans la mesure o&#249;, &#224; ce propos, sans rire, quelqu'un d&#233;clare que 'la propri&#233;t&#233; est une cat&#233;gorie bourgeoise' (sans blague)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Faites par un membre de TC, ces propositions &#233;taient destin&#233;es, face &#224; la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Le recentrage propos&#233; ne souffrait m&#234;me pas d'&#234;tre discut&#233;, chacun voulant avoir son quart d'heure de gloire au soleil de Sic. Faire de la th&#233;orie &#224; partir de 'r&#233;cits de luttes', quelle horreur alors que nous sommes l&#224; pour confronter nos opinions sur LA Communisation. Que Sic devienne une boite &#224; lettres, c'est sans int&#233;r&#234;t &#8230; mais cela ne nous concerne plus !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; De notre point de vue, du fait de l'&#233;vanouissement de la perspective initiale pour laquelle la perspective communisatrice allait se lire &#224; livre ouvert dans le d&#233;veloppement de la crise, Sic s'est trouv&#233; pris dans un ciseau infernal entre d'une part, une impossibilit&#233; de se d&#233;barrasser du milieu activiste, cadavre qui bouge encore et a m&#234;me repris du service lors du mouvement contre la r&#233;forme des retraites en zombie d'un programmatisme radical, et, d'autre part, un acad&#233;misme marxiste de bon ton qui pouvait, en raison m&#234;me de cet &#233;vanouissement et de ce brouillage, hypostasier la th&#233;orie communisatrice comme &lt;i&gt;id&#233;e&lt;/i&gt; et comme &lt;i&gt;norme&lt;/i&gt;, donc sans enjeux. Contrairement &#224; ce que nous pensions dans &lt;i&gt;Fin de Meeting&lt;/i&gt;, avec la communisation, les uns peuvent encore faire semblant de gesticuler ; et les autres s'&#233;vertuer &#224; restaurer le marxisme en tant que v&#233;rit&#233; actuelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Pour les uns et pour les autres, ce qui prime c'est la communisation comme &lt;i&gt;but&lt;/i&gt;, comme &lt;i&gt;id&#233;e&lt;/i&gt;. Le d&#233;bat sur la valeur et la planification dans le communisme (appelons cela ainsi), un des rares a avoir eu lieu sur la liste Sic, a &#233;t&#233; significatif de cette situation&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ce d&#233;bat a montr&#233; que pour certains la communisation peut aussi &#234;tre un (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. D&#233;bat prospectif et normatif qui a oubli&#233; que la question de la persistance de la valeur ne r&#233;side pas dans l'historicit&#233; ou non des abstractions ou dans la meilleure fa&#231;on de faire bouillir la marmite, mais dans les conditions actuelles de la lutte des classes et, par l&#224;, dans le peu que l'on peut savoir du cours r&#233;volutionnaire &#233;ventuel port&#233; par ce cycle de luttes : les mesures communistes&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir dans ce n&#176; le texte Communisation, communisme, valeur.&#034; id=&#034;nh2-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Mais voil&#224; c'&#233;tait trop tard. Activisme pr&#233;sentant la communisation comme solution et perspective aux luttes comme on pouvait le faire auparavant d'un &#171; Gouvernement d'Union populaire &#187; et acad&#233;misme faisant de la communisation la lecture actuelle la plus ad&#233;quate sur le march&#233; des concepts marxiens en faisant attention de ne pas trop critiquer les &#226;neries de certains ma&#238;tres&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Comme Chris Arthur et sa &#171; dialectique syst&#233;matique &#187;&#034; id=&#034;nh2-12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, avaient format&#233; la vie de Sic. Dans le brouillage &lt;i&gt;r&#233;el&lt;/i&gt; de la perspective communisatrice, celle-ci &#233;tait devenue &lt;i&gt;id&#233;e&lt;/i&gt; ou &lt;i&gt;slogan&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Tout cela nous l'avions depuis longtemps explicitement en t&#234;te et de nombreux pr&#233;sages &#233;taient advenus mais, dans le brouillage de la perspective communisatrice, le m&#233;dia &#233;tait devenu le but. La pr&#233;servation et l'extension d'un 'milieu th&#233;orique communisateur' a rapidement pr&#233;valu sur l'ad&#233;quation historique et sociale n&#233;cessaire &#224; toute revue et sont devenues leur propre but. Nous avons volontairement voulu consid&#233;rer les rodomontades et embrouilles activistes, les expos&#233;s universitaires sur &lt;i&gt;power point&lt;/i&gt; et la r&#233;p&#233;tition improductive de quelques concepts comme des &#233;piph&#233;nom&#232;nes au nom de la diversit&#233; n&#233;cessaire du courant communisateur alors que nous ne cherchions qu'&#224; &lt;i&gt;pr&#233;server notre propre confort th&#233;orique et 'social'&lt;/i&gt; sous couvert d'un comportement responsable et de la n&#233;cessit&#233; des d&#233;bats. Les divergences doivent &#234;tre clarifi&#233;es, on ne peut faire l'&#233;conomie de la dispersion actuelle, elle est n&#233;cessaire et bienvenue. La forme 'd'&#234;tre ensemble' s'est r&#233;v&#233;l&#233;e pr&#233;matur&#233;e et parfois contre-productive. Il faut dire cependant que jusqu'&#224; ce que l'apparence m&#234;me d'en-commun disparaisse avec la th&#233;orie de la contradiction de genres, jusqu'&#224; ce qu'en un lieu, en un jour, en un fait accompli toutes les tensions explosent, nous esp&#233;rions. L'espoir, cette blessure la plus proche du soleil.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Cela nous est revenu sur la figure. Les acad&#233;miciens n'avaient besoin que de leurs propres r&#233;flexions et de la parution de la revue si possible &#233;paisse et de bonne facture et pouvaient se dispenser des r&#233;unions ; les activistes, sans grain &#224; moudre, n'avaient plus que leur nombril &#224; se disputer dans un besoin vital de ces m&#234;mes r&#233;unions et de la revue comme vitrine de leur existence et de leur identit&#233; ; la contradiction de genres avait fait exploser le consensus originel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Comme la nu&#233;e porte l'orage, les &#233;v&#233;nements de ce &lt;i&gt;summercamp&lt;/i&gt; ne sont donc pas arriv&#233;s dans des cieux limpides. Quand les modes de vie deviennent des enjeux &#171; th&#233;oriques &#187; et &#171; politiques &#187;, le pire est &#224; attendre. (&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; En conclusion, pour nous, entre les lames de ces ciseaux, il n'y a plus rien &#224; faire actuellement dans Sic, d'autant plus que symptomatiquement la question des contradictions de classes et de genres est brutalement et exp&#233;rimentalement expos&#233;e. Il semble &#224; la lecture des courriers qui ont suivi les &#233;v&#233;nements de cet &#233;t&#233; que l'&#233;chec de la r&#233;union et la r&#233;flexion sur ses raisons sont devenus anecdotiques. D&#233;j&#224;, imm&#233;diatement apr&#232;s, il ne s'agissait plus sur la liste Sic que de poursuivre le &lt;i&gt;business as usual&lt;/i&gt; en demandant, quand on y songeait, aux &lt;i&gt;deux&lt;/i&gt; protagonistes de se &#171; r&#233;concilier &#187; et &#224; ceux qui se d&#233;sinscrivaient de la liste de r&#233;agir en personnes &#171; responsables &#187; (il est &#224; noter que cet appel &#224; la &#171; responsabilit&#233; &#187; n'a &#233;t&#233; lanc&#233; que quand des membres de TC se sont d&#233;sinscrits et encore seulement quand il s'est agi de deux d'entre eux en particulier). On n'y a m&#234;me vu que la pente bien fran&#231;aise &#224; l'agressivit&#233; et &#224; l'intimidation (&lt;i&gt;bullying&lt;/i&gt;) : la &lt;i&gt;french touch&lt;/i&gt;. Tout le monde sachant que la France bien s&#251;r c'est Ast&#233;rix.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le sujet principal est maintenant l'h&#233;g&#233;monie de TC et le grand soulagement qu'a suscit&#233; chez certains le d&#233;part de ses membres. Si notre d&#233;part et celui d'autres camarades peut avoir cet effet, tant mieux. Bonne route et bonne chance. Pour ceux qui regrettent ce d&#233;part ou y voit un abandon, nous disons seulement qu'il y a des moments, jamais fortuits, o&#249; des choix sont &#224; faire. &lt;i&gt;Il faut rompre&lt;/i&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(&lt;i&gt;Sic : Fin de Parti(e)&lt;/i&gt;, 10 ao&#251;t 2013)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce texte, les raisons de notre rupture sont pr&#233;sent&#233;es de fa&#231;on l&#233;g&#232;rement biais&#233;e. Quand nous reprochons &#224; nos camarades de poursuivre, comme si de rien n'&#233;tait, le '&lt;i&gt;business as usual&lt;/i&gt;', l'honn&#234;tet&#233; nous oblige &#224; dire que nous-m&#234;mes avons cherch&#233; &#224; tout faire pour que ce &lt;i&gt;business&lt;/i&gt; se poursuive et ce malgr&#233; toutes les pr&#233;ventions que nous pouvions exprimer avant m&#234;me la rencontre. Nous &#233;tions pr&#234;ts &#224; organiser une r&#233;union de remplacement sur Marseille &#224; la fin de l'automne et nous avons fait des propositions de sommaire pour les n&#176; 2 et 3 de &lt;i&gt;Sic&lt;/i&gt;. C'est &#224; l'occasion de ces propositions que, de fa&#231;on parfois peu am&#232;nes, furent soulev&#233;s la question et le probl&#232;me de l' &#171; h&#233;g&#233;monie de TC &#187;. Disons le tout net, c'est quand cette question est devenue le sujet principal des &#233;changes que nous part&#238;mes. Nous avons rompu avec Sic comme rupture de TC avec Sic et non explicitement comme d&#233;part sur les probl&#232;mes fondamentaux de Sic que nous avions pourtant bien cern&#233;s, ce qui ne fut pas sans cons&#233;quences vis-&#224;-vis des autres participants &#224; Sic qui avaient &#233;galement rompu et ne pouvaient s'associer &#224; la rupture telle que nous l'avons effectu&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce fut une rupture tr&#232;s mal g&#233;r&#233;e, pas faite sur les vraies questions, celles de la violence sexiste qui &#233;tait survenue et des impasses de Sic (m&#234;me si le texte de rupture recadre a posteriori les choses), mais au moins on ne peut nous accuser de pr&#233;m&#233;ditation et de strat&#233;gie.{}&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Fin du trend&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De grandes illusions s'effondr&#232;rent dans cet &#233;t&#233; 2013.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Il connut la m&#233;lancolie des paquebots, les froids r&#233;veils sous la tente, l'&#233;tourdissement des paysages et des ruines, l'amertume des sympathies interrompues. Il revint &lt;/i&gt; &#187; (Flaubert, &lt;i&gt;L'Education sentimentale&lt;/i&gt;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En sommes-nous revenus et dans quel &#233;tat ? Le marasme, nous l'avons emport&#233; avec nous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les summercamps, les relations diverses croissantes, etc. ont masqu&#233; un certain temps le propre marasme de et dans TC. Nous nous laissions aller &#224; une sorte d'hubris qu'un camarade anglais, consid&#233;rant notre lettre de rupture avec Sic comme une autocritique, n'a pas manqu&#233; de pointer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; On peut et on doit critiquer TC de projeter sur d'autres les probl&#232;mes qu'ils ont eux-m&#234;mes cr&#233;&#233;s ou contribu&#233;s &#224; cr&#233;er, mais on ne peut pas leur reprocher de ne pas les reconnaitre comme probl&#232;mes. (&#8230;) L'enthousiasme &#233;vident de TC pour les disciples (au sein du groupe et &#224; l'ext&#233;rieur) fait de leur plainte au sujet des disciples qui r&#233;gurgitent leurs concepts, dans Fin de Parti(e), un exemple tr&#232;s frappant de projection. (&#8230;) Je ne pense pas que TC a initialement recherch&#233; des disciples &#224; l'&#233;tranger (leurs nombreuses ann&#233;es dans le d&#233;sert suffisent &#224; prouver le contraire), mais lorsque ces disciples, y compris universitaires, se sont r&#233;v&#233;l&#233;s, ils ont beaucoup fait pour les encourager. (&#8230;) Je pense que TC a absolument raison de souligner notre utilisation de leurs formules comme ressemblant &#224; des mantras. J'ai remarqu&#233; cela dans ma propre &#233;criture. Lorsque j'essaie d'exprimer ce que je crois &#234;tre de la perspicacit&#233; dans tel ou tel texte de TC, je trouve souvent que je ne peux pas le faire sans r&#233;p&#233;ter mot pour mot leurs formulations. C'est un mauvais signe, et TC a raison de voir cela comme un probl&#232;me. On ne peut qu'esp&#233;rer qu'ils appliquent maintenant cette critique de la r&#233;p&#233;tition en mantras &#224; leurs propres concepts et formules. (&#8230;) C'est en grande partie l'enthousiasme apparent de TC &#224; entretenir des disciples qui m'a rendu sceptique par rapport &#224; Sic, &#233;tant donn&#233; qu'il &#233;tait clair d&#232;s le d&#233;part que TC pourrait jouer un r&#244;le h&#233;g&#233;monique dans le projet. (&#8230;) Je craignais qu'ils finissent par croire &#224; leur propre popularit&#233;. Une des raisons de la popularit&#233; de TC, c'est que leur style obscur semble sugg&#233;rer l'existence d'un syst&#232;me th&#233;orique enti&#232;rement travaill&#233;, hors de vue, et qui ne pourrait &#234;tre saisi que si seulement on pouvait se pencher encore plus sur leurs textes, trouver plus de traductions, etc. &lt;i&gt;Bien s&#251;r TC sait que cela n'existe pas, ils &#233;crivent explicitement que TC est un &#171; chantier permanent &#187;&lt;/i&gt; (soulign&#233; par nous). Mais quand les autres confondent la fa&#231;ade improvis&#233;e avec un v&#233;ritable syst&#232;me, les membres de TC ont la mauvaise habitude de ne pas les corriger. (&#8230;) En fin de compte, je pense que cela d&#233;coulait d'une r&#233;action mal ma&#238;tris&#233;e &#224; leur propre popularit&#233; apparemment croissante. Mal ma&#238;tris&#233;e, parce qu'elle ne comprend pas le c&#244;t&#233; probl&#233;matique de cette popularit&#233; ; ils ont confondu l'effet d'un petit nombre de traductions sur un minuscule milieu des disciples potentiels (beaucoup d'entre eux dans le milieu universitaire) pour la r&#233;sonnance finale mondiale historique de leurs formules longuement concoct&#233;es. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand nous avons rompu avec cette com&#233;die, nous nous sommes retrouv&#233;s face &#224; nous-m&#234;mes. C'est-&#224;-dire face &#224; deux probl&#232;mes : les modalit&#233;s d'&#233;laboration th&#233;orique interne &#224; TC ; la question de la th&#233;orie comme syst&#232;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Commen&#231;ons par le premier. Ne comprenant pas ce qu'est en fait l'acad&#233;misme, mais l&#224; n'est pas la question, l'auteur de la critique pr&#233;c&#233;dente &#233;crivait dans le m&#234;me texte : &#171; Quoi de plus 'acad&#233;mique' qu'une &#233;criture collective o&#249; l'&#233;criture proprement dite est presque exclusivement l'apanage d'un professeur vieillissant, dont les autres membres ont tendance &#224; jouer le r&#244;le de disciples, r&#233;gurgitant, souvent mot pour mot, les formulations du ma&#238;tre. &#187; Si la formulation est outr&#233;e et si chacun-e- dans TC (y compris le &#171; professeur vieillissant &#187;) prend le corpus t&#233;c&#233;iste selon sa compr&#233;hension, ses besoins et l'utilit&#233; qu'elle/il peut en avoir &#224; un moment donn&#233; , il est vrai que le mode de production th&#233;orique interne &#224; TC est &lt;i&gt;devenu&lt;/i&gt; un probl&#232;me pesant. En effet, ce mode de fonctionnement d&#233;nonc&#233; dans la citation pr&#233;c&#233;dente a toujours &#233;t&#233;, durant des dizaines d'ann&#233;es, un peu probl&#233;matique, mais sans que se pose la question : &#171; que faisons-nous ensemble ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut trouver deux causes &#224; ce &lt;i&gt;devenir&lt;/i&gt;. Premi&#232;rement, le fait que les enjeux de la production th&#233;orique nous &#233;chappent ; deuxi&#232;mement, TC comme syst&#232;me th&#233;orique &#224; pr&#233;tention totalitaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que faisons nous ensemble ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Donc, fin de la p&#233;riode ouverte en 1995 et n&#233;cessit&#233; d'un bilan. OK, mais l'essentiel c'est ce qu'il faut dire maintenant sur notre pr&#233;sent. O&#249; en sommes-nous ? Pourquoi maintenant le c&#244;t&#233; &#171; d&#233;risoire &#187; de ce que nous faisons nous saute &#224; la gorge ? La production th&#233;orique continue, mais elle n'est plus, pour nous, imm&#233;diatement, embarqu&#233; dans rien (ou alors nous ne le percevons plus). Elle ressemble par certains c&#244;t&#233;s &#224; une machine folle. Ce n'est pas ce qui serait son c&#244;t&#233; &#171; &#233;litiste &#187;, &#171; monolithe &#187;, ou sa production &#171; centr&#233;e sur une personne &#187; dans le groupe, etc., qui fait en soi le probl&#232;me, si cela &lt;i&gt;devient&lt;/i&gt; un probl&#232;me, c'est parce que nous ne voyons plus &#171; &#224; quoi &#231;a sert &#187; et donc &#171; qu'est-ce qu'on fait ensemble &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A tort ou &#224; raison, nous avons souvent &#233;vacu&#233; la question du &#171; &#224; quoi &#231;a sert ? &#187;. En effet, produire de la th&#233;orie c'est prendre position, d&#233;couper des objets dans le r&#233;el, retravailler sans cesse son propre mat&#233;riau th&#233;orique, tracer des fronti&#232;res, poser des th&#232;mes et des concepts clivants, c'est-&#224;-dire finalement faire du communisme un sujet actuel dans la lutte des classes (quels que soient les modes de production de cette th&#233;orie, c'est l'exact oppos&#233; de l'acad&#233;misme). La th&#233;orie est inh&#233;rente &#224; la lutte de classe, ce qui d&#233;signe le statut de son existence ; elle est indispensable, ce qui d&#233;signe sa fonction &#224; l'int&#233;rieur de ce dans quoi elle ne peut pas ne pas &#234;tre. Par exemple : ce n'est pas parce que la th&#233;orie n'a pas de r&#244;le que faire exister th&#233;oriquement le but communiste ne sert &#224; rien. Ce n'est pas le &#171; r&#244;le &#187; de la th&#233;orie, c'est sa d&#233;finition. Il ne faut pas confondre &#171; r&#244;le &#187; et d&#233;finition &#187; ou &#224; la limite &#171; fonction &#187;. La critique du &#171; r&#244;le &#187; est la critique de l'id&#233;e d'intervention de la th&#233;orie dans quelque chose qui pourrait exister sans elle, dans quelque chose &#187; dont elle ne serait pas toujours &lt;i&gt;d&#233;j&#224; un &#233;l&#233;ment&lt;/i&gt;. La th&#233;orie n'est pas &lt;i&gt;utile&lt;/i&gt;, elle est &lt;i&gt;n&#233;cessaire&lt;/i&gt;, parce qu'elle n'est pas la th&#233;orie pr&#233;existante d'un but ou d'une pratique (depuis &lt;i&gt;TC 5&lt;/i&gt;, nous avons pas mal d&#233;velopp&#233; et pol&#233;miqu&#233; l&#224;-dessus). Mais cela signifie qu'elle est constamment et profond&#233;ment embarqu&#233;e, m&#234;me si c'est, tout aussi constamment, de fa&#231;on critique. Elle n'est jamais dans une relation na&#239;vement positive avec le cours de la lutte des classes, c'est une relation amoureuse, fusionnelle et r&#233;tive. Il faut faire avec. Il ne faut pas prendre notre malaise actuel sur le fond pour un malaise sur la forme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aucune &#171; resocialisation &#187; ne d&#233;pend de mesures ou d'initiatives formelles : recr&#233;er une liste web, un r&#233;seau, de nouvelles rencontres internationales. Nous sommes actuellement loin de la visibilit&#233; croissante et imm&#233;diate des contradictions de classes et de genre et de leur liaison avec la r&#233;volution et le communisme. Les enjeux de la production th&#233;orique nous &#233;chappent. Nous n'avons jamais dit &#171; il faut faire ceci ou cela &#187;, nous n'avons jamais eu de position normative jugeant chaque situation, chaque lutte &#224; l'aune d'une r&#233;volution et d'un communisme d&#233;j&#224; connus comme but existant et comme nous &#171; attendant &#187; pos&#233;s dans un futur r&#233;ifi&#233;, mais chaque analyse, chaque texte (m&#234;me le plus abstrait), &lt;i&gt;nous situait &#224; l'int&#233;rieur de lui-m&#234;me&lt;/i&gt;. Nous voil&#224; maintenant en surplomb, c'est le malaise que l'on peut ressentir &#224; la lecture d'un texte comme &lt;i&gt;Une s&#233;quence particuli&#232;re&lt;/i&gt;. C'est ce malaise que tentent de comprendre et de d&#233;passer les notes publi&#233;es ici sur le jeu entre rapport de production et rapport de distribution. Dans &lt;i&gt;Une S&#233;quence particuli&#232;re&lt;/i&gt;, la relation est pr&#233;sent&#233;e de telle sorte que les termes s'excluaient mutuellement sans comprendre les dynamiques et les luttes que ces deux types de rapport qui ne sont que le recto et le verso de la m&#234;me pi&#232;ce peuvent engendrer. De m&#234;me ce sont de nouvelles interrogations sur la d&#233;finition des classes qu'il faut poser comme tentent de le faire les deux courts textes qui suivent &lt;i&gt;A propos de Charlie&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question actuelle centrale est &lt;i&gt;O&#249; en sommes-nous dans la crise ?&lt;/i&gt;. Question &#224; aborder par des &#233;tudes partielles tant sur des situations locales que sur des tendances &#233;conomiques. Les perspectives pour un futur proche ne sont gu&#232;re r&#233;jouissantes, ce qui n'emp&#234;che pas et m&#234;me renforce la n&#233;cessit&#233; de d&#233;finir cette situation. Si cela entraine un isolement certain, ce n'est pas un &#171; splendide isolement &#187;, car nous sommes &#171; embarqu&#233;s &#187; dans ce &#171; peu r&#233;jouissant &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt;A l'&#233;chelle du milieu th&#233;orique (que nous ne pouvons pas ne pas prendre en compte), c'est le rep&#233;rage du &lt;i&gt;devenir id&#233;ologie&lt;/i&gt; de la &#171; th&#233;orie-de-la-communisation &#187;. Non pour marquer Sic ou d'autres &#171; &#224; la culotte &#187; (m&#233;taphore sportive), mais parce que ce devenir nous concerne au premier chef et nous embarque.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt;A l'&#233;chelle des luttes et de l'&#233;ther g&#233;n&#233;ral qui donne sa coloration &#224; chacune, c'est la multiplication de mouvements plus qu'ambigus qui sont pourtant le cours &lt;i&gt;tel quel&lt;/i&gt; de la lutte des classes. Les r&#233;voltes arabes, les indign&#233;s, la Gr&#232;ce, mais depuis, aussi la Turquie, le Br&#233;sil : interclassisme, question de l'Etat, nationalisme, &#171; ethnicisation &#187; de la lutte des classes. Plus pr&#232;s de nous : &#171; bonnets rouges &#187; et &#171; mouvement des fourches &#187; en Italie (peut-on s&#233;parer ce mouvement de la grande mobilisation r&#233;ussie des Cobas &#224; Rome en octobre 2013 ?). Il va falloir &#234;tre et nous positionner l&#224;-dedans (sans ambigu&#239;t&#233; mais sans normativisme, ce n'est pas &#233;vident). R&#233;troactivement, on risque de trouver le d&#233;mocratisme radical bien &#171; sympathique &#187;. D&#233;j&#224;, en Italie, on voit une partie du milieu activiste plonger t&#234;te baiss&#233;e dans ce merdier ; dans une r&#233;union de Sic, un intervenant d&#233;clare qu'il ne faut pas avoir de positions cat&#233;goriques sur les &#171; bonnets rouges &#187;, au pr&#233;texte qu'&#171; il y a des ouvriers &#187; et qu'&#171; il faut regarder leurs formes d'action &#187;.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt;A notre petite &#233;chelle propre. Bien s&#251;r le travail &lt;i&gt;O&#249; en sommes-nous dans la crise ?&lt;/i&gt;, mais aussi revenir sur des &#171; fondamentaux &#187; : le programmatisme et son impossibilit&#233; dans ses propres termes ; la nature des crises ; le statut du concept de contradiction ; la question de l'Etat et de l'id&#233;ologie dans la lutte des classes ; remettre sur la table et pr&#233;ciser notre conception de la contradiction entre hommes et femmes, d'autant plus que la coloration &#171; r&#233;actionnaire &#187; (pour employer des adjectifs &#224; l'emporte-pi&#232;ce) que peut prendre la s&#233;quence dans laquelle nous sommes engag&#233;s risque de remettre sur le tapis, de fa&#231;on impr&#233;visible, la relation entre lutte de classe et contradiction entre hommes et femmes.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;La production th&#233;orique est toujours travail : travail d'assimilation de l'histoire th&#233;orique ant&#233;rieure et de ses probl&#233;matiques, d'une longue et tr&#232;s compliqu&#233;e histoire de la lutte des classes. Ce n'est qu'ainsi qu'elle peut &#234;tre invention, ce n'est jamais une &#233;vidence. Le r&#233;el ne se lit pas &#224; livre ouvert, &lt;i&gt;il ne suffit pas de se mettre &#224; son balcon pour voir les concepts passer dans la rue&lt;/i&gt;. &#171; Ce que le spontan&#233; ram&#232;ne &#224; la surface c'est toujours du banal &#187; (Roland Barthes). M&#234;me s'il ne s'agit pas des m&#234;mes personnes, les quelques analyses br&#232;ves, incisives, pertinentes qui peuvent parfois surgir sont le r&#233;sultat d'un travail lourd, massif et &#171; &#233;litiste &#187;. Personne n'est r&#233;duit, comme le r&#234;vait une certaine ultragauche, &#224; une simple moelle &#233;pini&#232;re agissant par r&#233;flexes, toute pratique op&#232;re toujours sous une lecture de la situation, sous une th&#233;orie ou une id&#233;ologie. Le moindre &#233;change th&#233;orique men&#233; &#171; &#224; b&#226;tons rompus &#187;, suppose deux si&#232;cles de production th&#233;orique, une avalanche de travaux indigestes, lourds et incontestables, mais toujours contest&#233;s et souvent par leurs auteurs m&#234;mes. Tout cela n'est pas &lt;i&gt;en soi&lt;/i&gt; un probl&#232;me, m&#234;me le fait que cette activit&#233; soit dans un groupe difficilement imm&#233;diatement collective. Les propositions et les discussions foisonnantes qui ont d&#233;bouch&#233; sur la production du concept de d&#233;mocratisme radical puis, plus tard, sur celui des deux contradictions (prol&#233;tariat / capital ; femmes / hommes) en sont des exemples, m&#234;me si la mise en forme et la r&#233;daction sont le fait d'une personne en particulier. La production th&#233;orique ne ressemble &#224; un flux inexorable et sans raison (surtout quand elle appara&#238;t comme le fait d'&lt;i&gt;un&lt;/i&gt; individu dans le groupe) que quand se d&#233;lite le caract&#232;re collectif. Quand on est en pris, quand on est embarqu&#233;, quand on est dans l'invention, quelles que soient ses modalit&#233;s de fabrication, cette production &lt;i&gt;devient&lt;/i&gt; collective. Ce n'est que dans certaines circonstances que tout cela p&#232;se, et ces circonstances nous y sommes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette difficult&#233; &#224; saisir les enjeux actuels de la production th&#233;orique comme nous embarquant et comme nous situant int&#233;rieurement aux analyses que nous pouvons produire d&#233;signe une autre question : celle de la th&#233;orie comme syst&#232;me. Les incertitudes de la p&#233;riode actuelle renforcent l'acuit&#233; de la question du syst&#233;matisme, en ce qu'il cherche &#224; ma&#238;triser ou &#224; int&#233;grer tout probl&#232;me. Il d&#233;courage ou prive de pertinence la production de textes inachev&#233;s ou limit&#233;s qui &#233;chappent &#224; la construction ininterrompue du syst&#232;me, textes signifiants par eux-m&#234;mes ou porteurs de th&#232;ses ou de remises en cause qui peuvent &#234;tre appel&#233;es &#224; prosp&#233;rer sans &#234;tre absorb&#233;es, voire d&#233;samorc&#233;es. Cette question &#233;merge et est intimement ressentie quand la production th&#233;orique appara&#238;t comme un flux aussi inexorable que &#171; sans raison &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le syst&#232;me&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Un manque conceptuel, non d&#233;cel&#233;, mais au contraire consacr&#233; comme non-manque, et proclam&#233; plein, peut, en certaines circonstances, s&#233;rieusement entraver le d&#233;veloppement d'une science, ou de certaines de ses branches. Il suffit, pour s'en convaincre, de noter qu'une science ne progresse, c'est-&#224;-dire ne &lt;i&gt;vit&lt;/i&gt;, que par une extr&#234;me attention &#224; ses points de fragilit&#233; th&#233;orique. A ce titre, elle tient moins sa vie de ce qu'elle sait que de ce qu'elle &lt;i&gt;ne sait pas &lt;/i&gt; : sous la condition, absolue, de cerner ce non-su, et de le poser dans la rigueur d'un probl&#232;me. Or le non-su d'une science n'est pas ce que croit l'id&#233;ologie empiriste : son 'r&#233;sidu', ce qu'elle laisse hors de soi, ce qu'elle ne peut concevoir ou r&#233;soudre ; mais par excellence ce qu'elle porte en soi-m&#234;me de fragile, sous les apparences des plus fortes '&#233;vidences', certains silences de son discours, certains manques conceptuels, certains blancs de sa rigueur, bref tout ce qui d'elle, &#224; toute &#233;coute attentive, 'sonne creux', en d&#233;pit de son plein. C'est de &lt;i&gt;savoir entendre en elle ce qui 'sonne creux'&lt;/i&gt; (soulign&#233; par nous) qu'une science progresse et vit. &#187; (Althusser, &lt;i&gt;Lire le capital&lt;/i&gt;, p. 25).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'anti normativisme inh&#233;rent au &#171; syst&#232;me TC &#187; a toujours &#233;t&#233; le petit maillet qui de fa&#231;on int&#233;rieure indiquait o&#249; cela &#171; sonnait creux. Il est important de souligner cette critique du normativisme. Le normativisme, c'est le &#171; point de vue communiste &#187;, sous-entendu : le point de vue qui connaissant la fin de l'histoire consid&#232;re le d&#233;roulement qui y m&#232;ne comme accidentel vis-&#224;-vis de sa &#171; &lt;i&gt;fin&lt;/i&gt; &#187;. Comme si la lutte des classes &#233;tait un sport de montagne consistant &#224; chercher la voie d'acc&#232;s &#224; un sommet d&#233;j&#224; l&#224; et existant en dehors du processus pratique de la lutte des classes &lt;i&gt;qui le constitue&lt;/i&gt;. En tant que &#171; sport de montagne &#187; l'activit&#233; sera n&#233;cessairement normative et aura toujours comme vis&#233;e de combler un manque (tactique ou conscience&#8230;) de la situation pr&#233;sente, de distribuer des bons points et des remontrances. Les prol&#233;taires ne sont ni contraints de faire la r&#233;volution, ni libres de la faire ou non, car la r&#233;volution et la production du communisme ne pr&#233;existent pas &#224; leurs activit&#233;s actuelles quotidiennes, elles n'existent pas comme id&#233;e ou comme but &#224; atteindre, elle est produite, elle est le mouvement actuel de sa production.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La critique du normativisme fait qu'il n'y a pas et il n'y aura jamais de &#171; monolithe parfaitement lisse &#187; (cf. &lt;i&gt;TC un chantier permanent, TC 23&lt;/i&gt;). Les livres r&#233;cents, issus de TC, sur l'Iran, la Gr&#232;ce, la &#171; r&#233;forme des retraites &#187; sont tout &#224; fait &#171; lisibles &#187;, &#224; plusieurs niveaux il est vrai, ils recadrent, reformulent, remettent en cause des pans de la th&#233;orie ant&#233;rieure. Depuis le d&#233;but, TC est bourr&#233;e d'analyses concr&#232;tes qui, parce qu'elles ne sont &lt;i&gt;jamais des exemples&lt;/i&gt; introduisent une difficult&#233; de lecture, mais cette difficult&#233; est le prix &#224; payer de la critique du normativisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant si TC a toujours &#233;t&#233; attentif &#224; ce qui dans sa th&#233;orie &#171; sonnait creux &#187;, ce n'est pas pour autant que le syst&#232;me &#233;tait contredit. Si le syst&#233;matisme est critiquable (ce qui demeure une question ouverte), &#224; condition de le d&#233;terminer pr&#233;cis&#233;ment dans sa substance, ce n'est pas pour autant que la critique constante induite par l'anti-normativisme ne fasse pas partie du syst&#232;me. Une application consciencieuse des &#171; directives &#187; d'Althusser peut &#234;tre la condition d'une revivification permanente de tout syst&#232;me m&#234;me ne se consid&#233;rant pas comme science, ce fut la vie m&#234;me de TC comme le raconte le texte &lt;i&gt;TC, un chantier permanent&lt;/i&gt; dans TC 23. Le syst&#232;me peut englober jusqu'&#224; ses propres critiques, il n'a pas d'ext&#233;rieur comme si la contradiction, la critique, les nouveaux concepts, ne pouvaient &#234;tre g&#233;n&#233;r&#233;s que de l'int&#233;rieur ; comme si &#171; les autres &#187; n'&#233;taient l&#224; que pour alimenter le moteur du syst&#232;me en tant que &lt;i&gt;sparring partners&lt;/i&gt; ou &#224; passer &#224; la moulinette, pas de fa&#231;on agressive, mais de fa&#231;on industrielle (voir TC 16).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la crise actuelle du mode de production capitaliste, nous pouvons tirer de nouvelles cons&#233;quences du rapport de classes tel qu'issu de la restructuration des ann&#233;es 1970 : produire toute son existence dans le capital / &#234;tre en contradiction avec sa propre existence comme classe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Petit &lt;i&gt;flashback&lt;/i&gt; : d'abord nous avons fait, &#224; partir de TC 2, de &lt;i&gt;La Contradiction&lt;/i&gt; en elle-m&#234;me, comme tout, la dynamique du communisme comme son d&#233;passement (ce qu'entre nous, nous avons critiqu&#233; sous le vocable moqueur de &#171; cin&#233;mascope &#187;), ensuite nous avons pr&#233;cis&#233; que cette contradiction portait son d&#233;passement &#171; de par la place et l'activit&#233; sp&#233;cifique d'un de ses termes &#187; (TC 9), nous avons alors pr&#233;cis&#233; ce mouvement en en faisant une dynamique qui englobait et subsumait ses limites, c'&#233;tait une sorte de t&#233;l&#233;ologie dans laquelle les limites n'&#233;taient l&#224; que pour &#234;tre d&#233;pass&#233;es, nous avons alors invers&#233; le rapport : la dynamique est devenu un moment de la limite, c'est-&#224;-dire produire tout son &#234;tre dans le capital (ces deux derni&#232;res &#233;tapes sont d&#233;crites et explicit&#233;es dans TC 23, p.69, &lt;i&gt;TC Chantier&lt;/i&gt;). Avec l'irruption th&#233;orique de la contradiction de genre, le dernier point &#8211; la dynamique comme moment de la limite - signifie (et c'est l&#224; o&#249; nous en arrivons) que la contradiction avec l'appartenance de classe est devenue conjoncturelle (si le prol&#233;tariat produit tout son &#234;tre dans le capital et dans ses cat&#233;gories, ces cat&#233;gories sont produites et d&#233;finies dans son autopr&#233;supposition, d'o&#249; le caract&#232;re conjoncturel de la rupture en tant que crise et bouleversement de l'autopr&#233;supposition du capital) ou dit encore plus abruptement : la dynamique est devenue accidentelle, contingente. En cons&#233;quence nous nous trouvons face &#224; l'ab&#238;me (Blaise Pascal marchait, para&#238;t-il, voyant toujours un trou noir &#224; ses c&#244;t&#233;s) : le capital comme contradiction en proc&#232;s et le communisme n'ont plus de relation n&#233;cessaire. Le communisme devient le Dieu cach&#233; de Pascal : &lt;i&gt;la lutte de classe avance dans le noir&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On h&#233;site avec raison devant un tel ab&#238;me. Faut-il se r&#233;signer &#224; faire une th&#233;orie de la lutte de classe et de la lutte des femmes qui soit &#171; d&#233;barrass&#233;e du communisme &#187; et de la fin de la pertinence sociale de la distinction entre les sexes ? En y r&#233;fl&#233;chissant, cela fait longtemps qu'une telle chose travaille la th&#233;orie de TC, depuis TC 5 et la critique dite du &#171; th&#233;oricien orphelin &#187; (orphelin du communisme), et qui, en cons&#233;quence, n'a plus rien &#224; dire, la lutte des classes n'&#233;tant pour lui qu'un spectacle d&#233;risoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, m&#234;me &#171; d&#233;barrass&#233; du communisme &#187; ou d'une &#171; finalit&#233; &#187; de la distinction entre les sexes, comment faire une th&#233;orie de la lutte des classes &lt;i&gt;et&lt;/i&gt; de la lutte des femmes ? C'est &#224; nouveau le &#171; syst&#232;me &#187; qui est en jeu. Sur le site blog de TC, l&#224; o&#249; se trouve les textes et travaux en cours, dans le chapeau du texte &lt;i&gt;O&#249; en sommes-nous dans la crise ?&lt;/i&gt;, on peut lire &#224; son propos : &#171; il n'est jamais question de la contradiction entre femmes et hommes (&#8230;) il y a un probl&#232;me &#187;. Une fois la th&#233;orie expos&#233;e en g&#233;n&#233;ral, nous n'en parlons plus, nous ne l'alimentons plus. Nous pouvons trouver des luttes et de la chair, mais nous ne savons pas ou nous ne pouvons pas les exposer. Dans la construction et la production th&#233;oriques, il y a deux moments : l'investigation et l'exposition. Ce qui est en jeu ce sont nos concepts d'exposition, c'est-&#224;-dire le manque de concept et de proc&#233;d&#233;s synth&#233;tiques d'exposition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par exemple, si nous consid&#233;rons les gr&#232;ves continuelles dans le secteur textile-habillement au Bengladesh, ce sont des gr&#232;ves et des &#233;meutes qui mettent en mouvement de fa&#231;on largement majoritaire des femmes. Nous aurions l&#224; le sujet parfait. Et pourtant quel est l'angle d'attaque qui r&#233;alisera la synth&#232;se des contradictions entre d'une part prol&#233;tariat et capital et, d'autre part, entre hommes et femmes ? Une revue f&#233;ministe attaquerait le sujet r&#233;solument &#171; c&#244;t&#233; femmes &#187; sans oublier de nous parler de capital et d'exploitation ; TC n'est pas une revue f&#233;ministe, on attaquera c&#244;t&#233; rapport de classes sans oublier de parler de genre, de double journ&#233;e, de dot, etc. Nous en resterions &#224; une accumulation de d&#233;terminations, ce qui manque c'est la conceptualisation synth&#233;tique. On peut &#233;galement prendre pour sujet le harc&#232;lement sexuel subi par l'immense majorit&#233; des ouvri&#232;res des usines de Guangzhou de la part de l'encadrement mais par-dessus tout de leurs coll&#232;gues de cha&#238;nes. Sans probl&#232;mes majeurs, on peut traiter le sujet &#224; partir de la contradiction entre hommes et femmes. Comment le traite-t-on de fa&#231;on synth&#233;tique ? Il existe de rares textes qui ont r&#233;ussi cette synth&#232;se (la synth&#232;se n'est pas une addition) comme par exemple celui de Kergoat sur les gr&#232;ves et la coordination des infirmi&#232;res qui fait ressortir la revendication salariale en tant que demande de reconnaissance du soin comme une qualification et non comme une qualit&#233; naturelle des femmes. On pourrait &#233;galement citer le chapitre sur les migrations internationales et les luttes de sans papiers dans &lt;i&gt;Tel Quel&lt;/i&gt; (TC 24, pp. 35 &#224; 39), ou certains chapitres de la brochure de TC &lt;i&gt;Soul&#232;vement arabe, classe / genre&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si nous disons que les contradictions de classes et de genre sont toujours jointes, c'est exact, mais seulement quant &#224; leur fondement. Mais &#234;tre &#171; toujours jointes &#187; ne signifie pas une existence et une apparition toujours communes (m&#234;me conflictuelle) ce qui serait une confusion entre la r&#233;alit&#233; et le niveau de conceptualisation de celle-ci. Cela ne signifie pas non plus que chaque objet th&#233;orique abord&#233;, dans sa particularit&#233;, doive pour &#234;tre l&#233;gitime contenir imm&#233;diatement les deux. Cependant, l'&#233;change de textes entrepris sur le concept d' &#171; intime &#187; (voir le site blog de TC) s'&#233;puisa rapidement et ne donna lieu &#224; aucun texte publi&#233;. Il est clair &#224; lire TC que la lutte des classes est implicitement suppos&#233;e comme &#233;tant, a priori, le lieu privil&#233;gi&#233; o&#249; doivent exister ces contradictions &#171; toujours jointes &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut se demander si, &#224; de rares exceptions pr&#232;s, l'angle d'attaque synth&#233;tique est possible. Est-ce que l'existence d'une telle conceptualisation n'est pas rendue impossible par cela m&#234;me dont elle devrait rendre compte ? C'est-&#224;-dire : rendre compte de &lt;i&gt;deux&lt;/i&gt; contradictions. Le seul concept synth&#233;tique est celui de &#171; capital comme contradiction en proc&#232;s &#187;. C'est &lt;i&gt;essentiel&lt;/i&gt;, mais ce n'est que cela, c'est-&#224;-dire &#171; essentiel &#187;. Nous avons peut-&#234;tre affaire &#224; une limite de la production th&#233;orique actuelle : une scission entre la th&#233;orisation de la contradiction entre les hommes et les femmes qui va parler &#171; marginalement &#187; des contradictions de classes, et vice-versa. Peut-&#234;tre le tribut &#224; payer &#224; l'existence de deux contradictions distinctes. Pour l'instant, il faut admettre cette incompl&#233;tude comme inh&#233;rente &#224; des formulations th&#233;oriques qui peuvent se nourrir r&#233;ciproquement mais qui demeurent, comme leurs objets, distinctes. Si nous devons toujours &#234;tre en qu&#234;te dans chaque objet particulier de cet angle d'approche synth&#233;tique, il ne faut pas pour autant refuser de souvent se contenter d'une somme de d&#233;terminations. On constate que la th&#233;orie communiste n'est massivement qu'une th&#233;orie des classes, que la plupart des textes ne prennent pas en charge le genre. &#171; Camarades mais femmes &#187;, ce n'est pas seulement une proposition th&#233;orique, c'est aussi une disjonction interne qui affecte la production th&#233;orique parce que la disjonction est r&#233;elle&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dans la R&#233;ponse aux Am&#233;ricaines (TC 24, pp.92-93), il est pr&#233;cis&#233; que (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Si dans la production de TC on touche constamment du doigt ces limites et cette disjonction, on les touche &#233;galement dans le f&#233;minisme pour autant qu'il se pose la question de l'abolition des hommes et des femmes&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dans la mesure o&#249;, de son c&#244;t&#233;, il isole la contradiction entre femmes et (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Parfois l'expos&#233; par la Raison de ses limites est la plus haute conscience qu'elle peut avoir d'elle-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le programmatisme, la th&#233;orie de la lutte de classe &#233;tait de fait, par elle-m&#234;me, une th&#233;orie du communisme, elle &#233;tait de fait une &lt;i&gt;dialectique du d&#233;passement&lt;/i&gt;. Si, contre le syst&#233;matisme, l'un d'entre nous disait que nous avons gard&#233; dans la critique du programmatisme son caract&#232;re syst&#233;matique (la n&#233;cessit&#233; du syst&#232;me), c'est que pr&#233;cis&#233;ment toute la n&#233;cessit&#233; syst&#233;matique vient de l&#224; : &lt;i&gt;identification de la th&#233;orie de la lutte de classe et du communisme, de la distinction des sexes et de la fin de sa pertinence sociale&lt;/i&gt;. Le communisme, l'imm&#233;diatet&#233; sociale de l'individu, &#233;tant lui-m&#234;me le mouvement de sa r&#233;alisation. Il y avait toujours une raison rus&#233;e dans l'histoire dont chaque &#233;v&#233;nement est la manifestation. C'&#233;tait &#233;galement le fond de la critique la plus pertinente de TC, celle sign&#233;e Daredevil (sur les sites &lt;i&gt;L'Angle mort&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;Mondialisme.org&lt;/i&gt;) :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; TC n'est pas syst&#233;matique et ce syst&#233;matisme n'est pas sp&#233;culatif parce que la th&#233;orie de cette revue voudrait tout embrasser et faire de l'ensemble du r&#233;el, n&#233;cessairement fragmentaire, fini, un tout coh&#233;rent, comme en gros le leur reproche &lt;i&gt;TropLoin&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;La Mat&#233;rielle&lt;/i&gt;. L'essentiel n'est pas que la th&#233;orie de TC soit formellement syst&#233;matique, mais r&#233;side dans le fait que le c&#339;ur du 'syst&#232;me TC' est sp&#233;culatif de par sa proposition fondamentale : la contradiction entre le prol&#233;tariat et le capital est identique au d&#233;veloppement du capital. C'est cette identit&#233; qui constitue le rapport entre prol&#233;tariat et capital en contradiction. Avec le taux de profit comme contradiction entre les classes, la contradiction entre prol&#233;tariat et capital est une contradiction interne du d&#233;veloppement du capital, c'est l&#224; que la contradiction devient un &lt;i&gt;processus&lt;/i&gt; &lt;i&gt;rationnel&lt;/i&gt;. C'est cette identit&#233; qui constitue &#233;galement le d&#233;veloppement du capital en contradiction. Cette contradiction par son identit&#233; &#224; la premi&#232;re devient 'signification historique du capital'. La contradiction entre les classes par ce syst&#232;me d'identit&#233;s devient un processus dialectique de r&#233;alisation. La r&#233;volution est d&#233;j&#224; l&#224;, elle ne fait que se perdre dans le d&#233;veloppement du capital qui n'est que son 'ali&#233;nation'. C'est d'avoir cr&#233;&#233; cette identit&#233; qui constitue chacun de ses termes et l'ensemble en processus rationnel, en contradiction. &#187; (Daredevil)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sortir de ce paradigme signifierait de limiter tout travail th&#233;orique &#224; la lutte des classes et au cours de la contradiction entre femmes et hommes, c'est-&#224;-dire au niveau de la dynamique unique du capital comme contradiction en proc&#232;s. C'est la seule &lt;i&gt;r&#233;alit&#233;&lt;/i&gt;, et ce serait le vrai aboutissement de la critique du programmatisme. La r&#233;volution et le communisme seraient alors d&#233;termin&#233;s comme projet et comme hors de toute possibilit&#233; de connaissance, non pas sans liens, mais sans &lt;i&gt;n&#233;cessit&#233;&lt;/i&gt; incluse dans les contradictions du mode de production capitaliste. Christian Charrier, dans ses textes de &lt;i&gt;La Mat&#233;rielle&lt;/i&gt;, avait vu le &#171; syst&#232;me &#187; de TC dans ce qu'il qualifiait de post programmatisme et dans la question de la dialectique, mais n'avait pas identifi&#233; le lieu pr&#233;cis o&#249; se noue la n&#233;cessit&#233; du syst&#232;me, c'est-&#224;-dire la corr&#233;lation produite comme n&#233;cessaire entre lutte de classe et communisme. Althusser entrevoit quelque chose dans &lt;i&gt;Lire le Capital&lt;/i&gt; (et plus encore dans les textes posthumes sur le &#171; mat&#233;rialisme al&#233;atoire &#187;) avec la th&#232;se relative &#224; la diff&#233;rence absolue entre les lois de reproduction d'une structure et son d&#233;passement, ce dernier &#233;tant loin d'&#234;tre un &#171; proc&#232;s sans sujet &#187; contrairement au premier ; avant lui, Merleau-Ponty dans &lt;i&gt;Les Aventures de la dialectique&lt;/i&gt; n'avait senti la question que comme une production d'apories entre la &lt;i&gt;d&#233;termination&lt;/i&gt; du syst&#232;me et la &lt;i&gt;libert&#233;&lt;/i&gt; de l'action ; Dardot et Laval, dans &lt;i&gt;Marx pr&#233;nom Karl&lt;/i&gt;, en sont, aujourd'hui, en gros, au m&#234;me point en distinguant deux lignes th&#233;oriques &lt;i&gt;parall&#232;les&lt;/i&gt; chez Marx (&#171; sens de l'histoire &#187; / pratique) ; Sartre, dans &lt;i&gt;Critique de la raison dialectique&lt;/i&gt; propose une sorte d'autod&#233;termination, d'autoproduction de l'action comme groupes ; Chris Arthur dans &lt;i&gt;The new dialectic and Marx's Capital&lt;/i&gt; et Postone dans &lt;i&gt;Temps, travail et domination sociale&lt;/i&gt; ont si bien boucl&#233; leur dialectique de la valeur incluant la classe ouvri&#232;re qu'ils ne savent plus comment s'en sortir sinon avec quelques pirouettes d&#233;mocratiques et humanistes ; la &#171; Critique de la valeur &#187; laisse aux bons soins du capital le soucis de se dissoudre ; Adorno, dans&lt;i&gt; Dialectique n&#233;gative&lt;/i&gt;, r&#233;duit la dialectique &#224; la non-identit&#233; contre le principe d'accomplissement et de r&#233;alisation de l'absolu (identit&#233; de l'identit&#233; et de la non-identit&#233;) ; Castoriadis, &#224; la fin de S.O.B, avait envoy&#233; promener la lutte des classes avec la dialectique et le syst&#232;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le concept de &lt;i&gt;conjoncture&lt;/i&gt; indique comment tenir &#171; syst&#233;matiquement &#187; d'un c&#244;t&#233; la disparition du &#171; sens de l'histoire &#187;, de la dialectique de l'histoire, et, de l'autre, la compr&#233;hension du cours du capital et de la lutte des classes comme une &#171; tension &#224; l'abolition de sa r&#232;gle &#187;. La &lt;i&gt;conjoncture&lt;/i&gt; dit qu'il n'y a pas de dialectique du d&#233;passement, ce n'est plus une loi : &lt;i&gt;la r&#233;volution dans son processus est un retournement contre ce qui l'a produite&lt;/i&gt; (cf. &lt;i&gt;Tel Quel&lt;/i&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par exemple, dans des &#233;v&#233;nements comme les r&#233;voltes arabes, il faut arriver &#224; combiner une logique sous-jacente avec une logique strat&#233;gique des affrontements qui cr&#233;ent les &#233;v&#233;nements (qui ne sont pas le miroir de cette logique sous-jacente) et constituent les forces en pr&#233;sence (Marx dans &lt;i&gt;Les luttes de classes en France&lt;/i&gt; offrent un mod&#232;le de cette d&#233;marche). Il faudrait parvenir &#224; consid&#233;rer chaque th&#232;me particulier en lui-m&#234;me, &#224; faire fonctionner la probl&#233;matique g&#233;n&#233;rale dans la logique particuli&#232;re de son sujet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec le concept de conjoncture, il ne s'agit pas d'introduire une pr&#233;cision, un compl&#233;ment dans la d&#233;finition de la r&#233;volution comme communisation, il s'agit d'un renouvellement, une r&#233;organisation du concept comme production et appropriation pens&#233;es d'un processus concret, empirique. Plus encore, il s'agit d'une appr&#233;hension du cours de la lutte de classe (c'est au pr&#233;sent que nous parlons de communisation). Ce concept est un outil d'analyse des luttes dans toute leur richesse, leur diversit&#233; de niveaux qui s'entrecroisent. Mais c'est aussi la fin de tout lien &lt;i&gt;n&#233;cessaire&lt;/i&gt; entre la lutte de classe et le communisme, la n&#233;cessit&#233; ne fraye pas sa voie au travers des contingences.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'y a plus de raison dans l'histoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;UNE SEQUENCE PARTICULIERE&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le texte qui suit (&lt;i&gt;Une s&#233;quence particuli&#232;re / O&#249; en sommes-nous dans la crise ?&lt;/i&gt;) est une version abr&#233;g&#233;e et sch&#233;matique d'un travail en cours, pour l'heure inabouti, ayant donn&#233; lieu &#224; des r&#233;dactions plus longues et plus ou moins confuses. La version publi&#233;e ici a &#233;t&#233; r&#233;dig&#233;e en avril 2014 et a &#233;t&#233; l'objet d'une r&#233;union publique en r&#233;gion parisienne, il acquiert donc par l&#224; une existence autonome et a &#233;t&#233; publi&#233; en anglais (am&#233;ricain) aux &#233;ditions Subversion Press (&lt;i&gt;subversionpress.wordpres.com&lt;/i&gt;) avec de nombreuses notes critiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De notre c&#244;t&#233;, nous consid&#233;rons que la principale lacune de ce texte consiste &#224; prendre les rapports de production et les rapports de distribution comme des instances exclusives l'une de l'autre, il en r&#233;sulte une appr&#233;hension unilat&#233;rale des luttes se d&#233;roulant sur la base de la domination des rapports de distribution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A la suite de ce texte, on trouvera une note insistant sur le fait que l'on ne peut pas consid&#233;rer les circonstances de la contradiction entre prol&#233;tariat et capital comme de simples accidents et surtout un commentaire critique portant pr&#233;cis&#233;ment sur la dialectique entre rapports de production et rapports de distribution, ainsi qu'une lecture comment&#233;e de la septi&#232;me section du Livre III du &lt;i&gt;Capital&lt;/i&gt; :&lt;i&gt; &lt;/i&gt;&#171; Les revenus et leurs sources &#187; (&lt;i&gt;Le Capital&lt;/i&gt;, Ed. Sociales 1960, t.8, pp. 193 &#224; 260).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En outre, vu l'importance des &#171; classes moyennes &#187; dans certaines luttes &#233;voqu&#233;es dans &lt;i&gt;Une s&#233;quence particuli&#232;re&lt;/i&gt; (ce qui n'est pas sans rapport avec la dialectique entre rapports de production et rapports de distribution), nous le faisons suivre &#233;galement de deux textes pr&#233;sentant des analyses l&#233;g&#232;rement divergentes de ces &#171; classes &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous ajoutons &#233;galement comme &#233;clairage de ce texte et pour poser les directions dans lesquelles le travail devrait &#234;tre poursuivi quelques notes sur &#171; race &#187; et &#171; racialisation &#187; dans les luttes de classes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A la suite, quelques notes sur les manifestations br&#233;siliennes du printemps 2013 suivies d'un texte proposant un cadre th&#233;orique d'analyse &#224; ce que l'on appelle des &#171; luttes urbaines &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, dans le panorama de la situation actuelle : quelques mots sur la Gr&#232;ce et Syriza et pour revenir &#224; la maison, des consid&#233;rations sur la r&#233;forme du code du travail en France en 2016 (texte publi&#233; sur dndf.org)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une s&#233;quence particuli&#232;re{{}}&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;O&#249; en sommes-nous dans la crise ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Il nous a lev&#233; l'envie de rire pour dix ans &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(Andr&#233; Gide apr&#232;s la conf&#233;rence d'Antonin Artaud : &lt;i&gt;Artaud-M&#244;mo&lt;/i&gt;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des luttes et des mouvements aussi divers que le soul&#232;vement arabe depuis 2011, les mouvements &#171; indign&#233;s &#187; ou &#171; &lt;i&gt;occupy&lt;/i&gt; &#187;, les manifestations turques, br&#233;siliennes ou bosniennes, les &#233;meutes ukrainiennes, le &#171; mouvement des fourches &#187; en Italie, les gr&#232;ves et &#233;meutes ouvri&#232;res en Chine, Asie du sud et du sud-est, Afrique du Sud, et m&#234;me, &#224; une &#233;chelle incomparable, les &#233;v&#233;nements de Bretagne, en France, &#224; l'automne 2013 ou l'adh&#233;sion populaire aux th&#232;ses politiques de l'extr&#234;me droite partout en Europe, d&#233;finissent, &#224; l'int&#233;rieur de la crise ouverte en 2007 / 2008, une s&#233;quence particuli&#232;re de la lutte des classes d&#233;butant autour de 2010 et dans laquelle nous nous trouvons actuellement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2007 : &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;une crise du rapport salarial&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le capitalisme issu de la restructuration des ann&#233;es 1970 / 1980 (dont nous connaissons actuellement la crise), la reproduction de la force de travail a &#233;t&#233; l'objet d'une &lt;i&gt;double d&#233;connexion&lt;/i&gt;. D'une part d&#233;connexion entre valorisation du capital et reproduction de la force de travail, d'autre part, d&#233;connexion entre la consommation et le salaire comme revenu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La rupture d'une relation n&#233;cessaire entre valorisation du capital et reproduction de la force de travail brise les aires de reproduction coh&#233;rentes dans leur d&#233;limitation nationale ou m&#234;me r&#233;gionale. Ce dont il s'agit c'est de &lt;i&gt;s&#233;parer, d'une part, reproduction et circulation du capital, et d'autre part, reproduction et circulation de la force de travail&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La crise actuelle a &#233;clat&#233; parce que des prol&#233;taires n'ont plus pu payer leurs cr&#233;dits. Elle a &#233;clat&#233; de par le rapport salarial m&#234;me qui fondait la financiarisation de l'&#233;conomie capitaliste : compression des salaires n&#233;cessaire &#224; la &#171; cr&#233;ation de valeur &#187; ; concurrence mondiale de la main-d'&#339;uvre. C'est le rapport salarial qui est au c&#339;ur de la crise actuelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Tout avait bien commenc&#233;&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les &#171; luttes suicidaires &#187;, les luttes de ch&#244;meurs et pr&#233;caires ou de sans-papiers, les &#233;meutes de 2005 en France, les gr&#232;ves du Bengladesh o&#249; les ouvri&#232;res br&#251;lent les usines, les &#233;meutes en Gr&#232;ce en 2008, celles plus ou moins revendicatives en Guadeloupe, les luttes multiformes en Argentine, etc., apparaissait la dynamique r&#233;volutionnaire de ce cycle de luttes : agir en tant que classe c'est, d'une part n'avoir pour horizon que le capital et les cat&#233;gories de sa reproduction, d'autre part, c'est, pour la m&#234;me raison, &#234;tre en contradiction avec sa propre reproduction de classe, la remettre en cause. Nous avions d&#233;fini cela comme un conflit, un &lt;i&gt;&#233;cart&lt;/i&gt; dans l'action du prol&#233;tariat qui &#233;tait le contenu et l'enjeu de la lutte des classes. Ce n'&#233;tait qu'ainsi que nous pouvions parler de r&#233;volution comme communisation, et nous avions raison. Mais&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et puis, tout a commenc&#233; &#224; se g&#226;ter&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;La soci&#233;t&#233; salariale&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au d&#233;but des ann&#233;es 2010, quelque chose bascule. La crise de la dette publique entraine dans tous les pays centraux une accentuation des mesures d'aust&#233;rit&#233;, la pression fiscale se renforce, l'ascension sociale par les &#233;tudes n'est plus qu'un leurre surann&#233;, le ch&#244;mage et la pr&#233;carit&#233; se d&#233;veloppent touchant des cat&#233;gories jusque l&#224; plus ou moins &#233;pargn&#233;es, les classes moyennes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'entr&#233;e de cat&#233;gories comme les classes moyennes ou la jeunesse n'est pas que la simple venue de nouveaux acteurs dans une pi&#232;ce existante et inchang&#233;e, les nouveaux d&#233;veloppements de la crise construisent ces nouveaux acteurs en m&#234;me temps qu'ils les frappent, mais surtout le champ de la lutte des classes s'&#233;largit du &lt;i&gt;rapport salarial&lt;/i&gt; &#224; la &lt;i&gt;soci&#233;t&#233; salariale&lt;/i&gt;. C'est la s&#233;quence actuelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La subsomption r&#233;elle est &lt;i&gt;la constitution du capital en soci&#233;t&#233;&lt;/i&gt;. Mais cette constitution en soci&#233;t&#233; c'est le mode de production capitaliste comme &lt;i&gt;soci&#233;t&#233; salariale&lt;/i&gt;. La soci&#233;t&#233; salariale c'est un continuum de positions et de comp&#233;tences dans lequel les rapports de production capitalistes ne sont v&#233;cus que comme des &lt;i&gt;rapports de distribution&lt;/i&gt;, l'exploitation comme un partage injuste des richesses, les classes sociales comme le rapport entre riches et pauvres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le cadre de la soci&#233;t&#233; salariale et des rapports de distribution, l'attaque de tous les revenus salariaux frappe, entre autres, les classes moyennes et les fait sortir dans la rue, mais encore les formes m&#234;mes de ce moment de la crise font &#171; momentan&#233;ment &#187; ( ?) des classes moyennes les repr&#233;sentantes de ce moment. Cela se passe souvent dans une jonction conflictuelle avec ch&#244;meurs et pr&#233;caires et cr&#233;ent, inversement, une attitude distante si ce n'est m&#233;fiante des ouvriers plus ou moins stables qui ne s'engagent pas dans le mouvement &#224; partir de leur position dans la production ou m&#232;nent, comme en Turquie ou au Br&#233;sil, des actions totalement parall&#232;les. Avec le constant et rude travail de positionnement et de hi&#233;rarchie qui est le sien, la classe moyenne est un carrefour de la soci&#233;t&#233; salariale avec ses ascensions et ses d&#233;gradations. Elle milite pour la reproduction de la soci&#233;t&#233; salariale, ent&#233;rinant l'autopr&#233;supposition du capital.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au m&#234;me moment, les m&#234;mes cat&#233;gories sociales apparaissent comme des agents essentiels des mouvements sociaux dans les pays &#233;mergents. La Chine, l'Inde, le Br&#233;sil, la Turquie sont pris en tenaille entre leur r&#244;le fonctionnel dans le syst&#232;me qui s'effondre et leur propre d&#233;veloppement acquis qu'ils ne peuvent encore faire valoir pour lui-m&#234;me. Peu importe alors que la soci&#233;t&#233; salariale soit dans chaque aire r&#233;gionale d&#233;j&#224; acquise ou en constitution plus ou moins r&#233;alisable, les classes moyennes des pays &#233;mergents n'en sont alors que plus entreprenantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La &lt;i&gt;crise du rapport salarial&lt;/i&gt; devient crise de la soci&#233;t&#233; salariale en mettant en mouvement toutes les couches et classes de la soci&#233;t&#233; qui vivent du salaire. Partout, avec la soci&#233;t&#233; salariale, il s'agit de &lt;i&gt;politique&lt;/i&gt; et de &lt;i&gt;distribution&lt;/i&gt;. Comme &lt;i&gt;prix du travail&lt;/i&gt; (forme f&#233;tiche), le salaire en appelle &#224; l'injustice de la &lt;i&gt;distribution&lt;/i&gt;, c'est normal. L'injustice de la distribution a un responsable qui a &#171; failli &#224; sa mission &#187; : &lt;i&gt;l'Etat&lt;/i&gt;. Quand la crise du rapport salarial devient un mouvement interclassiste comme crise de la soci&#233;t&#233; salariale, cette derni&#232;re est une d&#233;l&#233;gitimation du politique d&#233;nonc&#233; au nom d'une vraie politique &lt;i&gt;nationale&lt;/i&gt;. L'enjeu qui est partout pos&#233; au c&#339;ur des luttes de cette s&#233;quence de la crise est celui de la l&#233;gitimit&#233; de l'Etat vis-&#224;-vis de &lt;i&gt;sa soci&#233;t&#233;&lt;/i&gt;. Selon les circonstances, les histoires locales, la trame des conflits, cela peut prendre des formes tr&#232;s diverses et &#224; premi&#232;re vue oppos&#233;e, mais le fond est le m&#234;me : l'Etat apparait toujours comme le responsable &lt;i&gt;et comme la solution&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par exemple, l'&#233;trange combinaison entre lib&#233;ralisme et bureaucratie d'Etat qui d&#233;finit l'Etat et la classe dominante dans les pays arabes depuis le d&#233;but des ann&#233;es 1970 parvenue &#224; ses limites de d&#233;veloppement a craqu&#233; de toute part. Mais la recomposition de la classe dominante et de l'Etat, en Egypte comme en Tunisie, ne peut &#234;tre men&#233;e de fa&#231;on endog&#232;ne. C'est la cl&#233; de la compr&#233;hension du soul&#232;vement arabe comme &lt;i&gt;processus de long terme &lt;/i&gt;avec ses aller-retour dont les affrontements de l'&#233;t&#233; 2013 entre les fractions de la bourgeoisie repr&#233;sent&#233;es par les Fr&#232;res musulmans d'une part et par l'Arm&#233;e d'autre part (avec les fragiles h&#233;g&#233;monies qu'elles peuvent passag&#232;rement construire) ont &#233;t&#233; un &#233;pisode. Le prol&#233;tariat y participe non seulement parce que cette contre-r&#233;volution est la mise en forme des limites politiques m&#234;mes de ses luttes, mais encore parce que sa propre structuration comme classe dans et par les luttes l'embarque dans cette recomposition de l'Etat et de la classe dominante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;{}&lt;i&gt;&#171; La d&#233;nationalisation de l'Etat &#187;&lt;/i&gt; (Saskia Sassen)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la mondialisation actuelle, ce que l'on peut qualifier de global ne se limite pas &#224; quelques institutions &#171; mondiales &#187;, le global investit les institutions et les territoires nationaux. La vis&#233;e de Bretton Woods &#233;tait de pr&#233;munir les Etats nationaux contre les fluctuations excessives du syst&#232;me international. Celle de l'&#232;re globale actuelle est tout autre puisqu'il s'agit de mettre en place des syst&#232;mes et des modes de fonctionnement globaux &lt;i&gt;au sein des Etats nationaux&lt;/i&gt;, quels que soient les risques encourus par leurs &#233;conomies. La d&#233;nationalisation des capacit&#233;s &#233;tatiques est une insertion de projets globaux dans les Etats-nations (politiques mon&#233;taires, fiscales ou de protection sociale). L'Etat n'est pas un tout, la mondialisation n'est pas un affaiblissement g&#233;n&#233;ral de l'Etat, elle passe par des transformations en son sein, c'est-&#224;-dire un travail de dissociation des &#233;l&#233;ments &#233;tatiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La logique du secteur financier &lt;i&gt;s'int&#232;gre&lt;/i&gt; &#224; la politique nationale pour d&#233;finir ce qu'est une politique &#233;conomique &lt;i&gt;ad&#233;quate&lt;/i&gt;, une politique financi&#232;re &lt;i&gt;saine&lt;/i&gt;, ces crit&#232;res ont &#233;t&#233; transform&#233;s en normes pour la politique &#233;conomique nationale : ind&#233;pendance des banques centrales, politique anti-inflationniste, parit&#233; des taux de changes, conditionnalit&#233;s du FMI. A l'inverse de la &#171; d&#233;nationalisation &#187; les politiques keyn&#233;siennes &#233;taient une illustration de ce que Sassen appelle &#171; &lt;i&gt;le national int&#233;gr&#233;&lt;/i&gt; &#187; : combinaison d'&#233;conomie nationale, de consommation nationale, de formation et &#233;ducation de main-d'&#339;uvre nationale et ma&#238;trise de la monnaie et du cr&#233;dit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la crise de la soci&#233;t&#233; salariale, les luttes qui se d&#233;roulent autour de la distribution d&#233;signe l'Etat comme le responsable de l'injustice. Cet Etat, c'est &lt;i&gt;l'Etat d&#233;nationalis&#233;&lt;/i&gt;, travers&#233; par et agent de la mondialisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La citoyennet&#233; devient alors l'id&#233;ologie sous laquelle est men&#233;e la lutte des classes, nous voyons partout des drapeaux. Dans la &#171; p&#233;riode fordiste &#187;, l'Etat &#233;tait en outre devenu &#171; la cl&#233; du bien-&#234;tre &#187;, c'est cette citoyennet&#233; qui a foutu le camp dans la restructuration des ann&#233;es 1970 et 1980. Si la citoyennet&#233; est une abstraction, elle r&#233;f&#232;re &#224; des contenus bien concrets : plein emploi, famille nucl&#233;aire, ordre-proximit&#233;-s&#233;curit&#233;, h&#233;t&#233;rosexualit&#233;, travail, nation. C'est autour de ces th&#232;mes que dans la crise de la soci&#233;t&#233; salariale se reconstruisent id&#233;ologiquement les conflits de classes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La reconstruction id&#233;ologique des conflits de classes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est n&#233;cessaire de tenter une compr&#233;hension th&#233;orique du discours et des id&#233;ologies ambiantes et dans cette compr&#233;hension de les consid&#233;rer autrement que comme un effet de surface, mais c'est encore insuffisant, le projet ici est de les consid&#233;rer comme des &#233;l&#233;ments pratiques sans lesquels la construction conceptuelle de la p&#233;riode est impossible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La relation des individus aux rapports de production n'est jamais une imm&#233;diatet&#233; dans la mesure o&#249; ces rapports sont exploitation et ali&#233;nation, elle comporte un &#171; jeu &#187; dans lequel interviennent toutes les instances du mode de production. Cette non-imm&#233;diatet&#233;, c'est ce qui, en France, fait la diff&#233;rence entre le &#171; Front de Gauche &#187; et le &#171; Front National &#187; et l'avantage du second sur le premier. La politique qui ne tient pas compte de cette non-imm&#233;diatet&#233; &#233;choue. La &#171; gauche de la gauche &#187; est en train d'y r&#233;fl&#233;chir, mais son probl&#232;me est que tous les th&#232;mes font syst&#232;me et qu'en tant que tel, le syst&#232;me penche &#224; droite. Quand le PCF, en 1977, promouvait le &#171; produisons fran&#231;ais &#187;, c'est lui-m&#234;me qui ajoutait &#171; avec des Fran&#231;ais &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En tant qu'id&#233;ologique, la citoyennet&#233; nationale r&#233;pond au probl&#232;me r&#233;el de son &#233;poque : la crise du rapport salarial devenue crise de la soci&#233;t&#233; salariale, la crise de l'Etat d&#233;nationalis&#233;, l'opposition irr&#233;ductible entre les gagnants et les perdants de la mondialisation. Mais le recours &#224; la citoyennet&#233; nationale est alors l'aveu m&#234;me dans les luttes sur la base et &#224; l'int&#233;rieur de la soci&#233;t&#233; salariale que ces luttes op&#232;rent sous une id&#233;ologie. D'une part, la citoyennet&#233; nationale r&#233;pond au probl&#232;me r&#233;el de la crise de la soci&#233;t&#233; salariale ; d'autre part, elle ne lui correspond pas, car elle la traite de fa&#231;on &#171; inauthentique &#187; comme repr&#233;sentation d'autre chose : la perte des valeurs, la d&#233;composition de la famille, l'identit&#233; nationale, la communaut&#233; du travail. C'est-&#224;-dire qu'elle ne r&#233;pond qu'&#224; ses propres questions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au premier abord, cette id&#233;ologie est critique, mais seulement dans la mesure o&#249; elle est le langage de la revendication &lt;i&gt;dans le miroir que lui tend la logique de la distribution et de la n&#233;cessit&#233; de l'Etat&lt;/i&gt;. Les pratiques qui op&#232;rent sous cette id&#233;ologie sont efficaces parce qu'elles renvoient aux individus une image vraisemblable et une explication cr&#233;dible de ce qu'ils sont et de ce qu'ils vivent et sont constitutives de la &lt;i&gt;r&#233;alit&#233;&lt;/i&gt; de leurs luttes. La question de la distribution, celle du travail et de l'assistanat, de la d&#233;sh&#233;rence des territoires dans &#171; l'unit&#233; nationale &#187;, des valeurs, de la famille, structurent ad&#233;quatement la relation des individus aux enjeux actuels des luttes de classes dans cette s&#233;quence de la crise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'agit d'affirmer comment c'est un processus objectif des rapports de production qui se reconstruit &lt;i&gt;&#224; partir de lui-m&#234;me&lt;/i&gt; comme pratiques id&#233;ologiques significatives d'une s&#233;quence particuli&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Th&#233;matique de la reconstruction id&#233;ologique des conflits de classes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;a ) Le territoire et le local&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La mondialisation et la d&#233;nationalisation de l'Etat cr&#233;ent de vastes territoires p&#233;riph&#233;riques et exclus des processus &#233;conomiques majeurs. A l'automne 2013, c'est ce sentiment d'exclusion territoriale qui a f&#233;d&#233;r&#233; la r&#233;volte bretonne, dite des &#171; bonnets rouges &#187;, contre l'&#233;cotaxe et les fermetures d'entreprises. Pour les ouvriers de Bretagne, du Nord-Pas-de-Calais, de la Picardie, de la Lorraine ou de Champagne-Ardenne, l'attaque du local par le capitalisme mondial est une explication raisonnable des probl&#232;mes et des souffrances subies sous de multiples aspects, et sa pr&#233;servation, une solution cr&#233;dible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lors de la votation suisse du 9 f&#233;vrier 2014 sur la &#171; limitation du nombre de travailleurs immigr&#233;s &#187;, le &#171; oui &#187; l'a emport&#233; dans les campagnes contre les villes et il l'a emport&#233; l&#224; o&#249; il y avait le moins de travailleurs immigr&#233;s europ&#233;ens mais &lt;i&gt;le plus de ch&#244;meurs nationaux&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la reconstruction id&#233;ologique des conflits, le local est au carrefour de plusieurs autres d&#233;terminations dont il sera question plus loin : il rassemble le &#171; peuple authentique &#187; contre les &#233;lites, les &#171; intellos &#187;, ce qui est &#233;tranger, ceux qui profitent du syst&#232;me social et des imp&#244;ts des autres. Dans ce type de r&#233;volte, le sentiment d'abandon des zones rurales et p&#233;ri-urbaines, face &#224; l'h&#233;g&#233;monie des m&#233;tropoles met en cause la l&#233;gitimit&#233; de l'Etat d&#233;nationalis&#233;, il rejoint &#171; l'exasp&#233;ration contre la pression fiscale &#187; et le &#171; carcan r&#233;glementaire &#187; sous la volont&#233; g&#233;n&#233;rale de mettre fin au &#171; dumping social &#187; et de &#171; conserver l'emploi au pays &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De leur c&#244;t&#233;, les manifestations br&#233;siliennes du printemps 2013, s'inscrivent dans l'expansion et la r&#233;novation massives des zones urbaines centrales, au moment m&#234;me o&#249; des portions importantes de ces villes sombrent dans la pauvret&#233; et connaissent un d&#233;clin de leurs infrastructures. La politique urbaine synth&#233;tise les questions relatives &#224; la reproduction de la force de travail et de fa&#231;on conjointe &#224; la reproduction des diff&#233;rences de classes : questions de logement (localisation dans l'espace que bouleverse la &#171; r&#233;novation urbaine &#187;), sant&#233;, &#233;ducation, transport. Dans la densit&#233;, la qualit&#233; et le co&#251;t des services publics se jouent non seulement la reproduction de la force de travail mais &#233;galement les enjeux de mobilit&#233; sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A Rio ou Sao Paulo, que ce soit &#224; propos de l'expulsion des zones centrales d'habitation ou des transports et des services publics en g&#233;n&#233;ral, le rapport social qui structure la lutte et d&#233;finit les enjeux n'est pas le capital ou le travail salari&#233; mais la &lt;i&gt;propri&#233;t&#233; fonci&#232;re&lt;/i&gt; r&#233;gissant l'am&#233;nagement de l'espace. L'interclassisme est le sympt&#244;me de ce rapport social de production. En effet, parce que c'est la propri&#233;t&#233; fonci&#232;re qui les structure et se pose elle-m&#234;me comme leur enjeu, les luttes de classes comme luttes sur l'am&#233;nagement urbain portent sur un rapport de production &#171; second &#187; : la rente n'est qu'une partie de la plus-value extorqu&#233;e dans le rapport entre capital et travail. Ce caract&#232;re &#171; second &#187; manifeste son essence propre en organisant les luttes autour du revenu et de la consommation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les luttes qui existent sous l'id&#233;ologie du local, m&#234;me si ce n'est pas avec la m&#234;me dynamique et les m&#234;mes perspectives, on passe du rapport salarial &#224; la soci&#233;t&#233; salariale, au salaire comme rapport de distribution, &#224; la l&#233;gitimit&#233; de l'Etat &lt;i&gt;existant&lt;/i&gt;. Bien assise sur la succession de ces d&#233;calages, la reconstruction id&#233;ologique poss&#232;de une perversit&#233; polymorphe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;b ) La famille&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les id&#233;es de &#171; libert&#233; &#187;, d' &#171; autod&#233;termination &#187; et d' &#171; &#233;mancipation &#187; non seulement ne peuvent plus dire grand-chose, mais encore avec celles de &#171; choix &#187;, voire de &#171; droit &#187;, elles sont devenues les embl&#232;mes du lib&#233;ralisme &#233;conomique lui-m&#234;me. Elles sont devenues pour les &#171; perdants de la mondialisation &#187; l'&#233;nonc&#233; d'une menace. Appliqu&#233;es &#224; la famille, ces id&#233;es apparaissent comme une sourde et sournoise entreprise de d&#233;molition de ce qui est consid&#233;r&#233; comme la derni&#232;re institution capable de prot&#233;ger contre &#171; l'individualisme &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette image id&#233;ale de la famille dite &#171; traditionnelle &#187; si ce n'est &#171; &#233;ternelle &#187; ou m&#234;me &#171; naturelle &#187;, lieu protecteur hors des rapports purement &#233;conomiques, aux r&#244;les fixes et rassurants, et qui cristallise bien des revendications contre les d&#233;terminations du d&#233;veloppement capitaliste telles que la crise les a rendues &lt;i&gt;manifestes&lt;/i&gt;, est d'origine relativement r&#233;cente : elle se forme dans l'entre-deux-guerres autour de la figure de l'ouvrier m&#226;le travaillant &#224; plein temps, d&#233;tenteurs de droits, mari et p&#232;re, et se d&#233;sagr&#232;ge au d&#233;but des ann&#233;es 1970.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L' &#171; indiff&#233;renciation sexuelle &#187; et la dite &#171; th&#233;orie du genre &#187; sont v&#233;cues comme une menace bien au-del&#224; des manifestations contre le &#171; mariage pour tous &#187;, une menace contre un ordre o&#249; les r&#244;les sociaux &#171; correspondent &#187; au sexe biologique (&#224; moins que cela ne soit l'inverse &#8230;), o&#249; les sexes sont &#171; compl&#233;mentaires &#187; et o&#249; chacun et chacune occupent sa place &#171; traditionnelle &#187; dans la famille. Une place que verrouillerait pour les femmes l'interdiction de l'avortement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout se passe alors comme si la lutte ou plut&#244;t le simple rejet des rapports sociaux r&#233;gissant la production et la reproduction se faisait au nom du monde ant&#233;rieur que la restructuration a aboli, monde ant&#233;rieur &#233;rig&#233; en &lt;i&gt;contre-type id&#233;al&lt;/i&gt;. D'autant plus que ce contre-type id&#233;al acquiert une valeur bien actuelle contre l'efficacit&#233; id&#233;ologique d'une th&#233;orie du genre pour laquelle n'existeraient que des comportements libres et librement modifiables : des pr&#233;jug&#233;s ou des repr&#233;sentations. Cette efficacit&#233; id&#233;ologique consiste &#224; construire et l&#233;gitimer des pratiques d&#233;niant la contrainte et les d&#233;terminations sociales qui construisent la distinction de genre. Quand on n'a pas le choix, la th&#233;orie &#171; lib&#233;rale &#187; du genre appara&#238;t au mieux comme un fantasme au pire comme une insulte. Contre cette conception arbitraire du genre qui comme l'&#233;crit une journaliste du &lt;i&gt;Monde&lt;/i&gt; (5 f&#233;vrier 2014) ferait que &#171; les in&#233;galit&#233;s entre les sexes se logent dans nos repr&#233;sentations &#187;, ce qui, pour les &#171; classes populaires &#187; r&#233;sonne dans le discours conservateur c'est la reconnaissance du c&#244;t&#233; contraignant du social. Non seulement la contrainte sociale est l&#224;, forte, mais encore elle affirme sa positivit&#233;, la famille est le rempart du peuple et de &#171; l'authenticit&#233; humaine &#187; contre l'individualisme, contre les &#233;lites et les experts de l'&#233;ducation, de l'alimentation, de la sexualit&#233;, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;c ) L'authenticit&#233;, les &#233;lites intellos et la nation&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ins&#233;curit&#233; &#233;conomique a conduit une partie du prol&#233;tariat et des classes moyennes &#224; rechercher la s&#233;curit&#233; ailleurs, dans un univers &#171; moral &#187; qui lui, ne bougerait pas trop et qui r&#233;habiliterait des comportements anciens li&#233;s &#224; un monde disparu. L'&#233;lite jadis associ&#233;e aux poss&#233;dants, aux grandes familles de l'industrie et de la banque, devient identifi&#233;e &#224; la gauche, aux intellectuels et aux experts, exag&#233;r&#233;ment friands d'innovations sociales, sexuelles, soci&#233;tales et raciales. Ce basculement a lieu aux Etats-Unis au d&#233;but des ann&#233;es 1970 et on peut le constater partout en Europe actuellement pour les raisons &#233;voqu&#233;es plus haut : &lt;i&gt;la constitution en contre-type id&#233;al du monde aboli par la restructuration des ann&#233;es 1970 comme r&#233;sistance et rejet actuel du capitalisme issu de cette restructuration&lt;/i&gt;. &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a &#233;voqu&#233; l'importance de la famille et de ses r&#244;les sociaux &#171; traditionnels &#187; dans la reconstruction des conflits de classes &#224; l'int&#233;rieur de la soci&#233;t&#233; salariale, la mobilisation anti avortement est au carrefour de la pr&#233;servation de ces r&#244;les et du combat contre les &#233;lites. Pour les besoins id&#233;ologiques actuels, que la vague de lois qui dans les ann&#233;es 1960 et 1970 lib&#233;ralisa l'avortement ait &#233;t&#233; le r&#233;sultat de la lutte des femmes dispara&#238;t pour ne plus &#234;tre qu'une ing&#233;rence des m&#233;decins et des juges dans la vie familiale. Dans les mobilisations contre l'avortement non seulement se focalise la r&#233;affirmation des r&#244;les sexu&#233;s traditionnels et de la famille selon un &#171; ordre naturel &#187; (en fait celui de la phase pr&#233;c&#233;dente du mode de production capitaliste), mais encore &#171; l'ordre naturel &#187; devient un th&#232;me majeur de lutte contre l'&#233;lite intellectuelle qui cristallise au niveau id&#233;ologique, soci&#233;tal, toutes les d&#233;terminations &lt;i&gt;&#233;conomiques&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;sociales&lt;/i&gt; du capitalisme issu de la restructuration des ann&#233;es 1970.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce rejet culturel de la mondialisation dans la p&#233;riode du capitalisme entr&#233;e en crise construit une identit&#233; populaire authentique qui sert de r&#233;f&#233;rence au nationalisme. Cela implique des choses qui peuvent &#234;tre tout &#224; fait triviales. Aux Etats-Unis, le Parti R&#233;publicain est celui des buveurs de bi&#232;re, de vrai caf&#233; am&#233;ricain et pas de &#171; latte &#187;, de ceux qui vont &#224; l'Eglise et poss&#232;dent des armes &#224; feux ; en France, le FN est celui des mangeurs de cochonnailles, des buveurs de vin rouge et des la&#239;ques purs et durs. Il n'y a pas de nationalisme, ni m&#234;me de souverainisme national, sans identit&#233; et authenticit&#233;, sans possibilit&#233; de pouvoir dire &#171; nous &#187; et &#171; eux &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le peuple, pr&#233;cis&#233;ment dans une polys&#233;mie (&lt;i&gt;demos&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;ethnos&lt;/i&gt;, pl&#232;be) qui le fait co&#239;ncider avec une nation toujours menac&#233;e par les &#233;lites, est &#224; la fois le d&#233;positaire et l'inventeur de cette authenticit&#233;. Ce changement de terrain et d'instance face aux agressions sociales et &#233;conomiques est la nature m&#234;me de l'id&#233;ologie comme rapport des individus &#224; leurs conditions d'existence comme rapports de production. Que peut entendre un ouvrier de la raffinerie de Berre, en France, ancienne raffinerie Shell (anglo-hollandaise), puis devenue LyondellBasell (cot&#233;e &#224; Wall Street) qui refuse de la vendre &#224; la Sotragem (entreprise de trading italienne revendue &#224; un Slovaque), et qui donc va perdre son emploi, quand un Cohn-Bendit d&#233;clare : &#171; L'identit&#233; europ&#233;enne est en devenir et ne peut correspondre qu'&#224; une identit&#233; de nature post-nationale. Dans la mesure o&#249; celle-ci n'a rien &#224; voir avec une identit&#233; fig&#233;e, elle est sans doute moins confortable pour les individus. A la limite &#234;tre europ&#233;en, c'est ne pas avoir d'identit&#233; pr&#233;d&#233;termin&#233;e. &#187; (&lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; du 2 f&#233;vrier 2014). On pourrait presque comprendre qu'il ait des envies de meurtre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la s&#233;quence actuelle, de fa&#231;on agressive vis-&#224;-vis de l'&#233;tranger et des &#171; ennemis int&#233;rieurs &#187;, comme en Ukraine, ou de fa&#231;on progressiste, comme au Br&#233;sil, la nation est le langage et le formatage pratique de la revendication &#233;conomique. En Ukraine, le nationalisme de la clase ouvri&#232;re est la chose certainement la mieux partag&#233;e entre l'Ouest et l'Est du pays : &#224; l'Ouest c'est Svoboda, &#224; l'Est, le Parti Communiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a vu des drapeaux nationaux &#224; Ath&#232;nes, &#224; Rio, &#224; Istanbul, au Caire et &#224; Tunis et si on ne les a pas vus en Bosnie, &#224; Sarajevo ou &#224; Tuzla, c'est qu'il n'aurait symbolis&#233; qu'un simulacre d'Etat corrompu jusqu'&#224; la moelle contre lequel la r&#233;volte ouvri&#232;re s'est imm&#233;diatement fondue en un mouvement citoyen de restauration nationale. On les a vus aussi le 9 d&#233;cembre 2013 dans les rues de l'Italie, lors du dit &#171; Mouvement des fourches &#187; (&lt;i&gt;forconi&lt;/i&gt;). On a vu ce 9 d&#233;cembre, une conjonction de groupes sociaux et d'id&#233;ologies qui pourrait pr&#233;figurer d'autres choses tout aussi surprenantes et inqui&#233;tantes. A ce qui &#233;tait &#224; l'origine une r&#233;volte de classes moyennes traditionnelles, se sont joints, ce 9 d&#233;cembre, de tr&#232;s nombreux jeunes pr&#233;caires et ch&#244;meurs adultes ainsi que des comit&#233;s de locataires contre les expulsions, les Centre sociaux de Turin, le centre de la construction sociale de Milan, le Mouvement de lib&#233;ration populaire, le Comit&#233; des locataires de San Siro. On peut relier ce succ&#232;s des &#171; &lt;i&gt;Forconi&lt;/i&gt; &#187; &#224; celui de &#171; &lt;i&gt;L'Unione Sindacale di Base&lt;/i&gt; &#187; aux &#233;lections syndicales &#224; Ilva Tarente, la plus grande usine d'acier d'Italie (11 000 ouvriers), ainsi qu'&#224; la r&#233;ussite de la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale du 18 octobre et de la concentration sur Rome organis&#233;es par l'USB. A tous les niveaux, c'est la m&#234;me collusion entre les pouvoirs politiques, &#233;conomiques et syndicaux qui est rejet&#233;e : la &#171; casta &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La nation ne devient un th&#232;me de combat que si elle est construite comme menac&#233;e, mais alors les menaces ne peuvent &#234;tre formul&#233;es que dans les termes que la nation impose. L'authenticit&#233; et la nation ne peuvent s'imposer comme l'id&#233;ologie sous laquelle vont op&#233;rer des pratiques conflictuelles qu'&#224; la condition d'une autre transposition : il faut que le conflit &#233;conomique ait &#233;t&#233; lui-m&#234;me pr&#233;alablement transmu&#233; en conflit culturel (il s'agit seulement d'une ant&#233;riorit&#233; dans la construction logique, dans l'imm&#233;diatet&#233; du v&#233;cu, tous les th&#232;mes n'existent que s'interf&#233;condant). Les riches et les pauvres feront l'affaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;d ) Riches et pauvres&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s ce que nous avons dit sur les rapports de distribution, sur la crise de la soci&#233;t&#233; salariale et ses injustices, sur la crise de l'Etat d&#233;nationalis&#233; comme responsable de ces injustices, il n'ait pas besoin de nouvelles explications pour saisir comment des contradictions de classes deviennent des conflits entre riches et pauvres. La question qui appara&#238;t est plut&#244;t de comprendre comment de tels conflits transmuent en conflits culturels o&#249; les riches ne sont plus exactement ceux que l'on croit et o&#249; les pauvres se battent entre eux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;{}&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt;&lt;i&gt;Au commencement &#233;tait la &#171; valeur travail &#187; qui engendra les &#171; assist&#233;s &#187;&lt;/i&gt;.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;Dans un premier temps, il s'agit de &#171; r&#233;habiliter la valeur travail &#187; (comme si elle en avait besoin). Les conqu&#234;tes ouvri&#232;res deviennent un droit &#224; la paresse, &#224; la fraude, &#224; l'assistanat, aux avantages corporatifs, un obstacle aux &#233;volutions. Mais il ne s'agit pas de livrer bataille aux travailleurs, mais &#224; ceux qui ont d&#233;natur&#233; la valeur travail. Ainsi, les conflits de classes sont red&#233;finis de mani&#232;re &#224; ce que le clivage qui n'oppose d&#233;j&#224; plus capital et travail, mais riches et pauvres, devienne, par la vertu de cette premi&#232;re transformation, un clivage entre deux fractions suppos&#233;es du prol&#233;tariat : &#171; ceux qui n'en peuvent plus de faire des efforts &#187; et &#171; les profiteurs et fraudeurs de l'assistanat &#187;. Ce clivage s'est diffus&#233; selon les circonstances et les besoins comme un antagonisme dressant les ouvriers et les &#171; petites classes moyennes &#187; tant&#244;t contre les &#171; nantis &#187; r&#233;sidant &#224; l'&#233;tage du dessus ( employ&#233;s &#224; statut, main-d'&#339;uvre couverte syndicalement et r&#233;gimes sp&#233;ciaux) ; tant&#244;t contre les &#171; assist&#233;s &#187; rel&#233;gu&#233;s un peu plus loin, ou contre les deux &#224; la fois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De son c&#244;t&#233;, la situation et le mode de vie des riches, expos&#233;s &#224; longueur de pages dans la presse &lt;i&gt;people&lt;/i&gt;, semblent tellement inaccessibles qu'ils ne concernent plus ces travailleurs comme s'il s'agissait d'une autre humanit&#233;, d'un monde parall&#232;le. Alors que le fraudeur aux Assedic ou &#224; l'Allocation logement, lui nous vole : &#171; Qui est-ce qui paye finalement ? &#187;. Que les d&#233;ficits publics aient &#233;t&#233; sciemment construits avec une constance remarquable depuis trente ans dans tous les pays occidentaux, conform&#233;ment aux modalit&#233;s de l'exploitation et de l'accumulation dans le capitalisme issu de la restructuration des ann&#233;es 1970-1980, ne rentre jamais en ligne de compte, sauf pour dire qu'on a &#233;t&#233; trop g&#233;n&#233;reux. Dans ce processus de clivage, la fin de l'identit&#233; ouvri&#232;re n'est pas sans importance. Le recul de l'industrie et l'affaiblissement des collectifs ouvriers, la pr&#233;carisation de l'emploi se sont traduits par un v&#233;cu du rapport au social et &#224; la politique sur un mode individualiste dans lequel la valeur travail n'&#233;tait plus une puissance collective oppos&#233;e aux patrons, mais relevait du choix et du m&#233;rite individuels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La ligne de fracture &#233;conomique passe alors moins entre capitalistes et ouvriers, ni m&#234;me entre riches et pauvres, mais davantage entre salari&#233;s et &#171; assist&#233;s &#187;, &#171; blancs &#187; et &#171; minorit&#233;s &#187;, &#171; travailleurs &#187; et &#171; fraudeurs &#187;. Momentan&#233;ment les mouvements &#171; &lt;i&gt;occupy &lt;/i&gt; &#187; ont boulevers&#233; ces clivages, mais sans r&#233;introduire les fractures de classes significatives. Tout est rest&#233; une question de revenus et non de rapports de production, &#224; une segmentation id&#233;ologique a succ&#233;d&#233; un amalgame id&#233;ologique sans signification.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#171; assist&#233;s &#187;, devenus &#171; ceux qui ne veulent pas travailler &#187;, pr&#233;sentent en outre le grand avantage de pouvoir &#234;tre le support de toutes sortes de distinctions non &#233;conomiques : groupes ethniques, vie familiale &#233;clat&#233;e et dissolue, drogue, criminalit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt;Et en prime dans ce clivage : le racisme&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;Dans le cadre de la &#171; pr&#233;servation de l'Etat social &#187; ou de sa &#171; restauration &#187; au nom du contre-type social, &#233;conomique et id&#233;ologique des &#171; Trente Glorieuses &#187;, la nation, la citoyennet&#233; nationale et &#171; l'authenticit&#233; &#187; s'entrem&#234;lent avec le clivage entre &#171; ceux qui n'en peuvent plus de faire des efforts &#187; et les &#171; Autres &#187;. Il ne s'agit plus de rejeter l'&#233;tranger au nom d'une vision racialiste de la nation, mais en vertu d'un id&#233;al beaucoup plus consensuel : sauvegarder le &#171; mod&#232;le social fran&#231;ais &#187;. Cette guerre &#224; la fraude ciblant les &#233;trangers a pour principal effet d'arrimer la crise de financement des syst&#232;mes de protection sociale &#224; un probl&#232;me d'identit&#233; nationale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette racialisation de la &#171; pr&#233;servation de l'Etat social &#187; suit un principe identique &#224; la racialisation de la lutte contre le ch&#244;mage. Il s'agit de ne jamais critiquer le syst&#232;me social et &#233;conomique mais de faire en sorte que la concurrence entre les travailleurs inh&#233;rente au salariat fasse que la classe ouvri&#232;re se plie tant bien que mal aux conditions actuelles de crise. L'immigration n'est pas tant pr&#233;sent&#233;e comme la cause du ch&#244;mage, ce qui ne r&#233;sisterait pas &#224; n'importe quelle analyse, ni &#224; n'importe quelle exp&#233;rience v&#233;cue de fermeture d'entreprise ; elle est pr&#233;sent&#233;e &#171; seulement &#187; comme aggravant les cons&#233;quences. &#171; Activons ce levier &#224; effet imm&#233;diat, puis traitons les causes structurelles &#187; : c'&#233;tait, en France, en gros, la position du PC au d&#233;but des ann&#233;es 1980, et celle du FN maintenant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais les travailleurs n'ont strictement aucun pouvoir ni sur la demande, ni sur l'offre de travail : si l'accumulation du capital augmente la demande de travail, elle en augmente aussi l'offre en fabriquant des surnum&#233;raires. Les d&#232;s sont pip&#233;s. Ce qui synth&#233;tise et donne une coh&#233;rence &#224; toutes ces menaces, c'est la mondialisation et la d&#233;nationalisation de l'Etat. Les lois de l'accumulation du capital qui cr&#233;ent n&#233;cessairement des surnum&#233;raires deviennent secondes, elles ne semblent fonctionner ainsi que parce que la &#171; communaut&#233; nationale &#187; a &#233;t&#233; rompue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les conflits n&#233;s de cette rupture sont destin&#233;s &#224; &#234;tre r&#233;sorb&#233;s sous la restauration de la nation, et la concurrence entre ouvriers n'est plus vu comme telle, mais en termes de plus en plus ethnicis&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si les travailleurs n'ont strictement aucun pouvoir ni sur la demande, ni sur l'offre de travail, ils n'en ont pas plus sur l'effet de l'arm&#233;e de r&#233;serve sur les salaires, ni sur la segmentation et composition de celle-ci. Une grande partie de la classe ouvri&#232;re connait les effets d'une m&#233;canique que l'on croyait disparue, celle de la paup&#233;risation absolue. M&#233;canique dans laquelle s'exerce, dans la situation actuelle, le m&#234;me processus de transmutation des contradictions de classes en conflits entre riches et pauvres mais surtout, sous l'&#233;gide du national, de l'authenticit&#233;, du peuple et du racisme, entre pauvres. &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'appel &#224; des travailleurs immigr&#233;s est la fa&#231;on la plus &#233;conomique de trouver la force de travail meilleur march&#233; correspondant &#224; ce m&#233;canisme de substitution (li&#233; &#224; la division du travail et au machinisme par lequel op&#232;re la paup&#233;risation absolue) par lequel le travailleur autochtone se trouve &#233;vinc&#233;, et les patrons proclameront ensuite qu'heureusement &#171; les immigr&#233;s sont l&#224; pour accomplir les t&#226;ches dont les nationaux ne veulent plus &#187;, &#233;tant &#233;vident que ces t&#226;ches conviennent aux immigr&#233;s &lt;i&gt;par nature&lt;/i&gt; et que c'est leur pr&#233;sence qui fait baisser les salaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une tr&#232;s large cat&#233;gorie moyenne d'ouvriers demeure dans les pays occidentaux coinc&#233;e dans le cadre national, ce qui ne manque pas d'&#234;tre une source de conflits internes au prol&#233;tariat. Les travailleurs &#224; bas salaires des villes globales, pr&#233;caires, immigr&#233;s et de plus en plus f&#233;minins, n'appartiennent pas &#224; un secteur retard&#233; de l'&#233;conomie, ce segment existe directement dans une &#233;conomie globale et correspond &#224; une organisation non nationale de segments du prol&#233;tariat. En liaison avec les autres communaut&#233;s et leurs compatriotes &#233;migr&#233;s dans d'autres pays, ils d&#233;finissent des strat&#233;gies au sein du syst&#232;me global. Malgr&#233; leur pr&#233;carit&#233; et leur mis&#232;re, ces segments de la classe qui se constituent dans la mondialisation semblent, aux yeux de cette cat&#233;gorie moyenne, tant &#233;conomiquement que culturellement, avoir partie li&#233;e avec tous les &#171; gagnants de la mondialisation &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt;Ensuite, arriv&#232;rent l'Etat et les &#171; parasites &#187;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;habilitation de la valeur travail que l'on a vu pr&#233;c&#233;demment &#224; l'&#339;uvre ne se contente pas d'opposer les &#171; travailleurs &#187; aux &#171; assist&#233;s &#187;, elle a l'immense vertu de cr&#233;er une troisi&#232;me cat&#233;gorie celle des &#171; parasites &#187;. Ces &#171; parasites &#187; sont facilement rep&#233;rables, c'est l'&#233;lite, pas celle de la richesse, mais celle des dipl&#244;m&#233;s arrogants, des experts en tout genre, s'agitant le plus souvent dans des agences de l'Etat qui r&#233;glementent et administrent tout, et qui non contents de s'engraisser sur les imp&#244;ts, traitent le peuple authentique et ses valeurs avec condescendance. Ce qui oppose cette &#233;lite et le peuple, c'est ce qui oppose le travail au parasitisme et ce conflit se m&#232;ne au nom des valeurs. Ce que la transmutation de la contradiction entre les classes en conflit entre riches et pauvres et par l&#224; entre travailleurs d'un c&#244;t&#233; et assist&#233;s et parasites de l'autre, produit de plus merveilleux, c'est d'aboutir &#224; une d&#233;finition des protagonistes &lt;i&gt;en termes de valeurs&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le principal effet pratique de ce confit culturel est de faire disparaitre le fondement &#233;conomique de tous les conflits, ou plus pr&#233;cis&#233;ment de faire du r&#232;glement d'un conflit culturel la condition du r&#232;glement des probl&#232;mes &#233;conomiques. Cette &#233;lite &lt;i&gt;improductive&lt;/i&gt; qui repr&#233;sente l'artifice contre l'authenticit&#233; naturelle du peuple occupe l'Etat et vit en parasite &#171; en d&#233;vorant l'argent des imp&#244;ts &#187;. Les conflits tels qu'ils prennent forme dans la soci&#233;t&#233; salariale retravaillent les contradictions de classes de telle sorte que la probl&#233;matique pour laquelle tous les organes de l'Etat sont des organes de classe est prise au pied de la lettre. Il ne s'agit plus d'organes de classe parce qu'expression et au service de la classe &#233;conomiquement dominante, d&#233;tentrice de tous les moyens de production, mais d'organes constituant en soi une classe, &#224; son propre service.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien sur, dans cette s&#233;quence, il y a des gr&#232;ves et des conflits sociaux, mais leur fond consiste en ce que tel ou tel capitaliste, telle ou telle entreprise ne remplit pas son r&#244;le en tant que capital, les &lt;i&gt;coupables&lt;/i&gt; entrent alors dans la cat&#233;gorie des &#171; parasites &#187; et des &#171; jouisseurs &#187; contre les &#171; vrais producteurs &#187; et les &#171; gens ordinaires &#187;. Le m&#233;contentement et m&#234;me l'exasp&#233;ration sociale acqui&#232;rent un sens qui exempte totalement le capitalisme si ce n'est une finance fantasmatique construite pour la circonstance. En s&#233;parant la question des conflits de classes des rapports de production, ce qui est le propre de la soci&#233;t&#233; salariale, une perspective exactement conservatrice, contenant tous les th&#232;mes pr&#233;sent&#233;s plus haut, est ouverte que vient corroborer une exp&#233;rience subjective bien r&#233;elle qui nourrit une hostilit&#233; de classe niant dans son expression son fondement &#233;conomique. Que les luttes ouvri&#232;res strictement revendicatives et &#233;conomiques soient nombreuses et prennent parfois un tour sauvage est un fait, mais on ne peut isoler ces luttes d'un contexte g&#233;n&#233;ral dans lequel et &lt;i&gt;par lequel&lt;/i&gt; elles prennent un sens qu'elles contribuent elles-m&#234;mes &#224; constituer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En conclusion d'&#233;tape&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la s&#233;quence o&#249; nous sommes engag&#233;s, le probl&#232;me actuel de la lutte de classe se r&#233;sume au fait que le refus de la situation pr&#233;sente n'est pas son d&#233;passement &lt;i&gt;&#224; partir d'elle-m&#234;me&lt;/i&gt;, comme cela s'&#233;tait amorc&#233; dans les premiers temps de la crise, mais la volont&#233; de retour &#224; une situation ant&#233;rieure. Mais tout cela est bien ancr&#233; dans le pr&#233;sent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est que maintenant, avec la crise de cette phase du capital et de son Etat et plus pr&#233;cis&#233;ment avec son devenir comme crise de la soci&#233;t&#233; salariale et de l'Etat d&#233;nationalis&#233;, que la disparition de tout l'assemblage social, &#233;conomique et id&#233;ologique comme formatage de la vie quotidienne qui avait fini par faire syst&#232;me durant les &#171; Trente glorieuses &#187; devient manifeste et s'impose comme le r&#233;sum&#233; et la cause de tous les malheurs du temps. La situation actuelle elle-m&#234;me fait que ce qui a disparu est promu en &lt;i&gt;contre-type id&#233;al&lt;/i&gt; &#224; la soci&#233;t&#233; pr&#233;sente et &#224; sa crise, &#224; cet Etat, son injustice, son indiff&#233;rence, son amoralit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cette s&#233;quence, tout se joue pour l'instant comme crise du rapport de l'Etat &#224; sa soci&#233;t&#233;, &lt;i&gt;et tout le monde y joue&lt;/i&gt;. Il y a une &#233;troite combinaison entre crise du rapport salarial, crise de la mondialisation, crise de la soci&#233;t&#233; salariale, crise de l&#233;gitimit&#233; et de reconnaissance de l'Etat d&#233;nationalis&#233;, interclassisme et politique. Cette combinaison, ce n&#339;ud, c'est la s&#233;quence actuelle de la crise comme lutte des classes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelles dynamiques &#224; l'&#339;uvre actuellement dans cette s&#233;quence ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;a ) La s&#233;quence crise de la soci&#233;t&#233; salariale est un moment de la crise sp&#233;cifique du MPC tel qu'il s'est d&#233;velopp&#233; post restructuration&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec la crise du rapport salarial devenue crise de la soci&#233;t&#233; salariale, c'est d'une contradiction tenant &#224; cette phase du capital maintenant entr&#233;e en crise dont il est question. La contradiction interne de cette phase de la valorisation se situe &lt;i&gt;entre le travail imm&#233;diatement productif et la condition m&#234;me de ce travail productif : &#234;tre une force de travail socialis&#233;e, 'le general intellect'&lt;/i&gt;. &#187; Nous sommes entr&#233;s dans cette crise et elle comporte le moment de l'interclassisme inh&#233;rent &#224; la &#171; force de travail socialis&#233;e &#187;. Dans toute son ambig&#252;it&#233; li&#233;e au rapport contradictoire au travail productif qu'elle contient, la crise de la soci&#233;t&#233; salariale constituent un moment que l'on peut historiquement situer et comprendre dans sa relation au mode de d&#233;veloppement pr&#233;c&#233;dent..&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;b ) Instabilit&#233; de la s&#233;quence nomm&#233;e &#171; crise de la soci&#233;t&#233; salariale &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans leur g&#233;n&#233;ralit&#233; interclassiste, les mouvements sociaux qui, sur la base du salaire comme rapport de distribution, se cristallisent sur la l&#233;gitimit&#233; de l'Etat vis-&#224;-vis de sa soci&#233;t&#233;, d&#233;signent simultan&#233;ment le salaire comme prix du travail, forme de r&#233;partition, et, de par la m&#234;me g&#233;n&#233;ralit&#233;, tous les revenus comme d&#233;pendants du travail, ceux de la rente, du profit, de l'int&#233;r&#234;t. Le salaire comme &lt;i&gt;prix du travail&lt;/i&gt; d&#233;signe alors ce qu'il cache : le salaire comme &lt;i&gt;valeur de la force de travail&lt;/i&gt;, travail n&#233;cessaire, et tous les autres revenus comme formes transform&#233;es du surtravail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;c) Tension &#224; l'unit&#233;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La &#171; tension &#224; l'unit&#233; &#187; qui existe il est vrai dans les luttes interclassistes ne doit pas gommer les conflits ni laisser supposer que leur r&#233;solution est d&#233;j&#224; donn&#233;e, que la jonction de ces luttes est inscrite en elles. La dissolution de la classe moyenne, le d&#233;passement du stade des &#233;meutes et le franchissement de ce &#171; plancher de verre &#187; que demeure vis-&#224;-vis de la plupart des mouvements sociaux actuels la question de la production d&#233;pendent de pratiques conjoncturelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi la classe moyenne n'&#339;uvrerait-elle pas plut&#244;t &#224; la victoire de la contre-r&#233;volution ? Pourquoi dans la segmentation de la classe ouvri&#232;re, surtout dans des aires de vaste &#233;conomie informelle, la fraction plus ou moins stable de la classe ouvri&#232;re ne verrouillerait pas ses luttes et les r&#233;sultats qu'elle en esp&#232;re, comme cela est apparu en Tunisie et en Egypte. En outre, cette &#171; tension &#224; l'unit&#233; &#187; peut &#234;tre absorb&#233;e dans la politique comme on l'a vu en Iran en 2009.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La communaut&#233; de luttes est loin d'&#234;tre &#233;vidente au Br&#233;sil, Turquie ou Mexique, malgr&#233; une concomitance temporelle. &lt;i&gt;Le probl&#232;me central demeure celui du plancher de verre de la production&lt;/i&gt;. Non pas qu'il n'y ait pas de gr&#232;ves, de mouvements revendicatifs ouvriers violents ou non, victorieux ou pas, mais jamais, semble-t-il, ces luttes ne s'articulent dans une &lt;i&gt;synergie conflictuelle&lt;/i&gt; avec les &#171; mouvements sociaux &#187; dont ils sont pourtant la toile de fond permanente et &lt;i&gt;n&#233;cessaire&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;d) La n&#233;cessit&#233; pour la classe capitaliste de s'attaquer au c&#339;ur du probl&#232;me&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La double d&#233;connexion de la reproduction de la force de travail, les formes actuelles de la mondialisation, la d&#233;nationalisation de l'Etat et la question de sa l&#233;gitimit&#233; qui cristallisent les luttes, la recomposition locale des classes dominantes, sont les formes actuelles d'apparitions de la crise. Mais, inexorablement la sp&#233;cificit&#233; de la crise actuelle, comme crise du rapport salarial devenue crise de la soci&#233;t&#233; salariale, d&#233;finit une situation dans laquelle la classe capitaliste mondiale est amen&#233;e &#224; s'attaquer au c&#339;ur du probl&#232;me : le rapport d'exploitation. Pour le mode de production capitaliste et donc pour la classe capitaliste, le d&#233;passement-r&#233;solution de ces formes de manifestation est suspendu, comme, dans d'autres conditions, dans les ann&#233;es 1930 ou 1970, &#224; une restructuration du fondement m&#234;me du mode de production : le rapport d'exploitation. Ce passage n&#233;cessaire au c&#339;ur du probl&#232;me c'est apr&#232;s le d&#233;veloppement de la crise comme crise du rapport salarial en crise de la soci&#233;t&#233; salariale, son passage en crise de la cr&#233;ation mon&#233;taire qui, &lt;i&gt;dans la crise du rapport salarial&lt;/i&gt; dans laquelle elle s'inscrit, conserve et d&#233;passe cette derni&#232;re en devenant crise de la valeur comme capital, la seule crise de la valeur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;e) Irr&#233;ductibilit&#233; du travail productif&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cette n&#233;cessit&#233; pour la classe capitaliste de s'attaquer au c&#339;ur du probl&#232;me appara&#238;t la question centrale du travail productif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si chaque prol&#233;taire &#224; un rapport formellement identique &#224; son capital particulier, il n'a pas selon qu'il est un travailleur productif ou non le m&#234;me rapport au capital social (il ne s'agit pas de conscience mais d'une situation objective). S'il n'y avait pas, au centre de la lutte des classes, la contradiction que repr&#233;sente le travail productif, pour le mode de production capitaliste &lt;i&gt;c'est-&#224;-dire ausi pour le prol&#233;tariat&lt;/i&gt;, nous ne pourrions pas parler de r&#233;volution (elle serait quelque chose d'exog&#232;ne au mode de production, au mieux une utopie humaniste, au pire rien).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les travailleurs productifs ne sont pas pour autant r&#233;volutionnaires par nature et en permanence. Dans leur action singuli&#232;re qui n'est rien de sp&#233;cial mais simplement leur engagement dans la lutte, la contradiction qui structure l'ensemble de la soci&#233;t&#233; comme lutte des classes revient sur elle-m&#234;me, sur sa propre condition, car le rapport d'exploitation ne rapporte pas le travailleur productif &#224; un capital particulier mais imm&#233;diatement, dans son rapport &#224; un capital particulier, au capital social. Ce qui est constamment masqu&#233; dans la reproduction du capital (car il est dans la nature m&#234;me du mode de production capitaliste que cette contradiction n'y apparaisse pas en clair : la plus-value devenant par d&#233;finition profit et le capital &#233;tant valeur en proc&#232;s) revient &#224; la surface non seulement comme une contradiction interne &#224; la reproduction (entendue ici comme l'unit&#233; de la production et de la circulation) mais comme &lt;i&gt;ce qui fait que la contradiction elle-m&#234;me existe : le travail comme substance de la valeur qui dans le capital n'est valeur que comme valeur en proc&#232;s&lt;/i&gt;. La contradiction (l'exploitation) revient sur elle-m&#234;me, &lt;i&gt;sur sa propre condition&lt;/i&gt;. S'attaquer au c&#339;ur du probl&#232;me, c'est marcher sur des &#339;ufs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;f) La question du &#171; plancher de verre &#187; comme synth&#232;se de ces dynamiques&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'on consid&#232;re les larges mouvements sociaux et l'interclassisme, avec leur instabilit&#233; en tant que mouvements revendicatifs internes &#224; la soci&#233;t&#233; salariale qui cachent tout autant qu'ils r&#233;v&#232;lent le salaire comme rapport de production, comme un moment n&#233;cessaire de la crise dans sa sp&#233;cificit&#233;, si l'on consid&#232;re la tension &#224; l'unit&#233; comme probl&#232;me non seulement du d&#233;passement de l'interclassisme mais encore de la segmentation, si l'on consid&#232;re la n&#233;cessit&#233; pour la classe capitaliste de s'attaquer au &#171; c&#339;ur du probl&#232;me &#187; et, dans ce c&#339;ur, l'irr&#233;ductibilit&#233; du travail productif, alors la synth&#232;se des dynamiques &#224; l'&#339;uvre se situe pr&#233;cis&#233;ment, tant du point de vue du capital que de celui du prol&#233;tariat dans ce &lt;i&gt;point de rupture&lt;/i&gt; consistant pour la contradiction entre le prol&#233;tariat et le capital &#224; franchir ce &#171; plancher de verre &#187; que constitue la production pour les mouvements sociaux existants se constituant au niveau de la reproduction, mais aussi pour les luttes revendicatives, aussi violentes qu'elles puissent &#234;tre, &#224; d&#233;passer leur caract&#232;re revendicatif, &#224; franchir un &#171; plafond de verre &#187;. Pour une lute revendicative se d&#233;passer en tant que telle, c'est situer la contradiction entre les classes au niveau de sa reproduction. Il est vrai que le principal r&#233;sultat du proc&#232;s de production c'est le renouvellement de la s&#233;paration du travail et du capital. Mais cela ne va pas sans inclure l'existence de la circulation et de l'&#233;change et l'activit&#233; de &lt;i&gt;toutes les instances du mode de production&lt;/i&gt; dont l'Etat. C'est ainsi, &lt;i&gt;&#224; partir du proc&#232;s de production mais dans des pratiques qui l'exc&#232;dent&lt;/i&gt;, qu'est pos&#233;e et reconnue pratiquement l'appartenance de classe comme une contrainte ext&#233;rieure impos&#233;e par le capital, c'est-&#224;-dire impos&#233;e comme reproduction. Il est impossible de d&#233;terminer dans quel sens la &#171; jonction &#187; peut se faire, d'autant plus qu'il ne peut s'agir de &#171; jonction &#187;, mais &#224; partir de multiples luttes particuli&#232;res de la cr&#233;ation d'une situation absolument nouvelle changeant la donne pour toutes les luttes existantes : une conjoncture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il serait contraire &#224; l'esprit de ce texte de conclure sur une envol&#233; aussi g&#233;n&#233;rale. Si le franchissement du plancher et / ou du plafond de verre est la synth&#232;se des dynamiques de cette s&#233;quence, elle n'a rien d'une in&#233;vitable n&#233;cessit&#233;, si ce n'est qu'elle est aussi le moment de la d&#233;cision pour la classe capitaliste, le moment o&#249; se coagule pour faire sens les divers possibles d'une restructuration existant jusque l&#224; comme des lin&#233;aments incoh&#233;rents pris dans le mouvement g&#233;n&#233;ral dominant qui est celui de l'exacerbation des caract&#233;ristiques de la p&#233;riode s'achevant, cela comme dans la phase initiale de chaque crise. Si l'on consid&#232;re cette synth&#232;se, non comme la d&#233;termination g&#233;n&#233;rale de La R&#233;volution, mais comme une possibilit&#233; sp&#233;cifique de d&#233;passement d'un rapport d'exploitation historiquement particularis&#233;, il faut situer la possibilit&#233; de cette synth&#232;se dans une conjoncture d&#233;finie par l'ensemble des d&#233;terminations de cette s&#233;quence. On peut avancer l'hypoth&#232;se que la Chine, l'Asie du sud et du sud-est concentrent au mieux les ingr&#233;dients de la fusion : importance des luttes ouvri&#232;res prises entre l'asyst&#233;mie de la revendication salariale et son caract&#232;re intenable ; ampleur des mouvements sociopolitiques, situation charni&#232;re pour faire basculer et rendre totalement inop&#233;rante le zonage de la mondialisation. Il ne s'agit pas de dire que cette r&#233;gion est d'ores et d&#233;j&#224; ou deviendra celle des &#171; ma&#238;tres du monde &#187;, mais que son importance et ses caract&#233;ristiques tant internes que dans le capitalisme mondial en font le &#171; maillon faible &#187; de ce monde. Nous avons l&#224; un tout autre travail &#224; poursuivre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Epilogue laconique&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous sommes actuellement loin de la visibilit&#233; croissante et imm&#233;diate des contradictions de classes et de genre et de leur liaison avec la r&#233;volution et le communisme, le devenir id&#233;ologie parmi d'autres de la &#171; th&#233;orie de la communisation &#187; tant comme slogan que comme passeport acad&#233;mique plane sur nos t&#234;tes fragiles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Th&#233;orie Communiste&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avril 2014&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Note m&#233;thodologique&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A la suite du texte &lt;i&gt;Une S&#233;quence particuli&#232;re&lt;/i&gt;, il est utile d'ajouter quelques commentaires m&#233;thodologiques relatifs &#224; sa lecture&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans l'appr&#233;hension ordinaire, convenue, allant de soi de la lutte de classe, tout se passe comme si on avait d'un c&#244;t&#233; les classes dans leur situation, leur contradiction, ce qu'elles doivent &#234;tre et faire conform&#233;ment &#224; leur &#234;tre comme disait Marx dans &lt;i&gt;La Sainte famille &lt;/i&gt; : &#171; Il ne s'agit pas de savoir quel but tel ou tel prol&#233;taire, ou m&#234;me le prol&#233;tariat tout entier, se &lt;i&gt;repr&#233;sente&lt;/i&gt; momentan&#233;ment. Il s'agit de savoir &lt;i&gt;ce que&lt;/i&gt; le prol&#233;tariat &lt;i&gt;est&lt;/i&gt; et ce qu'il sera oblig&#233; de faire, conform&#233;ment &#224; cet &lt;i&gt;&#234;tre&lt;/i&gt;. &#187; (Marx, op. cit., &#233;d. Soc., p. 48. ) ; et de l'autre, des circonstances, des dires, des fa&#231;ons d'&#234;tre imm&#233;diates, des id&#233;ologies, en un mot des &lt;i&gt;accidents&lt;/i&gt;. Et, entre les deux, &lt;i&gt;rien&lt;/i&gt;. Comme si cet autre cot&#233; ne venait que comme un accident, une g&#234;ne ou une entrave momentan&#233;e, ext&#233;rieure &#224; l'&#234;tre et &#224; son devenir n&#233;cessaire. En bref, quelque chose dont on ne saurait pas trop quoi faire, sinon qu'il faut &#171; faire avec &#187;. Pour reprendre les questions abord&#233;es dans le texte &lt;i&gt;Une S&#233;quence particuli&#232;re&lt;/i&gt; c'est comme si l'on disait que le local, l'ordre genr&#233;, les &#171; riches et les pauvres &#187;, l'&#233;lite, les assist&#233;s, le racisme, etc., ne faisait que &lt;i&gt;perturber&lt;/i&gt; d&#233;sagr&#233;ablement la structure des relations et des contradictions de classes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'un c&#244;t&#233; la lutte de classe telle qu'en sont concept et, &#224; c&#244;t&#233;, occasionnellement, des circonstances. Mais, il est dans la nature du concept que les conditions existantes soient ses conditions d'existence. Lorsque nous introduisons les conditions existantes, nous sommes toujours dans le concept, dans le &#171; concret de pens&#233;e &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la probl&#233;matique programmatique d'un &#171; &#234;tre r&#233;volutionnaire &#187; de la classe, la sentence de Marx est d&#233;finitive, autosuffisante, on passe &#224; autre chose, et on peut en toute tranquillit&#233; d'esprit, toute innocence, se livrer &#224; l'analyse du cours historique du mode de production capitaliste, du cours empirique des luttes de classe et de leur devenir r&#233;volutionnaire &lt;i&gt;d&#233;j&#224; connu &lt;/i&gt;(m&#234;me s'il n'est pas in&#233;luctable). Mais voil&#224;, le d&#233;passement r&#233;volutionnaire du mode de production capitaliste est un &lt;i&gt;d&#233;passement produit&lt;/i&gt;, une sorte de point historique inconnu (une conjoncture, m&#234;me si elle n'est pas fortuite en regard de ce qu'est le capital comme contradiction en proc&#232;s), et &lt;i&gt;la&lt;/i&gt; question ne se pr&#233;sente plus alors, dans chaque analyse particuli&#232;re, comme celle d'une &#171; disharmonie &#187; conjoncturelle, sans grand int&#233;r&#234;t th&#233;orique et sans cons&#233;quences majeures sur un aboutissement in&#233;luctable ou non, mais dans sa d&#233;finition d&#233;j&#224; connue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En r&#233;sum&#233;, consid&#233;rer le cours des choses sur cette base ne pourrait que nous conforter dans un normativisme bien tranquille : la situation est telle, mais nous savons que ce n'est qu'une &#171; disharmonie &#187; momentan&#233;e, cela parce que l'avenir nous appartient, mais, surtout, parce que, &lt;i&gt;d&#232;s maintenant&lt;/i&gt;, ce qui se passe, c'est-&#224;-dire ce que fait le prol&#233;tariat, ne correspond pas &#224; l'&#234;tre que nous (la th&#233;orie) nous connaissons, en quelque sorte ce n'est pas &#171; rationnel &#187; et donc &#224; peine &#171; r&#233;el &#187;. Ainsi, chaque situation, chaque &#171; moment actuel &#187;, comme le plat du jour se d&#233;composerait en son noyau essentiel et sa garniture : un peu plus de frites ou un peu plus de salade.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A partir du moment o&#249; &#171; sa propre situation &#187;, comme dit Marx &#224; propos du prol&#233;tariat, n'est pas un &#234;tre, mais r&#233;ellement une &#171; situation &#187;, c'est-&#224;-dire un rapport et donc une histoire, on ne peut plus se contenter de la tranquillit&#233; et de l'innocence normatives, on ne peut plus consid&#233;rer les circonstances simplement comme telles et passer les disharmonies avec l'&#234;tre dans sa n&#233;cessit&#233; par pertes et profits. On ne peut plus, avec le Marx de &lt;i&gt;La Sainte Famille&lt;/i&gt;, dire &#171; peu importe &#187;, car c'est justement cela qui importe (apr&#232;s l'exp&#233;rience des ann&#233;es 1848 &#8211; 1852, Marx aura quelques doutes sur ce &#171; peu importe &#187;). La th&#233;orie n'en est pas pour autant ballot&#233;e au gr&#233; des vents de l'actualit&#233;. C'est dans le cours m&#234;me de l'analyse, dans les caract&#233;ristiques concr&#232;tes sp&#233;cifiques de chaque objet, que la th&#233;orie dit le fondement (la contradiction) et la particularit&#233; de sa critique de cet objet, c'est-&#224;-dire de fa&#231;on ins&#233;parable les circonstances et leur raison d'&#234;tre. La disharmonie n'est pas rejet&#233;e &#224; l'ext&#233;rieur de l'objet comme cela appara&#238;t dans une th&#233;orie normative.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne s'agit pas d'un fataliste &#171; c'est ainsi &#187;. Si, dans ce cycle, la limite de chaque lutte et m&#234;me de tout rapport &#224; un moment donn&#233; entre le prol&#233;tariat et la capital, c'est fondamentalement le fait d' &#171; agir en tant que classe &#187; ou simplement d'&#234;tre une classe, la limite est alors inh&#233;rente et existera n&#233;cessairement toujours de fa&#231;on sp&#233;cifique &#224; la lutte et &#224; la situation et selon les modalit&#233;s de la reproduction du mode de production capitaliste &lt;i&gt;dont le prol&#233;tariat est une classe&lt;/i&gt;. Cette limite est une n&#233;cessit&#233;, d'une part quelque chose qui ne peut pas ne pas &#234;tre, ce sans quoi aucune lutte n'aurait lieu et sans quoi toute situation serait simplement un &#171; c'est ainsi &#187; et, d'autre part, un moment de l'autopr&#233;supposition du capital. La limite est une fa&#231;on concr&#232;te de dire simultan&#233;ment dans la th&#233;orie &lt;i&gt;et&lt;/i&gt; la disharmonie qu'elle ne rejette pas hors d'elle comme accidentelle ou sans int&#233;r&#234;t &lt;i&gt;et&lt;/i&gt; le fondement, la raison d'&#234;tre, elle dit m&#234;me que sans la disharmonie elle ne serait pas. Une th&#233;orie non programmatique et non normative &lt;i&gt;se bat constamment&lt;/i&gt; &lt;i&gt;avec elle-m&#234;me&lt;/i&gt;, parce qu'elle n'est &lt;i&gt;jamais transparente &#224; elle-m&#234;me&lt;/i&gt; (toujours auto-occult&#233;e dans sa propre d&#233;marche).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette disharmonie ne tient pas seulement &#224; des circonstances momentan&#233;es, &#224; des moments particuliers, elle est inh&#233;rente au fait que si &#234;tre une classe est une situation objective donn&#233;e comme une place dans une structure, parce que cela signifie une &lt;i&gt;reproduction&lt;/i&gt; conflictuelle et donc la mobilisation de l'ensemble du mode de production, cela implique une multitude de rapports qui ne sont pas strictement &#233;conomiques dans lesquels les individus vivent cette situation objective, se l'approprient et s'auto-construisent comme classe. Et l'on ne peut pas faire comme si cela n'avait aucune importance, comme si l'&#234;tre &#233;tait ailleurs, dans une puret&#233; inaccessible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut comprendre que dans les aires centrales du mode de production capitaliste, l'identit&#233; ouvri&#232;re a longtemps masqu&#233; cela. Elle &#233;tait une construction sociale que venait confirmer les modalit&#233;s de la reproduction du capital dans la p&#233;riode ant&#233;rieure &#224; la restructuration des ann&#233;es 1970. Elle &#233;tait un v&#233;cu id&#233;ologique au travers de la division du travail, de la relation aux travailleurs immigr&#233;s, des rapports entre hommes et femmes, de la relation &#224; la nation, etc., mais qui avait la singuli&#232;re facult&#233; d'appara&#238;tre comme une situation objective. La relation v&#233;cue aux rapports de production se donnait comme les rapports de production eux-m&#234;mes. On ne peut plus tellement dire que cela soit le cas aujourd'hui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Se positionner &#187; : rapports de production et rapports de distribution&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(&lt;i&gt;Relecture critique de &lt;/i&gt;Une s&#233;quence particuli&#232;re)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me si les situations sont diff&#233;rentes, &#224; la lecture d'&lt;i&gt;Une&lt;/i&gt; &lt;i&gt;s&#233;quence particuli&#232;re / o&#249; nous en sommes dans la crise&lt;/i&gt;, on peut &#234;tre amen&#233; &#224; penser &#224; la fa&#231;on dont nous (TC) avions analys&#233; le d&#233;mocratisme radical comme une formalisation de la limite g&#233;n&#233;rale du cycle de luttes qui en restait l&#224; (n'avoir pour horizon que le capital). C'&#233;tait &lt;i&gt;une analyse th&#233;orique dans laquelle nous &#233;tions int&#233;rieurement situ&#233;s avec une prise de parti et un point de vue&lt;/i&gt;. C'est ce qui parait cruellement manquer dans &lt;i&gt;Une&lt;/i&gt; &lt;i&gt;s&#233;quence particuli&#232;re / o&#249; nous en sommes dans la crise&lt;/i&gt;. Le point de vue de l'entomologiste ne suffit pas, en mati&#232;re th&#233;orique il est m&#234;me faux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a des distinctions ou plut&#244;t des lignes de partage &#224; construire dans les mouvements actuels : la d&#233;l&#233;gitimation de l'Etat d&#233;nationalis&#233; peut prendre des visages, cr&#233;er des dynamiques diff&#233;rentes, et porter des implications diff&#233;rentes, de m&#234;me que le &#171; caract&#232;re injuste &#187; du partage des richesses, en fonction de ce que ces mouvements disent d'eux-m&#234;mes mais surtout en fonction de l'histoire des espaces concern&#233;s, de l'histoire du pays et de son Etat. Dans des pays, comme le Br&#233;sil, et d'autres, o&#249; la violence des rapports de classes a jusqu'&#224; pr&#233;sent &#233;tait peu &#171; amortie &#187; par l'Etat cela ne veut pas dire la m&#234;me chose de d&#233;noncer l'ill&#233;gitimit&#233; de l'Etat et son incapacit&#233; &#224; &#171; &#234;tre juste &#187; car corrompu structurellement, etc. que dans un pays comme la France o&#249; l'identit&#233; nationale a toujours &#233;t&#233; port&#233; par un Etat fort, r&#233;publicain (pacte), et interventionniste, etc. &#171; L&#224;-bas &#187;, sans pour autant id&#233;aliser, l'id&#233;e nationale peut exprimer une fiert&#233; de classe &#224; opposer &#224; la globalisation et &#224; la mondialisation &#233;conomique, incarn&#233;e par les Etats-Unis. Un m&#234;me th&#232;me, une m&#234;me revendication, des choses formellement identiques peuvent construire des lignes de partage diverses qui permettent d'envisager des clivages et des possibilit&#233;s dans la situation actuelle. Dans le m&#234;me ordre d'id&#233;e, si, aujourd'hui et mondialement, tout se joue autour de la question de l'Etat, ce n'est pas la m&#234;me chose d'&#234;tre dans une situation o&#249; d&#233;noncer l'injustice de la distribution et le r&#244;le central de l'Etat dans le partage et l'inscription institutionnelle locale de cette injustice renvoie directement &#224; toutes les d&#233;terminations de l'exploitation mondialis&#233;e (en crise d&#233;sormais), et o&#249; l'appartenance de classe appara&#238;t comme une limite, une chose purement impos&#233;e par le capital (on t'extirpe de ta campagne pour aller te faire bosser en ville), une injustice &#171; irratrapable &#187; d&#233;finitivement, qu'&#234;tre dans une situation&lt;strong&gt; &lt;/strong&gt;o&#249; cette d&#233;nonciation peut faire r&#233;f&#233;rence, dans le contexte de la concurrence mondiale et racialis&#233;e entre travailleurs, &#224; une situation d'avant la restructuration et sa crise qui serait enviable, avec un Etat dit &#171; social &#187;, comme un contre pouvoir imaginaire face&lt;strong&gt; &lt;/strong&gt;&#224; l'exploitation capitaliste mondiale ou comme r&#233;gulateur bienveillant des &#233;changes internationaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut que l'analyse soit intrins&#232;quement prise de parti et positionnement. Bref, si on veut retrouver une &#226;me, il faut aussi lire les mouvements actuels et leurs r&#233;f&#233;rences &#224; l'Etat et &#224; la distribution en fonction de comment s'est construite &lt;i&gt;ou pas&lt;/i&gt; l'identit&#233; ouvri&#232;re et en fonction de sa disparition. La question de l'identit&#233; ouvri&#232;re est directement en lien avec l'Etat comme interlocuteur et est situ&#233; g&#233;ographiquement (cf. Louis Martin, &lt;i&gt;Je lutte des classes / sur le mouvement contre la r&#233;forme des retraites de 2010&lt;/i&gt;, Ed. Senonevero). On ne peut pas en rester &#224; une th&#233;orie &#171; compr&#233;hensive &#187;. M&#234;me s'il est difficile d'identifier pour l'instant des dynamiques dans les limites, une intransigeance th&#233;orique totale est n&#233;cessaire avec les mouvements qui formalisent les limites et s'en tiennent l&#224;. Au plus pr&#232;s de nous, face &#224; l'ambiance r&#233;actionnaire fran&#231;aise et &#224; la popularit&#233; des id&#233;es du Front National, on ne peut pas se contenter de comprendre en disant &#171; peuch&#232;re les prolos ont besoin de redonner du sens &#224; leur vie car ils ont peur de ne plus avoir de quoi manger et se soigner &#187;&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si la r&#233;volution est l'expression du versant &#171; d&#233;passement &#187; du rapport de classe dans un cycle, alors on peut aussi parler et penser en termes de contre r&#233;volution et op&#233;rer des lignes de partage. Cette absence de prise de parti est la faiblesse centrale du texte &lt;i&gt;Une s&#233;quence particuli&#232;re&lt;/i&gt;, faiblesse fond&#233;e dans la dichotomie entre rapports de production et rapports de distribution qui sont formalis&#233;s dans un rapport d'exclusion r&#233;ciproque et non dans un jeu r&#233;flexif permanent. Dans l'usage autonomis&#233; qui est fait des rapports de distribution, les diverses luttes qui s'y fondent sont ind&#233;termin&#233;es et renvoy&#233;es comme &#224; une &#171; erreur &#187;, mais cette &#171; erreur &#187; est aussi sous-entendue comme une v&#233;rit&#233; de la lutte des classes, sans que l'on sache comment. Ce n'est pas comme cela qu'on va pouvoir se positionner. Il faut faire la th&#233;orie des contradictions et luttes actuelles selon la structure sp&#233;cifique du rapport de classes dans un espace donn&#233; et si, globalement, les luttes s'inscrivent dans les rapports de distribution qu'est-ce que cela vient dire de la relation aux rapports de production, relation qui am&#232;ne les classes et les couches sociales &#224; r&#233;ellement se distinguer et prendre parti dans chaque situation. Et en France, quand une fraction des prol&#233;taires blancs prennent parti, notre th&#233;orie doit aussi &#234;tre une prise de parti &#8230; quitte &#224; se planter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si lire les mouvements actuels et leurs r&#233;f&#233;rences &#224; l'Etat et &#224; la distribution en fonction de comment s'y est construit ou pas l'identit&#233; ouvri&#232;re et en fonction de sa disparition est un point de d&#233;part, en rester l&#224; comporterait quelques risques th&#233;oriques majeurs. Le principal est de concevoir toute la p&#233;riode qui s'ach&#232;ve (le &#171; capital restructur&#233; &#187;) de fa&#231;on n&#233;gative, c'est-&#224;-dire comme disparition des caract&#233;ristiques pr&#233;c&#233;dentes et non pas comme ayant produit de nouveaux types de contradictions, un peu comme un long processus d'essoufflement des d&#233;terminations pr&#233;c&#233;dentes, il s'ensuit que le contenu des luttes de ce cycle serait avant tout une r&#233;action &#224; cet essoufflement. Nous perdrions alors quelques caract&#233;ristiques majeures de ce cycle de luttes : &#171; l'&#233;cart &#187; et &#171; l'asyst&#233;mie de la revendication salariale &#187; (cf. TC 20). Un autre risque (li&#233; au pr&#233;c&#233;dent) r&#233;side dans la compr&#233;hension de la pr&#233;sente &lt;i&gt;s&#233;quence particuli&#232;re&lt;/i&gt; (il faut insister sur le terme de &#171; s&#233;quence &#187;) comme la d&#233;termination principale si ce n'est unique et surtout finale de la contradiction entre les classes dans la crise. On perd, alors, enfin (dernier risque) la sp&#233;cificit&#233; de la crise actuelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne s'agit pas de contester l'importance de la &#171; constitution / disparition de l'identit&#233; ouvri&#232;re &#187;, mais ce n'est pas la &#171; derni&#232;re instance &#187; (susceptible d'&#234;tre le fondement d'une typologie), c'est une &#171; surd&#233;termination &#187;. La &#171; derni&#232;re instance &#187; c'est la nouveaut&#233; pour elle-m&#234;me (et non toujours en r&#233;f&#233;rence &#224; quelque chose de disparu, m&#234;me si bien &#233;videmment tout a une histoire) du rapport d'exploitation issu de la restructuration des ann&#233;es 70 : contradiction entre les classes au niveau de la reproduction du rapport ; aucun rapport &#224; soi du prol&#233;tariat confirm&#233; dans la reproduction du capital ; &#234;tre en contradiction avec le capital c'est &#234;tre en contradiction avec sa propre existence comme classe dans sa situation de classe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand dans &lt;i&gt;Une s&#233;quence particuli&#232;re&lt;/i&gt;, il est question de &#171; contre-type id&#233;al &#187; (plus ou moins l'identit&#233; ouvri&#232;re), c'est bien d' &#171; id&#233;al &#187; dont il s'agit et la revitalisation de ce contre-type a des causes tout &#224; fait actuelles. On ne peut fonder une analyse des situations actuelles sur quelque chose de bien r&#233;el mais qui n'est qu'un effet id&#233;ologique d'autre chose, d'un tout autre rapport (la crise actuelle du rapport salarial) qui fait que cet effet existe. La question premi&#232;re n'est pas la constitution et / ou la disparition de l'identit&#233; ouvri&#232;re mais la configuration nouvelle qui en est sortie &lt;i&gt;il y a maintenant trente ans&lt;/i&gt; dont la crise est, &lt;i&gt;dans certaines circonstances&lt;/i&gt;, la raison de cet &#171; effet id&#233;ologique &#187;. Malgr&#233; tout le &#171; pessimisme ambiant &#187;, le mouvement g&#233;n&#233;ral, celui qui a produit et dans lequel s'inscrit la &lt;i&gt;s&#233;quence particuli&#232;re&lt;/i&gt; elle-m&#234;me, demeure (en gros) celui d&#233;fini dans la th&#233;orie de l'&#233;cart.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut en revenir &#224; la production de &#171; distinctions &#187; et de &#171; lignes de partage &#187;. Cela parait &#233;vident, mais ce n'&#233;tait ni dit, ni fait explicitement dans &lt;i&gt;Une s&#233;quence particuli&#232;re&lt;/i&gt;. Au contraire, d&#232;s l'introduction, le texte insiste sur la production d'une &lt;i&gt;unit&#233;&lt;/i&gt;, sur la n&#233;cessit&#233; de ramener toutes ces manifestations &#224; un commun d&#233;nominateur, c'est important mais c'est bien peu dialectique. On ne peut ramener sans plus de commentaires quasiment &#224; l'identique les r&#233;voltes br&#233;siliennes ou m&#234;me turques et des pratiques op&#233;rant sous des id&#233;ologies carr&#233;ment &#171; contre-r&#233;volutionnaires &#187;. Le probl&#232;me est alors que parler de distinctions et de lignes de partages, cela signifie qu'il y a une unit&#233;. Toute distinction implique un commun. Il faut conserver l'unit&#233;, sans quoi les distinctions et lignes de partage n'en sont plus. La question de la distinction doit &#234;tre appr&#233;hend&#233;e d'un point de vue &lt;i&gt;int&#233;rieur&lt;/i&gt; &#224; ce qui d&#233;finit l'unit&#233; (les circonstances diff&#233;rentes n'agissent pas comme un cadre accidentel). Quelle est alors l'unit&#233; qui se divise, se distingue, se partage ? Dans un premier temps c'est la &#171; d&#233;l&#233;gitimisation de l'Etat &#187;, &#171; l'injuste partage des richesses &#187;. Selon ce que les mouvements disent d'eux-m&#234;mes, selon l'histoire des espaces concern&#233;s, ces deux &#233;l&#233;ments communs (&#171; d&#233;l&#233;gitimation &#187; et &#171; partage &#187;) peuvent prendre des visages, cr&#233;er des dynamiques diff&#233;rentes, porter des implications diff&#233;rentes. Nous aurions toujours l&#224; l'ext&#233;riorit&#233; des circonstances, mais ce n'est pas tout.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'une part, si nous en restons l&#224;, on pourra avoir des mouvements plus ou moins &#171; sympathiques &#187;, mais nous aurons toujours une simple distinction entre pauvres et riches (cette distinction ne met jamais en question l'origine et la substance &#8211; valeur, plus-value - de la richesse ; entre &#171; riches &#187; et &#171; pauvres &#187; la question de la r&#233;partition n'est pas li&#233;e &#224; la substance m&#234;me de la richesse) et la revendication d'un Etat plus ou moins social et national (ce qui pour ce dernier point peut ouvrir la voie &#224; des perspectives, quant &#224; elles, pas tr&#232;s &#171; sympathiques &#187;). A en rester l&#224;, on ne d&#233;gage aucune dynamique. Au Br&#233;sil, il n'y a pas eu jonction entre les grandes manifs plut&#244;t classes moyennes et les affrontements avec la police dans les favelas, m&#234;me quand ces manifs ont volontairement long&#233; les favelas ; de m&#234;me, en Turquie, la grande occupation de Taksim et les &#233;meutes dans les quartiers p&#233;riph&#233;riques sont rest&#233;es parall&#232;les. Et, dans l'un et l'autre cas, les grands centres ouvriers sont demeur&#233;s relativement indiff&#233;rents. Mais, c'est vrai, ce n'est pas parce que cela ne s'est pas pass&#233; que cela ne pourrait arriver&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autre part, pour que l'histoire du pays et de son Etat ait un impact pour les distinctions qu'il nous faut chercher &#224; rep&#233;rer (ce qui remet la th&#233;orie sur ses pieds), encore faut-il que ce sur quoi cette histoire du pays s'applique soit susceptible de distinction et de dynamique. Or, prises en eux-m&#234;mes, ni la d&#233;l&#233;gitimisation de l'Etat, ni le partage injuste ne le sont. C'est l&#224; qu'il faut revenir sur la question centrale de la dualit&#233; rapports de production / rapports de distribution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela peut paraitre tr&#232;s abstrait, mais l'erreur fondamentale d'&lt;i&gt;Une s&#233;quence particuli&#232;re&lt;/i&gt; (outre le manque d'unit&#233; dans la construction du texte et dans le d&#233;roulement des concepts) r&#233;side dans le fait, malgr&#233; quelques pr&#233;cautions th&#233;oriques, d'avoir fait fonctionner comme &lt;i&gt;deux mondes s&#233;par&#233;s&lt;/i&gt; les rapports de production et les rapports de distribution. Le passage des premiers au second &#233;tait comme un effacement total des premiers. Cela &#224; l'encontre de tout ce qui pouvait &#234;tre dit dans un texte comme &#171; Tel quel &#187; (conjoncture) dans TC 24. Il ne s'agit pas d'un passage mais d'une relation que l'on pourrait plut&#244;t qualifier de &#171; r&#233;flexion &#187; d'un terme dans l'autre (m&#233;diation avec lui-m&#234;me, gr&#226;ce &#224; sa n&#233;gativit&#233; propre : rapport &#224; soi seulement en tant que rapport &#224; autre chose que soi, cf. &lt;i&gt;doctrine de l'essence&lt;/i&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; En fait, les rapports et modes de distribution sont tout bonnement &lt;i&gt;l'envers des agents de la production&lt;/i&gt; : l'individu qui contribue &#224; la production par son travail salari&#233; participe sous le mode du salaire &#224; la distribution des produits cr&#233;&#233;s dans la production. La structure de la distribution est enti&#232;rement d&#233;termin&#233;e par celle de la production. &#187; (Marx, &lt;i&gt;Fondements de la critique de l'&#233;conomie politique&lt;/i&gt;, Ed. Anthropos, t.1, pp. 24-25). Il ne s'agit pas de confondre les deux, il est vrai que les formes de la distribution s'autonomisent comme objet de la lutte de classe, au point que la possibilit&#233; d'action sur elles appara&#238;t comme totalement libre et que leur bouleversement entrainerait, de par la libert&#233; de cette action m&#234;me, celui des rapports de production. Un tel point de vue est naturel dans la soci&#233;t&#233; capitaliste. Mais, en &#233;rigeant la distribution en p&#244;le absolu de la soci&#233;t&#233; c'est-&#224;-dire celui qui en d&#233;termine toutes les divisions et les luttes, on se condamne &#224; en accepter toutes les lois, car on a pris ce qui n'est que &#171; l'envers de la production &#187; pour l'ensemble des rapports sociaux capitalistes. Si, dans cette proposition, sont bien d&#233;sign&#233;es les limites de nombreuses luttes et mouvements actuels, prise de fa&#231;on absolue, elle est fautive dans son application indistincte &#224; tous les mouvements.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a toujours r&#233;flexion d'un type de rapports dans l'autre, un jeu entre les deux, c'est parce qu'il y a ce jeu que peuvent sp&#233;cifiquement avoir un impact toutes sortes de circonstances (et non finalement parce que tout existe dans l'histoire) et que le jeu n'est pas le m&#234;me selon la position sociale des acteurs, selon la segmentation de la classe et les relations conflictuelles entre les segments, c'est aussi la tension &#224; l'unit&#233; qui existe dans cette r&#233;flexion. Convergences et autonomie des luttes ne sont pas des moments diachroniques. C'est l&#224; que r&#233;side la possibilit&#233; des dynamiques et, dans la situation actuelle, des &#171; distinctions &#187; et des &#171; lignes de partage &#187; qui peuvent se construire dans les mouvements. Et nous les prenons bien comme des &#171; mouvements actuels &#187;. En effet, l'importance de l'effet possible des rapports de distribution sur les rapports de production est bien sp&#233;cifique &#224; la crise actuelle : crise du rapport salarial, double d&#233;connexion entre la reproduction de la force de travail et la valorisation du capital, crise du zonage mondial et de sa mise en abimes, identit&#233; crise de suraccumulation et de sous-consommation, asyst&#233;mie de la revendication salariale. Et l'on retrouve la pauvret&#233;. Parce que l'on a une dynamique dans la limite (agir en tant que classe), parce que l'on a des distinctions &lt;i&gt;fond&#233;es&lt;/i&gt; on peut inversement appeler un chat un chat et avoir une intransigeance th&#233;orique totale face aux mouvements qui formalisent les limites et s'en tiennent l&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut explorer ce jeu entre rapports de production et rapports de distribution et entre autres choses se demander pourquoi Marx, &#224; la fin du &lt;i&gt;Capital&lt;/i&gt; attaque son chapitre sur les classes &#224; partir de la distribution du revenu. Pour l'heure, il nous suffit de d&#233;terminer sur quel objet s'exerce l'impact des circonstances (leur &#171; efficace &#187; pour parler en &#171; th&#233;oricien &#187;), c'est-&#224;-dire ce jeu (rapports de production / rapports de distribution) d&#233;fini comme susceptible de dynamique &#224; partir du moment o&#249; on ne consid&#232;re pas les termes comme ceux d'une alternative (soit l'un, soit l'autre). Si les circonstances (conditions existantes, cf. TC 24 sur le concept de conjoncture) impactent (quel vilain mot) cette relation entre les rapports de production et les rapports de distribution c'est qu'elle est &lt;i&gt;sp&#233;cifiquement d&#233;terminante&lt;/i&gt; dans la crise actuelle et que par l&#224; &lt;i&gt;c'est elle-m&#234;me qui d&#233;finit la possibilit&#233; d'efficacit&#233; des circonstances sur elle&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, il ne faudrait pas perdre l'unit&#233; de la s&#233;quence. Le probl&#232;me central d'&lt;i&gt;Une&lt;/i&gt; &lt;i&gt;s&#233;quence particuli&#232;re&lt;/i&gt; r&#233;sidait dans le fait de prendre les rapports de distribution comme une sorte d' &#171; erreur &#187;, une sorte de &#171; n'importe quoi &#187;, c'est-&#224;-dire, comme &#233;tant une traduction dans un autre registre, &lt;i&gt;s&#233;par&#233;s&lt;/i&gt; du rapport de classe. Par l&#224; aucune dynamique n'&#233;tait d&#233;celable ni, corollairement aucune prise de parti possible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une fois ces pr&#233;alables de m&#233;thode et de contenu pos&#233;s, il s'agit de reposer la question suivante : quel est alors le crit&#232;re de la &#171; promotion &#187; ou de la condamnation &#171; sans indulgence &#187;, &#224; l'int&#233;rieur de chaque situation confuse ? Nous avons vu que la proposition suivante &#233;tait en partie fautive : &#171; En &#233;rigeant la distribution en p&#244;le absolu de la soci&#233;t&#233; c'est-&#224;-dire celui qui en d&#233;termine toutes les divisions et les luttes, on se condamne &#224; en accepter toutes les lois, car on n'a pris que 'l'envers de la production' pour l'ensemble des rapports sociaux capitalistes. &#187; La soci&#233;t&#233; salariale dont il est question dans &lt;i&gt;Une s&#233;quence particuli&#232;re&lt;/i&gt; c'est l'existence de cet &#171; envers &#187; devenue &#171; l'ensemble des rapports sociaux &#187;. La proposition &#233;tait effectivement fautive prise comme un processus g&#233;n&#233;ral, in&#233;luctable, allant de soi : comme les rapports de distribution &lt;i&gt;n&#233;cessairement&lt;/i&gt; autres (par un pur passage-rupture) et non r&#233;flexion des rapports de production.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut th&#233;oriquement envisager que la &#171; ligne de partage &#187; se situe entre d'une part, un travail social et politique qui non seulement &lt;i&gt;ent&#233;rine&lt;/i&gt; le fait mais encore &lt;i&gt;&#233;rige&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;promeut&lt;/i&gt; les rapports de distribution comme &lt;i&gt;p&#244;le absolu&lt;/i&gt; et, d'autre part, des luttes, des pratiques qui d&#233;signent les rapports de distribution pr&#233;cis&#233;ment comme &#171; &lt;i&gt;l'envers des rapports de production &lt;/i&gt; &#187;, c'est-&#224;-dire qui se situent dans la &lt;i&gt;r&#233;flexivit&#233;&lt;/i&gt;. Tout en sachant qu'il peut y avoir de nombreuses situations interm&#233;diaires. La distinction peut traverser une m&#234;me pratique et / ou un m&#234;me groupe social (subdivision de classe). Dans une lutte, elle peut &#234;tre synchronique ou diachronique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le premier cas (l'absolutisation), cela peut aller de manifestations et revendications typiquement classes moyennes &#171; progressistes &#187; &#224; la d&#233;clinaison de toutes les reconstructions id&#233;ologiques d&#233;coulant de l'absolutisation des rapports de distribution dont les principales manifestations sont bien d&#233;crites et articul&#233;es dans &lt;i&gt;Une s&#233;quence particuli&#232;re&lt;/i&gt;. Nous ne nous &#233;tendrons pas plus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le second cas : la revendication contre l'injustice, la pauvret&#233;, l'Etat d&#233;nationalis&#233; d&#233;signe les rapports de production &lt;i&gt;&#224; l'int&#233;rieur m&#234;me de la fa&#231;on dont les rapports de distribution sont attaqu&#233;s&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les rapports de distribution c'est la relation f&#233;tichiste des revenus &#224; leur source comme facteur autonome, cette relation est inh&#233;rente au mode de production et aux rapports de production. Relation f&#233;tichiste en ce qu'elle lie le travail &#224; une certaine fraction de la valeur produite, alors que le travail (producteur de valeur, substance de la valeur) cr&#233;e tout autant les autres fractions de la valeur distribu&#233;e. Pour Marx, si on relie, comme cela se passe dans les rapports de distribution, le travail au salaire, il est alors tout aussi l&#233;gitime de lier capital et profit ou int&#233;r&#234;t, terre et rente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela a de grandes cons&#233;quences en ce qui concerne la compr&#233;hension et le cours r&#233;el de la lutte des classes : la lutte des classes conforte comme lutte entre&lt;i&gt; &#171; propri&#233;taires d'une source de revenu &#187; &lt;/i&gt;l'illusion de la distribution&lt;i&gt;.&lt;/i&gt; Les agents de la production en sont &lt;i&gt;prisonniers&lt;/i&gt; ajoute Marx. Il est exact que ce sont toujours les rapports de distribution qui sont au devant, en premiers, parce que les individus partent toujours de leur existence. C'est vrai, les individus partent de leur vie quotidienne, de leurs revenus, c'est-&#224;-dire des rapports de distribution, du f&#233;tichisme v&#233;cu comme un &#171; destin &#187;. Mais est-ce que les rapports de production sont forc&#233;ment tr&#232;s loin de cela ? C'est parce qu'il y a jeu et non dichotomie entre rapports de production et rapports de distribution que la r&#233;volte contre un &#171; destin &#187; peut remettre en cause l'&#233;ternit&#233; du capital, sinon le pauvre reste un &#233;ternel pauvre, m&#234;me &#233;ternellement r&#233;volt&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet : &#171; Le produit se divise d'une part en capital et d'autre part en revenus. L'un de ces revenus, le salaire, ne prend jamais la forme de revenu, revenu de l'ouvrier, qu'apr&#232;s avoir &lt;i&gt;affront&#233;&lt;/i&gt; (soulign&#233; par nous) ce m&#234;me ouvrier sous &lt;i&gt;forme de capital&lt;/i&gt; (soulign&#233; dans le texte). La confrontation des moyens de travail cr&#233;&#233;s et des produits du travail en g&#233;n&#233;ral en tant que capital avec les producteurs directs implique d'embl&#233;e un certain caract&#232;re social des moyens mat&#233;riels du travail par rapport aux ouvriers qui, dans la production elle-m&#234;me, se trouvent ainsi plac&#233;s dans un rapport d&#233;fini avec les possesseurs de ces moyens de travail et avec les autres ouvriers. &#187; (&lt;i&gt;Le Capital&lt;/i&gt;, Ed. Sociales, t.8, p.253) Que signifie &#171; qu'apr&#232;s avoir &lt;i&gt;affront&#233;&lt;/i&gt; ce m&#234;me ouvrier sous &lt;i&gt;forme de capital&lt;/i&gt; &#187; ? Cela signifie que la valeur produite comme &#233;quivalent du salaire fait face &#224; l'ouvrier comme capital &lt;i&gt;variable&lt;/i&gt;, c'est-&#224;-dire est une quantit&#233; de valeur changeante du fait de l'achat de la force de travail, c'est-&#224;-dire assignation &#224; la production de plus-value, donc rapports de production. Nous avons l&#224; le fondement m&#234;me par lequel les rapports de distribution peuvent d&#233;signer les rapports de production.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marx apporte par ailleurs une autre restriction &#224; cette illusion dont les &#171; agents de la production &#187; sont &#171; prisonniers &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Si l'on consid&#232;re d'abord le capital &lt;i&gt;dans le proc&#232;s de production imm&#233;diat&lt;/i&gt; (soulign&#233; par nous) &#8211; en sa qualit&#233; de soutireur de surtravail, ce rapport y est encore tr&#232;s simple et les liens internes r&#233;els du ph&#233;nom&#232;ne s'imposent aux agents de ce proc&#232;s, aux capitalistes, qui ont conscience de ces liens. Une preuve frappante en est la lutte violente au sujet des limites de la journ&#233;e de travail. &#187; (ibid, p.205). Sans tomber dans une survalorisation des &#171; luttes d'usine &#187;, actuellement la domination des rapports de distribution est non seulement, comme toujours, le fait que c'est l' &#171; illusion n&#233;cessaire dans laquelle nous vivons &#187;, mais encore tient aux conditions de la crise et au d&#233;roulement, du moins en occident, des &#171; grands mouvements sociaux &#187; que nous avons eu ces derni&#232;res ann&#233;es et au &#171; plancher de verre &#187; qui leur est li&#233; (leur incapacit&#233; &#224; p&#233;n&#233;trer les lieux de production). Sauf peut-&#234;tre en Chine, les &#171; luttes d'usines &#187; suivent un cours souterrain et en grande partie parall&#232;le (Br&#233;sil, Turquie, Espagne et m&#234;me Egypte) par rapport aux grandes &#171; mobilisations sociales &#187;. Si, de ce point de vue, on revient sur les vagues de gr&#232;ves et de luttes diverses entre la fin des ann&#233;es 1960 et les ann&#233;es 70 (Italie, France, USA, RU, etc.) on peut dire que la remarque pr&#233;c&#233;dente de Marx &#233;tait pertinente (la citation de la p.205) : non seulement limites de la journ&#233;e de travail, mais cadences, organisation du proc&#232;s de travail, signification des qualifications, segmentations de la force du travail &#8211;immigr&#233;s du Sud en Italie &#8211; , disjonction entre salaire et travail, le fameux &#171; on veut tout &#187; italien et enfin le non moins fameux &#171; refus du travail &#187;. Toutes ces caract&#233;ristiques existent peut-&#234;tre plus ou moins toujours, mais c'&#233;tait alors la coloration massive de la p&#233;riode. De ce point de vue il faudrait aussi parler de la vague de gr&#232;ves qui a boulevers&#233; l'industrie automobile en France entre 81 et 83, d'autant plus que l'on a l&#224; une pr&#233;sence et une action l&#224; aussi massive des travailleurs immigr&#233;s (c'est un moment capital dont il est rarement question quand on aborde la s&#233;quence historique qui m&#232;ne au manifs &#224; partir des cit&#233;s, marche des beurs, jusqu'au paternaliste &#171; Touche pas &#224; mon pote &#187;). Il est vrai qu'on part toujours d'une existence dans la distribution, mais &#8230; mais &#8230; les choses peuvent &#234;tre tr&#232;s diff&#233;rentes selon les situations (formes de la crise, rapports de forces, composition de la classe ouvri&#232;re, structure de la mondialisation, etc.).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Continuons &#224; citer Marx qui est assez clair : &#171; Dans sa conception la plus banale, la distribution appara&#238;t comme distribution des produits, et ainsi comme plus &#233;loign&#233;e de la production, et pour ainsi dire ind&#233;pendante de celle-ci. Mais avant d'&#234;tre distribution des produits, elle est : 1&#176; &lt;i&gt;distribution des instruments de production&lt;/i&gt; (soulign&#233; par nous), et 2&#176;, ce qui est une autre d&#233;termination du m&#234;me rapport, distribution des membres de la soci&#233;t&#233; entre les diff&#233;rents genres de production (subordination des individus &#224; des rapports de production d&#233;termin&#233;s). La distribution des produits n'est manifestement que le r&#233;sultat de cette distribution, qui est incluse dans le proc&#232;s lui-m&#234;me et d&#233;termine la structure de la production. Consid&#233;rer la production sans tenir compte de cette distribution qui est incluse en elle c'est manifestement abstraction vide, alors qu'au contraire la distribution des produits est impliqu&#233;e par cette distribution qui constitue originellement un moment de la production. (&#8230;) la production a n&#233;cessairement son point de d&#233;part dans une certaine distribution des instruments de production. &#187; (&lt;i&gt;Introduction de 1857&lt;/i&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La lutte contre l'injustice de la distribution s'articule avec les rapports de production quand comme compr&#233;hension de soi et de cette injustice, consciemment ou non, dans la pratique, dans les formes et l'enracinement de la lutte, cette lutte contre l'injustice de la &#171; distribution des produits &#187; se relie aux rapports de production &lt;i&gt;en mettant en avant cette &#171; distribution des &#233;l&#233;ments de production &#187;&lt;/i&gt; : l'absence de propri&#233;t&#233;, absence de moyens de production, la pauvret&#233;. Marx poursuit : &#171; Aux yeux de l'individu, la distribution (il s'agit ici &#224; la fois de la distribution des produits et de la distribution des instruments de production, Marx vient de d&#233;finir les deux comme corollaires) appara&#238;t tout naturellement comme une loi sociale qui fixe sa position au sein de la production (&lt;i&gt;nous y voil&#224;&lt;/i&gt; !), c'est-&#224;-dire le cadre dans lequel il produit : elle pr&#233;c&#232;de donc la production (&lt;i&gt;attention : 'aux yeux de l'individu', mais justement &#224; partir des rapports de distribution et de leur injustice c'est notre point de d&#233;part&lt;/i&gt;). L'individu n'a ni capital ni propri&#233;t&#233; fonci&#232;re de par sa naissance : en venant au monde, il est vou&#233; au travail salari&#233; par la distribution sociale. &#187; (&lt;i&gt;ibid&lt;/i&gt;). En r&#233;sum&#233;, c'est peut-&#234;tre &lt;i&gt;&#224; partir de la r&#233;volte contre l'injustice, au travers de cette forme de la distribution (des instruments de production) li&#233;e &#224; la distribution des produits (revenus) que le jeu entre rapports de production et rapports de &lt;/i&gt;&lt;i&gt;distribution peut &#234;tre impacter de fa&#231;on dynamique selon les circonstances historiques et locales&lt;/i&gt;. On pourra retrouver ainsi l'histoire des espaces et de l'Etat et m&#234;me &#224; partir de bases absolument pr&#233;sentes l'id&#233;ologie du &#171; contre-type id&#233;al &#187; et la reconstruction id&#233;ologique contre-r&#233;volutionnaire sous laquelle peuvent op&#233;rer toutes sortes de pratiques de classe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la m&#234;me citation de l'&lt;i&gt;Introduction de 1857&lt;/i&gt;, Marx introduit une autre relation de r&#233;flexivit&#233; entre distribution (des produits) et production : &#171; 2&#176;, ce qui est une autre d&#233;termination du m&#234;me rapport, distribution des membres de la soci&#233;t&#233; entre les diff&#233;rents genres de production &#187;. Les limites entre lesquelles peut osciller la consommation individuelle d&#233;pendent de la composition interne du capital et sont fix&#233;es &#224; chaque moment. Dit autrement : elles d&#233;pendent de la &#171; distribution des membres de la soci&#233;t&#233; entre les diff&#233;rents genres de production &#187;. Un peu plus clair : &#171; Tout comme le travail de l'ouvrier individuel se partage en travail n&#233;cessaire et surtravail, le travail total de la classe ouvri&#232;re peut &#234;tre, lui aussi, divis&#233; de telle mani&#232;re que la fraction qui produit la totalit&#233; des moyens de subsistance pour la classe ouvri&#232;re (y compris les moyens de production requis) accomplit le travail n&#233;cessaire pour toute la soci&#233;t&#233;. Le travail effectu&#233; par tout le reste de la classe ouvri&#232;re peut &#234;tre consid&#233;r&#233; comme du surtravail. &#187; (Marx, &lt;i&gt;Le Capital&lt;/i&gt;, Ed. Sociales, t.8, p. 24). Bien que le travail des producteurs directs de moyens de subsistance se divise, pour eux-m&#234;mes (et pour le capital qui les exploite), en travail n&#233;cessaire et surtravail, il repr&#233;sente, du point de vue de la soci&#233;t&#233;, le travail n&#233;cessaire &#224; la seule production des moyens de subsistance, c'est-&#224;-dire le travail n&#233;cessaire par rapport au surtravail. En outre, on n'est pas loin dans tout cela de la question des &#233;meutes et du plancher de verre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De ce point de vue, une protestation contre l'utilisation de l'argent public, contre le peu d'investissement dans un quartier, etc. peut &#233;tablir une relation dynamique dans le jeu entre rapports de distribution et rapports de production car c'est le rapport travail n&#233;cessaire / surtravail qui est en jeu. L&#224; aussi toutes sortes de circonstances peuvent intervenir, mais ce qu'il fallait d&#233;finir c'est sur quelle mati&#232;re celles-ci interviennent. Il faut non seulement que cette mati&#232;re soit &lt;i&gt;susceptible d'&#234;tre &#171; dynamis&#233;e &#187;&lt;/i&gt;, mais encore il faut que ce soit cette mati&#232;re elle-m&#234;me qui &lt;i&gt;d&#233;terminant la sp&#233;cificit&#233; pr&#233;sente de la crise, d&#233;termine les relations de classes qui vont la &#171; dynamiser &#187; ou inversement &#171; l'absolutiser &#187;&lt;/i&gt;. Diff&#233;rentes tendances peuvent se croiser dans un m&#234;me mouvement, se combattre ou s'ignorer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les revendications et luttes sur la distribution sont constamment dans une ambigu&#239;t&#233; et qu'elles ne sont pas toutes identiques dans leur capacit&#233; &#224; d&#233;signer les rapports de production. C'est pour cela que toutes les r&#233;voltes contre un &#171; destin de pauvre &#187; (paysans m&#234;me &#171; sans terre &#187;, micro entrepreneurs informels) ne sont pas identiques. Il faudrait &#233;galement revenir sur la relation entre rapports de production et de distribution dans la constitution de l'identit&#233; ouvri&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut enfin se garder d'un dernier &#171; pi&#232;ge &#187;. Selon les crit&#232;res pos&#233;s, les pays &#171; pauvres &#187;, &#171; &#233;mergents &#187; (peu importe ici l'appellation) auraient une facult&#233; sup&#233;rieure &#224; incarner des dynamiques et des distinctions positives, relativement aux aires centrales. Vieux r&#233;flexes &#171; europ&#233;ocentristes &#187; peut-&#234;tre, mais cela est g&#234;nant. La capacit&#233; d'un revendeur de cartons usag&#233;s du Caire ou de Rio &#224; r&#233;fl&#233;chir dans sa lutte sur le partage des richesses (sur la distribution) les rapports de production qui font le contenu m&#234;me de la richesse et par l&#224; sa r&#233;partition, n'est pas plus &#233;vidente que celle de l'ouvrier professionnel de Sochaux avec sa r&#233;sidence secondaire dans les collines du Jura.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A propos du jeu entre rapports de production et rapports de distribution :{{}}&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Notes sur la septi&#232;me section du Livre III :&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; Les revenus et leurs sources&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(&lt;i&gt;Le Capital&lt;/i&gt;, Ed. Sociales 1960, t.8, pp. 193 &#224; 260)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qu'il y a de tr&#232;s important dans les 5 chapitres de cette septi&#232;me section, c'est que Marx montre &lt;i&gt;la production r&#233;elle de l'illusion, des formes d'apparition&lt;/i&gt;, comme une (la ?) r&#233;alit&#233; n&#233;cessaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ces chapitres, cette production s'articule autour de 6 facteurs (l'ordre donn&#233; ici n'est pas significatif, dans un travail plus &#233;labor&#233; il faudrait articuler les facteurs).&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt;l'autopr&#233;supposition&lt;/li&gt;&lt;li&gt;la circulation&lt;/li&gt;&lt;li&gt;la p&#233;r&#233;quation&lt;/li&gt;&lt;li&gt;l'appropriation des forces sociales&lt;/li&gt;&lt;li&gt;les classes&lt;/li&gt;&lt;li&gt;la personnification&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;Le but de tout cela est de montrer comment les rapports de distribution, c'est-&#224;-dire la relation f&#233;tichiste des revenus &#224; leur source comme facteur autonome est inh&#233;rente au mode de production et aux rapports de production. D'o&#249; de grandes cons&#233;quences en ce qui concerne le cours r&#233;el de la lutte des classes et sa compr&#233;hension. Si nous reprenons ces fondamentaux, c'est pour montrer l'importance &lt;i&gt;sp&#233;cifique&lt;/i&gt; de tout cela dans la situation actuelle vue la sp&#233;cificit&#233; historique de la crise (cf. les commentaires sur rapports de production et rapports de distribution). Les crises ont toujours une nature sp&#233;cifique. Il faut montrer (contrairement &#224; ce qui ressort de &lt;i&gt;Une s&#233;quence particuli&#232;re&lt;/i&gt;) qu'il y a un &lt;i&gt;jeu ouvert&lt;/i&gt; entre rapports de production et rapports de distribution. Ce qui rend actuellement pertinent de prendre la situation sous cet angle (la distribution &#8211; pouvant devenir pr&#233;dominante - dans sa relation aux rapports de production), c'est aussi la question de l'Etat (d&#233;nationalisation / l&#233;gitimit&#233;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le point le plus synth&#233;tique (la plus grande abstraction) auquel on parvient, quand on utilise ces chapitres dans cette optique, c'est la distinction qu'&#233;tablit Marx entre &#171; travail salari&#233; &#187; et &#171; travail producteur de valeur &#187;. Le travail salari&#233; est un rapport social qui lie le travail &#224; un revenu, le salaire (prix du travail), et en fait la source de ce revenu. C'est-&#224;-dire qui lie le travail &#224; une certaine fraction de la valeur produite, alors que le travail (producteur de valeur, substance de la valeur) cr&#233;e tout autant les autres fractions de la valeur distribu&#233;e. Pour Marx, si on relie, comme cela se passe dans les rapports de distribution, le travail au salaire, il est alors tout aussi l&#233;gitime de lier capital et profit, terre et rente. Donc il &#233;tablit une distinction entre travail salari&#233; et travail-valeur : &#171; Si travail salari&#233; et travail tout court co&#239;ncident, le salaire co&#239;ncidera avec le produit du travail et la fraction de valeur que ce salaire repr&#233;sente, avec la valeur tout court que cr&#233;e le travail. Mais de ce fait, les autres fractions de valeur, le profit et la rente, deviennent tout aussi autonome et font face au salaire ; il faut bien qu'ils naissent de leurs propres sources, de sources sp&#233;cifiquement diff&#233;rentes, ind&#233;pendantes du travail &#8230; &#187; (204). C'est assez ardu.&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt;L'autopr&#233;supposition &lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;&#171; Comme dans tous les syst&#232;mes qui l'ont pr&#233;c&#233;d&#233;, le proc&#232;s de production capitaliste se d&#233;roule dans des conditions mat&#233;rielles d&#233;termin&#233;es, qui sont en m&#234;me temps les supports de rapports sociaux d&#233;termin&#233;s o&#249; se trouvent engag&#233;s les individus au cours du proc&#232;s de leur reproduction. Ces conditions mat&#233;rielles comme ces rapports sociaux sont d'une part, des conditions pr&#233;alables, d'autre part, des r&#233;sultats et des cr&#233;ations du proc&#232;s capitaliste de production ; c'est lui qui les produit et les reproduit. &#187; (197)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Supposons :&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt;que les valeurs des marchandises ou leurs co&#251;ts de production (qui n'en sont ind&#233;pendants qu'en apparence) apparaissent imm&#233;diatement et constamment comme identiques avec les prix du march&#233;, au lieu de se manifester comme des prix moyens auxquels s'&#233;quilibrent les oscillations des prix du march&#233; ;&lt;/li&gt;&lt;li&gt;que la reproduction se fasse continuellement dans les m&#234;mes conditions, c'est-&#224;-dire que la production du travail reste invariable dans tous les &#233;l&#233;ments du capital ;&lt;/li&gt;&lt;li&gt;que la partie de la valeur de la marchandise constitu&#233;e par le travail nouveau ajout&#233; &#224; la valeur des moyens de production, se d&#233;compose continuellement dans les m&#234;mes proportions en salaire, profit et rente, de telle sorte que le salaire r&#233;ellement pay&#233; soit toujours &#233;gal &#224; la valeur de la force de travail, le profit r&#233;ellement r&#233;alis&#233;, toujours &#233;gal &#224; la part de la plus-value totale revenant au capital en vertu du taux moyen du profit et la rente effective, &#233;gale &#224; la rente calcul&#233;e d'apr&#232;s les conditions normales. (&#8230;) &lt;br class='autobr' /&gt;
M&#234;me dans ces conditions, le mouvement r&#233;el des choses appara&#238;trait n&#233;cessairement sous une forme invers&#233;e ; non point comme la d&#233;composition en trois parties d'une valeur donn&#233;e d'avance, parties qui prendraient les formes de revenus autonomes, mais au contraire comme la cr&#233;ation de cette valeur par addition des trois &#233;l&#233;ments autonomes, d&#233;termin&#233;s de fa&#231;on ind&#233;pendante, que seraient le salaire, le profit et la rente fonci&#232;re consid&#233;r&#233;s comme ses composants. Cette illusion na&#238;trait n&#233;cessairement, parce que dans le mouvement r&#233;el des capitaux individuels et de leur produits-marchandise, ce n'est pas la valeur des marchandises qui semble &#234;tre la condition pr&#233;alable de leur d&#233;composition en &#233;l&#233;ments, mais au contraire ce sont les &#233;l&#233;ments qui r&#233;sultent de sa division, qui semblent agir et &#234;tre la condition pr&#233;alable de la valeur des marchandises. &#187; (245)&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;Page 246, Marx &#233;nonce que :&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt;le salaire est fix&#233; par contrat avant m&#234;me que ne soit produit l'&#233;quivalent de valeur qui lui correspond&lt;/li&gt;&lt;li&gt;le profit moyen est un &#233;l&#233;ment r&#233;gulateur pour le transfert des capitaux d'une sph&#232;re &#224; l'autre, mais aussi il est une grandeur pr&#233;alablement donn&#233; (ind&#233;pendante de la plus-value produite dans chaque sph&#232;re). Il intervient dans toutes les ventes et les contrats.&lt;/li&gt;&lt;li&gt;La d&#233;composition de plus-value (int&#233;r&#234;t, profit, rente) : des formes ind&#233;pendantes suppos&#233;es exister pr&#233;alablement&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Pourquoi ces fruits de la d&#233;composition de la valeur-marchandise semblent-ils constituer constamment les conditions pr&#233;alables de toute cr&#233;ation de valeur ? L'explication de ce myst&#232;re est simple : le mode capitaliste de production, comme n'importe quel autre ne se contente pas de reproduire sans cesse le produit mat&#233;riel ; il reproduit aussi les rapports &#233;conomiques et sociaux et les cat&#233;gories &#233;conomiques qui pr&#233;sident &#224; la cr&#233;ation du produit. Son r&#233;sultat appara&#238;t donc comme sa condition avec la m&#234;me permanence que ses conditions pr&#233;alables comme ses r&#233;sultats. &#187; (247)&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt;La circulation&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;&#171; La restitution des valeurs avanc&#233;es dans la production et la plus-value que contiennent les marchandises ne semblent pas seulement se r&#233;aliser dans la circulation, mais plut&#244;t en d&#233;couler. &#187; (205)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Allons plus loin : le proc&#232;s r&#233;el de la production, c'est-&#224;-dire l'ensemble du proc&#232;s de production imm&#233;diat et du proc&#232;s de circulation, donne naissance &#224; de nouvelles structures dans lesquelles le fil conducteur des liens et rapports internes se perd de plus en plus, les &lt;i&gt;rapports de production&lt;/i&gt; (soulign&#233; par nous) deviennent autonomes vis-&#224;-vis les uns des autres, enfin, les &#233;l&#233;ments de valeur se scl&#233;rosent respectivement dans des formes autonomes. &#187; (206). La phrase pr&#233;c&#233;dente se terminait par : &#171; &#8230;la loi reste donc invisible et incompr&#233;hensible pour chaque agent individuel. &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette prise en compte de la circulation comme vecteur du renversement est fondamentale car la circulation est d&#233;finitoire du &#171; proc&#232;s d'ensemble de la production capitaliste &#187;. A ce niveau, nous sommes vraiment dans la &lt;i&gt;n&#233;cessit&#233;&lt;/i&gt; de l'illusion, la r&#233;alit&#233; des formes d'apparition. Nous ne sommes plus dans une mystification. Il faudrait r&#233;fl&#233;chir sur ce &#171; pour chaque agent &lt;i&gt;individuel&lt;/i&gt; &#187;. Dans la mesure o&#249; les classes sont produites dans ce &#171; proc&#232;s d'ensemble &#187; n'est-ce pas &#233;galement valable &#224; ce niveau ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(Il y aurait de nombreux autres passages &#224; r&#233;pertorier sur la circulation.)&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt;P&#233;r&#233;quation&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le profit moyen joue, pour le prix de production de la marchandise, un r&#244;le analogue &#224; celui que joue le salaire pour son prix de production, le prix de production &#233;tant &#233;gal au co&#251;t de production augment&#233; du profit moyen sur le capital avanc&#233; &#187; (246)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#224; on peut multiplier les explications relatives au fait que le profit comme profit moyen se d&#233;tache du rapport d'exploitation de par la loi de la valeur elle-m&#234;me comme r&#233;gulation du mode de production. Si le profit appara&#238;t comme revenu dont la source autonome est le capital en tant que moyen de production, il en est alors de m&#234;me pour les autres facteurs de la production en tant que sources de revenus.&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt;Appropriation des forces sociale du travail&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s avoir &#233;crit que dans le proc&#232;s imm&#233;diat de production &#171; les liens internes r&#233;els s'imposent&#8230; &#187;, Marx ajoute que m&#234;me l&#224; les choses se compliquent &#171; Avec le d&#233;veloppement de la plus-value relative dans le mode de production sp&#233;cifiquement capitaliste qui entra&#238;ne l'extension des forces productives sociales du travail, ces forces et les lien sociaux complexes du travail dans le proc&#232;s de travail imm&#233;diat apparaissent comme &#233;tant transf&#233;r&#233;s du travail au capital. Cela fait d&#233;j&#224; du capital un &#234;tre fort mystique ; toutes les forces productives sociales du travail semblent en effet &#234;tre dues au capital et non au travail. Elles semblent jaillir de son sein. &#187; (205). Et pour compliquer encore la chose, Marx poursuit imm&#233;diatement sur le proc&#232;s de circulation o&#249; &#171; les rapports de la cr&#233;ation originelle de la valeur passent totalement &#224; l'arri&#232;re-plan &#187;.{}&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autres citations peuvent &#234;tre relev&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est le capital qui appara&#238;t comme productif. Dans les &lt;i&gt;Fondements&lt;/i&gt; un fragment dit que le capital est productif : &#171; Il est donc absurde de se demander si le capital est productif ou ne l'est pas, etc. &#187; (Anthropos, t.1, p.256).&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt;La personnification&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;&#171; C'est le grand m&#233;rite de l'&#233;conomie politique classique d'avoir dissip&#233; ces fausses apparences et ces illusions : l'autonomisation et la scl&#233;rose des divers &#233;l&#233;ments sociaux de la richesse, la personnification des choses et la r&#233;ification des rapports de production, cette religion de la vie quotidienne. &#187; (208) et p.255. L'ouvrier comme &#171; personne &#187; (Fondements, t.1, p.428 et en Ed. 10 / 18, p.69){}&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autres citations &#224; relever&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt;Les classes&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;L&#224; on est sur un truc tr&#232;s d&#233;licat (comme on peut s'en douter).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Les &#233;l&#233;ments composant la valeur de la marchandise s'affrontent comme revenus autonomes, qu'on rapporte &#224; trois facteurs de production tout &#224; fait diff&#233;rents : le travail, le capital et la terre dont il paraissent r&#233;sulter. La propri&#233;t&#233; (cette &#171; propri&#233;t&#233; &#187; est importante &#233;galement pour la personnification, cf. le passage des &lt;i&gt;Fondements&lt;/i&gt;) de la force de travail, du capital et de la terre est la cause qui fait que les diff&#233;rents &#233;l&#233;ments de valeur des marchandises &#233;choient aux propri&#233;taires respectifs de la force de travail, du capital et de la terre, et se convertissent pour eux en revenus. Mais la valeur ne prend pas naissance du fait d'une conversion en revenu : il faut qu'elle existe avant de pouvoir &#234;tre convertie en revenu et de pouvoir prendre cette forme. Mais l'illusion que tout se passe &#224; l'inverse se renforcera d'autant plus que la d&#233;termination de la grandeur relative de ces trois &#233;l&#233;ments suit des lois diff&#233;rentes ; leurs liens internes avec la valeur des marchandises, leur limitation par cette valeur ne se manifestent nullement &#224; la surface de la soci&#233;t&#233; capitaliste. &#187; (243)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Page 248, apr&#232;s avoir &#233;crit que pour le capitaliste, &#171; la d&#233;termination m&#234;me de la valeur ne l'int&#233;resse pas &#187;, Marx poursuit : &#171; Par contre, salaire, int&#233;r&#234;t et rente lui apparaissent comme les limites r&#233;gulatrices non seulement du prix auquel il peut r&#233;aliser le profit d'entrepreneur, c'est-&#224;-dire la part du profit qui lui revient en sa qualit&#233; de capitaliste agissant, mais du prix auquel il lui faut pouvoir vendre la marchandise pour qu'une reproduction continue soit possible. Peu lui importe qu'en vendant il r&#233;alise ou ne r&#233;alise pas la valeur et la plus-value contenues dans la marchandise, pourvu seulement qu'il retire du prix le profit d'entrepreneur normal (ou plus que normal), en sus du co&#251;t de production individuel de sa marchandise, ce co&#251;t &#233;tant d&#233;termin&#233; par le salaire, l'int&#233;r&#234;t et la rente. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut multiplier les passages identiques dans ces 5 chapitres, ce qu'il importe de souligner c'est que sous &#171; certains aspects &#187; (expression assez flou), la lutte entre les classes est circonscrite (pr&#233;d&#233;termin&#233;e) &#224; l'int&#233;rieur de barri&#232;res infranchissables, c'est-&#224;-dire que la loi de la valeur est aussi pour elle un r&#233;gulateur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans &lt;i&gt;Lire le Capital&lt;/i&gt;, l'un des auteurs d&#233;veloppe quelque chose de ce genre. Le probl&#232;me c'est que pour Althusser et ses copains ce n'&#233;tait pas un probl&#232;me. Une des propositions fondamentales d'Althusser est que les lois de reproduction d'un mode de production n'ont rien &#224; voir avec le (ou les) processus de son d&#233;passement. Les lois de reproduction ne peuvent que reproduire. Parce qu'il ne la comprend pas comme contradiction entre les classes, la formule du &#171; capital comme contradiction en proc&#232;s &#187; n'est pas chez lui tension &#224; l'abolition de la r&#232;gle, dans la mesure &#233;galement o&#249; rien n'est historicis&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela dit, non seulement la valeur est le r&#233;gulateur de la lutte des classes, &lt;i&gt;mais encore la lutte des classes conforte comme lutte entre &#171; propri&#233;taires d'une source de revenu &#187; l'illusion de la distribution.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La d&#233;composition en trois &#233;l&#233;ments des valeurs des marchandises &#8211; d&#233;duction faite de la valeur des moyens de production consomm&#233;s pour les produire &#8211; la d&#233;composition de cette masse de valeur donn&#233;e, d&#233;termin&#233;e par la quantit&#233; de travail mat&#233;rialis&#233;e dans le produit marchandise, en trois &#233;l&#233;ments qui prennent des formes autonomes et respectivement ind&#233;pendantes des revenus : salaire, profit et rente, cette op&#233;ration, &#224; la surface de la production capitaliste telle qu'on l'a sous les yeux, se pr&#233;sente tout &#224; fait &#224; l'envers ; par cons&#233;quent cette illusion existe aussi dans la repr&#233;sentation des agents de cette production &lt;i&gt;qui en sont prisonniers&lt;/i&gt; (soulign&#233; par nous). &#187; (242)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant : &#171; Le produit se divise d'une part en capital et d'autre part en revenus. L'un de ces revenus, le salaire, ne prend jamais la forme de revenu, revenu de l'ouvrier, qu'apr&#232;s avoir &lt;i&gt;affront&#233;&lt;/i&gt; (soulign&#233; par nous) ce m&#234;me ouvrier sous &lt;i&gt;forme de capital&lt;/i&gt; (soulign&#233; dans le texte). La confrontation des moyen de travail cr&#233;&#233;s et des produits du travail en g&#233;n&#233;ral en tant que capital avec les producteurs directs implique d'embl&#233;e un certain caract&#232;re social des moyens mat&#233;riels du travail par rapport aux ouvriers qui, dans la production elle-m&#234;me, se trouvent ainsi plac&#233;s dans un rapport d&#233;fini avec les possesseurs de ces moyens de travail et avec les autres ouvriers. &#187; (253) Nous avons l&#224; le fondement m&#234;me par lequel les rapports de distribution d&#233;signent les rapports de production.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Surface de la production &#187;, d'accord, mais comment la lutte de classe parvient-elle &#224; se situer &#171; en profondeur &#187; et &#171; &#224; l'endroit &#187; ? Existe-t-il une profondeur (voir TC 23, p.163) et la lutte de classe a-t-elle &#171; besoin &#187; de se situer &#171; &#224; l'endroit &#187; et &#171; en profondeur &#187; ? Est-ce que la lutte des classes peut sortir de cette illusion ? Si on r&#233;pond par la n&#233;gative, est-ce que l'on peut alors ajouter : &#171; et c'est tant mieux, parce que c'est comme cela qu'elle se pr&#233;sente &#224; l'int&#233;rieur d'elle-m&#234;me comme quelque chose &#224; d&#233;passer et pose la valeur comme l'enjeu du d&#233;passement &#187; ? Cela me para&#238;t des questions incontournables, mais la pente est glissante vers la &lt;i&gt;Wertkritik&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#224;-dessus, il faudrait poursuivre avec des citations des &lt;i&gt;Th&#233;ories sur la plus-value&lt;/i&gt; sur la r&#233;alit&#233; du f&#233;tichisme : Ed. Sociales, t.3, pp. 573 et 604 et, dans ces chapitres du &lt;i&gt;Capital&lt;/i&gt; : p.208 : &#171; &#8230;il est tout aussi naturel que les agents r&#233;els de la production se sentent parfaitement chez eux dans ces formes ali&#233;n&#233;es et irrationnelles : capital-int&#233;r&#234;t, terre-rente, travail-salaire ; car ce sont l&#224; pr&#233;cis&#233;ment les formes illusoires au milieu desquelles ils se meuvent tous les jours et auxquelles ils ont affaire. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;R&#233;solution programmatique du probl&#232;me&lt;/i&gt; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La th&#232;se qui attribue un caract&#232;re historique aux rapports de distribution et le d&#233;nie aux rapports de production, marque le point de d&#233;part de la critique - une critique encore tr&#232;s timide - de l'&#233;conomie bourgeoise. Elle repose sur la confusion du proc&#232;s social de production avec le simple proc&#232;s de travail, tel qu'il se d&#233;roulerait anormalement pour un homme isol&#233; ne recevant aucun aide de la soci&#233;t&#233;. Pour autant que l'on consid&#232;re le proc&#232;s de travail comme se passant simplement entre l'homme et la nature, on trouve qu'il se pr&#233;sente avec les m&#234;mes &#233;l&#233;ments dans toutes les formes du d&#233;veloppement social. Mais chaque forme historique de ce proc&#232;s d&#233;veloppe les bases mat&#233;rielles et les formes sociales qui lui sont propres jusqu'&#224; ce que arriv&#233;e &#224; un certain degr&#233; de maturit&#233;, elle dispara&#238;t pour faire place &#224; une forme plus &#233;lev&#233;e. On voit que le moment d'une crise de ce genre est venu, lorsque s'approfondissent la contradiction et l'opposition entre les rapports de distribution, partant l'aspect historique d&#233;fini des rapports de production correspondants et les forces productives, la capacit&#233; de production et de d&#233;veloppement de leurs agents. Le d&#233;veloppement mat&#233;riel de la production et sa forme sociale entrent en conflit &#187; (258).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est programmatique, mais il y a tout de m&#234;me cette id&#233;e &#171; &#233;trange &#187; selon laquelle c'est la crise dans les rapports de distribution qui &#171; r&#233;v&#232;le &#187; (il est difficile de trouver le bon terme &#224; utiliser) l'obsolescence des rapports de production (on trouve un d&#233;veloppement assez proche dans &lt;i&gt;Th&#233;orie sur la plus value&lt;/i&gt;, t.3, p.367 &#8211; avec au passage l'utilisation simultan&#233;e de Gegensatz (&#171; antagonisme &#187;) et de &lt;i&gt;Widerspruch&lt;/i&gt; (contradiction)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sur l'utilisation de ces deux termes chez Marx, voir dans ce n&#176; le texte (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. On peut &#233;galement renvoyer &#224; la pr&#233;face d'Engels &#224; la premi&#232;re &#233;dition allemande de &lt;i&gt;Mis&#232;re de la Philosophie&lt;/i&gt; (1884) : &#171; D'apr&#232;s les lois de l'&#233;conomie bourgeoise, la plus grande partie du produit n'appartient pas aux travailleurs qui l'ont cr&#233;&#233;. Si nous disons alors : c'est injuste, ce ne doit pas &#234;tre, cela n'a rien &#224; voir avec l'&#233;conomie. Nous disons seulement que ce fait &#233;conomique est en contradiction avec notre sentiment moral. C'est pourquoi Marx n'a jamais fond&#233; l&#224;-dessus ses revendications communistes, mais bien sur la ruine n&#233;cessaire, qui se consomme sous nos yeux, tous les jours et de plus en plus, du mode de production capitaliste. Il se contente de dire que la plus-value se compose de travail non pay&#233; : c'est un fait pur et simple. Mais ce qui peut &#234;tre formellement faux au point de vue &#233;conomique, peut &#234;tre encore exact au point de vue de l'histoire universelle. Si le sentiment moral de la masse regarde un fait &#233;conomique, autrefois l'esclavage et le servage, comme injuste, cela prouve que ce fait lui-m&#234;me est une survivance ; que d'autres faits &#233;conomiques se sont produits gr&#226;ce auxquels le premier est devenu insupportable, insoutenable. &lt;i&gt;Derri&#232;re l'inexactitude &#233;conomique formelle peut donc se cacher un contenu &#233;conomique tr&#232;s r&#233;el&lt;/i&gt; (soulign&#233; par nous). &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marx fournit une autre piste pour cerner l'instabilit&#233; des luttes de classes au niveau des rapports de distribution ou plut&#244;t &#224; quel niveau structurel se situe la faille dans la &#171; prison &#187; (p.242).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; On pourrait penser qu'au moins la formule : 'travail-salaire' exprime un rapport rationnel ; mais cela est tout aussi inexact que pour la formule : terre-rente fonci&#232;re. Sous son aspect de cr&#233;ateur de valeur, s'exprimant dans la valeur des marchandises, le travail n'a rien &#224; voir avec la r&#233;partition de cette valeur entre des cat&#233;gories diff&#233;rentes. &lt;i&gt;Sous son aspect sp&#233;cifiquement social de travail salari&#233;, il n'est pas productif de valeur &lt;/i&gt;(soulign&#233; par nous). Nous avons d&#233;j&#224; montr&#233; que le salaire ou prix du travail n'est qu'une expression irrationnelle de la valeur ou prix de la force de travail ; rien de commun entre les conditions sociales d&#233;termin&#233;es dans lesquelles la force de travail est vendue et le travail en tant qu'agent g&#233;n&#233;ral de la production. Le travail se mat&#233;rialise tout aussi bien dans l'&#233;l&#233;ment de valeur de la marchandise, qui, sous forme de salaire, constitue le prix de la force de travail. Il cr&#233;e cette fraction du produit au m&#234;me titre que les autres ; mais il ne s'y mat&#233;rialise pas davantage ni autrement que dans les fractions constituant la rente et le profit. Du moment que nous prenons le travail en tant que cr&#233;ateur de valeur, nous ne le consid&#233;rons pas dans sa forme concr&#232;te de condition de la production, mais dans une d&#233;finition &lt;i&gt;sociale&lt;/i&gt; (soulign&#233; par nous car quelques lignes au-dessus l'expression d' &#171; agent g&#233;n&#233;ral de la production &#187; est ambigu&#235;) distincte de celle de travail salari&#233; &#187; (201)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le capital comme rapport de production (absorption du travail vivant, extorsion de surtravail, exploitation) fait lui-m&#234;me cette distinction : &#171; &lt;i&gt;Le capital suppose &#233;videmment que le travail est du travail salari&#233;&lt;/i&gt; (soulign&#233; par nous car important pour la suite afin de montrer qu'il y a une connexion entre les deux &#171; travail &#187;, connexion que Marx laisse ici de c&#244;t&#233;) mais il est tout aussi &#233;vident que si l'on part du travail salari&#233;, de sorte que la confusion entre travail et travail salari&#233; semble aller de soi, alors il faut bien que le capital et la terre monopolis&#233;e soient pris pour la forme naturelle des moyens de travail vis-&#224;-vis du travail en g&#233;n&#233;ral &#187; (203)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La distinction r&#233;side dans le fait que dans la r&#233;partition (salaire, rente, profit), la variation des revenus, est contrainte &#224; l'int&#233;rieur de la valeur cr&#233;&#233;e (pp. 231 et 234).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le premier de ces 5 chapitres, &lt;i&gt;La formule trinitaire&lt;/i&gt;, apr&#232;s avoir rappel&#233; la mystification inh&#233;rente &#224; toute production marchande (204), Marx souligne qu'avec le MPC &#171; cet univers magique et renvers&#233; conna&#238;t d'autres d&#233;veloppements encore &#187; (205). &lt;i&gt;Cependant, il apporte imm&#233;diatement une restriction&lt;/i&gt; : &#171; Si l'on consid&#232;re d'abord le capital dans le proc&#232;s de production imm&#233;diat &#8211; en sa qualit&#233; de soutireur de surtravail, ce rapport y est encore tr&#232;s simple et les liens internes r&#233;els du ph&#233;nom&#232;ne s'imposent aux agents de ce proc&#232;s, aux capitalistes, qui ont conscience de ces liens. Une preuve frappante en est la lutte violente au sujet des limites de la journ&#233;e de travail. &#187; (205). Il est &#224; noter que Marx prend ici comme exemple la journ&#233;e de travail et non les luttes sur le salaire, vis-&#224;-vis desquelles il a toujours une position tr&#232;s critique. Non pas qu'il soit contre (&lt;i&gt;cf&lt;/i&gt;. la pol&#233;mique avec Proudhon dans &lt;i&gt;Mis&#232;re de la Philosophie&lt;/i&gt;), &#171; critique &#187; au sens o&#249; il en souligne toujours le caract&#232;re &#233;ternellement recommenc&#233; car contrainte par la loi de la valeur de la force de travail et finalement la faisant respecter (cf. les conf&#233;rences devant l'AIT : &lt;i&gt;Salaire, prix et profit&lt;/i&gt; &#8211; 1865). Et il ajoute imm&#233;diatement : &#171; Mais, m&#234;me &#224; l'int&#233;rieur de la sph&#232;re imm&#233;diate, dans le cadre de ce proc&#232;s entre le travail et le capital, les choses se compliquent &#187; (205). Elles se compliquent dans ce paragraphe pour deux raisons : l'appropriation des forces sociales du travail et la circulation (voir plus haut).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans tous ces passages sur la distinction entre travail salari&#233; et travail-valeur, il y a un point que Marx ne d&#233;veloppe pas, celui de leur &lt;i&gt;connexion&lt;/i&gt;. S'il dit bien que le travail salari&#233; (en tant que forme mystifi&#233;) est &#224; la base du MPC, dans ces chapitres il ne rappelle pas que ce n'est que sur cette base que la valeur devient le but g&#233;n&#233;ral et absolu de la production. Il n'est pas si &#233;vident que : &#171; Sous son aspect de cr&#233;ateur de valeur, s'exprimant dans la valeur des marchandises, le travail n'a rien &#224; voir avec la r&#233;partition de cette valeur entre des cat&#233;gories diff&#233;rentes. &#187; (voir plus haut). Il existe donc une connexion entre la forme mystifi&#233; des rapports de distribution (forme n&#233;cessaire : c'est de montrer cette n&#233;cessit&#233; qui est l'essentiel de ces chapitres) et les rapports de production visible dans le proc&#232;s de production imm&#233;diat (&lt;i&gt;cf&lt;/i&gt;. citation pr&#233;c&#233;dente p.205) : la condition de salari&#233; produite comme une contrainte ext&#233;rieure (TC 15, p.5 et plein d'autres endroits). Ce qu'il faudrait arriver &#224; exposer un peu clairement c'est que les revendications et luttes sur la distribution sont constamment dans une ambigu&#239;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux textes sur la question de la d&#233;finition et de la prise en compte des classes moyennes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Texte 1{{}}&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notes sur les classes moyennes et l'interclassisme&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Poser la question des classes moyennes du point de vue de la communisation, ce ne peut &#234;tre se poser seulement la question de leur existence, de leurs origines historiques ou de savoir qui on peut y inclure ou non, &#224; la mani&#232;re de l'historien ou du sociologue. La question des classes moyennes est pour nous aujourd'hui celle de l'interclassisme tel qu'il se produit dans les luttes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le pi&#232;ge serait de poser l'interclassisme comme quelque chose qu'il faudrait d&#233;plorer ou encourager, ou comme quelque chose &#224; investir ou orienter (activisme), et donc de poser les classes moyennes comme quelque chose qui serait toujours soit de trop soit qui manquerait dans les luttes (trop d'&#233;meutiers tout seuls, ou trop de fonctionnaires, etc.). Ce serait aussi sym&#233;triquement de poser le prol&#233;tariat dans son union ou non avec les classes moyennes, &#224; la recherche du bon cocktail de classes susceptible de produire le moment r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais alors que sont les classes moyennes ? Une fraction ais&#233;e du salariat, un certain r&#244;le dans la reproduction d'ensemble du capital (les activit&#233;s d'encadrement, par exemple), ou simplement l'ensemble des salari&#233;s touchant un revenu m&#233;dian ? A chaque fois que la question se pose dans ces termes, les classes moyennes sont dissoutes dans le prol&#233;tariat ou l'inverse, et on ne voit plus bien de quel interclassisme on pourrait parler, ou bien on dresse classes moyennes et prol&#233;taires face &#224; face, de part et d'autre d'une fronti&#232;re de classe imaginaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne saurait se contenter de dire que les classes moyennes ne seraient que des prol&#233;taires qui s'ignorent, sur la base du fait qu'elles sont essentiellement compos&#233;es de salari&#233;s, ce qui les ram&#232;nerait &#224; &#234;tre num&#233;riquement &#171; presque tout le monde &#187; (on en reviendrait alors au &#171; 99% &#187; qui de ce point de vue n'est pas si loin de la r&#233;alit&#233; : en effet selon des chiffres du Credoc on arrive &#224; quelque chose comme 80% des salari&#233;s). Mais il ne serait pas plus satisfaisant, au regard des luttes et de la r&#233;alit&#233; de l'interclassisme, de tenter de les consid&#233;rer pour ce qu'elles seraient &#171; en elles-m&#234;mes &#187;, ou seulement dans un rapport d'ext&#233;riorit&#233; au prol&#233;tariat, comme si l'un et l'autre &#233;taient des entit&#233;s s&#233;par&#233;es, et non des &#233;l&#233;ments de la m&#234;me totalit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dire que les luttes actuelles sont interclassistes, ce n'est pas seulement observer que les classes moyennes s'y trouvent m&#234;l&#233;es aux prol&#233;taires, c'est-&#224;-dire objectivement aux plus pauvres (tout le monde descend dans la rue en temps de crise majeure), mais dire et faire appara&#238;tre que la contradiction entre capital et prol&#233;tariat est non seulement la dynamique qui produit toutes les classes du MPC, c'est-&#224;-dire qui produit le capital comme soci&#233;t&#233; capitaliste, mais &#233;galement celle qui conduit &#224; leur dissolution. Consid&#233;rer les classes moyennes &#171; en elles-m&#234;mes &#187; n'a alors aucun sens. Les classes moyennes n'existent qu'en ce qu'elles sont constitutives de ce qu'est le prol&#233;tariat dans sa contradiction au capital. Il ne sert &#224; rien de vouloir les d&#233;crire autrement que comme un moment des luttes, comme un moment de la lutte de classe du prol&#233;tariat, comme un moment de la contradiction en proc&#232;s. Se demander ce qu'elles sont en dehors de ce rapport au prol&#233;tariat ne serait qu'un exercice de sociologie, o&#249; l'on fige les classes dans des couches et des strates dans lesquelles il serait possible d'aller effectuer des pr&#233;l&#232;vements afin d'en conna&#238;tre la composition, pour ensuite les d&#233;crire dans leur infinie complexit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les classes moyennes sont &#233;galement souvent d&#233;finies comme englobant l'ensemble des activit&#233;s non-productives qui permettent &#224; la plus-value d'exister r&#233;ellement, c'est-&#224;-dire socialement. La reproduction d'ensemble du rapport social capitaliste est alors th&#233;oriquement produite comme identique &#224; la valorisation.&lt;i&gt; &lt;/i&gt;La production de plus-value ne d&#233;finit d&#232;s lors plus une classe, le prol&#233;tariat, mais l'ensemble de la soci&#233;t&#233; capitaliste, comme monde capitaliste &#171; int&#233;gr&#233; &#187; (au sens o&#249; Debord parlait du &#171; spectaculaire int&#233;gr&#233; &#187;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette mani&#232;re de consid&#233;rer les choses s'appuie sur le fait qu'il est aujourd'hui effectivement tr&#232;s difficile, voire impossible, et en tout cas tr&#232;s fastidieux, de d&#233;terminer &#224; partir de l'activit&#233; individuelle d'un salari&#233; &#224; quel moment il produit de la valeur ou n'en produit pas. Mais rechercher dans l'activit&#233; des prol&#233;taires individuels quels sont les moments o&#249; ils produisent de la plus-value et ceux o&#249; ils reproduisent simplement ses conditions de possibilit&#233; n'offre que peu d'int&#233;r&#234;t et ne change rien au rapport social fondamental qu'est l'exploitation : c'est l'exploitation d'une classe par une autre qui produit la plus-value, et c'est aussi l'exploitation qui d&#233;finit comme classes celle des exploiteurs et celle des exploit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Poser la valorisation comme identique &#224; la reproduction d'ensemble du rapport social capitaliste fait dispara&#238;tre la contradiction comme rapport entre des classes et ce qui les constitue comme classes. La baisse du taux de profit devient une pure question &#233;conomique, et nous plongeons en pleine &#171; critique de la valeur &#187;. Lorsque le capital finit par ne plus produire assez de valeur pour reproduire l'ensemble de la soci&#233;t&#233;, c'est alors, dans le meilleur des cas, &#171; l'ensemble de la soci&#233;t&#233; &#187; qui se r&#233;volte. Avec, en premi&#232;re ligne, des classes moyennes &#171; prol&#233;taris&#233;es &#187;, qui finalement reviendraient en leur &#234;tre propre, en leur essence prol&#233;tarienne et donc, imm&#233;diatement, r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette extension du prol&#233;tariat &#224; l'ensemble des salari&#233;s traduit le fait que le prol&#233;tariat productif n'est plus con&#231;u que comme un non-sujet, priv&#233; de son identit&#233; ouvri&#232;re et socialement isol&#233; dans la production. Il ne retrouve une sorte de dignit&#233; ou de potentiel r&#233;volutionnaire que d&#232;s lors qu'il est surnum&#233;raire, et donc hors de la sph&#232;re productive, rejoignant ainsi sa vraie nature de r&#233;volutionnaire ou de r&#233;volt&#233; (l'&#233;meutier potentiel), ou ne retrouve une existence sociale, ne sort de son isolement productif qu'en devenant &#171; presque tout le monde &#187;, classe moyenne &#171; prol&#233;taris&#233;e &#187;. Comme si, hors du programmatisme et de l'identit&#233; de classe confirm&#233;e dans le capital, c'est-&#224;-dire hors de son existence &lt;i&gt;politique&lt;/i&gt; comme classe, le prol&#233;tariat perdait toute existence sp&#233;cifique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La notion de classe moyenne comme masque du prol&#233;tariat (les classes moyennes sont des prol&#233;taires qui s'ignorent ou la notion de classe moyenne est un masque id&#233;ologique sur la r&#233;alit&#233; du prol&#233;tariat) est alors le fait d'une th&#233;orisation qui se donne les sujets dont elle a besoin pour ses propres fins. Mais ce qui est alors masqu&#233;, ce sont les probl&#232;mes r&#233;els que pose la segmentation de la classe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut toujours poser une unit&#233; a priori de la classe sur la base du fait que tous les prol&#233;taires, productifs ou non, ont &#224; subir le rapport salarial, c'est-&#224;-dire l'exploitation, mais il n'en reste pas moins que cette unit&#233; n'est en rien unifiante, qu'elle n'existe imm&#233;diatement que comme la s&#233;paration de tous les prol&#233;taires entre eux, qu'on se trouve sans cesse face aux situations particuli&#232;res de chaque segment de classe. La situation commune des exploit&#233;s n'est rien d'autre que leur s&#233;paration. La question que nous avons &#224; nous poser n'est pas celle de l'unit&#233; a priori, mais de la reconduction ou non de cette s&#233;paration, parce que c'est la question qui se pose dans les luttes lorsqu'elles tendent &#224; se g&#233;n&#233;raliser, lorsqu'elles deviennent interclassistes : c'est la tension m&#234;me &#224; l'unit&#233; qui n'est que le fait de se heurter &#224; la r&#233;alit&#233; de la s&#233;paration. La &#171; communaut&#233; de situation &#187; n'est donn&#233;e que de mani&#232;re abstraite ou g&#233;n&#233;rale dans ce qu'on est dans le capital, elle ne devient une tension r&#233;elle que dans les luttes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s lors, il ne s'agit ni de dire &#171; il n'y a de prol&#233;tariat que le prol&#233;tariat productif &#187;, ni &#171; nous sommes tous exploit&#233;s, tous prol&#233;taires &#187;, mais de rep&#233;rer comment existe cette tension &#224; l'unit&#233;, et &#224; travers quels conflits particuliers &#224; l'int&#233;rieur de la classe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La recherche d'une unit&#233; de la classe sur la base du revenu, l'assimilation du prol&#233;taire au salari&#233; fait perdre de vue la sp&#233;cificit&#233; des classes dites moyennes dans le MPC, &lt;i&gt;sp&#233;cificit&#233; qui n'existe qu'en fonction du travail productif proprement dit&lt;/i&gt;, en raison de la contradiction qu'est la baisse du taux de profit, dans ce qui pousse le capital, dans son d&#233;veloppement historique, ne laissant rien en dehors de lui, &#224; devenir soci&#233;t&#233;. Ce qui est en cause, c'est ce qui se joue dans le d&#233;veloppement de la coop&#233;ration, d'abord entre les travailleurs puis entre les diff&#233;rentes branches de la production capitaliste et la n&#233;cessit&#233; conjointe de la s&#233;paration de leurs activit&#233;s, de la division du travail, et donc du d&#233;veloppement des sph&#232;res de l'encadrement, de la circulation, etc., la segmentation &#233;tant exig&#233;e par le proc&#232;s productif aux fins de valorisation, dans le cours de son d&#233;veloppement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le capital s&#233;pare les travailleurs (par le salaire, par la perte de ma&#238;trise sur ce qui est produit et la mani&#232;re dont &#231;a l'est, etc.) &#224; mesure qu'il les rassemble en nombre dans le proc&#232;s productif et c'est de cette mani&#232;re qu'il socialise le travail ; le r&#233;sultat de cette union/division est la soci&#233;t&#233; capitaliste, en ce qu'elle est r&#233;ellement compos&#233;e, de mani&#232;re fonctionnelle, de segments de classes : les classes dites moyennes, qui apparaissent au cours de ce processus, manifestent ce en quoi le capital est soci&#233;t&#233; capitaliste, mode de production devenu soci&#233;t&#233;. Le travail capitaliste ne peut devenir force de travail collective (le salaire est individuel), communaut&#233; des travailleurs (socialisme), pas plus que les prol&#233;taires ne peuvent s'unir sur la base de ce qu'ils sont comme classe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les classes moyennes sont g&#233;n&#233;r&#233;es par le capital au fil de la croissance de sa composition organique, de sa domination r&#233;elle sur le travail, et ce faisant elles constituent la soci&#233;t&#233; qu'est r&#233;ellement le capital. (Cette soci&#233;t&#233;, qui a pour origine et finalit&#233; la valorisation, devient id&#233;ologiquement pour les classes moyennes la fin propre du capital : le capital qu'elles reproduisent existerait finalement pour les reproduire, elles.) En cela elles ne sont pas comparables aux couches moyennes des autres modes de production ou de la domination formelle, qui existent moins &lt;i&gt;pour &lt;/i&gt;que &lt;i&gt;dans &lt;/i&gt;le mode de production auquel elles appartiennent. Ce que les autres modes de productions laissaient subsister hors d'eux, tant en termes de savoir que de pratiques, de m&#233;tiers ou de modes d'&#233;change ne peut plus subsister dans la domination r&#233;elle du capital sur le travail. Toute la soci&#233;t&#233; est soci&#233;t&#233; du capital.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'existence des classes moyennes montre que le capital ne se contente pas de reproduire le prol&#233;tariat pour le rapport d'exploitation, mais qu'en subsomption r&#233;elle c'est l'ensemble de la soci&#233;t&#233; comme soci&#233;t&#233; capitaliste qui est son autopr&#233;supposition. Les classes moyennes sont porteuses d'id&#233;ologie et d&#233;tentrices d'une l&#233;gitimit&#233; politique, parce qu'elles vivent le rapport capitaliste dans le f&#233;tichisme de la distribution, o&#249; la valeur de la force de travail devient le (juste) prix du travail. La distribution des revenus devient pour elles r&#233;partition des richesses : c'est en cela &#233;galement qu'elles peuvent devenir un obstacle contre-r&#233;volutionnaire pour le prol&#233;tariat, une des limites de sa propre existence de classe, dont elles sont constitutives. Ce que rencontre alors le prol&#233;tariat dans l'interclassisme, c'est-&#224;-dire dans le rapport conflictuel aux classes moyennes, c'est une des formes id&#233;ologiques de son existence dans le capital : pour le prol&#233;tariat aussi, le salaire est le prix du travail. L'id&#233;ologie de la classe moyenne est objectivation des rapports sociaux capitalistes, elle est le capitalisme vu comme contrat social et non comme rapport social d'exploitation, et cette id&#233;ologie n'est en rien ext&#233;rieure &#224; ce qu'est le prol&#233;tariat, elle est au contraire constitutive du rapport de classes tel qu'il existe r&#233;ellement. Dans la crise actuelle du rapport salarial, c'est aussi cette id&#233;ologie qui entre en crise, et c'est un des enjeux des luttes interclassistes aujourd'hui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'il est n&#233;cessaire, dans les luttes, de critiquer les positions id&#233;ologiques des classes moyennes, cela ne saurait nous faire oublier que cette critique ne saurait se faire au nom ou en r&#233;f&#233;rence &#224; un sujet prol&#233;tarien qui ne serait pas entach&#233; d'id&#233;ologie, d'un pur sujet historique. L'interclassisme n'est pas une ligne de front, et c'est l&#224; tout le probl&#232;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais au bout du compte, le rapport salarial ne peut avoir le m&#234;me contenu pour un ouvrier et pour un professeur, parce que produire des marchandises n'est pas identique &#224; reproduire un rapport social, ou les conditions d'un rapport social (m&#234;me si produire des marchandises est aussi &#231;a). Cependant l'ouvrier et le professeur se retrouvent dans les luttes de fa&#231;on contradictoire, tant&#244;t affirmant l'unit&#233;, tant&#244;t se heurtant &#224; leur s&#233;paration. Et c'est aussi en cela que les divisions de classes sont r&#233;elles autant que mouvantes, et que l'interclassisme reproduit les divisions de classes dans la tension &#224; leur abolition. L'interclassisme est ce conflit aussi bien que cette tension, il est un moment de la r&#233;volution comme communisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question des classes moyennes n'est pas ce en quoi elles sont &#171; moyennes &#187; en termes de revenu (revenu m&#233;dian qui n'est qu'accidentel et entre surtout dans la d&#233;finition de ce qu'elles sont id&#233;ologiquement, ou pour un sociologue du travail), mais doit aussi se poser &#224; partir de ce qu'elles sont effectivement (fonctionnellement) dans le monde du capital. Mais cette approche est probl&#233;matique. Les classes moyennes, comme r&#244;le fonctionnel dans le capital, cela peut-&#234;tre effectivement aussi les salari&#233;s des centres d'appel t&#233;l&#233;phonique pay&#233;s au SMIC. Cela ne signifie pas que ces salari&#233;s ne soient pas aussi des prol&#233;taires, c'est-&#224;-dire qu'ils ne soient pas pris dans la contradiction de classes qui polarise l'ensemble de la soci&#233;t&#233;, mais cela n'implique aucune unit&#233; ou &#171; communaut&#233; de situation &#187; hors des situations de lutte. Les classes moyennes n'ont pas plus une nature contre-r&#233;volutionnaire ou r&#233;formiste que le prol&#233;tariat productif n'a de nature r&#233;volutionnaire. Mais m&#234;me si on suppose des moments de &#171; d&#233;faisance &#187; du social, cette d&#233;faisance ne peut se faire qu'&#224; partir de la situation imm&#233;diate (et contradictoire) des classes telles qu'elles sont dans le capital, de ce qu'elles sont sp&#233;cifiquement amen&#233;es &#224; d&#233;fendre et /ou attaquer, etc. Et c'est l&#224; que &#231;a se complique&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parce qu'on ne peut peut-&#234;tre pas &#233;chapper &#224; la t&#226;che d'avoir &#224; d&#233;crire ce qu'est effectivement la division en classes, telle qu'elle se manifeste &#224; chaque fois dans les luttes, c'est-&#224;-dire d'en indiquer les sp&#233;cificit&#233;s selon la sph&#232;re dans laquelle elle se situe : production, reproduction (les profs, les fonctionnaires, plus g&#233;n&#233;ralement la fonction sp&#233;cifique de l'Etat), circulation, encadrement. Aucune de ces divisions ne saurait &#234;tre indiff&#233;rente dans les luttes, mais aucune ne saurait suffire, dans le cadre d'une lutte interclassiste. Car l'on risque d'entrer dans une logique de classification sans int&#233;r&#234;t du point de vue de la communisation, si l'on perd de vue que toutes ces strates et couches sociales qui d&#233;crivent aussi les classes moyennes ne sont en rien fig&#233;es, mais sont amen&#233;es &#224; se dissoudre dans la contradiction qui est la dynamique m&#234;me du capital, parce qu'elle est contradiction entre des classes, dans laquelle une de ces classes entre constamment en contradiction avec sa propre existence de classe : le prol&#233;tariat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ceci affirm&#233;, il n'en reste pas moins que c'est seulement dans les luttes que m&#232;ne le prol&#233;tariat avec tout ce qu'il est dans et contre le capital, c'est-&#224;-dire aussi avec (et contre) les classes moyennes, que peut &#233;merger la possibilit&#233; du d&#233;passement r&#233;volutionnaire. Et que ce que ces luttes produisent, c'est aussi un brouillage momentan&#233; des s&#233;parations de classes, en attendant de produire leur abolition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Texte 2{{}}&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La classe moyenne en elle-m&#234;me{{}}&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Commentaire critique du texte : &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;Notes sur les classes moyennes et l'interclassisme&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Les citations du texte pr&#233;c&#233;dent &lt;/i&gt;(Notes sur les classes moyennes et l'interclassisme)&lt;i&gt; sont en italiques dans ces commentaires.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Poser la question des classes moyennes du point de vue de la communisation, ce ne peut &#234;tre se poser seulement la question de leur existence, de leurs origines historiques ou de savoir qui on peut y inclure ou non, &#224; la mani&#232;re de l'historien ou du sociologue&lt;/i&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le texte pose en principe de d&#233;part que l'essentiel n'est pas la question de la &#171; &lt;i&gt;constitution des classes moyennes&lt;/i&gt; &#187; (m&#234;me si l'application de ce principe n'est pas si &#233;vidente par la suite). La question premi&#232;re est, &#224; juste titre, celle de l'interclassisme &#171; &lt;i&gt;tel qu'il se produit dans les luttes&lt;/i&gt; &#187; et, dans cet interclassisme, celle de la &#171; &lt;i&gt;tension &#224; l'unit&#233;&lt;/i&gt; &#187; comme &#171; &lt;i&gt;conflits&lt;/i&gt; &#187;. En posant la question des classes moyennes dans la question de l'interclassisme et, dans ce dernier, la &#171; &lt;i&gt;tension &#224; l'unit&#233; &lt;/i&gt; &#187; comme &#171; &lt;i&gt;conflits&lt;/i&gt; &#187;, le texte ouvre une perspective fondamentale pour la compr&#233;hension des luttes interclassistes qui apparaissent comme un marqueur incontournable du morceau de pr&#233;sent dans lequel nous sommes engag&#233;s. L'interclassisme est compris dans cette analyse &#224; la fois comme limite de la lutte de classe et comme, dans les conflits, &#171; &lt;i&gt;tension &#224; l'unit&#233;&lt;/i&gt; &#187;, unit&#233; qui ne peut plus &#234;tre qu'&#171; &lt;i&gt;abolition des classes&lt;/i&gt; &#187;. Cependant, dans le texte &lt;i&gt;Notes sur les classes moyennes et l'interclassisme&lt;/i&gt;, le rejet d'une d&#233;finition des classes moyennes &#171; &lt;i&gt;en elles-m&#234;mes&lt;/i&gt; &#187; fait de cette &#171; &lt;i&gt;tension &#224; l'unit&#233;&lt;/i&gt; &#187; et de ces &#171; &lt;i&gt;conflits&lt;/i&gt; &#187; une question dont la r&#233;solution &#233;vacue le probl&#232;me pos&#233; de par l'&#233;vanescence, au moment crucial de l'interclassisme et des conflits, de l'existence de ces classes moyennes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est l&#224; qu'appara&#238;t toute la difficult&#233; dans laquelle se d&#233;bat le texte, difficult&#233; r&#233;elle : d'une part, les classes moyennes &#8211; toujours ce pluriel qui est d&#233;j&#224; un probl&#232;me &#8211; sont d'une part abord&#233;es dans leur &lt;i&gt;objectivit&#233;&lt;/i&gt; (leur constitution, leur origine, etc. m&#234;me si cela est consid&#233;r&#233; comme une question d&#233;riv&#233;e), mais, d'autre part, la question ne serait que celle de &#171; &lt;i&gt;l'interclassisme tel qu'il se produit dans les luttes&lt;/i&gt; &#187;. Donc, d'un c&#244;t&#233;, un objet dont on r&#233;cuse l'existence &#171; &lt;i&gt;en lui-m&#234;me&lt;/i&gt; &#187;, et, de l'autre, &#171; l'interclassisme &#187; qui est de fait la reconnaissance de l'existence de cet objet. La probl&#233;matique du texte consiste &#224; produire les classes moyennes comme une r&#233;sultante des luttes et, plus loin dans le texte, plus conceptuellement, de la lutte des classes entre prol&#233;tariat et capital. Tout le texte &#233;volue dans la coexistence et le chevauchement de ces deux directions. Si la premi&#232;re, celle de l'objectivit&#233;, est formellement r&#233;cus&#233;e dans le texte, il n'emp&#234;che qu'elle y est constamment pr&#233;sente par une connaissance intuitive &lt;i&gt;a-priori&lt;/i&gt; de ce que &lt;i&gt;sont&lt;/i&gt; les classes moyennes. D'entr&#233;e, l'utilisation du terme d'interclassisme, quelle que soit la fa&#231;on dont on va produire les classes moyennes, conf&#232;re &#224; ces classes moyennes une existence reconnue de fait (&#171; &lt;i&gt;nous n'avons ni &#224; d&#233;plorer, ni &#224; encourager &lt;/i&gt; &#187; dit justement le texte), ce que la suite du texte s'emploie &#224; saper. Travail de sape effectu&#233; avec raison. On semble donc &#234;tre face &#224; une aporie. L'int&#233;r&#234;t du texte est de mettre &#224; jour cette dualit&#233; de probl&#233;matique, mais elle n'est ni d&#233;pass&#233;e, ni r&#233;solue de fa&#231;on satisfaisantes pour parvenir aux analyses des luttes actuelles que ce texte permet d'ouvrir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que &lt;i&gt;pourraient&lt;/i&gt; &#234;tre les classes moyennes ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Mais alors que sont les classes moyennes ? Une fraction ais&#233;e du salariat, un certain r&#244;le dans la reproduction d'ensemble du capital (les activit&#233;s d'encadrement, par exemple), ou simplement l'ensemble des salari&#233;s touchant un revenu m&#233;dian ? A chaque fois que la question se pose dans ces termes, les classes moyennes sont dissoutes dans le prol&#233;tariat ou l'inverse, et on ne voit plus bien de quel interclassisme on pourrait parler, ou bien on dresse classes moyennes et prol&#233;taires face &#224; face, de part et d'autre d'une fronti&#232;re de classe imaginaire. &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Donc, &#224; ce point, le texte refuse toute validit&#233; &#224; une d&#233;finition &#171; objective &#187;. Le terme de &#171; classes moyennes &#187; demeure mais seulement comme rapport du prol&#233;tariat &#224; lui-m&#234;me &#8211; voir plus loin. Cependant, ce rejet cherche lui-m&#234;me une d&#233;finition qui, de fa&#231;on paradoxale, le justifierait comme rejet d'une d&#233;finition : &#171; &lt;i&gt;On ne saurait se contenter de dire que les classes moyennes ne seraient que des prol&#233;taires qui s'ignorent, sur la base du fait qu'elles sont essentiellement compos&#233;es de salari&#233;s&#8230;&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela est dit de fa&#231;on un peu contourn&#233;e (&lt;i&gt;On ne saurait se contenter de dire&lt;/i&gt;). Est-ce qu'on le dit ou non ? La formulation laisserait entendre que les classes moyennes sont des &#171; prol&#233;taires qui s'ignorent &#187; mais que ce n'est pas suffisant (&#171; &lt;i&gt;se contenter&lt;/i&gt; &#187;). Inversement, il n'est : &#171; &lt;i&gt;pas plus satisfaisant, au regard des luttes et de la r&#233;alit&#233; de l'interclassisme, de tenter de les consid&#233;rer pour ce qu'elles seraient &#171; en elles-m&#234;mes &#187;, ou seulement dans un rapport d'ext&#233;riorit&#233; au prol&#233;tariat, comme si l'un et l'autre &#233;taient des entit&#233;s s&#233;par&#233;es, et non des &#233;l&#233;ments de la m&#234;me totalit&#233;.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Donc, pas suffisant, mais en partie vrai de dire &#171; &lt;i&gt;des prol&#233;taires qui s'ignorent&lt;/i&gt; &#187;, et, pas satisfaisant, mais aussi, semble-t-il, en partie vrai de les consid&#233;rer &#171; &lt;i&gt;en elles-m&#234;mes &lt;/i&gt; &#187;. Nous sommes toujours dans l'ambig&#252;it&#233; constitutive du texte qui refl&#232;te la difficult&#233; de la question. Il ne faudrait pas consid&#233;rer les classes moyennes dans un rapport d'ext&#233;riorit&#233; au prol&#233;tariat parce qu'il ne s'agit pas &#171; &lt;i&gt;d'entit&#233;s s&#233;par&#233;es&lt;/i&gt; &#187;, car &#171; &lt;i&gt;&#233;l&#233;ments de la m&#234;me totalit&#233;&lt;/i&gt; &#187;. L&#224;, la question semble r&#233;solue. Mais de quelle &#171; totalit&#233; s'agit-il ? De quelle &#171; &lt;i&gt;totalit&#233; &lt;/i&gt; &#187; identique sont-ils l'un et les autres des &#233;l&#233;ments ? Du salariat ? On en revient alors &#224; la question de d&#233;part (&#171; &lt;i&gt;des prol&#233;taires qui s'ignorent&lt;/i&gt; &#187;). Du mode de production capitaliste ? Mais alors tout le monde en fait partie. Une force de travail globale, le &#171; travailleur collectif &#187; ? Mais alors le mot ne fait que masquer la question.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le c&#339;ur du texte se trouve au paragraphe suivant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Dire que les luttes actuelles sont interclassistes, ce n'est pas seulement observer que les classes moyennes s'y trouvent m&#234;l&#233;es aux prol&#233;taires, c'est-&#224;-dire objectivement aux plus pauvres (tout le monde descend dans la rue en temps de crise majeure), mais dire et faire appara&#238;tre que la contradiction entre capital et prol&#233;tariat est non seulement la dynamique qui produit toutes les classes du mode de production capitaliste, c'est-&#224;-dire qui produit le capital comme soci&#233;t&#233; capitaliste, mais &#233;galement celle qui conduit &#224; leur dissolution. Consid&#233;rer les classes moyennes &#171; en elles-m&#234;mes &#187; n'a alors aucun sens. Les classes moyennes n'existent qu'en ce qu'elles sont constitutives de ce qu'est le prol&#233;tariat dans sa contradiction au capital. Il ne sert &#224; rien de vouloir les d&#233;crire autrement que comme un moment des luttes, comme un moment de la lutte de classe du prol&#233;tariat, comme un moment de la contradiction en proc&#232;s. &lt;/i&gt; &#187; Paragraphe tr&#232;s complexe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On part de la constatation que, dans les &#171; &lt;i&gt;luttes actuelles&lt;/i&gt; &#187;, il y a &#171; &lt;i&gt;interclassisme &lt;/i&gt; &#187; (donc au moins deux classes) : les classes moyennes sont m&#234;l&#233;es aux prol&#233;taires. Ici, les prol&#233;taires sont &#171; &lt;i&gt;les plus pauvres&lt;/i&gt; &#187;. Donc deux classes, mais ce &#171; &lt;i&gt;les plus pauvres&lt;/i&gt; &#187; introduit une simple gradation quantitative de revenus (sans avoir explicit&#233; et l&#233;gitim&#233; cette gradation). Par l&#224;, &lt;i&gt;l'interclassisme&lt;/i&gt; est d&#233;j&#224; plus qu'att&#233;nu&#233; ; nous nous retrouvons avec &#171; &lt;i&gt;la m&#234;me totalit&#233;&lt;/i&gt; &#187; du paragraphe pr&#233;c&#233;dent, m&#234;me totalit&#233; qui semble &#234;tre la classe des prol&#233;taires. Mais alors nous voil&#224; revenus aux &#171; &lt;i&gt;prol&#233;taires qui s'ignorent&lt;/i&gt; &#187;. L'interclassisme n'est plus ici qu'une apparence qui ne demande qu'&#224; &#234;tre dissoute et &#233;vacu&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Tout le monde descend dans la rue&lt;/i&gt; &#187;. Oui, mais c'est justement l&#224; le probl&#232;me. Est-ce que tout le monde y descend avec les m&#234;mes raisons, les m&#234;mes objectifs ? C'est parce qu'&#233;videmment ce n'est pas le cas qu'il y a probl&#232;me. La question dans sa crudit&#233; empirique, historique, para&#238;t comme &#233;vacu&#233;e. Cette &#233;vacuation est justifi&#233;e th&#233;oriquement par deux arguments : la contradiction entre prol&#233;tariat et capital produit toutes les classes du mode de production capitaliste ; cette contradiction conduit &#224; leur dissolution. D'o&#249; la conclusion sous la forme d'un CQFD : &#171; &lt;i&gt;consid&#233;rer les classes moyennes 'en elles-m&#234;mes' n'a alors aucun sens&lt;/i&gt; &#187; (on aura compris que c'est cette formule plus que la fa&#231;on d'y parvenir qui constitue l'essentiel de ces commentaires critiques). On peut reprendre la d&#233;marche productive des classes moyennes expos&#233;e par le texte &#8211; en la d&#233;terminant plus fermement &#8211; et aboutir &#224; une &#171; &lt;i&gt;d&#233;finition pour elles-m&#234;mes&lt;/i&gt; &#187;. Quand je dis &#171; en elles-m&#234;mes &#187;, on aura compris que si aucune classe n'existe telle qu'en elle-m&#234;me en dehors de son rapport aux autres classes, cela ne signifie pas pour autant que ce rapport ne d&#233;finit pas pour chacune des caract&#233;ristiques propres, rep&#233;rables et d&#233;finissables dans la reproduction d'ensemble comme ses caract&#233;ristiques &#171; en elle-m&#234;me &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me en admettant tel quel le raisonnement du texte et sa conclusion, on peut toujours formuler la question : &#171; Existe-t-il cependant quelque chose que j'appelle classes moyennes, m&#234;me si je ne les consid&#232;re pas '&lt;i&gt;en elles-m&#234;mes&lt;/i&gt;' &#187; ? Si l'on r&#233;pond qu'il ne reste rien, on demeure avec des manifestations empiriques, historiques, des diff&#233;rences dans les luttes, dont je ne sais alors que faire et que j'&#233;vacue comme &lt;i&gt;insignifiantes&lt;/i&gt;. Si l'on r&#233;pond qu'il y a tout de m&#234;me quelque chose, force est de constater que je ne sais toujours rien de ce quelque chose.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien s&#251;r les derni&#232;res phrases de ce paragraphe semblent d&#233;passer cette impasse : &#171; &lt;i&gt;Les classes moyennes n'existent qu'en ce qu'elles sont constitutives de ce qu'est le prol&#233;tariat dans sa contradiction au capital. Il ne sert &#224; rien de vouloir les d&#233;crire autrement que comme un moment des luttes, comme un moment de la lutte de classe du prol&#233;tariat, comme un moment de la contradiction en proc&#232;s&lt;/i&gt;. &#187; Admettons cette r&#233;ponse. Le probl&#232;me est qu'elle ne nous dit rien en dehors d'une formule th&#233;orique pertinente mais qui ne fait qu'indiquer une voie de recherche, elle ne comporte aucun contenu de ce &#171; &lt;i&gt;moment&lt;/i&gt; &#187;, du pourquoi et du comment il est produit, de la nature de son contenu. M&#234;me si cela arrive un peu &#224; la fin du texte sous la forme des classes moyennes comme limite, elles n'en demeurent pas moins qu'une ext&#233;riorisation du prol&#233;tariat et donc toujours rien &#171; en elles-m&#234;mes &#187; et finalement encore une fois &#171; des prol&#233;taires qui s'ignorent &#187;. Nous n'avons que la formule (une forme) th&#233;orique &#171; &lt;i&gt;Les classes moyennes n'existent qu'en ce qu'elles sont constitutives de ce qu'est le prol&#233;tariat dans sa contradiction au capital&lt;/i&gt; &#187;. En quoi elles (les classes moyennes) en sont constitutives n'est pas produit et nous ne savons rien sur la nature de ce &#171; moment &#187;. Et finalement, les classes moyennes ne sont plus qu'un rapport du prol&#233;tariat lui-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a cependant l'argument de la &#171; &lt;i&gt;dissolution&lt;/i&gt; &#187;. Les classes moyennes existeraient comme moment de la contradiction entre le prol&#233;tariat et le capital en ce que cette contradiction conduit &#224; la dissolution des classes. Cette id&#233;e de la &#171; dissolution &#187; se trouve reprise en fin de paragraphe sous la forme de la &#171; &lt;i&gt;contradiction en proc&#232;s&lt;/i&gt; &#187;. Mais, en quoi &lt;i&gt;sp&#233;cifiquement&lt;/i&gt; les classes moyennes sont-elles un moment de la contradiction entre le prol&#233;tariat et le capital en ce que celle-ci est le capital comme contradiction en proc&#232;s et le mouvement de la dissolution des classes ? Paradoxalement, il semble qu'&#224; cette &#233;tape du texte ce que l'on sait intuitivement des classes moyennes, pr&#233;cis&#233;ment en tant que couches et strates sociologiques, servent &#224; d&#233;signer ce dont ne peut pas parler en ces termes. En effet, les classes moyennes sont, pour cette connaissance intuitive, le lieu o&#249; les d&#233;limitations claires se brouillent. Mais il n'est peut-&#234;tre pas l&#233;gitime de passer de ce brouillage intuitif des d&#233;terminations &#224; la &#171; dissolution des classes &#187; et au capital comme contradiction en proc&#232;s. Ce serait faire d'une difficult&#233; dans laquelle nous nous trouvons &#8230; une &#171; bonne fortune &#187;. Ou alors, on se retrouve dans la classique formule de la &#171; prol&#233;tarisation des classes moyennes &#187; qui n'a pas vraiment r&#233;v&#233;l&#233; sa pertinence au cours de l'histoire (ne pas confondre attaque et prol&#233;tarisation).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le paragraphe suivant para&#238;t conclure : &#171; &lt;i&gt;Se demander ce qu'elles sont en dehors de ce rapport au prol&#233;tariat ne serait qu'un exercice de sociologie, o&#249; l'on fige les classes dans des couches et des strates dans lesquelles il serait possible d'aller effectuer des pr&#233;l&#232;vements afin d'en conna&#238;tre la composition, pour ensuite les d&#233;crire dans leur infinie complexit&#233;&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le probl&#232;me c'est que nous ne savons pas quel est ce &#171; rapport au prol&#233;tariat &#187;. Il faudrait que ce &#171; rapport au prol&#233;tariat &#187; ou ce &#171; moment de la contradiction entre le prol&#233;tariat et le capital &#187; nous am&#232;nent &#224; une compr&#233;hension des classes moyennes &#171; en elles-m&#234;mes &#187;. On a dans ce texte un probl&#232;me semblable &#224; celui que l'on peut avoir avec l'infini h&#233;g&#233;lien, c'est-&#224;-dire le mouvement du passage de chaque chose dans son autre o&#249; chaque chose n'existe, n'a sa raison d'&#234;tre, que &lt;i&gt;pour devoir &#234;tre dissoute&lt;/i&gt; dans l'autre. Le &#171; fini &#187;, l'&#234;tre n'est rien, &lt;i&gt;juste l&#224; pour &#234;tre un support du mouvement&lt;/i&gt; (&#234;tre, essence, concept ; avec le concept comme origine et fin - raison d'&#234;tre, fondement).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fait, toute la difficult&#233; th&#233;orique r&#233;side dans le fait que l'on ne peut partir des classes comme d'entit&#233;s constitu&#233;es pr&#233;alables &#224; leur rencontre, mais qu'il faut, comme le texte le d&#233;fend, les consid&#233;rer comme des moments du mode de production capitaliste. Mais les consid&#233;rer ainsi ne supprime pas leur existence &#171; en elles-m&#234;mes &#187; (le fini ne s'&#233;vanouit pas comme inconsistant dans la totalit&#233;). Nous sommes d'accord que cette consid&#233;ration des classes &#171; en elles-m&#234;mes &#187; ne doit pas verser dans l'historicisme ou la sociologie. Historiquement, le capitalisme est bien la fameuse &lt;i&gt;rencontre &lt;/i&gt;de &#171; l'homme aux &#233;cus &#187; et du &#171; travailleur libre &#187; (&lt;i&gt;Le Capital&lt;/i&gt;, Ed. Sociales t. 1, pp. 170-179 ; le chapitre intitul&#233; &lt;i&gt;L'achat et la vente de la force de travail&lt;/i&gt;), mais ce n'est pas comme cela que nous avons &#224; le construire conceptuellement. La compr&#233;hension conceptuelle part de la totalit&#233; constitu&#233;e. C'est &#224; partir de la totalit&#233; constitu&#233;e du mode de production capitaliste que l'on produit les classes. Mais on les produit, elles existent, ce sont des objets socialement d&#233;finissables qui poss&#232;dent des d&#233;terminations en tant qu'elles sont des &lt;i&gt;particularisations n&#233;cessaires de la totalit&#233;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce sont ces d&#233;finitions et d&#233;terminations que le texte para&#238;t ne pas produire, tout en fonctionnant de fa&#231;on implicite sur un savoir intuitif de ce que sont les classes moyennes &#171; en elles-m&#234;mes &#187;. Ce &#171; savoir &#187; est &#224; la fois rejet&#233; et utilis&#233; dans des formules comme &#171; les classes moyennes sont &#233;galement souvent d&#233;finies comme&#8230; &#187;. Tout ce qui est dit ensuite sur la &#171; &lt;i&gt;tension &#224; l'unit&#233;&lt;/i&gt; &#187;, la segmentation, fournit toutes sortes d'outils pour la compr&#233;hension et l'exposition th&#233;oriques des luttes particuli&#232;res, &#224; condition d'avoir r&#233;ussi, &#224; partir de la contradiction entre le prol&#233;tariat et le capital, comme le propose le texte, &#224; produire les classes, cat&#233;gories sociales ou segments dont on parle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le capital c'est A-A', d'o&#249; c'est la valeur en proc&#232;s, d'o&#249; c'est la valorisation, d'o&#249; c'est l'exploitation de la force de travail port&#233;e par le travailleur libre, d'o&#249; c'est la contradiction entre le prol&#233;tariat et le capital. Tout va se d&#233;terminer &#224; l'int&#233;rieur du mouvement de cette totalit&#233;. C'est le point de d&#233;part du texte, mais c'est aussi, me semble-t-il, l&#224; o&#249; il s'arr&#234;te disant qu'il serait &#171; insatisfaisant &#187;, inutile, &#224; la limite faux, d'aller plus loin. Ce qui fait qu'ensuite le texte apporte des d&#233;veloppements pertinents, mais seulement fond&#233;s intuitivement parce que ce qui est su intuitivement (&#171; l'existence en elles-m&#234;mes &#187;) a &#233;t&#233; r&#233;cus&#233; comme pouvant et devant &#234;tre produit th&#233;oriquement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si nous avons la contradiction entre le prol&#233;tariat et le capital, l'exploitation, nous devons consid&#233;rer toute l'extension et le d&#233;veloppement du concept : le salariat comme rapport de production &lt;i&gt;et&lt;/i&gt; rapport de distribution ; la distinction entre travail simple et travail complexe (constitutif de la valeur, temps de travail social moyen) &#8211; ces deux premiers points permettent d'introduire structurellement l'importance et la pertinence de la hi&#233;rarchie des revenu ; la dualit&#233; de la coop&#233;ration (le travail salari&#233; implique la concentration des moyens de production face &#224; lui dans la production &#224; grande &#233;chelle) ; le travailleur collectif ; la circulation de la valeur (A-A') ; la distinction entre travail productif et improductif (qui ne doit pas &#234;tre substantialis&#233;e sous la figure de personnes) ; la n&#233;cessaire reproduction du rapport avec toutes les instances et activit&#233;s qui lui sont li&#233;es &#8230; (j'oublie certainement des d&#233;terminations du concept &#8211; attention les d&#233;terminations du concept ce sont ses conditions effectives d'existence et non des &#171; ph&#233;nom&#232;nes &#187;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce sont toutes ces d&#233;terminations intrins&#232;ques au rapport d'exploitation qui non seulement segmentent le prol&#233;tariat mais encore se cristallisent pour nous donner les classes moyennes : ambivalence du salaire, coop&#233;ration, reproduction, travail complexe (aux quelles on peut ajouter les in&#233;gaux niveaux de d&#233;veloppement de l'accumulation capitaliste qui viennent surd&#233;terminer tout cela). C'est un mode de cristallisation particulier agissant sur ces d&#233;terminations, les ordonnant de fa&#231;on particuli&#232;re qui, &#224; partir d'elles, donnent les classes moyennes. En elles m&#234;mes ces d&#233;terminations ne sont qu'une sorte de mati&#232;re premi&#232;re devant subir une transformation pour construire les classes moyennes. La question est alors : quel est la nature de ce mode particulier de cristallisation ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est l&#224; que le texte indique des pistes :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &#8230; &lt;i&gt;les classes dites moyennes, qui apparaissent au cours de ce processus, manifestent ce en quoi le capital est soci&#233;t&#233; capitaliste, mode de production devenu soci&#233;t&#233;. &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Les classes moyennes sont g&#233;n&#233;r&#233;es par le capital au fil de la croissance de sa composition organique, de sa domination r&#233;elle sur le travail, et ce faisant elles constituent la soci&#233;t&#233; qu'est r&#233;ellement le capital&lt;/i&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;L'existence des classes moyennes montre que le capital ne se contente pas de reproduire le prol&#233;tariat pour le rapport d'exploitation, &lt;/i&gt;&lt;i&gt;mais qu'en subsomption r&#233;elle c'est l'ensemble de la soci&#233;t&#233; comme soci&#233;t&#233; capitaliste qui est son autopr&#233;supposition. Les classes moyennes sont porteuses d'id&#233;ologie et d&#233;tentrices d'une l&#233;gitimit&#233; politique, parce qu'elles vivent le rapport capitaliste dans le f&#233;tichisme de la distribution, o&#249; la valeur de la force de travail devient le (juste) prix du travail. La distribution des revenus devient pour elles r&#233;partition des richesses : c'est en cela &#233;galement qu'elles peuvent devenir un obstacle contre-r&#233;volutionnaire pour le prol&#233;tariat, une des limites de sa propre existence de classe, dont elles sont constitutives. &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est remarquable qu'en indiquant ces pistes, le texte en reviennent &#224; essayer de dire ce que sont les classes moyennes &#171; en elles-m&#234;mes &#187;. Mais l&#224; o&#249; on retrouve l'ind&#233;cision de la d&#233;marche g&#233;n&#233;rale du texte, c'est quand, &#224; la suite, il est affirm&#233; l'existence d'un &#171; &lt;i&gt;rapport conflictuel aux classes moyennes &lt;/i&gt; &#187;. Donc elles sont bien quelque chose face au prol&#233;tariat que l'on ne peut r&#233;duire &#224; un rapport du prol&#233;tariat &#224; lui-m&#234;me ext&#233;rioris&#233; dans le mouvement de sa contradiction avec le capital. Ce qui est tr&#232;s int&#233;ressant dans cette formule c'est qu'elle souligne que c'est &#224; partir de ce qu'il est dans son rapport au capital que le prol&#233;tariat se trouve engag&#233; dans l'interclassisme, il ne s'agit pas d'un d&#233;tournement, d'une &#171; erreur &#187;, on retrouve l&#224; des concepts comme celui d'implication r&#233;ciproque, l'absence de nature r&#233;volutionnaire, l'action en tant que classe comme limite. Mais les classes moyennes ne sont pas pour autant une simple dimension du prol&#233;tariat ext&#233;rioris&#233;e comme moment de sa propre existence, un miroir qu'il se tend &#224; lui-m&#234;me. S'il y a &#171; &lt;i&gt;rapport conflictuel aux classes moyennes&lt;/i&gt; &#187; c'est que les classes moyennes sont bien &lt;i&gt;quelque chose&lt;/i&gt; existant face au prol&#233;tariat et non un &lt;i&gt;moment&lt;/i&gt; de sa contradiction &lt;i&gt;n'&#233;tant l&#224;&lt;/i&gt; &lt;i&gt;que pour &#234;tre&lt;/i&gt; &lt;i&gt;r&#233;sorb&#233;&lt;/i&gt; (toujours la question de l'infini et du fini). Ce quelque chose ne peut &#234;tre imm&#233;diatement r&#233;sorb&#233; dans le fait qu'il (le quelque chose) ne serait finalement que &#171; &lt;i&gt;une limite de sa propre existence&lt;/i&gt; &lt;i&gt;dont elles sont constitutives&lt;/i&gt; &#187;. Outre les biais th&#233;oriques qui sont ici introduits, au regard de l'histoire et des luttes actuelles c'est donner de rudes camouflets &#224; la r&#233;alit&#233; dure et consistante de ces conflits et se r&#233;server au minimum (et au mieux) bien des d&#233;convenues. Nous ne sommes toujours pas sortis des prol&#233;taires qui s'ignorent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que le prol&#233;tariat rencontre, dans son conflit avec les classes moyennes, des formes id&#233;ologiques et &#233;conomiques de sa propre existence dans le mode de production capitaliste (comme il est dit, avec raison, dans le texte), que l'interclassisme soit une limite de sa propre lutte en tant que classe, ne signifient pas pour autant que les classes moyennes sont &#171; &lt;i&gt;constitutives de sa propre existence&lt;/i&gt; &#187;. Cela signifie qu'ils appartiennent au m&#234;me monde et qu'en tant que classes ils sont, &lt;i&gt;du c&#244;t&#233; du travail&lt;/i&gt;, constitu&#233;s des m&#234;mes d&#233;terminations du d&#233;veloppement du concept d'exploitation mis en &#339;uvre par le capital dans son proc&#232;s global de reproduction (ils ne sont ni les unes, ni les autres capitalistes). Cette unit&#233; structurelle est la base de la possible absorption des classes moyennes dans le prol&#233;tariat s'abolissant, mais &lt;i&gt;elle n'est que cela&lt;/i&gt; et ce ne sera pas un d&#238;ner de gala.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est largement insuffisant de dire : &#171; &lt;i&gt;Mais au bout du compte, le rapport salarial ne peut avoir le m&#234;me contenu pour un ouvrier et pour un professeur, parce que produire des marchandises n'est pas identique &#224; reproduire un rapport social, ou les conditions d'un rapport social (m&#234;me si produire des marchandises est aussi &#231;a). Cependant l'ouvrier et le professeur se retrouvent dans les luttes de fa&#231;on contradictoire, tant&#244;t affirmant l'unit&#233;, tant&#244;t se heurtant &#224; leur s&#233;paration. Et c'est aussi en cela que les divisions de classes sont r&#233;elles autant que mouvantes, et que l'interclassisme reproduit les divisions de classes dans la tension &#224; leur abolition.&lt;/i&gt; &#187; On en reste &#224; une unit&#233; fondamentale du salariat momentan&#233;ment contrari&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quel est donc ce mode de cristallisation constitutif des classes moyennes qui nous permettrait de retrouver les d&#233;terminations &#171; b&#234;tement sociologiques &#187; dont de toute fa&#231;on nous nous servons un peu intuitivement, un peu honteusement, un peu hypocritement ? Autour de quoi, par quelle m&#233;canique, par quelle &#233;nergie, ces d&#233;terminations vont-elles se cristalliser en classes moyennes ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le point de d&#233;part c'est la subsomption r&#233;elle du travail sous le capital. Ne serait-ce que comme simple constatation historique, les &#171; nouvelles classes moyennes &#187; sont li&#233;es &#224; la subsomption r&#233;elle du travail sous le capital. Donc, on peut avancer un premier point : le mode particulier de polarisation des d&#233;terminations de l'exploitation comme classes moyennes est d&#233;pendant de la subsomption r&#233;elle. L&#224;, on va avancer quelques caract&#233;ristiques de la subsomption r&#233;elle. La principale &#224; laquelle on va s'attacher peut se formuler de deux fa&#231;ons : son caract&#232;re toujours inachev&#233;, la constitution du capital en soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne peut se contenter de d&#233;finir la subsomption r&#233;elle au seul niveau des transformations du proc&#232;s de travail. L'extraction de plus-value relative affecte toutes les combinaisons sociales, du proc&#232;s de travail aux formes politiques de la repr&#233;sentation ouvri&#232;re, en passant par l'int&#233;gration de sa reproduction dans le cycle propre du capital. La subsomption r&#233;elle est une transformation de la soci&#233;t&#233; et pas seulement du proc&#232;s de travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne peut donc parler de subsomption r&#233;elle, en accord avec le concept m&#234;me de plus-value relative, qu'au moment o&#249; toutes les combinaisons sociales sont affect&#233;es. L'affectation de la totalit&#233; poss&#232;de son crit&#232;re. La subsomption r&#233;elle devient un syst&#232;me organique, c'est-&#224;-dire qu'elle part de ses &lt;i&gt;pr&#233;suppositions propres&lt;/i&gt; pour cr&#233;er &#224; partir d'elle les organes qui lui font d&#233;faut, c'est ainsi qu'elle devient une totalit&#233;. La subsomption r&#233;elle se conditionne elle-m&#234;me, alors que la subsomption formelle transforme et mod&#232;le, selon les int&#233;r&#234;ts et les n&#233;cessit&#233;s du capital, un mat&#233;riau social et &#233;conomique &lt;i&gt;existant&lt;/i&gt; (en cela on a la base de la diff&#233;rence substantielle entre anciennes et nouvelles classes moyennes)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La subsomption r&#233;elle du travail (donc de la soci&#233;t&#233;) sous le capital est par nature &lt;i&gt;toujours inachev&#233;e&lt;/i&gt;. Il est dans la nature de la subsomption r&#233;elle d'atteindre des points de rupture car la subsomption r&#233;elle surd&#233;termine les crises du capital comme &lt;i&gt;inach&#232;vement de la soci&#233;t&#233; capitaliste&lt;/i&gt;. C'est le cas lorsque le capital cr&#233;e &#224; partir de lui les organes sp&#233;cifiques et les modalit&#233;s d'absorption de la force de travail sociale. La subsomption r&#233;elle inclut dans sa nature d'&#234;tre une perp&#233;tuelle auto-construction scand&#233;e par des crises, la dynamique de cette auto-construction r&#233;side dans le principe de base de la subsomption r&#233;elle, l'extraction de plus-value sous son mode relatif. Cette auto-construction permanente de la subsomption r&#233;elle est incluse dans l'extraction de plus-value sous son mode relatif, c'est cette auto-construction qui se bloque et se red&#233;finit dans les crises de la subsomption r&#233;elle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne peut pas, me semble-t-il, comprendre la subsomption r&#233;elle du travail sous le capital sans consid&#233;rer que ce qui se passe dans le proc&#232;s de travail ne s'ach&#232;ve qu'en dehors de lui. Le capital, en tant que soci&#233;t&#233; (dans le sens que cherchent &#224; d&#233;finir les trois citations suivantes), est un perp&#233;tuel travail social de mise en forme de ses contradictions inh&#233;rentes, au niveau de sa reproduction qui conna&#238;t des phases de mutations profondes. On peut dire que la subsomption r&#233;elle du travail sous le capital se d&#233;finit comme le capital devenant &lt;i&gt;soci&#233;t&#233; capitaliste&lt;/i&gt;, c'est-&#224;-dire se pr&#233;supposant elle-m&#234;me dans son &#233;volution et la cr&#233;ation de ses organes (entre parenth&#232;ses : c'est pour cela que la subsomption r&#233;elle est une p&#233;riode historique dont on peut fixer des limites historiques indicatives).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour qu'il y ait subsomption r&#233;elle, il faut que les transformations acquises dans le proc&#232;s de travail aient cr&#233;&#233;s les modalit&#233;s de la reproduction de la force de travail qui lui sont ad&#233;quates. C'est-&#224;-dire celles qui font en sorte (et qui ent&#233;rinent) que la force de travail n'a plus de &#171; sorties &#187; possibles de son &#233;change avec le capital dans le cadre de ce proc&#232;s de travail sp&#233;cifiquement capitaliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Quelques citations&lt;/i&gt; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Les pr&#233;misses de la formation du rapport capitaliste en g&#233;n&#233;ral surgissent &#224; un niveau historique d&#233;termin&#233; de la production sociale. Il faut qu'au sein du mode de production ant&#233;rieur, les moyens de production et de circulation, voire les besoins, soient d&#233;velopp&#233;s au point qu'ils tendent &#224; d&#233;passer les antiques rapports de production et &#224; les transformer en rapports capitalistes. Au demeurant, il suffit qu'ils permettent une soumission formelle du travail au capital. Sur la base de ce nouveau rapport, il se d&#233;veloppe un mode de production sp&#233;cifiquement diff&#233;rent qui, d'une part, cr&#233;e de nouvelles forces productives mat&#233;rielles et, d'autre part, se d&#233;veloppe sur ce fondement pour cr&#233;er de nouvelles conditions r&#233;elles. Il s'agit d'une r&#233;volution &#233;conomique compl&#232;te : &lt;i&gt;d'une part, le capital commence par produire les conditions r&#233;elles de la domination du capital sur le travail, puis elle les parfait et leur donne une forme ad&#233;quate&lt;/i&gt; (c'est moi qui souligne)&lt;i&gt; &lt;/i&gt; ; d'autre part, pour ce qui est des forces productives du travail, des conditions de production et des rapports de circulation d&#233;velopp&#233;s par lui en opposition aux ouvriers, il cr&#233;e les conditions r&#233;elles d'un mode de production nouveau qui, en abolissant la forme antagonique du capitalisme, jette les bases mat&#233;rielles d'une nouvelle vie sociale, d'une forme nouvelle de soci&#233;t&#233;. &#187; (Marx, &lt;i&gt;Chapitre in&#233;dit&lt;/i&gt;, Ed. 10 / 18, p. 263-264).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Dans la soci&#233;t&#233; bourgeoise achev&#233;e, chaque rapport &#233;conomique en suppose un autre sous sa forme bourgeoise et &#233;conomique, l'un conditionnant l'autre, comme c'est le cas de tout syst&#232;me organique. Ce syst&#232;me organique lui-m&#234;me, dans son ensemble a ses pr&#233;suppositions propres, et son d&#233;veloppement total implique qu'il se subordonne tous les &#233;l&#233;ments constitutifs de la soci&#233;t&#233; &lt;i&gt;ou qu'il cr&#233;e &#224; partir de lui-m&#234;me les organes qui lui font encore d&#233;faut&lt;/i&gt; (c'est moi qui souligne). C'est ainsi qu'il devient historiquement une totalit&#233;. &#187; (Marx, &lt;i&gt;Fondements de la critique de l'&#233;conomie politique&lt;/i&gt;, Ed Anthropos, t. 1, p. 226).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Si nous consid&#233;rons la soci&#233;t&#233; bourgeoise dans son ensemble, c'est toujours comme r&#233;sultat dernier du proc&#232;s qu'appara&#238;t la soci&#233;t&#233;, c'est-&#224;-dire l'homme dans ses rapports sociaux. &#187; (&lt;i&gt;ibid&lt;/i&gt;, t. 2 p. 230).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour en revenir aux classes moyennes : ce &#171; devenir en soci&#233;t&#233; constamment inachev&#233; &#187; ce sont des instances et des activit&#233;s tant au niveau des &#171; superstructures &#187; que du &#171; fondement &#233;conomique &#187; (on ne trouve pas le terme d'&#171; infrastructure &#187; chez Marx). Ces instances et activit&#233;s sont la chair des classes moyennes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La chose essentielle est que l'on va pouvoir dire de quel mat&#233;riau est b&#226;tie cette classe, c'est l&#224; que nous sortons du d&#233;coupage sociologique qui au mieux va constater et &#233;noncer des diff&#233;rences mais ne les ram&#232;ne pas &#224; l'unit&#233; de la chose, c'est-&#224;-dire se contente du proc&#233;d&#233; d'investigation comme mode d'exposition. Ce mat&#233;riau, ce sont toutes les d&#233;terminations de l'exploitation &#233;nonc&#233;es plus haut dans leur ambivalence. La subsomption r&#233;elle en cr&#233;ant ces instances et ces activit&#233;s dont elle produit elle-m&#234;me sans cesse le manque agit comme cette &#233;nergie qui va polariser l'ambivalence de toutes ces d&#233;terminations en les cristallisant comme aspects autonomes. La subsomption r&#233;elle scinde et polarise en fonctions particuli&#232;res les aspects de ces d&#233;terminations, elle pousse &#224; l'existence autonome les &#233;l&#233;ments de la dualit&#233; de chacune de ces d&#233;terminations et ce jusqu'&#224; l'antagonisme et la personnification respective. Cependant, les classes moyennes ne sont pas, &#171; en elles-m&#234;mes &#187;, la &lt;i&gt;somme&lt;/i&gt; de ces d&#233;terminations (la coop&#233;ration comme direction du proc&#232;s de travail ; le salaire comme rapport de distribution ; le travail complexe, etc.), c'est une refonte de ces &#233;l&#233;ments en une nouvelle totalit&#233; qui est produite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut encore que ces &#233;l&#233;ments divers soient recompos&#233;s, qu'ils acqui&#232;rent entre eux un caract&#232;re commun, qu'ils soient unifi&#233;s pour d&#233;finir une classe. Il faut qu'il y ait un &lt;i&gt;principe de recomposition&lt;/i&gt; de ces &#233;l&#233;ments qui leur conf&#232;re une caract&#233;ristique commune et les unifie. Ce principe c'est la caract&#233;ristique de la subsomption r&#233;elle d'&#234;tre &lt;i&gt;la constitution du capital en soci&#233;t&#233;&lt;/i&gt;. Mais pour les classes moyennes cette constitution en soci&#233;t&#233; n'est pas la soci&#233;t&#233; &lt;i&gt;capitaliste&lt;/i&gt;, le mode de production capitaliste, c'est la &lt;i&gt;soci&#233;t&#233; salariale&lt;/i&gt; (je reprends ici l'expression de Castells et d'Aglietta). En effet, &lt;i&gt;le principe d'unification n'est pas indiff&#233;rent aux &#233;l&#233;ments qu'il unifie&lt;/i&gt; (rapport de distribution, travail complexe, coop&#233;ration, instances de reproduction, etc.). La soci&#233;t&#233; salariale c'est un continuum de positions et de comp&#233;tences, c'est le rapport salarial tel qu'il n'y a pour la force de travail aucune &#171; sortie &#187; possible de son &#233;change avec le capital car cet &#233;change n'est plus contradiction pour lui-m&#234;me (rapport entre surtravail et travail n&#233;cessaire). L&#224;, on retrouve certains points d&#233;velopp&#233;s dans le texte : &#171; &lt;i&gt;Cette soci&#233;t&#233;, qui a pour origine et finalit&#233; la valorisation, devient id&#233;ologiquement pour les classes moyennes la fin propre du capital : le capital qu'elles reproduisent existerait finalement pour les reproduire, elles.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ma tentative de d&#233;finition &#171; en elles-m&#234;mes &#187; des classes moyennes renvoie finalement &#224; &lt;i&gt;l'autopr&#233;supposition du capital&lt;/i&gt; en tant que soci&#233;t&#233; salariale. Ce &#171; en tant que &#187; est le travail &lt;i&gt;id&#233;ologique&lt;/i&gt; sp&#233;cifique achevant la constitution de cette classe &#8211; &lt;i&gt;au singulier&lt;/i&gt; &#8211; en ce que cette id&#233;ologie et les conditions de sa reproduction et de sa l&#233;gitimit&#233; deviennent l'activit&#233; propre de cette classe dans la soci&#233;t&#233;. Peu importe alors que la soci&#233;t&#233; salariale soit dans chaque aire r&#233;gionale d&#233;j&#224; acquise ou en constitution plus ou moins r&#233;alisable, les classes moyennes des pays &#233;mergents n'en sont alors que plus entreprenantes. Ce &#171; en tant que &#187; se trouve l&#233;gitim&#233; dans une caract&#233;ristique empirique (sociologique : mais une sociologie que nous n'avons pas prise intuitivement comme base de d&#233;part mais produit dans l'exposition et non dans l'investigation) de la classe moyenne : &#234;tre un carrefour de la soci&#233;t&#233; salariale avec ses ascensions et ses d&#233;gradations et le constant et rude travail de positionnement et de hi&#233;rarchie qui est le sien. La classe moyenne milite pour la reproduction de la soci&#233;t&#233; salariale, ent&#233;rinant l'autopr&#233;supposition du capital.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En laissant de c&#244;t&#233; la n&#233;cessaire production de la classe moyenne &#171; en elle-m&#234;me &#187;, il me semble que la position d&#233;fendue dans ce texte a tendance &#224; gommer les &lt;i&gt;conflits&lt;/i&gt; dans la &#171; &lt;i&gt;tension &#224; l'unit&#233;&lt;/i&gt; &#187; qui serait le processus g&#233;n&#233;ral, les conflits n'&#233;tant que des moments de ce processus, n&#233;cessaires seulement pour le r&#233;aliser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut, bien s&#251;r, dire comme on le trouve en conclusion du texte pr&#233;c&#233;dent : &#171; &lt;i&gt;Aucune de ces divisions ne saurait &#234;tre indiff&#233;rente dans les luttes, mais aucune ne saurait suffire, dans le cadre d'une lutte interclassiste. Car l'on risque d'entrer dans une logique de classification sans int&#233;r&#234;t du point de vue de la communisation, si l'on perd de vue que toutes ces strates et couches sociales qui d&#233;crivent aussi les classes moyennes ne sont en rien fig&#233;es, mais sont amen&#233;es &#224; se dissoudre dans la contradiction qui est la dynamique m&#234;me du capital, parce qu'elle est contradiction entre des classes, dans laquelle une de ces classes entre constamment en contradiction avec sa propre existence de classe : le prol&#233;tariat.&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais l&#224;, la contradiction entre prol&#233;tariat et capital explique tout, emporte tout, mais comme une avalanche emporte tout sur son passage. C'est le &#171; &lt;i&gt;amen&#233;es &#224; se dissoudre&lt;/i&gt; &#187; qui me g&#234;ne, comme si les conflits, les diff&#233;rences d'objectifs, le r&#244;le de la politique et de l'Etat, etc. n'&#233;taient finalement rien de consistant (on retrouve la question dialectique du &#171; fini &#187; et de &#171; l'infini &#187;). Pourquoi la classe moyenne n'&#339;uvrerait-elle pas plut&#244;t &#224; la victoire de la contre-r&#233;volution ? Il est vrai que toutes les distinctions qui construisent la classe moyenne &#171; &lt;i&gt;sont amen&#233;es &#224; se dissoudre dans la contradiction qui est la dynamique m&#234;me du capital parce que&lt;/i&gt;, etc. &#187;. L&#224; o&#249; je ne suis plus autant d'accord, c'est quand la &#171; dissolution &#187;, m&#234;me si elle est appel&#233;e &#171; conflits &#187;, est d&#233;j&#224; pr&#233;suppos&#233;e dans une &#171; tension &#224; l'unit&#233; &#187; dont le conflit n'est que le mode de r&#233;alisation. Dans les luttes, nous avons &lt;i&gt;ou pas&lt;/i&gt; cette &#171; tension &#224; l'unit&#233; &#187; qui, dans ce texte, para&#238;t comme un donn&#233; de toute lutte, par d&#233;finition. En outre cette tension &#224; l'unit&#233; ne se dirige pas forc&#233;ment d'elle-m&#234;me dans le sens du prol&#233;tariat, elle peut &#234;tre absorb&#233;e dans la politique comme on l'a vu en Iran ou en Egypte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la probl&#233;matique du texte &lt;i&gt;Notes sur les classes moyennes et l'interclassisme&lt;/i&gt;, il est impensable que l'interclassisme puisse &#234;tre une recomposition de luttes diverses autour de la classe moyenne jouant le r&#244;le dominant (le r&#244;le d&#233;terminant &#233;tant toujours celui de la classe capitaliste). La &#171; &lt;i&gt;logique de classification est sans int&#233;r&#234;t du point de vue &lt;/i&gt;&lt;i&gt;de la communisation &lt;/i&gt; &#187; lit-on, je veux bien mais c'est seulement du point de vue de la communisation accomplie, du but &#224; atteindre, et m&#234;me du point de vue du but &lt;i&gt;atteint&lt;/i&gt;. Mais cette logique est loin d'&#234;tre sans int&#233;r&#234;t du point de vue de la communisation comme lutte des classes encore dans et contre le mode de production capitaliste. Il faudra &#171; dissoudre &#187; certes, mais, comme le dit ce texte, c'est dans la contradiction entre le prol&#233;tariat et le capital qu'il faudra dissoudre et l&#224; rien, pas m&#234;me la classe moyenne, n'est &#171; amen&#233; &#187; &#224; se dissoudre du simple fait que la contradiction est ce qu'elle est.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Race et racialisation&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt;Le &#171; capitalisme historique &#187;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;L'europ&#233;ocentrisme est &#224; juste titre, mais parfois pour de mauvaises raisons, l'objet de critiques visant Marx, le marxisme en g&#233;n&#233;ral et encore plus g&#233;n&#233;ralement la th&#233;orie communiste. Ce n'est tout de m&#234;me pas la faute de Marx et de ses &#233;pigones si le mode de production capitaliste (MPC) est apparu en Europe et ne pouvait appara&#238;tre que l&#224; et s'il est le seul mode de production &lt;i&gt;l&#233;gitimement&lt;/i&gt; &lt;i&gt;universel&lt;/i&gt; (en ce qu'il a selon &lt;i&gt;ses propres d&#233;terminations&lt;/i&gt; &lt;i&gt;et crit&#232;res&lt;/i&gt; invent&#233; l'id&#233;e et organis&#233; la r&#233;alit&#233; selon &#171; l'universel &#187;). Ce qui fait de l'id&#233;e m&#234;me d'universel &#224; la fois une r&#233;alit&#233; et quelque chose de tr&#232;s relatif. Une critique de l'europ&#233;ocentrisme qui passe &#224; c&#244;t&#233; de cela consid&#232;re le MPC comme un particulier &#224; c&#244;t&#233; d'autre particulier, &lt;i&gt;ce qu'il n'est pas&lt;/i&gt;. La critique de l'europ&#233;ocentrisme se fonde le plus souvent sur une reprise de la notion de &#171; capitalisme historique &#187; qui met tout ce qui advient au m&#234;me niveau et traite de tous les noms d'oiseaux toute tentative de hi&#233;rarchisation et d'articulation th&#233;oriques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette confusion entre le concept de capital ou de mode de production capitaliste et son histoire on la trouve chez des auteurs aussi prestigieux que Braudel et Wallerstein : le &#171; capitalisme historique &#187; supplantant le capital en tant que &#171; structure &#187;. La chose est omnipr&#233;sente dans le &#171; marxisme anglo-saxon &#187;. Cette notion de &#171; capitalisme historique &#187; est bien commode. Elle permet de b&#226;tir, sans en avoir l'air, une explication absolument tautologique de tout. La notion de &#171; capitalisme historique &#187; consiste &#224; &#233;lever au rang de concept la somme empirique des &#171; formes historiques concr&#232;tes &#187; du d&#233;veloppement du capital qui deviennent alors leur propre raison d'&#234;tre. Comme dans son d&#233;veloppement historique le capitalisme co&#239;ncide avec racisme et esclavage (la liaison entre racisme et esclavage n'est absolument pas n&#233;cessaire. L'esclavage antique n'est pas raciste : le citoyen ath&#233;nien consid&#232;re le Perse comme un barbare, un inf&#233;rieur par nature, mais cela ne le destine pas &#224; &#234;tre esclave, dans la mesure o&#249; ce citoyen sait pertinemment qu'il peut lui-m&#234;me devenir esclave du Perse), en se situant non pas dans &#171; l'abstraction du capital &#187;, mais dans la probl&#233;matique du &#171; capitalisme historique &#187;, on &#171; explique &#187; cette co&#239;ncidence, et le tour est jou&#233; ! Tout en restant au niveau de la constatation empirique, on a donn&#233; un air d'explication th&#233;orique au probl&#232;me. Il est &#233;vident que, si on lie la constitution du racisme et de l'esclavage aux formes historiques concr&#232;tes de d&#233;veloppement capitaliste, le probl&#232;me de la racisation est r&#233;solu, simplement parce qu'il n'y a plus de probl&#232;me. On n'a rien expliqu&#233;, on a constat&#233;. C'est tout.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On se trompe totalement en &#233;tablissant une relation &lt;i&gt;essentielle&lt;/i&gt; entre race / esclavage / exploitation capitaliste. M&#234;me d'un point de vue historique le rapport d'exploitation capitaliste appara&#238;t bien avant l'esclavage et n'a pas besoin de lui pour se constituer. Le capitalisme am&#233;ricain qui a son c&#339;ur au nord est anti-esclavagiste et si l'Angleterre soutient les Etats du sud c'est pr&#233;cis&#233;ment pour les maintenir en situation d&#233;pendante de fournisseur de mati&#232;res premi&#232;res. On se trompe &#233;galement en soutenant que la vis&#233;e du capital est de transformer le travailleur en objet : &#171; condition inorganique de la production &#187; aurait dit Marx.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le capital est un mode de production historique, mais ce ne sont pas les circonstances historiques qui mod&#232;lent les caract&#233;ristiques du capital, c'est le capital qui produit dans l'histoire ses caract&#233;ristiques de fa&#231;on inh&#233;rente &#224; ce qu'il est &#224; partir, il est vrai, d'un mat&#233;riau existant mais dont il s'empare et qu'il retravaille selon ses propres n&#233;cessit&#233;s. Il produit &lt;i&gt;son&lt;/i&gt; histoire. Il est int&#233;ressant qu'&#224; l'inverse de cette proposition se situe l'historicisme dont la grande figure dans l'histoire du marxisme est Gramsci, mais alors &#171; structure &#224; dominante &#187; et &#171; capitalisme historique &#187; sont absolument inconciliables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut distinguer les notions de &#171; races &#187; et de &#171; racialisation &#187;. Il existe une racialisation historique, variable dans son contenu mais constante, dans le MPC sans que race et racialisation soient inh&#233;rentes au concept de capital. A ce propos, il faut renvoyer aux pages 55-56-57 de TC 24 (que l'on trouvera &#224; la suite) qui permettent de comprendre la &lt;i&gt;racialisation&lt;/i&gt; &#8211; construction des races - comme un processus &#233;volutif et plastique. La forme fondamentale c'est &#171; la production orient&#233;e vers l'appropriation du travail d'autrui &#187; (Marx, &lt;i&gt;Th&#233;ories sur la plus-value&lt;/i&gt;, t.3, p.589). Et l&#224;, nous n'avons que deux contradictions. Il serait maladroit d'&#233;crire que les races viennent &#171; apr&#232;s &#187;. Cela &#233;tablit une hi&#233;rarchie l&#224; o&#249; elle n'a pas lieu d'&#234;tre. Avec la &#171; forme fondamentale &#187; et les deux contradictions (hommes / femmes ; capital / prol&#233;tariat) nous sommes au niveau du concept, avec les races nous sommes au niveau historique. Dire que les races viennent &#171; apr&#232;s &#187; c'est introduire une confusion de niveaux th&#233;oriques, c'est gommer le changement de niveau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question la plus importante est celle portant sur les enjeux de ce d&#233;bat. C'est-&#224;-dire quel est le processus de constitution et quelle est la fonction de la racialisation et du racisme dans la situation actuelle ? Quelle est la place de la lutte antiraciste ? Quelle compr&#233;hension et quel engagement vis-&#224;-vis de groupes comme les &#171; Indig&#232;nes &#187; ? Mettre &lt;i&gt;ou non&lt;/i&gt; au m&#234;me niveau classe / genre (la forme fondamentale) et races a alors des cons&#233;quences concr&#232;tes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Christine Delphy dans un texte de &lt;i&gt;Classer, dominer / Qui sont les autres&lt;/i&gt; (Ed. La Fabrique) pose clairement la question et le dilemme. &#171; &#8230; nos amis d'extr&#234;me gauche, qui pensent que la division en classes n'est pas un dysfonctionnement, mais au contraire un fonctionnement du syst&#232;me, pensent en revanche que la division raciale est un dysfonctionnement, ou alors une des 'cons&#233;quences' de la division en classes. Bref, ce n'est pas un syst&#232;me de division sp&#233;cifique et donc au moins partiellement autonome (Delphy ne s'explique pas sur le &#171; au moins &#187; et le &#171; partiellement &#187;). Or l'appel dit (l'appel des Indig&#232;nes, nda) que la division raciale, ou 'Blancs / Indig&#232;nes', n'est pas une co&#239;ncidence malheureuse mais un trait structurel de la soci&#233;t&#233;, &lt;i&gt;aussi structurel que la division en classes &lt;/i&gt;(soulign&#233; par nous) ; qu'on a l&#224; un principe de division et de hi&#233;rarchie qui n'est pas soluble dans la 'question sociale'. Cette rivalit&#233; au niveau analytique produit in&#233;vitablement une rivalit&#233; sur le terrain politique. &#187; (&lt;i&gt;op. cit&lt;/i&gt;., p.166). Ce que nous &#233;crivons ici, bien que cela ne soit pas tr&#232;s satisfaisant, nous classe parmi ces &#171; amis d'extr&#234;me gauche &#187;. Delphy poursuit : &#171; La sp&#233;cificit&#233; de l'oppression fonde l'autonomie de la lutte &#187;. Alors qu'actuellement &#224; TC notre production th&#233;orique nous permet sur la base des concepts de travail et de surtravail et des deux contradictions de reconna&#238;tre l'autonomie des luttes de femmes (&lt;i&gt;cf.&lt;/i&gt; &lt;i&gt;Camarades mais femmes&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;Le pas suspendu de la communisation&lt;/i&gt;) tout en les posant comme structurelle &#224; ce que Marx appelle &#171; la forme fondamentale &#187;, &#224; tort ou &#224; raison, nous ne faisons pas de m&#234;me en ce qui concerne la division raciale. Pour l'instant, on peut persister &#224; penser que c'est &#171; &#224; raison &#187;&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ramener la racialisation au niveau historique (c'est-&#224;-dire non-structurel) comme d&#233;veloppement de cat&#233;gories du capital &lt;i&gt;unifi&#233;es dans la cat&#233;gorie du sujet&lt;/i&gt;, de par cette unification, conf&#232;re une &lt;i&gt;autonomie&lt;/i&gt;, une &lt;i&gt;sp&#233;cificit&#233;&lt;/i&gt; &#224; la distinction raciale hi&#233;rarchique (&lt;i&gt;cf&lt;/i&gt;. les pages de TC 24 publi&#233;es &#224; la suite). Mais si l'autonomie et la sp&#233;cificit&#233; sont reconnues, il est vrai, elles ne sont pas de m&#234;me nature, de m&#234;me niveau, que dans le cas du genre et des classes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si nous nous situons dans une perspective dynamique des contradictions et de leur d&#233;passement, ne pas placer au m&#234;me niveau classes / genre d'une part et races d'autre part, soul&#232;ve de d&#233;licates questions. Alors que l'on peut soutenir que la contradiction entre hommes et femmes fait partie du d&#233;passement du MPC et de l'exploitation au m&#234;me titre que la contradiction entre les classes et que, dans cette combinaison, les conflits entres femmes (bourgeoise et prol&#233;taires) et entre prol&#233;taires (femmes et hommes), sont aussi la dynamique de ce d&#233;passement, il est difficile de dire de m&#234;me pour les oppositions ou conflits raciaux. On peut toujours consid&#233;rer que la segmentation du prol&#233;tariat est inh&#233;rente &#224; son existence comme classe et qu'il n'y aura pas d'unit&#233; de la classe pr&#233;alable &#224; la r&#233;volution, que cette unit&#233; c'est celle de son abolition. Mais peut-on consid&#233;rer que les conflits entre segments sont le processus de cette abolition ? C'est aussi l&#224; que se situe des divergences possibles dans l'appr&#233;hension et le positionnement vis-&#224;-vis des conflits et de la racialisation actuelle.&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt;Race et racialisation : extrait de TC 24&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;&#171; Enfin, traversant toutes ces segmentations, ces conflits et contradictions divers et parfois m&#234;me les constituant, partout l'exploitation est un processus de racisation et d'ethnicisation. Quels que soient les Etats ou les r&#233;gions, jamais la contradiction entre le prol&#233;tariat et le capital ne se donne &#224; voir en clair, comme la contradiction simple de deux termes existant dans la puret&#233; de leur concept. Les formes d'apparition sont essentielles &#224; la d&#233;finition de ce qui &#171; appara&#238;t &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Parce que l'exploitation capitaliste est universelle, parce que le capital peut s'emparer de tous les modes productions ou les faire coexister avec lui, en exploiter la force de travail ou la d&#233;tacher de ses anciennes conditions d'existence, le mode de production capitaliste est une construction historique qui fait coexister dans son moment pr&#233;sent les diff&#233;rentes strates de son histoire. La bourgeoisie est rapidement devenue occidentale et blanche parce qu'elle a imm&#233;diatement grandi dans sa rivalit&#233; avec l'orient (on n'est pas occidental parce que l'on vit au ponant), parce qu'elle a fait de l'Europe le centre de l'&#233;conomie monde asservissant le monde &#224; un mod&#232;le et le hi&#233;rarchisant car ce mod&#232;le n'en tol&#232;re aucun autre. Mais, de m&#234;me que les strates historiques ne deviennent pas automatiquement des moments synchrones, ce n'est pas pour cela que ce mode de production cr&#233;e sans cesse des races et des ethnies. Pour cela il faut l'intervention de quatre de ses d&#233;terminations essentielles : son in&#233;gal d&#233;veloppement comme loi de son accumulation (ce n'est qu'avec le mode de production capitaliste qu'apparaissent l'id&#233;e de progr&#232;s et son corollaire : les peuples et civilisations en retard) ; l'aspect historique de la valeur de la force de travail ; la division du travail ; la personnalisation et subjectivation des rapports sociaux. La racisation est la combinaison des trois premi&#232;res dans la quatri&#232;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Dans les rapports de production capitalistes, nous n'avons pas affaire &#224; des &#171; individus concrets &#187; en tant qu'imm&#233;diatement existant comme individu singulier dans leur unit&#233;, mais seulement aux individus en tant qu'ils remplissent certaines fonctions d&#233;termin&#233;es comme supports de celles-ci : &#171; &lt;i&gt;porteurs&lt;/i&gt; de force de travail &#187;, &#171; &lt;i&gt;repr&#233;sentants&lt;/i&gt; &#187; ou &#171; &lt;i&gt;fonctionnaires&lt;/i&gt; &#187; du capital, &#171; femmes &#187; ou &#171; hommes &#187;. Leur individualit&#233; est un effet des rapports de production, elle ne pr&#233;existe pas, elle n'est pas le fait d'un sujet et les rapports de production ne sont pas une &#171; rencontre &#187; intersubjective. &lt;i&gt;C'est la personnalisation des rapports sociaux qui est la production des individus comme sujets&lt;/i&gt;. Le sujet c'est l'individu produit comme le centre ou l'intersection de toutes les d&#233;terminations. Le sujet concentre le tout en lui-m&#234;me, si bien qu'on pourrait dire qu'il est, comme la fameuse monade de Liebniz, une &#171; partie totale &#187;. Le sujet devient le centre &#224; partir duquel il serait possible de conna&#238;tre et de construire l'articulation de toutes les d&#233;terminations du mode de production capitaliste. La personnalisation c'est la conjonction en un individu de d&#233;terminations sociales &lt;i&gt;se manifestant de fa&#231;on renvers&#233;e comme existence de cet individu comme sujet&lt;/i&gt;, ses rapports devenant son actualisation comme son &#339;uvre. Ce renversement, cette personnalisation&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;A la place de &#171; personnalisation &#187;, le terme de &#171; naturalisation &#187; aurait pu (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, est tout aussi n&#233;cessaire que le f&#233;tichisme qui attachant des rapports sociaux &#224; des choses &lt;i&gt;attache ces choses &#224; des individus&lt;/i&gt; promus et convoqu&#233;s alors comme sujets dans ce m&#234;me f&#233;tichisme : le travail aux ouvriers, les moyens de production aux capitalistes, la terre aux propri&#233;taires fonciers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Les in&#233;gaux niveaux de d&#233;veloppement jusqu'&#224; leur mise en abyme dans le capitalisme actuel, la division du travail, l'aspect historique de la valeur de la force de travail, dans leur combinaison s'attachent &#224; un individu promu au rang de repr&#233;sentation centrale, d'intersection, dont les d&#233;terminations sociales sont renvers&#233;es en manifestation de lui-m&#234;me, en expression de son individualit&#233;, elles sont personnalis&#233;es. Ces trois facteurs sont les agents pertinents de l'invention des distinctions &lt;i&gt;et de leur variation&lt;/i&gt; ou disparition (&#224; Marseille, un Italien ou un Espagnol ne sont plus que de sympathiques joueurs de boules). Cet individu n'&lt;i&gt;est&lt;/i&gt; pas &#171; noir &#187;, &#171; peul &#187;, &#171; juif &#187;, &#171; rom &#187; ou &#171; arabe &#187;. C'est cette intersection, cette promotion de la combinaison comme sujet, promotion en figure centrale originaire, qui en fait un Noir, un Peul, etc. la racisation n'appartient pas au concept m&#234;me du capital (&#224; la diff&#233;rence de la distinction de genre inh&#233;rente au travail comme force productive), mais celui-ci donn&#233;, elle est une forme de manifestation n&#233;cessaire. La transformation du rapport social en chose, c'est-&#224;-dire &#171; paradoxalement &#187; en sujet est aussi bien une transformation de cette chose en rapport social entre sujets. En quelque sorte, le sujet est &lt;i&gt;l&lt;/i&gt;'&lt;i&gt;h&#233;ritier&lt;/i&gt; du mouvement qui le cr&#233;e. Cette inversion est la fa&#231;on r&#233;elle dont les rapports de production n'agissent que &lt;i&gt;dissimul&#233;s&lt;/i&gt; en tant volont&#233;s et d&#233;cisions de sujets.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Mais alors toute la construction sociale s'efface d'elle-m&#234;me dans le mouvement m&#234;me o&#249; elle s'effectue dans la mesure o&#249; il lui est inh&#233;rent d'&#234;tre le fait d'un sujet &#171; partie totale &#187; qui n'existe plus comme &#171; porteur &#187; ou &#171; repr&#233;sentant &#187; mais sujet constitutif et constituant. La distinction de races ou d'ethnie &lt;i&gt;joue alors son propre r&#244;le&lt;/i&gt; selon des d&#233;terminations prescrites par elle-m&#234;me dans &lt;i&gt;l'autonomie du domaine d'action qu'elle se cr&#233;e &lt;/i&gt; : un noir peut devenir pr&#233;sident des Etats-Unis, il reste noir, et un prol&#233;taire noir n'est pas un prol&#233;taire blanc. Existant pour elle-m&#234;me dans son domaine d'action la distinction peut m&#234;me &#234;tre l'objet d'une activit&#233; politique instrumentale comme on l'a vu en France lors de la grande vague de gr&#232;ves dans l'automobile dans les ann&#233;es 83-84. La distinction est une id&#233;ologie et en tant que telle efficace comme assignation et relation des individus &#224; leurs conditions d'existence et de reproduction, c'est-&#224;-dire &#224; leurs relations aux rapports de production. Il ne suffit pas de dire que la distinction de race cr&#233;e une essentialisation hi&#233;rarchique des individus, qu'elle est un produit du mode de production, on en reste &#224; faire de la description le concept de sa propre explication si l'on ne dit pas que c'est dans &lt;i&gt;la personnalisation des rapports sociaux comme production de sujets&lt;/i&gt; que r&#233;side la question. &#187; (TC 24, pp.55-56-57)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Br&#233;sil printemps 2013{{}}&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notes sur les manifestations br&#233;siliennes du printemps 2013&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On trouvera &#224; la suite une s&#233;lection de coupures de presse (signalons plus particuli&#232;rement la coupure 1) puis de documents trouv&#233;s sur le net (signalons plus particuli&#232;rement les documents 1 et 3), suivis de commentaires amor&#231;ant une synth&#232;se. Ces notes s'inscrivent dans les questions soulev&#233;es par l'implication de la classe moyenne dans les mouvements sociaux actuels et en-de&#231;&#224; par le jeu entre rapports de distribution et rapports de production que nous exposons par ailleurs dans ce n&#176; de &lt;i&gt;Th&#233;orie Communiste&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Coupures de presse&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1&lt;/strong&gt; &#171; Ce sont les jeunes br&#233;siliens &#233;duqu&#233;s qui sont dans la rue &#187; (&lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt;, 6 juillet 2013)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;85 % de la population est urbanis&#233;e ; le taux d'analphab&#233;tisme est pass&#233; de 39 % en 1960 &#224; 7 % aujourd'hui, m&#234;me si 70 % des18-24 ans ne font pas d'&#233;tudes sup&#233;rieures, le niveau d'&#233;ducation s'est consid&#233;rablement &#233;lev&#233;. 7 millions de jeunes ont atteint le niveau pour entrer &#224; l'universit&#233;, 7 millions y sont, 7 millions viennent d'en sortir r&#233;cemment. Cela fait 20 millions de personnes avec un bon niveau d'&#233;ducation. En pourcentage, c'est &#224; peine 10 % de la population, mais en valeur absolue c'est &#233;norme. Ce sont ces gens l&#224;, jeunes, urbanis&#233;s et &#233;duqu&#233;s qui sont aujourd'hui dans la rue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enqu&#234;te sur le niveau de revenus de ceux qui sont dans la rue : 25 % le salaire minimum ; 30 % entre deux et trois fois ce salaire, 23 % entre quatre et cinq fois, 11 % plus de six fois. Ce sont donc essentiellement les classes moyennes. [&lt;i&gt;nous y reviendrons&lt;/i&gt;, nda].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout ce qui est syst&#232;me public n'est pas au niveau de leurs aspirations : transports, sant&#233;, &#233;ducation ; ou alors il faut payer tr&#232;s cher.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les couches populaires sont attentistes vis-&#224;-vis du mouvement, beaucoup sont m&#234;me contre des gens privil&#233;gi&#233;s au regard de la soci&#233;t&#233; br&#233;silienne. Il y a d'autres inqui&#233;tudes dans les favelas et les quartiers p&#233;riph&#233;riques comme la hausse des prix.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lula avait fait une sorte d'alliance avec l'oligarchie, comme l'avait fait avant lui Cardoso. Il y avait une sorte de pacte pour le d&#233;veloppement du Br&#233;sil : les masses gagnaient, m&#234;me si les couches sup&#233;rieures gagnaient plus. En &#233;change Lula, puis Dilma contenaient la grogne sociale. Ce pacte social est en train de prendre fin. Cela cr&#233;e un potentiel explosif. [&lt;i&gt;avec les manifestations du printemps 2016 demandant la d&#233;mission de Dilma Roussef le &#171; pacte &#187;est rompu des deux c&#244;t&#233;s&lt;/i&gt;, nda]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2 &#171; &lt;/strong&gt;La crise des transports provoque un d&#233;but de fronde sociale au Br&#233;sil &#187; (&lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt;, 18 juillet 2013).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 13 juin, manif &#224; Sao Paulo (SP) en centre ville, 10 000 personnes pour une ville de 18 millions d'habitants, &#224; l'appel du Movimento Passe Libre (MPL).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[&lt;i&gt;Le mouvement tire son origine d'une r&#233;volte populaire survenue en 2003 &#224; Salvador de Bahia, pendant 10 jours, des milliers d'habitants ont boqu&#233; les rues pour protester contre une augmentation du prix des transports. En 2005, le mouvement a pris forme au Forum social mondial de Porto Allegre.&lt;/i&gt;]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mouvement contre la hausse du prix des transports s'accompagne d'un &#171; maelstr&#246;m de revendications &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;3&lt;/strong&gt; 20 juin 2013, &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Organis&#233;, efficaces, actifs sur les r&#233;seaux sociaux et &#233;vitant scrupuleusement toute r&#233;cup&#233;ration, les membres du MPL s'en tiennent au refus d'augmenter les tarifs, le socle de la contestation. 'Cette th&#233;matique touche &#224; toutes les contingences de la vie quotidienne &#8211; souligne Ricardo Antunes, sociologue &#224; l'universit&#233; de Campinas - . Elle a permis de r&#233;v&#233;ler le foss&#233; qui s&#233;pare le simple citoyen de ses dirigeants. Un peu comme si l'arriv&#233;e au pouvoir du PT en 2003 avait accouch&#233; d'une d&#233;cennie de l&#233;thargie, une l&#233;thargie qui vient subitement de prendre fin. Le m&#233;contentement &#233;tait compens&#233; par une l&#233;g&#232;re am&#233;lioration des salaires et de l'emploi. Aujourd'hui, cette petite classe moyenne qui survit avec 1000 &#224; 1500 reais (entre 430 et 500 euros) veut plus pour elle et sa dignit&#233;.' &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[ &lt;i&gt;tr&#232;s &#171; petite classe moyenne &#187;, c'est en dessous du salaire m&#233;dian, voir plus loin&lt;/i&gt;]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;4&lt;/strong&gt; &#171; Les villes concentrent toutes les in&#233;galit&#233;s &#187; (&lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; 21 juin 2013)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[&lt;i&gt;C'est une construction th&#233;orique difficile &#224; produire que de montrer comment les conflits de classes sont surd&#233;termin&#233;es par le cadre urbain qui ne doit justement pas &#234;tre consid&#233;r&#233; come un d&#233;cor, mais comme un &#233;l&#233;ment &lt;/i&gt;constructeur&lt;i&gt;. Toujours la petite fable des conditions existantes comme conditions d'existence. Comme si les questions urbaines laissaient la lutte des classes telle quelle dans son abstraction&lt;/i&gt;]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les villes attirent car elles offrent des services et des emplois, mais elles manquent d'infrastructure en mati&#232;re de transport, d'assainissement, de logements. Ce sont des concentr&#233;s d'in&#233;galit&#233;s. A SP pour venir travailler dans le centre, les habitants des banlieues mettent deux heures matin et soir. Au Br&#233;sil, il n'y a pas d'habitat locatif social comme en Europe. Le gouvernement a promu un programme &lt;i&gt;Minha casa, minha vida&lt;/i&gt; (ma maison, ma vie) de construction de centaines de maisons pimpantes, toutes identiques, qui sont pratiquement donn&#233;es aux habitants. Ces ensembles sont construits tr&#232;s loin des centres, car il faut beaucoup d'espace. A SP, 10 % de la population vit en bidonville, &#224; la p&#233;riph&#233;rie ; &#224; Rio, c'est 25 % de la population, dans des quartiers beaucoup plus centraux. Par peur des pauvres, les classes moyennes et les riches se regroupent dans des communaut&#233;s ferm&#233;es comme dans le reste de l'Am&#233;rique du Sud.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;5&lt;/strong&gt; &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; 25 juin : &#171; Des jeunes br&#233;siliens d'extraction modeste acc&#232;dent &#224; l'universit&#233;, avec une foi dans l'&#233;ducation comme moteur de l'ascenseur social. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;6&lt;/strong&gt; &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; 25 juin. Le 20 juin, &#171; la fronde sociale a soudain repris du souffle &#187;, soutenue par 75 % de la population selon les sondages. Lancement d'une gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale par les r&#233;seaux sociaux pour le 1er juillet. Devant la profusion des revendications le MPL se retire puis reprend sa d&#233;cision quelques heures plus tard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;7&lt;/strong&gt; &#171; Br&#233;sil, la r&#233;volte des citadins &#187; (&lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; du 26 juin 2013)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rio : Une m&#233;tropole tr&#232;s in&#233;galitaire avec un paysage urbain tr&#232;s divis&#233;. Les zones pauvres sont enclav&#233;es et non en p&#233;riph&#233;rie. Nombreux projets destin&#233;s &#224; faire de Rio une m&#233;galopole mondiale [&lt;i&gt;&#171; ville globale &#187;, Saskia Sassen&lt;/i&gt;]. &#171; Reconqu&#233;rir &#187; les favelas : favelas &#171; pacifi&#233;es &#187; avec Unit&#233; de police pacificatrice (UPP) ; favelas partiellement emmur&#233;es ; favela d&#233;truites avec expulsion des habitants. La politique urbaine se concentre dans les quartiers centraux : expulsion des pauvres mais aussi fragilisation des classes moyennes (sp&#233;culation immobili&#232;re, gentrification).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des UPP ont &#233;t&#233; mises en place dans les favelas, les &#233;v&#233;nements sportifs ont &#233;t&#233; le crit&#232;re principal dans le choix de leur localisation. Elles prot&#232;gent en priorit&#233; les zones touristiques, les quartiers proches des sites sportifs et la route qui m&#232;ne &#224; l'a&#233;roport international. La seule annonce de la mis en place des UPP acc&#233;l&#232;re la sp&#233;culation immobili&#232;re. Dans la favela de Vidigal, situ&#233;e &#224; flanc de colline et offrant un panorama sur les plages embl&#233;matiques de Rio, la mis en place d'une UPP en janvier 2012 a fait bondir les prix de l'immobilier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La majorit&#233; des investissements urbains sont concentr&#233;s sur les quartiers chics comme le quartier de Barra de Tijuca (avec la destruction de la favela Vila Autodrome, trop proche). La zone portuaire de Porto Maravilha (jouxtant l'hyper centre) longtemps &#224; l'abandon fait l'objet d'un grand am&#233;nagement (r&#233;sidentiel, culturel, touristique), les favelas limitrophes &#171; b&#233;n&#233;ficient &#187; d'UPP ou, comme celles des Morros da Providencia, sont d&#233;truites : augmentation de l'immobilier, expulsion des classes populaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Question transport : les 20 cts d'augmentation ont rappel&#233; que les transports en commun &#233;taient dans un &#233;tat d&#233;plorable. Cette augmentation fait plafonner le budget des transports d'un usager quotidien &#224; pr&#232;s du tiers du salaire minimum (un trajet comprenant en moyenne deux, voire trois bus ou m&#233;tros diff&#233;rents).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;8&lt;/strong&gt; A Rio, &#171; Brutalit&#233; meurtri&#232;re de la police &#187; (Le &lt;i&gt;Monde&lt;/i&gt;, 27 juin 2013).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Des balles en caoutchouc contre les manifestants, de vraies balles dans les favelas &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Favela de Nova Holanda, minimum 13 morts lundi 24 et mardi 25 juin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; D'apr&#232;s diff&#233;rents t&#233;moignages, les &#233;v&#233;nements se sont pr&#233;cipit&#233;s peu avant la fin d'une de ces manifestations quotidiennes depuis le 13 juin, contre la corruption et la m&#233;diocrit&#233; des services publics. Un cort&#232;ge d'&#233;tudiants et de jeunes s'&#233;tait dirig&#233; dans le calme, lundi 24 juin, de la station de m&#233;tro Bonsucesso &#224; Nova Holanda, bloquant l'Avenida Brasil. C'est l&#224;, &lt;i&gt;&#224; la marge&lt;/i&gt; (soulign&#233; par moi), qu'une bande de casseurs, braquant des automobilistes, a &#233;t&#233; prise en chasse par une centaine d'hommes du BOPE (Bataillon d'Op&#233;rations sp&#233;ciales), rapidement rejoint par 300 coll&#232;gues venus en renfort. Deux jeunes auraient alors &#233;t&#233; tu&#233;s en dehors de Nova Holanda, pr&#233;lude &#224; une situation beaucoup plus confuse par la suite &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mardi 25, une manifestation contre les violences polici&#232;res a travers&#233; toute la favela en fin de soir&#233;e. Trois cents personnes y ont particip&#233;, des tr&#232;s jeunes pour la plupart [ &lt;i&gt;la photo qui accompagne l'article montre des pas si jeunes que &#231;a&lt;/i&gt;]. Certains s'&#233;taient badigeonn&#233;s le corps de sauce tomate criant : &#171; On veut des droits &#187; ou &#171; Plus d'argent pour la sant&#233; et l'&#233;ducation &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[&lt;i&gt;Il y a un probl&#232;me sur la pr&#233;sence ou non des habitants des favelas ou des banlieues aux manifs, il y a eu des mouvements dans ces zones mais semble-t-il en &#171; parall&#232;le &#187; ; l'intervention de la &#171; bande de casseurs &#187; sur la manif &#171; calme &#187; peut laisser supposer une certaine animosit&#233; &#8211; pas &#233;vident, mais possible &#8211; on va y revenir&lt;/i&gt;]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par ailleurs, les syndicats annoncent une gr&#232;ve pour le 11 juillet [&lt;i&gt;15 jours apr&#232;s, avec les syndicats, on peut faire le tour du monde, on n'est jamais d&#233;pays&#233;&lt;/i&gt;]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;9&lt;/strong&gt; &#171; Br&#233;sil, crise de croissance ou r&#233;volution &#187; (&lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt;, 28 juin 2013)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Mondial de football : pour l'instant 9,7 milliards d'euros et ce n'est pas fini. C'est-&#224;-dire trois fois les budgets engag&#233;s par l'Allemagne en 2006 et le Japon en 2002. En Afrique du Sud en 2010 : 2,4 milliards.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sous le titre : &#171; Les classes moyennes au c&#339;ur de la mobilisation &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Depuis dix &#224; douze ans, sous l'effet d'une dynamique, modeste mais r&#233;elle, de cr&#233;ation d'emplois, et &#224; la suite de d&#233;cisions institutionnelles et de mesures de politique publique non r&#233;ductibles au seuls impacts de la croissance &#233;conomique, les conditions de vie d'une importante partie de la population se sont r&#233;ellement am&#233;lior&#233;es, nombre de familles &#233;chappant &#224; la pauvret&#233; et int&#233;grant les cat&#233;gories au moins inf&#233;rieures et nouvelles de ce qu'il est convenu d'appeler la 'classe moyenne'. Les carences dans les secteurs publics de l'&#233;ducation et de la sant&#233; ne datent pas d'hier. Mais ceux qui en ont les moyens &#8211; classe ais&#233;e et classe moyenne sup&#233;rieure &#8211; peuvent &#233;chapper aux maux de ces services en adh&#233;rant &#224; des plans de sant&#233; priv&#233;s. (&#8230;) Cela est vrai aussi dans le domaine de l'&#233;ducation. (&#8230;) Ainsi, ceux qui disposent des ressources &#8211; capital mon&#233;taire, capital scolaire et relations sociales &#8211; susceptibles de peser en interne, au sein des structures concern&#233;es, en vue d'am&#233;liorer les services publics se sont d&#233;tourn&#233;s de cette t&#226;che. Ils ont litt&#233;ralement fait d&#233;fection. Et si l'on ajoute que ces d&#233;penses priv&#233;es d'&#233;ducation de sant&#233; sont d&#233;ductibles des revenus d&#233;clar&#233;s au fisc, on a l&#224; un m&#233;canisme, savamment entretenu, qui maintient les privil&#232;ges de certains, qui peuvent s'adresser au secteur priv&#233;, et oblige les individus et les familles moins bien dot&#233;s &#224; devoir subir seuls les d&#233;faillances des services publics. On pourrait aussi appliquer ce sch&#233;ma &#224; la question des transports publics, aux affres desquels &#233;chappent les nantis qui disposent de v&#233;hicules particuliers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Or, disions-nous, de nouveaux entrants ont int&#233;gr&#233; la classe moyenne sous l'effet de la progression de leur niveau de vie, et il semble que nombre d'entre eux aient pris une part importante aux protestations de rue. On &#233;met ici une hypoth&#232;se pour tenter de comprendre leur comportement. Que leurs conditions se soient am&#233;lior&#233;es ne fait gu&#232;re de doute, argument &#233;tay&#233; par l'expansion des ventes de biens de consommation durable dans le pays [&lt;i&gt;on verra plus loin (doc internet n&#176;1) qu'il ne faut pas consid&#233;rer cette &#233;volution seulement sous son aspect quantitatif, mais aussi qualitatif, c'est-&#224;-dire comme un changement de rapports sociaux dans lesquels les individus &#233;voluent : mon&#233;tarisation, march&#233; du travail, r&#244;les familiaux, proximit&#233; et urbain&lt;/i&gt;, nda]. Mais les changements positifs qu'ils ont per&#231;us dans leur sph&#232;re priv&#233;e, individuelle ou familiale, ne se sont pas prolong&#233;s dans des am&#233;liorations sym&#233;triques au sein des services publics.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Autrement dit, ces personnes et ces groupes ont dispos&#233; d'assez de ressources pour rejoindre d&#233;sormais la classe moyenne &#8211; plus probablement moyenne inf&#233;rieure &#8211; et pour entretenir des aspirations nouvelles, mais sans d&#233;tenir suffisamment de moyens (de n&#233;gociations, d'influence, etc.) pour r&#233;orienter le cours de ces services publics et faire en sorte que des investissements massifs viennent en relever la qualit&#233; et en augmenter le nombre. (&#8230;) On avancera cette id&#233;e que les autorit&#233;s br&#233;siliennes ont en quelque sorte offert sur un plateau la possibilit&#233; que la r&#233;volte survienne, en ces temps marqu&#233;s par de fabuleuses d&#233;penses largement improductives (Coupe du monde de football, Jeux Olympiques). &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;10 &lt;/strong&gt;&lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt;, 30 juin 2013&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SP : m&#233;tro, 6 millions de personnes par jour, au total, 64 stations, 5 fois moins qu'&#224; Paris pour une population 6 fois plus nombreuse. Rio, deux lignes de m&#233;tro. Les aides aux transports sont tr&#232;s faibles, l'Etat s'est d&#233;sengag&#233; du secteur dans les ann&#233;es 1990 sous la pression du lobby automobile. M&#233;tro et trains en d&#233;sh&#233;rence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;11&lt;/strong&gt; &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt;, 2 juillet 2013.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Manif du 30 juin &#224; Rio : 5000 personnes mais 81 % de la population d&#233;clare soutenir le mouvement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;12&lt;/strong&gt; Le &lt;i&gt;Monde&lt;/i&gt;, 20 octobre 2013&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Recul de la pauvret&#233; et essor de la classe moyenne en Am&#233;rique latine &#187; (20-21 oct 2013)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des politiques de redistribution, mais aussi le r&#244;le de la croissance &#233;conomique. Pour l'OCDE, en 2010, la classe moyenne au sens large repr&#233;sente 55 % de la population. Classe moyenne au sens large : entre 10 et 50 $ par jour en PPA (parit&#233; de pouvoir d'achat), ce qui repr&#233;sente 152 millions de personnes.[ &lt;i&gt;entre 10 et 50 $, &#231;a vise large, comme c'est en PPA on ne peut faire aucune conversion &#224; moins de conna&#238;tre le prix du hamburger &#224; NY et &#224; SP&lt;/i&gt;]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La proportion de latino-am&#233;ricains vivant avec moins de 4$ (2,92 euros) par jour (PPA) est pass&#233;e de plus de 40 % &#224; moins de 30 % en 2010.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La sortie de la pauvret&#233; est progressive. Entre la population pauvre et les classes moyennes, les &#233;conomistes de l'OCDE identifient une population &#171; vuln&#233;rable &#187; d&#233;finie &#224; la fois par ses revenus (entre 4 et 10 $ am&#233;ricains de PPA par jour) et par leur ins&#233;curit&#233; &#233;conomique (&#171; une probabilit&#233; de plus de 10 % de retomber dans la pauvret&#233;. &#187;). Les vuln&#233;rables, qui font partie des classes moyennes inf&#233;rieures, repr&#233;sentent pr&#232;s de 38 % de la population latino-am&#233;ricaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le profil des nouvelles classes moyennes est partout le m&#234;me : plus scolaris&#233;es, plus urbaines et travaillant plut&#244;t dans le secteur formel, services en t&#234;te. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;14&lt;/strong&gt; &#171; Br&#233;sil, le mod&#232;le &#233;conomique inqui&#232;te &#187; (&lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt;, 12 juillet 20013)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La place du Br&#233;sil dans le commerce international suscite la controverse. &#171; L'&#233;change entre mati&#232;res premi&#232;res br&#233;siliennes contre produits manufactur&#233;s chinois mine notre industrie &#187; admet M. Amaral, qui pr&#233;side le conseil entrepreneurial Br&#233;sil-Chine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;15&lt;/strong&gt; &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; 13 juillet 2013&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;volte populaire s'est &#233;vanouie dans les vacances d'hiver, c&#233;dant la place &#224; une journ&#233;e de gr&#232;ve faiblement suivie, jeudi 11 juillet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le texte propos&#233; par Dilma Roussef sur l'attribution des revenus du p&#233;trole &#224; l'&#233;ducation et la sant&#233; (projet pr&#233;sent&#233; le 21 juin en pleine contestation) a &#233;t&#233; largement revu par les d&#233;put&#233;s, il n'en reste rien. &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelques documents trouv&#233;s sur Internet &#224; propos des manifestations br&#233;siliennes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1 &lt;/strong&gt;&lt;i&gt;Texte d'Alain Bertho&lt;/i&gt;&lt;strong&gt; (21 juin 2013)&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour le jeudi 20 juin, Bertho parle de 300 000 manifestants &#224; Rio, 110 000 &#224; SP, 30 000 &#224; Brasilia [&lt;i&gt;&#231;a para&#238;t beaucoup par rapport aux manifs pr&#233;c&#233;dentes et aux chiffres donn&#233;s dans la presse&lt;/i&gt;, nda] &#171; Tout ressort dans un pays qui n'a pas connu de mobilisation sociale massive depuis des d&#233;cennies &#187; [&lt;i&gt;depuis les grands mouvements de lutte des ouvriers, principalement de l'automobile dans la r&#233;gion de SP avec les Commissions d'usine anim&#233;es par Lula &#8211; et la formation du PT &#8211; et, en 1984, les gr&#232;ves tr&#232;s violentes des &lt;/i&gt;boias frias&lt;i&gt; dans les plantations-usine de canne &#224; sucre. Sur toute cette p&#233;riode des luttes au Br&#233;sil, cf. excellent livre de Charles Reeve&lt;/i&gt; :&lt;i&gt; &lt;/i&gt;Exotisme s'abstenir &#8211; Journal d'un voyage en Am&#233;rique latine 1983-1984&lt;i&gt;, Ed Acratie, pp. 55-69, &lt;/i&gt;nda]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; A Rio, cons&#233;quence de la politique de pacification des favelas, ces derni&#232;res ne sont plus sous la coupe des 'narcos' (ou de ceux qui les ont remplac&#233;s, anciens policiers reconvertis dans le racket). Mais elles sont sous &lt;i&gt;la coupe du march&#233;&lt;/i&gt; (soulign&#233; par nous), des services priv&#233;s : hausse du prix de l'&#233;lectricit&#233;, hausse des prix des transports, du prix de l'eau, d'internet. Ces populations ont &#233;t&#233; mises dans &lt;i&gt;le march&#233; libre urbain g&#233;n&#233;ralis&#233;&lt;/i&gt; (idem). Et en m&#234;me temps, on leur demande de partir, pr&#233;textant des risques naturels, de l'insalubrit&#233;. (&#8230;) Et l&#224; o&#249; ces populations habitaient dans le centre-ville, elles se retrouvent &#224; 80 km. A Rio, 80 km, c'est deux heures de transports. (&#8230;) L'h&#233;ritage de Lula que Dilma Roussef a en charge, c'est d'avoir fait entrer le Br&#233;sil dans la globalisation. Lula n'a fait aucune r&#233;forme de structures, il a mis le Br&#233;sil en ordre de marche pour &#234;tre un acteur important de la globalisation &#233;conomique et financi&#232;re. Bien s&#251;r, il y a eu des transferts de revenus importants qui ont fait reculer la pauvret&#233; de fa&#231;on massive. Et c'est cette grande pauvret&#233; qui se retrouve 'normalis&#233;e', directement &lt;i&gt;confront&#233;e au march&#233; urbain&lt;/i&gt; (idem). Lula a promu les pauvres dans la soci&#233;t&#233; br&#233;silienne, mais il les a &lt;i&gt;propuls&#233;s dans un pays globalis&#233;&lt;/i&gt; (idem) &#187; [&lt;i&gt;c'est ce que nous qualifiions de changement qualitatif et pas seulement quantitatif. Il ne s'agit pas d'une simple augmentation quantitative du niveau de vie, mais c'est un changement de situation sociale, de rapports sociaux qui construit cette augmentation. Ce ne sont pas les m&#234;mes, en tant qu'individus sociaux, devenus un peu plus riches, ou un peu moins pauvres, &lt;/i&gt;nda]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Gr&#226;ce aux programmes sociaux de Lula et l'actuelle pr&#233;sidente Dilma Rousseff, les habitants des favelas peuvent d&#233;sormais acqu&#233;rir des produits &#233;lectrom&#233;nagers &#187; (&lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; 26 juin)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2&lt;/strong&gt; Texte sur Libcom qui, sans autres explications, &#233;voque le &#171; fort nationalisme &#187; et &#171; la perte de l'identit&#233; de classe &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;3&lt;/strong&gt; Une forte analyse th&#233;orique sur le site de la revue Sic (en date du 25 juin 2013).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; On assiste &#224; la rencontre (&lt;i&gt;co-occurence&lt;/i&gt;) de la disparition de l'identit&#233; de classe et du renforcement du nationalisme, la facilit&#233; avec laquelle ce dernier est utilis&#233; par l'Etat dans chaque lutte, la facilit&#233; avec laquelle il devient l'autolimitation (&lt;i&gt;self-policing&lt;/i&gt; : auto maintien de l'ordre) de chaque lutte. Cela n'arrive pas seulement au Br&#233;sil, pas seulement dans l'Europe m&#233;ridionale dans les profondeurs de la crise (avec la gauche qui prend en marche le train du nationalisme avec son discours 'anti-imp&#233;rialiste' contre l'Europe du Nord) mais aussi en Europe du Nord et il semble &#234;tre une caract&#233;ristique r&#233;currente des luttes actuelles. Les vieux gauchistes diront, c'est normal, le manque de conscience de classe conduit naturellement dans le pi&#232;ge du nationalisme. Comment pouvons-nous formuler une th&#233;orisation de cette situation qui s'oppose &#224; cette compr&#233;hension programmatique ? Si nous ne voulons pas r&#233;duire le nationalisme &#224; une manifestation des classes moyennes ou un ph&#233;nom&#232;ne petit-bourgeois (ce qu'il est manifestement mais pas seulement), nous devons consid&#233;rer comment ce conflit intra-classe appara&#238;t et ce qu'il produit. Comment se fait-il qu'&#224; l'int&#233;rieur des luttes nous avons constamment un camp qui affirme la nation (le peuple autochtone, les citoyens) contre l' 'Etat corrompu', voulant un Etat 'meilleur' qui 'd&#233;fende r&#233;ellement les int&#233;r&#234;ts de la nation', un 'chef int&#232;gre'. Ce camp semble se renforcer avec le rejet des organisations politiques de gauche et des syndicats, il participe aux &#233;meutes, et souvent se transforme ais&#233;ment en pers&#233;cution des couches les plus basses du prol&#233;tariat (les immigr&#233;s, les plus pauvres). Nous n'avons pas vu ce dernier &#233;l&#233;ment au Br&#233;sil, mais je ne serai pas surprise s'il &#233;tait l&#224; au coin de la rue. En Gr&#232;ce il s'est compl&#232;tement align&#233; avec le maintien de l'ordre et la restructuration (&lt;i&gt;In Greece it is aligned fully with policing and restructuring&lt;/i&gt;) dans un paroxysme de conflits intra-classe ('je suis ch&#244;meur, alors pourquoi je me risquerai &#224; faire gr&#232;ve ?' ; 'Ils devraient &#234;tre heureux d'avoir un boulot' ; 'J'esp&#232;re qu'ils vont se faire virer comme &#231;a j'en aurai un' ou 'De cette fa&#231;on on pourra voir un peu de changement'). Ils attribuent la crise aux 'politiciens corrompus et indiff&#233;rents &#224; l'int&#233;r&#234;t national' et aux 'travailleurs du secteur public', c'est la base sur laquelle ils participent aux &#233;meutes. Il est remarquable que, malgr&#233; la 'disparition de l'identit&#233; de classe', l'affirmation du travail et de la n&#233;cessit&#233; d'&#234;tre productif est partie prenante de ce nationalisme. C'est presqu'une identification compl&#232;te avec le capital [ &lt;i&gt;non, dans cette appr&#233;hension, le capital c'est la finance, la n&#233;gation du travail, le 'm&#233;tissage', etc., eux ils sont le travail. Cette analyse tend &#224; confondre l'id&#233;ologie et l'analyse th&#233;orique : l' &#171; affirmation du travail &#187; dont il est question n'est pas celle de la disparition de l'identit&#233; ouvri&#232;re qui constituait l'identit&#233; de classe&lt;/i&gt;, nda], contre tout opposition syndicaliste, la seule issue hors de l'horrible condition prol&#233;tarienne (et vers une meilleure condition prol&#233;tarienne !). Comme une reconnaissance que nous ne sommes rien hors du rapport salarial, &lt;i&gt;et donc&lt;/i&gt;, nous avons d&#233;sesp&#233;r&#233;ment besoin de renforcer l'accumulation capitaliste pour &#234;tre &lt;i&gt;quelque chose&lt;/i&gt;. &#187; [ &lt;i&gt;Cf. dans &#171; Une s&#233;quence particuli&#232;re / O&#249; en sommes-nous dans la crise &#187;, le chapitre sur la crise de la soci&#233;t&#233; salariale et la d&#233;l&#233;gitimisation de l'Etat&lt;/i&gt;]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;4&lt;/strong&gt; &lt;i&gt;Site du New York Times&lt;/i&gt; (18 juin 2013)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors que de 2000 &#224; 2013, l'inflation g&#233;n&#233;rale a &#233;t&#233; de 130 %, le prix des billets pour les matchs de foot a augment&#233; de 260 % (180 % pour les tickets de bus). Les milliards $ d&#233;pens&#233;s pour des matchs auxquels on ne pourra pas assister et &lt;i&gt;a fortiori&lt;/i&gt; la Coupe du monde, &#231;a reste en travers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;5&lt;/strong&gt; &#171; Br&#233;sil, le mythe des pays progressistes &#187; (Texte sur le site italien : &lt;i&gt;Note dal margine &#8211; tra Italia e America latina&#8230;lotte, movimienti sociali e il sogno mai sopito del socialismo&lt;/i&gt;, publi&#233; le 3 / 5 / 2013))&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Augmentation de 60 % des salaires minimum entre 2003 et 2010. [&lt;i&gt; Revenir sur cette question de salaire minimum, salaire moyen et salaire m&#233;dian, voir plus loin&lt;/i&gt;]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'abondance de liquidit&#233;s internationales a permis une politique int&#233;rieure moins restrictive ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La modernisation des mod&#232;les de consommation a touch&#233; seulement une partie de la population : pour les couches sociales qui ont obtenu un avantage dans cette logique consum&#233;riste exacerb&#233;e le co&#251;t a &#233;t&#233; fort &#233;lev&#233; et devra &#234;tre sold&#233; &#224; travers de durs sacrifices. Les possibilit&#233;s d'achat pour les secteurs sociaux plus &#224; risque sont aliment&#233;es par une politique qui pousse &#224; l'expansion &#224; tout va du cr&#233;dit, mais elles ne sont pas accompagn&#233;es des conditions mat&#233;rielles qui permettent une augmentation soutenable d'une telle consommation. Le taux d'int&#233;r&#234;t r&#233;el sur les pr&#234;ts est stratosph&#233;riques et en asym&#233;trie totale avec la dynamique salariale, ce qui g&#233;n&#232;re une triste situation d'esclavage de dettes dans laquelle un pourcentage toujours plus importants des revenus familiaux est consacr&#233; au renflouage des banques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; En 2010, &#224; la fin du gouvernement Lula, le salaire moyen est rest&#233; &#224; peu pr&#232;s au m&#234;me niveau qu'en 1995, dans une sorte de stagnation dont le meilleur exemple est donn&#233; par les salaires effectivement pay&#233;s qui se situent au quart du salaire minimum, pr&#233;vu par la Constitution br&#233;silienne. (&#8230;) Durant les ann&#233;es 2000, le processus de pr&#233;carisation du travail s'est approfondi, ainsi que la perte progressive de droits : pendant les ann&#233;es de Lula, le temps de travail hebdomadaire br&#233;silien a &#233;t&#233; d'environ 44 heures, augmentant d'une heure par rapport aux huit ann&#233;es pr&#233;c&#233;dentes, il n'y a pas eu une v&#233;ritable lutte contre le travail ill&#233;gal, situation dans laquelle se trouve pr&#232;s de la moiti&#233; des travailleurs. En outre, la croissance de l'emploi s'est accompagn&#233;e d'un profond processus de sous-traitance estim&#233; &#224; plus d'un tiers des emplois cr&#233;&#233;s au cours des derni&#232;res ann&#233;es et repr&#233;sente pr&#232;s d'un cinqui&#232;me de la main-d'&#339;uvre totale. (&#8230;) Environ 40 % de la force de travail br&#233;silienne reste au ch&#244;mage ou est sous-employ&#233;e, en somme sans revenus ou avec un emploi qui paie moins que le salaire minimum. La persistance de quelque 30 millions de Br&#233;siliens pauvres r&#233;v&#232;le plut&#244;t l'absurdit&#233; qui consiste &#224; affirmer qu'un pays comme le Br&#233;sil est compos&#233; majoritairement d'une classe moyenne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Il y a deux exceptions : la premi&#232;re est l'augmentation des d&#233;penses sur les politiques sociales en mati&#232;re de sant&#233;, qui est principalement attribuable &#224; la mise en &#339;uvre de la Constitution de 1988, et la seconde se r&#233;f&#232;re plut&#244;t &#224; des programmes d'aide directe et &#224; la politique sociale du gouvernement Lula, qui ont doubl&#233; par rapport au gouvernement pr&#233;c&#233;dent. L'id&#233;e que le gouvernement Lula a &#233;t&#233; un changement qualitatif dans la politique sociale est une erreur, car il a agi plus sur les effets des probl&#232;mes sociaux que sur les causes, se contentant de r&#233;duire la souffrance des personnes, dans l'&#233;troite limite g&#233;n&#233;r&#233;e par les ajustements budg&#233;taires et une politique fiscale &#224; vis&#233;e macro&#233;conomique. L'&#233;volution de la composition des d&#233;penses publiques pour l'aide sociale entre 1995 et 2010 du gouvernement f&#233;d&#233;ral montre qu'il n'y a jamais eu un changement qualitatif dans les politiques de Lula par rapport &#224; son pr&#233;d&#233;cesseur, de sorte qu'on ne peut s'emp&#234;cher de remarquer une sorte d'inertie &#224; surmonter le foss&#233; &#233;norme entre les ressources pour combler les lacunes en mati&#232;re de politique sociale et les ressources financi&#232;res mises en jeu. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;6&lt;/strong&gt; &lt;i&gt;Octobre 2013 gr&#232;ve des enseignants et paysans sans terre&lt;/i&gt; (Site Web &lt;i&gt;Lib&#233;ration&lt;/i&gt; pour les paysans et &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; pour les enseignants).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A SP, une manifestation de paysans sans terre a d&#233;g&#233;n&#233;r&#233; en saccages de banques et affrontements violents avec la police.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SP et Rio. Manifs des enseignants, nombreuses violences en fin de cort&#232;ge entre police et &#171; Black Bloc &#187;. Impasse des n&#233;gociations, les enseignants pas vraiment contre ces interventions des &#171; activistes &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;7&lt;/strong&gt; Octobre, gr&#232;ve p&#233;trole. Gr&#232;ve et mobilisation contre la vente aux ench&#232;res des nouvelles zones de forage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Il est absurde que le gouvernement br&#233;silien d&#233;ploie des troupes pour garantir que le champ p&#233;trolif&#232;re Libra soit emport&#233; par des &lt;i&gt;&#233;trangers&lt;/i&gt; (soulign&#233; par nous) &#187; (Jose Antonio de Moraes, pr&#233;sident de la F&#233;d&#233;ration unifi&#233;e des travailleurs du p&#233;trole). Le syndicat affirme que cette adjudication du champ p&#233;trolif&#232;re va &#224; l'encontre des int&#233;r&#234;ts nationaux en autorisant les compagnies &#233;trang&#232;res &#224; partager la production avec Petrobras.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;8&lt;/strong&gt; &lt;i&gt;Compte rendu d'une r&#233;union internationale&lt;/i&gt; (&#233;t&#233; 2013)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Il s'agit d'extraits d'une discussion anim&#233; par un camarade qui vit depuis 5 ans &#224; Rio, sur les favelas et la participation de leurs habitants &#224; la mobilisation de juin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Les statistiques disent que 66 % des personnes vivant dans les favelas appartiennent &#224; la classe moyenne sur la base du fait que 330 euros par famille c'est suffisant (environ 990 reals &#8211; BRL). Compar&#233;s aux prix, c'est pas grand-chose. (&#8230;) Dans les ann&#233;es 1990, urbanisation et int&#233;gration de la population des favelas comme consommateurs (cf. doc internet n&#176;1). Double strat&#233;gie d'int&#233;gration et de d&#233;placement avec l'installation d'unit&#233;s de police, une partie de la population a &#233;t&#233; d&#233;plac&#233;e tr&#232;s loin. (&#8230;) Des personnes de diff&#233;rentes classes vivent dans les favelas. Certains avec des revenus correct restent parce que les loyers ne sont pas chers, beaucoup travaillent dans le secteur informel, beaucoup &#233;galement comme vendeurs de rue. On ne peut pas vivre avec le salaire minimum, donc il faut faire de l'argent d'une autre fa&#231;on.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Sp&#233;cifiquement en ce qui concerne la participation des habitants des favelas aux manifestation de masse. En ce qui concerne leur composition sociale, il y avait surtout au d&#233;but des &#233;tudiants de la classe moyenne. Au fur et &#224; mesure que les manifs grossissaient, des personnes d'autres classes s'y joignaient. Bien qu'il ne s'agisse pas d'un mouvement populaire, cela &#233;tait tr&#232;s important et visible quand des gens des favelas &#233;taient pr&#233;sents.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Pour r&#233;sumer, la majorit&#233; des habitants ont un travail pr&#233;caire, principalement dans les services, comme femmes de m&#233;nage, etc. Pour eux, l'augmentation du prix du bus &#233;tait r&#233;ellement catastrophique. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, il est assez aventureux de conclure comme dans ce compte rendu : &#171; Selon tous les t&#233;moignages que j'ai lus ou entendus, les manifs &#233;taient majoritairement populaires, pas du tout &#224; pr&#233;dominance &#233;tudiante &#187;. [&lt;i&gt;C'est s&#251;r, la contestation a gagn&#233; les favelas, les p&#233;riph&#233;ries, les quartiers populaires ; mais de quelle fa&#231;on, dans quel rapport avec la contestation initiale ?&lt;/i&gt;]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;9&lt;/strong&gt; &lt;i&gt;Divers&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'apr&#232;s le journal &lt;i&gt;Terra&lt;/i&gt; (25 juin) : &#224; Rio, 2500 personnes descendent de la favela de Rocinha pour protester devant la maison du gouverneur situ&#233;e dans le quartier chic de Leblon, la foule est rejointe par les habitants de la favela de Vidigal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;D'un journal trotskyste br&#233;silien&lt;/i&gt; (octobre 2013) : &#171; La question noire suintait par tous les pores durant les journ&#233;es de juin. A SP et &#224; Brasilia, la g&#233;ographie sociale de ces villes s&#233;pare la majorit&#233; noire de la population dans des zones p&#233;riph&#233;riques isol&#233;es. Alors que les manifestations dans les zones centrales &#233;taient &#224; pr&#233;dominance blanche, les actions et les blocages de rue en p&#233;riph&#233;rie de la ville &#233;taient dans leur &#233;crasante majorit&#233; effectu&#233;s par des noirs. A Belo Horizonte, comme les manifs pour se rendre au stade de Mineiro traversent les grandes favelas, la jeunesse noire qui rejoignait les manifs en bloc s'est constitu&#233;e en ligne de front la plus radicale dans les confrontations obligeant plusieurs fois la cavalerie des troupes de choc de la police &#224; reculer. A Rio, ville dont les favelas sur les moros sont ins&#233;r&#233;es dans les zones centrales, les actions montrent la jeunesse noire sur la ligne de front dans les confrontations avec la police &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Diario Liberdade (journal portugais). &#171; Il s'agit d'un mouvement majoritairement jeune &#8211;travailleurs et fils de travailleurs, gens du peuple. A premi&#232;re vue et sch&#233;matiquement, on peut dire qu'il s'agit d'un prol&#233;tariat jeune, tr&#232;s diversifi&#233; socialement et spatialement : dans les centres urbains une majorit&#233; de travailleurs informels et dans les services, dans les banlieues une classe travailleuse plus formalis&#233;e et une grande p&#233;riph&#233;rie tr&#232;s pauvre. La participation des bourgeois dans les manifs &#233;tait infime et des petits bourgeois &#233;tait tr&#232;s minoritaire. &#187; [&lt;i&gt;De quelles manifs s'agit-il ? Il semblerait que se sont d&#233;roul&#233;s simultan&#233;ment des mouvements demeur&#233;s en grande partie parall&#232;les,&lt;/i&gt; nda]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;10&lt;/strong&gt; &lt;i&gt;R&#233;cit sur Libcom de quelques &#233;v&#233;nements &#224; Vitoria&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La gr&#232;ve du 1er juillet appel&#233;e par Facebook, pas un grand effet, mais quelques bureaux et des &#233;coles ferm&#233;es. La gr&#232;ve syndicale du 11 juillet, une &#233;norme liste de revendications, pas tr&#232;s suivie. A Vitoria, le mouvement s'est concentr&#233; sur le p&#233;age tr&#232;s cher d'un pont entre Vitoria et Vila Velha. Une manif a d&#233;truit tous les postes de p&#233;age et la municipalit&#233; a propos&#233; qu'il n'y aurait plus de p&#233;age. Au moment du vote au Conseil municipal, une majorit&#233; semblait se dessiner contre cette annulation, la foule a envahi la salle, brisant les portes, et l'annulation a &#233;t&#233; vot&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un essai de synth&#232;se :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question de la participation aux manifestations&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous nous fonderons sur un ensemble de documents glan&#233;s sur le net relatifs &#224; la question du salaire minimum, du salaire moyen, du salaire m&#233;dian et donc de la fameuse appellation &#171; classe moyenne &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On retrouve souvent dans les documents, le chiffre de 66 % des habitants des favelas ayant &#171; rejoint la classe moyenne &#187;, avec un salaire moyen de 910 BRL (Bresilian Real : 1 BRL = 0,43 $ = 0,32 euros &#8211; novembre 2013, le BRL n'est pas flambant en ce moment) ils n'auraient &#233;t&#233; que 33 % en 2003 ; l'origine est un sondage command&#233; par le gouvernement et portant sur 0,02 % de la population des favelas (11,7 millions, soit 6 % de la population). C'est l&#224; qu'on commence &#224; nager dans des chiffres absolument incoh&#233;rents si ce n'est contradictoires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; L'Institut br&#233;silien de la g&#233;ographie et de la statistique &#187; d&#233;coupe la population en 5 classes : A : revenu mensuel par famille &gt; 9745 BRL&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;B : entre 7475 et 9745&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C : entre 1734 et 7474, c'est la &#171; classe moyenne &#187; de la statistique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D : entre1085 et 1734&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;E : &lt; 1085&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il en ressortirait que la &#171; classe haute &#187; recouvre 20 % de la population, la classe moyenne 54 % et la clase basse 24 %.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A noter que, en dehors de la pertinence de tels d&#233;coupages, les statisticiens br&#233;siliens ne s'emmerdent pas, entre le plancher et le plafond de la C existe un rapport de 1 &#224; 4,3. Aucune autre &#171; classe &#187; n'a une telle amplitude. Malgr&#233; cela le salaire moyen suppos&#233; de la population des favelas (910 BRL) situe celle-ci dans la classe E et non dans C.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le m&#234;me document reproduit sur le site &lt;i&gt;Aujourd'hui Br&#233;sil&lt;/i&gt; donne un salaire minimum de 678 BRL et un salaire moyen de 1400 BRL.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De son c&#244;t&#233; le &lt;i&gt;Journal des fran&#231;ais et francophones &#224; l'&#233;tranger &lt;/i&gt;donne un salaire moyen de 793 BRL soit environ 264 euros. Mais le site de RFI donne 622 en 2012 avec une augmentation au d&#233;but de cette ann&#233;e l&#224; de 14 % et 66 % d'augmentation depuis 2002 (25 % de la population profite de la hausse ce qui donne une id&#233;e de la masse de la classe E qui s'&#233;tend jusqu'&#224; 1085 BRL). Le site &lt;i&gt;Aujourd'hui Br&#233;sil&lt;/i&gt; annonce une augmentation de 8,5 % d&#233;but 2013 (pour une inflation g&#233;n&#233;rale officielle de 5,6 %) : le salaire minimum passe &#224; 674,9 BRL (244 euros). Pour les syndicats, ce salaire minimum devrait &#234;tre de 2600 BRL.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour l'ambassade de France, le salaire minimum est &#233;galement de 678 BRL (sources BIT). Ce chiffre para&#238;t vraisemblable mais on ne sait jamais s'il s'agit de brut ou de net (en r&#232;gle g&#233;n&#233;rale, sauf pr&#233;cision, les organismes officiels de statistiques donnent des chiffres en brut). Toujours pour l'ambassade, le salaire moyen est indiqu&#233; &#224; 1725 BRL, en regard est donn&#233; un salaire moyen en France de 1607 euros. Or si l'on va sur le site de l'Insee, le salaire moyen en France est de 2130 euros net (2085 pour le site du journal L'Expansion) et c'est le salaire m&#233;dian qui est de 1607 euros (1726 pour l'Expansion, 1458 en int&#233;grant les temps partiels). Quelle que soit la source, on peut donc supposer que le &#171; salaire moyen &#187; de l'ambassade est en fait le &#171; salaire m&#233;dian &#187;. C'est important car, entre autres chiffres, l'ambassade indique que le taux de pauvret&#233; au Br&#233;sil est de 28,8 % de la population. Le taux de pauvret&#233; est fix&#233; &#224; 50 % du salaire m&#233;dian. Donc 28,8 % de la population est en dessous de 863 BRL par mois (c &#224; d 1725 / 2), ce qui gonfle la classe E et si on y ajoute la D, cela nous donne une &#171; classe basse &#187; bien au-del&#224; des 24 % annonc&#233;e et un &lt;i&gt;salaire minimum en dessous du seuil de pauvret&#233;&lt;/i&gt;. En outre nos habitants des favelas avec leur 910 BRL en salaire moyen &#233;margent juste au-dessus du seuil de pauvret&#233;. Enfin, 1725 BRL (salaire m&#233;dian) correspond environ au plancher de la classe C (dite &#171; classe moyenne &#187;), il en r&#233;sulte que la moiti&#233; des salari&#233;s se situent dans les classes D et E (le salaire m&#233;dian est le niveau de salaire qui partage la population salari&#233;e en deux parties &#233;gales) et non dans la classe C.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Livrons nous &#224; un dernier petit exercice d'arithm&#233;tique &#233;l&#233;mentaire. En consid&#233;rant un salaire minimum de 678 BRL : &#224; Rio, le ticket de transport &#224; 1,10 euro soit environ 3 BRL &#233;gale 1 / 226&#232;me du salaire minimum. A Marseille, avec un salaire minimum de 1121 euros net, le ticket de transport vendu &#224; l'unit&#233; &#224; 1,5 euro &#233;gale 1 / 747&#232;me du salaire minimum. Il est proportionnellement 3,3 fois moins cher.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toute cette salade est importante. Premi&#232;rement, l'appartenance de la majorit&#233; de la population &#224; la classe moyenne appara&#238;t comme une vaste blague au regard des crit&#232;res officiels eux-m&#234;mes. Deuxi&#232;mement, il appara&#238;t que durant les ann&#233;es 2000, le salaire minimum a &#233;t&#233; r&#233;guli&#232;rement ajust&#233;, il peut donc &#234;tre consid&#233;r&#233; comme pertinent en ce qui concerne le sondage des manifestants (coupure 1). Troisi&#232;mement, cette augmentation du salaire minimum et un salaire m&#233;dian &#224; 1725 BRL (limite basse de la classe C) confortent l'id&#233;e d'une augmentation quantitative introduisant un changement qualitatif dans les rapports sociaux &#224; l'int&#233;rieur desquels s'effectue la consommation (la reproduction de la force de travail) et par l&#224; le sens donn&#233; &#224; la mobilisation de juin (cf. document internet 1 - texte Bertho &#8211; et document 5 ; et aussi coupure 9). C'est le passage &#224; une mis&#232;re &lt;i&gt;marchande&lt;/i&gt; qui peut s'accompagner de l'augmentation du &#171; nombre de dollars par jour &#187;. Quatri&#232;mement, si on en revient &#224; la coupure 1 (l'enqu&#234;te de revenus dans les manifs), la somme des pourcentages &#233;gale 89 %, 11 % des manifestants se sont volatilis&#233;s, on peut les supposer en dessous du salaire minimum dans la mesure o&#249; la derni&#232;re cat&#233;gorie est sans limite sup&#233;rieure. Ce qui nous donne 66 % des manifestants en dessous de 1750 BRL (pour la cat&#233;gorie de 30 % entre deux et trois fois le salaire minimum, celui-ci, arrondi g&#233;n&#233;reusement &#224; 700 BRL, a &#233;t&#233; multipli&#233; par 2,5), c'est-&#224;-dire, &#224; quelques BRL pr&#232;s, en dessous du salaire m&#233;dian. On retrouve une id&#233;e pr&#233;sent&#233;e dans la coupure 9 sur les &#171; nouveaux entrants dans la classe moyenne &#187;, mais s'il s'agit bien d'une mobilisation sociale de cat&#233;gories prises dans un mouvement ascensionnel, ce n'est pas de passage dans la &#171; classe moyenne &#187; dont il s'agit, mais d'une mobilisation sociale domin&#233;e par ce que l'OCDE qualifiait de &#171; population vuln&#233;rable &#187; (coupure 12) : entre la sortie de la pauvret&#233; et la possible appartenance &#224; la &#171; classe moyenne &#187;. La pr&#233;sence dans les manifestations de 34 % de personnes gagnant plus de quatre fois le salaire minimum confirme cet aspect de lutte contre une ascension sociale bloqu&#233;e, mais inversement, la mobilisation est bien encore enracin&#233;e dans la pauvret&#233; dont on se d&#233;gage. D'o&#249; &#224; la fois l'&#233;tendue sociale de la mobilisation et sa segmentation ou alors parfois la conjonction probl&#233;matique de cat&#233;gories sociales encore unies mais qui, selon la tectonique des plaques, se d&#233;tachent les unes des autres (distinction surd&#233;termin&#233;e par la question raciale). La politique urbaine synth&#233;tise les questions relatives &#224; la reproduction de la force de travail et de fa&#231;on conjointe &#224; la reproduction des diff&#233;rences de classes : questions de logement (localisation dans l'espace que bouleverse la &#171; r&#233;novation urbaine &#187;), sant&#233;, &#233;ducation, transport. Dans la densit&#233;, la qualit&#233; et le co&#251;t des services publics se jouent non seulement la reproduction de la force de travail mais &#233;galement les enjeux de mobilit&#233; sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le caract&#232;re &lt;i&gt;urbain&lt;/i&gt; de la mobilisation et de la lutte, non seulement au sens o&#249; elles se d&#233;roulent en ville mais aussi au sens o&#249; l'organisation et l'usage de la ville en sont leurs enjeux, ne peut pas &#234;tre laiss&#233; de c&#244;t&#233; comme la simple enveloppe de la lutte de classe. En Am&#233;rique du Sud, les saccages de gares ferroviaires ou de bus sont monnaie courante, c'est une protestation contre la condition de b&#234;te &#224; travail &#224; d&#233;placer, ce n'&#233;tait pas le cas au Br&#233;sil. Il ne s'agissait pas d'une r&#233;volte contre sa condition mais contre une &#171; mauvaise gestion &#187; de l'argent public au d&#233;triment des services publics dont d&#233;pendent les distinctions sociales et &#224; l'int&#233;rieur d'elles la mobilit&#233; sociale. L'urbain ne peut &#234;tre alors seulement compris comme un cadre de la lutte des classes mais il en est d&#233;finitoire comme une condition existante dans laquelle cette lutte se d&#233;roule, il en est une condition d'existence &lt;i&gt;telle qu'elle est&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Luttes urbaines{}&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La ville ne se r&#233;duit ni &#224; l'enregistrement passif des d&#233;terminations du mode de production et de leurs &#233;volutions, ni aux relations mat&#233;rielles d'imm&#233;diatet&#233; entre les individus ni m&#234;me les classes qui composent ce mode de production comme soci&#233;t&#233;. Elle se situe &#224; la charni&#232;re entre d'une part ces relations imm&#233;diates des individus &#224; l'int&#233;rieur de groupes plus ou moins vastes o&#249; s'entrecroisent d&#233;terminations de classes, ethniques, culturelles, de genres et de ces groupes entre eux et, d'autre part, l'ordre global du mode de production et de la soci&#233;t&#233; r&#233;gl&#233; par l'Etat, diverses institutions et la structure des rapports de production&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Mode de production et soci&#233;t&#233; ne se confondent pas : Fondements t. 1, pp. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Cet ordre global se mat&#233;rialise dans la ville, il devient visible et s'impose dans et par les relations imm&#233;diates et devient ainsi pour les individus &lt;i&gt;int&#233;rieurement&lt;/i&gt; persuasif et contraignant. La ville est une m&#233;diation du tr&#232;s proche et du lointain (on peut envisager la d&#233;rive situationniste comme l'exp&#233;rimentation de cette m&#233;diation). En cela, elle peut &#234;tre consid&#233;r&#233;e comme un moyen de production, une force productive, elle n'est pas le lieu passif o&#249; s'inscrirait la distinction de genres et l'exploitation. L'urbain intervient comme tel dans la distinction hi&#233;rarchique des genres et dans l'exploitation. Ni les rapports de production, ni la distinction de genres n'existent en dehors d'une histoire, de toutes sortes d'instances id&#233;ologiques et de fonctions li&#233;es &#224; la reproduction sociale aussi bien de la force de travail en tant que capacit&#233; individuelle et collective que de la reproduction de la division de la soci&#233;t&#233; en classes. La ville r&#233;alise cette synth&#232;se dans une transcription mat&#233;rielle, elle est l'exposition mat&#233;rielle simultan&#233;e de toutes les instances dans l'illusion inh&#233;rente &#224; l'imm&#233;diat et au v&#233;cu. Ainsi, la ville ne s'impose pas aux individus, elle est leur &#339;uvre, en m&#234;me temps qu'elle est un dispositif de contr&#244;le et d'assignation, assujetti aux imp&#233;ratifs de la production et de la reproduction, organisme de contr&#244;le. Dans la ville, l'appropriation par les classes domin&#233;es des assignations et des imp&#233;ratifs sociaux, spatiaux, de circulation et de voisinage est une menace pour l'ordre global qui produit ces imp&#233;ratifs&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sur cette id&#233;e d'appropriation, on peut se r&#233;f&#233;rer &#224; Alessi del Umbria, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-18&#034;&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le cours de l'histoire des villes, de chaque ville, r&#233;guli&#232;rement, l'ordre global du mode de production doit imposer ses nouvelles lois contre sa propre appropriation, sa propre int&#233;riorisation ant&#233;rieure : d&#233;faire la ville comme &#339;uvre. C'est la grande perc&#233;e baroque de Rome, l'&#233;ventrement de la butte des Carmes &#224; Marseille, l'Avenida do Brasil, l'emmurement des favelas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le pontificat de Sixte Quint (1585-1590) est marqu&#233; par la volont&#233; de moraliser la vie urbaine, dans la continuit&#233; du Concile de Trente. Si les cibles du pape sont nombreuses (astrologie, superstition, paris, adult&#232;re, etc.), une attention particuli&#232;re est port&#233;e &#224; la lutte contre le brigandage et la criminalit&#233;. Les condamnations &#224; mort de multiplient. La mendicit&#233;, associ&#233;e &#224; la d&#233;linquance et au vagabondage, est interdite, mais un h&#244;pital est construit pour les pauvres 'dignes' d'&#234;tre assist&#233;s (l'&lt;i&gt;ospizio dei poveri di San Sisto&lt;/i&gt;). Afin d'encadrer la prostitution, en 1585, Sixte Quint impose aux prostitu&#233;es de r&#233;sider dans la zone du Champ de Mars (il s'agit ici d'un quartier de Rome, nda). Mais c'est un &#233;chec et le pape doit se contenter d'interdire aux femmes seules les sorties en carrosse ou apr&#232;s le coucher du soleil, ainsi que l'acc&#232;s aux rues principales. Enfin, le pontife intervient sur les parcours c&#233;r&#233;moniaux dans la ville : il promeut le tour des &lt;i&gt;Sette chiese&lt;/i&gt; comme rite alternatif au carnaval romain. &#187; (Aur&#233;lien Delpirou et &lt;i&gt;alii&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Atlas historique de Rome&lt;/i&gt;, Ed. Autrement, pp. 58-59)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'un coup, la pl&#232;be, les pauvres, le peuple, les prol&#233;taires deviennent des ilotes sans droit de cit&#233;. Toutes les r&#233;voltes qui ont l'urbain comme cadre et enjeu se situe dans les failles entre cet ordre global des classes dominantes et ce &lt;i&gt;m&#234;me ordre&lt;/i&gt; &lt;i&gt;int&#233;rioris&#233;&lt;/i&gt;, reproduit comme relations et &lt;i&gt;modes de vie propres&lt;/i&gt; par les classes domin&#233;es qui vont opposer et revendiquer face &#224; l'ordre global les modes de vie et le type de relations sociales (comme si elles &#233;taient plus &#171; humaines &#187; et &#171; sociales &#187;) qui r&#233;sultent de ce m&#234;me ordre. Dans la plupart des villes d'Europe occidentale cette revendication est formalis&#233;e et prise en charge par des populations plus ou moins paup&#233;ris&#233;es mais &#224; fort capital culturel qui sont les t&#234;tes de pont de la &#171; gentrification &#187; de par leur construction et promotion m&#234;mes d'un &#171; mode de vie populaire &#187;. Dans ce cadre et cet enjeu, les d&#232;s sont pip&#233;s et les transgressions sont rares (toute contradiction contient toujours comme possible la remise en cause de ses propres termes : s'affirmer comme l'autre vis-&#224;-vis de l'un contient de n'&#234;tre que l'autre de cet un, c'est-&#224;-dire de n'&#234;tre soi-m&#234;me que de par &lt;i&gt;son autre&lt;/i&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mode de production capitaliste est le premier dont l'ordre global contient la volont&#233; &lt;i&gt;a priori&lt;/i&gt; de supprime les failles de sa propre appropriation comme existence urbaine, sans jamais y r&#233;ussir totalement car si la marchandise est le r&#232;gne de l'&#233;galit&#233;, de l'abstraction et de l'isomorphisme, le capital est celui de l'antagonisme et de la contradiction. Le d&#233;coupage de la ville en &#171; zones &#187;, &#171; aires &#187;, &#171; fonctions &#187;, n'est pas nouveau, ce qui est nouveau avec le capital c'est la s&#233;paration structurelle entre la vie domestique et le travail, entre la production et la reproduction, entre le priv&#233; et le public : l'apoth&#233;ose triste de l'individu. Ce n'est qu'&#224; l'&#233;poque du capital que les diff&#233;rentes zones de l'ensemble urbain se pr&#233;sentent &#224; l'individu comme un simple moyen de r&#233;aliser ses buts particuliers, comme une n&#233;cessit&#233; ext&#233;rieure, comme &#233;tant les rapports sociaux qui le d&#233;finissent fractionn&#233;s spatialement &#224; l'infini.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les rues disparaissent, les places sont des vides ou des trous, il faut &lt;i&gt;circuler&lt;/i&gt; entre des fonctions et des activit&#233;s dans un balisage imp&#233;ratif et constamment contr&#244;l&#233;, dans un espace remplis de consignes et de signaux o&#249; les diff&#233;rences qualitatives des lieux et instants n'ont plus d'importance et sont annihil&#233;es dans l'uniformit&#233; du b&#226;ti o&#249; rien ne distingue la gare de l'a&#233;roport, du centre commercial, du multiplex, du restaurant, de &#171; l'habitat social &#187;, tout cela en tant que fonction trait&#233;e et banalis&#233;e de fa&#231;on identique, si ce n'&#233;tait leur place et donc le soin, le m&#233;pris ou la gloire dont leur r&#233;alisation t&#233;moigne, dans une &lt;i&gt;unique&lt;/i&gt; hi&#233;rarchie des fonctions. La contradiction est alors constante entre un ordre global qui est celui de la suppression &lt;i&gt;mat&#233;rielle&lt;/i&gt; de son appropriation conflictuelle et l'appropriation que &lt;i&gt;malgr&#233; elle&lt;/i&gt; ce mode sp&#233;cifiquement capitaliste d'imposition de l'ordre global g&#233;n&#232;re car si &#224; l'instar de la marchandise toute relation doit devenir une abstraction et tout ce qui est v&#233;cu s'&#233;loigner dans sa repr&#233;sentation, l'abstraction contient toujours int&#233;rieurement le conflit, la distinction, les classes comme ce qui la fait &#234;tre telle, c'est-&#224;-dire abstraction. A Marseille, les enfants jouent au foot sur la dalle des &#233;quipements culturels qui ont fait exploser les quartiers le long des quais et les jeunes plongent des rochers au pied du MuCEM (&#224; moins qu'il s'agisse de figurants d'une &#171; ville populaire &#187;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La ville se fond dans l'am&#233;nagement planifi&#233; du territoire, mais elle est toujours n&#233;cessairement l&#224; comme quelque chose qui suscite la m&#233;fiance et l'hostilit&#233; de &#171; l'ordre global &#187; qui, avec les rapports de production capitalistes, la mod&#232;le &lt;i&gt;directement&lt;/i&gt; comme &#224; dispara&#238;tre en tant qu'appropriation et &#339;uvre. Mais parce que la ville est mat&#233;rielle et, n&#233;cessairement, du plus ou moins &lt;i&gt;fixe&lt;/i&gt;, elle s'interpose toujours entre cet ordre (qui se veut purement quantitatif et abstrait) et les individus. Ce qui s'interpose c'est le sol, l'espace, mais non le sol ou l'espace en eux-m&#234;mes, mais leur appropriation : la propri&#233;t&#233; fonci&#232;re et donc la rente fonci&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si m&#234;me dans le mode de production capitaliste il peut y avoir &#171; appropriation &#187; et luttes urbaines (ces derni&#232;res enserr&#233;es dans leurs limites), c'est que le capital &#171; se ligote lui-m&#234;me au sol &#187; pour reprendre l'expression d'Henri Lefebvre dans &lt;i&gt;La pens&#233;e marxiste et la ville&lt;/i&gt; (Ed. Casterman). Cependant, pour Lefebvre, la propri&#233;t&#233; fonci&#232;re est une survivance : &#171; Du c&#244;t&#233; du pass&#233;, il (le MPC, nda) tra&#238;ne la propri&#233;t&#233; du sol, prolongement de ce qu'il y eut avant lui. &#187; (&lt;i&gt;op.cit&lt;/i&gt;., p.159). Si cela entra&#238;ne chez Lefebvre de grandes confusions, ces confusions m&#234;mes peuvent parfois &#234;tre stimulantes en amenant &#224; se poser la question : est-ce que le MPC pourrait se passer de la propri&#233;t&#233; du sol ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s avoir &#233;voqu&#233; les vell&#233;it&#233;s du radicalisme de la Belle Epoque de supprimer la propri&#233;t&#233; priv&#233;e du sol et par l&#224; de briser les entraves &#224; la croissance que sont la propri&#233;t&#233; fonci&#232;re et les rentes et ainsi d'an&#233;antir, par l'action politique, la vieille classe des propri&#233;taires fonciers, Lefebvre &#233;crit : &#171; La propri&#233;t&#233; du sol se maintient dans le cadre de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e en g&#233;n&#233;ral (c'est un peu court comme explication, nda). Bien que cette propri&#233;t&#233; immobili&#232;re ait c&#233;d&#233; le pas &#224; la propri&#233;t&#233; mobili&#232;re, celle de l'argent et du capital, elle persiste. Et m&#234;me elle se consolide, d&#232;s le temps de Marx, la bourgeoisie enrichie achetant des terres, se constituant des propri&#233;t&#233;s fonci&#232;res (et par cons&#233;quent re-constituant, sur la base d'un nouveau monopole, la propri&#233;t&#233; fonci&#232;re et la rente du sol). La propri&#233;t&#233; du sol, intacte dans le fond, reconstitu&#233;e par le capitalisme, &lt;i&gt;p&#232;se sur l'ensemble de la soci&#233;t&#233;&lt;/i&gt;. Le cordon ombilical qui liait la soci&#233;t&#233; &#224; la nature a &#233;t&#233; mal coup&#233;. Qu'est-ce qui exigeait la coupure et impliquait la coupure ? &lt;i&gt;La ville&lt;/i&gt; (soulign&#233; par nous). Le lien s'est dess&#233;ch&#233;, l'&#233;change vivant entre la communaut&#233; et la terre n'a pas &#233;t&#233; remplac&#233; par une r&#233;gulation rationnelle et pourtant la soci&#233;t&#233; reste attach&#233;e et m&#234;me ligot&#233;e au sol. Par la propri&#233;t&#233; et les servitudes multiples qu'elle entretient. Notamment et surtout en subordonnant le sol &lt;i&gt;au march&#233;&lt;/i&gt;, en faisant de la terre un 'bien' commercialisable, relevant de la valeur d'&#233;change et de la sp&#233;culation, non de l'usage et de la valeur d'usage. (&#8230;) C'est l'entrave par excellence. &#187; (&lt;i&gt;Idem&lt;/i&gt;, p.151-152). La suppression de la propri&#233;t&#233; fonci&#232;re n'aurait en aucune fa&#231;on coup&#233; le &#171; cordon ombilical &#187; qui relie la soci&#233;t&#233; &#224; la nature, &#224; moins d'identifier &#224; jamais la nature et la propri&#233;t&#233; fonci&#232;re, de plus Lefebvre fait non seulement de la propri&#233;t&#233; fonci&#232;re une survivance mais encore cette survivance r&#233;sulte finalement d'un accident historique : la bourgeoisie enrichie ayant achet&#233; des terres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec le MPC, la propri&#233;t&#233; du sol n'est qu'un leurre, le v&#233;ritable objet de la propri&#233;t&#233;, c'est la rente. Quand Marx examine cette &#171; cat&#233;gorie irrationnelle et absurde &#187; qui est &#171; le prix d'achat ou valeur de la terre &#187;, apr&#232;s avoir montr&#233; qu'il ne s'agit que de la capitalisation de la rente, il conclut : &#171; En fait, il s'agit ici du prix d'achat &lt;i&gt;non point du &lt;/i&gt;sol (soulign&#233; par nous), mais de la rente fonci&#232;re qu'il rapporte, calcul&#233; d'apr&#232;s le taux d'int&#233;r&#234;t courant. &#187; (&lt;i&gt;Le Capital&lt;/i&gt;, Ed. Sociales, t.8, p.15). Dans le MPC, c'est le capital qui cr&#233;e la rente, pour comprendre cela, il faut revenir aux &#171; Consid&#233;rations pr&#233;liminaires &#187; qui ouvrent, dans &lt;i&gt;Le Capital&lt;/i&gt;, les sections consacr&#233;es &#224; la rente ainsi qu'aux chapitres relatifs &#224; la &#171; Gen&#232;se de la rente fonci&#232;re capitaliste &#187; et &#224; &#171; La rente en argent &#187;. Il faudrait ici bri&#232;vement r&#233;sumer ces chapitres, mais si nous allons droit &#224; la conclusion : en opposition aux formes pr&#233;capitalistes de la rente fonci&#232;re o&#249; elle est la &#171; forme normale de la plus-value et du surtravail &#187; (&lt;i&gt;Idem&lt;/i&gt;, p.179), la question est ramen&#233;e au fractionnement cr&#233;&#233; par le capital lui-m&#234;me sur la propre base de ces d&#233;terminations (co&#251;t de production / prix de production et la rente comme exc&#233;dent sur le profit moyen) de la plus-value globale. Alors, &#171; tous les rapports ant&#233;rieurs qui ont pris naissance sous l'ancien mode de production se trouvent an&#233;antis &#187; (&lt;i&gt;Ibid&lt;/i&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout cela n'emp&#234;che qu'&#224; l'int&#233;rieur de lui-m&#234;me le MPC &#224; un probl&#232;me avec la rente fonci&#232;re, de fa&#231;on erron&#233;e c'est ce que pointe tout de m&#234;me Lefebvre et de fa&#231;on pertinente il d&#233;signe la ville comme le lieu paroxystique de ce probl&#232;me. &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La propri&#233;t&#233; fonci&#232;re se distingue des autres formes de propri&#233;t&#233;s : elle appara&#238;t comme superflue et n&#233;faste &#224; un certain niveau de d&#233;veloppement &#233;conomique, m&#234;me du point de vue de la production capitaliste. &#187; (&lt;i&gt;Idem&lt;/i&gt;, p.14).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, la rente pose un probl&#232;me g&#233;n&#233;ral dans le mode de production capitaliste : &#171; La &lt;i&gt;rente&lt;/i&gt; n'est aussi que le nom d'une fraction de la plus-value que le capitaliste industriel doit verser &#224; autrui tout comme l'int&#233;r&#234;t est une autre fraction de la plus-value qu'il encaisse sans doute (comme la rente) mais qu'il doit reverser &#224; une tierce personne. Mais voici la grande diff&#233;rence : par la propri&#233;t&#233; fonci&#232;re, le propri&#233;taire foncier &lt;i&gt;emp&#234;che&lt;/i&gt; le capital d'&#233;galiser les valeurs des produits agricoles &#224; leurs co&#251;ts de production&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Marx d&#233;veloppe par ailleurs que la rente sur les terrains &#224; b&#226;tir suit les (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-19&#034;&gt;19&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ce qui lui donne ce pouvoir, c'est le monopole de la propri&#233;t&#233; fonci&#232;re. Il lui donne le pouvoir d'encaisser la diff&#233;rence entre valeur et co&#251;t de production. D'autre part, &#8212; dans la mesure o&#249; il s'agit de la rente diff&#233;rentielle &#8212; ce monopole lui donne le pouvoir d'encaisser l'exc&#233;dent de la valeur marchande sur la valeur du produit d'un sol d&#233;termin&#233;, au lieu que cette diff&#233;rence tombe, comme dans les autres branches d'activit&#233;, en tant que surprofit, dans la poche des capitalistes qui travaillent dans des conditions plus favorables que les conditions moyennes. (...) La propri&#233;t&#233; fonci&#232;re est un &lt;i&gt;moyen&lt;/i&gt; pour rafler une partie de la valeur en surplus produite par le capital industriel. &#187; (Marx, &lt;i&gt; Th&#233;ories sur la plus-value&lt;/i&gt;, Ed. sociales, t.3, p. 558.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'antagonisme entre le capital et la rente ne se limite pas &#224; une simple bataille de chiffonniers autour de la r&#233;cup&#233;ration d'un vieux pneu. La rente fonci&#232;re implique l'existence d'un surprofit permanent entre une sph&#232;re de production sp&#233;cifique et toutes les autres, ce qui entra&#238;ne l'impossibilit&#233; de la r&#233;partition proportionnelle de la plus-value exc&#233;dentaire de cette sph&#232;re de production entre toutes les branches exploit&#233;es par le capital.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La p&#233;r&#233;quation de la r&#233;partition de la plus-value que le capital total a produite, donc la transformation des valeurs en prix de production, &#171; repose sur la r&#233;partition proportionnelle, sans cesse changeante, du capital social total, entre les diverses sph&#232;res de production ; sur le va-et-vient perp&#233;tuel des capitaux ; sur leur transf&#233;rabilit&#233; d'une sph&#232;re &#224; l'autre, bref sur leur libre mouvement entre les diverses sph&#232;res de production, qui sont autant de champs d'investissement pour les fractions autonomes du capital social total. Nous admettons ici qu'aucune entrave (tout au plus une entrave occasionnelle et temporaire ) n'emp&#234;che la concurrence des capitaux de ramener la valeur aux prix de production (par exemple, dans une sph&#232;re de production o&#249; la valeur des marchandises est sup&#233;rieure &#224; leur prix de production o&#249; la plus-value produite sup&#233;rieure au profit moyen), ce qui entra&#238;ne la r&#233;partition proportionnelle de la plus-value exc&#233;dentaire de cette sph&#232;re de production entre toutes les branches exploit&#233;es par le capital. Mais si le contraire se produit, si le capital se heurte &#224; une force ext&#233;rieure, qu'il n'arrive pas &#224; vaincre ou qu'il ne peut vaincre qu'en partie ; si cette force restreint son investissement dans certaines sph&#232;res de production, ne l'admettant que dans certaines conditions qui excluent &#8212; enti&#232;rement ou en partie &#8212; la p&#233;r&#233;quation g&#233;n&#233;rale de la plus-value pour donner le profit moyen, il y aura &#233;videmment, dans ces sph&#232;res-l&#224;, constitution de surprofit, provenant de l'exc&#233;dent de la valeur des marchandises sur leur prix de production. Ce surprofit pourra se convertir en rente et, comme telle, pr&#233;tendre &#224; une existence ind&#233;pendante du profit. Or, cette force ext&#233;rieure et cette entrave, le capital investi dans le sol les rencontre dans la propri&#233;t&#233; fonci&#232;re. &#187; (&lt;i&gt;Idem&lt;/i&gt;, pp. 145-146).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Donc, le capital se ligote lui-m&#234;me au sol et il s'y ligote par la propri&#233;t&#233; fonci&#232;re. La ville et, de fa&#231;on paradigmatique, ce que Saskia Sassen appelle la &#171; ville globale &#187; est le lieu o&#249; le conflit, &#224; l'int&#233;rieur du mode de production capitaliste, entre le capital et la rente se donne le plus imm&#233;diatement &#224; voir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le paradoxe du global qui doit &#234;tre localis&#233; en des lieux pr&#233;cis et particuliers, ce paradoxe se trouve mis en forme par la rente, elle d&#233;termine les structures de cette localisation n&#233;cessaire de son empreinte au sol. C'est elle qui distribue sur un territoire les fonctions dans la division sociale du travail, les lieux de cantonnement et de circulation des diverses classes sociales, leur possibilit&#233; d'action et de pr&#233;sence dans la ville, c'est elle qui assigne des places concr&#232;tes, qui d&#233;termine la mat&#233;rialit&#233; des relations sociales et des voisinages. Par elle, les niveaux de salaires et de revenus, les diverses fonctions autonomis&#233;es du capital, deviennent des r&#233;alit&#233;s localis&#233;es. Si j'habite ici parce que je suis un ouvrier, l&#224; parce que je suis un trader, et encore l&#224; parce que je suis un ouvrier noir, cela d&#233;pend de mon salaire ou de mes revenus, mais c'est parce que la rente fonci&#232;re existe, ce n'est pas un effet &lt;i&gt;direct&lt;/i&gt; de mon salaire ; c'est un effet ne devenant effectif que m&#233;diatis&#233; par la rente. L'affectation selon le revenu semble une telle &#233;vidence que l'on en oublie la m&#233;canique interne qui la commande. Tous les rapports sociaux de production capitalistes sont &#171; ligot&#233;s au sol &#187;, ainsi que les classes et leur distinction. Personne n'est attach&#233; &#224; la gl&#232;be, mais le prol&#233;taire ne quittera sa cit&#233;, son bidonville ou son pavillon que pour une autre cit&#233; ou un autre quartier ouvrier. Le capital nous fait prol&#233;taire &lt;i&gt;en g&#233;n&#233;ral&lt;/i&gt;, la rente fait que l'on est &lt;i&gt;toujours de quelque part&lt;/i&gt;&#8230; provisoirement&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Etre de quelque part &#187; ne concerne ici que la relation &#224; des territoires, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-20&#034;&gt;20&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Mais de m&#234;me que la rente assigne une fonction ou une classe &#224; un lieu et &#224; des circulations entre divers lieux de la production et de la reproduction, inversement elle attribue ces lieux &#224; cette classe ou ce fragment de classe, elle les d&#233;signe &lt;i&gt;comme les siens&lt;/i&gt;. En m&#234;me temps qu'il structure la ville, l'ordre global dont la rente est partie prenante, am&#232;ne &#224; des formes d'appropriation &lt;i&gt;toujours d&#233;termin&#233;es par lui&lt;/i&gt;, mais qui sont pour lui toujours une menace dans la mesure o&#249; ces d&#233;terminations sont int&#233;rioris&#233;es et &lt;i&gt;reconstruites&lt;/i&gt; par les classes domin&#233;es comme modes de vie propres toujours territorialis&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le prol&#233;taire &#171; libre comme l'air &#187;, arch&#233;type pour Engels de la classe r&#233;volutionnaire, n'est pas une r&#233;alit&#233; imm&#233;diate comme il le pr&#233;sente dans &lt;i&gt;La Question du logement&lt;/i&gt;, ce n'est pas un mythe non plus, c'est une abstraction l&#233;gitime, c'est-&#224;-dire un concept qui permet de comprendre son &#171; assignation &#224; r&#233;sidence &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Critiquant le proudhonien allemand qui lui sert de punching-ball et qui regrette que le prol&#233;taire n'ait pas de lieu pour habiter et se trouve de ce fait &#171; en dessous des sauvages &#187;, Engels &#233;crit : &#171; Pour cr&#233;er la classe r&#233;volutionnaire moderne du prol&#233;tariat, il &#233;tait indispensable que f&#251;t tranch&#233; le cordon ombilical (ah ! cette image r&#233;currente du cordon ombilical comme relation de l'esp&#232;ce humaine &#224; la nature, nda) qui rattachait au sol le travailleur du pass&#233;. Le tisserand qui poss&#233;dait &#224; c&#244;t&#233; de son m&#233;tier sa maisonnette, son jardinet et son bout de champ, &#233;tait, avec toute sa mis&#232;re et malgr&#233; l'oppression politique, un homme tranquille et heureux, qui vivait 'en toute pi&#233;t&#233; et honn&#234;tet&#233;', tirait son chapeau devant les riches, les cur&#233;s et les fonctionnaires de l'Etat, et &#233;tait au fond de lui-m&#234;me 100 % un esclave. C'est la grande industrie moderne qui a fait du travailleur riv&#233; au sol un prol&#233;taire ne poss&#233;dant absolument rien, lib&#233;r&#233; de toutes les cha&#238;nes traditionnelles, &lt;i&gt;libre comme l'air&lt;/i&gt; ; c'est pr&#233;cis&#233;ment cette r&#233;volution &#233;conomique qui a cr&#233;&#233; les conditions qui seules permettent d'abolir l'exploitation de la classe ouvri&#232;re sous sa forme ultime, la production capitaliste. Et voici que notre proudhonien s'en vient, comme s'il s'agissait d'une grande r&#233;gression, pleurant et g&#233;missant sur l'expulsion des travailleurs de leur foyer, alors qu'elle fut justement la toute premi&#232;re condition de leur &#233;mancipation morale. (&#8230;) Le prol&#233;taire anglais de 1872 se trouve &#224; un niveau infiniment sup&#233;rieur &#224; celui du tisserand rural de 1772 ayant 'feu et lieu'. Et le troglodyte avec sa caverne, l'Australien avec sa cabane de torchis, l'Indien avec son propre foyer, feront-ils jamais une insurrection de juin et une Commune de Paris ? &#187; (Engels, &lt;i&gt;op.cit&lt;/i&gt;., pp. 28-29). Sans remonter &#224; la prise de la Bastille et au Faubourg Saint Antoine (cf. Sartre, &lt;i&gt;Critique de la Raison dialectique&lt;/i&gt;) l'insurrection de juin 1848 et la Commune de Paris ne sont pas des exemples probants de l'action r&#233;volutionnaire du prol&#233;taire qui, bien que non-propri&#233;taire, serait &#171; libre comme l'air &#187; et &#171; sans feu ni lieu &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si la propri&#233;t&#233; fonci&#232;re est un rapport social de production, elle ne l'est pas au m&#234;me titre que le capital ou le travail salari&#233;. On peut la qualifier de rapport social &#171; second &#187;. En effet : &#171; Si nous concevons le capital sous le seul aspect de la production de plus-value, &#224; savoir dans son rapport avec l'ouvrier, quand il extorque du surtravail par la contrainte qu'il fait peser sur la force de travail, c'est-&#224;-dire sur le salari&#233;, cette plus-value, en plus du profit (profit d'entrepreneur plus l'int&#233;r&#234;t), comprend &#233;galement la rente&#8230; &#187; (Marx, &lt;i&gt;Le Capital&lt;/i&gt;, Ed. Sociales, t.8, p.201). Rente absolue ou rente diff&#233;rentielle : &#171; Ce surprofit est enlev&#233; sous forme de rente au capital en fonction par celui dont un titre de propri&#233;t&#233; sur une parcelle du globe a fait le propri&#233;taire de ces richesses naturelles. En ce qui concerne les terrains &#224; b&#226;tir, A. Smith a montr&#233; que leur rente, comme celles de tous les terrains non agricoles, est bas&#233;e sur la rente agricole proprement dite. &#187; (Idem, p.156). Que ce soit comme exploitation de la terre aux fins de reproduction ou d'extraction, ou &#171; l'espace, &#233;l&#233;ment de toute production et n&#233;cessaire &#224; toute activit&#233; humaine, des deux c&#244;t&#233;s, la propri&#233;t&#233; fonci&#232;re exige un tribut. &#187; (Idem, p.157). C'est bien d'un tribut dont il s'agit, c'est-&#224;-dire d'une partie de la plus-value que le capital extorque &#224; l'ouvrier. &#171; La propri&#233;t&#233; fonci&#232;re n'a rien &#224; voir avec le proc&#232;s r&#233;el de production. Son r&#244;le se limite &#224; faire passer une partie de la plus-value produite des poches du capitaliste dans les siennes propres. Cependant, si le propri&#233;taire foncier joue un certain r&#244;le dans le proc&#232;s capitaliste de production, ce n'est pas seulement parce qu'il exerce une certaine pression sur le capital et pas non plus parce que la grande propri&#233;t&#233; fonci&#232;re est une condition pr&#233;alable et &lt;i&gt;sine qua non&lt;/i&gt; de la production capitaliste : (elle d&#233;poss&#232;de les ouvriers de leurs moyens de travail), mais sp&#233;cialement parce qu'il appara&#238;t comme la personnification d'une des conditions essentielle de la production. &#187; (Idem, p.199-200). &#171; &lt;i&gt;Condition&lt;/i&gt; (soulign&#233; par nous) essentielle de la production &#187;, mais qui &#171; n'a rien &#224; voir avec le proc&#232;s r&#233;el de production &#187;, c'est-&#224;-dire avec l'extorsion de plus-value : &#171; Cette rente (sur les terrains &#224; b&#226;tir, nda) pr&#233;sente plusieurs caract&#233;ristiques : l'influence pr&#233;pond&#233;rante de la situation sur la rente diff&#233;rentielle ( tr&#232;s importante par exemple pour les vignobles et les terrains &#224; b&#226;tir dans les grandes villes) ; secundo, elle fait appara&#238;tre &#224; l'&#233;vidence la passivit&#233; compl&#232;te du propri&#233;taire dont toute l'activit&#233; consiste &#224; exploiter le progr&#232;s du d&#233;veloppement social &lt;i&gt;auquel il ne contribue en rien&lt;/i&gt; (soulign&#233; par nous) et pour lequel il ne risque rien, contrairement au capitaliste industriel ; enfin elle se caract&#233;rise par la pr&#233;dominance dans beaucoup de cas du prix de monopole, sp&#233;cialement dans l'exploitation scandaleuse de la mis&#232;re (qui est pour les propri&#233;taires d'immeubles une ressource plus rentable que ne furent jamais les mines de Potosi pour l'Espagne) &#187; (Idem, p.156). Si, malgr&#233; l'appropriation par les classes domin&#233;es, les d&#232;s sont pip&#233;s, c'est parce que dans toute lutte de classes comme lutte urbaine (et l'on ne doit pas consid&#233;rer la surd&#233;termination comme un accident mais comme condition d'existence), c'est la propri&#233;t&#233; fonci&#232;re, rapport de production &#171; second &#187;, qui informe la lutte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1872, Engels avait &#233;crit trois articles sur la question du logement pour l'organe central du parti social-d&#233;mocrate allemand, r&#233;unis en brochure en 1887 : &lt;i&gt;La question du logement&lt;/i&gt; (Ed. Sociales).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le travailleur se pr&#233;sente devant l'&#233;picier comme un acheteur, c'est-&#224;-dire comme quelqu'un poss&#233;dant de l'argent ou du cr&#233;dit, donc nullement comme un travailleur, c'est-&#224;-dire comme quelqu'un vendant sa force de travail. L'escroquerie peut certes le toucher, comme d'ailleurs toute la classe moins fortun&#233;e, plus durement que les classes sociales ais&#233;es : elle n'est point un mal qui soit propre &#224; sa classe. Il en est exactement de m&#234;me pour la crise du logement. L'extension des grandes villes modernes conf&#232;re au terrain, dans certains quartiers, surtout dans ceux situ&#233;s au centre, une valeur artificielle&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-21&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dans le chapitre &#171; Rente sur les terrains &#224; b&#226;tir &#187;, Marx explique cette &#171; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-21&#034;&gt;21&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, croissant parfois dans d'&#233;normes proportions ; les constructions qui y sont &#233;difi&#233;es, au lieu de rehausser cette valeur, l'abaissent plut&#244;t, parce qu'elles ne r&#233;pondent plus aux conditions nouvelles ; on les d&#233;molit donc et on les remplace par d'autres. Ceci a lieu surtout pour les logements ouvriers qui sont situ&#233;s au centre et dont le loyer, m&#234;me dans les maisons surpeupl&#233;es, ne peut jamais, ou du moins avec une extr&#234;me lenteur, d&#233;passer un certain maximum. On les d&#233;molit et &#224; leur place on construit des boutiques, des grands magasins, des b&#226;timents publics&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-22&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Engels ne pouvait pas pr&#233;voir le r&#244;le de t&#234;te de pont jou&#233; par les (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-22&#034;&gt;22&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. (&#8230;) Il en r&#233;sulte que les travailleurs sont refoul&#233;s du centre des villes vers la p&#233;riph&#233;rie, que les logements ouvriers, et d'une fa&#231;on g&#233;n&#233;rale les petits appartements deviennent rares et chers et que souvent m&#234;me ils sont introuvables ; car dans ces conditions, l'industrie du b&#226;timent, pour qui les appartements &#224; loyer &#233;lev&#233; offrent &#224; la sp&#233;culation un champ beaucoup plus vaste, ne construira jamais qu'exceptionnellement des logements ouvriers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Cette crise de la location touche par cons&#233;quent le travailleur certainement plus durement que toute autre classe plus ais&#233;e ; mais pas plus que l'escroquerie de l'&#233;picier, elle ne constitue un mal pesant exclusivement sur la classe ouvri&#232;re, et, dans la mesure o&#249; elle la concerne, elle ne peut manquer de trouver &#233;galement une certaine compensation &#233;conomique, lorsqu'elle a atteint un certain degr&#233; et une certaine dur&#233;e (Engels expose plus loin que cela doit entra&#238;ner une augmentation du salaire, nda). Ce sont ces maux-l&#224;, communs &#224; la clase ouvri&#232;re et &#224; d'autres classes, par exemple &#224; la petite bourgeoisie, auxquels s'int&#233;resse de pr&#233;f&#233;rence le socialisme petit-bourgeois, dont fait partie Proudhon lui aussi. Et ce n'est ainsi nullement un hasard, si notre disciple allemand de Proudhon s'empare avant tout de la question du logement qui, nous l'avons vu, n'int&#233;resse pas du tout la seule classe ouvri&#232;re &#224; l'exclusion de toutes les autres, et s'il d&#233;clare au contraire que c'est une question qui la concerne v&#233;ritablement et exclusivement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; 'Le salari&#233; est au capitaliste ce que le locataire est au propri&#233;taire.' Ceci est compl&#232;tement faux. Dans la question du logement nous avons, en face l'une de l'autre, deux parties : le locataire et le logeur ou propri&#233;taire. Le premier veut acheter au second l'usage temporaire d'un logement ; il a de l'argent ou du cr&#233;dit (&#8230;). Il s'agit l&#224; d'une simple vente de marchandise, non d'une affaire entre prol&#233;taire et bourgeois, entre ouvrier et capitaliste ; le locataire &#8211; m&#234;me s'il est ouvrier &#8211; se pr&#233;sente comme un &lt;i&gt;homme qui a de l'argent&lt;/i&gt; (soulign&#233; dans le texte) ; il faut qu'il ait d&#233;j&#224; vendu la marchandise qu'il poss&#232;de en propre, sa force de travail, avant de se pr&#233;senter, avec le prix qu'il en a retir&#233;, comme acqu&#233;reur de la jouissance d'un appartement &#8211; ou bien il doit pouvoir garantir la future vente de cette force de travail. Tout ce qui caract&#233;rise la vente de la force de travail au capitaliste manque ici totalement. (&#8230;) Il y a donc ici (dans le rapport de l'ouvrier au capitaliste, nda) production d'une valeur exc&#233;dentaire ; la somme totale de la valeur existante se trouve augment&#233;e. Il en va tout autrement dans une location de logement. Quels que soient les avantages exorbitants que le propri&#233;taire tire du locataire, il n'y a jamais ici que le transfert d'une valeur d&#233;j&#224; &lt;i&gt;existante&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;produite&lt;/i&gt; auparavant ; la somme totale des valeurs poss&#233;d&#233;es &lt;i&gt;ensemble&lt;/i&gt; par le locataire et son logeur reste la m&#234;me apr&#232;s comme avant. (&#8230;) C'est donc d&#233;former compl&#232;tement les rapports entre locataires et logeurs que vouloir les identifier &#224; ceux qui existent entre travailleurs et capitalistes. Bien au contraire nous avons affaire ici &#224; une transaction commerciale du type courant, entre deux citoyens, et elle s'effectue selon les lois &#233;conomiques qui r&#232;glent la vente des marchandises en g&#233;n&#233;ral et, en particulier, celle de cette marchandise qu'est la propri&#233;t&#233; fonci&#232;re. &#187; (Engels, op. cit., pp. 23-24-25).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qu'Engels &#233;crit &#224; propos du locataire et du logeur, nous pouvons l'&#233;tendre au rapport du contribuable &#224; l'Etat &#224; propos des services publics. Il est &#233;vident que le prol&#233;taire, expuls&#233; du centre ville ou vivant dans une favela d&#233;connect&#233;e des r&#233;seaux, souffrira plus que le bourgeois qui peut se payer des services priv&#233;s ou avoir les moyens personnels de suppl&#233;er au manque ou &#224; la d&#233;cr&#233;pitude des services publics, mais dans la couleur urbaine que prend alors sa r&#233;volte, le rapport social dans lequel il est engag&#233; n'est pas le rapport de l'ouvrier au capitaliste, mais du contribuable &#224; l'Etat, du consommateur aux services publics. C'est comme l'&#233;crit Engels une &#171; transaction commerciale du type courant &#187; m&#234;me si le prol&#233;taire a l'impression parfaitement justifi&#233;e d'avoir &#233;t&#233; escroqu&#233;. La r&#233;volte contre la r&#233;novation urbaine est n&#233;cessairement interclassiste (comme le souligne Engels en parlant d' &#171; &#233;changes marchands &#187;) mais l'interclassisme n'est pas en soi, par d&#233;finition, une &#171; tare &#187; de la lutte des classes, il peut &#234;tre une tension &#224; son d&#233;passement, tout d&#233;pend de l'instance qui le formalise, elle-m&#234;me d&#233;pendante des conditions &#233;conomiques, sociales et historiques de l'irruption des contradictions entre les classes, donc de leur existence r&#233;elle (cf. les &#171; r&#233;voltes arabes &#187;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec les luttes urbaines, l'interclassisme n'est pas lui-m&#234;me la question, il n'est l&#224; qu'un &lt;i&gt;sympt&#244;me&lt;/i&gt;. A Rio ou Sao Paulo, que ce soit &#224; propos de l'expulsion des zones centrales d'habitation ou des transports et des services publics en g&#233;n&#233;ral, le rapport social qui structure la lutte et d&#233;finit les enjeux n'est pas le capital ou le travail salari&#233; mais la &lt;i&gt;propri&#233;t&#233; fonci&#232;re&lt;/i&gt; r&#233;gissant l'am&#233;nagement de l'espace. L'interclassisme est le sympt&#244;me de ce rapport social de production, il diff&#232;re en cela de ce qu'il est comme d&#233;veloppement des rapports sociaux de production que sont le capital ou le travail salari&#233; pour lesquels il peut &#234;tre comme ne pas &#234;tre. Ici, avec la propri&#233;t&#233; fonci&#232;re, il est n&#233;cessaire. Parce que c'est la propri&#233;t&#233; fonci&#232;re qui les structure et se pose elle-m&#234;me comme leur enjeu, les luttes de classes comme luttes sur l'am&#233;nagement urbain portent sur un rapport de production &#171; second &#187;. Ce caract&#232;re &#171; second &#187; manifeste son essence propre en organisant les luttes autour du revenu et des rapports d'&#233;change. Pour la classe ouvri&#232;re, cette lutte est une lutte sur ses conditions de reproduction : il est vrai que &#171; le pouvoir immense de la propri&#233;t&#233; fonci&#232;re lui permet d'emp&#234;cher en fait les ouvriers en lutte pour leur salaire, pratiquement d'&#233;lire domicile sur terre. Une partie de la soci&#233;t&#233; exige de l'autre qu'elle lui paie dans ce cas un tribut pour avoir le droit d'habiter la terre &#187; (Marx, op. cit., p.156). Mais le statut m&#234;me de la propri&#233;t&#233; fonci&#232;re qui structure la lutte (de par les propres objectifs et revendications de cette lutte) fait que cette reproduction de la force de travail est d&#233;sarticul&#233;e (autonomis&#233;e) de la valorisation, la lutte est fig&#233;e au niveau des revenus et des rapports inh&#233;rents aux &#233;changes marchands &#171; du type courant &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut distinguer ce que nous pouvons d'une part appeler &#171; luttes urbaines &#187; sur la gestion de la ville comme lieu structurant d'&#233;changes de marchandises et de prestations et, d'autre part, les conflits, essentiellement des gr&#232;ves mais pas seulement, dont la ville ou un territoire est le champ et l'enjeu en tant que relation de l'usine &#224; la ville, conflits sur la division sociale du travail qui structure le territoire. Les questions du logement, des transports, des &#233;quipements surgissent mais dans un autre contexte, une autre signification que dans les &#171; luttes urbaines &#187;. On a de nombreux exemples de cela dans les ann&#233;es 1970 et au d&#233;but des ann&#233;es 1980&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-23&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;cf. TC 7 Le nouveau cycle de luttes : gr&#232;ve de Vitoria en 1976 ; les (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-23&#034;&gt;23&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Pour la p&#233;riode actuelle, on peut se r&#233;f&#233;rer &#224; la question de la relation entre l'usine et son territoire &#224; propos de Mahalla en Egypte, principalement dans la perspective du rapport entre hommes et femmes au cours d'une lutte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut souligner que la relation, au cours d'une lutte, entre l'usine et la ville ou le territoire n'est absolument pas la m&#234;me selon les cat&#233;gories ouvri&#232;res employ&#233;es et selon l'importance de la main-d'&#339;uvre f&#233;minine (il serait int&#233;ressant d'aborder le sujet &#224; partir des gr&#232;ves dures &#224; r&#233;p&#233;tition dans le textile au Bengladesh), selon l'histoire industrielle locale bien s&#251;r. La Bretagne &#233;tait d&#233;j&#224;, en France, &#224; la pointe de ce type de luttes. Mais quelle diff&#233;rence entre le Joint fran&#231;ais au printemps 1972, la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale de Laval &#224; l'automne 1973, celle, d&#233;j&#224;, des &#233;tablissements Doux &#224; P&#233;dernec en d&#233;cembre 1973 et les sinistres &#171; bonnets rouges &#187; de 2013 ! On peut &#233;galement se r&#233;f&#233;rer aux luttes dans la pointe des Ardennes entre Revin et Givet dans la premi&#232;re moiti&#233; des ann&#233;es 1970 ou, avec une composition ouvri&#232;re diff&#233;rente, aux luttes de 1969 dans le nord de l'Italie ou, encore diff&#233;remment, &#224; celles de 1977 &#224; Rome et surtout &#224; Bologne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les luttes qui ont pour enjeu l'espace (urbain en g&#233;n&#233;ral) ne sont pas n&#233;cessairement circonscrites dans les d&#233;terminations de la propri&#233;t&#233; fonci&#232;re et de la rente. Elles ne sont pas n&#233;cessairement des &#171; luttes urbaines &#187;. Elles peuvent m&#234;me devenir une des formes de manifestation les plus fid&#232;les de contradictions entre les classes et entre les hommes et les femmes se situant au niveau de leur reproduction et du mode de production capitaliste comme autopr&#233;supposition, et leur objet, l'espace, &#234;tre celui de la communisation. Toutes les instances du mode de production capitaliste n'existent que spatialement : division sociale du travail ; autonomie des &#233;l&#233;ments d'un proc&#232;s de production qui forme un tout ; travail salari&#233; ; public et priv&#233; ; propri&#233;t&#233; ; &#233;change ; circulation / production / consommation ; fonctions du capital (productif, marchand, financier) ; ville et campagne. L'espace est l'expression des contradictions comme reproduction d'ensemble de la soci&#233;t&#233; quand les contradictions se nouent au niveau de la reproduction r&#233;ciproque de leurs termes. Il est le lieu privil&#233;gi&#233; d'exercice des contradictions portant sur la reproduction conjointe du rapport entre les classes et entre les hommes et les femmes. L'abolition r&#233;volutionnaire de ce mode de production est en cons&#233;quence une nouvelle g&#233;ographie, une nouvelle d&#233;finition et appropriation de l'espace.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; La Cigarette sans cravate &#187;&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-24&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Nous publions ici la quatri&#232;me de couverture d'un livre &#224; para&#238;tre aux (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-24&#034;&gt;24&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;/strong&gt;&lt;i&gt;Syriza, la dette, le boutiquier et les luttes de classes en Gr&#232;ce&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au cours des &#233;meutes de 2008, les deux fractions de la petite bourgeoisie, la moderne et la traditionnelle, &#233;taient unies derri&#232;re la police contre les pratiques du prol&#233;tariat des ch&#244;meurs, des pr&#233;caires, des travailleurs immigr&#233;s du secteur informel, ne leur manifestant qu'une sympathie id&#233;ale. En 2011, la &#171; crise de la dette &#187; si savamment construite par les grandes familles bourgeoises grecques avait assomm&#233; toute la soci&#233;t&#233;, les classes moyennes &#171; indign&#233;es &#187; rejoignirent le prol&#233;tariat sur les places, mais d&#233;j&#224; elles avaient pris l'ascendant sur lui : il ne s'agissait plus que de peuple, d'injustice, de distribution, de cr&#233;dits et de revenus. La crise &#233;tait devenue celle de l'oppression &#233;trang&#232;re, de la l&#233;gitimit&#233; de l'Etat, elle &#233;tait devenue une affaire nationale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En f&#233;vrier et juillet 2012, tandis que les &#233;meutes prol&#233;tariennes brillaient de leurs derniers feux, sous le nom de Syriza prenait corps une perspective et une alternative politique qui retravaillait dans ses termes propres toutes les caract&#233;ristiques de la crise en cours. La succession des d&#233;faites auxquelles avaient contribu&#233; Syriza fut alors la condition de son irr&#233;sistible ascension &#233;lectorale par le ralliement de la boutique et de la parcelle paysanne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les nuits d'&#233;meutes de 2008, c'est la lutte de classe dans toute sa radicalit&#233; actuelle qui fait de l'appartenance de classe sa propre limite qui a &#233;t&#233; repouss&#233;e et &#233;cras&#233;e, mais elle hante, telle un spectre, les actes suivants du drame. La gauche r&#233;aliste et responsable, celle qui a comme programme impossible la reconnexion de la valorisation du capital avec la reproduction de la force de travail, s'annonce quant &#224; elle dans les grands rassemblements de 2011 et le ralliement de l'entrepreneur et du boutiquier. La premi&#232;re semaine de juillet 2015, avec la fermeture des banques, elle s'est &#233;vanouie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chaque fois le prol&#233;tariat &#233;tait pr&#233;sent, chaque fois il fut vaincu, d'abord en son nom propre, puis au nom de toutes les couches qui s'&#233;l&#232;vent au-dessus de lui.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034; id='De-l-utilite-des-idiots-seniles-Badinter-et-la-lt-lt-reforme-du-code-du-nbsp'&gt;
&lt;strong&gt;De l'utilit&#233; des idiots s&#233;niles&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;/strong&gt;&lt;i&gt;(Badinter et la &#171; r&#233;forme du code du travail &#187;)&lt;/i&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; La division du travail produit la sp&#233;cialisation professionnelle ; chacun croit que son m&#233;tier est le vrai. Sur le lien de leur m&#233;tier avec la r&#233;alit&#233;, ils se font n&#233;cessairement des illusions, &lt;/i&gt;d'autant plus que la nature m&#234;me du m&#233;tier l'exige d&#233;j&#224;&lt;i&gt;. Dans la jurisprudence, la politique, les conditions sociales se changent en concepts dans la conscience ; comme ils ne franchissent pas les limites de ces conditions, les id&#233;es qu'ils en ont dans leur t&#234;te sont forc&#233;ment des id&#233;es fixes : le juge, par exemple, applique le Code, et voil&#224; pourquoi la l&#233;gislation est &#224; ses yeux le vrai meneur actif. Leur marchandise inspire le respect, parce que leur profession a pour objet l'int&#233;r&#234;t g&#233;n&#233;ral &#187;&lt;/i&gt; (Marx, &lt;i&gt;L'Id&#233;ologie allemande&lt;/i&gt;, Ed. Pl&#233;iade, p.1035)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Peu de documentation n&#233;cessaire pr&#233;alable ici, la r&#233;futation est interne &#224; ce que l'on attaque : &#171; Badinter remet les droits des salari&#233;s au c&#339;ur du code du travail &#187; titre sur cinq colonnes &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; dat&#233; du 26 janvier 2016 au dessus de la photo d'un vieillard bienveillant et studieux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Droit&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Nous savons que le Droit prend n&#233;cessairement la forme d'un &lt;i&gt;syst&#232;me&lt;/i&gt; qui tend &#224; la &lt;i&gt;non-contradiction&lt;/i&gt; et &#224; la &lt;i&gt;saturation&lt;/i&gt; internes, il est aussi n&#233;cessairement &lt;i&gt;formel&lt;/i&gt;. Sa saturation consiste en ce qu'aucun cas ne doit lui &#233;chapper et nous verrons que Badinter r&#233;alise le tour de force d'inventer la &#171; saturation n&#233;gative &#187;. Sa formalit&#233; consiste &#224; mettre entre parenth&#232;ses, &lt;i&gt;dans le Droit lui-m&#234;me&lt;/i&gt;, les contenus auxquels il s'applique, mais elle n'a nullement pour effet de faire dispara&#238;tre ces contenus. Le formalisme du Droit n'a de sens qu'en tant qu'il s'applique &#224; des contenus d&#233;finis qui sont n&#233;cessairement absents du droit lui-m&#234;me. Ces contenus sont les rapports de productions et leurs effets. Enfin le Droit est n&#233;cessairement &lt;i&gt;r&#233;pressif&lt;/i&gt;, il ne saurait exister sans un syst&#232;me corr&#233;latif de sanctions. Derni&#232;re banalit&#233; en guise de synth&#232;se : le Droit ne poss&#232;de la forme du Droit, sa syst&#233;maticit&#233; formelle, sa saturation et l'autol&#233;gitimation de la sanction, qu'&#224; la condition que les rapports de production, en fonction desquels il existe, &lt;i&gt;soient compl&#232;tement absents du Droit lui-m&#234;me&lt;/i&gt;. Bref : le Droit n'existe qu'en fonction d'un contenu dont il fait en lui-m&#234;me totalement abstraction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Ce qui, au nom de la personne, du citoyen, de l'individu, allait relativement de soi dans le Code civil ou le Code p&#233;nal, &#224; condition cependant que cet &#171; individu &#187; corresponde &#224; la norme reconnue, &#233;tait beaucoup plus malais&#233; &#224; mettre en &#339;uvre dans le Code du travail du fait de son objet m&#234;me. En 61 articles fixant les &lt;i&gt;Principes essentiels du droit du travail&lt;/i&gt;, Badinter y parvient en fusionnant &lt;i&gt;l'id&#233;ologie juridique&lt;/i&gt; et son suppl&#233;ment &lt;i&gt;l'id&#233;ologie morale&lt;/i&gt;. L&#224; o&#249; aux yeux de tous, dans le discours du Medef, transpirent les int&#233;r&#234;ts sordides, Badinter installe &#171; le respect des droits fondamentaux de la personne humaine au travail &#187;. &#171; L'essentiel &#187; est bien chez lui, le travailleur peut ramasser sa musette, ce n'est plus lui qui travaille, c'est &#171; la personne humaine &#187; qui entre autres choses est &#224; la p&#234;che, &#224; la cuisine, ou &#171; au travail &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Apr&#232;s avoir rappel&#233; qu'au c&#339;ur du &#171; droit du travail fran&#231;ais &#187; se trouve &#171; la dimension &lt;i&gt;&#233;thique&lt;/i&gt; (soulign&#233; par moi) trop souvent m&#233;connue dans la soci&#233;t&#233; marchande [qui] a &#233;t&#233; &#224; l'origine de tout le grand mouvement de lib&#233;ration sociale des deux si&#232;cles &#233;coul&#233;s &#187;, apr&#232;s cette sentence qui doit se faire tordre de rire Valls, Macron, Hollande et Gattaz montrant du doigt ces grands bourgeois intellectuels qui semblent croire &#224; ce qu'ils disent, Badinter remet les pieds sur terre. &#171; A l'heure des transformations profondes qu'engendrent dans la soci&#233;t&#233; contemporaine la r&#233;volution num&#233;rique et l'irr&#233;sistible mondialisation des &#233;changes, il s'agit pour le l&#233;gislateur fran&#231;ais d'encadrer, sans le contraindre, le droit du travail en le fondant sur des &lt;i&gt;principes indiscutables&lt;/i&gt;. &#187; Magnifique, telle une force de la nature, &#171; irr&#233;sistible mondialisation des &#233;changes &#187;, superbe &#171; encadrer, &lt;i&gt;sans contraindre&lt;/i&gt; &#187;. L'&#233;thique remballe ses valeurs et ses imp&#233;ratifs kantiens pour &#234;tre une vulgaire caricature de la reconnaissance spinozienne du n&#233;cessaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Voil&#224; donc le Code du travail &#171; fond&#233; sur des principes indiscutables &#187;. Les &#171; principes indiscutables &#187; c'est toujours le sens commun. Le sens commun est indiscutable parce qu'il a toujours raison (quitte &#224; comprendre les raisons qui lui donnent raison). Badinter est un vrai juriste professionnel, il sait que &lt;i&gt;l'id&#233;ologie juridique&lt;/i&gt;, celle des &#171; principes indiscutables &#187;, est requise par la pratique du Droit mais qu'elle &lt;i&gt;ne se confond pas avec le Droit&lt;/i&gt;. Syst&#232;me formel, satur&#233; et r&#233;pressif, le Droit fonctionne &#224; la libert&#233;, l'&#233;galit&#233; et l'obligation. Sur ces trois points, si l'id&#233;ologie juridique alimente le pr&#233;ambule aux 61 articles des &lt;i&gt;Principes essentiels&lt;/i&gt;, elle n'est pas le Droit exprim&#233; dans ces articles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Droit en lui-m&#234;me&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Libert&#233;&lt;/i&gt;, prenons l'article 1 : &#171; Les &lt;i&gt;libert&#233;s&lt;/i&gt; et droits fondamentaux de la personne sont garantis dans toute relation de travail. Des limitations ne peuvent leur &#234;tre apport&#233;es que si elles sont justifi&#233;es (&#8230;) par les n&#233;cessit&#233;s du bon fonctionnement de l'entreprise. &#187; On aura reconnu au passage un calque du premier article de la &lt;i&gt;D&#233;claration des droits de l'Homme et du Citoyen&lt;/i&gt; : les hommes naissent libres et &#233;gaux mais ensuite &#8230; Donc, &#171; les n&#233;cessit&#233;s du bon fonctionnement &#187;. Qui d&#233;cide de ces n&#233;cessit&#233;s ? Le patron, donc il n'y a ni libert&#233;, ni droits de la &lt;i&gt;personne&lt;/i&gt;. L'article 10 est cat&#233;gorique : &#171; &lt;i&gt;l'employeur exerce son pouvoir de direction &lt;/i&gt; &#187;, il est vrai : &#171; dans le respect des libert&#233;s et droits fondamentaux des salari&#233;s &#187;. &#171; Libert&#233; &#187; et &#171; droits fondamentaux &#187; qui ne le sont que &#171; dans les limites du bon fonctionnement de l'entreprise &#187; (article 1). La &#171; personne &#187; est satisfaite et le travailleur salari&#233; peut retourner au chagrin. Nous verrons en conclusion que dans le Code badinterrien le travailleur m&#232;ne une existence double.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le travailleur est juridiquement libre. On sait qu'il ne s'agit que de la libert&#233; de trouver quelqu'un &#224; qui vendre sa force de travail pour ne pas crever, mais c'est pr&#233;cis&#233;ment le contenu dont le Droit fait abstraction pour &#234;tre Droit, et c'est le Droit que nous consid&#233;rons ici (parce qu'il ne faut pas croire qu'il soit inefficace). Voyons donc la &#171; libert&#233; &#187; &lt;i&gt;du Droit&lt;/i&gt;. C'est une d&#233;finition &lt;i&gt;juridique&lt;/i&gt; de la libert&#233;, c'est-&#224;-dire une d&#233;finition de la libert&#233; par le Droit, par le syst&#232;me de ses r&#232;gles, qui ne vaut que &lt;i&gt;dans les limites fix&#233;es par le Droit&lt;/i&gt; (&#171; le bon fonctionnement &#187;, &#171; le pouvoir de direction &#187;) Libert&#233; qui n'a rien &#224; voir avec la libert&#233; philosophique et morale de la personne qui fonde par ailleurs l'id&#233;ologie juridique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Egalit&#233;&lt;/i&gt;, prenons l'article 4 : &#171; Le principe d'&lt;i&gt;&#233;galit&#233;&lt;/i&gt; s'applique dans l'entreprise. L'&#233;galit&#233; professionnelle entre les femmes et les hommes doit y &#234;tre respect&#233;e &#187; ; &#171; Les discriminations professionnelles sont interdites dans toute relation de travail &#187; (article 5). Le Droit dit que tous les individus sont juridiquement &#233;gaux devant tout acte contractuel ainsi qu'est d&#233;finie la &#171; relation de travail &#187; (art 12). C'est une d&#233;finition juridique de l'&#233;galit&#233;, c'est-&#224;-dire une d&#233;finition de l'&#233;galit&#233; par le Droit. L&#224; &#233;galement il est dans la nature du Droit de faire abstraction des rapports de production qui ne sont pas des rapports juridiques (pas m&#234;me la fameuse s&#233;paration de la soci&#233;t&#233; entre &lt;i&gt;propri&#233;taires&lt;/i&gt; des moyens de production et &lt;i&gt;propri&#233;taires-vendeurs&lt;/i&gt; de force de travail). Comme le pr&#233;cise l'article 10 (&#171; l'employeur exerce son pouvoir de direction &#187;), le &#171; principe d'&#233;galit&#233; dans l'entreprise &#187; ne vaut pas pour tous et, entre les salari&#233;s, l'article 11 proclame : &#171; Chacun est libre d'exercer l'activit&#233; professionnelle de son choix &#187; que vous soyez femme, possesseur d'un dipl&#244;me d'ing&#233;nieur, h&#233;riti&#232;re de Sodexo, ou travailleur comorien sans papiers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;finition, l&#224; aussi, de l'&#233;galit&#233; par le Droit, c'est-&#224;-dire par le syst&#232;me de ses r&#232;gles et qui ne vaut que dans &lt;i&gt;les limites&lt;/i&gt; du Droit : &#171; Les proc&#233;dures de recrutement ou d'&#233;valuation ne peuvent avoir pour objet ou pour effet que d'appr&#233;cier les aptitudes professionnelles &#187; (article 15). Ou alors : &#171; La conciliation entre la vie professionnelle et la &lt;i&gt;vie personnelle et familiale&lt;/i&gt; (c'est moi qui souligne) est recherch&#233;e dans la relation de travail &#187; (article 9). Ou : &#171; La libert&#233; du salari&#233; de manifester ses convictions, y compris religieuses ne peut conna&#238;tre de restriction que si, etc., etc., les n&#233;cessit&#233;s du bon fonctionnement de l'entreprise &#187; (article 6). L'&#233;galit&#233; est donc &#224; la discr&#233;tion du recruteur, les femmes seront l'objet d'une &#233;galit&#233; particuli&#232;re et les musulmans aussi. La &#171; personne au travail &#187; a donc une &#171; vie personnelle &#187; qui n'est pas sa &#171; vie professionnelle &#187;, c'est-&#224;-dire &#171; au travail &#187;. Personne n'est parfait, surtout pas la personne. La personne du Droit n'est pas la personne de l'id&#233;ologie du Droit. Encore un peu de patience , nous allons voir la diff&#233;rence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Obligation&lt;/i&gt;, prenons l'article 12 : &#171; Le contrat de travail se forme et s'ex&#233;cute de bonne foi. Il oblige les parties &#187;. Le Droit dit qu'il faut &#171; de bonne foi &#187; respecter les engagements qui ont &#233;t&#233; souscrits. C'est une d&#233;finition juridique de l'obligation, c'est-&#224;-dire une d&#233;finition de l'obligation par le Droit, par le syst&#232;me de ses r&#232;gles, une d&#233;finition de l'obligation qui ne vaut que dans les limites du Droit et qui n'a rien &#224; voir avec l'obligation morale, ni m&#234;me avec l'obligation de l'id&#233;ologie juridique. L&#224;, en mati&#232;re de d&#233;finition, Badinter r&#233;alise des prouesses. Il r&#233;alise le r&#234;ve de tout juriste, surpasse Lycurge, Solon et Justinien, il invente la &lt;i&gt;saturation n&#233;gative&lt;/i&gt;. Toutes les libert&#233;s existent &#224; condition du &#171; bon fonctionnement de l'entreprise &#187; ; il est interdit d'employer un mineur de moins de seize ans &#171; sauf exceptions &#187; (art 8) ; le contrat de travail est ind&#233;termin&#233;, &#171; sauf dans les cas pr&#233;vus par la loi &#187; (art13) ; un salari&#233; ne peut &#234;tre mis &#224; disposition d'une autre entreprise, &#171; sauf dans les cas pr&#233;vus par la loi &#187; (art 18) ; le licenciement pour motif &#233;conomique ne peut &#234;tre prononc&#233; &#171; sans que l'employeur se soit efforc&#233; (bel effort, nda) de reclass&#233; l'int&#233;ress&#233;, sauf d&#233;rogation pr&#233;vue par la loi &#187; (art 28) ; la dur&#233;e &#171; normale &#187; du travail est fix&#233;e par la loi, sauf : &#171; les conventions et accords collectifs peuvent retenir une dur&#233;e diff&#233;rente &#187; (art 33) ; le repos hebdomadaire est donn&#233; le dimanche, &#171; sauf d&#233;rogations &#187; (art 35) ; tout salari&#233; peut d&#233;fendre ses int&#233;r&#234;ts par l'exercice du droit de gr&#232;ve, &#171; le droit de gr&#232;ve s'exerce dans le cadre des lois qui le r&#233;glementent &#187; (art 49) ; l'exercice du droit de gr&#232;ve ne peut justifier la rupture du contrat de travail, &#171; sauf faute lourde imputable au salari&#233; &#187; (art 50) ; &#171; l'exercice, par le salari&#233;, de son droit &#224; saisir la justice, ne peut, &lt;i&gt;sauf abus&lt;/i&gt;, donner lieu &#224; sanction &#187; (art 60).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin pour couronner le tout : &#171; La loi d&#233;termine les conditions et limites dans lesquelles les conventions et accord collectifs peuvent pr&#233;voir des &lt;i&gt;normes diff&#233;rentes&lt;/i&gt; de celles des lois et r&#232;glements ainsi que des conventions de port&#233;e plus larges &#187; (art 55). En un mot : &lt;i&gt;la loi fait sien le non respect de la loi&lt;/i&gt;. Tous les cas sont donc pr&#233;vus dans la mesure o&#249; tout ce qui d&#233;roge aux &lt;i&gt;obligations&lt;/i&gt; peut &#234;tre l&#233;gal, c'est, &#171; de bonne foi &#187;, la &lt;i&gt;saturation n&#233;gative&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La saturation n&#233;gative c'est la v&#233;rit&#233; de la &#171; simplification du Code du travail &#187;. La fameuse &#171; ob&#233;sit&#233; &#187; (1,5 kg) du Code du travail c'&#233;tait la saturation traditionnelle du Droit avec dans le Code du travail un souci particulier d'exhaustivit&#233; et de clart&#233;. Chaque article pour &#234;tre compr&#233;hensible ne devait comporter qu'une seule disposition et la multiplicit&#233; des parties &#233;taient destin&#233;e &#224; rapidement trouver la situation en question. Mais depuis les ann&#233;es 1980, l'inflation de nouvelles dispositions est due &#224; l'accumulation de d&#233;rogations inscrites par les patrons surtout en mati&#232;re de licenciements qui comme tout le monde a pu le constater depuis 30 ans ont permis de supprimer le ch&#244;mage. La dur&#233;e du travail sera &#171; normale &#187; (art 33), la p&#233;riode d'essai sera &#171; raisonnable &#187; (art 14), le pr&#233;avis avant licenciement sera aussi &#171; raisonnable &#187; (art 29), la r&#233;mun&#233;ration assurera des &#171; conditions de vie dignes &#187; (art 30). Pour &#171; simplifier &#187; et mettre fin aux d&#233;rogations sur d&#233;rogations, le mieux &#233;tait de proclamer que &lt;i&gt;la d&#233;rogation &#233;tait la r&#232;gle g&#233;n&#233;rale&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Droit et id&#233;ologie juridique&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Droit dit : les individus sont des personnes juridiques &lt;i&gt;juridiquement&lt;/i&gt; libres, &#233;gales et oblig&#233;es &lt;i&gt;en tant que personnes juridiques&lt;/i&gt;. Autrement dit, le Droit ne sort pas du Droit et le signifiant Badinter peut retourner &#224; la naphtaline dont on l'avait sorti pour l'occasion. Le Droit ram&#232;ne &#171; honn&#234;tement &#187; tout au Droit. Il ne faut pas le lui reprocher : il fait honn&#234;tement son &#171; m&#233;tier &#187; de Droit. Et Badinter son m&#233;tier de Badinter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'id&#233;ologie juridique reprend bien les notions de libert&#233;, d'&#233;galit&#233; et d'obligation, mais elle les inscrit &lt;i&gt;en dehors du Droit&lt;/i&gt;, en dehors du syst&#232;me des r&#232;gles du Droit et de leurs limites, dans un discours id&#233;ologique qui est structur&#233; par de toutes autres notions. Le discours est apparemment semblable, mais en fait tout diff&#233;rent. Elle dit : les hommes sont libres et &#233;gaux &lt;i&gt;par nature&lt;/i&gt; : les &#171; principes indiscutables &#187;. Dans l'id&#233;ologie juridique, c'est donc la nature et non le Droit qui &#171; fonde &#187; la libert&#233; et l'&#233;galit&#233; des hommes, la fameuse &#171; personne humaine &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Va pour la libert&#233; et l'&#233;galit&#233;, mais reste &lt;i&gt;l'obligation&lt;/i&gt;. L'id&#233;ologie juridique ne peut dire que les hommes sont oblig&#233;s &#171; par nature &#187;, elle a besoin ici d'un petit suppl&#233;ment, pr&#233;cis&#233;ment d'un suppl&#233;ment &lt;i&gt;moral&lt;/i&gt;. L'id&#233;ologie juridique ne peut tenir debout qu'en s'&#233;tayant sur l'id&#233;ologie morale de la &#171; Conscience &#187; et du &#171; Devoir &#187;. D&#233;j&#224;, le &#171; contrat de bonne foi &#187; nous l'avait laiss&#233; deviner.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Droit du travail remani&#233; par Badinter est un syst&#232;me formel syst&#233;matis&#233;, non contradictoire et satur&#233; &lt;i&gt;qui ne peut exister tout seul&lt;/i&gt;. Il lui faut d'un c&#244;t&#233; l'appareil r&#233;pressif de l'Etat (voir les salari&#233;s de Goodyear ou d'Air France qui ont &#171; abus&#233; &#187; du droit de gr&#232;ve ou d'expression) toujours l&#224; derri&#232;re, mais qui n'intervient que quand c'est indispensable, de l'autre, il s'appuie sur l'id&#233;ologie juridique et un petit suppl&#233;ment d'id&#233;ologie morale. A l'horizon, il y a toujours le gendarme qui veille, mais la plupart du temps il n'intervient pas parce que le Droit fonctionne &#224; l'id&#233;ologie juridique (et un peu morale) sous laquelle op&#232;rent toutes sortes de syndicats, de commissions d'arbitrage et de concertation, de tribunaux, etc., qui se situent &#224; la limite du Droit et de l'id&#233;ologie juridique. Comment les &#171; superstructures &#187; sont-elles efficaces ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Efficience du bin&#244;me Droit / id&#233;ologie juridique&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si &#234;tre une classe est une situation objective donn&#233;e comme une place dans une structure, parce que cela signifie une &lt;i&gt;reproduction&lt;/i&gt; &lt;i&gt;conflictuelle&lt;/i&gt; et donc la mobilisation de l'ensemble du mode de production, cela implique une multitude de rapports qui ne sont pas strictement &#233;conomiques dans lesquels les individus vivent cette situation objective, se l'approprient et &lt;i&gt;s'auto-construisent comme classe&lt;/i&gt;. Ce n'est qu'au niveau de l'autopr&#233;supposition du capital comme reproduction que l'on saisit l'efficacit&#233; des superstructures avec la multitude de rapports qui ne sont pas strictement &#233;conomiques dans lesquels se construisent les classes. Il est vrai que le principal r&#233;sultat de la production capitaliste c'est le renouvellement du face &#224; face entre la force de travail et les moyens de production et de subsistance qui l'affrontent comme capital en soi du fait de la s&#233;paration reproduite. Constamment le capital remet la classe ouvri&#232;re en situation de le valoriser, cela ne va pas sans luttes, contraintes et coercition. Ce qui fait tenir l'ensemble et le fait tourner c'est l'&#233;conomie &#224; condition qu'elle se distingue comme d&#233;terminante et dominante (rapports sociaux de production et objectivit&#233;). Il faut consid&#233;rer que &lt;i&gt;l'&#233;conomie comme d&#233;termination se distingue de l'&#233;conomie comme instance dominante&lt;/i&gt;. Si, dans le mode de production capitaliste, contrairement par exemple au moyen-&#226;ge ou &#224; l'antiquit&#233;, l'&#233;conomie est &#224; la fois ce qui d&#233;termine la dominante et cette dominante elle-m&#234;me, il faut voir que, &lt;i&gt;sous le m&#234;me terme d' &#171; &#233;conomie &#187; il ne s'agit pas, dans l'un et l'autre cas, de la m&#234;me r&#233;alit&#233;&lt;/i&gt;. En tant que d&#233;termination, il s'agit de l'&#233;conomie comme ensemble de rapports sociaux de production ; en tant que dominante, il s'agit de l'&#233;conomie comme objectivit&#233;. Dans cette distorsion m&#234;me entre la d&#233;termination et la dominante r&#233;side la n&#233;cessit&#233; et l'efficacit&#233; de toutes les instances que nous avons &#233;voqu&#233;es comme n&#233;cessaires pour toujours &lt;i&gt;transformer la premi&#232;re en la seconde&lt;/i&gt;. La lutte des classes et les classes elles-m&#234;mes existent dans cette transformation qui est la production comme reproduction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est toute l'autopr&#233;supposition du capital que nous avons l&#224; : la reproduction du fameux face &#224; face qui est la capacit&#233; de la reproduction de l'&#233;conomie comme objectivit&#233;. Inscrites dans les contradictions de l'autopr&#233;supposition du capital, dans son existence de contradiction en proc&#232;s, et finalement dans la lutte des classes, toutes les instances, dont le Droit &#233;tay&#233; sur l'id&#233;ologie juridique, jouent leur r&#244;le dans cette reproduction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En un certain sens, Badinter a raison, pour la classe ouvri&#232;re l'&#233;thique et la dignit&#233; humaine n'avaient pas un sens badinterrien, mais l'id&#233;ologie juridique y a souvent trouv&#233; le moyen de recouvrir la lutte de classe devenue pour parler le Badinter : &#171; le grand mouvement de lib&#233;ration sociale des deux si&#232;cles &#233;coul&#233;s &#187;. Personne ne peut contredire que sous l'emphase de cette formule ronflante beaucoup de choses ont &#233;t&#233; r&#233;ellement v&#233;cues. Le juriste n'a fait que donner la forme ad&#233;quate aux r&#233;alit&#233;s d&#233;j&#224; existantes, mais il serait incons&#233;quent de consid&#233;rer la forme comme un simple ornement, un appendice superflu, &lt;i&gt;la forme est efficace&lt;/i&gt;. Rien n'existe sans id&#233;ologie, c'est dans les formes que nous vivons les contenus. Pourquoi &#171; la personne humaine au travail &#187; devient-elle la formule de l'id&#233;ologie juridique devant &#233;tayer le Code du travail ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Uber et la &#171; personne humaine &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La saturation n&#233;gative c'&#233;tait la loi comme absence de r&#232;gles, Valls peut alors se risquer au commentaire suivant de la &#171; contribution de Badinter &#187; : &#171; Elle contribuera &#224; favoriser la n&#233;gociation collective et l'adaptation des r&#232;gles &lt;i&gt;en fonction des besoins des entreprises&lt;/i&gt; &#187; (&lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; 26 janvier 2016). Le jour m&#234;me, la ministre de l'emploi, Myriam EL Khomri, annonce que son projet de loi r&#233;formant le droit du travail permettra aux entreprises d'organiser un r&#233;f&#233;rendum &#171; &lt;i&gt;contraignant&lt;/i&gt; &#187; afin que les salari&#233;s valident les accords d'entreprise sign&#233;s par des organisations syndicales recueillant au moins 30 % des voix aux &#233;lections professionnelles ; la m&#234;me veut permettre aux entreprises de &#171; s'affranchir du taux de majoration des heures suppl&#233;mentaires &#187; ; Valls souligne &#171; la n&#233;cessit&#233; de d&#233;verrouiller les 35 heures &#187; et d&#233;clare qu'il faut que les PME puissent &#171; proposer un forfait-jour aux salari&#233;s qui y consentent, sans avoir &#224; passer par un accord collectif &#187; (ce dispositif d&#233;rogatoire aux 35 heures comptabilise le temps de travail en fonction du nombre de jours effectu&#233;s par le salari&#233; et non pas d'un nombre d'heures).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Les Echos&lt;/i&gt; dans son &#233;dition du 2 d&#233;cembre 2015 titrait &#224; propos de la r&#233;forme du Code du travail : &lt;i&gt;Et si l' &#187;ub&#233;risation &#187; &#233;tait le vrai choc de simplification&lt;/i&gt; : &#171; Certains pr&#233;disent m&#234;me la mort du CDI classique avec les travailleurs r&#233;mun&#233;r&#233;s &#224; la t&#226;che, jouant les taxis quelques heures dans la journ&#233;e, rempla&#231;ant La Poste ou DHL en transportant un colis pour Amazon sur le chemin de leur bureau ou s'&#233;rigeant en professionnels du tourisme en louant leur appartement parisien et leur r&#233;sidence secondaire &#187;. Selon un &#171; Observatoire du long terme &#187;, l'article &#233;value &#224; 14 % les emplois qui en France seraient &#171; ub&#233;ris&#233;s &#187;. Nous semblons loin de &#171; la personne humaine au travail &#187;, mais encore un petit d&#233;tour et nous allons y revenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marie-Claire Carr&#232;re-G&#233;e, pr&#233;sidente du Conseil d'orientation pour l'emploi, signait, quant &#224; elle, dans Le Monde du 5 novembre 2015, une tribune au titre claquant : &lt;i&gt;L' &#187;ub&#233;risation &#187; de l'emploi est d&#233;j&#224; partout&lt;/i&gt;. L'analyse est beaucoup plus subtile que celle de l'Observatoire pr&#233;c&#233;dent. Elle commence par souligner que &#171; l'&#226;ge d'or du CDI n'a jamais exist&#233;. La construction l&#233;gislative et jurisprudentielle du CDI comme emploi prot&#233;g&#233; et stable ne date que des crises des ann&#233;es 1970. Au m&#234;me moment, le l&#233;gislateur reconnaissait l'int&#233;rim et le CDD, leur assurant ainsi une progression fulgurante. &#187; Depuis le d&#233;but des ann&#233;es 2000, le CDI demeure la formule ultradominante d'emploi autour de 87 % de l'emploi salari&#233;. M&#234;me si cela est vrai il faudrait ne pas laisser de c&#244;t&#233; les formes d'embauche, les diff&#233;rences selon les cat&#233;gories de salari&#233;s, etc. Passons, c'est la suite qui est d&#233;cisive, citons longuement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Alors, rien n'aurait chang&#233; ? Si bien s&#251;r. C'est m&#234;me &#224; un v&#233;ritable bouleversement auquel nous assistons, avec une grande vague de flexibilisation et d'individualisation, qui touche toutes les conditions d'emploi. A tout seigneur, tout honneur, le premier concern&#233; est le CDI : le fameux &#171; CDI &#224; temps plein avec des horaires stables et chez un seul employeur &#187; est d&#233;j&#224; minoritaire, avec la progression du temps partiel, qui concerne un peu plus de 4 millions de salari&#233;s, et des horaires d&#233;cal&#233;s et variables. Pr&#232;s d'un tiers des travailleurs travaillent habituellement ou occasionnellement le dimanche, contre un sur cinq il y a vingt ans. La part des horaires &#224; la carte a aussi quasiment doubl&#233; et d&#233;passe les 10 %. L'unit&#233; du lieu de travail est &#233;galement remise en question avec l'essor du t&#233;l&#233;travail, qui concerne pr&#232;s de 17 % des actifs. La flexibilisation progresse aussi de fa&#231;on fulgurante au sein des CDD : les contrats temporaires les plus courts explosent. Les flux d'emplois de moins de trois mois en CDD ou int&#233;rim repr&#233;sentent neuf embauches sur dix. L'explosion est encore plus forte pour les contrats de moins d'un mois. L'emploi ind&#233;pendant s'individualise &#233;galement de plus en plus : c'est en son sein, l'emploi ind&#233;pendant sans aucun salari&#233; qui progresse avec notamment 1 million d'auto-entrepreneurs. Mais le ph&#233;nom&#232;ne le plus marquant de ces derni&#232;res ann&#233;es est l'individualisation de l'activit&#233; elle-m&#234;me, avec l'explosion de la pluriactivit&#233; &#8211; avoir plusieurs emplois salari&#233;s, ou un emploi salari&#233; et un autre ind&#233;pendant. Elle concerne aujourd'hui plus de 2,3 millions d'actifs contre 1 million il y a dix ans. Un tiers des auto-entrepreneurs le sont en compl&#233;ment d'un emploi salari&#233;. (&#8230;) Enfin, l'essor des nouvelles technologies donne un formidable &#233;lan &#224; toutes les formes d'activit&#233; dans lesquelles le travail ne s'exerce pas dans l'entreprise qui embauche. Ce le cas des sites de &#171; jobbing &#187; entre particuliers, des plates-formes de services entre professionnels, des sites de free-lance, o&#249; un nombre important de personnes, r&#233;mun&#233;r&#233;es ou non, contribuent &#224; la r&#233;alisation d'un projet divis&#233; en microt&#226;ches. (&#8230;) Il n'y a pas l'ancienne &#233;conomie d'un c&#244;t&#233; et la nouvelle &#233;conomie de l'autre, les salari&#233;s et les &#171; anciens ind&#233;pendants &#187; contre les &#171; ub&#233;ris&#233;s &#187; : la nouvelle &#233;conomie est partout &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut maintenant revenir &#224; la &#171; personne humaine au travail &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le morcellement infini du salariat lui donne la forme d'une affaire strictement individuelle. Ce n'est pas bien s&#251;r comme classe, le Droit par nature ne conna&#238;t pas ces choses-l&#224;, ni m&#234;me comme salari&#233;s ou comme travailleurs que le Code va parler de la &lt;i&gt;situation commune&lt;/i&gt; des individus. Ils et elles sont au travail, c'est la premi&#232;re &#171; &#233;vidence &#187;, ce sont des &#171; personnes humaines &#187;, seconde &#233;vidence. Si l'on peut consid&#233;rer la premi&#232;re &#233;vidence comme un effet de r&#233;el dans le Droit, la seconde est une monumentale abstraction qui comme situation commune r&#233;pond &#224; l'infini morcellement et le confirme. La situation commune est d&#233;finie et confirm&#233;e en dehors d'elle-m&#234;me, non pas &#224; partir de ce qu'il peut y avoir de commun entre les travailleurs, mais, pour chaque travailleur, au-del&#224; de sa propre individualit&#233;. La &#171; personne humaine &#187; scinde chaque travailleur &#224; l'int&#233;rieur de lui-m&#234;me, l'&#233;loigne de lui-m&#234;me et le s&#233;pare des autres. Ce ne sont pas les droits du travailleur que le Code va &#233;noncer, ces droits l&#224; sont laiss&#233;s &#224; la discr&#233;tion et la &#171; bonne foi &#187; de l'employeur (art 10) et aux n&#233;cessit&#233;s du &#171; bon fonctionnement de l'entreprise &#187; (passim), ce sont les droits de la &#171; personne humaine &#8230; au travail &#187;. Le travailleur n'a plus qu'&#224; reconna&#238;tre que sa vie v&#233;ritable, celle qui est source de droits n'est pas sa situation de travailleur, mais de &#171; personne humaine &#187;. En tant que travailleur, il n'a qu'une existence accidentelle. &#171; La personne humaine au travail &#187; est non seulement l'abstraction que dresse l'id&#233;ologie juridique sur le morcellement infini du salariat mais encore la cons&#233;cration du dualisme dans lequel le travailleur existe pour le Code du travail, entre sa vie au travail et sa vie juridique. &#171; Il faut adapter les r&#232;gles en fonction des besoins des entreprises &#187; dit vulgairement le ch&#233;faillon Valls, &#171; il faut d&#233;fendre la personne humaine au travail &#187; r&#233;pond le distingu&#233; juriste. Le travailleur n'a plus qu'&#224; se demander qui il est, c'&#233;tait le but de la man&#339;uvre. En tant que travailleur, il n'a aucun droit, en tant que personne humaine il a des droits g&#233;n&#233;raux, mais cela ne concerne le travail que dans la mesure o&#249; c'est l&#224; qu'entre autre il existe. Si les droits sont accord&#233;s &#224; la &#171; personne humaine &#187;, ils pourront toujours &#234;tre refus&#233;s au travailleur, ce que stipule explicitement la quasi-totalit&#233; des 61 articles. L&#224; o&#249; il a des droits, il n'est plus travailleur, l&#224; o&#249; il est travailleur, il n'a pas de droits.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au nom de la &#171; personne humaine &#187;, Badinter a prononc&#233; la peine de mort pour la classe ouvri&#232;re en g&#233;n&#233;ral ; pour les ouvriers en particulier, elle a toujours exist&#233; dans les milliers d'accidents du travail annuels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Probl&#232;me&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En d&#233;finitive, ce n'est pas sur les formes secondes (d&#233;riv&#233;es) que sont la mondialisation o&#249; la domination du capital marchand, industriel ou financier sur l'ensemble de la valorisation que se joue une restructuration du mode de production capitaliste mais toujours sur l'exploitation, &lt;i&gt;mais ce n'est pas toujours sur les m&#234;mes moments ou d&#233;terminants de l'exploitation&lt;/i&gt;. Pour l'heure, la crise est une crise du rapport salarial et c'est sur les modalit&#233;s de l'achat-vente de la force de travail qui impliquent, au niveau mondial, celle de sa mobilisation, de sa segmentation et de sa reproduction que devrait se jouer la guerre de classes &#224; venir dont nous vivons les escarmouches. A sa fa&#231;on, le Droit fait la guerre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A propos de Charlie et compl&#233;ments&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;On trouvera ci-dessous un texte de &lt;/i&gt;Th&#233;orie Communiste&lt;i&gt; relatif &#224; la tuerie dans les locaux de &lt;/i&gt;Charlie &lt;i&gt;et&lt;/i&gt; &lt;i&gt;&#224; l'Hyper Cacher de la Porte de Vincennes en janvier 2015 et aux manifestations qui ont succ&#233;d&#233;. Ce texte, publi&#233; sur le site &lt;/i&gt;Des Nouvelles du front (Dndf) &lt;i&gt;fin janvier 2015&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;a suscit&#233; de nombreux commentaires, on en trouvera certains &#224; la suite ainsi que nos r&#233;ponses&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A propos de Charlie&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le citoyen, l'autre et l'Etat{}&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y eut Reiser et son prolo, baguette sous le bras, b&#233;ret sur la t&#234;te et clope au bec, tout triste en apprenant de Georges Marchais qu'il ne serait jamais dictateur ; toujours Reiser avec son Vietnamien sur son v&#233;lo disant &#171; Aujourd'hui la paix, demain l'usine &#187; ; il y eut aussi le &#171; bal tragique &#187; et &#171; Georges le tueur &#187;. Pour les gens comme moi, de ma g&#233;n&#233;ration, ce n'est pas sans un pincement au c&#339;ur qu'on apprend le massacre des dessinateurs de &lt;i&gt;Charlie&lt;/i&gt;, bien s&#251;r &lt;i&gt;Charlie&lt;/i&gt; ce n'&#233;tait plus &#231;a depuis longtemps, mais ils avaient &#233;t&#233; les dessinateurs de &lt;i&gt;l'Enrag&#233;&lt;/i&gt; en 68, alors&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce ne sont pas quatre millions d' &#171; idiots utiles &#187; qui sont descendus dans la rue, en France, le dimanche 11 janvier. Ils ne r&#233;clamaient pas une &#171; op&#233;ration militaire int&#233;rieure &#187; mobilisant 10 000 soldats d&#233;ploy&#233;s sur le &#171; territoire national &#187; (d&#233;claration du gouvernement le lundi 12). D&#232;s l'apr&#232;s-midi et la soir&#233;e du mercredi 7 (le jour de la tuerie &#224; la r&#233;daction de &lt;i&gt;Charlie&lt;/i&gt;) c'est &lt;i&gt;spontan&#233;ment&lt;/i&gt; que se sont organis&#233;s les premiers rassemblements et les premi&#232;res manifestations &lt;i&gt;citoyennes&lt;/i&gt; sur les &#171; valeurs de la R&#233;publique &#187; et la &#171; libert&#233; d'expression &#187;, contre &#171; la barbarie &#187;, et qu'est apparu le slogan &#171; Je suis Charlie &#187;. Il n'&#233;tait pas besoin de &#171; l'exhortation de l'Etat &#187; et de la mise en branle qui a suivi de l'&#233;crasante machine de propagande. &lt;i&gt;L'Etat a pris le train en marche&lt;/i&gt;, non sans quelques maladresses au d&#233;part comme celle de l'organisation des manifestations sous l'&#233;gide d'un cartel des organisations politiques. Le 11 janvier, le personnel politique &#233;tait plut&#244;t discret face &#224; un cadeau en partie empoisonn&#233; pour la nature actuelle de l'Etat que l'on ne peut plus qualifier simplement de national.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien s&#251;r, ils vont en profiter pour criminaliser toute forme d'opposition et de r&#233;volte, renforcer et l&#233;gitimer les contr&#244;les et la r&#233;pression, &#234;tre r&#233;confort&#233;s dans les guerres ext&#233;rieures, maintenant devenues int&#233;rieurement &#171; justes &#187;. Mais les grandes envol&#233;es d'estrade sur &#171; l'union nationale &#187; et Jaur&#232;s ou &#171; l'union inter-nationale &#187; (pas si &#233;vidente) de l'Occident face au monde &#171; postcolonial &#187;, non seulement sont absolument inad&#233;quates en dehors de la rh&#233;torique radicale, se r&#233;sument &#224; une suite de d&#233;clarations ronflantes et d&#233;nonciatoires qui n'analysent rien parce que ce n'est pas leur but, mais encore ram&#232;nent l'analyse &#224; l'affirmation de quelques canons &#233;ternels de la norme r&#233;volutionnaire. Ramener l'&#233;norme mobilisation du dimanche 11 janvier &#224; une affaire de manipulation, de propagande, d'embrigadement est un peu facile et &#224; la limite r&#233;confortant. En aurait-il &#233;t&#233; ainsi, encore faudrait-il expliquer que &#231;a ait march&#233;. Ce n'est pas si simple et peut-&#234;tre plus grave. Cette soudaine mobilisation du dimanche 11 janvier 2015 &#233;tait &#233;minemment actuelle&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-25&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pour une analyse plus compl&#232;te de cette situation actuelle dans laquelle (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-25&#034;&gt;25&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;v&#233;nement n'est pas survenu comme un coup de tonnerre dans un ciel serein. Dans tout les pays europ&#233;ens, que cela soit sous des th&#233;matiques de gauche (Front de Gauche, Podemos, Syriza &#8230;) ou de droite (inutile de donner la liste), la &lt;i&gt;citoyennet&#233; nationale&lt;/i&gt; est devenue l'id&#233;ologie r&#233;pondant &#224; la crise ramen&#233;e &#224; l' &#171; injustice de la distribution des richesses &#187;. Cette &#171; citoyennet&#233; nationale &#187; sous-tend tout un discours mettant en cause la l&#233;gitimit&#233; de l'Etat devenu un appareil &lt;i&gt;d&#233;nationalis&#233;&lt;/i&gt; responsable de l'injustice. Quand les manifestants applaudissent au passage des cars de CRS, c'est &#224; l'ordre r&#234;v&#233; de l'Etat protecteur &#171; d'avant la mondialisation lib&#233;rale &#187; qu'ils rendent hommage et qu'ils croient retrouver. Cela, &lt;i&gt;momentan&#233;ment&lt;/i&gt;, quelles que soient la diversit&#233; des ins&#233;curit&#233;s, des dangers, r&#233;els ou fantasm&#233;s, qui menacent leur vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce sont ces dangers, ces ins&#233;curit&#233;s qui, de la R&#233;publique &#224; la Nation, se sont fugacement cristallis&#233;s dans le mythe de la citoyennet&#233; comme protection. Celle qu'apporte un vrai Etat-nation et une citoyennet&#233; nationale non seulement identitaire mais identitaire parce que protectrice, celle qui a foutu le camp depuis les ann&#233;es 1970. Mais la citoyennet&#233; nationale n'est pas innocente ni dans sa naissance ni dans ses implications. Elle se construit face &#224; &#171; l'Autre &#187; qui la menace et elle implique la suppression de la menace. Aujourd'hui l'islamisme, demain ou en m&#234;me temps la lutte de classe ou les luttes de femmes. Quatre millions de personnes se rassemblent et ce qui est frappant c'est le vide du discours : il n'y a rien &#224; dire, rien &#224; faire d'autre que de dire &#171; je suis r&#233;publicain &#187;, rien d'autre qu'&#224; comprendre &#171; ce qu'est une nation &#187;, rien d'autre qu'&#224; promener une immense repr&#233;sentation de la R&#233;publique menac&#233;e par d'anonymes corbeaux noirs que tout le monde identifie sans peine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La nation ne devient un th&#232;me de mobilisation et de combat que si elle est construite comme menac&#233;e et les menaces ne peuvent alors &#234;tre formul&#233;es que dans les termes que la nation impose, ceux de ses valeurs et de son authenticit&#233;. Le citoyen est une abstraction quant &#224; son rapport &#224; l'individu concret d&#233;fini dans des rapports de production, des rapports de classes et de genre, mais il n'est pas une abstraction vide de d&#233;terminations. L'&#233;galit&#233; et l'&#233;quivalence des citoyens entre eux qui font leur abstraction supposent un partage de qualit&#233;s communes historiques et culturelles. Il n'y a pas de citoyennet&#233; sans identit&#233;, sans la possibilit&#233; de pouvoir dire &#171; nous &#187; et &#171; eux &#187;. Dire &#171; nous &#187; et &#171; eux &#187; n'est pas l'apanage du Front National, des mangeurs de cochonnailles et des buveurs de vin rouge. Cela peut se dire avec le sourire la&#239;que de la &#171; libert&#233; d'expression &#187; et de la d&#233;fense du &#171; droit des femmes &#187;. Mais cela se dit toujours dans le langage de l'Etat. &#171; Les questions de l'immigration et de l'islam sont clairement pos&#233;es, on ne peut pas continuer comme &#231;a avec l'immigration qui si elle n'est pas li&#233;e au terrorisme complique les choses en g&#233;n&#233;rant difficult&#233;s d'int&#233;gration et communautarisme &#187; (Sarkozy). Du sourire la&#239;que bienveillant &#224; la d&#233;claration de Sarkozy la pente est glissante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un bon, un vrai citoyen se doit d'&#234;tre autant discret que son universalit&#233; est suspecte. &#171; Otez donc ce voile &#187; dit le citoyen de gauche qui milite pour l'&#233;mancipation f&#233;minine, faisant de la domination des femmes l'apanage de quelques cultures archa&#239;ques et une chose en voie de disparition chez nous. Car ce citoyen est &lt;i&gt;bien de chez nous&lt;/i&gt;. Et c'est parce que bien &lt;i&gt;de chez nous&lt;/i&gt; qu'il est &lt;i&gt;universel&lt;/i&gt;. Les juifs, quant &#224; eux, dans la manifestation, ont raison de se demander : &#171; S'il y avait seulement eu la prise d'otages &#224; l'Hyper Cacher, vendredi, et pas l'attentat contre &lt;i&gt;Charlie Hebdo&lt;/i&gt; mercredi, aurait-on observ&#233; un tel sursaut r&#233;publicain ? &#187;. Bien &#233;videmment non (cf., Toulouse) : la citoyennet&#233; nationale, l'universel, n'est pas menac&#233;e quand un particulier s'en prend &#224; un autre particulier m&#234;me si tous les particuliers ne sont pas subsum&#233;s identiquement sous l'universel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il arrive qu'un particulier pour des raisons historique dans le temps long et/ou &#224; cause de circonstances sociales ou politiques actuelles ait une positivit&#233; en raison de laquelle il appartient, en m&#234;me temps qu'il est d&#233;sign&#233;e comme particulier, &#224; la m&#234;me sph&#232;re universelle&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-26&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir Hegel, Prop&#233;deutique philosophique, chapitre Doctrine du concept, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-26&#034;&gt;26&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; : &#171; Sans les juifs, la France ne serait pas la France &#187; (Manuel Vals). Ici, la particularit&#233; demeure, elle n'est pas, comme il se devrait, supprim&#233;e dans l'universel, mais elle appartient &#224; sa sph&#232;re ; la particularit&#233; est une d&#233;termination de l'universel m&#234;me si elle n'est pas supprim&#233;e en lui. La derni&#232;re fois qu'un pr&#233;sident &#233;tait descendu manifester dans la rue c'&#233;tait Mitterrand &#224; la suite de la profanation du cimeti&#232;re juif de Carpentras, jamais &#224; la suite de l'attaque d'une mosqu&#233;e ou du carr&#233; musulman, m&#234;me d'un cimeti&#232;re militaire. Pour toutes sortes de raisons, sociales, politiques, &#233;conomiques, culturelles, historiques, toutes les particularit&#233;s ne sont pas &#233;quivalentes et le rapport de l'universel &#224; elles va de l'inclusion (qui ne la supprime pas) &#224; la m&#233;fiance si ce n'est l'hostilit&#233;. A un moment donn&#233; il y a des particularit&#233;s que l'universel construit comme nuisibles, les juifs ont pu tragiquement en faire l'exp&#233;rience.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quels que soient les discours tenus, la simple existence des manifestations dont nous parlons et l'invite &#224; &#171; s'&#233;manciper dans la R&#233;publique &#187;, signifient qu'il n'en est absolument pas de m&#234;me en ce qui concerne nos &#171; concitoyens musulmans &#187; (la formule dit tout). Le particulier n'est pas &#233;nonc&#233; dans le m&#234;me rapport &#224; l'universel. Ici, il est &#233;nonc&#233; de fa&#231;on n&#233;gative, il ne se d&#233;termine qu'en lui-m&#234;me et pour lui-m&#234;me, il appartient au divers. Soyons plus terre &#224; terre, m&#234;me si elles ne se r&#233;duisent pas &#224; lui, les manifestations du jeudi 8 au dimanche 11, sont incompr&#233;hensibles dans leur massivit&#233; sans le climat cr&#233;&#233; en France par la construction inqui&#232;te et hostile de l'islam (et des &#171; arabes &#187;) comme purement et simplement &#233;trange et &#233;tranger&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-27&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pour les raisons sociales et &#233;conomiques de cette construction, voir le (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-27&#034;&gt;27&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#171; Arr&#234;tons tout ang&#233;lisme &#187;, disent de plus en plus les esprits forts r&#233;publicains, &#171; ces terroristes viennent bien de chez vous, faites un peu le m&#233;nage &#187;. A la suite des attaques du mercredi 7 et du vendredi 9, les actes anti arabo-musulmans se sont multipli&#233;s, mais consid&#233;rons plut&#244;t l'autre face de la m&#234;me pi&#232;ce, l'attitude ouverte et humaniste (ce qui nous &#233;vitera les facilit&#233;s de la condamnation humaniste du racisme et de &#171; l'islamophobie &#187;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'injonction humaniste &#224; accepter &#171; l'Autre &#187; pr&#233;suppose l'existence de &#171; l'Autre &#187;, sa construction comme tel et donc la hi&#233;rarchie vis-&#224;-vis de &#171; l'Un &#187; qui a le pouvoir de dire qui est &#171; l'Autre &#187;. Entre &#171; Nous &#187; et &#171; les Autres &#187;, il y a une organisation de la soci&#233;t&#233; qui s'impose aux individus et pr&#233;existe &#224; chacun d'eux. Ceux qui sont invit&#233;s &#224; &#171; accepter l'Autre &#187; constituent la soci&#233;t&#233; normale, l&#233;gitime. A l'origine des Uns et des Autres, il y a le pouvoir simple et brut. L'Un est celui qui a le pouvoir de distinguer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La distinction est la mise en pratique r&#233;elle, empirique, quotidienne de &lt;i&gt;l'universalisme&lt;/i&gt; du citoyen. Si l'on abandonne la baudruche d'un &#171; vrai universalisme &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-28&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le communisme sera l'interaction d'individus singuliers que ne subsume (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-28&#034;&gt;28&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, l'Occident peut l&#233;gitimement s'accaparer le monopole de valeurs universelles, si besoin est avec des F16 et des Rafales. L'universalisme est une production id&#233;ologique li&#233; au mode de production capitaliste, &#224; l'abstraction du travail, de la valeur et du citoyen. Ce mode de production est le seul universel et &#224; pratiques id&#233;ologiques universelles, &#224; condition que les individus correspondent aux crit&#232;res de l'universalit&#233;, c'est-&#224;-dire qu'ils ne soient pas des femmes ou entretenant des liens communautaires, ethniques, raciaux, familiaux, religieux en concurrence avec l'Etat-nation. Un &#201;tat, c'est un &#201;tat-nation car c'est un &#201;tat capitaliste, il ne connait pas de communaut&#233;s interm&#233;diaires, d'identit&#233;s multiples reconnues en son sein, et d&#233;marque comme corps &#233;trangers, communaut&#233;s particuli&#232;res, donc nuisibles, tout ce qui nuit ou interf&#232;re dans son crit&#232;re d'homog&#233;n&#233;it&#233; universelle. Toute m&#233;diation entre le pouvoir et l'individu a cess&#233; d'exister. Il faut insister sur ce moyen terme qu'est l'&#201;tat-nation dans sa structure politique, moyen terme sans lequel on ne ferait que renvoyer grossi&#232;rement l'explication de l'homog&#233;n&#233;isation au d&#233;veloppement de la valeur et du capital, &#224; partir desquels on peut expliquer tout et n'importe quoi dans une totalit&#233; indiff&#233;renci&#233;e. Si seul l'&#201;tat est cens&#233; repr&#233;senter l'individu abstrait de ses d&#233;terminations qu'est le citoyen, individu &#171; &#233;mancip&#233; &#187;, la seule garantie de son &#171; &#233;mancipation &#187; est son appartenance-int&#233;gration &#224; la collectivit&#233; nationale repr&#233;sent&#233;e par l'&#201;tat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La religion, quant &#224; elle est une forme &lt;i&gt;primaire&lt;/i&gt;, instable et inaccomplie, d'universalisme de l'Etat, d'id&#233;ologie sous laquelle s'effectue la pratique politique. Primaire et instable car au moment o&#249; la religion se constitue en id&#233;ologie dominante en coagulant les id&#233;ologies sous lesquelles s'exercent les pratiques des rapports sociaux et de production, elle r&#233;v&#232;le et revendique que &lt;i&gt;l'universalit&#233; abstraite de l'Etat n'est pas dans l'Etat lui-m&#234;me&lt;/i&gt;, qu'il n'est pas lui-m&#234;me &#171; la religion r&#233;alis&#233;e &#187; (Marx, &lt;i&gt;La Question juive&lt;/i&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; L'Etat politique parfait est, d'apr&#232;s son essence, la vie g&#233;n&#233;rique de l'homme par opposition &#224; sa vie mat&#233;rielle. Toutes les suppositions de cette vie &#233;go&#239;ste continuent &#224; subsister dans la soci&#233;t&#233; civile en dehors de la sph&#232;re politique, mais comme propri&#233;t&#233;s de la soci&#233;t&#233; bourgeoise. L&#224; o&#249; l'Etat politique est arriv&#233; &#224; son v&#233;ritable &#233;panouissement, l'homme m&#232;ne, non seulement dans la pens&#233;e, dans la conscience, mais dans la r&#233;alit&#233;, dans la vie, une existence double, c&#233;leste et terrestre, l'existence dans la communaut&#233; politique, o&#249; il est consid&#233;r&#233; comme un &#234;tre g&#233;n&#233;ral, et l'existence dans la soci&#233;t&#233; civile, o&#249; il travaille comme simple particulier, voit dans les autres hommes de simples moyens et devient le jouet de puissances &#233;trang&#232;res. L'Etat politique est, vis-&#224;-vis de la soci&#233;t&#233; civile, aussi spiritualiste que le ciel l'est vis-&#224;-vis de la terre. (&#8230;) L'Etat d&#233;mocratique, le v&#233;ritable Etat, n'a pas besoin de la religion pour son ach&#232;vement politique. Il peut, au contraire, faire abstraction de la religion, parce qu'en lui &lt;i&gt;le fond humain de la religion est r&#233;alis&#233; de fa&#231;on profane&lt;/i&gt;. &#187; (&lt;i&gt;ibid&lt;/i&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Il y avait quelque chose de l'ordre du sacr&#233; &#187; (Nathalie Kosciusko-Morizet) ; &#171; Le peuple de France a communi&#233; &#187; (Rama Yade).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quatre millions de Fran&#231;ais dans les rues et 97 % dans les sondages ont renouvel&#233; leur all&#233;geance &#224; &#171; l'Etat v&#233;ritable &#187; et ont gentiment demand&#233; &#224; &#171; l'Autre &#187; de faire de m&#234;me, s'il ne l'avait d&#233;j&#224; fait. Ils lui ont avec piti&#233; et compassion demander de s'&#233;manciper. Historiquement, en France, cette &#233;mancipation au nom de l'universalit&#233; appartient au vieux fond politique de la gauche. Les martyres de &lt;i&gt;Charlie&lt;/i&gt; &#233;tant &#233;galement r&#233;put&#233;s de gauche tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes des valeurs universelles &#224; d&#233;fendre. Il fallait demander aux &#171; musulmans de France &#187; de clamer leur protestation &#171; contre la barbarie &#187;, de dire que &#171; ce n'est pas le vrai islam &#187; et de &#171; se rendre &#224; la manifestation &#187;. Ils et &lt;i&gt;elles&lt;/i&gt;&lt;i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-29&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Il semblerait que la &#171; gentille beurette &#187; figure m&#233;diatique de la d&#233;cennie (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-29&#034;&gt;29&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/i&gt; ne sont pas venu(e)s, mais l'imam pr&#233;sent sur le plateau t&#233;l&#233;, celui que l'on a invit&#233;, acquiesce, fait tout comme il faut poliment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais qu'en est-il de l'humiliation quotidienne, des refus d'embauche, de la rel&#233;gation urbaine, des regards suspicieux dans les bars ? Ce n'est pas l'Etat islamique ou Al-Qaida, ni leurs origines lointaines qui ont produit les fr&#232;res Kouachi et Amedy Coulibaly, c'est la soci&#233;t&#233; fran&#231;aise. &#171; Les acteurs de cet abominable attentat sont en r&#233;alit&#233; des citoyens fran&#231;ais, ayant fr&#233;quent&#233; l'&#233;cole r&#233;publicaine et la&#239;que, celle de Jules Ferry. C'est &#224; la France de montrer qu'elle n'est pas un 'incubateur' de terroristes, et pas aux musulmans, ni aux chr&#233;tiens, ni aux juifs, ni aux Orientaux de prouver qu'ils sont diff&#233;rents. &#187; (courrier d'une lectrice du &lt;i&gt;Monde&lt;/i&gt;) ; &#171; Ces djihadistes ont grandi dans nos villes, appris l'&#233;chec dans nos &#233;coles, appris la haine dans nos prisons &#187;, ajoute un autre lecteur. Depuis longtemps d&#233;j&#224;, le ch&#244;mage de masse, la segmentation du march&#233; du travail jusqu'&#224; sa racialisation, le traitement policier des banlieues, font que la classe dominante sait qu'il n'y a rien &#224; distribuer, rien &#224; offrir si ce n'est un encadrement par &#171; l'islam r&#233;publicain de France &#187; de cette &#171; jeunesse musulmane fran&#231;aise &#187;, comme dit un ancien ministre des affaires &#233;trang&#232;res. Il faut un Cohn-Bendit pour d&#233;clarer &#171; il faut investir dans les banlieues &#187; et proposer &#8230; &#171; une fondation nationale du sport qui soutiendrait les &#233;ducateurs sportifs &#187;. Malek Boutih est plus direct : &#171; S'il y a un potentiel de danger, ce sont des territoires qu'il faut nettoyer &#187;, proposant que certaines communes de banlieue &#171; soient temporairement mises sous tutelle par l'Etat &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'il existe aujourd'hui, comme dit Gilles Kepel, &#171; un p&#244;le d'attraction djihadiste hostile au pacte r&#233;publicain &#187; et si ce p&#244;le sait pr&#233;cis&#233;ment frapper o&#249; &#231;a fait mal, il n'est nul besoin d'aller au Sahel, au Y&#233;men ou en Irak, pour comprendre d'o&#249; il vient. Ces &#171; fous de Dieu &#187; sont nos ennemis, non parce qu'ils seraient plus &#171; barbares &#187; que d'autres (les drones de nos d&#233;mocraties n'ont rien &#224; leur envier), mais parce que leur but est d'accentuer et scl&#233;roser des fractures dans la classe exploit&#233;e et domin&#233;e qui existent d&#233;j&#224; suffisamment sans eux. S'il ne s'agit pas d'esp&#233;rer une unit&#233; du prol&#233;tariat (la segmentation est inh&#233;rente au salariat et l'unit&#233; du prol&#233;tariat ne peut qu'&#234;tre identique &#224; son abolition), il ne s'agit pas non plus de rigidifier ces fractures sous un ordre culturel et religieux les essentialisant. Les &#171; jeunes prol&#233;taires de banlieue &#187; ne sont pas plus immunis&#233;s que d'autres contre la mutation id&#233;ologique g&#233;n&#233;rale des conflits de classes (et entre les segments de la classe exploit&#233;e) en conflits culturels. D'autant plus que, dans le contexte international, se dire &#171; musulmans &#187; fournit une &lt;i&gt;image&lt;/i&gt; de confrontation absolue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Laissons les historiens conclure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette journ&#233;e a &#233;t&#233; un ph&#233;nom&#232;ne singulier, car : &#171; Nos grandes journ&#233;es nationales ont quasiment toujours &#233;t&#233; des journ&#233;es de combat &#187; (Jean-No&#235;l Jeanneney).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La premi&#232;re journ&#233;e de l'internationalisme d&#233;mocratique &#187; (Michel Winock)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour Pascal Ory, cette manifestation d'unit&#233; o&#249; les appartenances partisanes, syndicales ou communautaires&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-30&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;En ce qui concerne la &#171; mise au second plan &#187; des &#171; appartenances (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-30&#034;&gt;30&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, furent mises au second plan, en dit long sur l'&#233;tat de notre soci&#233;t&#233; : &#171; Ne pas marcher au pas derri&#232;re une organisation, brandir mille et un slogans diff&#233;rents comme on l'a vu dimanche, est le signe de l'individualisme tr&#232;s avanc&#233; qui caract&#233;rise nos soci&#233;t&#233;s occidentales. Ce qu'on a vu, c'est un rassemblement de masse, certes, mais un rassemblement qui r&#233;unit des gens pour la plupart tr&#232;s individualistes &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On pourrait dire que Pascal Ory n'a pas trop vu de manifestations r&#233;centes, durant lesquelles il est de plus en plus rare de &#171; marcher au pas derri&#232;re des organisations &#187;, mais passons car en l'occurrence Pascal Ory a raison. Il y avait une masse d'individus isol&#233;s, c'est-&#224;-dire une masse de citoyens qui ne pouvait que regarder passer face &#224; eux leur communaut&#233; sous la forme d'une cinquantaine de chefs d'Etat. Quoi que ces individus pensent de chacun d'entre eux en particulier et quelle que soit la d&#233;fiance que cette citoyennet&#233; nationale entretient vis-&#224;-vis de l'Etat actuel r&#233;ellement existant, c'&#233;tait &lt;i&gt;notre universalit&#233; abstraite&lt;/i&gt; qui passait (m&#234;me si elle n'&#233;tait pas &#224; cheval comme &#224; l'&#233;poque de Hegel) et &#224; laquelle, en tant que citoyens, ils ont renouvel&#233; leur c&#233;r&#233;monie d'hommage&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-31&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cette ad&#233;quation du citoyen (m&#234;me en tant que tel) &#224; l'Etat est actuellement (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-31&#034;&gt;31&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. On pouvait ne pas le faire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Dans l'histoire, l'euphorie est souvent &#233;ph&#233;m&#232;re, et les grands moments d'enthousiasme sont rarement suivis de lendemains enchanteurs &#187; (Michel Winock). Enchanteurs ou pas, la conjoncture actuelle des luttes de classes (pr&#233;dominance des rapports de distribution sur les rapports de production, injustice de la distribution et son responsable l'Etat d&#233;nationalis&#233;, segmentation racialis&#233;e du prol&#233;tariat, authenticit&#233; du peuple contre les &#233;lites, luttes interclassistes) fait qu'au-del&#224; d'un &#233;v&#233;nement qui se d&#233;gonflera vite, les lendemains vont se jouer dans l'in&#233;vitable jeu contradictoire entre l'individu concret engag&#233; dans les rapports sociaux de production et le citoyen, &lt;i&gt;son abstraction n&#233;cessaire&lt;/i&gt;&lt;i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-32&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Nous sommes ici au niveau de l'id&#233;ologie sous laquelle peut op&#233;rer le jeu de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-32&#034;&gt;32&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Commentaires critiques et r&#233;ponses&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt;D&#233;finition des classes et renvoi &#224; l'appartenance de classe&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;Premier commentaire sign&#233; Ratax&#232;s&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Mais de qui parle-t-on ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qui sont ces national-d&#233;mocratistes qui sont cens&#233;s succ&#233;der aux d&#233;mocratistes radicaux ? Bien s&#251;r on peut r&#233;pondre que ce n'est pas homog&#232;ne, mais traduit une lame de fond dans cette soci&#233;t&#233;, etc&#8230; Mais de fait, il existe toujours des classes et des segments de celles-ci, non ? 'Quatre millions de Fran&#231;ais dans les rues'. D'accord, mais qui ? Des gens 'de l'autre c&#244;t&#233; du plafond de verre' ? Des individus isol&#233;s, une masse de citoyens&#8230;Je con&#231;ois que l'heure soit &#224; l'interclassisme. En m&#234;me temps, j'ai l'impression que l'heure est toujours &#224; l'interclassisme pour 'les gens de la moyenne' pour reprendre le titre d'une chanson de Colette Magny. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(&lt;i&gt;Commentaire sur le site Dndf sign&#233; Ratax&#232;s&lt;/i&gt;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;ponse &#224; Ratax&#232;s&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Mais de qui parle-t-on ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Excellente question. Qui sont les gentils &#233;l&#233;phants de Babar qui ont d&#233;fendu C&#233;lesteville face aux m&#233;chants rhinoc&#233;ros de Ratax&#232;s ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, &#171; il existe toujours des classes et des segments dans celles-ci &#187;. Dans certaines situations produite par ces rapports de classes, peuvent se cristalliser des positions h&#233;t&#233;rog&#232;nes dans la constitution d'un &#233;v&#233;nement unique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A propos de l'&#233;lection de Louis-Napol&#233;on, le 10 d&#233;cembre 1848 : &#171; Les autres classes contribu&#232;rent &#224; parachever la victoire des paysans. L'&#233;lection de Napol&#233;on, c'&#233;tait pour le &lt;i&gt;prol&#233;tariat&lt;/i&gt; (soulign&#233; dans le texte) la destitution de Cavaignac, le renversement de la Constituante, le cong&#233;diement du r&#233;publicanisme bourgeois, la cassation de la victoire de juin. Pour la &lt;i&gt;petite bourgeoisie&lt;/i&gt;, Napol&#233;on signifiait le pouvoir du d&#233;biteur sur le cr&#233;ancier. Pour la majorit&#233; de la &lt;i&gt;grande bourgeoisie&lt;/i&gt;, l'&#233;lection de Napol&#233;on, c'&#233;tait la rupture ouverte avec la fraction dont elle avait d&#251; se servir un instant contre la r&#233;volution, mais qui lui &#233;tait devenue insupportable (&#8230;) Napol&#233;on &#224; la place de Cavaignac, c'&#233;tait pour elle la monarchie &#224; la place de la r&#233;publique, (&#8230;). En votant pour Napol&#233;on, l'&lt;i&gt;arm&#233;e&lt;/i&gt; en fin vota contre la garde mobile, contre l'idylle de la paix, pour la guerre. (&#8230;). Napol&#233;on &#233;tait le &lt;i&gt;nom collectif&lt;/i&gt; de tous les partis coalis&#233;s contre la R&#233;publique bourgeoise. (&#8230;). L'&#233;lection de Bonaparte ne pouvait s'expliquer qu'en substituant au nom &lt;i&gt;unique&lt;/i&gt; ses significations multiples, qu'en se r&#233;p&#233;tant dans l'&#233;lection de la nouvelle assembl&#233;e nationale. &#187; (Marx, &lt;i&gt;Les luttes de classes en France&lt;/i&gt;, Ed. la Pl&#233;iade, &#338;uvres politiques, pp. 273-279) ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour des raisons diverses et pouvant m&#234;me &#234;tre oppos&#233;es, &#171; Charlie &#187; &#233;tait le &lt;i&gt;nom collectif&lt;/i&gt; de toutes les classes et segments de classes coalis&#233;s pour la d&#233;fense de la citoyennet&#233; nationale. Pour expliquer cela il faudrait remonter &#224; la sp&#233;cificit&#233; de la crise depuis 2007 / 2008 et les formulations id&#233;ologiques qu'&#224; partir de cette sp&#233;cificit&#233; elle a engendr&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-33&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir dans ce n&#176; de TC le texte Une s&#233;quence particuli&#232;re.&#034; id=&#034;nh2-33&#034;&gt;33&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. D'autant plus oppos&#233;e que, pour la bourgeoisie, le processus actuel de d&#233;nationalisation de l'Etat est la forme ad&#233;quate de son pouvoir de classe en g&#233;n&#233;ral m&#234;me si une fraction de cette classe l'impose &#224; une autre. Sans avoir de donn&#233;es pr&#233;cises, intuitivement, on peut penser que la classe ouvri&#232;re &#233;tait proportionnellement sous-repr&#233;sent&#233;e dans ces cort&#232;ges. Non pas que pour elle la citoyennet&#233; nationale soit vide de sens (&#171; les prol&#233;taires n'ont pas de patrie &#187;), mais elle y met une signification bien plus concr&#232;te que la libert&#233; d'expression ou la la&#239;cit&#233;, ce sont les &#171; droits sociaux &#187; qui historiquement se sont toujours constitu&#233;s comme tels en m&#234;me temps que la distinction entre nationaux et &#233;trangers (quels que soient les papiers de ces &#171; &#233;trangers &#187;). En outre, pour une partie d'entre elle, la chose &#233;tait d&#233;j&#224; entendue dans son adh&#233;sion au Front National.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'objet m&#234;me de cette cristallisation, quelles que soient les raisons des diverses classes et segments imposait sa &#171; forme &#187; : citoyen, individu isol&#233;. La question qui se pose alors et que pointe Ratax&#232;s est la suivante : si les classes n'existent pas sous, au-dessus, comme noyau vrai, en dehors de leur forme de manifestation, ce sont alors les formes de manifestation qui sont constamment instables. C'est la question de l'instabilit&#233; et de la dynamique de toute forme de manifestation des rapports de classes qui est l'enjeu de la situation actuelle comme cela est &#233;voqu&#233; &#224; la fin du texte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, &#171; les classes existent &#187;, mais il serait bien t&#233;m&#233;raire de croire qu'elles se donnent toujours &#224; voir en clair telles qu'en leur concept et m&#234;me tout aussi t&#233;m&#233;raire de croire qu'elles existent toujours comme le noyau vrai sous les formes d'apparition (ou &#224; l'int&#233;rieur). Dans la citoyennet&#233;, ce sont des choses diff&#233;rentes qui sont dites, et cela, pour le meilleur ou pour le pire, ne va pas manquer d'appara&#238;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Second commentaire de Ratax&#232;s{{}}&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; On en revient &#224; 'l'heure solitaire de la derni&#232;re instance'. Reste que 'la loi de la pesanteur se fait sentir &#224; n'importe qui lorsque sa maison s'&#233;croue sur sa t&#234;te'. S'il est vrai que les classes n'apparaissent pas forc&#233;ment telles qu'en leur concept, c'est tout de m&#234;me &#224; leur appartenance de classe que les prol&#233;taires sont (et surtout seront) renvoy&#233;-e-s dans la crise, surtout qu'elle se pr&#233;sente comme crise de la reproduction. C'est ici o&#249; je ne suis pas s&#251;r de suivre TC : n'y a-t-il pas glissement depuis la question 'comment le prol&#233;tariat agissant strictement en tant que classe peut-il abolir les classes ?' vers la question 'comment le prol&#233;tariat en tant que soci&#233;t&#233; &#8230;' ? Il me semble que ce qui est pos&#233; aujourd'hui par le capital, c'est que le prol&#233;tariat n'est pas l&#233;gitime pour 'faire soci&#233;t&#233;' : il est renvoy&#233; &#224; une appartenance de classe n&#233;gative, &#224; n'&#234;tre que sans r&#233;serve, il est de trop.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme dans cette l&#233;gende argentine (impossible de trouver confirmation jusqu'&#224; pr&#233;sent mais elle est signifiante en tout cas) sur un graffiti indiquant 'bienvenue &#224; la classe moyenne' sur le mur d'une &lt;i&gt;villa miseria&lt;/i&gt;, un peu avant 2001. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(&lt;i&gt;Commentaire sur Dndf sign&#233; Ratax&#232;s&lt;/i&gt;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;ponse &#224; ce second commentaire de Ratax&#232;s, &#224; cause de sa longueur, a pris la forme d'un second texte publi&#233; sur Dndf&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A propos de Charlie (suite)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du citoyen Charlie &#224; la derni&#232;re instance&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les questions soulev&#233;es par Ratax&#232;s, parfois en un ou deux mots, n&#233;cessitent d'ouvrir beaucoup de tiroirs pour y r&#233;pondre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je suis en gros d'accord avec le commentaire de Ratax&#232;s (R) : &#171; chaque classe sera renvoy&#233;e &#224; sa propre situation &#187;, c'est aussi ce que sugg&#232;re, paraphrasant la citation des &lt;i&gt;Luttes de classes en France&lt;/i&gt;, la fin de la r&#233;ponse pr&#233;c&#233;dente. Mais &lt;i&gt;comment se fait ce &#171; renvoi &#187;, quel est sa m&#233;canique et au final : qu'est-ce qu'une classe ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est l&#224; o&#249; on a du mal &#224; partager la belle assurance de R ou celle de Marx dans &lt;i&gt;La Sainte Famille&lt;/i&gt; (voir plus loin). Comme si ce qu'il se passe n'&#233;tait finalement qu'une sorte de mauvais moment &#224; passer, je ne parle pas ici forc&#233;ment de la situation actuelle mais plus globalement de la relation entre d'une part le cours quotidien de la lutte des classes, les formes dans lesquelles elle n'appara&#238;t pas &#171; en clair &#187; et, d'autre part, son concept dans lequel existerait ce que l'on sait comme n&#233;cessaire de son aboutissement (ce qui devrait bien un jour ou l'autre nous tomber sur la t&#234;te du fait de la loi de la pesanteur).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans l'appr&#233;hension ordinaire, convenue, allant de soi de la lutte de classe, tout se passe comme si on avait d'un c&#244;t&#233; les classes dans leur situation, leur contradiction, ce qu'elles doivent &#234;tre et faire conform&#233;ment &#224; leur &#234;tre. Comme disait Marx dans &lt;i&gt;La Sainte famille &lt;/i&gt; : &#171; Il ne s'agit pas de savoir quel but tel ou tel prol&#233;taire, ou m&#234;me le prol&#233;tariat tout entier, se &lt;i&gt;repr&#233;sente&lt;/i&gt; momentan&#233;ment. Il s'agit de savoir &lt;i&gt;ce que&lt;/i&gt; le prol&#233;tariat &lt;i&gt;est&lt;/i&gt; et ce qu'il sera oblig&#233; de faire, conform&#233;ment &#224; cet &lt;i&gt;&#234;tre&lt;/i&gt;. &#187; (Marx, &lt;i&gt;op. cit&lt;/i&gt;., &#233;d. Soc., p. 48. ) ; et de l'autre, des circonstances, des dires, des fa&#231;ons d'&#234;tre imm&#233;diates, des id&#233;ologies, en un mot des &lt;i&gt;accidents&lt;/i&gt;. Et, entre les deux, &lt;i&gt;rien&lt;/i&gt;. Comme si cet autre cot&#233; ne venait que comme une g&#234;ne ou une entrave momentan&#233;es, ext&#233;rieures &#224; l'&#234;tre et &#224; son devenir n&#233;cessaire. En bref, quelque chose dont on ne saurait pas trop quoi faire, sinon qu'il faut &#171; faire avec &#187;. Pour reprendre les questions abord&#233;es dans le texte &lt;i&gt;A propos de Charlie &lt;/i&gt;c'est comme si l'on disait que l' &#171; ordre r&#233;publicain &#187;, la &#171; citoyennet&#233; nationale &#187;, la d&#233;finition de &#171; l'Autre &#187; etc., ne faisaient que &lt;i&gt;perturber&lt;/i&gt; d&#233;sagr&#233;ablement la structure des relations et des contradictions de classes qui ne sauraient manquer d'affirmer leurs pr&#233;rogatives. C'est vrai, mais comment ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'un c&#244;t&#233; la lutte de classe telle qu'en sont concept et, &#224; c&#244;t&#233;, occasionnellement, des circonstances. Mais, il est dans la nature du concept que les conditions existantes soient ses conditions d'existence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la probl&#233;matique programmatique d'un &#171; &#234;tre r&#233;volutionnaire &#187; de la classe, la sentence marxienne ci-dessus (bien qu'elle soit dans le texte prise dans une probl&#233;matique humaniste) est d&#233;finitive, autosuffisante, on passe &#224; autre chose, et on peut en toute tranquillit&#233; d'esprit, toute innocence, se livrer &#224; l'analyse du cours historique du mode de production capitaliste, du cours empirique de la lutte des classes et de son devenir r&#233;volutionnaire &lt;i&gt;d&#233;j&#224; connu&lt;/i&gt; (m&#234;me s'il n'est pas in&#233;luctable). Comme si le mouvement, l'histoire, n'&#233;tait rien qu'une mauvaise plaisanterie s'intercalant entre une contradiction initiale contenant son ach&#232;vement et cet ach&#232;vement comme r&#233;alisation d&#233;j&#224; contenu dans son origine. Mais voil&#224;, le d&#233;passement r&#233;volutionnaire du mode de production capitaliste est un &lt;i&gt;d&#233;passement produit&lt;/i&gt;, une sorte de point historique inconnu (une conjoncture, m&#234;me si elle n'est jamais fortuite en regard de ce qu'est le capital comme contradiction en proc&#232;s), et &lt;i&gt;la&lt;/i&gt; question ne se pr&#233;sente plus alors, dans chaque analyse particuli&#232;re, comme celle d'un &#171; d&#233;saccord &#187; ou d'une &#171; disharmonie &#187; conjoncturelle, sans grand int&#233;r&#234;t th&#233;orique et sans cons&#233;quences majeures sur un aboutissement in&#233;luctable. Mais, d&#233;j&#224;, chez Marx, ce qu'il est &#171; contraint de faire conform&#233;ment &#224; cet &#234;tre &#187; n'est plus la m&#234;me chose en 1848, en 1852 et encore moins en 1871.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Consid&#233;rer le cours des choses sur cette base ne pourrait que nous conforter dans un normativisme bien tranquille : la situation est telle, mais nous savons que ce n'est qu'un &#171; d&#233;saccord &#187;, une &#171; disharmonie &#187; momentan&#233;e, cela parce que l'avenir nous appartient &#8230;, mais, surtout, parce que, &lt;i&gt;d&#232;s maintenant&lt;/i&gt;, ce qui se passe, c'est-&#224;-dire ce que fait le prol&#233;tariat, ne correspond pas &#224; l'&#234;tre que nous (la th&#233;orie) nous connaissons, en quelque sorte ce n'est pas &#171; rationnel &#187; et donc &#224; peine &#171; r&#233;el &#187; (on retrouve ici ce qui est le plus insupportable dans les d&#233;clarations &#171; radicales &#187; &#224; la suite de la manif du 11 janvier). Cela ne signifie pas que l'on ne peut rien dire de la fin de la lutte des classes et du communisme, mais que ce que l'on peut en dire n'est radicalement pas quelque chose de normatif car c'est quelque chose qui se produit dans les limites m&#234;me de la lutte de classe, c'est-&#224;-dire plus pr&#233;cis&#233;ment maintenant dans le fait de lutter en tant que classe comme la limite n&#233;cessaire m&#234;me de la lutte de classe. Et ce n'est que de l&#224;, qu'au pr&#233;sent, nous pouvons parler de la r&#233;volution comme communisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A partir du moment o&#249; &#171; sa propre situation &#187;, comme dit Marx, n'est pas un &#234;tre, mais r&#233;ellement une &#171; situation &#187;, c'est-&#224;-dire un rapport et donc une histoire, on ne peut plus se contenter de la tranquillit&#233; et de l'innocence normatives. On ne peut plus poser, d'un c&#244;t&#233;, ce qui se passe et, de l'autre, passer les d&#233;saccords et les disharmonies par pertes et profits dans l'attente de la &#171; prise de conscience &#187; ou de la &#171; vraie pratique &#187;, celle ad&#233;quate &#224; l'&#234;tre. On ne peut plus dire &#171; peu importe... &#187;, car c'est justement cela qui importe. La disharmonie et le d&#233;saccord ne peuvent plus &#234;tre rejet&#233;s &#224; l'ext&#233;rieur de l'objet comme cela appara&#238;t dans une th&#233;orie normative parce que les al&#233;as des &#171; buts &#187; que les ouvriers &#171; se repr&#233;sentent &#187; ne peuvent plus &#234;tre trait&#233;s comme disharmonies par rapport &#224; la norme finale du &#171; vrai but &#187; ou de la pratique ad&#233;quate. En fait, c'est tout le contenu du concept de &lt;i&gt;limite des luttes&lt;/i&gt; que l'on retrouve, concept, il est vrai, d&#233;licat &#224; manier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne peut plus dire &#171; peu importe... &#187;, le d&#233;calage, doit constamment &#234;tre justifi&#233;. Non pas justifi&#233; en r&#233;p&#233;tant chaque fois ce qu'est la th&#233;orie, mais justifi&#233; dans son objet, c'est-&#224;-dire telle ou telle situation. C'est dans le cours m&#234;me de l'analyse, dans les caract&#233;ristiques concr&#232;tes sp&#233;cifiques de chaque objet, que la th&#233;orie dit le fondement et le contenu de sa critique de cet objet et se justifie elle-m&#234;me. La disharmonie et le d&#233;saccord ne sont pas rejet&#233;s &#224; l'ext&#233;rieur de l'objet comme cela appara&#238;t dans une th&#233;orie normative. Si, dans ce cycle, la limite de chaque lutte c'est fondamentalement le fait d' &#171; agir en tant que classe &#187;, la limite est alors inh&#233;rente et existera n&#233;cessairement toujours de fa&#231;on sp&#233;cifique &#224; la lutte ou plus globalement &#224; la situation et selon les modalit&#233;s de la reproduction du mode de production capitaliste dont le prol&#233;tariat est une classe. La limite est simultan&#233;ment ce sans quoi la lutte n'aurait pas lieu, non au sens d'un pis-aller, mais d'une n&#233;cessit&#233;, quelque chose qui ne peut pas ne pas &#234;tre, et un moment de l'autopr&#233;supposition du capital. Elle est une fa&#231;on concr&#232;te de dire simultan&#233;ment la th&#233;orie &lt;i&gt;et&lt;/i&gt; le d&#233;saccord, la disharmonie, qu'elle ne rejette pas hors d'elle comme accidentelle ou sans int&#233;r&#234;t, elle dit m&#234;me que sans eux elle ne serait pas. Une th&#233;orie non programmatique et non normative &lt;i&gt;se &#171; justifie &#187; constamment&lt;/i&gt;, elle n'existe que dans la distance &#224; abolir, elle n'est pas transparente &#224; elle-m&#234;me. Elle se bat constamment contre elle-m&#234;me, son assurance, son corpus constitu&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Non seulement on ne peut pas consid&#233;rer ce &lt;i&gt;renvoi &#224; la situation de classe&lt;/i&gt; avec l'assurance de R ou celle du Marx de &lt;i&gt;La Sainte Famille&lt;/i&gt;, mais encore, ce renvoi n'est pas le moment o&#249; &#171; sonne l'heure solitaire de la derni&#232;re instance &#187;. Revenir &#224; la situation de classe ce n'est pas revenir &#224; une situation &#233;conomique objective.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La vente de la force de travail ne dit pas ce qu'est le prol&#233;tariat (la quasi-totalit&#233; de la population est salari&#233;) si cette vente n'est pas saisie non seulement dans sa relation &#224; la valorisation du capital, mais encore &#224; celle-ci &lt;i&gt;comme contradiction&lt;/i&gt;. La vente de la force de travail ne d&#233;finit rien par elle-m&#234;me si on en reste &#224; ce niveau, mais elle ne d&#233;finit pas plus la classe m&#234;me si on la relie &#224; la valorisation du capital. La d&#233;finition n'appara&#238;t qu'au moment o&#249; cette situation (la vente de la force de travail) et cette relation (de la vente &#224; la valorisation) sont saisies comme contradiction pour cela m&#234;me dont elles sont la dynamique, c'est-&#224;-dire au niveau de la reproduction. C'est la contradiction entre le travail n&#233;cessaire et le surtravail, c'est la baisse tendancielle du taux de profit comprise comme une contradiction entre le prol&#233;tariat et le capital, c'est, de m&#234;me, le capital comme contradiction en proc&#232;s. Ce n'est qu'au niveau de la &lt;i&gt;reproduction&lt;/i&gt; que nous approchons &lt;i&gt;l'unit&#233; de la d&#233;finition des classes comme situation et pratique&lt;/i&gt; (comme &#171; en soi &#187; et &#171; pour soi &#187; si l'on veut), comme contradiction au capital et &#224; elle-m&#234;me. Mais, si &#224; ce niveau nous avons tout, nous ne l'avons que si nous sommes capables, de concevoir ce tout comme un d&#233;veloppement. S'il est vrai que les classes se d&#233;finissent comme une position sp&#233;cifique dans les rapports de production, les rapports de production sont des rapports de &lt;i&gt;reproduction&lt;/i&gt; et l&#224; en ce qui concerne la d&#233;finition des classes tout se complique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous en revenons &#224; la &#171; disharmonie &#187; qui &#233;tait notre point de d&#233;part, elle ne tient pas seulement &#224; des circonstances momentan&#233;es li&#233;es &#224; des moments particuliers, elle est inh&#233;rente au fait que si &#234;tre une classe est une situation objective donn&#233;e comme une place dans une structure, parce que cela signifie une &lt;i&gt;reproduction&lt;/i&gt; &lt;i&gt;conflictuelle&lt;/i&gt; et donc la mobilisation de l'ensemble du mode de production, cela implique une multitude de rapports qui ne sont pas strictement &#233;conomiques dans lesquels les individus vivent cette situation objective, se l'approprient et &lt;i&gt;s'auto-construisent comme classe&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut comprendre que dans les aires centrales du mode de production capitaliste, l'identit&#233; ouvri&#232;re a longtemps masqu&#233; cela. Elle &#233;tait une construction sociale que venait confirmer les modalit&#233;s de la reproduction du capital dans la p&#233;riode ant&#233;rieure &#224; la restructuration des ann&#233;es 1970. Elle &#233;tait un v&#233;cu id&#233;ologique au travers de la division du travail, de la relation aux travailleurs immigr&#233;s, des rapports entre hommes et femmes, de la relation &#224; la nation, etc., mais qui avait la singuli&#232;re facult&#233; d'appara&#238;tre comme une situation objective. La relation v&#233;cue aux rapports de production se donnait comme les rapports de production eux-m&#234;mes. On ne peut plus tellement dire que cela soit le cas aujourd'hui. Et l'on ne peut pas faire comme si cela n'avait aucune importance, comme si l'&#234;tre &#233;tait ailleurs, dans une puret&#233; accessible ou non.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le capital a par rapport &#224; la totalit&#233; une position diff&#233;rente de celle du prol&#233;tariat, position qui r&#233;sulte du contenu m&#234;me de l'exploitation (subsomption). Il est l'agent de la reproduction g&#233;n&#233;rale, c'est par l&#224; que cette reproduction appara&#238;t comme &lt;i&gt;oppression&lt;/i&gt;. En m&#234;me temps que le capital se constitue non plus comme rapport social mais comme objectivit&#233; &#233;conomique (toutes les conditions du renouvellement du rapport se trouvent, &#224; la fin de chaque cycle, r&#233;unies comme capital en soi face au travail), les instances politiques, juridiques, id&#233;ologiques, morales, toutes les institutions sociales et &#233;ducatives, deviennent des moments n&#233;cessaires de (&lt;i&gt;et &#224;&lt;/i&gt;, car comme on va le voir l'&#233;conomie se diff&#233;rencie en elle-m&#234;me) la reproduction du rapport &#171; purement &#233;conomique &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est l&#224; que l'on peut retrouver le rapport d'exploitation comme rapport de domination comme activit&#233; politique, id&#233;ologique, polici&#232;re, morale, etc., tant comme activit&#233; de la classe capitaliste que comme activit&#233; du prol&#233;tariat en tant que lutte contre cette domination. C'est l&#224; que se &#171; red&#233;veloppent &#187; l'oppression et la domination comme l'objet m&#234;me, la raison d'&#234;tre, de toutes les instances non &#171; purement &#233;conomiques &#187; du mode de production.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut consid&#233;rer que &lt;i&gt;l'&#233;conomie comme d&#233;termination se distingue de l'&#233;conomie comme instance dominante&lt;/i&gt;. Si, dans le mode de production capitaliste, contrairement par exemple au moyen-&#226;ge, l'&#233;conomie est &#224; la fois ce qui d&#233;termine la dominante et cette dominante elle-m&#234;me, il faut voir que, sous le m&#234;me terme d' &#171; &#233;conomie &#187; il ne s'agit pas, dans l'un et l'autre cas, de la m&#234;me r&#233;alit&#233;. En tant que d&#233;termination, il s'agit de l'&#233;conomie comme ensemble de rapports sociaux de production ; en tant que dominante, il s'agit de l'&#233;conomie comme objectivit&#233;. Dans cette distorsion m&#234;me entre la d&#233;termination et la dominante r&#233;side la n&#233;cessit&#233; de toutes les instances que nous avons &#233;voqu&#233;es comme n&#233;cessaires pour toujours &lt;i&gt;transformer la premi&#232;re en la seconde&lt;/i&gt;. La lutte des classes et les classes elles-m&#234;mes existent dans cette transformation qui est la production comme reproduction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est n&#233;cessaire de montrer que le capital, ce &#171; pur rapport &#233;conomique &#187;, &#224; partir de lui-m&#234;me, &#171; sur sa propre base &#187;, &lt;i&gt;n'en est jamais un&lt;/i&gt;, pour d&#233;finir le statut th&#233;orique des formes d'apparition du capital comme contradiction en proc&#232;s car les classes ne sont pas ailleurs. Mais aussi pour comprendre la crise r&#233;volutionnaire de l'autopr&#233;supposition du capital comme conjoncture. La r&#233;volution ne fait pas sonner &#171; l'heure solitaire de la derni&#232;re instance &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand lutter en tant que classe est la limite de la lutte de classe, quand le fait d'&#234;tre femme est la limite des luttes de femmes la r&#233;volution devient une lutte contre ce qui l'a produite, toute l'architecture du mode de production, la distribution de ses instances et de ses niveaux se trouvent entra&#238;n&#233;es dans un processus de bouleversement de la normalit&#233; / fatalit&#233; de sa reproduction d&#233;finie par la hi&#233;rarchie d&#233;terminative (chacune bien &#224; sa place et &#171; cause &#187; de la suivante dans l'ordre des bases, infrastructures, superstructures, ces derni&#232;res elles-m&#234;mes hi&#233;rarchis&#233;es) des instances du mode de production. C'est parce qu'elle est ce bouleversement et seulement si elle l'accomplit que la r&#233;volution est ce moment o&#249; les prol&#233;taires se d&#233;barrassent de toute la pourriture du vieux monde qui leur colle &#224; la peau, tout comme les hommes et les femmes de ce qui constitue leur individualit&#233;. Il ne s'agit pas d'une cons&#233;quence mais du mouvement concret de la r&#233;volution o&#249; toutes les instances du mode de production (id&#233;ologie, droit, politique, nationalit&#233;, &#233;conomie, genres, etc.) peuvent &#234;tre tour &#224; tour la focalisation dominante de l'ensemble des contradictions. Une conjoncture d&#233;signe le m&#233;canisme m&#234;me d'une crise comme crise de l'autopr&#233;supposition du capital : le bouleversement de la hi&#233;rarchie d&#233;terminative des instances du mode de production. La r&#233;volution comme communisation aura &#224; se nourrir de l'impuret&#233;, de la non-simplicit&#233;, du proc&#232;s contradictoire du mode de production capitaliste. Changer les circonstances et se changer soi-m&#234;me co&#239;ncident : c'est la r&#233;volution, c'est une &lt;i&gt;conjoncture&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est, dans la crise de la reproduction, ce d&#233;placement des instances comme dominantes et d&#233;terminations qui est &lt;i&gt;le comment&lt;/i&gt; de la tension &#224; son abolition contenue dans le capital comme contradiction en proc&#232;s, c'est ainsi que cette tension devient la r&#233;alit&#233; effective de la remise en cause de l'appartenance de classe et de l'assignation de genre, c'est ainsi que le capital comme contradiction en proc&#232;s est pris comme objet de transformation : il n'est plus cet automatisme simple et homog&#232;ne se r&#233;solvant toujours en lui-m&#234;me. Quand l'unit&#233; se d&#233;fait (du fait des rapports de production qui sont la d&#233;termination) cela signifie que l'assignation de toutes les instances du mode de production est en crise. Une conjoncture c'est l'effectivit&#233; du jeu qui abolit sa r&#232;gle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une th&#233;orie de la conjoncture c'est une th&#233;orie de la r&#233;volution qui fait sienne le fait que &#171; Ni au premier, ni au dernier instant, l'heure solitaire de la derni&#232;re instance &#8211; l'&#233;conomie - ne sonne jamais &#187; (Althusser, &lt;i&gt;Contradiction et surd&#233;termination&lt;/i&gt;, in &lt;i&gt;Pour Marx&lt;/i&gt;, p. 113).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Parce qu'il n'est pas dans la nature de la r&#233;volution de la faire sonner&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;volution ne peut plus &#234;tre affirmation d'un prol&#233;tariat se reconnaissant &lt;i&gt;pour lui-m&#234;me&lt;/i&gt; en tant que force r&#233;volutionnaire dans le mode de production capitaliste &lt;i&gt;face&lt;/i&gt; au capital. Toute lutte du prol&#233;tariat ou lutte de femmes (chacune &#224; en elle-m&#234;me l'existence de l'autre sans se confondre avec elle) se produit et se d&#233;veloppe dans les cat&#233;gories de la reproduction et de l'autopr&#233;supposition du capital. Par d&#233;finition, qu'elles soient luttes de classe ou luttes de femmes, formellement ind&#233;pendantes ou intriqu&#233;es, les luttes n'existent toujours que &#171; surd&#233;termin&#233;es &#187;. Dans cette &#171; surd&#233;termination &#187; ne r&#233;side aucun d&#233;tournement, mais c'est l'existence et la pratique r&#233;elles en tant que classe ou en tant que genre que l'on trouve, car si les contradictions de classes et de genres construisent le capital comme contradiction en proc&#232;s et se construisent r&#233;ciproquement elles-m&#234;mes comme contradiction (parce que c'est du surtravail que viennent l'une et l'autre), cela signifie que classes et genres existent et agissent dans les cat&#233;gories d&#233;finies dans la reproduction du capital qui les subsume. Le caract&#232;re diffus, segment&#233;, &#233;clat&#233;, id&#233;ologique, corporatif des conflits, c'est le lot n&#233;cessaire d'une contradiction entre les classes et d'une contradiction entre les genres qui se situent au niveau de la reproduction du capital.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est le r&#234;ve programmatique qui veut une classe qui se d&#233;gage de son implication r&#233;ciproque avec le capital et s'affirme en tant que telle dans une puret&#233; autod&#233;termin&#233;e, une classe subsistant par elle-m&#234;me (les femmes suivent).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le prol&#233;tariat n'est pas pour autant renvoy&#233; &#224; une &#171; appartenance de classe n&#233;gative &#187;. Remarquons d'abord qu'en ce qui concerne le prol&#233;tariat et non les prol&#233;taires c'est plus de &lt;i&gt;d&#233;finition&lt;/i&gt; comme classe que d'&lt;i&gt;appartenance&lt;/i&gt; de classe dont il s'agit. Mais m&#234;me si nous parlons des prol&#233;taires, sous l'expression d'appartenance de classe, se glisse incognito, comme allant de soi, un individu ind&#233;fini &lt;i&gt;appartenant &#224; une classe&lt;/i&gt;, comme on appartient aux amateurs d'authentiques andouillettes. L'appartenance de classe est contingente dans le mode de production capitaliste, mais la contingence n'est pas contingente, elle est une d&#233;finition n&#233;cessaire de l'individu. Il n'est pas contingent dans le mode de production capitaliste que les prol&#233;taires soient des individus contingents, ce qui signifie que la contingence de l'appartenance de classe ne suppose pas l'existence d'un objet-individu neutre sur lequel op&#233;rerait cette contingence. La reproduction des rapports sociaux capitalistes fait de cette contingence la condition premi&#232;re de tout &#233;change de la force de travail. Il est alors dans la d&#233;finition m&#234;me de la situation de prol&#233;taire dans son rapport au capital de &#171; ne pas vouloir demeurer ce qu'il est &#187; (Marx, &lt;i&gt;l'Id&#233;logie Allemande&lt;/i&gt;), d'&#234;tre dans l'insatisfaction vis-&#224;-vis de lui-m&#234;me. Nous sommes l&#224; au c&#339;ur du cycle de luttes actuel : l'appartenance de classe n'est pas seulement &#171; n&#233;gative &#187;, elle peut &#234;tre une pratique en contradiction avec elle-m&#234;me, ce qui n'est pas pareil.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Dans l'activit&#233; r&#233;volutionnaire, se changer soi-m&#234;me et changer ces conditions co&#239;ncident. &#187; (&lt;i&gt;Id&#233;ologie allemande&lt;/i&gt;, p.242). Cette phrase r&#233;p&#232;te &#224; l'identique une formule des &lt;i&gt;Th&#232;ses sur Feuerbach&lt;/i&gt;. Le th&#232;me est r&#233;current dans &lt;i&gt;l'Id&#233;ologie allemande&lt;/i&gt;, c'est le c&#339;ur de la conception de l'auto-&#233;mancipation du prol&#233;tariat : les prol&#233;taires, agissant en tant que classe, abolissant leurs propres conditions d'existence qui les d&#233;finissent, se transforment eux-m&#234;mes. Ils ne sont le &#171; regain &#187; de rien et ne font que partir de leur condition existante dans &lt;i&gt;cette&lt;/i&gt; soci&#233;t&#233; et non d'une individualit&#233; autre ou sous-jacente. &#171; Pour lui (Stirner, nda), il y a d'un c&#244;t&#233; la 'transformation de la situation' et de l'autre les 'hommes', et ces deux aspects sont compl&#232;tement s&#233;par&#233;s. Sancho n'est m&#234;me pas effleur&#233; par l'id&#233;e que la 'situation' a toujours &#233;t&#233; &lt;i&gt;la situation de ces hommes&lt;/i&gt; (soulign&#233; par nous) pr&#233;cis&#233;ment et qu'il n'a jamais &#233;t&#233; possible de la transformer sans que les hommes se transforment et, pour en arriver l&#224;, aient &#233;t&#233; 'm&#233;contents d'eux-m&#234;mes' dans leur situation ant&#233;rieure. &#187; (&lt;i&gt;Id&#233;ologie allemande&lt;/i&gt;, p.416). On se change soi-m&#234;me en changeant les circonstances, parce que, proposition &lt;i&gt;fondamentale&lt;/i&gt;, nous sommes notre situation sociale. &lt;i&gt;La &#171; situation &#187; c'est notre situation, c'est nous&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Produire l'appartenance de classe comme contrainte ext&#233;rieure c'est, pour le prol&#233;tariat, entrer en conflit avec sa situation ant&#233;rieure, ce n'est pas une &#171; lib&#233;ration &#187;, ce n'est pas une &#171; autonomie &#187;. Les prol&#233;taires ne lib&#232;rent pas leur &#171; vraie individualit&#233; &#187; ni&#233;e dans le capital. Le prol&#233;tariat n'en devient pas pour autant un &#234;tre &#171; purement n&#233;gatif &#187;. Dire que le prol&#233;tariat n'existe comme classe que dans et contre le capital, qu'il produit tout son &#234;tre, toute son organisation, sa r&#233;alit&#233; et sa constitution comme classe dans le capital et contre lui, c'est dire qu'il est la classe du travail productif de plus-value. Ce qui a disparu dans le cycle de luttes actuel, &#224; la suite de la restructuration des ann&#233;es 1970 / 1980, ce n'est pas cette existence objective de la classe, c'est la confirmation dans la reproduction du capital d'une identit&#233; prol&#233;tarienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le prol&#233;tariat ne peut &#234;tre r&#233;volutionnaire qu'en se reconnaissant en tant que classe, il se reconna&#238;t ainsi dans chaque conflit et &#224; plus forte raison dans une situation o&#249; son existence en tant que classe sera, dans la reproduction du capital, la situation qu'il aura &#224; affronter. C'est sur le contenu de cette &#171; reconnaissance &#187; (de cette &#171; subjectivation &#187; si l'on veut) qu'il ne faut pas se tromper. Se reconna&#238;tre comme classe ne sera pas un &#171; retour sur soi &#187; mais une totale extraversion comme &lt;i&gt;auto-reconnaissance en tant que cat&#233;gorie du mode de production capitaliste&lt;/i&gt; et cela ne manquera pas de prendre des allures &#171; &#233;tranges &#187;. Ce que l'on est comme classe n'est imm&#233;diatement que notre rapport au capital. Cette &#171; reconnaissance &#187; sera en fait une connaissance pratique, dans le conflit, non de soi pour soi, mais du capital, sa d&#233;sobjectivation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le prol&#233;tariat n'est jamais seulement &#171; de trop &#187;, cela signifierait qu'il n'y a plus d'exploitation. Le prol&#233;tariat est constamment en contradiction avec sa propre d&#233;finition comme classe : la n&#233;cessit&#233; de sa reproduction est quelque chose qu'il trouve face &#224; lui repr&#233;sent&#233;e par le capital pour lequel il est &lt;i&gt;constamment n&#233;cessaire et toujours de trop&lt;/i&gt; : c'est la baisse tendancielle du taux de profit, la contradiction entre surtravail et travail n&#233;cessaire (devenant contradiction du travail n&#233;cessaire) ou le capital comme &lt;i&gt;contradiction en proc&#232;s&lt;/i&gt;. Le prol&#233;tariat n'est pas que &#171; de trop &#187;, c'est la revendication salariale qui est devenue ill&#233;gitime. Cela signifie qu'elle ne construit plus un rapport au capital comportant la capacit&#233; pour le prol&#233;tariat de trouver en lui-m&#234;me sa base, sa propre constitution, sa propre r&#233;alit&#233;, sur la base d'une identit&#233; ouvri&#232;re que la reproduction du capital, dans ses modalit&#233;s historiques, venait confirmer. Le prol&#233;tariat reconna&#238;t le capital comme sa raison d'&#234;tre, son existence face &#224; lui-m&#234;me, &lt;i&gt;comme la seule n&#233;cessit&#233; de sa propre existence&lt;/i&gt;. Le prol&#233;tariat voit son existence comme classe s'objectiver dans la reproduction du capital comme quelque chose qui lui est &#233;tranger et qu'il est amen&#233; &#224; remettre en cause. Dans le cours le plus trivial de la revendication salariale, le prol&#233;tariat voit son existence comme classe s'objectiver comme quelque chose qui lui est &#233;tranger dans la mesure o&#249; le rapport capitaliste lui-m&#234;me le pose &lt;i&gt;en son sein&lt;/i&gt; comme &lt;i&gt;un &#233;tranger&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est bien &#233;vident que dans une telle structure de la lutte des classes, le prol&#233;tariat n'est pas &#171; l&#233;gitime pour faire soci&#233;t&#233; &#187;. Il ne l'est plus depuis la faillite du programmatisme. En fait ce n'est pas faux de relever qu'il y a une &#233;troite connexion entre la r&#233;ponse &#224; la question &#171; comment une classe agissant strictement en tant que classe peut elle abolir toutes les classes ? &#187; et le fait que &#171; le prol&#233;tariat n'est pas l&#233;gitime pour faire soci&#233;t&#233; &#187;. &#171; Etre l&#233;gitime pour faire soci&#233;t&#233; &#187;, c'&#233;tait &#234;tre &#224; m&#234;me de faire valoir (m&#234;me transitoirement) son int&#233;r&#234;t particulier comme int&#233;r&#234;t universel. C'&#233;tait le programmatisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'on admet que la structure m&#234;me de ce cycle de luttes, c'est-&#224;-dire le fait d'agir en tant que classe comme limite de la lutte de classe, annonce la r&#233;volution comme communisation, c'est la question du &#171; faire soci&#233;t&#233; &#187; qui est pos&#233;e &#224; nouveau frais, m&#234;me si l'existence de quelque chose que l'on puisse appeler &#171; soci&#233;t&#233; &#187; fait partie du probl&#232;me &#224; r&#233;soudre pratiquement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La communisation est le processus d'int&#233;gration de l'humanit&#233; au prol&#233;tariat en train de dispara&#238;tre. Comment on int&#232;gre l'agriculture pour ne pas avoir &#224; &#233;changer avec les paysans ? Comment on d&#233;fait les liens &#233;changistes de l'adversaire pour lui imposer la logique de la communisation des rapports et de l'emparement des biens ? Comment on dissout par la r&#233;volution le bloc de la trouille ? Dans tout cela il ne s'agit que de mesures de lutte contre le capital, la classe capitaliste. A partir du moment o&#249; les prol&#233;taires d&#233;truisent les lois marchandes, chaque extension de nouveaux rapports permet d'int&#233;grer toujours plus de non-prol&#233;taires &#224; la classe communisatrice en train de se constituer et de se dissoudre simultan&#233;ment, d'abolir toujours plus toute concurrence et division entre les prol&#233;taires. La stricte d&#233;limitation du prol&#233;tariat par rapport aux autres classes, sa lutte contre toute production marchande sont en m&#234;me temps un processus qui &lt;i&gt;contraint&lt;/i&gt; les couches de la petite bourgeoisie salari&#233;e, de la &#171; classe de l'encadrement social &#187; &#224; rejoindre la classe communisatrice. Le mouvement o&#249; le prol&#233;tariat se d&#233;finit dans la pratique comme le mouvement de constitution de la communaut&#233; humaine est la r&#233;alit&#233; de l'abolition des classes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La seule fa&#231;on de d&#233;passer les conflits entre les ch&#244;meurs et les &#171; avec-emploi &#187;, entre les qualifi&#233;s et les non-qualifi&#233;s est d'effectuer d'embl&#233;e, au cours de la lutte arm&#233;e, des mesures de communisation qui suppriment la base m&#234;me de cette division. En fait, ce que d&#233;j&#224; avait montr&#233; la r&#233;volution allemande c'est qu'il s'agit de dissoudre les couches moyennes en prenant des mesures communistes concr&#232;tes qui les contraignent &#224; commencer &#224; entrer dans le prol&#233;tariat, c'est-&#224;-dire d'achever leur &#171; prol&#233;tarisation &#187;. De nos jours, dans les pays d&#233;velopp&#233;s, la question est &#224; la fois plus simple et plus dangereuse, d'un c&#244;t&#233; l'immense majorit&#233; de ces couches moyennes est salari&#233;e et n'a donc plus de fondement mat&#233;riel &#224; sa position sociale, son r&#244;le d'encadrement et de direction de la coop&#233;ration capitaliste est essentiel mais pr&#233;caris&#233; en permanence, sa position sociale d&#233;pend de m&#233;canisme de pr&#233;l&#232;vement de fractions de la plus-value tr&#232;s fragile, mais d'un autre c&#244;t&#233;, pour ces m&#234;mes raisons, sa proximit&#233; formelle avec le prol&#233;tariat la pousse &#224; pr&#233;senter dans les luttes de celui-ci des &#171; solutions &#187; gestionnaires, alternatives, nationales ou d&#233;mocratiques qui pr&#233;serveraient ses propres positions&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-34&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir dans ce n&#176; de TC les notes sur les classes moyennes &#224; la suite du texte (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-34&#034;&gt;34&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une crise de la valeur peut, &#224; partir de son noyau capitaliste, la crise du travail productif de plus-value, &#234;tre pour le prol&#233;tariat une lutte contre le capital, dans laquelle il absorbe, contre la classe capitaliste, une grande partie de la soci&#233;t&#233;. Mais ce processus d'unification du prol&#233;tariat dans son abolition et &#171; d'absorption de la soci&#233;t&#233; &#187; contient des contradictions pleines de danger. Celles-ci tiennent au processus d'abolition de l'&#233;change dans lequel se trouvent contraintes et entrain&#233;es toutes sortes de couches p&#233;riph&#233;riques et de pauvres non strictement prol&#233;taires. Dans ce processus d'unification ce sont des masses &#233;normes de prol&#233;taires qui sont embarqu&#233;es dans le mouvement et qui ne sont pas des ouvriers. C'est-&#224;-dire que la contradiction qui entra&#238;ne l'abolition de la valeur c'est la contradiction du capital comme contradiction en proc&#232;s, mais cette contradiction en tant que force vivante c'est la contradiction entre surtravail et travail n&#233;cessaire, c'est-&#224;-dire le prol&#233;tariat au sens strict de classe ouvri&#232;re. Et c'est sur cette base que le prol&#233;tariat s'unifie dans l'abolition de la valeur, sur cette base qu'il devra englober, entra&#238;ner, une masse fantastique de paysans ruin&#233;s, de prol&#233;taires de l'&#233;conomie informelle, etc. qui appartiennent certes au cycle mondial du capital, qui sont exploit&#233;s, mais comme &lt;i&gt;&#233;changistes&lt;/i&gt;. Ils ne vivent pas la contradiction de la valeur comme contradiction entre surtravail et travail n&#233;cessaire, ils ne vivent donc pas imm&#233;diatement la n&#233;cessit&#233; de son d&#233;passement. La mis&#232;re et le d&#233;nuement extr&#234;me ne sont pas en eux-m&#234;mes la n&#233;cessit&#233;, la contrainte &#224; &#234;tre r&#233;volutionnaire. La satisfaction de la revendication du paysan sans terre, c'est la propri&#233;t&#233;. Celle du mis&#233;rable micro entrepreneur endett&#233; de l'&#233;conomie informelle, c'est la libre disposition de son activit&#233; et de ses moyens de travail et l'enrichissement. M&#234;me si ces &#171; satisfactions &#187; sont purement id&#233;ales, le mode de production capitaliste poss&#232;de l&#224; une masse de man&#339;uvre physique et sociale qui peut faire fr&#233;mir. L&#224; se trouve aussi la possibilit&#233; d'une multitude de petites guerres barbares. A l'inverse, ne serait-ce que sur le salaire, la revendication de l'ouvrier peut &#234;tre moins violente, moins enthousiasmante, mais elle est insoluble (travail n&#233;cessaire / surtravail), m&#234;me id&#233;alement, car toujours reproduite, elle est ce qui le d&#233;finit.&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt;La classe communisatrice&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;R&#233;ponse &#224; une remarque de Patlotch sur son blog (&lt;i&gt;&lt;a href=&#034;http://patlotch.com/text/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://patlotch.com/text/&lt;/a&gt;)&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A la fin de ce petit texte (&lt;i&gt;A propos de Charlie &#8211; suite -&lt;/i&gt;), le lecteur attentif comme Patlotch sur son blog) n'a pas pu manquer de relever un l&#233;ger glissement terminologique du &#171; &lt;i&gt;prol&#233;tariat&lt;/i&gt; &#187; &#224; la &#171; &lt;i&gt;classe communisatrice&lt;/i&gt; &#187;. Il faut s'expliquer l&#224;-dessus, d'autant plus que ce n'est pas la premi&#232;re fois que ce qui peut paraitre comme une &#171; entourloupe th&#233;orique &#187; est pr&#233;sent dans un texte de &lt;i&gt;Th&#233;orie Communiste&lt;/i&gt; (cf. TC 20).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Classe communisatrice &#187; cela pourrait simplement dire que l'on consid&#232;re le prol&#233;tariat dans son activit&#233;. A ce moment l&#224;, cette activit&#233; &#233;tant les mesures communistes, le prol&#233;tariat est alors &lt;i&gt;la classe communisatrice&lt;/i&gt; ; c'est exact, mais &#8230; pas tout &#224; fait. Cela demande quelques explications.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Partons de choses plus ou moins connus et &#171; simples &#187;. C'est en abolissant ses propres conditions d'existence que le prol&#233;tariat est r&#233;volutionnaire et qu'il peut supprimer les bases de la contre-r&#233;volution, car il ne promeut aucun terme du proc&#232;s contradictoire du capital contre un autre. Lorsque la r&#233;volution brise le cadre de l'entreprise et de l'&#233;change, le prol&#233;tariat ne pose pas une forme de r&#233;partition du travail social fond&#233;e sur le travail abstrait, il ne pose pas son existence comme pouvant promouvoir une forme plus sociale de l'appropriation des produits et des forces productives, c'est la propri&#233;t&#233; sous quelque forme que ce soit qui est abolie et, corollairement, son essence subjective, le travail ; lorsque le prol&#233;tariat abolit la valeur, il ne promeut pas la valeur d'usage ; le prol&#233;tariat ne fait pas triompher l'association du travail contre le travail salari&#233;. Ce qu'il y a d'essentiel dans le proc&#232;s r&#233;volutionnaire, c'est qu'en tant que production &lt;i&gt;consciente&lt;/i&gt; de l'histoire (ce qui ne va pas sans id&#233;ologie), le contenu de ce proc&#232;s, comme activit&#233; du prol&#233;tariat, s'impose &#224; ce dernier comme mesures pour assurer sa victoire. Abolition de la valeur, du salariat, de la propri&#233;t&#233;, de l'entreprise, production de l'imm&#233;diatet&#233; sociale de l'individu, ne sont pas des buts que le prol&#233;tariat tendrait &#224; r&#233;aliser apr&#232;s sa victoire, mais des n&#233;cessit&#233;s imm&#233;diates qui apparaissent d&#232;s qu'il se heurte, en tant qu'abolition positive du capital, &#224; la contre-r&#233;volution qui n'est elle que l'expression automatique, in&#233;luctable, de la caducit&#233; du capital qui est sa force et sa signification historique. C'est l&#224; la signification essentielle du capital comme contradiction en proc&#232;s. C'est l&#224; &#233;galement que les choses commencent &#224; devenir un peu plus compliqu&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, la r&#233;volution n'est pas le r&#233;sultat n&#233;cessaire, inh&#233;rent, de la caducit&#233; du capital, ce r&#233;sultat n&#233;cessaire c'est la contre-r&#233;volution et le processus de toute restructuration. &lt;i&gt;La r&#233;volution abolit ce qui rend le capital caduc&lt;/i&gt;, elle est l&#224; intriqu&#233;e avec la contre-r&#233;volution. La r&#233;volution est conqu&#234;te et cr&#233;ation de ses propres conditions. Il n'existe pas de &#171; point de vue communiste &#187;, de point de vue qui connaissant la fin de l'histoire consid&#232;re le d&#233;roulement qui y m&#232;ne comme accidentel vis-&#224;-vis de sa &#171; &lt;i&gt;fin&lt;/i&gt; &#187;. Comme si la lutte des classes &#233;tait un sport de montagne consistant &#224; chercher la voie d'acc&#232;s &#224; un sommet d&#233;j&#224; l&#224; et existant en dehors du &lt;i&gt;processus pratique de la lutte des classes qui le constitue&lt;/i&gt;. En tant que &#171; sport de montagne &#187; l'activit&#233; sera n&#233;cessairement normative et aura toujours comme vis&#233;e de combler un manque (organisation, tactique ou conscience&#8230;) de la situation pr&#233;sente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les prol&#233;taires ne sont ni contraints de faire la r&#233;volution, ni libres de la faire ou non. La r&#233;volution et la production du communisme ne pr&#233;existent pas &#224; leurs activit&#233;s actuelles quotidiennes, elles n'existent pas comme id&#233;e ou comme but &#224; atteindre. La r&#233;volution est produite, elle est le mouvement actuel de sa production, ce n'est qu'ainsi que nous pouvons en parler. En tant que production de la lutte des classes actuelle, la communisation n'est ni in&#233;luctable, ni possible, ni un dosage des deux, car elle n'est pas un but existant d&#233;j&#224; en lui-m&#234;me, par lui-m&#234;me. La r&#233;volution et le communisme ne sont pas des objets pr&#233;existant pos&#233;s quelque part dans le temps, pos&#233;s dans un futur n&#233;cessaire ou hypoth&#233;tique. Ils ne pr&#233;existent en aucune fa&#231;on &#224; leur production qui est la lutte des classes qui, elle, est in&#233;luctable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le &lt;i&gt;Dix-huit brumaire&lt;/i&gt;, Marx parle de ces &#171; activit&#233;s humaines concr&#232;tes &#187; qui se figent en conditions aussi bien pour la classe capitaliste que pour le prol&#233;tariat. Mais si l'on consid&#232;re l'&#171; aboutissement r&#233;volutionnaire &#187; r&#233;ellement comme une production et non un existant que l'on vise, ces &#171; conditions &#187; qui &#171; p&#232;sent sur le cerveau des vivants &#187; et sur leurs actions ne sont pas une entrave qui limitent ces actions mais ce qui les constituent car c'est dans ces activit&#233;s que le &#171; but &#187; se constitue lui-m&#234;me. Mais il faut aller plus loin car l'activit&#233; dans la lutte de classe n'est pas le simple reflet de ses conditions qui la constitue, &lt;i&gt;elle cr&#233;e de l'inad&#233;quation&lt;/i&gt;. C'est ce que dit la suite du texte de Marx : &#171; Les r&#233;volutions prol&#233;tariennes, par contre (contrairement aux r&#233;volutions bourgeoises qui 'se pr&#233;cipitent de succ&#232;s en succ&#232;s&#8230;rapidement elles atteignent leur point culminant'), comme celles du XIX&#232;me si&#232;cle, se critiquent elles-m&#234;mes constamment, interrompent &#224; chaque instant leur propre cours, reviennent sur ce qui semble d&#233;j&#224; &#234;tre accompli pour le recommencer &#224; nouveau, raillent impitoyablement les h&#233;sitations, les faiblesses et les mis&#232;res de leurs premi&#232;res tentatives, paraissent n'abattre leur adversaire que pour lui permettre de puiser de nouvelles forces de la terre et se redresser &#224; nouveau formidable en face d'elles, reculent constamment &#224; nouveau devant l'immensit&#233; infinie de leurs propres buts, jusqu'&#224; que soit cr&#233;&#233;e enfin la situation qui rende impossible tout retour en arri&#232;re, et que les circonstances elles-m&#234;mes crient : &lt;i&gt;Hic Rhodus, hic salta&lt;/i&gt; ! &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marx d&#233;crit ici ce qu'est une conjoncture ou un &#233;v&#233;nement, c'est-&#224;-dire une situation qui exc&#232;de ses causes, &lt;i&gt;qui se retourne contre elles&lt;/i&gt;. On &#233;crit fr&#233;quemment que le capital est une contradiction en proc&#232;s ou que le cours de son accumulation est celui de son abolition. C'est l&#224; que nous devons situer l'activit&#233;, le choix, la libert&#233;, l'ind&#233;termin&#233; : le retournement, comme lutte de classe et dans les luttes, des lois de reproduction du mode de production contre elles-m&#234;mes. Mais nous devons ici faire attention de ne pas reproduire une m&#233;canique semblable &#224; la m&#233;canique h&#233;g&#233;lienne des &#171; ruses de la Raison &#187; : la raison historique ne faisant que semblant d'abandonner son cours pour mieux se retrouver elle-m&#234;me. L'&#233;v&#233;nement n'est pas une ruse de la Raison. Les lois de reproduction du capital comme contradiction en proc&#232;s nous disent pourquoi il y a des &#233;v&#233;nements mais elles n'en sont pas la cause. C'est la question de la causalit&#233; et de l'&#233;v&#233;nement. Ev&#233;nement qui cr&#233;e une discontinuit&#233;, du nouveau, et qui par l&#224; ne peut &#234;tre r&#233;duit &#224; un simple moment dans un processus successif continu comme prolongation de ses causes. L'&#233;v&#233;nement va contre ses causes : &lt;i&gt;hic Rhodus, hic salta&lt;/i&gt;. C'est cette structure contradictoire de l'histoire de la lutte de classe, des lois de reproduction du mode de production comme lutte de classes qui se retourne contre elles, contre ce qui la fait &#234;tre comme lutte de classe en tant que cours du mode de production. Et c'est ainsi que cette structure agit, &lt;i&gt;c'est ainsi qu'elle est&lt;/i&gt;, en convoquant &lt;i&gt;ses&lt;/i&gt; acteurs comme sujets, et c'est ainsi dans &lt;i&gt;l'id&#233;ologie de la libert&#233; de leurs&lt;/i&gt; &lt;i&gt;actions&lt;/i&gt; qu'ils m&#232;nent &#224; bout leurs luttes (ou non). Nous en arrivons au &#171; glissement terminologique &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;volution est production de ses propres conditions au travers de la lutte contre ce qui la nie &lt;i&gt;et la rend possible &lt;/i&gt; : la dynamique dominante de la caducit&#233; du salariat, de la valeur, du capital. La r&#233;volution se produit elle-m&#234;me, produit ses conditions, conquiert son existence, non de fa&#231;on &#171; directe &#187;, mais en combattant la tendance &#171; automatique &#187; de la d&#233;valorisation, de la caducit&#233; des rapports de production capitalistes, qui directement ne fonde que la contre-r&#233;volution (ironie de la radicalit&#233; : la &#171; critique de la valeur &#187; pr&#233;sente comme dynamique r&#233;volutionnaire, ce qui fut de tout temps, le processus des contre-r&#233;volutions). &lt;i&gt;La r&#233;volution doit abolir ce qui la rend possible&lt;/i&gt;. Dans la r&#233;volution, la lutte du prol&#233;tariat doit abolir sa propre base, c'est ainsi qu'elle est d&#233;passement des termes de la contradiction et non r&#233;sultat, c'est alors son autotransformation comme &#171; classe communisatrice &#187;, &#171; masse r&#233;volutionnaire &#187; comme &#233;crivait Marx dans &lt;i&gt;l'Id&#233;ologie Allemande&lt;/i&gt;. La prise en charge de la caducit&#233; du mode de production capitaliste c'est la contre-r&#233;volution (une restructuration toujours possible). Toute l'histoire du capital et de ses restructurations pourrait &#234;tre analys&#233;e comme celle du mouvement de sa caducit&#233; devenant son dynamisme et sa puissance (le capital comme contradiction en proc&#232;s). La r&#233;volution ne devient l'abolition positive du capital que comme affrontement contre le mouvement qui la rend possible et elle peut triompher parce que la contre-r&#233;volution est contrainte de se situer sur son terrain : la caducit&#233; du mode de production capitaliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est qu'en se niant que le prol&#233;tariat abolit et d&#233;passe les contradictions du capital, c'est pour cela que la r&#233;volution trouve sa base dans ces contradictions, mais n'en est pas le mouvement inh&#233;rent, automatique. Imm&#233;diatement, le mouvement inh&#233;rent de ces contradictions fonde la contre-r&#233;volution, comme leur organisation et leur mise en forme sociale constante. Dans le mouvement du capital comme contradiction en proc&#232;s, la r&#233;volution trouve sa possibilit&#233; mais sa propre n&#233;cessit&#233; la r&#233;volution la produit elle m&#234;me quand elle affronte, dans la contre-r&#233;volution organisant la caducit&#233; du capital, les conditions m&#234;mes de sa possibilit&#233;. Et nous en arrivons &#224; la classe communisatrice : la r&#233;volution doit abolir ce qui la rend possible ; l'action du prol&#233;tariat se constitue elle-m&#234;me comme r&#233;volutionnaire &lt;i&gt;en tant qu'abolition de ses causes&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marx r&#233;sume ainsi, dans &lt;i&gt;L'Id&#233;ologie Allemande&lt;/i&gt;, les &#171; conditions &#187; de la r&#233;volution : &#171; &#8230; les &#233;l&#233;ments mat&#233;riels d'un bouleversement total sont, d'une part, les forces productives existantes et, d'autre part, la formation d'une masse r&#233;volutionnaire qui fasse la r&#233;volution, non seulement contre des conditions particuli&#232;res de la soci&#233;t&#233; pass&#233;e, mais contre la 'production de la vie' ant&#233;rieure elle-m&#234;me, contre 'l'ensemble de l'activit&#233;' qui en est le fondement &#187; (Ed Sociales, p 70). Or, la cr&#233;ation de ce que Marx appelle une &#171; masse r&#233;volutionnaire &#187; &#171; ne peut s'op&#233;rer que par un mouvement pratique, une r&#233;volution &#187; (idem, p. 68). Tout cela semble tourner en rond, &#224; moins que l'on ne prenne en compte d'une part, la critique adress&#233;e par Marx &#224; tous les mat&#233;rialismes (&#171; jusqu'ici &#187;), de ne pas consid&#233;rer le monde sensible comme activit&#233; humaine concr&#232;te (premi&#232;re th&#232;se sur Feuerbach) et, d'autre part, que la pratique r&#233;volutionnaire est justement &#171; la co&#239;ncidence du changement des circonstances et de l'activit&#233; humaine, ou autochangement &#187; (troisi&#232;me th&#232;se sur Feuerbach). Ce moment de l' &#171; autochangement &#187; peut &#234;tre saisi comme ce moment particulier de la lutte de classes o&#249; le prol&#233;tariat produit sa propre d&#233;finition comme classe comme une contrainte ext&#233;rieure, existant dans le capital face &#224; lui. C'est &#224; ce moment l&#224; que le prol&#233;tariat, en tant que classe, devient cette &#171; masse r&#233;volutionnaire &#187;. C'est le moment o&#249; le prol&#233;tariat trouve dans sa situation de classe la possibilit&#233; de faire la r&#233;volution et o&#249;, produisant son appartenance de classe comme une contrainte ext&#233;rieure, il transforme cette possibilit&#233; en cr&#233;ation par la r&#233;volution de ses propres conditions qui ne s'identifient plus au cours n&#233;cessaire de la caducit&#233; du capital, mais au d&#233;passement des termes m&#234;mes de cette caducit&#233;. C'est le passage, &lt;i&gt;&#224; partir de la situation de classe du prol&#233;tariat, dans son activit&#233; comme classe,&lt;/i&gt; du r&#232;gne de la n&#233;cessit&#233; au r&#232;gne de la libert&#233; (pour &#234;tre compris des philosophes).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En s'autotransformant (identit&#233; de la transformation de soi et de l'abolition des circonstances), &lt;i&gt;&#224; partir de ce qu'ils sont&lt;/i&gt;, les prol&#233;taires se constituent eux-m&#234;mes en &lt;i&gt;classe r&#233;volutionnaire&lt;/i&gt;. Les prol&#233;taires ne trouvent pas dans leur situation envisag&#233;e de fa&#231;on contemplative et passive des attributs r&#233;volutionnaires. Le d&#233;passement, se constituer en classe r&#233;volutionnaire, est un produit de la contradiction, de la lutte de classe, dans la mesure seulement o&#249; le d&#233;passement de la contradiction g&#238;t dans le mouvement de la contradiction &lt;i&gt;se retournant contre elle-m&#234;me&lt;/i&gt;. Il en r&#233;sulte qu'&#234;tre une classe r&#233;volutionnaire (la classe communisatrice) n'est pas une r&#233;alit&#233; objective de la situation du prol&#233;tariat, mais &lt;i&gt;la possibilit&#233; d'action contre cette r&#233;alit&#233;&lt;/i&gt;, et cette possibilit&#233; exc&#232;de la r&#233;alit&#233; objective de la situation du prol&#233;tariat. Etre r&#233;volutionnaire n'est pas une essence mais une action concr&#232;te, historiquement situ&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trouver, dans le mouvement du capital comme contradiction en proc&#232;s, la n&#233;cessit&#233; de sa reproduction en contradiction avec elle-m&#234;me, d&#233;finit conceptuellement la constitution du prol&#233;tariat en classe r&#233;volutionnaire abolissant ses conditions d'existence. Mais son autotransformation est le produit de sa propre action &#224; partir de sa contradiction avec le capital devenue, dans ce cycle de luttes,&lt;i&gt; la contradiction avec sa propre existence comme classe&lt;/i&gt;. La possibilit&#233; pour le prol&#233;tariat de devenir le sujet r&#233;volutionnaire ne g&#238;t pas dans le d&#233;veloppement lin&#233;aire de caract&#233;ristiques qu'il poss&#232;derait dans son &#234;tre de classe du mode de production capitaliste. Dans cette situation, ne se trouve que la possibilit&#233; d'entrer en guerre contre tout ce qui le d&#233;finissait ant&#233;rieurement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'activit&#233; r&#233;volutionnaire du prol&#233;tariat est indissociablement une action de transformation des conditions sociales existantes et l'autotransformation de cette classe inh&#233;rente &#224; cette activit&#233; dont la possibilit&#233; r&#233;side dans le fait que son existence comme classe n'est jamais une confirmation mais une contradiction &#224; soi. La r&#233;volution aura &#224; affronter la scl&#233;rose de la d&#233;finition de la classe comme cat&#233;gorie socio-&#233;conomique (et toutes les identit&#233;s qui se constituent sur elles - nationales ethniques, raciales, etc. - comme ses surd&#233;terminations, ses conditions d'existence), ce ne sera pas une question intellectuelle revenant &#224; savoir qui est qui, car cette scl&#233;rose et la lutte contre elles seront la confrontation de pratiques intriquant la r&#233;volution et la contre-r&#233;volution. Comme nous l'&#233;crivions dans le texte ci-dessus (&lt;i&gt;A propos de Charlie &#8211; suite -&lt;/i&gt;), la classe n'apparait pas toujours en clair et m&#234;me rarement (&#171; il n'est pas dans la nature de la r&#233;volution de faire sonner l'heure de la derni&#232;re instance &#187;) : c'est dans une multiplicit&#233; de pratiques et de contradictions avec le capital et de contradictions internes, de confrontations avec toutes sortes d'identit&#233;s, d'actions &#224; partir d'elles et de d&#233;passement de celles-ci, qu'elle s'autotransforme en &lt;i&gt;classe communisatrice&lt;/i&gt;, c'est-&#224;-dire s'abolit.&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt;&#171; Postcolonial &#187; ?&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;R&#233;ponse &#224; diverses interpr&#233;tations des manifestations post-Charlie en termes de &#171; postcolonialisme &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'emploi de &#171; monde postcolonial &#187; renvoie &#224; toutes les p&#233;riph&#233;ries qui jusqu'&#224; la seconde guerre &#233;tait des colonies ou sous mandats. L'utilit&#233; de ce terme est d'&#233;tablir une liaison entre ces p&#233;riph&#233;ries et une fraction de la &#171; population immigr&#233;e &#187; (emploi des guillemets, car jusqu'&#224; quel degr&#233; g&#233;n&#233;rationnel l'immigration s'h&#233;rite-t-elle ?) pour laquelle r&#233;sonne &#224; la fois les interventions militaires actuelles dans ces zones et le pass&#233; colonial. Mais son utilisation se doit &#233;galement d'&#234;tre critique car le terme est devenu &#224; la mode dans certains discours anars, post-ultragauche, activistes, certaines f&#233;ministes et certaines associations pour disqualifier toute critique des soci&#233;t&#233;s et pays &#171; postcoloniaux &#187;. Toute critique devient &#171; coloniale &#187;. En mettant toute la population des ex-pays colonisateurs sous la d&#233;nomination de &#171; postcoloniale &#187; dans le m&#234;me sac, le terme sert en outre un peu de justificatif aux &#171; &#233;lites postcoloniales &#187; en place et &#224; celles qui voudraient le devenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qualifier le capitalisme actuel de &#171; post-colonialiste &#187; ne semble pas pertinent. Les arm&#233;es occidentales (qui sont loin de pr&#233;senter un front uni) interviennent dans des zones ou depuis longtemps n'existaient plus aucun obstacle &#224; la p&#233;n&#233;tration du capitalisme en g&#233;n&#233;ral et plus pr&#233;cis&#233;ment des grandes compagnies. M&#234;me le p&#233;trole de la Libye de Khadafi &#233;tait aux mains des compagnies occidentales ; depuis longtemps avait disparu la Syrie nationaliste et d&#233;veloppementiste du Bath ; l'Irak de Saddam repr&#233;sentait faiblement jusqu'en 1991 une des derni&#232;res vell&#233;it&#233;s d'auto-d&#233;veloppement r&#233;gional. Le terme d'imp&#233;rialisme parait obsol&#232;te (s'il fut jamais pertinent), le travail du colonialisme et de l'imp&#233;rialisme a &#233;t&#233; accompli. Ce &#224; quoi nous assistons c'est &#224; un effondrement des Etats r&#233;sultant eux-m&#234;mes d'une certaine configuration de l' &#171; imp&#233;rialisme &#187; (si on veut), &#224; la n&#233;cessit&#233; d'une recomposition des classes dominantes qui n'ont aucune possibilit&#233;s de mener ce processus &#224; terme de fa&#231;on endog&#232;ne. C'est le zonage tripartite souvent pr&#233;sent&#233; dans &lt;i&gt;Th&#233;orie Communiste&lt;/i&gt; qui est entr&#233; en crise, ne laissant plus que des territoires mosa&#239;ques dont les &#233;l&#233;ments s'&#233;parpillent, c'est tout le syst&#232;me de la double d&#233;connexion qui est en crise. Les obstacles actuels &#224; la circulation du capital, &#224; sa valorisation, &#224; son zonage des territoires, ont l&#224; leur origine. Il &#233;tait plus qu'exag&#233;r&#233; de pr&#233;senter l'unanimisme promu par la propagande &#224; la suite de la tuerie de Charlie comme pr&#233;paration d'une guerre globale pour la d&#233;fense de l'Occident uni contre son d&#233;clin &#233;conomique. A ce moment l&#224;, nos ennemis seraient la Chine, le Br&#233;sil, etc. ? Seraient-ils porteurs d'espoir ? Il faudrait plut&#244;t expliquer pourquoi c'est cette ligne qui va de la Mauritanie &#224; l'Afghanistan qui est le ventre mou de la mondialisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela dit (il faudrait des d&#233;veloppements autrement plus cons&#233;quent), qu'il s'agisse d' &#171; union nationale fran&#231;aise &#187; ou &#171; internationale de l'Occident &#187;, sans analyse de l'&#233;v&#233;nement lui-m&#234;me dans le cadre fran&#231;ais actuel (que l'on peut facilement &#233;largir), ces d&#233;clarations en restaient au stade de la d&#233;nonciation proclamatoire : nous sommes des r&#233;volutionnaires et &#231;a, &#171; l'Union nationale &#187;, c'est la contre-r&#233;volution, nous le savons. La citoyennet&#233; n'est pas un &#171; &#233;cran &#187; de l'identit&#233; de classe, l'une n'existe pas sans l'autre et vice-versa. C'est tout le probl&#232;me du concept de conjoncture et de la fameuse &#171; derni&#232;re instance &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme si les &#171; positions r&#233;volutionnaires &#187; &#233;taient un ensemble de formules que l'on sort d'une sorte de lexique. C'est en cela que ces prises de positions sont normatives : elles n'ont finalement rien &#224; faire de l'analyse des situations actuelles, il suffit d'appliquer un certain nombre de positions que l'on sort de sa boite &#224; outils. Toute &#171; analyse &#187; critique se limite &#224; l'application d'une grille de lecture toute pr&#234;te. Le normativisme n'est pas r&#233;serv&#233; aux &#171; fossiles du programmatisme &#187;, il peut y avoir un normativisme de la communisation (&#231;a commence &#224; se faire). On ne cherche pas les dynamiques existantes &#224; un moment (ou leur absence) mais on plaque des formules ronflantes qui peuvent tomber &#171; justes &#187; mais, n'&#233;tant pas d&#233;duites de la situation, elles sont creuses, c'est-&#224;-dire sans d&#233;terminations et donc telles quelles ne servent &#224; rien sauf &#224; faire que celui qui les dit peut rouler des m&#233;caniques. Se dispensant de toute &#171; analyse concr&#232;te de situation concr&#232;te &#187;, le dernier mot de toute explication c'est l'embrigadement et la propagande. Les contradictions sociales et leurs agents sont r&#233;duits &#224; l'&#233;tat de pur et simple objet d'application. Tout se r&#233;duit au d&#233;lire du combat des consciences : propagande contre illuminisme. On d&#233;nonce les hypocrites qui &#233;taient l&#224; dans les manifestations, que Valls c'est un raciste contre les Roms, qu'on renforce les fronti&#232;res, etc, C'est vrai, mais ce faisant on ne parle que de soi en fin de compte : &#171; je suis un r&#233;volutionnaire &#187;. C'est d'autant plus satisfaisant que celui qui dit &#231;a se trouve grandement valoris&#233; comme celui &#224; qui &#171; on ne la fait pas &#187;. Il y a l&#224; une sorte de posture satisfaite qui exasp&#232;re un peu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Communisation / communisme / valeur, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Un jour, quelqu'un lui demanda qui cirerait les bottes dans l'Etat de l'avenir. Marx, agac&#233;, lui r&#233;pondit &#171; Ce sera vous ! &#187; Le questionneur sans g&#234;ne se tut, d&#233;concert&#233;. Ce fut sans doute la seule fois o&#249; Marx perdit patience&lt;/i&gt;&#8230; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(&lt;i&gt;Souvenirs de Franzisca Kugelmann&lt;/i&gt;, in Marx, &lt;i&gt;Lettres &#224; Kugelmann&lt;/i&gt;, Ed. Anthropos) {}&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;I ) Changer de probl&#233;matique{}&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le probl&#232;me principal et r&#233;current de toute description du communisme n'est pas dans ce qu'elle dit, mais d'&#234;tre une &lt;i&gt;vision&lt;/i&gt;, une construction, un but, qui se place d'embl&#233;e au-del&#224; de la r&#233;volution, au-del&#224; de la communisation, sans jamais consid&#233;rer, c'est ce qu'elle a en propre &lt;i&gt;comme vision&lt;/i&gt;, qu'elle en est &lt;i&gt;le produit&lt;/i&gt;. Pour soi, le r&#233;sultat n'est qu'un cadavre. Critiquer le contenu de la vision sans la critiquer comme vision, c'est ne pas voir ce qu'en fait il faut critiquer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Entre r&#233;alisme et id&#233;al normatif&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le communisme n'est pas le meilleur syst&#232;me social &#224; imaginer et &#224; appliquer, et encore moins la meilleure organisation de la production.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut imaginer cette organisation id&#233;ale sous l'&#233;gide de la valeur demeurant le mode de r&#233;gulation de la production &lt;i&gt;sans l'&#233;change&lt;/i&gt;, le travail abstrait devenant unit&#233; de mesure &lt;i&gt;a priori&lt;/i&gt;. On peut objecter &#224; cela, avec raison, que l'on ne peut dissocier la substance et la forme de la valeur, le travail abstrait et la valeur d'&#233;change. Mais Marx lui-m&#234;me, en de nombreux passages, ne se prive pas de le faire pour parler de la &#171; production sociale communautaire &#187; apr&#232;s la disparition du mode de production capitaliste : la valeur demeurant le mode de r&#233;gulation de la production sans l'&#233;change. On peut montrer toutes les apories, les incongruit&#233;s, auxquelles aboutissent les tentatives de r&#233;duction de la diversit&#233; des travaux, de leur intensit&#233;, de leur productivit&#233;, en une unit&#233; commune abstraite, sans l'&#233;change, la concurrence et l'autonomisation de la valeur d'&#233;change comme monnaie, autonomisation inscrite dans la forme simple de la valeur. Et Marx ne se prive pas &#233;galement de le faire dans sa critique r&#233;currente de la th&#233;orie des bons de travail et de l'unit&#233; de mesure id&#233;ale&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-35&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le syst&#232;me des bons qu'avance Marx dans la Critique du programme de Gotha, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-35&#034;&gt;35&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Mais, montrant cela, nous n'aurons rien fait d'autre que de mettre en forme, d'une fa&#231;on ou d'une autre, la forme id&#233;ale de la soci&#233;t&#233; future. Forme &lt;i&gt;id&#233;ale&lt;/i&gt; car nous l'aurions alors &lt;i&gt;s&#233;par&#233;e du mouvement de sa production&lt;/i&gt;. Le mouvement n'est plus rien, le but est tout, le mouvement n'est plus l&#224; que pour l'atteindre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est &#233;galement possible de dire que le communisme &#233;tant &#171; l'imm&#233;diatet&#233; sociale de l'individu &#187;, il est, par d&#233;finition, incompatible avec la valeur, avec la r&#233;duction de la diversit&#233; des activit&#233;s &#224; une qualit&#233; commune abstraite servant de m&#233;diation entre elles. M&#234;me si l'on affirme que cette m&#233;diation &#233;tant &lt;i&gt;a priori&lt;/i&gt;, n'en est plus une, la r&#233;duction &#224; l'abstraction n'en demeure pas moins. Cette critique est juste mais, &#233;nonc&#233; ainsi, c'est juste comme n'importe quelle tautologie. On dit seulement que cela ne peut pas &#234;tre parce que ce n'est pas conforme avec la d&#233;finition que nous nous sommes donn&#233;e du communisme (quelle que soit sa pertinence qui demeure &#224; prouver par ailleurs). Ce qui reviendrait toujours &#224; dire : s'il n'y a pas abolition de &#171; ceci &#187; et de &#171; cela &#187; ce n'est pas le communisme puisque le communisme c'est &lt;i&gt;etc&lt;/i&gt;. Comme pr&#233;c&#233;demment, en s'attaquant directement &#224; la question de la substance et de la forme de la valeur, quel que soit l'int&#233;r&#234;t de ce que l'on dit, en se contentant de r&#233;futer ainsi la th&#232;se de la valeur comme organisation de la production communiste, on ne sort pas de l'id&#233;ologie du but &#224; atteindre et d'une position normative.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut &#233;galement condamner cette vision de l'organisation communiste de la production sur la base de la valeur au nom du programmatisme qu'elle para&#238;t ressusciter. Il est vrai que, dans la pratique et la perspective programmatiques de la r&#233;volution, le communisme n'&#233;tait autre que la valeur devenue mode de production. Mais ici, comme lorsqu'il s'agissait de la d&#233;finition du communisme, l'utilisation critique du concept de programmatisme fonctionne d'une fa&#231;on normative, comme instrument de classement de th&#233;ories et de pratiques. La condamnation fonctionne a priori au nom de crit&#232;res qui n'auraient pas &#224; prouver eux-m&#234;mes leur v&#233;rit&#233;. Une utilisation non normative consiste &#224; fonder la critique de cette vision comme programmatique sur le fait que la r&#233;volution ne peut plus l'&#234;tre. Il est &#233;vident que cela est sous-entendu dans la caract&#233;risation comme programmatique de la th&#232;se critiqu&#233;e, mais d&#233;passer le sous-entendu, c'est d&#233;passer ce normativisme car c'est &lt;i&gt;changer de probl&#233;matique&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;{}&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au-del&#224; de l'&#233;conomie&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est &#224; travers le travail et la production que s'est effectu&#233;e toute l'histoire pass&#233;e. Que l'homme soit un &#234;tre objectif&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-36&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Un &#234;tre qui se compl&#232;te avec des objets ext&#233;rieurs qu'il fait devenir pour (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-36&#034;&gt;36&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; n'est en aucune fa&#231;on une mal&#233;diction (bien au contraire) et ne fonde aucune &#171; n&#233;cessit&#233; de l'ali&#233;nation &#187;. Les hommes font leur histoire et celle-ci a &#233;t&#233; l'histoire de la diff&#233;rence entre leur activit&#233; en ce qu'elle est activit&#233; individuelle et leur activit&#233; en ce qu'elle est activit&#233; sociale. Dans cette diff&#233;rence, c'est ce qui prenait une allure et une existence ext&#233;rieures &#224; eux qui pouvait s'&#233;riger en m&#233;diation ; c'est-&#224;-dire leur activit&#233; objective dans la mesure m&#234;me o&#249;, dans celle-ci, les hommes se prennent eux-m&#234;mes pour objet. La non-co&#239;ncidence entre l'activit&#233; individuelle et l'activit&#233; sociale, qui est le fait m&#234;me de son histoire et qui n'a ni &#224; &#234;tre prouv&#233;e, ni produite abstraitement, a pris la forme, chez cet &#234;tre objectif, de la s&#233;paration (de l'objectivation) de l'acte productif et de la production sous leurs formes sociales, d'avec les activit&#233;s singuli&#232;res. Cette production et l'activit&#233; productive elle-m&#234;me devenant, dans cette s&#233;paration, le caract&#232;re social de l'activit&#233; individuelle. S&#233;paration, ali&#233;nation, objectivation, au cours de l'histoire de la s&#233;paration de l'activit&#233; d'avec ses conditions, constitu&#232;rent celles-ci en &#233;conomie, en rapport de production, en mode de production.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce proc&#232;s, du fait de la s&#233;paration, c'&#233;tait l'objet qui devenait l'essentiel, et le rapport des hommes entre eux et &#224; eux-m&#234;mes l'accessoire ; ce n'est qu'alors que l'ext&#233;riorit&#233; devient autonomisation et que cette objectivit&#233; autonomis&#233;e devient la seule relation l&#233;gitime et totalitaire entre les hommes qui la produisent. Elle ne tol&#232;re aucune autre relation et fait de celles qu'elle produit elle-m&#234;me comme &lt;i&gt;sa&lt;/i&gt; subjectivit&#233; des passe-temps plus ou moins ridicules et &#224; sa solde comme l'art, l'amour, le jeu, l'amiti&#233; ou la religion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, il n'y a de r&#233;alit&#233; &#233;conomique qu'avec le mode de production capitaliste. Il n'y a constitution de l'&#233;conomie comme r&#233;alit&#233; et dynamique de la reproduction des rapports sociaux que dans la s&#233;paration totale du travail et de ses conditions objectives et la dissolution de l'appartenance &#224; une communaut&#233; comme pr&#233;supposition du travail de l'individu, qui membre d'une communaut&#233; travaillait comme tel. L'&#233;conomie est corollaire du travailleur dans sa nudit&#233; en tant que simple travailleur, ce qui est un produit historique. L'&#233;conomie est alors un ensemble de lois objectives r&#233;gissant l'accroissement de la richesse sous forme de capital, ensemble de lois r&#233;gissant le processus de la valeur se valorisant, de la valeur en proc&#232;s. Ce n'est qu'avec le mode de production capitaliste que l'on peut dire qu'il y a constitution sous le nom d'&#233;conomie d'un ensemble d'activit&#233;s sociales (production, distribution, &#233;changes, consommation), &#224; la fois sp&#233;cifiques, et dans leur sp&#233;cificit&#233; d&#233;finissant la totalit&#233; de la reproduction des rapports sociaux comme rapports &#233;conomiques, c'est-&#224;-dire constitution d'une objectivit&#233; des conditions du travail comme totalit&#233; face &#224; la subjectivit&#233; du travail. Production, distribution, &#233;changes, consommation, deviennent des activit&#233;s particuli&#232;res sp&#233;cifiques en ce qu'elles deviennent les lois de reproduction des conditions objectives du travail, face au travail, face &#224; sa subjectivit&#233; comme travailleur isol&#233;, s&#233;par&#233; de ses conditions et dont la reproduction appara&#238;t comme le fait d'une n&#233;cessit&#233; ext&#233;rieure et r&#233;ellement comme l'action d'une volont&#233; &#233;trang&#232;re (le capitaliste).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le mode de production capitaliste, l'activit&#233; de l'homme comme &#234;tre objectif est parvenue, comme &#233;conomie, &#224; l'autonomisation. L'&#233;conomie est ce moment des rapports de production o&#249; toutes les conditions objectives du travail se dressent face au travail, dans leur s&#233;paration d'avec lui, comme la &lt;i&gt;n&#233;cessit&#233;&lt;/i&gt; de la reproduction du rapport. C'est une n&#233;cessit&#233; qui appara&#238;t inscrite dans les choses. Ce qui n'est qu'un moment d'un rapport social de production devient la raison d'&#234;tre du rapport et, r&#233;ellement, ce rapport.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'apparition de l'&#233;conomie comme r&#233;alit&#233; dans la reproduction des rapports sociaux du mode de production capitaliste se comprend si l'on oppose ce mode de production &#224; ce qu'il peut y avoir de commun &#224; tous les modes de production pr&#233;c&#233;dents. Synth&#233;tisant les analyses des diverses formes de production pr&#233;c&#233;dant le capital, Marx &#233;crit : &#171; Voici ce qui, &#224; ce propos repr&#233;sente l'essentiel : dans toutes ces formes o&#249; la propri&#233;t&#233; fonci&#232;re et l'agriculture constituent la base de l'ordre &#233;conomique et o&#249; la production de valeurs d'usage est donc le but &#233;conomique, la reproduction de l'individu est impliqu&#233;e dans ses rapports avec la commune, dont il est le fondement. Dans toutes ces formes nous trouvons : 1&#176; l'appropriation de la condition naturelle du travail, la terre (...) n'est pas le r&#233;sultat du travail, mais sa pr&#233;supposition (...) la principale condition objective du travail n'appara&#238;t pas comme produit du travail, mais se pr&#233;sente sous la forme de la nature (...) 2&#176; Le travailleur n'appara&#238;t pas d&#232;s l'abord dans cette abstraction qu'est le simple travailleur, puisqu'il trouve dans la propri&#233;t&#233; de la terre un mode d'existence objectif qui n'est pas le simple r&#233;sultat de son activit&#233; mais une pr&#233;supposition (...) Le comportement vis-&#224;-vis de la terre, propri&#233;t&#233; de l'individu qui travaille, est imm&#233;diatement m&#233;diatis&#233; par l'existence naturelle, plus ou moins transform&#233;e historiquement, de l'individu comme membre de la commune, par son existence naturelle comme membre de la tribu, etc. Ici l'individu ne se manifeste jamais isol&#233;ment, tel le simple travailleur libre. Si l'on suppose que les conditions objectives de son travail lui appartiennent, il est lui-m&#234;me pos&#233; subjectivement comme membre d'une commune, m&#233;diatrice entre lui et la terre. Son rapport avec les conditions objectives du travail est m&#233;diatis&#233; par son existence de membre de la commune (...).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Les Anciens ne se sont jamais pr&#233;occup&#233;s de rechercher quelle &#233;tait la forme de propri&#233;t&#233; fonci&#232;re, etc. la plus productive ou la plus fertile en richesses (...) la richesse n'appara&#238;t pas comme le but de la production. La recherche porte toujours sur le mode de propri&#233;t&#233; le plus susceptible de former les meilleurs citoyens. La richesse n'appara&#238;t comme fin en soi que chez les rares peuples marchands qui monopolisent le m&#233;tier des transports et vivent dans les pores du monde antique, tels les Juifs dans la soci&#233;t&#233; m&#233;di&#233;vale. A pr&#233;sent, la richesse est, d'une part, une chose r&#233;alis&#233;e dans des choses, production mat&#233;rielle, et l'homme s'y oppose comme sujet ; d'autre part, comme valeur, elle n'est que le pouvoir de commander le travail d'autrui dans le but non pas d'exercer une domination, mais d'en tirer des jouissances etc. Si elle est fin en soi, la richesse a une figure mat&#233;rielle, soit de chose, soit de rapport m&#233;diatis&#233; par la chose contingente et ext&#233;rieure &#224; l'individu. Ainsi, combien para&#238;t sublime l'antique conception qui fait de l'homme (...) le but de la production, en comparaison du monde moderne o&#249; le but de l'homme est la production, et la richesse le but de la production. &#187; (&lt;i&gt;Fondements de la critique de l'&#233;conomie politique&lt;/i&gt;, t. 1, pp. 446, 47, 48, 49, 50, Ed. Anthropos). Laissons de c&#244;t&#233; une certaine vision idyllique des mondes antiques, ce qui importe ici c'est l'insistance de Marx sur la relation de l'individu &#224; la communaut&#233; qui est &#224; la base du travail. M&#234;me si nous pouvons interroger &#233;conomiquement les soci&#233;t&#233;s antiques et m&#233;di&#233;vales, l'&#233;conomie n'existe qu'avec le mode de production capitaliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;volution communiste n'est pas une autre r&#233;ponse aux probl&#232;mes &#233;conomiques du capitalisme, dans la mesure o&#249; l'&#233;conomie n'est pas une r&#233;alit&#233; neutre sous-jacente &#224; toutes les formes sociales, mais une r&#233;alit&#233; historique d&#233;termin&#233;e, dans un mode de production particulier. C'est alors le d&#233;passement du caract&#232;re limit&#233; de l'existence objective des hommes comme travail, production, et selon l'ensemble des cat&#233;gories d&#233;finissant l'&#233;conomie, qui est en jeu. Le communisme abolit la r&#233;alit&#233; m&#234;me de toutes les cat&#233;gories de l'&#233;conomie : travail, forces productives, distribution, &#233;change, et la possibilit&#233; m&#234;me de d&#233;finir une sp&#233;cificit&#233; de la production.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le capital, l'objectivation et l'autonomisation en &#233;conomie de toutes les cat&#233;gories d&#233;finissant l'existence de l'homme en tant qu'&#234;tre objectif (ce qu'il ne cessera jamais d'&#234;tre) signifient que la non-co&#239;ncidence entre l'activit&#233; individuelle et l'activit&#233; sociale, qui d&#233;finissait le travail et la production comme le processus m&#234;me de constitution des rapports sociaux en&lt;i&gt; rapports de production,&lt;/i&gt; comme la substance de toute organisation sociale, entre en contradiction avec elle-m&#234;me en tant que non-co&#239;ncidence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'une part, ces cat&#233;gories, en s'autonomisant en &#233;conomie, se posent r&#233;ellement, dans l'autopr&#233;supposition du capital, comme la pr&#233;supposition des rapports sociaux et comme la totalit&#233; de leur contenu : dans le mode de production capitaliste, on ne produit pas parce qu'on est membre d'une communaut&#233;, mais on est membre de la communaut&#233; que parce que l'on produit. D'autre part, ces cat&#233;gories ne peuvent devenir et ne sont cette totalit&#233; des rapports sociaux que dans la mesure o&#249; elles en sont la forme autonomis&#233;e face aux individus qu'elles renvoient &#224; leur dispersion et &#224; leur insignifiance singuli&#232;res. Le travail, la production, l'&#233;change, la division du travail, la propri&#233;t&#233;, la valeur ..., toutes ces cat&#233;gories posent la co&#239;ncidence entre l'activit&#233; sociale et l'activit&#233; individuelle ou singuli&#232;re, comme r&#233;alis&#233;e dans l'activit&#233; des individus singuliers au moment m&#234;me o&#249; ils ne s'appartiennent plus. Le capital a &#233;lev&#233; l'activit&#233; individuelle au rang d'activit&#233; sociale dans la mesure seulement o&#249; la premi&#232;re est subsum&#233;e sous la seconde, o&#249; elle est &lt;i&gt;abolie en tant que telle&lt;/i&gt;. C'est seulement parce qu'elle a une forme autonomis&#233;e que l'activit&#233; sociale donne &lt;i&gt;sa propre identit&#233;&lt;/i&gt; &#224; l'activit&#233; individuelle. Le capital a aboli la s&#233;paration entre l'activit&#233; individuelle et les formes sociales de cette activit&#233; &#224; l'int&#233;rieur de la s&#233;paration elle-m&#234;me, c'est-&#224;-dire dans l'autonomisation en &#233;conomie de toutes les cat&#233;gories de l'activit&#233; des hommes en tant qu'&#234;tres objectifs. &lt;i&gt;Les cat&#233;gories du mode de production capitaliste sont une co&#239;ncidence du particulier et du g&#233;n&#233;ral, mais dans la subsomption du premier sous le second&lt;/i&gt;. C'est en cela que la non-co&#239;ncidence entre en contradiction avec elle-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est alors le d&#233;passement de l'existence objective des hommes comme travail, production, et selon l'ensemble des cat&#233;gories d&#233;finissant l'&#233;conomie, qui est en jeu dans la lutte des classes et dans la contradiction entre les hommes et les femmes. L'activit&#233; de l'homme comme &#234;tre objectif, parvenue, en tant que proc&#232;s de socialisation, dans le capital, &#224; l'autonomisation et &#224; la contradiction avec elle-m&#234;me, signifie, dans ce qu'est le prol&#233;tariat contre le capital et dans ce que sont les femmes contre les hommes et pour elles-m&#234;mes, que le travail et la distinction de genre ne peuvent plus &#234;tre ces &lt;i&gt;principes de production de soci&#233;t&#233;&lt;/i&gt; qu'ils ont &#233;t&#233; jusqu'&#224; maintenant&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-37&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Travail et distinction de genre sont essentiellement joints&#034; id=&#034;nh2-37&#034;&gt;37&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le communisme est ce qui sort de la communisation&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du communisme, nous ne pouvons en dire que peu de choses, si ce n'est rien, et c'est tant mieux. Notre horizon th&#233;orique s'arr&#234;te au cycle de luttes actuel et &#224; ce qu'il porte comme r&#233;volution : la communisation. Pour cette derni&#232;re, c'est &#224; partir des luttes actuelles o&#249; le capital comme contradiction en proc&#232;s est construit comme l'action en tant que classe du prol&#233;tariat devenant une limite pour elle-m&#234;me et le fait &lt;i&gt;d'&#234;tre femme&lt;/i&gt;, l'objet m&#234;me de la distinction-contradiction de genre, que nous en parlons. La r&#233;volution comme communisation n'est pas une norme que l'on se propose, une d&#233;finition de la r&#233;volution comme un but &#224; atteindre, mais un contenu actuel dans ce qu'est la lutte des classes. Nous devons montrer que c'est &lt;i&gt;l'action r&#233;volutionnaire&lt;/i&gt; comme &lt;i&gt;mesures communistes&lt;/i&gt; (abolition de la propri&#233;t&#233;, de la division du travail, de l'&#233;change, de la valeur, de la distinction de genre) qui est la &lt;i&gt;destruction&lt;/i&gt; de la valeur. Nous pr&#233;f&#233;rons le terme de destruction &#224; celui d'abolition pour souligner le caract&#232;re multiple des attaques et des luttes qui produisent cette &#171; disparition &#187; qui n'est pas en soi un projet. Cette destruction a beau &#234;tre n&#233;cessaire dans le cours de la r&#233;volution, elle n'en demeure pas moins &#171; bricol&#233;e &#187; au fil de l'eau des luttes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La &lt;i&gt;communisation&lt;/i&gt; ce n'est rien d'autre que les &lt;i&gt;mesures communistes&lt;/i&gt; pratiqu&#233;es comme simples &lt;i&gt;mesures de luttes&lt;/i&gt; contre le capital et la distinction de genre toujours reproduite en lui et n&#233;cessaire. Ces mesures sont la r&#233;alit&#233; m&#234;me de la production du communisme : &lt;i&gt;sa production&lt;/i&gt;. L'expression &#171; mesures communistes &#187; est ambig&#252;e et peut tomber sous la critique g&#233;n&#233;rale que nous faisons ici du communisme comme projet &#224; accomplir. En effet, cette expression pr&#233;suppose de savoir ce qu'est le communisme alors que seules ces pratiques, dans leurs d&#233;terminations, le d&#233;finissent Ces pratiques, en revanche peuvent &#234;tre d&#233;finies. Nous appelons &#171; mesures communistes &#187; le cours de la lutte de classe quand, &#224; partir du cycle de luttes actuel, cette lutte franchit le pas consistant &#224; prendre pour objet le fait m&#234;me pour le prol&#233;tariat d'&#234;tre une classe. Dans leur diversit&#233;, les pratiques qui construisent l'abolition de l'exploitation, du rapport qu'est le capital, peuvent &#234;tre qualifi&#233;es de &#171; mesures communistes &#187; dans la mesure seulement o&#249; nous appelons communisme ce qu'elles produisent. Ce n'est pas l&#224; pur relativisme et absence de crit&#232;re, notre crit&#232;re ce sont les activit&#233;s d'&#233;cart dans le cours actuel de la lutte de classe et la production de l'appartenance de classe comme contrainte ext&#233;rieure dans le cours de la lutte de classe dont les mesures communistes sont le d&#233;passement produit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'il fallait r&#233;pondre th&#233;oriquement en deux mots &#224; la question &#171; qu'est-ce que le communisme aujourd'hui ? &#187;, la seule r&#233;ponse &#224; donner serait quelque chose du genre : &#171; le communisme, c'est la lutte r&#233;volutionnaire contre la reproduction des rapports sociaux capitalistes, telle qu'elle est n&#233;cessit&#233;e et permise par la crise de ces rapports &#187;. C'est d&#233;j&#224; &#233;norme et pas gagn&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au contraire, dans la description de son fonctionnement, le communisme devient un choix de soci&#233;t&#233;, &lt;i&gt;il arrive au terme d'une lutte de classe et d'une r&#233;volution qui en tant que telles sont effac&#233;es comme l'acte de sa production&lt;/i&gt;. La r&#233;volution comme communisation n'est pas le communisme, mais la production communiste du communisme, l'activit&#233; r&#233;volutionnaire a toujours pour contenu de m&#233;diatiser l'abolition du capital par son rapport au capital. &lt;i&gt;Le communisme est ce qui sort de la communisation&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;il est format&#233; par elle&lt;/i&gt;. Cela en est notre seule appr&#233;hension. La r&#233;volution comme communisation doit &#234;tre l'&#233;l&#233;ment central, la pierre de touche, de toutes les questions en jeu, ce qui en derni&#232;re instance renvoie &#224; la compr&#233;hension actuelle de la lutte de classe. On ne parle pas du communisme en dehors du pr&#233;sent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parce qu'elles sont des actes de la lutte de classe, toutes les mesures de communisation doivent &#234;tre une action &#233;nergique pour le d&#233;mant&#232;lement des liens qui unissent nos ennemis et leurs supports mat&#233;riels, destruction rapide, sans possibilit&#233; de retour. La classe capitaliste et ses innombrables couches p&#233;riph&#233;riques reposent sur un enchev&#234;trement compliqu&#233;, vuln&#233;rable au plus haut point, de liens financiers, de cr&#233;dits, d'obligations. Sans ces liens, sa coh&#233;sion interne s'effondre. Cette classe n'est pas une communaut&#233; fond&#233;e sur une association mat&#233;rielle, elle est un conglom&#233;rat de concurrents unis par l'&#233;change. L'unit&#233; de cette classe c'est l'imposition par la concurrence &#224; chacun de ses membres de la loi de la valeur, de la r&#233;partition du travail selon cette loi comme travail abstrait. La communisation n'est pas la paisible organisation de la gratuit&#233; et d'un mode de vie agr&#233;able entre prol&#233;taires. &lt;i&gt;La destruction de la valeur c'est la n&#233;cessit&#233; de la destruction de l'ennemi&lt;/i&gt;. Le mouvement social de communisation se construit au travers de ses propres contradictions entre les hommes et les femmes, sur la division du travail, entre communisation et socialisation&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-38&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Nous appelons &#171; socialisation &#187; toute forme d'appropriation, m&#234;me collective (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-38&#034;&gt;38&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, il se construit dans les luttes internes &#224; la classe r&#233;volutionnaire et entre celle-ci et tous les rapports sociaux du mode de production capitaliste. La question essentielle que nous aurons &#224; r&#233;soudre est de savoir comment on &#233;tend le communisme, avant qu'il soit &#233;touff&#233; dans les tenailles de la marchandise ; comment on int&#232;gre l'agriculture pour ne pas avoir &#224; &#233;changer avec les paysans ; comment on d&#233;fait les liens &#233;changistes de l'adversaire pour lui imposer la logique de la communisation des rapports et de l'emparement des biens, comment sont d&#233;faites les sph&#232;res publique et priv&#233;e, la distinction de genre et toutes les d&#233;terminations inh&#233;rentes &#224; la marchandise. Ce n'est pas autrement que la valeur est d&#233;truite, ce n'est pas autrement que la question de sa persistance comme &#171; organisation de la production communiste &#187; est effac&#233;e comme question &lt;i&gt;avant m&#234;me d'&#234;tre pos&#233;e&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les r&#233;ponses apport&#233;es &#224; ces questions relatives &#224; la valeur sont des prises de positions (m&#234;me seulement th&#233;oriques) dans la lutte des classes : sur l'autonomie de la classe, sur l'autogestion, sur la compr&#233;hension des luttes revendicatives et de leurs limites. La question et celle-l&#224; m&#234;me du cours de la lutte de classe, c'est un sujet pratique. C'est dans la lutte des classes, dans son actualit&#233;, que toutes ces questions sont pos&#233;es et sont ou seront r&#233;solues comme des conflits et non comme des controverses sur la meilleure fa&#231;on de faire fonctionner une &#171; nouvelle soci&#233;t&#233; &#187; et sur ce qui est compatible ou non avec elle. Quand cette &#171; soci&#233;t&#233; &#187; &#233;mergera des luttes de la communisation et des mesures communistes, &lt;i&gt;ces questions auront &#233;t&#233; pratiquement tranch&#233;es manu militari&lt;/i&gt;, c'est-&#224;-dire la question de la valeur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La communisation est une conjoncture. La contradiction entre les hommes et les femmes, entre le prol&#233;tariat et le capital sont sur la table au travers de toutes les d&#233;terminations sociales qui les constituent comme contradictions. Toutes les contradictions, toutes les instances du mode de production deviennent, dans les termes m&#234;mes o&#249; elles existent, des lieux d'affrontements, de luttes. Ni l'Etat, ni la propri&#233;t&#233;, ni la division du travail, ni l'&#233;change, ni les hommes et les femmes, rien n'est aboli par voie de cons&#233;quence. C'est l'insuffisance de la plus-value par rapport au capital accumul&#233; qui est au c&#339;ur de la crise de l'exploitation. Au c&#339;ur de la&lt;i&gt; contradiction&lt;/i&gt; entre le prol&#233;tariat et le capital, il y a la question du travail productif de valeur comme productif de &lt;i&gt;plus-value&lt;/i&gt;, par l&#224; la contradiction entre le prol&#233;tariat et le capital est une contradiction pour cela m&#234;me, le mode de production capitaliste, dont elle est la dynamique. Au c&#339;ur de la distinction de genre, il y a le travail et la population comme principale force productive, par l&#224; le mode de production capitaliste est un jeu qui produit l'abolition de sa r&#232;gle. Comment parler de la valeur et de son abolition sans parler du travail, de la population, des femmes ? Si la valeur, bien que jamais enjeu de luttes en tant que telle, n'&#233;tait pas au c&#339;ur des contradictions diverses de cette conjoncture, il n'existerait qu'un probl&#232;me de distribution entre les classes sociales et d'&#233;galit&#233; &#224; conqu&#233;rir entre les hommes et les femmes : la r&#233;volution demeurerait un v&#339;u pieux. La haine du capital, l'envie d'une autre vie sont &lt;i&gt;l'expression id&#233;ologique n&#233;cessaire&lt;/i&gt; de cette contradiction pour elle-m&#234;me qu'est l'exploitation&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-39&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; D'apr&#232;s les lois de l'&#233;conomie bourgeoise, la plus grande partie du (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-39&#034;&gt;39&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la crise de la reproduction de l'exploitation, le d&#233;passement de la lutte revendicative est une attaque du c&#244;t&#233; des moyens de production. C'est leur abolition comme valeur absorbant le travail pour se valoriser. Cette abolition n'est pas une abstraction, c'est la destruction (qui peut &#234;tre physique) de certains moyens de production, leur abolition en tant qu'usine dans laquelle se d&#233;finit ce qu'est un produit, &lt;i&gt;c'est-&#224;-dire les cadres de l'&#233;change et du commerce&lt;/i&gt;, c'est leur d&#233;finition, leur absorption dans les rapports qui deviennent des rapports individuels dans l'autotransformation des prol&#233;taires. L'attaque contre la nature de capital des moyens de production, c'est leur emparement qui, ne se limitant pas au strict moyens de production, r&#233;duit ces derniers au rang de simples instruments devant satisfaire des besoins dans la lutte. Tout ce dont on s'empare est une extension de la gratuit&#233;. L'abolition de la valeur n'est pas un but en soi et en tant que telle une cible des luttes : c'est l'abolition du public et du priv&#233; dont la valeur pr&#233;suppose la constitution et la distinction ; de la production &lt;i&gt;et&lt;/i&gt; de la reproduction ; c'est la lutte des femmes qui auront aussi de mauvais souvenirs &#224; r&#233;gler ; c'est aussi l'abolition de la division du travail telle qu'elle est inscrite dans le zonage urbain, dans la configuration mat&#233;rielle des b&#226;timents, dans la s&#233;paration entre la ville et la campagne, dans l'existence m&#234;me de quelque chose que l'on appelle une usine ou un lieu de production, dans l'autonomie et la personnification des fonctions intellectuelles et de d&#233;cision. L'abolition de la valeur est une transformation concr&#232;te du paysage dans lequel nous vivons, c'est une g&#233;ographie nouvelle des rapports entre les individus. &lt;i&gt;Abolir des rapports sociaux est une affaire tr&#232;s mat&#233;rielle&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le cours de la lutte r&#233;volutionnaire, l'abolition de la valeur (substance et forme) c'est aussi le conflit n&#233;cessaire, interne &#224; cette lutte, entre communisation et socialisation, l'apparition in&#233;vitable de formes d'autogestion qui deviennent des obstacles &#224; la poursuite du mouvement m&#234;me qui les a fait na&#238;tre. Dans ce maelstr&#246;m de luttes contre les forces de la classe capitaliste et ses rapports de production toujours pr&#233;sents de fa&#231;on prot&#233;iforme &#224; l'int&#233;rieur m&#234;me de l'action r&#233;volutionnaire, &lt;i&gt;toutes les activit&#233;s sont sp&#233;cifiques, particuli&#232;res&lt;/i&gt;. L'activit&#233; r&#233;volutionnaire se produit comme telle dans ces conflits, dans toutes les t&#226;ches &#224; accomplir qui se d&#233;cident et s'imposent. Toutes ces activit&#233;s ne se relient entre elles que par leur caract&#232;re concret et leur finalit&#233; propre. Produire ceci ou cela, faire circuler tel bien &#224; l'autre bout du monde pour que l'insurrection ne soit pas &#233;cras&#233;e pour cause de famine ou toute autre raison, la n&#233;cessit&#233; de se d&#233;placer en masse sur telle zone de la lutte, tout cela rel&#232;ve de d&#233;cisions, &lt;i&gt;mais d'aucun calcul qui r&#233;duirait les activit&#233;s et les personnes qui les accomplissent &#224; une qualit&#233; commune&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que pour la classe des travailleurs, leur appartenance de classe soit &lt;i&gt;actuellement&lt;/i&gt; une contrainte ext&#233;rieure, que leur unit&#233; n'existe qu'objectiv&#233;e dans le capital et que celle-ci ne soit pour eux que divisions, que leur seule unit&#233; soit celle de leur abolition ne sont pas des choses vaines quant &#224; la soci&#233;t&#233; qui est alors produite dans les luttes de la communisation. &lt;i&gt;Il n'en sortira pas une unit&#233; abstraite du travail social&lt;/i&gt;. Dans le cours de la communisation, ce n'est pas seulement comme forme (&#233;change) que la valeur est d&#233;truite mais comme substance (travail abstrait).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#224; o&#249; l'&#233;conomie politique classique pensait donner une r&#233;ponse d&#233;finitive : des objets qualitativement diff&#233;rents &#8211; des valeurs d'usage &#8211; sont rendues &#233;conomiquement commensurables, &#233;changeables, parce qu'ils sont tous des produits du travail, Marx voit simplement une question &#224; laquelle il faut r&#233;pondre : comment et pourquoi des types de travaux qualitativement diff&#233;rents peuvent-ils &#234;tre &#233;galis&#233;s ? Ce qui implique une autre question : pourquoi et comment ce qui commande cette &#233;galisation peut-il &#234;tre d&#233;truit ? Non seulement les &#233;changes sont abolis comme d&#233;roulement et arme de la r&#233;volution, mais encore la substance m&#234;me de ces &#233;changes : une qualit&#233; commune de toutes ces activit&#233;s. La propri&#233;t&#233; et la division manufacturi&#232;re et sociale du travail sans lesquelles il n'y a pas d'&#233;change sont non seulement attaqu&#233;es comme des caract&#232;res du mode de production capitaliste, mais aussi, simultan&#233;ment, &#224; l'int&#233;rieur m&#234;me du mouvement r&#233;volutionnaire, ces attaques sont des moments n&#233;cessaires du combat. Propri&#233;t&#233; et division du travail sont des d&#233;terminations constitutives de la valeur. A l'int&#233;rieur de la pratique r&#233;volutionnaire, le risque et le conflit sur la propri&#233;t&#233; c'est la socialisation ; la division du travail est &#233;galement un enjeu pratique : le risque interne &#224; la pratique r&#233;volutionnaire tenant &#224; la division du travail selon des capacit&#233;s professionnelles acquises existe tout autant, sous la forme de l'injonction d'un combat &#224; mener avec &#171; efficacit&#233; &#187;. Les savoir faire se transmettent, circulent et s'acqui&#232;rent tr&#232;s rapidement dans certaines circonstances, de tr&#232;s nombreuses personnes les poss&#232;dent sans en &#234;tre des &#171; professionnels &#187;. C'est dans l'autotransformation des individus que r&#233;side l'efficacit&#233; de la lutte contre tous les rapports de production capitalistes, et non la lutte &#171; efficace &#187; qui autoriserait ensuite cette autotransformation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Consid&#233;rer la r&#233;volution comme conjoncture, c'est en premier lieu la consid&#233;rer comme le proc&#232;s de d&#233;passement de deux contradictions distinctes mais toujours d&#233;j&#224; jointes et se constituant comme contradictions l'une par l'autre : la contradiction entre le prol&#233;tariat et le capital, la contradiction entre les femmes et les hommes (cf. &#171; Tel Quel &#187; &lt;i&gt;in&lt;/i&gt; TC 24 et &#171; Conjoncture &#187; &lt;i&gt;in&lt;/i&gt; Sic 2)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-40&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir Tel Quel (Th&#233;orie Communiste 24, p.13) : les rapport entre hommes et (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-40&#034;&gt;40&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Si les femmes ne veulent pas rester ce qu'elles sont c'est que leur propre situation est une contradiction dans et pour le mode de production capitaliste lui-m&#234;me : le travail comme probl&#232;me ; la population comme principale force productive dans le capitalisme ne va pas de soi&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-41&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le mode de production capitaliste est le premier mode de production qui a un (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-41&#034;&gt;41&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Mais le travail comme probl&#232;me ne prend pas la forme de la lutte des femmes, il est, dans la r&#233;volution, la lutte des femmes contre leur propre d&#233;finition et assignation en tant que telles. Cette lutte est une d&#233;termination essentielle constituant la communisation. Tout cela existera, contre les hommes, sur une multiplicit&#233; de front de lutte &#224; l'int&#233;rieur du processus r&#233;volutionnaire. C'est dans son caract&#232;re concret, imm&#233;diat, que cette contradiction entre hommes et femmes s'impose dans la r&#233;ussite de la communisation contre ce que ce rapport implique de violence, d'invisibilisation, d'assignation &#224; une place de subordination naturelle relevant de l' &#171; &#234;tre &#187; m&#234;me des &#171; personnes &#187; : la fameuse &#171; division naturelle du travail &#187; et celle de la &#171; reproduction biologique &#187;. Dans un mode de production qui s&#233;pare la production de la reproduction, dans lequel toute la production est destin&#233;e &#224; la vente, la production et le march&#233; d&#233;finissent le caract&#232;re social de cette production comme publique. Il s'ensuit que, dans la marchandise, si la distinction de genre peut &#234;tre proclam&#233;e comme non pertinente int&#233;rieurement &#224; la chose, c'est que l'existence m&#234;me de la marchandise la pr&#233;suppose. Dans la contradiction entre les hommes et les femmes, la lutte non seulement contre la distinction du public et du priv&#233; mais contre leur existence m&#234;me est, en tant que telle, une attaque pratique de la marchandise et de la valeur qui sont d&#233;truites par tous leurs bouts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la communisation, toutes les contradictions s'entrem&#234;lent dans les n&#233;cessit&#233;s de la lutte, le communisme s'y produit contre le capital dans les termes m&#234;me des contradictions de toutes ses instances et non comme syst&#232;me. Dans ce cours, chaque activit&#233; est particuli&#232;re mais aucune n'existe comme d&#233;finie en elle-m&#234;me &#224; c&#244;t&#233; d'autres activit&#233;s pareillement existantes. Dans le cours de la lutte qui est son unit&#233; se cr&#233;e une activit&#233; humaine &#224; la fois infinie et s&#233;cable en unit&#233;s distinctes. Tout n'est pas dans tout, mais la totalit&#233; n'acquiert aucune existence ind&#233;pendante de ce qui la constitue. Dans ce cours, cette activit&#233; a des r&#233;sultats concrets ou abstraits, mais ces r&#233;sultats ne sont jamais des &#171; produits &#187; pour lesquels se poserait la question de leur appropriation ou de leur cession sous quelque modalit&#233; que cela soit. C'est ainsi, directement comme mesures communistes, que l'on entre en contradiction avec la valeur &lt;i&gt;comme forme et comme substance&lt;/i&gt;. C'est-&#224;-dire contre la forme sociale concr&#232;te du produit du travail comme marchandise qui est valeur d'usage et valeur. Dans le cours m&#234;me de la r&#233;volution toute activit&#233; est d&#233;termin&#233;e et d&#233;terminante dans le flux continu de la pratique r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est dans le processus m&#234;me de la r&#233;volution que toute forme d'appropriation devient un obstacle, un antagonisme &#224; l'int&#233;rieur de ce processus, c'est ainsi que la notion m&#234;me et surtout la mat&#233;rialit&#233; de quelque chose qui soit un &#171; produit &#187; sont abolies. Bien s&#251;r, il y a, &#224; ce moment, des objets qui servent &#224; produire, d'autres qui sont directement consomm&#233;s, d'autres qui servent aux deux. Mais parler de &#171; produits &#187; et se poser la question de leur circulation, de leur r&#233;partition ou de leur &#171; cession &#187;, c'est-&#224;-dire concevoir un moment de l'appropriation, pr&#233;suppose des lieux de rupture, de &#171; coagulation &#187; de l'activit&#233; humaine : le march&#233; dans les soci&#233;t&#233;s marchandes, la d&#233;pose et la prise au tas dans certaines visions du communisme. Dans le cours m&#234;me de la r&#233;volution toute activit&#233; est d&#233;termin&#233;e et d&#233;terminante dans le flux continu de la pratique r&#233;volutionnaire qui n'a d'unit&#233; que dans la co&#239;ncidence du changement des circonstances et de l'activit&#233; humaine. Parler de &#171; produit &#187;, c'est supposer qu'un r&#233;sultat de l'activit&#233; humaine appara&#238;t comme &lt;i&gt;fini&lt;/i&gt; face &#224; un autre r&#233;sultat ou au milieu d'autres r&#233;sultats. Les luttes qui constituent la communisation ne consid&#232;rent les produits que comme la forme passag&#232;re et fugitive de l'activit&#233; comme totalit&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-42&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; De m&#234;me que la propri&#233;t&#233; priv&#233;e n'est que l'expression sensible du fait (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-42&#034;&gt;42&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est dans le processus de la communisation que prend forme et contenu l'abolition de la valeur. C'est le travail comme force productive et substance commune abstraite de toutes les activit&#233;s qui, dans des circonstances tr&#232;s imm&#233;diates, devient un enjeu de la communisation et quelque chose &#224; abolir. L'abolition de la valeur ce n'est pas une r&#233;flexion sur une nouvelle fa&#231;on, la meilleure, pour organiser la production, ce sont des pratiques qui font de toutes ses d&#233;terminations constitutives des objets de luttes imm&#233;diates et multiples. C'est de cela que na&#238;t le communisme, c'est cela qui le constitue. &lt;i&gt;Bref, parler du communisme, sans parler de la communisation comme de sa constitution, comme si elle n'&#233;tait qu'un moyen pour atteindre un but, est un non-sens&lt;/i&gt;. Tel est le changement de probl&#233;matique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si maintenant, nous pouvons critiquer les visions &#171; r&#233;alistes &#187; et &#171; pleines de bon sens &#187; du communisme qui d&#233;crivent une r&#233;partition du temps de travail social fond&#233; sur la dissociation de la forme et de la substance de la valeur c'est en ayant expos&#233; &lt;i&gt;la probl&#233;matique dans laquelle cette vision peut exister&lt;/i&gt; : le communisme comme but, la r&#233;volution comme moyen, ainsi que le changement de probl&#233;matique qui seul peut fonder non-normativement cette critique. Le point de d&#233;part ce n'est ni une ex&#233;g&#232;se des textes canoniques, ni une prospective &#171; r&#233;aliste &#187; (il faudra bien produire, mesurer et r&#233;partir) ou &#171; normative &#187; du communisme (si c'est comme &#231;a, alors ce n'est pas le communisme), c'est la lutte r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;II) La destruction de la valeur&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est d'abord n&#233;cessaire de montrer pr&#233;cis&#233;ment l'encha&#238;nement entre le travail abstrait, la valeur d'&#233;change et la marchandise. On montre ici les enjeux internes de cette critique pour la th&#233;orie de la communisation : le conflit entre socialisation et communisation ; la question de la &#171; production &#187; dans le communisme. Cette n&#233;cessaire connexion de la forme et de la substance de la valeur, dans le conflit r&#233;volutionnaire, formate le contenu de la destruction de la valeur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ensuite, cette critique en appelle une autre que nous pourrions qualifier de &#171; dynamique &#187;. La premi&#232;re critique nous dit que les d&#233;terminations de la valeur sont indissociables et que si le communisme est abolition de l'une il est abolition de toutes les autres. En bref qu'il est incompatible avec la valeur, OK. Mais sans la seconde cela demeure &#224; la limite de la p&#233;tition de principes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dire que les cat&#233;gories du mode de production capitaliste comme la valeur sont historiques ne doit pas &#234;tre un simple point de m&#233;thodologie, c'est montrer comment leur existence historique porte, &lt;i&gt;dans leur histoire&lt;/i&gt;, leur n&#233;gation. Il faut voir la n&#233;cessit&#233; de l'abolition de la valeur &#224; partir des contradictions propres du mode de production capitaliste : contradiction entre prol&#233;tariat et capital, contradiction entre les hommes et les femmes. R&#233;p&#233;tons qu'il est impossible de parler de la valeur et de son abolition, sans parler du travail, de la population, des femmes et de la contradiction du devenir social du travail dans le mode de production capitaliste par lequel les femmes sont un probl&#232;me pour ce mode de production et pour elles-m&#234;mes. Bien s&#251;r il s'agira ici du capital comme contradiction en proc&#232;s, de la baisse du taux de profit, qui sont lutte des classes et contradiction de genre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Consid&#233;rons deux citations&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La valeur de la marchandise exprime seulement dans une forme historique &#233;volu&#233;e ce qui existe aussi, &lt;i&gt;mais sous un autre aspect&lt;/i&gt; (soulign&#233; par nous), dans toutes les autres formes sociales historiques, &#224; savoir le caract&#232;re social du travail, pour autant que le travail existe comme d&#233;pense de force de travail sociale &#187; (Marx, &lt;i&gt;Notes sur Wagner&lt;/i&gt;, Ed. Pl&#233;iade, Economie, t.2, p.1550)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Apr&#232;s la suppression du mode de production capitaliste, mais dans le cas de maintien de la production sociale, &lt;i&gt;la d&#233;termination de la valeur restera dominante&lt;/i&gt; (soulign&#233; par nous), parce qu'il sera plus n&#233;cessaire que jamais de r&#233;glementer la dur&#233;e du travail, de distribuer le travail social entre les diff&#233;rents groupes productifs, enfin d'en tenir la comptabilit&#233;. &#187; (Marx, &lt;i&gt;Le Capital&lt;/i&gt;, Livre III, septi&#232;me section, chap. IL &#8211; &lt;i&gt;Compl&#233;ment &#224; l'analyse du proc&#232;s de production&lt;/i&gt; &#8211; Ed. Sociales., t.8, p.228)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-43&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Marx dit le contraire dans l'extrait des Fondements (t.1, pp. 109-110) cit&#233; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-43&#034;&gt;43&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux citations contradictoires d'un Marx en pleine possession, dans les deux cas, de tous ses concepts. Il faut trancher. Seules les n&#233;cessit&#233;s actuelles de la r&#233;volution telles que les d&#233;finissent les caract&#233;ristiques de ce cycle de luttes peuvent &#234;tre ce tranchant. Avec une certaine id&#233;e de la Providence, Bordiga disait que les in&#233;dits de Marx apparaissaient quand l'&#233;poque en avait besoin. Nous nous contenterons de dire que chaque &#233;poque &lt;i&gt;lit&lt;/i&gt; Marx.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Selon ce que nous avons d&#233;velopp&#233; pr&#233;c&#233;demment, notre lecture est celle correspondant &#224; la premi&#232;re citation. C'est la p&#233;riode actuelle qui nous fournit la coh&#233;rence de notre lecture et analyse de la valeur et nous permet sans attitude normative de consid&#233;rer, chez Marx, les formulations contradictoires. Ces contradictions ce sont celles du programmatisme, et plus pr&#233;cis&#233;ment les contradictions r&#233;sultant de l'impossibilit&#233; dans ses propres termes du programmatisme. Nous ne laissons pas ce qui est contraire au bord du chemin, mais nous le construisons comme moments ayant permis notre lecture actuelle, sans nous imaginer pour autant que tous ces d&#233;veloppements devaient aboutir &#224; notre conception pr&#233;sente.&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt;Destruction de la valeur : substance / forme et son au-del&#224;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt;Travail abstrait : une abstraction de la connexion sociale des activit&#233;s&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;Dans la &lt;i&gt;Pr&#233;face&lt;/i&gt; &#224; la premi&#232;re &#233;dition allemande (1884) de &lt;i&gt;Mis&#232;re de la philosophie&lt;/i&gt;, Engels expose les choses avec sa clart&#233; habituelle : &#171; Les d&#233;viations continuelles des prix des marchandises par rapport aux valeurs des marchandises sont la condition n&#233;cessaire et par laquelle seule la valeur des marchandises peut exister. Ce n'est que par les fluctuations de la concurrence et, par suite, des prix des marchandises que la loi de la valeur se r&#233;alise dans la production des marchandises, et que la d&#233;termination de la valeur par le temps de travail socialement n&#233;cessaire devient une r&#233;alit&#233;. (&#8230;) Dans une soci&#233;t&#233; de producteurs qui &#233;changent leurs marchandises, vouloir d&#233;terminer la valeur par le temps de travail en interdisant &#224; la concurrence d'&#233;tablir cette d&#233;termination de la valeur dans &lt;i&gt;la seule forme par o&#249; elle puisse se faire&lt;/i&gt; (soulign&#233; par nous), en influant sur les prix, c'est montrer qu'on s'est au moins sur ce terrain, permis la m&#233;connaissance utopique habituelle des lois &#233;conomiques &#187; (&lt;i&gt;op.cit&lt;/i&gt;., Ed. Sociales, p.35). Si le cours m&#234;me de la r&#233;volution, dans ses actes, est la suppression de l'&#233;change et d'une soci&#233;t&#233; de producteurs qui &#233;changent leurs marchandises, c'est la valeur, substance et forme, qui est supprim&#233;e, car l'&#233;change est la seule forme dans laquelle la d&#233;termination de la valeur peut se faire. Elle est le contenu comme forme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me dans l'hypoth&#232;se o&#249; l'on consid&#232;re la production totale comme une seule marchandise et une seule masse de travail abstrait, on n'a pas supprim&#233; l'&#233;change, on a op&#233;r&#233; id&#233;alement toutes ces op&#233;rations d'&#233;changes et l'on peut s'attendre &#224; ce qu'elles se vengent cruellement contre cette op&#233;ration id&#233;ale en cr&#233;ant tous les organes qui leur sont n&#233;cessaires : classes et Etat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le partage / distribution de l'activit&#233; n'est pas en soi valeur comme planification ou non, pour cela il faut premi&#232;rement construire &lt;i&gt;a priori&lt;/i&gt; toutes les activit&#233;s comme une seule potentielle activit&#233; sociale et deuxi&#232;mement les r&#233;duire &#224; une qualit&#233; commune. La planification est un partage quantitatif qui suppose la r&#233;duction &#224; une qualit&#233; commune, elle suppose &#233;galement de faire du moment de la d&#233;cision un moment particulier ant&#233;rieur &#224; l'effectuation des activit&#233;s, on peut dire que la planification est id&#233;aliste. Comme structure de l'encha&#238;nement social, la valeur inclut les classes et l'Etat car sa r&#233;duction &#224; une qualit&#233; commune de toutes les activit&#233;s est une abstraction face aux activit&#233;s individuelles particuli&#232;res, elle ne peut se confondre avec elles (dans ce cas c'est avouer qu'elle n'est pas n&#233;cessaire). Cette abstraction face aux activit&#233;s particuli&#232;res est une autonomisation de leur qualit&#233; commune. La fonction cr&#233;e ses organes. Qui centralisera la r&#233;partition sur la base de cette abstraction ? L'ensemble des producteurs ? Cet ensemble aura vite fait, dans l'instant m&#234;me de son apparition, de se distinguer de ce dont il est l'ensemble. Si la valeur demeure le principe organisateur de la production sociale, la planification est l'aveu du cha&#238;non manquant entre la persistance de la valeur et l'Etat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fait, sauf dans les r&#234;ves boukhariniens, jamais le plan ne se substitue &#224; l'&#233;change, il n'en est qu'une forme particuli&#232;re. La communaut&#233;, repr&#233;sent&#233;e par la valeur, se dresse au-dessus et contre chaque individu, c'est inh&#233;rent &#224; la valeur et au travail abstrait (ou alors pas d'abstraction). Quand on consid&#232;re que la substance de la valeur pourrait perdurer en l'absence de sa forme, on admet, comme un danger, que les moyens de production puissent devenir autonomes vis-&#224;-vis des producteurs imm&#233;diats, mais cela ne serait possible que si un groupe particulier les monopolisait or, puisqu'il s'agit du communisme, le cas est exclu. Belle entourloupe tautologique. Il est exact que les moyens de production ne deviennent autonomes que comme propri&#233;t&#233; &#233;trang&#232;re vis-&#224;-vis des producteurs, que cette autonomisation est d&#233;finitoire de la division de la soci&#233;t&#233; en classes. Mais il ne faut pas renverser les choses. Le propri&#233;taire est l'agent, le repr&#233;sentant de l'autonomisation et il ne peut le devenir que comme agent de l'autonomisation n&#233;cessaire (d&#233;finitoire) du travail abstrait qui est le contenu de son existence. S'il y a travail abstrait, par d&#233;finition, il est une substance autonome des travaux particuliers. S'il ne l'est pas, c'est que les travaux particuliers sont directement sociaux et qu'en cons&#233;quence il n'y a pas de travail abstrait, si ce n'est d'appeler &#171; travail abstrait &#187;, toute production sociale sous quelque forme historique que ce soit et donc de faire du travail abstrait une cat&#233;gorie naturelle. Le travail abstrait est confondu avec le &#171; travail &#233;ternel &#187;, celui des &#171; &#233;changes organiques entre l'homme et la nature &#187;. Concept, lui-m&#234;me suspect&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-44&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. Pour en finir avec la critique du travail, in TC 17.&#034; id=&#034;nh2-44&#034;&gt;44&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour &#233;viter cet &#233;cueil, on soutient alors que d'une part le travail abstrait est bien cet &#233;galisation n&#233;cessaire et, d'autre part, on d&#233;crit un fonctionnement de cet &#233;galisation qui la contredit. Personne n'aurait de &#171; privil&#232;ge &#187; &#224; travailler dans une unit&#233; de production (ne disons pas usine) &#224; forte productivit&#233;, parce que tout le travail est pr&#233;suppos&#233; dans un syst&#232;me du &#171; travail n&#233;cessaire &#187;. Soit c'est une p&#233;tition de principes, soit c'est une prime &#224; la paresse. Par d&#233;finition, la somme du temps de travail concret et le travail abstrait ne co&#239;ncident pas, il y a du travail d&#233;pens&#233; en vain. Cette &#233;quivalence ne fonctionnerait que si nous avions la valeur et, en m&#234;me temps, une communaut&#233; de gens sympathiques et altruistes qui reconnaissent malgr&#233; tout comme &#171; valable &#187; le temps de travail d&#233;pens&#233; par le paresseux, l'incomp&#233;tent ou le courageux mais malchanceux qui travaille avec des machines obsol&#232;tes. On peut dire que nous serons &#171; sympathiques &#187;, parce que nous aurons besoin du travail et du produit de cet individu malchanceux, mais alors il n'y a plus de valeur. Cependant, m&#234;me la sympathie communiste a des limites. &#171; Si tu veux travailler ici &#8211; dans cette unit&#233; tr&#232;s productive &#8211; il faut travailler comme nous et ne pas abuser de la pause caf&#233; &#187; dira-t-on &#224; l'imp&#233;trant (qui &#224; ce moment l&#224; pr&#233;f&#233;rera peut-&#234;tre retourner &#224; P&#244;le Emploi). Qui dit cela ? La communaut&#233; des schtroumfs au schtroumpf grognon ou au schtroumpf paresseux, ou plus probablement le grand schtroumpf avec ses c&#244;t&#233;s le schtroumpf costaud ? Dans une application de la novlangue orwellienne : il y aurait &#171; obligation &#224; travailler &#187;, mais ce serait une &#171; obligation &lt;i&gt;transparente&lt;/i&gt; &#187;. Est-ce que chaque matin, le r&#233;veil n'est pas d&#233;j&#224; une &#171; obligation transparente &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'il y a r&#233;duction &#224; une abstraction, il y a dualit&#233; de la forme valeur, il y a dualit&#233; du travail, il y a ind&#233;pendance du caract&#232;re social comme &#233;quivalent (cela n'est pas forc&#233;ment la monnaie bien que cela ne puisse qu'y conduire), il y a ind&#233;pendance de la communaut&#233;, il y a classes, il y a Etat. On peut d&#233;clarer que ce n'est pas un Etat qui fait la planification, on peut l'appeler &#171; Commune &#187; ou m&#234;me &#171; Gemeinwessen &#187;, si l'on veut, mais la scission est inh&#233;rente. On ne peut pas vouloir un travail abstrait qui n'en soit pas un, un travail abstrait sans relation entre les diff&#233;rences comme autonomisation faces &#224; elles. Toute l'astuce consiste &#224; dire &#171; c'est le communisme &#187; et &#171; c'est le communisme avec le travail abstrait ou la valeur &#187;, donc, puisque c'est le communisme, toutes ces &#171; d&#233;rives &#187; ne peuvent pas &#234;tre. S'il y a valeur tout cela s'effondre, et s'il n'y a plus de valeur mais &#171; production communautaire &#187; toutes ces questions disparaissent pos&#233;es dans ces termes&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-45&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Nous nous expliquerons plus loin sur ce que l'on peut entendre par &#171; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-45&#034;&gt;45&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le commentaire des &lt;i&gt;Grundrisse&lt;/i&gt; qui venaient juste d'&#234;tre traduits en France, publi&#233; dans le n&#176; 2 de la premi&#232;re s&#233;rie d'Invariance (1970), texte phare de la mutation th&#233;orique allant de la critique de &#171; l'id&#233;ologie ultra-gauche &#187; aux balbutiement de la &#171; th&#233;orie de la communisation &#187; qui s'op&#233;rait alors, on lit : &#171; Dans le socialisme inf&#233;rieur, la d&#233;termination sociale se fait avant, tandis que dans le capitalisme elle se fait apr&#232;s coup, c'est pourquoi dans cette soci&#233;t&#233;, le temps de travail a besoin de s'&#233;changer pour devenir social, d'o&#249; sa m&#233;tamorphose en valeur &#187; (p.171). Pour en arriver &#224; cette conclusion l'auteur fait le raisonnement suivant : il cite d'abord Marx : &#171; Le temps de travail ne peut pas &#234;tre directement de l'argent, il serait tout aussi faux de pr&#233;tendre que chaque marchandise soit son propre argent &#187; (Fondements&#8230;). De cela, l'auteur d&#233;duit : &#171; Il ne peut le devenir qu'au travers de l'&#233;change qui en faisant affronter les marchandises entre elles, le fait parvenir &#224; la d&#233;termination de la valeur donc de l'argent &#187; et pour corroborer sa th&#232;se, &#224; nouveau citation de Marx : &#171; La marchandise n'est valeur que dans la mesure o&#249; elle s'exprime dans une autre, bref o&#249; elle est un rapport &#187; (Fondements&#8230;). L'erreur se trouve dans la d&#233;duction tir&#233;e de la premi&#232;re citation : en faisant s'affronter les marchandises entre elles, l'&#233;change ne fait pas parvenir &#224; la d&#233;termination de la valeur, mais de la grandeur de valeur. La valeur ne peut exister sans cette mesure, sans ce rapport entre deux marchandises, mais la forme du rapport n'explique pas sa possibilit&#233;. D'autant plus que l'&#233;change nous dit seulement que x machines &#224; laver s'&#233;change contre y daurades, mais si, &#224; la suite d'un fort mistral au large du Frioul qui a contrari&#233; la p&#234;che, x machines &#224; laver s'&#233;change maintenant contre deux fois moins de daurades, rien n'a chang&#233; dans la valeur des machines &#224; laver, elles repr&#233;sentent toujours la m&#234;me quantit&#233; de temps de travail abstrait socialement n&#233;cessaire. &#171; C'est parce que les marchandises en tant que valeur sont du travail mat&#233;rialis&#233; ; (&#8230;) qu'elles peuvent mesurer tout ensemble leur valeur dans une marchandise sp&#233;ciale et transformer cette derni&#232;re en monnaie, c'est-&#224;-dire en faire leur mesure commune. Mais la mesure des valeurs par la monnaie est la forme que doit n&#233;cessairement rev&#234;tir leur mesure &lt;i&gt;immanente&lt;/i&gt; (c'est moi qui souligne), la dur&#233;e du travail &#187; (&lt;i&gt;Le Capital&lt;/i&gt;, t.1, p.104). Toute la difficult&#233; provient du fait que le travail priv&#233; ne peut &#234;tre consid&#233;r&#233; imm&#233;diatement comme travail social, bien qu'il soit d&#233;j&#224; de fa&#231;on immanente d&#233;pense de travail humain en g&#233;n&#233;ral, que sa nature de travail abstrait ne puisse &#234;tre s&#233;par&#233;e de l'activit&#233; sp&#233;cifique. Marx va m&#234;me jusqu'&#224; &#233;crire : &#171; Il r&#233;sulte de ce qui pr&#233;c&#232;de que s'il n'y a pas, &#224; proprement parler, deux sortes de travail dans la marchandise, cependant le m&#234;me travail y est oppos&#233; &#224; lui-m&#234;me, suivant qu'on le rapporte &#224; la valeur d'usage de la marchandise comme &#224; son produit, ou &#224; la valeur de cette marchandise comme &#224; sa pure expression objective. Tout travail est d'un c&#244;t&#233; d&#233;pense, dans le sens physiologique, de force humaine, et, &#224; ce titre de travail humain &#233;gal, il forme la valeur des marchandises. De l'autre c&#244;t&#233;, tout travail est d&#233;pense de la force humaine sous telle ou telle forme productive, d&#233;termin&#233;e par un but particulier, et &#224; ce titre du travail concret et utile, il produit des valeurs d'usage ou d'utilit&#233;s. &#187; (&lt;i&gt;Le Capital&lt;/i&gt;, t.1, p.61). On en revient toujours &#224; ce point crucial : &#171; on ne travaille pas deux fois &#187;. Nous sommes tellement impr&#233;gn&#233;s quotidiennement de ces abstractions concr&#232;tes que sont la marchandise et la monnaie que cette &lt;i&gt;abstraction&lt;/i&gt; qu'est la &#171; d&#233;pense physiologique de force humaine &#187; &lt;i&gt;ind&#233;termin&#233;e&lt;/i&gt; est parfois comprise, comme une &#171; naturalisation &#187;, chez Marx, de la substance de la valeur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous en revenons &#224; ce que nous disions au d&#233;but de ce chapitre : le travail abstrait est la connexion de proc&#232;s de travail ind&#233;pendants les uns vis-&#224;-vis des autres. Le travail abstrait est alors la n&#233;cessit&#233; immanente inscrite dans chaque activit&#233;, du fait de leur ind&#233;pendance les uns vis-&#224;-vis des autres ; l'&#233;change et ses formes sont sa forme de manifestation n&#233;cessaire. &lt;i&gt;Autant les formes de l'&#233;change ne sont pas la production du travail abstrait, autant il ne peut exister d'autres formes de manifestation du travail abstrait, &#224; moins de vouloir un travail abstrait sans travail concret, c'est-&#224;-dire d'&#233;vacuer la dualit&#233; forme relative et forme &#233;quivalent inscrite dans le travail abstrait.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que le texte d'&lt;i&gt;Invariance&lt;/i&gt; n&#233;glige c'est que la marchandise, au travers de l'&#233;change, &lt;i&gt;devient ce qu'elle est&lt;/i&gt;, que l'&#233;change d&#233;coule de sa double nature et de la double nature du travail pr&#233;sent en elle du fait d'une connexion sociale par l'ind&#233;pendance des producteurs et / ou des proc&#232;s de production. Au travers de l'&#233;change, c'est l'ext&#233;riorisation n&#233;cessaire du caract&#232;re valeur de la marchandise qui vient s'opposer &#224; chaque proc&#232;s de production (ce qui dans le mode de production capitaliste devient une contradiction redoublant la contradiction initiale, voir &#171; La critique dynamique &#187;), cela parce que le producteur a produit pour le march&#233;, parce que sa marchandise n'est entre ses mains que &#171; porte-valeur &#187;, parce que nous sommes dans une soci&#233;t&#233; de producteurs ind&#233;pendants. C'est la nature double du travail qui contient, comme d&#233;veloppement d'elle-m&#234;me, le march&#233; et la confrontation des marchandises. &#171; Ce qu'il y a de meilleur dans mon livre c'est : 1 (et c'est sur cela que repose la compr&#233;hension des faits) la mise en relief, d&#232;s le premier chapitre, du caract&#232;re double du travail, selon qu'il s'exprime en valeur d'usage ou en valeur d'&#233;change&#8230; &#187; (Marx, lettre &#224; Engels, 24 ao&#251;t 1867).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La valeur est un rapport social m&#233;diatis&#233; par des objets. Si nous partons de la forme simple de la valeur, le caract&#232;re double du travail s'autonomise en deux p&#244;les, d'un c&#244;t&#233; la forme relative de la valeur, de l'autre la forme &#233;quivalent, c'est ainsi que le travail abstrait et partant la valeur se pr&#233;sente comme une addition externe &#224; la marchandise &lt;i&gt;comme produit&lt;/i&gt; et r&#233;sulter des formes de l'&#233;change. Il faut consid&#233;rer ce ph&#233;nom&#232;ne qui se produit &#224; l'int&#233;rieur m&#234;me de la valeur, pour comprendre la relation n&#233;cessaire entre valeur et &#233;change et donc la caducit&#233; de la valeur comme caducit&#233; de l'&#233;change dans la dynamique du mode de production capitaliste (comme on le verra ensuite, avec la &#171; critique dynamique &#187;). C'est en tant que mesure par le temps de travail que la valeur appara&#238;t comme un rapport social. En effet, mesur&#233;e par le temps de travail, elle implique n&#233;cessairement le rapport de deux marchandises, car aucune marchandise ne peut se servir &#224; elle-m&#234;me d'&#233;quivalent. Si &#171; toutes les marchandises sont des non-valeurs d'usage pour ceux qui les poss&#232;dent et des valeurs d'usage pour ceux qui ne les poss&#232;dent pas &#187; (&lt;i&gt;Le Capital&lt;/i&gt;, Ed. Soc., t.1, p.96), c'est qu'elles sont d&#233;j&#224; le fruit d'un travail qui a un caract&#232;re double. Cependant, il faut que les marchandises passent d'une main dans l'autre, ce changement de mains &#171; constitue leur &#233;change et leur &#233;change les rapporte les unes aux autres comme valeurs et les &lt;i&gt;r&#233;alise&lt;/i&gt; (soulign&#233; par nous) comme valeurs &#187; (&lt;i&gt;ibid&lt;/i&gt;). Si le producteur porte sa marchandise au march&#233;, c'est que pour lui la marchandise n'a aucune valeur utile imm&#233;diate, &#171; la seule valeur qu'il lui trouve, c'est qu'elle est porte-valeur, utile &#224; d'autres et, par cons&#233;quent, un instrument d'&#233;change &#187; (&lt;i&gt;ibid&lt;/i&gt;). Le double caract&#232;re de la marchandise et du travail doit appara&#238;tre comme le rapport de deux marchandises. C'est dans la forme monnaie de la valeur que cela appara&#238;t le plus clairement. La forme monnaie est absolument identique &#224; la forme valeur g&#233;n&#233;rale qui n'est qu'un d&#233;veloppement de la forme simple.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, &#171; porte-valeur &#187;, elle l'est car sa substance est le travail abstrait de &lt;i&gt;producteurs ind&#233;pendants&lt;/i&gt; qui ne se manifeste que dans l'&#233;change. O&#249; nous retrouvons que, pour Marx, la question primordiale ne porte pas sur la capacit&#233; de ramener des produits diff&#233;rents &#224; un m&#234;me commun d&#233;nominateur, mais pourquoi et comment des types de travaux qualitativement distincts peuvent-ils &#234;tre &#233;galis&#233;s. La mesure commune par le temps de travail est une forme d'apparition car ce temps de travail qui sert de mesure n'est pas celui de tel ou tel travail concret de tel ou tel individu ou de tel ou tel proc&#232;s productif mais le temps de travail socialement n&#233;cessaire, c'est-&#224;-dire une abstraction. Il faut que cette abstraction soit pr&#233;suppos&#233;e et existe pour qu'une moyenne des temps de travail particulier et concret puisse &#234;tre effectu&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En d'autres termes, si l'existence du march&#233; est simplement possible, c'est que les marchandises s'y pr&#233;sentent d'embl&#233;e comme &#171; &#233;chantillons du m&#234;me travail indistinct &#187;, comme &#171; cristaux de cette substance sociale commune &#187; (qui est le vrai myst&#232;re &#224; percer) et en tant que telles elles appellent leur rapport sur le march&#233;. Pas de travail abstrait sans march&#233;, pas de travail abstrait sans &#233;quivalent. Ce n'est pas le march&#233; qui transforme le travail des travaux particuliers en travail abstrait, mais le fait que les travaux particuliers se pr&#233;sentent comme cristallisation de travail abstrait qui implique n&#233;cessairement le march&#233; parce que &lt;i&gt;travaux particuliers&lt;/i&gt;. Parce qu'il est forc&#233;ment une d&#233;termination d'un travail double, et que par l&#224; il ne peut se manifester que dans une forme valeur qui soit la relation d'une forme &#233;quivalent et d'une forme relative, le travail abstrait est n&#233;cessairement rapport entre plusieurs marchandises et rapports d'&#233;changes entre ces marchandises. Ce rapport est une manifestation n&#233;cessaire sans laquelle le travail abstrait n'est pas. Consid&#233;rer le travail abstrait comme produisant naturellement sa forme, ou la forme comme cherchant et produisant son contenu ad&#233;quat sont deux erreurs sym&#233;triques qui ne consid&#232;rent pas la forme comme &#233;tant le &lt;i&gt;contenu comme forme&lt;/i&gt; et comme &#233;tant donn&#233;e simultan&#233;ment &#224; lui dans &lt;i&gt;une soci&#233;t&#233; de producteurs ind&#233;pendants dont la connexion est l'objet m&#234;me de la th&#233;orie de la valeur&lt;/i&gt;. Le travail abstrait ne peut exister pour lui-m&#234;me, dans un simple rapport &#224; lui-m&#234;me, sinon il n'est pas &lt;i&gt;abstrait&lt;/i&gt;. Pour que le travail existe comme socialement n&#233;cessaire en tant que socialement moyen, il faut tout un m&#233;canisme de r&#233;duction sans lequel, par d&#233;finition, le travail abstrait ne saurait exister. Le travail abstrait commande un seul type de r&#233;duction qui lui soit n&#233;cessaire : l'&#233;change, car aucune marchandise ne peut se servir &#224; elle-m&#234;me d'&#233;quivalent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;change est une relation entre les hommes devenue &#233;trang&#232;re &#224; eux et r&#233;sultant de la double nature du travail. Si le caract&#232;re social de l'activit&#233; n'appara&#238;t que dans l'&#233;change, c'est que &lt;i&gt;l'individu est s&#233;par&#233; du caract&#232;re social de son activit&#233;&lt;/i&gt;, et si l'&#233;change devient le mode d'&#234;tre ad&#233;quat de cette ext&#233;riorit&#233; cela provient du fait que le d&#233;doublement interne de l'activit&#233;, en tant qu'il fait de son produit une marchandise qui a le double aspect de valeur d'usage et de valeur d'&#233;change, pose son produit, pour soi, comme &#171; porte-valeur &#187;, valeur d'&#233;change. Il s'ensuit que l'activit&#233; particuli&#232;re pour prouver son caract&#232;re de travail abstrait, g&#233;n&#233;ral, doit prouver par l'&#233;change sa double nature interne, doit se pr&#233;senter &#224; elle comme rapport avec une autre activit&#233;, c'est-&#224;-dire comme rapport de deux marchandises. Dans le rapport de deux marchandises, des deux c&#244;t&#233; il y a unit&#233; de valeur d'usage et de valeur d'&#233;change, mais pour que la marchandise passe d'une forme dans l'autre, il faut qu'elle trouve une autre marchandise : &#171; tout changement de forme d'une marchandise s'effectue par l'&#233;change de deux marchandises &#187; (&lt;i&gt;Le Capital&lt;/i&gt;, t.1, p.113). La production est sociale, mais jamais l'activit&#233; sociale et l'activit&#233; individuelle n'ont co&#239;ncid&#233;, ce qui d&#233;finit le travail. Dans certaines circonstances historiques, la valeur est le caract&#232;re social de l'activit&#233; dans cette non-co&#239;ncidence, si ce n'&#233;tait pas la valeur cela pouvait &#234;tre le temple sum&#233;rien, la villa carolingienne, le palais cr&#233;tois, ou l'administration de l'Inca.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La &#171; planification communiste &#187; (on ne parle pas ici du &#171; socialisme ayant r&#233;ellement exist&#233; &#187;, mais de prospective communiste) est la tentative imaginaire de conserver la valeur et le travail abstrait en gommant ce mouvement &lt;i&gt;inscrit dans ce qu'il cherche &#224; mesurer&lt;/i&gt;. Le travail abstrait comme substance de la valeur fait de celle-ci, dans sa forme la plus simple, le rapport entre forme relative et forme &#233;quivalent. S'il y a du travail abstrait, il y a double nature du travail qui ne peut exister que dans la s&#233;paration du particulier et du social et la r&#233;duction &lt;i&gt;abstraite&lt;/i&gt; du premier au second. &lt;i&gt;Ou alors ce n'est pas de travail abstrait dont on parle&lt;/i&gt;. &#171; La marchandise n'est valeur que dans la mesure o&#249; elle s'exprime dans une autre &#187;, bref o&#249; elle est un rapport. Si une telle r&#233;duction est effectu&#233;e au travers de la planification, non seulement c'est &lt;i&gt;cela que l'on fait&lt;/i&gt; &#8211; on n'a pas supprim&#233; la forme marchandise et l'&#233;change en tant que tel, on les a seulement pr&#233;suppos&#233;s dans le plan &#8211; mais encore le processus constant d'ajustement se vengera toujours contre le carcan du plan contraire &#224; sa nature jusqu'&#224; prendre corps dans des forces sociales et des classes qui sauront faire valoir les droits de cette vengeance&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-46&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'histoire de l'URSS peut &#234;tre lue comme la longue marche de la classe (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-46&#034;&gt;46&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'il est vrai que la substance de la valeur c'est le travail abstrait, g&#233;n&#233;ral, indiff&#233;renci&#233;, alors il est clair que sa mesure ne peut &#234;tre le temps individuel, c'est-&#224;-dire le temps de travail concret. Cela ressort de la d&#233;finition m&#234;me du travail abstrait, puisque pour parvenir &#224; cette notion il faut faire abstraction non seulement des qualit&#233;s des diff&#233;rents travaux, mais aussi pour un m&#234;me travail des diff&#233;rences d'intensit&#233;, d'habilet&#233;, etc. &#171; Peut-on dire que plus un homme est paresseux et malhabile, plus sa marchandise a de valeur, parce qu'il emploi plus de temps &#224; sa fabrication ? Non, car le travail qui forme la substance de la valeur des marchandises est du travail &#233;gal et indistinct, une d&#233;pense de la m&#234;me force. &#187; (&lt;i&gt;Le Capital&lt;/i&gt;, Ed. Pl&#233;iade, p. 566). Chaque temps de travail est une d&#233;pense de la m&#234;me force sociale indistincte en cela il est travail abstrait, mais on ne travaille pas deux fois, il est une d&#233;pense particuli&#232;re dans une valeur d'usage particuli&#232;re, c'est &#224; ses risques et p&#233;rils que chaque travail p&#233;n&#232;tre alors sous la forme de son produit sur le march&#233; et participe &#224; l'&#233;laboration d'un temps de travail social moyen mesure du travail abstrait. &lt;i&gt;En fin de compte, toute la raison d'&#234;tre de la valeur r&#233;side dans un encha&#238;nement social d&#233;fini comme ind&#233;pendance des producteurs.&lt;/i&gt; &#171; A l'ensemble des valeurs d'usage de toutes sortes correspond un ensemble de travaux utiles &#233;galement vari&#233;s, distincts de genre, d'esp&#232;ce, de familles &#8211; une division sociale du travail. (&#8230;) Il n'y a que les produits de travaux priv&#233;s et ind&#233;pendants les uns des autres qui se pr&#233;sentent comme marchandises r&#233;ciproquement &#233;changeables. &#187; (Marx, &lt;i&gt;Le Capital&lt;/i&gt;, Ed. Sociales, t.1, p.57) ; c'est-&#224;-dire &#171; dans un &#233;tat social o&#249; l'ensemble du travail social s'affirme comme &#233;change priv&#233; des produits individuels du travail. &#187; (Marx, lettre &#224; Kugelmann, juillet 1868, voir plus loin). Le travail abstrait est la connexion sociale de travaux (on ne travaille pas deux fois) de producteurs ind&#233;pendants, dans la mesure o&#249; la &#171; production ind&#233;pendante &#187; est d&#233;j&#224; elle-m&#234;me une construction sociale, un &#171; &#233;tat social &#187;. Les &#171; producteurs ind&#233;pendants &#187; ne sont pas une donn&#233;e naturelle et leur rencontre le fruit du hasard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Face &#224; une position pour laquelle l'abolition de l'&#233;change n'est pas n&#233;cessairement celle simultan&#233;e de la substance de la valeur (le travail abstrait), il fallait donc d'abord dire que la valeur d'&#233;change n'est que &lt;i&gt;la valeur comme forme&lt;/i&gt;. Cette critique &#171; statique &#187;, c'est celle que l'on trouve chez Marx dans tous les passages o&#249; il est question de la critique de la th&#233;orie des bons. En substance, Marx dit : vous voulez que chaque travail soit sa propre mesure pour s'&#233;changer avec un autre, ce n'est pas possible parce que l'&#233;change suppose pour exister la dualit&#233; travail concret / travail abstrait, donc un tiers : l'argent. Mais il ajoute (de m&#233;moire) ce que vous voulez ne peut exister que l'&#233;change aboli, donc votre syst&#232;me est absurde. Si l'on supprime l'&#233;change et que l'on qualifie de travail abstrait la substance de cette activit&#233; globale de la soci&#233;t&#233; qui est r&#233;partie, &lt;i&gt;l'erreur consiste &#224; identifier pour toujours r&#233;partition des activit&#233;s et substance commune de ces activit&#233;s&lt;/i&gt;. On ne con&#231;oit alors entre les activit&#233;s qu'une diff&#233;rence quantitative, or une diff&#233;rence quantitative suppose que la qualit&#233; est la m&#234;me ; il faut donc &#224; cette diff&#233;rence quantitative une qualit&#233; identique, ce sera le travail abstrait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Production sociale et valeur ne sont pas synonymes, le communisme ne serait pas la premi&#232;re forme historique, o&#249;, comme &#233;crit Marx &#224; propos du f&#233;odalisme : &#171; &lt;i&gt;La forme naturelle du travail, sa particularit&#233;&lt;/i&gt; &#8211; et non sa g&#233;n&#233;ralit&#233;, son caract&#232;re abstrait, comme dans la production marchande &#8211; &lt;i&gt;en est aussi la forme sociale&lt;/i&gt;. La corv&#233;e est tout aussi bien mesur&#233;e par le temps de travail qui produit des marchandises ; mais chaque corv&#233;able sait fort bien, sans recourir &#224; Adam Smith, que c'est une quantit&#233; d&#233;termin&#233;e de sa force de travail personnelle qu'il d&#233;pense au service de son ma&#238;tre &#187; (Marx, &lt;i&gt;Le Capital&lt;/i&gt;, t.1, p.89). &#171; Quantit&#233; d&#233;termin&#233;e de sa force personnelle &#187; : ce n'est pas du travail abstrait. Cette &#171; force de travail personnelle &#187; n'est pas abstraite comme temps de travail social moyen dans lequel chacun ne reconna&#238;t plus sa propre d&#233;pense de travail. R&#233;p&#233;tons que l'id&#233;e m&#234;me de &#171; d&#233;pense, dans le sens physiologique, de force humaine &#187;, n'est en rien une &#171; naturalisation &#187; du travail abstrait et de la valeur, mais pr&#233;suppose une abstraction : la construction d'une qualit&#233; commune &#224; ce qui est imm&#233;diatement divers (nous &#233;voquerons plus loin la critique stirn&#233;rienne des abstractions au nom de l'unicit&#233;).&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt;Dans la r&#233;volution, la forme naturelle de chaque activit&#233; devient sa forme sociale&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;Dans le communisme, &lt;i&gt;tel qu'il se construit dans la communisation et en sort&lt;/i&gt;, les activit&#233;s ne diff&#233;rent pas en quantit&#233; pr&#233;supposant une qualit&#233; commune, mais en qualit&#233; excluant une quantification r&#233;ciproque. Le communisme peut &#234;tre une &#171; &#233;conomie de temps &#187; et une distribution de ce temps, l'universalit&#233; du d&#233;veloppement et de la jouissance d&#233;pend toujours de l'&#233;conomie du temps (m&#234;me si c'est pour le plaisir de le gaspiller) et d'une distribution de ce temps. &lt;i&gt;Mais le temps ne mesure aucune relation entre les activit&#233;s et / ou leurs &#171; produits &#187;&lt;/i&gt;. C'est la qualit&#233;, c'est-&#224;-dire le but sp&#233;cifique de telle ou telle activit&#233; qui est d&#233;terminant et le caract&#232;re social de celle-ci n'a pas &#224; &#234;tre prouv&#233;. Il n'y a l&#224; ni magie, ni mysticisme, son effectuation contient son rapport aux autres activit&#233;s, elle est sa propre m&#233;diation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne r&#233;partit plus le temps de travail social disponible (ce qui par l&#224; m&#234;me est la disparition de cette notion) entre des activit&#233;s existant comme mesurables selon une norme commune, c'est l'effectuation m&#234;me des activit&#233;s, chaque activit&#233; productive (on peut dire que toutes le sont ou qu'aucune ne l'est) dans son proc&#232;s qui est r&#233;partition du temps. Chaque activit&#233; contient et rend effectives et n&#233;cessaires ses d&#233;terminations, c'est-&#224;-dire l'existence de toutes les autres activit&#233;s. Sa forme naturelle est sa forme sociale, chaque individu n'a pas besoin d'Adam Smith pour savoir que dans ce temps c'est de son activit&#233; dont il s'agit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le temps, en lui-m&#234;me, n'est pas une abstraction, un cadre dans lequel s'&#233;coule et prennent place les activit&#233;s, il a fallu toute une violence et un travail sociaux pour produire ce temps purement quantitatif. La mesure peut &#234;tre un rapport d'utilit&#233; et de continuit&#233; de production, elle n'est pas n&#233;cessairement une abstraction comme rapport &#224; une autre chose d'un autre type, tel que se pr&#233;sente le travail abstrait. Le travail abstrait, dans une soci&#233;t&#233; communiste, ne serait plus que le simple calcul du temps, or ce n'est pas parce que deux produits ont requis le m&#234;me temps de travail que leur rapport suppose le travail abstrait. Ce m&#234;me temps est, si l'on peut dire, du temps de travail concret, le travail abstrait est pr&#233;cis&#233;ment la n&#233;gation de cela, mais surtout le temps n'est pas une abstraction s'imposant de fait aux activit&#233;s et aux produits et dans laquelle tout s'&#233;coule comme dans un milieu ind&#233;fini. C'est l'expression de &#171; m&#234;me temps &#187; qui n'est &#233;vidente qu'avec l'&#233;vidence de la marchandise. D&#233;j&#224;, le temps de la valeur n'est pas ce temps lin&#233;aire homog&#232;ne du sens commun. Le temps de travail social qui mesure la valeur produite est construit &#224; partir de la distinction du travail socialement n&#233;cessaire et du temps d&#233;pens&#233; en vain, non socialement n&#233;cessaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toute grandeur d&#233;termin&#233;e de temps, temps d'une activit&#233; particuli&#232;re, contrairement &#224; ce que pensait Kant, n'est pas : &#171; possible que circonscrite par un temps unique qui lui sert de fondement &#187;. Pour Kant et pour ce qui est devenu le sens commun : &#171; Le temps n'est pas un concept empirique ou qui d&#233;rive d'une exp&#233;rience quelconque. En effet la simultan&#233;it&#233; ou la succession ne tomberaient pas elles-m&#234;mes sous la perception, si &lt;i&gt;la repr&#233;sentation du temps ne lui servait &#224; priori de fondement&lt;/i&gt; (c'est nous qui soulignons). Ce n'est que sous cette supposition que nous pouvons nous repr&#233;senter une chose comme existant en m&#234;me temps qu'une autre (comme simultan&#233;e) ou dans un autre temps (comme la pr&#233;c&#233;dant ou lui succ&#233;dant) &#187; (Kant, &lt;i&gt;Critique de la Raison pure&lt;/i&gt;, Ed. Flammarion, t.1, p. 71-72). Le temps n'est pas ce fondement, contenant universel donn&#233; tout entier, indivis&#233;ment et &#224; priori. L'entrelacement des activit&#233;s ne se d&#233;roule pas dans un temps commun lin&#233;aire qui serait un flux ind&#233;termin&#233; et a priori vide attendant d'&#234;tre rempli, le temps est &lt;i&gt;construit par les activit&#233;s&lt;/i&gt; et non l'inverse, les activit&#233;s se d&#233;roulant dans un temps donn&#233; comme leur enveloppe. Par quel miracle un temps vide pourrait-il donner des synchronies ? La synchronie des activit&#233;s est le rapport sp&#233;cifique qu'elles construisent entre elles, le temps ne leur pr&#233;existe pas comme leur mesure commune et le milieu dans lesquelles elles se meuvent. L'unit&#233; de ces activit&#233;s n'est pas pr&#233;suppos&#233;e dans un temps en g&#233;n&#233;ral dans lequel elles doivent se couler et auquel elles doivent se conformer, c'est un temps construit &#224; partir de la diversit&#233;, &#224; partir de multiples temps propres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand il est question du communisme, Marx ne rejette pas le concept d' &#171; unique &#187; de Stirner, la singularit&#233; incommensurable des individus et de leurs activit&#233;s, mais le sens et le r&#244;le que Stirner leur donne : &#171; Par cons&#233;quent, l' 'unicit&#233;' comprise comme &#233;panouissement original et conduite individuelle comme on l'a expos&#233;e plus haut, non seulement suppose tout &#224; fait autre chose qu'une bonne volont&#233; et une conscience honn&#234;te, mais juste le contraire des divagations de Sancho (elle suppose une r&#233;volution communiste, nda). Chez lui, l''unicit&#233;' n'est que l'embellissement de la soci&#233;t&#233; existante, une gouttelette de baume pour l'&#226;me en peine, l'&#226;me impuissante que la mis&#232;re a rendue mis&#233;rable. (...). Et il supposait (Stirner) non seulement des besoins &#233;gaux, mais des activit&#233;s &#233;gales, de sorte que chacun pouvait remplacer l'autre dans le 'travail humain'. (...) Qu'est-ce qui permet &#224; Sancho, en g&#233;n&#233;ral, de parler d'incomparabilit&#233; (l'&#171; unicit&#233; &#187;, nda), alors qu'il laisse subsister l'argent qui est, en pratique la comparaison personnifi&#233;e, alors qu'il se soumet &#224; l'argent et se laisse estimer &#224; cet &#233;talon universel pour se comparer &#224; d'autres ? Il est donc flagrant qu'il d&#233;ment lui-m&#234;me son incomparabilit&#233;. (...) Au demeurant, l'incomparabilit&#233; peut s'entendre dans diverses acceptions. La seule dont il s'agit ici, l''unicit&#233;' au sens d'originalit&#233;, suppose que l'activit&#233; de l'individu incomparable se distingue elle-m&#234;me de l'activit&#233; de &lt;i&gt;gens &#233;gaux&lt;/i&gt;. &#187; (Marx, &lt;i&gt;Id&#233;ologie Allemande&lt;/i&gt;, in &lt;i&gt;Oeuvres Philosophie&lt;/i&gt;, Ed. Pl&#233;iade, pp. 1321-1322, et pp.482-483, Ed. Sociales). L'originalit&#233; est conditionn&#233;e par l'interd&#233;pendance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette &#171; unicit&#233; &#187; est le mouvement m&#234;me d'abolition de toutes les classes qui est celle de l'&#171; individu moyen &#187; (&lt;i&gt;Id&#233;ologie Allemande&lt;/i&gt;, Ed. Sociales, p. 96), elle trouve son origine dans la capacit&#233; des prol&#233;taires &#224; s'autotransformer en s'affrontant, dans le capital, &#224; leur propre existence comme classe : &#171; Cette subordination des individus &#224; des classes d&#233;termin&#233;es ne peut &#234;tre abolie tant qu'il ne s'est pas form&#233; une classe qui n'a plus &#224; faire pr&#233;valoir un int&#233;r&#234;t de classe particulier contre la classe dominante. &#187; (&lt;i&gt;idem&lt;/i&gt;, p. 93). Ne plus faire pr&#233;valoir d'int&#233;r&#234;t de classe particulier, &lt;i&gt;&#224; partir de sa propre situation et de sa propre lutte comme classe&lt;/i&gt;, c'est la d&#233;finition m&#234;me de la communisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La notion d'imm&#233;diatet&#233; sociale de l'individu ne renvoie pas &#224; l'individu libre isol&#233; de la soci&#233;t&#233; bourgeoise parvenu &#224; son stade id&#233;al de r&#233;alisation. Un r&#234;ve libertarien : l'individu comme petit entrepreneur de lui-m&#234;me r&#233;ussissant toujours car on a suppos&#233; par hypoth&#232;se qu'il co&#239;ncide avec la soci&#233;t&#233;. L'imm&#233;diatet&#233; sociale n'est pas le r&#234;ve un peu inqui&#233;tant de la soci&#233;t&#233; transparente qui renvoie &#224; toute une t&#233;l&#233;ologie de l'ali&#233;nation : perte de l'identit&#233; et retrouvaille qui suppose que la perte n'est que le processus de la retrouvaille par laquelle seulement la perte elle-m&#234;me existait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans toutes les fictions communistes tautologiques a disparu que ce qui d&#233;finit l'individu n'est pas une abstraction qui lui est inh&#233;rente mais l'ensemble des rapports sociaux. C'est l'individu et la communaut&#233; qu'il faut penser simultan&#233;ment et pas seulement une somme d'individus dont chacun est le point de d&#233;part absolu. Si l'individu et la communaut&#233; sont pens&#233;s simultan&#233;ment, c'est la &lt;i&gt;d&#233;termination &lt;/i&gt;qui peut l&#233;gitimement appara&#238;tre, car le rapport avec les autres est ma d&#233;finition. Les autres existent comme n&#233;cessit&#233;, pour moi, de ma propre existence, mon activit&#233; inclut leur existence et celle-ci est une d&#233;termination n&#233;cessaire de la mienne, sa d&#233;finition. Tel individu, telle communaut&#233;, telle d&#233;termination : j'aurai peut-&#234;tre envie de parler du &#171; sens de la vie &#187;, mais s'il y a des choses &#224; faire, je les ferai. Tout cela peut choquer si on propulse dans le communisme le r&#234;ve de l'individu actuel. C'est le petit individu tout imbu de lui-m&#234;me de la soci&#233;t&#233; capitaliste parachut&#233; dans le communisme qui pleure alors sur cette d&#233;termination comme sur une &#171; contrainte &#187;. Cette d&#233;termination est dans son contenu la disparition de tout ce qui peut &#234;tre nomm&#233; produit, c'est-&#224;-dire un objet pr&#233;sent&#233; aux autres individus comme fini, comme entrant en tant que tel (fini) dans leur consommation. Il n'y a plus de produit parce que l'activit&#233; humaine est un flux infini, mais la d&#233;termination, pour chacun, est l&#224;, elle n'est rien d'autre que l'ensemble de ses rapports qui le d&#233;finit en tant qu'individu et c'est dans cet ensemble que l'activit&#233; humaine devient infinie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le langage des &lt;i&gt;Manuscrits de 1844&lt;/i&gt;, se pla&#231;ant dans &#171; l'hypoth&#232;se de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e positivement abolie &#187;, Marx &#233;crit : &#171; &#8230; nous avons vu comment l'homme produit l'homme, se produit soi-m&#234;me et produit l'autre homme ; comment l'objet, qui est le produit de l'activit&#233; imm&#233;diate de son individualit&#233;, est en m&#234;me temps sa propre existence pour l'autre homme, l'existence de celui-ci et l'existence de ce dernier pour lui. Mais, de m&#234;me, &lt;i&gt;le mat&#233;riel du travail aussi bien que l'homme en tant que sujet sont tout autant le r&#233;sultat que le point de d&#233;part du mouvement&lt;/i&gt; (soulign&#233; par nous). (&#8230;) L'activit&#233; sociale et la jouissance sociale n'existent nullement sous la &lt;i&gt;seule&lt;/i&gt; forme d'une activit&#233; &lt;i&gt;imm&#233;diatement&lt;/i&gt; collective et d'une jouissance imm&#233;diatement &lt;i&gt;collective&lt;/i&gt;, bien que l'activit&#233; &lt;i&gt;collective&lt;/i&gt; et la jouissance &lt;i&gt;collective&lt;/i&gt;, c'est-&#224;-dire l'activit&#233; et la jouissance qui s'expriment et se v&#233;rifient directement en &lt;i&gt;soci&#233;t&#233; r&#233;elle&lt;/i&gt; avec d'autres hommes, se rencontrent partout o&#249; cette expression &lt;i&gt;imm&#233;diate&lt;/i&gt; de la socialit&#233; est fond&#233;e dans l'essence de leur contenu et appropri&#233;e &#224; la nature de celui-ci. Mais m&#234;me si mon activit&#233; est &lt;i&gt;scientifique&lt;/i&gt;, etc., et que je puisse rarement m'y livrer en communaut&#233; directe avec d'autres, je suis &lt;i&gt;social&lt;/i&gt; parce que j'agis en tant qu'&lt;i&gt;homme&lt;/i&gt;. Non seulement le mat&#233;riel de mon activit&#233; &#8211; comme le langage lui-m&#234;me gr&#226;ce auquel le penseur exerce la sienne &#8211; m'est donn&#233; comme produit social, mais ma &lt;i&gt;propre&lt;/i&gt; existence &lt;i&gt;est&lt;/i&gt; activit&#233; sociale ; l'est en cons&#233;quence ce que je fais de moi pour la soci&#233;t&#233; et avec la conscience de moi en tant qu'&#234;tre social. Ma conscience &lt;i&gt;universelle&lt;/i&gt; n'est que la forme &lt;i&gt;th&#233;orique&lt;/i&gt; de &lt;i&gt;ce&lt;/i&gt; dont la communaut&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-47&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Marx &#233;crit ici &#171; reelle Gemeinwessen &#187;&#034; id=&#034;nh2-47&#034;&gt;47&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &lt;i&gt;r&#233;elle&lt;/i&gt;, l'organisation sociale est la forme vivante, tandis que nos jours la conscience universelle est une abstraction de la vie r&#233;elle et, &#224; ce titre, s'oppose en ennemie. (&#8230;) Il faut surtout &#233;viter de fixer de nouveau la 'soci&#233;t&#233;'&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-48&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Etranges guillemets qui n'existaient pas pour &#171; social &#187;, &#171; en soci&#233;t&#233; &#187;, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-48&#034;&gt;48&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; comme une abstraction en face de l'individu. &lt;i&gt;L'individu est l'&#234;tre social&lt;/i&gt; (soulign&#233; par nous). La manifestation de sa vie &#8211; m&#234;me si elle n'appara&#238;t pas sous la forme imm&#233;diate d'une manifestation collective de la vie, accomplie avec d'autres et en m&#234;me temps qu'eux &#8211; est donc une manifestation et une affirmation de la &lt;i&gt;vie sociale&lt;/i&gt;. La vie individuelle et la vie g&#233;n&#233;rique de l'homme ne sont pas &lt;i&gt;diff&#233;rentes&lt;/i&gt;, malgr&#233; que &#8211; et ceci n&#233;cessairement &#8211; le mode d'existence de la vie individuelle soit un mode plus &lt;i&gt;particulier&lt;/i&gt; ou plus &lt;i&gt;g&#233;n&#233;ral&lt;/i&gt; de la vie g&#233;n&#233;rique ou que la vie du genre soit une vie individuelle plus &lt;i&gt;particuli&#232;re&lt;/i&gt; ou plus &lt;i&gt;g&#233;n&#233;rale&lt;/i&gt;. &#187; (Marx, &lt;i&gt;Manuscrits de 1844&lt;/i&gt;, Ed. Soc., pp.89-90).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'imm&#233;diatet&#233; sociale de l'individu n'est pas une transparence totalitaire. La soci&#233;t&#233; n'&#233;tant plus une abstraction face &#224; l'individu, sa vie individuelle dans ce qu'elle peut avoir de plus singulier dans son effectuation est la manifestation singuli&#232;re, dans sa singularit&#233; m&#234;me irr&#233;ductible, de la vie sociale. Inversement toutes les activit&#233;s collectives ne peuvent plus &#234;tre distingu&#233;es selon des crit&#232;res renvoyant d'un c&#244;t&#233; la &#171; contrainte &#187; et la &#171; discipline &#187; et, de l'autre, le &#171; temps libre &#187;. Toutes les manifestations de la vie accomplies avec d'autres et en m&#234;me temps qu'eux, y compris celles que l'on appelait &#171; production &#187; sont red&#233;finies, d&#233;construites, reconstruites. Dans cette transformation des proc&#233;d&#233;s et dispositifs mat&#233;riels de la vie collective, l'imm&#233;diatet&#233; sociale est quelque chose de concret. Tout proc&#233;d&#233; de production transporte avec lui et objective des rapports sociaux de classes et de genre. La &#171; production communiste &#187;, c'est-&#224;-dire la totalit&#233; de la vie, est radicalement impensable &#224; partir des branches productives, sph&#232;res sociales et proc&#233;d&#233;s techniques actuels. Leur destruction est une arme n&#233;cessaire dans la lutte r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt;Questions sur la &#171; pr&#233;supposition communautaire &#187;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;Toute distribution de l'activit&#233; n'est pas valeur, toute objectivation du travail n'est pas de ce seul fait travail abstrait. Toute r&#233;partition du travail n'est pas n&#233;cessairement valeur&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-49&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir plus loin les probl&#232;mes soulev&#233;s par le texte d'une lettre de Marx &#224; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-49&#034;&gt;49&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. La valeur c'est la transformation du particulier en g&#233;n&#233;ral, comme faire valoir social du particulier, niant le particulier. La valeur, en tant qu'abstraction m&#234;me, est n&#233;cessairement (comme abstraction) cette s&#233;paration du g&#233;n&#233;ral et du particulier, donc &#233;change. Quand Marx, dans les &lt;i&gt;Notes sur Wagner&lt;/i&gt;, &#233;crit qu'il consid&#232;re la nature de la valeur ind&#233;pendamment de sa forme, cela ne signifie pas que l'une peut aller sans l'autre, mais que l'une ne se r&#233;duit pas &#224; l'autre (Ricardo) et en cons&#233;quence les variations de valeur ne sont pas forc&#233;ment des variations identiques de valeur d'&#233;change (et vice-versa). La forme est une forme d'apparition sans quoi la chose dans son contenu, sa substance, ne saurait exister. Il est n&#233;cessaire que la valeur soit valeur d'&#233;change (il ne faut jamais oublier que le point de d&#233;part du &lt;i&gt;Capital&lt;/i&gt; n'est pas la valeur mais la marchandise) dans la mesure o&#249; la transformation du concret en abstrait implique une abstraction qui soit une r&#233;duction qualitative par laquelle peuvent exister des diff&#233;rences quantitatives, r&#233;duction &#224; une qualit&#233; commune qui nie les diff&#233;rences qualitatives. Pas de r&#233;duction &#224; un commun d&#233;nominateur sans abstraction &lt;i&gt;et donc&lt;/i&gt; autonomisation vis-&#224;-vis de chacun des &#233;l&#233;ments mis en rapport. D'o&#249; l'argent qui n'appara&#238;t pas comme le moyen le plus commode de proc&#233;der &#224; des &#233;changes, mais qui, forme autonome de la valeur d'&#233;change, na&#238;t n&#233;cessairement de la marchandise, est con&#231;u en elle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'hypoth&#232;se de la valeur persistant dans le communisme part de l'id&#233;e que le travail bien qu'effectu&#233; en diff&#233;rents lieux serait imm&#233;diatement social parce qu'objectiv&#233; en un seul produit-valeur qui ne peut alors &#234;tre &#233;chang&#233; puisque la valeur d'&#233;change sans au moins deux marchandises ne peut exister. Donc, il n'y aurait plus valeur d'&#233;change, mais nous aurions cependant toujours affaire &#224; la valeur car le travail social est mesur&#233; et que la production et la distribution sont r&#233;gul&#233;es par cette mesure. Au-del&#224; de la confusion entre r&#233;partition des activit&#233;s et valeur et du fait que ce produit-valeur unique devrait &#234;tre &#224; lui-m&#234;me sa propre forme &#233;quivalent, nous avons ici un n&#339;ud logique. Nous partons de travaux diff&#233;rents dans leurs lieux, leur intensit&#233;, leur productivit&#233;, leur simplicit&#233; ou leur complexit&#233;, la composition technique (pour ne pas dire organique puisqu'il y a valeur) des proc&#232;s de travail, on les suppose comme un seul temps de travail abstrait sans dire comment s'effectue cette r&#233;duction &#224; la m&#234;me caract&#233;ristique qualitative. Tous ces travaux constituent &lt;i&gt;une&lt;/i&gt; valeur. Mais comment chaque travail particulier se fait valoir comme g&#233;n&#233;ral-social-moyen, partie aliquote de ce produit-valeur unique ? Si l'on nous r&#233;pond que c'est parce qu'il est pr&#233;suppos&#233; &#171; social &#187;, dans ce cas, il n'y a pas, parce qu'il n'y a nul besoin que cela soit, de r&#233;duction, ni n&#233;cessaire, ni possible. L'abstraction ne peut &#234;tre une pr&#233;supposition communautaire de la production.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour reprendre certains exemples de Marx (Le Capital, t.1, pp.89-90), la famille autarcique &#8211; si tant est qu'elle ait exist&#233; -, la tribu, Robinson, montrent que tout partage du temps n'est pas partage d'une seule valeur totale ni m&#234;me l'existence de cette valeur. On peut discuter de la validit&#233; de ces exemples, tout comme de celui de la fameuse &#171; soci&#233;t&#233; des producteurs associ&#233;s &#187;, n'emp&#234;che qu'on ne peut &#233;vacuer la question. Partage du temps, distribution des activit&#233;s, mais pas de valeur dans ces exemples. Non seulement pas de valeur d'&#233;change mais encore pas de valeur. La valeur est toujours une r&#233;duction &#224; l'identique comme autonomisation vis-&#224;-vis du particulier, elle est le caract&#232;re social de toute activit&#233; comme existant &lt;i&gt;post-festum&lt;/i&gt;. Il ne faut pas confondre &#171; temps de travail socialement n&#233;cessaire &#187; et partage ou distribution du temps social qualitativement entre des activit&#233;s ne pouvant &#234;tre ramen&#233;es &#224; une qualit&#233; commune : activit&#233;s particuli&#232;res qui sont toujours d&#233;termin&#233;es dans un r&#233;seau imm&#233;diat d'autres activit&#233;s. L'effectuation des activit&#233;s est la relation aux autres et si l'on veut, de ce fait, la r&#233;partition qualitative et concr&#232;te du temps. Il faut sortir de l'obsession psychorigide de la d&#233;cision pr&#233;alable organisatrice.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne peut exister d'&#233;l&#233;ment identique si les travaux sont pr&#233;suppos&#233;s sociaux et si cette pr&#233;supposition est la condition de leur effectuation quelle que soit la question &lt;i&gt;sans importance actuelle&lt;/i&gt; de comment cela peut fonctionner.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; D'embl&#233;e ce serait le caract&#232;re communautaire de la production qui rendrait le produit g&#233;n&#233;ral et collectif. D&#232;s lors l'&#233;change qui s'effectue au d&#233;but de la production, ne porterait plus sur des valeurs, mais sur &lt;i&gt;des activit&#233;s d&#233;termin&#233;es&lt;/i&gt; (soulign&#233; par nous) par les besoins et les buts collectifs : il impliquerait d'embl&#233;e la participation de l'individu au monde collectif des produits. Mais sur la base des valeurs d'&#233;change, l'&#233;change doit d'abord rendre le travail g&#233;n&#233;ral. Sur la base communautaire, il le serait avant l'&#233;change ; autrement dit, l'&#233;change des produits ne serait en aucune fa&#231;on l'interm&#233;diaire, gr&#226;ce auquel l'individu participe &#224; la production universelle. Il faut naturellement une m&#233;diation. Dans le premier cas, on part de la production autonome des individus particuliers, qui est d&#233;termin&#233;e et modifi&#233;e &lt;i&gt;post festum&lt;/i&gt; par des rapports complexes : la m&#233;diation s'effectue par &lt;i&gt;l'&#233;change des marchandises, la valeur et l'argent, autant d'expressions d'un seul et m&#234;me rapport&lt;/i&gt; (soulign&#233; par nous). Dans le second cas, c'est la pr&#233;supposition elle-m&#234;me qui sert de m&#233;diation ; autrement dit, la pr&#233;supposition c'est une production collective, la communaut&#233; &#233;tant le fondement de la production. D'embl&#233;e le travail de l'individu y est pos&#233; comme travail social. (&#8230;) Dans le premier cas, le caract&#232;re social de la production n'est obtenu &#8211; &lt;i&gt;post festum&lt;/i&gt; &#8211; qu'en &#233;rigeant les produits en valeurs et en les &#233;changeant. Dans le second, le caract&#232;re social de la production est directement assur&#233;. La participation au monde des produits et &#224; la consommation n'a pas &#224; passer par l'&#233;change de travaux ou de produits d&#233;pourvus de liens entre eux &#187; (&lt;i&gt;Fondements&lt;/i&gt;, t.1, pp. 109-110). On doit tout de m&#234;me remarquer le caract&#232;re ambigu ou &#171; difficile &#187; de ce qu'&#233;crit Marx ici : le &#171; directement &#187; est tout de m&#234;me m&#233;diatis&#233;, m&#234;me si c'est la pr&#233;supposition qui sert de m&#233;diation, il y a comme de l'eau dans le gaz de l'imm&#233;diatet&#233; sociale (et c'est peut-&#234;tre vrai et n&#233;cessaire pour l'imm&#233;diatet&#233; elle-m&#234;me, &lt;i&gt;cf&lt;/i&gt;. la fin de ce chapitre).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Une autre citation&lt;/i&gt; : &#171; Dans les conditions de la production communautaire, la d&#233;termination du temps demeure, bien entendu, essentielle. Moins il faut de temps &#224; la soci&#233;t&#233; pour produire du bl&#233;, du b&#233;tail, etc., plus elle gagne de temps pour d'autres productions, mat&#233;rielles ou spirituelles. De m&#234;me, chez un individu, l'universalit&#233; de son d&#233;veloppement, de sa jouissance et de son activit&#233; d&#233;pend de l'&#233;conomie de son temps. En derni&#232;re analyse c'est &#224; quoi se r&#233;duisent toutes les &#233;conomies. &#187; (&lt;i&gt;Fondements&lt;/i&gt;, t.1, p.110). Ici, le temps de travail n'existe que sous la forme subjective de l'activit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Mais encore une et l&#224; on ne sait plus&lt;/i&gt; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Pour ce qui est du &lt;i&gt;Centralblatt&lt;/i&gt; cet homme fait la plus grande concession possible en reconnaissant qu'&#224; moins de n'accorder le moindre sens &#224; la valeur, on doit adopter mes conclusions. Le malheureux ne voit pas que &lt;i&gt;m&#234;me si mon livre ne contenait pas de chapitre sur la valeur &lt;/i&gt;(soulign&#233; par nous), l'analyse des conditions r&#233;elles que je donne fournirait la preuve et la d&#233;monstration du rapport r&#233;el de la valeur. Son &lt;i&gt;bavardage sur la n&#233;cessit&#233; de d&#233;montrer la notion de valeur&lt;/i&gt; (&lt;i&gt;idem&lt;/i&gt;) se fonde uniquement sur l'ignorance la plus compl&#232;te tant du sujet en question que de la m&#233;thode scientifique (voil&#224; d&#233;j&#224; des phrases &#233;tonnantes, nda). N'importe quel enfant sait que toute nation p&#233;rirait, qui cesserait le travail non pas une ann&#233;e, mais seulement quelques semaines. Chaque enfant sait &#233;galement que les masses de produits correspondant aux diff&#233;rentes quantit&#233;s de besoin exigent des masses diff&#233;rentes, et quantitativement d&#233;termin&#233;es, de la totalit&#233; du travail social. Cela va de soi que &lt;i&gt;la forme d&#233;termin&#233;e&lt;/i&gt; (soulign&#233; par nous) de la production sociale ne supprime nullement cette &lt;i&gt;n&#233;cessit&#233;&lt;/i&gt; de la &lt;i&gt;r&#233;partition&lt;/i&gt; du travail social en proportions d&#233;termin&#233;es, mais ne peut que modifier &lt;i&gt;son mode de manifestation&lt;/i&gt;. Les &lt;i&gt;lois naturelles&lt;/i&gt; (soulign&#233; par nous) ne peuvent jamais &#234;tre abolies en g&#233;n&#233;ral. Ce qui peut se modifier, dans des situations historiquement diff&#233;rentes, c'est seulement la &lt;i&gt;forme&lt;/i&gt; sous laquelle ces lois se manifestent. Et la forme sous laquelle cette r&#233;partition proportionnelle du travail se manifeste, &lt;i&gt;dans un &#233;tat social o&#249; l'ensemble du travail social s'affirme comme &#233;change priv&#233; des produits individuels du travail&lt;/i&gt; (soulign&#233; par nous), cette forme c'est pr&#233;cis&#233;ment la valeur d'&#233;change de ces produits. &#187; (Marx, &lt;i&gt;Lettre &#224; Kugelmann&lt;/i&gt;, juillet 1868 &#8211; un an apr&#232;s la parution du &lt;i&gt;Livre I&lt;/i&gt; du &lt;i&gt;Capital &#8211; &lt;/i&gt;donc Marx est en possession de la distinction entre valeur et valeur d'&#233;change). Marx insiste ici sur la seule disparition de la forme (valeur d'&#233;change). Mais tous les premiers chapitres du &lt;i&gt;Livre I&lt;/i&gt; nous disent : sans la forme pas de substance. C'est la r&#233;partition proportionnelle du travail qui est une &#171; loi naturelle &#187;. Est-ce que cette &#171; loi naturelle &#187; c'est la valeur, la substance de la valeur, on peut malheureusement le supposer et rapprocher cette lettre de la citation mise au d&#233;but de ce chapitre (&lt;i&gt;Le Capital&lt;/i&gt;, Ed. Sociales., t.8, p.228), mais ce n'est pas certain, la r&#233;patition des activit&#233;s ne suppose pas n&#233;cessairement valeur et travail abstrait. On peut dire &#171; programmatisme &#187;, mais alors o&#249; commence et o&#249; s'arr&#234;te le programmatisme de Marx ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chez Marx, cette question n'est jamais close par une r&#233;ponse unilat&#233;rale. C'est pour cela que si l'on ne peut que s'appuyer sur ces textes, c'est plus en raison des probl&#232;mes qu'ils nous posent que des solutions ex&#233;g&#233;tiques qui s'imposeraient. Ces probl&#232;mes nous les posons &#224; nouveaux frais comme ceux de th&#233;orie actuelle de la r&#233;volution. Parodiant un c&#233;l&#232;bre passage des &lt;i&gt;Manuscrits de 1844&lt;/i&gt; sur la propri&#233;t&#233;, nous pouvons &#233;crire que : la valeur et l'&#233;change nous ont rendu si sots et si born&#233;s, que nous ne pouvons consid&#233;rer l'accomplissement d'une activit&#233; que si sa finalit&#233; lui est ext&#233;rieure comme valeur, valorisation, ou compl&#233;mentarit&#233; des travaux dans la &#171; soci&#233;t&#233; des producteurs associ&#233;s &#187; du programmatisme classique. Dans la communisation qui demeure lutte des classes, l'abolition de l'&#233;change, c'est la n&#233;cessit&#233; de poser chaque activit&#233; comme ayant sa fin en elle m&#234;me. Que l'activit&#233; productive soit sa propre fin, sa propre pr&#233;supposition, et contienne dans son accomplissement toutes ses d&#233;terminations, que ce soit ainsi qu'elle focalise en elle sa socialit&#233;, est pour nous quelque chose de difficilement concevable, tout comme aurait &#233;t&#233; inconcevable, pour un homme du haut moyen-&#226;ge, que la soci&#233;t&#233; se reproduise en laissant, dans un monde immense, chacun produire dans son coin ce qu'il veut, comme il veut. On ne r&#233;partit pas le temps de travail disponible socialement entre les activit&#233;s pos&#233;es comme n&#233;cessaires, c'est l'effectuation m&#234;me de chaque activit&#233; (l'activit&#233; productive dans son proc&#232;s) qui, dans son rapport aux autres activit&#233;s, est r&#233;partition du temps et contient ses propres d&#233;terminations. C'est cela la &#171; pr&#233;supposition communautaire &#187;, ce n'est pas un &#171; totalitarisme &#187;. Rien n'est imm&#233;diatement transparent ou construit d'avance. Tout se palabre et se bricole.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut d&#233;duire du cours de la communisation que dans le communisme ce n'est plus l'&#233;conomie, et donc la production comme activit&#233; s&#233;par&#233;e qui d&#233;termine des rapports qui deviennent imm&#233;diatement sociaux, il n'en reste pas moins que la ritournelle du &#171; il faudra bien produire &#187; revient de fa&#231;on lancinante, et avec elle la ritournelle du &#171; il faudra bien que les femmes fassent des enfants &#187;, et donc la question de l'abolition de la valeur, des classes, et de la distinction de genre, et en d&#233;finitive, cette chose inimaginable voire monstrueuse pour certains que sont les &#171; individus imm&#233;diatement sociaux &#187;. Ce bon sens plein de r&#233;alisme et de pieds sur terre n'est que le r&#233;sultat id&#233;ologique des rapports sociaux existants : naturalisation-objectivation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La communisation comme conjoncture r&#233;volutionnaire, &#224; supposer qu'elle parvienne &#224; exister, c'est une lutte r&#233;volutionnaire qui d&#233;truit les rapports sociaux existants, et s'exerce dans une multiplicit&#233; de conflits. Il n'y a aucun &lt;i&gt;pr&#233;suppos&#233; communautaire&lt;/i&gt; qui serait une unit&#233; de la classe hors de cette lutte et qui donnerait d'embl&#233;e son caract&#232;re collectif &#224; une production suppos&#233;e &#171; communiste &#187;. Lorsque nous disons &#171; le communisme n'est pas un mode de production &#187;, ce que nous disons, c'est que la communisation comme lutte r&#233;volutionnaire d&#233;truit le r&#244;le d&#233;finitoire de la production qui fait des soci&#233;t&#233;s des modes de production, comme nous l'avons vu dans le chapitre pr&#233;c&#233;dent &#224; propos de l'&#233;conomie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec l'abolition de l'&#233;change et de la valeur, c'est aussi la diff&#233;rence entre travail productif et non-productif qui dispara&#238;t et par la lutte des femmes l'abolition des sph&#232;res publique et priv&#233;e (ce qui ne signifie pas que toute activit&#233; ne peut s'effectuer que sous l'&#339;il de la collectivit&#233;), l'abolition de la distinction de genre. La lutte des femmes est activit&#233; r&#233;volutionnaire, elle se fait aussi bien en imposant d'autres mani&#232;res de produire (la forme m&#234;me du travail masculin ou f&#233;minin) qu'en niant la distinction constitutive production / reproduction et leur assignation sociale. Le cours m&#234;me de la communisation avec ses contradictions signifie d'une part que l'on n'a plus la classe ouvri&#232;re comme communaut&#233; pr&#233;suppos&#233;e s'emparant de moyens de production et luttant pour sa lib&#233;ration &#224; partir de sa propre pr&#233;supposition, mais aussi d'autre part que la &#171; communaut&#233; &#187; (l'&#234;tre ensemble) qui se constitue dans l'activit&#233; r&#233;volutionnaire n'a aucune existence autre que les activit&#233;s qui la tissent. Elle n'est jamais pr&#233;existante, en puissance, mais toujours en acte, elle n'est jamais une condition de l'effectuation de ces activit&#233;s, une garantie pr&#233;alable de leur substance commune.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s lors qu'il y a emparement des moyens de production, ce n'est plus comme forces de travail individuelles que les prol&#233;taires entrent dans un lieu de production, mais comme r&#233;volutionnaires. La n&#233;cessit&#233; qui les pousse &#224; s'emparer de ces moyens de production n'est plus celle de la production de marchandises et de valeur avec derri&#232;re elle la reproduction des rapports sociaux, la n&#233;cessit&#233; pour eux de vendre leur force de travail, mais la n&#233;cessit&#233; de la survie des r&#233;volutionnaires (travailleurs productifs ou non) et de la conservation et extension de leur lutte. Ce sont les n&#233;cessit&#233;s de la lutte qui d&#233;finissent ce qui est &#224; produire ou non, la production devient une activit&#233; r&#233;volutionnaire parmi d'autres, c'est l'objet de la lutte r&#233;volutionnaire de la rendre telle. Cela implique la mise en rapport du lieu de production avec toutes les autres activit&#233;s (double n&#233;cessit&#233; : faire circuler les &#171; produits &#187; et ne pas rester isol&#233; sous peine d'&#233;crasement par la r&#233;pression ou les rapports marchands), et donc la n&#233;gation de la production comme moment s&#233;par&#233; de l'activit&#233;, n&#233;gation de la s&#233;paration entre travailleurs et non-travailleurs, abolition de la distinction entre travail productif et non-productif, transformation des formes genr&#233;es et hi&#233;rarchiques de l'organisation du travail, etc. Tout cela n'est rien d'autre que l'&#233;tablissement de rapports communistes entre les individus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Mais au fait que sera la richesse une fois d&#233;pouill&#233;e de sa forme bourgeoise encore limit&#233;e ? Ce sera l'universalit&#233; des besoins, des capacit&#233;s, des jouissances, des forces productives, etc. des individus, universalit&#233; produite dans l'&#233;change universel. Ce sera la domination pleinement d&#233;velopp&#233;e de l'homme sur les forces naturelles, sur la nature proprement dite aussi bien que sur sa nature &#224; lui. Ce sera l'&#233;panouissement entier de ses capacit&#233;s cr&#233;atrices, &lt;i&gt;sans autre pr&#233;supposition que le cours historique ant&#233;rieur qui fait de la totalit&#233; du d&#233;veloppement un but en soi&lt;/i&gt; (c'est nous qui soulignons) ; en d'autres termes, d&#233;veloppement de toutes les forces humaines en tant que telles, sans qu'elles soient mesur&#233;es par un &lt;i&gt;&#233;talon&lt;/i&gt; (soulign&#233; dans le texte) pr&#233;&#233;tabli. L'homme ne se reproduira pas comme unilat&#233;ralit&#233;, mais comme totalit&#233;. Il ne cherchera &#224; demeurer quelque chose qui na d&#233;j&#224; &#233;t&#233;, mais s'ins&#233;rera dans le mouvement absolu du devenir &#187; (Marx, &lt;i&gt;Fondements&lt;/i&gt; &#8230;, Ed. Anthropos, t.1, p.450).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si on pratique la gratuit&#233; et le don sans retour entre r&#233;volutionnaires, c'est &#224; la fois pour court-circuiter l'&#233;change capitaliste et pour continuer &#224; &#171; produire &#187;, c'est-&#224;-dire &#224; assurer la survie des r&#233;volutionnaires et celle de la lutte, c'est-&#224;-dire concr&#232;tement s'approvisionner, avoir des mati&#232;res premi&#232;res, des armes, de la nourriture, etc. A mesure qu'on d&#233;finit des objectifs, des ennemis &#224; abattre, des mani&#232;res de faire, on d&#233;finit de nouvelles n&#233;cessit&#233;s. Les enjeux qui sont pos&#233;s sont des enjeux vitaux, des questions de vie ou de mort. La question de la lutte arm&#233;e, de la violence et de l'auto-d&#233;fense, de l'armement et du d&#233;sarmement font partie des conditions de la lutte et de ce qui lui donne son caract&#232;re d'urgence. Dire lutte arm&#233;e, c'est dire &#224; la fois la possibilit&#233; de l'&#233;crasement et la n&#233;cessit&#233; de l'organisation. D&#232;s lors ce sont tous les rapports sociaux, leur hi&#233;rarchie et la distinction des sph&#232;res publiques et priv&#233;es qui sont attaqu&#233;s. Ce bouleversement de la hi&#233;rarchie des instances du mode de production par lequel il s'autopr&#233;supposait et qui faisait de la production la d&#233;termination en derni&#232;re instance, est pr&#233;cis&#233;ment ce qui d&#233;finit une conjoncture r&#233;volutionnaire&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-50&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Non seulement la r&#233;volution n'est pas le r&#233;sultat de la transcroissance de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-50&#034;&gt;50&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Dans le m&#234;me temps, ce sont les n&#233;cessit&#233;s de la lutte qui structurent les activit&#233;s entre elles. &lt;i&gt;La communisation n'a pas pour objet imm&#233;diat de construire une &#171; soci&#233;t&#233; communiste &#187;, mais elle cr&#233;e comme outil de lutte des rapports communistes entre les individus&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le but sp&#233;cifique de toute activit&#233; ne peut &#234;tre atteint que dans et par une autre activit&#233; : on travaille toujours pour autre chose, et on a toujours besoin d'autre chose pour travailler. Ceci n'est pas une m&#233;diation entre les activit&#233;s, c'est ce qui les caract&#233;rise comme activit&#233;s, c'est leur n&#233;cessit&#233; propre qui les fait exister comme telles et qui assure le lien entre elles. D'o&#249; la disparition de l'opposition entre &#171; produire &#8211; faire &#8211; pour soi &#187; et &#171; produire &#8211; faire &#8211; pour les autres &#187; (&#224; noter que dans cette s&#233;paration le produit est &#171; non valeur d'usage pour le producteur &#187; et &#171; porte-valeur &#187;), il n'y a que l'articulation des activit&#233;s. Il faut se d&#233;barrasser de l'illusion d'un d&#233;but, l'illusion du t0, du moment-origine de la d&#233;cision.&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt;Quelques ambig&#252;it&#233;s et inqui&#233;tudes&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;Les &#171; t&#226;ches ennuyeuses &#187; sont l'ultime argument de &#171; bon sens &#187; de la n&#233;cessaire persistance de la valeur et de l'organisation de la production comme r&#233;partition pr&#233;alable du temps de travail social : les &#171; bottes &#224; cirer &#187; de l'interlocuteur de Marx dans le salon des Kugelmann. On conc&#232;de alors que seules les t&#226;ches &#171; ennuyeuses &#187; auraient &#224; &#234;tre mesur&#233;es et partag&#233;es. Nous avons l&#224; l'introduction d'un crit&#232;re &lt;i&gt;concret&lt;/i&gt; (quelle que soit sa pertinence) et surtout ce ne serait pas tout le travail de la soci&#233;t&#233;, ni toute la production comme une seule valeur (&#224; moins que seuls les travaux &#171; ennuyeux &#187; produisent de la valeur) qui aurait &#224; &#234;tre distribu&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A partir du moment o&#249; un type d'activit&#233;s est r&#233;parti, par contrecoup toutes le sont. Si une &#233;conomie organis&#233;e par la valeur pouvait &#234;tre communiste pourquoi se limiter aux t&#226;ches &#171; ennuyeuses &#187; ? Faudra-t-il voter pour &#233;tablir la liste de ces t&#226;ches ou suppose-t-on le consensus g&#233;n&#233;ral de l'&#233;vidence ? Comment juger les t&#226;ches dans une soci&#233;t&#233; communiste &#224; partir de leur mat&#233;rialit&#233; et de leur mode d'effectuation actuelles ? Comme s'il y avait des t&#226;ches existant en soi, telles qu'en elles-m&#234;mes, invariantes. Chaque soci&#233;t&#233; d&#233;finit &lt;i&gt;ses&lt;/i&gt; t&#226;ches ennuyeuses et d&#233;sagr&#233;ables et m&#234;me inf&#226;mes, ou n'en d&#233;finit pas, en m&#234;me temps que la mat&#233;rialit&#233; des op&#233;rations et le statut social de ceux ou celles qui les effectuent. Faire des grillades pour les copains et copines en prenant le pastis n'a rien d'ennuyeux, faire les courses et la cuisine tous les jours, parce que &#171; c'est mon r&#244;le &#187; oui. Les taches ennuyeuses actuelles ont une propension certaine &#224; &#234;tre domestiques et f&#233;minines. L'ennuyeux n'est pas forc&#233;ment le r&#233;p&#233;titif, mais il est surement li&#233; &#224; la division du travail et d'autant plus surement quand cette division s'incarne comme activit&#233;s &lt;i&gt;naturelles&lt;/i&gt; d'un groupe de personnes, des femmes. La question n'est pas de r&#233;partir les t&#226;ches ennuyeuses ni m&#234;me de travailler &#224; leur suppression ce qui suppose que ces t&#226;ches le sont par nature, mais de supprimer les situations ennuyeuses et nous pouvons &#234;tre certain que, dans la communisation, cela ne passera pas inaper&#231;u dans les comptes &#224; r&#233;gler entre hommes et femmes (entre autres). L'activit&#233; r&#233;volutionnaire comme co&#239;ncidence du changement des circonstances et de l'autotransformation ou changement de soi risque de ne pas &#234;tre ir&#233;nique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a l&#224; une &#233;trange s&#233;quence conceptuelle entre &#171; t&#226;ches ennuyeuses &#187;, &#171; r&#233;partition du travail &#187;, &#171; valeur &#187;. Cette s&#233;quence entre la pr&#233;misse et la finale se contredit. En effet, c'est sur des t&#226;ches sp&#233;cifiques, particuli&#232;res, correspondant &#224; un travail concret d&#233;fini que se fonde la s&#233;quence, mais alors, en admettant m&#234;me cette pr&#233;misse de l'ennui, rien dans la r&#233;partition de ces t&#226;ches et leur roulement entre tous ne nous conduit &#224; l'abstraction. Dans une &#171; soci&#233;t&#233; communautaire &#187;, la r&#233;partition appartient au domaine du qualitatif qui exclut une abstraction qui serait la quantit&#233; comme un certain nombre d'unit&#233;s de qualit&#233; &lt;i&gt;commune&lt;/i&gt;. C'est dans leur sp&#233;cificit&#233; que ces t&#226;ches s'imposeraient comme devant &#234;tre r&#233;parties. On retrouve la confusion constante entre d'une part, r&#233;partition et, d'autre part, valeur ou abstraction (r&#233;duction &#224; un qualitatif commun).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Disons le tout clair : il n'y a pas de t&#226;ches par nature ennuyeuses. Combien d'ados en ont marre des cours de violon et des ateliers d'aquarelle et aimeraient d&#233;boucher des canalisations (comme d'autres qui ne sont plus ados et qui ne font pas de l'aquarelle mais de la th&#233;orie) ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce sont les activit&#233;s, dans leur caract&#232;re concret, qualitatif, qui sont la raison d'&#234;tre de la r&#233;partition, mais demeure la question du travail concret. En cascade, d'autres questions affleurent alors, d'autres cadavres mis dans le placard : valeur d'usage, travail concret, production. Parmi les cat&#233;gories du mode de production capitaliste, certaines ont un statut &#171; un peu particulier &#187;. Le mode de production capitaliste produit certaines de ses &lt;i&gt;propres&lt;/i&gt; &lt;i&gt;cat&#233;gories &#233;conomiques &lt;/i&gt;&lt;i&gt;comme non-&#233;conomiques&lt;/i&gt; : travail concret, forces productives, valeur d'usage, production (on peut certainement en trouver d'autres). Soit on ne tient pas compte du ph&#233;nom&#232;ne et on dit sans nuances, ce sont des cat&#233;gories qui appartiennent au capital (ce qui est exact) un point c'est tout et, de ce fait, elles disparaissent avec lui ; soit on accepte le probl&#232;me, c'est-&#224;-dire la probl&#233;matisation de ces cat&#233;gories en les sortant de l'alternative du blanc et du noir (purement socialement d&#233;termin&#233;es contre cat&#233;gories &#171; naturelles &#187;). Ces cat&#233;gories sont des cat&#233;gories du mode de production capitaliste, mais le caract&#232;re particulier de leur existence dans le mode de production capitaliste et dans sa critique n'est pas indiff&#233;rent &#224; leur abolition et &#224; ce qu'il se passe ensuite. Cette ambig&#252;it&#233; nous est l&#233;gu&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les d&#233;veloppements pr&#233;c&#233;dents, m&#234;me lorsqu'il &#233;tait question de &#171; l'inter-d&#233;termination &#187; des activit&#233;s ou de la dialectique entre la vie sociale plus ou moins &#171; particuli&#232;re &#187; ou &#171; g&#233;n&#233;rale &#187;, finalement tout &#171; baignait &#187;, tout passait l'un dans l'autre au plus grand bonheur de l'individu et de la communaut&#233; (&lt;i&gt;cf.&lt;/i&gt; TC 13). Et si tout ne &#171; baignait &#187; pas ? Il nous est arriv&#233; de dire et m&#234;me d'&#233;crire que l'histoire dans le communisme &#233;tait r&#233;gie par la tension &#224; l'autonomisation de la communaut&#233;. Mais cette autonomisation &#233;tait presque une sorte de &#171; fatalit&#233; &#187; de l'ali&#233;nation qui dans ce cas s'appuyait sur la relation entre d'une part, la diversit&#233; des collectifs mouvants et, d'autre part, leur connexion : la connexion pouvait avoir tendance &#224; s'autonomiser. La chose semble &#233;vidente et ce n'est pas faux, mais si l'on y regarde de plus pr&#232;s il n'y a aucune raison &#224; cette autonomisation. L'unit&#233; n'a aucune raison de s'autonomiser si toutes les activit&#233;s sont imm&#233;diatement sociales, l'autonomisation ne reposerait tout au plus que sur une tendance technique, sur le sujet particulier &#224; traiter. On peut se hasarder &#224; penser que des cat&#233;gories comme le travail concret, la valeur d'usage, la production et le produit, les forces productives appartiennent au mode de production capitaliste, sont &#171; contraires &#187; au communisme, mais sont toujours combattues en lui, jamais abolies. La tension &#224; l'autonomisation de la communaut&#233; poss&#232;de une base redoutable parce que ces cat&#233;gories sont probl&#233;matiques dans le mouvement d'abolition du capital et cette &#171; probl&#233;maticit&#233; &#187; marque le communisme comme tout ce qui op&#232;re dans la communisation. On a l&#224; semble-t-il une &lt;i&gt;tension constante inh&#233;rente au communisme&lt;/i&gt;, tension qui existe dans ses d&#233;terminations propres comme abolition du capital, c'est dans ses g&#232;nes. Ces questions sont bien les n&#244;tres et on ne r&#233;fute pas ces positions par quelques affirmations normatives dans lesquelles la d&#233;finition du communisme se met en boucle et par une utilisation tout aussi normative du programmatisme pour rejeter toute position contrevenant &#224; cette mise en boucle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La critique de la th&#232;se de la persistance de la valeur dans le communisme est importante tout comme la d&#233;monstration de son incoh&#233;rence et de ses faux fuyants (d&#233;p&#233;rissement de la valeur avec la croissance de la productivit&#233; ; limitation aux t&#226;ches ennuyeuses ; question de l'utilisation du &#171; surplus &#187;), mais nous ne l'avons pas limit&#233;e &#224; une sorte de critique interne. Ce qu'il y a d'essentiel dans cette critique n'est pas la recherche de la meilleure ou seule recette pour que le communisme soit. Sur la base du changement de probl&#233;matique effectu&#233;, cette critique nous a permis d'anticiper dans son contenu le communisme tel qu'il sort, produit par elle, des luttes r&#233;volutionnaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'essentiel, en outre, est de montrer les contradictions internes dans lesquelles se meut le capital comme valeur en proc&#232;s, tant vis-&#224;-vis de lui-m&#234;me consid&#233;r&#233; comme &#233;conomie, objectivit&#233;, que dans cette objectivit&#233; prise comme moment de la contradiction entre le prol&#233;tariat et le capital et de montrer cela actuellement. C'est pour cela que la communisation est destruction de la valeur et non parce que sans cela ce n'est pas le communisme ou parce que la valeur comme plan &#231;a ne fonctionne pas comme on l'imagine. Une production imm&#233;diatement sociale n'est plus production de valeur, par d&#233;finition, mais pratiquement c'est &lt;i&gt;de fait &lt;/i&gt;qu'elle ne l'est pas, de par les contradictions inh&#233;rentes &#224; la valeur dans la soci&#233;t&#233; ant&#233;rieure et &lt;i&gt;de par le processus r&#233;volutionnaire dont elle est issue&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous retrouvons la probl&#233;matique qui place la communisation au c&#339;ur de l'analyse de la valeur et de sa destruction, mais cela nous am&#232;ne &#224; voir la n&#233;cessit&#233; de la destruction de la valeur &#224; partir des contradictions propres du mode de production capitaliste dans leur dynamique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;{{}}&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt;Destruction de la valeur : l'exploitation, un proc&#232;s contradictoire de la valeur&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt;&lt;i&gt;Travail social : &lt;/i&gt;post festum&lt;i&gt; ou &lt;/i&gt;in festo&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;Le prol&#233;taire apparait sur le march&#233; comme un &#233;changiste bien particulier, porteur d'une marchandise bien particuli&#232;re : la force de travail. L'ouvrier vend cette marchandise et le capitaliste l'ach&#232;te &#224; sa valeur, le co&#251;t de sa reproduction, et l'utilise ensuite comme n'importe quelle marchandise dont il s'est port&#233; acqu&#233;reur en en consommant la valeur d'usage : le travail. &#171; L'&#233;change entre le capitaliste et l'ouvrier correspond donc tout &#224; fait aux lois de l'&#233;change qui plus est, c'en est l'ultime &#233;laboration. Tant que la force de travail ne s'&#233;change pas elle m&#234;me, la production ne repose pas encore sur l'&#233;change. La valeur d'usage re&#231;ue en &#233;change, par le capitaliste, &#224; savoir la force de travail, est l'&#233;l&#233;ment direct de la valorisation, la mesure de celle ci est le travail vivant et le temps de travail. Mais qui plus est, cette valeur d'usage cr&#233;e plus de temps de travail qu'il n'en est mat&#233;rialis&#233; dans la force de travail. Ainsi donc en &#233;changeant la force de travail &#224; titre d'&#233;quivalent, le capital re&#231;oit en &#233;change sans fournir d'&#233;quivalent le temps de travail qui d&#233;passe celui qui est contenu dans la force de travail. C'est l'appropriation du temps de travail d'autrui sans &#233;quivalent, gr&#226;ce au syst&#232;me formel de l'&#233;change. L'&#233;change devient purement formel et, lors de l'&#233;volution ult&#233;rieure du capital, on voit dispara&#238;tre jusqu'&#224; l'apparence selon laquelle le capital &#233;change autre chose contre la force de travail que le propre travail objectiv&#233; de celle ci, et, par cons&#233;quent qu'il &#233;change quoi que ce soit. &#187; (&lt;i&gt;Fondements&lt;/i&gt;, t.2, p.189).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Donc, dans ce rapport le capital n'&#233;change rien d'autre contre la force de travail que le propre travail objectiv&#233; de celle ci, disparait donc l'apparence m&#234;me qu'il &#233;change quoi que ce soit. &lt;i&gt;Ce n'est pas en tant qu'&#233;changistes que prol&#233;taires et capitalistes se font face mais en tant que p&#244;les d'un rapport social, en tant que classes&lt;/i&gt; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Ainsi tandis que l'ouvrier reproduit ses produits comme capital, le capitaliste reproduit l'ouvrier comme salari&#233;, c'est &#224; dire comme vendeur de son propre travail. Le rapport entre simples vendeurs de marchandises impliquerait qu'ils &#233;changent leurs propres travaux incorpor&#233;s dans des valeurs d'usage diff&#233;rentes. L'achat-vente de la force de travail comme r&#233;sultat constant de la production capitaliste implique, au contraire, que l'ouvrier rach&#232;te constamment une fraction de son propre produit, en &#233;change de son travail vivant. C'est ainsi que s'&#233;vanouit l'apparence du simple rapport entre possesseurs de marchandises l'acte constant d'achat vente de la force de travail et la perp&#233;tuelle confrontation de la marchandise produite par l'ouvrier et de lui m&#234;me, comme acheteur de sa capacit&#233; de travail et comme capital variable ne sont que des formes qui m&#233;diatisent son assujettissement au capital, le travail vivant n'&#233;tant qu'un simple moyen de conservation et d'accroissement du travail objectiv&#233;, devenu autonome face &#224; lui. La forme de m&#233;diation inh&#233;rente au mode de production capitaliste sert donc &#224; perp&#233;tuer le rapport entre le capital qui ach&#232;te le travail, et l'ouvrier qui le vend.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Elle masque sous le simple rapport mon&#233;taire, la transaction v&#233;ritable et la d&#233;pendance perp&#233;tu&#233;e gr&#226;ce &#224; la m&#233;diation de l'acte de vente-achat qui se renouvelle constamment. Ce rapport reproduit sans cesse, non seulement les conditions de ce trafic, mais encore ses r&#233;sultats, &#224; savoir que l'un ach&#232;te ce que l'autre vend. Le perp&#233;tuel renouvellement de ce rapport d'achat-vente ne fait que m&#233;diatiser la continuit&#233; du rapport sp&#233;cifique de d&#233;pendance, en lui donnant l'apparence mystificatrice d'une transaction, d'un contrat entre possesseurs de marchandises dot&#233;s de droits &#233;gaux et pareillement libres l'un en face de l'autre. Ainsi, le rapport initial devient lui m&#234;me un moment immanent de la domination du travail vivant par le travail objectiv&#233; qui s'est instaur&#233;e avec la production capitaliste' (Marx, &lt;i&gt;Un chapitre in&#233;dit du Capital&lt;/i&gt;, Ed. 10/18, pp.262-263).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce premier moment de la relation entre le travail et le capital dans lequel le syst&#232;me de l'&#233;change et de la valeur se contredit dans l'existence du prol&#233;taire en conditionne un second. Pour comprendre l'abolition de la valeur dans son propre mouvement &#224; partir d'elle-m&#234;me et non comme une n&#233;cessit&#233; tautologique du communisme ou la cons&#233;quence de la meilleure analyse de la valeur comme relation entre substance et forme, il faut consid&#233;rer le mouvement d'ensemble qui passe de l'achat-vente de la force de travail &#224; la subsomption du travail sous le capital (nous verrons au chapitre suivant ce qu'il se passe dans le troisi&#232;me moment de l'exploitation, celui du renouvellement du rapport). Dans ce deuxi&#232;me moment, le c&#339;ur de la question se situe dans le fait que l'accumulation du capital se meut dans une contradiction qui fait que le travail producteur de marchandises devient dans le proc&#232;s de production imm&#233;diat, &lt;i&gt;travail social&lt;/i&gt;. Si la communisation est destruction de la valeur, ce n'est pas parce que le prol&#233;taire ne produit pas de marchandise pour lui m&#234;me (propri&#233;taire), mais parce qu'il est engag&#233; dans une contradiction o&#249; le travail, producteur de ces marchandises qui lui &#233;chappent, fonctionne comme travail social &lt;i&gt;de par son mode m&#234;me d'exploitation&lt;/i&gt; et que ceci est une contradiction entre des classes pos&#233;e d&#232;s le premier moment de l'&#233;change.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a vu que ce n'est pas le march&#233; qui transforme les travaux particuliers en travail abstrait, mais le fait que, dans une soci&#233;t&#233; de producteurs ind&#233;pendants (cela peut &#234;tre de gigantesques entreprises), tous les travaux particuliers se pr&#233;sentent comme cristallisation de travail abstrait qui est leur connexion et qui implique n&#233;cessairement le march&#233; car cette connexion pr&#233;suppose cette ind&#233;penance. L'activit&#233; particuli&#232;re pour s'affirmer comme travail abstrait g&#233;n&#233;ral, doit prouver par l'&#233;change sa double nature interne, doit se pr&#233;senter &#224; elle comme rapport avec une autre activit&#233;, c'est &#224; dire comme rapport de deux marchandises. L'existence de l'&#233;change implique celle des notions de travail concret et de travail abstrait. Elle implique leur unit&#233; et simultan&#233;ment leur s&#233;paration, leur unit&#233; en ce qu'il s'agit de la double nature d'un m&#234;me travail, leur s&#233;paration en ce que le travail objectiv&#233; dans une marchandise ne vaut comme travail abstrait qu'en relation avec une autre marchandise dont le travail concret devient la forme de manifestation du travail abstrait (c'est la &#171; deuxi&#232;me particularit&#233; de la forme &#233;quivalent &#187;)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-51&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Deuxi&#232;me particularit&#233; de la forme &#233;quivalent : le travail concret devient (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-51&#034;&gt;51&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans l'&#233;change marchand se trouve impos&#233;e de fa&#231;on externe la substance interne du travail comme activit&#233; sociale. Dans le mode de production capitaliste, ce mouvement devient une contradiction en ce que l'exploitation m&#234;me met en mouvement un travail socialis&#233; et d&#233;j&#224; pr&#233;suppos&#233; par l'activit&#233; de l'ensemble de la soci&#233;t&#233;, le travail de l'individu y est promu au rang de travail social.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Bon, on va mettre quelques citations&lt;/i&gt; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Dans l'&#233;change direct entre producteurs, le travail individuel imm&#233;diat se trouve r&#233;alis&#233; dans un produit particulier (et non dans une partie du produit), et son caract&#232;re social commun - objectivation du travail g&#233;n&#233;ral et satisfaction du besoin g&#233;n&#233;ral - n'est pos&#233; qu'au travers de l'&#233;change. &lt;i&gt;C'est le contraire qui se produit dans le proc&#232;s de production de la grande industrie&lt;/i&gt; (soulign&#233; par nous). Lorsque la force productive du moyen de travail a atteint le niveau du proc&#232;s automatique, la pr&#233;misse est la soumission des forces naturelles &#224; l'intelligence sociale, tandis que le travail imm&#233;diat de l'individu cesse d'exister, ou mieux est transform&#233; en travail social &#187; (&lt;i&gt;Fondements&lt;/i&gt;, t. 2, p. 227).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors que seule sa forme de valeur d'&#233;change pouvait faire valoir le travail comme travail abstrait, le capital &lt;i&gt;tend&lt;/i&gt; &#224; faire de tout travail particulier, du travail social r&#233;sultant de la force concentr&#233;e de toute la soci&#233;t&#233;. Pour sa propre valorisation, le capital met en &#339;uvre du travail socialis&#233;, ce qui entre en contradiction avec le proc&#232;s m&#234;me de sa valorisation par laquelle seulement il y a production de valeur. Il en r&#233;sulte, qu'&#224; intervalles r&#233;guliers, sa propre capacit&#233; &#224; se valoriser se heurte &#224; ce caract&#232;re social du travail qu'il met en &#339;uvre. C'est la baisse tendancielle du taux de profit, c'est son existence de contradiction en proc&#232;s car ce caract&#232;re social n'est pas immanent au travail vivant mais existe dans son rapport &#224; ce que le capital fixe concentre de travail social et &#224; la croissance exponentielle de la masse de travail improductif n&#233;cessaire &#224; la mise en &#339;uvre du travail productif. C'est l&#224; la contradiction du &lt;i&gt;general intellect&lt;/i&gt; pour les rapports sociaux de production capitalistes&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-52&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Quand on consid&#232;re la formule du taux de profit, soit Pl / C+V, on consid&#232;re (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-52&#034;&gt;52&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Cette promotion du travail imm&#233;diat au rang de travail social montre que le travail isol&#233; est r&#233;duit &#224; l'impuissance vis-&#224;-vis de ce que le capital repr&#233;sente et concentre de forces collectives et g&#233;n&#233;rales &#187; (&lt;i&gt;Fondements&lt;/i&gt;, t.2 p. 215). &#171; Le d&#233;veloppement de l'individu social repr&#233;sente le fondement essentiel de la production et de la richesse &#187; (&lt;i&gt;Fondements&lt;/i&gt;, t.2 pp. 221-222).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;chelle &#224; laquelle op&#232;re n&#233;cessairement le capital transforme qualitativement le travail mis en &#339;uvre. &#171; Les lois de la production de la valeur ne se r&#233;alisent compl&#232;tement que pour le capitaliste qui exploite collectivement beaucoup d'ouvriers et &lt;i&gt;met ainsi en mouvement du travail social moyen&lt;/i&gt; (soulign&#233; par nous) &#187; (&lt;i&gt;Le Capital&lt;/i&gt;, t.2, p. 17).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le capital est une contradiction en proc&#232;s : d'une part, il pousse &#224; la r&#233;duction du temps de travail &#224; un minimum et d'autre part il pose le temps de travail comme la seule source et la seule mesure de la richesse. Il diminue donc le temps de travail sous sa forme n&#233;cessaire pour l'accro&#238;tre sous sa forme de surtravail (Marx indique ici express&#233;ment que cette dynamique du capital comme contradiction en proc&#232;s c'est l'exploitation, nda). D'une part, il &#233;veille toutes les forces de la science et de la nature ainsi que celles de la coop&#233;ration et de la circulation sociales, afin de rendre la cr&#233;ation de la richesse ind&#233;pendante (relativement) du temps de travail utilis&#233; pour elle. D'autre part, il pr&#233;tend mesurer les gigantesques forces sociales ainsi cr&#233;&#233;es d'apr&#232;s l'&#233;talon du temps de travail, et les enserrer dans des limites &#233;troites, n&#233;cessaires au maintien, en tant que valeur, de la valeur d&#233;j&#224; produite. Les forces productives et les rapports sociaux - simples faces diff&#233;rentes du d&#233;veloppement de l'individu social - apparaissent uniquement au capital comme des moyens pour produire &#224; partir de sa base &#233;triqu&#233;e. Mais en fait ce sont les conditions mat&#233;rielles capables de faire &#233;clater cette base. (&lt;i&gt;Fondements&lt;/i&gt; t. 2 pp. 222-223).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En r&#233;sum&#233;, l'&#233;change est l'affirmation du caract&#232;re social de toute activit&#233; comme ext&#233;rieur &#224; elle-m&#234;me ; le processus de production et d'exploitation capitalistes met en &#339;uvre un travail socialis&#233; en vue de la cr&#233;ation de valeur, c'est l&#224; une contradiction qui, dans le mode de production capitaliste, prend l'existence bien r&#233;elle de l'incapacit&#233; pour le travail vivant &#224; valoriser la masse croissante du capital constant et principalement de sa partie fixe o&#249; s'objective, s&#233;par&#233; de lui, son caract&#232;re social.&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt;Travail social : &#171; les travailleurs ont cess&#233; de s'appartenir &#187;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;C'est la nature de cette promotion du travail imm&#233;diat en travail social qu'il faut analyser. La chose est d&#233;licate. On peut consid&#233;rer cette promotion comme effective, pleinement r&#233;alis&#233;e et d'ores et d&#233;j&#224; existante. Mais alors c'est le capital en tant que production pour l'&#233;change et valeur en proc&#232;s qui deviennent probl&#233;matiques. Au mieux, on pr&#233;sente alors une r&#233;alit&#233; faisant &#233;clater le cadre dans lequel elle existe, mais c'est l'existence de ce cadre qui alors n'est plus expliqu&#233;e car devenant une chose sans n&#233;cessit&#233; vis-&#224;-vis de ce qui lui serait &#171; contraire &#187;. On peut soutenir &#233;galement que l'on a seulement affaire &#224; une tendance faisant face &#224; des contre-tendances. La question est alors celle de la relation entre l'une et les autres et la promotion n'a plus rien d'effective et, en d&#233;finitive, elle dispara&#238;t. On peut aussi dire que nous avons affaire &#224; une contradiction. C'est alors la nature de cette contradiction qu'il faut &#233;noncer sans en revenir aux impasses des positions pr&#233;c&#233;dentes : celles du &#171; cadre &#187; et celles de la &#171; tendance &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette promotion est bien r&#233;elle et effective, mais seulement dans la mesure o&#249; le travail devient un mode d'existence du capital. D'une part, il est dans la nature de la valeur de se pr&#233;senter comme une ext&#233;riorit&#233; vis-&#224;-vis de la production, d'autre part, il est dans la nature du capital d'&#234;tre un proc&#232;s de production mettant en &#339;uvre un travail &lt;i&gt;social&lt;/i&gt;, mais cela uniquement &#224; partir du moment o&#249;, dans la coop&#233;ration, &lt;i&gt;le travail est un mode particulier d'existence du capital&lt;/i&gt;. Telle est de fa&#231;on interne la contradiction de la chose, selon ses propres d&#233;terminations et sa propre effectivit&#233;, c'est par l&#224; &#233;galement que l'on peut consid&#233;rer cette contradiction comme une &lt;i&gt;tendance&lt;/i&gt; &#224; condition de pr&#233;ciser ce concept souvent flou. Le travail productif existe comme travail social mais seulement de fa&#231;on contradictoire dans la mesure o&#249; ce caract&#232;re social n'existe que dans son objectivation face &#224; lui dans le capital. C'est le rapport d'exploitation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'on regarde de plus pr&#232;s ce que signifie le capital comme contradiction en proc&#232;s, on y trouve le rapport d'exploitation entre le prol&#233;tariat et le capital sous la forme suivante : le prol&#233;tariat, en tant que classe du travail vivant comme valeur d'usage du capital, trouve face &#224; lui ses propres forces sociales objectiv&#233;es dans le capital et &lt;i&gt;en tant que capital&lt;/i&gt;. Celles-ci, comme nous le verrons au chapitre suivant, sont la remise en cause de sa d&#233;finition et de sa n&#233;cessit&#233; dans le rapport.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le texte de Marx sur le capital &#171; comme contradiction en proc&#232;s &#187; peut se pr&#234;ter &#224; une lecture empirique, technologique, c'est-&#224;-dire une lecture qui ne verrait que l'opposition entre les progr&#232;s techniques de la machinerie et des sciences et &#171; la base limit&#233;e de l'appropriation du travail d'autrui &#187; : la vision disons &#171; classique &#187; de la contradiction entre forces productives et rapports de production. Or, cette contradiction &#171; classique &#187; n'existe pas, l'autovalorisation du capital est simultan&#233;ment la tendance au d&#233;veloppement illimit&#233; des forces productives et sa limitation. &lt;i&gt;Ce d&#233;veloppement de la grande industrie, du niveau g&#233;n&#233;ral de la science etc., ne r&#233;sulte que de la tendance du capital &#224; supprimer le travail n&#233;cessaire pour le transformer en surtravail&lt;/i&gt;, le capital pose le surtravail comme question de vie ou de mort pour le travail n&#233;cessaire. C'est toujours la transformation du travail n&#233;cessaire en surtravail qui pousse le capital au d&#233;veloppement des forces productives, qui les fa&#231;onne et les mod&#232;le, selon les n&#233;cessit&#233;s de l'exploitation ; c'est cette m&#234;me transformation qui en constitue la limite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un premier temps, le caract&#232;re social du travail productif appara&#238;t comme relevant du travail concret, ce caract&#232;re social semble alors &#234;tre en opposition avec la n&#233;cessit&#233; pour le capital de d&#233;finir le travail productif comme travail productif de valeur et de plus-value. &#171; A partir du moment o&#249; le produit individuel est transform&#233; en produit social, en produit d'un travailleur collectif dont les diff&#233;rents membres participent au maniement de la mati&#232;re &#224; des degr&#233;s divers, de pr&#232;s ou de loin, ou m&#234;me pas du tout, les d&#233;terminations de travail productif, de travailleur productif, s'&#233;largissent n&#233;cessairement. Pour &#234;tre productif, il n'est plus n&#233;cessaire de mettre soi-m&#234;me la main &#224; l'&#339;uvre ; il suffit d'&#234;tre un organe du travailleur productif ou d'en remplir une fonction quelconque. La d&#233;termination primitive du travail productif, n&#233;e de la nature m&#234;me de la production mat&#233;rielle, reste toujours vraie par rapport au travailleur collectif consid&#233;r&#233; comme une seule personne, mais elle ne s'applique plus &#224; chacun de ses membres pris &#224; part. Mais ce n'est pas cela qui caract&#233;rise d'une mani&#232;re sp&#233;ciale le travail productif dans le syst&#232;me capitaliste. L&#224;, le but d&#233;terminant de la production, c'est la plus-value. Donc, n'est cens&#233; productif que le travailleur qui rend une plus-value au capitaliste ou dont le travail f&#233;conde le capital. (...) D&#233;sormais, la notion de travail productif ne renferme plus simplement un rapport entre activit&#233; et effet utile, entre producteur et produit, mais encore et surtout, un rapport social qui fait du travail l'instrument imm&#233;diat de la mise en valeur du capital. &#187; (Marx, &lt;i&gt;Le Capital&lt;/i&gt;, Ed Soc, t 2, p 183-184). On peut alors consid&#233;rer le caract&#232;re social du travail comme r&#233;alis&#233; et l'opposer &#224; la mesquinerie du capital, mais on en serait rest&#233; au travail concret, au niveau o&#249; le caract&#232;re productif du travail n'est qu'une activit&#233; pour un effet utile, on demeure en dehors de tout rapport social.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un deuxi&#232;me temps, on ne peut s&#233;parer le travail concret du travail abstrait cr&#233;ateur de valeur et de plus-value, et c'est bien l&#224; que le capital est une contradiction en proc&#232;s, l&#224; o&#249; la socialisation de la production &lt;i&gt;tend&lt;/i&gt; &#224; rendre caduc le travail imm&#233;diat productif de valeur et donc de plus-value. &lt;i&gt;Le travail productif de plus-value lui-m&#234;me devient le fait du travailleur social, celui-ci semble donc r&#233;alis&#233; du point de vue &#233;galement du travail productif sp&#233;cifiquement capitaliste.&lt;/i&gt; &#171; Avec le d&#233;veloppement de la soumission r&#233;elle du travail au capital ou mode de production sp&#233;cifiquement capitaliste, le v&#233;ritable agent du proc&#232;s de travail total n'est plus le travailleur individuel, mais une force de travail se combinant toujours plus socialement. Dans ces conditions, les nombreuses forces de travail qui coop&#232;rent et forment la machine productive totale, participent de la mani&#232;re la plus diverse au proc&#232;s imm&#233;diat de cr&#233;ation des marchandises ou, mieux, des produits. (...) Un nombre croissant de fonctions de la force de travail prennent le caract&#232;re imm&#233;diat de travail productif, ceux qui les ex&#233;cutent &#233;tant des ouvriers productifs directement exploit&#233;s par le capital et soumis &#224; son proc&#232;s de production et de valorisation. (...) L'activit&#233; de cette force de travail globale est directement consomm&#233;e de mani&#232;re productive par le capital dans le proc&#232;s d'autovalorisation du capital : elle produit donc imm&#233;diatement de la plus-value ou mieux, comme nous le verrons par la suite, elle se transforme directement elle-m&#234;me en capital. &#187; (Marx, &lt;i&gt;Un chapitre in&#233;dit du capital&lt;/i&gt;, Ed 10 / 18, pp. 226-227).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, si l'on consid&#232;re cette &#171; r&#233;alisation &#187; du caract&#232;re social du travail, &lt;i&gt;du point de vue du travail productif sp&#233;cifiquement capitaliste&lt;/i&gt;, on s'aper&#231;oit que ce n'est pas, &lt;i&gt;en eux-m&#234;mes&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;pour eux-m&#234;mes&lt;/i&gt;, que &#171; chacun de ses membres pris &#224; part &#187;, ni m&#234;me l'ensemble de la force de travail engag&#233;e dans le proc&#232;s de production deviennent &#171; travail social &#187;, mais c'est &lt;i&gt;le capital&lt;/i&gt; &#224; partir du moment o&#249; il absorbe la valeur d'usage de la force de travail. Les forces sociales du travail n'existent jamais pour les travailleurs eux-m&#234;mes, elles ne sont pas une d&#233;termination des travailleurs, qu'ils soient consid&#233;r&#233;s individuellement, ou m&#234;me comme collectivit&#233; de travail. Le travailleur social n'existe que comme forme du capital, il n'est pas une caract&#233;ristique propre du travail face au capital. C'est dans la coop&#233;ration que s'effectue cette promotion, mais l&#224;, les travailleurs ont cess&#233; de s'appartenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La coop&#233;ration d'ouvriers salari&#233;s n'est qu'un simple effet du capital qui les occupe simultan&#233;ment. Le lien entre leurs fonctions individuelles et leur unit&#233; comme corps productif se trouve en dehors d'eux dans le capital qui les r&#233;unit et les retient... &#187; (&lt;i&gt;Le Capital&lt;/i&gt;, t.2, p.24) Nous voil&#224; au c&#339;ur du probl&#232;me : la force productive que les travailleurs d&#233;ploient en fonctionnant comme travailleur collectif ou m&#234;me les forces sociales du travail dont parle Marx dans les &lt;i&gt;Grundrisse&lt;/i&gt; sont par cons&#233;quent force productive du capital. &lt;i&gt;Face au capital les travailleurs ne sont jamais travailleur collectif ou force sociale de travail&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; L'ouvrier est propri&#233;taire de sa force de travail tant qu'il en d&#233;bat le prix de vente avec le capitaliste, et il ne peut vendre que ce qu'il poss&#232;de, sa force individuelle. Ce rapport ne se trouve en rien modifi&#233;, parce que le capitaliste ach&#232;te cent forces de travail au lieu d'une, ou passe contrat non avec un, mais avec cent ouvriers ind&#233;pendants les uns des autres et qu'il pourrait employer sans les faire coop&#233;rer. Le capitaliste paye donc &#224; chacun des cent ouvriers sa force de travail ind&#233;pendante, mais il ne paye pas la force combin&#233;e de la centaine. Comme personnes ind&#233;pendantes, les ouvriers sont des individus isol&#233;s qui entrent en rapport avec le m&#234;me capital mais non entre eux. Leur coop&#233;ration commence dans le proc&#232;s de travail ; mais l&#224; ils ont d&#233;j&#224; cess&#233; de s'appartenir. D&#232;s qu'ils y entrent, ils sont incorpor&#233;s au capital. &lt;i&gt;En tant qu'ils coop&#232;rent, qu'ils forment les membres d'un organisme actif, ils ne sont m&#234;me qu'un mode particulier d'existence du capital&lt;/i&gt; (soulign&#233; par nous). &#187; (&lt;i&gt;idem&lt;/i&gt;, p 25). Le travail productif fait toujours face au capital en tant que travail des ouvriers individuels, et cela quelles que soient les combinaisons sociales dans lesquelles ces ouvriers entrent dans le proc&#232;s de production : &#171; Tandis que le capital s'oppose comme force sociale du travail, aux ouvriers, le travail productif, lui, se manifeste toujours face au capital comme travail des ouvriers individuels. &#187; (&lt;i&gt;Un Chapitre in&#233;dit&lt;/i&gt;, p. 254). Reprenant le m&#234;me passage dans les &lt;i&gt;Th&#233;ories sur le plus-value&lt;/i&gt; (Ed Soc, t. 1, p. 461), Marx ajoute : &#171; &lt;i&gt;En tant qu'il produit de la valeur, le travail reste donc toujours travail de l'individu qui n'est exprim&#233; qu'en g&#233;n&#233;ral&lt;/i&gt;. &#187; En cela, la promotion du travail individuel en travail social est une &lt;i&gt;tendance&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est cette &#171; expression en g&#233;n&#233;ral &#187; qui devient dans le capital un processus contradictoire. D'une part, le travail productif fait toujours face au capital comme travail des ouvriers &lt;i&gt;individuels,&lt;/i&gt; d'autre part il se r&#233;alise comme travail productif &#224; partir du moment o&#249; le capital &lt;i&gt;nie sa sp&#233;cificit&#233;&lt;/i&gt; en le d&#233;terminant comme &lt;i&gt;force productive sociale&lt;/i&gt; qui n'est plus alors qu'une fonction de l'activit&#233; du capital. &#171; Certains pr&#233;tendent que la force productive attribu&#233;e au capital est une simple transposition de la force productive du travail ; mais ils oublient que le capital est pr&#233;cis&#233;ment cette transposition, et que le travail salari&#233; implique le capital de sorte qu'il est, lui aussi, transubstantiation&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-53&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Il importe de consid&#233;rer dans toute sa force ce terme de &#171; transubstantiation &#187;.&#034; id=&#034;nh2-53&#034;&gt;53&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, c'est-&#224;-dire une activit&#233; qui semble &#233;trang&#232;re &#224; l'ouvrier. &#187; (Marx, &lt;i&gt;Fondements&lt;/i&gt;..., Ed Anthropos, t. 1, p. 256).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le caract&#232;re social du travail et le travailleur social n'existent qu'en s'objectivant dans le capital et comme proc&#232;s de cette objectivation, ce caract&#232;re social n'est m&#234;me pas une latence dans le travailleur individuel dont le capital s'emparerait, il est produit et n'existe que dans son objectivation, que comme &#233;l&#233;ment, force du capital. Ce caract&#232;re social ne peut donc jamais &#234;tre une qualit&#233; inh&#233;rente au travailleur individuel ni m&#234;me &#224; leur somme : quand elle existe &#171; les travailleurs ont cess&#233; de s'appartenir &#187;. Cette promotion du travail mis en &#339;uvre par le capital en travail social n'existe que dans la coop&#233;ration, c'est-&#224;-dire qu'une fois r&#233;alis&#233;e la s&#233;paration du travailleur d'avec le travail, son activit&#233;. Cette s&#233;paration est inscrite dans le rapport salarial, dans l'achat-vente de la force de travail par lequel le travailleur c&#232;de au capitaliste la valeur d'usage de cette marchandise.&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt;Le mouvement de la valeur, une contradiction pour lui-m&#234;me : l'exploitation&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;Quand nous disons que le capital &lt;i&gt;tend&lt;/i&gt; &#224; promouvoir le travail individuel comme travail social, cela signifie que la production pour l'&#233;change et le rapport de valeur demeurent la m&#233;diation par laquelle s'effectue cette promotion et qu'ils en demeurent le contenu, ce qui fait de cette promotion une contradiction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les mouvements de centralisation et de concentration ; l'absorption dans le cycle propre du capital de la reproduction de la force de travail qui d&#233;finit la subsomption r&#233;elle du travail sous le capital ; l'achat global de la force de travail avant son utilisation par tel ou tel capital particulier, c'est-&#224;-dire les modalit&#233;s par lesquelles le travail individuel est promu par la coop&#233;ration, l'interd&#233;pendance de tous les capitaux et l'autopr&#233;supposition du capital, au rang de travail social, produisent leurs effets contraires. La promotion au rang de travail social du travail individuel est, dans sa subsomption sous le capital, simultan&#233;ment une individualisation de la force collective mise en &#339;uvre par le capital : segmentation et diversification de la force de travail, sous-traitance, d&#233;localisation, travail des hommes, des femmes, des enfants, diversit&#233; des formes d'emplois, etc. Non seulement le capital agglom&#232;re la diversit&#233; et la singularit&#233; des travaux individuels, mais encore son mouvement de concentration est aussi un mouvement de r&#233;pulsion, de cr&#233;ation continuelle de diversit&#233;s. Dans la coop&#233;ration, le capital ne fait pas que r&#233;unir, il individualise. En cela la loi est une &lt;i&gt;tendance&lt;/i&gt;, mais que ce soit le mouvement propre de la loi ou ce qui le contrecarrent, la cause est identique : une n&#233;gation du travail individuel en tant qu'activit&#233; propre du travailleur, dans le travail social. Cette promotion n'est effective qu'&#224; partir du moment o&#249; le travailleur ne s'appartient plus. Par l&#224;, fondamentalement, la promotion du travail individuel au rang de travail social est une contradiction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme la d&#233;finit Marx &#224; propos des causes qui contrecarrent la loi de la baisse &lt;i&gt;tendancielle&lt;/i&gt; du taux de profit, une &#171; tendance &#187; est une loi dont &#171; la r&#233;alisation int&#233;grale est arr&#234;t&#233;e, ralentie, affaiblie par des causes qui la contrecarrent &#187; (&lt;i&gt;Le Capital&lt;/i&gt;, t.6, p.247) ou m&#234;me dont l'effet peut &#234;tre &#171; supprim&#233; &#187; (&lt;i&gt;idem&lt;/i&gt;, p.245). &#171; Le caract&#232;re de tendance appara&#238;t ainsi d'abord comme un manque de la loi, mais un manque extrins&#232;que, caus&#233; par l'obstacle de circonstances ext&#233;rieures qui ne d&#233;pendent pas d'elle&#8230; &#187; (Balibar, &lt;i&gt;Concepts fondamentaux du mat&#233;rialisme historique&lt;/i&gt;, in &lt;i&gt;Lire le Capital&lt;/i&gt;, p.537). La tendance est alors ce qui ne se r&#233;alise qu'&#224; la longue. Mais c'est seulement en apparence que la loi est &lt;i&gt;ext&#233;rieurement&lt;/i&gt; limit&#233;e, en effet la tendance est la loi elle-m&#234;me. &#171; La r&#233;duction de la loi de d&#233;veloppement &#224; l'&#233;tat de tendance n'est pas une d&#233;termination ext&#233;rieure &#224; cette loi, influant seulement sur la chronologie de ses effets, mais &lt;i&gt;une d&#233;termination intrins&#232;que de la production de ses effets&lt;/i&gt;. &#187; (&lt;i&gt;idem&lt;/i&gt;, p.540). Il ne s'agit pas d'une restriction en r&#233;f&#233;rence &#224; un absolu du travail social, hors de toute histoire et de tout mode de production. Le capital ne tend pas &#224; quelque chose sans pouvoir le r&#233;aliser, c'est son propre mode de r&#233;alisation de cette chose qui produit et r&#233;sulte d'effets contraires. Les termes de la contradiction ne coexistent pas dans une autonomie de ph&#233;nom&#232;nes distincts mais dans une unit&#233;. Il s'ensuit que si une loi, comme tendance, se d&#233;veloppe dans le temps, cette temporalit&#233; appartient &#224; la loi, &#224; sa d&#233;finition. Les &#171; limites &#187; vers lesquelles tend le mouvement du mode de production (sa dynamique) ne sont donc pas une question d'&#233;chelle, de &lt;i&gt;seuil&lt;/i&gt; &#224; atteindre. Si la tendance ne peut franchir ces limites, c'est qu'elles lui sont int&#233;rieures, et comme telles &lt;i&gt;jamais rencontr&#233;es&lt;/i&gt; : dans son mouvement elle les porte avec soi, elles co&#239;ncident avec les causes qui font d'elle une &#171; simple tendance &#187;, c'est-&#224;-dire qu'elles sont en m&#234;me temps ses conditions de possibilit&#233; effective&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-54&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Si nous reprenons ici en partie l'analyse du concept de tendance pr&#233;sent&#233;e (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-54&#034;&gt;54&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne peut en rester &#224; une simple opposition terme &#224; terme entre le caract&#232;re isol&#233; du travailleur pour lui-m&#234;me, et le caract&#232;re social de son activit&#233; comme activit&#233; du capital, en consid&#233;rant chacun de ses termes comme simplement relevant d'un moment diff&#233;rent de l'&#233;change entre l'ouvrier et le capital. Cette opposition repose en fait sur une dynamique, celle de la d&#233;finition m&#234;me de la valeur : &#171; En tant qu'il produit de la valeur, le travail reste toujours travail de l'individu qui n'est exprim&#233; qu'en g&#233;n&#233;ral. &#187; C'est l&#224; o&#249; pr&#233;cis&#233;ment, dans le proc&#232;s de production du capital, des &#171; probl&#232;mes &#187; commencent &#224; se poser quant &#224; cette dynamique, et que ces probl&#232;mes consistent justement &#224; ne pas laisser tel quel le rapport entre le travail de l'individu et son expression sociale comme valeur. &lt;i&gt;Cette opposition terme &#224; terme est m&#233;diatis&#233;e, le moyen terme c'est la valeur&lt;/i&gt;. Les termes de cette opposition (travail individuel / travail social comme d&#233;termination du capital) sont le mouvement de la valeur : &#171; le travail de l'individu exprim&#233; en g&#233;n&#233;ral &#187;. Dans le capital, ce mouvement de la valeur parce que d&#233;fini et existant comme rapport d'exploitation devient une contradiction pour lui-m&#234;me et il le devient comme contradiction de classes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question de l'abolition de l'&#233;change et de la valeur se r&#233;sout dans la lutte des classes, dans la contradiction entre le prol&#233;tariat et le capital et dans celle entre hommes et femmes, non par voie de cons&#233;quence ou par n&#233;cessit&#233; de la nature du communisme qui sans cela &#171; ne serait pas ce qu'il doit &#234;tre &#187;, mais parce que cette abolition est en elle-m&#234;me constitutive de la lutte des classes, du rapport du prol&#233;tariat au capital et de la distinction de genres&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-55&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir Tel Quel (Th&#233;orie Communiste 24, p.13) : les rapport entre hommes et (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-55&#034;&gt;55&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. C'est ainsi que l'on peut saisir comment, dans la communisation comme conjoncture, les acteurs et actrices de ces contradictions font, dans leurs luttes de toute activit&#233; particuli&#232;re sa propre fin (le &lt;i&gt;qualitatif &lt;/i&gt;dont il &#233;tait question pr&#233;c&#233;demment). Cela apparait n&#233;cessairement selon un double aspect, d'une part pour chaque activit&#233;, d'autre part, dans leur rapport entre elles. Faire de toute activit&#233; sa propre fin devant &#234;tre vu sous ces deux aspects, afin d'&#233;chapper soit &#224; une vision planificatrice, soit &#224; une vision immanente et mystique de l'imm&#233;diatet&#233; sociale de l'individu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Premi&#232;rement, on a rapidement dit au-dessus que pour saisir l'abolition de la valeur et de l'&#233;change &#224; partir d'eux-m&#234;mes et comme lutte des classes, il fallait d'abord consid&#233;rer les prol&#233;taires dans leur situation de non-&#233;changistes, ce premier aspect reposait sur l'&#233;change du travail vivant contre du travail objectiv&#233;, &#233;change dans lequel en d&#233;finitive le capitaliste ne faisait que remettre &#224; l'ouvrier une partie de son travail pr&#233;c&#233;demment objectiv&#233;. En abolissant le capital, le prol&#233;tariat ne lib&#232;re pas le travail, il abolit un certain type de rapport de l'activit&#233; &#224; elle m&#234;me, o&#249; son propre renouvellement, le propre mouvement dans lequel elle &#233;tait sa base m&#234;me, &#233;tait s&#233;paration entre elle m&#234;me comme activit&#233; imm&#233;diate et elle m&#234;me comme activit&#233; objectiv&#233;e, au repos. La lutte dans cette contradiction c'est la capacit&#233; de produire et traiter l'activit&#233; humaine imm&#233;diatement comme son propre processus de renouvellement en dehors de toute s&#233;paration &#224; l'int&#233;rieur d'elle-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deuxi&#232;mement, le capital ne met en &#339;uvre du travail promu au rang de travail social que dans la mesure o&#249; ce travail n'est tel qu'en ayant ce caract&#232;re social objectiv&#233; en face de lui, ce n'est que dans ce rapport (et par lui) qu'on peut le qualifier de travail directement social. C'est &#233;galement pour cela que cette socialisation est une tendance contradictoire et que le travail non seulement ne peut se faire valoir imm&#233;diatement comme tel contre le capital mais encore que c'est comme capital qu'il l'est, d'o&#249; la contradiction inh&#233;rente &#224; la chose, c'est-&#224;-dire demeurant &#224; l'int&#233;rieur de l'&#233;change, car le rapport de valeur est et demeure le rapport entre le travail individuel et sa d&#233;termination sociale. Le d&#233;veloppement du proc&#232;s de production imm&#233;diat (unit&#233; du proc&#232;s de travail et du proc&#232;s de valorisation) promeut le travail imm&#233;diat au rang de travail social dans la mesure seulement o&#249; ce caract&#232;re social s'objective en face de lui. Ce n'est que dans ce rapport qu'on peut qualifier le travail de directement social. Nous retrouvons ici sous une forme particularis&#233;e et que nous historiciserons au chapitre suivant, ce que nous disions au d&#233;but de ce texte sur la co&#239;ncidence du particulier et du g&#233;n&#233;ral comme &#233;conomie dans le mode de production capitaliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce double aspect de la contradiction de la valeur &#224; elle-m&#234;me dans l'existence du prol&#233;tariat ne se compose pas de deux moments indiff&#233;rents : achat-vente et subsomption. Ces deux moments n'existent que l'un par l'autre. En effet, pris dans leur n&#233;cessaire connexion, ces deux aspects recouvrent les deux moments de l'&#233;change entre le travail et le capital et par l&#224; impliquent le troisi&#232;me : leur reproduction, donc la reproduction du rapport social capitaliste. C'est l'achat-vente de la force de travail, la cession au capitaliste de la valeur d'usage de la marchandise force de travail, c'est-&#224;-dire le rapport d'exploitation entre le prol&#233;tariat et le capital qui sont la raison d'&#234;tre et la d&#233;finition de cette promotion du travail individuel au rang de travail social. C'est par l&#224; que profond&#233;ment s'&#233;tablit que &lt;i&gt;la destruction de la valeur est inscrite dans l'abolition r&#233;volutionnaire de la contradiction qui oppose le prol&#233;tariat au capital&lt;/i&gt;. La destruction de la valeur, n'est alors rien d'autre que la n&#233;cessit&#233; dans la lutte r&#233;volutionnaire de faire de toute activit&#233; sa propre fin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le proc&#232;s de production capitaliste tel qu'il se d&#233;veloppe techniquement de fa&#231;on ad&#233;quate &#224; la nature m&#234;me du capital (absorption du travail vivant par le travail mort) &#233;l&#232;ve le travail individuel, &lt;i&gt;au moment o&#249; celui-ci ne s'appartient plus&lt;/i&gt;, au rang de travail social, la nature de travail abstrait et sa mesure par le temps de travail social moyen est une tendance directement impos&#233;e dans le proc&#232;s de production. Dans et par le rapport d'exploitation, l'&#233;change devient contradictoire &#224; l'int&#233;rieur du d&#233;veloppement d'une production qui ne le rend tel (contradictoire) que parce qu'elle est production pour l'&#233;change et l'accumulation de valeur. Alors que seule sa forme de valeur d'&#233;change pouvait faire du produit (usuel, priv&#233; et concret) une chose sociale, le d&#233;veloppement du capital comme contradiction en proc&#232;s (qui est une formulation abstraite que l'on peut d&#233;cliner dans une infinit&#233; de domaines et de niveaux) pose comme contradiction la mise en &#339;uvre comme social du travail engag&#233; dans un proc&#232;s particulier r&#233;sultant de la force concentr&#233;e de la soci&#233;t&#233;. L&#224; se situe la n&#233;cessit&#233; de l'abolition de l'&#233;change comme d&#233;termination du rapport d'exploitation et &lt;i&gt;c'est une contradiction entre des classes&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette contradiction est un d&#233;veloppement de la valeur comme valeur en proc&#232;s, capital. La valeur en proc&#232;s par l'absorption de la marchandise dont la valeur d'usage est d'&#234;tre cr&#233;atrice de valeur int&#233;riorise dans le proc&#232;s de production le caract&#232;re social du travail qui ne pouvait se prouver qu'ext&#233;rieurement dans l'&#233;change. Si l'on consid&#233;rait la d&#233;termination sociale du travail en tant que donn&#233;e dans la production comme existant en soi pour le travail lui-m&#234;me, le capital et l'&#233;change ne seraient plus qu'une enveloppe, qu'un cadre que ce d&#233;veloppement ne n&#233;cessiterait plus et qui ne serait pas plus n&#233;cessit&#233; par eux. C'est &lt;i&gt;l'achat-vente de la force de travail&lt;/i&gt;, la cession au capitaliste de la valeur d'usage de la marchandise force de travail, c'est-&#224;-dire le rapport d'exploitation entre le prol&#233;tariat et le capital qui sont la raison d'&#234;tre et la d&#233;finition de cette promotion du travail individuel au rang de travail social et c'est comme capacit&#233; du rapport d'exploitation &#224; se reproduire que cette promotion est une contradiction. Cette contradiction n'est rien d'autre que la s&#233;paration du travailleur et des conditions du travail, le fondement m&#234;me, la possibilit&#233; et le principal r&#233;sultat constamment renouvel&#233; du rapport d'exploitation. Dans le mode de production capitaliste, le travailleur est non seulement d&#233;nu&#233; de toute propri&#233;t&#233;, mais encore s&#233;par&#233; de toute capacit&#233;, en tant qu'individu, de mettre en &#339;uvre les instruments de travail devenus instruments du travail social. Ces deux s&#233;parations co&#239;ncident dans la contradiction du prol&#233;taire, du travailleur &lt;i&gt;libre&lt;/i&gt;, au capital, jusqu'au point o&#249; le travailleur devient lui-m&#234;me &#233;l&#233;ment du capital. &lt;i&gt;C'est ainsi, de fa&#231;on dynamique que le rapport social qu'est la valeur en tant que faire valoir social du travail individuel est une contradiction dans le mode de production capitaliste&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fait ce que le capital pousse jusqu'au stade de la contradiction pour lui-m&#234;me (nous &#233;voquerons au chapitre suivant comment cela advient dans des formes historiquement particuli&#232;res de la contradiction entre prol&#233;tariat et le capital, comme lutte des classes, comme cycle de luttes) c'est le r&#244;le historique de l'&#233;change : avoir abattu les bornes de la production locale ou individuelle, avoir mis, avec la valeur, en relation tous les travaux particuliers &lt;i&gt;dans une s&#233;paration du caract&#232;re concret et social du travail&lt;/i&gt;. Cette s&#233;paration, dans le mode de production capitaliste, c'est le rapport d'exploitation : une contradiction entre des classes. Puisqu'il s'agit de valeur et de travail, ce m&#234;me mouvement de la valeur est aussi, pr&#233;cisons le, la distinction-contradictions entre les femmes et les hommes, c'est-&#224;-dire la question pour les femmes de leur existence en tant que telles et de leur abolition (m&#234;me si les choses ne se passent pas n&#233;cessairement dans le proc&#232;s de production imm&#233;diat que nous consid&#233;rons ici&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-56&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ce serait un autre travail (autre mais non tout autre) de reprendre le (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-56&#034;&gt;56&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;). C'est parce qu'elle est dans ce mode de production cette contradiction que la destruction de la valeur est intrins&#232;que &#224; la r&#233;volution comme communisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;{{}}&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;III) Le cycle de luttes actuel et la destruction de la valeur{}&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La destruction de la valeur et de l'&#233;change se joue dans la contradiction que devient pour le mode de production capitaliste l'ext&#233;riorisation du caract&#232;re social de l'activit&#233;. En subsomption formelle et dans la premi&#232;re &#233;poque de la subsomption r&#233;elle Cette contradiction que, dans le programmatisme, le prol&#233;tariat &#233;tait fond&#233; &#224; r&#233;soudre en s'&#233;rigeant en repr&#233;sentant du travail social, devient, dans le cycle de luttes actuel, une contradiction du prol&#233;tariat &#224; sa propre existence comme classe face au capital.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut revenir aux trois moments de l'exploitation. Dans le premier moment (l'achat-vente de la force de travail), le travail productif fait face au capital comme travail du travailleur individuel isol&#233;. Dans le deuxi&#232;me moment, le capital est le proc&#232;s de consommation de la valeur d'usage de la force de travail : le travail vivant. Cette valeur d'usage appartient au capital et d&#233;veloppe ses forces sociales comme forces sociales du capital, sa socialisation n'est pas celle du travailleur mais propri&#233;t&#233; du capital qui ne paie pas cette force de travail sociale, cela est inh&#233;rent au rapport salarial. Par l&#224;, comme nous l'avons vu, &lt;i&gt;le travail individuel exprim&#233; en g&#233;n&#233;ral, le rapport m&#234;me de la valeur, est devenu rapport entre des classes&lt;/i&gt;. Le troisi&#232;me moment est celui de la transformation de la plus-value en capital additionnel. Ce moment est celui o&#249; l'accumulation du capital transforme une partie de la classe ouvri&#232;re en surnum&#233;raire (de fa&#231;on absolue ou relative), o&#249; du travail n&#233;cessaire est lib&#233;r&#233; et transform&#233; en surtravail. C'est le moment o&#249; l'objectivation des forces sociales du travail dans le capital contredit le travail imm&#233;diat comme mesure de la valeur et &#171; le vol du temps de travail d'autrui &#187; comme celle de la valorisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On sait que le travail socialis&#233; ne l'est que sur une base contradictoire. Tout d'abord, il s'oppose au travail imm&#233;diat productif de plus-value qui est toujours, parce que travail productif de valeur, travail de l'individu isol&#233; devenant activit&#233; du capital. Ensuite, il est socialis&#233;, non en lui-m&#234;me comme travail, ou comme relation avec un autre travail, mais comme &#233;l&#233;ment constitutif du capital, en tant que force sociale du travail objectiv&#233;e et en tant que coexistence des travaux dans le capital circulant. Il devient travail social en opposition au travail imm&#233;diat, mais dans un rapport dont la valeur assure la connexion interne. Enfin, la transformation de la plus-value en capital additionnel, au travers de la baisse tendancielle du taux de profit, oppose &#224; nouveau le travail imm&#233;diat &#224; l'accumulation de la valeur. Dans le cycle de luttes actuel, la contradiction entre les classes se situe au niveau de leur reproduction. Le troisi&#232;me moment fait et boucle l'unit&#233; de la contradiction : la propre existence sociale du prol&#233;tariat objectiv&#233;e dans le capital, face et contradictoirement &#224; lui (c'est-&#224;-dire une contradiction de classes : l'exploitation) rend caduque son existence imm&#233;diate pour lui-m&#234;me au travers des lois m&#234;mes de l'accumulation qui font du capital une contradiction en proc&#232;s (se fondant sur le travail / supprimant le travail).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque la contradiction se situe au niveau de la reproduction, dans cette unit&#233; des trois moments, le rapport du travail social au travail productif de valeur et de plus-value devient lutte de classes en int&#233;grant la remise en cause du travail productif, comme travail individuel tel qu'il existe pour le travailleur, par le travail social lui-m&#234;me qui n'existe que comme force du capital. Le capital est, de fa&#231;on contradictoire au prol&#233;tariat, objectivation n&#233;cessaire des forces sociales du travail, parce que le travail productif est travail individuel (c'est le rapport de la valeur), &lt;i&gt;et&lt;/i&gt; la n&#233;gation du travail productif imm&#233;diat individuel, parce que celui-ci n'est efficient qu'objectiv&#233; comme travail social. &lt;i&gt;Pour le prol&#233;tariat, sa propre existence sociale objectiv&#233;e dans le capital face &#224; lui et contradictoirement &#224; lui dans sa reproduction, rend caduque son existence imm&#233;diate pour lui-m&#234;me. &lt;/i&gt;Parce que c'est le &lt;i&gt;travail&lt;/i&gt; qui en est l'objet, les contradictions de la valeur sont des contradictions de &lt;i&gt;classes&lt;/i&gt; et de &lt;i&gt;genre&lt;/i&gt; et c'est ainsi qu'elles sont objets de luttes et &#224; r&#233;gler.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tant que l'on a une contradiction entre les hommes et les femmes qui se limite &#224; l'in&#233;galit&#233;, la &#171; lib&#233;ration des femmes &#187; est son d&#233;passement, car le travail demeure ce qui est &#224; lib&#233;rer. De m&#234;me, parce qu'elle se r&#233;sout comme programme de r&#233;appropriation par le prol&#233;tariat de ses forces sociales extran&#233;is&#233;es, la contradiction entre le prol&#233;tariat et le capital peut &#234;tre ramen&#233;e aux deux premiers moments de l'exploitation. Il faut le cycle de luttes actuel pour que le fait que le prol&#233;tariat ne se trouve jamais confirm&#233; dans sa contradiction avec le capital devienne quelque chose non pas que la classe combatte, mais la propre manifestation d'elle-m&#234;me contre le capital et que les femmes posent leur propre &#171; d&#233;finition naturelle &#187; comme l'objet de la contradiction qui les d&#233;finit&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-57&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;A la fin des ann&#233;es 1960, la crise de la premi&#232;re phase de la subsomption (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-57&#034;&gt;57&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Dans le troisi&#232;me moment de l'exploitation qui boucle la reproduction du rapport entre les classes dans la baisse tendancielle du taux de profit, d'une part la contradiction entre le prol&#233;tariat et l'existence de ses forces sociales comme capital et, d'autre part, la contradiction entre les hommes et les femmes se d&#233;terminent r&#233;ciproquement comme, en ce qui concerne la premi&#232;re, incluant pour le prol&#233;tariat la caducit&#233; de son existence imm&#233;diate pour lui-m&#234;me et, pour la seconde, la remise en cause du travail et de la population comme principale force productive. Les deux contradictions sont &lt;i&gt;distinctes&lt;/i&gt; mais ne m&#232;nent pas des vies &lt;i&gt;parall&#232;les&lt;/i&gt;. Par rapport d'exploitation, nous entendons ici le rapport du capital au travail comme la seule valeur d'usage qui puisse lui faire face, c'est-&#224;-dire que dans ce rapport sont toujours jointes l'extorsion de plus-value et la population comme principale force productive, c'est-&#224;-dire la contradiction entre le prol&#233;tariat et le capital et la distinction&#8211;contradiction de genre entre hommes et femmes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Tant que la contradiction n'est pas apparue, les conditions, dans lesquelles les individus entrent en relation entre eux sont des conditions inh&#233;rentes &#224; leur individualit&#233;, elles ne sont nullement ext&#233;rieures et seules, elles permettent &#224; ces individus d&#233;termin&#233;s et existant dans des conditions d&#233;termin&#233;es de produire leur vie mat&#233;rielle et tout ce qui en d&#233;coule &lt;i&gt;ce sont donc des conditions de leur manifestation actives de soi et elles sont produites par cette manifestation de soi&lt;/i&gt;. En cons&#233;quence, tant que la contradiction n'est pas encore intervenue, les conditions d&#233;termin&#233;es, dans lesquelles les individus produisent &lt;i&gt;correspondent donc &#224; leur limitation effective, &#224; leur existence born&#233;e&lt;/i&gt;, dont le caract&#232;re limit&#233; ne se r&#233;v&#232;le qu'avec l'apparition de la contradiction et existe de ce fait pour la g&#233;n&#233;ration post&#233;rieure. Alors cette condition appara&#238;t comme une entrave accidentelle, alors on attribue &#224; l'&#233;poque ant&#233;rieure la conscience qu'elle &#233;tait une entrave. &#187; (Marx, &lt;i&gt;l'Id&#233;ologie allemande&lt;/i&gt;, Ed. Sociales, p. 98).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce cycle de luttes, pour les prol&#233;taires et pour les femmes la contradiction est apparue. Le travail productif dans sa contradiction avec l'objectivation des forces sociales du travail non seulement se voit en elles, mais encore les consid&#232;re r&#233;ellement comme capital, c'est-&#224;-dire se voit en elles en ce qu'elles sont sa propre n&#233;gation &lt;i&gt;et&lt;/i&gt; se consid&#232;re comme corollaire de ce qui le nie, consid&#232;re ce qui le nie comme &lt;i&gt;sa propre raison d'&#234;tre&lt;/i&gt; &#224; lui. Qu'il s'agisse du prol&#233;tariat ou des femmes, l'unit&#233; des trois moments fait que les deux premiers apparaissent dans leur unit&#233; et que le troisi&#232;me est inclus par l&#224; dans leur contradiction. C'est la valeur qui est alors en jeu et ce qui nous fait parler de destruction de la valeur n'est pas ailleurs. Et toutes les tentatives de destruction seraient du donquichottisme si nous ne trouvions pas enfouies dans la valeur et dans les entrailles de la soci&#233;t&#233; telle qu'elle est, les contradictions qui, dans la r&#233;volution, l'impose. C'est dans leur d&#233;termination r&#233;ciproque comme contradiction que la contradiction entre les femmes et les hommes et entre le prol&#233;tariat et le capital d&#233;finissent leur d&#233;passement en tant que communisme comme destruction de la valeur et non la d&#233;finition du communisme et de son &#171; fonctionnement &#187; qui impliquerait pour &#234;tre tel qu'il doit &#234;tre cette abolition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les femmes et les prol&#233;taires ne peuvent et ne veulent rester ce qu'ils sont. C'est alors dans les pratiques de ces prol&#233;taires et de ces femmes qui constitueront la communisation que la valeur sera d&#233;truite et apr&#232;s &#8230; le communisme sera ce qu'il sera.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Il faut tout de m&#234;me signaler la publication de deux brochures : &lt;i&gt;Soul&#232;vement arabe, classes&lt;sup&gt;&lt;a href='https://theoriecommuniste.org/Classes' title=&#034;D&#233;finition&#160;: Les classes ne sont ni des sommes d'individus regroup&#233;s par un int&#233;r&#234;t (&#8230;)&#034;&gt;?&lt;/a&gt;&lt;/sup&gt; / genre&lt;/i&gt; (avril 2014) et &lt;i&gt;68, ann&#233;e th&#233;orique&#8230;, etc. / de l'Ultragauche &#224; la th&#233;orie de la communisation&lt;/i&gt; (janvier 2015).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir dans ce n&lt;strong&gt;&#176; &lt;/strong&gt;&lt;i&gt;A propos de Charlie (suite)&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir dans ce n&#176; &lt;i&gt;A propos de Charlie / le citoyen, l'Autre et l'Etat.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir dans ce n&#176; &lt;i&gt;Notes sur les classes moyennes&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Nous traduisons par &#171; malheurs &#187; (le sens de &#171; malchances &#187; est &#233;galement possible) le terme de &#171; &lt;i&gt;misfortunes&lt;/i&gt; &#187; utilis&#233; par les camarades d'&lt;i&gt;Endnotes&lt;/i&gt; en sous-titre du n&#176;3 de leur revue : &#171; &lt;i&gt;Gender, race, class and other misfortunes&lt;/i&gt; &#187;. Dans le cours de l'&#233;ditorial de ce n&#176; d'&lt;i&gt;Endnotes&lt;/i&gt;, on peut lire : &#171; Cette contradiction (entre valeur d'usage et valeur d'&#233;change, nda) donne naissance &#224; de multiples antagonismes, &#224; l'int&#233;rieur des soci&#233;t&#233;s capitalistes, dont entre autres l'antagonisme de classe. D'autres existent autour : race, genre, sexualit&#233;, nation, m&#233;tier ou qualification, croyance religieuse, statut migratoire, etc. &#187;. Toute cette conception est critiqu&#233;e dans un texte &#224; para&#238;tre prochainement &lt;i&gt;Contradiction(s), antagonismes et id&#233;ologie&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Nous d&#233;velopperons prochainement la critique de la &lt;i&gt;dialectique syst&#233;matique&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir une pr&#233;sentation de cette id&#233;e dans &lt;i&gt;Une s&#233;quence particuli&#232;re&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir dans &lt;i&gt;Sic&lt;/i&gt; 2&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Faites par un membre de TC, ces propositions &#233;taient destin&#233;es, face &#224; la masse de mat&#233;riel disponible, &#224; publier dans &lt;i&gt;Sic &lt;/i&gt;2 en priorit&#233; les textes portant sur des luttes et &#224; repousser &#224; &lt;i&gt;Sic&lt;/i&gt; 3 les textes th&#233;oriques plus &#171; fondamentaux &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ce d&#233;bat a montr&#233; que pour certains la communisation peut aussi &#234;tre un projet politique n&#233;o-programmatique.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir dans ce n&#176; le texte &lt;i&gt;Communisation, communisme, valeur.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Comme Chris Arthur et sa &#171; dialectique syst&#233;matique &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Dans la &lt;i&gt;R&#233;ponse aux Am&#233;ricaines&lt;/i&gt; (TC 24, pp.92-93), il est pr&#233;cis&#233; que l'unit&#233; (le capital comme contradiction en proc&#232;s) n'est pas quelque chose qui s'autod&#233;termine en deux contradictions. L'unit&#233; est produite par la sp&#233;cificit&#233; de chaque contradiction.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Dans la mesure o&#249;, de son c&#244;t&#233;, il &lt;i&gt;isole&lt;/i&gt; la contradiction entre femmes et hommes au mieux dans un &#171; rapport de production &#187; propre, il est tr&#232;s difficile pour le f&#233;minisme de parvenir &#224; penser par quel processus social on parvient &#224; la situation o&#249; &#171; la distinction entre les sexes n'a plus de pertinence sociale &#187; (Christine Delphy, &lt;i&gt;L'ennemi principal&lt;/i&gt;, Ed. Syllepse, t.2, p.87).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sur l'utilisation de ces deux termes chez Marx, voir dans ce n&#176; le texte &lt;i&gt;Contradiction (s), antagonismes et id&#233;ologie&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;A la place de &#171; personnalisation &#187;, le terme de &#171; naturalisation &#187; aurait pu convenir, mais nous pr&#233;f&#233;rons conserver ce dernier terme pour la production de la cat&#233;gorie &#171; femmes &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Mode de production et soci&#233;t&#233; ne se confondent pas : &lt;i&gt;Fondements&lt;/i&gt; t. 1, pp. 212 et 226 et t.2, p.230)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-18&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-18&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sur cette id&#233;e d'appropriation, on peut se r&#233;f&#233;rer &#224; Alessi del Umbria, &lt;i&gt;Histoire universelle de Marseille&lt;/i&gt;, principalement l'introduction (Ed. Agone).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-19&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-19&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;19&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Marx d&#233;veloppe par ailleurs que la rente sur les terrains &#224; b&#226;tir suit les m&#234;mes lois que celle sur les terrains agricoles ou miniers.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-20&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-20&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;20&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Etre de quelque part &#187; ne concerne ici que la relation &#224; des territoires, sont artificiellement laiss&#233;es de c&#244;t&#233; les questions de &#171; culture &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-21&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-21&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-21&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;21&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Dans le chapitre &#171; Rente sur les terrains &#224; b&#226;tir &#187;, Marx explique cette &#171; valeur artificielle &#187; comme une variante de la rente diff&#233;rentielle qu'il nomme alors &#171; prix de monopole &#187; (&lt;i&gt;Le Capital&lt;/i&gt;, t.8, p.158).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-22&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-22&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-22&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;22&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Engels ne pouvait pas pr&#233;voir le r&#244;le de t&#234;te de pont jou&#233; par les &#233;tablissements culturels (officiels ou parall&#232;les) et une population pas toujours ais&#233;e mais &#224; fort capital culturel (avec ses associations et ses manifestations de &#171; d&#233;fense du quartier &#187;) dans ces processus de &#171; r&#233;novation urbaine &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-23&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-23&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-23&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;23&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;cf. TC 7 &lt;i&gt;Le nouveau cycle de luttes&lt;/i&gt; : gr&#232;ve de Vitoria en 1976 ; les banlieues de Barcelone lors du mouvement des Assembl&#233;es en 1976 et 1977 et, pour une approche plus g&#233;n&#233;rale, cf. Auffray et &lt;i&gt;alii&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;La gr&#232;ve et la ville&lt;/i&gt; - surtout le chapitre de conclusion &#8211; Ed. Christian Bourgois.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-24&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-24&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-24&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;24&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Nous publions ici la quatri&#232;me de couverture d'un livre &#224; para&#238;tre aux &#233;ditions Senonevero sous la signature de Th&#233;o Cosme, portant le m&#234;me titre&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-25&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-25&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-25&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;25&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pour une analyse plus compl&#232;te de cette situation actuelle dans laquelle s'inscrit cette mobilisation, voir le texte de Th&#233;orie Communiste, &lt;i&gt;Une s&#233;quence particuli&#232;re, o&#249; en sommes-nous dans la crise ?&lt;/i&gt; (sur le site de Dndf et celui de &lt;i&gt;Th&#233;orie communiste&lt;/i&gt;)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-26&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-26&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-26&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;26&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir Hegel, &lt;i&gt;Prop&#233;deutique philosophique&lt;/i&gt;, chapitre &lt;i&gt;Doctrine du concept&lt;/i&gt;, paragraphes num&#233;rot&#233;s de 2 &#224; 10.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-27&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-27&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-27&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;27&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pour les raisons sociales et &#233;conomiques de cette construction, voir le texte &lt;i&gt;M. Le Pen et la fin de l'identit&#233; ouvri&#232;re&lt;/i&gt;, Th&#233;orie Communiste n&#176; 18. Cependant, depuis la r&#233;daction de ce texte en 2002, nous sommes pass&#233;s d'une adh&#233;sion &#171; en n&#233;gatif &#187; (la disparition de l'identit&#233; ouvri&#232;re) &#224; une adh&#233;sion positive dans le cadre des d&#233;terminations et des formes sociales d'apparition de la crise (cf. l&#224; aussi &lt;i&gt;Une s&#233;quence particuli&#232;re&lt;/i&gt;, m&#234;me si ce texte est criticable : principalement sur l'opposition rigide entre rapports de production et rapports de distribution sur laquelle il fonctionne en grande partie).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-28&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-28&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-28&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;28&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Le communisme sera l'interaction d'individus singuliers que ne subsume aucune communaut&#233;, en cela l'appellation m&#234;me de &#171; communisme &#187; comme &#233;tat social est probl&#233;matique.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-29&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-29&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-29&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;29&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Il semblerait que la &#171; gentille beurette &#187; figure m&#233;diatique de la d&#233;cennie pr&#233;c&#233;dente ait disparu.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-30&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-30&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-30&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;30&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;En ce qui concerne la &#171; mise au second plan &#187; des &#171; appartenances communautaires &#187;, c'est faux, vue l'absence massive (si l'on peut dire) de la &#171; communaut&#233; musulmane &#187;. Ce qui, en la circonstance, ne peut &#234;tre consid&#233;r&#233; comme accessoire.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-31&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-31&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-31&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;31&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cette ad&#233;quation du citoyen (m&#234;me en tant que tel) &#224; l'Etat est actuellement tr&#232;s instable soit que l'individu concret mine le citoyen, soit que l'Etat n'existe plus comme le corollaire du citoyen et de la soci&#233;t&#233; civile.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-32&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-32&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-32&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;32&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Nous sommes ici au niveau de l'id&#233;ologie sous laquelle peut op&#233;rer le jeu de cache-cache entre rapports de production et rapports de distribution (cf., malgr&#233; ses limites, &lt;i&gt;Une s&#233;quence particuli&#232;re&lt;/i&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-33&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-33&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-33&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;33&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir dans ce n&#176; de TC le texte &lt;i&gt;Une s&#233;quence particuli&#232;re&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-34&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-34&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-34&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;34&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir dans ce n&#176; de TC les notes sur les classes moyennes &#224; la suite du texte &lt;i&gt;Une s&#233;quence particuli&#232;re&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-35&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-35&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-35&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;35&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Le syst&#232;me des bons qu'avance Marx dans la &lt;i&gt;Critique du programme de Gotha&lt;/i&gt;, n'est pas une &#233;galisation des travaux ni de la distribution, le syst&#232;me proclame son in&#233;galit&#233; et sa continuit&#233; avec le droit bourgeois. Il ne s'agit pas du fonctionnement de la soci&#233;t&#233; communiste en g&#233;n&#233;ral, ni m&#234;me d'une p&#233;riode de transition, mais de cette soci&#233;t&#233; &#171; &lt;i&gt;telle qu'elle sort de la r&#233;volution&lt;/i&gt; &#187; qui a aboli la soci&#233;t&#233; ant&#233;rieure. Nous reprendrons la m&#234;me perspective dans une situation qui n'est plus celle des ann&#233;es 1870.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-36&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-36&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-36&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;36&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Un &#234;tre qui se compl&#232;te avec des objets ext&#233;rieurs qu'il fait devenir pour lui (voir Marx, &lt;i&gt;Manuscrits de 1844&lt;/i&gt;, Ed. Soc., p.136).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-37&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-37&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-37&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;37&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Travail et distinction de genre sont &lt;i&gt;essentiellement&lt;/i&gt; joints&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-38&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-38&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-38&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;38&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Nous appelons &#171; socialisation &#187; toute forme d'&lt;i&gt;appropriation&lt;/i&gt;, m&#234;me collective et &#233;galitaire, de moyens de production ou de ressources d'un territoire, se situant vis-&#224;-vis d'une autre appropriation et &#233;tant en possession d'un produit.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-39&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-39&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-39&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;39&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; D'apr&#232;s les lois de l'&#233;conomie bourgeoise, la plus grande partie du produit n'appartient pas aux travailleurs qui l'ont cr&#233;&#233;. Si nous disons alors : c'est injuste, ce ne doit pas &#234;tre, cela n'a rien &#224; voir avec l'&#233;conomie. Nous disons seulement que ce fait &#233;conomique est en contradiction avec notre sentiment moral. C'est pourquoi Marx n'a jamais fond&#233; l&#224;-dessus ses revendications communistes, (&#8230;) Mais ce qui peut-&#234;tre formellement faux au point de vue &#233;conomique, peut &#234;tre encore exact au point de vue de l'histoire universelle. Si le sentiment moral de la masse regarde un fait &#233;conomique, autrefois l'esclavage ou le servage, comme injuste, cela prouve que ce fait lui-m&#234;me ets une survivance ; que d'autres faits &#233;conomiques se sont produits gr&#226;ce auxquels le premier est devenu insupportable, insoutenable. Derri&#232;re l'inexactitude &#233;conomique formelle peut donc se cacher un contenu &#233;conomique tr&#232;s r&#233;el. (Engels, &lt;i&gt;Pr&#233;face &#224; la premi&#232;re &#233;dition allemande de Mis&#232;re de la Philosophie&lt;/i&gt;, 1884, in &lt;i&gt;Mis&#232;re de la Philosophie&lt;/i&gt;, Ed. Sociales, p.29)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-40&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-40&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-40&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;40&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir &lt;i&gt;Tel Quel&lt;/i&gt; (&lt;i&gt;Th&#233;orie Communiste&lt;/i&gt; 24, p.13) : les rapport entre hommes et femmes et entre prol&#233;tariat et capital se construisent r&#233;ciproquement comme contradictions et constituent par l&#224; ce que nous appelons &#171; le capital comme contradiction en proc&#232;s &#187; qui est la capacit&#233; du travail, toujours remise en cause dans sa propre effectuation, &#224; &#234;tre la mesure de la richesse et la source unique de la valorisation.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-41&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-41&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-41&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;41&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Le mode de production capitaliste est le premier mode de production qui a un probl&#232;me structurel, dans sa propre dynamique d'accumulation et de reproduction, avec le travail et la population. Par l&#224;, il est le premier mode de production dans lequel la distinction de genres est non seulement une oppression et un conflit, mais encore une contradiction.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-42&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-42&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-42&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;42&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; De m&#234;me que la propri&#233;t&#233; priv&#233;e n'est que l'expression sensible du fait que l'homme devient &#224; la fois &lt;i&gt;objectif &lt;/i&gt;pour lui-m&#234;me et en m&#234;me temps au contraire un objet &#233;tranger pour lui-m&#234;me et non-humain, que la manifestation de sa vie est l'ali&#233;nation de sa vie, que sa r&#233;alisation est sa privation de r&#233;alit&#233;, une r&#233;alit&#233; &lt;i&gt;&#233;trang&#232;re&lt;/i&gt;, de m&#234;me l'abolition positive de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e, c'est-&#224;-dire l'appropriation sensible pour les hommes et par les hommes de la vie de l'&#234;tre humain, des hommes objectifs, des &#339;uvres humaines, ne doit pas &#234;tre saisie seulement dans le sens de la &lt;i&gt;jouissance imm&#233;diate&lt;/i&gt;, exclusive, dans le sens de la &lt;i&gt;possession&lt;/i&gt;, de l'&lt;i&gt;avoir&lt;/i&gt;. L'homme s'approprie son &#234;tre universel d'une mani&#232;re universelle, donc en tant qu'homme total. Chacun de ses rapports &lt;i&gt;humains&lt;/i&gt; avec le monde, la vue, l'ou&#239;e, l'odorat, le go&#251;t, le toucher, la pens&#233;e, la contemplation, le sentiment, la volont&#233;, l'activit&#233;, l'amour, bref tous les organes de son individualit&#233;, comme les organes qui dans leur forme, sont imm&#233;diatement des organes sociaux, sont dans leur comportement &lt;i&gt;objectif&lt;/i&gt; ou dans leur &lt;i&gt;rapport &#224; l'objet&lt;/i&gt; l'appropriation de la r&#233;alit&#233; &lt;i&gt;humaine&lt;/i&gt; ; leur rapport &#224; l'objet est la &lt;i&gt;manifestation de la r&#233;alit&#233; humaine&lt;/i&gt; ; c'est l'&lt;i&gt;activit&#233;&lt;/i&gt; humaine et la &lt;i&gt;souffrance&lt;/i&gt; humaine car, comprise au sens humain, la souffrance est une jouissance que l'homme a de soi. &#187; (Marx, &lt;i&gt;Manuscrits de 1844&lt;/i&gt;, Ed. Soc., pp. 90-91). Ce paragraphe est imm&#233;diatement suivi par le fragment que nous utiliserons plus loin : &#171; La propri&#233;t&#233; nous a rendu si sots et si born&#233;s qu'un objet n'est n&#244;tre que lorsque nous l'avons&#8230; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-43&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-43&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-43&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;43&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Marx dit le contraire dans l'extrait des &lt;i&gt;Fondements&lt;/i&gt; (t.1, pp. 109-110) cit&#233; plus loin dans ce texte.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-44&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-44&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-44&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;44&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cf. &lt;i&gt;Pour en finir avec la critique du travail&lt;/i&gt;, in TC 17.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-45&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-45&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-45&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;45&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Nous nous expliquerons plus loin sur ce que l'on peut entendre par &#171; communautaire &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-46&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-46&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-46&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;46&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;L'histoire de l'URSS peut &#234;tre lue comme la longue marche de la classe capitaliste dominant collectivement vers sa libre existence comme classe capitaliste&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-47&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-47&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-47&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;47&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Marx &#233;crit ici &#171; &lt;i&gt;reelle Gemeinwessen&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-48&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-48&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-48&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;48&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Etranges guillemets qui n'existaient pas pour &#171; social &#187;, &#171; en soci&#233;t&#233; &#187;, etc., d'autant plus qu'il ne s'agit pas, par ces guillemets, de rendre compte d'une difficult&#233; de traduction, dans la mesure o&#249; ils sont pr&#233;sents dans le texte allemand : &#171; Gesellschaft &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-49&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-49&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-49&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;49&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir plus loin les probl&#232;mes soulev&#233;s par le texte d'une lettre de Marx &#224; Kugelmann&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-50&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-50&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-50&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;50&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Non seulement la r&#233;volution n'est pas le r&#233;sultat de la transcroissance de la mont&#233;e en puissance de la classe, la victoire et l'affirmation de sa situation dans le mode de production capitaliste, mais encore, le contenu de ce saut qualitatif est de se retourner contre ce qui l'a produit. Ce retournement c'est le bouleversement de la hi&#233;rarchie des instances du mode de production qui est la m&#233;canique de son autopr&#233;supposition. Toutes les causalit&#233;s et l'ordonnance &lt;i&gt;normale&lt;/i&gt; des instances du mode de production (&#233;conomie, relations de genre, droit, politique, id&#233;ologie&#8230;) concourant dans cette normalit&#233; &#224; sa reproduction se trouvent min&#233;es. (&#8230;) Les contradictions se recomposent, s'unissent en une &lt;i&gt;unit&#233; de rupture&lt;/i&gt;, la pratique r&#233;volutionnaire, les mesures communisatrices, bouleversent la hi&#233;rarchie des instances du mode de production par laquelle sa reproduction &#233;tait le sens immanentes de chacune. Au-del&#224; de cette immanence, de cette autopr&#233;supposition, qui contient et n&#233;cessite la hi&#233;rarchie &#233;tablie des instances, il y a de l'impr&#233;visible et de l'&#233;v&#233;nement. La conjoncture est la m&#233;canique, les rouages intimes, du saut qualitatif en laquelle se brise la r&#233;p&#233;tition du mode de production. &#187; (&lt;i&gt;Tel Quel&lt;/i&gt;, TC 24, pp.19-20).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-51&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-51&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-51&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;51&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; &lt;i&gt;Deuxi&#232;me particularit&#233; de la forme &#233;quivalent&lt;/i&gt; : le travail concret devient la forme de manifestation de son contraire, le travail humain abstrait. &#187; (&lt;i&gt;Le Capital&lt;/i&gt;, Ed. Sociales, t.1, p.72)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-52&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-52&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-52&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;52&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Quand on consid&#232;re la formule du taux de profit, soit Pl / C+V, on consid&#232;re que Pl croit en raison de la croissance de V, comme si V &#233;tait exclusivement constitu&#233; de travail productif de Pl. Cela n'est &#233;videmment plus le cas au fur et mesure que le travail accro&#238;t sa puissance productive. Dans la formule du taux de profit, la croissance de V peut &#234;tre en grande partie consid&#233;r&#233;e comme semblable &#224; celle de C quant &#224; son impact sur le taux de profit. Bien s&#251;r l'appellation de capital variable devient alors sujette &#224; d&#233;bats.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-53&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-53&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-53&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;53&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Il importe de consid&#233;rer dans toute sa force ce terme de &#171; &lt;i&gt;transubstantiation&lt;/i&gt; &#187;. Il appartient &#224; la controverse entre luth&#233;riens, calvinistes et catholiques romains &#224; propos de l'eucharistie. La transubstantiation d&#233;finit la doctrine romaine (concile de Trente) : l'eucharistie est la transformation de toute la substance du pain et du vin en corps et sang du Christ, m&#234;me si les qualit&#233;s &lt;i&gt;ext&#233;rieures&lt;/i&gt; du pain et du vin subsistent apr&#232;s cette transformation. Cette doctrine s'oppose &#224; la &lt;i&gt;consubstantiation&lt;/i&gt; luth&#233;rienne : le corps et le sang du christ sont pr&#233;sents r&#233;ellement et substantiellement dans le pain et le vin, &lt;i&gt;conjointement&lt;/i&gt; &#224; la substance m&#234;me du pain et du vin. Pour les calvinistes, il n'y a pas de pr&#233;sence r&#233;elle dans l'eucharistie, mais simplement une pr&#233;sence spirituelle.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-54&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-54&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-54&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;54&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Si nous reprenons ici en partie l'analyse du concept de tendance pr&#233;sent&#233;e par Balibar &#224; propos de la baisse tendancielle du taux de profit et que nous l'appliquons &#224; la promotion du travail de l'individu en travail social, nous nous en distinguons radicalement sur le point fondamental de cette analyse. Balibar ne con&#231;oit de contradiction qu'entre les &#171; effets &#187;, un &#171; ph&#233;nom&#232;ne d&#233;riv&#233; &#187; (Balibar), la cause unique n'&#233;tant pas elle-m&#234;me contradictoire. L'expos&#233; de Balibar est absolument rigoureux si l'on demeure dans une probl&#233;matique de la &#171; structure de production &#187; comme &lt;i&gt;condition&lt;/i&gt;. Balibar &#233;crit apr&#232;s avoir &#233;tudi&#233; la loi de la baisse tendancielle du taux de profit et ses contre-tendances : &#171; Mais l'analyse de cette lutte (la lutte des classes, nda) et des rapports sociaux politiques qu'elle implique ne fait pas partie de l'&#233;tude de la structure de production &#187; (&lt;i&gt;idem&lt;/i&gt;, p.547). Nous avons souvent expos&#233; dans TC que cette loi de la baisse tendancielle du taux de profit est imm&#233;diatement une contradiction entre le prol&#233;tariat et le capital, contradiction du capital pour lui-m&#234;me et lutte des classes, il en est de m&#234;me pour la promotion du travail individuel au rang de travail social.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-55&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-55&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-55&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;55&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir &lt;i&gt;Tel Quel&lt;/i&gt; (&lt;i&gt;Th&#233;orie Communiste&lt;/i&gt; 24, p.13) : les rapport entre hommes et femmes et entre prol&#233;tariat et capital se construisent r&#233;ciproquement comme contradictions et constituent par l&#224; ce que nous appelons &#171; le capital comme contradiction en proc&#232;s &#187; qui est la capacit&#233; toujours remise en cause dans sa propre effectuation du travail &#224; &#234;tre la mesure de la richesse et la source unique de la valorisation.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-56&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-56&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-56&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;56&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ce serait un autre travail (autre mais non tout autre) de reprendre le devenir contradictoire du capital comme valeur en proc&#232;s comme distinction de genres et contradiction entre les hommes et les femmes. Travail qui serait pour nous (TC) extr&#234;mement difficile &#224; effectuer en raison du poids de notre &#171; bagage th&#233;orique &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-57&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-57&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-57&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;57&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;A la fin des ann&#233;es 1960, la crise de la premi&#232;re phase de la subsomption r&#233;elle du travail sous le capital en signant la caducit&#233; du programmatisme, c'est-&#224;-dire la caducit&#233; de la r&#233;volution comme lib&#233;ration du travail, modifie la dynamique et la perspective de la contradiction entre les hommes et les femmes. Quand le travail et la population comme principales forces productives (celles qui les r&#233;sument toutes) ne peuvent plus &#234;tre une puissance r&#233;volutionnaire, le fait m&#234;me d'&#234;tre femme peut alors &#234;tre pos&#233; comme objet de la lutte des femmes. On ne pouvait concevoir le fait &#171; d'&#234;tre femme &#187; comme une production et assignation purement sociale dans le cadre du mode de production capitaliste tant que l'abolition de ce mode de production &#233;tait l'affirmation du travail et conjointement la &#171; glorification &#187; des femmes pouvant l'&#234;tre librement. &#171; Etre femme &#187; n'est plus pour les individus une condition inh&#233;rente &#224; leur individualit&#233;, c'est une condition ext&#233;rieure. La sp&#233;cificit&#233; de la p&#233;riode o&#249; co&#239;ncident la fin du programmatisme et la vague f&#233;ministe de la fin des ann&#233;es 1960 est d'avoir conf&#233;r&#233; comme contenu essentiel et probl&#233;matique &#224; la contradiction entre les hommes et les femmes &lt;i&gt;l'existence naturelle du corps f&#233;minin&lt;/i&gt;, le sexe et la sexualit&#233; comme d&#233;finition des femmes. La revendication des droits, de l'ind&#233;pendance et de l'&#233;galit&#233; en s'intriquant avec la question du corps produit et rencontre dans le fait d'&#234;tre femme sa propre limite, car le sujet au nom duquel la libert&#233; et l'&#233;galit&#233; sont revendiqu&#233;es est en soi, dans son existence corporelle m&#234;me comme distinction, la raison d'&#234;tre de la domination et de l'in&#233;galit&#233;. &#171; Etre femme &#187;, objet de la lutte et enjeu, est ce qui ne va plus de soi. Le genre se met &#224; pr&#233;c&#233;der le sexe. C'est la &#171; nature &#187; qui est mise en jeu.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		
		<enclosure url="https://theoriecommuniste.org/IMG/odt/tc_25_mai_2016_.odt" length="250233" type="application/vnd.oasis.opendocument.text" />
		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>68 Ann&#233;e Th&#233;orique</title>
		<link>https://theoriecommuniste.org/la-revue/article/68-annee-theorique</link>
		<guid isPermaLink="true">https://theoriecommuniste.org/la-revue/article/68-annee-theorique</guid>
		<dc:date>2015-01-15T18:29:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>TC</dc:creator>


		<dc:subject>S&#233;rie Marseille</dc:subject>
		<dc:subject>Ultragauche</dc:subject>
		<dc:subject>Autonomie</dc:subject>
		<dc:subject>Communisation</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;TH&#201;ORIE COMMUNISTE &lt;br class='autobr' /&gt;
68, ann&#233;e th&#233;orique &#8230;, etc. &lt;br class='autobr' /&gt;
De l'ultragauche &#224; la th&#233;orie de la communisation &lt;br class='autobr' /&gt;
Janvier 2015 &lt;br class='autobr' /&gt;
Nous consid&#232;rerons l'ultragauche comme une chose absolument pass&#233;e. Au travers des luttes de la &#171; p&#233;riode 1968 &#187; &#233;merge par bribes, de fa&#231;on heurt&#233;e, et par des critiques successives, un nouveau paradigme th&#233;orique de la lutte de classe ? et de la distinction de genre, de la r&#233;volution et du communisme que nous qualifions comme celui de la communisation. C'est l'&#233;mergence de (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://theoriecommuniste.org/la-revue/" rel="directory"&gt;La Revue&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://theoriecommuniste.org/mot/serie-marseille" rel="tag"&gt;S&#233;rie Marseille&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://theoriecommuniste.org/mot/ultragauche" rel="tag"&gt;Ultragauche&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://theoriecommuniste.org/mot/autonomie" rel="tag"&gt;Autonomie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://theoriecommuniste.org/mot/communisation" rel="tag"&gt;Communisation&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://theoriecommuniste.org/local/cache-vignettes/L107xH150/68anneetheorique-dce72.jpg?1769360808' class='spip_logo spip_logo_right' width='107' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;TH&#201;ORIE COMMUNISTE&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;68, ann&#233;e th&#233;orique &#8230;, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De l'ultragauche &#224; la th&#233;orie de la communisation&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Janvier 2015&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous consid&#232;rerons l'ultragauche comme une chose absolument pass&#233;e&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#192; plusieurs reprises ce texte de s'inspire plus ou moins librement de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Au travers des luttes de la &#171; p&#233;riode 1968 &#187; &#233;merge par bribes, de fa&#231;on heurt&#233;e, et par des critiques successives, un nouveau paradigme th&#233;orique de la lutte de classe&lt;sup&gt;&lt;a href='https://theoriecommuniste.org/Classes' title=&#034;D&#233;finition&#160;: Les classes ne sont ni des sommes d'individus regroup&#233;s par un int&#233;r&#234;t (&#8230;)&#034;&gt;?&lt;/a&gt;&lt;/sup&gt; et de la distinction de genre, de la r&#233;volution et du communisme que nous qualifions comme celui de la &lt;i&gt;communisation&lt;/i&gt;&lt;i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dans un premier temps, nous aborderons ce concept par touches successives (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;. C'est l'&#233;mergence de ce nouveau paradigme au travers d'un nouveau cycle de luttes et de l'accomplissement de la restructuration du capital amorc&#233;e dans les ann&#233;es 1970 qui est l'objet de cette brochure. Cette restructuration du rapport d'exploitation fut une contre-r&#233;volution qui rendit absolument et d&#233;finitivement caduque la probl&#233;matique des Gauches construite dans la vague r&#233;volutionnaire qui suivit la Premi&#232;re Guerre mondiale.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034; id='RESTRUCTURATION-ET-IDENTITE-OUVRIERE'&gt;
&lt;a id=&#034;__RefHeading___Toc6367_155729733&#034;&gt;&lt;/a&gt;
RESTRUCTURATION ET IDENTITE OUVRIERE&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La restructuration du mode de production capitaliste qui a accompagn&#233; la crise de la fin des ann&#233;es 1960 au d&#233;but des ann&#233;es 1980 a &#233;t&#233; une d&#233;faite ouvri&#232;re, la d&#233;faite de l'identit&#233; ouvri&#232;re, quelles que soient les formes sociales et politiques de son existence (des Partis Communistes &#224; l'autonomie ; de l'&#201;tat socialiste aux Conseils ouvriers)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toutes les caract&#233;ristiques du proc&#232;s de production imm&#233;diat (travail &#224; la cha&#238;ne, coop&#233;ration, production-entretien, travailleur collectif, continuit&#233; du proc&#232;s de production, sous-traitance, segmentation de la force de travail), toutes celles de la reproduction (travail, ch&#244;mage, formation, welfare, famille), toutes celles qui faisaient de la classe une d&#233;termination de la reproduction du capital lui-m&#234;me (service public, bouclage de l'accumulation sur une aire nationale, inflation glissante, &#171; partage des gains de productivit&#233; &#187;), tout ce qui posait le prol&#233;tariat en interlocuteur national socialement et politiquement, tout cela fondait une &lt;i&gt;identit&#233; ouvri&#232;re&lt;/i&gt;, confirm&#233;e &#224; l'int&#233;rieur m&#234;me de la reproduction du mode de production capitaliste, &#224; partir de laquelle se jouait le contr&#244;le sur l'ensemble de la soci&#233;t&#233; comme gestion et h&#233;g&#233;monie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette identit&#233; ouvri&#232;re qui constituait le &lt;i&gt;mouvement ouvrier&lt;/i&gt; et structurait la lutte des classes, y int&#233;grant m&#234;me la division de l'accumulation mondiale avec le &#171; socialisme r&#233;el &#187;, reposait sur &lt;i&gt;la contradiction entre d'une part la cr&#233;ation et le d&#233;veloppement d'une force de travail mise en oeuvre par le capital de fa&#231;on de plus en plus collective et sociale, et d'autre part les formes apparues comme limit&#233;es de l'appropriation par le capital de cette force de travail dans le proc&#232;s de production imm&#233;diat et dans le proc&#232;s de reproduction.&lt;/i&gt; Voil&#224; la situation conflictuelle qui se d&#233;veloppait comme identit&#233; ouvri&#232;re, qui trouvait ses marques et ses modalit&#233;s imm&#233;diates de reconnaissance (sa confirmation) dans la &#171; grande usine &#187;, dans la dichotomie entre emploi et ch&#244;mage, travail et formation, dans la soumission du proc&#232;s de travail &#224; la collection des travailleurs, dans les relations entre salaires, croissance et productivit&#233; &#224; l'int&#233;rieur d'une aire nationale, dans les repr&#233;sentations institutionnelles que tout cela implique, tant dans l'usine qu'au niveau de l'&#201;tat, et &lt;i&gt;last but non least&lt;/i&gt; dans la l&#233;gitimit&#233; et la fiert&#233; sociale et culturelle d'&#234;tre ouvrier. L'identit&#233; ouvri&#232;re &#233;tait le fondement du cycle de luttes s'&#233;tendant durant la premi&#232;re phase de la subsomption r&#233;elle du travail sous le capital, des ann&#233;es 1920 &#224; la fin des ann&#233;es 1960. Il y avait bien autopr&#233;supposition du capital, conform&#233;ment au concept de capital, mais la contradiction entre prol&#233;tariat et capital ne pouvait se situer &#224; ce niveau, en ce qu'il y avait production et confirmation &#224; l'int&#233;rieur m&#234;me de cette autopr&#233;supposition d'une identit&#233; ouvri&#232;re par laquelle se structurait, comme mouvement ouvrier, la lutte de classe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'extraction de plus-value sous son mode relatif, aussi bien au niveau du proc&#232;s de production imm&#233;diat qu'&#224; celui de la reproduction d'ensemble, est le principe de d&#233;veloppement et de mutation de la subsomption r&#233;elle. &#192; ces deux niveaux (production / reproduction) apparaissent, durant la premi&#232;re phase de la subsomption r&#233;elle, les obstacles &#224; la poursuite de l'accumulation telle que l'extraction de plus-value sous son mode relatif avait elle-m&#234;me structur&#233; cette accumulation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'agissait de tout ce qui &#233;tait devenu une entrave &#224; la fluidit&#233; de l'auto pr&#233;supposition du capital&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Le proc&#232;s de production capitaliste reproduit donc de lui&#8211;m&#234;me la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. On trouve d'une part toutes les s&#233;parations, protections, sp&#233;cifications qui se dressent face &#224; la baisse de la valeur de la force de travail, en ce qu'elles emp&#234;chent que toute la classe ouvri&#232;re, mondialement, dans la continuit&#233; de son existence, de sa reproduction et de son &#233;largissement, doive faire face en tant que telle &#224; tout le capital. On trouve d'autre part toutes les contraintes de la circulation, de la rotation, de l'accumulation, qui entravent la transformation du surproduit en plus-value et capital additionnel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec la restructuration achev&#233;e dans les ann&#233;es 1980, la production de plus-value et la reproduction des conditions de cette production co&#239;ncident. C'est la fa&#231;on dont &#233;taient architectur&#233;es d'une part l'int&#233;gration de la reproduction de la force de travail, d'autre part la transformation de la plus-value en capital additionnel et enfin l'accroissement de la plus-value sous son mode relatif dans le proc&#232;s de production imm&#233;diat, qui &#233;taient devenues des entraves &#224; la valorisation sur la base de la plus-value relative.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette non-co&#239;ncidence entre production et reproduction &#233;tait la base de la formation et confirmation dans la reproduction du capital d'une &lt;i&gt;identit&#233; ouvri&#232;re &lt;/i&gt; ; elle &#233;tait l'existence d'un hiatus entre production de plus-value et reproduction du rapport social, hiatus autorisant la concurrence entre deux h&#233;g&#233;monies, deux gestions, deux contr&#244;les de la reproduction. Elle &#233;tait la substance m&#234;me du mouvement ouvrier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ses trois d&#233;terminations d&#233;finitoires (proc&#232;s de travail, int&#233;gration de la reproduction de la force de travail, rapports entre les capitaux sur la base de la p&#233;r&#233;quation du taux de profit) l'extraction de plus-value sous son mode relatif implique la co&#239;ncidence entre production et reproduction et corollairement la coalescence entre la constitution et la reproduction du prol&#233;tariat comme classe d'une part et d'autre part sa contradiction avec le capital.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La contradiction entre le prol&#233;tariat et le capital a alors pour contenu essentiel son propre renouvellement, dans sa contradiction avec le capital qui le d&#233;finit comme classe, le prol&#233;tariat se remet lui-m&#234;me en cause. Cette restructuration comportant cette red&#233;finition de la contradiction entre le prol&#233;tariat et le capital signa la caducit&#233; du programmatisme et la d&#233;faite des luttes de la &#171; p&#233;riode 68 &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034; id='LE-PROGRAMMATISME-ET-SA-CADUCITE'&gt;
&lt;a id=&#034;__RefHeading___Toc6369_155729733&#034;&gt;&lt;/a&gt;
LE PROGRAMMATISME ET SA CADUCITE&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Dans l'&#233;lan de la gr&#232;ve de masse de mai-juin 1968 et, tandis que l'automne chaud italien de 1969 et le soul&#232;vement polonais de d&#233;cembre 1970 succ&#233;daient au printemps fran&#231;ais, que les conflits souvent violents et sans revendications se multipliaient aux &#201;tats-Unis et que toutes les instances de la reproduction de la force de travail et de la n&#233;cessit&#233; du renouvellement de son rapport au capital &#233;taient remise en cause, on pouvait penser que le r&#233;formisme ouvrier, l'emprise des partis communistes et des syndicats sur la classe, et le grand battage gauchiste n'en avaient plus pour longtemps, que toutes ces luttes encore limit&#233;es annon&#231;aient un nouvel &#171; assaut prol&#233;tarien &#187; d&#233;bouchant &#224; court terme sur la lutte finale. Mais les limites des luttes de la p&#233;riode apparaissant &#224; mesure qu'elles se d&#233;veloppaient, des questions d&#233;cisives durent &#234;tre pos&#233;es, portant &#224; la fois sur le bilan des r&#233;volutions pass&#233;es, sur l'analyse des luttes en cours, sur les perspectives de d&#233;veloppement du mode de production capitaliste, et sur la conception g&#233;n&#233;rale du communisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;De notre point de vue actuel&lt;/i&gt;, parce qu'a disparu, dans la restructuration qui a suivi cet assaut, toute affirmation du prol&#233;tariat, on peut aujourd'hui comprendre toute l'action historique du &#171; vieux mouvement ouvrier &#187; et de la &#171; p&#233;riode 68 &#187; sous le concept de &lt;i&gt;programmatisme&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De fa&#231;on g&#233;n&#233;rale, on peut dire que le programmatisme repose sur une pratique et une compr&#233;hension de la lutte des classes dans laquelle une des classes, le prol&#233;tariat, trouve, dans sa situation &#224; lib&#233;rer, les fondements de l'organisation sociale future qui devient un &lt;i&gt;programme &#224; r&#233;aliser&lt;/i&gt;. Dans la lutte des classes entre le prol&#233;tariat et le capital, le prol&#233;tariat est l'&#233;l&#233;ment positif qui fait &#233;clater la contradiction, la r&#233;volution est alors &lt;i&gt;l'affirmation du prol&#233;tariat&lt;/i&gt; : dictature du prol&#233;tariat, conseils ouvriers, lib&#233;ration du travail, p&#233;riode de transition, &#201;tat d&#233;g&#233;n&#233;rescent, autogestion g&#233;n&#233;ralis&#233;e, &#171; soci&#233;t&#233; des producteurs associ&#233;s &#187;, etc. La r&#233;solution de la contradiction est donn&#233;e comme un des termes de la contradiction. Le prol&#233;tariat est alors investi d'une &lt;i&gt;nature r&#233;volutionnaire&lt;/i&gt; qui le fait &#234;tre contradictoire au capital, et qui se module selon des conditions historiques plus ou moins &#171; m&#251;res &#187;. Le programmatisme n'est pas seulement une th&#233;orie, il est avant tout la pratique du prol&#233;tariat dans laquelle la mont&#233;e en puissance de la classe dans le mode de production capitaliste (de la social-d&#233;mocratie au Conseils ouvriers) est positivement le marchepied de la r&#233;volution et du communisme. Il est la pratique du prol&#233;tariat depuis le d&#233;but du XIXe si&#232;cle, jusqu'&#224; la fin des ann&#233;es 1960. Cependant, li&#233; de fa&#231;on essentielle &#224; la p&#233;riode de subsomption formelle du travail sous le capital, il se &#171; d&#233;compose &#187; sous la forme sp&#233;cifique de l'identit&#233; ouvri&#232;re dans la premi&#232;re phase de la subsomption r&#233;elle &#224; partir des ann&#233;es 1920.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec la subsomption formelle dont le mode absolu d'extraction de la plus-value est le fondement, la domination du capital se r&#233;sout en une contrainte au surtravail, sans que le travail lui m&#234;me soit enti&#232;rement sp&#233;cifi&#233; comme travail salari&#233;. En effet la distinction entre le travail cr&#233;ateur de valeur et le travail cr&#233;ateur de plus-value ne s'effectue pas dans le proc&#232;s de production, mais par le premier moment de l'&#233;change (l'achat-vente de la force de travail). Dans le proc&#232;s de production, l'extraction de plus-value sous un mode absolu implique que produire plus de plus-value c'est forc&#233;ment produire plus de valeur (ce qui n'est plus le cas avec l'extraction de plus-value sous son mode relatif). De plus, en subsomption formelle du travail sous le capital, le proc&#232;s de travail n'est pas un proc&#232;s de travail ad&#233;quat au capital, c'est-&#224;-dire, dans lequel l'absorption du travail vivant par le travail mort est le fait du proc&#232;s de travail lui m&#234;me (d&#233;veloppement de la machinerie ) ; les forces sociales du travail (coop&#233;ration, division du travail, science) ne sont pas objectiv&#233;es dans le capital fixe ; la reproduction de la classe n'est pas int&#233;gr&#233;e dans la reproduction sp&#233;cifique du capital (consommation, modes de vie, reproduction sociale de la force de travail). Le capital n'a pas fait sienne, dans son cycle propre, la reproduction collective et sociale des travailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le capital, dans son rapport au travail, se pose lui m&#234;me comme une puissance ext&#233;rieure. La r&#233;volution est alors, pour le prol&#233;tariat, sa propre lib&#233;ration, son affirmation. La lutte de classe a pour contenu l'affirmation du prol&#233;tariat, son &#233;rection en classe dominante, la production d'une p&#233;riode de transition, la formation d'une communaut&#233; ouvri&#232;re fond&#233;e sur le travail productif. Le prol&#233;tariat est d&#233;j&#224;, dans la contradiction qui l'oppose au capital, l'&#233;l&#233;ment positif &#224; d&#233;gager. Le prol&#233;tariat est en effet, alors, &#224; m&#234;me d'opposer au capital ce qu'il est dans le capital, c'est-&#224;-dire de lib&#233;rer de la domination capitaliste sa situation de classe des travailleurs, et de faire du travail la relation sociale entre tous les individus, leur communaut&#233;, de lib&#233;rer le travail productif, de prendre en main les moyens de production, de se lib&#233;rer de l'anarchie marchande capitaliste, de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e. Cela revient &#224; vouloir faire de la valeur, dans sa substance de travail, abstrait, un mode de production. C'est tout ce contenu l&#224;, th&#233;orique et pratique, de la lutte de classe du prol&#233;tariat que nous appelons programmatisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&lt;a id=&#034;__RefHeading___Toc6371_155729733&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Les &#233;checs r&#233;volutionnaires en h&#233;ritage&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est d'une accumulation d'exp&#233;riences toutes marqu&#233;es par l'&#233;chec des r&#233;volutions prol&#233;tariennes pass&#233;es qu'h&#233;ritaient les communistes au d&#233;but des ann&#233;es 1970. Ils h&#233;ritaient en m&#234;me temps d'un syst&#232;me de questions grav&#233; dans le m&#234;me programmatisme qui avait &#233;t&#233; l'&#226;me de ces r&#233;volutions et de leur &#233;chec.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;volution et le communisme ne sont pas des choses connues depuis l'origine du mode de production capitaliste et encore moins une tension humaine &#224; la communaut&#233;, mais une production historique de chaque cycle de luttes ayant scand&#233; l'histoire de ce mode de production et de la lutte des classes. Le communisme n'est pas une norme permettant de juger chaque phase r&#233;volutionnaire selon le degr&#233; o&#249; elle s'en serait approch&#233;e et expliquant son &#233;chec par le fait qu'elle ne l'aurait pas accomplie. La production du communisme comme d&#233;passement du capital est une production historique r&#233;elle de la seule histoire qui existe, celle du mode de production capitaliste, qui n'est rien d'autre que la contradiction entre le prol&#233;tariat et le capital. Lorsqu'&#224; partir de la restructuration du capital et de ce cycle de luttes, le communisme se pr&#233;sente comme communisation, il ne s'agit pas de croire qu'&lt;i&gt;enfin&lt;/i&gt; il se pr&#233;sente maintenant de fa&#231;on r&#233;alisable tel qu'il aurait toujours &#233;t&#233; mais irr&#233;alisable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si nous consid&#233;rons &lt;i&gt;maintenant&lt;/i&gt; que les mouvements r&#233;volutionnaires pass&#233;s ont &#233;t&#233; battus &#224; partir de ce qu'ils &#233;taient, qu'en eux se trouvait leur liaison intime avec leur contre-r&#233;volution, si nous ne refaisons pas l'histoire en supposant que ces r&#233;volutions auraient pu &#234;tre autres, pour autant nous ne consid&#233;rons en elles aucun manque, nous ne leur attribuons pas, en creux, la conscience actuelle qui est pr&#233;cis&#233;ment le r&#233;sultat de leurs &#233;checs et des contre-r&#233;volutions. Les prol&#233;taires russes de 1917, allemands de 1919, espagnols de 1936, fran&#231;ais ou italiens de 1968, ont agi en tant que tels, ils ont men&#233; les mouvements r&#233;volutionnaires ou les r&#233;voltes qui &#233;taient les leurs en toute conscience et dans toutes leurs contradictions. Aucune de leurs actions n'&#233;taient pour eux contingentes, la limite de leur mouvement leur a &#233;t&#233; impos&#233; par la contre-r&#233;volution qu'ils avaient &#224; combattre. Elle n'&#233;tait pas pour eux une limite interne &lt;i&gt;a priori&lt;/i&gt; ind&#233;passable, mais la nature m&#234;me de leur combat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le processus r&#233;volutionnaire d'affirmation de la classe est double. Il est d'une part la mont&#233;e en puissance de la classe dans le mode de production capitaliste et, d'autre part, son affirmation en tant que classe particuli&#232;re et donc la pr&#233;servation de son autonomie. Dans la n&#233;cessit&#233; de ses propres m&#233;diations (partis, syndicats, coop&#233;ratives, mutuelles, parlement...) la r&#233;volution comme affirmation autonome de la classe (existence particuli&#232;re pour elle-m&#234;me face au capital) se perd elle-m&#234;me, non comme r&#233;volution en g&#233;n&#233;ral, mais bien comme affirmation de la classe. Sa mont&#233;e en puissance se confond avec le d&#233;veloppement du capital et contredit ce qui est pourtant &lt;i&gt;son&lt;/i&gt; ach&#232;vement vis&#233; : son affirmation autonome.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cette p&#233;riode r&#233;volutionnaire de l'apr&#232;s Premi&#232;re Guerre, dont les Gauches, dans leur pratique et leur th&#233;orie sont l'expression substantielle, les prol&#233;taires se trouvent pris au pi&#232;ge de cette situation : dans son affirmation autonome, le prol&#233;tariat affronte ce qu'il est dans le capital, ce qu'il est devenu, il affronte sa propre puissance de classe &lt;i&gt;en tant que classe du mode de production capitaliste&lt;/i&gt;. La r&#233;volution comme affirmation de la classe affronte &lt;i&gt;son propre &#233;chec&lt;/i&gt; car la contre-r&#233;volution lui est intrins&#232;quement li&#233;e dans ce qui est sa raison d'&#234;tre (et non parce qu'elle serait une &#171; erreur &#187; ou quelque chose impossible de toute &#233;ternit&#233; capitaliste par rapport &#224; une norme connue, &#224; une d&#233;finition de la r&#233;volution). A partir de ce moment, les partis ouvriers deviennent le contenu de la contre-r&#233;volution au plus pr&#232;s de la r&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec le passage du capital en p&#233;riode de subsomption r&#233;elle du travail sous le capital (fin XIXe / d&#233;but XXe), la mont&#233;e en puissance de la classe, dans laquelle le travail se pose comme essence du capital, se confond avec le d&#233;veloppement m&#234;me du capital. Toutes les organisations qui formalisent cette mont&#233;e en puissance qui, dans le cadre du capitalisme, ne peut que se formaliser organisationnellement, &#224; partir de la premi&#232;re guerre mondiale, peuvent se poser en gestionnaires du capital, elles peuvent devenir en tant que telles la forme aig&#252;e de la contre-r&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;volution, dans les ann&#233;es qui suivent 1917, est toujours affirmation de la classe, Le prol&#233;tariat cherche &#224; lib&#233;rer contre le capital sa puissance sociale existante dans le capital et sur laquelle il calque son organisation et fonde sa pratique r&#233;volutionnaire. Ce qui lui conf&#232;re sa capacit&#233; &#224; promouvoir cette large affirmation qui d&#233;finit &#171; l'&#233;lan r&#233;volutionnaire &#187; de cette p&#233;riode de l'apr&#232;s Guerre devient sa limite. La sp&#233;cificit&#233; de cette p&#233;riode par rapport au programmatisme classique repr&#233;sent&#233; par la social-d&#233;mocratie d'avant 1914 dans toutes ses tendances (mais aussi l'anarchisme et le syndicalisme r&#233;volutionnaire) r&#233;side dans le fait que l'affirmation autonome de la classe contre le capital entre en contradiction avec sa mont&#233;e en puissance &#224; l'int&#233;rieur du capital, parce que cette mont&#233;e en puissance est totalement int&#233;gr&#233;e dans la reproduction du capital. Tragiquement, cette affirmation trouve sa raison d'&#234;tre, son fondement dans cette int&#233;gration. &lt;i&gt;Ce qu'est la classe dans le mode de production capitaliste est la n&#233;gation de son autonomie tout en &#233;tant la raison d'&#234;tre et la force de cette m&#234;me volont&#233; d'affirmation autonome&lt;/i&gt;. Les contre-r&#233;volutions sont prises en charge par les organisations ouvri&#232;res. L'histoire imp&#233;tueuse de l'entre-deux-guerres, de la r&#233;volution russe &#224; la guerre d&#180;Espagne, est celle de la liquidation de cette question.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que le prol&#233;tariat ne puisse et ne veuille plus rester ce qu'il est n'est pas une contradiction interne de sa nature, un donn&#233; de son &#234;tre, mais le fait de son rapport contradictoire au capital dans un mode de production toujours historiquement sp&#233;cifique. C'est le rapport de cette marchandise particuli&#232;re qu'est la force de travail au capital, en tant que rapport d'exploitation, qui est le rapport r&#233;volutionnaire. Pos&#233; ainsi, il est forc&#233;ment une histoire, celle de cette contradiction. Chaque cycle de luttes est historiquement d&#233;fini, aucun n'est le mouvement du communisme en g&#233;n&#233;ral (m&#234;me dans des conditions particuli&#232;res) qui ne fut pas pouss&#233; &#224; terme pour des raisons que l'on serait toujours incapable de produire. Dans tous les cycles de luttes jusqu'&#224; la p&#233;riode actuelle, c'est &#224; la r&#233;volution telle qu'elle existait r&#233;ellement que nous avions affaire. C'est-&#224;-dire comme affirmation du prol&#233;tariat puisant la force et le contenu de son autonomie dans sa condition m&#234;me &#224; l'int&#233;rieur du mode de production capitaliste. Les &#233;checs apparaissent alors pour ce qu'ils sont, des limites inh&#233;rentes, dans la mesure m&#234;me o&#249; la r&#233;volution implique sa contre-r&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&lt;a id=&#034;__RefHeading___Toc6373_155729733&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
La fin d'un cycle de luttes&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que nous pouvons dire maintenant de ces mouvements, nous le disons &lt;i&gt;maintenant&lt;/i&gt;, et si nous disons pourquoi ces mouvements ont &#233;t&#233; battus nous le devons aux combats tels qu'ils ont &#233;t&#233; men&#233;s et &#224; la contre-r&#233;volution qui les a &#233;cras&#233;s (les contre-r&#233;volutions sont aussi et surtout notre rapport aux r&#233;volutions pass&#233;es). &lt;i&gt;Notre analyse est un r&#233;sultat, le r&#233;sultat ne pr&#233;existait pas dans la chose&lt;/i&gt;. Pour nous, maintenant, toute l'importance de ces r&#233;volutions r&#233;side dans ce qui nous appara&#238;t comme leurs contradictions internes, dans leur impossibilit&#233; telle que produite dans les termes m&#234;mes o&#249; ces luttes existaient et &#233;taient v&#233;cues. C'est par tout ce qui pratiquement et th&#233;oriquement est pour nous maintenant l'impossibilit&#233; de la r&#233;volution programmatique que nous nous relions &#224; l'histoire des luttes pass&#233;es et &#224; la continuit&#233; de la production th&#233;orique. C'est pour cela que nous privil&#233;gions ce qui fut souvent des courants marginaux ou des opinions &#171; h&#233;r&#233;tiques &#187;, car en eux c'&#233;tait la critique &lt;i&gt;sur ses propres bases&lt;/i&gt;, inclue en elle, de la r&#233;volution comme affirmation du prol&#233;tariat et lib&#233;ration du travail qui existait et non l'existence potentielle ou embryonnaire de la r&#233;volution telle que maintenant elle se pr&#233;sente. C'est ce qui nous relie &#224; ces mouvements, ce qui en fait notre h&#233;ritage vivant. Nous ne cherchons ni des le&#231;ons, ni des anc&#234;tres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre point d'observation actuel n'est pas un absolu, mais c'est le n&#244;tre aujourd'hui, et c'est le seul que nous avons. Nous ne visons pas &#224; une appr&#233;hension &#233;ternelle du communisme parce que celle-ci n'existe pas. Bien s&#251;r, nous n'avons pas de point de vue autre que la lutte des classes de notre &#233;poque. La production th&#233;orique n'est pas un pi&#233;destal pour observer le monde ; elle est tout au plus la critique de son &#233;poque &lt;i&gt;en elle&lt;/i&gt; et une recomposition &lt;i&gt;pr&#233;sente&lt;/i&gt; de son pass&#233;. Bien s&#251;r que si dans cinquante ans la r&#233;volution n'a pas eu lieu, d'autres analyseront les limites de notre vision actuelle et reprendront une analyse globale des cycles luttes pass&#233;s &#224; partir de celui qui sera alors le leur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, tant que le combat a lieu, ce point de vue et ces luttes sont ce que nous sommes, c'est-&#224;-dire notre force qui deviendra peut-&#234;tre notre limite. Nous savons que si, dans le cycle de luttes actuel, c'est agir en tant que classe qui est la limite m&#234;me de l'activit&#233; de classe du prol&#233;tariat, rien n'est jou&#233; d'avance et que la contradiction sera rude &#224; d&#233;passer, mais nous savons aussi que, pour nous, maintenant, le communisme est l'abolition de toutes les classes et que l&#224; se trouve le d&#233;passement de ce que nous pouvons comprendre comme les limites ant&#233;rieures des luttes de classes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelles conditions faisaient d&#233;faut en 1917 en Russie, en 1918 en Allemagne, en 1936 en Espagne : les objectives ou les subjectives ? Le capitalisme avait-il trouv&#233; apr&#232;s 1945 la voie d'une accumulation sans crises, avait-il &#171; &#233;chapp&#233; &#187; aux contradictions de sa valorisation, ou &#233;tait-il entr&#233; en &#171; d&#233;cadence &#187;, c'est-&#224;-dire dans une crise finale prolong&#233;e d&#233;termin&#233;e par son incapacit&#233; &#224; d&#233;velopper les forces productives et posant l'alternative r&#233;volution prol&#233;tarienne mondiale ou destruction finale de l'humanit&#233; ? En quoi consistait enfin la nouvelle production socialiste et par quelles phases devait passer le fameux &#171; d&#233;p&#233;rissement &#187; de la valeur durant la transition au communisme ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La mont&#233;e en puissance, et surtout le changement de contenu des luttes de classes &#224; la fin des ann&#233;es 1960, ferma le cycle ouvert en 1918-1919 par la victoire de la contre-r&#233;volution en Russie et en Allemagne. Ce cours nouveau des luttes mit du m&#234;me coup en crise la th&#233;orie-programme du prol&#233;tariat et toute sa probl&#233;matique. Il ne s'agissait plus de savoir si la r&#233;volution &#233;tait l'affaire des Conseils ou du Parti. Avec la multiplication des &#233;meutes de ghetto et des gr&#232;ves sauvages, avec la r&#233;volte contre le travail et la marchandise, le retour du prol&#233;tariat sur le devant de la sc&#232;ne historique marquait paradoxalement la fin de son affirmation. &#192; l'Ouest, il n'avait plus l'air aussi d&#233;finitivement int&#233;gr&#233; que l'avaient soutenu les intellectuels modernistes. &#192; l'Est, il luttait de nouveau vigoureusement contre l'exploitation bureaucratique. Mais ni &#224; l'Ouest, ni &#224; l'Est, les prol&#233;taires ne tendaient &#224; construire le pouvoir des Conseils, qui avait &#233;t&#233; cinquante ans plus t&#244;t la forme la plus radicale et basiste de cette affirmation. La gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale sauvage de Mai 1968 en France n'avait pas produit d'organes sp&#233;cifiques de gestion ouvri&#232;re. Durant le long &#171; Mai rampant &#187; italien, les conseils d'usine et de zone, s'ils manifestaient l'auto-organisation de la classe sur ses objectifs propres - tels que la limitation des cadences, la r&#233;duction des &#233;carts cat&#233;goriels de salaire, ou l'&#233;chelle mobile - ne tendaient pas du tout &#224; s'emparer de l'appareil productif que les jeunes prol&#233;taires immigr&#233;s du Sud ne songeaient qu'&#224; fuir. Et m&#234;me la gr&#232;ve insurrectionnelle polonaise de d&#233;cembre 1970 n'avait pas une tendance gestionnaire bien nette, &#224; la diff&#233;rence de ce qui s'&#233;tait produit en 1956 en Hongrie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le prol&#233;tariat multipliait les gr&#232;ves, les sabotages, les pillages, voire fuyait les villes et le travail salari&#233; dans la &#171; vraie vie &#187; des communaut&#233;s ; il donnait ainsi &#224; sa r&#233;volte la forme d'un &#171; communisme utopique &#187;. Ce qui n'avait rien de r&#233;volutionnaire et tout de l'alternative, mais excluait en tout cas toute&lt;i&gt; affirmation&lt;/i&gt; dictatoriale de la classe et toute &lt;i&gt;transition&lt;/i&gt; au communisme, que ce soit sous la forme conseilliste ou sous la forme l&#233;niniste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, on ne pouvait plus penser le d&#233;passement du capital dans les termes d'un quelconque d&#233;p&#233;rissement de la valeur, des classes, et de l'&#201;tat. Des masses de gens comprenaient&lt;i&gt; &lt;/i&gt;intuitivement que le communisme n'&#233;tait ni une nouvelle organisation sociale ni un nouveau mode de production, mais la production de l'imm&#233;diatet&#233; des rapports entre individus singuliers, l'abolition sans transition du capital et de toutes ses classes, prol&#233;tariat inclus. Pourtant la pratique nouvelle du prol&#233;tariat dut achever de bloquer le syst&#232;me des questions du programmatisme avant qu'une v&#233;ritable rupture intervienne dans la th&#233;orie. Le d&#233;passement du programme passa donc&lt;i&gt; d'abord&lt;/i&gt; par la r&#233;affirmation de sa version radicale originelle contre les limites des r&#233;volutions prol&#233;tariennes vaincues, fix&#233;es par la contre-r&#233;volution victorieuse sous les formes du bolchevisme et du r&#233;formisme social-d&#233;mocrate. &lt;i&gt;L'Ultragauche connut une seconde jeunesse&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034; id='L-ULTRAGAUCHE-ET-SA-CONTRADICTION'&gt;
&lt;a id=&#034;__RefHeading___Toc6375_155729733&#034;&gt;&lt;/a&gt;
L'ULTRAGAUCHE ET SA CONTRADICTION&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;On peut appeler ultragauche, toute pratique, organisation, th&#233;orie, qui d&#233;finissent la r&#233;volution comme affirmation du prol&#233;tariat et simultan&#233;ment critiquent et rejettent toutes les m&#233;diations qui sont la mont&#233;e en puissance de la classe &#224; l'int&#233;rieur du mode de production capitaliste (organisations politiques, syndicalisme, parlementarisme&#8230;) par laquelle seulement peut exister cette affirmation. En cela, &lt;i&gt;l'ultragauche est une contradiction en proc&#232;s&lt;/i&gt;. Cette contradiction constitue toute la richesse et l'int&#233;r&#234;t de l'ultragauche. En poursuivant un but dont elle supprime tous les moyens rationnels et pratiques de r&#233;alisation, elle est constamment un probl&#232;me pour elle-m&#234;me. La limite sur laquelle butent sans cesse ses th&#233;oriciens est de conserver un &#234;tre r&#233;volutionnaire du prol&#233;tariat, &#234;tre v&#233;ritable qui doit se r&#233;v&#233;ler, en le s&#233;parant de la classe telle qu'elle existe dans le mode de production capitaliste. D'o&#249; la mystique de l'autonomie / auto-organisation qui doit &#234;tre la r&#233;v&#233;lation de l'&#234;tre v&#233;ritable et &lt;i&gt;toujours l&#224;&lt;/i&gt; de la classe qui va faire exploser, d&#233;passer, la fa&#231;on dont elle existe comme classe de ce mode de production&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Avec le Parti comme &#234;tre invariant de la classe que celle-ci sera contrainte (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ultragauche est l'expression d'une contradiction bien r&#233;elle. Ce qu'est la classe dans le mode de production capitaliste est devenu la n&#233;gation de son autonomie tout en &#233;tant la raison d'&#234;tre et la force de cette m&#234;me volont&#233; d'affirmation autonome. L'affirmation de la classe se heurte, dans cette phase de la subsomption r&#233;elle, &#224; sa limite intrins&#232;que : la mont&#233;e en puissance de la classe, que l'affirmation implique et qui seule l'autorise. La r&#233;volution comme affirmation de la classe se trouve prise dans cette contradiction qu'elle ne peut d&#233;passer. C'est dans ce qui constitue la r&#233;volution elle-m&#234;me, que la contre-r&#233;volution trouve sa force, et la capacit&#233; de l'abattre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pratique r&#233;volutionnaire et sa th&#233;orie persistent &#224; concevoir la r&#233;volution comme affirmation de la classe, mais ne peuvent plus se reconna&#238;tre dans aucune manifestation ou aucun mode d'existence imm&#233;diat de la classe. C'est ce que par une formule f&#233;tiche, &#171; les prol&#233;taires eux-m&#234;mes &#187;, cherche &#224; conjurer l'ultragauche. L'ultragauche d&#233;veloppe un programmatisme &#233;pur&#233; de tout ce qui a trait &#224; la mont&#233;e en puissance de la classe. Elle se r&#233;f&#232;re &#224; une classe telle qu'elle existerait en rupture avec son existence dans la reproduction du capital, et suppose que cette classe est toujours celle qui existe sous toutes les &#171; mystifications &#187; (d&#233;mocratie, partis, syndicats, et toutes les formes de &#171; substitutionnisme &#187;) ; il lui faut une &lt;i&gt;nature r&#233;volutionnaire&lt;/i&gt; de la classe. En tant qu'il serait le mode de r&#233;v&#233;lation de cette &#171; nature &#187;, d'un &#234;tre cach&#233; de la classe, le &lt;i&gt;spontan&#233;isme&lt;/i&gt; s'impose comme un concept central de cette th&#233;orie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le prol&#233;tariat doit se nier comme classe du capital, acqu&#233;rir son autonomie, pour r&#233;aliser ce qu'il est vraiment : la classe du travail social et son organisation. C'est l&#224; que s'enracinent toutes les perspectives de l'ultragauche. Mais, chaque fois qu'un tel mouvement semble se dessiner, la r&#233;alit&#233; impose de voir que ce que le prol&#233;tariat &#171; &lt;i&gt;est vraiment&lt;/i&gt; &#187; est ce qui permet d'exister &#224; ce que l'ultragauche ne comprend que comme des m&#233;diations, des mystifications et des d&#233;tournements. Cette r&#233;alit&#233; s'est constamment impos&#233;e &#224; l'ultragauche, mais sa propre probl&#233;matique lui interdisait de la th&#233;oriser et de la comprendre, mais non d'int&#233;rieurement la subir et de la traduire dans les termes de sa probl&#233;matique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&lt;a id=&#034;__RefHeading___Toc6377_155729733&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
L'auton&#233;gation du prol&#233;tariat : une sortie illusoire de la contradiction&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette critique des modes d'existence de la classe ouvri&#232;re dans le mode de production capitaliste (en tant que force de travail et sous les formes de partis et syndicats) ne peut pas laisser indemne cet &#234;tre m&#234;me comme nature r&#233;volutionnaire qui doit se lib&#233;rer. Toute th&#233;orie de la r&#233;volution comme affirmation du prol&#233;tariat doit poss&#233;der en son fondement une nature r&#233;volutionnaire de la classe, inversement, toute nature r&#233;volutionnaire n'existe que pour se lib&#233;rer Cependant, en effectuant la critique des moyens de la mont&#233;e en puissance de la classe &#224; l'int&#233;rieur du mode de production capitaliste, l'ultragauche supprime toute effectuation possible de cette affirmation, si ce n'est dans une mystique de l'autonomie enfin pure, mystique constamment contredite par la r&#233;alit&#233; historique et l'&#233;volution m&#234;me de l'auto-organisation et des conseils. Prise dans cette contradiction, sans sortir de sa probl&#233;matique, l'ultragauche en arrive &#224; concevoir le prol&#233;tariat comme faisant la r&#233;volution, portant le communisme, en &#233;tant en contradiction avec et en d&#233;truisant tout ce qui fait son existence imm&#233;diate dans cette soci&#233;t&#233; et toutes les formes organisationnelles et toutes les pratiques qui peuvent l'exprimer. Sans sortir de sa probl&#233;matique et de ses impasses, l'ultragauche trouve, comme on le verra, dans l'auton&#233;gation du prol&#233;tariat, sa forme th&#233;orique ultime. Cette th&#233;orie de l'auton&#233;gation se g&#233;n&#233;ralise dans les milieux ultragauches au d&#233;but des ann&#233;es 1970 avant de se r&#233;v&#233;ler a posteriori comme la derni&#232;re &#233;tape avant un d&#233;passement global de la probl&#233;matique. Ce fut dans ce bref espace de temps que l'Internationale Situationniste (I.S) apparut comme le &lt;i&gt;nec plus ultra&lt;/i&gt; de la production th&#233;orique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Red&#233;finir cet &#234;tre r&#233;volutionnaire du prol&#233;tariat fut l'objet m&#234;me du travail th&#233;orique de l'IS. Pour l'IS, il s'agissait toujours de produire l'abolition du capital comme le mouvement, l'affirmation d'un &#234;tre r&#233;volutionnaire du prol&#233;tariat, mais d'un &#234;tre qui maintenant aurait eu pour contenu &lt;i&gt;sa propre n&#233;gation&lt;/i&gt;. Dans la dialectique du capital, c'est-&#224;-dire le mouvement dans lequel il se reproduit dans sa contradiction avec le prol&#233;tariat, celui-ci est pour l'IS &#171; &lt;i&gt;le travail du n&#233;gatif&lt;/i&gt; &#187;, le n&#233;gatif &#224; l'&#339;uvre. C'est ainsi que l'I.S remit en cause toutes les cat&#233;gories du programmatisme, sans sortir de sa probl&#233;matique (cf. dans ce livre l'expos&#233; consacr&#233; &#224; l'IS).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La r&#233;volution n'est pas l'affirmation de la classe telle qu'elle existe &#187; r&#233;p&#232;te l'ultragauche qui, dans sa contradiction constitutive, nous m&#232;ne au point o&#249; on peut la quitter et faire autre chose. A vouloir tenir l'identit&#233; entre l'&#234;tre de la classe dans le capital et son &#234;tre communiste (sans m&#233;diations), l'ultragauche nous conduit au bord du d&#233;passement de sa probl&#233;matique. Il n'y a plus de m&#233;diation entre le prol&#233;tariat et le communisme, mais l'ultragauche pensait cela programmatiquement, c'est-&#224;-dire en n'effectuant pas le saut pratique et th&#233;orique que cette proposition contient en elle-m&#234;me : la n&#233;gation de la classe par elle-m&#234;me dans la r&#233;volution, dans l'abolition du capital. Mais il fallait un nouveau cycle de luttes pour que cela apparaisse comme une situation, comme un rapport du prol&#233;tariat au capital, et non comme l'ultime avatar d'une nature r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est l'affirmation de la classe en elle-m&#234;me, qui constituait la limite de ce cycle, et non quelques modalit&#233;s de sa r&#233;alisation, ou des conditions historiques immatures. En consid&#233;rant l'ultragauche comme une probl&#233;matique, c'est-&#224;-dire comme une totalit&#233;, on s'interdit de consid&#233;rer ses formes th&#233;oriques ou pratique &#171; les plus avanc&#233;es &#187;, c'est-&#224;-dire celles qui d&#233;stabilisent &lt;i&gt;int&#233;rieurement&lt;/i&gt; sa probl&#233;matique, comme le mod&#232;le absolu de la lutte de classe, comme les tenants de la &#171; vraie auto-organisation &#187; ou du communisme invariant et plus ou moins humain, continuent &#224; le faire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&lt;a id=&#034;__RefHeading___Toc6379_155729733&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
La persistance du programmatisme et sa critique en actes&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En confirmant &#224; l'int&#233;rieur de lui m&#234;me une identit&#233; ouvri&#232;re, en int&#233;grant la reproduction du prol&#233;tariat dans son propre cycle, en subsumant sa contradiction avec le prol&#233;tariat comme sa dynamique m&#234;me, le capital fait du travail son propre rival &#224; l'int&#233;rieur de lui-m&#234;me : rapport conflictuel tout &#224; fait diff&#233;rent, il est vrai, de celui du programmatisme de l'&#233;poque classique de la fin du XIXe si&#232;cle (cf. le texte &lt;i&gt;La r&#233;volution prol&#233;tarienne&lt;/i&gt; ajout&#233; &#224; cette seconde &#233;dition). Cette rivalit&#233; est m&#234;me pour le capital la grande faiblesse intrins&#232;que de cette premi&#232;re phase de la subsomption r&#233;elle (allant jusqu'&#224; la scission du cycle mondial de l'accumulation en deux aires rivales), qui &#233;clatera dans la crise de la fin des ann&#233;es 60 / d&#233;but des ann&#233;es 70, sous diverses formes plus ou moins radicales, et que la restructuration qui s'ensuivit a eu pour contenu essentiel d'&#233;liminer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est l&#224; le fondement de la dynamique persistante du programmatisme dans cette premi&#232;re phase de la subsomption r&#233;elle. La relation programmatique classique entre la mont&#233;e en puissance de la classe et son affirmation autonome s'en est trouv&#233;e boulevers&#233;e. Dans un premier temps, entre 1917 et 1939, les termes sont dans une situation de violente conflictualit&#233; tout en s'impliquant. En effet, au moment o&#249; l'affirmation autonome de la classe trouve sa l&#233;gitimit&#233; &lt;i&gt;absolue&lt;/i&gt; dans une mont&#233;e en puissance de la classe &#224; l'int&#233;rieur du capital telle qu'elle est incluse dans celui-ci, elle ne peut qu'affronter cette mont&#233;e en puissance qui est &lt;i&gt;la n&#233;gation de son autonomie&lt;/i&gt;. La violence de ce processus entre 1917 et 1939, &lt;i&gt;&#224; l'int&#233;rieur m&#234;me du prol&#233;tariat&lt;/i&gt;, dans sa contradiction avec le capital, laisse place, apr&#232;s 1945, &#224; une p&#233;riode o&#249; l'affirmation autonome se situe et se consid&#232;re elle-m&#234;me comme &lt;i&gt;ext&#233;rieure&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;diff&#233;rente&lt;/i&gt; de la mont&#233;e en puissance. Mais elle ne peut que se r&#233;f&#233;rer sans cesse &#224; cette mont&#233;e en puissance, car cette derni&#232;re est devenue simple rivalit&#233; (le plus souvent dans le cadre de la revendication de la d&#233;mocratie) &#224; l'int&#233;rieur de la reproduction du capital. C'est la p&#233;riode de la &#171; marginalisation des r&#233;volutionnaires &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toute la probl&#233;matique th&#233;orique de l'ultragauche exprime une situation, un cours de la lutte de classe, dans lesquels la r&#233;volution comme affirmation de la classe ne peut plus se reconna&#238;tre aucune m&#233;diation, ni m&#234;me reconna&#238;tre dans l'existence imm&#233;diate de la classe sa possibilit&#233; d'existence. Mais, demeurant affirmation de la classe, la pratique r&#233;volutionnaire et la th&#233;orie r&#233;volutionnaire ne peuvent reconna&#238;tre cet &#233;vanouissement sans se condamner elles-m&#234;mes. C'est le point extr&#234;me o&#249; pratiquement, comme auto-organisation du prol&#233;tariat, comme rupture de son implication avec le capital et affrontement avec toutes les formes organisationnelles de cette implication - et th&#233;oriquement comme analyse et d&#233;fense de l'autonomie du prol&#233;tariat - , parvient le cycle de luttes qui s'ach&#232;ve au d&#233;but des ann&#233;es 1970.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce mouvement fut bris&#233;, il y eut d&#233;faite ouvri&#232;re. &#171; Mai 68 &#187; est battu, &#171; l'automne chaud &#187; italien (qui dura trois ans) aussi, les vagues de gr&#232;ves sauvages am&#233;ricaines et britanniques &#233;galement, comme le mouvement assembl&#233;iste espagnol, etc., sans oublier toute l'insubordination sociale qui avait gagn&#233; toutes les sph&#232;res de la soci&#233;t&#233;. La d&#233;faite n'a pas l'ampleur de celle de 1917-1936, mais la restructuration en jeu n'est pas non plus de m&#234;me ampleur, on reste dans le m&#234;me mode de subsomption. Ce qui n'emp&#234;che qu'il y ait d&#233;faite et restructuration / contre-r&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cet imm&#233;diat &#171; post-68 &#187; , toutes les impasses de la production th&#233;orique reposaient sur le fait de ne pas concevoir le d&#233;veloppement du capital comme une succession de cycles de luttes posant des stades diff&#233;rents de la contradiction entre le prol&#233;tariat et le capital, mais uniquement comme une accumulation de conditions par rapport &#224; une nature &lt;i&gt;r&#233;volutionnaire du prol&#233;tariat&lt;/i&gt; qui devait se d&#233;gager. En fait, tout &#233;tait d&#233;termin&#233; par l'absence de th&#233;orisation de la restructuration du rapport entre le prol&#233;tariat et le capital. En cons&#233;quence on ne pouvait consid&#233;rer ce qui se passait comme un cycle de luttes s'achevant, mais comme un processus &#224; radicaliser, qui n'aurait pas accompli tous ses possibles, qui n'aurait pas &#233;t&#233;, pour une raison ou une autre (mais toujours ext&#233;rieure au stade de la contradiction), pur et dur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On est alors amen&#233; &#224; privil&#233;gier tel ou tel aspect dans les luttes, &#224; chercher &#224; les radicaliser &#224; partir de l'un de leurs &#233;l&#233;ments, et donc &#224; ne pas consid&#233;rer les termes d'un cycle de luttes comme constituant &lt;i&gt;une totalit&#233;&lt;/i&gt;. Toutefois, si l'on peut faire aujourd'hui cette critique, ce n'est que sur la base du nouveau cycle de luttes. C'est le nouveau cycle de luttes dans son contenu et les possibilit&#233;s qu'il ouvre qui d&#233;limitent les caract&#233;ristiques de l'ancien cycle et le posent comme tel. La compr&#233;hension th&#233;orique d'un cycle dans sa particularit&#233; historique est &#171; r&#233;troactive &#187;, mais ce processus n'est ni formel ni unilat&#233;ral, il est fond&#233; sur le fait qu'un cycle de luttes n'existe qu'en produisant son d&#233;passement de par la situation et la pratique sp&#233;cifique du prol&#233;tariat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la crise de la fin des ann&#233;es 60, alors que les acquis th&#233;oriques issus de l'ultragauche apparaissent de plus en plus comme reposant sur une contradiction dans les termes (affirmation du prol&#233;tariat et critique de toutes les m&#233;diations), la notion d'&lt;i&gt;auton&#233;gation du prol&#233;tariat&lt;/i&gt;&lt;i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Nous reviendrons plus loin sur les conditions d'apparition et les apories de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;commence &#224; &#234;tre formalis&#233;e en tant que telle, comme d&#233;bouch&#233; th&#233;orique de la &#171; critique du travail &#187; qui semble &#234;tre le dernier mot de la critique du programmatisme. Ce n'est pas alors la notion en tant que telle qui importe mais le mouvement pratique de la lutte de classe contre les syndicats, le parlementarisme et la condition salari&#233;e, dans les &#233;meutes, pillages, gr&#232;ves sans revendications, absent&#233;isme, sabotages etc., qui se d&#233;veloppe. D'autant plus qu'&#224; aucun moment dans ce mouvement pratique n'&#233;merge une quelconque organisation ouvri&#232;re. Mais le mouvement ne passant pas &#224; la r&#233;alisation du contenu positif du communisme, la th&#233;orie de l'auton&#233;gation se trouva comme en apesanteur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette implication r&#233;ciproque entre autonomie et auton&#233;gation ne pouvait ni th&#233;oriquement, ni pratiquement, se stabiliser. C'&#233;tait de fa&#231;on flagrante toute l'impossibilit&#233; interne, &#224; partir du rapport n&#233;cessaire entre ses termes, de l'ancien cycle qui devenait manifeste au travers de cette relation. En produisant l'auton&#233;gation comme son d&#233;veloppement final, c'&#233;tait elle-m&#234;me que l'auto-organisation remettait en cause au travers de ce qui demeurait tout de m&#234;me sa substance : la d&#233;fense de la condition prol&#233;tarienne et la prise en charge de la classe par elle-m&#234;me &#224; partir de sa situation sp&#233;cifique dans le mode de production capitaliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La &#171; p&#233;riode 68 &#187; revivifiait la perspective programmatique dans la mesure seulement o&#249; elle en &#233;tait la critique en actes, sa contradiction v&#233;cue, elle en ressuscita les formes les plus radicales et corollairement les impasses les plus productives (l'ultragauche). Dans la &#171; p&#233;riode 68 &#187;, l'ultragauche exprime en une forme &#233;pur&#233;e les limites et les contradictions du cycle de luttes qui s'ach&#232;ve alors.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034; id='LA-PERIODE-68'&gt;
&lt;a id=&#034;__RefHeading___Toc6381_155729733&#034;&gt;&lt;/a&gt;
LA PERIODE 68&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La p&#233;riode de la fin des ann&#233;es 1960 et du d&#233;but des ann&#233;es 1970 fut la p&#233;riode de la premi&#232;re crise et du premier mouvement r&#233;volutionnaire relevant des contradictions et de l'histoire de la subsomption r&#233;elle du travail sous le capital. Mais en raison des caract&#233;ristiques de cette premi&#232;re phase de la subsomption r&#233;elle, nous pouvons dire maintenant que les questions sp&#233;cifiques de la r&#233;volution en subsomption r&#233;elle du travail sous le capital ne furent pratiquement pos&#233;es qu'au travers de la&lt;i&gt; liquidation&lt;/i&gt; du mouvement ouvrier et de tout ce qui pouvait se fonder sur une identit&#233; ouvri&#232;re ouvrant la voie &#224; l'affirmation du prol&#233;tariat comme classe dominante. Ce qui fut entrevu, c'est que le communisme n'est pas un mode de production et que l'abolition du capital ne pouvait &#234;tre que la n&#233;gation des classes et du prol&#233;tariat lui-m&#234;me dans la production de ce qui fut appel&#233; &#224; l'&#233;poque &#171; la communaut&#233; humaine &#187;. Le contenu critique essentiel de Mai 68 et de toute cette p&#233;riode fut de se heurter pratiquement au fait que la r&#233;volution n'est pas une question de gestion, d'&#233;rection du prol&#233;tariat en classe dominante qui g&#233;n&#233;ralise sa situation, universalise le travail comme rapport social et l'&#233;conomie comme objectivit&#233; de la soci&#233;t&#233; en tant que rapport entre les choses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&lt;a id=&#034;__RefHeading___Toc6383_155729733&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Le Mai fran&#231;ais : quand une gr&#232;ve en cache une autre&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En France, les ouvriers ont fui les usines occup&#233;es par les syndicats, les plus jeunes et d'autres ont rejoint la contestation &#233;tudiante. Mai 68 &#233;tait la critique en actes et souvent &#171; avec les pieds &#187; de la r&#233;volution comme mont&#233;e en puissance et affirmation de la classe. Les ouvriers n'ont r&#233;investi les usines qu'au moment de la reprise, souvent pour s'y opposer violemment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Durant le mai 68 fran&#231;ais, la gr&#232;ve bien visible, plus ou moins bien accompagn&#233;e ou m&#234;me contr&#244;l&#233;e par les syndicats, en cache une autre, celle plus difficilement rep&#233;rable de ces ouvriers qui partent en gr&#232;ve plus ou moins spontan&#233;ment dans une relation tr&#232;s ambig&#252;e aux revendications et qui, en masse, disparaissent le temps de la gr&#232;ve et reprennent le travail sans rien avoir obtenu. Ce n'est pas une gr&#232;ve sauvage proprement dite, mais une gr&#232;ve qui se serait comme &#171; d&#233;cal&#233;e ailleurs &#187; des rapports habituels de la conflictualit&#233; des rapports de travail. Dans &lt;i&gt;Le Roman de nos origines&lt;/i&gt;, les r&#233;dacteurs de &lt;i&gt;La Banquise&lt;/i&gt; (n&#176; 2, p. 26) notent tr&#232;s justement : &#171; Bizarrement, alors qu'on parle tant de gestion, on constate que &lt;i&gt;les ouvriers se d&#233;sint&#233;ressent de toute gr&#232;ve gestionnaire&lt;/i&gt;. Abandonner aux syndicats la ma&#238;trise des usines est un signe de faiblesse mais aussi du fait qu'ils ont conscience que &lt;i&gt;le probl&#232;me est ailleurs&lt;/i&gt; (soulign&#233; par nous) &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La plupart des comit&#233;s d'action tentent de promouvoir l'auto-organisation et pourquoi pas la reprise des usines, ils n'agissent qu'au niveau &#171; visible &#187; de la gr&#232;ve et n'ont que tr&#232;s peu d'accroches sur elle, et se trouvent en rapport conflictuel avec la CGT. Les comit&#233;s d'action ne voient que l'activit&#233; syndicale et cherchent &#224; &#171; l'am&#233;liorer &#187; : que les occupations se rejoignent, que les revendications s'unissent. Bien s&#251;r, dans la r&#233;alit&#233;, les choses ne sont pas aussi simples, il y a des ouvriers dans les usines et tous les syndicalistes ne sont pas des bureaucrates. Le besoin de contact est une r&#233;alit&#233;, mais son &#233;chec constant n'est peut-&#234;tre pas le fruit du hasard ou de l'omnipr&#233;sence syndicale. De ce point de vue, les regroupements les plus radicaux comme les CA (Comit&#233;s d'action) de Censier&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;B&#226;timents de l'universit&#233; de Paris.&#034; id=&#034;nh3-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ou le Conseil pour le maintien des occupations (CMDO) ne peuvent faire gu&#232;re plus que les autres face &#224; la grande force tranquille de la CGT.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La minorit&#233; radicale, elle, quitte l'entreprise et se retrouve avec d'autres &#233;l&#233;ments minoritaires, en compagnie d'&#233;tudiants, de gauchistes, de r&#233;volutionnaires. Le CMDO&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les membres du premier Conseil d'occupation de la Sorbonne dont le mandat (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; est l'un de ces lieux o&#249; le gauchisme est tenu en lisi&#232;re. Censier en est un autre. (&#8230;) Un peu avant 1968, l'IS, dans le n&#176; 11 de la revue, r&#233;pondait aux ultragauches que les situationnistes ne se souciaient pas de regrouper autour d'eux des ouvriers pour mener une action 'ouvri&#232;re' permanente. Le jour o&#249; il y aurait quelque chose &#224; faire, disait l'IS, les r&#233;volutionnaires seraient avec les ouvriers r&#233;volutionnaires. C'est ce qui se passa. Censier stimula et coordonna l'activit&#233; de minorit&#233;s radicales, sinon r&#233;volutionnaires, dans de nombreuses entreprises. La critique des syndicats, timide au d&#233;but, devint plus virulente &#224; la fin des gr&#232;ves. Les fractions extr&#233;mistes isol&#233;es sur les lieux de travail, trouv&#232;rent l&#224; un point de rencontre. &#187; (&#171; Le Roman de nos origines &#187;, &lt;i&gt;La Banquise&lt;/i&gt; n&#176; 2, 1983, p. 26) Cela n'alla pas plus loin que la critique des syndicats car, poursuit le texte de la Banquise : &#171; Mai 68 ne posa pas la question communiste. Les dons de ravitaillement t&#233;moign&#232;rent d'une solidarit&#233;, non d'un d&#233;but de d&#233;p&#233;rissement de l'&#233;change marchand. La perspective communiste exista dans l'ind&#233;niable assouplissement des rapports imm&#233;diats, la rupture des barri&#232;res sociologiques, la vie sans argent pendant plusieurs semaines, dans le plaisir d'agir ensemble, en un mot dans cette esquisse communautaire qu'on observe &#224; chaque grand mouvement social, m&#234;me non r&#233;volutionnaire (Orwell, en Catalogne, en 1936). Les divers comit&#233;s qui si&#233;geaient &#224; Censier d&#233;battaient naturellement de ce qu'il fallait faire pour aller plus loin. Il n'est pas si fr&#233;quent que de grandes assembl&#233;es comptant de nombreux ouvriers discutent du communisme. Le tract &lt;i&gt;Que faire ?&lt;/i&gt;, r&#233;&#233;dit&#233; et diffus&#233; &#224; une centaine de milliers d'exemplaires, indique ce que le mouvement doit faire pour aller plus loin, ou simplement continuer : prendre un certain nombre de mesures simples mais qui rompent avec la logique capitaliste, afin que la gr&#232;ve d&#233;montre sa capacit&#233; de faire fonctionner &lt;i&gt;autrement&lt;/i&gt; la soci&#233;t&#233; ; r&#233;pondre aux besoins sociaux (ce qui rallierait les h&#233;sitants, la classe moyenne, que la violence &#8211; produit d'un blocage, r&#233;action impuissante devant l'impasse &#8211; inqui&#232;te) par la gratuit&#233; des transports, des soins, de la nourriture, par la gestion collective des centres de distribution, la gr&#232;ve des paiements (loyers, imp&#244;ts, traites) ; et montrer ainsi que la bourgeoisie et l'&#201;tat sont inutiles. Le communisme ne fut pr&#233;sent en 1968 que comme vision. &#187; (&lt;i&gt;Idem&lt;/i&gt;, p. 26 &#8211; 27).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne peut pas chercher la limite d'un mouvement dans ce qu'il n'a pas fait, car non seulement on fait du communisme une r&#233;alit&#233; intemporelle et normative, mais encore on n'explique pas pourquoi il ne l'a pas fait. Ce que &lt;i&gt;La Banquise&lt;/i&gt; appelle &#171; le communisme comme vision &#187; est enti&#232;rement inclus dans la limite interne de la p&#233;riode 68 qui, sur la base de l'identit&#233; ouvri&#232;re, veut la n&#233;gation par elle-m&#234;me de la classe ouvri&#232;re. Rappelons ici ce qui fut l'attente et l'espoir des situationnistes : &#171; Si, dans une seule grande usine, entre le 16 et le 30 mai une assembl&#233;e g&#233;n&#233;rale s'&#233;tait constitu&#233;e en &lt;i&gt;Conseil&lt;/i&gt; d&#233;tenant tous les pouvoirs de d&#233;cision et d'ex&#233;cution, chassant les bureaucrates, organisant son auto-d&#233;fense et appelant les gr&#233;vistes de toutes les entreprises &#224; se mettre en liaison avec elle, ce dernier pas qualitatif franchi e&#251;t pu porter le mouvement tout de suite &#224; la lutte finale dont il a trac&#233; historiquement toutes les directives. &#187; (&lt;i&gt;IS&lt;/i&gt;, n &#176; 12, p. 12).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pris dans ses propres limites historiques sp&#233;cifiques, dans ses propres contradictions, que le mouvement produit cette &#171; vision &#187; et il la produit pr&#233;cis&#233;ment en tant que telle : comme vision. Sa limite ne consiste pas &#224; ne pas avoir accompli cette vision, mais dans ce qui faisait qu'elle existait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces CA veulent &#171; faire passer de la gr&#232;ve passive &#224; la gr&#232;ve active &#187;. Mais qu'aurait pu &#234;tre la gr&#232;ve de mai 68, comme gr&#232;ve active ? On peut pr&#233;senter l'Italie en exemple, comme si les choses y avaient &#233;t&#233; plus &#171; graves &#187;. Ce n'est pas si s&#251;r. En Italie, le mouvement de la fin des ann&#233;es 60 et du d&#233;but des ann&#233;es 70 a &#233;t&#233; plus profond, plus long, plus ample, mais il est demeur&#233; dans les cadres connus de la conflictualit&#233; li&#233;e &#224; &#171; l'ouvrier masse &#187;, de fa&#231;on radicale mais tout de m&#234;me dans ce cadre. En France, nous avons affaire &#224; un objet plus difficilement identifiable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Contrairement &#224; ce qui se passe en Italie entre 1969 et 1972, en France, toutes les tentatives auto-organisatrices restent balbutiantes. C'est m&#234;me &#224; se demander si les syndicats n'ont pas repr&#233;sent&#233; l'auto-organisation pour ce qu'il pouvait encore y avoir &#224; auto-organiser. De fa&#231;on moins &#171; provocatrice &#187;, au-del&#224; des alternatives exclusives &#224; propos de revendication / sans revendication ou sections syndicales de base / spontan&#233;isme, on peut consid&#233;rer qu'auto-organisation et activit&#233; syndicale s'excluent tout autant qu'elles se nourrissent. Ne faudrait-il pas aller chercher l'auto-organisation l&#224; o&#249; on ne la cherche pas c'est-&#224;-dire dans les al&#233;as de l'activit&#233; syndicale ? Dans l'enqu&#234;te de Philippe Gavi intitul&#233;e &lt;i&gt;Les Ouvriers&lt;/i&gt;, publi&#233;e au &lt;i&gt;Mercure de France&lt;/i&gt; (1970), un ouvrier lui-m&#234;me responsable syndical de Rh&#244;ne-Poulenc-Vitry raconte : &#171; Maintenant on entend parler couramment de 'gr&#232;ve sauvage' ou d'organisation spontan&#233;e. C'est faux. Ce sont les militants qui sont &#224; l'origine de la gr&#232;ve qui lui ont donn&#233; sa structure. Ceci dit, si ces militants avaient suivi les orientations de leurs d&#233;l&#233;gations syndicales, il n'y aurait pas eu une telle gr&#232;ve. Th&#233;oriquement la consigne aurait &#233;t&#233; de refuser de participer &#224; des comit&#233;s non syndicaux compos&#233;s d'inorganis&#233;s. On a fait le contraire. On allait bien plus en avant que la F&#233;d&#233;ration. Tout au long de la gr&#232;ve, la F&#233;d&#233;ration a suivi. La base a pu prendre en main sa gr&#232;ve sans que nous soyons de nouveau chefs. Chaque comit&#233; de base a pris en main sa gr&#232;ve. Cela a beaucoup mieux march&#233; que lorsqu'on a voulu organis&#233; cela centralement. (&#8230;) La CGT pensait noyauter la gr&#232;ve en coiffant les comit&#233;s de base avec l'ex&#233;cutif syndical o&#249; elle &#233;tait majoritaire. En fait, &#224; la longue, les comit&#233;s de base vont se renforcer et l'ex&#233;cutif marche &#224; vide. &#187; (op. cit., pp. 312-313)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'auto-organisation n'a pas pu prendre en France cette forme nette et distinguable que l'on rep&#232;re en Italie (mais rapidement r&#233;investie dans l'activit&#233; syndicale), c'est que la massivit&#233; de la gr&#232;ve relevait peut-&#234;tre d'autre chose, informalisable positivement dans les rapports conflictuels classiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 68, en France, la vague de gr&#232;ve s'est impos&#233;e &#224; tous &lt;i&gt;comme une &#233;vidence&lt;/i&gt;. Qu'est-ce qui est &#233;vident dans cette vague de gr&#232;ves ? L'extension des gr&#232;ves bien s&#251;r, mais aussi peut-&#234;tre que&lt;i&gt; cela va de soi&lt;/i&gt; que l'on arr&#234;te de travailler. Et l&#224;, nous ne sommes pas dans ce que l'on entend d'ordinaire par &#171; gr&#232;ve sauvage &#187;. A partir de l&#224;, deux gr&#232;ves coexistent (jusqu'au moment de la reprise du travail qui va les faire se rencontrer) : une gr&#232;ve massive tr&#232;s difficilement d&#233;finissable et une gr&#232;ve en gros syndicale qui n'englobe pas ni ne contr&#244;le la premi&#232;re, mais se superposer &#224; elle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est vrai que les syndicats ont soigneusement lutt&#233; contre l'unit&#233; du mouvement et contre &#171; l'unit&#233; des revendications &#187;, mais la r&#233;daction de ces revendications ne fut, sauf quelques rares exceptions, qu'un pur exercice syndical&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pour tout ce qui concerne les gr&#232;ves en France en mai-juin 1968, voir Bruno (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Les travailleurs non plus n'ont jamais tent&#233; d'unifier la gr&#232;ve et les revendications. Les syndicats n'ont pas lutt&#233; contre l'unit&#233; du mouvement, ils ont plut&#244;t ent&#233;rin&#233; une situation. La gr&#232;ve &#171; visible &#187; en a cach&#233; une autre dont l'unit&#233; ne pouvait pas prendre de forme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'activit&#233; syndicale a principalement consist&#233; &#224; emp&#234;cher la fuite des travailleurs, surtout les OS. Dans la fuite hors de l'usine et le d&#233;bat &#171; ouverture / fermeture &#187;, c'est par un vote avec les pieds que l'usine apparut comme n'&#233;tant plus la base d'une r&#233;organisation ouvri&#232;re de la soci&#233;t&#233;. Il n'y eu aucune activit&#233; autogestionnaire dans aucune entreprise m&#234;me si on en &lt;i&gt;parlait&lt;/i&gt; presque partout. Il y eut une solution de continuit&#233; entre le d&#233;clenchement de la gr&#232;ve et l'occupation, ce furent deux activit&#233;s diff&#233;rentes dans leur nature, la seconde n'&#233;tait pas la suite naturelle de la premi&#232;re ; mais aussi solution de continuit&#233; dans leurs acteurs : ceux qui d&#233;clench&#232;rent les gr&#232;ves ne s'investirent pas majoritairement dans les occupations et ceux qui occup&#232;rent n'&#233;taient pas majoritairement &#224; l'initiative de &lt;i&gt;l'arr&#234;t du travail&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En encadrant, freinant, contr&#244;lant, et prenant la t&#234;te de cette gr&#232;ve &#171; visible &#187;, l'activit&#233; syndicale n'organisa finalement qu'elle-m&#234;me. C'est toute la contradiction de l'&#233;poque qui traverse la classe ouvri&#232;re, l'activit&#233; syndicale se&lt;i&gt; superposant&lt;/i&gt; &#224; &#171; l'autre gr&#232;ve &#187;, ne la brisant qu'en s'y superposant (et parce qu'elle a la possibilit&#233; de s'y superposer) et non en en prenant la t&#234;te et en la contr&#244;lant. C'est au moment de la reprise que la rencontre est devenue momentan&#233;ment conflictuelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si la reprise du travail, contrairement &#224; l'id&#233;e courante et souvent juste qui en fait le moment de l'abattement et de la dispersion, fut, avec son d&#233;clenchement, le moment le plus d&#233;licat, c'est qu'il fut le moment o&#249; &lt;i&gt;la masse&lt;/i&gt; des ouvriers &#171; &#233;vapor&#233;s &#187; durant la gr&#232;ve r&#233;appara&#238;t. C'est &#224; ce moment que sur de nombreux sites, paradoxalement, la gr&#232;ve se durcit. Dans cette &#171; relance de la gr&#232;ve &#187;, une unit&#233; (une synth&#232;se des &#171; deux &#187; gr&#232;ves) peut s'&#233;baucher, dans la mesure o&#249; &#224; Grenelle les syndicats ont jou&#233; gros et ont semble-t-il perdu. Ce moment de la reprise du travail est certainement le moment le plus int&#233;ressant de la gr&#232;ve. Dans la gr&#232;ve de 68, ce moment doit &#234;tre consid&#233;r&#233; comme une phase particuli&#232;re et pas seulement comme l'ach&#232;vement du mouvement qui l'a pr&#233;c&#233;d&#233;. C'est le moment de la rencontre, le moment o&#249; l'on voit que la gr&#232;ve &#171; visible &#187; avait non pas englob&#233; ou contr&#244;l&#233; la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale mais s'&#233;tait superpos&#233;e &#224; elle. Au moment de la reprise, elle doit s'imposer comme la forme unique de cette gr&#232;ve et cela ne va pas de soi. Les tentatives d'unit&#233; prennent &#224; ce moment l&#224; un autre contenu reliant la gr&#232;ve &#171; visible &#187; &#224; &#171; l'autre &#187;. Dans les usines, la participation aux op&#233;rations de d&#233;pouillement des votes de reprise est plus importante que la participation aux occupations. On voit les gens qui s'&#233;taient &#171; &#233;vapor&#233;s &#187; venir demander des comptes. Tout le monde conna&#238;t le petit film &#171; la Reprise du travail aux usines Wonder &#187; : face &#224; une ouvri&#232;re qui hurle son refus de &#171; retourner dans cette taule &#187;, on voit les d&#233;l&#233;gu&#233;s syndicaux mais aussi des gauchistes (certainement des &#171; maos &#187;) chercher &#224; la convaincre de rentrer en lui disant que le combat continuera &#224; l'int&#233;rieur. Personne n'y croit. C'est le moment de peur de S&#233;guy &#224; Billancourt, c'est le moment o&#249; &#224; Peugeot (Sochaux) deux ouvriers sont tu&#233;s par les CRS et l'un de ces derniers jet&#233; dans une cuve d'acide.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ainsi que devenait &#233;vident que la r&#233;volution n'&#233;tait plus l'aboutissement de la mont&#233;e en puissance de la classe &#224; l'int&#233;rieur du mode de production capitaliste, mont&#233;e en puissance s'achevant dans son affirmation en classe dominante, en pouvoir des Conseils ouvriers ou en &#201;tat socialiste. &#171; Mai 68 &#187; ne resta pas dans cette n&#233;gation car le capital en subsomption r&#233;elle du travail sous le capital avait soumis toute la reproduction sociale, tous les aspects de la vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&lt;a id=&#034;__RefHeading___Toc6385_155729733&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Le Mai fran&#231;ais : de la r&#233;volte ouvri&#232;re &#224; la communaut&#233; humaine en passant par l'ali&#233;nation&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;volution ne pouvait plus se limiter &#224; changer les propri&#233;taires des usines, ni m&#234;me se limiter au proc&#232;s de production. En englobant toute la vie quotidienne, la r&#233;volution &#233;tait la n&#233;gation de la condition prol&#233;tarienne et ne pouvait &#234;tre r&#233;volution qu'&#224; cette condition. C'est de cette fa&#231;on que le mouvement de mai posa, dans l'histoire de la lutte de classe, la n&#233;cessit&#233; d'abolir le prol&#233;tariat, mais ce ne fut &lt;i&gt;que de cette fa&#231;on&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;volte ouvri&#232;re contre la condition ouvri&#232;re, r&#233;volte contre tous les aspects de la vie, &#233;tait prise dans un d&#233;chirement. Elle ne pouvait s'exprimer, devenir effective qu'en se retournant contre sa base r&#233;elle, la condition ouvri&#232;re, mais non pour la supprimer, car &lt;i&gt;elle &lt;/i&gt;&lt;i&gt;ne trouvait pas en elle-m&#234;me le rapport au capital qui eut &#233;t&#233; cette suppression&lt;/i&gt;, mais pour s'en &lt;i&gt;s&#233;parer&lt;/i&gt;. D'un c&#244;t&#233;, un mouvement ouvrier fort aux racines encore solides, la confirmation dans le capital d'une identit&#233; ouvri&#232;re, une puissance reconnue de la classe mais une impossibilit&#233; radicale &#224; transformer cette puissance en force autonome et en affirmation r&#233;volutionnaire de la classe du travail, de l'autre, cette impossibilit&#233; &#233;tait &lt;i&gt;positivement&lt;/i&gt; l'extension de la r&#233;volte &#224; toute la reproduction sociale, r&#233;volte au travers de laquelle le prol&#233;tariat se niait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;volution ne pouvait &#234;tre que la n&#233;gation de la condition ouvri&#232;re mais il fallait chercher celle-ci, non dans le rapport du prol&#233;tariat au capital, mais dans l'universalit&#233; de l'ali&#233;nation. Ali&#233;nation &lt;i&gt;universelle&lt;/i&gt; et par l&#224; &lt;i&gt;humaine&lt;/i&gt;, celle-ci se justifiait elle-m&#234;me par la contestation des modes de vie impos&#233;s, de la consommation, de la &#171; prosp&#233;rit&#233; capitaliste &#187;. Cette r&#233;volte contre la condition ouvri&#232;re qui s'&#233;tendait hors du proc&#232;s de travail produisait sa raison d'&#234;tre en dehors d'elle-m&#234;me. Comme universalit&#233; de l'ali&#233;nation, elle s'autonomisait de ses conditions r&#233;elles, elle apparaissait non pas d&#233;couler directement de la situation de l'ouvrier, mais &#234;tre un fait de l'ensemble de la soci&#233;t&#233;, de l' &#171; ali&#233;nation universelle &#187; dont l'ouvrier &#233;tait le r&#233;sum&#233;, la condensation (Marcuse et les th&#233;oriciens de l'Ecole de Francfort devinrent &#224; la mode). Ce n'est pas un hasard si cette r&#233;volte ne devint effective que dans sa rencontre avec la contestation &#233;tudiante. Elle se d&#233;tacha d'elle-m&#234;me, devint &#233;trang&#232;re &#224; elle-m&#234;me et se d&#233;doubla en une r&#233;volte ouvri&#232;re enferm&#233;e dans son impasse et la m&#234;me ayant pris, pour elle-m&#234;me, une forme autonome et myst&#233;rieuse : la r&#233;volte contre tous les aspects de la vie mettant l'ouvrier en lumi&#232;re et en mouvement en tant qu'&#234;tre &lt;i&gt;universel &lt;/i&gt;et par l&#224; &lt;i&gt;humain&lt;/i&gt;. Si cette r&#233;volte contre la &#171; totalit&#233; de la vie &#187; a &#233;t&#233; comprise comme &#171; r&#233;volte humaine &#187;, c'est que &lt;i&gt;l'on ne pouvait alors consid&#233;rer que le prol&#233;tariat puisse aboutir, &#224; partir de sa situation m&#234;me en tant que classe, &#224; autre chose que son affirmation et au mieux &#224; l'impossibilit&#233; de celle-ci&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Durant toute la p&#233;riode de la fin des ann&#233;es 1960 et du d&#233;but des ann&#233;es 1970, en France, en Italie et ailleurs, la remise en cause de l'affirmation du prol&#233;tariat et de la r&#233;volution comme &#233;mancipation du travail, n'a &#233;t&#233; qu'une d&#233;termination interne de cette affirmation et de cette &#233;mancipation. &lt;i&gt;Le mouvement demeurait programmatique y compris dans sa remise en cause&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'enjeu sur la compr&#233;hension de cette p&#233;riode est actuel et il est double : c'est une phase sp&#233;cifique de la lutte de classe qui s'ach&#232;ve et non des pratiques &#233;ternellement ad&#233;quates &#224; ce qu'&lt;i&gt;est&lt;/i&gt; le communisme, mais conjoncturellement inabouties ; les contradictions que le programmatisme d&#233;veloppe &#224; partir de lui-m&#234;me ne sont pas la fin de la lutte de classe et de la r&#233;volution comme pratique de classe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;tach&#233;es du reste du mouvement, les pratiques qui remettent en cause l'affirmation de la classe et l'&#233;mancipation du travail deviennent des &#233;l&#233;ments pr&#233;curseurs d'une perspective &lt;i&gt;aclassiste&lt;/i&gt; de la r&#233;volution. &lt;i&gt;A contrario&lt;/i&gt;, se trouverait ainsi justifi&#233;e l'identification de toute lutte ouvri&#232;re au programmatisme. La critique du programmatisme se confond alors avec un abandon de la r&#233;volution comme action du prol&#233;tariat, c'est-&#224;-dire d'une classe. Le programmatisme devenant identique &#224; l'action ouvri&#232;re et vice versa, toute remise en cause ou manifestation des impasses de la lutte programmatique dans cette p&#233;riode de la fin des ann&#233;es 1960-d&#233;but des ann&#233;es 1970 est assimil&#233;e &#224; un d&#233;passement, &#224; un au-del&#224; de l'action en tant que classe et du simple fait qu'il y ait encore des classes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la &#171; p&#233;riode 68 &#187; la lutte de classe exprime mais ne d&#233;passe pas les limites et les impasses de l'ancien cycle de luttes, celui de l'identit&#233; ouvri&#232;re, de l'autonomie, de l'auto-organisation. &lt;i&gt;L'affirmation de la classe et l'&#233;mancipation du travail &#233;tait le contenu de ces mouvements, ce n'est que dans ce contenu et &#224; partir de lui que l'on peut comprendre sa crise et sa remise en cause&lt;/i&gt;. Rien d'&#233;tonnant alors &#224; ce que l'on ait vu appara&#238;tre une puissante affirmation autonome de la classe mais, ne sachant quoi faire d'elle-m&#234;me, elle n'a pas tranch&#233; durablement avec l'activit&#233; syndicale. En cela, elles diff&#232;rent fondamentalement des actions men&#233;es durant la p&#233;riode des ann&#233;es 1920.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&lt;a id=&#034;__RefHeading___Toc6387_155729733&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Le Mai rampant italien : l'ambig&#252;it&#233; du &#171; vogliamo tutti &#187; &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Italie, les revendications quantitatives des OS font sauter tout l'appareil conceptuel de l'id&#233;ologie ouvri&#232;re du travail. Au moyen de revendications quantitatives sans phrases, c'est tout le dispositif programmatique de la lutte de classe qui est min&#233;, mais non d&#233;pass&#233;. Il est exact que le d&#233;veloppement des luttes italiennes de 1962 &#224; 1975 sont d'une part le fait des franges r&#233;cemment prol&#233;taris&#233;es de la jeunesse, d'individus issus du milieu rural du sud et que c'&#233;tait une r&#233;volte clamant : &#171; &lt;i&gt;vogliamo tutti&lt;/i&gt; &#187;, mais, d'autre part, concr&#232;tement, cela s'exprimait par des revendications touchant &lt;i&gt;tous les aspects du travail&lt;/i&gt;. Ce qui est d&#233;terminant, ce n'est pas seulement l'origine de cette fraction de la classe ouvri&#232;re, mais simultan&#233;ment son arriv&#233;e dans la &#171; grande usine &#187;, dans le quartier ouvrier, etc. Cette immigration &lt;i&gt;interne&lt;/i&gt; s'int&#232;gre (souvent conflictuellement) &#224; une classe ouvri&#232;re structurellement en contrat &#224; dur&#233;e ind&#233;termin&#233; avec un emploi stable. Les syst&#232;mes de protection sociale sont plus ou moins garantis et les syst&#232;mes institutionnels encadrant la force de travail (pour le meilleur et pour le pire) fonctionnent. S'il s'agit d'une remise en cause interne au programmatisme, c'est que ce dernier, dans cette premi&#232;re phase de la subsomption r&#233;elle, est li&#233; &#224; une &#171; classe ouvri&#232;re stable &#187;. Par &#171; classe ouvri&#232;re stable &#187;, nous n'entendons pas le parcours individuel de tel ou tel prol&#233;taire ni m&#234;me de fractions du prol&#233;tariat, mais des structures d'exploitation et de reproduction d&#233;finissant la force de travail. En outre si cette fraction de la classe ouvri&#232;re jeune et venue du sud est importante dans les luttes des ann&#233;es 1960, il ne faut pas pour autant en surestimer l'importance au point d'en faire l'unique et &lt;i&gt;ind&#233;pendant&lt;/i&gt; acteur de ces luttes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les ouvriers peuvent &#171; tout vouloir &#187;, mais &#171; tout vouloir &#187; &lt;i&gt;en tant qu'ouvrier&lt;/i&gt; : g&#233;n&#233;raliser leur condition, &#233;manciper le travail, s'approprier les moyens de production, devenir classe dominante, etc. La classe ouvri&#232;re peut tout vouloir et le programmatisme &#234;tre la forme et le contenu ad&#233;quat de cette affirmation totale d'&#234;tre la soci&#233;t&#233;. Ce qui s'est pass&#233; en Italie (comme en France au m&#234;me moment mais d'une autre mani&#232;re) ne se limite pas &#224; cela, loin de l&#224;, mais &#171; vouloir tout &#187; ce n'est pas automatiquement &#234;tre au-del&#224; du programmatisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les luttes italiennes de la fin des ann&#233;es 1960 et du d&#233;but des ann&#233;es 1970, l'auto-organisation et l'autonomie contiennent leur remise en cause &#224; l'int&#233;rieur d'elles-m&#234;mes avant de se figer et de devenir la simple expression de l'existence du prol&#233;tariat comme limite de sa propre lutte en tant que classe. L'autonomie et l'auto-organisation &#233;taient, sur la base d'une identit&#233; ouvri&#232;re confirm&#233;e &#224; l'int&#233;rieur de la reproduction du capital, la pointe extr&#234;me du cycle de luttes s'achevant dans les ann&#233;es 1970, comportant leur propre critique et remise en cause dans leur manifestation m&#234;me. Cependant, ces critiques et remise en cause ne peuvent &#234;tre d&#233;tach&#233;es de ce dont elles sont la critique et de ce qui est remis en cause.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Entre d'une part, cette frange ouvri&#232;re constitu&#233;e par les jeunes ouvriers lumpenis&#233;s venus du sud et r&#233;put&#233;s imperm&#233;ables aux vieilles traditions ouvri&#232;res et &#224; la valeur du travail et, d'autre part, la classe ouvri&#232;re traditionnelle du nord encore habit&#233;e par l'identit&#233; ouvri&#232;re, c'est l'incompr&#233;hension et la franche hostilit&#233;. C'est exact, mais le tableau r&#233;el est nettement plus complexe ; on ne s'affronte jamais que lorsque l'on s'implique. Les luttes de cette &#171; frange &#187; sont les limites et les impasses de l'identit&#233; ouvri&#232;re. On ne peut s&#233;parer les termes de cette fa&#231;on tranch&#233;e, comme si &#224; l'ancien s'opposait quelque chose de radicalement nouveau, comme si les deux &#233;l&#233;ments &#233;taient &#233;trangers l'un &#224; l'autre de telle sorte que l'un des termes, pris en lui-m&#234;me annoncerait ou serait m&#234;me d&#233;j&#224; de l'ordre de &lt;i&gt;l'au-del&#224; de la &#171; perspective classiste &#187;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les gr&#232;ves annon&#231;ant celles qui eurent lieu durant &#171; l'automne chaud &#187; viennent de loin, ce n'est pas une classe ouvri&#232;re toute novice qui entre sur sc&#232;ne en 1969. Les actions de cette classe ouvri&#232;re sont imbriqu&#233;es &#224; l'int&#233;rieur de la mise en place m&#234;me du fordisme en Italie, dans l'apr&#232;s-seconde guerre mondiale. En 1959, dans l'industrie m&#233;tallurgique et m&#233;canique du Nord, la base se bat pour l'interdiction des heures suppl&#233;mentaires et pour la prise en compte de cette revendication par les syndicats. Durant ce m&#234;me mouvement, les ouvriers imposent aux trois grands syndicats italiens l'organisation de piquets de gr&#232;ve communs. Les mouvements de base contre les heures suppl&#233;mentaires &#233;clatent dans les entreprises du Nord tout au long de l'ann&#233;e 1960. A Turin, d&#232;s 1960, Panzieri&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Raniero Panzieri (Rome, 1921 &#8211; Turin, 9 octobre 1964). Il milite d'abord (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; souligne que des assembl&#233;es de base contestent aux syndicats la direction de la lutte. Par ailleurs, durant l'&#233;t&#233; 1960, des &#233;meutes &#233;clatent en Italie &#224; la suite de l'autorisation donn&#233;e par le gouvernement au MSI (neo-fasciste) de tenir son congr&#232;s &#224; G&#234;nes, la &#171; citadelle ouvri&#232;re &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est la plus jeune g&#233;n&#233;ration d'ouvriers qui est la plus d&#233;termin&#233;e dans ces affrontements. Il faut alors constater que les jeunes ouvriers fra&#238;chement arriv&#233;s du Sud laissent douze d'entre eux morts lors de ces &#233;meutes pour d&#233;fendre une &#171; citadelle ouvri&#232;re &#187;. Si les affrontements sont si violents c'est que comme l'&#233;crit &lt;i&gt;Quaderni Rossi&lt;/i&gt; dans un texte fond&#233; sur des interviews d'ouvriers : &#171; le fascisme &#233;voque le spectre de la domination de classe dans sa forme la plus pure &#187;. Un ouvrier d&#233;clare : &#171; Pour moi le fascisme c'est le patron &#187;. Les &#171; nouveaux ouvriers &#187; que certaines analyses pr&#233;sentent comme &#171; &#233;trangers aux traditions du mouvement ouvrier &#187;, non seulement sont loin de signifier la fin de la lutte de classe, mais encore s'inscrivent &#224; l'int&#233;rieur d'une tradition ouvri&#232;re et d'une identit&#233; ouvri&#232;re qu'ils &lt;i&gt;mettent en crise sans la d&#233;passer&lt;/i&gt;. Aux d&#233;buts des ann&#233;es 1960, les premiers num&#233;ros de &lt;i&gt;Quaderni Rossi&lt;/i&gt; qui tentent de cerner la nouveaut&#233; de ces luttes sont publi&#233;s avec la coop&#233;ration des sections locales &#224; Turin et Milan de la CGIL. Cette classe ouvri&#232;re dite sans tradition n'appara&#238;t pas subitement en 1969, c'est elle que l'on retrouve dans les luttes les plus dures, d&#232;s le milieu des ann&#233;es 1950, dans les usines les plus modernes du nord de l'Italie, o&#249; elle accompagne la mise en place et le fonctionnement du fordisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces nouvelles formes et revendications sont intriqu&#233;es avec les organisations du mouvement ouvrier. C'est &#224; une &lt;i&gt;conf&#233;rence de la f&#233;d&#233;ration turinoise du PSI&lt;/i&gt;, au d&#233;but de 1961, qu'Alquati, qui anime les &lt;i&gt;Quaderni Rossi&lt;/i&gt;, pr&#233;sente &lt;i&gt;L'enqu&#234;te sur FIAT&lt;/i&gt; o&#249; il d&#233;fend l'id&#233;e selon laquelle les ouvriers tendent &#224; passer d'une critique de leur travail individuel &#224; une remise en question de la rationalit&#233; de la division du travail dans l'entreprise consid&#233;r&#233;e dans sa totalit&#233;. Contre l'organisation du travail, les critiques des ouvriers r&#233;v&#232;lent de l'int&#233;r&#234;t pour la question de la gestion ouvri&#232;re, &#171; m&#234;me si ces jeunes ouvriers n'ont jamais entendu cette expression &#187;, conclut-il. Cependant, quand de nouvelles gr&#232;ves sauvages &lt;i&gt;sans revendications&lt;/i&gt; &#233;clatent &#224; la FIAT en 1963, Alquati lui-m&#234;me revient sur ses analyses pr&#233;c&#233;dentes et, contre &lt;i&gt;la CGIL qui d&#233;fend une perspective autogestionnaire&lt;/i&gt;, il soutient qu'une telle perspective est maintenant destin&#233;e &#224; limiter la lutte des ouvriers contre l'organisation du travail en voulant la leur faire prendre en charge, donc en d&#233;fendant la neutralit&#233; de l'organisation de la &#171; grande usine &#187; et des forces productives.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les interrogations d'Alquati ne refl&#232;tent pas qu'une &#233;volution th&#233;orique personnelle (sa critique, &#224; ce moment l&#224;, des th&#232;ses de &lt;i&gt;Socialisme ou Barbarie&lt;/i&gt;), elles sont significatives des contradictions de la lutte de classe dans cette p&#233;riode. Une identit&#233; ouvri&#232;re forte, confirm&#233;e dans la reproduction du capital existe sur la base de la &#171; grande usine &#187;, de l'int&#233;gration de la reproduction de la force de travail dans le cycle propre du capital. Mais, &lt;i&gt;les raisons m&#234;mes qui la font exister lui interdisent imm&#233;diatement tout d&#233;but de r&#233;alisation, de passage &#224; l'effectivit&#233;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne suffit pas d'&#234;tre un jeune prol&#233;taire venu du Sud et lump&#233;nis&#233; pour &#234;tre la critique de la valeur travail et pour &#234;tre dans son action la remise en cause des &#171; valeurs ouvri&#232;res &#187;. Encore faut-il que la p&#233;riode de la lutte de classe soit celle de la crise du programmatisme, sinon une telle chose serait survenue en Lorraine &#224; l'arriv&#233;e des Polonais ou &#224; D&#233;troit &#224; l'arriv&#233;e des Pi&#233;montais. Cela signifie que l'action de cette frange ne peut &#234;tre comprise en elle-m&#234;me, elle n'est pas autor&#233;f&#233;rentielle, elle ne tient pas le sens de son action d'elle-m&#234;me mais de la situation d'ensemble de la lutte de classe dans laquelle elle est immerg&#233;e et dont elle ne fait qu'exprimer les limites et les impasses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le cycle de luttes suivant (le cycle de luttes actuel) n'est pas la victoire de ces &#233;l&#233;ments &#171; radicalement nouveaux &#187; par leur accession &#224; l'ind&#233;pendance. Si l'on peut parler avec raison de l'anti-ouvri&#233;risme de mai 68, on ne peut en parler sans parler simultan&#233;ment de son ouvri&#233;risme et de cet anti-ouvri&#233;risme comme une d&#233;termination interne, une contradiction interne, de &lt;i&gt;cet&lt;/i&gt; ouvri&#233;risme &#224; &lt;i&gt;cette&lt;/i&gt; &#233;poque. Cet anti-ouvri&#233;risme avec, en France, son discours post ou crypto-situ, ou, en Italie, son contenu &#171; transversaliste-alicien &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La revue A/traverso, fond&#233;e &#224; Bologne en 1976, disparait en ao&#251;t 1981 apr&#232;s (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, dispara&#238;t en m&#234;me temps que ce dont il n'est que la critique comme d&#233;termination interne. Plus fondamentalement, le refus du travail des ann&#233;es 1960 ou du d&#233;but des ann&#233;es 1970 n'est pas le m&#234;me que celui des ann&#233;es 1990 ou 2000. Le premier se r&#233;sout dans l'action revendicative ou une s&#233;paration d'avec la condition ouvri&#232;re, le second est une attaque de tout ce qui d&#233;finit cette condition comme attaque de ce que l'on est. En trente ans, on passe de Bologne 1977 aux &#233;meutes des banlieues fran&#231;aises de 2005 et d'ailleurs...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La remise en cause du cadre hi&#233;rarchique par les revendications &#233;galitaires, le fait de bousculer le rapport entre avant-garde active et masse passive par les cort&#232;ges ouvriers, mais aussi l'affirmation &#171; nous avons tous les m&#234;mes besoins &#187;, ne sont rien d'autre que la lutte revendicative et sa perspective : l'&#233;mancipation du travail. Le livre de Giachetti et Scavino sur les luttes &#224; Turin raconte tout cela, et significativement le titre demeure : &#171; La FIAT &lt;i&gt;aux mains des ouvriers&lt;/i&gt; (c'est nous qui soulignons) &#187; (&#201;d. Les nuits rouges, 2005). Mais, contrairement aux Comit&#233;s de fabrique de 1920, ils n'avaient rien &#224; en faire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'O.S., qu'il soit du Sud ou du Nord de l'Italie, de Biskra ou de Ouarzazate, n'a rien &#224; prendre en charge, n'a rien &#224; g&#233;rer, et ce qui le justifie et le fait encore agir comme membre d'un grand mouvement ouvrier est la n&#233;gation m&#234;me de l'autonomie n&#233;cessaire au moindre d&#233;but de r&#233;alisation d'une quelconque affirmation de lui-m&#234;me en tant qu'ouvrier et d'&#233;mancipation du travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette contradiction interne au cours de la lutte de classe appara&#238;t en Italie d'une fa&#231;on bien concr&#232;te, &#224; partir du milieu des ann&#233;es 1960, dans l'extension des luttes en dehors de l'usine. D'une part, la figure centrale de la classe ouvri&#232;re italienne, celle par qui est structur&#233;e toute la lutte de classe, est celle du Triangle industriel Milan &#8211; Turin &#8211; G&#234;nes et, dans ce Triangle, principalement les ouvriers productifs des grandes entreprises. D'autre part, une telle concentration implique et n'existe que par la socialisation et la massification de la classe ouvri&#232;re au-del&#224; du proc&#232;s de production imm&#233;diat. La lutte ouvri&#232;re c'est aussi la ville, les transports, le logement, toute la vie sociale. En englobant toute la vie quotidienne, la lutte de classe devient un refus de la condition ouvri&#232;re, mais elle n'englobe toute la vie quotidienne &lt;i&gt;qu'&#224; partir de l'usine&lt;/i&gt;, cette extension m&#234;me n'existe que sous le leadership, la tutelle de l'ouvrier de la grande usine : Turin, c'&#233;tait FIAT. Ce mouvement contient en fait une contradiction entre d'une part la figure centrale de l'identit&#233; ouvri&#232;re, encore dominante et structurant la lutte de classe, &#224; partir de laquelle il existe et, d'autre part, la lutte sur l'ensemble de la reproduction qui ne peut alors donner tout ce qu'elle contient, c'est-&#224;-dire la remise en cause de la condition ouvri&#232;re elle-m&#234;me, du fait du premier terme. La lutte sur le salaire est le lieu qui est celui de cette contradiction, l&#224; o&#249; elle devient concr&#232;te. Ce que les &lt;i&gt;operaistes&lt;/i&gt;, dans une probl&#233;matique et une perspective programmatique, ont th&#233;oris&#233; comme &#171; salaire politique &#187; ou &#171; auto-valorisation de la classe ouvri&#232;re &#187; &#233;tait, comme pratique, comme lutte particuli&#232;re, cette contradiction o&#249;, &#224; partir de sa situation m&#234;me comme ouvrier et, &lt;i&gt;&#224; l'int&#233;rieur de celle-ci&lt;/i&gt;, &#233;tait remise en cause sa reproduction en tant que tel. &lt;i&gt;La revendication du pouvoir ouvrier dans l'usine coexiste avec le refus de vivre en dehors comme un ouvrier et d'&#234;tre employ&#233; comme ouvrier dans cette usine m&#234;me&lt;/i&gt;. La lutte de classe se d&#233;veloppe dans cette configuration hautement instable et contradictoire dans laquelle c'est &lt;i&gt;le travail&lt;/i&gt; qui se refuse &#224; fonctionner, dans le capitalisme, comme &lt;i&gt;force de travail&lt;/i&gt;. L'autonomie en est le r&#233;sultat et l'utopie pratique : exister pour soi &lt;i&gt;comme travail&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&lt;a id=&#034;__RefHeading___Toc6389_155729733&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
En Italie, Espagne et ailleurs, l'auto-organisation et ses impasses&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La lutte de classe &lt;i&gt;exprime&lt;/i&gt; mais ne d&#233;passe pas les limites et les impasses de l'ancien cycle de lutte, celui de l'identit&#233; ouvri&#232;re, de l'autonomie, de l'auto-organisation. &lt;i&gt;Le &#171; refus du travail &#187; et &#171; l'auto-n&#233;gation du prol&#233;tariat &#187;&lt;/i&gt; (voir plus loin)&lt;i&gt; furent les ultimes appellations id&#233;ologiques de ces limites&lt;/i&gt;. Il faut voir l'intrication entre les luttes d'OS en Italie et les Comit&#233; Unitaires de Base (CUB) qui naissent dans ces luttes et sont impuls&#233;s par elles. Grisoni et Portelli dans leur livre &lt;i&gt;Luttes ouvri&#232;res en Italie de 1960 &#224; 1976&lt;/i&gt; (&#201;d. Aubier-Montaigne) r&#233;sument ainsi les choses : &#171; La formulation est malheureuse nous ne devrions pas titrer &lt;i&gt;nouvelles formes de lutte&lt;/i&gt;, mais nouveaux organes de lutte. En effet, les formes de lutte en 68-69 d&#233;pendent &#233;troitement de l'apparition d'organes ouvriers autonomes qui ont permis le d&#233;veloppement de nouveaux types de lutte. L'auto-organisation ouvri&#232;re (puis populaire) sera le trait saillant et d&#233;cisif de cette p&#233;riode. Autour de lui se distribue l'ensemble de la nouveaut&#233; politique en mati&#232;re d'intervention, de gestion, et d'action directe. A travers 'l'automne chaud' et les mois qui le pr&#233;c&#233;d&#232;rent, s'est affirm&#233;e, confirm&#233;e et renforc&#233;e l'autonomie ouvri&#232;re, c'est-&#224;-dire la capacit&#233; des travailleurs &#224; &#233;laborer leurs propres revendications, d'une part, et de l'autre, &#224; inventer, g&#233;rer, et organiser leurs propres modes d'intervention. La suite montrera que cette capacit&#233; a &#233;t&#233;, pour l'essentiel, &lt;i&gt;r&#233;cup&#233;r&#233;e par les organisations traditionnelles et utilis&#233;e pour leur compte comme force dynamique de transformation&lt;/i&gt; (soulign&#233; par nous). &#187; (&lt;i&gt;op&lt;/i&gt;. &lt;i&gt;cit&lt;/i&gt;., p.127). A propos des CUB, les auteurs poursuivent : &#171; Les CUB seront certainement la structure la plus originale en la mati&#232;re. Ils se sont d&#233;velopp&#233;s dans de nombreuses usines et ont acquis un solide enracinement ouvrier, pr&#233;figurant peut-&#234;tre, aux yeux des travailleurs, les premiers germes de la mise en &#339;uvre d'un pouvoir qu'ils avaient conscience de poss&#233;der mais n'avaient jamais pu exercer. &#187; (&lt;i&gt;idem&lt;/i&gt;, p.130).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, les secteurs ouvriers en lutte ont &#233;t&#233; incapables de cr&#233;er une assembl&#233;e unitaire et le mouvement a &#233;t&#233; r&#233;cup&#233;r&#233; par la CGIL et ses &#171; comit&#233;s d'atelier &#187;. L'&#233;chec ne tient pas &#224; un probl&#232;me ou &#224; un manque d'organisation, mais au fait que cette organisation ne d&#233;passe pas le processus d'affirmation ouvri&#232;re et en cela, dans cette fin des ann&#233;es 1960, &#224; la diff&#233;rence des ann&#233;es 1920, il implique &lt;i&gt;de lui-m&#234;me&lt;/i&gt; sa &#171; r&#233;cup&#233;ration &#187;. En effet, depuis les ann&#233;es 1920, la subsomption r&#233;elle est pass&#233;e par l&#224;. Si l'autonomie ne parvient pas au bout d'elle-m&#234;me, ne serait-ce qu'organisationnellement, c'est &#224; son contenu qu'elle le doit. Le probl&#232;me g&#233;n&#233;ral de cette p&#233;riode, &#224; la diff&#233;rence des ann&#233;es 1920, est pr&#233;cis&#233;ment dans le fait que, de par son contenu, l'autonomie implique sa r&#233;cup&#233;ration et qu'opposer la &#171; vraie &#187; autonomie &#224; l'autonomie &#171; r&#233;cup&#233;r&#233;e &#187; ne m&#232;ne &#224; rien. Le mouvement dit des &#171; autoconvocations &#187; en Italie en 1984 montre pr&#233;cis&#233;ment la scl&#233;rose de l'autonomie dans la d&#233;fense d'une &#171; composition de classe &#187; que la restructuration a d&#233;j&#224; largement boulevers&#233;e&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Durant l'hiver 1983-1984, un mouvement de gr&#232;ves spontan&#233;es impuls&#233;es par la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A la fin des ann&#233;es 1970, la persistance de l'appellation &lt;i&gt;Autonomie&lt;/i&gt; n'indique plus que le d&#233;calage entre la repr&#233;sentation id&#233;ologique et le niveau r&#233;ellement atteint par le mouvement. A Bologne, et ailleurs en Italie en 1977, l'usine n'est plus le centre de la lutte qui se situe au niveau de la reproduction d'ensemble du rapport social capitaliste. L'affrontement avec l'&#201;tat s'effectue au-del&#224; d'une probl&#233;matique de prise de pouvoir. Cependant, le discours est toujours celui d'une perspective d'affirmation ouvri&#232;re comportant sa remise en cause. Le mouvement se fracture entre secteurs &#171; privil&#233;gi&#233;s &#187; et pr&#233;caires, et se perd dans la critique de la vie quotidienne. Dans les ann&#233;es qui suivent, partout, l'auto-organisation devient purement et simplement une limite incontournable et n&#233;cessaire de la lutte de classe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;L'autonomie ne peut &#234;tre que programmatique&lt;/i&gt;, parce qu'elle est par nature l'autonomie &lt;i&gt;ouvri&#232;re&lt;/i&gt;. &lt;i&gt;Le mouvement de 1969 est toujours un mouvement d'affirmation du prol&#233;tariat et d'&#233;mancipation du travail. C'est sa caract&#233;risation dominante, ce n'est que dans cette caract&#233;risation dominante et &#224; partir d'elle que l'on peut comprendre ce qui alors en elle est sa remise en cause, son impossibilit&#233;&lt;/i&gt;. Ce sont ces m&#234;mes OS qui sabotent et organisent les d&#233;fil&#233;s qui se regroupent dans les CUB comme &#224; Pirelli ou se retrouvent &#224; l'Assembl&#233;e ouvriers-&#233;tudiants de Turin. C'est cette situation qui fait toute l'originalit&#233; et l'importance tant historique que th&#233;orique de cette p&#233;riode.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est le capital qui a g&#233;n&#233;ralis&#233; la condition de prol&#233;taire et ce dernier n'a rien &#224; lib&#233;rer, rien &#224; g&#233;rer, rien &#224; prendre en charge. Cependant, dans le m&#234;me mouvement, &lt;i&gt;dans sa reproduction&lt;/i&gt;, le capital lui conf&#232;re une existence pour lui-m&#234;me bien rep&#233;rable comme force collective et sociale l&#233;gitim&#233;e par la reproduction m&#234;me du capital &#224; lui contester la d&#233;finition de la soci&#233;t&#233;. L&#224; est, dans ses propres termes, l'impossibilit&#233; du programmatisme dans cette &#233;poque : ses vell&#233;it&#233;s d'existence, sa liaison essentielle avec le syndicalisme. Son &#233;chec existe dans sa condition d'existence. Durant toute cette p&#233;riode le programmatisme et sa critique sont intriqu&#233;s. Ce n'est qu'&#224; la condition que la contradiction entre le prol&#233;tariat et le capital comporte la production et reproduction d'une identit&#233; ouvri&#232;re que le capital lui-m&#234;me produit et confirme, dans sa propre reproduction, que la lutte du prol&#233;tariat peut avoir pour contenu, dans sa contradiction avec le capital en subsomption r&#233;elle, sa propre affirmation et l'&#233;mancipation du travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme nous l'avons vu, le principe de l'autonomie ouvri&#232;re, d&#233;fendu par la Gauche germano-hollandaise depuis les ann&#233;es 1920, tant comme pratique que comme th&#233;orie, est une crise de l'affirmation du prol&#233;tariat, disons une crise du programmatisme classique. En effet, dans l'autonomie, le processus r&#233;volutionnaire se situe en opposition, en rupture, avec toutes les m&#233;diations menant de la classe telle qu'elle est dans le mode de production capitaliste &#224; la r&#233;volution par transcroissance, mont&#233;e en puissance de la classe dans ce mode de production. Dans la dynamique autonome, la r&#233;volution r&#233;side dans toutes les pratiques du prol&#233;tariat pouvant manifester une rupture avec l'int&#233;gration et la d&#233;fense de sa condition &#224; l'int&#233;rieur de la reproduction du capital. Comme on le verra plus loin, l'auto-n&#233;gation du prol&#233;tariat ou &#224; l'extr&#234;me l'abandon de toute perspective classiste sont alors l'aboutissement id&#233;ologique de cette rupture, l'aboutissement de l'autonomie et de l'auto-organisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme l'avait annonc&#233; le mouvement des autoconvocations en Italie, en France, &#224; partir des coordinations cheminotes de 1986, l'auto-organisation devient la forme dominante de toutes les luttes, elle n'est plus rupture d'avec toutes les m&#233;diations par lesquelles la classe serait une classe du mode de production (rupture lib&#233;rant sa nature r&#233;volutionnaire), elle n'est plus qu'une forme radicale du syndicalisme. Toute lutte revendicative de quelque ampleur ou de quelque intensit&#233; est maintenant auto-organis&#233;e et autonome. Auto-organisation et autonomie sont devenues un simple moment du syndicalisme. L'auto-organisation et l'autonomie sont l'ultime id&#233;ologie programmatique sous laquelle op&#232;re une sorte de syndicalisme radical &#224; laquelle se r&#233;sume au mieux la plupart des th&#233;ories et pratiques r&#233;volutionnaires en circulation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De m&#234;me en Pologne, durant les &#233;meutes et gr&#232;ves de 1970, il n'existe aucune tentative gestionnaire. En revanche, en 1979 / 1980, apparaissent quelques balbutiements de volont&#233; de gestion ouvri&#232;re ou de &#171; contr&#244;le ouvrier &#187; et, dans &lt;i&gt;Solidarit&#233;&lt;/i&gt;, se forme une tendance dite &#171; autogestionnaire &#187; qui se scinde elle-m&#234;me en gauchistes et majoritaires. Les premiers amen&#233;s par Staniszki sont pour l'auto-organisation &#224; la base et font de la propagande sur le th&#232;me de l'autogestion. Les seconds, men&#233;s par Milewski, d&#233;veloppent le th&#232;me des &#171; travailleurs g&#233;rants &#187; (et non pas propri&#233;taires), contre la nomenklatura, ils sont pour l'autogestion de toutes les activit&#233;s sociales &lt;i&gt;sur la base des organisations syndicales&lt;/i&gt;. Une telle perspective trouve naturellement sa place &lt;i&gt;&#224; l'int&#233;rieur du syndicat&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec le mouvement des Assembl&#233;es en Espagne (1976-1977-1978), on peut dire que l&#224; aussi le mouvement autonome des travailleurs et l'auto-organisation se placent imm&#233;diatement en articulation avec le probl&#232;me de la place et de l'organisation du syndicalisme, m&#234;me s'il s'agit de la CNT (qui conna&#238;t &#224; ce moment l&#224; son grand d&#233;bat sur &#171; syndicat de masse &#187; ou &#171; syndicat d'action directe &#187;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A La Roca, c'est sur la question de la repr&#233;sentativit&#233; des d&#233;l&#233;gu&#233;s que le conflit &#233;clate. Le patronat refuse de reconna&#238;tre la repr&#233;sentativit&#233; des d&#233;l&#233;gu&#233;s &#233;lus en Assembl&#233;e qui avaient exig&#233; que tous les d&#233;l&#233;gu&#233;s d&#233;missionnent de leurs responsabilit&#233;s dans le syndicat officiel. Mais, apr&#232;s 95 jours de gr&#232;ve et l'&#233;chec des tentatives de cr&#233;er une &#171; solidarit&#233; active &#187;, La Roca demeurait une exception au c&#339;ur du Bajo Llobregat o&#249; vivait et travaillait un prol&#233;tariat respectueux de la strat&#233;gie syndicale du courant majoritaire des Commissions Ouvri&#232;res. Cette articulation avec le syndicalisme ne doit pas faire dispara&#238;tre le fait que le mouvement auto-organis&#233; des Assembl&#233;es s'est tr&#232;s souvent d&#233;velopp&#233; dans une nette confrontation avec les syndicats. Cependant si l'on regarde &#224; La Roca ou &#224; Vitoria le contenu de l'affrontement entre mouvement auto-organis&#233; et syndicats, on s'aper&#231;oit qu'il porte sur l'extension de la gr&#232;ve, sur sa &#171; popularisation &#187;. On retrouve le m&#234;me rapport dans la gr&#232;ve de la m&#233;tallurgie &#224; Sabadell : confront&#233;s &#224; l'initiative de la base ouvri&#232;re, les syndicats acceptent le recours &#224; l'Assembl&#233;e. Mais, en m&#234;me temps, ils r&#233;ussissent &#224; pr&#233;server l'autonomie bureaucratique des organes dirigeants de la gr&#232;ve (Assembl&#233;e de d&#233;l&#233;gu&#233;s) par rapport &#224; cette masse d'ouvriers militants. Il n'y avait pas un r&#233;el contr&#244;le de la base ouvri&#232;re sur l'Assembl&#233;e des d&#233;l&#233;gu&#233;s et sur la Commission repr&#233;sentative charg&#233;e de n&#233;gocier. Cette s&#233;paration et l'incapacit&#233; des travailleurs &#224; la surmonter en assurant eux-m&#234;mes la direction de la lutte permirent aux CCOO et &#224; l'USO de s'opposer aux appels &#224; la g&#233;n&#233;ralisation de la gr&#232;ve et de condamner la formation de piquets de gr&#232;ve.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'articulation imm&#233;diate du mouvement des assembl&#233;es lui-m&#234;me avec les syndicats n'est que le corollaire de la propre faiblesse de ses enjeux en tant que mouvement d'auto-organisation ouvri&#232;re. En 1978, les &#233;lections syndicales permirent de combler le vide laiss&#233; dans les usines par la dislocation des syndicats verticaux (franquistes). Ce qui &#233;claire a posteriori le mouvement des Assembl&#233;es lui-m&#234;me en tant que moment particulier de cette recomposition syndicale qui accompagne tout le mouvement. L'ensemble du mouvement des Assembl&#233;es se trouve confront&#233; &#224; une reprise en main syndicale (y compris de la part de la CNT qui &#233;limine ses &#171; conseillistes &#187; et autres &#171; spontan&#233;istes &#187;) car il s'est lui-m&#234;me, en pratique, constamment articul&#233; avec le probl&#232;me syndical en Espagne, dans la p&#233;riode 1976 / 1977. Contrairement aux apparences, l'auto-organisation, en tant que forme et contenu des luttes, fut extr&#234;mement faible. Le mouvement des Assembl&#233;es s'est constamment pos&#233; pratiquement le probl&#232;me du syndicalisme et non de l'autonomie par rapport aux syndicats, laissant les mains libres aux syndicats pour n&#233;gocier, ou pour agir quand l'usine est trop grande. Il para&#238;t &#233;vident en Espagne que l'appartenance de l'auto-organisation &lt;i&gt;comme perspective r&#233;volutionnaire&lt;/i&gt; &#224; une &#233;poque r&#233;volue ne laisse plus &#224; ses partisans le choix qu'entre la r&#233;cup&#233;ration manipulatrice (CNT) ou l'incantation (groupe &lt;i&gt;Bicicleta&lt;/i&gt; de Madrid ou &lt;i&gt;Autonomie ouvri&#232;re&lt;/i&gt; de Vigo).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La lutte de Vitoria (janvier-mars1976) est de nature l&#233;g&#232;rement diff&#233;rente. &#171; Vitoria a &#233;t&#233; dans ces mois de janvier &#224; mars 1976, une grande &#233;cole d'unit&#233; et de solidarit&#233; ouvri&#232;re, mais surtout, Vitoria a repr&#233;sent&#233; pour le reste de la classe travailleuse un mouvement qui a apport&#233; des id&#233;es nouvelles dans les sch&#233;mas d'organisation (&#8230;) dans le contenu politique des luttes ouvri&#232;res ; (&#8230;) les structures politiques qui sont apparues ici d&#233;passaient les projets orthodoxes du syndicalisme traditionnel. L'assembl&#233;e ouvri&#232;re &#233;lit ses repr&#233;sentants et peut les r&#233;voquer (&#8230;). La lutte y fut essentiellement politique : la classe ouvri&#232;re en fut consciente et elle a pos&#233; un rapport de pouvoir &#224; pouvoir. Peu apr&#232;s que les conflits eussent commenc&#233;, les positions strictement &#233;conomique &#233;taient d&#233;j&#224; d&#233;pass&#233;es (&#8230;) On est all&#233; jusqu'&#224; refuser des solutions particuli&#232;res pour chaque usine. Des Assembl&#233;es d'usine se tenaient dans les &#233;glises et dans les quartiers ouvriers ; des Assembl&#233;es de femmes et de quartiers prolif&#233;raient aussi. A un moment donn&#233;, on est arriv&#233; &#224; une situation o&#249; tout le peuple &#233;tait organis&#233; en Assembl&#233;es, dans une d&#233;mocratie de type totalement diff&#233;rent de la d&#233;mocratie bourgeoise formelle. (&#8230;) Il fut cr&#233;&#233; un &#233;norme r&#233;seau d'organisations de base &#8211; Assembl&#233;es d'usines, interentreprises, groupes de femmes, r&#233;unions de quartiers&#8230;, etc. &#8211; le tout embrassant l'ensemble de la vie sociale dans une ville moderne (&#8230;) Le processus d&#233;clenchant finalement la r&#233;pression brutale de l'&#201;tat capitaliste (quatre morts, plusieurs bless&#233;s, innombrables arrestations et licenciements). &#187; (&lt;i&gt;Spartacus&lt;/i&gt;, n&#176; 7). Dans le cas de la lutte de Vitoria, on est bien dans le cadre de l'auto-organisation ouvri&#232;re qui irrigue l'ensemble de la soci&#233;t&#233;. Mais si elle ne se d&#233;passe pas en tant que telle, l'auto-organisation &lt;i&gt;ouvri&#232;re&lt;/i&gt;, qui pose la question du pouvoir et de la reproduction d'ensemble du rapport social, se trouve renvoy&#233;e &#224; une existence de pouvoir alternatif. La g&#233;n&#233;ralisation de l'auto-organisation ouvri&#232;re devient pouvoir alternatif particulier et ne peut &#234;tre qu'irr&#233;m&#233;diablement battue. La lutte de Vitoria montre le moment du point de bascule entre l'auto-organisation avec son &#233;chec n&#233;cessaire et son d&#233;passement en mesures communisatrices. Il ne peut plus y avoir de perspective sociale ouvri&#232;re de &#171; double pouvoir &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au Portugal en 1974, si les luttes ouvri&#232;res et paysannes n'ont jamais remis en cause la circulation de l'argent, ni l'existence et le r&#244;le de l'&#201;tat (au contraire, les salari&#233;s se tournaient vers lui), les r&#233;cup&#233;rations d'entreprises furent tr&#232;s nombreuses, le plus souvent dans des industries pauvres, de technologie simple, employant une main-d'&#339;uvre peu qualifi&#233;e. En g&#233;n&#233;ral, ces occupations r&#233;pondaient &#224; une d&#233;claration de faillite, r&#233;elle ou fictive, &#224; la fermeture de l'entreprise par son propri&#233;taire. Cela ne signifie pas que ces mouvements sont sans importance ou qu'ils appartiennent au pass&#233;, comme le montre l'Argentine au d&#233;but des ann&#233;es 2000. Il ne s'agit pas d'invoquer la limite de ces mouvements en disant qu'ils n'ont pas aboli l'&#233;change et l'argent, on ne peut pas leur reprocher de ne pas faire ce qu'ils ne peuvent pas, par nature, faire. Comme ailleurs, le trait essentiel est bien, pour ces mouvements de se tourner imm&#233;diatement vers l'&#201;tat qui les &#233;limine plus ou moins pacifiquement d&#232;s qu'il s'est &#224; nouveau stabilis&#233;. C'est l&#224; que se situe l'essentiel de l'impossibilit&#233; de ces mouvements et de la manifestation de leurs limites si on les compare avec les ann&#233;es 1920 ou m&#234;me avec l'Espagne de 1936 / 1937. Ce type de mouvement peut toujours &#234;tre pr&#233;sent tout au long de la p&#233;riode actuelle mais ils ont irr&#233;m&#233;diablement perdu leur &#171; nature &#187; de perspective r&#233;volutionnaire. De m&#234;me, en Argentine, en 2002, les ouvriers sont rest&#233;s des ouvriers, les entreprises des entreprises, les marchandises des marchandises, &lt;i&gt;etc&lt;/i&gt;. M&#234;me &#171; r&#233;alis&#233; &#187;, le mythe de l'autogestion g&#233;n&#233;ralis&#233;e ayant &#171; aboli l'&#201;tat et la domination de la classe capitaliste &#187; ne serait toujours que la gestion des entreprises - de toutes les entreprises - et de leur liaison, de leurs &#233;changes, d'o&#249; rena&#238;traient la valeur et l'&#201;tat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis les ann&#233;es 68, et encore plus maintenant, il ne s'agit pas de dire que l'auto-organisation ou m&#234;me les tentatives de gestion ouvri&#232;re n'existent plus, mais il importe de faire ressortir des luttes de classe &lt;i&gt;telles qu'elles sont&lt;/i&gt; que l'autonomie et l'auto-organisation sont le premier acte de la r&#233;volution, mais que la suite s'effectue contre elles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'autonomie, comme perspective r&#233;volutionnaire se r&#233;alisant au travers de l'auto-organisation, est paradoxalement ins&#233;parable d'une classe ouvri&#232;re stable, bien rep&#233;rable &#224; la surface m&#234;me de la reproduction du capital, confort&#233;e dans ses limites et sa d&#233;finition par cette reproduction et reconnue en elle comme un interlocuteur l&#233;gitime. Elle est la pratique, la th&#233;orie et le projet r&#233;volutionnaires de l'&#233;poque du &#171; fordisme &#187;. Son sujet est l'ouvrier et elle suppose que la r&#233;volution communiste est sa lib&#233;ration, celle du travail productif. Elle suppose que les luttes revendicatives sont le marchepied de la r&#233;volution et qu'&#224; l'int&#233;rieur du rapport d'exploitation le capital reproduise et confirme une identit&#233; ouvri&#232;re. Tout cela a perdu tout fondement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne peut parler d'autonomie que si la classe ouvri&#232;re est capable de se rapporter &#224; elle-m&#234;me contre le capital et de trouver dans ce rapport &#224; soi les bases et la capacit&#233; de son affirmation comme classe dominante. L'autonomie suppose que la d&#233;finition de la classe ouvri&#232;re n'est pas un rapport mais lui est inh&#233;rente. Il s'agissait de la &lt;i&gt;formalisation de ce que l'on est dans la soci&#233;t&#233; actuelle comme base de la soci&#233;t&#233; nouvelle &#224; construire en tant que lib&#233;ration de ce que l'on est.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De la fin de la Premi&#232;re Guerre mondiale jusqu'au d&#233;but des ann&#233;es 1970, l'autonomie et l'auto-organisation n'&#233;taient pas simplement la gr&#232;ve sauvage et un rapport plus ou moins conflictuel avec les syndicats. L'autonomie &#233;tait le projet d'un processus r&#233;volutionnaire allant de l'auto-organisation &#224; l'affirmation du prol&#233;tariat comme classe dominante de la soci&#233;t&#233;, au travers de la lib&#233;ration et de l'affirmation du travail comme organisation de la soci&#233;t&#233;. En d&#233;gageant la &#171; v&#233;ritable situation &#187; de la classe ouvri&#232;re de son int&#233;gration dans le mode production capitaliste, repr&#233;sent&#233;e par toutes les institutions politiques et syndicales, l'autonomie &#233;tait la r&#233;volution en marche, la r&#233;volution &lt;i&gt;potentielle&lt;/i&gt;. Si cela &#233;tait explicitement le propos de l'ultragauche, ce n'&#233;tait pas qu'une id&#233;ologie. L'ultragauche, les forces syndicales, les grands partis communistes, les puissantes socil-d&#233;mocraties ont appartenu au &lt;i&gt;m&#234;me monde,&lt;/i&gt; celui du mouvement ouvrier, de la r&#233;volution comme affirmation de la classe. L'affirmation de l'&#234;tre v&#233;ritablement r&#233;volutionnaire qui se manifestait dans l'autonomie n'aurait pu avoir le moindre d&#233;but de r&#233;alit&#233; s'il n'avait pas &#233;t&#233; le &#171; bon c&#244;t&#233; d&#233;sali&#233;n&#233; &#187; de la m&#234;me r&#233;alit&#233; qui vivait dans un puissant mouvement ouvrier &#171; encadrant &#187; la classe. Le mouvement ouvrier &#233;tait lui aussi la garantie de l'ind&#233;pendance de la classe pr&#234;te &#224; r&#233;organiser le monde &#224; son image, il suffisait de r&#233;v&#233;ler &#224; cette puissance sa v&#233;ritable nature, en la d&#233;bureaucratisant, en la d&#233;sali&#233;nant. Il n'&#233;tait pas rare que les ouvriers passent de la constitution, n&#233;cessairement &#233;ph&#233;m&#232;re, d'organisations autonomes de luttes &#224; l'univers parall&#232;le du stalinisme triomphant ou, en Europe du Nord, dans le giron de puissants syndicats. Autonomie et mouvement ouvrier se nourrissaient et se confortaient mutuellement. Le dirigeant stalinien &#233;tait peut-&#234;tre &#171; le pendant ouvrier du patron de droit divin &#187;, mais il &#233;tait aussi le pendant &lt;i&gt;institutionnel&lt;/i&gt; de l'autonomie. &lt;i&gt;L'auto-organisation comme th&#233;orie r&#233;volutionnaire avait un sens dans les conditions exactement &lt;/i&gt;&lt;i&gt;identiques &#224; celles qui structuraient le &#171; vieux mouvement ouvrier &#187;&lt;/i&gt;. L'auto-organisation c'est la lutte auto-organis&#233;e &lt;i&gt;acvec son prolongement n&#233;cessaire &lt;/i&gt;l'auto-organisation des producteurs, en un mot le travail lib&#233;r&#233;, en un mot encore, la valeur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien au contraire, actuellement, dans chacune de ses luttes, le prol&#233;tariat voit son existence comme classe s'objectiver dans la reproduction du capital comme quelque chose qui lui est &#233;tranger et que, dans sa lutte, il peut &#234;tre amen&#233; &#224; remettre en cause. Dans l'activit&#233; du prol&#233;tariat, &#234;tre une classe devient une contrainte ext&#233;rieure objectiv&#233;e dans le capital : &#234;tre une classe devient l'obstacle que sa lutte en tant que classe doit franchir. Cet obstacle poss&#232;de une r&#233;alit&#233; claire et facilement rep&#233;rable, c'est &lt;i&gt;l'auto-organisation&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;l'autonomie&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne peut parler d'autonomie que si la classe ouvri&#232;re est capable de se rapporter &#224; elle-m&#234;me contre le capital et de trouver dans ce rapport &#224; soi les bases et la capacit&#233; de son affirmation comme classe dominante. L'autonomie suppose que la d&#233;finition de la classe ouvri&#232;re n'est pas un rapport mais lui est inh&#233;rente. Il s'agissait de la &lt;i&gt;formalisation de ce que l'on est dans la soci&#233;t&#233; actuelle comme base de la soci&#233;t&#233; nouvelle &#224; construire en tant que lib&#233;ration de ce que l'on est&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034; id='L-OBSOLESCENCE-DE-L-ULTRAGAUCHE-ET-LE-COURS-CHAOTIQUE-DES-RUPTURES-THEORIQUES'&gt;
&lt;a id=&#034;__RefHeading___Toc6391_155729733&#034;&gt;&lt;/a&gt;
L'OBSOLESCENCE DE L'ULTRAGAUCHE ET LE COURS CHAOTIQUE DES RUPTURES TH&#201;ORIQUES&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le mouvement de 1968 en France a tout contest&#233; sans aller au-del&#224; de l'exigence du &#171; pouvoir aux travailleurs &#187;. Les vieux slogans de la gestion ouvri&#232;re ont ressurgi, m&#234;l&#233;s &#224; ceux plus modernes des &#171; situs &#187; qui, dans une expression parfaite de la situation, exaltaient &lt;i&gt;&#224; la fois&lt;/i&gt; le pouvoir ouvrier et le refus du travail ! Les gr&#232;ves sauvages se sont ensuite multipli&#233;es dans plusieurs pays d&#233;velopp&#233;s. Mais la tendance gestionnaire d'autres gr&#232;ves, celles-l&#224; bien encadr&#233;es par les syndicats (comme celle de Lip&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le 17 avril 1973, les ouvriers de l'entreprise d'horlogerie Lip &#224; Besan&#231;on (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;), indiquait &#224; l'&#233;vidence la n&#233;cessit&#233; d'une clarification du contenu de la r&#233;volution. La propagande autogestionnaire ou conseilliste &#233;tait plus que jamais &#224; c&#244;t&#233; de la question. L'autogestion rassemble tous les travailleurs comme salari&#233;s et reproduit donc toutes les cat&#233;gories du capital, celui-ci est mat&#233;rialis&#233; dans les structures de la machinerie, dans l'habitat, dans les familles &#233;triqu&#233;es, etc. Une autogestion g&#233;n&#233;ralis&#233;e signifierait donc une acceptation g&#233;n&#233;ralis&#233;e du capitalisme. Il apparait que c'&#233;tait l'&#233;conomie qu'il s'agissait de d&#233;truire, on commen&#231;a &#224; parler de communisation qui si elle ne se fait pas en un jour, d&#232;s le d&#233;but est la prise de mesures communistes irr&#233;versibles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme on l'a vu, la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale de Mai n'a pas cr&#233;&#233; d'organes sp&#233;cifiques ressemblant m&#234;me de loin &#224; cette mythique &#171; forme enfin trouv&#233;e de l'&#233;mancipation du prol&#233;tariat &#187; : elle n'a cr&#233;&#233; ni des organes communaux, ni des organes d'entreprise de sa dictature. De plus, les gr&#232;ves sauvages, parfois sans revendications, qui se multipliaient aux &#201;tats-Unis et en Europe occidentale ne manifestaient pas une tendance bien nette des travailleurs &#224; prendre en mains la production. Sous la subsomption r&#233;elle du capital dispara&#238;t toute perspective autogestionnaire. La conscience d'ouvrier ou de producteur de valeurs d'usage disparait sous la conscience de prol&#233;taire ou de producteur de plus-value. La r&#233;alit&#233; historique des conseils &#233;tait devenue id&#233;ologie dans l'interpr&#233;tation conseilliste faisant de l'organisation des travailleurs dans et &#224; partir de l'entreprise la destruction des rapports de production capitalistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les conseillistes continuaient pourtant &#224; opposer la gestion ouvri&#232;re &#224; la gestion capitaliste, sans se demander si ces deux formes si oppos&#233;es en apparence n'ont pas en r&#233;alit&#233; le m&#234;me contenu : la non-abolition du travail salari&#233;, de l'&#233;change, et de la m&#233;diation politique, c'est-&#224;-dire la reproduction du rapport d'exploitation. Pour eux, l'autonomie des luttes ouvri&#232;res, l'auto-organisation des travailleurs en dehors des syndicats et contre eux, &#233;tait le crit&#232;re suffisant pour d&#233;cider si les luttes allaient ou non dans le bon sens : celui de l'arrachement &#224; la classe capitaliste de l'appareil productif et de la mise en place, &#224; travers la construction du pouvoir international des Conseils, de la gestion ouvri&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Il fallut donc reprendre toutes ces questions &#224; la base&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pannekoek et tous les th&#233;oriciens de r&#233;f&#233;rence de l'Ultragauche avaient substitu&#233; &#224; l'encadrement du prol&#233;tariat par le parti son auto-&#233;ducation dans la lutte historique, r&#233;duisant ainsi le processus de caducit&#233; de la valeur, la contradiction en proc&#232;s qu'est le d&#233;veloppement du capital, &#224; une accumulation d'exp&#233;riences du prol&#233;tariat se rapprochant tant&#244;t &#224; petits pas et tant&#244;ts par bonds de son essence r&#233;volutionnaire postul&#233;e. Malgr&#233; cette opposition constante des conseillistes &#224; la conception l&#233;niniste du parti, leur perspective restait &#233;galement programmatique, puisqu'il y avait toujours une nature r&#233;volutionnaire du prol&#233;tariat ainsi qu'une reprise prol&#233;tarienne du d&#233;veloppement et des cat&#233;gories du capital.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, ce d&#233;gagement des apories de l'ultragauche qui commence, en France, dans la foul&#233;e de Mai 68 reprend la formule &#233;sot&#233;rique de Marx affirmant que &#171; le prol&#233;tariat est r&#233;volutionnaire ou n'est rien &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cette formule est abondamment reprise en dehors de son contexte pour dire (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Le &lt;i&gt;prol&#233;tariat&lt;/i&gt; se manifestant seulement dans les moments de possible rupture &#233;tait distingu&#233;, dans une solution de continuit&#233;, de la force de travail ou de la &lt;i&gt;classe ouvri&#232;re&lt;/i&gt; normalement soumise au capital. C'est au travers d'une cascade de probl&#232;mes th&#233;oriques, chaque solution se r&#233;v&#233;lant &#234;tre une nouvelle question qu'&#233;mergea pleinement la th&#233;orie de la r&#233;volution comme communisation, c'est-&#224;-dire autrement que &lt;i&gt;le projet ahistorique et normatif qu'elle fut d'abord &lt;/i&gt;(la vraie nature enfin r&#233;v&#233;l&#233;e de la r&#233;volution et du communisme).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&lt;a id=&#034;__RefHeading___Toc6393_155729733&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Communisme par impossibilit&#233; et humanisme&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&lt;a id=&#034;__RefHeading___Toc5144_1157974120&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
(classe ouvri&#232;re et prol&#233;tariat)&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la d&#233;composition de tout ce cycle historique pour lequel la r&#233;volution &#233;tait la mont&#233;e en puissance de la classe ouvri&#232;re et son affirmation comme classe dominante, s'imposait comme une &#233;vidence que la r&#233;volution devait &#234;tre l'abolition de toutes les classes, c'est-&#224;-dire fondamentalement la n&#233;gation du prol&#233;tariat par lui-m&#234;me. Mais, l'impossibilit&#233; du programmatisme a d'abord &#233;t&#233; imm&#233;diatement et spontan&#233;ment identifi&#233;e avec l'abolition du capital et de toutes les classes. Les manifestations de l'impossibilit&#233; de l'affirmation devenaient &lt;i&gt;ipso facto&lt;/i&gt; la r&#233;volution comme d&#233;passement de toutes les classes. Le communisme n'&#233;tait plus qu'une &#171; solution &#187; par impossibilit&#233; : impossibilit&#233; de l'affirmation du prol&#233;tariat identifi&#233;e imm&#233;diatement &#224; la n&#233;gation du prol&#233;tariat par lui-m&#234;me ; impossibilit&#233; pour le capital &#224; se d&#233;barrasser de la valeur identifi&#233;e imm&#233;diatement &#224; la capacit&#233; du prol&#233;tariat &#224; le faire. Dans ce dispositif th&#233;orique, quand il s'agissait de la classe ouvri&#232;re, il ne pouvait &#234;tre question de r&#233;volution et quand il s'agissait de r&#233;volution, il ne pouvait &#234;tre question de la classe ouvri&#232;re, d'o&#249; la &#171; trouvaille th&#233;orique &#187; de la classe ouvri&#232;re &lt;i&gt;et&lt;/i&gt; du prol&#233;tariat, consistant &#224; opposer classe ouvri&#232;re (capital variable) et prol&#233;tariat (irreproductibilit&#233; r&#233;volutionnaire). Une fois distingu&#233; et m&#234;me oppos&#233; ce qui fait du prol&#233;tariat une classe de ce mode de production et ce qui en fait une classe r&#233;volutionnaire, la th&#233;orie de la r&#233;volution ne pouvait devenir qu'une phras&#233;ologie. Dans cette construction conceptuelle, le prol&#233;tariat se trouvant &#234;tre un &lt;i&gt;concept vide&lt;/i&gt;, l'humanisme est venu le remplir pour que le syst&#232;me jusque l&#224; fonctionnant &#224; l'impossibilit&#233; retrouve une positivit&#233;. La question, jamais r&#233;solue car insoluble, &#233;tait alors de savoir quelle est cette essence humaine s'incarnant dans la situation de classe. La construction avouait elle-m&#234;me son blocage par l'affirmation de son incapacit&#233; &#224; parler dans le pr&#233;sent et l'existant de la r&#233;volution : le pr&#233;sent et la r&#233;volution se trouvaient dans une situation logique d'exclusion r&#233;ciproque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ce qui concerne le probl&#232;me du &lt;i&gt;contenu de la r&#233;volution&lt;/i&gt;, cette critique du conseillisme montrait bien qu'il ne s'agissait pas d'opposer la gestion ouvri&#232;re &#224; la gestion bureaucratique mais de s'attaquer, pour &#233;craser les forces de la contre-r&#233;volution, aux rapports de production capitalistes : au travail salari&#233;, &#224; l'&#233;change marchand, &#224; la division en secteurs et entreprises. La r&#233;volution restait en derni&#232;re analyse affirmation subjective de l'essence r&#233;volutionnaire de la classe ou &lt;i&gt;saut du prol&#233;tariat hors de son existence dans le capital&lt;/i&gt;. La r&#233;volution comme communisation n'&#233;tait pas ancr&#233;e dans les limites et les contradictions internes de la lutte des classes parce qu'elle n'&#233;tait pas le simple produit du d&#233;veloppement de la contradiction qu'est l'exploitation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour sortir de l&#224;, il fallait reconna&#238;tre, voir, ce qui se passait : la restructuration du mode de production capitaliste, c'est-&#224;-dire de l'exploitation, de la contradiction entre le prol&#233;tariat et le capital, la formation d'un nouveau cycle de luttes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Il fallait rouvrir l'histoire&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il fallait r&#233;cuser toute nature r&#233;volutionnaire du prol&#233;tariat, toute dialectique r&#233;volutionnaire transhistorique s'incarnant dans cette nature : les deux mamelles de l'id&#233;ologie humaniste. Il s'agissait de tout ramener &#224; l'exploitation comme contradiction historique d&#233;termin&#233;e et &#224; l'implication r&#233;ciproque entre le prol&#233;tariat et le capital. A cette unique condition, la question de la relation des luttes actuelles &#224; la r&#233;volution pouvait redevenir une question ouverte, c'est-&#224;-dire non t&#233;l&#233;ologique. Elle n'&#233;tait subsum&#233;e sous aucune autre, elle &#233;tait&lt;i&gt; &lt;/i&gt;trait&#233;e&lt;i&gt; dans ses propres termes imm&#233;diats&lt;/i&gt; ; son occultation par la nature r&#233;volutionnaire de la classe &#233;tait supprim&#233;e ainsi que l'analyse th&#233;orique comme suite de jugements port&#233;s de fa&#231;on normative sur la lutte des classes telle qu'elle est au nom des potentialit&#233;s qui seraient contenues dans cette nature. Dans ce cas de figure, la question est r&#233;solue parce qu'on a tout fait pour qu'elle ne se pose pas. Il suffit d'attendre que, dans ces oscillations, au travers de ses avanc&#233;es et de ses &#233;checs, la lutte du prol&#233;tariat co&#239;ncide avec son &lt;i&gt;mod&#232;le&lt;/i&gt;, lui-m&#234;me conforme &#224; cette nature (ce qui a force d'essayer ne saurait manquer de se produire).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette critique humaniste du conseillisme refusait toute apologie du prol&#233;tariat &#171; tel qu'il est &#187;, c'est-&#224;-dire toute politique de d&#233;fense de la condition ouvri&#232;re, d'autre part, elle affirmait que le communisme n'est pas la ma&#238;trise prol&#233;tarienne du d&#233;veloppement capitaliste, mais la suppression du salariat, de l'&#233;change, et de l'&#201;tat, la suppression de toutes les classes. Cependant, cette critique conservait bien des traits du programmatisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le prol&#233;tariat, dans son nouvel &#171; assaut &#187;, ne tendait pas &#224; g&#233;rer la soci&#233;t&#233; capitaliste, mais pas plus &#224; &#171; prendre des mesures communistes irr&#233;versibles &#187;. C'est parce que la situation &#233;tait &lt;i&gt;en pratique&lt;/i&gt; paradoxale, qu'elle produisait une &lt;i&gt;th&#233;orie&lt;/i&gt; paradoxale : un &lt;i&gt;n&#233;o-programmatisme impossible&lt;/i&gt;, o&#249; la r&#233;volution &#233;tait cens&#233;e s'accomplir en deux temps. Tout d'abord le &lt;i&gt;prol&#233;tariat&lt;/i&gt; &#8211; l'incarnation n&#233;gative de l'humanit&#233; communiste future &#8211; se s&#233;pare de la classe ouvri&#232;re qui n'est que la fraction variable du capital et m&#234;me, &#224; la limite, une classe contre-r&#233;volutionnaire. Comme n&#233;gatif de l'humanit&#233;, le prol&#233;tariat peut seulement commencer &#224; s'attaquer aux rapports sociaux capitalistes, il ne peut fonder la communaut&#233; humaine. Il faut donc, dans un second temps que, dans la crise, se forme &#224; partir de cette classe encore limit&#233;e, encore particuli&#232;re, une &#171; classe universelle &#187; identique &#224; &lt;i&gt;l'humanit&#233;&lt;/i&gt;, donc enfin positivement communiste. Le probl&#232;me de cette &#171; solution &#187;, c'est que l'ajout d'une &#233;tape suppl&#233;mentaire entre la crise r&#233;volutionnaire et son d&#233;nouement ne nous fait pas sortir de l'impasse du programme. Elle nous y enferme, par le d&#233;tour d'une surench&#232;re sp&#233;culative qui atteint son apog&#233;e et son blocage dans l'investissement de l'auton&#233;gation par l'humanisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&lt;a id=&#034;__RefHeading___Toc6395_155729733&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Auton&#233;gation et humanisme&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque c'est dans la critique de tout ce qui &#171; l'articule &#187; comme classe du mode de production capitaliste que, dans la vision conseilliste et auto-organisationnelle, le prol&#233;tariat se pose comme classe r&#233;volutionnaire, le vers est d&#233;j&#224; dans le fruit. Il en sortit, au d&#233;but des ann&#233;es 70, sous la forme de l'id&#233;ologie de l'auton&#233;gation du prol&#233;tariat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Durant la &#171; p&#233;riode 68 &#187;, la liaison des pratiques imm&#233;diates du prol&#233;tariat avec la r&#233;volution au travers de tout ce qui &#233;tait rupture d'avec les m&#233;diations politiques et syndicales exprimant l'int&#233;gration de sa d&#233;fense et de sa reproduction dans le cycle propre du capital, s'est trouv&#233;e investie, comme contenu, par son d&#233;bouch&#233; logique, mais simultan&#233;ment contradictoire : &lt;i&gt;l'auton&#233;gation du prol&#233;tariat&lt;/i&gt;. Cette jonction, en tant que telle, se voulait d&#233;passement de toutes les cat&#233;gories sociales pr&#233;&#233;tablies. Elle embrassait l'ensemble de la reproduction sociale et contenait la critique de toutes les formes d'ali&#233;nation. Le paroxysme de cette probl&#233;matique fut atteint lorsque, comme les situationnistes en 1968-1969, on chercha &#224; concilier conseillisme, autogestion g&#233;n&#233;ralis&#233;e et auton&#233;gation du prol&#233;tariat. Mai 68, c'est le moment de l'ancien cycle de luttes o&#249; les termes de la contradiction interne de ce cycle sont parvenus &#224; leur point de rencontre maximum, ce qui a fait la force paradoxale et la joie m&#234;me de ce moment : &lt;i&gt;s'affirmer en niant sa situation dans le mode de production capitaliste&lt;/i&gt;. L'auto-organisation et l'auton&#233;gation du prol&#233;tariat ont alors &#233;t&#233; les expressions conceptuelles de cette impossibilit&#233; de la r&#233;volution dans les termes m&#234;mes o&#249; elle se posait, et non comme rapport &#224; une norme de la vraie r&#233;volution ou, pire, &#224; des conditions immatures. C'&#233;tait l&#224; l'impossibilit&#233; de la r&#233;volution exprim&#233;e &lt;i&gt;dans ses propres termes historiques sp&#233;cifiques&lt;/i&gt;. Le point de rencontre maximum de ces termes a pu &#234;tre le contenu d'un mouvement social, &#224; l'int&#233;rieur duquel ces deux aspects corollaires de l'ancien cycle ont &lt;i&gt;&#233;ph&#233;m&#232;rement&lt;/i&gt; coexist&#233;s et pu s'interp&#233;n&#233;trer, mais dans une implication r&#233;ciproque d&#233;finissant une unit&#233; contradictoire dans laquelle chacun est la limite de l'autre, et par l&#224; signifie l'impossibilit&#233; globale de la r&#233;volution dans ce cycle. Ce fut la fugace beaut&#233; de cette p&#233;riode : le &#171; pouvoir ouvrier &#187; et le &#171; refus du travail &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La n&#233;gation du prol&#233;tariat par lui-m&#234;me fut momentan&#233;ment la &#171; solution &#187; apport&#233;e aux apories de l'ancien cycle de luttes. Avec le passage du capital en subsomption r&#233;elle, le probl&#232;me de la d&#233;finition du prol&#233;tariat comme classe r&#233;volutionnaire s'&#233;tait consid&#233;rablement obscurci du fait que la reproduction et la d&#233;fense de la condition prol&#233;tarienne &#233;taient int&#233;gr&#233;es dans la reproduction du capital. D&#232;s les ann&#233;es 1920, il fallut alors reconna&#238;tre que l'on ne pouvait plus passer directement de ce que la classe est dans la soci&#233;t&#233; capitaliste &#224; la r&#233;volution. Cette transformation a d&#233;bouch&#233; sur une critique pratique de la relation pouvant relier, &lt;i&gt;au travers d'un processus continu&lt;/i&gt; , d'un c&#244;t&#233; la classe d&#233;finie dans le capital et, d'un autre c&#244;t&#233;, la r&#233;volution, critique qu'exprim&#232;rent dans les ann&#233;es 20 les positions les plus radicales de la Gauche germano-hollandaise ou de la Gauche italienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est dans cette critique que s'enracine la notion d'auton&#233;gation du prol&#233;tariat ; elle exprime dans l'ancien cycle de luttes cette impossibilit&#233; d'un processus continu menant de la d&#233;fense de la condition prol&#233;tarienne &#224; la r&#233;volution. Face &#224; cette situation dans laquelle la d&#233;fense de la condition ouvri&#232;re n'est plus, dans le processus d'un cycle de luttes, l'antichambre de la r&#233;volution, il &#233;tait devenu commode d'opposer la situation de classe qui d&#233;finit le prol&#233;tariat dans le mode de production capitaliste &#224; sa v&#233;ritable nature r&#233;volutionnaire qui n'existerait et n'appara&#238;trait qu'en rupture avec son existence et son action de classe sp&#233;cifique du mode de production, v&#233;ritable nature que sa reproduction de classe masquerait. D'autant plus que la seule liaison pouvant alors exister entre la pratique imm&#233;diate de la classe dans le mode de production capitaliste et la r&#233;volution r&#233;sidait dans toutes les pratiques pouvant manifester la rupture avec l'int&#233;gration de sa d&#233;fense et de sa reproduction : la conqu&#234;te de son autonomie. &lt;i&gt;L'auton&#233;gation du prol&#233;tariat fut alors l'aboutissement et le corollaire paradoxal de l'autonomie, de l'auto-organisation&lt;/i&gt;. Ce n'&#233;tait qu'en s'opposant &#224; ce qui pouvait le d&#233;finir comme classe du mode de production capitaliste que le prol&#233;tariat pouvait &#234;tre r&#233;volutionnaire. Naturellement, le &#171; refus du travail &#187;, les &#233;meutes, les pillages, les gr&#232;ves sans revendication, devenaient l'activit&#233; par excellence sur laquelle pouvait se fonder cette auton&#233;gation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette conception de la r&#233;volution comme auton&#233;gation du prol&#233;tariat se d&#233;pouillant de son caract&#232;re de classe du mode de production capitaliste s'accompagne d'une incompr&#233;hension totale de la contradiction entre le prol&#233;tariat et le capital. On ne saisit pas que c'est de par ce qui en fait une classe de la soci&#233;t&#233; capitaliste, l'exploitation, que le prol&#233;tariat est une classe r&#233;volutionnaire ; on n'identifie pas le d&#233;veloppement du capital au cours de la contradiction. On en revient toujours &#224; opposer une nature r&#233;volutionnaire du prol&#233;tariat &#224; un d&#233;veloppement du capital qui n'aurait de signification historique que comme accumulation de conditions. L'auton&#233;gation fonctionne en faisant de la dynamique du rapport contradictoire entre les classes une &lt;i&gt;contradiction interne&lt;/i&gt; &#224; l'un de ses termes, le prol&#233;tariat. Cette contradiction interne c'est le plus souvent la &lt;i&gt;dimension humaine&lt;/i&gt; du prol&#233;tariat qui, oppos&#233;e &#224; sa situation de classe r&#233;duite &#224; &#234;tre du &#171; capital variable &#187;, devient la d&#233;termination &#224; laquelle se r&#233;f&#232;re le &#171; refus du travail &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En investissant le prol&#233;tariat d'une dimension humaine, l'abolition des classes est pos&#233;e comme existant &#224; l'&#233;tat latent dans celui-ci. Si le prol&#233;tariat peut abolir les classes durant la r&#233;volution c'est parce qu'en lui-m&#234;me il &#233;tait d&#233;j&#224; l'abolition des classes, cette fameuse &#171; classe qui n'en est pas une &#187;...&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La th&#232;se selon laquelle le prol&#233;tariat est &#171; une classe de cette soci&#233;t&#233; qui (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; On voit bien ici la diff&#233;rence entre le programme classique et l'auton&#233;gation comme concept final de l'ancien cycle, comme sa fin th&#233;orique : pour le premier la dimension humaine du prol&#233;tariat est ins&#233;parable de son appartenance de classe, c'est l'humanit&#233; du travail productif ; pour la seconde elle en est radicalement s&#233;par&#233;e, s&#233;paration qui va jusqu'&#224; la contradiction et au d&#233;passement de l'un par l'autre. Le prol&#233;tariat nierait sa position de classe, se r&#233;v&#232;lerait comme humain et alors serait r&#233;volutionnaire. En fait, la classe n'est plus alors que le d&#233;positaire &lt;i&gt;enfin ad&#233;quat&lt;/i&gt; d'une dynamique pr&#233;sidant depuis la nuit des temps au d&#233;roulement de l'histoire comme &#171; tension &#224; la communaut&#233; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'appartenance de classe devient une simple liaison qui fonctionne quand la soci&#233;t&#233; se reproduit, qui se brise quand il y a crise laissant la voie libre &#224; l'individu humain qui sommeille dans chaque prol&#233;taire. En fait il y a l&#224; une totale incapacit&#233; &#224; concevoir l'action du prol&#233;tariat en tant que classe d&#233;finie par le mode de production capitaliste autrement que comme affirmation d'elle-m&#234;me et &#224; concevoir la reproduction du capital comme une contradiction, et non une occultation de la contradiction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; la fin des ann&#233;es1970 et au d&#233;but des ann&#233;es 1980, la restructuration du rapport entre le prol&#233;tariat et le capital a r&#233;solu et d&#233;pass&#233; la situation exprim&#233;e de la fa&#231;on la plus radicale dans ces concepts. En donnant une autre r&#233;ponse &#224; la question centrale de la th&#233;orie du communisme (&#171; comment le prol&#233;tariat agissant strictement en tant que classe peut-il produire l'abolition du capital et des classes ? &#187;), le nouveau cycle de luttes d&#233;passe les apories du programmatisme, c'est-&#224;-dire les contradictions tournant autour de la r&#233;volution comme affirmation de la classe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme toute id&#233;ologie cette &#171; dimension humaine &#187; r&#233;pond sur un autre registre, en la d&#233;pla&#231;ant, &#224; une question pos&#233;e par l'&#233;poque. Elle est li&#233;e &#224; la sp&#233;cificit&#233; de l'exploitation en subsomption r&#233;elle, sp&#233;cificit&#233; &#224; travers laquelle l'appropriation du travail devient le fait du proc&#232;s de production lui-m&#234;me. C'est l'activit&#233; m&#234;me du travailleur qui s'oppose directement &#224; lui et non plus simplement son activit&#233; en ce qu'elle se concr&#233;tise dans un produit qui est la propri&#233;t&#233; du capital (comme c'est le cas en subsomption formelle). De ce fait l'opposition &#224; l'exploitation, &#224; l'ali&#233;nation, devient refus de ce qui est l'activit&#233; imm&#233;diate du travailleur dans le proc&#232;s de production, refus qui peut s'exprimer au profit d'une &#171; dimension humaine &#187; de &#171; l'individu prol&#233;taire &#187;, dimension que ce dernier manifeste au travers d'un &#171; refus du travail &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est en ce sens que ces deux notions, li&#233;es entre elles, l'auton&#233;gation et le &#171; refus du travail &#187;, cherchent &#224; r&#233;soudre th&#233;oriquement les impasses de la lutte programmatique, sans toutefois produire une probl&#233;matique nouvelle de la lutte de classe qui serait non-programmatique. Ces notions, face &#224; l'incompr&#233;hension du fait que c'est ce qui fait du prol&#233;tariat une classe de la soci&#233;t&#233; capitaliste qui en fait une classe r&#233;volutionnaire, introduisent une autre contradiction que l'exploitation, une dimension humaine au nom de laquelle serait refus&#233; le travail. La notion d'auton&#233;gation et le &#171; refus du travail &#187; (formalisation id&#233;ologique de pratiques bien r&#233;elles de la contradiction entre le prol&#233;tariat et le capital en subsomption r&#233;elle du travail sous le capital) sont venus momentan&#233;ment r&#233;soudre les probl&#232;mes th&#233;oriques dans lesquels s'enfermait le cycle de luttes qui s'achevait. D&#233;passer th&#233;oriquement cette situation consiste en une vision historique de la r&#233;volution et du communisme au travers des cycles de luttes dont les &#233;checs ne peuvent &#234;tre expliqu&#233;s &#224; partir d'une norme de la r&#233;volution, mais, pour chaque cycle, dans ses propres termes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&lt;a id=&#034;__RefHeading___Toc6397_155729733&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
L'auton&#233;gation et le refus du travail avant leur&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&lt;a id=&#034;__RefHeading___Toc5146_1157974120&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
d&#233;veloppement humaniste : une forme simple, l'op&#233;raisme&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La notion d'auton&#233;gation a elle-m&#234;me une &#171; histoire &#187; qui parcourt la fin de l'ancien cycle. Elle n'a pas d&#233;bouch&#233; &lt;i&gt;imm&#233;diatement&lt;/i&gt; sur la recherche d'une contradiction interne au prol&#233;tariat et sur un humanisme th&#233;orique. De la fin des ann&#233;es 1960 au milieu des ann&#233;es 1970, toutes les actions par lesquelles le prol&#233;tariat manifestait le refus de sa condition ainsi que les impasses de l'auto-organisation, toutes les actions dans lesquelles apparaissaient la critique du communisme comme gestion, la dissolution des axes majeurs de l'ancien cycle de luttes en quotidiennisme ou marginalisme, la reprise de l'autogestion par les syndicats, &#233;taient comprises de fa&#231;on positive comme la preuve que le prol&#233;tariat ne peut que se nier. Tous ces mouvements, dans lesquels l'ancien cycle se dissolvait, conservaient, de par ce dont a contrario ils r&#233;v&#233;laient la n&#233;cessit&#233; (n&#233;gation de la classe), une dynamique sur laquelle cette n&#233;gation pouvait chercher &#224; se fonder de fa&#231;on critique. La critique de l'auto-organisation, de la lib&#233;ration du travail, de l'id&#233;ologie gestionnaire, &#233;tait la preuve et le fondement de la n&#233;cessit&#233; de la n&#233;gation du prol&#233;tariat et m&#234;me en &#233;tait promue comme le proc&#232;s pratique. Les limites et les impasses de l'ancien cycle &#233;taient comprises positivement comme contenant de fait la n&#233;gation du prol&#233;tariat. On ne pouvait alors comprendre que l'auton&#233;gation du prol&#233;tariat n'&#233;tait que la th&#233;orie de l'&#233;chec d'un cycle de luttes. C'&#233;tait l'&#233;poque des revues comme &lt;i&gt;N&#233;gation&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Intervention Communiste&lt;/i&gt;, le &lt;i&gt;Bulletin Communiste&lt;/i&gt;, le &lt;i&gt;Mouvement Communiste&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Maturation Communiste&lt;/i&gt;, et de la premi&#232;re s&#233;rie d'&lt;i&gt;Invariance&lt;/i&gt;&lt;i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pour les textes principaux de ces revues, voir Rupture dans la th&#233;orie de la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;. Mais c'est l'Autonomie italienne, &#224; la fin des ann&#233;es 1960 et au d&#233;but des ann&#233;es 1970, qui a le mieux exprim&#233; ce mouvement Le travail th&#233;orique des revues que nous venons de citer annon&#231;ant d&#233;j&#224; l'&#233;tape suivante de ce concept, d&#233;j&#224; &#233;voqu&#233;e comme humanisme th&#233;orique. Nous utiliserons comme expression de ce moment th&#233;orique un texte de Negri, &lt;i&gt;Les ouvriers contre l'&#201;tat, refus du travail&lt;/i&gt;, publi&#233; en France par &lt;i&gt;Mat&#233;riaux pour l'intervention&lt;/i&gt; en 1973.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&lt;a id=&#034;__RefHeading___Toc6399_155729733&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
L'op&#233;ra&#239;sme : refus du travail et autonomie&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec l'op&#233;ra&#239;sme, dans ce d&#233;but des ann&#233;es 70, la &#171; critique du travail &#187; se situe dans une perspective d'autonomie de la classe ouvri&#232;re, ce qui s'inscrit dans l'ambivalence de toute la p&#233;riode vis-&#224;-vis du programmatisme. Dans cette perspective, le refus du travail n'est que l'envers de l'importance du travail et de la classe ouvri&#232;re telle qu'elle &#233;tait d&#233;finie et confirm&#233;e dans cette premi&#232;re phase de la subsomption r&#233;elle. Le refus du travail n'est que le renversement comme utilisation ouvri&#232;re contre le capital de sa propre importance : importance technique et politique. Avec pour cible le &#171; compromis keyn&#233;sien &#187;, la strat&#233;gie de &#171; refus du travail &#187; est la preuve de cette importance du travail et de l'identit&#233; ouvri&#232;re confirm&#233;e dans l'autopr&#233;supposition du capital et retourn&#233;e contre elle. Il ne s'agit pas seulement d'une atmosph&#232;re de plein-emploi qui se retournerait contre la classe capitaliste, comme arme entre les mains du prol&#233;tariat. C'est la place que la reproduction du capital avait d&#233;finie au travail dans sa propre reproduction qui d&#233;finit la capacit&#233; pour le prol&#233;tariat &#224; faire de cette place une arme contre le capital. Le &#171; refus du travail &#187; est alors l'envers de la place du travail dans le proc&#232;s de valorisation&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Nous verrons plus loin que sur cette base, Reeve et son &#171; adversaire &#187;, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La conception opera&#239;ste consid&#232;re la lutte des classes comme l'affrontement de deux strat&#233;gies, sans produire explicitement l'implication r&#233;ciproque entre les classes comme d&#233;finitoire de leur contradiction. L'op&#233;ra&#239;sme ne fait que renverser l'objectivisme, sans le d&#233;passer. Ajouter, comme le fait Negri, un c&#244;t&#233; subjectif comme &#171; l'auto-valorisation &#187; ouvri&#232;re, ne fait qu'ajouter une d&#233;termination suppl&#233;mentaire dans le rapport entre prol&#233;tariat et capital, mais cela ne change pas la conception de ce rapport. On a une somme de d&#233;terminations et on pense, par l&#224;, avoir atteint la totalit&#233; du rapport. Mais on n'a pas d&#233;sobjectiv&#233; ce rapport ; on n'a fait qu'ajouter une d&#233;termination subjective face &#224; l'objectivit&#233;. Cela n'avance pas &#224; grand-chose de d&#233;clarer &#171; tout est lutte des classes &#187;. Il faut saisir l'objectivit&#233; et l'&#233;conomie comme un moment n&#233;cessaire dans la reproduction de la contradiction entre le capital et le prol&#233;tariat. La v&#233;ritable critique de l'objectivisme est une d&#233;construction de l'objectivit&#233; et une reconstruction de celle-ci comme &#233;conomie, en tant que moment n&#233;cessaire du rapport entre les classes, et non &lt;i&gt;l'objectivit&#233; simplement vue d'un autre point de vue&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour l'op&#233;ra&#239;sme, si l'on peut qualifier la lutte ouvri&#232;re de cette &#233;poque de &#171; refus du travail &#187;, c'est pour une double raison. D'une part, la lutte sort de la &#171; vieille &#187; probl&#233;matique du mouvement ouvrier de la lutte pour le salaire comme lutte se r&#233;f&#233;rant &#224; la &#171; valeur du travail &#187;, forme n&#233;cessaire rev&#234;tue par le salaire. Il s'ensuit que la lutte &lt;i&gt;pour&lt;/i&gt; le salaire devient une lutte &lt;i&gt;sur&lt;/i&gt; le salaire, elle perd sa fonction dynamique dans la reproduction et le d&#233;veloppement du capital, elle brise alors ce que les op&#233;ra&#239;stes appellent &#171; le plan &#187;. D'autre part, l'ouvrier de la cha&#238;ne se reconna&#238;t comme &#233;tranger &#224; l'usine, comme n'&#233;tant pas &#171; le producteur &#187;, c'est le renversement politique d'une d&#233;faite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ce qui concerne le premier point : &#171; La reprise par la classe ouvri&#232;re du terrain salarial choisi par les patrons au d&#233;but du si&#232;cle, la reprise aussi de l'attaque contre la qualification - mais une attaque con&#231;ue cette fois ci comme exigence du droit au revenu, au salaire d&#233;tach&#233; de la productivit&#233; - a entra&#238;n&#233; la lutte par tous les moyens, contre la valeur du travail, de ce travail abstrait que la compr&#233;hension ouvri&#232;re peut d&#233;sormais saisir dans toute sa clart&#233; et dans toute sa nudit&#233;. C'est cela le sentiment pr&#233;cis de l'ouvrier qui lutte en dehors du syndicat : s'il lutte en dehors du syndicat, &lt;i&gt;c'est parce qu'il lutte en dehors du d&#233;veloppement&lt;/i&gt;, parce qu'il manifeste ainsi sa propre &#233;tranget&#233;, son d&#233;sint&#233;r&#234;t aussi bien pour le processus productif que pour les n&#233;cessit&#233;s du d&#233;veloppement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Interpr&#233;ter autrement les luttes sur le salaire signifie &#234;tre dans l'impossibilit&#233; d'expliquer la donn&#233;e fondamentale de ces luttes : l'autonomie. Si les ouvriers luttaient sur le salaire sans mettre en question le d&#233;veloppement, sans vouloir casser la valeur du travail et les cat&#233;gories, ils l'auraient fait dans la cage dor&#233;e des syndicats. Et ici personne ne doit nourrir d'illusions vell&#233;itaires : &#224; l'int&#233;rieur de la n&#233;gociation syndicale pour des objectifs compatibles avec le d&#233;veloppement, les ouvriers savent par exp&#233;rience qu'il est possible de gagner. Mais c'est justement parce que les luttes sont contre ce type de 'victoires temporaires' et ne doivent plus &#234;tre encore une fois l'&#233;l&#233;ment moteur du d&#233;veloppement capitaliste, parce que les ouvriers ont reconnu qu'ils avaient des int&#233;r&#234;ts &#224; part, bien &#224; eux, que l'insubordination autonome et partisane des ouvriers saute &#224; la gorge de la soci&#233;t&#233; capitaliste. &#187; (op cit, p 65).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ces luttes, telles que les op&#233;ra&#239;stes les analysent, le &#171; travail &#187; se d&#233;finit, &#224; l'int&#233;rieur de la &#171; lutte sur le salaire &#187;, comme ce qui est refus&#233;. Le travail est ce qui a une valeur dans le salaire. L'ouvrier casse la &#171; mystification &#187; de la &#171; valeur du travail &#187; ; il revendique sa reproduction en dehors de toute r&#233;f&#233;rence au d&#233;veloppement du capital (&#171; le plan &#187;, dont la lutte &lt;i&gt;pour&lt;/i&gt; le salaire fait partie), &#224; partir de ses besoins. C'est en cela que, pour Negri, le &#171; salaire garanti &#187; est un &#171; refus du travail &#187;. Les conflits programm&#233;s entre &#201;tat et syndicats ne parviennent plus &#224; canaliser les besoins mat&#233;riels de la classe ouvri&#232;re dans une adh&#233;sion quelconque aux imp&#233;ratifs du d&#233;veloppement. Dans les luttes salariales, la classe ouvri&#232;re refuse alors de se d&#233;finir dans le cadre du travail, c'est-&#224;-dire de quelque chose qui n'existe que d&#233;fini par le capital comme ce qui a une valeur dans le salaire. Les besoins ouvriers ne sont pas n&#233;gociables et l'arme salariale d&#233;finit les contours concrets de l'autonomie ouvri&#232;re comme un refus du travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ce qui concerne le second point : &#171; A travers la r&#233;duction du travail vivant, sa substitution par des machines, l'introduction croissante de techniques productives automatiques qui absorbent la fonction productive, s'ouvre au moins la possibilit&#233; de subvertir radicalement le rapport entre travail et capital : c'est-&#224;-dire l'abolition du travail. &#187; (op cit, p 103). Dans ce processus il s'agit bien de refus du travail, jamais les op&#233;ra&#239;stes ne comprennent le d&#233;veloppement du capital fixe et l'inessentialisation du travail comme le d&#233;veloppement objectif de conditions offrant d'elles-m&#234;mes l'abolition du travail. Il s'agit de voir &#171; le niveau de composition organique du capital, les niveaux technologiques, non pas comme des entit&#233;s ne d&#233;pendant de rien d'autre, mais comme des r&#233;ponses faites par le capital &#224; des mouvements offensifs des ouvriers contre le travail. C'est voir toujours la classe ouvri&#232;re comme une force offensive, et le capital comme force de r&#233;sistance qui se d&#233;fend contre cette attaque. C'est Marx lui-m&#234;me qui a d&#233;fini ce bouleversement strat&#233;gique des rapports de production capitaliste. Bouleversement, parce que c'est &lt;i&gt;du c&#244;t&#233; ouvrier&lt;/i&gt; qu'est faite l'analyse du d&#233;veloppement capitaliste ; et bouleversement strat&#233;gique parce que l'ouvrier y est consid&#233;r&#233; comme la cause du d&#233;veloppement capitaliste, et des crises. &#187; (&lt;i&gt;ibid&lt;/i&gt;). Cette lutte offensive du prol&#233;tariat qui est la dynamique du d&#233;veloppement capitaliste, son principe actuel c'est le refus du travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&lt;a id=&#034;__RefHeading___Toc6401_155729733&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
L'op&#233;ra&#239;sme, expression d'un moment paradoxal&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les op&#233;ra&#239;stes renversent l'analyse classique (que l'on trouve chez Marx) selon laquelle c'est le travailleur qui est &#171; donneur de travail &#187;. Pour Negri, la terminologie courante est la bonne : c'est le capital qui est &#171; donneur de travail &#187; et l'ouvrier est &#171; donneur de capital &#187;. Toutes les conditions de la production sont au d&#233;part du capital en soi, du capital mort, qui pour se d&#233;ployer comme rapport social de production a besoin de se soumettre la force de travail ; c'est l'ouvrier qui, devenu activit&#233; et sujet du capital, &#171; donne du capital &#187; : &#171; Le capital est une fonction de la classe ouvri&#232;re &#187; (&lt;i&gt;ibid&lt;/i&gt;). Le capital quant &#224; lui, la seule chose qu'il donne c'est le travail, c'est lui qui transforme de la force de travail en travail : le travail est le r&#233;sultat de cette transformation. C'est dans le capital que se trouvent les conditions du travail et la nature du travail c'est le despotisme du capital sur le travail vivant. &#171; L'ouvrier ne peut pas &#234;tre du travail s'il n'a pas contre lui le capitaliste &#187; (&lt;i&gt;ibid&lt;/i&gt;). Dans l'augmentation de la composition organique que le capital est contraint d'effectuer sous la pouss&#233;e offensive ouvri&#232;re, le prol&#233;tariat le remet en cause comme &#171; donneur de travail &#187; et se remet en cause lui-m&#234;me comme vendeur de cette force de travail dont le destin est de devenir travail. Que les op&#233;ra&#239;stes confondent ici l'achat-vente de la force de travail avec la subsomption du travail sous le capital, qu'ils confondent l'implication r&#233;ciproque de deux termes avec une jonglerie &#171; dialectique &#187; (ma m&#232;re n'est ma m&#232;re que par mon p&#232;re, mon p&#232;re n'est mon p&#232;re que par ma m&#232;re, donc ma m&#232;re est mon p&#232;re et mon p&#232;re est ma m&#232;re) n'a pas grande importance pour ce qui nous int&#233;resse. Ce qui nous int&#233;resse ici ce n'est pas la critique de l'op&#233;ra&#239;sme comme &#171; th&#233;orie fausse &#187;, mais sa coh&#233;rence id&#233;ologique comme expression d'une p&#233;riode.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que l'id&#233;ologie du &#171; refus du travail &#187; tente de cerner et de d&#233;finir, dans cette phase finale de l'ancien cycle de luttes, c'est &lt;i&gt;un programmatisme paradoxal&lt;/i&gt; dans lequel l'affirmation la plus puissante de la classe ouvri&#232;re contre le capital &#233;quivaut &#224; l'abolition de ce qu'elle est. Il s'agit, sans sortir de la probl&#233;matique du programmatisme, de sortir de ses impasses. Le capital devient une fonction de la classe ouvri&#232;re. Le capitaliste est par l&#224; le v&#233;ritable &#171; donneur de travail &#187;. Le &#171; refus du travail &#187; est l'abolition du capital et de la classe ouvri&#232;re. &#171; Sabotages, ralentissements collectifs et non-collaboration au travail (formes de lutte souterraine), absent&#233;isme et mobilit&#233; ouvri&#232;re (formes de fuite vis-&#224;-vis du travail) montrent peut-&#234;tre mieux que les luttes ouvri&#232;res de masse (...) le caract&#232;re totalement &#233;tranger de l'ouvrier vis-&#224;-vis de son travail. &#187; (&lt;i&gt;idem&lt;/i&gt;, p. 106).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que dans ces luttes s'expriment un refus et un d&#233;go&#251;t du travail, cela est &#233;vident, mais cela est diff&#233;rent de leur formalisation comme &#171; refus du travail &#187;. Leur formalisation comme &#171; refus du travail &#187; vise &#224; construire une id&#233;ologie destin&#233;e &#224; r&#233;soudre l'impasse de la r&#233;volution comme affirmation de la classe tout en conservant sa probl&#233;matique. &#171; En 62 en Belgique, 63 en France, 64 en Italie, 67 en Allemagne, dans toute l'Europe en 68-69, les luttes ont provoqu&#233; une formidable pouss&#233;e des salaires. Cette pression ouvri&#232;re s'est exerc&#233;e sur le salaire quantitatif, le salaire mon&#233;taire et, &#224; l'enseigne de la spontan&#233;it&#233; des ann&#233;es 60, les ouvriers n'ont pas perdu leur temps pour 'qualifier politiquement' les diff&#233;rents aspects du salaire. Ils ont d&#233;pass&#233; d'un seul coup la notion du salaire comme reproduction de la force de travail pour saisir imm&#233;diatement le salaire comme co&#251;t politique du travail et comme revenu. Dans les pays &#224; capitalisme m&#251;r, cette phase de la lutte a vu les ouvriers utiliser l'arme du salaire en &lt;i&gt;affirmant leur domination sur le processus de production de la plus-value&lt;/i&gt; (soulign&#233; par nous), en exer&#231;ant une pression de masse &lt;i&gt;sur et dans le d&#233;veloppement&lt;/i&gt; (soulign&#233; par nous). Il faut remarquer qu'il ne s'agit plus de luttes &lt;i&gt;pour&lt;/i&gt; le salaire mais &lt;i&gt;sur&lt;/i&gt; le salaire, sur le terrain salarial compris comme un moment tr&#232;s concret dans la concurrence ouvriers-capital sur le plan du travail. &#187; (&lt;i&gt;idem&lt;/i&gt;, p. 71). De ses luttes na&#238;t la n&#233;cessit&#233; du pouvoir ouvrier : 'Pouvoir d'abord dans le cycle capitaliste de d&#233;veloppement pour exp&#233;rimenter et construire le terrain du pouvoir ouvrier tout court. Ce pouvoir ouvrier commence l&#224; o&#249; finit le chantage du salaire, l&#224; o&#249; l'obligation 'socialiste' du travail comme unique 'libert&#233;' ouvri&#232;re fait place &#224; la dictature des prol&#233;taires sur le travail utile et n&#233;cessaire. &#187; (&lt;i&gt;idem&lt;/i&gt;, p 72).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&lt;a id=&#034;__RefHeading___Toc6403_155729733&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
L'op&#233;ra&#239;sme : du refus du travail au pouvoir ouvrier comme travail social &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Refus du travail dans l'usine (l'usine dans ses formes concr&#232;tes est un rapport social, celui de la domination et du commandement du travail mort sur le travail vivant et de son absorption, n d a ), blocage du d&#233;veloppement capitaliste, appropriation imm&#233;diate de la richesse sociale dans la soci&#233;t&#233; &#224; travers la lutte &lt;i&gt;sur&lt;/i&gt; le salaire, le logement, les transports, la nourriture, tels sont les axes d'un travail d'organisation ouvri&#232;re qui liquidera l'obstacle institutionnel que repr&#233;sentent le mouvement ouvrier officiel et le &lt;i&gt;socialisme&lt;/i&gt;. &#187; (&lt;i&gt;idem&lt;/i&gt;, 104). A travers la liquidation de ce &#171; mouvement ouvrier officiel &#187; et de ce &#171; socialisme &#187;, dans la th&#233;orie opera&#239;ste, c'est tout bonnement la classe ouvri&#232;re qui se liquiderait elle-m&#234;me, &lt;i&gt;parce qu'elle n'est pas con&#231;ue comme diff&#233;rente de cette identit&#233; ouvri&#232;re&lt;/i&gt; qui a structur&#233; tout l'ancien cycle de luttes. Elle se liquiderait elle-m&#234;me en s'affirmant comme &lt;i&gt;travail social &lt;/i&gt; ; et l'on retrouve l&#224; le programmatisme paradoxal de l'op&#233;ra&#239;sme en tant qu'id&#233;ologie des luttes de la fin de l'ancien cycle, formalis&#233;e comme &#171; refus du travail &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour les luttes ouvri&#232;res, le grand danger serait de prendre la voie &#171; socialiste &#187; de la &#171; juste &#233;valuation de chaque travail &#187;, car, l&#224;, on reviendrait en-de&#231;&#224; du point de d&#233;part fourni par le d&#233;veloppement capitaliste lui-m&#234;me. &#171; Dans un cycle de d&#233;veloppement capitaliste, o&#249; il appara&#238;t de plus en plus clairement que si le salaire doit &#224; tout prix &#234;tre li&#233; &#224; la productivit&#233;, celle-ci tend &#224; &#234;tre comprise comme productivit&#233; moyenne nationale, et non pas comme celle de chaque travail en soi ; &#224; partir de ce niveau d'acceptation capitaliste du travail comme travail social, s'ouvre et s'est ouvert, pour la classe ouvri&#232;re, un &#233;norme espace politique d'intervention, pour la recomposition et la massification d'objectifs qui se retournent contre le plan du d&#233;veloppement : augmentations &#233;gales pour tous, tous les objectifs sur les salaires et les horaires r&#233;sum&#233;s par le salaire politique, c'est-&#224;-dire en fin de compte &lt;i&gt;la possibilit&#233; de renverser le travail abstrait contre le d&#233;veloppement du capital &lt;/i&gt;(soulign&#233; par nous), dans un salaire d&#233;gag&#233; de la productivit&#233;. (...) Ce que le capital d&#233;velopp&#233; a &#233;t&#233; capable d'assimiler, ce que la classe a tr&#232;s bien compris et utilis&#233;, seuls les planificateurs socialistes, les syndicalistes et les politiciens de la tradition ouvri&#232;re ne l'ont pas compris. Ils sont rest&#233;s seuls, en compagnie d'une science capitaliste de mauvaise foi, &#224; croire qu'ils pouvaient mesurer 'la valeur du travail', ce qui les oblige &#224; chercher un juste prix pour chaque activit&#233; dans laquelle se consomme la force de travail. (...). Pour qui regarde le rapport productif bien en face, comme le font la classe et le capital, et pas de biais, comme c'est le cas pour les id&#233;ologues, il est d&#233;sormais clair que le travail vivant consomm&#233; dans le proc&#232;s productif ne 'fait' ni des voitures, ni des g&#226;teaux, ni des chaussures, ni des brosses &#224; dents, mais fait du &lt;i&gt;travail&lt;/i&gt;. Le travail social dans sa g&#233;n&#233;ralit&#233;, dans sa mobilit&#233; extr&#234;me, chaque marchandise sp&#233;cifique n'&#233;tant que le produit du travail social global, est aussi marchandise g&#233;n&#233;rique dans la compr&#233;hension de l'ouvrier qui le voit comme richesse sociale dans son ensemble, richesse sociale et aussi somme d'app&#233;tits &#224; satisfaire, et non plus comme travail d&#233;termin&#233;. &#187; (&lt;i&gt;idem&lt;/i&gt;, p.76).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Paradoxalement, l'affirmation opera&#239;ste du travail social demeure dans le programmatisme car le travail social n'est pas une d&#233;termination du travail pour lui-m&#234;me, une d&#233;termination qui pourrait lui appartenir en propre et que la classe ouvri&#232;re pourrait r&#233;v&#233;ler &#224; partir d'elle-m&#234;me et mettre en &#339;uvre. Les forces sociales du travail n'existent qu'objectiv&#233;es dans le capital et dans le processus m&#234;me de cette objectivation (cf. Marx, &lt;i&gt;Le Capital&lt;/i&gt;, Livre I, quatri&#232;me section, chapitre XIII, &lt;i&gt;La coop&#233;ration&lt;/i&gt;). En outre, on pourrait &#233;galement remarquer que d&#233;j&#224; dans &#171; l'&#201;tat-plan &#187; une partie consid&#233;rable du salaire est &#171; socialis&#233;e &#187;. Ce sont l&#224; des erreurs th&#233;oriques ou historiques, mais ce qui importe avant tout c'est que, pour se boucler, l'id&#233;ologie du &#171; refus du travail &#187; devient &lt;i&gt;affirmation ouvri&#232;re du travail social&lt;/i&gt;. En cela, elle r&#233;v&#232;le bien sa nature programmatique profonde et son appartenance &#224; l'ancien cycle de luttes dont elle suit et exprime les manifestations ultimes. Le &#171; refus du travail &#187;, en &#233;tant l'affirmation du travail social, mettrait alors &#224; jour quelque chose que le capital, devenu&lt;i&gt; mystification&lt;/i&gt;, chercherait &#224; cacher. Le travail social serait le d&#233;passement du capital car celui-ci ne peut conna&#238;tre que le travail d&#233;fini comme ce qui a une valeur. Or, dans le travail social, la &#171; valeur du travail &#187; dispara&#238;t. &#171; Faire travailler &#187; serait donc devenu une &#171; n&#233;cessit&#233; politique &#187;. &#171; Le salaire, le voil&#224; encore comme prix politique n&#233;goci&#233;, assum&#233; au niveau des organes de planification, pour la perp&#233;tuation du Capital devenu lui aussi id&#233;ologie en tant que cristallisation d'un mode productif et distributif d&#233;pass&#233; qui n'est plus li&#233; mat&#233;riellement au rapport r&#233;el de production, mais qui est pure et simple fa&#231;ade administrative cachant la n&#233;cessit&#233; de faire travailler pour &#233;viter la fin du syst&#232;me. &#187; (&lt;i&gt;idem&lt;/i&gt;, p. 77).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le refus du travail devient, &#224; la fois, la r&#233;v&#233;lation de ce que le capital n'est plus li&#233; au rapport r&#233;el de production, en ce que celui-ci a maintenant pour fondement le travail social, et la volont&#233; de faire payer au capital le maximum pour &#171; entretenir la mystification &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Si ce n'est le contexte des luttes, ce qui est essentiel, les th&#232;ses (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Il est remarquable de voir combien cette &lt;i&gt;id&#233;ologie&lt;/i&gt; du &#171; refus du travail &#187; colle &#224; la &lt;i&gt;r&#233;alit&#233;&lt;/i&gt; des luttes de refus du travail dans cette &#233;poque. Elle en exprime toute l'appartenance &#224; l'ancien cycle de luttes et ses limites, dans le m&#234;me mouvement o&#249; en tant qu'id&#233;ologie elle cherche &#224; les construire comme d&#233;passement de ce cycle. En posant ce qui fait du capital une contradiction en proc&#232;s comme quelque chose de r&#233;alis&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ce que les &#171; Brigadistes &#187; critiqueront &#224; juste titre dans l'op&#233;ra&#239;sme, dans (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-18&#034;&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, l'affirmation du travail social reprend bien la probl&#233;matique g&#233;n&#233;rale du programmatisme mais pour lui faire produire la n&#233;gation de la classe par elle-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La classe ouvri&#232;re affirme sa puissance acquise dans le d&#233;veloppement capitaliste (et surtout cette identit&#233; ouvri&#232;re que la reproduction du capital avait confirm&#233;e &#224; l'int&#233;rieur d'elle-m&#234;me) non en s'emparant des moyens de production, en g&#233;n&#233;ralisant sa condition, en d&#233;veloppant la valeur comme un mode de production, mais en &#171; refusant de produire le capital &#187;. Cela aurait pu &#234;tre la &#171; r&#233;volution &#187; si, premi&#232;rement, &#224; ce refus du travail n'avait pas pu r&#233;pondre une restructuration du capital qui fit de la mobilit&#233;, de la pr&#233;carisation, des d&#233;localisations de la flexibilit&#233; et du ch&#244;mage la mise en forme m&#234;me de la classe ouvri&#232;re vis-&#224;-vis du capital ; et si, deuxi&#232;mement, ces luttes de refus du travail n'avaient pas eu pour fondement &lt;i&gt;la m&#234;me&lt;/i&gt; &lt;i&gt;identit&#233; ouvri&#232;re&lt;/i&gt; (retourn&#233;e contre le capital mais non d&#233;pass&#233;e) que celle qui fondait &#171; le mouvement ouvrier officiel &#187;. Ces luttes n'&#233;taient par l&#224; que l'expression pratique des limites d'un cycle de luttes dont la dynamique essentielle &#233;tait en dehors d'elles dans ce &#171; mouvement ouvrier &#187; et dans l'auto-organisation, ces luttes n'&#233;taient que l'expression de l'&#233;chec de ce &#171; mouvement ouvrier &#187;, des impasses de ce cycle, elles faisaient partie du m&#234;me monde. Elles n'&#233;taient pas une nouvelle phase de la lutte de classes, mais la fin de l'ancienne ; ce que confirma la restructuration en d&#233;truisant &#171; le mouvement ouvrier officiel &#187; et simultan&#233;ment en les absorbant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&lt;a id=&#034;__RefHeading___Toc6405_155729733&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
L'auton&#233;gation et le refus du travail : des concepts de transition &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Concepts finaux de l'ancien cycle de luttes, le &#171; refus du travail &#187; et l'auton&#233;gation du prol&#233;tariat sont &#233;galement des concepts de transition entre deux cycles. Nous avons &#233;voqu&#233; en note la pol&#233;mique entre Charles Reeve et John Zerzan dans la seconde moiti&#233; des ann&#233;es 1970. Il faut nous y arr&#234;ter un peu plus longuement, car si la critique de l'op&#233;ra&#239;sme nous montre ces concepts comme tentative de r&#233;solution des impasses dans lesquelles s'est achev&#233; l'ancien cycle de luttes, cette pol&#233;mique nous montre, plus pr&#233;cis&#233;ment encore que l'op&#233;ra&#239;sme, ces concepts comme transition vers une tentative de compr&#233;hension non-programmatique de la lutte de classes et pose la n&#233;cessit&#233; de cette nouvelle compr&#233;hension.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans son texte &lt;i&gt;Un conflit d&#233;cisif, les organisations syndicales combattent la r&#233;volte contre le travail&lt;/i&gt; (publi&#233; en 1974 aux &#201;tats-Unis, puis, en fran&#231;ais, par &lt;i&gt;Echanges&lt;/i&gt;, d&#233;cembre 1975), John Zerzan met en &#233;vidence des faits nouveaux de la lutte de la classe ouvri&#232;re aux &#201;tats-Unis, nouveaux de par leur caract&#232;re massif et la signification qu'ils acqui&#232;rent dans cette phase du d&#233;veloppement capitaliste. Ces formes nouvelles de luttes se manifestent le plus souvent dans l'absent&#233;isme, le sabotage, le &lt;i&gt;turn over&lt;/i&gt;, le ch&#244;mage volontaire, etc. La critique que nous faisons ici ne porte ni sur la r&#233;alit&#233; de ces faits, ni sur leur importance en tant que formes de luttes de la classe ouvri&#232;re aux &#201;tats-Unis et dans tous les pays d&#233;velopp&#233;s d'Europe, mais sur leur construction en une id&#233;ologie du &#171; refus du travail &#187;, qui, tout en ne sortant pas des probl&#233;matiques de l'ancien cycle de luttes (auto-organisation, affirmation ouvri&#232;re, envers de la confirmation d'une identit&#233; ouvri&#232;re dans la reproduction du capital &#8230;), tente de produire une sortie de son impasse pratique et th&#233;orique essentielle : la r&#233;volution comme affirmation de la classe ouvri&#232;re ou du prol&#233;tariat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces formes de luttes ont marqu&#233; l'apog&#233;e de l'ancien cycle, en ce que par ces luttes la classe ouvri&#232;re a retourn&#233; contre le capital (comme le disaient les op&#233;ra&#239;stes) les caract&#233;ristiques m&#234;mes de sa d&#233;faite du d&#233;but du si&#232;cle : son int&#233;gration dans la reproduction propre du capital, la transformation du proc&#232;s de travail en proc&#232;s de production conforme au capital, la totale d&#233;finition du travail comme travail salari&#233;, etc. Le sabotage, l'absent&#233;isme etc., n'ont pas de signification en eux-m&#234;mes, sortis de la p&#233;riode de lutte et de la phase de d&#233;veloppement du capital dans lesquels ils se d&#233;roulent : le tisserand anglais du d&#233;but du XIXe si&#232;cle n'est pas l'ouvrier am&#233;ricain de la General Motors des ann&#233;es 1970. Le sabotage n'a pas de signification en soi. Au d&#233;but des ann&#233;es 1970, l'id&#233;ologie du &#171; refus du travail &#187;, au lieu de comprendre ces luttes comme le point le plus haut de l'ancien cycle et simultan&#233;ment, de par leurs formes m&#234;mes, comme la manifestation de la caducit&#233; de cette p&#233;riode de lutte inaugur&#233;e dans l'imm&#233;diat apr&#232;s-premi&#232;re-guerre mondiale, a eu pour contenu de chercher &#224; les int&#233;grer dans la probl&#233;matique m&#234;me de cet ancien cycle, tout en cherchant &#224; y voir enfin les fondements de sa &#171; r&#233;ussite &#187; possible. Cela &#233;tait bien instable comme id&#233;ologie, et elle a fait long feu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'on s'attache &#224; la d&#233;marche du texte de Zerzan, qui constitue dans tous les d&#233;bats internes &#224; cette id&#233;ologie la r&#233;f&#233;rence constante et incontournable, on s'aper&#231;oit qu'avant m&#234;me de montrer le caract&#232;re r&#233;el et massif des faits sur lesquels il se fonde, il s'empresse de les cadrer dans la probl&#233;matique de l'affirmation de la classe ouvri&#232;re prenant en main son destin, prenant le contr&#244;le des moyens des productions (ce qui demande tout de m&#234;me une assez grande maitrise de la &#171; dialectique &#187;). &#171; Quant aux formes plus directes d'opposition &#224; ce monde du travail ali&#233;nant qui &#233;chappe au contr&#244;le des travailleurs, on tombe sur l'exp&#233;rience remarquable que fit Bill Watson (il s'agit de l'auteur du texte &lt;i&gt;Contre-planning dans l'atelier&lt;/i&gt;, publi&#233; en fran&#231;ais par &lt;i&gt;Information et Correspondance Ouvri&#232;re&lt;/i&gt;, n&#176; 115-116, mars-avril 1972, n d a) dans une usine d'automobiles pr&#232;s de Detroit. La pratique des ouvriers &#233;tait nettement &#171; post-syndicale &#187;. En 1968, Watson a vu des efforts syst&#233;matiquement planifi&#233;s des ouvriers pour substituer leurs plans de production et leurs m&#233;thodes &#224; celles des dirigeants de l'usine. Il qualifie de 'ph&#233;nom&#232;ne normal' ce comportement qui r&#233;pond au refus de la direction et de l'UAW (syndicat de l'automobile, n d a) d'&#233;couter les propositions des ouvriers pour des modifications et des am&#233;liorations des produits. &#187; (Zerzan, &lt;i&gt;op. cit&lt;/i&gt;., p.4). Singuli&#232;re conception du &#171; refus du travail &#187; et de la condition ouvri&#232;re. Conception qui sera la conclusion m&#234;me du texte : &#171; Il reste douteux qu'une participation bidon puisse adoucir l'ali&#233;nation ouvri&#232;re. Plus vraisemblablement elle ne fera que la renforcer et rendre encore plus claire la v&#233;ritable nature des relations syndicats-patronat qui dureront toujours. Il est plus que probable que les institutions traditionnelles des syndicats comme la couche de professionnels r&#233;tribu&#233;s, de permanents et de d&#233;l&#233;gu&#233;s, le monopole de la syndicalisation garanti par le patronat, et m&#234;me les accords collectifs en g&#233;n&#233;ral, seront de plus en plus remis en question au fur et &#224; mesure que &lt;i&gt;les travailleurs continuent &#224; se battre pour faire passer en leurs mains le contr&#244;le de leur vie de travailleurs&lt;/i&gt; (soulign&#233; par nous) &#187;. (&lt;i&gt;op. cit&lt;/i&gt;., p 23).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces luttes sont l'apog&#233;e et la caducit&#233; de cet ancien cycle. L'apog&#233;e en ce que c'est le fondement m&#234;me de ce cycle que la classe retourne contre le capital ; la caducit&#233; en ce que ces luttes signifient l'inanit&#233; devenue historiquement incontournable de s&#233;parer le travailleur salari&#233;, le prol&#233;taire, et le producteur, l'inanit&#233; de concevoir la r&#233;volution comme la prise de contr&#244;le par les travailleurs de ce qui les d&#233;finit comme travailleurs (on parle bien de contr&#244;le et non d'abolition) : de l'entreprise, de la division du travail, de l'&#233;change, du proc&#232;s de travail. Au lieu de voir l'apog&#233;e et la caducit&#233; simultan&#233;es d'un cycle de luttes, on n'y voit que l'apog&#233;e. &#171; Le refus du travail &#187;, c'est-&#224;-dire la construction id&#233;ologique de pratiques r&#233;elles, n'est pas le refus de la condition ouvri&#232;re, puisqu'il s'agit pour les ouvriers de prendre en mains leurs conditions d'existence, mais le refus de son &lt;i&gt;institutionnalisation&lt;/i&gt;, comme si les deux pouvaient &#234;tre s&#233;par&#233;es. On ne peut pas plus imaginer une classe ouvri&#232;re sans capital, que, pour la m&#234;me raison, une classe ouvri&#232;re sans formes institutionnelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Le &#171; refus du travail &#187; apparaissait comme la forme enfin trouv&#233;e qui va s&#233;parer l'affirmation du travail de ce qui lui colle &#224; la peau en subsomption r&#233;elle du travail sous le capital : toutes les formes de son institutionnalisation&lt;/i&gt;. C'est le vieux probl&#232;me de ce cycle de luttes qui, pendant un demi-si&#232;cle, avait constitu&#233; la substance du conseillisme et de l'ultragauche et m&#234;me de tout ce qui avait voulu se situer &#171; &#224; gauche des partis communistes &#187;, qui semblait ainsi r&#233;solu. Seuls les courants issus de l'ultragauche et du conseillisme pouvaient cependant pousser le probl&#232;me suffisamment loin pour voir toute l'importance du refus du travail, m&#234;me s'ils restaient englu&#233;s dans leur conception de base. En effet, comme nous l'avons affirm&#233; en ouverture de cette pr&#233;face : &#171; on peut appeler ultragauche, toute pratique, organisation, th&#233;orie, qui posent la r&#233;volution comme affirmation du prol&#233;tariat, en consid&#233;rant cette affirmation comme critique et n&#233;gation de tout ce qui d&#233;finit le prol&#233;tariat dans son implication avec le capital. En cela toute l'histoire de l'ultragauche est une contradiction en proc&#232;s. &#187; Le refus du travail, non pas les pratiques en question, mais comme id&#233;ologie donnant son propre sens &#224; ces pratiques, apparaissait, sans sortir de la probl&#233;matique, comme la solution enfin trouv&#233;e &#224; cette contradiction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, Zerzan peut sans se contredire enfoncer le clou du &#171; m&#233;pris du travail quasi unanime &#187; (idem, p. 7). Ce qu'il tient l&#224; (et c'est ce qui lui importe) c'est la s&#233;paration de l'affirmation de la classe ouvri&#232;re avec toutes ses formes institutionnelles et en premier lieu les syndicats car : &#171; Cette r&#233;volte (contre le travail, n d a) est n&#233;cessairement de nature antisyndicale &#187;. On d&#233;passe m&#234;me la forme de la &#171; gr&#232;ve &#187; qui n'est elle-m&#234;me, bien souvent qu'une institution (idem, p. 29). Cela est exact (et comme le montre Zerzan, les syndicats ne s'y trompent pas, ni les gauchistes de l'&#233;poque), mais l'impossibilit&#233; de l'affirmation de la classe ouvri&#232;re tient &#224; &lt;i&gt;l'implication r&#233;ciproque entre le prol&#233;tariat et le capital&lt;/i&gt;, dont les formes institutionnalis&#233;es ne sont qu'une d&#233;termination et non &#224; ces formes. En ayant enfin trouv&#233;, dans le &#171; refus du travail &#187;, les luttes qui ne peuvent que rompre avec les formes institutionnalis&#233;es de cette implication r&#233;ciproque, avec lesquelles celle-ci a &#233;t&#233; confondue, la classe va enfin pouvoir s'affirmer dans une rupture totale avec ce qui la lie au capital. &lt;i&gt;L'ultragauche s'ach&#232;ve&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si, apr&#232;s avoir parl&#233; de gestion du proc&#232;s de travail dans l'entreprise, il est question du &#171; m&#233;pris du travail &#187;, ce n'est pas seulement que la mat&#233;rialit&#233; de ces luttes, ce qui se passe, ne peut pas ne pas s'imposer &#224; tout observateur, mais encore faut-il &#224; l'id&#233;ologie du &#171; refus du travail &#187; tenir les deux bouts : placer ces luttes dans la probl&#233;matique de la &#171; ma&#238;trise par la classe ouvri&#232;re de ses conditions d'existence &#187; &lt;i&gt;et&lt;/i&gt;, simultan&#233;ment ,en faire la r&#233;solution de tous les impasses de cette probl&#233;matique. Le &#171; refus du travail &#187; permettra cette prouesse, non en tant que pur et simple &#171; m&#233;pris du travail &#187;, mais parce qu'en lui on aura unifi&#233; la rupture avec toutes les m&#233;diations de l'implication r&#233;ciproque entre le prol&#233;tariat et le capital &lt;i&gt;et&lt;/i&gt; la volont&#233; de la classe ouvri&#232;re de &#171; ma&#238;triser ses conditions d'existence &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'agit bien, pour l'id&#233;ologie du &#171; refus du travail &#187;, d'un &lt;i&gt;processus r&#233;volutionnaire&lt;/i&gt; qui s'ouvre, et pas seulement de luttes quotidiennes, ou plut&#244;t d'un processus r&#233;volutionnaire qui s'ouvre &lt;i&gt;dans ces luttes quotidiennes&lt;/i&gt;. On peut alors jouer une version &lt;i&gt;hard&lt;/i&gt; de la chanson de la &#171; ma&#238;trise des conditions d'existence &#187;, sur l'air d'une marche r&#233;volutionnaire : gr&#226;ce au &#171; refus du travail &#187; les ouvriers vont &#171; &lt;i&gt;redevenir&lt;/i&gt; les &lt;i&gt;artisans &lt;/i&gt;(soulign&#233; par nous) de leur travail &#187; (Zerzan, idem, p 30).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec le refus du travail et toutes les luttes que l'on peut y rattacher, toutes celles o&#249; l'ouvrier, &#171; agit &#224; partir de ce qu'il d&#233;sire par soi-m&#234;me et pour soi-m&#234;me &#187;, c'est dans la forme m&#234;me des luttes que l'institutionnalisation, les m&#233;diations &#224; nier pour parvenir &#224; une affirmation &#171; vraie &#187; de la classe ouvri&#232;re, sont critiqu&#233;es et enfin ni&#233;es. Dans le refus du travail, la &#171; lutte de classe est plus forte et plus vivace, mais plus insaisissable selon les crit&#232;res traditionnels &#187; (Henri Simon, postface au texte de Zerzan). La constatation est parfaitement pertinente, mais c'est dans le cadre g&#233;n&#233;ral de l'id&#233;ologie construite comme &#171; critique du travail &#187; qu'il faut la comprendre. Cette lutte de classe, &#171; plus vivace &#187; mais &#171; plus insaisissable &#187;, c'est la rupture, comme forme de la lutte, d'avec toutes les m&#233;diations de l'affirmation de la classe. Ainsi, dans cette id&#233;ologie, se construisent toutes les d&#233;terminations n&#233;cessaires pour qu'elle soit, pour elle-m&#234;me, l'affirmation enfin possible de la classe ouvri&#232;re et du travail. L'id&#233;ologie du &#171; refus du travail &#187; r&#233;ussit le tour de force &#8211; si l'on consid&#232;re son appellation - de se pr&#233;senter comme l'affirmation enfin possible du travail contre le capital.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette id&#233;ologie n'&#233;tait pas que la simple interpr&#233;tation d'un ensemble de luttes pr&#233;sentant des caract&#233;ristiques communes. Cet ensemble fut construit id&#233;ologiquement, avec les d&#233;terminations que nous avons analys&#233;es (la rupture avec toutes les m&#233;diations de l'affirmation de la classe), pour &#234;tre la r&#233;solution des impasses du programmatisme et, plus sp&#233;cifiquement, de l'ultragauche. Elle se devait, en tant que cette r&#233;solution, d'&#234;tre une id&#233;ologie de la r&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La critique de Charles Reeve contre le texte de Zerzan et contre tous les commentaires qui s'ensuivirent est, sur de nombreux points, d&#233;risoire (Revue 'Spartacus', juillet-ao&#251;t 1976). Le premier point de cette critique porte sur le fait que le refus du travail n'est pas une nouveaut&#233;. Elle se r&#233;f&#232;re &#224; une ph&#233;nom&#233;nologie de la lutte de classe pour laquelle, paradoxalement, le ph&#233;nom&#232;ne contiendrait et permettrait de conna&#238;tre imm&#233;diatement son essence, en dehors de son contexte historique. Le second point portant sur la s&#233;paration entre action collective et action individuelle (que serait le refus du travail), quant &#224; lui, ne tient &#233;videmment pas la route quand il s'agit de luttes anti-travail de l'ampleur de cette p&#233;riode. Le troisi&#232;me point pr&#233;sentant le refus du travail comme l'id&#233;ologie par excellence de la bourgeoisie frise le ridicule quand il s'agit de pratiques massives d'O.S. L'exhortation r&#233;p&#233;t&#233;e de fa&#231;on incantatoire &#224; &#171; l'affrontement ouvert, collectif et conscient contre le capitalisme &#187; tient lieu de toute analyse de la p&#233;riode de la lutte de classe : il y a une norme et les ouvriers n'ont plus qu'&#224; la rejoindre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelques arguments ont plus de poids parce qu'en fait ils mettent en &#233;vidence l'enjeu essentiel de l'id&#233;ologie du &#171; refus du travail &#187;. Reeve dit en substance &#224; ses adversaires : &#171; vous sciez la branche sur laquelle, vous et moi, nous sommes assis &#187;. &#171; Quand on constate, comme le fait Zerzan, que les travailleurs ont aujourd'hui tendance dans les luttes &#224; vouloir prendre le contr&#244;le des forces productives, alors on a du mal &#224; se faire &#224; l'id&#233;e selon laquelle le 'refus du travail' et le sabotage sont les formes 'd&#233;cisives' de la lutte r&#233;volutionnaire moderne ! En effet c'est seulement de la lutte collective que peuvent na&#238;tre ces nouvelles tendances &#224; la &lt;i&gt;r&#233;appropriation par les travailleurs du pouvoir sur l'appareil productif&lt;/i&gt; &#187;&lt;i&gt; &lt;/i&gt;(Reeve, op. cit.). De Zerzan &#224; Reeve l'objectif est le m&#234;me : la prise de contr&#244;le par les travailleurs de l'appareil productif (il n'y a qu'en famille que l'on se dispute et s'insulte aussi bien). Et Reeve de rajouter : lorsque les travailleurs entament, comme &#224; Lip, cette r&#233;appropriation, les plus ardents z&#233;lateurs du &#171; refus du travail &#187; font la grimace. Reeve voudrait, en cette fin d'un cycle de luttes, le programmatisme sans ses impasses : l'affirmation autonome du prol&#233;tariat doit passer par sa mont&#233;e en puissance dans le mode de production capitaliste, par sa d&#233;finition dans les m&#233;diations de l'implication r&#233;ciproque. C'est cette contradiction et les impasses qui s'ensuivent qu'avait tent&#233; de r&#233;soudre l'id&#233;ologie du &#171; refus du travail &#187;. Il s'agit, pour Reeve, de toujours pr&#244;ner la r&#233;volution comme r&#233;organisation de la production, comme mise au travail g&#233;n&#233;rale de la soci&#233;t&#233;, comme g&#233;n&#233;ralisation de la condition prol&#233;tarienne, &lt;i&gt;comme si de rien n'&#233;tait&lt;/i&gt;. La hargne de sa critique est due &#224; la haine contre ces inconscients qui, en voyant dans le &#171; refus du travail &#187; la solution des impasses du programmatisme, ne s'aper&#231;oivent pas qu'ils ont ouvert, au niveau th&#233;orique, la bo&#238;te de Pandore.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, si l'on reste &#224; l'int&#233;rieur de la probl&#233;matique de l'affirmation de la classe, la principale critique de Reeve consiste &#224; souligner que ces formes de luttes sont conjoncturelles. &#171; Avec les transformations du capitalisme, avec la fin du capitalisme lib&#233;ral et le d&#233;veloppement de la forme moderne d'intervention &#233;tatique, le mouvement syndical gagne une nouvelle fonction, celle de g&#233;rer les 'avantages sociaux' permis par ce nouveau d&#233;veloppement. La violence du travail salari&#233; augmente en m&#234;me temps que l'int&#233;gration des travailleurs par la mise en place de ces syst&#232;mes de s&#233;curit&#233; sociale, d'aides publiques diverses. Tout cela avec le but de rendre moins conflictuel le processus de reproduction de la force de travail. Mais ces syst&#232;mes d'aide sociale - 'le salaire social', comme on l'a appel&#233; - permettent aussi aux travailleurs de nouvelles possibilit&#233;s de r&#233;sistance au travail. L'absent&#233;isme, l'utilisation des allocations de ch&#244;mage, apparaissent alors &#224; un nombre croissant de travailleurs comme des possibilit&#233;s nouvelles de r&#233;sistance &#224; utiliser. Le syst&#232;me le permet tant que l'accumulation capitaliste se poursuit sans &#224;-coups car cette forme de r&#233;sistance est aussi pour lui un moindre mal. (...) Une fois r&#233;duites les possibilit&#233;s d'utilisation de ces 'avantages sociaux', on verra s'&#233;crouler le mythe de l'absent&#233;isme comme forme de lutte radicale, de la m&#234;me fa&#231;on que d&#233;j&#224; aujourd'hui le mot d'ordre 'refus du travail' s'effondre devant le d&#233;veloppement du ch&#244;mage.' (&lt;i&gt;idem&lt;/i&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Face &#224; cette redoutable attaque, les d&#233;fenseurs du &#171; refus du travail &#187; multiplient les exemples montrant que ces luttes se d&#233;veloppent souvent dans des branches industrielles en crise et / ou des r&#233;gions o&#249; le taux de ch&#244;mage est d&#233;j&#224; tr&#232;s &#233;lev&#233;. Cependant, quelques ann&#233;es apr&#232;s, Reeve appara&#238;tra comme ayant eu finalement raison, ce qu'&lt;i&gt;Echanges&lt;/i&gt; m&#234;me reconna&#238;t seize ans apr&#232;s dans son num&#233;ro 78, p 14 : &#171; Depuis quelque temps, nous pensions reprendre ces textes (de la brochure &lt;i&gt;Le refus du travail&lt;/i&gt;, nda), non pour les mettre &#224; jour mais pour y int&#233;grer les cons&#233;quences de la pr&#233;sente situation de crise du capital sur des attitudes ouvri&#232;res qui paraissaient li&#233;es &#224; la p&#233;riode d'expansion et de plein emploi &#187;. Bien s&#251;r le texte qui suit alors, traduit de la publication am&#233;ricaine &lt;i&gt;Collective Action Notes&lt;/i&gt;, n'est pas une capitulation en rase campagne. La lutte continue mais d&#233;fensive et &#224; un &#171; micro niveau &#187; Ce qui a disparu, c'est son interpr&#233;tation triomphaliste comme &#171; le processus d&#233;j&#224; engag&#233; de la destruction du capitalisme et de la production du communisme &#187;, parce que, finalement, ce qui maintenant ne peut plus &#234;tre dit c'est que la r&#233;volution est la ma&#238;trise par le prol&#233;tariat de ses conditions d'existence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Penser que Reeve ait eu raison est d&#251; &#224; une illusion d'optique. Reeve et ses adversaires ne prennent les choses que d'un point de vue quantitatif. Ce qui mettra un terme aux luttes de &#171; refus du travail &#187; c'est la d&#233;faite globale de l'ancien cycle et la restructuration du capital, c'est-&#224;-dire les transformations structurelles, qualitatives, du rapport entre travail et capital et les nouvelles modalit&#233;s d'exploitation de la force de travail. Ce n'est pas, quantitativement, en elle-m&#234;me, la mont&#233;e du ch&#244;mage qui met un terme &#224; ces luttes (comme le montrent bien les exemples avanc&#233;s par &lt;i&gt;Echanges&lt;/i&gt; en r&#233;ponse &#224; Reeve), mais les modifications du rapport entre ch&#244;mage et activit&#233;, la destruction de l'identit&#233; ouvri&#232;re dont finalement les luttes de refus du travail &#233;taient une des manifestations. Ce n'est pas un hasard si c'est en Angleterre, o&#249; celle-ci &#233;tait particuli&#232;rement vivace, que le mouvement de refus du travail put se poursuivre de fa&#231;on puissante malgr&#233; la mont&#233;e du ch&#244;mage, cela justement parce que la restructuration, jusqu'aux &#171; ann&#233;es Thatcher &#187;, avait &#233;norm&#233;ment de mal &#224; se frayer un passage. La situation se renverse au moment o&#249; la sous-traitance, l'int&#233;rim, le ch&#244;mage ou la &lt;i&gt;casa integrazione&lt;/i&gt;, deviennent &lt;i&gt;la forme normale&lt;/i&gt; d'utilisation de la classe ouvri&#232;re. C'est cette d&#233;faite que les luttes de ch&#244;meurs et pr&#233;caires ont commenc&#233; &#224; retourner contre le capital au tournant des ann&#233;es 1990-2000. Mais alors nous avions chang&#233; de cycle de luttes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&lt;a id=&#034;__RefHeading___Toc6407_155729733&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Le refus du travail : vers le d&#233;passement du programmatisme&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'id&#233;ologie du &#171; refus du travail &#187; non seulement s'inscrivait comme id&#233;ologie finale de l'ancien cycle de luttes, mais encore elle &#233;tait une id&#233;ologie de transition entre deux cycles de luttes. Le &#171; refus du travail &#187;, en effet, s'il appartient &#224; la probl&#233;matique de l'ancien cycle, est amen&#233;, en tant que concept th&#233;orique rendant compte d'une situation de la lutte de classes, &#224; la faire &#233;clater (ce que Reeve avait parfaitement pressenti dans sa hargne &#224; lui faire barrage). Le &#171; refus du travail &#187; ne peut rester dans la probl&#233;matique de l'affirmation de la classe ouvri&#232;re, de la prise en main par celle-ci de ses moyens d'existence. Essayer de faire coexister les deux ne r&#233;sultait pas d'une incoh&#233;rence mentale, mais d'une &#171; n&#233;cessit&#233; logique &#187; &#224; l'int&#233;rieur de cette probl&#233;matique m&#234;me. Cependant, tout cela &#233;tait bien instable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;j&#224;, dans le n&#176;118 d'ICO (juin 1972), un texte non-sign&#233; (&#233;manant d'un des futurs fondateurs de la revue &lt;i&gt;N&#233;gation&lt;/i&gt;) r&#233;alisait une critique syst&#233;matique de la compr&#233;hension gestionnaire du refus du travail, c'est-&#224;-dire de son incoh&#233;rence fondamentale. Ce texte, &lt;i&gt;Contre interpr&#233;tation du contre-planning dans l'atelier&lt;/i&gt;, r&#233;pondait &#224; celui de Watson (&lt;i&gt;Contre-planning dans l'atelier&lt;/i&gt;) sur lequel Zerzan allait un peu plus tard fonder en grande partie son analyse &#171; paradoxale &#187; du refus du travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette critique est th&#233;oriquement fondatrice Elle pose les bases de l'analyse du refus du travail comme fondement pratique de la th&#233;orie de l'auton&#233;gation du prol&#233;tariat. &#171; Ce caract&#232;re sacr&#233; du travail chez les conseillistes repose sur la croyance (&#224; la vie dr&#244;lement dure) qu'il y aurait d'un c&#244;t&#233; le travail des producteurs des richesses sociales et de l'autre le travail producteur de marchandises plus-value et donc de la richesse capitaliste. (...) L'existence de chaque entreprise correspond aux exigences internes de ce mode de production (valorisation-concurrence) et ne peut survivre &#224; sa destruction. Autog&#233;rer les entreprises revient &#224; autog&#233;rer la production capitaliste et ce n'est pas la bonne volont&#233; de faire autrement qui peut y changer quelque chose. (...). A la conscience de producteur (des richesses sociales) a succ&#233;d&#233; la conscience de prol&#233;taire (producteurs de la plus-value) et le contenu des luttes, au-del&#224; de leurs causes semblables, s'est transform&#233; : de gestionnaires et &lt;i&gt;positives&lt;/i&gt;, elles sont devenues de plus en plus destructrices, purement &lt;i&gt;n&#233;gatives&lt;/i&gt; ; c'est ce qui explique leur manque de perspectives au-del&#224; de l'espace-temps d'une gr&#232;ve, car leur seule issue serait l'autosuppression du prol&#233;tariat, et donc la destruction du capital. &#187; (op. cit.). La critique faisait ressortir la parent&#233; profonde existant entre le l&#233;ninisme du gauchisme et le conseillisme autogestionnaire : &#171; l'un et l'autre exaltent le prol&#233;tariat &lt;i&gt;en tant que prol&#233;tariat&lt;/i&gt;, ils l'exhortent &#224; prendre le pouvoir des mains de la bourgeoisie. Pour les uns c'est le pouvoir politique, pour les autres c'est le pouvoir &#233;conomique ; ils sont en fait indissolublement li&#233;s au-del&#224; de leurs fausses oppositions id&#233;ologiques. &#187; (idem). Et le texte concluait : &#171; L'auton&#233;gation du prol&#233;tariat est le juste contraire de la n&#233;gation du genre humain... &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De son c&#244;t&#233;, dans le cours m&#234;me de la pol&#233;mique avec Reeve, Peter Rachleff (dans la revue &lt;i&gt;Fifth Estate&lt;/i&gt;, f&#233;vrier 1977) prenant la d&#233;fense de Zerzan, d&#233;truit en fait toute son interpr&#233;tation et sort le &#171; refus du travail &#187; de la probl&#233;matique d'affirmation de la classe dans laquelle Zerzan l'avait enferm&#233;e. &#171; C'est ici que Reeve est pris au pi&#232;ge par des conceptions hors du temps. Car ces luttes collectives ne peuvent se d&#233;velopper &#224; partir de la suppression des d&#233;sirs personnels 'priv&#233;s', de la soumission de l'individu &#224; la collectivit&#233;, mais sont le produit d'une fusion nouvelle des besoins et des d&#233;sirs individuels et collectifs, &lt;i&gt;l'auto-abolition du prol&#233;tariat &lt;/i&gt;(soulign&#233; par nous). La lutte contre le travail est &#224; la fois individuelle et collective et ces deux aspects se renforcent mutuellement l'un l'autre. Le refus individuel d'&#234;tre un travailleur salari&#233; est li&#233; au combat du prol&#233;tariat pour se lib&#233;rer lui-m&#234;me des contraintes de sa position sociale. Pour bien voir ceci, nous devons rompre avec les conceptions traditionnelles de la lutte de classes qui d&#233;finissent son but comme &#233;tant la dictature du prol&#233;tariat. Toute cette conception est fausse. L'objectif des luttes de classe actuelles, le r&#233;sultat qu'elles pr&#233;figurent c'est l'abolition du prol&#233;tariat, la destruction du capital sous tous ces aspects. (...) Aujourd'hui, il n'est plus d&#233;sirable, ni m&#234;me imaginable de viser le contr&#244;le de l'appareil tel qu'il existe et de le g&#233;rer dans notre int&#233;r&#234;t. Le capital a &#233;tendu ses tentacules &#224; l'activit&#233; m&#234;me, &#224; la nature du travail. (in &lt;i&gt;Le refus du travail&lt;/i&gt;, p 27-28). Dans les positions d&#233;fendues par Rachleff prend forme le concept d'auton&#233;gation du prol&#233;tariat d&#233;j&#224; &#224; l'&#339;uvre en France dans des revues comme &lt;i&gt;N&#233;gation&lt;/i&gt; ou &lt;i&gt;Intervention Communiste&lt;/i&gt;. Fond&#233; sur le refus du travail, ce concept compl&#232;te celui-ci et lui donne toute sa coh&#233;rence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tr&#232;s vite la &#171; solution &#187; r&#233;sum&#233;e dans la formule de &lt;i&gt;l'auton&#233;gation du prol&#233;tariat&lt;/i&gt; entra &#224; son tour &lt;i&gt;en crise&lt;/i&gt;. En effet, si la r&#233;volte contre le travail marque la fin de l'affirmation du prol&#233;tariat, elle n'est pas en tant que telle production de la situation r&#233;volutionnaire. Les prol&#233;taires qui sabotent expriment leur ras-le-bol de l'intensification de l'exploitation, et sentent bien que rien de la vie qu'on a perdu dans la production des marchandises ne peut se retrouver dans leur consommation. Leur r&#233;volte n'impliquait pourtant pas la destruction prochaine du capital, car elle s'inscrivait dans l'&#233;puisement d'un r&#233;gime d'exploitation &#8211; et donc d'accumulation &#8211; qu'avait g&#233;n&#233;ralis&#233; &#224; partir des &#201;tats-Unis la sanglante restructuration de la Seconde Guerre mondiale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cette phase critique de la fin de l'ancien cycle de luttes, o&#249; la restructuration du capital est &#224; la fois &lt;i&gt;n&#233;cessaire &lt;/i&gt;et &lt;i&gt;dilu&#233;e-report&#233;e&lt;/i&gt;, l'auton&#233;gation du prol&#233;tariat est un concept &#224; la fois&lt;i&gt; in&#233;vitable&lt;/i&gt; et&lt;i&gt; impossible&lt;/i&gt;. S'il donne sens au refus du travail et ach&#232;ve de liquider le programme ouvrier, il ne r&#233;sout pas le probl&#232;me de la communisation. Au contraire, il le transpose sur un plan sp&#233;culatif o&#249; il devient tout &#224; fait insoluble. Sur ce plan, quels que soient les raffinements de l'analyse, la contradiction capital / prol&#233;tariat se r&#233;duit &#224; une opposition simple, ext&#233;rieure, entre la valeur en proc&#232;s et l'homme ou le travail vivant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une telle conception fait du prol&#233;tariat le sujet et l'objet de la r&#233;volution, qui devient une op&#233;ration du prol&#233;tariat sur lui-m&#234;me. La conclusion logique est qu'il doit d'abord &lt;i&gt;se d&#233;gager&lt;/i&gt; des rapports de production capitalistes pour ensuite les &lt;i&gt;d&#233;truire&lt;/i&gt;. N&#233;gatif de l'humanit&#233; communisatrice, il se forme sur la base du d&#233;veloppement et de la crise du capital, mais &lt;i&gt;n'appartient pas&lt;/i&gt; &#224; la soci&#233;t&#233; du capital. Une telle conclusion est plus facile &#224; critiquer quarante ans apr&#232;s, parce que la restructuration est pass&#233;e par l&#224;, mais elle paraissait &#233;vidente dans la situation de l'&#233;poque. Car, dans le m&#234;me mouvement o&#249; le refus du travail faiblit dans les usines, la contestation de &lt;i&gt;l'ali&#233;nation&lt;/i&gt; capitaliste gagne toutes les institutions participant &#224; sa reproduction. De l'&#233;cole &#224; la prison en passant par l'h&#244;pital psychiatrique, et sans oublier la famille, c'est l'ensemble de ces organes de reproduction du rapport d'exploitation qui est contest&#233;. Le capital est de moins en moins contest&#233; comme exploitation et de plus en plus comme pure &lt;i&gt;oppression&lt;/i&gt; ou &lt;i&gt;destruction&lt;/i&gt;. On glisse de la notion de r&#233;volution &#224; celle de &lt;i&gt;subversion&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La th&#233;orie &#171; subversive &#187; attaque la contre-r&#233;volution en la d&#233;connectant de la contradiction qui la forme. En s'en tenant &#224; une d&#233;nonciation illusoire de &#171; man&#339;uvres &#187; politiques et de &#171; mystifications &#187; id&#233;ologiques, elle s&#233;pare les r&#233;volutionnaires (notion qui nait de cette s&#233;paration) et le mouvement communiste et r&#233;duit la th&#233;orie &#224; un programme &#224; diffuser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, appara&#238;t imm&#233;diatement toute la limite de ce concept dans la mesure o&#249; il n'est qu'un n&#233;gatif : l'expression imm&#233;diate de &lt;i&gt;l'impossibilit&#233;&lt;/i&gt; de l'affirmation du travail. Pour pouvoir produire la r&#233;volution et le communisme, comme on l'a d&#233;j&#224; entrevu, la constitution d'un &lt;i&gt;humanisme th&#233;orique&lt;/i&gt;, c'est-&#224;-dire d'une essence humaine que l'on distingue, dans le prol&#233;tariat, de son strict rapport contradictoire avec le capital, se chargera de fournir &#224; ce concept son contenu propre. Sous le prol&#233;taire, le sujet de la r&#233;volution c'est l'Homme avec ses besoins et ses d&#233;sirs, sa socialit&#233; en tant qu'&#234;tre g&#233;n&#233;rique. On arrive alors, de fa&#231;on coh&#233;rente, au bout de la &#171; conception traditionnelle &#187; On montre son impasse, mais celle-ci n'est pas d&#233;pass&#233;e. Quand on tient la lutte de classe, on ne tient plus la r&#233;volution, quand on tient la r&#233;volution, on ne tient plus la lutte de classe. La r&#233;volution demeure le processus d'une affirmation, celle de la nature humaine sous le prol&#233;taire. C'est ce concept d'auton&#233;gation du prol&#233;tariat, li&#233; &#224; la &#171; critique du travail &#187;, qui sera charg&#233; du d&#233;passement de la &#171; conception traditionnelle &#187;, mais il est lui-m&#234;me une sorte de concept &#171; demi-solde &#187; : li&#233; &#224; une probl&#233;matique ant&#233;rieure, on lui demande d'en formuler une nouvelle. Cette nouvelle probl&#233;matique n'est alors qu'une solution aux anciens probl&#232;mes. Ce n'&#233;tait pas dans les solutions apport&#233;es que r&#233;sidait l'impasse, mais dans la question elle-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec l'&lt;i&gt;auton&#233;gation du prol&#233;tariat&lt;/i&gt;, la contradiction entre le prol&#233;tariat et le capital devient l'essence contradictoire du prol&#233;tariat : il s'abolit &lt;i&gt;et donc &lt;/i&gt;abolit le capital. Il est simultan&#233;ment le travail et sa subsomption sous le capital, travail vivant et travail mort. C'est la contradiction entre le prol&#233;tariat et le capital que l'on retrouve comme &#171; essence du prol&#233;tariat &#187;. Il semblerait, de prime abord, que ce soit le capital qui ait disparu mais, en fait, c'est bel et bien le prol&#233;tariat. Sous son nom, c'est simplement le d&#233;veloppement contradictoire du mode de production capitaliste que l'on retrouve. Le proc&#232;s de l'exploitation est devenu l'essence d'un de ses termes, le prol&#233;tariat. Il devient alors un monstre conceptuel. Il est, en lui-m&#234;me, dans son existence, la propre impossibilit&#233; de cette existence. Impossibilit&#233; de son existence en tant que classe, mais simultan&#233;ment synth&#232;se, totalit&#233; du mode de production. Il n'est alors que le nom que l'on donne au cours contradictoire des cat&#233;gories &#233;conomiques du capital, devenues manifestations d'un sujet transcendantal, l'homme en tant qu'&#234;tre g&#233;n&#233;rique, qui, jamais, ne se confond avec aucune r&#233;alit&#233; de son &#339;uvre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La th&#233;orisation de la r&#233;volution comme auton&#233;gation du prol&#233;tariat fut &lt;i&gt;le point de d&#233;part&lt;/i&gt; de la compr&#233;hension de la r&#233;volution dans la subsomption r&#233;elle du travail sous le capital et de toute critique du programmatisme Elle fut, &#224; la fin des ann&#233;es 60, la marque profonde et &lt;i&gt;d&#233;cisive&lt;/i&gt; de la grande transformation de la th&#233;orie de la r&#233;volution communiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant &#224; partir de la fin des ann&#233;es 1970, la restructuration du rapport d'exploitation, en tant que mise en forme coh&#233;rente des &#233;l&#233;ments &#233;pars &#233;gren&#233;s en r&#233;ponse aux luttes, imposait &#224; nouveau, non th&#233;oriquement, mais de fait, une solution de continuit&#233; entre les luttes imm&#233;diates et la r&#233;volution. Tandis que disparaissaient toutes ces luttes li&#233;es au refus du travail, dans lesquelles l'ultragauche avait vu la solution de ses impasses, les luttes les plus dures, comme en France, dans la sid&#233;rurgie et peu de temps apr&#232;s dans l'automobile, si elles pouvaient s'opposer aux syndicats, ne faisaient cependant que r&#233;clamer la d&#233;fense de l'emploi. L'auton&#233;gation du prol&#233;tariat ne pouvait plus appara&#238;tre comme l'aboutissement naturel de son impossibilit&#233; &#224; s'affirmer ou comme l'affirmation d'un &#233;l&#233;ment d&#233;velopp&#233; dans le mode de production capitaliste et le remettant en cause, comme l'&#233;tait le &#171; travail social &#187; pour les op&#233;ra&#239;stes. D'un c&#244;t&#233;, on ne parvenait plus &#224; donner un sens aux pratiques imm&#233;diates ; de l'autre, on faisait de la possibilit&#233; de la r&#233;volution le r&#233;sultat d'une contradiction interne au prol&#233;tariat dont l'&#233;l&#233;ment r&#233;volutionnaire, l'humanit&#233; aurait &#233;t&#233; justement ce que masque sa d&#233;finition comme classe en implication r&#233;ciproque avec le capital. L'auton&#233;gation et le &#171; refus du travail &#187; &#233;taient devenus purement et simplement un humanisme th&#233;orique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au lieu d'une contradiction historique entre classes, certains, comme les r&#233;dacteurs de la revue &lt;i&gt;La Banquise&lt;/i&gt;, th&#233;oris&#232;rent un conflit entre deux essences, ou plut&#244;t entre le positif (l'homme-prol&#233;taire) et le n&#233;gatif de la m&#234;me essence (le monstre ou le non-homme capital). La question &#233;tait alors de savoir comment la &#171; tension confuse vers le communisme &#187; allait pouvoir se r&#233;aliser, comment l'homme valait pouvoir enfin supprimer le non-homme. Ceci parce qu'on avait d'abord con&#231;u le rapport capital / prol&#233;tariat comme une &lt;i&gt;condition prol&#233;tarienne&lt;/i&gt; venant se &lt;i&gt;surajouter&lt;/i&gt; au fait d'&#234;tre homme, comme simple &lt;i&gt;corset &lt;/i&gt;de l'essence humaine. Or, c'est la situation m&#234;me de prol&#233;taire qui fait que le prol&#233;taire ne veut pas le rester, c'est cette situation m&#234;me qui d&#233;finit l'humain et l'inhumain. La r&#233;volte contre le capital et sa propre situation ne renvoie pas pour le prol&#233;taire &#224; une diff&#233;renciation entre ce qu'il serait dans son rapport au capital et ce qu'il serait en tant que personne, pour lui-m&#234;me. Car si la seule marchandise qu'il ait &#224; vendre, sa force de travail, fait corps avec lui, si dans le mouvement m&#234;me o&#249; elle ne lui appartient plus, il ne s'appartient plus, alors il n'y a plus aucune essence ou nature humaine, &lt;i&gt;aucune positivit&#233; ou ext&#233;riorit&#233;&lt;/i&gt; de son &#234;tre qu'il puisse opposer au &#171; monstre capital &#187;. Il ne s'agit plus que de deux moments ins&#233;parables de son rapport au capital : l'achat-vente de la force de travail ; la subsomption du travail sous le capital. Apr&#232;s un tr&#232;s long silence, n'ayant toujours rien vu de la restructuration, Dauv&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;R&#233;dacteur principal de La Banquise&#034; id=&#034;nh3-19&#034;&gt;19&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; r&#233;apparut avec les publications du bulletin &lt;i&gt;Trop Loin&lt;/i&gt; pour nous dire qu'il &#171; fallait attendre &#187; pour enfin r&#233;ussir ce qui avait &#233;t&#233; &#233;bauch&#233; en mai 68.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034; id='DYNAMIQUE-DU-CYCLE-DE-LUTTE-PRESENT-ECARTS-ET-ENCORE-L-HUMANITE'&gt;
&lt;a id=&#034;__RefHeading___Toc6409_155729733&#034;&gt;&lt;/a&gt;
DYNAMIQUE DU CYCLE DE LUTTE PR&#201;SENT : &#201;CARTS ET ENCORE L'HUMANIT&#201;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Il nous faut encore comprendre le constant regain, depuis la fin des ann&#233;es 1960 jusqu'&#224; aujourd'hui, de ce communisme philosophique qui en appelle &#224; l'Homme et au Genre et qui avait caract&#233;ris&#233; toute la production th&#233;orique communiste dans la premi&#232;re moiti&#233; des ann&#233;es 1840. Pourquoi, constamment, dans la production th&#233;orique actuelle, voit-on r&#233;appara&#238;tre la r&#233;volution communiste comme abolition de ce qui m&#233;diatise et s&#233;pare les hommes de leur vraie nature de Communaut&#233;, d'Homme, d'&#234;tre g&#233;n&#233;rique, c'est-&#224;-dire sous une forme qui singe la fin de la philosophie classique allemande ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme nous l'avons vu, la r&#233;ponse se trouve bien s&#251;r dans le moment o&#249; s'ach&#232;ve le cycle de luttes pr&#233;c&#233;dent et o&#249; prend naissance le cycle de lutte actuel, c'est-&#224;-dire au tournant de la fin des ann&#233;es 1960 et du d&#233;but des ann&#233;es 1970 : la &#171; p&#233;riode 68 &#187;. Mais la r&#233;ponse ne se trouve pas que l&#224; o&#249; elle est la plus &#233;vidente. En effet, si, au d&#233;but des ann&#233;es 70, toute la &#171; th&#233;orie radicale &#187; (ainsi qu'elle se baptisait &#224; l'&#233;poque) s'est mise au &#171; jeune Marx &#187; comme l'on se &#171; mettrait au vert &#187; au sortir de l'usine, et si tous ses tenants sont devenus feuerbachiens, cela n'explique pas totalement pourquoi, &lt;i&gt;quarante&lt;/i&gt;&lt;i&gt; apr&#232;s&lt;/i&gt;, l'Homme est toujours l&#224; comme le suppl&#233;ment d'&#226;me, le suppl&#233;ment de radicalit&#233; que devrait comporter la lutte de classe pour &#234;tre ce qu'elle doit &#234;tre, pour &#234;tre r&#233;volutionnaire. La r&#233;ponse n'est pas que dans l'origine, la faillite du programmatisme, mais aussi dans la structure et le d&#233;roulement m&#234;me du cycle de lutte actuel. Disons-le tout de suite, c'est la conception, n&#233;cessaire actuellement, de la r&#233;volution comme communisation qui contient le regain constant et l'apparente l&#233;gitimit&#233; des niaiseries feuerbachiennes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tous ceux qui, dans cette phase d'effondrement du programmatisme, tentaient de r&#233;fl&#233;chir &#224; ce que pouvait &#234;tre le d&#233;passement communiste de cette soci&#233;t&#233;, se trouvaient confront&#233;s &#224; cette &#233;vidence massive qui &#233;tait le crit&#232;re essentiel de cette p&#233;riode : la fin d'une p&#233;riode historique de la r&#233;volution et du communisme comme affirmation du prol&#233;tariat. C'est cette situation sociale qui produisit la relecture de Marx &#224; partir des &#171; &#339;uvres de jeunesse &#187; cens&#233;es fournir une th&#233;orie r&#233;volutionnaire au-del&#224; du programmatisme prol&#233;tarien parce qu'en-de&#231;&#224;. On conservait la classe ouvri&#232;re &#224; condition que sa r&#233;volte soit &#233;thique et / ou humaine, on conservait les contradictions sp&#233;cifiques du mode de production capitaliste &#224; condition qu'elles soient un moment du cours historique de l'auto-ali&#233;nation de l'Homme pr&#233;parant son retour en lui-m&#234;me (on avait remplac&#233; le &#171; pue-la-sueur &#187; par l'Homme, mais on n'avait pas chang&#233; la probl&#233;matique qui restait celle de &#171; l'&lt;i&gt;Aufhebung&lt;/i&gt; &#187;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Face &#224; l'effondrement du programmatisme, la r&#233;volution ne pouvait donc &#234;tre que la n&#233;gation du prol&#233;tariat par lui-m&#234;me. Comment cela &#233;tait-il alors possible pour cette classe de d&#233;passer sa simple d&#233;fense comme classe ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une premi&#232;re solution semblait couler de source : c'&#233;tait la tendance, comprise comme irr&#233;pressible car inh&#233;rente &#224; l'essence de l'homme, &#224; assurer le triomphe de ce qui est commun aux hommes, leur &#234;tre ensemble, leur essence communautaire, le &lt;i&gt;Genre&lt;/i&gt;. Tendance qui avait enfin trouv&#233; son porteur ad&#233;quat dans le prol&#233;tariat. Cette r&#233;ponse n'&#233;tait pas une &#171; trouvaille &#187; qui, en tant que telle, aurait pu &#234;tre autre ; elle &#233;tait contenue dans le proc&#232;s de faillite m&#234;me de l'auto-organisation et de la r&#233;volution d&#233;finie comme dynamique de l'autonomie prol&#233;tarienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais si l'humanisme th&#233;orique est &lt;i&gt;toujours pr&#233;sent&lt;/i&gt; dans le cycle de luttes qui fut alors inaugur&#233;, c'est que la lutte de classe est confront&#233;e &#224; un probl&#232;me redoutable : agir en tant que classe est devenu, pour le prol&#233;tariat, la limite de son action en tant que classe. Au lieu d'&#234;tre simplement attentif au cours de la lutte de classe pour y saisir comment ce probl&#232;me est pos&#233; et comment s'y annonce sa r&#233;solution, il est beaucoup plus ais&#233; d'en trouver la solution &lt;i&gt;a priori&lt;/i&gt;. La lutte de classe du prol&#233;tariat, dans sa manifestation imm&#233;diate comme classe du mode de production capitaliste, ne pourrait sortir de la dialectique de son implication r&#233;ciproque avec le capital. Il faudrait donc une intervention autre, une pr&#233;sence autre dans les luttes. Cette intervention, cette pr&#233;sence, c'est l'increvable Humanit&#233;. Nous reconnaissons notre vieille ennemie, l'Humanit&#233;, qui sait si bien renaitre de ses cendres, car &lt;i&gt;elle na&#238;t de la question m&#234;me qui structure chaque cycle de luttes&lt;/i&gt; : comment une classe peut-elle abolir les classes ? Elle na&#238;t de l'apparente aporie &#224; laquelle la lutte de classe est confront&#233;e, elle en na&#238;t et se pr&#233;sente comme la solution, chaque fois changeante, qui &#233;limine le probl&#232;me &#224; partir de lui-m&#234;me. Cette r&#233;surrection sera dans le programmatisme l'humanit&#233; du Travail, dans la crise du programmatisme, l'humanit&#233; du &#171; refus du travail &#187;, dans l'abandon des classes, l'humanit&#233; de l'Humanit&#233;, et, maintenant, l'humanit&#233; de la remise en cause par le prol&#233;tariat de son existence comme classe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le cycle de luttes actuel, &#224; la suite de la restructuration du capital, la contradiction entre le prol&#233;tariat et le capital se situe au niveau de la reproduction d'ensemble donc de la reproduction r&#233;ciproque des classes. Cette contradiction ne comporte plus aucune confirmation du prol&#233;tariat pour lui-m&#234;me. C'est la fin de ce que nous appelons le programmatisme, de l'identit&#233; ouvri&#232;re et de ce que d'autres nomment, de fa&#231;on simplement descriptive, le &#171; vieux mouvement ouvrier &#187;. Dans cette structure de la contradiction, le prol&#233;tariat est &#224; m&#234;me, dans sa contradiction avec le capital qui est implication r&#233;ciproque avec lui (l'exploitation), de se remettre lui-m&#234;me en cause comme classe. Il en r&#233;sulte que l'abolition du capital est sa propre abolition, abolition de toutes les classes et communisation de la soci&#233;t&#233;. Cependant, la dynamique r&#233;volutionnaire (communiste) de ce cycle comporte imm&#233;diatement, de fa&#231;on inh&#233;rente &#224; elle, comme sa limite, ce par quoi elle n'existerait m&#234;me pas : le prol&#233;tariat produit toute son existence en tant que classe dans le capital et non plus dans un rapport &#224; soi-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La dynamique de ce cycle de luttes ne peut &#234;tre qu'interne &#224; ce qui en constitue la limite : agir en tant que classe. C'est cette identit&#233; entre dynamique et limite du cycle de luttes actuel qui ressuscite l'humanit&#233;. En effet, cette identit&#233; n'est pas imm&#233;diate ; il y a, dans le cours des luttes actuelles, des pratiques qui sont la production d'un &lt;i&gt;&#233;cart&lt;/i&gt; &#224; l'int&#233;rieur de l'action en tant que classe. Agir en tant que classe c'est actuellement d'une part n'avoir pour horizon que le capital et les cat&#233;gories de sa reproduction, d'autre part, c'est, pour la m&#234;me raison, &#234;tre en contradiction avec sa propre reproduction de classe, la remettre en cause. Il s'agit des deux faces de la m&#234;me action en tant que classe. Ce conflit, cet &lt;i&gt;&#233;cart&lt;/i&gt; dans l'action de la classe (se reproduire comme classe de ce mode de production / se remettre en cause) existe dans le cours de la plupart des conflits. La d&#233;faite est le r&#233;tablissement de l'identit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La remise en cause par le prol&#233;tariat de son existence comme classe est interne &#224; celle-ci et &#224; sa lutte comme classe, interne &#224; ce qui est la limite des luttes de ce cycle. Dans cette situation, le cycle actuel est une tension constante entre, d'une part, l'autonomisation de sa dynamique (rep&#233;rable dans l'activisme et le mouvement d'action directe), c'est-&#224;-dire la remise en cause par le prol&#233;tariat de sa propre existence comme classe, et, d'autre part, la reconnaissance de son existence toute enti&#232;re dans les cat&#233;gories du capital (le citoyennisme ou d&#233;mocratisme radical, mais aussi l'id&#233;ologie &#171; droiti&#232;re &#187; et nationale sous laquelle op&#232;re de plus en plus dans le monde occidental, mais pas seulement, la lutte de classe). L'autonomisation de la dynamique, c'est consid&#233;rer que l'appartenance de classe est pratiquement d&#233;j&#224; d&#233;pass&#233;e dans certains aspects de la lutte de classe ou que la r&#233;volution sera le fait de prol&#233;taires ayant d&#233;j&#224; abandonn&#233; leurs vieux habits de prol&#233;taires. C'est ainsi que dans le cycle de luttes actuel est ressuscit&#233;e l'humanit&#233;. Un cycle de luttes qui annonce l'abolition de toutes les classes est in&#233;vitablement th&#233;oris&#233; comme comportant d&#233;j&#224; en son sein, potentiellement, le d&#233;passement des classes ou alors dont le d&#233;passement ne peut s'effectuer que par un abandon &lt;i&gt;pr&#233;alable&lt;/i&gt; par le prol&#233;tariat de son existence comme classe, abandon pr&#233;alable dont la possibilit&#233; est son humanit&#233;. Une th&#233;orie de la r&#233;volution communiste comme communisation inclut, comme une d&#233;rive n&#233;cessaire, son expression comme r&#233;volution humaine, d&#233;rive elle-m&#234;me ancr&#233;e dans l'enjeu actuel de la lutte de classe : la remise en cause par le prol&#233;tariat de son existence comme classe dans sa propre action de classe.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034; id='DE-LA-CRITIQUE-DU-PROGRAMMATISME-A-L-EVAPORATION-DE-L-EXPLOITATION-nbsp'&gt;
&lt;a id=&#034;__RefHeading___Toc6411_155729733&#034;&gt;&lt;/a&gt;
DE LA CRITIQUE DU PROGRAMMATISME &#192; L'&#201;VAPORATION DE L'EXPLOITATION : &#171; CRITIQUE DE LA VALEUR &#187; ET &#171; DIALECTIQUE SYST&#201;MATIQUE &#187; &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&lt;a id=&#034;__RefHeading___Toc6413_155729733&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Une bien abstraite exploitation&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Face au m&#234;me effondrement pratique du programmatisme, apparut un autre type de solutions que th&#233;oris&#232;rent en Allemagne l'&#233;cole connue sous le nom de &#171; Critique de la valeur &#187;, mais aussi Postone aux &#201;tats-Unis (&lt;i&gt;Temps, travail et domination sociale&lt;/i&gt;), Chris Arthur en Grande Bretagne (&lt;i&gt;The new dialectic and Marx's Capital&lt;/i&gt;, non traduit en Fran&#231;ais) et, plus r&#233;cemment, la revue anglo-am&#233;ricaine &lt;i&gt;Endnotes&lt;/i&gt;. On d&#233;passe l'effondrement en supprimant la lutte des classes et &#171; l'Homme &#187; n'est jamais bien loin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s le d&#233;but des ann&#233;es 1970, la critique du programmatisme a cherch&#233; son fondement th&#233;orique abstrait dans une reprise de la critique de la valeur. En refondant la th&#233;orie de la r&#233;volution sur l'analyse de la valeur, on affirmait que le travail n'est pas une activit&#233; ext&#233;rieure au capital et donc quelque chose &#224; lib&#233;rer. Le travail &#233;tait justement pos&#233; comme le fondement et une d&#233;termination int&#233;rieure de la valeur. De l'existence m&#234;me de la valeur d&#233;coulait qu'aucune lib&#233;ration du travail n'&#233;tait possible. Cependant, &#224; en rester l&#224;, le capital n'&#233;tait que la forme d&#233;velopp&#233;e de la valeur, c'&#233;tait l'exploitation comme contradiction entre le prol&#233;tariat et le capital qui s'&#233;vanouissait, r&#233;duite &#224; ne plus &#234;tre que &lt;i&gt;l'ombre port&#233;e&lt;/i&gt; des contradictions de la valeur. Soit la lutte des classes avait disparu, soit elle n'&#233;tait plus qu'un avatar al&#233;atoire des aventures solipsistes de la valeur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le probl&#232;me g&#233;n&#233;ral de toute cette approche de la critique de la lib&#233;ration du travail c'est de faire dispara&#238;tre le concept de mode de production sous celui de valeur, de ne faire du mode de production capitaliste qu'une &lt;i&gt;extension logique&lt;/i&gt; de la valeur. Outre les objections m&#233;thodologiques que l'on peut faire &#224; ce proc&#233;d&#233; (syst&#233;matisme h&#233;g&#233;lien, r&#233;troaction, t&#233;l&#233;ologie, m&#233;taphysique du passage de la n&#233;cessit&#233; logique &#224; l'existence n&#233;cessaire&#8230;), plus directement, en ce qui concerne la conception de la lutte des classes, en faisant dispara&#238;tre le concept de mode de production sous celui de valeur, le mode de production n'est plus qu'une &lt;i&gt;rencontre d'&#233;changistes&lt;/i&gt;. &#171; L'&#233;change &#187; de la force de travail est r&#233;duit &#224; un &#233;change, certes tr&#232;s particulier, mais &#233;change tout de m&#234;me. Si bien que l'ensemble de la contradiction entre des classes qu'est l'exploitation peut &#234;tre subsum&#233; en tant que contradiction sous les cat&#233;gories qui font, avec la valeur, de l'&#233;change de la force de travail, une ali&#233;nation marchande. L'ali&#233;nation marchande r&#233;sumerait ce qu'est l'exploitation comme contradiction, un simple proc&#232;s d'abstraction du travail dans lequel la sp&#233;cificit&#233; de l'extraction de &lt;i&gt;plus-value&lt;/i&gt; a disparu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne passe pas, par simple voie dialectique, de l'&#233;change g&#233;n&#233;ralis&#233; de marchandises au &lt;i&gt;rapport de classes&lt;/i&gt; qu'est l'&#233;change de la force de travail. Il y a h&#233;t&#233;ronomie entre les &#233;l&#233;ments en jeu. Le processus dialectique des formes de la valeur s'arr&#234;te &#224; la monnaie et &#224; la &#171; contradiction du tr&#233;sor &#187;. De la monnaie on ne passe pas par le m&#234;me jeu des incompl&#233;tudes h&#233;g&#233;liennes au capital. Ce jeu s'arr&#234;te avec la &#171; rencontre &#187; de &#171; l'homme aux &#233;cus &#187; et du &#171; travailleur libre &#187;,.Cette &#171; rencontre &#187;, ce jeu ne peut la produire (sinon &#171; Rome et Byzance auraient termin&#233; leur histoire avec le mode de production capitaliste &#187;), sauf &#224; penser que la valeur s'empare du travail de par une n&#233;cessit&#233; formelle et t&#233;l&#233;ologique de son concept.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'exploitation n'est plus qu'un moment de la dialectique immanente de la forme valeur. Cette exploitation doit n&#233;cessairement advenir de par cette forme Ainsi le mode de production capitaliste n'est que la valeur sous un autre nom, la valeur totalement d&#233;velopp&#233;e. Dans un certain sens, c'est exact, mais cela ne tient pas &#224; une dialectique immanente de la valeur mais au fait qu'il est le mode de production fond&#233; sur l'achat-vente de la force de travail, c'est ainsi qu'il devient la forme d&#233;velopp&#233;e (&#171; totale &#187; si on veut) de la valeur, et non l'inverse. Quand la valeur devient capital et existerait alors &#171; r&#233;ellement &#187; comme valeur (valeur accomplie), elle existe selon &lt;i&gt;les cat&#233;gories sp&#233;cifiques du capital&lt;/i&gt;. Il faut non seulement consid&#233;rer le capital comme la valeur enti&#232;rement d&#233;velopp&#233;e (donc existante), mais aussi, et en cons&#233;quence, que la valeur devenue capital ce sont &lt;i&gt;les cat&#233;gories propres et les contradictions du capital&lt;/i&gt; : le travail productif, les d&#233;terminations de l'&#233;change, l'exploitation du travail, la baisse du taux de profit, le partage de la journ&#233;e de travail en travail n&#233;cessaire et surtravail, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au contraire, cette approche qui veut se d&#233;barrasser radicalement de l'affirmation du travail cherche &#224; r&#233;aliser l'impossible : &lt;i&gt;d&#233;duire&lt;/i&gt; l'exploitation de la forme valeur. Mais alors l'exploitation n'est plus que le processus d'abstraction du travail qu'est la forme valeur La trivialit&#233; sordide du partage de la journ&#233;e de travail entre travail n&#233;cessaire et surtravail, pr&#233;cis&#233;ment parce que trop triviale et inh&#233;rente &#224; l'imm&#233;diatet&#233; des luttes ouvri&#232;res, a disparu au profit d'une vaste ali&#233;nation o&#249; tous les individus sont gris. Il est dans la nature du rapport d'exploitation, au sens le plus strict de partage de la journ&#233;e de travail, d'effacer la distinction entre travail n&#233;cessaire et surtravail, de faire que toute la production comme valeur se dresse face au travail, &lt;i&gt;mais l&#224; n'est pas la contradiction&lt;/i&gt;&lt;i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pour autant que l'on n'a pas renvoy&#233; la contradiction entre le prol&#233;tariat (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-20&#034;&gt;20&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;. A moins de consid&#233;rer le salaire comme prix du travail comme le rapport r&#233;el et non comme une forme de manifestation n&#233;cessaire du salaire comme rapport de production (valeur de la force de travail).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; L'exploitation &#187; n'est trait&#233;e que sous le registre du &#171; d&#233;veloppement de la valeur &#187;, comme une forme g&#233;n&#233;rale, d&#233;velopp&#233;e, de l'ali&#233;nation marchande. Avec la valeur, on ne peut aller plus loin que la critique d'une forme &#171; pervertie &#187; des &#171; relations sociales humaines &#187;. L'ironie involontaire de cette d&#233;marche est de faire ressurgir sous une forme plus ou moins humaniste ce dont on avait voulu se d&#233;barrasser : quelque chose &#224; lib&#233;rer. Le prol&#233;taire n'est alors qu'un &#233;changiste qui se fait particuli&#232;rement grug&#233;. O&#249; sont les classes ? La lutte de classe est priv&#233;e de sa force primordiale qui est sa trivialit&#233;, sa mat&#233;rialit&#233; sordide.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tant que l'on produit la forme-capital en continuit&#233; dialectique avec les formes de la valeur, comme un mouvement inh&#233;rent &#224; ces formes, l'absorption du travail, l'existence de l'ouvrier, prennent place dans une probl&#233;matique qui demeure celle de la valeur : la probl&#233;matique de l'ali&#233;nation comme &lt;i&gt;abstraction g&#233;n&#233;rale du travail&lt;/i&gt;. L'exploitation dans toute sa trivialit&#233;, le partage de la journ&#233;e de travail, l'extorsion de surtravail ne sont plus l'essentiel de la contradiction &#224; l'int&#233;rieur du mode de production capitaliste mais une d&#233;termination envelopp&#233;e dans &lt;i&gt;l'abstraction du travail&lt;/i&gt; qui est devenue la vraie &#171; contradiction &#187;. Tout est si bien boucl&#233; dans le syst&#233;matisme de la valeur que lorsqu'il faut bien en arriver au d&#233;passement de cette situation, ce que l'on avait voulu refouler fait perversement retour. La r&#233;ponse est une vague th&#233;orie humano-prol&#233;tarienne appuy&#233;e sur un vague concept de travail vivant exc&#233;dant toujours, parce qu'elle est activit&#233; humaine, son appropriation par le capital (Chris Arthur) ; une vague perspective r&#233;volutionnaire vaguement gauchiste, un peu autogestionnaire et beaucoup d&#233;mocratique (Postone) ; un mouvement sapant ses propres bases et s'&#233;croulant de lui-m&#234;me &#224; condition que les prol&#233;taires ne s'en m&#234;lent pas (la &#171; Critique de la valeur &#187;) ; une contradiction logique interne &#224; la valeur, cause des &#171; malheurs du temps &#187; et des &#171; d&#233;sagr&#233;ments sociaux &#187; s'incarnant dans divers agents et divers antagonismes (&lt;i&gt;Endnotes&lt;/i&gt;). Il est toujours surprenant de voir coexister une d&#233;bauche de finesses th&#233;oriques sans enjeux explicites avec des consid&#233;rations d'une banalit&#233; totale quand les enjeux sont l&#224; et, cerise sur le g&#226;teau, de voir r&#233;apparaitre implicitement une activit&#233;, une humanit&#233;, des rapports sociaux &#224; &#171; lib&#233;rer &#187;, qui seuls peuvent d&#233;stabiliser une &#171; contradiction &#187; si bien boucl&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la p&#233;riode actuelle de la lutte de classe, la permanence de l'humanisme r&#233;sulte toujours d'une compr&#233;hension qui fait que la lutte de classe du prol&#233;tariat, dans sa manifestation imm&#233;diate comme classe du mode de production capitaliste, est pos&#233;e comme ne pouvant sortir de son implication r&#233;ciproque avec le capital. De fa&#231;on plus ou moins explicite il faut toujours un petit plus. Nous sommes l&#224; dans une critique du programmatisme devenue folle en ce que cette critique accepte tous les termes de la probl&#233;matique qu'elle critique et se contente de dire : &#171; non, cela n'est pas possible &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le probl&#232;me qui mine toutes ces conceptions qui se sont d&#233;barrass&#233;es de l'affirmation du travail au prix de l'abandon de l'exploitation comme contradiction entre le prol&#233;tariat et le capital est celui de la relation des contradictions de la valeur avec la lutte des classes. Ce ne sont que des th&#233;ories de &lt;i&gt;l'impossibilit&#233; du programmatisme&lt;/i&gt;. Ce n'est que cela mais elles ne le savent pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&lt;a id=&#034;__RefHeading___Toc6415_155729733&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Au-del&#224; du programmatisme ou au-del&#224; de la lutte des classes ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces types de th&#233;orisation sont des moments (pas forc&#233;ment n&#233;cessaires, mais li&#233;s &#224; elle) de la th&#233;orie de la communisation. C'est un d&#233;passement devenu fou du programmatisme, c'est-&#224;-dire fonctionnant pour lui-m&#234;me, ayant oubli&#233; son objet ou ne l'ayant pas d&#233;fini, &#233;tant devenu autonome dans ses objectifs. Les outils th&#233;oriques d&#233;velopp&#233;s pour d&#233;passer le programmatisme sont devenus leur propre raison d'&#234;tre : valeur, implication r&#233;ciproque, critique de la transcroissance des luttes revendicatives, auto-organisation et autonomie, etc. Ces outils de critique du programmatisme deviennent leur propre objet, sont d&#233;velopp&#233;s en eux-m&#234;mes et non comme outils-critiques de passage d'un rapport de classe &#224; un autre. D'o&#249; une d&#233;bauche de th&#233;orie qui accompagne une absence d'enjeux (si ce n'est interne &#224; l'autoreproduction de la pens&#233;e universitaire).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'exploitation ne peut exister que dans la transformation (transposition) du travail vivant en valeur, un tel proc&#232;s n'en rend pas compte exhaustivement. On retrouve le probl&#232;me fondamental de ce &#171; d&#233;passement du programmatisme &#187; : dire que la valeur n'&lt;i&gt;est&lt;/i&gt; qu'en tant que capital ne signifie rien d'autre que le capital c'est la valeur, &lt;i&gt;en &lt;/i&gt;&lt;i&gt;tant que capital&lt;/i&gt; n'apporte rien. Renvoyer la totalit&#233; des rapports sociaux capitalistes &#224; la valeur, c'est subsumer la contradiction entre les classes (l'exploitation) sous les contradictions de la marchandise ; c'est faire de l'&#233;change et de ses abstractions, m&#234;me &#171; logiquement d&#233;velopp&#233;s &#187; comme &#171; exploitation &#187;, le contenu de la contradiction entre prol&#233;tariat et capital ; c'est faire disparaitre cette contradiction dans le magma du processus d'abstraction de toute activit&#233;, c'est-&#224;-dire de &#171; l'activit&#233; humaine &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le syst&#232;me est si bien boucl&#233; pour se d&#233;barrasser de l'affirmation du travail que la lutte des classes n'est plus qu'une autod&#233;termination de la totalit&#233; du capital ramen&#233; &#224; une d&#233;duction logique de la forme-valeur. La lutte des classes n'est plus que le lieu o&#249;, entre autres, la (ou les) contradiction(s) logique(s) de la valeur se manifeste(ent). La lutte des classes n'est plus une contradiction dans ses propres termes mais la &lt;i&gt;repr&#233;sentation&lt;/i&gt; de contradictions exprim&#233;es dans les termes de la valeur. Le probl&#232;me c'est que cette contradiction interne de la totalit&#233; (la valeur) est, &lt;i&gt;en tant que telle&lt;/i&gt;, close sur elle-m&#234;me. Elle ne peut &#234;tre une contradiction pour elle-m&#234;me, c'est-&#224;-dire un mouvement incluant sa remise en cause. Il lui faut, premi&#232;rement, un &#233;l&#233;ment qui l'exc&#232;de (le travail comme activit&#233; humaine ou des rapports sociaux que la valeur absorbe et pervertit) et, deuxi&#232;mement, il lui faut s'incarner dans des &#233;l&#233;ments autres (les classes et toutes sortes de termes &#171; antagoniques &#187;) que les siens propres (la valeur d'usage et la valeur d'&#233;change) pour que cette contradiction de la totalit&#233; sorte de la logique et devienne une remise en cause d'elle-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour se d&#233;barrasser de l'affirmation du travail, on s'est d&#233;barrass&#233; de la contradiction entre le prol&#233;tariat et le capital, de la lutte des classes. On n'a pas d&#233;pass&#233; le programmatisme, on l'a seulement d&#233;clar&#233; impossible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne l'a pas d&#233;pass&#233; parce qu'on ne l'a pas compris en lui-m&#234;me comme une forme historique du rapport d'exploitation dans laquelle la vis&#233;e r&#233;volutionnaire du prol&#233;tariat &#233;tait impossible &lt;i&gt;dans ses propres termes programmatiques&lt;/i&gt;, mais comme une &lt;i&gt;incongruit&#233; logique&lt;/i&gt;. Toute cette th&#233;orie qui se qualifie de &#171; th&#233;orie de la forme valeur &#187;, pour laquelle l'exploitation est le devenir abstrait du travail, c'est-&#224;-dire l'ali&#233;nation, est un plaidoyer &lt;i&gt;pro domo&lt;/i&gt; des middle class intello malheureuses dans ce monde. Il peut y avoir production de valeur sans &#234;tre production de plus-value, c'est le cas, dans le monde, de centaines de millions de paysans et d'artisans, mais ce n'est pas d'eux dont parle la &#171; th&#233;orie de la forme valeur &#187;, mais des classes moyennes pour lesquelles la valeur c'est vivre (mal et malheureux) dans l'&#233;change et la marchandise. La &#171; th&#233;orie de la forme valeur &#187;, c'est l'univers du travail improductif, c'est-&#224;-dire &lt;i&gt;improductif de plus-value&lt;/i&gt;, &#233;tendue &#224; l'ensemble des rapports sociaux. Elle est &#224; cette chose profane son aur&#233;ole, son point d'honneur spiritualiste, son compl&#233;ment solennel. C'est la conclusion &#171; radicale &#187; et &lt;i&gt;soulag&#233;e&lt;/i&gt; de la fin de l'identit&#233; ouvri&#232;re. Dans ce discours, les furtives apparitions du terme de classe sont, &#224; br&#232;ve &#233;ch&#233;ance, appel&#233;es &#224; s'estomper dans le lointain du &#171; marxisme traditionnel &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-21&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;On peut trouver une critique de la th&#233;orie de la forme-valeur proche de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-21&#034;&gt;21&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;passer le programmatisme c'est en revenir &#224; l'exploitation, le rapport &lt;i&gt;capitaliste&lt;/i&gt; fondamental.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&lt;a id=&#034;__RefHeading___Toc6417_155729733&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Retour sur l'exploitation&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A travers la baisse du taux de profit, l'exploitation est &lt;i&gt;un proc&#232;s constamment en contradiction avec sa propre reproduction&lt;/i&gt; : le mouvement qu'est l'exploitation est une contradiction pour les rapports sociaux de production dont elle est le contenu et le mouvement. C'est le mode m&#234;me selon lequel le travail existe socialement, la valorisation, qui est la contradiction entre le prol&#233;tariat et le capital. D&#233;fini par l'exploitation, le prol&#233;tariat est en contradiction avec l'existence sociale n&#233;cessaire de son travail comme capital, c'est-&#224;-dire valeur autonomis&#233;e et ne le demeurant qu'en se valorisant : &lt;i&gt;la baisse du taux de profit est une contradiction entre les classes&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'exploitation est une contradiction qui remet en cause ce dont elle est la dynamique, c'est-&#224;-dire qu'elle est une contradiction pour les rapports sociaux de production dont elle est le mouvement. L'exploitation est ce dr&#244;le de jeu o&#249; c'est toujours le m&#234;me qui gagne (parce qu'elle est subsomption), en m&#234;me temps et, pour la m&#234;me raison, &lt;i&gt;c'est un jeu en contradiction avec sa r&#232;gle et une tension &#224; l'abolition de cette r&#232;gle&lt;/i&gt;. Cela signifie que le mode de production capitaliste, l'objet comme totalit&#233;, est en contradiction avec lui-m&#234;me &lt;i&gt;dans la contradiction de ses &#233;l&#233;ments&lt;/i&gt; parce que cette contradiction &#224; l'autre est, pour chaque &#233;l&#233;ment, une contradiction &#224; soi m&#234;me, dans la mesure o&#249; l'autre est &lt;i&gt;son&lt;/i&gt; autre. C'est pr&#233;cis&#233;ment cela qui disparait dans la r&#233;duction du mode de production capitaliste &#224; la valeur. Dans la contradiction qu'est l'exploitation, le prol&#233;tariat est constamment en contradiction avec sa propre d&#233;finition comme classe car la n&#233;cessit&#233; de sa reproduction est quelque chose qu'il trouve face &#224; lui repr&#233;sent&#233;e par le capital, c'est dire qu'il ne trouve jamais sa confirmation dans la reproduction du rapport social dont il est pourtant un p&#244;le n&#233;cessaire (subsomption). Dans cette contradiction qu'est l'exploitation, c'est alors dans son aspect non sym&#233;trique (l'exploitation est subsomption du travail sous le capital) que se trouve la dynamique de son d&#233;passement. Quand on d&#233;finit l'exploitation comme une contradiction pour elle-m&#234;me (baisse tendancielle du taux de profit : le prol&#233;taire est toujours n&#233;cessaire et toujours de trop), on d&#233;finit la situation et l'activit&#233; r&#233;volutionnaires du prol&#233;tariat. &lt;i&gt;C'est dans la situation et l'activit&#233; d'un de ses p&#244;les que la contradiction est contradictoire pour elle-m&#234;me&lt;/i&gt;.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-22&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sur cette analyse de l'exploitation comme contradiction, cf. &#171; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-22&#034;&gt;22&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est au travers de toutes les impasses th&#233;oriques engendr&#233;es par les constructions sp&#233;culatives li&#233;es &#224; l'auton&#233;gation du prol&#233;tariat, &#224; l'humanisme th&#233;orique, &#224; la dilution de la contradiction entre le prol&#233;tariat et le capital dans l'arc historique de l'ali&#233;nation, etc., qu'a &#233;merg&#233; et pris forme la question d&#233;cisive : &lt;i&gt;quel peut et doit &#234;tre apr&#232;s 1968 le contenu de la r&#233;volution&lt;/i&gt; ? Et sa r&#233;ponse : la r&#233;volution ne peut &#234;tre que la communisation &lt;i&gt;imm&#233;diate&lt;/i&gt; de la soci&#233;t&#233;, toute &#171; transition socialiste au communisme &#187; ne peut &#234;tre qu'une nouvelle contre-r&#233;volution capitaliste.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034; id='THEORIE-DE-LA-COMMUNISATION'&gt;
&lt;a id=&#034;__RefHeading___Toc6419_155729733&#034;&gt;&lt;/a&gt;
TH&#201;ORIE DE LA COMMUNISATION&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Avec la th&#233;orie de la communisation, il ne s'agissait plus de bricoler de nouvelles r&#233;ponses &#224; partir du m&#234;me fondement th&#233;orique des Gauches. On sortait de ce fondement et de son aporie constitutive : d'une part, le maintien du but comme affirmation de la classe avec toutes les probl&#233;matiques qui vont avec et, d'autre part, la critique de toutes les m&#233;diations qui sont r&#233;ellement la mont&#233;e en puissance de la classe, par lesquelles seulement, la r&#233;alisation de ce but est possible. Mais, la question et sa r&#233;ponse pouvaient &#233;merger, d&#233;barrass&#233;es de toute leur gangue sp&#233;culative, &#224; condition de r&#233;pondre &#224; une autre question : celle de la &lt;i&gt;restructuration&lt;/i&gt; du rapport d'exploitation capitaliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&lt;a id=&#034;__RefHeading___Toc6421_155729733&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
La restructuration : une activit&#233; de la classe capitaliste &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; partir de 1974-75, le rapport de forces s'inverse. D'une part, la contre-r&#233;volution n'est plus du tout dilu&#233;e ni diff&#233;r&#233;e : dans toutes les aires centrales, c'est le d&#233;but des grandes vagues de licenciements, de la d&#233;localisation d'une part importante de la production industrielle vers les pays &#233;mergents, de la pr&#233;carisation g&#233;n&#233;ralis&#233;e du travail salari&#233;, des restrictions l&#233;gales &#224; l'immigration, des plans d'aust&#233;rit&#233;. Le tout syst&#233;matis&#233; dans la pr&#233;dominance du capital financier ordonnant toutes les politiques de sortie de crise. D'autre part, la r&#233;volte prol&#233;tarienne n'est nullement d&#233;vi&#233;e de son but, mais battue sur ses limites : dans les entreprises, o&#249; la r&#233;organisation du travail liquide les &#171; forteresses ouvri&#232;res &#187;, comme en dehors avec l'attaque des conditions de la reproduction. Le f&#233;minisme ou l'&#233;cologie qui avait signifi&#233; de fa&#231;on critique, dans leur existence et leurs activit&#233;s, le caract&#232;re programmatique de la lutte de classe, s'institutionnalisent. En Europe, o&#249; le mouvement avait &#233;t&#233; le plus fort, la contre-attaque de la classe capitaliste est nette : stabilisation d&#233;mocratique au Portugal, en Espagne, en Gr&#232;ce ; reprise en mains syndicale et criminalisation de l'Autonomie en Italie ; r&#233;duction drastique des vieilles r&#233;gions et branches industrielles en France et en Grande-Bretagne ; autolimitation syndicale puis r&#233;pression militaire des luttes en Pologne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dit de fa&#231;on un peu abrupte et exag&#233;r&#233;e : le capital &#171; reprend le pouvoir &#187; dans les usines et dans l'ensemble de la reproduction sociale. On peut m&#234;me parfois dater cette d&#233;faite comme avec la manifestation anti-gr&#233;vistes de la F.I.A.T en 1980, ou la reprise en main patronale et syndicale dans l'automobile en France &#224; la suite des gr&#232;ves dures et massives de 1981-1984. Cette reprise en main n'est naturellement pas un retour &#224; la situation ant&#233;rieure. La classe capitaliste brise tout ce qui confortait cette &lt;i&gt;identit&#233; ouvri&#232;re&lt;/i&gt; et l&#233;gitimait le prol&#233;tariat en rival du capital, c'est &lt;i&gt;la d&#233;finition m&#234;me de la restructuration&lt;/i&gt; (comme nous l'avons vu au d&#233;but de ce texte). La disparition de l'identit&#233; ouvri&#232;re n'est pas le simple effet d'une contre-r&#233;volution apr&#232;s laquelle les choses r&#233;apparaissent m&#234;me si c'est sous une &lt;i&gt;forme&lt;/i&gt; diff&#233;rente ; une contre-r&#233;volution se d&#233;finit comme une transformation structurelle du rapport d'exploitation. La lutte de classe pourra s'&#233;tendre, s'approfondir ; l'identit&#233; ouvri&#232;re ne reviendra pas et avec elle l'auto-organisation et l'autonomie comme perspective r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A la puissance des luttes de la fin des ann&#233;es 1960 et du d&#233;but des ann&#233;es 1970, &#224; cette capacit&#233; &#224; imposer des compromis forts et une rigidit&#233; du proc&#232;s de production, ne pouvait que correspondre une initiative de la classe capitaliste. La riposte capitaliste a &#233;t&#233; rapide et violente, radicale dans la mesure o&#249; elle a investi tout le champ de la production et de la reproduction. La classe capitaliste allait de l'avant impitoyablement. C'est ainsi qu'au moment m&#234;me o&#249; le prol&#233;tariat avait r&#233;ussi &#224; arracher les &#171; compromis &#187; les plus avantageux (d&#233;but des ann&#233;es 70 et non durant les ann&#233;es canoniques du &#171; compromis fordiste &#187;), le capital s'employait &#224; les vider de leur contenu, &#224; remodeler le proc&#232;s de travail, les modalit&#233;s d'embauche, les conditions de la reproduction sociale. Il cr&#233;ait un nouveau contexte dans lequel ces &#171; compromis &#187; &#233;taient d&#233;sormais inutiles, entra&#238;nant de nouvelles modalit&#233;s de l'exploitation de la classe ouvri&#232;re. C'&#233;tait une r&#233;ponse homog&#232;ne aux revendications du prol&#233;tariat. La classe capitaliste le battait sur ce nouveau terrain. Pendant ces vingt-cinq derni&#232;res ann&#233;es, la classe capitaliste a agi mondialement de mani&#232;re coh&#233;rente non seulement pour vider les &#171; compromis &#187; de tout contenu, mais aussi pour &#233;liminer la forme m&#234;me du &#171; compromis &#187;. Le march&#233; contre l'institution, la fragmentation et l'individualisation du proc&#232;s de travail contre tout sujet collectif, le lib&#233;ralisme contre le &lt;i&gt;Welfare state&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&lt;a id=&#034;__RefHeading___Toc6423_155729733&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
La restructuration : modification structurelle de la contradiction entre les classes et de sa dynamique&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La restructuration a rendu le proc&#232;s de valorisation fond&#233; sur le mode relatif d'extraction de la plus-value ad&#233;quat &#224; ses conditions et fait dispara&#238;tre toute identit&#233; ouvri&#232;re. &#192; travers ses trois moments &#8211; l'achat-vente de la force de travail, la production de plus-value, et son accumulation &#8211; l'exploitation est devenue bien plus &#171; flexible &#187;. En attaquant de mani&#232;re prolong&#233;e les salaires directs et indirects, en supprimant toute s&#233;paration rigide entre emploi et ch&#244;mage, en annualisant le temps de travail et multipliant les journ&#233;es individuelles simultan&#233;es dans la journ&#233;e sociale, et pour finir en dissolvant les aires d'accumulation encore autonomes de l'ex-bloc communiste et du tiers monde, la classe capitaliste a d&#233;pass&#233; les limites de l'ancien cycle de luttes. Elle a r&#233;tabli un taux de profit moyen ad&#233;quat &#224; l'accumulation d'un capital &#224; la fois &#233;largi et concentr&#233; et, par l&#224; m&#234;me, restructur&#233; la contradiction qui l'oppose au prol&#233;tariat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est pas un d&#233;cor qui change, d&#233;cor modifi&#233; dans lequel les acteurs, demeur&#233;s identiques en eux-m&#234;mes, continueraient &#224; jouer la m&#234;me pi&#232;ce de l'auto-organisation, de l'autonomie, de la lib&#233;ration du travail, de l'affirmation du prol&#233;tariat, bref du programmatisme en faisant seulement attention de s'adapter au nouveau d&#233;cor. La restructuration est une &lt;i&gt;restructuration de la contradiction entre les classes&lt;/i&gt; : la structure, le contenu de la lutte de classe, la production de son d&#233;passement sont alors modifi&#233;s. Il existe une fa&#231;on de masquer cela consistant &#224; multiplier les &#171; restructurations &#187; afin de perp&#233;tuer les anciennes conceptions. On reconnait toutes sortes de restructurations pour mieux nier &lt;i&gt;la restructuration&lt;/i&gt; au singulier comme nouvelle configuration de la contradiction &lt;i&gt;des classes&lt;/i&gt;. Tout se restructure mais rien ne change. De la sorte, on peut demeurer dans la vieille question de savoir si et dans quelle mesure le prol&#233;tariat peut dans chaque situation concr&#232;te exprimer sa vraie &lt;i&gt;nature &lt;/i&gt;communiste. Il y a bien &lt;i&gt;transformation&lt;/i&gt; de la perspective programmatique &#8211; reconnaissance ambigu&#235; de la restructuration capitaliste et de la disparition de toute affirmation du prol&#233;tariat &#8211; mais &lt;i&gt;pas rupture&lt;/i&gt;, en ce sens qu'aucune autre conception coh&#233;rente du processus r&#233;volutionnaire n'est produite. Tout se restructure : entreprises, proc&#232;s de travail dans la production et les transports, circulation du capital, syst&#232;mes sociaux, &#201;tats, classes, cycle mondial, &lt;i&gt;etc&lt;/i&gt;. En l'absence de synth&#232;se, multiplier &lt;i&gt;les&lt;/i&gt; restructurations en arrive &#224; occulter &lt;i&gt;la&lt;/i&gt; restructuration de la valorisation du capital, c'est-&#224;-dire de l'exploitation, c'est-&#224;-dire de la contradiction entre le prol&#233;tariat et le capital.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A la fin des ann&#233;es 1960 / d&#233;but des ann&#233;es 1970, toute une p&#233;riode historique dans laquelle, de diverses mani&#232;res, la r&#233;volution avait &#233;t&#233;, tant th&#233;oriquement que pratiquement, l'affirmation du prol&#233;tariat, son &#233;rection en classe dominante, la lib&#233;ration du travail, l'instauration d'une p&#233;riode de transition, entre en crise et s'ach&#232;ve. C'est dans cette crise, au travers d'un cheminement th&#233;orique chaotique, qu'apparut le concept de communisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cette crise, critiquer toutes les m&#233;diations de l'existence du prol&#233;tariat dans le mode de production capitaliste (parti de masse, syndicat, parlementarisme), critiquer des formes organisationnelles comme le parti ou l'avant-garde, des id&#233;ologies comme le l&#233;ninisme, des pratiques comme le militantisme et toutes ses variantes, tout cela apparut comme sans objet si ce n'&#233;tait pas la r&#233;volution comme affirmation du prol&#233;tariat que l'on mettait en jeu. Que celle-ci soit l'&#201;tat socialiste ou la g&#233;n&#233;ralisation des conseils ouvriers. Comme on l'a vu pr&#233;c&#233;demment avec le concept d'&#233;cart, &lt;i&gt;c'est&lt;/i&gt; &lt;i&gt;la lutte en tant que classe qui est, &#224; l'int&#233;rieur d'elle-m&#234;me, devenue le probl&#232;me&lt;/i&gt;, sa propre limite. Par l&#224;, elle annonce et produit comme son d&#233;passement la r&#233;volution comme communisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis, dans le cours contradictoire du mode de production capitaliste, l'affirmation du prol&#233;tariat, la lib&#233;ration du travail, ont perdu tout sens et tout contenu. Il n'existe plus d'&lt;i&gt;identit&#233; ouvri&#232;re&lt;/i&gt; propre face au capital et confirm&#233;e par lui. C'est la dynamique r&#233;volutionnaire des luttes de notre &#233;poque qui montrent le refus actif - contre le capital - de la condition prol&#233;tarienne, y compris au sein de l'auto-organisation ou de manifestations &#233;ph&#233;m&#232;res et limit&#233;es d'autogestion. La lutte du prol&#233;tariat contre le capital contient la contradiction &#224; sa propre existence de classe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&lt;a id=&#034;__RefHeading___Toc6495_155729733&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
La communisation : d&#233;passement produit du cycle de luttes actuel&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; moins d'en rester &#224; l'identification de la r&#233;volution comme communisation avec l'impossibilit&#233; du programmatisme, d'en demeurer au &#171; communisme par impossibilit&#233; &#187;, &#224; la &#171; tendance humaine &#187;, &#224; la recherche de l'autonomie enfin radicale telle qu'en elle-m&#234;me dans son concept ou &#224; la &#171; critique du travail &#187; et &#224; son &#171; refus &#187;, la th&#233;orie de la communisation qui cherchait &#224; se d&#233;gager de tout cela a &#233;t&#233; longtemps une production d&#233;ductive. C'est au milieu des ann&#233;es 1990 que, sans jamais perdre ce caract&#232;re d&#233;ductif, elle acquiert une pertinence inductive. Elle peut dire alors : c'est dans les luttes pr&#233;sentes que j'existe et par elles que je suis possible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ces luttes, il ne s'agit pas, le plus souvent, de d&#233;clarations fracassantes ou d'actions &#171; radicales &#187;, cela peut n'&#234;tre que toutes les pratiques de &#171; fuite &#187; ou de d&#233;n&#233;gation des prol&#233;taires vis-&#224;-vis de leur propre condition. Dans les gr&#232;ves actuelles sur les licenciements, souvent et de plus en plus, les ouvriers ne revendiquent plus le maintien de l'emploi, mais des indemnit&#233;s cons&#233;quentes. &lt;i&gt;Contre le capital, le travail est sans avenir. &lt;/i&gt;C'est l'inessentialisation du travail qui devient l'activit&#233; m&#234;me du prol&#233;tariat, tant de fa&#231;on tragique dans ses luttes sans perspectives imm&#233;diates (suicidaires), que comme revendication de cette inessentialisation comme dans la lutte des ch&#244;meurs et pr&#233;caires de l'hiver 1998 en France.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le ch&#244;mage n'est plus cet &#224;-c&#244;t&#233; de l'emploi nettement s&#233;par&#233;. La segmentation de la force de travail, la flexibilit&#233;, la sous-traitance, la mobilit&#233;, le temps partiel, la formation, les stages, le travail au noir, ont rendu floues toutes les s&#233;parations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le mouvement fran&#231;ais de 1998, et plus g&#233;n&#233;ralement dans les luttes de ch&#244;meurs de ce cycle de luttes &lt;i&gt;c'est la d&#233;finition des ch&#244;meurs qui se veut le point de d&#233;part de la reformulation de l'emploi salari&#233;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En France, les salari&#233;s licenci&#233;s de Moulines mettant le feu &#224; un b&#226;timent de l'usine s'inscrivent &#233;galement dans la dynamique de ce cycle de luttes qui fait, pour le prol&#233;tariat de sa propre existence comme classe, la limite de son action de classe. De m&#234;me en 2006, &#224; Savar, 50 km au nord de Dacca, au Bangladesh, suite &#224; trois mois d'arri&#233;r&#233;s de salaire, deux usines sont incendi&#233;es et cent autres mises &#224; sac. En Alg&#233;rie, la moindre revendication salariale tourne &#224; l'&#233;meute, les formes de repr&#233;sentation sont rejet&#233;es sans que s'en forment de nouvelles et ce sont toutes les conditions de vie et de reproduction du prol&#233;tariat qui sont en jeu au-del&#224; des protagonistes imm&#233;diats de la gr&#232;ve et de la revendication.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Chine, en Inde, on ne passera pas de la multiplication des actions revendicatives multiformes, touchant tous les aspects de la vie et de la reproduction de la classe ouvri&#232;re &#224; un vaste &lt;i&gt;mouvement ouvrier &lt;/i&gt;. Ces actions revendicatives tournent souvent &#171; paradoxalement &#187; &#224; la destruction des conditions de travail, c'est-&#224;-dire de leur propre raison d'&#234;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Argentine, on s'est auto-organis&#233; comme ch&#244;meurs de Mosconi, ouvri&#232;res de Bruckman, habitants de bidonvilles&#8230;, mais ce faisant quand on s'auto-organisait, on se heurtait imm&#233;diatement &#224; ce que l'on &#233;tait qui, dans la lutte, devenait ce qui devait &#234;tre d&#233;pass&#233; et qui a &#233;t&#233; vu comme &#233;tant &#224; d&#233;passer dans les modalit&#233;s pratiques de ces auto-organisations. Le prol&#233;tariat ne peut trouver en lui-m&#234;me la capacit&#233; de cr&#233;er d'autres rapports interindividuels sans renverser et nier ce qu'il est dans cette soci&#233;t&#233;, c'est-&#224;-dire sans entrer en contradiction avec l'autonomie et sa dynamique. En Argentine, par la f&#231;on dont &#233;t&#233; mises en &#339;uvre les activit&#233;s productives, dans les modalit&#233;s effectives de leur r&#233;alisation, ce sont les d&#233;terminations du prol&#233;tariat comme classe de cette soci&#233;t&#233; qui ont &#233;t&#233; effectivement bouscul&#233;es (propri&#233;t&#233;, &#233;change, division du travail, rapport entre hommes et femmes&#8230;). C'est ainsi que la r&#233;volution comme communisation devient cr&#233;dible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En France, en novembre 2005, dans les banlieues, les &#233;meutiers n'ont rien revendiqu&#233;, ils ont attaqu&#233; leur propre condiiton, ils ont pris pour cibles tout ce qui les produit et les d&#233;finit. Les &#233;meutiers r&#233;v&#233;l&#232;rent et attaqu&#232;rent &lt;i&gt;la situation de prol&#233;taire maintenant &lt;/i&gt; : cette force de travail mondialement pr&#233;caris&#233;e. Ce qui rendit imm&#233;diatement caduc, dans le moment m&#234;me o&#249; une telle revendication aurait pu &#234;tre prononc&#233;e, de vouloir &#234;tre un &#171; prol&#233;taire ordinaire &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trois mois apr&#232;s (au printemps 2006), toujours en France, entant que mouvement revendicatif, le mouvement &#233;tudiant anti-CPE&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-23&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le CPE (Contrat Premi&#232;re Embauche) &#233;tait un type de contrat de travail (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-23&#034;&gt;23&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;ne pouvait se comprendre lui-m&#234;me qu'en devenant le mouvement g&#233;n&#233;ral des pr&#233;caires, mais alors soit il se sabordait lui-m&#234;me dans sa sp&#233;cificit&#233;, soit il ne pouvait qu'&#234;tre amen&#233; &#224; se heurter plus ou moins violemment &#224; tous ceux qui, dans les &#233;meutes de novembre 2005, avaient montr&#233; que revendiquer d'&#234;tre un &#171; prol&#233;taire ordinaire &#187; &#233;tait caduc. Faire aboutir la revendication par son &#233;largissement sabotait la revendication. La lutte anti-CPE a &#233;t&#233; un &lt;i&gt;mouvement revendicatif dont la satisfaction de la revendication &#233;tait inacceptable pour lui-m&#234;me en tant que mouvement revendicatif.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les &#233;meutes en Gr&#232;ce, en d&#233;cembre 2008, le prol&#233;tariat ne revendique rien et se consid&#232;re contre le capital comme le fondement d'aucune alternative.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 2009, en Guadeloupe, l'importance du ch&#244;mage et de la part de la population vivant de &#171; revenus d'assistance &#187; ou d'une &#233;conomie souterraine fait que revendiquer pour le salaire est une contradiction dans les termes. Cette contradiction a structur&#233; le cours des &#233;v&#233;nements entre un LKP centr&#233; sur les travailleurs stables (essentiellement la fonction publique) mais cherchant par la multiplication et l'infinie diversit&#233; des revendications &#224; faire tenir ensemble les termes de cette contradiction et l'absurdit&#233;, pour la majorit&#233; des personnes engag&#233;es sur les barrages, dans les pillages et les attaques de b&#226;timents publics, de la revendication salariale centrale. La revendication a &#233;t&#233; d&#233;stabilis&#233;e dans le cours m&#234;me de la lutte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De fa&#231;on g&#233;n&#233;rale, avec l'&#233;clatement de la crise actuelle, il y a pr&#233;sentement dans la revendication salariale une dynamique qu'elle ne pouvait avoir pr&#233;c&#233;demment. Dynamique &lt;i&gt;interne&lt;/i&gt; qui lui est donn&#233;e par l'&lt;i&gt;ensemble&lt;/i&gt; de la relation entre prol&#233;tariat et capital dasn le mode de production capitaliste tel qu'il est sorti de la restructuration et tel que maintenant il entre en crise. La revendication salariale a chang&#233; de signification. Le &#171; partage des richesses &#187; de question essentiellement conflictuelle dans le mode production capitaliste eszt devenu, en outre, tabou. C'est paradoxalement dans ce qui d&#233;finit le prol&#233;tariat, au plus profond de lui-m&#234;me, comme une classe de ce mode de production &lt;i&gt;et rien que cela&lt;/i&gt;, qu'appara&#238;t pratiquement et conflictuellement que son existence de classe devient pour le prol&#233;tariat la limite de sa propre lutte en tant que classe. C'est l&#224; le caract&#232;re central &lt;i&gt;actuel&lt;/i&gt; de la revendication salariale dans la lutte des classes. Dans le cours le plus trivial de la revendication salariale, le prol&#233;tariat voit son existence comme classe s'objectiver comme quelque chose qui lui est &#233;tranger dans la mesure o&#249; le rapport capitaliste lui-m&#234;me le pose &lt;i&gt;en son sein&lt;/i&gt; comme &lt;i&gt;un &#233;tranger&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que la r&#233;volution soit l'abolition de toutes les classes existe comme un fait actuel en ce que &lt;i&gt;l'action en tant que classe du prol&#233;tariat est, pour elle-m&#234;me, une limite&lt;/i&gt;. Cette abolition n'est pas un but que l'on se propose, une d&#233;finition de la r&#233;volution comme une norme &#224; atteindre, mais un contenu actuel dans ce qu'est la lutte de classe m&#234;me. C'est le &#171; terrible pas &#224; franchir &#187; dans la compr&#233;hension th&#233;orique et la pratique des luttes actuelles. Produire l'appartenance de classe comme contrainte ext&#233;rieure c'est, pour le prol&#233;tariat, entrer en conflit avec sa situation ant&#233;rieure, ce n'est pas une &#171; lib&#233;ration &#187;, ce n'est pas une &#171; autonomie &#187;. Le prol&#233;tariat trouve, dans ce qu'il est contre le capital, la capacit&#233; de communiser la soci&#233;t&#233; au moment o&#249; il traite sa propre nature de classe comme ext&#233;rioris&#233;e dans le capital. Avec la production de l'appartenance de classe comme contrainte ext&#233;rieure, on peut, &#224; partir des luttes actuelles, comprendre &lt;i&gt;le point de bascule de la lutte de classe&lt;/i&gt;, son d&#233;passement, comme un d&#233;passement produit &lt;i&gt;du cycle de luttes actuel&lt;/i&gt; : la classe dans sa lutte contre le capital se retourne contre elle-m&#234;me, c'est-&#224;-dire qu'elle traite sa propre existence, tout ce qui la d&#233;finit dans son rapport au capital (et elle n'est que ce rapport), comme limite de son action.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le cours de la lutte r&#233;volutionnaire, l'abolition de l'&#201;tat, de l'&#233;change, de la division du travail, de toute forme de propri&#233;t&#233;, l'extension de la gratuit&#233; comme unification de l'activit&#233; humaine, c'est-&#224;-dire l'abolition des classes, des sph&#232;res priv&#233;es et publiques, sont des &#171; mesures &#187; abolissant le capital et les cat&#233;gories d'hommes et de femmes, impos&#233;es par les n&#233;cessit&#233;s m&#234;mes de la lutte contre la classe capitaliste et la domination masculine. La r&#233;volution est communisation, elle n'a pas le communisme comme projet et r&#233;sultat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On n'abolit pas le capital pour le communisme mais par le communisme, plus pr&#233;cis&#233;ment par sa production. En effet, les mesures communistes doivent &#234;tre distingu&#233;es du communisme : ce ne sont pas des embryons de communisme, c'est sa production. Ce n'est pas une p&#233;riode de transition, c'est la r&#233;volution. La communisation n'est que &lt;i&gt;la production communiste du communisme&lt;/i&gt;. La lutte contre le capital est bien ce qui diff&#233;rencie les mesures communistes du communisme. L'activit&#233; r&#233;volutionnaire du prol&#233;tariat a toujours pour contenu de m&#233;dier l'abolition du capital par son rapport au capital ; la communisation n'est pas la branche d'une alternative en concurrence avec la reproduction du mode de production capitaliste mais sa contradiction interne et son d&#233;passement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'abolition du capital, c'est-&#224;-dire la r&#233;volution et la production du communisme, est imm&#233;diatement abolition des classes et donc du prol&#233;tariat, dans la communisation de la soci&#233;t&#233; qui est ainsi abolie comme communaut&#233; s&#233;par&#233;e de ses membres. Les prol&#233;taires abolissent le capital en produisant contre lui une communaut&#233; imm&#233;diate &#224; ses membres. Ils transforment leurs rapports sociaux en relations imm&#233;diates entre individus. Relations entre individus singuliers qui ne sont plus chacun l'incarnation d'une cat&#233;gorie sociale, &lt;i&gt;y compris les cat&#233;gories suppos&#233;es naturelles comme les sexes sociaux de femme et d'homme&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&lt;a id=&#034;__RefHeading___Toc6425_155729733&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
La communisation : une th&#233;orie en chantier&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si la pratique r&#233;volutionnaire est la co&#239;ncidence du changement des circonstances et de l'activit&#233; humaine ou autochangement (cf., Marx, &lt;i&gt;Th&#232;ses sur Feuerbach&lt;/i&gt;), alors la question de la distinction de genre, de la construction des cat&#233;gories d'homme et de femme, la question de la lutte des femmes, depuis la fin des ann&#233;es 1960, dessinaient un angle mort de la th&#233;orie de la communisation : quelque chose que tout le travail th&#233;orique de d&#233;passement du programmatisme avait, au mieux, plus ou moins consciemment ignor&#233;, au pire, volontairement rejet&#233; comme hors de propos.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour sauver de son naufrage programmatique la contradiction entre le prol&#233;tariat et le capital comme dynamique r&#233;volutionnaire du mode de production capitaliste, il ne fallait rien admettre qui aurait pu apparaitre comme une concession &#224; la centralit&#233; unique de la lutte des classes. Pour que les choses bougent, il fallut que la g&#233;n&#233;ration de Mo&#239;se, sortie de l'Egypte du programmatisme, se fasse bousculer par une nouvelle pour laquelle les conditions actuelles de luttes existaient comme une &#233;vidence en soi et non en constante r&#233;f&#233;rence &#224; la situation ant&#233;rieure. La production th&#233;orique poss&#232;de une relative autonomie avec ses codes, ses d&#233;terminations et la pesanteur de ses agents, si ce n'est de ses institutions et, comme n'importe quelle activit&#233;, le poids de son caract&#232;re sexu&#233; que son contenu programmatique ne pouvait que renforcer. Il est pourtant &#233;vident que, si ceux qui au d&#233;but des ann&#233;es 1970 amorc&#232;rent la critique du programmatisme avaient consid&#233;r&#233; les luttes ou gr&#232;ves sp&#233;cifiquement f&#233;minines et les caract&#233;ristiques propres de l'activit&#233; des femmes dans les luttes r&#233;volutionnaires depuis la r&#233;volution fran&#231;aise ou la r&#233;volution anglaise, ils auraient &#233;t&#233; &#171; surpris &#187; d'y d&#233;couvrir, en actes, les contradictions et les impasses du programmatisme. Une &#233;tude m&#233;ticuleuse des mouvements r&#233;volutionnaires aurait r&#233;v&#233;l&#233; que l'activit&#233; des femmes dans ces mouvements participait de l'impossibilit&#233; du programmatisme dans ses propres termes, de ses contradictions et de son d&#233;passement. Qui plus est, la vague du f&#233;minisme moderne dans les ann&#233;es 60 / 70 &#233;tait dans ses pratiques et ses productions th&#233;oriques, de fait, la critique du mouvement ouvrier et de l'affirmation du travail. &lt;i&gt;En d&#233;veloppant ses propres th&#232;mes&lt;/i&gt;, ce f&#233;minisme signifiait au programmatisme qu'il &#233;tait arriv&#233; en bout de course.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Paradoxalement, cette position &#171; pure et dure &#187; en revenait &#224; ne pas aller au bout de la critique du programmatisme et de son d&#233;passement en tant que th&#233;orie de la communisation comme production de l'imm&#233;diatet&#233; sociale de l'individu, cela sur deux points fondamentaux li&#233;s entre eux : la critique de la distinction de genre qui reformule les fondements m&#234;mes de la critique du travail ; la pratique r&#233;volutionnaire comme abolition des classes et du genre et autotransformation des individus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&lt;a id=&#034;__RefHeading___Toc6427_155729733&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Le travail, le surtravail, la population et les femmes&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&lt;a id=&#034;__RefHeading___Toc6497_155729733&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Contradiction de genre et contradiction de classes&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans tous les modes de production jusqu'au capital inclus o&#249; la chose devient une contradiction, la source principale du surtravail est bien s&#251;r le travail ce qui signifie l'augmentation de la population&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-24&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Nous conseillons &#224; ceux qui verraient l&#224; une construction conceptuelle (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-24&#034;&gt;24&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Le surtravail ne tient pas &#224; une suppos&#233;e surproductivit&#233; du travail, son existence est un ph&#233;nom&#232;ne purement social, elle suppose le travail et la population, cr&#233;e la distinction de genre et la pertinence sociale de cette distinction sur un mode sexuel et &lt;i&gt;naturalis&#233;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Partir de la reproduction (biologique) et de la place sp&#233;cifique des femmes dans cette reproduction c'est pr&#233;supposer comme donn&#233; ce qui est le r&#233;sultat d'un processus social. Le point de d&#233;part est ce qui rend cette place sp&#233;cifique comme construction et diff&#233;renciation sociales : la population comme force productive dans tous les modes de production jusqu'&#224; aujourd'hui. En effet, poss&#233;der un ut&#233;rus ne signifie pas &#171; faire des enfants &#187;. Pour passer de l'un &#224; l'autre, il faut tout un dispositif social d'appropriation et de mise en situation (de mise en fonction) de &#171; faire des enfants &#187;, dispositif par lequel les femmes existent. Poss&#233;der un ut&#233;rus est une &lt;i&gt;caract&#233;ristique&lt;/i&gt; anatomique et non d&#233;j&#224; une &lt;i&gt;distinction&lt;/i&gt;, mais &#171; faire des enfants &#187; est une distinction sociale qui fait de la &lt;i&gt;caract&#233;ristique&lt;/i&gt; anatomique une &lt;i&gt;distinction naturelle&lt;/i&gt;. Il est dans l'ordre de cette construction sociale, de ce dispositif de contrainte, de toujours renvoyer ce qui est socialement construit, les femmes, &#224; la biologie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'augmentation de la population comme principale force productive se meut dans des contradictions dans tous les modes de production, mais le mode de production capitaliste est le premier dont le probl&#232;me avec la population et le travail est intrins&#232;que &#224; sa dynamique et non une rupture de celle-ci la r&#233;g&#233;n&#233;rant : l'alternance du monde plein et du monde vide du syst&#232;me f&#233;odal ; l'essaimage colonial antique ; les diff&#233;rents types de solution &#224; la pression sur le milieu des &#171; communaut&#233;s primitives &#187; ; les fronts pionniers du mode de production asiatique. Par son rapport au travail, le capital est une &lt;i&gt;contradiction en proc&#232;s&lt;/i&gt; : le travail et la population ont toujours &#233;t&#233; pour lui n&#233;cessaires et toujours de trop, toujours un probl&#232;me interne &#224; sa propre accumulation, c'est-&#224;-dire &#224; sa propre existence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pas de surtravail, sans travail, c'est-&#224;-dire sans population comme principale force productive. L&#224; o&#249; nous avons exploitation, nous avons la cr&#233;ation des cat&#233;gories femme et homme, leur &lt;i&gt;naturalisation&lt;/i&gt; inh&#233;rente &#224; l'objet m&#234;me de leur construction (la population), et par l&#224; l'appropriation de toutes les femmes par tous les hommes. On ne peut construire le concept d'exploitation, sans le travail, sans la population. De la forme fondamentale du mode de production capitaliste qui est l'appropriation du travail on d&#233;duit deux contradictions : de genre, de classes. La construction simultan&#233;e et interd&#233;pendante des contradictions de genre et de classes introduit les clivages de chacune de ces cat&#233;gories dans l'autre. Inextricable, l'exp&#233;rience est toujours impure. Mais, il ne suffit pas de dire qu'aucune exp&#233;rience ni aucun sujet n'est pur, comme une constatation. C'est cette &#171; impuret&#233; &#187; qu'il faut fouiller et construire dans son intimit&#233;. Dans l'existence m&#234;me du surtravail, la contradiction entre le prol&#233;tariat et le capital suppose celle entre les hommes et les femmes, de m&#234;me que celle-ci suppose la premi&#232;re. &lt;i&gt;Aucune des deux contradictions n'est telle sans l'existence conjointe de l'autre&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est du surtravail que viennent les hommes et les femmes, leur distinction donc leur contradiction ; c'est du m&#234;me surtravail que viennent les classes et leur contradiction. L'existence du travail et donc du surtravail, c'est l'existence de deux contradictions. Chacune a dans l'autre non seulement sa condition mais encore ce qui la fait &#234;tre une &lt;i&gt;contradiction&lt;/i&gt;, c'est-&#224;-dire un proc&#232;s remettant en cause ses propres termes dans leur rapport.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Entre le prol&#233;tariat et le capital&lt;/i&gt;, c'est l'existence m&#234;me du travail et de la population comme force productive (la cr&#233;ation et l'appropriation des femmes comme cat&#233;gorie naturelle) qui est, dans les termes du rapport, ce devenir du rapport conflictuel en contradiction : le travail comme unique mesure et source de la richesse. C'est la d&#233;finition des femmes c'est-&#224;-dire la contradiction entre les hommes et les femmes (la d&#233;finition est en elle-m&#234;me la contradiction) qui se joue sur le travail. Par l&#224;, la lutte des classes a pour dynamique et objectif l'abolition des classes et non un simple d&#233;placement du curseur entre travail n&#233;cessaire et surtravail sur la ligne de la journ&#233;e de travail. Le contenu de l'appropriation des femmes, c'est la contradiction qu'est le travail comme unique mesure et source de la richesse. C'est par l&#224; que la division de la journ&#233;e de travail en travail n&#233;cessaire et surtravail est abolie comme n&#233;cessit&#233; et, par l&#224;-m&#234;me, l'existence de quelque chose comme la &#171; journ&#233;e de travail &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Entre les hommes et les femmes&lt;/i&gt;, c'est l'existence du surtravail et de sa relation au travail n&#233;cessaire (la contradiction entre les classes) qui est la production du rapport d'appropriation comme contradiction. Le surtravail et sa relation au travail n&#233;cessaire font que le conflit entre hommes et femmes a pour dynamique et objectif l'abolition des conditions inh&#233;rentes &#224; l'individualit&#233; que sont &#234;tre une femme ou un homme, ce qui est le capital comme contradiction en proc&#232;s. Autrement dit : cette contradiction entre surtravail et travail n&#233;cessaire est celle par laquelle la population comme principale force productive (la distinction de genres) est abolie comme n&#233;cessit&#233;. Sans cette contradiction entre surtravail et travail n&#233;cessaire, le rapport entre hommes et femmes serait une simple opposition sans dynamique. Ce n'est qu'avec le mode de production capitaliste que cette opposition, ce refus par les femmes de leur situation, devient une contradiction. La population comme principale force productive (la population et la productivit&#233; du travail comme synth&#232;se des forces productives) c'est-&#224;-dire le travail comme probl&#232;me dans le mode de production capitaliste est la dynamique propre de l'appropriation des femmes qui en fait une contradiction entre les hommes et les femmes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quatre &#233;l&#233;ments, deux contradictions, une seule dynamique, celle du capital comme contradiction en proc&#232;s qui ne se d&#233;compose pas, qui ne s'autod&#233;termine pas comme contradiction entre les classes et contradiction entre les hommes et les femmes mais qui est construite par ces deux contradictions&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-25&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Le surtravail des grandes masses a cess&#233; d'&#234;tre la condition du (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-25&#034;&gt;25&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Le capital comme contradiction en proc&#232;s est l'unit&#233; dynamique que les contradictions de classes et de genres construisent. La contradiction entre femmes et hommes est, elle-m&#234;me, une autre contradiction que celle entre prol&#233;tariat et capital. La forme fondamentale de ce mode de production (l'appropriation du travail d'autrui &#8211; &#224; distinguer de l'appropriation de son produit) ce sont ces deux contradictions &lt;i&gt;et seulement elles deux&lt;/i&gt;. Pas de surtravail sans travail, pas de travail sans population comme principale force productive, pas de population comme force productive sans la production des cat&#233;gories hommes et femmes. L'existence de &lt;i&gt;la population comme principale force productive&lt;/i&gt; n'est pas plus un rapport naturel que n'importe quel autre rapport de production.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;finies par la &lt;i&gt;naturalisation&lt;/i&gt; de leur appropriation, les femmes sont en contradiction avec la production &lt;i&gt;sociale&lt;/i&gt; n&#233;cessaire de leur existence comme appropriation. Produites comme productrices de la principale force productive &lt;i&gt;par leur appropriation&lt;/i&gt;, celle-ci est &#224; la fois &lt;i&gt;n&#233;cessaire&lt;/i&gt; parce que devant se fonder &lt;i&gt;en nature&lt;/i&gt; du fait m&#234;me que ce qui est appropri&#233; d&#233;fini la personne et se confond avec elle, et &lt;i&gt;contingente&lt;/i&gt; du fait des contradictions, dans le MPC, de cette principale force productive et des conditions historiques de la reproduction de la force de travail. En tant que proc&#232;s contradictoire dans le MPC, la population est alors la contradiction interne de cette appropriation comme &lt;i&gt;naturalisation&lt;/i&gt; n&#233;cessaire d'un &lt;i&gt;processus social&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autrement dit, les femmes sont constamment en contradiction avec leur propre d&#233;finition comme sexe et nature, car la n&#233;cessit&#233; de leur reproduction en tant que telles (sexe et nature) est quelque chose qu'elles trouvent face &#224; elles dans l'appropriation sociale, &#233;conomiques, id&#233;ologique, historique, par les hommes. Ce n'est pas une question de conscience (bien que&#8230;) mais de structure du rapport (pr&#233;cisons &#8211; on ne sait jamais - : cela n'a rien &#224; voir avec le &#171; performatisme &lt;i&gt;queer&lt;/i&gt;) : elles ne trouvent jamais leur confirmation (en tant que groupe naturel) dans la reproduction du rapport avec les hommes dans lequel cette &#171; n&#233;cessit&#233; naturelle &#187; &#224; laquelle elles sont r&#233;duites est toujours le produit d'un rapport social et historique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&lt;a id=&#034;__RefHeading___Toc6499_155729733&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#202;tre femme est apparu comme une contradiction&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La contradiction entre hommes et femmes ne fait pas irruption dans la contradiction de classe, elle la module constamment, de m&#234;me que l'exploitation module constamment la contradiction entre hommes et femmes. Leur intrication constitue une succession de configurations historiques de la lutte des classes, ainsi que de la contradiction entre hommes et femmes, elle d&#233;finit chaque cycle de luttes. La r&#233;volution n'est pas &#171; suspendue &#224; l'abolition des genres &#187;, ni &#171; ne pourra &#233;chapper &#224; leur d&#233;passement &#187;, car c'est l'une et l'autre dans leur mouvement sp&#233;cifique et se d&#233;terminant r&#233;ciproquement comme contradiction qui construisent le capital comme contradiction en proc&#232;s. Ce n'est pas un hasard si, dans tous les moments r&#233;volutionnaires, les deux contradictions se sont toujours jointes, entrecrois&#233;es, confort&#233;es et le plus souvent confront&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est parce que le capital est, de par son rapport au travail, une contradiction en proc&#232;s que le travail a pu &#234;tre le fondement de la perspective r&#233;volutionnaire du programmatisme : le travail, dans sa contradiction avec le capital, &#233;tait l'&#233;l&#233;ment &#224; lib&#233;rer de la contrainte et de la domination capitalistes. La r&#233;volution programmatique ne pouvait alors que renvoyer l'abolition de la distinction de genre aux calendes grecques, tandis qu'inversement la place et la lutte des femmes dans ces mouvements r&#233;volutionnaires signifiaient l'impossibilit&#233; du programmatisme dans ses propres termes de &#171; lib&#233;ration du travail &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Tant que la contradiction n'est pas apparue, les conditions, dans lesquelles les individus entrent en relation entre eux sont des conditions inh&#233;rentes &#224; leur individualit&#233;, elles ne sont nullement ext&#233;rieures et seules, elles permettent &#224; ces individus d&#233;termin&#233;s et existant dans des conditions d&#233;termin&#233;es de produire leur vie mat&#233;rielle et tout ce qui en d&#233;coule &lt;i&gt;ce sont donc des conditions de leur manifestation actives de soi et elles sont produites par cette manifestation de soi&lt;/i&gt;. En cons&#233;quence, tant que la contradiction n'est pas encore intervenue, les conditions d&#233;termin&#233;es, dans lesquelles les individus produisent &lt;i&gt;correspondent donc &#224; leur limitation effective, &#224; leur existence born&#233;e&lt;/i&gt;, dont le caract&#232;re limit&#233; ne se r&#233;v&#232;le qu'avec l'apparition de la contradiction et existe de ce fait pour la g&#233;n&#233;ration post&#233;rieure. Alors cette condition appara&#238;t comme une entrave accidentelle, alors on attribue &#224; l'&#233;poque ant&#233;rieure la conscience qu'elle &#233;tait une entrave. &#187; (Marx, &lt;i&gt;l'Id&#233;ologie allemande&lt;/i&gt;, &#201;d. Sociales 1968, p. 98).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la phase actuelle du mode de production capitaliste, avec la faillite du programmatisme, &#171; la contradiction est apparue &#187; : le travail et la population ont perdu tout contenu de revendication et d'affirmation contraire au capital. La crise de la premi&#232;re phase de la subsomption r&#233;elle du travail sous le capital en signant la caducit&#233; du programmatisme, c'est-&#224;-dire la caducit&#233; de la r&#233;volution comme lib&#233;ration du travail, non seulement, comme on l'a longuement vu, modifie la dynamique et la perspective de la contradiction entre les classes, mais encore, celles de la contradiction entre les hommes et les femmes dont le fondement est sp&#233;cifiquement la reproduction. Quand le travail et la population comme principales forces productives (celles qui les r&#233;sument toutes) deviennent, en tant que puissance r&#233;volutionnaire, un probl&#232;me pour eux-m&#234;mes, le fait m&#234;me d'&#234;tre femme peut alors &#234;tre pos&#233; comme objet de la lutte des femmes. Etre &#171; femme &#187; n'est plus pour les individus une condition inh&#233;rente &#224; leur individualit&#233;, c'est une condition ext&#233;rieure. Cela signifie qu'&#234;tre une femme est apparue comme contradiction La sp&#233;cificit&#233; de la p&#233;riode o&#249; co&#239;ncident la fin du programmatisme et la vague f&#233;ministe de la fin des ann&#233;es 1960 est d'avoir conf&#233;r&#233; comme contenu essentiel et probl&#233;matique &#224; la contradiction entre les hommes et les femmes &lt;i&gt;l'existence naturelle du corps f&#233;minin&lt;/i&gt;, le sexe et la sexualit&#233; comme d&#233;finition des femmes. La revendication des droits, de l'ind&#233;pendance et de l'&#233;galit&#233; en s'intriquant avec la question du corps produit et rencontre dans le fait d'&#234;tre femme sa propre limite, car le sujet au nom duquel la libert&#233; et l'&#233;galit&#233; sont revendiqu&#233;es est en soi, dans son existence corporelle m&#234;me comme distinction, la raison d'&#234;tre de la domination et de l'in&#233;galit&#233;. &#171; Etre femme &#187;, objet de la lutte et enjeu, est ce qui ne va plus de soi. Le genre se met &#224; pr&#233;c&#233;der le sexe. C'est la &#171; nature &#187; qui est mise en jeu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'abolition de la distinction de genre est une n&#233;cessit&#233; du point de vue de la &#171; r&#233;ussite &#187; de la communisation, ce n'est pas au nom de l'abolition de toutes les m&#233;diations ce n'est pas parce que la r&#233;volution serait &#171; suspendue &#187; &#224; la n&#233;cessit&#233; de cette abolition. Prendre les choses ainsi rel&#232;ve d'une d&#233;marche t&#233;l&#233;ologique et normative. C'est dans son caract&#232;re concret, imm&#233;diat, que cette contradiction entre hommes et femmes s'impose dans la r&#233;ussite de la communisation contre ce que ce rapport implique de violence, d'invisibilisation, d'assignation &#224; une place de subordination. Si l'abolition de la distinction de genre s'impose comme une n&#233;cessit&#233; de la communisation, c'est que la contradiction qui d&#233;finit les femmes existe dans la vie courante, et c'est de cette situation, de cette contradiction, dont nous partons pour parler de la n&#233;cessit&#233; de l'abolition des genres. Travail domestique, place dans la division du travail, modalit&#233;s d'insertion dans le proc&#232;s imm&#233;diat de production, formes &#171; atypiques &#187; du salariat, violence quotidienne dans la conjugalit&#233;, famille, n&#233;gation et appropriation de la sexualit&#233; f&#233;minine, le viol et / ou sa menace, sont les divers fronts o&#249; se jouent la contradiction entre les hommes et les femmes, contradiction qui a pour contenu leur d&#233;finition et assignation contrainte (aucun de ces &#233;l&#233;ments n'est fortuit). Tous ces fronts sont les lieux d'une lutte permanente opposant deux cat&#233;gories de la soci&#233;t&#233; form&#233;es comme naturelles et d&#233;construites comme telles par les femmes dans leur lutte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'abolition du genre c'est l'abolition de la capacit&#233; reproductive comme distinction naturalis&#233;e. Il y aura effectivement des individus qui tomberont enceinte et des individus qui ne tomberont pas enceinte (bien qu'on peut supposer que la sexualit&#233; &#224; risque de grossesse en aura pris un bon coup au passage), des gens qui porteront des enfants et d'autres pas (ce qui pourrait bien &#234;tre diff&#233;rent de tomber enceinte), mais en aucun cas cette diversit&#233; ne peut engendrer une &lt;i&gt;distinction&lt;/i&gt; si la contradiction hommes/femmes n'est plus et si, en cons&#233;quence, il n'existe plus ni hommes ni femmes. C'est-&#224;-dire si la reproduction n'a plus un statut d'instance d&#233;terminante de classification. Cette h&#233;t&#233;rog&#233;n&#233;it&#233; de situation ne recouvrant plus aucun enjeu du c&#244;t&#233; de la population et de la reproduction de l'organisation sociale, ne portera donc aucune distinction entre certains et d'autres &lt;i&gt;sur cette base&lt;/i&gt;. Si l'on consid&#232;re la partition de l'humanit&#233; sur la base de la reproduction comme une pure construction sociale (les cat&#233;gories de population et de travail sont des cat&#233;gories &#233;conomiques historiques), les caract&#233;ristiques anatomiques sexuelles deviennent des caract&#233;ristiques physiques que seul un rapport social unifie comme sexe et auxquelles seul il donne un sens de distinction et de partition&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&lt;a id=&#034;__RefHeading___Toc6429_155729733&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
La pratique r&#233;volutionnaire : autotransformation des individualit&#233;s&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Construire et critiquer la distinction de genre, c'&#233;tait approfondir la conception de la pratique r&#233;volutionnaire comme co&#239;ncidence de la transformation des circonstances et autotransformation des individualit&#233;s&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec l'effondrement du programmatisme, la contradiction &#171; &lt;i&gt;est apparue&lt;/i&gt; &#187; : celle de la population comme principale force productive, celle de la r&#233;volution comme lib&#233;ration de ce que l'on est en tant que prol&#233;taire. Mais il est impossible d'y &#233;chapper sans une abolition de ce mode de production. Ce mode de production pr&#233;pare en son sein, une contradiction entre les classes et une contradiction entre les hommes et les femmes qui ne pourra &#233;chapper &#224; la question, pour chacun, des &#171; conditions inh&#233;rentes &#224; son individualit&#233; &#187;, question d&#233;termin&#233;e par cette &#171; contradiction apparue &#187; qui touche aussi bien les femmes que les prol&#233;taires. Le rapport entre surtravail et travail n&#233;cessaire fait apparaitre comme contradiction &#224; elle-m&#234;me la distinction de genre, c'est-&#224;-dire la population comme principale force productive, de m&#234;me que la distinction de genre fait apparaitre ce rapport comme une contradiction. Ce rapport de construction r&#233;ciproque des distinctions en contradictions, c'est le capital comme contradiction en proc&#232;s : &#171; Le surtravail des grandes masses a cess&#233; d'&#234;tre la condition du d&#233;veloppement de la richesse g&#233;n&#233;rale. (&#8230;) Le capital est une contradiction en proc&#232;s : d'une part, il pousse &#224; la r&#233;duction du temps de travail &#224; un minimum, et d'autre part il pose le temps de travail comme la seule source et la seule mesure de la richesse &#187; (Marx, &lt;i&gt;Fondements de la critique de l'&#233;conomie politique&lt;/i&gt;, &#201;d. Anthropos, p.222).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'y a que dans le mode de production capitaliste que la lutte des femmes contre leur situation peut int&#233;grer la critique du fait m&#234;me d'&#234;tre femme. La question de l'individualit&#233;, c'est-&#224;-dire de l'insatisfaction vis-&#224;-vis de soi, n'est pas l'apanage d'une situation r&#233;volutionnaire, elle est inh&#233;rente au mode de production capitaliste. Individu et classe, individu et genre ne s'opposent pas de fa&#231;on ext&#233;rieure comme si l'individu &#233;tait ce qui faisait exploser la g&#233;n&#233;ralit&#233; qui le subsume, mais ces g&#233;n&#233;ralit&#233;s peuvent devenir des contraintes ext&#233;rieures. La &#171; pratique r&#233;volutionnaire &#187;, telle que d&#233;finie dans les th&#232;ses sur Feuerbach&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-26&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; La co&#239;ncidence du changement des circonstances et de l'activit&#233; humaine ou (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-26&#034;&gt;26&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, n'est pas un simple aboutissement au moment de &lt;i&gt;La&lt;/i&gt; R&#233;volution. &lt;i&gt;L'insatisfaction, vis-&#224;-vis d'eux-m&#234;mes, des individus, existant comme sujets convoqu&#233;s, est une d&#233;termination inh&#233;rente &#224; la lutte de classe et &#224; la distinction de genre.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec le capital nous somme pass&#233;s de l'individu objectif &#224; l'individu contingent. La formule qui se supprime elle-m&#234;me selon laquelle &#171; l'essence de l'homme c'est l'ensemble de ses rapports sociaux &#187; (&lt;i&gt;Th&#232;ses sur Feuerbach&lt;/i&gt;)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-27&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cette d&#233;finition de &#171; l'essence de l'homme &#187; supprime ce qu'elle est cens&#233;e (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-27&#034;&gt;27&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; en cache une autre : pour chaque individu &#234;tre l'ensemble de ses rapports sociaux est une contradiction du fait m&#234;me de ces rapports sociaux dont la contingence est pour chacun la forme de leur n&#233;cessit&#233;. Mais la contingence est pr&#233;cis&#233;ment ce qui n'est pas contingent mais structurel. Si la contingence &#233;tait contingente, elle pourrait &#234;tre comme ne pas &#234;tre. Or, dans le mode de production capitaliste, la contingence est la d&#233;finition &#171; int&#233;rieure &#187; m&#234;me de l'individu dans son rapport &#224; la soci&#233;t&#233; et au monde. C'est par cette contingence, dans le mode de production capitaliste, de toutes les d&#233;finitions sociales et pour l'individu de &lt;i&gt;son&lt;/i&gt; monde que la n&#233;gation du capitalisme est la production du communisme. Chaque individu est intrins&#232;quement &#171; insatisfait de lui-m&#234;me &#187; (&#171; ne veut pas rester ce qu'il est &#187;) pour reprendre l'expression de Marx dans &lt;i&gt;L'Id&#233;ologie Allemande&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Stirner croit ici que les prol&#233;taires communistes qui r&#233;volutionnent la soci&#233;t&#233; et &#233;tablissent les rapports de production et les formes des relations sur une base nouvelle, c'est-&#224;-dire sur eux-m&#234;mes, en tant qu'hommes nouveaux, sur leur nouveau mode de vie, restent 'ceux qu'ils &#233;taient dans le pass&#233;'. La propagande inlassable que font les prol&#233;taires, les discussions qu'ils organisent entre eux quotidiennement, prouvent &#224; suffisance &lt;i&gt;combien peu eux-m&#234;mes veulent rester 'ceux qu'ils &#233;taient'&lt;/i&gt; (soulign&#233; par nous), et combien d'une mani&#232;re g&#233;n&#233;rale, ils souhaitent que les hommes ne restent pas 'ceux qu'ils &#233;taient'. Ils ne resteraient 'ceux qu'ils &#233;taient dans le pass&#233;' que si, avec saint Sancho, ils 'cherchaient la faute en eux-m&#234;mes' ; mais ils savent trop bien que c'est seulement lorsque les conditions seront modifi&#233;es qu'ils cesseront d'&#234;tre 'ceux qu'ils &#233;taient' et c'est pourquoi ils sont d&#233;cid&#233;s &#224; modifier ces conditions &#224; la premi&#232;re occasion. Dans l'activit&#233; r&#233;volutionnaire, se changer soi-m&#234;me et changer ces conditions co&#239;ncident. &#187; (&lt;i&gt;L'Id&#233;ologie Allemande&lt;/i&gt;, p.242).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La derni&#232;re phrase r&#233;p&#232;te &#224; l'identique la formule des &lt;i&gt;Th&#232;ses sur Feuerbach&lt;/i&gt; sur la co&#239;ncidence du changement des circonstances et de l'activit&#233; humaine. Dans un passage moins connu de &lt;i&gt;l'Id&#233;ologie allemande&lt;/i&gt;, &#224; propos de &#171; la phrase de Saint Simon relative au libre d&#233;veloppement des dispositions naturelles des individus &#187;, Marx commente : &#171; Son expression exacte (de cette phrase, nda), c'est cette absurdit&#233; selon laquelle les individus qui forment la soci&#233;t&#233; veulent conserver leur individualit&#233;, rester ce qu'ils sont, tout en exigeant de la soci&#233;t&#233; une transformation qui ne peut &#233;maner que de leur propre transformation. &#187; (&lt;i&gt;L'Id&#233;ologie Allemande&lt;/i&gt;, p.525). Le th&#232;me est r&#233;current dans &lt;i&gt;l'Id&#233;ologie allemande&lt;/i&gt;, c'est le c&#339;ur de la conception de l'auto-&#233;mancipation du prol&#233;tariat : les prol&#233;taires, agissant en tant que classe, abolissant leurs propres conditions d'existence qui les d&#233;finissent, se transforment eux-m&#234;mes. Ils ne font que partir de leur condition existante dans &lt;i&gt;cette&lt;/i&gt; soci&#233;t&#233; pour l'abolir et non pour &#171; d&#233;velopper librement &#187; leur individualit&#233; existante (ou sous-jacente).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En elle-m&#234;me, la co&#239;ncidence du changement de soi et du changement des conditions, c'est-&#224;-dire la pratique r&#233;volutionnaire comme autotransformation, est en soi une red&#233;finition structurelle du moment r&#233;volutionnaire. Le changement de contenu de la r&#233;volution qui fait suite &#224; la fin du programmatisme (la pratique r&#233;volutionnaire comme insatisfaction vis-&#224;-vis de soi) est une modification de la m&#233;canique du d&#233;passement du mode de production capitaliste. Le contenu est une forme nouvelle de la situation r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le programmatisme, en tant que th&#233;orie et pratique historiquement d&#233;finies de la lutte des classes, &#233;tait le d&#233;passement du capital comme contradiction en proc&#232;s par la &lt;i&gt;lib&#233;ration&lt;/i&gt; du travail, l'&lt;i&gt;affirmation&lt;/i&gt; du prol&#233;tariat et l'&lt;i&gt;&#233;mancipation&lt;/i&gt; des femmes en tant que naturellement m&#232;res et librement travailleuses. La r&#233;solution de la contradiction entre les hommes et les femmes &#233;tait r&#233;ellement &#233;vacu&#233;e vers un avenir post r&#233;volutionnaire et ind&#233;fini par la configuration de la contradiction entre les classes mais aussi par celle de la contradiction entre les genres, car le travail demeurait plus que jamais la principale force productive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, la th&#233;orie de la r&#233;volution communiste a pu longtemps se contenter de la &lt;i&gt;seule&lt;/i&gt; contradiction entre le prol&#233;tariat et le capital. Cette seule contradiction, parce qu'elle se r&#233;solvait par la victoire d'un de ses termes et la lib&#233;ration des individus, il suffisait de la saisir et de l'&#233;noncer dans sa &lt;i&gt;forme simple&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;homog&#232;ne&lt;/i&gt;, laissant comme circonstances accidentelles et ph&#233;nom&#232;nes les formes multiples, diverses, imm&#233;diates de son existence par lesquelles &lt;i&gt;elle se distribue&lt;/i&gt; dans de multiples existences du rapport d'exploitation (elle n'existe que dans cette distribution) et les multiples niveaux de ses formes d'apparition dans les diverses instances du mode de production. Cela suffisait pour rendre compte du devenir contradictoire du mode de production capitaliste et du mouvement de son abolition. Nous n'avions pas besoin d'autre chose.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout &#233;tait simple : le capital &#233;tait une contradiction en proc&#232;s et cette contradiction &#233;tait l'essence de tout, elle avait une forme simple et homog&#232;ne, comprenait tout, expliquait tout, mais&#8230; comme une avalanche emporte tout sur son passage. Tout le reste n'&#233;tait que ph&#233;nom&#232;nes et accidents, contingences. Aupr&#232;s de l'&#233;conomie toutes les autres instances du mode de production capitaliste ne faisaient que de la figuration. La segmentation m&#234;me du prol&#233;tariat, la multiplicit&#233; des contradictions dans lesquelles &#233;taient engag&#233;s ces segments, la contradiction entre les hommes et les femmes, les autres classes entra&#238;n&#233;es dans la lutte avec leurs propres objectifs, n'&#233;taient que les ombres projet&#233;es au fond de la caverne par la r&#233;alit&#233; substantielle toujours d&#233;j&#224; l&#224; de l'unit&#233; de la classe et du devenir du capital. Poser la contradiction, c'&#233;tait &lt;i&gt;ipso facto&lt;/i&gt; saisir le proc&#232;s de son abolition et la production de son d&#233;passement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La n&#233;cessaire red&#233;finition du capital comme contradiction en proc&#232;s &lt;i&gt;indiquait&lt;/i&gt; cependant la r&#233;ponse &#224; une question qui avait le seul d&#233;faut de ne pas avoir &#233;t&#233; pos&#233;e. D&#232;s que l'on consid&#232;re le capital en tant que contradiction en proc&#232;s comme la construction de deux contradictions qui, bien que conjointes, ne se confondent pas, on d&#233;signe une situation r&#233;volutionnaire ou de crise comme une &lt;i&gt;conjoncture&lt;/i&gt;. Dans une sorte de quiproquo, en r&#233;pondant &#224; la question de la nature du capital comme contradiction en proc&#232;s et de son d&#233;passement come autotransformation des individus, nous indiquions dans notre r&#233;ponse la pr&#233;sence d'une autre question : celle de la m&#233;canique de ce d&#233;passement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&lt;a id=&#034;__RefHeading___Toc6431_155729733&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
La r&#233;volution comme conjoncture&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si nous savons que le capital comme contradiction en proc&#232;s est une &#171; tension &#224; l'abolition de la r&#232;gle &#187; (cf. supra), cette tension ne nous donne que la possibilit&#233; ou m&#234;me la n&#233;cessit&#233; du d&#233;passement mais ne nous dit pas ce qu'il est. Nous savons aussi que le pas que la lutte de classe et celle des femmes doivent franchir (la production de l'appartenance de classe et de la distinction de genre comme contrainte ext&#233;rieure) est pr&#233;cis&#233;ment le contenu de ce qu'est le d&#233;passement, mais ce contenu ne nous dit pas comment la &#171; tension &#187; devient en lui une r&#233;alit&#233; &lt;i&gt;effective&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;efficace&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Non seulement la r&#233;volution n'est pas le r&#233;sultat de la transcroissance de la mont&#233;e en puissance de la classe, la victoire et l'affirmation de sa situation dans le mode de production capitaliste, mais encore, le contenu de ce saut qualitatif est de se retourner contre ce qui l'a produit. Ce retournement c'est le bouleversement de la hi&#233;rarchie des instances du mode de production qui est la m&#233;canique de son autopr&#233;supposition. Toutes les causalit&#233;s et l'ordonnance &lt;i&gt;normale&lt;/i&gt; des instances du mode de production (&#233;conomie, relations de genre, droit, politique, id&#233;ologie&#8230;) concourant dans cette normalit&#233; &#224; sa reproduction se trouvent min&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La th&#233;orie de la r&#233;volution comme communisation n'est pas une affirmation prospective, elle n'est pas en cours dans quelque pratique actuelle que ce soit, mais elle trouve son origine dans le pr&#233;sent de l'appartenance de classe comme limite de la lutte en tant que classe, et le pr&#233;sent de la contradiction entre hommes et femmes qui remet en cause leur d&#233;finition. Le paradigme th&#233;orique du cours d'une contradiction simple et homog&#232;ne parce que se r&#233;solvant dans la victoire d'un de ses termes est frapp&#233; d'obsolescence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sous l'effet de la red&#233;finition du capital comme contradiction en proc&#232;s apparait une nouvelle question. Comment la structure contradictoire du mode de production capitaliste, cette &#171; tension &#224; l'abolition de sa r&#232;gle &#187;, se transforme-t-elle en situation r&#233;volutionnaire ? Evidemment la question n'est pas de savoir quand et o&#249; une telle chose advient, mais quelle est la nature de cette transformation, non pas ce qui la produit (d&#233;j&#224; cern&#233; dans cette tension &#224; l'abolition de sa r&#232;gle qu'est le jeu du capital comme contradiction en proc&#232;s) mais &lt;i&gt;la nature de ce qui est produit&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&lt;a id=&#034;__RefHeading___Toc6501_155729733&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Unit&#233; de la contradiction et formes d'apparition&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La nature de ce qui est produit est une &lt;i&gt;conjoncture&lt;/i&gt;, un &lt;i&gt;moment actuel&lt;/i&gt;. C'est-&#224;-dire cette situation &lt;i&gt;propre aux p&#233;riodes de crises&lt;/i&gt; o&#249; le mouvement du capital comme contradiction en proc&#232;s n'est plus une seule contradiction (entre les classes), ni m&#234;me l'unit&#233; simple et homog&#232;ne de deux contradictions (entre les classes ; entre les hommes et les femmes), mais le moment o&#249; le capital comme contradiction en proc&#232;s ne s'impose plus comme &lt;i&gt;le sens toujours d&#233;j&#224; l&#224; de chacune de ses propres formes d'apparition&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-28&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Il faut comprendre que le capital comme contradiction en proc&#232;s est le (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-28&#034;&gt;28&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;La Contradiction &lt;/i&gt;qu'est&lt;i&gt; &lt;/i&gt;le capital comme contradiction en proc&#232;s, unit&#233; dynamique des contradictions de classes et de genre est &lt;i&gt;une&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;essentielle&lt;/i&gt;, mais d&#233;j&#224; sa d&#233;finition m&#234;me, sa construction, indique que, dans son &lt;i&gt;efficacit&#233; historique&lt;/i&gt;, elle n'existe que dans toutes ses &lt;i&gt;formes de manifestations&lt;/i&gt;. Aucune de ses formes, politiques, juridiques, relations internationales, id&#233;ologiques, etc., aucune des formes de relations entre les instances fonctionnelles du capital (capital industriel, capital financier, capital marchand), aucune des formes particuli&#232;res dont elle affecte chaque fraction du prol&#233;tariat et les assignations de genres, et par lesquelles elle se r&#233;fracte &#224; tous les niveaux du mode de production - r&#233;fractions qui sont sa condition m&#234;me d'existence-, aucune n'est un pur ph&#233;nom&#232;ne sans lequel &lt;i&gt;La Contradiction&lt;/i&gt; pourrait tout aussi bien exister. Les conditions imm&#233;diatement existantes sont ses conditions d'existence. Elle ne produit pas son d&#233;passement, sa n&#233;gation, la trop fameuse n&#233;gation de la n&#233;gation, aussi &#171; in&#233;luctable que les lois de la nature &#187; (et de la dialectique&#8230;) comme un &lt;i&gt;devoir &#234;tre&lt;/i&gt; du simple fait que &lt;i&gt;La Contradiction&lt;/i&gt; est pos&#233;e. Dynamique des contradictions de classes et de genre, c'est dans toutes les formes dans lesquelles elle existe r&#233;ellement, dans leur combinaison &#224; un moment donn&#233;, dans une &lt;i&gt;conjoncture&lt;/i&gt;, qu'elle devient situation r&#233;volutionnaire. En tant que telle, elle n'est qu'un concept.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le proc&#232;s contradictoire fondamental est actif dans toutes les contradictions &#224; l'int&#233;rieur des formes d'apparition, et il serait absurde et &lt;i&gt;id&#233;aliste&lt;/i&gt; de pr&#233;tendre que ces contradictions et leur fusion dans une conjoncture qui est une unit&#233; de rupture n'en soient que le &lt;i&gt;pur ph&#233;nom&#232;ne&lt;/i&gt;. Toutes ces contradictions, &lt;i&gt;si&lt;/i&gt; elles se fondent pour former une unit&#233;, une conjoncture r&#233;volutionnaire, ne s'&#233;vanouissent pas comme de purs ph&#233;nom&#232;nes dans l'unit&#233; int&#233;rieure d'un proc&#232;s contradictoire simple. L'unit&#233; qu'elles constituent dans cette fusion qu'est la rupture r&#233;volutionnaire, elles la constituent &lt;i&gt;&#224; partir de ce qu'elles sont en propre&lt;/i&gt;, de leur efficacit&#233; propre, &#224; leur niveau. En constituant cette unit&#233;, elles reconstituent et accomplissent bien l'unit&#233; fondamentale qui les anime, mais, ce faisant, elles indiquent aussi la nature de cette contradiction : elle est ins&#233;parable de la soci&#233;t&#233; toute enti&#232;re, ins&#233;parable de ses conditions imm&#233;diates d'existence. Elle est elle-m&#234;me int&#233;rieurement affect&#233;e par ces conditions qui sont ses &lt;i&gt;conditions d'existence&lt;/i&gt;, c'est-&#224;-dire, plus imm&#233;diatement encore, les &lt;i&gt;conditions existantes&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Etre int&#233;rieurement affect&#233;e, c'est, pour l'unit&#233;, &#234;tre toujours une structure hi&#233;rarchis&#233;e (et non un ensemble dans lequel un principe unique se diffuse de fa&#231;on uniforme et restant toujours semblable &#224; lui-m&#234;me : la nature en Egypte, la politique en Gr&#232;ce, la loi &#224; Rome, la religion au Moyen-&#226;ge, l'&#233;conomie dans les temps modernes et contemporains, etc.) avec une instance d&#233;terminante, parfois &#233;galement dominante, des instances dominantes d&#233;sign&#233;es par la pr&#233;c&#233;dente, des permutations hi&#233;rarchiques, etc. C'est dans la hi&#233;rarchie, dans le caract&#232;re d&#233;terminant et / ou dominant de tel ou tel niveau du mode de production, dans la d&#233;signation des dominantes, que &lt;i&gt;l'unit&#233;&lt;/i&gt; existe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans une note du &lt;i&gt;Capital&lt;/i&gt;, Marx signale la distinction &#224; faire entre la d&#233;termination &#233;conomique et le &#171; r&#244;le principal &#187; d'une instance du mode de production en tant qu'instance dominante : &#171; Ce qui est clair, c'est que ni le premier (le moyen-&#226;ge) ne pouvait vivre du catholicisme, ni la seconde (Ath&#232;nes et Rome) de la politique. Les conditions &#233;conomique d'alors expliquent au contraire pourquoi l&#224; le catholicisme et ici la politique jouaient &lt;i&gt;le r&#244;le principal &lt;/i&gt;(soulign&#233; par nous) &#187; (Marx, &lt;i&gt;Le Capital&lt;/i&gt;, &#201;d. Sociales, t. 1, p. 93).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une telle distinction, au premier abord, semble disparaitre avec le capital : &#171; Dans tous les &#233;tats de la soci&#233;t&#233;, la classe (ou les classes) qui r&#232;gne est toujours celle qui tient les conditions objectives du travail (&#8230;) ; et la classe qui sert, ou qui, en tant que puissance de travail, est elle-m&#234;me la possession des propri&#233;taires (esclavage), est toujours celle qui ne dispose que de sa puissance de travail (m&#234;me s'il semble comme par exemple aux Indes, en Egypte, etc. qu'elle poss&#232;de la terre dont le roi ou une caste, etc. sont cependant les propri&#233;taires&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-29&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les id&#233;ologues qui nous bassinent avec l'id&#233;alisation des &#171; commons &#187; ne (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-29&#034;&gt;29&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;). Mais tous ces rapports se distinguent du capital par le fait que le rapport est enjoliv&#233;, qu'il appara&#238;t comme rapport des ma&#238;tres aux valets, des hommes aux esclaves, des demi-dieux aux mortels ordinaires, etc. (&#8230;) ces seulement dans le capital que ce rapport est d&#233;pouill&#233; de tous ces aspects politiques, religieux et autres enjolivements id&#233;els. (&#8230;) Le rapport appara&#238;t donc dans sa puret&#233; comme simple rapport de production : rapport purement &#233;conomique. &#187; (Marx, &lt;i&gt;Manuscrits de 1861 &#8211; 1863&lt;/i&gt;, &#201;d. Sociales, p. 138 &#8211; 139). En fait, la distinction ne disparait pas, elle est construite sur la base nouvelle de sa &#171; puret&#233; &#187; : &#171; Mais, dans la mesure o&#249; des rapports de domination se red&#233;veloppent sur cette base, on sait qu'ils ne proviennent que du rapport dans lequel l'acheteur, le repr&#233;sentant des conditions de travail, se pr&#233;sente face au vendeur, au possesseur de la force de travail. &#187; (&lt;i&gt;ibid&lt;/i&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les modes de production ant&#233;rieurs au capital le travail que le producteur effectue pour sa propre reproduction et l'extraction de surtravail ne co&#239;ncident pas &#224; l'int&#233;rieur d'un m&#234;me proc&#232;s de travail. Il y a disjonction (spatiale / temporelle) du temps de travail en temps de travail n&#233;cessaire et surtravail. Dans ces modes de production, le travailleur est un &lt;i&gt;individu particulier&lt;/i&gt;, c'est-&#224;-dire dont l'appartenance &#224; une communaut&#233; quelconque pr&#233;suppose l'effectuation de son activit&#233;. &lt;i&gt;L&lt;/i&gt;&lt;i&gt;'exploitation ne peut &#234;tre effective, ne peut se r&#233;aliser, sans &#234;tre domination&lt;/i&gt;. Ce n'est pas &#224; ce niveau l&#224; que la domination intervient dans le mode de production capitaliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant des rapports de domination peuvent se &#171; red&#233;velopper &#187; sur la base de l'exploitation capitaliste. Cela de deux fa&#231;ons. Premi&#232;rement, &#224; partir et dans le proc&#232;s de travail lui-m&#234;me. Nous avons ici affaire &#224; l'arm&#233;e de surveillants que le capitaliste emploie et &#224; l'organisation mat&#233;rielle du proc&#232;s de travail. L&#224;, n'intervient aucune autre instance du mode de production que le rapport purement &#233;conomique par lequel le travailleur a c&#233;d&#233; l'utilisation de sa force de travail &#224; son acheteur. Deuxi&#232;mement, dans la mani&#232;re dont s'articule les trois moments de l'exploitation : face &#224; face de la force de travail et du capital en tant que capital potentiel ; subsomption du travail sous le capital ; transformation de la plus-value en capital additionnel. L'exploitation dans l'unit&#233; de ses trois moments conna&#238;t des ruptures et, principalement au niveau du troisi&#232;me moment (la transformation du surproduit en plus-value et de la plus-value en capital additionnel), peuvent alors se d&#233;velopper &lt;i&gt;des pratiques qui pour elles-m&#234;mes semblent s'autonomiser des autres moments&lt;/i&gt; &lt;i&gt;de l'exploitation&lt;/i&gt;, ne plus avoir de rapport avec eux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le capital a par rapport &#224; la totalit&#233; une position diff&#233;rente de celle du prol&#233;tariat, position qui r&#233;sulte du contenu m&#234;me de l'exploitation (subsomption). Il est l'agent de la reproduction g&#233;n&#233;rale, c'est par l&#224; que cette reproduction appara&#238;t comme &lt;i&gt;oppression&lt;/i&gt;. En m&#234;me temps que le capital se constitue non plus comme rapport social mais comme objectivit&#233; &#233;conomique (toutes les conditions du renouvellement du rapport se trouvent, &#224; la fin de chaque cycle, r&#233;unies comme capital en soi face au travail), les instances politiques, juridiques, id&#233;ologiques, morales, toutes les institutions sociales et &#233;ducatives, deviennent des moments n&#233;cessaires de la reproduction du rapport &#171; purement &#233;conomique &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si le prol&#233;tariat implique le capital, c'est qu'il est &lt;i&gt;mis sans cesse par celui-ci en situation de l'impliquer&lt;/i&gt;. Le caract&#232;re interne &#171; jamais acquis &#187; de l'autopr&#233;supposition qui tient &#224; la baisse tendancielle du taux de profit a pour contenu cette mise en situation du prol&#233;tariat, comme devant l'impliquer, par le capital. On ne peut donc se contenter de dire que le prol&#233;tariat implique le capital et que, inversement, le capital implique le prol&#233;tariat. A cause de son contenu m&#234;me, cette implication n'a pas, dans les deux sens, la m&#234;me &#171; forme &#187;. Ainsi le prol&#233;tariat est en quelque sorte doublement impliqu&#233; par le capital. Dans un premier temps, comme seule valeur d'usage qui puisse lui faire face (cr&#233;atrice de valeur et de plus de valeur que ne co&#251;te la reproduction de la force de travail), &#224; ce niveau, lui-m&#234;me implique r&#233;ciproquement et sym&#233;triquement le capital ; mais, dans un deuxi&#232;me temps, (la s&#233;paration des deux temps n'est qu'une commodit&#233; de l'expos&#233;) il n'est dans cette situation o&#249; il implique le capital que pos&#233; (m&#233;diatis&#233;) par le capital lui-m&#234;me. C'est l&#224; que se &#171; red&#233;veloppent &#187; l'oppression et la domination comme l'objet m&#234;me, la raison d'&#234;tre, de toutes les instances non &#171; purement &#233;conomiques &#187; du mode de production.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'autopr&#233;supposition du capital remet chacun &#224; sa place, c'est qu'elle implique &#224; l'int&#233;rieur d'elle-m&#234;me l'&#201;tat, l'activit&#233; de la classe capitaliste, toutes les organisations coercitives de reproduction sociale. Elle implique la mise en friche de certains capitaux et de certaines fractions de la force de travail, la r&#233;organisation de son aire, le d&#233;placement g&#233;ographique de la force de travail, l'&#233;limination de certaines couches sociales. Ce qui revient souvent &#224; la n&#233;cessit&#233; de recr&#233;er les conditions dans lesquelles la force de travail est &#224; m&#234;me de valoriser le capital. Tout cela renvoie bien s&#251;r &#224; des choses connues comme toutes les politiques directes de contr&#244;le des &#171; pauvres &#187; (sans que le terme de &#171; pauvre &#187; fasse dispara&#238;tre l'organisation de classes de la soci&#233;t&#233;) et de la mise au travail forc&#233;. Il faut situer ces interventions &lt;i&gt;dans l'autopr&#233;supposition du capital&lt;/i&gt; et non comme des instruments l&#233;g&#232;rement ext&#233;rieurs. Cela permet de comprendre ces interventions et, principalement celles de l'&#201;tat, en dehors de toute analyse instrumentaliste de celui-ci. C'est l&#224; que l'on peut retrouver le rapport d'exploitation comme rapport de domination comme activit&#233; politique, id&#233;ologique, polici&#232;re, morale, etc., tant comme activit&#233; de la classe capitaliste que comme activit&#233; du prol&#233;tariat en tant que lutte contre cette domination.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'appropriation des femmes en tant que productrices de la population comme principale force productive fait partie du rapport purement &#233;conomique, en tant que cette production se distingue du proc&#232;s de travail proprement dit, elle tombe sous un de ces rapports dont Marx dit qu'ils &#171; enjolivent &#187; la production de surtravail. Ce rapport de domination, on peut le nommer &#171; patriarcat &#187; &#224; condition de ne pas tomber dans &lt;i&gt;l'illusion anthropologique d'une histoire du patriarcat&lt;/i&gt;. Parce que le porteur de la force de travail est une personne, c'est-&#224;-dire un &#233;changiste, la production de force de travail (population) ne peut &#234;tre un processus industriel qui r&#233;duirait le travailleur &#224; une condition objective de la production. Cette production particuli&#232;re passe par toutes sortes de rapports sp&#233;cifiques de domination : culturels, institutionnels, sentimentaux, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le &lt;i&gt;travail domestique,&lt;/i&gt; dans la mesure o&#249; il se situe &#233;galement dans cette disjonction entre le proc&#232;s de travail et l'extraction de surtravail, n&#233;cessite un rapport de domination des hommes sur les femmes qui est celui de la s&#233;paration, dans le mode de production capitaliste, du public et du priv&#233;, s&#233;paration qui accompagne l'appropriation de la personne. L'insertion du travail domestique dans la relation entre travail n&#233;cessaire et surtravail fait qu'il ne peut &#234;tre une d&#233;termination du niveau de surtravail (du partage de la journ&#233;e de travail) sans &#234;tre pris dans un rapport de domination. Le rapport domestique est inclus dans le salaire qui est la reproduction de la force de travail et de la &#171; race des travailleurs &#187;. De par la disjonction entre le proc&#232;s de travail dans lequel est consomm&#233;e productivement la force de travail et cette modalit&#233; de d&#233;termination du surtravail que repr&#233;sente le travail domestique, son effet ne peut &#234;tre accapar&#233; par le capitaliste &lt;i&gt;sans un rapport de domination&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le surtravail se trouvent dissimul&#233;es deux contradictions : entre prol&#233;taires et capitalistes et entre hommes et femmes, dont les termes ne se recouvrent pas et qui renvoie &#224; des ordres sociaux diff&#233;rents : une distinction de classes et une distinction de genre. La distinction de classes entre prol&#233;tariat et capital (l'exploitation) contient l'appropriation des femmes et de leur activit&#233; par tous les hommes mais le rapport entre hommes et femmes n'est pas r&#233;ductible &#224; la contradiction entre les classes. Les hommes n'agissent pas en contremaitres pour le compte du vrai patron, le capitaliste. Ils agissent pour leur propre compte parce qu'ils sont hommes. &lt;i&gt;La domination masculine ne m&#233;diatise pas l'exploitation capitaliste&lt;/i&gt;. Si cette domination d&#233;termine le surtravail c'est que surtravail et domination masculine, appropriation des femmes et de leur activit&#233;, sont donn&#233;s simultan&#233;ment, &lt;i&gt;appartiennent au m&#234;me concept de surtravail&lt;/i&gt;. Le rapport domestique est inclus dans le salaire qui est la reproduction de la force de travail et de la &#171; race des travailleurs &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, pour continuer &#224; cerner comment le &#171; rapport purement &#233;conomique &#187; entre le propri&#233;taire des conditions objectives de travail et le possesseur de la force de travail, bien que ne n&#233;cessitant aucun &#171; enjolivement &#187;, &#171; red&#233;veloppe &lt;i&gt;sur cette base&lt;/i&gt; (soulign&#233; par nous) &#187; des rapports de domination relevant de toutes sortes d'instances du mode de production, il faut consid&#233;rer que &lt;i&gt;l'&#233;conomie comme d&#233;termination se distingue de l'&#233;conomie comme instance dominante&lt;/i&gt;. Quand nous disons que, contrairement par exemple au moyen-&#226;ge, l'&#233;conomie est &#224; la fois ce qui d&#233;termine la dominante et cette dominante elle-m&#234;me, il faut voir que, sous le m&#234;me terme d' &#171; &#233;conomie &#187; il ne s'agit pas, dans l'un et l'autre cas, de la m&#234;me r&#233;alit&#233;. En tant que d&#233;termination, il s'agit de l'&#233;conomie comme ensemble de rapports sociaux de production ; en tant que dominante, il s'agit de l'&#233;conomie comme objectivit&#233;. Dans cette distorsion m&#234;me entre la d&#233;termination et la dominante r&#233;side la n&#233;cessit&#233; de toutes les instances que nous avons &#233;voqu&#233;es comme n&#233;cessaires pour toujours &lt;i&gt;transformer la premi&#232;re en la seconde&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si cette diff&#233;rence est intrins&#232;que au mode de production capitaliste, et poss&#232;de dans le devenir n&#233;cessairement objectif du rapport social une existence bien r&#233;elle, il faut attendre la fin du XIX&#232; si&#232;cle pour qu'elle devienne manifeste dans l'id&#233;ologie. Alors qu'Adam Smith fondait l'&#233;conomie politique en croyant &#233;crire un trait&#233; de morale, la &#171; r&#233;volution marginaliste &#187; isole l'action &#233;conomique de son imbrication sociale, elle abandonne la pr&#233;tention de l'&#233;conomie politique d'&#234;tre une &#171; th&#233;orie sociale &#187; pour s'adonner aux mod&#232;les math&#233;matiques. Au m&#234;me moment s'ouvre un nouvel espace id&#233;ologique, celui de la &lt;i&gt;sociologie&lt;/i&gt; destin&#233;e &#224; &#233;tudier les actions sociales et leurs cons&#233;quences quand ces actions sont orient&#233;es vers des buts non explicitement &#233;conomiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il &#233;tait n&#233;cessaire de montrer que le capital, ce &#171; pur rapport &#233;conomique &#187;, &#224; partir de lui-m&#234;me, &#171; sur sa propre base &#187;, &lt;i&gt;n'en est jamais un&lt;/i&gt;, pour comprendre comment ce que nous appelons conjoncture, comme &lt;i&gt;crise de l'autopr&#233;supposition du capital&lt;/i&gt;, passe toujours par la d&#233;signation d'une instance dominante (changeante). C'est-&#224;-dire qu'il &#233;tait n&#233;cessaire de d&#233;finir le statut th&#233;orique des formes d'apparition du capital comme contradiction en proc&#232;s. Au cours de la lutte de classe, selon les r&#233;sultats momentan&#233;s et &#224; d&#233;passer qui apparaissent, selon les aspects changeants des rapports de forces, selon les &#171; acquis &#187; o&#249; pourra se scl&#233;roser la communisation, ces formes d'apparition comme dominante changent, les contradictions permutent de place dans la totalit&#233;. C'est alors l&#224;, sur ce qui est momentan&#233;ment le point nodal, qu'il faut tirer pour continuer &#224; d&#233;membrer l'ordre existant. Mais si les dominantes permutent (politique, &#233;conomique, id&#233;ologique, polarisation des contradictions sur telle ou telle lutte de telle ou telle fractions du prol&#233;tariat, &#8230;), jamais la conjoncture n'est un pluralisme de d&#233;terminations s'additionnant et indiff&#233;rentes entre elles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce conditionnement d'existence des contradictions les unes par les autres ne tombe pas dans la circularit&#233;, n'annule pas la totalit&#233; comme structure &#224; d&#233;terminante ni dans un &#233;clectisme facile et additif, ni dans une interconstruction &lt;i&gt;indiff&#233;renci&#233;e&lt;/i&gt;. Ce conditionnement est, &#224; l'int&#233;rieur m&#234;me de la r&#233;alit&#233; des conditions d'existence de chaque contradiction, la manifestation de cette structure &#224; d&#233;terminante (c'est la grande diff&#233;rence avec la totalit&#233; h&#233;g&#233;lienne) qui fait l'unit&#233; du tout. Par l&#224; il est th&#233;oriquement permis de parler de conditions et d'instance dominante dans un moment particulier sans tomber dans l'empirisme ou l'irrationalit&#233; du &#171; c'est ainsi &#187; et du &#171; hasard &#187;. Les conditions sont l'existence r&#233;elle (concr&#232;te, actuelle) des contradictions constituant le tout parce que c'est fondamentalement la contradiction dans son sens essentiel qui leur assigne ce r&#244;le, non comme un pur ph&#233;nom&#232;ne &#224; c&#244;t&#233; d'elle, sans lequel elle pourrait tout autant &#234;tre, mais comme ses conditions d'existence m&#234;me. On parle des &lt;i&gt;conditions d'existence&lt;/i&gt; du tout en parlant des &lt;i&gt;conditions existantes&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&lt;a id=&#034;__RefHeading___Toc6503_155729733&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Conjoncture : une m&#233;canique de la crise de l'autopr&#233;supposition du capital&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que nous entendons alors par conjoncture n'est pas la rencontre des deux contradictions que nous avons expos&#233;es. Elles ne se rencontrent jamais parce qu'elles sont toujours d&#233;j&#224; conjointes. C'est la multiplicit&#233; des formes d'apparition de cette unit&#233; &#224; tous les niveaux du mode de production qui d&#233;finit une conjoncture et plus pr&#233;cis&#233;ment la cristallisation dans une instance du mode de production des contradictions multiples qui d&#233;signent (momentan&#233;ment) cette instance comme dominante. C'est dans cette cristallisation que la conjoncture est aussi &lt;i&gt;unit&#233; de rupture&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le concept de conjoncture est n&#233;cessaire &#224; une th&#233;orie de la r&#233;volution comme communisation. En effet, la r&#233;volution n'est pas simplement une rupture, mais une rupture &lt;i&gt;contre ce qui la produit&lt;/i&gt;, ce que l'on peut aussi dire sous la forme de l'autotransformation du sujet ou encore, comme dit Marx dans &lt;i&gt;l'Id&#233;ologie allemande &lt;/i&gt; : &#171; seule une r&#233;volution permettra &#224; la classe qui renverse l'autre de balayer toute la pourriture du vieux monde qui lui colle &#224; la peau &#187; (op. cit., &#201;d. Sociales, p. 68). La conjoncture est inh&#233;rente &#224; la r&#233;volution comme communisation : autotransformation des individus dans les contradictions de classes et de genre. Toutes les manifestations de l'existence sociale, c'est-&#224;-dire pour chaque individu &#171; les conditions inh&#233;rentes &#224; son individualit&#233; &#187; (&lt;i&gt;idem, &lt;/i&gt;p. 98),&lt;i&gt; &lt;/i&gt;sortent de leur rapport hi&#233;rarchis&#233; du mode de production et se recombinent &#8211; de fa&#231;on mouvante car cr&#233;ant des situations nouvelles - dans leur relation de d&#233;termination et de dominance. Ces manifestations deviennent ainsi objet de contradictions et de luttes dans leur sp&#233;cificit&#233;, et non comme effet et manifestation d'une contradiction fondamentale par laquelle ces manifestations ne seraient supprim&#233;es qu'&#171; en cons&#233;quence &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-30&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cela peut &#234;tre la famille comme la s&#233;paration entre la ville et la campagne.&#034; id=&#034;nh3-30&#034;&gt;30&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand, &#224; l'issue du cycle de luttes actuel, lutter en tant que classe est la limite de la lutte de classe, la r&#233;volution devient une lutte contre ce qui l'a produite. Toute l'architecture du mode de production, la distribution de ses instances et de ses niveaux se trouvent entra&#238;n&#233;es dans un processus de bouleversement de la normalit&#233; / fatalit&#233; de sa reproduction d&#233;finie par la hi&#233;rarchie d&#233;terminative des instances du mode de production. C'est parce qu'elle est ce bouleversement et seulement si elle l'accomplit que la r&#233;volution est ce moment o&#249; les prol&#233;taires se d&#233;barrassent de toute la pourriture du vieux monde qui leur colle &#224; la peau, tout comme les hommes et les femmes de ce qui constitue leur individualit&#233;. Il ne s'agit pas d'une cons&#233;quence mais du mouvement concret de la r&#233;volution o&#249; toutes les instances du mode de production (id&#233;ologie, droit, politique, nationalit&#233;, &#233;conomie, genres, etc.) peuvent &#234;tre tour &#224; tour la focalisation dominante de l'ensemble des contradictions. Changer les circonstances et se changer soi-m&#234;me co&#239;ncident : c'est la r&#233;volution&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-31&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; La co&#239;ncidence du changement des circonstances et de l'activit&#233; humaine ou (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-31&#034;&gt;31&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. On peut ajouter &#224; la proposition d'Althusser selon laquelle &#171; l'heure solitaire de la d&#233;termination en derni&#232;re instance &#8211; l'&#233;conomie - ne sonne jamais &#187;, &lt;i&gt;qu'il n'est pas dans la nature de la r&#233;volution de la faire sonner&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous retrouvons ce qui fait fondamentalement du concept de conjoncture un concept n&#233;cessaire de la th&#233;orie de la r&#233;volution : le bouleversement de la hi&#233;rarchie d&#233;terminative des instances du mode de production. Une conjoncture d&#233;signe le m&#233;canisme m&#234;me d'une crise comme crise de l'autopr&#233;supposition du capital et la r&#233;volution comme d&#233;passement produit du cours ant&#233;rieur des contradictions de classes et de genres, une rupture contre ce qui l'a produite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est &#233;galement la question de l'unit&#233; du prol&#233;tariat, inh&#233;rente &#224; la r&#233;volution comme communisation, qui est en jeu dans le concept de conjoncture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&lt;a id=&#034;__RefHeading___Toc6505_155729733&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Conjoncture et communisation&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les contradictions qui opposent les classes moyennes, les ch&#244;meurs et pr&#233;caires, les masses exc&#233;dentaires des p&#233;riph&#233;ries ou des banlieues, le &#171; c&#339;ur stable &#187; de la classe ouvri&#232;re, les ouvriers employ&#233;s mais constamment menac&#233;s, etc., au capital, &#224; sa reproduction, &#224; l'exploitation, &#224; l'aust&#233;rit&#233;, &#224; la mis&#232;re, etc. ne sont pas identiques entre elles et encore moins &#224; la contradiction entre les femmes et les hommes. L'unit&#233; en tant que classe de ceux et celles qui n'ont que la vente de leur force de travail pour vivre est quelque chose que les prol&#233;taires trouvent et affrontent comme objectiv&#233; face &#224; eux dans le capital. Pour eux-m&#234;mes, cette d&#233;finition n'est que leur s&#233;paration. De m&#234;me, la classe capitaliste n'est pas un bloc unique et homog&#232;ne, ni les nations ou ensemble r&#233;gionaux structurant le cours mondial de la valorisation du capital. Il serait m&#234;me d'une simplification extr&#234;me que de consid&#233;rer que ces deux ensembles de contradictions (celles internes &#224; &#171; ceux d'en haut &#187;, celles internes &#224; &#171; ceux d'en bas &#187;) ne s'interp&#233;n&#232;trent pas, que le prol&#233;taire br&#233;silien est &#233;tranger au conflit que son capitalisme &#233;mergent entretient avec les &#201;tats-Unis et les &#171; vieux centres du capital &#187; et que les hommes contre les femmes ne puissent &#234;tre &#233;galement des prol&#233;taires contre l'exploitation capitaliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'unit&#233; du prol&#233;tariat et de sa contradiction avec le capital &#233;tait inh&#233;rente &#224; la r&#233;volution comme affirmation du prol&#233;tariat, &#224; son &#233;rection en classe dominante g&#233;n&#233;ralisant sa condition (avant de l'abolir&#8230;) et &#224; la lib&#233;ration des femmes en tant que telles. Le caract&#232;re diffus, segment&#233;, &#233;clat&#233;, corporatif des conflits, c'est le lot n&#233;cessaire d'une contradiction entre les classes et d'une contradiction entre les genres qui se situent au niveau de la reproduction du capital. Un conflit particulier, de par ses caract&#233;ristiques, par les conditions dans lesquelles il se d&#233;roule, par la p&#233;riode dans laquelle il appara&#238;t, &lt;i&gt;quelle que soit sa position dans les instances du mode de production&lt;/i&gt;, peut se trouver en situation de polariser l'ensemble de cette conflictualit&#233; qui, jusque l&#224;, apparaissait comme irr&#233;ductiblement diverse et diffuse. C'est la &lt;i&gt;conjoncture comme unit&#233; de rupture&lt;/i&gt;. Ce qui se joue alors c'est que, pour s'unir, les ouvriers doivent briser le rapport salarial par lequel le capital les &#171; rassemble &#187; et que si, pour &#234;tre une classe r&#233;volutionnaire, le prol&#233;tariat doit s'unir, il ne peut maintenant s'unir qu'en d&#233;truisant les conditions de sa propre existence comme classe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La dictature du mouvement social de communisation est le processus d'int&#233;gration de l'humanit&#233; au prol&#233;tariat en train de dispara&#238;tre. La stricte d&#233;limitation du prol&#233;tariat par rapport aux autres couches, sa lutte contre toute production marchande sont en m&#234;me temps un processus qui &lt;i&gt;contraint&lt;/i&gt; les couches de la petite bourgeoisie salari&#233;e, de la &#171; classe de l'encadrement social &#187; &#224; rejoindre la classe communisatrice. Elle est donc d&#233;finition, exclusion et, en m&#234;me temps, d&#233;marcation et ouverture, effacement des fronti&#232;res et d&#233;p&#233;rissement des classes. Ce n'est pas l&#224; un paradoxe mais la r&#233;alit&#233; du mouvement o&#249; le prol&#233;tariat se d&#233;finit dans la pratique comme le mouvement de constitution de la communaut&#233; humaine, et ce mouvement est celui o&#249; se d&#233;font toutes les relations fixes et hi&#233;rarchis&#233;es qui d&#233;finissaient la reproduction du mode de production, son autopr&#233;supposition. Comment utiliser la production comme arme si elle est toujours ce qui d&#233;finit toutes les autres formes et niveaux de relations entre les individus et si elle-m&#234;me existe comme secteur particulier de la vie sociale ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toutes les contradictions se recomposent, s'unissent en une &lt;i&gt;unit&#233; de rupture&lt;/i&gt;. La pratique r&#233;volutionnaire, les mesures communisatrices, bouleversent la hi&#233;rarchie des instances du mode de production par laquelle sa reproduction &#233;tait le sens immanent de chacune. Au-del&#224; de cette immanence, de cette autopr&#233;supposition qui contient et n&#233;cessite la hi&#233;rarchie &#233;tablie des instances, il y a de l'al&#233;atoire et de l'&#233;v&#233;nement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une conjoncture est &#224; la fois une &lt;i&gt;rencontre&lt;/i&gt; et une &lt;i&gt;d&#233;faisance&lt;/i&gt;. Elle est &lt;i&gt;d&#233;faisance&lt;/i&gt; de la totalit&#233; sociale qui jusque l&#224; unissait toutes les instances d'une formation sociale (politique, &#233;conomique, sociale, culturelle, id&#233;ologique) ; elle est d&#233;faisance de la reproduction des contradictions formant l'unit&#233; de cette totalit&#233;. C'est pourquoi il y a de l'al&#233;atoire, de la rencontre, des choses de l'ordre de l'&#233;v&#233;nement dans une conjoncture : un d&#233;nouement qui se produit et se reconna&#238;t dans l'accidentel de telle ou telle pratique. Elle est le moment o&#249; peut s'exercer la puissance de faire de &#171; ce qui est &#187; plus que ce qu'il contient, de &lt;i&gt;cr&#233;er&lt;/i&gt; en dehors des enchainements m&#233;canistes de la causalit&#233; ou de la t&#233;l&#233;ologie du finalisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une conjoncture est aussi une &lt;i&gt;rencontre&lt;/i&gt; de contradictions qui avaient leur propre cours, leur propre temporalit&#233; et n'entretenaient entre elles que des relations d'interactions : luttes ouvri&#232;res, luttes &#233;tudiantes, luttes des femmes, conflits politiques &#224; l'int&#233;rieur de l'&#201;tat, conflits dans la classe capitaliste, cours mondial du capital, inscription des contradictions de ce cours mondial dans les conditions propres d'une aire nationale, id&#233;ologies dans lesquelles les individus menaient leurs luttes. La &lt;i&gt;conjoncture&lt;/i&gt; est le moment de ce carambolage des contradictions, mais ce carambolage &lt;i&gt;prend forme&lt;/i&gt; selon la d&#233;termination dominante que &lt;i&gt;d&#233;signe&lt;/i&gt; la crise qui se d&#233;roule dans les rapports de production, dans les modalit&#233;s de l'exploitation. &lt;i&gt;La conjoncture est une crise de la d&#233;termination autoreproductrice des &lt;/i&gt;&lt;i&gt;rapports de production, d&#233;termination qui se d&#233;finit par une hi&#233;rarchisation &#233;tablie et fixe des instances du mode de production&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un mode de production, toutes les instances qui le composent ne vivent pas au m&#234;me rythme. Elles occupent une r&#233;gion dans la structure globale du mode de production qui leur assure leur statut et leur efficacit&#233; de par la place sp&#233;cifique assign&#233;e &#224; une de ces instances (ni monade, ni totalit&#233; significative). Une conjoncture est une crise de cette assignation. Elle peut donc &#234;tre une &lt;i&gt;variation de la dominance&lt;/i&gt; (politique, id&#233;ologique, rapports internationaux&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-32&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Que l'on pense &#224; la Commune de Paris en 1871 ou &#224; la prise des Tuileries le (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-32&#034;&gt;32&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;) &#224; l'int&#233;rieur de la structure globale du mode de production sur la base de la d&#233;termination par les rapports de production.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est, dans la crise de la reproduction, ce d&#233;placement des instances comme dominantes et d&#233;terminations qui est &lt;i&gt;le comment&lt;/i&gt;, la m&#233;canique, de la tension &#224; l'abolition de la r&#232;gle devenant la r&#233;alit&#233; effective de la remise en cause de l'appartenance de classe et de l'assignation de genre. C'est ainsi que le capital comme contradiction en proc&#232;s n'est plus cet automatisme simple et homog&#232;ne se r&#233;solvant toujours en lui-m&#234;me. Quand l'unit&#233; se d&#233;fait (du fait des rapports de production qui sont la d&#233;termination), cela signifie que l'assignation de toutes les instances du mode de production est en crise, il se produit alors un jeu de dominante d&#233;sign&#233;e dans lequel rien n'est fixe : le mistigri circule. Une conjoncture c'est l'effectivit&#233; du jeu qui abolit sa r&#232;gle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La conjoncture est un moment de crise qui bouleverse la hi&#233;rarchie des instances qui fixait &#224; chacune son essence et son r&#244;le, et d&#233;finissait le sens univoque de leurs rapports. Les r&#244;les sont &#233;chang&#233;s &#171; selon les circonstances &#187;. La contradiction-d&#233;terminante-en-derni&#232;re-instance ne peut &#234;tre identifi&#233;s &#224; jamais avec le &lt;i&gt;r&#244;le&lt;/i&gt; de contradiction dominante. Tel ou tel &#171; aspect &#187; (forces de production, &#233;conomie, pratique&#8230;) ne peut &#233;galement &#234;tre assimil&#233; &#224; jamais avec le &lt;i&gt;r&#244;le&lt;/i&gt; principal, et tel autre &#171; aspect &#187; (rapports de production, politique, id&#233;ologie, th&#233;orie&#8230;) avec le &lt;i&gt;r&#244;le&lt;/i&gt; secondaire. La d&#233;termination en derni&#232;re instance par l'&#233;conomie s'exerce justement, dans l'histoire r&#233;elle, dans les permutations de premier r&#244;le entre l'&#233;conomie, la politique, l'id&#233;ologie, etc. Nous avons indiqu&#233; que cela est d&#233;j&#224; contenu dans ce qu'est l'&#233;conomie elle-m&#234;me dans le mode de production capitaliste&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-33&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La critique des rapports sociaux capitalistes comme &#233;conomie prend au pied (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-33&#034;&gt;33&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette fixit&#233; de la hi&#233;rarchie entre les instances du mode de production capitaliste construit une existence lin&#233;aire du temps, un lien de causalit&#233; qui relie les &#233;v&#233;nements de fa&#231;on successive dans une temporalit&#233; purement quantitative. C'est le donn&#233;, ce qui est l&#224;. La conjoncture est la crise que porte en elle cette temporalit&#233; de l'autopr&#233;supposition du capital, moment de rupture contre le continuum de la temporalit&#233; homog&#232;ne et quantitative, bouleversement de la hi&#233;rarchie des instances et de la d&#233;termination &#233;conomique, discontinuit&#233; du processus historique : conjoncture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La conjoncture est la m&#233;canique, les rouages intimes, du saut qualitatif en lequel se brise la r&#233;p&#233;tition du mode de production. Ce concept de conjoncture est devenu n&#233;cessaire &#224; la th&#233;orie des contradictions de classes et de genres comme th&#233;orie de la r&#233;volution et du communisme. La conjoncture est avant tout un changement de temporalit&#233;, une sortie du r&#233;p&#233;titif, la porte &#233;troite, vite referm&#233;e, par laquelle peut arriver un autre monde. La conjoncture est la pratique consciente que c'est &lt;i&gt;maintenant&lt;/i&gt; que cela se joue, aussi bien l'h&#233;ritage du pass&#233; que la construction de l'avenir. Elle est un pr&#233;sent, le moment du &lt;i&gt;&#224; pr&#233;sent&lt;/i&gt;. La pratique qui est la saisie de ce moment est id&#233;ologique.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034; id='EN-CONCLUSION-LA-REVOLUTION-SERA-IDEOLOGIE'&gt;
&lt;a id=&#034;__RefHeading___Toc6433_155729733&#034;&gt;&lt;/a&gt;
EN CONCLUSION : LA R&#201;VOLUTION SERA ID&#201;OLOGIE&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;On ne peut aborder concr&#232;tement et envisager de comprendre une rupture r&#233;volutionnaire &#224; partir d'une certaine id&#233;e abstraite et assez rassurante d'un sch&#233;ma dialectique contradictoire &#233;pur&#233;, simple, se r&#233;solvant du seul fait de son existence : la &#171; belle &#187; contradiction en proc&#232;s. Ce proc&#232;s n'est jamais simple, il est toujours sp&#233;cifi&#233; par les formes et les circonstances historiques concr&#232;tes dans lesquelles toujours, par d&#233;finition, il s'exerce. L'exception est toujours la r&#232;gle, jamais le fondement &#233;conomique ne joue &#224; l'&#233;tat pur. On peut m&#234;me aller, avec Marx, jusqu'&#224; dire : &#171; Alors s'ouvre une &#233;poque de r&#233;volution sociale. Le changement dans la base &#233;conomique bouleverse plus ou moins rapidement toute l'&#233;norme superstructure. Lorsqu'on consid&#232;re de tels bouleversements, il faut toujours distinguer entre le bouleversement mat&#233;riel &#8211; qu'on peut constater d'une mani&#232;re scientifiquement rigoureuse &#8211; des conditions de production &#233;conomiques et les formes juridiques, politiques, religieuses, artistiques ou philosophiques, bref, &lt;i&gt;les formes id&#233;ologiques sous lesquelles les hommes prennent conscience de ce conflit et le m&#232;nent jusqu'au bout&lt;/i&gt;. (soulign&#233; par nous) &#187; (Marx, &lt;i&gt;Pr&#233;face de 1859&lt;/i&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Etrange tout de m&#234;me ces&lt;i&gt; &#171; &lt;/i&gt;formes id&#233;ologiques sous lesquelles les hommes prennent conscience de ce conflit (une r&#233;volution) et le m&#232;nent jusqu'au bout&lt;i&gt; &#187;&lt;/i&gt;. Et ce n'est pas de la r&#233;volution bourgeoise dont il s'agit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s avoir expos&#233; les grandes articulations de ce qui deviendra les Livres II et III du Capital, Marx conclut une lettre &#224; Engels dat&#233;e du 30 avril 1868 de la fa&#231;on suivante : &#171; En conclusion, nous en arrivons aux &lt;i&gt;formes de manifestation&lt;/i&gt; (soulign&#233; dans le texte) qui servent de point de d&#233;part dans la conception vulgaire : la rente venant de la terre ; le profit (int&#233;r&#234;t), du capital ; les salaires, du travail (la fameuse &#171; formule trinitaire &#187; - le f&#233;tichisme propre au capital - expos&#233;e &#224; la fin du Livre III, nda). (&#8230;) Finalement, ces trois &#233;l&#233;ments (salaires, rente, profit (int&#233;r&#234;t) constituent les sources de revenus des trois classes des propri&#233;taires fonciers, des capitalistes et des travailleurs salari&#233;s, nous avons la lutte de classe, comme la conclusion dans laquelle le mouvement et l'analyse de toute cette merde se r&#233;sout. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est un fait remarquable que Marx passe aux classes et &#224; la lutte de classe &lt;i&gt;&#224; partir des formes de manifestation&lt;/i&gt; apr&#232;s avoir consacr&#233; des milliers de pages &#224; montrer qu'elles n'&#233;taient pas l'essence, le concret de pens&#233;e, du mode de production capitaliste. C'est que les formes de manifestations ne sont pas des ph&#233;nom&#232;nes que l'on pourrait &#233;carter pour trouver dans l'essence la v&#233;rit&#233; de ce qui est et celle des pratiques justes&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-34&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Les cat&#233;gories de l'&#233;conomie bourgeoise sont des formes de l'intellect qui (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-34&#034;&gt;34&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Nous pouvons par l&#224; avancer un peu dans la compr&#233;hension de ces &#171; formes id&#233;ologiques sous lesquelles les hommes prennent conscience du conflit et le m&#232;nent jusqu'au bout &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'id&#233;ologie est la fa&#231;on dont les hommes (et les femmes&#8230;) vivent leurs rapports &#224; leurs conditions d'existence comme objectives face &#224; eux comme sujets, en ce sens l'id&#233;ologie n'est pas tant un reflet d&#233;form&#233; dans la conscience de la r&#233;alit&#233;, mais un ensemble de &lt;i&gt;solutions pratiques&lt;/i&gt; r&#233;solvant en la justifiant et l'ent&#233;rinant cette s&#233;paration de la r&#233;alit&#233; en objet et en sujet. Que les individus assument ou s'insurgent contre les t&#226;ches prescrites par les diverses instances du mode de production, ce rapport est une exp&#233;rience qui n'est pas tant un objet de connaissance qu'une reconnaissance qui, comme toute exp&#233;rience, est de l'ordre de l'&#233;vidence. Les repr&#233;sentations id&#233;ologiques sont efficaces parce qu'elles renvoient aux individus une image vraisemblable et une explication cr&#233;dible de ce qu'ils sont et de ce qu'ils vivent et sont constitutives de la &lt;i&gt;r&#233;alit&#233;&lt;/i&gt; de leurs luttes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;alit&#233; appara&#238;t d'elle-m&#234;me comme &lt;i&gt;pr&#233;suppos&#233;e et se pr&#233;supposant&lt;/i&gt;, c'est-&#224;-dire comme&lt;i&gt; monde,&lt;/i&gt; comme &lt;i&gt;objet&lt;/i&gt;, face &#224; l'activit&#233; qui, face au monde, d&#233;finit le sujet. Le d&#233;faut principal de tous les mat&#233;rialismes critiqu&#233; par Marx dans la premi&#232;re th&#232;se sur Feuerbach n'est pas seulement une erreur th&#233;orique, il est l'expression de la vie de tous les jours&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-35&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Le d&#233;faut principal, jusqu'ici, de tous les mat&#233;rialismes (y compris celui (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-35&#034;&gt;35&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Quand nous parlons de &#171; l'essence du mode de production capitaliste &#187; ou de sa &#171; forme fondamentale &#187;, l'essence n'est pas ailleurs que dans les formes d'apparition mais elle ne leur correspond pas parce que les effets de la structure du tout (le mode de production) ne peuvent &#234;tre l'existence m&#234;me de la structure qu'&#224; la condition d'en &#234;tre l'inversion au travers de ses effets. C'est &lt;i&gt;la r&#233;alit&#233;&lt;/i&gt; de l'&lt;i&gt;id&#233;ologie&lt;/i&gt;. En bref, l'id&#233;ologie c'est la vie quotidienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette d&#233;finition de l'id&#233;ologie int&#232;gre ce que l'on con&#231;oit habituellement comme id&#233;ologies en tant que probl&#233;matiques intellectuelles. M&#234;me dans ce sens, l'id&#233;ologie n'est pas un leurre, un masque, un ensemble d'id&#233;es fausses. On sait bien que, dans ce sens, l'id&#233;ologie est d&#233;pendante de l'&#234;tre social mais cette d&#233;pendance implique son autonomisation, c'est la puissance paradoxale des id&#233;es. La th&#233;orie de l'id&#233;ologie n'est pas une th&#233;orie de la &#171; conscience de classe &#187; mais une th&#233;orie de classe de la conscience. La division entre travail mat&#233;riel et travail intellectuel traverse toutes les soci&#233;t&#233;s de classes et tous les individus, si l'id&#233;ologie existe toujours dans les formes de l'abstraction et de l'universel c'est de par cette division qui pla&#231;ant le travail intellectuel du c&#244;t&#233; de la classe dominante donne &#224; ce que produit ce travail la forme de l'universel que rev&#234;t toute domination de classe. La puissance paradoxale des id&#233;es et de leur universalit&#233;, cette inversion des repr&#233;sentations et de leurs fondements est parall&#232;le &#224; l'inversion r&#233;elle qui pr&#233;side &#224; l'organisation de la production, l'exploitation de la classe des producteurs entraine que la production de la vie mat&#233;rielle est r&#233;ellement invers&#233;e, &#224; l'int&#233;rieur d'elle-m&#234;me, dans la production m&#234;me de la vie mat&#233;rielle. S'il est exact que &#171; ce n'est pas la conscience qui d&#233;termine la vie mais la vie qui d&#233;termine la conscience &#187;, il n'en est pas moins vrai que &lt;i&gt;c'est la vie qui &#171; fait croire &#187; que c'est la conscience&lt;/i&gt;. Les repr&#233;sentations bourgeoises sont des id&#233;ologies, et des id&#233;ologies tout &#224; fait fonctionnelles et elles deviennent des institutions tout &#224; fait r&#233;elles. La justice, le droit, la libert&#233;, l'&#233;galit&#233; sont des id&#233;ologies, mais lourdement mat&#233;rielles quand on se retrouve devant un tribunal, en prison ou dans un bureau de vote. La bourgeoisie, dit le &lt;i&gt;Manifeste&lt;/i&gt;, a fa&#231;onn&#233; un monde &#224; son &lt;i&gt;image&lt;/i&gt;, mais l'image est alors la chose : la production d'id&#233;ologie est partie prenante de la production et des conditions de la vie mat&#233;rielle. Les repr&#233;sentations ne sont pas un doublet plus ou moins inad&#233;quat de la r&#233;alit&#233; mais des instances actives de cette r&#233;alit&#233; qui en assurent la reproduction &lt;i&gt;et en permettent la transformation&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'id&#233;ologie circule partout dans la soci&#233;t&#233;, elle n'est pas l'apanage de quelques activit&#233;s sp&#233;cialis&#233;es &#171; haut de gamme &#187;. Le rapport de la classe exploit&#233;e au proc&#232;s de production est lui aussi de nature id&#233;ologique, ce rapport ne pouvant &#234;tre identique &#224; celui de la classe dominante, il semble au premier abord que nous ayons affaire &#224; l'affrontement de deux id&#233;ologies. Au premier abord cela est vrai. Cette &#171; seconde &#187; id&#233;ologie est critique, subversive m&#234;me, mais seulement dans la mesure o&#249; elle est le langage de la revendication, de la critique et de l'affirmation de cette classe &lt;i&gt;dans le miroir que lui tend la classe dominante&lt;/i&gt;. L'id&#233;ologie est toujours l'id&#233;ologie de la classe dominante parce que l'int&#233;r&#234;t particulier de la classe dominante est le seul int&#233;r&#234;t particulier &#224; pouvoir &lt;i&gt;objectivement&lt;/i&gt; se produire comme universel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'en est-il alors de la pratique r&#233;volutionnaire comme communisation ? Elle est production du nouveau non comme d&#233;veloppement ou victoire d'un terme pr&#233;existant dans la contradiction, ou r&#233;tablissement d'une unit&#233; ant&#233;rieure (n&#233;gation de la n&#233;gation), mais comme suppression d&#233;termin&#233;e de l'ancien et suppression, dans cette suppression, du sujet qui supprime. Si, dans ce moment ultime, le rapport d'implication r&#233;ciproque contradictoire entre le prol&#233;tariat et le capital et la contradiction hommes / femmes demeurent d&#233;terminants (dans leur existence conjointe du capital comme contradiction en proc&#232;s), dans ces circonstances bien particuli&#232;res (celle de la conjoncture), ils d&#233;signent l'id&#233;ologie comme lieu de la contradiction dominante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans son mouvement, dans les formes qu'elle prend et abandonne, la lutte r&#233;volutionnaire se critique elle-m&#234;me. C'est parce que cette lutte, jusqu'&#224; son terme, est scind&#233;e entre d'une part, ce qui demeure un mouvement objectif qui n'est pas une illusion, les contradictions du mode de production capitaliste, et, d'autre part, dans cette objectivit&#233;, la pratique de son abolition qui le d&#233;sobjective, qu'elle demeure structurellement id&#233;ologique. Elle vit de la s&#233;paration de l'objet et du sujet. C'est parce que la dissolution de l'objectivit&#233; constitue un &lt;i&gt;sujet&lt;/i&gt; en tant que tel, et qui se consid&#232;re ainsi, que l'id&#233;ologie (invention, libert&#233;, projet et projection) est inh&#233;rente &#224; sa d&#233;finition et son action&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-36&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Il faut cependant &#234;tre tr&#232;s vigilant au statut accord&#233; &#224; cette distinction (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-36&#034;&gt;36&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N'ayant aucune base objective d&#233;velopp&#233;e pr&#233;c&#233;demment, le communisme est une production prise dans la contradiction d'un rapport contradictoire objectif dont le d&#233;passement doit se produire alors comme la formalisation consciente et volontaire d'un projet car le proc&#232;s de la r&#233;volution r&#233;cuse toujours son &#233;tat pr&#233;sent comme &#233;tant son aboutissement. Projet &lt;i&gt;id&#233;ologique&lt;/i&gt; car il r&#233;cuse son fondement objectif &lt;i&gt;dans son &#233;tat pr&#233;sent&lt;/i&gt; comme &#233;tant sa raison d'&#234;tre, il place le futur, &lt;i&gt;le devoir-&#234;tre&lt;/i&gt;, comme compr&#233;hension du pr&#233;sent et comme pratique dans le moment actuel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la r&#233;volution communiste, toutes les configurations sociales (les formes qui faisaient soci&#233;t&#233;) se mettent &#224; tomber dans le vide et m&#234;me des situations ant&#233;rieures, des contradictions que l'on croyait d&#233;pass&#233;es, relevant de modes de production ant&#233;rieurs au mode de production capitaliste resurgissent. Nous en sommes actuellement &#224; augurer la possible survenue dans la crise, du fait des caract&#233;ristiques du cycle de luttes et de la nature historique sp&#233;cifique de cette crise, de pratiques constituant une &lt;i&gt;conjoncture&lt;/i&gt; r&#233;volutionnaire. La conjoncture r&#233;volutionnaire c'est la transgression interne des lois de reproduction du mode de production, parce que les lois qui m&#232;nent le d&#233;veloppement du mode de production capitaliste n'ont de finalit&#233; &lt;i&gt;que du point de vue d'un acteur int&#233;rieur &#224; ces lois&lt;/i&gt;&lt;i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-37&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;C'est en tant qu'il est pratique du prol&#233;tariat que le jeu abolit sa r&#232;gle, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-37&#034;&gt;37&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;. Cette finalit&#233; c'est l'action d'un sujet face &#224; ces lois, elle est produite dans la s&#233;paration du sujet et de l'objet, elle est pratiquement une id&#233;ologie. Les lois qui m&#232;nent le capitalisme &#224; sa perte ne produisent pas un id&#233;al dont on attend la venue avec fatalisme, cette finalit&#233; est une organisation immanente de la lutte des classes que les luttes du prol&#233;tariat peuvent &lt;i&gt;pratiquement&lt;/i&gt; d&#233;chiffrer. Ce d&#233;chiffrement est une organisation pratique des luttes selon les cibles et les enjeux de la cristallisation mouvante des dominantes, de leur relation et autonomie vis-&#224;-vis de la d&#233;termination des rapports de production, c'est une conjoncture r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Il y a de l'al&#233;atoire, de la rencontre, des choses de l'ordre de l'&#233;v&#233;nement dans une conjoncture : un d&#233;nouement qui se produit et se reconna&#238;t dans l'accidentel de telle ou telle pratique. Ainsi une conjoncture se pr&#233;sente comme ce qui arrive dans la mesure o&#249; 'ce qui arrive' forme la condition particuli&#232;re de ne pas savoir 'ce qui peut arriver', elle est le moment o&#249; peut s'exercer la puissance de faire de 'ce qui est' plus que ce qu'il contient, de &lt;i&gt;cr&#233;er&lt;/i&gt; en dehors des enchainements m&#233;canistes de la causalit&#233; ou de la t&#233;l&#233;ologie du finalisme. &#187; &#233;crivions-nous pr&#233;c&#233;demment. Cette puissance est projet, elle est id&#233;ologie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans l'objectivit&#233; du processus r&#233;volutionnaire, le communisme est projet, c'est la forme id&#233;ologique du combat dans laquelle il est men&#233; jusqu'au bout.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb3-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#192; plusieurs reprises ce texte de s'inspire plus ou moins librement de Fran&#231;ois Danel, &lt;i&gt;Production de la rupture&lt;/i&gt;, pr&#233;face &#224; &lt;i&gt;Rupture dans la th&#233;orie de la r&#233;volution, Texte&lt;/i&gt;&lt;i&gt;s&lt;/i&gt;&lt;i&gt; 1965 &#8211; 1975&lt;/i&gt;, &#201;d. Senonevero, 2003.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Dans un premier temps, nous aborderons ce concept par touches successives selon les al&#233;as du d&#233;passement de la probl&#233;matique de l'ultragauche, puis de fa&#231;on plus synth&#233;tique dans la derni&#232;re partie de cette introduction. Pr&#233;cisons cependant tr&#232;s bri&#232;vement tout de suite de quoi il s'agit : dans le cours de la lutte r&#233;volutionnaire, l'abolition de l'&#201;tat, de l'&#233;change, de la division du travail, de toute forme de propri&#233;t&#233;, l'extension de la gratuit&#233; comme unification de l'activit&#233; humaine, c'est-&#224;-dire l'abolition des classes&lt;sup&gt;&lt;a href='https://theoriecommuniste.org/Classes' title=&#034;D&#233;finition&#160;: Les classes ne sont ni des sommes d'individus regroup&#233;s par un int&#233;r&#234;t (&#8230;)&#034;&gt;?&lt;/a&gt;&lt;/sup&gt;, des sph&#232;res priv&#233;es et publiques, des cat&#233;gories d'hommes et de femmes, sont des &#171; mesures &#187; abolissant le capital, impos&#233;es par les n&#233;cessit&#233;s m&#234;mes de la lutte contre la classe capitaliste, dans un cycle de luttes sp&#233;cifiquement d&#233;fini. La r&#233;volution est communisation, elle n'a pas le communisme comme projet et r&#233;sultat. On n'abolit pas le capital pour le communisme mais par le communisme, plus pr&#233;cis&#233;ment par sa production.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Le proc&#232;s de production capitaliste reproduit donc de lui&#8211;m&#234;me la s&#233;paration entre travailleur et conditions du travail. Il reproduit et &#233;ternise par cela m&#234;me les conditions qui forcent l'ouvrier &#224; se vendre pour vivre, et mettent le capitaliste en &#233;tat de l'acheter pour s'enrichir. Ce n'est plus le hasard qui les place en face l'un de l'autre sur le march&#233; comme vendeur et acheteur. C'est le double moulinet du proc&#232;s lui-m&#234;me, qui rejette toujours le premier sur le march&#233; comme vendeur de sa force de travail et transforme son produit toujours en moyen d'achat pour le second. Le travailleur appartient en fait &#224; la classe capitaliste, avant de se vendre &#224; un capitaliste individuel. Sa servitude &#233;conomique est moyenn&#233;e et, en m&#234;me temps, dissimul&#233;e par le renouvellement p&#233;riodique de cet acte de vente, par la fiction du libre contrat, par le changement des ma&#238;tres individuels et par les oscillations des prix de march&#233; du travail. Le proc&#232;s de production capitaliste consid&#233;r&#233; dans sa continuit&#233;, ou comme reproduction, ne produit donc pas seulement marchandise, ni seulement plus-value ; il produit et &#233;ternise le rapport social entre capitaliste et salari&#233;. &#187; (Marx, &lt;i&gt;Le Capital&lt;/i&gt;, &#201;d.Sociales, t.3, pp. 19-20)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Avec le Parti comme &#234;tre invariant de la classe que celle-ci sera contrainte de reconna&#238;tre un jour comme sien, la Gauche italienne donne une autre r&#233;ponse &#224; la m&#234;me question.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Nous reviendrons plus loin sur les conditions d'apparition et les apories de cette notion.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;B&#226;timents de l'universit&#233; de Paris.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Les membres du premier Conseil d'occupation de la Sorbonne dont le mandat n'est pas renouvel&#233; &#224; la suite de l'Assembl&#233;e g&#233;n&#233;rale du 17 mai 1968 manipul&#233;e par l'UNEF et tous les groupes gauchistes quittent la Sorbonne et fonde le CMDO. &#171; Le Conseil pour le maintien des occupations(CMDO) fit de son mieux pendant la suite d'une crise &#224; laquelle, d&#232;s que la gr&#232;ve fut g&#233;n&#233;rale et s'immobilisa dans la d&#233;fensive, &lt;i&gt;aucun groupe r&#233;volutionnaire organis&#233; existant alors n'avait d'ailleurs plus les moyens d'apporter une contribution notable&lt;/i&gt; (soulign&#233; par nous). R&#233;unissant les situationnistes, les Enrag&#233;s, et de trente &#224; soixante autres r&#233;volutionnaires conseillistes (dont moins d'un dixi&#232;me peuvent &#234;tre compt&#233;s comme &#233;tudiants), le CMDO assura un grand nombre de liaisons en France et en dehors, s'employant particuli&#232;rement vers la fin du mouvement, &#224; en faire conna&#238;tre la signification aux r&#233;volutionnaires d'autres pays, qui ne pouvaient manquer de s'en inspirer. (&#8230;) Le CMDO qui n'avait &#233;t&#233; dirig&#233; ni embrigad&#233; pour le futur par personne convint de se dissoudre le 15 juin&#8230; &#187; (IS, n&#176; 12, septembre 1969, p. 25)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pour tout ce qui concerne les gr&#232;ves en France en mai-juin 1968, voir Bruno Astarian, &lt;i&gt;Les gr&#232;ves en France en mai-juin 1968&lt;/i&gt; (Brochure publi&#233;e par &lt;i&gt;Echanges et Mouvement&lt;/i&gt;, 2003).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Raniero Panzieri (Rome, 1921 &#8211; Turin, 9 octobre 1964). Il milite d'abord dans les rangs dans les rangs du Parti Socialiste italien dont il devient en 1953 membre du Comit&#233; Central, puis en 1957, codirecteur de la revue th&#233;orique &lt;i&gt;Mondo Operaio&lt;/i&gt; , (Monde Ouvrier), dont il fait un forum de discussion pour la gauche du parti. Pendant cette p&#233;riode, il traduit le &lt;i&gt;Capital&lt;/i&gt; de Marx.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au congr&#233;s de 1959 du Parti Socialiste italien, il s'oppose &#224; la ligne d'accord gouvernemental avec la D&#233;mocratie Chr&#233;tienne. Cela lui vaut d'&#234;tre exclu du parti.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'installe alors &#224; Turin, o&#249; il travaille pour la maison d'&#233;dition Einaudi, et se lie &#224; plusieurs groupes de syndicalistes, de socialistes, et de communistes dissidents. Sous l'inspiration du groupe fran&#231;ais Socialisme ou Barbarie, il fonde avec Mario Tronti, Romano Alquati, Daniel Montaldi, la revue &lt;i&gt;Quaderni Rossi&lt;/i&gt; (Cahiers Rouges). Les premiers num&#233;ros de la revue, qui s'attachent &#224; explorer la vie r&#233;elle des usines et le rapport de l'ouvrier &#224; la production, ont un impact profond en milieu syndical, tant ils d&#233;tonnent avec la prose habituelle des socialistes et communistes. Les gr&#232;ves sauvages sont consid&#233;r&#233;es comme un mode ad&#233;quat de contester le plan de modernisation n&#233;ocapitaliste. Mario Tronti se s&#233;pare de la revue en 1963 pour fonder &lt;i&gt;Classe Operaia&lt;/i&gt;. Panzieri est un des fondateurs de l'op&#233;ra&#239;sme. (source Wikipedia)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;La revue A/traverso, fond&#233;e &#224; Bologne en 1976, disparait en ao&#251;t 1981 apr&#232;s 14 num&#233;ros. Les membres de ce collectif dont le principal th&#233;oricien est Franco Berardi, connu sous le nom de &#171; Bifo &#187; constituent le noyau r&#233;dactionnel de Radio Alice. Cette premi&#232;re radio libre en Italie &#233;met &#224; partir de Bologne du 9 f&#233;vrier 1976 au 12 mars 1977, ferm&#233;e par les carabiniers. Les &#233;missions de Radio Alice couvre une multitude de sujets : luttes ouvri&#232;res, po&#233;sie, le&#231;ons de yoga, analyses politiques, d&#233;clarations d'amour, recettes de cuisine&#8230; Pour les animateurs de &lt;i&gt;A/traverso&lt;/i&gt; et de Radio Alice, le point central de leur action et de leur th&#233;orie se situe dans les relations entre les technologies de la communication et les mouvements sociaux. Il s'agit de montrer comment la subjectivit&#233; et le d&#233;sir sont asservis dans le syst&#232;me capitaliste et d'&#233;laborer un langage r&#233;volutionnaire capable d'interrompre et de subvertir le flux de la communication traditionnelle. Ils se d&#233;signent eux-m&#234;mes comme &#171; maodadaistes &#187;. Dans un texte publi&#233; dans &lt;i&gt;L'Espresso&lt;/i&gt; du 24 avril 1977, Bifo &#233;crit : &#171; On semble aujourd'hui pouvoir red&#233;couvrir ce projet ; traduisons : inscription du corps et de ses besoins dans le texte, circulation du texte, r&#233;inscription de ce texte dans la conscience et l'action collectives, recoupement de la transformation linguistique et culturelle des diverses attitudes de refus. Mais attention : on risque de ramener ce recoupement &#224; un fait purement s&#233;miologique. (&#8230;) C'est oublier que, sous cette violation de la norme et cette transformation des gestes et du langage, il y a un sujet collectif pratique qui produit des comportements et des signes capables de briser les codes d'interpr&#233;tation, pr&#233;cis&#233;ment parce que la pratique sociale de ce sujet est capable de briser le code de la prestation du temps de vie &#224; une soci&#233;t&#233; d'exploitation. &#187; (op. cit., in &lt;i&gt;Italie 77, le &#171; Mouvement &#187; et les intellectuels&lt;/i&gt;, documents rassembl&#233;s par Fabrizio Calvi, &#201;d. Le Seuil 1977). Apr&#232;s une accusation de la justice italienne pour &#171; obsc&#233;nit&#233;s &#187;, Radio Alice et le collectif A/traverso r&#233;pondent dans un texte commun : &#171; Le corps, la sexualit&#233;, le d&#233;sir de dormir le matin, se lib&#233;rer du travail, la possibilit&#233; d'&#234;tre boulevers&#233;, de se rendre soi-m&#234;me improductif et de s'ouvrir &#224; une communication tactile et sans code, tout cela a &#233;t&#233; depuis des si&#232;cles cach&#233;, enfoui, refus&#233;, inexprim&#233; ; &lt;i&gt;Vade Retro Satanas&lt;/i&gt;. Le chantage &#224; la pauvret&#233;, la discipline du travail, l'ordre hi&#233;rarchique, le sacrifice, la patrie, la famille, l'int&#233;r&#234;t g&#233;n&#233;ral, le chantage socialiste, la participation : tout cela a &#233;touff&#233; la voix du corps. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Radio Alice et A/traverso sont ins&#233;rables des luttes et affrontements qui couvrent toute l'ann&#233;e 1977 : gr&#232;ves sauvages, manifestation violentes avec bless&#233;s et morts par balles, actions des Brigades Rouges, &#171; Rondes prol&#233;tariennes &#187; qui attaquent des entreprises fond&#233;es sur le travail au noir, r&#233;voltes de prisons, autor&#233;ductions, manifestations f&#233;ministes contre le refus d'une loi sur l'avortement, commandos f&#233;minins contre le travail au noir, etc. En Mars 1977, l'agitation culmine pr&#233;cis&#233;ment &#224; Bologne o&#249; l'arm&#233;e quadrille la ville avec des blind&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Durant l'hiver 1983-1984, un mouvement de gr&#232;ves spontan&#233;es impuls&#233;es par la convocation &#224; des assembl&#233;es de travailleurs lanc&#233;e par les conseils d'usine et non par les syndicats (la CGIL reprend rapidement la t&#234;te du mouvement) s'oppose aux modifications d'application de l'&#233;chelle mobile des salaires. &#171; Dans son ensemble, le mouvement est l'expression de secteurs ouvriers prot&#233;g&#233;s et la structure des conseils est per&#231;ue comme repr&#233;sentant le corps sain de la classe ouvri&#232;re &#187;, &#233;crit &#224; l'&#233;poque la revue Collegamenti-Woobly dans son n&#176; 13 (f&#233;vrier-mars 1984).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Le 17 avril 1973, les ouvriers de l'entreprise d'horlogerie Lip &#224; Besan&#231;on entament une gr&#232;ve pour protester contre la fermeture de leur usine. Refusant le d&#233;p&#244;t de bilan, ils d&#233;cident alors d'occuper l'usine &#224; partir du 18 juin 1973 sous la direction de la CFDT et dans une moindre mesure de la CGT, minoritaire et plus r&#233;ticente vis-&#224;-vis de ce type d'action. Ils commencent &#224; commercialiser les stocks existants et continuent l'assemblage &#224; partir des pi&#232;ces &#224; disposition. Il semblerait qu'il n'y eut jamais r&#233;ellement de production. Quoi qu'il en soit, cette &#171; autogestion &#187; rend le conflit tr&#232;s populaire. Le 14 ao&#251;t, le gouvernement fait &#233;vacuer l'usine par la force, il s'ensuit le 29 septembre une manifestation de soutien r&#233;unissant dans les rues de Besan&#231;on plus de100 000 personnes. C'est l'apog&#233;e du mouvement. Apr&#232;s quelques tentatives de m&#233;diations et de reprises qui &#233;chouent rapidement, le 3 mai 1976, l'entreprise est mise en liquidation.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cette formule est abondamment reprise en dehors de son contexte pour dire tout et n'importe quoi. Elle est extraite d'une lettre &#224; Schweitzer (successeur de Lassalle &#224; la t&#234;te de l'Association g&#233;n&#233;rale des travailleurs allemands) du 13 f&#233;vrier 1865 dans laquelle Marx s'oppose &#224; l'attente par les ouvriers de r&#233;formes venant de l'&#201;tat, soutenant que, dans ce cas, le prol&#233;tariat ne serait plus rien. Marx y d&#233;fend ce qui fait l'essence m&#234;me du programmatisme : l'unit&#233; de la mont&#233;e en puissance de la classe et de son action autonome (cf. dans cet ouvrage, le texte : &lt;i&gt;La R&#233;volution prol&#233;tarienne&lt;/i&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;La th&#232;se selon laquelle le prol&#233;tariat est &#171; une classe de cette soci&#233;t&#233; qui n'est pas une classe de cette soci&#233;t&#233; &#187; (Marx, &lt;i&gt;Introduction&lt;/i&gt; de 1843) est enti&#232;rement tributaire d'une probl&#233;matique qui fait du prol&#233;tariat l'humanit&#233; vraie potentielle ou virtuelle. Le prol&#233;taire de l'Introduction de 1843 nous renvoie &#224; l'humanisme de Feuerbach. Il faut toujours faire attention aux formules un peu trop ronflantes.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pour les textes principaux de ces revues, voir &lt;i&gt;Rupture dans la th&#233;orie de la r&#233;volution, Textes 1965 &#8211; 1975&lt;/i&gt;. Pr&#233;sentation de Fran&#231;ois Danel, &#201;d. Senonevero.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Nous verrons plus loin que sur cette base, Reeve et son &#171; adversaire &#187;, Zerzan, ont &#171; raison &#187; tous les deux, dans la mesure o&#249; ils demeurent l'un et l'autre dans la probl&#233;matique de l'ancien cycle de luttes, en se fondant l'un sur l'aspect quantitatif de cette place du travail, l'autre sur sa situation qualitative dans la reproduction, l'identit&#233; ouvri&#232;re confirm&#233;e dans la reproduction du capital.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Si ce n'est le contexte des luttes, ce qui est essentiel, les th&#232;ses actuelles de Negri sont-elles si &#233;loign&#233;es de ce qu'il &#233;crivait voici quarante ans ?&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-18&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-18&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ce que les &#171; Brigadistes &#187; critiqueront &#224; juste titre dans l'op&#233;ra&#239;sme, dans leur texte &lt;i&gt;L'abeille et le communisme&lt;/i&gt; in Correspondances internationales, 1983.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-19&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-19&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;19&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;R&#233;dacteur principal de &lt;i&gt;La Banquise&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-20&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-20&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;20&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pour autant que l'on n'a pas renvoy&#233; la contradiction entre le prol&#233;tariat et le capital au mus&#233;e des antiquit&#233;s du &#171; marxisme traditionnel &#187; comme le fait &lt;i&gt;Endnotes&lt;/i&gt; dans son &#233;ditorial du n&#176;3. Il y a comme une folie th&#233;oricienne &#224; ranger le rapport entre prol&#233;tariat et capital qui est la vie m&#234;me du mode de production capitaliste comme accumulation au m&#234;me rang que les antagonismes culturels ou les diff&#233;rents types de sexualit&#233;. Tout cela n'&#233;tant que des &#171; formes de r&#233;alisation &#187; de la si chic et pure contradiction entre la valeur d'usage et la valeur d'&#233;change.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-21&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-21&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-21&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;21&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;On peut trouver une critique de la th&#233;orie de la forme-valeur proche de celle que nous faisons ici dans le texte de Gilles Dauv&#233;, &lt;i&gt;La boulang&#232;re et le th&#233;oricien&lt;/i&gt;, sur le blog &#171; Douter de tout&#8230;pour tenir l'essentiel &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-22&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-22&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-22&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;22&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sur cette analyse de l'exploitation comme contradiction, cf. &#171; L'exploitation, d&#233;finition d'une contradiction &#187;, &lt;i&gt;Th&#233;orie Communiste &lt;/i&gt;no22&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-23&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-23&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-23&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;23&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Le CPE (Contrat Premi&#232;re Embauche) &#233;tait un type de contrat de travail r&#233;duisant le salaire et la protection sociale. Bien que vot&#233; par le parlement, &#224; la suite d'un vaste mouvement de protestation, le projet fut abandonn&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-24&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-24&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-24&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;24&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Nous conseillons &#224; ceux qui verraient l&#224; une construction conceptuelle transhistorique la relecture de la premi&#232;re phrase du chapitre I du &lt;i&gt;Manifeste&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-25&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-25&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-25&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;25&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Le surtravail des grandes masses a cess&#233; d'&#234;tre la condition du d&#233;veloppement de la richesse g&#233;n&#233;rale.[&#8230;] Le capital est une contradiction en proc&#233;s : d'une part, il pousse &#224; la r&#233;duction du temps de travail &#224; un minimum, et d'autre part il pose le temps de travail comme la seule source et la seule mesure de la richesse &#187; (Marx, &lt;i&gt;Fondements de la critique de l'&#233;conomie politique, &lt;/i&gt;&#201;d. Anthropos, p.222)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-26&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-26&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-26&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;26&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; La co&#239;ncidence du changement des circonstances et de l'activit&#233; humaine ou autochangement ne peut &#234;tre saisie et rationnellement comprise que comme pratique r&#233;volutionnaire &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-27&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-27&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-27&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;27&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cette d&#233;finition de &#171; l'essence de l'homme &#187; supprime ce qu'elle est cens&#233;e d&#233;finir.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-28&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-28&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-28&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;28&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Il faut comprendre que le capital comme contradiction en proc&#232;s est le fondement de toute capacit&#233; du capital &#224; &#234;tre contre-r&#233;volution. En effet, par l&#224;, le mode de production capitaliste est une r&#233;ponse ad&#233;quate &#224; une pratique r&#233;volutionnaire en perp&#233;tuant la loi de la valeur dans la dynamique m&#234;me de sa caducit&#233; et m&#234;me faisant de celle-ci la condition de cette perp&#233;tuation.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-29&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-29&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-29&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;29&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Les id&#233;ologues qui nous bassinent avec l'id&#233;alisation des &#171; &lt;i&gt;commons&lt;/i&gt; &#187; ne font qu'id&#233;aliser la servitude.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-30&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-30&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-30&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;30&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cela peut &#234;tre la famille comme la s&#233;paration entre la ville et la campagne.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-31&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-31&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-31&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;31&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; La co&#239;ncidence du changement des circonstances et de l'activit&#233; humaine ou autochangement ne peut &#234;tre saisie et rationnellement comprise que comme pratique r&#233;volutionnaire. &#187; (Marx, &lt;i&gt;Th&#232;ses sur Feuerbach&lt;/i&gt;)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-32&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-32&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-32&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;32&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Que l'on pense &#224; la Commune de Paris en 1871 ou &#224; la prise des Tuileries le 10 ao&#251;t 1792.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-33&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-33&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-33&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;33&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;La critique des rapports sociaux capitalistes comme &#233;conomie prend au pied de la lettre leur autonomisation comme &#233;conomie. Un rapport social, le capital, se pr&#233;sente comme objet, et cet objet comme pr&#233;supposition de la reproduction du rapport social. La critique du concept d'&#233;conomie, qui int&#232;gre dans le concept les propres conditions d'existence de l'&#233;conomie, &#233;vite pr&#233;cis&#233;ment de poser le d&#233;passement de l'&#233;conomie comme une opposition &#224; l'&#233;conomie, parce que la r&#233;alit&#233; de l'&#233;conomie (sa raison d'&#234;tre) est en dehors d'elle. L'&#233;conomie est un attribut du rapport d'exploitation.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-34&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-34&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-34&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;34&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Les cat&#233;gories de l'&#233;conomie bourgeoise sont des formes de l'intellect qui ont une v&#233;rit&#233; objective en tant qu'elles refl&#232;tent des rapports sociaux r&#233;els &#187; (Marx, &lt;i&gt;Le Capital&lt;/i&gt;, &#201;d. Sociales, t. 1, p. 88)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-35&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-35&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-35&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;35&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Le d&#233;faut principal, jusqu'ici, de tous les mat&#233;rialismes (y compris celui de Feuerbach) est que l'objet, la r&#233;alit&#233; effective, la sensibilit&#233;, n'est saisi que sous la forme de l'&lt;i&gt;objet ou de l'intuition &lt;/i&gt; ; mais non pas comme &lt;i&gt;activit&#233; sensiblement humaine&lt;/i&gt;, comme &lt;i&gt;pratique&lt;/i&gt;, non pas de fa&#231;on subjective &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-36&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-36&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-36&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;36&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Il faut cependant &#234;tre tr&#232;s vigilant au statut accord&#233; &#224; cette distinction entre sujet et objet, aucun des deux ne tient son existence de lui-m&#234;me ou m&#234;me de leur r&#233;ciprocit&#233;. En effet, la lutte du prol&#233;tariat et m&#234;me la r&#233;volution ne sont pas l'irruption d'une subjectivit&#233; (plus ou moins libre, plus ou moins d&#233;termin&#233;e) mais un moment du rapport du mode de production capitaliste &#224; lui-m&#234;me &#224; l'int&#233;rieur de lui-m&#234;me, ceux qui voit l&#224; de l'objectivisme oublient seulement que le prol&#233;tariat est une classe du mode de production capitaliste et que celui-ci est lutte des classes. On ne peut isoler la question du rapport entre la situation objective et la subjectivit&#233; de l'auto-contradiction du mode de production capitaliste. Le sujet et l'objet dont nous parlons ici sont des moments de cette auto-contradiction qui dans son unit&#233; passe par ces deux phases oppos&#233;es (unit&#233; de moments promus &#224; l'autonomie).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-37&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-37&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-37&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;37&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;C'est en tant qu'il est pratique du prol&#233;tariat que le jeu abolit sa r&#232;gle, &lt;i&gt;cf. supra&lt;/i&gt; : &#171; Quand nous disons que l'exploitation est une contradiction pour elle-m&#234;me nous d&#233;finissons la situation et l'activit&#233; r&#233;volutionnaire du prol&#233;tariat. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		
		<enclosure url="https://theoriecommuniste.org/IMG/pdf/68-anneetheorique.pdf" length="992618" type="application/pdf" />
		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>SOUL&#200;VEMENT ARABE, CLASSES / GENRE</title>
		<link>https://theoriecommuniste.org/la-revue/article/soulevement-arabe-classes-genre</link>
		<guid isPermaLink="true">https://theoriecommuniste.org/la-revue/article/soulevement-arabe-classes-genre</guid>
		<dc:date>2014-04-19T16:38:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>TC</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;Les contradictions de classe&lt;sup&gt;&lt;a href='https://theoriecommuniste.org/Classes' title=&#034;D&#233;finition&#160;: Les classes ne sont ni des sommes d'individus regroup&#233;s par un int&#233;r&#234;t (&#8230;)&#034;&gt;?&lt;/a&gt;&lt;/sup&gt; et de genre, dans leur sp&#233;cificit&#233;, ne peuvent exister s&#233;par&#233;ment. &#192; l'int&#233;rieur de la crise &#233;conomique et politique de la configuration de la classe dominante et de son &#201;tat, la th&#232;se centrale de ce texte d&#233;signe la distinction de genre comme op&#233;rateur int&#233;rieur d&#233;terminant du &lt;strong&gt;devenir politique&lt;/strong&gt; de la lutte de classe comme revendication civile.&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://theoriecommuniste.org/la-revue/" rel="directory"&gt;La Revue&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://theoriecommuniste.org/local/cache-vignettes/L107xH150/soulevementarabeclassesgenre-a2ee3.jpg?1769360808' class='spip_logo spip_logo_right' width='107' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Avril 2014&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034; id='Soulevement-arabe-classes-genre'&gt;
&lt;a id=&#034;__RefHeading___Toc6470_2371844483&#034;&gt;&lt;/a&gt;
Soul&#232;vement arabe : classes&lt;sup&gt;&lt;a href='https://theoriecommuniste.org/Classes' title=&#034;D&#233;finition&#160;: Les classes ne sont ni des sommes d'individus regroup&#233;s par un int&#233;r&#234;t (&#8230;)&#034;&gt;?&lt;/a&gt;&lt;/sup&gt; / genre &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Dans le cours des luttes de classes du soul&#232;vement arabe, l'occultation &lt;i&gt;conflictuelle&lt;/i&gt; des &lt;i&gt;ouvri&#232;res&lt;/i&gt; sous leur d&#233;finition de &lt;i&gt;femmes&lt;/i&gt; les renvoie en tant que telles &#224; la sph&#232;re du &lt;i&gt;priv&#233;&lt;/i&gt;. Leur pr&#233;sence dans la sph&#232;re publique de la production et des gr&#232;ves ou des manifestations, toujours subordonn&#233;e et permettant leur assignation en tant que femmes, est constitutive d'une d&#233;finition &lt;i&gt;masculine&lt;/i&gt; de la classe ouvri&#232;re. Un ouvrier est un prol&#233;taire, une ouvri&#232;re est une femme. C'est par cette d&#233;finition masculine que la classe ouvri&#232;re participe du mouvement g&#233;n&#233;ral de revendication et de constitution d'une soci&#233;t&#233; civile, c'est-&#224;-dire d'un espace &lt;i&gt;public&lt;/i&gt; existant en relation avec le fonctionnement de l'&#201;tat dont la recomposition li&#233;e &#224; celle de la classe dominante demeure &lt;i&gt;l'enjeu g&#233;n&#233;ral du mouvement de longue dur&#233;e amorc&#233; dans les pays arabes&lt;/i&gt; et qui, pour l'instant, absorbe les pratiques de tous les acteurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De l'usine au quartier, cette revendication a &#233;t&#233; comme l'&#233;ther dans lequel ont baign&#233; toutes les motivations et revendications propres &#224; chacune des composantes de ce soul&#232;vement et qui leur a donn&#233; leur coloration particuli&#232;re. Elle n'a d&#233;tourn&#233;, ni tromp&#233; aucun acteur de ce soul&#232;vement dans la mesure o&#249; elle a &#233;t&#233; le contenu de l'interclassisme qui pour chaque composante &#233;tait &lt;i&gt;inclus&lt;/i&gt; dans son opposition particuli&#232;re &#224; la classe dominante. L'activit&#233; en tant que classe du prol&#233;tariat s'est alors constitu&#233;e comme limite d'elle-m&#234;me dans l'interclassisme avec son contenu &lt;i&gt;politique&lt;/i&gt; sp&#233;cifique par la m&#233;diation et le travail sur la contradiction de classes de la distinction de genre : occultation des femmes comme ouvri&#232;res ; assignation des ouvri&#232;res en tant que femmes. La distinction de genre a mis en forme la revendication de la soci&#233;t&#233; civile (dont la reconnaissance de syndicats ind&#233;pendants) et le devenir interclassiste de la revendication &lt;i&gt;ouvri&#232;re&lt;/i&gt; en tant que revendication &lt;i&gt;politique&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le mode de production capitaliste, le salariat, fond&#233; sur l'achat-vente de la marchandise force de travail que les prol&#233;taires sont tenus personnellement de reproduire, implique la s&#233;paration de la production et de la reproduction (individuelle et de la &#171; race des travailleurs &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Marx, Salaire, prix et profit, &#201;d. Sociales, p.46&#034; id=&#034;nh4-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;), il contient la s&#233;paration des sph&#232;res publique et priv&#233;e, il est par d&#233;finition sexu&#233; et inclut, par l&#224;, comme n&#233;cessaire la domination des femmes&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir annexe 1.&#034; id=&#034;nh4-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Cela a une cons&#233;quence primordiale pour la suite de notre propos : la lutte &lt;i&gt;ouvri&#232;re&lt;/i&gt; d&#233;l&#233;gitime constamment l'existence des femmes comme ouvri&#232;res et est &lt;i&gt;int&#233;rieurement&lt;/i&gt; amen&#233;e &#224; se faire valoir comme masculine pour exister, c'est-&#224;-dire &#234;tre reconnue en tant que telle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les conditions sp&#233;cifiques de la crise &#233;conomique et politique dans les pays arabes du pourtour de la M&#233;diterran&#233;e, principalement en Tunisie et en &#201;gypte, ont fait de cette d&#233;l&#233;gitimation qui est une tendance g&#233;n&#233;rale de la lutte en tant que classe une caract&#233;ristique dominante de son cours. Mais plus pr&#233;cis&#233;ment, si le fait de lutter en tant que classe est maintenant la limite interne n&#233;cessaire de la lutte de classe, c'est toujours de fa&#231;on sp&#233;cifique que cela existe. C'est alors cette intrication entre les contradictions de classes et de genre qui a &#233;t&#233; de fa&#231;on d&#233;terminante en &#201;gypte et en Tunisie l'existence de cette limite. Cela n'amenuise en rien la conflictualit&#233; du rapport entre la classe ouvri&#232;re et le capital, mais indique dans quel rapport interne il se construit, existe et se heurte de mani&#232;re toujours particuli&#232;re, dans les luttes, &#224; sa propre limite&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;De fa&#231;on g&#233;n&#233;rale, la contradiction entre les classes se noue aujourd'hui au (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;trange combinaison entre lib&#233;ralisme et bureaucratie d'&#201;tat qui d&#233;finit l'&#201;tat et la classe dominante dans les pays arabes depuis le d&#233;but des ann&#233;es 1970 parvenue &#224; ses limites de d&#233;veloppement a craqu&#233; de toute part, donnant une configuration sociale sp&#233;cifique aux luttes de classes que la crise mondiale a d&#233;clench&#233;e. Les modalit&#233;s et les formes de l'exploitation directe de la force de travail, la cr&#233;ation de masses d'exclus et de ch&#244;meurs ou d'un prol&#233;tariat flottant du sous-emploi &#224; l'&#233;conomie informelle, l'&#233;viction des classes moyennes et des entrepreneurs ind&#233;pendants, et finalement, s'appuyant sur les appareils d'&#201;tat, les formes directes et violentes de domination sur l'ensemble de la soci&#233;t&#233; n&#233;cessaires &#224; la transformation en g&#233;n&#233;ratrices de rentes de toutes les activit&#233;s entrant dans la valorisation mondiale du capital par lesquelles la classe dominante se constitue et domine l'&#201;tat, firent que chaque composante du mouvement a trouv&#233; dans sa raison particuli&#232;re d'entrer en sc&#232;ne la cause du d&#233;veloppement interclassiste de sa lutte. Le prol&#233;tariat, &#224; partir de ses int&#233;r&#234;ts propres, s'est trouv&#233; lui aussi, partie prenante d'un mouvement dont l'interclassisme est devenu, de fa&#231;on interne, le cours de son action.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais la recomposition de la classe dominante et de l'&#201;tat, en &#201;gypte comme en Tunisie, ne peut &#234;tre men&#233;e de fa&#231;on endog&#232;ne. C'est la cl&#233; de la compr&#233;hension du soul&#232;vement arabe comme &lt;i&gt;processus de long terme&lt;/i&gt;&lt;i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Nous empruntons cette perspective ainsi que l'appellation de &#171; soul&#232;vement &#187; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/i&gt; avec ses aller-retour dont les affrontements de l'&#233;t&#233; 2013 entre les fractions de la bourgeoisie repr&#233;sent&#233;es par les Fr&#232;res musulmans d'une part et par l'Arm&#233;e d'autre part (avec les fragiles h&#233;g&#233;monies qu'elles peuvent passag&#232;rement construire) ont &#233;t&#233; un &#233;pisode. Le prol&#233;tariat ne peut demeurer spectateur : il participe &#224; la contre-r&#233;volution qui comme l'&#233;crivait Korsch est &#171; une phase normale du d&#233;veloppement de la soci&#233;t&#233; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Karl Korsch, L'&#201;tat et la contre-r&#233;volution in Marxisme et Contre-r&#233;volution,&#034; id=&#034;nh4-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Il y participe non seulement parce que cette contre-r&#233;volution est la mise en forme des limites politiques m&#234;mes de ses luttes, ce n'est pas l&#224; une raison suffisante, mais encore parce que sa propre structuration comme classe dans et par les luttes (pas seulement sa composition prise comme un r&#233;sultat) l'embarque dans cette recomposition de l'&#201;tat et de la classe dominante (voir plus loin). La condition non encore accomplie de cette recomposition r&#233;side dans la constitution en tant que soci&#233;t&#233; civile du rapport de l'&#201;tat aux rapports de production&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;On peut produire le concept de l'&#201;tat &#224; partir du capital, puis le produire (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Par l&#224;, les raisons du partage entre le soutien &#224; l'Arm&#233;e ou aux Fr&#232;res musulmans ne se limitent pas &#224; des int&#233;r&#234;ts &#233;conomiques imm&#233;diats, ce sont toutes les instances dans lesquelles s'inscrit l'existence du prol&#233;tariat dans son rapport &#224; la classe dominante et &#224; l'&#201;tat qui sont en jeu. S'il est exact que les rapports de production d&#233;terminent la forme de l'&#201;tat, les rapports politiques et id&#233;ologiques, il faut cependant ajouter que dans la mesure o&#249; ces rapports de production sont contradictoires, mettent en jeu une lutte des classes, leur propre reproduction implique l'action de toutes les instances du mode de production avec leur efficacit&#233; et leur autonomie propres. En deux mots, il faut toujours remettre les gens &#224; leur place et / ou les convaincre que telle est leur place et cela donne des processus extr&#234;mement fins qui se difractent dans toute la soci&#233;t&#233; avec leurs champs propres d'efficacit&#233; et leur principes sp&#233;cifiques d'existence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce serait une erreur de chercher &#224; montrer que la contradiction entre hommes et femmes est plus fondamentale ou centrale que la contradiction de classes, ou l'inverse, dans les &#233;v&#233;nements en &#201;gypte ou en Tunisie. Il s'agit de cerner et produire en th&#233;orie un d&#233;veloppement social o&#249; aucune des deux contradictions ne fonctionne sans l'autre, n'est efficiente et compr&#233;hensible, en un mot n'existe sans l'autre. Le mouvement social est la conjonction des deux contradictions, mais telles que dans leur sp&#233;cificit&#233; elles ne peuvent exister s&#233;par&#233;ment. &#192; l'int&#233;rieur de la crise &#233;conomique et politique de la configuration de la classe dominante et de son &#201;tat, la th&#232;se centrale de ce texte d&#233;signe la distinction de genre comme op&#233;rateur int&#233;rieur d&#233;terminant du &lt;i&gt;devenir politique&lt;/i&gt; de la lutte de classe comme revendication civile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;__RefHeading___Toc6472_2371844483&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;Luttes ouvri&#232;res et contradiction de genre&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;__RefHeading___Toc6474_2371844483&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;Les usines&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les luttes en &#201;gypte et en Tunisie, la contradiction entre les hommes et les femmes&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Le 'contr&#244;le des naissances', le contr&#244;le de la principale force (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; est apparue comme une d&#233;termination inh&#233;rente &#224; la lutte ouvri&#232;re. Parce que la s&#233;paration du public et du priv&#233; est intrins&#232;que au salariat, la lutte du prol&#233;tariat pour ses int&#233;r&#234;ts imm&#233;diats aussi bien directement mat&#233;riels, que pour sa repr&#233;sentation sociale et politique, doit affirmer cette s&#233;paration et sans cesse la reproduire pour elle-m&#234;me afin d'&#234;tre un rapport &#224; l'&#201;tat et exister comme classe antagonique &#224; la classe capitaliste &lt;i&gt;&#224; l'int&#233;rieur de ce mode de production&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, un des aspects les plus caract&#233;ristiques des gr&#232;ves et protestations ouvri&#232;res depuis 2006 en &#201;gypte c'est le r&#244;le jou&#233; par les femmes qui ont initi&#233; ou anim&#233; la plupart des mouvements. Elles ont non seulement particip&#233; aux activit&#233;s diurnes mais aussi, souvent, elles ont difficilement brav&#233; les interdits pour occuper les usines durant la nuit au lieu de rentrer dormir chez elles comme des femmes &#171; respectables &#187;. Si toutes les &#171; meneuses &#187; ont autour de la quarantaine, une &#233;norme proportion de celles qui ont &#171; simplement &#187; particip&#233; a moins de trente ans, voire moins de vingt ans. Elles forment la masse des travailleurs les moins bien pay&#233;s de l'industrie textile, majoritairement embauch&#233;es sans contrat de travail, uniquement en &#233;quipe de jour, et souvent d&#233;missionnent pour devenir m&#232;re au foyer&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dans certaines usines les jeunes femmes doivent signer un document o&#249; elles (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Souvent, n'ayant d'autre choix, elles travaillent afin d'&#233;conomiser assez d'argent pour financer leur mariage. Certaines continuent de travailler apr&#232;s le mariage pour entretenir leurs parents, d'autres plus nombreuses, pour subvenir aux besoins de leur famille en joignant leur petit salaire &#224; celui de leur mari.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La distinction public / priv&#233; inh&#233;rente &#224; l'existence m&#234;me du salariat est le principe de base de l'invisibilisation des femmes dans la lutte de classe o&#249; leur participation en tant qu'ouvri&#232;res est constamment occult&#233; par leur red&#233;finition continue comme femmes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut voir un tel processus social &#224; l'&#339;uvre au cours de la grande gr&#232;ve du centre textile de Mahallah, en &#201;gypte, en 2006. &#171; En d&#233;cembre 2006, des conflits &#233;clatent dans les cimenteries et l'automobile dans le secteur de Mahallah. Mais c'est la gr&#232;ve dans le complexe textile de l'&lt;i&gt;Egyptian Company of Spinning and Weaving&lt;/i&gt; de Mahallah (27 000 travailleurs) qui va jouer un r&#244;le moteur dans l'extension de la gr&#232;ve. Le 3 mars 2006, le Premier ministre avait promis &#224; tous les travailleurs du secteur public une prime exceptionnelle de 100 livres &#233;gyptiennes (15 euros) qui devait se cumuler avec deux autres primes du m&#234;me montant (la derni&#232;re augmentation du salaire de base remonte &#224; 1984). Mais lors de la paie de d&#233;cembre, seule une prime est pay&#233;e au lieu de trois. Le 5 d&#233;cembre un groupe de travailleurs refuse la paie et, le 7, l'&#233;quipe du matin s'assemble dans un square proche de l'entr&#233;e de l'usine. La production d&#233;j&#224; ralentie cesse totalement. 3000 travailleurs sortent de l'usine et se r&#233;pandent dans les autres usines textiles alentour : ils sont bient&#244;t 10 000 rassembl&#233;s dans le square. Dans l'usine, les femmes du secteur tissage, o&#249; elles forment l'essentiel de la force de travail, se rendent dans le secteur filature, o&#249; dominent les hommes en criant : 'O&#249; sont les hommes, voici les femmes !' La police appel&#233;e mais peu nombreuse n'intervient pas. Les gr&#233;vistes refusent une premi&#232;re offre de vingt et un jours de prime et malm&#232;nent les pl&#233;nipotentiaires de la direction. Le soir, &lt;i&gt;les ouvriers hommes ayant persuad&#233; les ouvri&#232;res femmes de rentrer &#224; la maison&lt;/i&gt; (soulign&#233; par nous), 70 d'entre eux restent pour occuper l'usine. La police, ne sachant pas combien d'ouvriers occupent l'usine, n'ose pas entrer imm&#233;diatement ; l'eau et l'&#233;lectricit&#233; sont coup&#233;es. Dans la nuit, craignant une attaque, les occupants lancent des appels de toutes sortes, y compris en faisant le plus de bruit possible, pour une sorte de mobilisation locale. Et, au matin se d&#233;roule devant l'usine une manifestation massive de 20 000 ouvriers, &lt;i&gt;ouvri&#232;res, femmes et enfants&lt;/i&gt; (idem) : la police n'ose intervenir. Au quatri&#232;me jour d'occupation, la direction offre quarante-cinq jours de salaire comme prime et avance une promesse de non-privatisation ; les travailleurs acceptent et suspendent la gr&#232;ve. &#187; (&lt;i&gt;Vague de gr&#232;ves dans le delta du Nil, &lt;/i&gt;Echanges, n&#176;121, &#233;t&#233; 2007). Dans cette simple description on trouve la plupart des caract&#233;ristiques des gr&#232;ves au cours du soul&#232;vement arabe : mise en cause directe de l'&#201;tat &#224; propos de luttes &#171; &#233;conomiques &#187; ; r&#244;le du syndicalisme officiel et revendication d'un syndicalisme &#171; libre &#187; ; privatisation et secteur public ; niveau des salaires et r&#244;le des subventions dans la consommation ouvri&#232;re ; importance dans tous les conflits de l'occupation de l'espace public, etc. Toutes choses qui participent de la crise &#233;conomique et politique de la configuration de la classe dominante et de son &#201;tat, du devenir politique de la lutte de classe comme revendication civile, mais il y manque l'op&#233;rateur d&#233;terminant de ce devenir : &lt;i&gt;la distinction de genre&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; quelques kilom&#232;tres de Mahallah, &#224; Mansoura, le 21 avril 2007, 300 ouvri&#232;res sur les 400 employ&#233;s de l'entreprise &lt;i&gt;Mansoura Spanish Garment&lt;/i&gt; occupent l'usine et s&#233;questrent le patron pour obtenir le paiement de 17 primes impay&#233;es depuis 1999 et pour lutter contre le projet de fermeture de l'usine. Pendant plusieurs mois, environ 200 y restent la nuit avec leurs enfants souvent en bas &#226;ge. Le 8 mai, elles rejettent la proposition d'un mois de salaire pay&#233; sur fonds d'&#201;tat et expulsent de l'usine le d&#233;l&#233;gu&#233; du syndicat officiel qui avait fait l'interm&#233;diaire et accept&#233; la proposition. Il existe peu de documents sur le d&#233;roulement m&#234;me de l'occupation, mais tous insistent sur la pr&#233;sence des enfants et la r&#233;putation de &#171; bonnes musulmanes &#187; des ouvri&#232;res&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Certains r&#233;cits (sur le net) insistent sur le caract&#232;re strict de leur voile (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; qui vont m&#234;me demander de l'aide aupr&#232;s du maire, proche des Fr&#232;res musulmans, mais celui-ci soutenant la direction, les ouvri&#232;res organisent des sit-in devant ses bureaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Contrairement &#224; celles de Mahallah, les ouvri&#232;res de Mansoura n'ont pas vu, leur d&#233;finition d'ouvri&#232;re occult&#233;e aussi radicalement par leur existence en tant que femme, cependant il a fallu que durant l'occupation elles continuent &#224; se comporter d&#233;cemment en m&#232;res de famille. La contradiction entre hommes et femmes, inh&#233;rente &#224; toutes les cat&#233;gories du mode de production capitaliste en tant qu'&#233;conomie marchande et construite de fa&#231;on d&#233;finitoire dans le rapport salarial lui-m&#234;me qui cr&#233;e la distinction entre public et priv&#233;, traverse la contradiction entre prol&#233;tariat et capital et en construit les configurations historiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les grandes usines textiles du Delta en &#201;gypte se caract&#233;risent par un &#171; enracinement de la main-d'&#339;uvre dans un tissu social et familial dense, centr&#233; autour de l'usine &#187; (Marie Duboc, &lt;i&gt;La contestation sociale en &#201;gypte depuis 2004&lt;/i&gt; in &lt;i&gt;Protestations sociales, r&#233;volutions civiles, transformations du politique dans la M&#233;diterran&#233;e arabe&lt;/i&gt;, sous la direction de Sarah Ben N&#233;fissa et Blandine Destrumeau, &#201;d. Armand Colin, 2011). Cela bien que les transformations des relations salariales aient fait de cet enracinement plus l'objet d'une revendication id&#233;ale qu'une r&#233;alit&#233; encore totalement actuelle. L'usine est la source des liens qui unissent les ouvriers en dehors m&#234;me de leur lieu de travail, &#224; travers des liens matrimoniaux, sociaux ou des relations &#233;conomiques (entraide, tontines&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;A Mahallah, les ouvriers et surtout les ouvri&#232;res utilisent ce syst&#232;me pour (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;). Les entreprises publiques &#233;gyptiennes avaient m&#234;me pour tradition de recruter les enfants des ouvriers, ce qui signifie que des familles enti&#232;res travaillent encore dans l'usine, c'est d'autant plus marqu&#233; &#224; Mahallah o&#249; la part de la main-d'&#339;uvre f&#233;minine est plus grande qu'ailleurs, en raison de la production de bonneterie et de v&#234;tements. &#171; Les relations entre les coll&#232;gues sont &#233;galement renforc&#233;es par les liens de mariage. Les relations entre ouvriers ne se limitent donc pas au lieu de travail, mais prennent place dans le contexte de relations familiales quotidiennes incluant conjoints, parents et enfants. (&#8230;) Les relations &#224; l'int&#233;rieur de ces r&#233;seaux, qui comprennent famille, coll&#232;gues, voisins et amis, ont pour but de r&#233;duire les difficult&#233;s mat&#233;rielles des m&#233;nages et de compenser les lacunes des services publics &#187; (&lt;i&gt;ibid&lt;/i&gt;). R&#233;seaux sociaux et revendications ouvri&#232;res s'articulent. Dans les grandes concentrations du Delta, les r&#233;seaux montrent que l'usine n'est pas seulement un lieu de travail, la vie sociale et familiale &#233;tant centr&#233;e autour de l'usine, toute menace vis-&#224;-vis de l'usine est une menace pour la vie sociale des ouvriers. &#192; Mahallah, le d&#233;clin de l'entreprise avec la remise en cause des &#171; acquis sociaux &#187; des ouvriers, accompagne le recul de l'&#201;tat providence qui s'accompagne toujours d'une red&#233;finition et d'une aggravation du travail domestique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La Chine de l'&#233;poque des grands combinats (danwei) illustre &#233;galement cette (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Mais ces r&#233;seaux et cette interconnexion entre l'usine et son&lt;strong&gt; &lt;/strong&gt;environnement social sont aussi un puissant dispositif, tout un ensemble de modes d'existence, par lequel s'effectue dans la plus simple trivialit&#233; quotidienne l'invisibilisation des ouvri&#232;res, leur red&#233;finition continue en tant que femmes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Tunisie &#233;galement, les gr&#232;ves et les &#233;meutes de la r&#233;gion de Gafsa &#224; partir de 2008 ont &#233;t&#233; l'occasion de l'apparition du priv&#233; dans la sph&#232;re publique, mais l&#224; aussi les femmes ne sont &#171; apparues &#187; publiquement que sous leurs habits priv&#233;s ce qui les a rendues &#224; la fois visibles et telles qu'habituellement, c'est-&#224;-dire invisibles. &#192; Redeyef d'o&#249; est partie la r&#233;volte dans le bassin minier (phosphates) de Gafsa, les femmes jouent un r&#244;le central dans les mobilisations sociales, notamment &#224; partir de leur r&#233;pression apr&#232;s mai 2008 : &#171; Elles y organisent des rassemblements, comme le 10 mai 2009, pour r&#233;clamer la lib&#233;ration des prisonniers, qui sont aussi leurs maris et leurs enfants. Leur engagement s'effectue le plus souvent sous cette double dimension maternelle et conjugale, qui les renvoie &#224; leur condition f&#233;minine. Ce faisant, tout en assumant leur r&#244;le familial, en visitant leurs maris emprisonn&#233;s notamment, elles procurent aux militants tunisiens et &#233;trangers de pr&#233;cieuses informations sur les conditions de d&#233;tention. Leur t&#233;moignage &#233;crit, photographi&#233; ou film&#233; est particuli&#232;rement recherch&#233; par les militants qui y puisent des motifs pour mobiliser l'opinion publique sur un registre oscillant entre &#233;motion et politique. Ainsi un petit film amateur, tourn&#233; clandestinement &#224; Redeyef en 2009, a &#233;t&#233; ensuite largement diffus&#233; dans les quartiers nantais&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La ville de Nantes concentre une forte immigration tunisienne originaire de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Intitul&#233; &lt;i&gt;Redeyef : le combat de la dignit&#233;&lt;/i&gt;, mais sous-titr&#233; &lt;i&gt;Leila Khaled, la Tunisienne&lt;/i&gt;, ce film met en sc&#232;ne plusieurs femmes de prisonniers et d&#233;montre leur r&#244;le central dans la lutte pour lib&#233;rer les prisonniers, r&#233;sister &#224; la r&#233;pression et maintenir 'l'extraordinaire coh&#233;sion et la grande solidarit&#233; dans la population et au sein des familles'. &#187; (Antoine Dumont, &lt;i&gt;De Redeyef &#224; Nantes : mobilisation sociale et migration internationale&lt;/i&gt; in &lt;i&gt;Protestations sociales, r&#233;volutions civiles&lt;/i&gt;, op. cit.) Le texte de pr&#233;sentation du film pr&#233;cise que les femmes &#171; assument le r&#244;le de porte-paroles de leurs maris, fr&#232;res et fils emprisonn&#233;s, mais aussi des populations r&#233;duites au silence dans leur localit&#233; comme dans toute la r&#233;gion &#187; (&lt;i&gt;ibid&lt;/i&gt;). De m&#234;me, en 2008, le groupe des &#171; veuves d'Oum El-Ara&#239;es &#187; constitu&#233; d'&#233;pouses d'ouvriers de la CPG (Compagnie des Phosphates de Gafsa) d&#233;c&#233;d&#233;s suite &#224; un accident du travail, dressent des tentes et revendiquent l'embauche de leurs enfants avant de lever le camp en f&#233;vrier suite aux promesses d'embauche qui leur ont &#233;t&#233; faites (voir Amin Allal et Karine Bennafla, &lt;i&gt;Les mouvements protestataires de Gafsa (Tunisie) et Sidi Ifni (Maroc) de 2005 &#224; 2009&lt;/i&gt;, in &lt;i&gt;Protestations sociales, r&#233;volutions civiles&lt;/i&gt;, op. cit.).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour les femmes, directement, le priv&#233; n'est jamais absent de leur existence publique m&#234;me. Il en fut de m&#234;me lors de la &#171; r&#233;volution &#187; avec la formation et le fonctionnement des &#171; Comit&#233;s populaires &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;__RefHeading___Toc6476_2371844483&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;Les Comit&#233;s populaires&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 28 janvier 2011 au soir, au Caire et dans d'autres grands centres urbains, la police dispara&#238;t. Le but de la man&#339;uvre est simple : le d&#233;veloppement de l'ins&#233;curit&#233;, les agressions, les pillages doivent ramener la population dans le giron du pouvoir en place, d'autant plus que la journ&#233;e a &#233;t&#233; marqu&#233;e par des &#171; lib&#233;rations / &#233;vasions &#187; massive de prisonniers de droit commun. Avec l'apparition quasi simultan&#233;e &#224; cette disparition des &lt;i&gt;Comit&#233;s populaires&lt;/i&gt; de d&#233;fense des quartiers, et ce sans planification, sans injonctions et sans &#171; structures &#187; de pr&#233;paration, l'op&#233;ration non seulement est un &#233;chec, mais encore elle est contre-productive&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Il faut noter que les quartiers r&#233;sidentiels furent en t&#234;te de ce mouvement (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ces &lt;i&gt;Comit&#233;s&lt;/i&gt; furent simultan&#233;ment des moments importants du d&#233;veloppement interclassiste des luttes en &#201;gypte et en Tunisie o&#249; un ph&#233;nom&#232;ne semblable apparut, et des organes et instruments de la r&#233;imposition des relations de genre &#224; l'int&#233;rieur des luttes aux niveaux social et politique intimement li&#233;s ici. Comme lors des gr&#232;ves, cette r&#233;imposition est inscrite dans les luttes comme l'expression (l'expression n'est pas un r&#233;sultat passif mais une activit&#233;) de leur limite inh&#233;rente en tant que lutte de classe (la distinction public / priv&#233; ; hommes / femme est d&#233;finitoire du salariat et de la lutte en tant qu'ouvrier) et, plus pr&#233;cis&#233;ment, comme lutte de classe amen&#233;e &#224; se faire valoir comme &lt;i&gt;expression sociale civile&lt;/i&gt; face &#224; &lt;i&gt;cet&lt;/i&gt; &#201;tat et &lt;i&gt;cette&lt;/i&gt; classe dominante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Si la s&#233;curit&#233; des espaces publics du Caire &#233;tait assur&#233;e par les militaires, dans les quartiers r&#233;sidentiels, on a assist&#233; au retour d'une version XXI&#232;me si&#232;cle de groupes de &lt;i&gt;futuwwa&lt;/i&gt;&lt;i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Litt&#233;ralement : les qualit&#233;s m&#226;les (g&#233;n&#233;rosit&#233;, endurance, courage, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;, qui comme l'a d&#233;crit Wilson Jacob&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Wilson Jacob : professeur &#224; l'Universit&#233; de Montr&#233;al, auteur de Working out (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, &#233;tait au XIX&#232;me si&#232;cle une ic&#244;ne de l'identit&#233; nationale de la classe ouvri&#232;re et de la solidarit&#233; communautaire en &#201;gypte prolongeant ainsi une pratique multis&#233;culaire de groupes organis&#233;s qui d&#233;fendaient les guildes d'artisans et les quartiers ouvriers au Caire. Mais la &lt;i&gt;futuwwa&lt;/i&gt; r&#233;incarn&#233;e du 1er f&#233;vrier 2011 s'est auto-d&#233;sign&#233;e '&lt;i&gt;Comit&#233;s du peuple&lt;/i&gt;' et elle comprend des hommes de toutes classes et de tous &#226;ges, ainsi que quelques femmes arm&#233;es de couteaux de boucher ! Positionn&#233;s &#224; chaque coin de rue, ces &lt;i&gt;Comit&#233;s&lt;/i&gt; se tiennent pr&#234;ts &#224; intervenir contre la police ou les bandes pay&#233;es par l'&#201;tat qui tentent d'intimider les habitants ou de se livrer &#224; des pillages. Le red&#233;ploiement du pouvoir s&#233;curitaire et militaire durant le soul&#232;vement n'est pas &#233;tranger aux risques de violences physiques sexuelles dont la police de Moubarak et ses voyous sont coutumiers. D&#232;s les premiers jours du soul&#232;vement, on a pu voir qu'un tr&#232;s grand nombre de femmes participaient &#224; la r&#233;volte. Comme on pouvait s'y attendre, les policiers et les voyous ont commenc&#233; &#224; s'en prendre aux femmes : molestations, viols. Une fois la police repouss&#233;e, les militaires et les groupes &lt;i&gt;futuwwa&lt;/i&gt; ont pris la rel&#232;ve en consid&#233;rant que 'prot&#233;ger' les gens impliquait d'inciter les femmes et les enfants &#224; rester en dehors de Tahrir et donc de les exclure de l'espace public. Mais les femmes s'y sont refus&#233;es, insistant sur le fait qu'elles n'&#233;taient pas des victimes, mais bien plut&#244;t le noyau directeur du mouvement. Le 7 f&#233;vrier, les groupes de femmes &#8211; y compris le mouvement de gauche ouvrier du &lt;i&gt;6 avril&lt;/i&gt;&lt;i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Plus un mouvement de soutien aux ouvriers qu'un &#171; mouvement ouvrier &#187; (nda).&#034; id=&#034;nh4-16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/i&gt; -, ainsi que les groupes anti-harc&#232;lement, les troupes de droits civils et l'aile 'Femmes' des Fr&#232;res Musulmans sont r&#233;apparus en force, par centaines de milliers, dans le centre ville du Caire. &#187; (Paul Amar, &lt;i&gt;Pourquoi les progressistes &#233;gyptiens marquent des points&lt;/i&gt;, sur le blog de Paul Jorion).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les femmes ne sont pas &#171; rentr&#233;es &#224; la maison &#187; sans r&#233;sistance mais la description du fonctionnement du &lt;i&gt;Comit&#233; populaire&lt;/i&gt; dans le quartier des Pyramides au Caire semble montrer que la &#171; protection &#187; fonctionne et que les &lt;i&gt;Comit&#233;s&lt;/i&gt; fonctionn&#232;rent comme maintien de l'ordre sexu&#233; et de la distinction entre public et priv&#233; &#224; l'int&#233;rieur m&#234;me du mouvement : &#171; Les femmes quant &#224; elles font tout pour &#234;tre &#224; leurs (les jeunes du quartier, nda) soins. Des plateaux de th&#233;, de caf&#233; et souvent de d&#238;ners sont servis &#224; longueur de la nuit par ces femmes qui tiennent &#224; leur cr&#233;er tout le confort possible. Elles se font concurrence pour leur donner des chaises en plastique, si jamais ils veulent voler un moment de repos et des couvertures pour se prot&#233;ger du froid. Une ambiance nouvelle r&#232;gne dans tous les coins du Caire o&#249; femmes, jeunes et m&#234;me agents de l'arm&#233;e se sentent tous unis pour d&#233;fendre l'&#201;gypte. Dans les foyers, les femmes pr&#233;parent des outils de d&#233;fense propres &#224; elles. Des outils qui conviennent &#224; leur nature mais qui ne manquent pas de cr&#233;ativit&#233; et d'innovation. De l'eau ou de l'huile bouillante, jusqu'aux bouteilles Molotov en passant par les couteaux et les gourdins en bois. &#187; (Al-Ahram hebdo, 2 f&#233;vrier 2011).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certains de ces &lt;i&gt;Comit&#233;s populaires&lt;/i&gt; ont perdur&#233; apr&#232;s le d&#233;part de Moubarak (11 f&#233;vrier 2011), sous l'appellation de &lt;i&gt;Comit&#233;s &lt;/i&gt;&lt;i&gt;populaires pour la d&#233;fense de la r&#233;volution&lt;/i&gt;. &#171; N&#233;s au c&#339;ur de la r&#233;volution comme des groupes d'autod&#233;fense lorsque le gouvernement d'Hosni Moubarak avait retir&#233; la police des rues afin de semer l'ins&#233;curit&#233;, les comit&#233;s populaires se sont rapidement politis&#233;s. Loin des d&#233;bats constitutionnels et des discussions sur le d&#233;coupage &#233;lectoral qui d&#233;chirent la classe politique, ils mobilisent au quotidien les habitants des quartiers sur leurs pr&#233;occupations premi&#232;res. Gaz, s&#233;curit&#233;, logement, contr&#244;le des prix, sant&#233;, &#233;ducation, t&#233;l&#233;communication, salaires minimums, vote : leurs membres sillonnent les rues pour collecter les signatures, s'attablent aux caf&#233;s pour impliquer les gens dans des actions concr&#232;tes pour la d&#233;fense de leurs droits et leur expliquer les enjeux &#233;lectoraux. &#187; (&lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt;, 11 septembre 2011).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'apparition publique des femmes dans ces &lt;i&gt;Comit&#233;s&lt;/i&gt; non seulement s'est largement conform&#233;e &#224; l'ordre sexu&#233; traditionnel, mais encore &#171; l'apparition publique &#187; elle-m&#234;me &lt;i&gt;dans le cadre du quartier&lt;/i&gt; ou de la &lt;i&gt;h&#226;ra&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ensemble d'habitations voisines et la voie qui le dessert&#034; id=&#034;nh4-17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; est demeur&#233;e conforme &#224; cet ordre et ne transgresse pas la s&#233;gr&#233;gation sexuelle des espaces. &#171; C'est dans ces quartiers populaires que les femmes sont le plus souvent dehors, mais proches de leur immeuble, dans une sph&#232;re qui est consid&#233;r&#233;e comme une extension du domaine domestique : on peut s'y affairer &#224; certaines t&#226;ches de la maison, porter ces robes d'int&#233;rieur color&#233;es qui d&#233;notent que l'on se trouve dans un territoire quasi domestique. &#187; (Vincent Battesti et Nicolas Puig, &lt;i&gt;Comment peut-on &#234;tre urbain ? Villes et vies urbaines&lt;/i&gt; in &lt;i&gt;L'&#201;gypte au pr&#233;sent&lt;/i&gt;, &#201;d. Actes Sud, p.153). Entre les &lt;i&gt;h&#226;ra&lt;/i&gt;, le percement de passages permet aux femmes de se projeter dans le quartier sans avoir &#224; passer par les avenues plus ouvertes. &#171; Ainsi le quartier, a fortiori le microquartier, constitue un lieu majeur de socialisation et de prescription normative. Il repr&#233;sente un espace de contr&#244;le moral et social des uns sur les autres&#8230; &#187; (idem, p.158). L'espace du quartier se distingue nettement et est m&#234;me en opposition &#224; &#171; &lt;i&gt;l'espace public&lt;/i&gt; &#187; consid&#233;r&#233; comme un espace r&#233;siduel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;__RefHeading___Toc6478_2371844483&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;&#171; Voici les femmes ! &#187; : quelques interrogations g&#233;n&#233;rales sur le priv&#233; et le public &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a l&#224; peu de choses, dans notre mat&#233;riau, m&#234;me si pour formuler quelques interrogations on peut anticiper sur ce qui va suivre &#224; propos du march&#233; du travail, des formes de mobilisation et d'exploitation du travail des femmes et de l'emprise politique de la religion comme ordre social de la moralit&#233;. On peut tr&#232;s bien avoir d&#233;fini le priv&#233;, le public, leurs relations et leur constitution r&#233;ciproque, il y aura toujours une difficult&#233; et un risque dans le passage des concepts g&#233;n&#233;raux &#233;labor&#233;s en tant que tels &#224; une r&#233;alit&#233; singuli&#232;re, surtout lorsque, presque par nature, la mati&#232;re &#224; s'approprier fait d&#233;fection par l'occultation m&#234;me qui la d&#233;finit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Voici les femmes &#187; scandaient les ouvri&#232;res de Mahallah. Si la condition d'&#233;pouse et de m&#232;re ne s'arr&#234;te pas &#224; la porte de l'usine, m&#234;me en gr&#232;ve, ou du quartier m&#234;me en insurrection, ce &#171; &lt;i&gt;voici les femmes&lt;/i&gt; &#187; signifie qu'elles ne sont plus ce qu'elles &#233;taient la veille. Les quelques exemples de luttes et les informations disponibles sur les comit&#233;s de quartier, mais aussi l'intrication du priv&#233; et du public dans les grands centres industriels et davantage encore dans l'&#233;conomie informelle dont cette intrication est constitutive, indiquent que si l'apparition des femmes dans la sph&#232;re publique ne contredit pas n&#233;cessairement leur d&#233;finition priv&#233;e et semble la confirmer, cette d&#233;finition n'est jamais, m&#234;me en tant que telle, sans rapport avec ce qui est public comme &#233;conomie et politique. L'apparition des femmes dans la sph&#232;re publique n'est jamais le lieu d'une alternative aux termes exclusifs entre confirmation d'une condition priv&#233;e et remise en cause de celle-ci. De m&#234;me que l'apparition du priv&#233; dans le public modifie toujours le public jusqu'au niveau de ce qui &#233;tait consid&#233;r&#233; jusque l&#224; comme des rapports seulement personnels, car des choses sont faites, dites, il y a une pr&#233;sence inhabituelle, des mots, des sourires et des col&#232;res, des comportements qui &#233;chappent &#224; l'enregistrement th&#233;orique et c'est par l&#224;, dans une pratique, que la question de la s&#233;paration est pos&#233;e ; de m&#234;me, une remise en cause de la s&#233;paration n'est pas un rejet, un abandon pur et simple de ce qui &#233;tait priv&#233; mais prend appui sur celui-ci comme critique en actes de la s&#233;paration. On ne sait pas si a &#233;t&#233; en jeu l'imposition aux hommes du partage de certaines t&#226;ches, mais il est s&#251;r que la pr&#233;sence des femmes dans les gr&#232;ves et les Comit&#233;s, avec les mots et les pratiques qui l'accompagnent am&#232;nent des chamboulements ne serait-ce que de par ce que cela repr&#233;sente dans la vie de ces femmes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans &#171; D'une rive &#224; l'autre, Marseille &#8211; Alexandrie, &#233;critures intimes &#187;, un spectacle mont&#233; &#224; partir de films documentaires et de r&#233;cits de femmes &#233;gyptiennes, une jeune femme raconte sa participation &#224; la manifestation du 25 janvier 2011 et &#224; celles qui ont imm&#233;diatement suivi. Apr&#232;s une chute, un homme la prend par le cou et les &#233;paules pour la soustraire &#224; une charge de la police ; elle marche &#233;paule contre &#233;paule avec les hommes, pour la premi&#232;re fois elle est dans la rue sans se faire &#171; draguer &#187; ; pour la premi&#232;re fois, la police et l'arm&#233;e faisant partout des barrages, elle ne peut rentrer chez elle et dort chez des inconnus de la veille : &#171; en un jour, tout ce qui &#233;tait pour moi simplement impensable dans ma vie, ou un v&#233;ritable sacril&#232;ge, s'effondre comme d'&#233;vidents mensonges. &#187;. La parole autour du &#171; v&#233;cu &#187;, avec sa charge &#233;motionnelle est la langue de la sph&#232;re priv&#233;e et, quand elle est publiquement utilis&#233;e, elle bouscule la s&#233;paration. La nature grandement inconnue de ces choses, parce que l'on touche &#224; l'intime, ne nous autorise que des interrogations sur leur contenu et le cours concret des conflits et des perspectives qui s'ouvrent alors.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut avancer que contrairement &#224; toute une vulgate sur l'universalit&#233; de la lutte de classe, la pr&#233;sence des femmes dans les luttes ouvri&#232;res, gr&#232;ves, &#233;meutes, organisations de luttes ne fait pas dispara&#238;tre &lt;i&gt;ipso facto&lt;/i&gt;, loin de l&#224;, leur situation de femmes. Le plus souvent, dans leur cours, les luttes tendent &#224; ent&#233;riner et reproduire la condition f&#233;minine et la distinction de genre m&#234;me lorsque, &lt;i&gt;&#224; partir de cette condition&lt;/i&gt; &lt;i&gt;et de cette distinction&lt;/i&gt;, elles amorcent une remise en cause de celles-ci. C'est d'un combat aux lignes de front floues et fluctuantes dont il s'agit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En &#201;gypte, la formation des &lt;i&gt;Comit&#233;s populaires&lt;/i&gt; et leurs activit&#233;s ont manifest&#233;, dans un cadre tr&#232;s limit&#233;, l'irruption du priv&#233; &#224; l'int&#233;rieur de la sph&#232;re publique, il y a eu dans l'existence m&#234;me des &lt;i&gt;Comit&#233;s&lt;/i&gt; mais surtout dans leur but une apparition du priv&#233; dans la sph&#232;re publique avec l'importante pr&#233;sence f&#233;minine dans ces &lt;i&gt;Comit&#233;s&lt;/i&gt;. Mais, comme dans le cadre de l'usine et des gr&#232;ves, quelle que soit son importance, cette apparition du priv&#233; n'est pas n&#233;cessairement une remise en cause de la s&#233;paration entre sph&#232;re publique et sph&#232;re priv&#233;e, si elle la bouscule, elle ne porte pas n&#233;cessairement son d&#233;passement. Elle fait voir la s&#233;paration, lui donne une existence publique et, m&#234;me si elle la redouble et la souligne, elle la modifie. Cette apparition pose &lt;i&gt;publiquement&lt;/i&gt; l'existence de la s&#233;paration et le priv&#233; comme assignation des femmes, elle cr&#233;e un terrain de luttes sp&#233;cifiques. Quand les femmes apparaissent, interviennent et agissent dans la sph&#232;re publique, m&#234;me sur la base de leur d&#233;signation d&#233;finie par la sph&#232;re priv&#233;e, ce que certaines situations comme les modalit&#233;s de la reproduction sociale dans les grands centres textiles du Delta ou l'organisation par quartier des &lt;i&gt;Comit&#233;s populaires&lt;/i&gt; rendent possible, la s&#233;paration n'est pas un &#233;tat se reproduisant de lui-m&#234;me, mais une pratique qui pose la question de la s&#233;paration et cela change tout : nous sommes sur le fil du rasoir. C'est-&#224;-dire sur le fil de la remise en cause, parce que de fait sur une contradiction : la confirmation &lt;i&gt;publique&lt;/i&gt; de la s&#233;paration. M&#234;me s'il ne s'agit &#171; que &#187; de soins, de repas, d'entretien, de garde des enfants, de soutien psychologique et sentimental des &#171; combattants &#187; (et ce n'est, en outre, jamais que cela), il s'agit d'une pratique qui modifie les conditions existantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le fonctionnement des grands centres textiles du Delta, dans les &lt;i&gt;Comit&#233;s populaires&lt;/i&gt;, l'intrication du public et du priv&#233;, de la reproduction de la distinction de classes et de genre, d&#233;termine et appelle l'intervention et la lutte &lt;i&gt;publiques&lt;/i&gt; des femmes &lt;i&gt;selon leur existence dans la sph&#232;re priv&#233;e&lt;/i&gt;. Leur d&#233;finition dans le priv&#233; non seulement n'est jamais absente de leur pr&#233;sence publique mais encore cette d&#233;finition justifie les modalit&#233;s de cette pr&#233;sence de par &lt;i&gt;la connexion objectivement existante entre les deux sph&#232;res&lt;/i&gt; : publique et priv&#233;e. L'apparition du priv&#233; dans la sph&#232;re publique n'est pas &lt;i&gt;de facto&lt;/i&gt; une remise en cause de leur s&#233;paration et de leur existence m&#234;me (en tant que n'&#233;tant que comme s&#233;par&#233;es). La sph&#232;re priv&#233;e ne poss&#232;de aucune puissance propre de dissolution de la s&#233;paration autre que de faire, en apparaissant publiquement dans la pratique des femmes, que la question de la s&#233;paration des deux sph&#232;res (et donc de leur existence) est pos&#233;e dans certaines pratiques souvent tr&#232;s simples mais in&#233;dites. Parce que l'existence du priv&#233; dans la sph&#232;re publique n'est jamais un pur et simple redoublement, pure et simple r&#233;p&#233;tition, mais une mise en abyme &lt;i&gt;dans le public&lt;/i&gt; de la s&#233;paration fondamentale, les femmes sont alors face &#224; tout ce qui faisait leur d&#233;finition, leur assignation au priv&#233;, comme ce qu'elles ont &#224; abolir sous peine d'&#234;tre ramen&#233;es &#224; leur place apr&#232;s un premier temps, plus ou moins long et plus moins conflictuel. Il y a dans l'irruption de pratiques et de paroles priv&#233;es dans la sph&#232;re publique toute sorte de modalit&#233;s possibles par lesquelles passent le conflit et la &#171; remise en place &#187;. Quand des femmes parlent des violences qu'elles subissent, ce n'est pas pareil selon qu'elles d&#233;noncent des hommes, leurs hommes, des pro ou des anti-Morsi, la police, des patrons ou des immigr&#233;s soudanais. Cette violence n'existe pas plus &#224; l'&#233;tat pur que n'importe quel autre fait social. Et ce n'est pas indiff&#233;rent non plus que des groupes d' &#171; auto-d&#233;fense &#187; soit organis&#233;s par les femmes elles-m&#234;mes ou par des hommes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est vrai qu'en elle-m&#234;me l'apparition du priv&#233; sur la sc&#232;ne publique ne change rien &#224; la d&#233;finition des deux sph&#232;res ni m&#234;me &#224; leur s&#233;paration et &#224; l'assignation des femmes au priv&#233;. Mais, ce qui importe c'est que le priv&#233; devienne &#171; public &#187; et que les femmes d&#233;finies par ce priv&#233; apparaissent &lt;i&gt;m&#234;me sous les dimensions du priv&#233;&lt;/i&gt; dans la sph&#232;re publique. Ce n'est jamais anodin d'entendre dans une assembl&#233;e parler de violences conjugales ou de probl&#232;mes domestiques. Pour dire cela, il faut une situation qui le permette, le priv&#233; ne demeure pas alors ce qu'il &#233;tait : soit les femmes sont rapidement renvoy&#233;es au mode d'existence habituel du priv&#233;, soit &#224; partir de cette apparition publique du priv&#233; les femmes posent la question de l'existence m&#234;me de ce priv&#233; et de sa s&#233;paration et donc aussi celle de l'existence du public et finalement la question de leur propre existence comme femmes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le basculement vers une branche ou l'autre de l'alternative ne d&#233;pend pas d'un jeu entre les deux sph&#232;res car aucune ne pr&#233;sente des d&#233;terminations qui soient la dynamique du d&#233;passement de leur d&#233;finition r&#233;ciproque et de leur rapport. Priv&#233; et public ne sont pas un point de d&#233;part, prise en elle-m&#234;me, aucune des deux sph&#232;res n'est dans un rapport &#224; l'autre qui soit une contradiction pour elle-m&#234;me et encore moins pour leur reproduction r&#233;ciproque, &#224; ce niveau elles sont seulement compl&#233;mentaires. Elles sont les conditions existantes du salariat (de la vente et de l'achat de la force de travail ainsi que de sa reproduction tant individuellement que comme &#171; race des travailleurs &#187;) et de l'exploitation. Le rapport entre ces deux sph&#232;res et leur d&#233;passement ne r&#233;sulte pas de leur propre relation et propre existence mais des contradictions de ce dont elles sont les conditions existantes : contradiction entre les classes, contradiction entre les hommes et les femmes dont l'unit&#233; dynamique est le capital comme contradiction en proc&#232;s&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Entre le prol&#233;tariat et le capital, c'est l'existence m&#234;me du travail comme (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-18&#034;&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Quand les femmes de Mahallah lancent la gr&#232;ve ou font, au travers des r&#233;seaux sociaux autour de l'usine, des conditions priv&#233;es de reproduction de la force de travail une affaire publique, public et priv&#233; ne sont pas &#224; eux-m&#234;mes leur raison d'&#234;tre, aucune forme n'est son propre contenu, mais les contradictions essentielles et leur unit&#233; n'existent pas avant, apr&#232;s ou en dessous de ces formes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, c'est au cours du capital comme contradiction en proc&#232;s, unit&#233; dynamique des contradictions de classes et de genre (c'est-&#224;-dire &#224; une crise toujours sp&#233;cifique), que nous avons affaire comme d&#233;terminant du basculement vers l'une ou l'autre branche de l'alternative lorsque le priv&#233; fait irruption dans le public et non &#224; leur propre jeu r&#233;ciproque. Ce n'est cependant que dans ce jeu et dans sa forme propre, car c'est la forme g&#233;n&#233;rale de la sexuation des cat&#233;gories du capital, que se r&#233;gleront de fa&#231;on li&#233;e mais non confondue les comptes entre les hommes et les femmes et avec la classe capitaliste. Pour l'instant, le cours des luttes au Maghreb et au Machrek qui se construisent dans un interclassisme dont la politique (le paradigme m&#234;me de l'existence et de la s&#233;paration du public et du priv&#233;) est sp&#233;cifiquement le contenu entra&#238;ne l'irruption du priv&#233; dans la sph&#232;re publique &#224; ne pouvoir &#234;tre qu'une mise en abyme de leur s&#233;paration &#224; l'int&#233;rieur du public, &#224; &#234;tre une pratique qui pose une question, avant de renvoyer les femmes &#224; la pure et simple s&#233;paration du public et du priv&#233;, &#224; leur d&#233;finition et existence comme femmes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les partis islamistes et l'&#201;tat qui r&#233;alisent la synth&#232;se politique de cet interclassisme des luttes dont l'ordre sexuel est un facteur d&#233;terminant, en se fondant sur elles contre elles-m&#234;mes, se chargent de cette assignation. Les premiers par un contr&#244;le social et id&#233;ologique &#224; la fois violent et consenti, voire revendiqu&#233; dans la lutte contre ce pouvoir &#171; amoral &#187; au-dessus du peuple. Le second, entre autres choses, par la violence sexuelle directe : &#171; Le 9 mars dernier, au lendemain d'une manifestation qui aurait rassembl&#233; pr&#232;s de 500 000 personnes, la place Tahrir a de nouveau &#233;t&#233; &#233;vacu&#233;e de mani&#232;re violente par une centaine d'hommes en civil. L'arm&#233;e a arr&#234;t&#233; pr&#232;s de 200 manifestants. Parmi eux dix-huit femmes qui demandaient &#224; &#234;tre plus repr&#233;sent&#233;es dans les instances qui pr&#233;parent l'avenir de l'&#201;gypte. 'Pour les faire passer pour des prostitu&#233;es, l'arm&#233;e leur a fait subir des tests de virginit&#233;, assure une autre journaliste. C'est la pire des insultes pour une femme et une famille. Il n'y avait pas meilleur moyen pour intimider et dissuader&#8230;' &#187; (&lt;i&gt;Le T&#233;l&#233;gramme&lt;/i&gt;, 8 avril 2011). De son c&#244;t&#233;, &lt;i&gt;Sud Ouest&lt;/i&gt; du 8 avril rapporte : &#171; Les rassemblements sur la place Tahrir sont de moins en moins accept&#233;s par les autorit&#233;s. L'un des derniers, le 9 mars, s'est termin&#233; par des arrestations et plusieurs cas de passage &#224; tabac rapport&#233;s par des t&#233;moins. Sur les dix-huit femmes embarqu&#233;es ce jour l&#224;, plusieurs se sont plaintes d'avoir &#233;t&#233; maltrait&#233;es et pour certaines viol&#233;es &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les femmes ont eu parfois tout autant &#224; se m&#233;fier des groupes militants qui (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-19&#034;&gt;19&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La nature de plus en plus publique des agressions. La pr&#233;sentation de ces agressions comme manifestations de la violence universelle faite aux femmes et de la &#171; misogynie dans le monde arabe &#187; travestit l'essentiel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Quand on enqu&#234;te sur les cas d'assassinats et autres crimes de violence de genre, on comprend que la d&#233;sob&#233;issance et l'insubordination des femmes ont &#233;t&#233; les principaux facteurs d&#233;clencheurs. (&#8230;) J'affirme qu'un nouveau ph&#233;nom&#232;ne entre en jeu que je qualifierai de restauration machiste se produisant &#224; un moment o&#249; le patriarcat en place est en train de vaciller et qu'il exige des niveaux de coercition plus &#233;lev&#233;s et le d&#233;ploiement d'appareils id&#233;ologiques d'&#201;tat plus vari&#233;s afin d'assurer sa reproduction. Le recours &#224; la violence (ou l'approbation de la violence) ne refl&#232;te pas le fonctionnement routinier du patriarcat ou la r&#233;surgence du traditionalisme, mais bien la peur que ce patriarcat ne disparaisse en m&#234;me temps que l'h&#233;g&#233;monie de l'id&#233;e de la subordination des femmes. Le processus d'islamisation peut essayer de renforcer cette h&#233;g&#233;monie, mais il ne parviendra pas &#224; &#233;touffer encore longtemps les revendications des femmes en mati&#232;re d'&#233;galit&#233; et de dignit&#233; ni &#224; r&#233;primer leur activisme. C'est un fait que les dispositions qui avalisent la sup&#233;riorit&#233; de l'homme sur la femme dans l'islam sont en train de tomber en lambeaux d'un point de vue sociologique. L'image de l'homme subvenant aux besoins de sa famille entre en contradiction avec la multitude de jeunes hommes ch&#244;meurs qui, incapables de subvenir &#224; leurs propres besoins, le sont encore plus pour ce qui a trait &#224; la 'protection' des femmes contre l'obligation de travailler hors de la maison et contre les risques d'&#234;tre expos&#233;es &#224; (et dans) l'espace public. Nous assistons actuellement &#224; une profonde crise de la masculinit&#233; qui donne lieu &#224; une affirmation plus violente et coercitive des pr&#233;rogatives masculines &#8230; &#187; (Deniz Kandiyoti, article publi&#233; dans &lt;i&gt;Open Democracy&lt;/i&gt;, se trouve sur le site web &lt;i&gt;Alencontre&lt;/i&gt;)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;M&#234;me si par ailleurs nous critiquons le concept de patriarcat, Deniz (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-20&#034;&gt;20&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces violences renforcent et ent&#233;rinent des dispositifs et des processus profond&#233;ment ancr&#233;s, m&#234;me s'ils sont en crise, dans le march&#233; du travail et les formes de mobilisation de la main-d'&#339;uvre tant dans le secteur formel que dans le secteur informel et que l'on a retrouv&#233;s dans le d&#233;roulement m&#234;me des luttes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;__RefHeading___Toc6480_2371844483&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;March&#233; du travail, genre et crise.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous &#233;voquerons d'abord la structure genr&#233;e de l'emploi de la main-d'&#339;uvre par le capital en &#201;gypte, puis la mobilisation de la main-d'&#339;uvre f&#233;minine dans l'industrie de l'habillement en Tunisie, ensuite nous pr&#233;senterons le r&#244;le structurel de la distinction de genre dans l'&#233;conomie informelle et enfin la place des femmes comme variable d'ajustement dans la crise qui se fonde sur l'existence comme femmes des ouvri&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;__RefHeading___Toc6482_2371844483&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;&#201;gypte&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand on se penche sur l'&#233;volution historique du travail f&#233;minin en &#201;gypte, il peut &#234;tre surprenant de constater que loin d'&#234;tre une survivance des &#171; &#226;ges obscurs &#187;, l'exclusion relative des femmes de la sph&#232;re productive est un ph&#233;nom&#232;ne moderne li&#233; au mode de production capitaliste et &#224; l'extension du travail salari&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-21&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La rapide mont&#233;e du travail f&#233;minin salari&#233; en Europe occidentale &#224; partir (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-21&#034;&gt;21&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Ainsi d&#232;s le d&#233;but du XXe si&#232;cle, les femmes urbaines professionnellement actives travaillaient soit &#224; leur compte dans le cadre de la toute petite production marchande, soit comme main-d'&#339;uvre non salari&#233;e dans de petites entreprises familiales. Au XIXe si&#232;cle comme au d&#233;but du XXe, elles prenaient donc part aux activit&#233;s &#233;conomiques urbaines quotidiennes, o&#249; ne r&#233;gnaient pas de fortes s&#233;gr&#233;gations de sexes. En revanche, d&#232;s le d&#233;but du XXe si&#232;cle, elles n'&#233;taient plus que tr&#232;s marginalement repr&#233;sent&#233;es dans le travail salari&#233;, leurs revenus personnels provenant de la vente directe de leur petite production domestique. D&#232;s ce moment, on constate une quasi exclusion des femmes du march&#233; du travail proprement dit. Cette exclusion se trouve encore renforc&#233;e par le d&#233;veloppement des grands &#233;tablissements industriels, &#224; partir des ann&#233;es 1920, du fait de leur implantation &#224; la p&#233;riph&#233;rie voire &#224; l'ext&#233;rieur des villes, ce qui les rendaient peu accessibles aux femmes moins autoris&#233;es &#224; se d&#233;placer&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-22&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ce qui laisse entendre que la participation ant&#233;rieure des femmes &#224; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-22&#034;&gt;22&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Celles-ci se recentr&#232;rent massivement sur les sph&#232;res domestique et de voisinage (y compris en produisant &#224; domicile ce qu'elles revendaient directement dans le quartier) et il s'ensuivit probablement une accentuation de la diff&#233;renciation sexuelle des r&#244;les et des espaces urbains par rapport &#224; la situation qui pr&#233;valait au XIXe si&#232;cle. &#187; (Elena Ambrosetti, &lt;i&gt;In&#233;galit&#233;s entre genres et travail f&#233;minin en &#201;gypte&lt;/i&gt;, in &lt;i&gt;L'&#201;gypte au pr&#233;sent&lt;/i&gt;, Ed Actes Sud, p.774). Le travail professionnel f&#233;minin urbain enregistr&#233; connut une nette remont&#233;e sous la p&#233;riode nass&#233;rienne, essentiellement du fait du fort d&#233;veloppement des emplois dans la fonction publique. Mais jamais et nulle part, l'emploi f&#233;minin n'est ind&#233;pendant de la d&#233;finition des travailleuses comme femmes, que cela passe ou non par la loi. Quand, en 1979, Sadate modifie la loi sur le statut personnel en donnant aux femmes le droit de travailler en dehors de la maison sans autorisation de l'&#233;poux (&#171; si les conditions &#233;conomiques du m&#233;nage le rendaient n&#233;cessaire &#187;), les femmes &#171; b&#233;n&#233;fici&#232;rent &#187; de droits sp&#233;ciaux leur permettant de combiner l'activit&#233; domestique et le travail&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-23&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Par exemple, dans les entreprises formelles de plus de cinquante salari&#233;s, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-23&#034;&gt;23&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, cela a d&#233;courag&#233; massivement les employeurs de les embaucher.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette constante osmose de la femme et de la travailleuse peut varier de formes et investir des secteurs d'activit&#233;s tr&#232;s diff&#233;rents : travail domestique pour l'autoconsommation ; secteur informel r&#233;mun&#233;r&#233; ou non ; entreprise commerciale du secteur formel ; emplois publics.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De ce point de vue, il peut au premier abord sembler &#233;tonnant de constater qu'apr&#232;s une croissance entre 1988 et 1998, le &#171; taux d'activit&#233; &#233;largie &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-24&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pour obtenir l'activit&#233; &#233;largie, on ajoute &#224; la d&#233;finition traditionnelle de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-24&#034;&gt;24&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; des femmes stagne de cette date &#224; 2006 alors que cro&#238;t de fa&#231;on importante le taux d'activit&#233; restreinte, c'est-&#224;-dire l'activit&#233; pour le march&#233;, passant de 21 &#224; 27 %. On peut expliquer cela par les ph&#233;nom&#232;nes d'urbanisation qui s'accompagnent d'une nette r&#233;gression de la production f&#233;minine uniquement pour l'autoconsommation qui ne concerne plus, en 2006, en ville, qu'un sixi&#232;me de la population f&#233;minine (ce qui est encore loin d'&#234;tre n&#233;gligeable). Mais la principale raison de cette stagnation du taux d'activit&#233; &#233;largie et de la croissance du taux d'activit&#233; restreint f&#233;minin est &#224; rechercher dans des caract&#233;ristiques particuli&#232;res du secteur informel dont nous parlerons plus longuement au chapitre suivant. Quand l'on constate la stagnation du taux &#233;largi et la r&#233;gression de l'emploi dans le secteur public et une croissance du taux d'activit&#233; restreint, on pourrait s'attendre &#224; ce que la part des femmes travaillant r&#233;guli&#232;rement comme salari&#233;es dans le secteur priv&#233; formel ou informel ait augment&#233;, &lt;i&gt;or ce n'est pas le cas&lt;/i&gt;, car elle n'est pass&#233;e que de 13 &#224; 15 % entre 1998 et 2006. &#171; En revanche, la part des femmes non salari&#233;es mais travaillant en liaison avec la sph&#232;re marchande, a fortement augment&#233;, passant de 30 &#224; 47 % en huit ans ; ces femmes travaillent, r&#233;guli&#232;rement ou irr&#233;guli&#232;rement, &#224; leur compte (auto-emploi) ou comme &lt;i&gt;main-d'&#339;uvre familiale non r&#233;mun&#233;r&#233;e&lt;/i&gt; (c'est nous qui soulignons)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-25&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;En 2006, pour les femmes de 15 &#224; 29 ans, le travail familial non r&#233;mun&#233;r&#233; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-25&#034;&gt;25&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, dans des exploitations agricoles, des commerces ou des entreprises artisanales familiales. &#187; (idem, pp. 783-784). La raison de la croissance du taux d'activit&#233; restreinte des femmes, c'est qu'elles ne sont pas pay&#233;es. Le secteur informel n'est pas un monde &#224; part, avec ses r&#232;gles et lois propres de reproduction ; la crise de la reproduction d'ensemble des rapports sociaux capitalistes inclut celle du secteur informel dans lequel la part de l'auto-entrepreneuriat et du travail non r&#233;mun&#233;r&#233; cro&#238;t conjointement &#224; sa f&#233;minisation. Nous avons l&#224; une situation particuli&#232;rement significative de d&#233;veloppement simultan&#233; du travail f&#233;minin et de son invisibilisation dans les rapports domestiques et l'absence de r&#233;mun&#233;ration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut toujours se garder de consid&#233;rer l'exploitation de la main-d'&#339;uvre f&#233;minine comme une sorte de cas extr&#234;me de l'exploitation ouvri&#232;re dans une sorte de continuum simplement quantitatif de degr&#233;s d'exploitation. M&#234;me la forte pr&#233;sence f&#233;minine dans les emplois de l'administration publique (formels, r&#233;mun&#233;r&#233;s, protection sociale) &#233;tait li&#233;e &#224; certains avantages : horaires de travail compatibles avec leurs activit&#233;s domestiques, cong&#233;s de maternit&#233; et s&#233;curit&#233; sociale. L'exploitation du travail f&#233;minin existe toujours surd&#233;termin&#233;e par l'existence comme femme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La manifestation la plus imm&#233;diate de la chose est la forte corr&#233;lation existant entre le taux d'emploi et la situation matrimoniale. &#171; La d&#233;cision de travailler n'est souvent, pour les jeunes femmes, qu'une strat&#233;gie leur permettant de 'pr&#233;parer' leur mariage et elles arr&#234;tent fr&#233;quemment de travailler une fois mari&#233;es. Si les donn&#233;es des enqu&#234;tes ici utilis&#233;es confirment globalement cette conclusion, dans la mesure o&#249; les taux d'emploi des femmes c&#233;libataires sont, pour chaque classe d'&#226;ge, nettement plus &#233;lev&#233;s que ceux des femmes mari&#233;es, veuves ou divorc&#233;s, il est manifeste qu'elle est cependant de moins en moins g&#233;n&#233;ralisable : en 2006, ces taux d'emploi &#233;taient encore dans un rapport de deux pour un (c&#233;libataires / non c&#233;libataires) chez les femmes &#226;g&#233;es de 25 &#224; 34 ans, soit 60 % et 30 %, mais ce rapport a tout de m&#234;me clairement diminu&#233; depuis 1998, date &#224; laquelle il &#233;tait de trois pour un dans la m&#234;me classe d'&#226;ge. Or le taux d'emploi des c&#233;libataires &#233;tant rest&#233; pratiquement le m&#234;me aux deux dates pour les diff&#233;rentes classes d'&#226;ge, cela signifie que c'est l'accroissement du taux d'emploi des femmes mari&#233;es qui fut massif (ce taux est pass&#233; de 6 &#224; 17 % chez les 16-24 ans, de 18 &#224; 29 % pour les 25-34 ans et de 28 &#224; 37 % pour les 35-44 ans). &#187; (Elena Ambrosetti, op. cit., p.782). Dans le m&#234;me ouvrage, Mona Amer (&lt;i&gt;Les transitions incertaines de l'&#233;cole &#224; l'emploi&lt;/i&gt;, p.760) soutient que si on ne consid&#232;re que les jeunes femmes (15-29 ans) seule la proportion des inactives a augment&#233; compensant la baisse de tous les autres statuts, principalement l'emploi public. Cependant, m&#234;me cette augmentation du taux d'emploi pour l'ensemble des femmes n'est pas indiff&#233;rente &#224; la situation matrimoniale et ne repr&#233;sente pas forc&#233;ment un &#171; progr&#232;s &#187;, comme on l'a vu avec la croissance de l'emploi non r&#233;mun&#233;r&#233; dans le secteur informel corollaire de sa f&#233;minisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'il est g&#233;n&#233;ralement convenu de souligner l'importance du facteur d&#233;mographique dans les causes du ch&#244;mage en &#201;gypte o&#249; 90 % des ch&#244;meurs ont entre 15 et 29 ans&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-26&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ce chiffre &#233;norme doit &#234;tre relativis&#233; en tenant compte de l'importance de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-26&#034;&gt;26&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, il est moins courant de souligner le caract&#232;re d&#233;terminant pour le cours de la lutte de classe de la structure essentiellement genr&#233;e de la participation au march&#233; du travail. Parmi l'ensemble de la jeunesse ayant un emploi ou non (quelle qu'en soit la cause), on ne trouve que 13,4 % de femmes pour 61,4 % d'hommes&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-27&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Source CAPMAS (Central Agency for Public Mobilization and Statistics &#8211; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-27&#034;&gt;27&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. M&#234;me parmi les femmes ayant termin&#233; leurs &#233;tudes, seulement 17,6 % participent &#224; la population active contre 86,3 % des hommes dans la m&#234;me situation. Le mariage est le grand op&#233;rateur de ces diff&#233;rences. Toujours dans la m&#234;me tranche d'&#226;ge, avant le mariage, 25,1 % des femmes (non-&#233;tudiantes) sont int&#233;gr&#233;es &#224; la population active, ce chiffre tombe &#224; 11,9 % pour les femmes mari&#233;es. En comparaison, 84,1 % des hommes non-mari&#233;s (non-&#233;tudiants) appartiennent &#224; la population active, ce chiffre s'&#233;l&#232;ve &#224; 95,3 % une fois qu'ils sont mari&#233;s. Enfin si le taux de ch&#244;mage global des jeunes peut &#234;tre estim&#233; &#224; 21,5 %, celui des jeunes hommes est de 16,4 %, celui des jeunes femmes de 42,7 %. Le ch&#244;mage des femmes augmente pour atteindre son maximum autour de vingt ans puis fl&#233;chit parce que beaucoup de femmes se marient et quittent tout &#224; fait le march&#233; du travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;O&#249; l'on retrouve que dans la vague de luttes ouvri&#232;res qui commence en 2006, le renvoi des ouvri&#232;res &#224; leur situation de femmes s'ancre profond&#233;ment dans le march&#233; du travail et peut m&#234;me s'accompagner d'une croissance de la main-d'&#339;uvre f&#233;minine. Croissance qui suit toujours un chemin sp&#233;cifique. Outre les caract&#233;ristiques pr&#233;c&#233;dentes, il faut signaler la surexposition au ch&#244;mage, la concentration des femmes dans les emplois peu qualifi&#233;s et leur quasi exclusion, en &#201;gypte, des deux secteurs en forte croissance sur les derni&#232;res ann&#233;es : les transports et la construction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette structure du march&#233; du travail r&#233;v&#232;le toute son &#171; efficacit&#233; &#187; avec la crise. Au premier trimestre 2009, le taux de ch&#244;mage global f&#233;minin tourne autour de 17 %, au premier trimestre 2010 il s'&#233;l&#232;ve &#224; 24 %, tandis que le taux de ch&#244;mage masculin, durant la m&#234;me p&#233;riode n'est presque pas affect&#233; demeurant autour de 5 %&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-28&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Source CAPMAS dans Hoda Youssef, &#8211; analyste de politiques &#233;conomiques &#224; la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-28&#034;&gt;28&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ce report de la crise sur les femmes en ce qui concerne le ch&#244;mage est une d&#233;termination essentielle du proc&#232;s dans lequel les luttes ouvri&#232;res existent pour elles-m&#234;mes et se posent dans la soci&#233;t&#233; civile et en rapport &#224; l'&#201;tat pr&#233;cis&#233;ment comme luttes &lt;i&gt;ouvri&#232;res&lt;/i&gt; se faisant valoir socialement comme lutte &lt;i&gt;politique&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;__RefHeading___Toc6484_2371844483&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;Tunisie&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Tunisie, dans l'industrie textile, il existe une relation directe entre d'une part les politiques de l'emploi li&#233;es au Programme d'Ajustement Structurel (PAS) impos&#233; par le FMI dans les ann&#233;es 1980 avec la d&#233;r&#233;glementation du march&#233; du travail, la baisse des salaires, l'extension des emplois peu qualifi&#233;s et, d'autre part, la f&#233;minisation croissante de la main-d'&#339;uvre dans les industries manufacturi&#232;res exportatrices (80 % de l'emploi dans le textile-habillement tunisien)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-29&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les donn&#233;es qui suivent sur l'emploi f&#233;minin dans le textile tunisien (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-29&#034;&gt;29&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Dans ces secteurs, dont le textile est le principal exemple en Tunisie, le r&#244;le des femmes est envisag&#233; comme facteur de flexibilit&#233; pour les entreprises face aux variations conjoncturelles (les femmes, en p&#233;riode de r&#233;cession ou de crise, sont les premi&#232;res &#224; perdre leur emploi). Tout cela, comme partout, ne n&#233;cessite aucune discrimination l&#233;gale, le travail f&#233;minin, comme partout, est toujours organis&#233; de telle sorte qu'il ne dispense pas du travail domestique et de l'imposition sociale de la fonction reproductrice. En cons&#233;quence la variation du temps de travail lors du cycle de vie est particuli&#232;rement marqu&#233;e pour les femmes. De fa&#231;on g&#233;n&#233;rale, les heures consacr&#233;es au travail domestique tendent &#224; diminuer avec l'augmentation du salaire. Or le salaire f&#233;minin dans le textile tunisien &#233;volue dans le temps : il cro&#238;t puis d&#233;cro&#238;t progressivement affichant un maximum vers les 35-45 ans. Ainsi les femmes seraient plus &#224; m&#234;me de travailler en milieu de vie lorsque l'incitation salariale est la plus forte. Ce n'est pas le cas. La plupart d'entre elles appartiennent &#224; la tranche d'&#226;ge des 16-40 ans, 86 % ont moins de 30 ans. C'est que la d&#233;cision d'entr&#233;e sur le march&#233; du travail est toujours d&#233;termin&#233;e pour les femmes par leur situation maritale et familiale : m&#234;me s'il est quantitativement le revenu principal du m&#233;nage, le salaire f&#233;minin n'est n&#233;cessaire que relativement &#224; celui du conjoint ou &#224; son absence. &#171; Le statut marital de la femme, qu'elle soit c&#233;libataire, mari&#233;e ou divorc&#233;e, avec ou sans enfants, avec ou sans personnes &#224; charge, est un &#233;l&#233;ment d&#233;terminant son entr&#233;e sur le march&#233; du travail &#187; (rapport de l'OIT, &lt;i&gt;op. cit&lt;/i&gt;.). En Tunisie, les ouvri&#232;res du textile sont majoritairement mari&#233;es et 75 % ont des enfants, la baisse de revenu du conjoint ou son ch&#244;mage est une forte incitation &#224; travailler. Cette entr&#233;e sur le march&#233; du travail est toujours quelle que soit son importance pour le m&#233;nage une cons&#233;quence de la situation maritale ou familiale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toutes ces consid&#233;rations pourraient, &#224; quelques nuances pr&#233;s, s'appliquer &#224; toutes les r&#233;gions du monde, mais rien n'existe de g&#233;n&#233;ral en dehors de sa forme. En &#201;gypte, en Tunisie et ailleurs lors du soul&#232;vement arabe du pourtour m&#233;diterran&#233;en, l'affirmation masculine de l'identit&#233; ouvri&#232;re est le passeport n&#233;cessaire &#224; son entr&#233;e dans la repr&#233;sentation politique, son inscription dans l'espace public de la soci&#233;t&#233; civile qui est le contenu sp&#233;cifique de l'interclassisme de ces mouvements. Nous touchons ici &#224; la distinction inh&#233;rente au mode de production capitaliste entre les sph&#232;res priv&#233;e et publique et &#224; sa reproduction &#224; l'int&#233;rieur m&#234;me de l'activit&#233; ouvri&#232;re dans la mesure o&#249;, en tant que classe de ce mode de production, le prol&#233;tariat en fait une d&#233;termination interne de sa propre lutte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;__RefHeading___Toc6486_2371844483&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;Femmes et &#171; secteur informel &#187;&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-30&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dans une &#233;tude plus d&#233;velopp&#233;e sur le &#171; secteur informel &#187;, il faudrait (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-30&#034;&gt;30&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les activit&#233;s informelles reposent sur des organisations du travail o&#249; souvent la forme du salariat n'est pas dominante et tr&#232;s souvent sur une faible diff&#233;renciation entre unit&#233; de production et unit&#233; domestique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-31&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Globalement, le travail salari&#233; n'est pas la forme dominante d'emploi sur le (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-31&#034;&gt;31&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. L'&#233;conomie informelle est alors &#224; la charni&#232;re de deux tendances contradictoires : d'une part, la permanence de relations sociales non salariales (familiales, claniques, tribales, etc.) ; d'autre part, les ruptures dans ces modes de socialisation et de reproduction dues &#224; l'urbanisation, &#224; l'explosion d&#233;mographique, au d&#233;veloppement de la scolarisation, &#224; l'extension des &#233;changes marchands. Cela signifie que l'analyse des niveaux de salaires ou de revenus masque une autre relation sociale : le revenu attribu&#233; au propri&#233;taire d'un petit commerce ou de toute autre activit&#233; de petite production marchande ne tient pas compte de la r&#233;mun&#233;ration des membres de la famille qui travaillent sans &#234;tre pay&#233;s. En dehors m&#234;me de l'emploi dans un cadre familial, l'in&#233;galit&#233; des revenus selon le sexe est beaucoup plus forte au sein du secteur informel que dans le secteur formel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'importance du secteur informel rend l'analyse des luttes de classes extr&#234;mement difficile et les transforme en mouvements sociaux &lt;i&gt;confus&lt;/i&gt; o&#249; toutes sortes de d&#233;terminations s'entrem&#234;lent. &#192; l'int&#233;rieur de ce secteur les distinctions entre patrons, ouvriers et apprentis sont &#224; la fois fortes et poreuses. L'ouvrier n'a aucune garantie, un salaire tr&#232;s faible, aucune protection sociale et son temps de travail est fractionnable et extensif &#224; l'infini, mais il a simultan&#233;ment la capacit&#233; de se comporter lui-m&#234;me comme un travailleur &#224; son propre compte et &#224; terme, vue la faiblesse de l'avance n&#233;cessaire, la possibilit&#233; de s'&#233;tablir. Le patron est lui-m&#234;me le plus souvent un ancien ouvrier pass&#233; par le &#171; secteur moderne &#187;, tout comme son ouvrier peut partager son temps entre son activit&#233; dans le secteur informel et un emploi de salari&#233; &#171; classique &#187;. Hormis dans de tr&#232;s grands centres industriels, l'ouvrier est un &#234;tre hybride, la classe ouvri&#232;re l'est encore plus dans la mesure o&#249; dans chaque m&#233;nage les revenus proviennent d'un panachage de salaires formels et informels, d'activit&#233;s commerciales, de revenus provenant du paiement de services divers. Il n'y a pas d'un c&#244;t&#233; la classe ouvri&#232;re dans sa belle et pure d&#233;finition, de l'autre les petits patrons du secteur informel, les commer&#231;ants et r&#233;parateurs divers, ni m&#234;me les ouvriers bien distincts de ce secteur. Pour encore compliquer les choses, si c'est l'ensemble de la classe ouvri&#232;re qui est affect&#233; par l'existence du secteur informel, cela signifie qu'elle s'inscrit dans des relations qui ne sont pas strictement des relations marchandes : liens familiaux, ethniques, villageois, client&#233;listes, religieux, de voisinage urbain, de genre, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;conomie informelle est un lieu essentiel des contradictions constitutives des rapports sociaux de sexe &lt;i&gt;&#224; l'int&#233;rieur de la classe ouvri&#232;r&lt;/i&gt;e. Elle se situe &#224; un niveau interm&#233;diaire entre d'un c&#244;t&#233; les proc&#232;s de travail et les rapports sociaux directement int&#233;gr&#233;s &#224; la valorisation du capital et l'espace international et, de l'autre, l'univers quotidien de l'espace domestique. Dans l'&#233;conomie informelle, le priv&#233; et l'&#233;conomie marchande ne sont pas simplement en relation, comme la production et la reproduction, ils sont en osmose pour donner naissance &#224; une structure de production sp&#233;cifique dans laquelle les rapports non marchands de domination sont constitutifs de rapports marchands d'exploitation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin le rapport &#224; l'&#201;tat et &#224; la classe dominante est fait &#224; la fois d'antagonismes et de liens de d&#233;pendance et de contr&#244;le qui simultan&#233;ment opposent et attachent politiquement et &#233;conomiquement le prol&#233;tariat &#224; la classe dominante et &#224; l'&#201;tat garant de son exploitation &lt;i&gt;mais&lt;/i&gt; fournisseur de services et d'opportunit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le moyen essentiel de retirer le maximum d'efficacit&#233; du capital existant repose sur l'organisation et une certaine forme sociale de mobilisation du travail vivant. Le recours &#224; une main-d'&#339;uvre pr&#233;caire et flexible &#224; l'infini, &#171; d&#233;bauchable &#187; &#224; merci et sous-pay&#233;e (ou gratuite), inscrite &#171; par nature &#187; dans des rapports sociaux non purement &#233;conomiques, est la solution spontan&#233;e au probl&#232;me. Au carrefour de toutes les d&#233;terminations de l'&#233;conomie informelle, cette solution existe, c'est une mati&#232;re premi&#232;re infinie, construite comme &lt;i&gt;de fait&lt;/i&gt; &#224; disposition, ce sont les femmes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le travail saisonnier (hors agriculture) est une caract&#233;ristique fondamentale de toutes les activit&#233;s informelles, il est d'autant plus important que l'entreprise est petite. Ce &#171; travail d'appoint &#187; essentiellement f&#233;minin permet aux entreprises de r&#233;sister &#224; la concentration et de rester petites (le secteur informel n'a pas vocation &#224; &#234;tre une p&#233;pini&#232;re d'entreprises capitalistes) : la participation de la travailleuse est temporaire et le salaire vers&#233;, quand il ne s'agit pas d'aide familiale, est tr&#232;s bas. Ce salaire correspond, plut&#244;t moins que plus, &#224; l'entretien de la main-d'&#339;uvre durant la p&#233;riode d'emploi, alors que celle-ci doit assurer son entretien durant toute l'ann&#233;e. La nature m&#234;me de ce type de r&#233;mun&#233;ration per&#231;ue dans l'entreprise informelle se pr&#233;sente alors comme une ressource subsidiaire d'un revenu familial principal, il d&#233;signe le travailleur temporaire comme &#233;tant une femme. Leur imbrication dans d'autres rapports sociaux font des femmes une main-d'&#339;uvre de r&#233;serve toujours disponible dans laquelle l'employeur peut puiser (nous ne disons pas l&#224; qu'il n'y a pas d'emplois f&#233;minins permanents). Le travail &#224; domicile, fortement pr&#233;sent dans l'&#233;conomie informelle, situe &#233;galement celle-ci &#224; l'intersection du public et du priv&#233; et appartient &#224; cette immersion du rapport &#233;conomique dans d'autres rapports sociaux qui fait l'&#233;conomie informelle. Il s'agit essentiellement de femmes dans la confection textile et le tissage, tr&#232;s souvent propri&#233;taires de leur instrument de travail, recevant la mati&#232;re premi&#232;re et pay&#233;es &#224; la pi&#232;ce.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; partir du d&#233;but des ann&#233;es 2000, l'emploi informel dans les pays arabes de la M&#233;diterran&#233;e subit une &#233;volution qui marque une crise de l'informalisation diffuse comme m&#233;canisme essentiel de la reproduction de l'ensemble des rapports sociaux. La part des emplois informels &lt;i&gt;salari&#233;s&lt;/i&gt; diminue de fa&#231;on significative au profit des travailleurs informels &#224; leur propre compte, sans que l'on puisse mettre une telle &#233;volution sur le compte d'un plus grand respect de la r&#233;glementation par les entreprises. Au Maroc, la proportion de salari&#233;s dans la population active a m&#234;me baiss&#233; au d&#233;but des ann&#233;es 2000, passant de 43 % en 1987 &#224; 39 % en 2002.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette &#233;volution de l'informalisation sociale comme auto-entreprenariat s'accompagne d'une f&#233;minisation marqu&#233;e. Selon Samir Aita (&lt;i&gt;Les travailleurs arabes hors-la-loi&lt;/i&gt;, &#201;d. L'Harmattan, p.62), si, en &#201;gypte, le rythme de croissance de la cr&#233;ation d'emploi pour les femmes est sup&#233;rieur &#224; celui des hommes, cela est d&#251; avant tout aux cr&#233;ations concernant les personnes travaillant pour leur compte propre. Principalement en &#201;gypte, le nombre d'entreprises informelles d&#233;tenues par des femmes s'accro&#238;t beaucoup plus vite que la moyenne. En Tunisie &#233;galement, la croissance des emplois informels est essentiellement f&#233;minine dans le cadre de micro-entreprises : en fait, des employ&#233;es &#224; leur propre compte. A partir du d&#233;but des ann&#233;es 1990, &#224; la suite des politiques de lib&#233;ralisation &#233;conomique en &#201;gypte, l'emploi s'est d&#233;velopp&#233; en priorit&#233; dans les activit&#233;s de production autoconsomm&#233;e, non r&#233;mun&#233;r&#233;es et effectu&#233;es par des femmes et des jeunes et dans le secteur priv&#233; informel de tr&#232;s petite taille (un emploi souvent non r&#233;mun&#233;r&#233;). Selon les statistiques du minist&#232;re du D&#233;veloppement de 1988, 1998, 2006 : &#171; Durant la premi&#232;re d&#233;cennie (1988-1998), la croissance de l'activit&#233; masculine n'est que de 2,5 % par an, mais l'activit&#233; f&#233;minine progresse de 3,7 % par an et tire la croissance de l'emploi total qui atteint un taux de 3 % par an. Pendant les huit ann&#233;es suivantes (1998-2006), la progression plus rapide de l'emploi total (3,5 % par an) est &#233;galement impuls&#233;e par la croissance de l'activit&#233; f&#233;minine (d'un taux de 5,9 %), alors que l'activit&#233; masculine n'augmente que de 3,2 % par an (&#8230;) Le taux f&#233;minin d'activit&#233; &#233;largie passe de 42 % &#224; 46 % entre 1988 et 1998, puis stagne &#224; ce niveau jusqu'en 2006, tandis que le taux f&#233;minin d'activit&#233; marchande (ne prenant pas en compte l'activit&#233; pour l'autoconsommation) augmente, passant de 21 % &#224; 27 % entre 1998 et 2006. (&#8230;) D'apr&#232;s les m&#234;mes enqu&#234;tes, l'emploi priv&#233; cro&#238;t davantage dans les micro-entreprises de moins de cinq salari&#233;s (qui employaient 47 % des actifs du secteur priv&#233; en 1998 et 49 % en 2006) que dans les petites entreprises de cinq &#224; neuf employ&#233;s, dont la part dans l'emploi priv&#233; diminue (de 19 % &#224; 14 %). (Fran&#231;oise Cl&#233;ment, &lt;i&gt;Le nouveau march&#233; du travail, les conflits sociaux et la pauvret&#233;&lt;/i&gt;, in &lt;i&gt;L'&#201;gypte au pr&#233;sent&lt;/i&gt;, &#201;d. Sindbad &#8211; Actes Sud -, p.601).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La double d&#233;finition de la population active (restreinte et &#233;largie) permet de mieux saisir l'activit&#233; &#233;conomique f&#233;minine, car nombre de femmes &#233;gyptiennes, rurales comme urbaines, produisent, au moins durant une partie de leur temps de travail, en vue de l'autoconsommation familiale et d'autres, tr&#232;s nombreuses &#233;galement, produisent, au sein m&#234;me de l'unit&#233; familiale, des biens et des services vendus sur le march&#233;. Elle permet &#233;galement de saisir deux &#233;volutions essentielles : la crise de l'informalisation diffuse de la reproduction des rapports sociaux comme &#233;volution de l'emploi f&#233;minin au sein de cette informalisation ; le d&#233;veloppement dans ce processus de la contradiction entre les hommes et les femmes sur le terrain de l'invisibilisation de l'activit&#233; de ces derni&#232;res. On a vu pr&#233;c&#233;demment que c'est la croissance dans les ann&#233;es 2000 du travail f&#233;minin non r&#233;mun&#233;r&#233; dans le secteur informel qui explique en grande partie celle du taux f&#233;minin d'activit&#233; restreint. En outre, alors que pour les hommes, ceux qui vont le plus changer de statut apr&#232;s le premier emploi sont les aides familiaux devenant en g&#233;n&#233;ral travailleurs ind&#233;pendants ; en revanche, pour les femmes : &#171; &#234;tre initialement aide familiale non r&#233;mun&#233;r&#233;e, ind&#233;pendante ou avoir un emploi irr&#233;gulier ne donne pratiquement lieu &#224; aucun changement. Lorsque les femmes changent de statut d'emploi, c'est en g&#233;n&#233;ral pour se retirer du march&#233; du travail si elles occupaient auparavant un emploi. &#187; (Mona Amer, op.cit., p.761). Cela est d'autant plus important qu'entre 1975 et 2006 la place du secteur informel, en ce qui concerne le premier emploi a doubl&#233; passant de 20 % &#224; 40 %.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'on n'a pas une vision pr&#233;cise de la composition de classe et des rapports de genre, principalement au travers de la relation entre ces deux secteurs de l'&#233;conomie et de la fluidit&#233; entre la situation de salari&#233; et celle d'entrepreneur, m&#234;me &#224; la limite de la survie, ainsi qu'une compr&#233;hension de l'id&#233;ologie qui s'y nourrit et par laquelle cette composition est v&#233;cue, on ne peut comprendre que l'existence de la lutte de classe se d&#233;veloppe comme &#171; mouvement de rue &#187; et comme interclassisme, ainsi que l'importance de la question de la place des femmes dans la revendication de reconnaissance de la classe ouvri&#232;re dans l'&#201;tat et la soci&#233;t&#233; civile. Cette revendication ent&#233;rine la marginalisation et l'invisibilisation des femmes en tant qu'ouvri&#232;res aussi bien dans le secteur formel (cf. plus haut &#224; propos des grands centres textiles du Delta) que dans le secteur informel qu'elles occupent en majorit&#233;. La revendication ouvri&#232;re pour se constituer en tant que telle vis-&#224;-vis d'elle-m&#234;me et de son interlocuteur civil et politique se doit de redoubler et ent&#233;riner l'invisibilisation objective des femmes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;__RefHeading___Toc6488_2371844483&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;Dans la crise, &#234;tre ouvri&#232;re, c'est &#234;tre femme&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le report de la crise sur les femmes en ce qui concerne le ch&#244;mage ou l'entr&#233;e sur le march&#233; du travail est bien une d&#233;termination essentielle du proc&#232;s dans lequel les luttes ouvri&#232;res existent pour elles-m&#234;mes comme luttes &lt;i&gt;ouvri&#232;res&lt;/i&gt; et peuvent, dans une situation particuli&#232;re, se faire valoir socialement comme lutte politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La crise affecte les conditions de vie des m&#233;nages, l'acc&#232;s au march&#233; du travail et les conditions d'emploi. En &#201;gypte, les femmes sont les premi&#232;res victimes en cas de tension car les entreprises pr&#233;f&#232;rent d'abord se s&#233;parer des femmes qui sont consid&#233;r&#233;es comme une source de revenu compl&#233;mentaire du m&#233;nage, &#224; c&#244;t&#233; de la source principale que constitue l'emploi de l'&#233;poux. Parall&#232;lement, les quelques mesures contracycliques qui sont prises n'ont qu'un impact limit&#233; sur les femmes car ces d&#233;penses se concentrent dans le secteur des infrastructures et de la construction qui mobilisent une main-d'&#339;uvre essentiellement masculine. De m&#234;me au Maroc, les mesures prises concernent une augmentation du salaire minimum pour les employ&#233;s du secteur priv&#233;, une augmentation du salaire des fonctionnaires et une r&#233;duction des imp&#244;ts sur le revenu (encore faut-il payer des imp&#244;ts)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-32&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La baisse de l'imp&#244;t sur le revenu s'est accompagn&#233;e en 2010 d'une (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-32&#034;&gt;32&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, une augmentation des investissements publics pour les infrastructures. Au m&#234;me moment - budget 2009 &#8211; la part du budget consacr&#233;e aux subventions diminue de 50 %, ce qui a un impact imm&#233;diat sur l'accroissement du travail domestique f&#233;minin. En effet, &#224; propos du Maroc, mais la r&#233;flexion peut &#234;tre &#233;tendue aux autres pays du Maghreb et du Machrek : &#171; La crise induit un ensemble de r&#233;actions de la part des m&#233;nages et influence leurs d&#233;cisions, depuis l'augmentation du travail des enfants ou du travail informel domestique f&#233;minin (qui permet de s'adapter &#224; un mode de production de subsistance), jusqu'&#224; des changements profonds dans la qualit&#233; ou la quantit&#233; de nourriture consomm&#233;e, ou encore dans l'acc&#232;s &#224; la sant&#233; et &#224; l'&#233;ducation, en particulier pour les femmes et les enfants &#187; (Maria Cristina Paciello, &lt;i&gt;L'impact social de la crise financi&#232;re au Maroc&lt;/i&gt; in &lt;i&gt;Revue Maghreb Machrek&lt;/i&gt;, n&#176;206 Hiver 2010-2011).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand le haut niveau de ch&#244;mage touche principalement les jeunes et les femmes avec un secteur informel important, les politiques contracycliques mises en place ont finalement peu d'impact sur le march&#233; du travail. La consid&#233;ration qui suit relative au Maroc est &#233;galement valable &#224; plus forte raison pour l'&#201;gypte et les autres pays MENA&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-33&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Middle East North Africa.&#034; id=&#034;nh4-33&#034;&gt;33&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; o&#249; le ch&#244;mage a globalement augment&#233; : &#171; L'impact de la crise globale sur le ch&#244;mage au Maroc a &#233;t&#233; jusqu'&#224; pr&#233;sent limit&#233;. Le taux de ch&#244;mage a globalement d&#233;cru de 9,8 % en 2007 &#224; 9,6 % en 2008 pour atteindre 9,1 % en 2009. L'&#233;conomie marocaine a donc fait preuve d'une certaine r&#233;silience en mati&#232;re de ch&#244;mage&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-34&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; R&#233;silience &#187; en grande partie due &#224; la faiblesse de l'&#233;conomie marocaine (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-34&#034;&gt;34&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Cependant, ces chiffres globaux sont susceptibles de masquer l'&#233;tendue et la profondeur de l'impact r&#233;el de la crise en raison de la pr&#233;dominance d'un large secteur informel. En effet, les donn&#233;es d&#233;sagr&#233;g&#233;es sur le ch&#244;mage par &#226;ge et par sexe sugg&#232;rent que les jeunes (15 &#8211; 24 ans) et les femmes ont &#233;t&#233; plus vuln&#233;rables &#224; la crise que les hommes adultes. Alors que de 2007 &#224; 2008, le taux global de ch&#244;mage a diminu&#233;, celui des femmes et des jeunes a l&#233;g&#232;rement augment&#233;. Le fait est que les femmes et les jeunes rencontrent g&#233;n&#233;ralement plus de barri&#232;res &#224; l'entr&#233;e sur le march&#233; du travail et se concentrent sur des emplois pr&#233;caires &#224; temps partiel. L'industrie textile, fortement intensive en travail f&#233;minin, a particuli&#232;rement souffert de la crise financi&#232;re. Il faut noter cependant que durant l'ann&#233;e 2009, lorsque la crise a davantage pes&#233; sur le Maroc, le taux de ch&#244;mage des jeunes et des femmes a l&#233;g&#232;rement d&#233;cru. Mais cette am&#233;lioration refl&#232;te un effet de 'd&#233;couragement' plut&#244;t qu'un impact r&#233;el des interventions publiques pour limiter les effets de la crise. En 2009 compar&#233;e &#224; 2008, la part des femmes et des jeunes dans la population active a l&#233;g&#232;rement d&#233;clin&#233;. Cela signifie que dans ce contexte, un nombre croissant de femmes et de jeunes a cess&#233; de chercher activement un travail en raison de la diminution des opportunit&#233;s d'emplois &#187; (&lt;i&gt;ibid&lt;/i&gt;). Selon le minist&#232;re du Travail lui-m&#234;me, le nombre des licenciements augmenta de 59 % entre 2009 et 2008, la majorit&#233; des licenciements s'effectua dans l'industrie textile-habillement (65 %). Les femmes, repr&#233;sentant plus de 70 % de la force de travail dans l'industrie du textile et de l'habillement furent donc les premi&#232;res touch&#233;es par la crise, l'impact est certainement plus grand encore du fait du r&#244;le important du secteur informel. Dans les plans d'urgence mis en place par l'&#201;tat, seules les entreprises formelles &#8211; celles qui paient des taxes et qui offrent aux salari&#233;s un salaire minimum &#8211; b&#233;n&#233;ficient r&#233;ellement des mesures sociales gouvernementales et aucun programme sp&#233;cifique aux femmes ayant perdu leur emploi dans le secteur textile n'a &#233;t&#233; d&#233;fini&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-35&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;En 2008, le programme de microcr&#233;dits, qui est la seule strat&#233;gie de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-35&#034;&gt;35&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#171; L'essentiel des mesures pour faire face &#224; la crise s'adressa aux travailleurs du secteur priv&#233; ou public disposant d'un contrat r&#233;gulier, et ce sont pour la plupart des hommes adultes &#187; (&lt;i&gt;ibid&lt;/i&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand les effets de la crise sont majoritairement report&#233;s sur les femmes (ch&#244;mage, pr&#233;carit&#233;, baisse de salaire, accroissement du travail domestique, distribution de cr&#233;dit ou tontine&#8230;) et que la reproduction de la distinction de genre est inh&#233;rente au cours des luttes ouvri&#232;res dans les usines et les quartiers, l'ordre moral, c'est-&#224;-dire le contr&#244;le des femmes, n'est pas le simple enjolivement spirituel du travail de restauration de l'&#201;tat. Il a un contenu &#233;conomique et social bien mat&#233;riel, imm&#233;diat et concret, il donne &#224; la soci&#233;t&#233; civile comme compromis social entre les classes sa viabilit&#233; en soumettant la moiti&#233; de la population, les femmes, &#224; l'autre moiti&#233;, les hommes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut consid&#233;rer l'Alg&#233;rie comme exemplaire de cette interaction entre le contr&#244;le des m&#339;urs, la &lt;i&gt;re&lt;/i&gt;traditionnalisation de la soci&#233;t&#233;, et son contenu mat&#233;riel terre &#224; terre. En Alg&#233;rie, la scolarisation des filles est largement r&#233;pandue, aux niveaux secondaire et sup&#233;rieur on compte 1,3 fille pour un gar&#231;on (2008), cela ne se traduit aucunement dans le monde du travail. Le taux de femmes actives recevant un salaire est inf&#233;rieur &#224; 18 %, l'un des plus faible du monde malgr&#233; la f&#233;minisation d&#233;butante de certains secteurs comme l'&#233;ducation et la sant&#233;. C'est l&#224; une caract&#233;ristique bien connue de la division du travail surd&#233;termin&#233;e ici par le fait que dans ces deux domaines, les femmes peuvent s'adresser &#224; des femmes : en &#201;gypte, l'universit&#233; d'Al-Azhar est en pointe dans la formation de femmes m&#233;decins. Mais le plus important est que &lt;i&gt;l'hostilit&#233;&lt;/i&gt; au travail f&#233;minin augmente : &#171; Le taux des hommes hostiles au travail f&#233;minin est pass&#233; de 32 &#224; 38 % par rapport &#224; une enqu&#234;te men&#233;e en 2000. Plus grave encore, le taux des femmes hostiles au travail f&#233;minin a &#233;galement augment&#233; de 18 &#224; 25 % en 2008. (&#8230;) Comme signe ostentatoire, le port du &lt;i&gt;hidjab&lt;/i&gt; a envahi l'espace public. Si le &lt;i&gt;hidjab&lt;/i&gt; est un cache-mis&#232;re dans l'&lt;i&gt;Alg&#233;rie profonde&lt;/i&gt;, ce n'est pas le cas pour le foulard dans les centres urbains. Il est per&#231;u comme une 'distinction culturelle'. La pri&#232;re du Vendredi &#224; la mosqu&#233;e est devenue un autre indicateur significatif de ce rite social. Les mariages de jouissance impos&#233;s par les terroristes dans les ann&#233;es 1990 commencent &#224; se r&#233;pandre dans les grandes agglom&#233;rations&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-36&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Tr&#232;s &#233;trange, la question des viols perp&#233;tr&#233;s par les groupes terroristes (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-36&#034;&gt;36&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. La l&#233;galit&#233; de la polygamie a cautionn&#233; ce nouveau ph&#233;nom&#232;ne. Nous assistons &#224; une retraditionnalisation et &#224; une repatriarcalisation de la sph&#232;re publique et priv&#233;e alors que l'Alg&#233;rie &#233;tait dans l'antichambre de la modernit&#233; dans les ann&#233;es 1960 et 1970. Une v&#233;ritable r&#233;volution silencieuse mais agressive est en marche au fur et &#224; mesure que l'&#233;conomie du bazar prend de l'ampleur. Ce conservatisme religieux et social s'est traduit &#233;galement dans les institutions publiques et politiques &#187; (Rachid Tlem&#231;ani, &lt;i&gt;Femmes et politique en Alg&#233;rie&lt;/i&gt;, Maghreb &#8211; Machrek n&#176; 200, &#233;t&#233; 2009). La r&#233;vision en 2005 du code de la famille n'a pas remis en cause le statut de mineure accord&#233; &#224; la femme en Alg&#233;rie. Au niveau de la repr&#233;sentation f&#233;minine sur les listes &#233;lectorales de candidat(e)s et encore plus au niveau des &#233;lu(e)s, une personnalit&#233; comme Louisa Hanoune reste une absolue exception. Le syst&#232;me politique en vigueur de cooptation assure une &#171; all&#233;geance totale &#224; l'&#233;gard du chef, les insoumis sont ch&#226;ti&#233;s &#187; (&lt;i&gt;ibid&lt;/i&gt;). Les militantes des partis se focalisent sur les slogans de leur formation politique et &#233;ludent toutes les questions relatives au statut des femmes qui ne s'est impos&#233; en tant que th&#232;me de campagne dans aucun scrutin. Le syst&#232;me de quotas pour les femmes institu&#233; par Bouteflika pour son troisi&#232;me mandat (2008) &#171; cautionne davantage le syst&#232;me de cooptation qui a pourtant exclu la femme de la gestion de la cit&#233; &#187; (&lt;i&gt;ibid&lt;/i&gt;). De m&#234;me, la parit&#233; institu&#233;e aux &#233;lections &#224; la Constituante en Tunisie &#224; l'automne&lt;strong&gt; &lt;/strong&gt;2011 est une vaste blague au regard de la possibilit&#233; r&#233;elle des femmes d'&#234;tre &#233;lues.&lt;strong&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le programme de restauration d'une vie publique non corrompue &#233;conomiquement et moralement passe par un accroissement et une l&#233;gitimation de l'exclusion des femmes. Il est dans la nature de la vie publique d'exister dans son opposition &#224; la vie priv&#233;e, il est dans la nature de cette opposition, dans les rapports sociaux capitalistes, d'&#234;tre une distinction de genre. L'ordre familial est le garant et la condition de la moralit&#233; de la soci&#233;t&#233; civile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;__RefHeading___Toc6490_2371844483&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;L'ordre moral&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; A moins que vous ne compreniez l'aspect id&#233;ologique de la r&#233;gion, vous ne pouvez pas comprendre ce qui se passe &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bachar al-Assad (interview dans le &lt;i&gt;Wall Street Journal&lt;/i&gt;, 31 janvier 2011)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;__RefHeading___Toc7181_2371844483&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;Contr&#244;le des m&#339;urs, soci&#233;t&#233; civile, recomposition de la classe dominante, marginalisation des &#171; jeunes r&#233;volutionnaires &#187; : la question de l'&#201;tat&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le &#171; contr&#244;le des m&#339;urs &#187; est devenu la pierre angulaire de la recomposition des articulations entre rapports de production / soci&#233;t&#233; civile / politique et &#201;tat. Sous la m&#234;me expression se joue le drame des revendications ouvri&#232;res au nom de la justice et leur r&#233;pression au nom de l'unit&#233; du peuple et du salut du pays ; sous cette expression se joue la glorification des femmes et leur effacement public en faisant le principal &#171; amortisseur &#187; de la crise ; se joue la relation entre la soci&#233;t&#233; civile et l'&#201;tat, la premi&#232;re comme multiplicit&#233; d'associations et expression de rapports personnels, le second comme bras arm&#233; de la justice, ind&#233;pendant de la premi&#232;re et la prot&#233;geant. L'islamisme est obs&#233;d&#233; par le contr&#244;le des m&#339;urs. Sous la pression des islamistes d'Ennahda et des salafistes du parti Ettahrir, en Tunisie, un d&#233;cret-loi, publi&#233; le 1er avril 2012, a autoris&#233; le port du voile sur les photos des cartes d'identit&#233; ; la programmation du film Pers&#233;polis de Marjane Satrapi par la cha&#238;ne de t&#233;l&#233;vision Nessma provoque des manifestations, une opposition violente des salafistes et les excuses du pr&#233;sident de la cha&#238;ne ; &#224; la facult&#233; des lettres de la Manouba, &#224; Tunis, en d&#233;cembre 2011, le campus est occup&#233; jour et nuit par des &#233;tudiants barbus r&#233;clamant le port du &lt;i&gt;niqab&lt;/i&gt; pour les filles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cette recomposition, sous la banni&#232;re islamique de la lutte contre la corruption, la classe capitaliste a essay&#233;, autour d'une de ses fractions, de jouer son &#233;mancipation de sa situation de caste bureaucratique vivant de monopoles et de rentes qui entrave l'activit&#233; d'une grande partie de ses membres (non sans luttes et contradictions comme le montre &#224; la fois la connivence et les affrontements entre islamistes et Arm&#233;e en &#201;gypte). De m&#234;me, la classe ouvri&#232;re, sous la lutte pour la dignit&#233; et la morale, contre l'occidentalisation des modes de vie, joue sa reconnaissance comme acteur autonome &lt;i&gt;&#224; l'int&#233;rieur&lt;/i&gt; de la reproduction du capital, la pr&#233;servation de ses relations internes et modes de vie (dont la domination masculine) contre l'anomie de la pr&#233;carisation et de l'atomisation, et plus prosa&#239;quement la reconnaissance de syndicats ind&#233;pendants et des augmentations de salaires. Les int&#233;r&#234;ts des uns et des autres demeurent fondamentalement antagoniques, mais ils parlent momentan&#233;ment le m&#234;me langage, et pendant que la premi&#232;re poursuit de fa&#231;on heurt&#233;e mais syst&#233;matique son objectif d'&#233;mancipation et de recomposition, la seconde est renvoy&#233;e &#224; un combat d'arri&#232;re-garde qui se soldera par une acc&#233;l&#233;ration des privatisations sous l'&#233;gide de l'aile &#171; businessman &#187; des Fr&#232;res, une red&#233;finition compassionnelle du welfare, un d&#233;veloppement de la pr&#233;carit&#233;, une segmentation accrue ou, en l'absence de possibilit&#233; endog&#232;ne de restructuration, par une r&#233;pression accrue men&#233;e par l'Arm&#233;e. &#192; l'instar de n'importe quelle bureaucratie d'&#201;tat, l'Arm&#233;e, propri&#233;taire collectif, ne pourra se sauver qu'en g&#233;rant sa propre privatisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#201;tat n'est pas simplement s&#233;par&#233; de la soci&#233;t&#233;, il est &lt;i&gt;s&#233;par&#233; de la lutte des classes&lt;/i&gt;. Il en est s&#233;par&#233; puisqu'il est fait pour &#231;a. On ne peut imaginer un instrument utilis&#233; par la classe dominante et qui ne serait pas s&#233;par&#233; de la lutte des classes, il risquerait d'&#233;clater entre ses mains &#224; tout instant. Il faut &#224; l'&#201;tat cette s&#233;paration pour pouvoir intervenir dans la lutte des classes et dans toutes les directions : non seulement contre la classe ouvri&#232;re afin de maintenir le syst&#232;me d'exploitation, mais aussi, &#233;ventuellement, dans les luttes int&#233;rieures &#224; la classe dominante, contre ses divisions. Pour remplir sa fonction d'instrument au service de la classe dominante, l'appareil d'&#201;tat doit, m&#234;me dans les pires circonstances, et dans toute la mesure du possible, &#234;tre s&#233;par&#233; de la lutte des classes, retir&#233; d'elle autant que faire se peut. Cette s&#233;paration est le contraire exact d'une &#171; neutralit&#233; &#187;, l'&#201;tat est bien s&#233;par&#233; mais pour &#234;tre un &#201;tat, c'est-&#224;-dire &lt;i&gt;un &#201;tat de classe qui serve au mieux, dans cette s&#233;paration et par elle, les int&#233;r&#234;ts de la classe dominante&lt;/i&gt;. Qu'il y ait des contradictions dans l'&#201;tat, que l'arm&#233;e, par exemple, puisse avoir des vues politiques (et passe aux actes), que ces contradictions puissent &#234;tre exasp&#233;r&#233;es par la lutte des classes n'infirme pas que l'&#201;tat, en son c&#339;ur, qui est sa force d'intervention physique, politique, polici&#232;re et de haute administration, est fait, malgr&#233; toutes les difficult&#233;s qu'il peut avoir pour y parvenir, pour ne pas &#234;tre &#171; affect&#233; &#187; par la lutte des classes, parce qu'il est fait pour &#231;a, parce qu'il &lt;i&gt;est&lt;/i&gt; cette s&#233;paration qui n'a rien &#224; voir avec une quelconque &#171; autonomie &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En &#201;gypte, depuis les ann&#233;es 1950, l'Arm&#233;e s'est confondue avec l'&#201;tat, un corps particulier de la soci&#233;t&#233; civile est devenu l'&#201;tat, les buts de l'&#201;tat se transforment en buts de l'Arm&#233;e ou les buts de l'Arm&#233;e en buts de l'&#201;tat. En tenant en sa possession l'&#201;tat, c'est la soci&#233;t&#233; qui devient la &lt;i&gt;propri&#233;t&#233; priv&#233;e &lt;/i&gt;d'une corporation. Quant au militaire pris individuellement, le but de l'&#201;tat devient son but priv&#233;. L'&#201;tat est cet universel abstrait qui se s&#233;pare illusoirement de la soci&#233;t&#233; civile en id&#233;alisant et s&#233;parant l'int&#233;r&#234;t g&#233;n&#233;ral des conflits qui la traversent, par l&#224; il n'est en fait que le comit&#233; de gestion des affaires bourgeoises. Mais si une corporation particuli&#232;re, une partie de la soci&#233;t&#233;, fait de sa situation particuli&#232;re le contenu de l'&#201;tat, celui-ci est alors en contradiction avec lui-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec la politique lib&#233;rale d'ouverture inaugur&#233;e par Sadate (l'&lt;i&gt;infitah&lt;/i&gt;), toute activit&#233; &#233;conomique susceptible d'entrer dans ce flux est accapar&#233;e, en connexion avec l'&#201;tat, par une fraction de la bourgeoisie et devient l'objet d'un monopole. Ces capitalistes&lt;strong&gt; &lt;/strong&gt;n'agissent en tant que tels que de par leur situation dans l'&#201;tat ou l'Arm&#233;e. Cette fraction de la bourgeoisie, construite comme une oligarchie client&#233;liste et se confondant avec les appareils r&#233;pressifs de l'&#201;tat, devient alors, elle aussi, un &#171; pouvoir &#187;, c'est-&#224;-dire que &lt;i&gt;dans l'&#201;tat&lt;/i&gt;, elle a pouvoir &lt;i&gt;sur l'&#201;tat&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La religion, quant &#224; elle est une forme &lt;i&gt;primaire&lt;/i&gt;, instable et inaccomplie, d'universalisme de l'&#201;tat, d'id&#233;ologie sous laquelle s'effectue la pratique politique. Primaire et instable car au moment o&#249; la religion se constitue en id&#233;ologie dominante en coagulant les id&#233;ologies sous lesquelles s'exercent les pratiques des rapports sociaux et de production, elle r&#233;v&#232;le et revendique que &lt;i&gt;l'universalit&#233; abstraite de l'&#201;tat n'est pas dans l'&#201;tat lui-m&#234;me&lt;/i&gt;, qu'il n'est pas lui-m&#234;me &#171; la religion r&#233;alis&#233;e &#187; (Marx, &lt;i&gt;La Question juive&lt;/i&gt;). La constitution de l'&#201;tat pour lui-m&#234;me n'est jamais lin&#233;aire. Tant que l'Arm&#233;e, la religion, une classe dominante pr&#233;datrice n'agissant que par sa situation dans l'&#201;tat lui-m&#234;me, se combattent et s'enchev&#234;trent, cela signifie que l'&#201;tat n'est pas s&#233;par&#233; de la lutte des classes, qu'il est travers&#233; par elle, qu'il n'est pas non pas neutre mais hors lutte des classes comme l'on est &#171; hors d'eaux &#187;. L'universalit&#233; abstraite de l'&#201;tat dans l'&#201;tat lui-m&#234;me ce n'est pas un beau proc&#232;s philosophique, c'est sa constitution et son existence comme &#201;tat de la classe dominante pouvant librement agir en tant que tel aussi bien contre les classes domin&#233;es que, s'il le faut, contre des fractions de la classe dominante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; L'&#201;tat politique parfait est, d'apr&#232;s son essence, la vie g&#233;n&#233;rique de l'homme par opposition &#224; sa vie mat&#233;rielle. Toutes les suppositions de cette vie &#233;go&#239;ste continuent &#224; subsister dans la soci&#233;t&#233; civile en dehors de la sph&#232;re politique, mais comme propri&#233;t&#233;s de la soci&#233;t&#233; bourgeoise. L&#224; o&#249; l'&#201;tat politique est arriv&#233; &#224; son v&#233;ritable &#233;panouissement, l'homme m&#232;ne, non seulement dans la pens&#233;e, dans la conscience, mais dans la r&#233;alit&#233;, dans la vie, une existence double, c&#233;leste et terrestre, l'existence dans la communaut&#233; politique, o&#249; il est consid&#233;r&#233; comme un &#234;tre g&#233;n&#233;ral, et l'existence dans la soci&#233;t&#233; civile, o&#249; il travaille comme simple particulier, voit dans les autres hommes de simples moyens et devient le jouet de puissances &#233;trang&#232;res. L'&#201;tat politique est, vis-&#224;-vis de la soci&#233;t&#233; civile, aussi spiritualiste que le ciel l'est vis-&#224;-vis de la terre. (&#8230;) L'&#201;tat qui professe encore le christianisme sous forme de religion, ne le professe pas encore sous forme d'&#201;tat, car il a encore vis-&#224;-vis de la religion une attitude religieuse. En d'autres termes, un tel &#201;tat n'est pas la r&#233;alisation v&#233;ritable du fond humain de la religion, parce qu'il s'en rapporte encore &#224; l'irr&#233;alit&#233;, &#224; la forme imaginaire de ce noyau humain. L'&#201;tat dit chr&#233;tien est l'&#201;tat imparfait, et la religion chr&#233;tienne est &#224; ses yeux le compl&#233;ment et la sanctification de son imperfection. &lt;i&gt;La religion devient donc n&#233;cessairement pour lui un moyen ; et c'est l'&#201;tat de l'hypocrisie&lt;/i&gt; (soulign&#233; par nous). Il y a une grande diff&#233;rence entre ces deux faits : ou bien l'&#201;tat parfait compte, &#224; cause du vice inh&#233;rent &#224; l'essence g&#233;n&#233;rale de l'&#201;tat, la religion au nombre de ses conditions ; ou bien l'&#201;tat imparfait proclame, &#224; cause du vice inh&#233;rent &#224; son existence particuli&#232;re, c'est-&#224;-dire en tant qu'&#201;tat imparfait, la religion comme sa base. Dans ce dernier cas, la religion se transforme en politique imparfaite. Dans le premier cas, l'imperfection m&#234;me de la politique parfaite se montre dans la religion. L'&#201;tat dit chr&#233;tien a besoin de la religion chr&#233;tienne, pour se compl&#233;ter comme &#201;tat. L'&#201;tat d&#233;mocratique, le v&#233;ritable &#201;tat, n'a pas besoin de la religion pour son ach&#232;vement politique. Il peut, au contraire, faire abstraction de la religion, parce qu'en lui &lt;i&gt;le fond humain de la religion est r&#233;alis&#233; de fa&#231;on profane&lt;/i&gt;. &#187; (Marx, &lt;i&gt;La Question juive&lt;/i&gt;, &#201;d. Costes, pp.176-177-182-183). L'&#201;tat islamique officiel est un &#171; devenir &#187; dont la r&#233;alisation est impossible ; il ne peut constater la r&#233;alit&#233; de son existence qu'en se mentant &#224; lui-m&#234;me ; aussi reste-t-il toujours &#224; ses propres yeux un sujet de doute, un objet incertain et probl&#233;matique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce caract&#232;re incertain et probl&#233;matique s'est violemment rappel&#233; aux Fr&#232;res musulmans &#224; Port Sa&#239;d et sur la place Tahrir, quand il leur fut reproch&#233; d'avoir fait de la religion un moyen et une propri&#233;t&#233; de l'&#201;tat, d'avoir failli aux missions de justice et de bien-&#234;tre, cela signifiait inversement qu'il n'y a pas de pratiques de classe, la plus &#171; basique &#187;, revendicative et imm&#233;diate qui n'op&#232;re pas sous une id&#233;ologie&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sous l'effet de la lutte des classes, l'&#201;tat est la question centrale, la pierre de touche de la recomposition de la classe dominante et des modalit&#233;s de mobilisation et d'exploitation de la force de travail. Or, il n'existe pas d'&#201;tat &lt;i&gt;politique&lt;/i&gt; dans les pays arabes du pourtour m&#233;diterran&#233;en, mais ce que les sociologues, &#224; la suite de Max Weber, appellent des &#201;tats patrimoniaux ou n&#233;o-patrimoniaux&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-37&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sur ces notions d'&#201;tats patrimoniaux ou n&#233;o-patrimoniaux appliqu&#233;es aux pays (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-37&#034;&gt;37&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quel que soit le sort r&#233;serv&#233; aux Fr&#232;res Musulmans, la religion demeure l'id&#233;ologie, c'est-&#224;-dire le rapport v&#233;cu aux conditions r&#233;elles d'existence, formalisant ce qui &#224; l'occasion d'une explosion sociale prol&#233;tarienne se r&#233;v&#232;le &#234;tre le r&#233;sultat essentiel dans lequel elle est embarqu&#233;e, somm&#233;e de se d&#233;finir et de prendre part : l'autotransformation de la bourgeoisie dans le cadre de la crise d'un mode de valorisation du capital &#224; l'&#233;chelle mondiale et des modifications des formes de cette mondialisation. Non pas un recentrage &#233;conomique national mais une accentuation du zonage de la valorisation du capital et de la mise en abyme de ce zonage, ce qui signifie &#224; la fois une accentuation de la segmentation et de la pr&#233;carisation de la classe ouvri&#232;re &lt;i&gt;mais aussi une multiplication des zones interm&#233;diaires et centrales&lt;/i&gt; dans les p&#233;riph&#233;ries ainsi que de leurs propres interrelations. C'est ce mouvement &lt;i&gt;dans sa dualit&#233;&lt;/i&gt; qui &#233;tait entrav&#233; par cette bourgeoisie bureaucratique devenue caste corrompue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette recomposition de la classe dominante et de l'&#201;tat se referme comme un pi&#232;ge sur une des fractions de la soci&#233;t&#233; les plus actives lors du soul&#232;vement ayant conduit au d&#233;part de Ben Ali en Tunisie puis de Moubarak en &#201;gypte : les classes moyennes lib&#233;rales&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-38&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lib&#233;rales : aussi bien au niveau de leurs aspirations d&#233;mocratiques et dans (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-38&#034;&gt;38&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; et la jeunesse urbaine &#233;duqu&#233;e. Dans son &#233;dition du 16 d&#233;cembre 2011, &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; pr&#233;sente les r&#233;sultats d'un sondage men&#233; en &#201;gypte entre la premi&#232;re et la deuxi&#232;me phase des &#233;lections l&#233;gislatives&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-39&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sondage r&#233;alis&#233; par le Centre national d'&#233;tudes strat&#233;giques Al-Ahram entre (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-39&#034;&gt;39&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Gamal Abd El Gawad qui a supervis&#233; l'enqu&#234;te fait le commentaire suivant : &#171; Les partis lib&#233;raux restent des formations &#233;litistes limit&#233;es aux classes urbaines &#233;duqu&#233;es. (&#8230;) Faire tomber Moubarak ne garantit aucune l&#233;gitimit&#233; &#233;lectorale, &#231;a n'a rien &#224; voir avec gagner des &#233;lections. Le choc &#233;prouv&#233; par les lib&#233;raux et les jeunes r&#233;volutionnaires va &#234;tre de pire en pire : les Fr&#232;res vont am&#233;liorer leur score au deuxi&#232;me tour &#187;. Le premier facteur d&#233;terminant le vote est la confiance accord&#233;e au candidat, ses &#171; actions de bien &#187; (charit&#233;, services, etc.) et son honn&#234;tet&#233;. Bien avant l'&#233;tablissement de la d&#233;mocratie, les deux sujets les plus importants aux yeux des &#233;lecteurs sont l'&#233;conomie et la s&#233;curit&#233;. Pour la majorit&#233; des &#233;lecteurs, favorable &#224; un &#201;tat islamique : &#171; il s'agit d'un cadre g&#233;n&#233;ral garantissant la justice sociale, la transparence et l'identit&#233; plut&#244;t qu'un d&#233;sir de ramener la religion en force dans la vie publique ou d'appliquer la charia. (&#8230;) Seuls 23 % des &#233;lecteurs des Fr&#232;res votent pour eux afin qu'ils appliquent la charia. Mais le simple fait qu'une majorit&#233; pr&#233;f&#232;re un &#201;tat islamique est tr&#232;s significatif. Cela indique que l'islamisme progresse dans la soci&#233;t&#233; &#187; (&lt;i&gt;ibid&lt;/i&gt;). La tautologie finale (&#171; une majorit&#233; pr&#233;f&#232;re l'islamisme cela signifie que l'islamisme progresse &#187;) manifeste un certain embarras, il est certain que les principales motivations sont &#233;conomiques, ce que nous devons essayer d'expliquer c'est pourquoi ces motivations existent &lt;i&gt;sans se perdre&lt;/i&gt; dans le langage de la religion, pourquoi des faits et des revendications &#233;conomiques se pr&#233;sentent comme morale et comme m&#339;urs. En bref, l'id&#233;ologie comme relation pratique des individus &#224; leurs conditions d'existence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si la recomposition de la classe dominante se referme comme un pi&#232;ge sur les classes moyennes lib&#233;rales et la jeunesse &#233;duqu&#233;e, c'est du fait de cette id&#233;ologie qui pr&#233;side pour l'instant &#224; cette recomposition. D'un c&#244;t&#233;, la classe ouvri&#232;re, les masses urbaines prol&#233;taris&#233;es de l'&#233;conomie informelle, les ch&#244;meurs, les paysans expropri&#233;s continuent de se r&#233;volter ; en Tunisie ou en &#201;gypte, le changement de pouvoir n'emp&#234;che pas que les gr&#232;ves se poursuivent et se multiplient. De l'autre, une recomposition tr&#232;s probl&#233;matique des classes dominantes dans laquelle les Fr&#232;res et m&#234;me les salafistes repr&#233;sentent toute une cat&#233;gorie de marchands, d'interm&#233;diaires et d'entrepreneurs jusque l&#224; exclus du pouvoir et donc des affaires les plus rentables, cat&#233;gories hostiles &#224; tout ce qui pouvait subsister d'&#233;tatisme et de protection sociale. En Tunisie : &#171; Dans les villes, deux cat&#233;gories d'hommes d'affaires ont particip&#233; au financement de la campagne d'Ennahda. Il y a les nadhaouis d'hier, emp&#234;ch&#233;s d'entrer dans la fonction publique, brim&#233;s dans le secteur priv&#233;, et qui ont ouvert leur propre entreprise, &#224; l'image du directeur de la communication du parti, Nejib Gharbi, qui a fait fortune dans le commerce de gros. Et les nouveaux convertis qui ont rejoint le parti dont ils ont pressenti l'ascension. &#192; Sfax, la capitale &#233;conomique de la Tunisie, Ennahda a rafl&#233; la moiti&#233; des si&#232;ges de l'Assembl&#233;e constituante, loin devant ses concurrents &#187; (&lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt;, 27 octobre 2011). M&#234;me les salafistes &#233;gyptiens du parti Al-Nour mobilisent une partie de la jeunesse &#233;duqu&#233;e qui y trouve des perspectives de carri&#232;res inesp&#233;r&#233;es et rapides. Des salafistes high-tech : &#171; Ing&#233;nieurs, informaticiens, hommes d'affaires, m&#233;decins, professeurs, les militants d'Al-Nour (qui d&#233;clare 100 000 membres) soignent leur image de gendre id&#233;al&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-40&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le &#171; gendre id&#233;al &#187;, en &#201;gypte, ce n'est pas une plaisanterie ou un sarcasme.&#034; id=&#034;nh4-40&#034;&gt;40&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187; (&lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt;, 18 janvier 2012). &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me si la transparence, la justice sociale, le contr&#244;le des m&#339;urs, la domination masculine, l'identit&#233; et la communaut&#233; etc., n'avaient pas le m&#234;me sens pour la classe capitaliste et pour le prol&#233;tariat, la synth&#232;se de ces th&#232;mes dans l'islam contre le fonctionnement de l'ancienne &lt;i&gt;caste&lt;/i&gt; bourgeoise constituait leur horizon commun. Salafistes, Fr&#232;res musulmans ou Ennahda ont incarn&#233; chez les ouvriers et les plus pauvres la reconqu&#234;te d'une dignit&#233; perdue. La &#171; dignit&#233; &#187; n'est pas seulement un sentiment, c'est le fait d'&lt;i&gt;exister&lt;/i&gt; vis-&#224;-vis du pouvoir, c'est &#234;tre &#224; m&#234;me de r&#233;clamer une &#233;cole, une adduction d'eau, etc. (l&#224; o&#249; les Fr&#232;res musulmans ont excell&#233; dans les quartiers). L'islamisme parvient &#224; faire la synth&#232;se des trois composantes du soul&#232;vement arabe : contre la corruption, la morale religieuse int&#232;gre la &lt;i&gt;composante politique lib&#233;rale&lt;/i&gt; militant pour la transparence de l'&#201;tat ; la &lt;i&gt;composante sociale&lt;/i&gt; est int&#233;gr&#233;e au nom de la justice et de la communaut&#233; qui sont les abstractions sous lesquelles op&#232;re la lutte de classe ; enfin, avec l'islam, &lt;i&gt;la composante identitaire&lt;/i&gt; est affirm&#233;e comme r&#233;ponse et solution &#224; l'inexistence individuelle et sociale face &#224; la classe dominante et au d&#233;classement collectif face &#224; l'Occident. Ce n'est pas la religion qui a perdu la partie en juillet 2013 avec le coup d'&#201;tat militaire en &#201;gypte, mais l'&#201;tat qui avait fait de la religion son fondement et qui fut condamn&#233;, pour des raisons diff&#233;rentes, aussi bien par l'Arm&#233;e et les classes moyennes que par les prol&#233;taires pour qui la religion avait &#233;t&#233; accapar&#233;e et monopolis&#233;e contre eux par l'&#201;tat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'elle soit promue par des partis issus des Fr&#232;res, par l'Arm&#233;e ou un pouvoir civil et la&#239;que, dans un jeu de bascule fait de connivence et d'affrontements, c'est l'id&#233;ologie de la classe dominante en recomposition, m&#233;lange de religion et de nationalisme, qui se pr&#233;sente comme la perspective des luttes des classes domin&#233;es&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-41&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'id&#233;ologie de la classe dominante est non seulement l'id&#233;ologie dominante (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-41&#034;&gt;41&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Dans cette configuration, pour les classes moyennes &#233;duqu&#233;es, les revendications de libert&#233; d'expression, de d&#233;mocratie et de lib&#233;ralisation des m&#339;urs qui sont l'expression de leurs int&#233;r&#234;ts mat&#233;riels en tant que condition de leur ascension sociale et de leur gagne-pain, ne peuvent &#234;tre l'expression g&#233;n&#233;rale des int&#233;r&#234;ts de la soci&#233;t&#233; renvoyant les int&#233;r&#234;ts des autres classes &#224; un statut d'int&#233;r&#234;ts strictement particuliers. Bien au contraire, ce sont les int&#233;r&#234;ts de ces cat&#233;gories sociales qui apparaissent comme des int&#233;r&#234;ts non seulement particuliers, contrairement au statut conquis par la religion et le nationalisme&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-42&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Encore que l'on ait vu des Black Bloc brandir le drapeau &#233;gyptien.&#034; id=&#034;nh4-42&#034;&gt;42&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, mais encore comme d&#233;connect&#233;s de toute r&#233;alit&#233; sociale, purement &#171; id&#233;ologiques &#187;, c'est-&#224;-dire volont&#233; individuelle, interdite de fondements, de vivre d'une certaine fa&#231;on, libert&#233; fond&#233;e dans la simple volont&#233; de quelques individus &#171; occidentalis&#233;s &#187; et par l&#224; &#233;trangers &#224; &#171; l'identit&#233; &#187; et &#224; &#171; la communaut&#233; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les affrontements et l'organisation de la mobilisation sur la place Tahrir au Caire, un groupe s'est retrouv&#233; r&#233;guli&#232;rement en premi&#232;re ligne depuis janvier 2011 : les associations Ultras de supporteurs de foot. Si nous en parlons ici c'est que ces dizaines de milliers de jeunes repr&#233;sentent bien, jusqu'&#224; la caricature, cette r&#233;volte contre la rigidit&#233; des m&#339;urs et le contr&#244;le social des modes de vie. &#171; Cette g&#233;n&#233;ration n&#233;e sous Moubarak et avec Internet a &#233;t&#233; capable de cr&#233;er une nouvelle identit&#233; anti-classe moyenne et de provoquer la moralit&#233; ambiante. Ils sont une face de la r&#233;volution que tout le monde voudrait oublier : celle de la rage et de la col&#232;re. Pas la face proprette &#224; fleurs du jeune poli : la face anti-sociale, anti-famille, anti-institution, anti-morale. Ils utilisent le stade pour promouvoir cette nouvelle identit&#233; &#187; (Amr Abderrahmane, membre de l'Alliance populaire socialiste, in &#171; G&#233;n&#233;ration ultras &#187;, &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; du 18 octobre 2011). Rien d'&#233;tonnant &#224; ce que les m&#233;dias, m&#234;me apr&#232;s la chute de Moubarak continuent &#224; les pr&#233;senter comme des voyous, des ath&#233;es, des drogu&#233;s et &#224; l'occasion comme des d&#233;viants sexuels. Habitu&#233;s des affrontements violents avec la police, &#171; les ultras d&#233;veloppent des techniques de combat de rue dont l'efficacit&#233; &#233;clatera au grand jour sur la place Tahrir lors de la r&#233;volution. Les Egyptiens d&#233;couvriront alors qu'ils sont les seuls &#224; savoir mener des batailles rang&#233;es contre les forces de l'ordre. Au soir du 25 janvier, premier jour de la contestation, ils sont sur la place sans qu'aucune consigne officielle ait &#233;t&#233; donn&#233;e aux groupes par les 'parrains'. On les retrouve ensuite en premi&#232;re ligne sur tous les fronts : habitu&#233;s aux gaz lacrymog&#232;nes, aux balles en caoutchouc et &#224; franchir les murs du stade, ils savent renvoyer une grenade, sauter sur un camion de police, escalader les lampadaires et jouent un r&#244;le logistique d&#233;cisif dans les victoires remport&#233;es par les r&#233;volutionnaires. Cr&#233;atifs, ils donnent aussi &#224; la r&#233;volution ses slogans et ses rythmes embl&#233;matiques, typiques du r&#233;pertoire des supporteurs. (&#8230;) L'acronyme ACAB pour 'All Cops Are Bastards' ('Tous les flics sont des b&#226;tards') pars&#232;me aujourd'hui les rues du Caire &#187; (Claire Talon, journaliste, &lt;i&gt;ibid&lt;/i&gt;). Leur style de vie &#171; provocant et d&#233;jant&#233; &#187;, comme dit la journaliste du &lt;i&gt;Monde&lt;/i&gt;, impressionne toute cette jeune g&#233;n&#233;ration aux prises avec des carcans sociaux et religieux pesants et, m&#234;me s'il ne correspond pas tout &#224; fait aux aspirations de la classe moyenne urbaine &#233;duqu&#233;e, il n'est pas &#171; anti-classe moyenne &#187;, tout au plus sa forme paroxystique. Mais ce faisant, le mod&#232;le que repr&#233;sentent les Ultras signe pour ces classes moyennes l'autonomisation de la question du mode de vie qui ne parvient pas &#224; se d&#233;velopper en question politique et sociale, c'est le pi&#232;ge dans lequel elles se trouvent enferm&#233;es. Apr&#232;s avoir &#233;t&#233; r&#233;prim&#233;es par les Fr&#232;res durant l'hiver 2012-2013, elles ont ouvert la voie au coup d'&#201;tat de l'Arm&#233;e de juillet 2013, qui n'a pas tard&#233; ensuite de les mettre au pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que cette marginalisation sociale et cet &#233;chec signifient c'est, dans les rapports de classes actuels en &#201;gypte, le caract&#232;re incertain et probl&#233;matique d'une recomposition de la classe dominante que sanctionnerait et garantirait la s&#233;paration de l'&#201;tat dont l'universalit&#233; propre en tant qu'&#201;tat de la classe dominante r&#233;siderait alors dans sa capacit&#233; &#224; imposer partout dans la soci&#233;t&#233; civile et dans les rapports de production eux-m&#234;mes la cat&#233;gorie de &lt;i&gt;sujet&lt;/i&gt;. Ce qu'il est convenu d'appeler &#171; l'&#201;tat de droit &#187;. Les classes moyennes, la jeunesse &#233;duqu&#233;e et les f&#233;ministes islamiques (marginales, mais dont l'id&#233;ologie pourrait avoir une influence certaine)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-43&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Que font les f&#233;minismes islamiques ? Restaurer la situation et la place des (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-43&#034;&gt;43&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, une partie de l'Arm&#233;e dans la mesure o&#249; elle entame sa &#171; privatisation &#187;, la partie &#171; business &#187; des Fr&#232;res musulmans et la fraction formelle de la classe ouvri&#232;re, pour autant qu'ils en re&#231;oivent l'impulsion, peuvent &#234;tre les porteurs de l'imposition de cette cat&#233;gorie &#224; l'ensemble des id&#233;ologies sous lesquelles &#224; tous les niveaux de la soci&#233;t&#233;s les diff&#233;rentes pratiques op&#232;rent for&#231;ant les agents de ces pratiques &#224; se reconna&#238;tre en elle depuis les rapports de production jusqu'&#224; la famille et la morale. La cat&#233;gorie de sujet est partie de l'id&#233;ologie juridique, id&#233;ologie du droit des rapports marchands o&#249; chaque individu est sujet de droit, de ses capacit&#233;s juridiques, comme propri&#233;taire des biens qu'il peut ali&#233;ner, y compris la force de travail. C'est l&#224; une cat&#233;gorie susceptible d'unifier l'ensemble des id&#233;ologies et des pratiques correspondantes, y compris le syndicalisme. S'il est exact comme l'&#233;crit Marx quelque part que c'est dans le rapport entre le producteur imm&#233;diat et les moyens de production que g&#238;t tout le myst&#232;re du pouvoir, le myst&#232;re de l'&#201;tat, ce rapport imm&#233;diat s'exprime, dans le cas du mode de production capitaliste, sous la forme du rapport juridique, ins&#233;parable de l'id&#233;ologie juridique, pour laquelle tout homme est sujet de droit, ma&#238;tre et possesseur de son corps, de sa volont&#233;, de sa libert&#233;, de sa propri&#233;t&#233; et de ses actes, etc. Cette id&#233;ologie s'&#233;tend aux rapports politiques, familiaux, moraux, etc. Toute la soci&#233;t&#233; bourgeoise et son &#201;tat reposent ainsi sur le droit et l'id&#233;ologie juridique, &lt;i&gt;sur le sujet&lt;/i&gt; qui doit &#234;tre travaill&#233; de fa&#231;on suffisamment abstraite pour &#234;tre rendu utilisable dans tous les domaines de la pratique sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;__RefHeading___Toc7183_2371844483&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;Ordre moral et clivage id&#233;ologique &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si, comme on l'a vu avec le march&#233; du travail, l'&#233;conomie informelle et le report de la crise sur les femmes, l'ordre moral a un contenu mat&#233;riel bien terre &#224; terre, il ne faut pas pour autant en effacer l'efficacit&#233; id&#233;ologique propre : la transformation des int&#233;r&#234;ts particuliers d'une classe en int&#233;r&#234;t universel. L'obsession religieuse de l'ordre moral agit comme une sorte de clivage imaginaire &#224; l'efficacit&#233; pourtant bien r&#233;elle, obligeant les diverses classes et couches sociales &#224; se positionner. La d&#233;finition et la place des femmes deviennent la pierre de touche de ces positionnements. La famille et la condition f&#233;minine deviennent pour toutes les classes sociales le contenu du rapport id&#233;ologique &lt;i&gt;ad&#233;quat aux enjeux des luttes de classes en cours comme red&#233;finition de la relation entre rapports de production / soci&#233;t&#233; civile / &#201;tat&lt;/i&gt;. Le point central &#233;tant la constitution d'une soci&#233;t&#233; civile, objectif qui est un processus violent, embarquant toutes les classes, et objet de conflit interne dans la dynamique de recomposition de la classe dominante et de l'&#201;tat. Dans les reconfigurations induites par le soul&#232;vement arabe, c'est l'ordre moral qui peut devenir la pierre angulaire de la soci&#233;t&#233; civile comme lieu de compromis o&#249; se r&#232;glent dans la soci&#233;t&#233; que repr&#233;sente l'&#201;tat les conflits d&#233;finissant les rapports de production. C'est par sa d&#233;finition comme masculine que la classe ouvri&#232;re cherche &#224; participer du mouvement g&#233;n&#233;ral de constitution d'une soci&#233;t&#233; civile, c'est-&#224;-dire d'un espace &lt;i&gt;public&lt;/i&gt; existant en relation avec le fonctionnement de l'&#201;tat. &lt;i&gt;La distinction de genre a mis en forme la revendication de la soci&#233;t&#233; civile et le devenir interclassiste de la revendication ouvri&#232;re en tant que revendication politique&lt;/i&gt;. Si nous consid&#233;rons l'id&#233;ologie comme &lt;i&gt;le rapport imaginaire&lt;/i&gt; (d&#233;tachement, illusion, inversion) &lt;i&gt;des individus aux rapports r&#233;els sous lesquels ils vivent&lt;/i&gt; et qui les d&#233;finissent, dans la mesure o&#249; toute pratique op&#232;re sous une ou des abstractions la question du contr&#244;le des m&#339;urs, c'est-&#224;-dire celui des femmes, celle de la d&#233;finition de leur place et de leur assignation &#224; l'espace priv&#233; est la question structurant ad&#233;quatement, c'est-&#224;-dire &lt;i&gt;comme rapport imaginaire et abstrait&lt;/i&gt;, la relation des individus aux enjeux actuels des luttes de classes durant le soul&#232;vement arabe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est en mettant en jeu cette question que la classe dominante donne &#224; ses int&#233;r&#234;ts la forme de l'&lt;i&gt;universalit&#233;&lt;/i&gt; et qui plus est de la &lt;i&gt;naturalit&#233;&lt;/i&gt;. Car si une id&#233;ologie peut &#234;tre le rapport commun entretenu par diff&#233;rentes classes &#224; une situation pr&#233;sente (cf. la R&#233;publique et la Fraternit&#233; en 1848 &#8211; Marx, &lt;i&gt;Les luttes de classes en France&lt;/i&gt;), chaque classe l'investissant d'un contenu diff&#233;rent, il n'emp&#234;che que, de par ce caract&#232;re &lt;i&gt;commun&lt;/i&gt; lui-m&#234;me, une id&#233;ologie r&#233;f&#232;re toujours &#224; une classe et sert une classe (en dehors m&#234;me de toute instrumentalisation). Si nous consid&#233;rons qu'une classe est d&#233;finie par une place dans le proc&#232;s de production, nous devons consid&#233;rer alors que cette place inclut un rapport &#224; ce proc&#232;s, or ce rapport &#224; ce proc&#232;s qui est son rapport aux autres classes sera toujours d&#233;fini par la &lt;i&gt;dissimulation&lt;/i&gt; des rapports de production (salaire, profit, rente), il s'ensuit que dans la d&#233;finition d'une classe est inscrite une pratique id&#233;ologique. Cette id&#233;ologie n'est pas plus &#171; libre &#187; que ne l'est la place de cette classe dans le proc&#232;s de production, nous n'avons pas &#224; chercher en quoi elle &lt;i&gt;correspond&lt;/i&gt; &#224; la place de cette classe, &#224; chercher &#224; faire co&#239;ncider id&#233;ologie et r&#233;alit&#233; de la situation de classe, c'est-&#224;-dire le &#171; reflet &#187; et la suppos&#233;e vraie r&#233;alit&#233; que le reflet trahit en la refl&#233;tant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'id&#233;ologie circule partout dans la soci&#233;t&#233;, elle n'est pas l'apanage de quelques activit&#233;s sp&#233;cialis&#233;es &#171; haut de gamme &#187;, elle est, comme dit Marx dans le &lt;i&gt;Manifeste du Parti communiste&lt;/i&gt;, la construction par la bourgeoisie &#171; d'un monde &#224; son image &#187;. Le rapport de la classe exploit&#233;e au proc&#232;s de production est lui aussi de nature id&#233;ologique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-44&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;A moins que la classe exploit&#233;e ne prenne l'existence m&#234;me des classes comme (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-44&#034;&gt;44&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, ce rapport ne pouvant &#234;tre identique &#224; celui de la classe dominante, il semble au premier abord que nous ayons affaire &#224; l'affrontement de deux id&#233;ologies. Au premier abord cela est vrai. Cette &#171; seconde &#187; id&#233;ologie est critique, subversive m&#234;me, mais seulement dans la mesure o&#249; elle est le langage de la revendication, de la critique et de l'affirmation de cette classe &lt;i&gt;dans le miroir que lui tend la classe dominante&lt;/i&gt;&lt;i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-45&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;M&#234;me si ce n'est pas le lieu d'en discuter, il faut signaler l'objection &#224; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-45&#034;&gt;45&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;. L'id&#233;ologie est toujours l'id&#233;ologie de la classe dominante parce que l'int&#233;r&#234;t particulier de la classe dominante est le seul int&#233;r&#234;t particulier &#224; pouvoir &lt;i&gt;objectivement&lt;/i&gt; se produire comme universel. Si l'on compare chez Marx la mani&#232;re d'appr&#233;hender la relation entre le prol&#233;tariat et le capital, la coupure la plus saisissante ne se situe pas au niveau de &lt;i&gt;l'Id&#233;ologie allemande&lt;/i&gt; mais apr&#232;s le &lt;i&gt;Manifeste&lt;/i&gt;, avec &lt;i&gt;Les Luttes de classes en France&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;Le 18 Brumaire&lt;/i&gt;. Le prol&#233;tariat passe de la situation d'exclu absolu de la soci&#233;t&#233;, son n&#233;gatif et son n&#233;gateur, &#224; une situation o&#249; il n'est plus hors soci&#233;t&#233;, mais n'existe que soumis au capital dans le salariat, dans les formes politiques et les repr&#233;sentations id&#233;ologiques. C'est atteint par ce &#171; pessimisme &#187; que Marx se fixe dans l'ann&#233;e 1852 le programme de tout reprendre &#224; partir du d&#233;but : la critique de l'&#233;conomie politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce sont les valeurs, les m&#339;urs, les femmes qui donnent la forme de l'universalit&#233; &#224; la question en jeu de la recomposition de la classe dominante et de l'&#201;tat dans sa relation &#224; la soci&#233;t&#233; civile. C'est cette m&#234;me question que cette m&#234;me classe dominante tend comme un miroir au prol&#233;tariat pour y exprimer ses luttes (Fr&#232;res musulmans et salafistes en &#201;gypte ; Parti de la justice et du d&#233;veloppement &#8211; qui vient de remporter les &#233;lections - et Parti de la justice et de la bienfaisance au Maroc) parce qu'elle est la limite que ces luttes m&#234;mes contiennent. Plus encore que la &#171; marchandise juridique &#187; &#224; laquelle fait r&#233;f&#233;rence Marx dans &lt;i&gt;l'Id&#233;ologie allemande&lt;/i&gt;, la &#171; marchandise religieuse &#187; est en rapport avec l'universel. Mais, c'est pour cela aussi, comme on l'a vu, que cette universalit&#233; de la religion n'est r&#233;alis&#233;e dans l'&#201;tat que pour autant qu'il l'exclut.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; L'&#201;tat s'offre &#224; nous comme la premi&#232;re puissance id&#233;ologique s'exer&#231;ant sur l'homme &#187; (Engels, &lt;i&gt;Ludwig Feuerbach et la fin de la philosophie classique allemande&lt;/i&gt;, &#201;d. Sociales 1966, p. 76). Cette &#171; puissance id&#233;ologique &#187;, Engels la pr&#233;sente comme la n&#233;cessit&#233; pour les &#171; faits &#233;conomiques &#187; de prendre la forme de &#171; motifs juridiques &#187; pour &#234;tre sanctionn&#233;s sous forme de lois et ajoute-t-il : &#171; comme il faut aussi, bien entendu, tenir compte de tout le syst&#232;me juridique d&#233;j&#224; en vigueur, c'est la forme juridique qui doit d&#233;sormais &#234;tre tout et le contenu &#233;conomique rien &#187; (&lt;i&gt;ibid&lt;/i&gt;, p. 77). Les int&#233;r&#234;ts de la classe dominante doivent passer par la volont&#233; de l'&#201;tat pour s'imposer universellement sous forme de lois. On peut ajouter que, dans les &#201;tats en question, on voit ce processus de passage &#224; la moulinette des &#171; faits &#233;conomiques &#187; &lt;i&gt;transform&#233;s&lt;/i&gt; en &#171; motifs juridiques &#187; passer par la mise en forme des &#171; motifs juridiques &#187; en &lt;i&gt;sanctions religieuses&lt;/i&gt;. C'est ainsi que s'effectue la transformation des int&#233;r&#234;ts particuliers d'une classe en int&#233;r&#234;t universel. Le contr&#244;le des m&#339;urs et des femmes est &lt;strong&gt;ici&lt;/strong&gt; au c&#339;ur de cette m&#233;canique de transmutation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'id&#233;ologie &#233;tant la fa&#231;on dont les hommes (et les femmes&#8230;) vivent leurs rapports &#224; leurs conditions d'existence, ce v&#233;cu n'est pas tant un objet de connaissance qu'une reconnaissance qui, comme le v&#233;cu, s'impose dans l'ordre de l'&#233;vidence et se fait reconna&#238;tre comme telle. Cela que les individus assument les t&#226;ches prescrites par les diverses instances du mode de production ou s'insurgent contre elles. En bref, l'id&#233;ologie c'est la vie quotidienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les id&#233;es et les repr&#233;sentations au sens le plus large de ce terme &#8211; institutions, croyances et projets &#8211; participent &#224; la structuration du r&#233;el, elles en accompagnent la production, la reproduction et la transformation. &#171; L'id&#233;ologie est bien cette production sociale de repr&#233;sentations qui se veulent plus vraies que nature et qui, &#224; la condition d'assigner le spectateur &#224; sa place fixe, s'efforcent d'am&#233;nager le futur et d'encadrer l'action, en intervenant activement dans un rapport de forces, dans une histoire qui ne cesse par d&#233;finition d'&#233;chapper &#224; tous les devenirs prescrits. Contre la d&#233;mat&#233;rialisation postmoderne du monde, il faut affirmer que l'id&#233;ologie n'est pas plus le tout du r&#233;el lui-m&#234;me qu'une simple surface, miroitante, propos&#233;e &#224; des spectateurs-consommateurs d&#233;finitivement hypnotis&#233;s, mais qu'elle a pour fonction de se combiner &#224; la coercition quotidienne, pour perp&#233;tuer une h&#233;g&#233;monie dont la crise du capitalisme mondialis&#233; et du nouvel ordre imp&#233;rial rend plus violent que jamais le maintien : sa fonction est de travailler un pr&#233;sent fait de contradictions, s'adressant &#224; des spectateurs qui ont aussi une vie sociale, travaillent, luttent, sont anim&#233;s de col&#232;res et d'espoirs, de projets et de peurs, de m&#233;moires et de r&#234;ves. &#187; (Isabelle Garo, &lt;i&gt;L'id&#233;ologie ou la pens&#233;e embarqu&#233;e&lt;/i&gt;, &#201;d. La Fabrique, p.14).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La dimension id&#233;ologique est constitutive de la lutte des classes. L'id&#233;ologie est habit&#233;e elle-m&#234;me par les contradictions qu'elle reformule, elle fait corps avec son objet. Cependant, on ne peut d&#233;signer comme id&#233;ologie que les repr&#233;sentations, les institutions, les pratiques (la pratique n'est pas en soi l'autre de l'id&#233;ologie) qui contribuent &#224; maintenir dans son &lt;i&gt;inversion r&#233;elle&lt;/i&gt; un monde caract&#233;ris&#233; par des rapports de domination et d'exploitation. En cela l'id&#233;ologie est toujours une repr&#233;sentation partielle, incapable de rendre compte d'elle-m&#234;me, imbriqu&#233;e dans des rapports de domination et d'exploitation qui la produisent et qu'elle contribue &#224; reproduire, elle est inh&#233;rente &#224; cette reproduction. Interpellant les individus comme sujets, elle est la forme pratique du &lt;i&gt;consentement oblig&#233;&lt;/i&gt; &#224; l'ordre existant et ne rencontre dans la r&#233;alit&#233; des rapports sociaux que ce qui semble confirmer sa v&#233;rit&#233; comme v&#233;rit&#233; ind&#233;passable. Insolente avec les id&#233;es, l'id&#233;ologie est tr&#232;s respectueuse avec les &#233;vidences.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour que notre propos ne paraisse pas purement et abstraitement m&#233;thodologique, il faut ici citer l'analyse de l'historienne Jocelyne Dakhlia pr&#233;sent&#233;e dans &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; du 21 octobre 2011 : &#171; L'&#232;re bourguibienne a &#233;t&#233; id&#233;alis&#233;e. Elle aurait consacr&#233; un mod&#232;le de la Tunisie vertueuse qui fait toujours r&#233;f&#233;rence et qui est m&#234;me devenu un label postr&#233;volutionnaire. C'est, lisons-nous, parce que la Tunisie, &#224; l'image de Bourguiba lui-m&#234;me, &#233;tait une soci&#233;t&#233; de classes moyennes, &#233;duqu&#233;e, progressiste, notamment en mati&#232;re de droits des femmes, qu'elle aurait, la premi&#232;re dans le monde arabe, donn&#233; le signal de la r&#233;volution. C'est au nom de ce mod&#232;le m&#233;ritocratique et vertueux qu'une &#233;lite dirigeante a pris le pays en main. Les g&#233;n&#233;rations bourgeoises et des classes moyennes form&#233;es dans la p&#233;riode bourguibienne ont aujourd'hui le pouvoir et incarnent aux yeux du monde et &#224; leurs propres yeux une forme de l&#233;gitimit&#233; historique et naturelle grav&#233;e dans le marbre : elles sont instruites, d&#233;mocrates, la&#239;ques, f&#233;ministes et souvent francophones&#8230; D'o&#249; l'illusion qu'elles incarnent la vraie Tunisie, celle qui devrait &#234;tre et que menacent les ennemis de la libert&#233;. Or ce mod&#232;le, en premier lieu, n'est plus sociologiquement av&#233;r&#233;. Le processus d'ascension sociale par l'&#233;cole n'est plus op&#233;ratoire. Le f&#233;minisme n'est plus au m&#234;me degr&#233; une valeur nationale. Les classes moyennes n'ont pas &#233;t&#233; le moteur de la r&#233;volution. Les classes populaires, r&#233;habilit&#233;es un instant par celle-ci, risquent de tomber dans l'invisibilit&#233;. Elles commencent d&#233;j&#224; &#224; &#234;tre r&#233;duites &#224; une masse manipul&#233;e par les islamistes, loin de leur h&#233;ro&#239;sation de janvier. Quand bien m&#234;me des solutions &#233;conomiques seraient envisag&#233;es, de quel poids p&#232;sent-elles dans l'image m&#234;me que le pays a de lui-m&#234;me et qui c&#233;l&#232;bre les fameuses classes moyennes ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce mod&#232;le de la &#171; Tunisie vertueuse &#187; est proprement une id&#233;ologie. Non seulement il donne &#224; la r&#233;volution un sens qui en masque la r&#233;alit&#233;, mais il n'est pas qu'un masque, il met en forme les contradictions sociales, les contradictions de classes, selon une opposition entre un projet religieux et un projet la&#239;que et somme tous les participants au consentement oblig&#233; &#224; ce clivage. Comme &lt;i&gt;r&#233;ussite&lt;/i&gt; de l'interclassisme, selon son contenu &lt;i&gt;politique&lt;/i&gt; sp&#233;cifique, la red&#233;finition id&#233;ologique donne sens comme r&#233;volution &#224; la &#171; r&#233;volution &#187; et &#224; ses enjeux : c'est sa r&#233;alit&#233; &lt;i&gt;et&lt;/i&gt; la r&#233;alit&#233; de sa red&#233;finition de la r&#233;alit&#233; des contradictions de classes &#224; l'&#339;uvre. Par rapport &#224; cette &#171; Tunisie vertueuse &#187; qui se proclame elle aussi, &#224; quelques exceptions pr&#233;s, &#171; arabe et musulmane &#187;, les &#233;meutiers de d&#233;cembre 2010 et de janvier 2011 redeviennent des classes dangereuses aux r&#233;actions instinctives et facilement manipulables. Dans ce clivage politique entre la&#239;cs et religieux, c'est un v&#233;ritable boulevard id&#233;ologique qui s'ouvrait devant les islamistes d'Ennahda.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Tunisie, les militants d'Ennahda souvent issus du milieu enseignant &#233;taient les seuls pr&#233;sents dans les provinces de l'Ouest et du Sud. C'est de l&#224; qu'est partie la r&#233;volution dans son contenu social avant de toucher Tunis et de se coaguler, dans toute sa diversit&#233;, comme politique. Dans ces provinces, la &#171; Tunisie vertueuse &#187; n'existe pas : l'illettrisme domine, deux millions de personnes vivent sous le seuil de pauvret&#233;, les villages sont priv&#233;s d'eau et d'&#233;lectricit&#233;, le taux de f&#233;condit&#233; a peu &#233;volu&#233; et les dipl&#244;m&#233;s sont vendeurs ambulants. Pass&#233;es les &#171; caravanes de la reconnaissance &#187; qui ont vu d&#233;filer, entre f&#233;vrier et mars 2011, &#224; Sidi Bouzid tout ce que Tunis ou Sidi Bou Sa&#239;d comptent de bourgeois &#233;clair&#233;s et d'intellectuels engag&#233;s, la ville a &#233;t&#233;, comme avant, oubli&#233;e. Le P&#244;le D&#233;mocratique et Moderniste (associations et micro-partis group&#233;s autour de l'ancien parti communiste), avec le soutien des artistes et des intellectuels ne peut se d&#233;barrasser de l'image &#233;litiste qui lui colle &#224; la peau. Il r&#233;unit 4000 personnes pour un meeting &#224; Sidi Bou Sa&#239;d mais personne &#224; Kasserine (cf. &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; 19 octobre 2011).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; Kasserine &#171; &lt;i&gt;on va voter la religion&lt;/i&gt; &#187; (la m&#232;re d'un des tu&#233;s de d&#233;cembre dans la petite ville - &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; 16-17 octobre 2011), m&#234;me si l'essentiel est peut &#234;tre dans le fait que dans tout le gouvernorat seulement un tiers de la population s'est inscrite pour voter et que le nouveau pr&#233;sident fut accueilli &#224; coup de pierres lors de sa visite &#224; Sidi Bouzid en d&#233;cembre 2011. Ennahda est avant tout &#171; le parti de la religion &#187;, la solution apr&#232;s des ann&#233;es de corruption : &#171; 'Il va gouverner avec la religion', insiste Nesiha Azouzi, 42 ans, qui travaille comme femme de m&#233;nage dans un h&#244;tel de Tunis. Le rejet de la politique, apr&#232;s vingt-trois ans du Rassemblement constitutionnel d&#233;mocratique (RCD, l'ancien parti au pouvoir aujourd'hui dissous), et la faiblesse des forces progressistes, jug&#233;es trop &#233;litistes en d&#233;pit de leur pass&#233; d'opposantes, a laiss&#233; un vaste espace &#224; Ennahda, en particulier aupr&#232;s des jeunes &#187; (&lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; 27 octobre 2011). Parler de &#171; r&#233;volution &#187; est per&#231;u comme un gag alors que le pr&#233;sident Fouad Mebaza et le premier ministre B&#233;ji Ca&#239;d Essebsi sont l&#224; depuis les ann&#233;es 1960. &#171; Rien n'a chang&#233; &#187; est un leitmotiv, aucun parti n'a particip&#233; &#224; la &#171; r&#233;volution &#187;, aucun parti n'inspire confiance, alors &#171; on va voter la religion &#187; &#224; moins que comme le dit une jeune ch&#244;meuse de Kasserine bless&#233;e par balle en janvier : &#171; &lt;i&gt;On n'a rien compris, alors on vote pas&lt;/i&gt; &#187; (&lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; 16-17 octobre 2011).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si &#171; on n'a rien compris &#187;, c'est parce qu'il n'y a rien &#224; comprendre et c'est pour cela aussi qu'&#171; on va voter la religion &#187;. Dans le travail de mise en forme id&#233;ologique comme clivage entre la&#239;cit&#233; et religion du sens de la r&#233;volution et des contradictions de classes qui ont &#233;t&#233; la dynamique de l'insurrection, il n'y a, &#224; proprement parler, &#171; rien &#224; comprendre &#187;. &#171; Jusqu'&#224; pr&#233;sent les hommes se sont toujours fait des id&#233;es fausses sur eux-m&#234;mes, sur ce qu'ils sont ou devraient &#234;tre. (&#8230;) Lib&#233;rons-les donc des chim&#232;res, des id&#233;es, des dogmes, des &#234;tres imaginaires sous le joug desquels ils s'&#233;tiolent. R&#233;voltons-nous contre la domination de ces id&#233;es. Apprenons aux hommes &#224; &#233;changer ces illusions contre des pens&#233;es correspondant &#224; l'essence de l'homme, dit l'un, &#224; avoir envers elles une attitude critique, dit l'autre, &#224; se les sortir du cr&#226;ne dit le troisi&#232;me&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-46&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dans l'ordre : Feuerbach, Bruno Bauer, Stirner (note du traducteur Gilbert (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-46&#034;&gt;46&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; et &#8211; la r&#233;alit&#233; s'effondrera. &#187; (Marx, &lt;i&gt;L'Id&#233;ologie allemande&lt;/i&gt;, &#201;d. Sociales 1968, p.39). Les coalitions politiques plus ou moins la&#239;ques qui s'opposent aux islamistes d'Ennahda et aux salafistes sont comme ce &#171; brave homme s'imaginant que si les hommes se noyaient c'est uniquement parce qu'ils &#233;taient poss&#233;d&#233;s par &lt;i&gt;l'id&#233;e de la pesanteur&lt;/i&gt; &#187; (&lt;i&gt;ibid&lt;/i&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si les &#171; la&#239;cs &#187; ne sont pas na&#239;fs au point de croire qu'il ne s'agit que d'id&#233;es, la critique de la formation et de la fonction de ces id&#233;es leur est interdite car ce qui fait de la religion une force politique est aussi ce qui fait leur existence. Ils bataillent contre des id&#233;es en leur objectant d'autres id&#233;es et d'autres repr&#233;sentations dans un fonctionnement id&#233;ologique dont ils sont eux-m&#234;mes partie prenante. Le combat id&#233;ologique s'inscrit dans des contradictions sociales dont plus que le reflet il est la red&#233;finition et encore plus la solution. Pour les uns comme pour les autres, le mythe de la &#171; Tunisie vertueuse &#187; est leur matrice. Les uns se veulent les repr&#233;sentants et les perp&#233;tuateurs de cette &#171; Tunisie vertueuse &#187;, les autres ent&#233;rinent le mythe (en le critiquant) comme l'existence d'une &#233;lite et l'exclusion de la majorit&#233; des &#171; d&#233;sh&#233;rit&#233;s &#187;. La red&#233;finition id&#233;ologique de l'insurrection au travers du mythe de la &#171; Tunisie vertueuse &#187; n'est pas seulement le &lt;i&gt;reflet&lt;/i&gt; de la r&#233;alit&#233; interclassiste et politique de cette insurrection (la limite interne que la lutte sociale a produite comme sienne), elle est &#233;galement et surtout, comme red&#233;finition r&#233;elle, la &lt;i&gt;solution&lt;/i&gt; que les classes en pr&#233;sence produisent momentan&#233;ment comme lieu d'existence et de r&#232;glement de leurs contradictions devenues des antagonismes &#224; l'int&#233;rieur de ce clivage. Ce sont les contradictions qui ont travers&#233; le cours de l'insurrection qui rec&#232;lent le principe de leur d&#233;ploiement et de leur propagation sous la forme sp&#233;cifique du clivage id&#233;ologique la&#239;cit&#233; / religion. Contrairement &#224; l'&#233;v&#233;nement que constitue l'insurrection qui, quelles que soient ses d&#233;terminations et ses limites, est l'affirmation du pouvoir productif et cr&#233;ateur des individus dans leur d&#233;finition de classe, cette red&#233;finition fait marcher les choses et les gens tout seuls : &#171; on n'y comprend rien &#187; parce qu'il n'y a rien &#224; &#171; comprendre &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;__RefHeading___Toc7185_2371844483&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;Ordre moral et droits des femmes&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-47&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pour l'ensemble de ce chapitre, voir annexe 2.&#034; id=&#034;nh4-47&#034;&gt;47&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour la plupart des femmes, l'&#233;gal acc&#232;s &#224; l'&#233;ducation, &#224; l'emploi, &#224; la sant&#233;, l'&#233;galit&#233; des salaires et des promotions, le droit au divorce, &#224; l'avortement, le droit de ne plus avoir un statut de mineure, tout cela doit s'articuler m&#234;me conflictuellement avec leur situation de fille, d'&#233;pouse, de m&#232;re dans laquelle elles trouvent les conditions de leur survie et de leur &lt;i&gt;existence sociale&lt;/i&gt;. Si les partis islamistes mobilisent un si grand nombre de femmes cela ne tient pas uniquement &#224; l'ali&#233;nation et au poids des traditions. Ils pr&#233;sentent une perspective d'&lt;i&gt;affirmation&lt;/i&gt; &lt;i&gt;f&#233;minine&lt;/i&gt; totalement perverse et redoutablement efficace. Les Fr&#232;res musulmans sont tr&#232;s pr&#233;sents dans les associations locales centr&#233;es sur les besoin &#171; propres aux femmes &#187;. Ces associations locales s'occupent de questions consid&#233;r&#233;es comme &#171; f&#233;minines &#187; : l'enfance, la maternit&#233;, l'&#233;conomie m&#233;nag&#232;re. Mais aussi les projets de microcr&#233;dit tr&#232;s en vogue actuellement aupr&#232;s des femmes pour monter des activit&#233;s g&#233;n&#233;ratrices de petits revenus compl&#233;mentaires. &#171; Ces associations, mais aussi d'autres o&#249; le caract&#232;re f&#233;minin n'est pas aussi prononc&#233;, s'occupent de plus en plus des familles dont le chef de m&#233;nage est une femme. Ces familles repr&#233;sentent 22 % des m&#233;nages &#233;gyptiens : veuves, divorc&#233;es, femmes dont le mari a &#233;migr&#233; pour des raisons professionnelles ou a d&#233;sert&#233; le foyer conjugal. &#187; (Milad Yacoub, &lt;i&gt;Associations, ONG et d&#233;veloppement&lt;/i&gt;, in &lt;i&gt;L'&#201;gypte au pr&#233;sent&lt;/i&gt;, op. cit. p. 401).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'id&#233;ologie lib&#233;rale et occidentale serait, pour les femmes, la n&#233;gation de leur pleine et enti&#232;re existence sp&#233;cifique de femmes qu'il s'agit d'&#233;tablir dans la pleine dignit&#233; de leur particularit&#233;, ce n'est que sur cette base et celle-ci acquise qu'elles pourraient&#8230;participer &#224; la vie publique. La redoutable efficacit&#233; r&#233;side dans le fait de partir du v&#233;cu des femmes dans leur existence imm&#233;diate et de faire de ce qui constitue leur situation de domin&#233;es le contenu de leur &#171; &#233;mancipation &#187;. Il s'agit d'une &lt;i&gt;critique&lt;/i&gt; de cette situation mais seulement au nom de sa propre id&#233;alisation. Les partis islamistes restaurent les articulations entre rapports de production / soci&#233;t&#233; civile / &#201;tat ; restaurent la vie publique au nom de l'ordre moral ; ent&#233;rinent les effets diff&#233;rentiels de la crise selon la distinction de genre et, cerise sur le g&#226;teau, lib&#232;rent la femme &lt;i&gt;en tant que telle&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La lutte contre la situation de masses de femmes r&#233;pudi&#233;es et mises &#224; la rue sans aucun revenus, pour le droit &#224; l'avortement et la sortie d'un statut de mineures, sont des revendications sur des besoins on ne peut plus concrets que les islamistes combattent et rejettent. Il n'y a pas d'un c&#244;t&#233; des revendications bourgeoises d&#233;connect&#233;es des besoins r&#233;els et de l'autre les &#171; vrais besoins des femmes du peuple &#187;. Cette d&#233;fense et prise en charge par les organisations islamistes des besoins dits &#171; concrets &#187; en opposition aux revendications lib&#233;rales, &#233;galitaires et abstraites de &#171; l'&#233;lite occidentalis&#233;e &#187; est simultan&#233;ment une attaque de tous les besoins concrets autre que ceux qui d&#233;finissent les femmes appr&#233;hend&#233;es &#224; travers leurs fonctions comme fille, m&#232;re ou &#233;pouse, c'est-&#224;-dire en termes d'utilit&#233; vis-&#224;-vis des hommes. Les besoins concrets sont alors cliv&#233;s en deux cat&#233;gories : ceux li&#233;s &#224; ces fonctions et ceux allant &#224; l'encontre de ces fonctions. Les premiers de par leur &#233;vidence allant de soi (le &#171; vrai concret &#187;, celui que l'on vit et &#233;prouve tous les jours et pour lequel on est faite) renvoient les derniers &#224; l'abstraction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un pi&#232;ge se referme alors sur les revendications et les luttes sur l'&#233;galit&#233;, la parit&#233;, sur l'existence individuelle pour elle-m&#234;me, celles qui exc&#232;dent les besoins &lt;i&gt;fonctionnels&lt;/i&gt; en tant que femmes, c'est-&#224;-dire ceux r&#233;sultant de leur soumission et d&#233;pendance et les ent&#233;rinant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Cela restera un moment marquant du 7e Women's Forum &#224; Deauville. Le 14 octobre, standing ovation : plus de 300 femmes debout, sous le choc de l'avertissement puissant qu'elles viennent d'entendre. Sur sc&#232;ne, Shirin Ebadi, prix Nobel de la paix en 2003, magistrate iranienne en exil, n'a pas m&#226;ch&#233; ses mots. Aux femmes des printemps arabes invit&#233;es en nombre au Forum, Egyptiennes, Tunisiennes, Y&#233;m&#233;nites, toutes &#224; leurs r&#234;ves de d&#233;mocratie, et pour certaines pr&#234;tes &#224; accepter un gouvernement islamiste, elle a lanc&#233; : 'Vous &#234;tes en train de reproduire les erreurs que nous avons commises en 1979. Vous demandez la d&#233;mocratie. Mais avez-vous demand&#233; : nous voulons la fin de la polygamie, le droit au divorce, le droit de garde des enfants ? Non'. Le recul des droits des femmes est d&#233;j&#224; patent en &#201;gypte et en Tunisie, a pr&#233;venu la f&#233;ministe iranienne. 'Essayez de toutes vos forces de faire inscrire dans la constitution la s&#233;paration de l'Eglise et de l'&#201;tat. Conditionnez votre soutien aux partis &#224; l'avanc&#233;e des droits des femmes. J'esp&#232;re que la destin&#233;e de l'Iran vous servira de le&#231;on' &#187; (&lt;i&gt;Elle&lt;/i&gt;, 21 octobre 2011).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Poursuivons avec le reportage de l'envoy&#233;e sp&#233;ciale du m&#234;me magazine &lt;i&gt;Elle&lt;/i&gt; sur la journ&#233;e du 14 janvier 2011 &#224; Tunis : &#171; Des hommes, des femmes c&#244;te &#224; c&#244;te. Tant de femmes ! Ados 'cool' en jean et baskets, trentenaires chics, lunettes de soleil sigl&#233;es sur le nez, groupes hilares de copines de lyc&#233;e ou de fac, bras dessus, bras dessous, quadras t&#234;te haute, jeunes couples main dans la main, femmes m&#233;decins et infirmi&#232;res en blouse blanche, avocates en robe noire, pasionarias brandissant le drapeau tunisien, perch&#233;es sur les &#233;paules d'un compagnon, d'un p&#232;re ou d'un fr&#232;re, m&#232;res et filles, cheveux au vent ou portant le &lt;i&gt;hidjab&lt;/i&gt;, c&#233;libataires ou mari&#233;es, jeunes m&#232;res avec leur enfant en bas &#226;ge dans les bras&#8230; En t&#234;te du cort&#232;ge, des figures embl&#233;matiques de l'opposition, du syndicalisme et du f&#233;minisme, comme Maya Jribi, secr&#233;taire nationale du Parti d&#233;mocrate progressiste, port&#233;e en triomphe par un groupe d'hommes. Sur tous ces visages de femmes tunisiennes, la m&#234;me d&#233;termination dans le regard, le m&#234;me &#233;lan impressionnant, d&#233;fiant les policiers en uniforme et les sbires du r&#233;gime. Comme &#224; T&#233;h&#233;ran pendant l'&#233;t&#233; 2009, on ne voit qu'elles, ce vendredi 14 janvier, &#224; Tunis, d&#233;sormais date historique de la chute du pr&#233;sident Ben Ali. Leurs voix r&#233;sonnent haut et fort, r&#233;clamant le d&#233;part du couple pr&#233;sidentiel et de sa 'mafia'. Toutes celles crois&#233;es avenue Bourguiba &#8211; Asma la prof de lyc&#233;e, Sihem la m&#232;re au foyer, Maya la militante, Khadija, Mariam, Amal, les &#233;tudiantes r&#233;volutionnaires du Net, branch&#233;es jour et nuit sur les r&#233;seaux sociaux, filmant et photographiant la manif avec leur portable pour relayer leur combat pacifique face aux nervis surarm&#233;s du pouvoir, ou encore Safia et Le&#239;la, serr&#233;es l'une contre l'autre, n'osant pas rejoindre le c&#339;ur de la foule parce que leurs m&#232;res, paniqu&#233;es, leur ont interdit de participer au d&#233;fil&#233; &#8211; disent la m&#234;me chose : 'C'en est fini avec la peur et le silence.' Ou encore : 'On ira jusqu'au bout, m&#234;me devant leurs fusils', 'Libert&#233; pour la Tunisie, Ben Ali, assassin'. (&#8230;) Au-del&#224; des craintes li&#233;es aux affrontements qui se d&#233;roulent dans plusieurs quartiers de Tunis, c'est une autre peur qui grandit d&#233;sormais parmi les femmes, celle de l'arriv&#233;e des islamistes dans le jeu politique. 'Actuellement, explique Yasmine, 27 ans, future dentiste, (&#8230;) c'est vraiment ce qui nous terrifie dans ma g&#233;n&#233;ration, mais aussi dans celle de nos m&#232;res qui se sont battues pour le droit des femmes. On ne veut pas d'un r&#233;gime &#224; l'iranienne ou comme en Alg&#233;rie &#224; la fin des ann&#233;es 80'. 'C'est, apr&#232;s le combat contre le syst&#232;me corrompu et arbitraire, la nouvelle bataille des Tunisiennes, pr&#233;vient une autre trentenaire. Nous ne voulons ni de l'un ni de l'autre de ces syst&#232;mes !'. Elles sont ainsi nombreuses &#224; avoir constat&#233;, ces derniers temps, que de plus en plus de femmes, y compris chez les jeunes, portaient le voile en Tunisie. Et que dans les conversations il n'&#233;tait plus rare d'entendre des r&#233;f&#233;rences &#224; la religion pour critiquer un comportement jug&#233; contraire &#224; la 'bonne moralit&#233;'. Autant de signes pas anodins dans un pays consid&#233;r&#233; comme le plus f&#233;ministe parmi les soci&#233;t&#233;s musulmanes, gr&#226;ce au combat depuis trente ans des militantes tunisiennes en faveur des acquis &#233;galitaires hommes-femmes. Difficile cependant, dans la confusion actuelle, d'estimer avec pr&#233;cision le danger d'une influence int&#233;griste, nombre de leaders &#233;tant encore en exil ou emprisonn&#233;s. 'C'est pour cela qu'il faut &#234;tre vigilant en cette p&#233;riode. La d&#233;fense des droits de l'homme et de la d&#233;mocratie passe par la d&#233;fense des droits et des acquis des femmes tunisiennes insiste Souhayr Belhassen, figure tunisienne embl&#233;matique de la d&#233;mocratie et actuelle pr&#233;sidente de la F&#233;d&#233;ration internationale des ligues des droits de l'homme&#8230;' (&#8230;) Les Tunisiennes, aujourd'hui, anonymes de la rue comme opposantes, militantes syndicalistes, f&#233;ministes ou 'droits-de-l'hommiste', savent qu'elles devront &#234;tre sur tous les fronts : &#233;conomique, dans une soci&#233;t&#233; gangr&#233;n&#233;e par le ch&#244;mage, tant dans les couches sociales populaires que dans les classes moyennes ; d&#233;mocratique, quant &#224; l'instauration de la libert&#233; de parole et d'opinion promise par le gouvernement transitoire ; civil, face &#224; l'&#233;ventuelle menace islamiste &#187; (&lt;i&gt;Elle&lt;/i&gt;, op. cit.).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'il est tout &#224; fait exact que &#171; la d&#233;fense des droits de l'homme et de la d&#233;mocratie passe par la d&#233;fense des droits et des acquis des femmes tunisiennes &#187;, il est par l&#224; m&#234;me tout aussi exact que ces droits et ces acquis vont de pair avec le &lt;i&gt;d&#233;doublement&lt;/i&gt; int&#233;rieur de chaque femme (voir annexe 2). L'accession des femmes &#224; l'abstraction n'est pas un combat vide d'enjeux, mais son issue victorieuse pr&#233;suppose et confirme la scission de chaque femme dans la totalit&#233; de sa vie et fait de sa vie de tous les jours un simple fait sans droit et sans raison. La conqu&#234;te de cette individualit&#233; abstraite qui est tiss&#233;e d'une multitude de droits et de libert&#233;s concr&#232;tes est per&#231;ue comme le programme de celles qui ont les moyens professionnels, financiers et culturels de le mettre en &#339;uvre. Ce n'est pas toujours pour le meilleur que contradiction de genre et de classes sont toujours jointes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans une situation tendue de luttes sociales entra&#238;nant toutes les classes de la soci&#233;t&#233;, le pi&#232;ge du droit des femmes, formul&#233; pr&#233;cis&#233;ment en termes de droit, est le pi&#232;ge qui se referme sur des revendications &lt;i&gt;concr&#232;tes&lt;/i&gt; appliqu&#233;es n&#233;cessairement &#224; une individualit&#233; &lt;i&gt;abstraite&lt;/i&gt;, g&#233;n&#233;rale. Revendications et droits qui ne peuvent &#234;tre formul&#233;s et satisfaits qu'au nom de cette abstraction et de cette g&#233;n&#233;ralit&#233;. In&#233;luctablement, les diff&#233;rences sociales et culturelles, c'est-&#224;-dire des distinctions de classes, peuvent &#234;tre instrumentalis&#233;es &#224; l'int&#233;rieur de cette g&#233;n&#233;ralit&#233; et contre elle de par le d&#233;doublement int&#233;rieur de la vie des femmes que ces revendications contiennent et l'insatisfaction qui par l&#224; leur est inh&#233;rente. Plagiant le Marx de &lt;i&gt;La Question juive&lt;/i&gt; &#224; propos de l'&#233;mancipation politique et de l'&#233;mancipation humaine, nous pourrions &#233;crire : l'&#233;galit&#233; et la parit&#233;, l'existence pour soi comme individu, constituent, somme toute un grand progr&#232;s ; elles ne sont pas, il est vrai, la derni&#232;re forme de l'&#233;mancipation des femmes qui est leur disparition, mais elles sont la derni&#232;re forme de leur &#233;mancipation dans le cadre de l'ordre social actuel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour &#233;clairer cela nous pouvons revenir sur la rive nord de la M&#233;diterran&#233;e, en France : &#171; Le f&#233;minisme &#224; la fran&#231;aise est &#224; c&#244;t&#233; de ses pompes, c'est une g&#233;n&#233;ration qui ne produit plus. C'est un f&#233;minisme bourgeois qui ne g&#232;re que des questions bourgeoises et qui laisse sur le bord de la route toute une cat&#233;gorie de femmes. &#187; (Saida Kada&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-48&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Originaire de la r&#233;gion lyonnaise, d'abord militante au sein de &#171; Jeunes des (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-48&#034;&gt;48&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, interrog&#233;e par Zahra Ali, in Zahra Ali, &lt;i&gt;F&#233;minismes islamiques&lt;/i&gt;, &#201;d. La Fabrique, p.197). Il est vrai que Zahra Ali elle-m&#234;me dans l'introduction &#224; son anthologie &#233;crit : &#171; Ainsi, si la lutte pour l'&#233;mancipation des femmes en Occident s'est caract&#233;ris&#233;e par une d&#233;sacralisation des normes religieuses, une lib&#233;ralisation sexuelle qui est pass&#233; par un d&#233;voilement du corps, les f&#233;ministes musulmanes proposent une lib&#233;ration qui pose un tout autre rapport au corps et &#224; la sexualit&#233;, un rapport marqu&#233; par des normes et une sacralisation de l'intime et par une d&#233;fense du cadre familial h&#233;t&#233;rosexuel. &#187; (op. cit, p.32). L'imam peut &#234;tre une femme, mais la messe est dite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&lt;a id=&#034;__RefHeading___Toc7187_2371844483&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Droits des femmes et &#171; Occident &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Partout, la classe ouvri&#232;re par la construction, l'engagement de ses luttes et leur propre compr&#233;hension d'elles-m&#234;mes (interclassisme, politique, place des femmes) est enferm&#233;e dans une contradiction qui l'am&#232;ne &#224; reformuler les manifestations m&#234;mes issues de son existence en tant que classe dans le langage d'une classe dominante qui, elle-m&#234;me, se cherche. Ce qui autorise, comme en Tunisie ou en &#201;gypte, ce nouveau pouvoir, ce nouvel ordre id&#233;ologique &#224; &lt;i&gt;r&#233;primer &lt;/i&gt;les manifestations et les revendications ouvri&#232;res en m&#234;me temps qu'il &lt;i&gt;offre sa compr&#233;hension du monde comme discours de ces luttes&lt;/i&gt;. Comme id&#233;ologie dominante, ce mixte, constitu&#233; de religion et de nationalisme, tend un miroir aux classes exploit&#233;es dans lequel elles sont enjointes de se comprendre elles-m&#234;mes et leurs propres luttes. Le &#171; retour de l'islam &#187; c'est un besoin de justice face &#224; la corruption et au mode de vie des classes dirigeantes. Issam Al-Arian, vice-pr&#233;sident des Fr&#232;res musulmans en &#201;gypte, d&#233;clare : &#171; La vision musulmane de l'&#233;conomie est r&#233;aliste et fond&#233;e sur le droit, la justice, ainsi que la lutte contre les monopoles et la corruption. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout est intriqu&#233;, mais tout n'est pas identique, ce mixte c'est l'ordre de la vie commune populaire restaur&#233;e fond&#233; sur des principes &#233;chappant aux al&#233;as de l'histoire, de la politique ou de l'&#233;conomie. C'est d'ordre dont il s'agit, c'est-&#224;-dire de mettre un terme &#224; toutes les contestations et toutes les revendications mais d'y mettre un terme &lt;i&gt;en leur nom&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le contr&#244;le des m&#339;urs qui n'est que l'appellation morale de la reproduction de la domination des femmes par tous les hommes est la vraie garantie pratique de la reproduction de la communaut&#233;, de ses solidarit&#233;s. Mais aussi, inscrit dans la d&#233;fense des int&#233;r&#234;ts ouvriers et dans la nature m&#234;me du salaire, il conditionne la reconnaissance publique de la classe ouvri&#232;re dans la soci&#233;t&#233; civile. Ce contr&#244;le, producteur et garant de ce que les contradictions demeurent dans le cadre du rapport de la soci&#233;t&#233; civile &#224; l'&#201;tat, est le c&#339;ur battant de l'id&#233;ologie dans sa relative autonomie, il structure et donne sens &#224; tous les clivages.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Que vous le croyiez ou non, les &#233;gyptiens sont en train de lancer une autre r&#233;volution, mais cette fois les femmes n'y joueront aucun r&#244;le pour la bonne raison que c'est une r&#233;volution contre leurs droits. &#192; l'origine de ce mouvement, on trouve des organisations comme la Coalition pour prot&#233;ger la famille, l'Association pour sauver la famille et la R&#233;volution des hommes &#233;gyptiens. Leur action vise &#224; abolir des droits comme la &lt;i&gt;khula&lt;/i&gt; (le droit des femmes musulmanes &#224; demander le divorce)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-49&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;On trouve &#233;galement la khula orthographi&#233; dans d'autres textes comme &#171; le (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-49&#034;&gt;49&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, &#224; abroger un amendement r&#233;cent reportant &#224; 15 ans l'&#226;ge de la responsabilit&#233; p&#233;nale des mineurs et &#224; r&#233;viser des conventions et des trait&#233;s internationaux sur les droits des femmes dont l'&#201;gypte est signataire &#187; (Aliaa Dawood, &lt;i&gt;Al-Masri Al-Youm&lt;/i&gt; &#8211; quotidien lib&#233;ral du Caire &#8211; in &lt;i&gt;Courier international&lt;/i&gt;, n&#176; 1099, 24 &#8211; 30 novembre 2011).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Non seulement cette &#171; r&#233;volution &#187; est en marche, mais encore il est faux d'y voir une &#171; nouvelle r&#233;volution &#187;. C'est dans la &#171; r&#233;volution &#187; elle-m&#234;me, dans le cours des &#233;v&#233;nements et des luttes, que simultan&#233;ment &#224; la pr&#233;sence publique des femmes &#233;tait effectu&#233;e leur remise &#224; leur place, comme on l'a vu avec les gr&#232;ves ou le fonctionnement des &lt;i&gt;Comit&#233;s populaires&lt;/i&gt; &#224; la suite de la disparition de la police en &#201;gypte. Ce qui facilite cette attaque contre les quelques droits acquis, c'est non seulement les fondements sociaux du contr&#244;le des m&#339;urs, comme nous l'avons vu, mais encore, li&#233; au premier point, le fait que par une torsion id&#233;ologique spontan&#233;e, suite &#224; l'assimilation de la mis&#232;re &#224; l'ouverture &#233;conomique et des classes dirigeantes arabes &#224; l'Occident, ces droits apparaissent comme une agression contre les conditions de vie du peuple, des pauvres, et une politique d&#233;lib&#233;r&#233;e de d&#233;naturation de l'identit&#233; sociale et culturelle de l'&#201;gypte que la classe ouvri&#232;re d&#233;fend aussi comme un rempart face aux agressions contre ses conditions de vie. Il est vrai que : &#171; Pendant plus d'une d&#233;cennie, la soci&#233;t&#233; &#233;gyptienne a &#233;t&#233; submerg&#233;e d'informations sur les activit&#233;s du &lt;i&gt;Conseil national de la femme&lt;/i&gt;, un organisme plac&#233; sous les auspices de Mme Moubarak. Les droits des femmes &#233;taient rarement &#233;voqu&#233;s dans les m&#233;dias sans &#234;tre directement associ&#233;s &#224; la premi&#232;re dame, au point que les lois relatives &#224; ces droits &#233;taient souvent appel&#233;es 'lois de Suzanne Moubarak' &#187; (&lt;i&gt;ibid&lt;/i&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est vrai &#233;galement, par exemple, que le cours des luttes et controverses ayant amen&#233;, en 2000, &#224; l'adoption de la loi sur le &lt;i&gt;khul'&lt;/i&gt;, &#224; laquelle fait r&#233;f&#233;rence Aliaa Dawood, vient confirmer cette torsion id&#233;ologique qui amalgame le droit des femmes &#224; l'&#201;tat de Moubarak et l'Occident. Par torsion id&#233;ologique, nous entendons le processus par lequel une revendication, contrainte pour aboutir de se couler dans un langage et un dispositif qui lui sont n&#233;cessaires &#224; un moment donn&#233;, appara&#238;t comme appartenant et intervenant dans un autre champ que le sien propre. En l'occurrence, un droit des femmes intervenant comme d&#233;fense du r&#233;gime de Moubarak et apparaissant comme agression &#233;trang&#232;re &#224; la domination masculine que partage toutes les classes de la soci&#233;t&#233; comme constitutive de leur reproduction contradictoire (le rapport travail / capital est intrins&#232;quement sexu&#233;). &lt;i&gt;Al-Sha'b&lt;/i&gt;, le journal du Parti du Travail (&#224; tendance islamiste) &#171; contribua &#224; politiser le d&#233;bat en affirmant que le concept d'&#233;galit&#233; entre hommes et femmes est une id&#233;e occidentale, inadapt&#233;e &#224; la culture orientale, et accusa l'Occident, et plus particuli&#232;rement les 'sionistes', de fourbir un complot contre l'&#201;gypte afin de d&#233;truire la famille musulmane &#187; (Nathalie Bernard-Maugiron, &lt;i&gt;Nouvelles strat&#233;gies de mobilisation et r&#233;forme du droit de la famille &#8211; la loi sur le khul' en &#201;gypte&lt;/i&gt;, in &lt;i&gt;Protestations sociales, R&#233;volutions civiles&lt;/i&gt;, Revue Tiers Monde 2011).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avant m&#234;me la p&#233;riode de la domination &#233;lectorale des Fr&#232;res et des salafistes, l'exemple du &lt;i&gt;khul'&lt;/i&gt; montre que la r&#233;f&#233;rence au religieux &#233;tait devenue une modalit&#233; incontournable de participation au d&#233;bat public (elle le demeure apr&#232;s leur &#171; &#233;limination &#187;). Avec les th&#232;mes de la &#171; justice &#187;, de la &#171; corruption &#187;, de la &#171; communaut&#233; du peuple &#187; etc., cette r&#233;f&#233;rence s'est &#233;tendue aux conflits du travail. &#171; Aucun acteur ne remet plus en cause sa pr&#233;dominance (de la r&#233;f&#233;rence au religieux) et les organisations f&#233;ministes ont m&#234;me fini par se rallier &#224; ce cadre discursif domin&#233; par la qu&#234;te du 'v&#233;ritable sens' des sources religieuses en mati&#232;re de statut personnel &#187; (&lt;i&gt;ibid&lt;/i&gt;)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-50&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;C'est dans cette voie que ce sont engag&#233;es les groupes et th&#233;oriciennes des (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-50&#034;&gt;50&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. L'initiative du projet de loi sur le &lt;i&gt;khul'&lt;/i&gt; revient &#224; un groupe compos&#233; principalement d'avocates et d'universitaires. Un tel projet paraissait &#224; l'origine ne pouvoir convenir qu'aux femmes ayant des ressources financi&#232;res importantes. Cependant : &#171; Dix ans apr&#232;s sa mise en &#339;uvre, la loi semble rencontrer un grand succ&#232;s aupr&#232;s des &#233;pouses concern&#233;es, non seulement celles des classes ais&#233;es, comme il avait &#233;t&#233; pr&#233;tendu &#224; l'origine, mais &#233;galement celles appartenant aux classes les plus d&#233;favoris&#233;es. La rapidit&#233; et le moindre co&#251;t que cette proc&#233;dure repr&#233;sente ont incit&#233; les femmes ayant d&#233;pos&#233; un recours en divorce 'classique' &#224; changer leur demande en divorce-&lt;i&gt;khul'&lt;/i&gt;. La participation d'un nombre croissant d'&#233;pouses aux charges familiales, parfois m&#234;me en exclusivit&#233;, pourrait expliquer que les femmes des classes moyennes, voire populaires, y recourent aussi. La renonciation de l'&#233;pouse &#224; ses droits financiers ne change alors rien &#224; la situation existante. Bien au contraire, le fait d'&#234;tre divorc&#233;es leur permet de ne plus avoir &#224; assumer la charge d'un &#233;poux oisif &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-51&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Il faut ajouter que fr&#233;quemment, de toute fa&#231;on, les pensions alimentaires (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-51&#034;&gt;51&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; (&lt;i&gt;ibid&lt;/i&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le droit de la famille qui est &#224; la charni&#232;re du juridique, du politique du religieux, du social et de l'&#233;conomique appartient de fa&#231;on ins&#233;parable au domaine de l'id&#233;ologie et de la &#171; base &#233;conomique &#187;. L'id&#233;ologie circule partout dans la soci&#233;t&#233;, elle n'est pas, avons-nous dit, l'apanage de quelques activit&#233;s &#171; haut de gamme &#187;. En intervenant dans le droit de la famille, l'&#201;tat affirme son contr&#244;le sur la soci&#233;t&#233; et sur la sph&#232;re priv&#233;e, il se pose comme seul habilit&#233; &#224; dire le droit, les principes de la &lt;i&gt;charia&lt;/i&gt; sont transform&#233;s en droit positif formul&#233; par le chef de l'&#201;tat. Cette transformation, malgr&#233; la caution des autorit&#233;s religieuses officielles (&lt;i&gt;al-Azh&#226;r&lt;/i&gt;), &#233;tait toujours suspecte parce que venant d'un gouvernement corrompu (financi&#232;rement et moralement) qui mettait le pays en coupe r&#233;gl&#233;e en collaboration avec les capitalistes occidentaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La coalition d'organisations f&#233;ministes qui a travaill&#233; &#224; l'adoption de cette loi a &#233;t&#233; loin de faire l'unanimit&#233; des groupes f&#233;ministes quant &#224; sa strat&#233;gie vis-&#224;-vis de la religion et de l'&#201;tat. Il est exact qu'elle a b&#233;n&#233;fici&#233; du soutien de l'&#233;pouse de Moubarak &#224; la t&#234;te du &lt;i&gt;Conseil national pour la femme&lt;/i&gt; et s'est appuy&#233;e sur le soutien constant du ministre de la Justice. La participation des femmes au march&#233; du travail (m&#234;me si c'est pour en faire une variable d'ajustement du ch&#244;mage), leur entr&#233;e &#224; l'Universit&#233; sont une n&#233;cessit&#233; &#233;conomique absolue pour l'&#201;gypte et tous les pays de la r&#233;gion et elles sont d&#233;j&#224; proportionnellement l'une et l'autre massives. Des formes devenues obsol&#232;tes de la domination masculine et de l'exploitation des femmes sont appel&#233;es &#224; tomber, la r&#233;forme du droit de la famille est pour cela n&#233;cessaire et m&#234;me les islamistes devront s'y r&#233;soudre. Le renforcement du contr&#244;le des m&#339;urs, les formes non l&#233;gales ou m&#234;me ill&#233;gales de la suj&#233;tion des femmes seront l&#224; pour peser constamment sur leur place dans le march&#233; du travail, leur fonction sociale et l'accomplissement de leurs t&#226;ches &#171; proprement f&#233;minines &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&lt;a id=&#034;__RefHeading___Toc7189_2371844483&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Religion : ordre moral et identit&#233; populaire ; quartiers populaires et luttes&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Occupation de l'espace, &#171; mouvement social de rue &#187; et islam sont fortement li&#233;s. L'existence du quartier populaire et ouvrier (m&#233;lange de salari&#233;s de grandes entreprises, de petits artisans, d'apprentis, de travailleurs engag&#233;s dans de multiples activit&#233;s informelles, chaque famille comportant des membres de plusieurs cat&#233;gories) investit de caract&#233;ristiques particuli&#232;res la d&#233;finition et la situation des activit&#233;s ouvri&#232;res, des pratiques de luttes, en un mot de la lutte de classe. La lutte de classe est investie de solidarit&#233;s familiales larges, de relations locales de voisinage qui vont du simple voisinage &#224; de v&#233;ritables entrelacs de rapports &#233;conomiques en passant par toutes sortes de luttes communes portant sur les besoins collectifs du quartier (ordures, &#233;lectricit&#233;, &#233;vacuation des eaux us&#233;es, dispensaires, &#233;coles, etc.). La lutte de classe appara&#238;t comme lutte d'une communaut&#233; d&#233;j&#224; existante pour elle-m&#234;me ant&#233;rieurement &#224; la lutte et ayant en elle-m&#234;me sa d&#233;finition. La lutte de classe appara&#238;t &#224; l'int&#233;rieur d'elle-m&#234;me, car c'est bien une position de classe qui est &#224; l'origine et qui structure toute cette vie commune et ces solidarit&#233;s, comme le fait d'une communaut&#233; d&#233;j&#224; d&#233;finie en dehors de la lutte. Le quartier ou m&#234;me la ville, comme &#224; Suez, deviennent des entit&#233;s sociales qui, elles-m&#234;mes produits de rapports sociaux et de formes d'exploitation de la force de travail ou du &#171; travail ind&#233;pendant &#187;, deviennent points de d&#233;part et sujets de la lutte des classes. Mais alors le lieu, cet espace organis&#233; et structur&#233;, joue son propre r&#244;le. Il devient l'unit&#233; de la vie personnelle quotidienne, des rapports inter et intra-familiaux, des rapports entre les sexes, de la vie sociale, &#233;conomique et politique. Il faut &#224; cette unit&#233; un ensemble de pratiques id&#233;ologiques, un discours identitaire, qui la fassent r&#233;ellement vivre comme unit&#233;, qui relient tous les niveaux sans se confondre avec aucun et qui les transcendent. Une unit&#233; qui soit &#224; la fois personnelle et sociale et qui apparaisse comme donn&#233;e tout comme la communaut&#233; : la religion, l'islam.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Les r&#233;volutionnaires ne sont pas visibles uniquement dans les rues. Des millions jouent ces drames en coulisses : les ouvriers dans les usines, les paysans sans terre, les &#233;tudiants, les employ&#233;s, et les leaders souvent dans des lieux ferm&#233;s. Mais c'est au final dans les rues, l'espace public par excellence, que se galvanise la critique collective contre les d&#233;tenteurs invisibles du pouvoir. C'est l&#224; que, souvent, se joue le destin des mouvements politiques. (&#8230;) Il ne s'agit pas seulement de r&#233;fl&#233;chir aux raisons pour lesquelles les r&#233;volutions naissent, aux participants, et &#224; la mani&#232;re dont les &#233;v&#233;nements se d&#233;roulent, mais aussi aux lieux dans lesquels ils se d&#233;ploient. &#187; (Asef Bayaf, &lt;i&gt;Life as Politics &#8211; How Ordinary People Change the Middle East&lt;/i&gt;, Palo Alto, Stanford University Press, 2009, in Rapha&#235;l Kempf, &lt;i&gt;Sous les r&#233;voltes arabes : ill&#233;galismes populaires et r&#233;sistances quotidiennes&lt;/i&gt;, RDL &#8211; Revue Des Livres - n&#176;1 novembre 2011, pp. 164-165). Ces lieux ne sont pas &#171; symboliques &#187;, ils n'emp&#234;chent pas de voir tout ce qui s'est jou&#233; &#224; c&#244;t&#233;, principalement dans les usines, et dont le r&#244;le a &#233;t&#233; fondamental.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut penser &#224; la place Tahrir du Caire, &#224; l'avenue Bourguiba de Tunis, &#224; l'urbanit&#233; du centre de Hama en Syrie, aux rues de Kass&#233;rine, mais aussi &#224; la place des Omeyades ou celle des Abbassides &#224; Damas qui contrairement aux pr&#233;c&#233;dents lieux sont loin du centre mais sont d'&#233;normes carrefours de circulation, avec gares routi&#232;res, &#233;choppes, vente ambulante, stations de taxis l&#233;gaux et clandestins, v&#233;ritables hubs logistiques informels. Toujours &#224; Damas, &#171; l'attaque-suicide &#187; (qualification donn&#233;e par l'&#201;tat) contre un bus de la police le 6 janvier 2012 a pour cadre le quartier d'Al-Midane au sud de la ville. Ce quartier est dans Damas m&#234;me un des rares &#224; avoir &#233;t&#233; un bastion de la mobilisation contre le r&#233;gime tr&#232;s t&#244;t avec manifestations et gr&#232;ves puis opposition arm&#233;e. Le &lt;i&gt;Guide bleu&lt;/i&gt; (2009) de la Syrie sous le titre &#171; &lt;i&gt;Un quartier en p&#233;ril&lt;/i&gt; &#187; le d&#233;crit ainsi : &#171; Le d&#233;veloppement de l'agglom&#233;ration damasc&#232;ne a port&#233; des coups s&#233;v&#232;res au vieux Midan, aujourd'hui &#233;ventr&#233; par la voie rapide qui longe le sud de la ville. Le tissu urbain ancien dispara&#238;t &#224; grande vitesse, car ce quartier ne fait pas l'objet de protections particuli&#232;res. Des immeubles &#224; &#233;tages ont fait leur apparition, contraignant les habitants des maisons traditionnelles &#224; couvrir leurs cours et leurs terrasses de b&#226;ches ou de toits de t&#244;le pour prot&#233;ger leur intimit&#233;. &#187;. Ancien point de d&#233;part du p&#232;lerinage annuel &#224; La Mecque, le quartier poss&#232;de encore une densit&#233; exceptionnelle de mosqu&#233;es, d'entrep&#244;ts et d'ateliers. &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; Port-Sa&#239;d, de la fin janvier 2013 au d&#233;but du mois de mars, la ville est en &#233;tat de d&#233;sob&#233;issance civile vis-&#224;-vis de la pr&#233;sidence et du gouvernement des Fr&#232;res musulmans&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-52&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'Arm&#233;e laisse faire avec bienveillance. Apr&#232;s la violente r&#233;pression par (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-52&#034;&gt;52&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. La d&#233;sob&#233;issance civile consiste &#224; rejeter ou ne pas appliquer les politiques et d&#233;cisions du pouvoir (blocage des routes et des b&#226;timents publics, refus de payer les factures, arr&#234;t de travail). Les ouvriers du secteur des conteneurs dans le port se joignent au mouvement qui fait tache d'huile : Isma&#239;lia, Mahalla, Mansoura, Alexandrie. Dans ce mouvement, l'&#201;tat reste le seul horizon, mais il ne s'agit plus seulement de &#171; chasser le dictateur &#187; comme en janvier 2011, mais de d&#233;cider de la l&#233;gitimit&#233; &#233;tatique : certaines fractions du mouvement appellent l'arm&#233;e &#224; prendre le contr&#244;le de l'&#201;tat. Le discours pi&#233;tiste salafiste de justice et de communaut&#233; des musulmans coiffe cette &#171; autogestion populaire &#187; dans une ville que m&#234;me la relation du correspondant d'&lt;i&gt;Infoaut&lt;/i&gt;, reprise par les anarchistes enthousiastes de l'OCL, qualifie de &#171; tr&#232;s traditionnaliste &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; Suez, ville ouvri&#232;re&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-53&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le golfe de Suez est l'un des centres industriels les plus importants (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-53&#034;&gt;53&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, lors des &#233;lections l&#233;gislatives de d&#233;cembre 2011, les trois partis islamistes ont obtenu 78 % des voix, les salafistes seuls en rassemblant 51 % : &#171; Hormis les islamistes, les partis issus de la r&#233;volution n'ont pas r&#233;ussi &#224; s'implanter, tandis que les vieilles organisations se disqualifiaient (&#8230;) La cl&#233; de l'&#233;lection ? La respectabilit&#233;. Pour convaincre une population &#224; la fois r&#233;volutionnaire et conservatrice, ouvri&#232;re et religieuse, combattante et traditionnelle, mieux vaut &#234;tre un fils du quartier et d'une famille connue &#187; (Fran&#231;ois Pradal, &lt;i&gt;Le Monde Diplomatique&lt;/i&gt;, janvier 2012). Naturellement tr&#232;s peu de femmes candidates et aucune &#233;lue dans ces quartiers ouvriers&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-54&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sur les listes salafistes, la photo de la seule femme candidate a &#233;t&#233; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-54&#034;&gt;54&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; : n&#233;cessit&#233; oblige du passage de la revendication &#224; l'existence reconnue dans la soci&#233;t&#233; civile et &#224; la repr&#233;sentation politique. &#171; Suez est paradoxale &#8211; poursuit le journaliste du &lt;i&gt;Monde Diplomatique&lt;/i&gt; - : les salafistes triomphent dans la ville la plus r&#233;volutionnaires, sans avoir particip&#233;, &#224; l'origine, &#224; cette r&#233;volution sociale et antiautoritaire. (&#8230;) La campagne des salafistes avaient commenc&#233; dans les mosqu&#233;es, acquises &#224; leur cause &#8211; les Fr&#232;res musulmans n'y sont pas aussi bien implant&#233;s. 'Nous avons &#233;t&#233; opprim&#233;s pendant des d&#233;cennies. &lt;i&gt;Il nous faut donc voter pour ceux qui prot&#232;gent notre religion, notre travail, notre famille et nos conditions de vie&lt;/i&gt; (soulign&#233; par nous)', entend-on le vendredi &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis 2010, les gr&#232;ves sont continuelles &#224; Suez, elles s'enracinent dans le quartier le plus pauvre de la ville, celui d'Arbaeen (plus de la moiti&#233; des six cent mille habitants de Suez), actuellement le ch&#244;mage y touche environ un tiers de la population. En effet, pour les entreprises de Suez, il s'agit, depuis quelques ann&#233;es, de briser l'unit&#233; que repr&#233;sente le quartier en faisant venir des travailleurs du Sud, du Delta ou de l'&#233;tranger qui repr&#233;sentent maintenant pr&#232;s de 40 % de la population de Suez. &#171; Quand le magnat de la sid&#233;rurgie Ahmed Ezz d&#233;cide, fin 2010, de licencier quatre mille personnes pour engager une main-d'&#339;uvre asiatique meilleur march&#233;, Suez se r&#233;volte. Cet &#233;lu du parti du pr&#233;sident Hosni Moubarak, ami intime de sa famille, sera d'ailleurs l'un des premiers emprisonn&#233;s apr&#232;s sa chute. Le 8 f&#233;vrier 2011, la gr&#232;ve &#233;clate dans le port, elle se structure &#224; partir de la Compagnie du canal. Le 19 f&#233;vrier de nouveaux syndicats ind&#233;pendants signent une d&#233;claration commune &#187; (&lt;i&gt;ibid&lt;/i&gt;). Les revendications portent sur les salaires (le salaire moyen &#224; Suez est inf&#233;rieur &#224; 100 Euros), mais aussi sur le droit de gr&#232;ve, les accidents du travail, les renationalisations. Apr&#232;s le d&#233;part de Moubarak, l'administration promet des augmentations et de meilleures conditions de travail, mais rien n'arrive et les ouvriers se remobilisent. &#171; Le gouvernement vote deux lois : celle de mars menace d'emprisonnement tout travailleur en gr&#232;ve ; celle de juin autorise la gr&#232;ve mais&#8230; '&lt;i&gt;sans cessation d'activit&#233;&lt;/i&gt;'. &#192; Suez toutefois le mouvement est suffisamment fort pour que personne ne soit ni emprisonn&#233;, ni licenci&#233;. Fin juillet, soutenus par les r&#233;volutionnaires, les ouvriers obtiennent une restructuration de la grille des salaires, 40 % d'augmentation et de meilleures primes &#187; (&lt;i&gt;ibid&lt;/i&gt;). Ce qui importe ici c'est l'intrication des revendications &#233;conomiques, du rejet de la corruption g&#233;n&#233;ralis&#233;e, du refus de la r&#233;pression, de la reconnaissance des martyrs (la remobilisation de juillet suit la lib&#233;ration de policiers accus&#233;s d'avoir tu&#233; des manifestants &#224; Suez), de l'importance pour la vie quotidienne de la respectabilit&#233; et donc du contr&#244;le des m&#339;urs, de l'affirmation de solidarit&#233;s et de formes de vie commune que repr&#233;sentent le quartier ou la ville.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On pourrait &#233;noncer les m&#234;mes consid&#233;rations pour la ville d'Alexandrie o&#249; le port du voile int&#233;gral s'est g&#233;n&#233;ralis&#233;. Selon Assayid Shawqi, candidat du parti Nour (principale composante de la mouvance salafiste) &#224; Alexandrie : &#171; Le port du voile int&#233;gral est normal, puisque prescrit par la religion. C'est de ne pas le porter qui est anormal &#187; (interview dans &lt;i&gt;Al-Quds Al-Arabi&lt;/i&gt;, Londres, in &lt;i&gt;Courier international&lt;/i&gt;, n&#176; 1099, 24 &#8211; 30 novembre 2011). Et selon Yousri Hammad, porte-parole officiel du parti &#224; Alexandrie : &#171; une femme ne doit pouvoir devenir ministre que dans les domaines concernant les femmes &#187; (&lt;i&gt;ibid&lt;/i&gt;). Issam Al-Arian, vice-pr&#233;sident des Fr&#232;res musulmans en &#201;gypte, quant &#224; lui, dans une interview &#224; &lt;i&gt;An-Nahar&lt;/i&gt; (Beyrouth), &#224; la question relative &#224; la reconnaissance de la Charte des droits de l'homme de l'ONU, r&#233;pond : &#171; Bien s&#251;r &#8211; mais il pr&#233;cise &#8211; tous les pays arabes ont des r&#233;serves concernant certaines chartes, notamment celles qui concernent la famille. Nous insistons sur nos sp&#233;cificit&#233;s culturelles par rapport aux soci&#233;t&#233;s occidentales &#187; (&lt;i&gt;ibid&lt;/i&gt;). Le contr&#244;le des m&#339;urs, c'est-&#224;-dire le contr&#244;le des femmes, la d&#233;fense d'une claire distinction entre les sph&#232;res publique et priv&#233;e, sont au c&#339;ur de cette vie commune et du discours identitaire qui innervent toutes les pratiques au cours des luttes. Ce qui n'emp&#234;che que, dans cette m&#234;me ville d'Alexandrie, lors de l'&#233;lection pr&#233;sidentielle de mai 2012, Hamdeen Sabahy, membre du parti nass&#233;rien de gauche Karama (Dignit&#233;), fondateur du mouvement Kefaya et figure charismatique de l'opposition &#224; Sadate puis &#224; Moubarak, obtint 31,6 % des voix et 40,4 % &#224; Port-Sa&#239;d autre fief salafiste. Il n'y a pas de contradiction, ici et pour l'instant, entre le fait religieux et &#234;tre ouvrier ; bien au contraire la lutte ouvri&#232;re et sa repr&#233;sentation s'exercent sous la religion comme id&#233;ologie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand la classe ouvri&#232;re a &#233;t&#233; amen&#233;e &#224; agir elle-m&#234;me comme &lt;i&gt;mouvement social de rue&lt;/i&gt;, &#224; agir &#224; partir d'elle-m&#234;me comme &lt;i&gt;communaut&#233; pr&#233;existante&lt;/i&gt;, &#224; rencontrer dans &lt;i&gt;l'interclassisme&lt;/i&gt;, dans la soci&#233;t&#233; civile et la politique l'aboutissement naturel de ses luttes, la d&#233;finition identitaire qui se dresse comme nouvel ordre social est aussi son propre produit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Arriv&#233; &#224; la fin de ce texte et apr&#232;s avoir &#233;voqu&#233; l'importance du quartier comme lieu de constitution d'une solidarit&#233; et d'une identit&#233; communautaire, on peut s'interroger sur la capacit&#233; de la notion d'interclassisme &#224; rendre compte de la r&#233;alit&#233; empirique des luttes et de leur sujet. La notion d'interclassisme en reste au stade de l'analyse et de la simple addition et coexistence des parties. Ce qu'il faut d&#233;signer, c'est la totalit&#233; ainsi cr&#233;&#233;e qui ne se r&#233;duit pas &#224; la somme des parties continuant &#224; exister en tant que telles dans cette totalit&#233; qui ne serait qu'une somme. Cette totalit&#233; pour elle-m&#234;me, ce sujet, c'est le peuple.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Comme l'a justement relev&#233; Fawwaz Traboulsi une des fonctions du slogan 'Le peuple veut' omnipr&#233;sent dans le soul&#232;vement arabe est bien de 'souligner l'identit&#233; nationale et l'unit&#233; populaire, contre toutes ces appartenances et identit&#233;s qu'exploitent tant les gouvernants despotiques que les ennemis ext&#233;rieurs&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-55&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Il s'agit ici des tribus, communaut&#233;s confessionnelles, collectivit&#233;s (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-55&#034;&gt;55&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.' &#187; (Gilbert Achcar, op. cit., p.204). Ce peuple qui se revendique comme tel est toujours quelque chose &#224; venir, il n'existe que sous une forme dynamique. Malgr&#233; les masses qui &#233;taient sur la place Tahrir, c'est une minorit&#233; qui d&#233;clare non pas qu'elle &lt;i&gt;repr&#233;sente&lt;/i&gt; le peuple, mais qu'elle &lt;i&gt;est&lt;/i&gt; le peuple. Que le soul&#232;vement stagne ou s'arr&#234;te et le peuple se dissout car il est le mouvement de disparition de cet &#201;tat existant. &#171; A la question 'qu'est-ce que le peuple ?', il faut naturellement r&#233;pondre par une autre question : contre qui se constitue le peuple ? Le plus souvent on se demande quelles sont les caract&#233;ristiques immanentes au peuple, les &#233;l&#233;ments 'mat&#233;riels', les r&#233;cits ou les mythes qui fondent chez les individus la conscience d'appartenir au m&#234;me peuple. On proc&#232;de comme on le fait &#233;galement &#8211; et &#224; tort &#8211; pour la nation. Or, ces &#233;l&#233;ments r&#233;put&#233;s constituer le peuple ne se rassemblent, ne se coagulent et ne se pensent comme un tout articul&#233;, coh&#233;rent, ins&#233;cable, tous ces &#233;l&#233;ments ne se m&#233;tamorphosent en puissance potentielle de mobilisation collective, ne font sens politiquement qu'&#224; partir du moment o&#249; se dessine un &lt;i&gt;ext&#233;rieur&lt;/i&gt; au peuple, potentiellement hostile au peuple. Autrement dit, si les &#233;l&#233;ments qui constituent en quelque sorte l'infrastructure du peuple ne sont ni contingents, ni arbitraires, ils ne suffisent pas en eux-m&#234;mes &#224; constituer le peuple. Ces &#233;l&#233;ments constituent seulement la condition de possibilit&#233; de l'&#233;mergence de l'entit&#233; peuple. Pour que celle-ci se cristallise effectivement, il faut qu'existe cet ext&#233;rieur hostile, qu'il s'agisse de l'aristocratie f&#233;odale, du peuple d'&#224;-c&#244;t&#233;, du peuple qui opprime ou d'une fraction du peuple consid&#233;r&#233;e comme nocive. Le peuple, ce sont des rapports de forces, c'est une histoire, c'est une histoire de rapports de forces. &#187; (Sadri Khiari, &lt;i&gt;Le peuple et le tiers-peuple&lt;/i&gt;, in &lt;i&gt;Qu'est-ce qu'un peuple ?&lt;/i&gt;, ouvrage collectif, &#201;d. La Fabrique, pp.116 -117). &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les pays du Moyen-Orient, dans les conditions de la lutte &lt;i&gt;contre un type particulier d'&#201;tat&lt;/i&gt;, et m&#234;me si cela se fait aussi contre des partis qui font de la religion leur chose particuli&#232;re, les contradictions actuelles retravaillent la tradition islamique pour produire le peuple : justice &#233;conomique, communaut&#233;, r&#233;seaux sociaux urbains, nationalisme, &#171; souverain juste &#187;. Face &#224; l'exacerbation des contradictions entre les classes, le peuple doit se prouver continuellement &#224; lui-m&#234;me son existence comme la repr&#233;sentation en actes de la communaut&#233;. L'impopulaire, le non-patriotique deviennent l'irr&#233;ligieux. Le religieux n'est pas le plus petit commun d&#233;nominateur des forces et contradictions en mouvement, il en est une reformulation globale par un changement de niveau : des contradictions entre classes au politique, du prol&#233;tariat au peuple, de l'exploitation &#224; l'ali&#233;nation et &#224; la mis&#232;re &#171; inh&#233;rentes &#224; la nature humaine &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette coagulation des solidarit&#233;s primaires, de l'organisation de la soci&#233;t&#233; civile et de la revendication politique conf&#232;re aux luttes de classes la forme d'apparition non d'une implication r&#233;ciproque, d'un rapport social, mais de l'opposition entre une communaut&#233; constitu&#233;e ou &#224; constituer, existant pour elle-m&#234;me, le peuple, face &#224; une classe dominante &#171; parasitaire &#187;. Dans cette opposition, la domination des femmes est alors la pierre angulaire fondant le peuple comme communaut&#233;, car elles sont dans le peuple sa part inexistante par laquelle de &lt;i&gt;peuple dynamique&lt;/i&gt;, en lutte contre, il peut se constituer en &lt;i&gt;peuple officiel&lt;/i&gt; (un soul&#232;vement &lt;i&gt;populaire&lt;/i&gt; contient cette contradiction).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autant plus que &#171; l'ancien r&#233;gime &#187; est avec raison associ&#233; &#224; l'ouverture &#233;conomique et les classes dirigeantes &#224; &#171; l'occidentalisation des modes de vie &#187; et les projets des &#171; r&#233;volutionnaires &#187; &#224; l'accentuation du processus. Le salafisme d&#233;fensif&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-56&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Il est d'usage chez les islamologues de distinguer deux variantes du (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-56&#034;&gt;56&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; est un recours, un recours id&#233;ologique contre toute forme d'avenir dont on n'attend rien de bon. C'est une vision simpliste qui fait de la religion, de l'islam, la forme et le contenu &lt;i&gt;spontan&#233;s&lt;/i&gt; de cette identit&#233; populaire nationale. La &#171; Tunisie la&#239;que &#187; ou ce que nous appelions pr&#233;c&#233;demment la &#171; Tunisie vertueuse &#187; pouvaient tr&#232;s bien faire l'affaire, m&#234;me en &#201;gypte le langage religieux a &#233;t&#233; le grand absent des manifestations, des gr&#232;ves, des occupations et des &#233;meutes. Ce n'est que comme r&#233;tablissement conflictuel de l'ordre que la religion devient l'expression de cette identit&#233; populaire nationale, elle est, dans des circonstances particuli&#232;res qui ne tiennent pas &#224; de pr&#233;tendues sp&#233;cificit&#233;s de l'islam ou des pays arabes, le langage et l'id&#233;ologie de la relation v&#233;cue entre les individus dans la soci&#233;t&#233; comme soci&#233;t&#233; civile, c'est-&#224;-dire qui a int&#233;gr&#233; en elle son rapport &#224; l'&#201;tat. Quand la religion devient politique, ce n'est jamais une victoire de la religion sur l'&#201;tat, ce n'est pas la religion qui offre sa sanction &#224; l'&#201;tat, mais l'&#201;tat qui offre la sienne &#224; la religion, du fait de la configuration, de l'extension et de l'approfondissement des rapports capitalistes il ne peut s'en passer et &#234;tre lui-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jusqu'&#224; maintenant, tous les d&#233;boires postr&#233;volutionnaires aussi bien en Tunisie qu'en &#201;gypte : autant la poursuite de la r&#233;pression contre les gr&#232;ves et les mouvements revendicatifs, que l'absence d'am&#233;liorations des conditions de vie et de salaires ou la vacuit&#233; du lib&#233;ralisme des &#171; r&#233;volutionnaires &#187;, renvoient les exploit&#233;s et les opprim&#233;s d'un syst&#232;me dont toutes les &#233;volutions et tous les changements sont synonymes de mis&#232;re accrue au r&#234;ve de la restauration et de la pr&#233;servation d'un ordre immuable dont la religion et l'ordre sexu&#233; qu'elle sacralise sont les fondements et les garants prot&#233;geant la communaut&#233; des &lt;i&gt;attaques ext&#233;rieures&lt;/i&gt; ou des &lt;i&gt;d&#233;sordres int&#233;rieurs&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;a id=&#034;__RefHeading___Toc7191_2371844483&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Annexe 1&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&lt;a id=&#034;__RefHeading___Toc7193_2371844483&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Le mode de production capitaliste n'est pas sexuellement neutre&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut partir de ce qui fabrique les femmes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le travail et le surtravail qui lui est corollaire supposent la constitution de la population en principale force productive, le contr&#244;le de cette principale force productive suppose la cr&#233;ation d'une partie de l'humanit&#233; comme productrice de cette force et son contr&#244;le. Partir de la reproduction (biologique) et de la place sp&#233;cifique des femmes dans cette reproduction c'est pr&#233;supposer comme donn&#233; ce qui est le r&#233;sultat d'un processus social. Le point de d&#233;part (puisqu'en avoir un fait partie des tares n&#233;cessaires de la production th&#233;orique) est ce qui rend cette place sp&#233;cifique comme construction et diff&#233;renciation sociale : les modes de production jusqu'&#224; aujourd'hui. L'augmentation de la population comme principale force productive n'est pas plus un rapport naturel que n'importe quel autre rapport de production et elle se meut dans des contradictions sp&#233;cifiques &#224; chaque mode de production. La n&#233;cessaire appropriation du surtravail, ph&#233;nom&#232;ne purement social (le surtravail ne tient pas &#224; une suppos&#233;e surproductivit&#233; du travail) cr&#233;e les genres et la pertinence sociale de leur distinction sur un mode sexuel et &lt;i&gt;naturalis&#233;&lt;/i&gt;. Poss&#233;der un ut&#233;rus ne signifie pas &#171; faire des enfants &#187;, pour passer de l'un &#224; l'autre il faut tout un dispositif social d'appropriation et de mise en situation (de mise en fonction) de &#171; faire des enfants &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-57&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dispositif de violence incluant le viol, mais aussi l'amour, le care, la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-57&#034;&gt;57&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, dispositif par lequel les femmes existent. Poss&#233;der un ut&#233;rus est une &lt;i&gt;caract&#233;ristique&lt;/i&gt; anatomique et non d&#233;j&#224; une &lt;i&gt;distinction&lt;/i&gt;, mais &#171; faire des enfants &#187; est une distinction sociale qui fait de la &lt;i&gt;caract&#233;ristique&lt;/i&gt; anatomique une &lt;i&gt;distinction naturelle&lt;/i&gt;. Il est dans l'ordre de cette construction sociale, de ce dispositif de contrainte, de toujours renvoyer ce qui est socialement construit, les femmes, &#224; la biologie. La production de la cat&#233;gorie sociale femmes ne serait pas telle sans &#234;tre naturalis&#233;e et le rapport entre hommes et femmes ne saurait &#234;tre un rapport social sans appara&#238;tre comme naturel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le surtravail &#233;tant n&#233;cessairement et conjointement rapports contradictoires entre les hommes et les femmes et entre travailleurs et non travailleurs,&lt;strong&gt; &lt;/strong&gt;toutes les cat&#233;gories du mode de production capitaliste sont sexu&#233;es. Le travail, la population bien s&#251;r. Puis, fondamentalement, le rapport salarial : s&#233;paration de la production et de la reproduction ; reproduction dans la sph&#232;re de la circulation ; paiement non du travail mais de la reproduction de la force de travail et de la &#171; race des travailleurs &#187;. Mais aussi la division du travail, la propri&#233;t&#233;, l'&#233;change. Sur ce dernier point, il semble exister au premier abord une neutralit&#233; du march&#233; vis-&#224;-vis de la distinction de genre, mais cela parce que de lui-m&#234;me, en soi, le march&#233;, dans son existence m&#234;me n'est pas neutre vis-&#224;-vis de la distinction de genre. Le march&#233; dans un mode de production o&#249; toute la production est destin&#233;e &#224; la vente d&#233;finit le caract&#232;re social de cette production comme publique, par l&#224; la distinction de genres peut &#234;tre proclam&#233;e non-pertinente int&#233;rieurement car elle est pr&#233;suppos&#233;e dans l'existence m&#234;me de la chose. Ce caract&#232;re sexu&#233; de toutes les cat&#233;gories du capital signifie une division &lt;i&gt;g&#233;n&#233;rale&lt;/i&gt; de la soci&#233;t&#233; entre hommes et femmes. Cette division g&#233;n&#233;rale acquiert comme contenu social ce qui est la synth&#232;se de toutes les sexuations des cat&#233;gories : la cr&#233;ation de la distinction du public et du priv&#233;. Cette distinction est la synth&#232;se parce que le MPC est une &#233;conomie &lt;i&gt;politique&lt;/i&gt;. C'est-&#224;-dire que reposant sur la vente de la force de travail et une production sociale n'existant comme telle que pour le march&#233; (valeur), le MPC rejette comme &#171; non social &#187; les moments de sa propre reproduction qui &#233;chappent &#224; une soumission directe au march&#233; ou au proc&#232;s de production imm&#233;diat : le priv&#233;. Ce priv&#233; est le priv&#233; du public, toujours dans une relation hi&#233;rarchique de d&#233;finition et de soumission au public.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En tant que distinction g&#233;n&#233;rale et vu son contenu (produit socialement) elle est &lt;i&gt;naturalis&#233;e&lt;/i&gt; et elle existe r&#233;ellement dans le cadre de cette soci&#233;t&#233; comme division naturelle : toutes les femmes, tous les hommes. Il ne suffit pas de dire que toutes les cat&#233;gories du MPC sont intrins&#232;quement sexu&#233;es, il faut dire aussi que cette sexuation g&#233;n&#233;rale se donne une forme particuli&#232;re, fonctionne synth&#233;tiquement sous une forme particuli&#232;re : la distinction entre public et priv&#233; o&#249; les cat&#233;gories hommes et femmes apparaissent comme g&#233;n&#233;rales, comme &lt;i&gt;naturelles&lt;/i&gt;, au-del&#224; des diff&#233;rences de classes reconnues, quant &#224; elles, comme &lt;i&gt;sociales&lt;/i&gt;. La distinction entre hommes et femmes acquiert un contenu propre &#224; son niveau, propre au niveau produit, c'est-&#224;-dire propre &#224; la distinction entre public et priv&#233; : la nature (ce que le social a produit &#224; l'int&#233;rieur de lui-m&#234;me comme non-social et qui acquiert r&#233;ellement un caract&#232;re d'&#233;vidence naturelle parce que distinction anatomique). La distinction entre hommes et femmes comme rapport ne serait pas un rapport social sans &#171; appara&#238;tre &#187; comme naturelle, de m&#234;me que la marchandise ne serait pas rapport social sans appara&#238;tre comme chose, ou le salaire, valeur de la force de travail, sans appara&#238;tre comme &#171; prix du travail &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La distinction entre public et priv&#233; d&#233;signe de fa&#231;on globale, dans le MPC, un syst&#232;me de d&#233;finition des femmes comme assignation contrainte &#224; leur d&#233;finition comme enfantantes. Par exemple on ne passe ni logiquement ni socialement de l'appropriation des femmes comme reproductrices au travail domestique. Le travail domestique est un &#233;l&#233;ment du dispositif social de d&#233;finition et d'assignation du groupe femmes &#224; cette capacit&#233; reproductive. Travail domestique, place dans la division du travail, modalit&#233;s d'insertion dans le proc&#232;s imm&#233;diat de production, formes &#171; atypiques &#187; du salariat, violence quotidienne dans la conjugalit&#233;, famille, n&#233;gation et appropriation de la sexualit&#233; f&#233;minine, le viol et / ou sa menace, sont les divers fronts o&#249; se jouent la contradiction entre les hommes et les femmes qui a pour contenu leur d&#233;finition et assignation contrainte (aucun de ces &#233;l&#233;ments n'est fortuit). Tous ces fronts sont les lieux d'une lutte permanente opposant deux cat&#233;gories de la soci&#233;t&#233; form&#233;es comme naturelles et d&#233;construites comme telles par les femmes dans leurs luttes. Les fronts ne sont jamais stables, la distinction public / priv&#233; est constamment red&#233;finie&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-58&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Actuellement, la &#171; parit&#233; &#187;, dans les pays occidentaux, est une red&#233;finition (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-58&#034;&gt;58&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;a id=&#034;__RefHeading___Toc7195_2371844483&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Annexe 2&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&lt;a id=&#034;__RefHeading___Toc7197_2371844483&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
La parit&#233;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La parit&#233;, la revendication de l'&#233;galit&#233; entre hommes et femmes dans tous les domaines de la vie sociale (publique et priv&#233;e), se donne de prime abord &#224; voir comme quelque chose de simple et d'&#233;vident. Elle est en fait un vrai hi&#233;roglyphe empli de subtilit&#233;s m&#233;taphysiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le mode de production capitaliste, les sph&#232;res publique et priv&#233;e sont radicalement s&#233;par&#233;es, l'exclusion des femmes hors de l'espace public est fondamentalement plus radicale que dans les modes de production ant&#233;rieurs en m&#234;me temps que l'universalit&#233; de l'&#233;galit&#233; abstraite entre les individus est une force int&#233;rieure de ce mode de production.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En supprimant la distinction de &lt;i&gt;sexe&lt;/i&gt;, la loi (l'&#201;tat) n'abolit pas le &lt;i&gt;genre&lt;/i&gt;, mais d&#233;cr&#232;te simplement que ses effets ne sont pas politiquement pertinents et qu'ils peuvent &#234;tre oubli&#233;s. D'un c&#244;t&#233; la loi pr&#233;tend &#233;tablir v&#233;ritablement l'&#233;galit&#233; des sexes comme affaire &lt;i&gt;publique&lt;/i&gt;, mais il fait de la distinction de genre une diff&#233;rence non politique (non publique), qui ne peut plus &#234;tre alors l'objet d'une critique ou d'une transformation. En devenant paritaire, l'&#201;tat ou la sph&#232;re publique en g&#233;n&#233;ral n'abolissent pas la distinction de genre mais &lt;i&gt;la pr&#233;supposent&lt;/i&gt; en la rangeant dans la sph&#232;re priv&#233;e du c&#244;t&#233; des &lt;i&gt;hommes&lt;/i&gt; et des &lt;i&gt;femmes&lt;/i&gt; concrets. L'&#201;tat et la sph&#232;re publique, fonci&#232;rement construits sur la distinction de genre, redoublent cette distinction en la d&#233;clarant non pertinente int&#233;rieurement et r&#233;ellement pertinente par leur existence m&#234;me. L'&#201;tat et la sph&#232;re publique n'ont pas besoin en leur int&#233;rieur de la diff&#233;rence de sexe, ils peuvent au contraire faire abstraction de cette diff&#233;rence parce qu'en eux (en tant que tels : public / priv&#233;) le fond r&#233;el de la diff&#233;rence de genre est r&#233;alis&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La proclamation l&#233;gale de la parit&#233; et son application r&#233;elle vont de pair avec le &lt;i&gt;d&#233;doublement&lt;/i&gt; int&#233;rieur de chaque femme. En tant que membre de la sph&#232;re publique, elle rel&#232;ve de la non pertinence de la diff&#233;rence de sexes, elle est d&#233;pouill&#233;e de sa vie r&#233;elle et remplie d'une g&#233;n&#233;ralit&#233; irr&#233;elle. En tant que femme de la sph&#232;re priv&#233;e et des rapports de production, elle demeure femme pr&#233;cis&#233;ment parce que la parit&#233; n'est qu'une abstraction, c'est-&#224;-dire non pas quelque chose qui n'existe pas mais quelque chose qui existe pr&#233;cis&#233;ment comme l'abolition (en tendance / achev&#233;e) d'une diff&#233;rence, mais &lt;i&gt;abolition fond&#233;e sur la reproduction de cette diff&#233;rence et sur le d&#233;doublement et la scission de l'individu f&#233;minin&lt;/i&gt;. Dans la soci&#233;t&#233; capitaliste actuelle, les femmes sont r&#233;ellement scind&#233;es dans chaque d&#233;termination (vie domestique, travail, parentalit&#233;..) entre une individualit&#233; abstraite et une individualit&#233; concr&#232;te au point que chaque d&#233;termination de la vie concr&#232;te (priv&#233;e et travail) est elle-m&#234;me divis&#233;e entre sa r&#233;alit&#233; et son id&#233;alit&#233;, au point que l'id&#233;alit&#233; (la parit&#233; dans tous les domaines) appara&#238;t comme le vrai en ce qu'elle a fait de la distinction qu'elle a abolie (en elle) un &#171; archa&#239;sme &#187; infond&#233; et par l&#224; irr&#233;el, alors qu'elle n'est que le d&#233;doublement int&#233;rieur de chaque femme. L'homme est aussi scind&#233; entre abstrait et concret, mais il n'a pas besoin d'abandonner le concret dans l'abstrait (en tant qu'homme). &#171; Le privil&#232;ge que l'homme d&#233;tient (&#8230;) c'est que sa vocation d'&#234;tre humain ne contrarie pas sa destin&#233;e de m&#226;le. Par l'assimilation du phallus et de la transcendance, il se trouve que ses r&#233;ussites sociales ou spirituelles le douent d'un prestige viril. Il n'est pas divis&#233;. Tandis qu'il est demand&#233; &#224; la femme pour accomplir sa f&#233;minit&#233; de se faire objet et proie, c'est-&#224;-dire de renoncer &#224; ses revendications de sujet souverain. &#187; (Beauvoir, &lt;i&gt;Le deuxi&#232;me sexe&lt;/i&gt;, t.1, p. 524). Sa vie universelle, la femme la vit dans la parit&#233; mais si elle la vit, elle la contemple aussi. Sa vie priv&#233;e, personnelle, elle la m&#232;ne dans ses activit&#233;s pratiques, domestiques et professionnelles qui sont elles-m&#234;mes d&#233;doubl&#233;es. Toute sa vie est scind&#233;e, car elle doit &#234;tre le m&#234;me de ce qui est diff&#233;rent d'elle (et dont la diff&#233;rence pose l'exigence d'&#234;tre le m&#234;me). En tant que femme, cet individu est somm&#233; d'&#234;tre un &#171; soi &#187; et un &#171; autre &#187; et confirm&#233; comme diff&#233;rent dans l'injonction &#224; &#234;tre le m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la parit&#233;, la distinction est &lt;i&gt;r&#233;alis&#233;e&lt;/i&gt;. L'illusion qu'il faut montrer n'est pas celle de l'id&#233;alisation dans la parit&#233; de la diff&#233;rence des sexes, mais sa source : la d&#233;termination d'une sph&#232;re publique qui, par&#233;e aux couleurs de la parit&#233;, d&#233;clare anachronique la r&#233;alit&#233; de l'in&#233;galit&#233; et de la domination qui sont ses propres raisons d'&#234;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La parit&#233; est un combat, celui de l'accession des femmes &#224; l'abstraction, elle n'est pas un combat vide d'enjeux, mais son issue victorieuse pr&#233;suppose et confirme la scission de chaque femme dans la totalit&#233; de sa vie et fait de sa vie de tous les jours un simple fait sans droit et sans raison alors que la parit&#233; (en tant que constituant un individu abstrait) comme id&#233;alit&#233; repose sur la r&#233;alit&#233; de cette &#171; vie de tous les jours &#187; qui est la n&#233;cessit&#233; m&#234;me de son abstraction comme expression de la distinction entre priv&#233; et public. Abstraction qui devient la lecture et la pratique de la vie concr&#232;te (la vie de tous les jours). L'abstraction ne d&#233;signe pas une s&#233;paration vis-&#224;-vis d'une &#171; base r&#233;elle &#187;, mais le r&#244;le qu'elle y joue : le r&#244;le d'abstraction (cf. la monnaie).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'id&#233;ologie lib&#233;rale (au sens politique) est ad&#233;quate &#224; la r&#233;alit&#233; imm&#233;diate et donn&#233;e de la vie sociale tout en d&#233;guisant la r&#233;alit&#233; profonde, elle fait de l'individu une essence, un sujet constituant. La femme de la parit&#233; homme / femme est un tel individu dans lequel l'individu abstrait, objectivement abstrait, est confondu avec l'individu concret, tant et si bien que le premier devient non seulement la forme id&#233;ale du second, mais encore renvoie l'individu concret &#224; une forme contingente, accidentelle, de cet individu objectivement abstrait.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb4-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Marx, &lt;i&gt;Salaire, prix et profit&lt;/i&gt;, &#201;d. Sociales, p.46&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir annexe 1.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;De fa&#231;on g&#233;n&#233;rale, la contradiction entre les classes&lt;sup&gt;&lt;a href='https://theoriecommuniste.org/Classes' title=&#034;D&#233;finition&#160;: Les classes ne sont ni des sommes d'individus regroup&#233;s par un int&#233;r&#234;t (&#8230;)&#034;&gt;?&lt;/a&gt;&lt;/sup&gt; se noue aujourd'hui au niveau de leur reproduction respective, ce qui signifie que, dans sa contradiction avec le capital, le prol&#233;tariat trouve et affronte sa propre constitution et existence comme classe. Agir en tant que classe c'est actuellement d'une part n'avoir pour horizon que le capital et les cat&#233;gories de sa reproduction, d'autre part, c'est pour la m&#234;me raison, &#234;tre en contradiction avec sa propre reproduction de classe, la remettre en cause. Dans ce cycle de luttes, agir en tant que classe est alors devenu dans l'activit&#233; m&#234;me du prol&#233;tariat en tant que classe, la limite de cette activit&#233;. &lt;i&gt;L'appartenance de classe comme contrainte ext&#233;rieure&lt;/i&gt; est cette structure de la contradiction dans laquelle agir en tant que classe est la limite m&#234;me de l'activit&#233; du prol&#233;tariat devenue &lt;i&gt;enjeu&lt;/i&gt; de la lutte de classe. Que la r&#233;volution puisse &#234;tre l'abolition de toutes les classes existe comme un fait actuel en ce que &lt;i&gt;l'action en tant que classe du prol&#233;tariat est, pour elle-m&#234;me, une limite&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Nous empruntons cette perspective ainsi que l'appellation de &#171; soul&#232;vement &#187; &#224; Gilbert Achcar : &lt;i&gt;Le Peuple veut, une exploration radicale du soul&#232;vement arabe&lt;/i&gt;, &#201;d. Sindbad / Actes Sud.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Karl Korsch, &lt;i&gt;L'&#201;tat et la contre-r&#233;volution&lt;/i&gt; in &lt;i&gt;Marxisme et Contre-r&#233;volution&lt;/i&gt;, &#201;d. du Seuil, p.190.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;On peut produire le concept de l'&#201;tat &lt;i&gt;&#224; partir du capital,&lt;/i&gt; puis le produire comme &lt;i&gt;n&#233;cessaire dans ce qui le produit&lt;/i&gt;, mais il faut ensuite poser l'activit&#233; de l'&#201;tat comme &lt;i&gt;transformation par l'&#201;tat du proc&#232;s qui le produit&lt;/i&gt;. M&#234;me consid&#233;r&#233; comme un moment de ce proc&#232;s, l'&#201;tat ne peut laisser tel quel le proc&#232;s du capital qui le produit. &#201;tant donn&#233; dans le proc&#232;s qui le produit, l'&#201;tat pose lui-m&#234;me en tant qu'&#233;l&#233;ment du proc&#232;s de production et de reproduction du capital la transformation des rapports sociaux, qui se d&#233;finissent dans ce proc&#232;s, en rapports sociaux existant par rapport &#224; lui, l'&#201;tat. Le r&#233;sultat de cette transformation c'est la &#171; soci&#233;t&#233; civile &#187;, en tant que m&#233;diation de l'&#201;tat aux rapports de production. La soci&#233;t&#233; civile est la forme n&#233;cessaire que prennent les rapports de classes en ce qu'ils impliquent l'existence de l'&#201;tat qui s'en s&#233;pare et est une abstraction par rapport &#224; eux. Par &lt;i&gt;soci&#233;t&#233; civile&lt;/i&gt; nous entendons l'ensemble des instances, associations, organisations, institutions, dispositifs de n&#233;gociation et de traduction des conflits, par lesquels les rapports de production du mode de production capitaliste existent, dans leur histoire sp&#233;cifique sur une aire nationale, en tant que repr&#233;sentation et articulation de leur reproduction vis-&#224;-vis du pouvoir politique et des appareils directement &#233;tatiques.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Le 'contr&#244;le des naissances', le contr&#244;le de la principale force productive qui est l'augmentation de la population et donc le contr&#244;le de celles qui en sont les productrices, est la condition premi&#232;re du surtravail. &#187; (&lt;i&gt;R&#233;ponse aux Am&#233;ricaines&lt;/i&gt;, TC 24, p.82). Pour la d&#233;finition du rapport entre hommes et femmes comme &lt;i&gt;contradiction&lt;/i&gt;, voir &lt;i&gt;Tel Quel&lt;/i&gt; in &lt;i&gt;Th&#233;orie Communiste&lt;/i&gt; n&#176; 24, p.13 et &lt;i&gt;R&#233;ponse aux Am&#233;ricaines&lt;/i&gt; (idem), p.82. Voir &#233;galement, dans ce texte, note 18 et Annexe 1.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Dans certaines usines les jeunes femmes doivent signer un document o&#249; elles s'engagent &#224; ne jamais se porter candidates &#224; une position plus &#233;lev&#233;e, quand bien m&#234;me elles auraient les qualifications pour cela.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Certains r&#233;cits (sur le net) insistent sur le caract&#232;re strict de leur voile et certains parlent m&#234;me de &lt;i&gt;niqab&lt;/i&gt;. Cependant, les quelques photos qui parfois accompagnent ces textes avec leurs ouvri&#232;res rigolardes et au voile assez l&#226;che ne confirment pas vraiment ces affirmations.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;A Mahallah, les ouvriers et surtout les ouvri&#232;res utilisent ce syst&#232;me pour financer les pr&#233;paratifs d'un mariage, pour faire face &#224; des d&#233;penses m&#233;dicales ou pour acheter des produits &#233;lectrom&#233;nagers.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;La Chine de l'&#233;poque des grands combinats (danwei) illustre &#233;galement cette apparition du priv&#233; dans le public qui renforce la distinction de genre et l'exploitation des femmes. &#171; Les dirigeants des danwei jouaient le r&#244;le du patriarche de la famille traditionnelle. La famille confuc&#233;enne, th&#233;oriquement obsol&#232;te sous le socialisme, &#233;tait transform&#233;e de diff&#233;rentes fa&#231;ons comme contr&#244;le quotidien et comme discriminations. La culture familiale des danwei &#8211;la combinaison des sph&#232;res publiques et priv&#233;es &#8211; s'ajoutait &#224; la s&#233;gr&#233;gation dans l'atelier et &#224; la discrimination de genres dans la soci&#233;t&#233;. La mobilisation des femmes dans les usines n'a pas amen&#233; de lib&#233;ration telle que le proclamait la rh&#233;torique socialiste. L'unit&#233; socialiste de travail fonctionnait comme contr&#244;le des carri&#232;res des femmes et de leur vie personnelle et assumait une fonction identique &#224; celle des institutions patriarcales pr&#233;socialistes. (&#8230;) La vie dans les danwei &#233;taient organis&#233;e selon des formes familiales. Liu (l'auteure &#224; laquelle se r&#233;f&#232;re le texte de Wildcat) en souligne quatre aspects : l'arrangement des mariages (entremetteur pour les jeunes gens), la distribution des logements (une incitation au mariage), la surveillance de la vie familiale (pour rendre stables les mariages) et le planning familial (c'est-&#224;-dire le contr&#244;le de la population) &#187; (Wildcat, &lt;i&gt;1949-2007 : Women workers in China&lt;/i&gt;, texte en anglais sur le site de Libcom)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;La ville de Nantes concentre une forte immigration tunisienne originaire de Redeyef et Gafsa.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Il faut noter que les quartiers r&#233;sidentiels furent en t&#234;te de ce mouvement qui se d&#233;veloppa ensuite dans les quartiers populaires comme organe de pression sur les administrations et les services publics. D&#232;s le d&#233;but cependant le mouvement ne fut pas absent des quartiers populaires o&#249; il s'agissait non seulement, pour chacun, de d&#233;fendre ses quelques biens, mais aussi les micro-ateliers dans les maisons et immeubles qui sont le gagne-pain quotidien. Quel que soit le quartier, il s'agissait &#233;galement d'un refus franc et massif du r&#233;gime de Moubarak et de sa police : dans les quartiers populaires, les &lt;i&gt;Comit&#233;s&lt;/i&gt; ne se sont pas priv&#233;s d'incendier les commissariats.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Litt&#233;ralement : les qualit&#233;s m&#226;les (g&#233;n&#233;rosit&#233;, endurance, courage, poursuite d'un but), par m&#233;tonymie d&#233;signe le compagnonnage entre jeunes hommes &#233;gaux fond&#233; sur des affinit&#233;s communes et des sentiments chevaleresques selon la doctrine soufie. Au XIX&#232;me et au XX&#232;me, le terme a d&#233;sign&#233; toute sorte d'associations de d&#233;fense communautaire et m&#234;me certaines milices palestiniennes durant la guerre de 1948.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Wilson Jacob : professeur &#224; l'Universit&#233; de Montr&#233;al, auteur de &lt;i&gt;Working out Egypt : masculinity and subject formation between colonial modernity and nationalism 1870 &#8211; 1940&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Plus un mouvement de soutien aux ouvriers qu'un &#171; mouvement ouvrier &#187; (nda).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ensemble d'habitations voisines et la voie qui le dessert&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-18&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-18&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Entre le prol&#233;tariat et le capital, c'est l'existence m&#234;me du travail comme force productive (la contradiction entre hommes et femmes) qui est, dans les termes du rapport, ce devenir du rapport conflictuel en contradiction : le travail comme unique mesure et source de la richesse. Cela fait que la lutte des classes a pour dynamique et objectif l'abolition des classes (et non un simple d&#233;placement du curseur entre travail n&#233;cessaire et surtravail sur la ligne de la journ&#233;e de travail), ce qui est le capital comme contradiction en proc&#232;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Entre les hommes et les femmes, c'est l'existence du surtravail et de sa relation au travail n&#233;cessaire (la contradiction entre les classes) qui est, dans les termes du rapport, ce devenir du rapport conflictuel en contradiction. Le surtravail et sa relation au travail n&#233;cessaire font que le conflit entre hommes et femmes a pour dynamique et objectif l'abolition des conditions inh&#233;rentes &#224; l'individualit&#233; que sont &#234;tre une femme ou un homme, ce qui est le capital comme contradiction en proc&#232;s. (voir aussi annexe 1).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-19&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-19&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;19&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Les femmes ont eu parfois tout autant &#224; se m&#233;fier des groupes militants qui s'&#233;taient constitu&#233;s pour les &#171; prot&#233;ger &#187; que de la police.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-20&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-20&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;20&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;M&#234;me si par ailleurs nous critiquons le concept de patriarcat, Deniz Kandiyoti souligne avec raison que la violence sexuelle accompagne une crise de la reproduction ordinaire des rapports entre les hommes et les femmes. Crise de ces rapports dans les &#233;v&#233;nements mais aussi, &#224; un autre niveau, dans les &#233;volutions sociales li&#233;es au travail, au niveau d'&#233;ducation, etc.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-21&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-21&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-21&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;21&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;La rapide mont&#233;e du travail f&#233;minin salari&#233; en Europe occidentale &#224; partir de la fin des ann&#233;es 1960 n'est pas li&#233;e &#224; une soudaine indiff&#233;rente neutralit&#233; du capital vis-&#224;-vis du travail f&#233;minin ou masculin, mais aux modifications du march&#233; du travail et du rapport salarial dans la crise de cette fin des ann&#233;es 1960 et dans la restructuration qui s'en suivit. Dans cette nouvelle structuration ce n'est pas comme neutre mais bien de fa&#231;on sexuellement d&#233;termin&#233;e qu'il a connu cette croissance. Un mode de production fond&#233;e sur l'exploitation du travail ne peut jamais &#234;tre indiff&#233;rent &#224; la distinction de sexe.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-22&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-22&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-22&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;22&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ce qui laisse entendre que la participation ant&#233;rieure des femmes &#224; l'activit&#233; &#233;conomique n'&#233;tait pas ind&#233;pendante d'une relation particuli&#232;re entre priv&#233; et public et qu'il ne s'agissait pas d'une pure et simple admission dans un espace public qui tel que nous le connaissons est une cr&#233;ation historique &#171; r&#233;cente &#187; (nda).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-23&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-23&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-23&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;23&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Par exemple, dans les entreprises formelles de plus de cinquante salari&#233;s, le droit &#224; un an de cong&#233; &lt;i&gt;sans salaire&lt;/i&gt; pour garder leurs enfants.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-24&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-24&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-24&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;24&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pour obtenir l'activit&#233; &#233;largie, on ajoute &#224; la d&#233;finition traditionnelle de la population ayant des activit&#233;s r&#233;mun&#233;r&#233;es ou non pour le march&#233;, ceux et surtout celles qui ne travaillent strictement que dans / pour la sph&#232;re domestique et y produisent des biens primaires principalement autoconsomm&#233;s, ou &#233;ventuellement donn&#233;s ou &#233;chang&#233;s sous forme de troc.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-25&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-25&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-25&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;25&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;En 2006, pour les femmes de 15 &#224; 29 ans, le travail familial non r&#233;mun&#233;r&#233; &#233;tait le &#171; premier statut d'emploi &#187; le plus r&#233;pandu (apr&#232;s l' &#171; inactivit&#233; &#187; - 50,2 % -) &#224; la sortie des &#233;tudes (21,4 %) ; 17,6 % pour le ch&#244;mage ; 11 % seulement trouvent un emploi r&#233;mun&#233;r&#233; (voir Mona Amer, &lt;i&gt;Les transitions incertaines de l'&#233;cole &#224; l'emploi &lt;/i&gt;in &lt;i&gt;L'&#201;gypte au pr&#233;sent&lt;/i&gt;, &#201;d. Actes Sud, p.759). &lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-26&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-26&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-26&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;26&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ce chiffre &#233;norme doit &#234;tre relativis&#233; en tenant compte de l'importance de l'emploi informel.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-27&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-27&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-27&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;27&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Source CAPMAS (Central Agency for Public Mobilization and Statistics &#8211; agence officielle &#233;gyptienne) pour les donn&#233;es chiffr&#233;es dans Glen Asher : &lt;i&gt;Hopelessness and anger among the unemployed changed Egypt&lt;/i&gt;, sur le blog Oyetimes, 4 f&#233;vrier 2011. Les chiffres officiels du CAPMAS sont sujets &#224; caution et ont &#233;t&#233; remis en question par les responsables du BIT au Caire, ils sont &#233;galement remis en cause par un centre d'&#233;tudes statistique ind&#233;pendant : l'&lt;i&gt;Egyptian Center of Economic Studies&lt;/i&gt;. Cependant, quelles que soient les sources, la tendance g&#233;n&#233;rale d'&#233;volution au d&#233;triment quasi exclusif des femmes demeure. On peut m&#234;me supposer que la tendance est encore plus vigoureuse dans la mesure o&#249; les statistiques officielles sous-estiment les licenciements pour les emplois pr&#233;caires dans les petites entreprises industrielles ou plus largement dans le secteur informel o&#249; les femmes sont sur-repr&#233;sent&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-28&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-28&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-28&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;28&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Source CAPMAS dans Hoda Youssef, &#8211; analyste de politiques &#233;conomiques &#224; la Banque Mondiale -, &lt;i&gt;L'Economie &#233;gyptienne, la r&#233;alit&#233; derri&#232;re les chiffres&lt;/i&gt;, sur le net&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-29&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-29&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-29&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;29&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Les donn&#233;es qui suivent sur l'emploi f&#233;minin dans le textile tunisien proviennent de &#171; L'industrie du textile-habillement en Tunisie : les besoins des chefs d'entreprise et les conditions de travail des femmes dans les PME &#187;, document de travail de l'OIT.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-30&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-30&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-30&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;30&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Dans une &#233;tude plus d&#233;velopp&#233;e sur le &#171; secteur informel &#187;, il faudrait mettre en question la construction th&#233;orique et la distinction de deux &#171; secteurs &#187;. Par exemple, en Tunisie, 56 % des travailleurs &#171; informels &#187; travaillent dans le &#171; secteur formel &#187; (Samir Aita, &lt;i&gt;Les travailleurs arabes hors-la-loi&lt;/i&gt;, &#201;d. L'Harmattan, p.107).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-31&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-31&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-31&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;31&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Globalement, le travail salari&#233; n'est pas la forme dominante d'emploi sur le march&#233; du travail dans les pays arabes de la M&#233;diterran&#233;e (Samir Aita, op., cit., p.20 et 65-66). Il s'ensuit que l'articulation des luttes ouvri&#232;res dans des soul&#232;vements comme ceux que connaissent les pays arabes est quelque chose de tr&#232;s complexe.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-32&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-32&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-32&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;32&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;La baisse de l'imp&#244;t sur le revenu s'est accompagn&#233;e en 2010 d'une augmentation de la TVA sur les biens de consommation et les services et notamment sur l'eau.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-33&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-33&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-33&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;33&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Middle East North Africa.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-34&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-34&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-34&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;34&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; R&#233;silience &#187; en grande partie due &#224; la faiblesse de l'&#233;conomie marocaine que repr&#233;sente l'importance du secteur agricole et aux possibilit&#233;s de &#171; repli &#187; qu'il offre encore en p&#233;riode de crise, ainsi qu'&#224; la faiblesse de la contribution des exportations au PIB.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-35&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-35&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-35&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;35&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;En 2008, le programme de microcr&#233;dits, qui est la seule strat&#233;gie de cr&#233;ation d'emplois, concernant les femmes sp&#233;cifiquement, a connu un d&#233;clin dans le nombre de clientes (Maria Cristina Paciello, &lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-36&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-36&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-36&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;36&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Tr&#232;s &#233;trange, la question des viols perp&#233;tr&#233;s par les groupes terroristes n'est plus d'actualit&#233; depuis que la loi sur la r&#233;conciliation nationale ne reconna&#238;t pas le statut de victime du terrorisme &#224; ces femmes &#187; (note de bas de page dans le texte cit&#233;)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-37&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-37&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-37&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;37&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sur ces notions d'&#201;tats patrimoniaux ou n&#233;o-patrimoniaux appliqu&#233;es aux pays arabes, voir Gilbert Achcar, &lt;i&gt;Le Peuple veut ; une exploration radicale du soul&#232;vement arabe&lt;/i&gt;, &#201;d. Actes Sud, principalement pages 86 &#224; 114.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-38&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-38&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-38&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;38&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Lib&#233;rales : aussi bien au niveau de leurs aspirations d&#233;mocratiques et dans leur mode de vie que dans leurs activit&#233;s professionnelles (les Fr&#232;res semblent avoir perdu de leur emprise sur les architectes, les m&#233;decins, les avocats, etc.).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-39&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-39&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-39&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;39&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sondage r&#233;alis&#233; par le Centre national d'&#233;tudes strat&#233;giques Al-Ahram entre le 1er et le 6 d&#233;cembre.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-40&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-40&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-40&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;40&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Le &#171; gendre id&#233;al &#187;, en &#201;gypte, ce n'est pas une plaisanterie ou un sarcasme.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-41&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-41&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-41&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;41&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;L'id&#233;ologie de la classe dominante est non seulement l'id&#233;ologie dominante mais encore, en derni&#232;re analyse, la seule id&#233;ologie existante. Les formulations id&#233;ologiques des classes domin&#233;es ne sont que des reflets et finalement une d&#233;termination interne de l'id&#233;ologie dominante.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-42&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-42&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-42&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;42&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Encore que l'on ait vu des Black Bloc brandir le drapeau &#233;gyptien.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-43&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-43&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-43&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;43&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Que font les f&#233;minismes islamiques ? Restaurer la situation et la place des femmes dans la famille et la soci&#233;t&#233; atteinte par l'av&#232;nement des rapports de production capitalistes et &#171; l'Occident &#187;, non pas en combattant l'id&#233;ologie du sujet, mais tout au contraire, en reconnaissant son existence et sa validit&#233;, et en lui empruntant sa &#171; nouveaut&#233; &#187;, mais seulement sous la forme de l'Id&#233;e de sujets purs et indistincts dans l'entendement divin et sa R&#233;v&#233;lation. Ainsi, on parvient &#224; ma&#238;triser l'id&#233;ologie du sujet en le soumettant &#224; la transcendance divine, &#224; le faire rentrer dans le rang et dans l'ordre, dans l'ordre des valeurs morales et politiques qu'il aurait pu menacer. La menace est conjur&#233;e car &#234;tre sujet n'est plus un attribut de la femme concr&#232;te, r&#233;ellement existante, mais c'est &#234;tre un sujet pur auquel on peut appliquer de pures caract&#233;ristiques. Cette restauration n'est pas un retour en arri&#232;re, c'est un discours nouveau proc&#233;dant sur la femme comme sujet en tant qu'Id&#233;e &#224; laquelle doit parvenir &#224; correspondre la femme r&#233;elle de telle sorte que ses luttes et ses besoins ne sont l&#233;gitimes qu'en correspondance &#224; cette Id&#233;e. Il ne s'agit plus de luttes sur des besoins concrets et historiques de la part de sujets r&#233;ellement existant ici et maintenant, le point de d&#233;part est l'Id&#233;e dans laquelle le sujet existe d&#233;j&#224; &#224; l'&#233;tat pur comme objectif &#224; atteindre. Il n'emp&#234;che qu'une telle id&#233;ologie peut &#234;tre actuellement un puissant facteur de bouleversement &#224; l'encontre de toute sorte de dominations vues comme &#171; archa&#239;ques &#187; que les f&#233;ministes islamiques combattent au nom de la Femme comme &#234;tre essentiel, d&#233;j&#224; d&#233;fini, donc d&#233;j&#224; norm&#233; dans ses comportements l&#233;gitimes et les droits li&#233;s &#224; ces comportements et cette situation (cf. Zahra Ali &#8211;sous la direction de - &lt;i&gt;F&#233;minismes islamiques&lt;/i&gt;, &#201;d. La Fabrique).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-44&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-44&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-44&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;44&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;A moins que la classe exploit&#233;e ne prenne l'existence m&#234;me des classes comme objet de sa lutte, et l&#224; encore d'autres rapports id&#233;ologiques &#224; la situation, &#224; la pratique et fondamentalement aux rapports de production qui continuent &#224; &#234;tre dans leur contradiction l'objet de la lutte apparaissent.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-45&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-45&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-45&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;45&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;M&#234;me si ce n'est pas le lieu d'en discuter, il faut signaler l'objection &#224; l'id&#233;e d&#233;fendue ici que repr&#233;sente la th&#232;se de Lukacs dans &lt;i&gt;Histoire et conscience de classe&lt;/i&gt; sur le prol&#233;tariat comme sujet-objet identique de l'histoire.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-46&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-46&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-46&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;46&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Dans l'ordre : Feuerbach, Bruno Bauer, Stirner (note du traducteur Gilbert Badia).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-47&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-47&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-47&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;47&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pour l'ensemble de ce chapitre, voir annexe 2.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-48&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-48&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-48&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;48&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Originaire de la r&#233;gion lyonnaise, d'abord militante au sein de &#171; Jeunes des banlieues en mouvement &#187;, devenue pratiquante elle est une des fondatrice en 1995 de l'association &#171; Femmes fran&#231;aises et musulmanes engag&#233;es &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-49&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-49&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-49&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;49&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;On trouve &#233;galement la &lt;i&gt;khula&lt;/i&gt; orthographi&#233; dans d'autres textes comme &#171; le &lt;i&gt;khul'&lt;/i&gt; &#187;. Par la suite nous utiliserons cette derni&#232;re graphie. Mode unilat&#233;ral de rupture du mariage, le &lt;i&gt;khul'&lt;/i&gt; permet &#224; l'&#233;pouse d'obtenir la dissolution de son union conjugale en &#233;change de sa renonciation &#224; tous ses droits financiers. L'&#233;pouse ne peut pr&#233;tendre &#224; la pension alimentaire qui est vers&#233;e pendant une dur&#233;e maximale d'un an apr&#232;s le prononc&#233; d'un divorce &#171; classique &#187;. Elle ne pourra obtenir non plus la compensation financi&#232;re que l'&#233;pouse divorc&#233;e sans son consentement et en dehors de toute responsabilit&#233; peut toucher depuis 1985 et dont le montant doit &#234;tre &#233;gal &#224; au moins deux ann&#233;es de pension alimentaire. Enfin, l'&#233;pouse qui recourt &#224; la proc&#233;dure du &lt;i&gt;khul'&lt;/i&gt; devra rembourser le montant de la dot qui lui a &#233;t&#233; vers&#233; au moment du mariage et renonc&#233; &#224; l'arri&#233;r&#233; non vers&#233;. Contrairement aux autres renonciations financi&#232;res, le remboursement de la dot est rarement un pr&#233;judice. En effet, des taxes &#233;tant per&#231;ues proportionnellement au montant de la dot, le montant &lt;i&gt;d&#233;clar&#233;&lt;/i&gt; de celle-ci n'exc&#232;de pas le plus souvent une livre et l'&#233;pouse n'est tenue de rembourser que le montant indiqu&#233; dans le contrat de mariage.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-50&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-50&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-50&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;50&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;C'est dans cette voie que ce sont engag&#233;es les groupes et th&#233;oriciennes des &#171; f&#233;minismes islamiques &#187; (cf. &lt;i&gt;F&#233;minismes islamiques&lt;/i&gt;, op.cit.). &#192; la lecture d'une anthologie parue aux &#233;ditions La Fabrique, si nous savons tout sur le Coran, les fatwa, le fiqh, les hadith, l'ijtihad, l'islah, la Shari'a, la sunna, le tajdid et le tafsir, sur Mahomet &#171; l'un des plus grands d&#233;fenseurs de la cause des femmes (&#8230;) ce qui fait de lui l'une des grandes figures universelles du f&#233;minisme &#187; (p.61), et, afin d'&#233;vacuer quelques sourates g&#234;nantes, sur la n&#233;cessaire contextualisation historique de la r&#233;v&#233;lation divine (une contradiction dans les termes), en revanche, en 225 pages, nous ne trouvons pas une seule ligne exposant les positions de ces f&#233;minismes sur la virginit&#233;, la contraception ou l'avortement, l'excision, d&#233;licatement appel&#233;e &#171; circoncision f&#233;minine &#187;, est juste signal&#233;e comme ne relevant pas du Coran. Toute amorce de critique &#233;tant d'embl&#233;e disqualifi&#233;e comme &#171; raciste &#187; et &#171; postcoloniale &#187;, nous nous contenterons d'accepter la &#171; sacralisation de l'intime &#187; et &#171; la d&#233;fense du cadre familial h&#233;t&#233;rosexuel &#187; (p.32), tout comme a d&#251; certainement le faire Christine Delphy participant &#224; leurs colloques et &#233;logieusement cit&#233;e tout au long de l'ouvrage (les &#171; compagnons de route &#187; et les &#171; idiots utiles &#187; ont encore de beaux jours devant eux). Ce n'est pas en en appelant &#224; la vraie v&#233;rit&#233; de l'Islam que l'on sort de l'essentialisme de la &#171; femme musulmane &#187; comme &#171; l'Autre &#187; forc&#233;ment soumise de par sa culture et non de par son existence g&#233;n&#233;rale de femme. Le probl&#232;me n'est pas le texte du Coran (encore que&#8230;), mais le proc&#233;d&#233; faisant r&#233;f&#233;rence &#224; un texte religieux supposant une norme transcendante (en mati&#232;re d'essentialisme non seulement de la &#171; femme musulmane &#187; mais encore et surtout de la femme tout court, il est difficile de faire mieux ou pire) quand il s'agit d'&#233;mancipation humaine. &#171; La critique de la religion est la condition premi&#232;re de toute critique &#187; (Marx, &lt;i&gt;Contribution &#224; la critique de la philosophie du droit de Hegel&lt;/i&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-51&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-51&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-51&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;51&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Il faut ajouter que fr&#233;quemment, de toute fa&#231;on, les pensions alimentaires ne sont pas pay&#233;es dans la partie la plus pauvre de la population.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-52&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-52&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-52&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;52&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;L'Arm&#233;e laisse faire avec bienveillance. Apr&#232;s la violente r&#233;pression par leurs propres milices des manifestations de d&#233;cembre 2012 contre la modification de la Constitution (la police manifestant pour une fois une &#233;trange mollesse), c'est certainement &#224; ce moment l&#224; que les Fr&#232;res, incapables de maintenir l'&#201;tat face aux gr&#232;ves et aux dissidences, perdent le pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-53&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-53&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-53&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;53&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Le golfe de Suez est l'un des centres industriels les plus importants d'&#201;gypte, avec 79 % de la production p&#233;troli&#232;re, de la p&#233;trochimie et des industries lourdes c&#244;toyant des activit&#233;s navales et portuaires, des entreprises de ciment et de textile qui s'&#233;tendent sur soixante-quinze kilom&#232;tres entre mer Rouge et d&#233;sert.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-54&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-54&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-54&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;54&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sur les listes salafistes, la photo de la seule femme candidate a &#233;t&#233; d&#233;licatement remplac&#233;e par celle d'une fleur.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-55&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-55&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-55&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;55&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Il s'agit ici des tribus, communaut&#233;s confessionnelles, collectivit&#233;s r&#233;gionales, etc.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-56&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-56&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-56&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;56&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Il est d'usage chez les islamologues de distinguer deux variantes du salafisme. Au XIXe si&#232;cle, certains penseurs de la Nahda (&#171; renaissance &#187;, nda) &#171; ont insist&#233; sur la n&#233;cessit&#233; vitale, pour l'islam, d'une relance des efforts de r&#233;flexion de ses adeptes, bref, d'une 'r&#233;ouverture des portes de l'&lt;i&gt;ijtihad&lt;/i&gt;'. (&#8230;) Ce souci d'une pens&#233;e inventive parce que d&#233;lest&#233;e des constructions normatives accumul&#233;es au cours de l'histoire, ce retour &#224; l'&#233;lan initial des p&#232;res spirituels ou &lt;i&gt;asl&#226;f&lt;/i&gt; portait le nom de &lt;i&gt;salafia&lt;/i&gt; et visait de toute &#233;vidence &#224; rendre &#224; la charia sa vertu novatrice et &#233;volutive sugg&#233;r&#233;e par son &#233;tymologie (&#171; la voie &#187;, nda). Il se trouve que le terme de &lt;i&gt;salafia&lt;/i&gt; ou de salafisme a &#233;t&#233; saisi au bond par les tenants du conservatisme le plus pointilleux, le plus disciplinaire, seule attitude permettant &#224; leurs yeux de d&#233;fier les puissances non musulmanes dans le monde contemporain. Le salafisme actuel se r&#233;duit, d&#232;s lors, &#224; l'imitation minutieuse du mode de vie des p&#232;res fondateurs pour se pr&#233;server de toute innovation, de toute aventure intellectuelle, et construisant une armure culturelle prot&#233;geant contre les agressions ext&#233;rieures, r&#233;elles ou suppos&#233;es. &#187; (Pierre Lafrance, &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; du 10 janvier 2012).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-57&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-57&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-57&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;57&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Dispositif de violence incluant le viol, mais aussi l'amour, le &lt;i&gt;care&lt;/i&gt;, la douceur, le souci des autres, &#234;tre un corps.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-58&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-58&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-58&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;58&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Actuellement, la &#171; parit&#233; &#187;, dans les pays occidentaux, est une red&#233;finition de la fronti&#232;re et une red&#233;finition de ce qui est priv&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		
		<enclosure url="https://theoriecommuniste.org/IMG/pdf/soulevement_arabe_classes-genre_2014.pdf" length="686982" type="application/pdf" />
		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>TC n&#176; 24</title>
		<link>https://theoriecommuniste.org/la-revue/article/tc-no-24</link>
		<guid isPermaLink="true">https://theoriecommuniste.org/la-revue/article/tc-no-24</guid>
		<dc:date>2012-12-06T14:58:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>TC</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;Classes&lt;sup&gt;&lt;a href='https://theoriecommuniste.org/Classes' title=&#034;D&#233;finition&#160;: Les classes ne sont ni des sommes d'individus regroup&#233;s par un int&#233;r&#234;t (&#8230;)&#034;&gt;?&lt;/a&gt;&lt;/sup&gt; et genres (encore)&lt;br class='autobr' /&gt;
Activisme (&#224; nouveau)&lt;br class='autobr' /&gt;
Communisation (toujours)&lt;br class='autobr' /&gt;
Tunisie, &#201;gypte (un d&#233;but)&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://theoriecommuniste.org/la-revue/" rel="directory"&gt;La Revue&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://theoriecommuniste.org/local/cache-vignettes/L119xH150/tc24couv-b2ae9.jpg?1772832999' class='spip_logo spip_logo_right' width='119' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		
		</content:encoded>


		
		<enclosure url="https://theoriecommuniste.org/IMG/pdf/tc24.pdf" length="1868843" type="application/pdf" />
		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>TC n&#176; 23</title>
		<link>https://theoriecommuniste.org/la-revue/article/tc-no-23</link>
		<guid isPermaLink="true">https://theoriecommuniste.org/la-revue/article/tc-no-23</guid>
		<dc:date>2010-05-06T14:11:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>TC</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;Th&#233;orie communiste, un chantier permanent&lt;br class='autobr' /&gt;
Distinction de genres, programmatisme et communisation&lt;br class='autobr' /&gt;
Fin de Meeting&lt;br class='autobr' /&gt;
Autopr&#233;supposition du capital : Essence /Surface /F&#233;tichisme&lt;br class='autobr' /&gt;
Le concept de cycle de luttes&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://theoriecommuniste.org/la-revue/" rel="directory"&gt;La Revue&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://theoriecommuniste.org/local/cache-vignettes/L121xH150/tc23-c8cbe.png?1772832999' class='spip_logo spip_logo_right' width='121' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		
		</content:encoded>


		
		<enclosure url="https://theoriecommuniste.org/IMG/pdf/tc23interieur.pdf" length="1772174" type="application/pdf" />
		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>TC n&#176; 22</title>
		<link>https://theoriecommuniste.org/la-revue/article/tc-no-22</link>
		<guid isPermaLink="true">https://theoriecommuniste.org/la-revue/article/tc-no-22</guid>
		<dc:date>2009-02-06T15:32:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>TC</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;La perspective communisatrice&lt;br class='autobr' /&gt;
La restructuration telle qu'en elle-m&#234;me&lt;br class='autobr' /&gt;
Too much monkey business&lt;br class='autobr' /&gt;
Revendiquer pour le salaire&lt;br class='autobr' /&gt;
Argentine : sur la coop&#233;rative Chilavert et les entreprises r&#233;cup&#233;r&#233;es en g&#233;n&#233;ral&lt;br class='autobr' /&gt;
L'exploitation : d&#233;finition d'une contradiction&lt;br class='autobr' /&gt;
Sur la politique et la d&#233;mocratie&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://theoriecommuniste.org/la-revue/" rel="directory"&gt;La Revue&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://theoriecommuniste.org/local/cache-vignettes/L121xH150/tc22-e30e1.png?1772832999' class='spip_logo spip_logo_right' width='121' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		
		</content:encoded>


		
		<enclosure url="https://theoriecommuniste.org/IMG/pdf/tc22_interieur.pdf" length="3115777" type="application/pdf" />
		

	</item>



</channel>

</rss>
